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13001
p. 78-80
LES GRACES. A MADAME LA COMTESSE D'A*****
Début :
D[']A*****, ne croyez point que je chante ces graces, [...]
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texteReconnaissance textuelle : LES GRACES. A MADAME LA COMTESSE D'A*****
LES GRACES.
A MADAME LA COMTESSE D'A*****
D[']A*****, ne croyez point que je chante
ces graces,
Dont souvent les remords accompagnent les
traces;
La Muse dont les soins veillent sur mes projets,
Ne permet à mes vers que de nobles sujets.
Non, je ne chante point ces graces passageres,
Compagnes des plaisirs, inconstantes, légéres,
Dont la veine beauté mere de nos regrets
Ne brille qu'au matin, & s'enfuit pour jamais;
Mais celles que * * Socrate honoi a de ses peines;
* Socrate. fils de Sculpteur, avoit exercé dans
Vigisires bolOO
AVRIL.
1752.
79
Celles dont il orna les murailles d'Athenes,
Dont l'aimable décence inspiroit la pudeur
Tendres soeurs des vertus, & filles de l'honneur,
Ces graces dont l'auguste & douce intelligence
Désigne les bienfaits & la reconnoistance,
Qui marquent de l'esprit les talens dévoilés,
Celles qu'ensin j'admire, & que vous rassemblez.
Eh! Quel autre que vous en trace mieux l'i-
mage ?
Quel autre jouit plus de leur doux assemblage,
Vons dont le caractere à la sois réunit
Des rares qualités du cœur & de l'esprit:
Dans vos moindres discours quel feu! quelle
éloquence!
Sur les moindres objets quelle heureuse élégance!
Tout se pare en vos mains de nouveaux ornemens,
Tout jusqu'au sérieux se change en agrémens:
Le plus riant sujet devient plus agréable
Vous le rendez utile, & l'utile est aimable.
Tout plein de votre esprit on sent croître le sien:
Et l'esprit le moins vaste, après votre entretien
sa jeunesse la profession de son pere, honorable
dans la Gréce. Plusieurs auteurs assurent qu'il fit
tant de progrès dans la Sculpture, que c'étoit lui
qui avoit sculptées ces graces si vantées, placées
sur les murailles de la Citadelle d'Athénes, der-
riere la Statue de Minerve; ces graces, contre
l'usage ordinaire, étoient drapées. Les graces
chez les Grecs présidoient aux bienfaits & à la re-
connoissance.
D iiij
80 MERCURE DEFRANCE.
Eloquent, semble prendre une nouvelle vie,
Vos discours créateurs lui donnent du génie,
Et surpris de lui-même il se fait des jaloux,
Par des talens nouveaux qu'il ne tient que de
vous.
Mais si de votre coeur ma Muse tém éraire
Veut peindre les vertus si dignes de lui plaire,
Je peindrai la grandeur & l'affabilité,
Laprudence que suit la générosité
Et dans tous vos bienfaits cette noblesse extrême,
Plus flatteuse cent fois que le bienfait lui-même:
Je peindrai ce cour grand, bravant l'adversité
Ce coeur qui ne voit rien dans la prospé tité,
Que le bonheur si doux d'employer sa puissance
A confondre le crime & servir l'innocence
Qui plaint les malheureux, gémit de leurs doun
leurs
Et ne sçait mépriser que ses propres malheurs.
Voilà ce qui des vers exige l'harmonie;
Si le Ciel m'e ût donné la force & le génie;
Voilà les grands sujets dont ma Muse eut fait
choix
Mon esprit & mon coeur parler oit à la fois:
Mais cette ambition convient nial à ma Lyre,
Et n'ayant que des vœux, je me tais, & j'admire.
PORTELANCE.
A MADAME LA COMTESSE D'A*****
D[']A*****, ne croyez point que je chante
ces graces,
Dont souvent les remords accompagnent les
traces;
La Muse dont les soins veillent sur mes projets,
Ne permet à mes vers que de nobles sujets.
Non, je ne chante point ces graces passageres,
Compagnes des plaisirs, inconstantes, légéres,
Dont la veine beauté mere de nos regrets
Ne brille qu'au matin, & s'enfuit pour jamais;
Mais celles que * * Socrate honoi a de ses peines;
* Socrate. fils de Sculpteur, avoit exercé dans
Vigisires bolOO
AVRIL.
1752.
79
Celles dont il orna les murailles d'Athenes,
Dont l'aimable décence inspiroit la pudeur
Tendres soeurs des vertus, & filles de l'honneur,
Ces graces dont l'auguste & douce intelligence
Désigne les bienfaits & la reconnoistance,
Qui marquent de l'esprit les talens dévoilés,
Celles qu'ensin j'admire, & que vous rassemblez.
Eh! Quel autre que vous en trace mieux l'i-
mage ?
Quel autre jouit plus de leur doux assemblage,
Vons dont le caractere à la sois réunit
Des rares qualités du cœur & de l'esprit:
Dans vos moindres discours quel feu! quelle
éloquence!
Sur les moindres objets quelle heureuse élégance!
Tout se pare en vos mains de nouveaux ornemens,
Tout jusqu'au sérieux se change en agrémens:
Le plus riant sujet devient plus agréable
Vous le rendez utile, & l'utile est aimable.
Tout plein de votre esprit on sent croître le sien:
Et l'esprit le moins vaste, après votre entretien
sa jeunesse la profession de son pere, honorable
dans la Gréce. Plusieurs auteurs assurent qu'il fit
tant de progrès dans la Sculpture, que c'étoit lui
qui avoit sculptées ces graces si vantées, placées
sur les murailles de la Citadelle d'Athénes, der-
riere la Statue de Minerve; ces graces, contre
l'usage ordinaire, étoient drapées. Les graces
chez les Grecs présidoient aux bienfaits & à la re-
connoissance.
D iiij
80 MERCURE DEFRANCE.
Eloquent, semble prendre une nouvelle vie,
Vos discours créateurs lui donnent du génie,
Et surpris de lui-même il se fait des jaloux,
Par des talens nouveaux qu'il ne tient que de
vous.
Mais si de votre coeur ma Muse tém éraire
Veut peindre les vertus si dignes de lui plaire,
Je peindrai la grandeur & l'affabilité,
Laprudence que suit la générosité
Et dans tous vos bienfaits cette noblesse extrême,
Plus flatteuse cent fois que le bienfait lui-même:
Je peindrai ce cour grand, bravant l'adversité
Ce coeur qui ne voit rien dans la prospé tité,
Que le bonheur si doux d'employer sa puissance
A confondre le crime & servir l'innocence
Qui plaint les malheureux, gémit de leurs doun
leurs
Et ne sçait mépriser que ses propres malheurs.
Voilà ce qui des vers exige l'harmonie;
Si le Ciel m'e ût donné la force & le génie;
Voilà les grands sujets dont ma Muse eut fait
choix
Mon esprit & mon coeur parler oit à la fois:
Mais cette ambition convient nial à ma Lyre,
Et n'ayant que des vœux, je me tais, & j'admire.
PORTELANCE.
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Résumé : LES GRACES. A MADAME LA COMTESSE D'A*****
En avril 1752, l'auteur adresse une lettre à Madame la Comtesse d'A***** pour louer ses grâces authentiques, liées à la vertu et à l'honneur. Il évoque Socrate, fils de sculpteur, dont les œuvres symbolisaient les bienfaits et la reconnaissance. La comtesse est admirée pour ses qualités exceptionnelles, tant dans le cœur que dans l'esprit, et pour sa capacité à rendre tout sujet agréable et utile. Ses discours sont élégants et éloquents, inspirant et élevant ceux qui l'écoutent. L'auteur apprécie également sa grandeur, son affabilité, sa prudence et sa générosité, ainsi que son dévouement à aider les malheureux et à servir l'innocence. Il exprime son désir de célébrer ces vertus mais reconnaît humblement ses limites et se contente d'admirer.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13002
p. 81-82
LA VEILLE NOUVELLE. VERS A ISMENE.
Début :
Dans un bois, où l'Amour couronne les Amans, [...]
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texteReconnaissance textuelle : LA VEILLE NOUVELLE. VERS A ISMENE.
LA VEILLE NOUVELLE.
VERS A ISMENE.
Dans un bois, où l'Amour couronne les
Amans,
l'apprenois aux échos mes teudres sentimens:
Bergere, qu'en ce lieu tout Berger trouve aimable-
Vous causiez mes transports dans ce lieu favorable
Quelle bouche! quel teint! quels yeuxl ali, que
d'appas!
Oui, qui lui plaît, disois je, & ne m'en deffend
pas
Est au nombre des Dieux, ou leur est bien sem-
blable.
Une Nymplie indiscrette écoutoit mes soupits?
Elle approche, quel est l'objet de tes desits,
Dit elle: est-ce Climene ?
Est-ce Hermione? Helene ?
Non, dis-je, belle Nymphe, helas,
Non, vous ne la connoissez pas;
Cette beauté n'est point l'Aurore „
Ce n'est ni Pomone ni Flore,
Et les fleurs naissent sous ses pas.
Elle n'a point leuis noms, mais elle a leurs appar-
Est ce Hebé ? non : elle en a la jeunesse.
Est ce Venus ? elle en a la beauté.
Dy.
82 MERCURE DEFRANCE.
Eft ce Diane? non elle a de la tendresse,
Elle est sage sans cruau té;
Elle aime les plaisirs, & cette enchanteresse
N'est point une Divinité.
Mais c'est donc Ismene ? oui sans doute, pourquoi
rire?
La belle nouvelle pour moi,
Dit elle ! Te crois tu le premier à le dire ?
Cent fois l'Amour l'avoit dit avant toi.
PORTELANCE.
VERS A ISMENE.
Dans un bois, où l'Amour couronne les
Amans,
l'apprenois aux échos mes teudres sentimens:
Bergere, qu'en ce lieu tout Berger trouve aimable-
Vous causiez mes transports dans ce lieu favorable
Quelle bouche! quel teint! quels yeuxl ali, que
d'appas!
Oui, qui lui plaît, disois je, & ne m'en deffend
pas
Est au nombre des Dieux, ou leur est bien sem-
blable.
Une Nymplie indiscrette écoutoit mes soupits?
Elle approche, quel est l'objet de tes desits,
Dit elle: est-ce Climene ?
Est-ce Hermione? Helene ?
Non, dis-je, belle Nymphe, helas,
Non, vous ne la connoissez pas;
Cette beauté n'est point l'Aurore „
Ce n'est ni Pomone ni Flore,
Et les fleurs naissent sous ses pas.
Elle n'a point leuis noms, mais elle a leurs appar-
Est ce Hebé ? non : elle en a la jeunesse.
Est ce Venus ? elle en a la beauté.
Dy.
82 MERCURE DEFRANCE.
Eft ce Diane? non elle a de la tendresse,
Elle est sage sans cruau té;
Elle aime les plaisirs, & cette enchanteresse
N'est point une Divinité.
Mais c'est donc Ismene ? oui sans doute, pourquoi
rire?
La belle nouvelle pour moi,
Dit elle ! Te crois tu le premier à le dire ?
Cent fois l'Amour l'avoit dit avant toi.
PORTELANCE.
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Résumé : LA VEILLE NOUVELLE. VERS A ISMENE.
Le poème 'La Veille Nouvelle' est adressé à Ismène et se déroule dans un bois gouverné par l'Amour. Le narrateur y exprime ses sentiments amoureux en vantant la beauté de la personne aimée, qu'il compare à celle des déesses et des nymphes telles que l'Aurore, Pomone, Flore, Hébe, Vénus et Diane. Une nymphe curieuse écoute ses confidences et lui demande si l'objet de son désir est Climène, Hermione ou Hélène. Le narrateur nie, affirmant que la beauté et la jeunesse de sa bien-aimée surpassent celles de ces femmes. La nymphe devine alors qu'il s'agit d'Ismène et révèle que l'Amour avait déjà proclamé cet amour à maintes reprises.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13003
p. 83-94
OBSERVATIONS Faites par M. de Saint-Auban, Lieutenant Général de l'Artillerie, sur le Mémoire de la théorie de l'Artillerie qui a été lu à l'assemblée publique de l'Académie des Sciences, le 13 Novembre 1751, & qui a été inseré dans la seconde Partie du Mercure du mois de Décembre de la même année.
Début :
On voit par les expériences qu'a faites M. le Chevalier Darcy, citées [...]
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texteReconnaissance textuelle : OBSERVATIONS Faites par M. de Saint-Auban, Lieutenant Général de l'Artillerie, sur le Mémoire de la théorie de l'Artillerie qui a été lu à l'assemblée publique de l'Académie des Sciences, le 13 Novembre 1751, & qui a été inseré dans la seconde Partie du Mercure du mois de Décembre de la même année.
OBSERVATIONS
Faites par M. de Saint-Auban, Lieutenant
Général de l'Artillerie, sur le Mémoire
de la théorie de l'Artillerie qui a été lu
à l'assemblée publique de l'Académie des
Sciences, le 13 Novembre 1751, &
qui a été inseré dans la seconde Partie du
Mercure du mois de Décembre de la même
année.
On voit par les expériences qu'a faites
M. le Chevalier Darcy, citées
dans son Mémoire, que cet Académicien
doit proposer des changemens dans les
bouches à feu, qui les rendront d'un usa-
ge & d'un effet beaucoup plus utiles que
celles dont on se sert à présent en France
& ailleurs: selon lui, les anciens Offi-
ciers d'Artillerie n'ont rien donné sur cet-
te matiere, dont il ait pu tirer quelques
principes. Les Modernes verront avec plai-
sit & recevront avec une reconnoissance
proportionnée à la découverte, des ins-
tructions dont les succès les mettront à
portée de mieux servit l'Etat, par la ma-
niere d'employer les armes à la guerre,
soit en établissant des batteries, soit pour
le transport de l'Artillerie qui deviendra
D vij
84 MERCURE DE FRANCE.
plus facile, en changeant les dimensions
des piéces qui sont aujourd'hui en usage;
desorte que par les principes qui vont
nous être donnés, & par les expérien-
ces qu'a faites M. le Chevalier Darcy,
conséquentes d'une théorie bien réfléchie
& bien raisonnée, n admettant pour vé-
rités que les faits que cet Académicien a
constatés par lui-même, nous agirons avec
beaucoup plus de certitude & de préci-
sion dans la pratique. Les effets de la
poudre que l'on avoit cru jusqu'ici varia-
bles, ne pourront être que constans, en
suivant exactement ce qui sera prescrit,
& les progrès de l'Art en général ne se-
ront plus retardés.
M. le Chevalier Darcy juge qu'il y a
beaucoup d'erreurs, dans les résultats des
expériences faites sur la portée des bou-
lets. On convient que la même piéce
chargée avec la même quantité de poudre,
exactement pésée, donne à chaque coup
quelque différence dans les portées, quel-
que attention & précision qu'on observe:
plusieurs accidens que la pratique la plus
exacte ne peut prévoir, en sont la causc.
L'air entre pour beaucoup dans la diffé-
rence des portées, elles sont plus longues
le soir & le matin, & dans un terus bas
& pluvieux qu'à l'ardeur du Soleil vers
le milieu du jour.
AVRIL.
1752.
85:
Elles ne sont point assez sensibles, lors-
que les attentions sur la charge des pié-
ces sont bien observées pour ne servir de
régle au service de l'Artillerie, peut-être
même avec moins d'incertitude que ne
le suppose M. le Chevalier Darcy.
C'est d'après ces expériences faites &
repetées avec la plus grande attention,
que l'on a jugé la charge de la piéce de
vingt quatre, devoir être de huit à neut
livres de poudre.
Les expériences qu'a faites M. le Che-
valier Darcy, sur la loi que doit suivre
l'inflammation de la poudte peuvent dif-
férer de celles d'habiles Philiciens, qui
n'ont donné les leurs que sur des à peu
près, d'une maniere conjecturale & non
décisive.
Celles qu'a fait le même Auteur pour
prouver la vîtesse de l'inflammation, &
la promptitude des effets de la poudre ren-
fermée, n'auront certainement pas trouvé
de contradiction, l'usage commun des
fusils & carabines pour les troupes, les
boëtes tirées pour les réjouissances, les
perards, les mines, &c. en sont des preu-
ves à la portée de tout le monde.
Les objets qui paroissent le plus inté-
resser & mériter l'attention de cet Acadé-
micien, sont en premier lieu la longucur.
Digizes bOOg
86 MERCURE DE FRANCE.
des piéces qu'il veut proportionner à la
quantité de poudre, dont elles doivent
être chargées pour faire le plus grand
effet.
2°. Le point de la charge, où doit
être porté le fen, pour que l'inflamma-
tion soit la plus prompte, il conclut d'a-
près toutes les recherches les plus exactes
qu'il a pu faire, & ses propres expérien-
ces repetées pendant neuf mois avec M. le
Roi, son Confrere, que la charge la plus
avantageuse du canon, se trouve toujours
entre le tiers & la moitié de sa longueur,
en partant de la culasse.
Il décide aussi qu'une Piéce de vingt-
quatre seroit de la longueur la plus avan-
tageuse, si elle avoit trois cens quaran-
te pieds, étant chargée a huit livres
de poudre: ce sont ses propres termes.
Cette charge n est pas, felon lui, la
plus convenable, c'est au moins celle de
trente-deux livres, poids de la poudre
contenue dans le tiers de la longueur de
l'ame; en comptant de la culasse, qui est
de trois pieds deux ponces, & qui fert de
hauteur au cilindre de poudre, qui a
pour diametre de sa base, celui du calibre
de l'ame de la Piéce, qui est de cinq pou-
ces sept lignes.
M. le Chevalier Darcy, ne prononce
AVRIL. 1752.
87
pas décisivement sur la charge au tiers
ou à la moitié de la longueur de la Pièce, il
l'annonce comme ne pouvant être au des-
sous du tiers, & ne devant pas excéder la
moitié, dont la charge feroit de quarante-
cinque livres onze onces, près de quaran-
te-six livres, poids du cilindre de poudre
contenue dans quatre pieds neuf pouces
en partant de la culasse, moitié de la lon-
gueur de l'ame d'une Piéce de vingt-
quatre.
La longueur de ces Piéces chargées à
huit livres de poudre, étant determinée, se-
lon l'Auteur, à trois cens quarante pieds,
on demandera à M. le Chevalier Darcy,
quelle sera celle qu'il faudra ajoûter, en
chargeant les Piéces convenablement, de-
puis trente-deux livres jusqu'à quarante-
six, qui sont les deux termes du tiers &
de la moitié de la longueur des Piéces sur
lesquelles on doit se régler. La Piéce de
vingt. quatre, n'ayant que neuf pieds six
pouces pour la longueur de son ame, &
devant avoit pour la proportion la plus
avantageuse, suivant l'Auteur, trois cens
quarante pieds, érant chargée à huit li-
vres de poudre; on lui demande quelle
sera la diminution de la charge la plus
convenable à sa longueur existante de neuf
pieds six pouces?
88 MERCUREDEFRANCE.
M. le Chevalier Darcy, en proposant
d'augmenter la longueur des Pieces, don-
nera sans doute les moyens pour les faire
résister aux effets de la poudre, sans en
augmenter le métail, ce qui les rendroit
d'un trop grand poids, & d'un service
plus embarassant; il applanira sans doute
les difficultés, & le danger qu'éprouve-
roient ceux qui les exécuteroient, soit en
les conduisant dans les tranchées selon l'u-
sage, soit dans les batteries, pour les re-
charger, lorsqu'elles font sorties de leurs
embrasures. On voit aisement que des Pié-
ces d'une longueur beauconp plus considé-
rable demanderoient des batteries plus
spacieuses, des plus grands épaulemens &
des crochets plus repetés que Pon n'a cou-
tume de faire.
On ne peut s'empêcher de convenir que
plus longue sera l'ame d'une Piéce, plus
il s'y enflammera de poudre, & si l'on ar-
rive au point que toute la poudre soit en-
flammée, lorsque le boulet est à l'extré-
mité de la bouche, il aura reçu alors la
plus grande impulsion.
Des expériences sans nombre & l'usago
journalier nous font voir que les portées
d'une Piéce de vingt-quatre, chargée au-
dessus de huit à neuf livres de poudre, ne
sont pas plus étendues, & que celles d'une
89.
AVRIL. 1752.
charge au-dessous, sont plus courtes, pro-
portionément à la diminution de la char-
ge, au lieu que M. le Chevalier Darcy
juge qu'il faut les charger au tiers ou à la
moitie de la longueur de la Piéce, c'est-
à dire depuis trente-deux jusqu'à quaran-
te-six livres de poudre.
Les Officiers d'Artillerie les plus ap-
pliqués à leur métier, & dont M. le Che-
valier Darcyna peut-être pas lu tout ce-
qui nous en est resté, ont recherché avec le
plus d'attention des moyens par lesquels
en racourcissant les Piéces, & diminuant
leurs poids, elles fissent le mème effet.
Ils ont fait faire dans le fond de l'ame
des Piéces, des chambres de différentes
figures, comme sphériques, d'autres en
spheres un peu applaties, afin que la poudre
étant plus rassemblée, & réfléchissant sur
elle même, s'enflamma avec beaucoup plus
de vivacité, & procura les mêmes effets
que les Piéces plus longues. Des défauts
qu'il seroit trop long de détailler ici, &
que l'on a éprouvé dans la Pratique, les
ont fait rebuter, & on sen est tenu à la
chambre cylindrique, continuée depuis
la bouche jusqu'au fond de l'ame. Les Pié-
ces trop courtes ont leurs défauts, comme
l'ont aussi celles qui seroient trop longuea,
dans les premieres toute la poudre nayant
Digitires vOO
90 MERCURE DE FRANCE.
pas le tems de s'enflammer, celle qui se-
roit intermédiaire entre le boulet & la
poudre enflammée, en diminueroit sensi-
blement l'effet, la raison en est trop faci-
le à appercevoir pour croire devoir l'ex-
pliquer.
Malgré le jugement de M. le Chevalier
Darcy qui donne une longueur immense à
la Piéce de vingt: quatre, voulant qu'elle
ait trois cens quarante pieds, pour être
proportionnée à la charge de huit livres,
on pense avec quelque certitude, qu'à
des Piéces fort longues, la poudre ayant
eu plus de tems qu'il ne lui en falloit pour
s'effammer en totalité, le boulet sortira
avec moins de vitesse, que s'il avoit reçu
toute l'impulsion de la poudre enflammée
à l'extrémité de la bouche, ce qu'il n'aura
pu faire, si la Piéce est trop longue.
En général, les Piéces d'une longueur
que les gens du métier ne trouvent pas
proportionnée, comme la coulevrine de
Nancy, qui a vingt. cinque pieds de long,
ne peuvent être employées que dans des.
endroits où elles soient toujours fixées
comme dans des Châteaux avançés sur la
mer pour découvrir au loin.
Selon M. le Chevalier Darcy, l'air doit
entrer pour peu de chose, dans les effers
de la poudre à canon. Il en est au contraire
AVRIL.
1752.
91
la principale causę, & lui offre toujours
une résistance proportionnée à ses effets.
Les corps ne résistent que proportioné-
ment aux forces ou ressorts qui leur sont
opposés, de sorte que si un côté ne résis-
toit pas, il n'y auroit aucune sensiblité de
l'autre; plus il y a de poudre enflammée,
plus il y a de parties d'air entre les grains
qui sont mises en mouvement, & plus
est forte l'extention des ressors qu'elles
forment, ils s'appuyent de tous côtés
& si les Piéces n avoient une épaisseur pro-
portionnées, eslos créveroient. Les deux
forces poussent également des deux côtés,
& par cet effet la Piéce est chassée en ar-
riere, & le boulet poussé en avant. La
même force cause ces effets différens, &
si la Piéce pouvoit se mouvoir en arriere
avec la même facilité, & qu'elle n'eût ni
plus de poids, ni plus de volume, son re-
cul seroit d'un espace aussi grand que ce-
lui que parcourt le boulet. Le peu de re-
cul des Piéces vient de la résistance que
l'air oppose à une machine d'un volume
aussi grand que celui de la Piéce montée
sur son affut, de son poids & du fro-
tement qu'il occasionne sut la plate-
forme.
L'ait frappé avec beaucoup de vîtesse
tient lieu d'un appui très solide, le vol
Digstues vOO.
92 MERCURE DE FRANCE.
des oyseaux de toute espéce, en est une
preuve, ils proportionnent la vitesse du
mouvement de leurs aîles, à la quanti-
té d'air qu'ils doivent choquer pour y être
foutenus.
Il n'est pas douteux que l'extrême vi-
tesse imprimée au canon & à son affut,
par l'explosion de la poudre, ne contri-
bue beaucoup, étant jointe au frotement
sur la plate-forme à en racourcir lè recul
lequel seroit beaucoup plus considérable,
si la Piéce, au lieu d'être montée sur son
affut étoit suspendue en l'air, comme le
prouve l'expérience.
L'air, malgré le sentiment opposé, sera
toujours le principal Agent des effets de
la poudre, si le Canonier qui met le feu-
à une Piéce de canon, pose l'extrémité de
son boute-feu, sur le petit orifice de la
lumiere, au lieu de le mettre sur la trai-
née de poudre qui y communique, conti-
nuée en avant ou en arriere de cette lu-
miere, le boute-feu lui saute des mains
avec beaucoup de violence, causée par la
vivacité avec laquelle F'air de l'intérieur
de l'ame de la Piece, mis en ressorts très-
violens par l'explosion de la poudre ,
cherche à s'échaper en trouvant une peti-
te issue par la lumiere.
Plusieurs expériences, dont le détail se-
AVRIL. 1752.
93
roint ici trop long, prouvent que l'air a
beaucoup plus de part au recul des Pié-
ces, que ne lui en attribue cet Acadé-
micien.
On croit sans peine que dans le canon
de deux pieds de long qu'il a fait percer
à différens endroits, qu'il a trouvé la
plus prompte explosion, en mettant le
feu vers le milieu de la charge. Il ne don-
ne aucune conclusion pour prouver, par-
ce qu'il croit découverte, quel doit être
l'effet du boulet dans une Piece, dont l'a-
me seroit cilindrique, & le feu porté au
milieu de la charge. M. le Chevalier Dar-
cy ne borne point ses vues à ce qu'il pres-
crit sur la longueur des Pièces de canon
& sur la charge qui leur est la plus con-
venable pour le plus grand effet, il com-
prend aussi les corrections & changemens
de dimensions, aux armes à l'usage des
troupes, si elles sont proportionnées à ce
qu'il fixe pour le service de l'Atrillerie:
nous avouons de bonne foi que nos con-
noissances sont trop bornées pour apper-
cevoit aucun des moyens qu'il pourra don-
ner pour applanir, dans l'exécution de
ce sdifférentes bouches à feu, les difficultés
dont on vient de faire mention, l'avantage
quen doit retirer le service du Roi, l'en-
gagera à ne s'en pas tenir-là, à rendre
94 MERCURE DE FRANCE.
publiques ses découvertes, & à proposer
de mettre en pratique ce qu'il n'a fait
qu'exposer.
Faites par M. de Saint-Auban, Lieutenant
Général de l'Artillerie, sur le Mémoire
de la théorie de l'Artillerie qui a été lu
à l'assemblée publique de l'Académie des
Sciences, le 13 Novembre 1751, &
qui a été inseré dans la seconde Partie du
Mercure du mois de Décembre de la même
année.
On voit par les expériences qu'a faites
M. le Chevalier Darcy, citées
dans son Mémoire, que cet Académicien
doit proposer des changemens dans les
bouches à feu, qui les rendront d'un usa-
ge & d'un effet beaucoup plus utiles que
celles dont on se sert à présent en France
& ailleurs: selon lui, les anciens Offi-
ciers d'Artillerie n'ont rien donné sur cet-
te matiere, dont il ait pu tirer quelques
principes. Les Modernes verront avec plai-
sit & recevront avec une reconnoissance
proportionnée à la découverte, des ins-
tructions dont les succès les mettront à
portée de mieux servit l'Etat, par la ma-
niere d'employer les armes à la guerre,
soit en établissant des batteries, soit pour
le transport de l'Artillerie qui deviendra
D vij
84 MERCURE DE FRANCE.
plus facile, en changeant les dimensions
des piéces qui sont aujourd'hui en usage;
desorte que par les principes qui vont
nous être donnés, & par les expérien-
ces qu'a faites M. le Chevalier Darcy,
conséquentes d'une théorie bien réfléchie
& bien raisonnée, n admettant pour vé-
rités que les faits que cet Académicien a
constatés par lui-même, nous agirons avec
beaucoup plus de certitude & de préci-
sion dans la pratique. Les effets de la
poudre que l'on avoit cru jusqu'ici varia-
bles, ne pourront être que constans, en
suivant exactement ce qui sera prescrit,
& les progrès de l'Art en général ne se-
ront plus retardés.
M. le Chevalier Darcy juge qu'il y a
beaucoup d'erreurs, dans les résultats des
expériences faites sur la portée des bou-
lets. On convient que la même piéce
chargée avec la même quantité de poudre,
exactement pésée, donne à chaque coup
quelque différence dans les portées, quel-
que attention & précision qu'on observe:
plusieurs accidens que la pratique la plus
exacte ne peut prévoir, en sont la causc.
L'air entre pour beaucoup dans la diffé-
rence des portées, elles sont plus longues
le soir & le matin, & dans un terus bas
& pluvieux qu'à l'ardeur du Soleil vers
le milieu du jour.
AVRIL.
1752.
85:
Elles ne sont point assez sensibles, lors-
que les attentions sur la charge des pié-
ces sont bien observées pour ne servir de
régle au service de l'Artillerie, peut-être
même avec moins d'incertitude que ne
le suppose M. le Chevalier Darcy.
C'est d'après ces expériences faites &
repetées avec la plus grande attention,
que l'on a jugé la charge de la piéce de
vingt quatre, devoir être de huit à neut
livres de poudre.
Les expériences qu'a faites M. le Che-
valier Darcy, sur la loi que doit suivre
l'inflammation de la poudte peuvent dif-
férer de celles d'habiles Philiciens, qui
n'ont donné les leurs que sur des à peu
près, d'une maniere conjecturale & non
décisive.
Celles qu'a fait le même Auteur pour
prouver la vîtesse de l'inflammation, &
la promptitude des effets de la poudre ren-
fermée, n'auront certainement pas trouvé
de contradiction, l'usage commun des
fusils & carabines pour les troupes, les
boëtes tirées pour les réjouissances, les
perards, les mines, &c. en sont des preu-
ves à la portée de tout le monde.
Les objets qui paroissent le plus inté-
resser & mériter l'attention de cet Acadé-
micien, sont en premier lieu la longucur.
Digizes bOOg
86 MERCURE DE FRANCE.
des piéces qu'il veut proportionner à la
quantité de poudre, dont elles doivent
être chargées pour faire le plus grand
effet.
2°. Le point de la charge, où doit
être porté le fen, pour que l'inflamma-
tion soit la plus prompte, il conclut d'a-
près toutes les recherches les plus exactes
qu'il a pu faire, & ses propres expérien-
ces repetées pendant neuf mois avec M. le
Roi, son Confrere, que la charge la plus
avantageuse du canon, se trouve toujours
entre le tiers & la moitié de sa longueur,
en partant de la culasse.
Il décide aussi qu'une Piéce de vingt-
quatre seroit de la longueur la plus avan-
tageuse, si elle avoit trois cens quaran-
te pieds, étant chargée a huit livres
de poudre: ce sont ses propres termes.
Cette charge n est pas, felon lui, la
plus convenable, c'est au moins celle de
trente-deux livres, poids de la poudre
contenue dans le tiers de la longueur de
l'ame; en comptant de la culasse, qui est
de trois pieds deux ponces, & qui fert de
hauteur au cilindre de poudre, qui a
pour diametre de sa base, celui du calibre
de l'ame de la Piéce, qui est de cinq pou-
ces sept lignes.
M. le Chevalier Darcy, ne prononce
AVRIL. 1752.
87
pas décisivement sur la charge au tiers
ou à la moitié de la longueur de la Pièce, il
l'annonce comme ne pouvant être au des-
sous du tiers, & ne devant pas excéder la
moitié, dont la charge feroit de quarante-
cinque livres onze onces, près de quaran-
te-six livres, poids du cilindre de poudre
contenue dans quatre pieds neuf pouces
en partant de la culasse, moitié de la lon-
gueur de l'ame d'une Piéce de vingt-
quatre.
La longueur de ces Piéces chargées à
huit livres de poudre, étant determinée, se-
lon l'Auteur, à trois cens quarante pieds,
on demandera à M. le Chevalier Darcy,
quelle sera celle qu'il faudra ajoûter, en
chargeant les Piéces convenablement, de-
puis trente-deux livres jusqu'à quarante-
six, qui sont les deux termes du tiers &
de la moitié de la longueur des Piéces sur
lesquelles on doit se régler. La Piéce de
vingt. quatre, n'ayant que neuf pieds six
pouces pour la longueur de son ame, &
devant avoit pour la proportion la plus
avantageuse, suivant l'Auteur, trois cens
quarante pieds, érant chargée à huit li-
vres de poudre; on lui demande quelle
sera la diminution de la charge la plus
convenable à sa longueur existante de neuf
pieds six pouces?
88 MERCUREDEFRANCE.
M. le Chevalier Darcy, en proposant
d'augmenter la longueur des Pieces, don-
nera sans doute les moyens pour les faire
résister aux effets de la poudre, sans en
augmenter le métail, ce qui les rendroit
d'un trop grand poids, & d'un service
plus embarassant; il applanira sans doute
les difficultés, & le danger qu'éprouve-
roient ceux qui les exécuteroient, soit en
les conduisant dans les tranchées selon l'u-
sage, soit dans les batteries, pour les re-
charger, lorsqu'elles font sorties de leurs
embrasures. On voit aisement que des Pié-
ces d'une longueur beauconp plus considé-
rable demanderoient des batteries plus
spacieuses, des plus grands épaulemens &
des crochets plus repetés que Pon n'a cou-
tume de faire.
On ne peut s'empêcher de convenir que
plus longue sera l'ame d'une Piéce, plus
il s'y enflammera de poudre, & si l'on ar-
rive au point que toute la poudre soit en-
flammée, lorsque le boulet est à l'extré-
mité de la bouche, il aura reçu alors la
plus grande impulsion.
Des expériences sans nombre & l'usago
journalier nous font voir que les portées
d'une Piéce de vingt-quatre, chargée au-
dessus de huit à neuf livres de poudre, ne
sont pas plus étendues, & que celles d'une
89.
AVRIL. 1752.
charge au-dessous, sont plus courtes, pro-
portionément à la diminution de la char-
ge, au lieu que M. le Chevalier Darcy
juge qu'il faut les charger au tiers ou à la
moitie de la longueur de la Piéce, c'est-
à dire depuis trente-deux jusqu'à quaran-
te-six livres de poudre.
Les Officiers d'Artillerie les plus ap-
pliqués à leur métier, & dont M. le Che-
valier Darcyna peut-être pas lu tout ce-
qui nous en est resté, ont recherché avec le
plus d'attention des moyens par lesquels
en racourcissant les Piéces, & diminuant
leurs poids, elles fissent le mème effet.
Ils ont fait faire dans le fond de l'ame
des Piéces, des chambres de différentes
figures, comme sphériques, d'autres en
spheres un peu applaties, afin que la poudre
étant plus rassemblée, & réfléchissant sur
elle même, s'enflamma avec beaucoup plus
de vivacité, & procura les mêmes effets
que les Piéces plus longues. Des défauts
qu'il seroit trop long de détailler ici, &
que l'on a éprouvé dans la Pratique, les
ont fait rebuter, & on sen est tenu à la
chambre cylindrique, continuée depuis
la bouche jusqu'au fond de l'ame. Les Pié-
ces trop courtes ont leurs défauts, comme
l'ont aussi celles qui seroient trop longuea,
dans les premieres toute la poudre nayant
Digitires vOO
90 MERCURE DE FRANCE.
pas le tems de s'enflammer, celle qui se-
roit intermédiaire entre le boulet & la
poudre enflammée, en diminueroit sensi-
blement l'effet, la raison en est trop faci-
le à appercevoir pour croire devoir l'ex-
pliquer.
Malgré le jugement de M. le Chevalier
Darcy qui donne une longueur immense à
la Piéce de vingt: quatre, voulant qu'elle
ait trois cens quarante pieds, pour être
proportionnée à la charge de huit livres,
on pense avec quelque certitude, qu'à
des Piéces fort longues, la poudre ayant
eu plus de tems qu'il ne lui en falloit pour
s'effammer en totalité, le boulet sortira
avec moins de vitesse, que s'il avoit reçu
toute l'impulsion de la poudre enflammée
à l'extrémité de la bouche, ce qu'il n'aura
pu faire, si la Piéce est trop longue.
En général, les Piéces d'une longueur
que les gens du métier ne trouvent pas
proportionnée, comme la coulevrine de
Nancy, qui a vingt. cinque pieds de long,
ne peuvent être employées que dans des.
endroits où elles soient toujours fixées
comme dans des Châteaux avançés sur la
mer pour découvrir au loin.
Selon M. le Chevalier Darcy, l'air doit
entrer pour peu de chose, dans les effers
de la poudre à canon. Il en est au contraire
AVRIL.
1752.
91
la principale causę, & lui offre toujours
une résistance proportionnée à ses effets.
Les corps ne résistent que proportioné-
ment aux forces ou ressorts qui leur sont
opposés, de sorte que si un côté ne résis-
toit pas, il n'y auroit aucune sensiblité de
l'autre; plus il y a de poudre enflammée,
plus il y a de parties d'air entre les grains
qui sont mises en mouvement, & plus
est forte l'extention des ressors qu'elles
forment, ils s'appuyent de tous côtés
& si les Piéces n avoient une épaisseur pro-
portionnées, eslos créveroient. Les deux
forces poussent également des deux côtés,
& par cet effet la Piéce est chassée en ar-
riere, & le boulet poussé en avant. La
même force cause ces effets différens, &
si la Piéce pouvoit se mouvoir en arriere
avec la même facilité, & qu'elle n'eût ni
plus de poids, ni plus de volume, son re-
cul seroit d'un espace aussi grand que ce-
lui que parcourt le boulet. Le peu de re-
cul des Piéces vient de la résistance que
l'air oppose à une machine d'un volume
aussi grand que celui de la Piéce montée
sur son affut, de son poids & du fro-
tement qu'il occasionne sut la plate-
forme.
L'ait frappé avec beaucoup de vîtesse
tient lieu d'un appui très solide, le vol
Digstues vOO.
92 MERCURE DE FRANCE.
des oyseaux de toute espéce, en est une
preuve, ils proportionnent la vitesse du
mouvement de leurs aîles, à la quanti-
té d'air qu'ils doivent choquer pour y être
foutenus.
Il n'est pas douteux que l'extrême vi-
tesse imprimée au canon & à son affut,
par l'explosion de la poudre, ne contri-
bue beaucoup, étant jointe au frotement
sur la plate-forme à en racourcir lè recul
lequel seroit beaucoup plus considérable,
si la Piéce, au lieu d'être montée sur son
affut étoit suspendue en l'air, comme le
prouve l'expérience.
L'air, malgré le sentiment opposé, sera
toujours le principal Agent des effets de
la poudre, si le Canonier qui met le feu-
à une Piéce de canon, pose l'extrémité de
son boute-feu, sur le petit orifice de la
lumiere, au lieu de le mettre sur la trai-
née de poudre qui y communique, conti-
nuée en avant ou en arriere de cette lu-
miere, le boute-feu lui saute des mains
avec beaucoup de violence, causée par la
vivacité avec laquelle F'air de l'intérieur
de l'ame de la Piece, mis en ressorts très-
violens par l'explosion de la poudre ,
cherche à s'échaper en trouvant une peti-
te issue par la lumiere.
Plusieurs expériences, dont le détail se-
AVRIL. 1752.
93
roint ici trop long, prouvent que l'air a
beaucoup plus de part au recul des Pié-
ces, que ne lui en attribue cet Acadé-
micien.
On croit sans peine que dans le canon
de deux pieds de long qu'il a fait percer
à différens endroits, qu'il a trouvé la
plus prompte explosion, en mettant le
feu vers le milieu de la charge. Il ne don-
ne aucune conclusion pour prouver, par-
ce qu'il croit découverte, quel doit être
l'effet du boulet dans une Piece, dont l'a-
me seroit cilindrique, & le feu porté au
milieu de la charge. M. le Chevalier Dar-
cy ne borne point ses vues à ce qu'il pres-
crit sur la longueur des Pièces de canon
& sur la charge qui leur est la plus con-
venable pour le plus grand effet, il com-
prend aussi les corrections & changemens
de dimensions, aux armes à l'usage des
troupes, si elles sont proportionnées à ce
qu'il fixe pour le service de l'Atrillerie:
nous avouons de bonne foi que nos con-
noissances sont trop bornées pour apper-
cevoit aucun des moyens qu'il pourra don-
ner pour applanir, dans l'exécution de
ce sdifférentes bouches à feu, les difficultés
dont on vient de faire mention, l'avantage
quen doit retirer le service du Roi, l'en-
gagera à ne s'en pas tenir-là, à rendre
94 MERCURE DE FRANCE.
publiques ses découvertes, & à proposer
de mettre en pratique ce qu'il n'a fait
qu'exposer.
Fermer
Résumé : OBSERVATIONS Faites par M. de Saint-Auban, Lieutenant Général de l'Artillerie, sur le Mémoire de la théorie de l'Artillerie qui a été lu à l'assemblée publique de l'Académie des Sciences, le 13 Novembre 1751, & qui a été inseré dans la seconde Partie du Mercure du mois de Décembre de la même année.
M. de Saint-Auban, Lieutenant Général de l'Artillerie, examine un mémoire rédigé par M. le Chevalier Darcy sur la théorie de l'artillerie. Darcy y propose plusieurs modifications aux bouches à feu afin d'améliorer leur efficacité, critiquant à la fois les méthodes anciennes et modernes. Il note que la portée des boulets est influencée par les conditions atmosphériques et recommande une charge spécifique pour les pièces de vingt-quatre, basée sur des expériences répétées. Darcy met en avant l'importance de la longueur des pièces et de la position de la charge pour optimiser l'inflammation de la poudre, suggérant que la charge optimale se situe entre le tiers et la moitié de la longueur de la pièce. Le texte aborde également la question de la longueur optimale des canons et de la quantité de poudre nécessaire. Darcy suggère d'allonger les pièces jusqu'à trois cents quarante pieds pour une charge de huit livres de poudre, mais cette proposition suscite des préoccupations pratiques. Les officiers envisagent des alternatives pour raccourcir les pièces tout en conservant leur puissance, comme l'utilisation de chambres de différentes formes. Cependant, ces expérimentations sont abandonnées en faveur de la chambre cylindrique continue. Darcy estime que l'air joue un rôle minimal dans les effets de la poudre, contrairement à l'opinion générale. Des expériences montrent que l'air contribue davantage au recul des canons que ce que certains savants pensent. Darcy propose également des améliorations sur les dimensions des armes utilisées par les troupes, avec l'intention de publier ses découvertes pour améliorer le service du roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
13003
13004
p. 94-114
REPONSE. De M. le Chevalier d'Arcy aux observations de M. de Saint-Auban, Lieutenant-Général d'Artillerie, sur le Mémoire de l'Artillerie, &c.
Début :
AYANT déclaré que si je faisois part au Public de mes expériences sur [...]
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texteReconnaissance textuelle : REPONSE. De M. le Chevalier d'Arcy aux observations de M. de Saint-Auban, Lieutenant-Général d'Artillerie, sur le Mémoire de l'Artillerie, &c.
REPONSE.
De M. le Chevalier d'Arcy aux observations
de M. de Saint-Auban, Lieutenant-Général
d'Artillerie, sur le Mémoire de l'Artillerie,
&c.
AYANT déclaré que si je faisois part
au Public de mes expériences sur
l'Artillerie, ce n'étoit que dans l'espéran-
ce de recevoir des conseils de personnes
plus expérimentées què moi sur tout, de
MM. du Corps de l'Artillerie; je n'ai pu
qu'être flatté des observations que M. de
Saint-Auban a faites sur mon Mémoire; il
n'auroit sûrement trouvé personne de plus
docile que moi, & de plus porté à en faire
usage, si je n'avois vu avec regret que je
ne le pouvois, la plûpart de ses observa-
tions ne me paroissans pas concluantes, &
les autres prouvant seulement que je n'ai
pas eu le bonheur d'être entendu de M. de
Saint-Auban.
Je suis peut-être dans l'erreur, mais soit
AVRIL. 1752.
en faveur de mes intentions, soit par le
zéle qu'il a pour la perfection de l'Artille-
rie, je me serois flatté d'un peu plus d'at-
tention de sa part pour saisit mes idées,
j'avois d'autant plus sujet de l'espérer que
la déclaration dont je viens de parler, assû-
roit M. de Saint-Auban de l'empressement
que j'aurois eu de lui donner des éclaircis-
semens sur l'extrait de mon mémoire qui
se trouve dans le Mercure, & de lui com-
muni quer le mémoire même pour peu
qu'il l'eût désiré
Un autre raison qui m empêche de pro-
fiter des observations de M. de Saint-Au-
ban, c'est qu'il se contente de parler de ces
expériences sans nombre qui oni servi à déter-
miner les regles que l'on suit aujourd'hui dant
PArtillerie, soit pour la longueur des pièces
soit pour leurs charges, &c. sans les rappor-
ter, j'aurois eu lieu d'attendre le contraire,
ou au moins qu on faveur de quelqu'un,
qui ne sçait peut-être pas tout ce que MM-
les Officiers d'Artillerie ont fait, il indique-
roit où on pourroit les trouver. L'autorité
de M. de Saint-Auban est sans doute d'un
grand poids, mais il ne peut disconvenit
qu en matiere de faits, on ne prouve qu'au-
tant qu on oppose expériences à experien-
ces.
En attendant qu'il nous fasse part de tou-
96 MERCUREDE FRANCE.
tes ces expériences, j'ai cru que je ne pou-
vois me dispenser de lui communiquer les
remarques que j'ai faites sur ses observa-
tions, & de lui donner en peu de mots
quelques éclaircissemens sur mon mémoi-
re, en rapportant les faits qui servent de
base à ce que j'ai avancé. Je me contente-
rai pour cela de disposer mes remarques se-
lon l'ordre des observations de M. de
Saint-Auban, cette méthode étant ici la
plus courte, par la facilité que l'on a de
recourir à son Mémoire, & me paroissant
après y avoir murement réfléchi, celle qui
convient le mieux à la forme qu'il lui a
donné. Au reste, si je l'imite dans cette dis-
position, je seus qu'il est au dessus de mes
forces de le faire dans le tour délicat qu'il
a sçu donner à ses observations: je tâche-
tai d'y suppléer par la bonté de mes rai-
sons.
Paragraphe premier. » On voit par les
expérienées qu'a faites M. le Chevalier
d'Arcy, &c. M. de Saint-Auban, com-
me je l'ai avancé, prouve qu'il ne m'a
pas entendu dès les premieres lignes de
son Mémoire. Je le prie de me dire dans
quel endroit j'ai proposé des changemens
dans les bouches à feu: je ne les crois
point assez parfaites, pour penser que la
chose soit impossible, mais je nai point
prétendu
AVRIL. 1752.
97
prétendu en indiquer. Loin de cela, dans le
Mémoire que je lus, soit prévoyance ou
pressentiment, je pris toutes les mesures
imaginables pour m'expliquer nettement
sur ce sujet, & pour que personne ne prit
ombrage de mon travail j'établis, com-
me on peut le voir par l'Extrait de M. l'Ab-
bé Raynal » que l'Artillerie pouvoit se di-
»viser en deux parties; l'une qui a pour
n objet la théorie, ou les recherches qui
»peuvent établir les principes physiques,
»d'où résulteroient théoriquement les
„meilleures bouches à feu. L'autre dont
»l'objet est plus vaste & plus important,
nqui embrasse non-seulement ce qui con-
„cerne la maniere d'employer ces armes à
„la guerre, d'établir des batteries, &c
» mais encore toutes ces connoissances que
„ l'expérience donne sur les dimensions
„ des piéces, par rapport à leur service,
„ la facilité de leur transport, &c. Plus
loin M. l'Abbé Raynal s'exprime ainsi sur
le même sujet. » Après cette introduction
„on conçoît facilement quel est le but
„que M. d'Arcy se propose, & que son
„objet est de recherchet au moyen des ex-
„ périences ces principes qui doivent ser-
» vir de base à la théorie de l'Artillerie.
J'ai rapporté tout au long ce qui se trou-
ve dans l'Extrait à ce sujet, parce que je
98 MERCURE DE FRANCE.
serai obligé d'y renvoyer plus d'une fois,
& pour qu'on juge en même tems des pré-
cautions que j'ai prises pour expliquer
clairement le but que je me suis proposé.
Cependant je vois que j'ay eu le malheur
de n'y pas réussir. M. de Saint-Auban a
cru voir dans mon Mémoire des choses
singulieres, étonnantes, dont il rapporte
une partie dans ce premier paragraphe;
ainsi par exemple, on trouve dans l'Ex-
trait, que j'ose me flatter de faire voir bien-
tôt » que lorsque l'on prend les précautions
„ requises, & que l'on employe des métho-
« des moins imparfaites que celles des
„ portées, on peut parvenir à des résultats
„assez constans, pour en déduire des prin-
ncipes surs; & M. de Saint-Auban a cru
que cela vouloit dire » qu'en suivant ce
„ que je prescrirai, les effets de la poudre
»que l'on avoit cru jusqu'ici variables, ne
„pourront être que constans, Penseroit-il
qu'à moins que les effers de la poudre ne
spient constans, on ne peut parvenir à des
résultats assex réguliers, pour en déduire
des principes. Au reste je le prie de
nous faire part de ceux que les anciens
Officiers d'Artillerie ont établis : quant.
à ce qu'il dit des modernes, je suis
comme lui entierement persuadé que leur
zele pour le service de l'Etat leur fait bien
AVRIL.
1752.
99
recevoir tout ce qui peut tendre à la per-
fection de l'Artillerie, de quelque part
qu'il vienne, & loin d'imaginer que M.
de Saint-Auban ne soit pas du même senti-
ment, je suis très-assuré au contraire,
même par ses observations, qu'il verroit
avec plaisit, toutes les tentatives que pour-
roient faire des Militaires ou d'autres per-
sonnes qui ne seroient pas du Corps de
l'Artillerie.
Paragraphe second. M. le Chevalier
d'Arcy juge qu' il y abeaucoup d'erreurs, &c.
Sans entrer dans le détail de ce que j'ai dit
à ce sujet dans mon Mémoire: je rappor-
terai seulement quelques-unes des épreu-
ves qui ont été faites par M. de Valiere
& M. Belidor, pour déterminer la charge
la plus avantageuse d'une piéce devingt-
quatre, elles suffiront je crois, pour faire
voir la vérité de ce que j'ai avancé sur la
méthode des portées.
Par les épreuves de M. de Valiere faites
à Strasbourg le 31 Août, & le 1er Septem-
bre 1740: les portées de deux coups ti-
rés à 24 livres de poudre, furent l'une
de 2200 toises, & l'autre de 2500 toises;
& celles de deux autres coups à 8 livres de
poudre de 2325 & de 2050.
Par les épreuves faites à Metz dans l'été
de 1740 par M. Belidor, on voit que dans
E1j
100 MERCURE DEFRANCE.
18 coups tirés à 9 livres, la plus grande
portée a été de 1010, & la plus petite de
715: dans ces épreuves les différences en-
tre les extrêmes sont de plus d'un quart;
dans celles de M. de Valière, elles sont à
peu près d'un 7me. & vraisemblablement,
s'il avoit répeté les épreuves plus souvent
avec une même charge, elles auroient été
plus considérables.
Ces épreuves, qui surement ont été faites
avec un très-grand soin, font assez voir que
les différences dans les portées sont trop
considérables pour quon en puisse rien
conclure de bien certain, & qu'ainsi M. de
S. Auban n'en dit point assez lorsqu'il se
contente de convenir que la meme Piéee
&c. donue à chaque coup quelque difference.
Quant aux accidens que la pratique, selon
lui, ne peut prévoir, il y en a sans doute,
mais ne doit-on pas chercher à substituer
aux moyens ordinaires des moyens plus
exacts, par lesquels en les diminuant, on
parvienne enfin à des expériences assez
régulieres, pour en tirer des conclusions
certaines. M. de Saint-Auban ajoûte que
l'air entre pour beaucoup dans la differen-
ce des portées; comme je n'ai pu deviner
de quelle façon il l'entend, sçavoir, si
c est, en ce que dans ses différentes tem-
pératures il resiste plus ou moins au mou-
Digtires bOO
AVRIL. 1752.
101
vement du boulet, ou qu'il agit avec plus
ou shoins de force dans les interstices des
grains de poudre, ou enfin qu'il rend l'in-
flammation de la poudre plus ou moins vi-
ve. Je me contenterai de lui dire qu'on
voit par les expériences de M. Robbins.
que dès que la poudre est bien séche, les
effets sont toujours à peu près les mêmes à
quelque heure du jour, & dans quelque
tems que l'on tire. Je sçais à la vérité que
felon plusieurs Auteurs lesportées sont plus
grandes le matin & le soir que dans la
journée, & dans un tems humide, que
dans un tems sec; mais je sçais aussi que
d'autres avancent précisément le contrai-
re : & qu'ainsi c'est une de ces choses, dont
faute de moyens assez exacts, on n'a enco-
re aucune connoissance certaine dans l'Ar-
tillerie.
Paragraphe troisiéme.
Elles ne sont pas
assez, &c. J'ai répondu à ce paragraphe en
répondant au précedent.
Paragraphe quatrième. C'est d'après ces
expériences, &c.
On auroit souhaité que M. de Saint-Au-
ban eut voulu rapporter ces épreuves. On
avoue qu on ne les connoît pas, car dans
tous les Auteurs que l'on a consultés sur
certe matiere, on ne voit rien de positif:
pour s'en assurer, on na qu'à voir les
EIII
102 MERCURE DE FRANCE.
Auteurs cités dans la note.
Nota. Diego Vfano, Traité de l'Artille-
rie pag, 7 & 9. La seconde partie du grand
Art de l'Artillerie de Cazimir, ch. 12 art.
17. D'Avelour, Instruction sur l'Artillerie
de France ch. 9. pag. 34. Du Praissac
Questions militaires, page 124. Maltus
Traité d'Artillerie, ch. S. pag. 89. Aure-
let, Traité des Machines & Feux d'artifice
pour la guerre. Flaurence Rivault, Elemens
d'Artillerie, pag. 125. Mémoires de
Montecuculli, liv. 1. ch. 2. pag. 65. M. le
Chevalier de Saint-fullien, la Forge de
Vulcain, pag. 32 & 33. edit. 1710. Mé-
moires d'Artillerie de Saint-Remi, seconde
édit. 1707, tome 1. pag. 83. idem tome 2.
pag. 246. Coinmentaires de Polybe, de Fo-
lard, tome 2. pag. 629. Lobreau de Four-
ville, Mémoires sur l'Artillerie. Le Mar-
quis de Santa-cruz, Réflexions militaires,
tome 9. pag. 12 & 13. idem pag. 24. Du-
lac, Theorie nouvelle sur le méchanisme
de l'Artillerie, & c.
Paragraphe cinquieme. Les expériences,
Cc.
Mon objet étant de ne rien établir que
sur les faits, il étoit dans l'ordre d'exami-
ner si les conjectures de ces habiles Physi-
ciens étoient conformes à la vérité.
Paragraphe sixième. Celles qu'a fait, &c,
103
AVRIL.
1752.
Il paroîtra singulier que M. de Saint-Au-
ban regarde comme inutiles les expérien-
ces faites pour reconnoître si l'inslamma-
tion de la poudre dans les armes à feu se
fait d'une maniere successive, ou si on peut
la regarder comme instantanée; tandis que
cette question a été agitée depuis long.
tems, & qu'en dernier lieu une des plus
illustres Académies de l'Europe, la fociété
Royale de Londres ne l'a point jugée indi-
gne de son attention, & qu'elle a nommé
un committé ex près pour reconnoître ce
qui en étoit: il est certain de plus que des
différentes vîtesses de l'inflammation, il
résulteroit des conséquences très différen-
tes.
Paragraphe septième. Les objets qui pa-
roissent, &c.
Ce paragraphe & les suivans jusqu'au
ueuvième inclusivement, n'étant qu'une
exposition de ce que j'ai rapporte dans
mon Mémoire, & des conclusions que j'en
aitiré; & M. de Saint-Auban paroissant ne
m'avoir pas bien entendu, je rapposterai ce
que dit à ce sujet M. l'Abbé Raynal, voici
comme il s'exprime en parlant de moi. „ Il
„ajoute que les questions suivantes lui pa-
„ roissent mériter d'être examinées les pre-
nmieres: scavoit, 19. qu'elle est la char-
E iiij
104 MERCURE DEFRANCE.
„ge la plus avantageuse pour un canon
»d'une longueur donnée. 2°. Quel est le
„canon le plus avantageux pour une char-
»ge donnée, & enfin quelle est le point
„où l'on doit porter le feu pour que l'in-
„flammation soit la plus prompte.
Comme il paroît de plus que M. de Saint-
Auban na pas bien conçu la différence qui
se trouve entre les deux premieres ques-
tions; je crois devoir les expliquer ici plus
au long, & ajoûter en même temps deux
mots sut les principes physiques, d'après
lesquels je suis parti: afin de répandre plus
de lumieres sur cette matiere
Il est aujourd'hui prouvé incontestable-
ment par les expériences de MM. Hauks-
bée, Hales, Robbins, &c. que la poudre
contient un fluide élastique & permanent,
qui a toutes les propriétés de l'air; que e'est
ce fluide qui se développant dans l'explo-
sion de la poudre, en fait toute la force;
que son volume dans cet état de dévelop-
pement, est à celui de la poudre qui l'a pro-
duit àpeu près comme 244 à 1. de plus
on sçait que ce fluide échauffé au dégre du
fer prêt à fondre augmente encore de vo-
lume dans le rapport de 5 à 1 l'air dont il a
les propriétés se dilatant par cette chaleur
dans le même rapport. De tout ceci il est
facile de conclure que ce fluide étant aussi
zed by Goog
AVRIL.
105
1752.
violemment échauffé qu'il l'est dans l'ex-
plosion, l'espace qu'il occuperoit dans cet
instant (si rien ne s'opposoit à la dilatation
que l'air) seroit à celui de la poudre qui
l'a produit à peu près comme 1000 à 1.
Ces faits bien connus, la maniere dont
la poudre agit sur le boulet devient facile à
l'effort du fluide qui s'est développé dans
l'explosion; car étant d'autant plus grand
que l'espace qu'il occupe est plus petit,
il s'ensuit que lorsqu'il sera étendu dans
un espace 1000 fois plus grand que le volu-
me de la poudre, il n agira plus sur le bou-
let, étant alors en équilibre avec l'air exté-
rieur. Ainsi, par exemple, une charge de8
livres dans une pièce de 24. produisant un
fluide qui occuperoit 1000 fois l'espace
que cette charge occupoit auparavant, ce
qui feroit plus de 800 pieds, en donnant
à la charge 10 pouces de long, il s'ensuit
que la longueur rhéorique d'une piéce de
24 seroit de 800 pieds, puisque le boulet
recevroit toujours une augmentation de
vitesse jusqu'à ce point.
Mais, si l'on fait attention que dans la
pratique une partie du fluide se perd par la
lumiere, par le vent du boulet, & que la
chaleur de ce fluide va toujours en dimi-
nuant, dès qu'une fois toute la poudre est
enflammée; enfin au frottement que le
Eiiij
106 MERCURE DEFRANCE.
boulet éprouve dans l'ame. On verra qu'il
n est pas étonnant que nous ayons trouvé
qu'une pièce de 24 ne devoit avoir avec
une charge de S livres que 340 pieds de
long, ayant reconnu par nos ex périences
que le fluide produit par 18 grains de pou-
dre dans un canon de six pieds, dont la ca-
pacité étoit de 25 pouces cubiques, don-
noit encore à l'extremité du canon une au-
gmentation de vîtesse au boulet.
Cette théorie des effets de la poudre
dans les armes à feu étant bien entendue,
il est facile de concevoir la différence qui
se trouve entre les deux questions que j'ai
rapportées; car quand je demande quelle est
la charge la plus avantageuse pour un ca-
non d'une longueur donnée, il est clair
que je demande la solution expérimentale
d'un problême qu'on peut regarder com-
me géométrique. Car supposons que le
fluide soit produit dans un instant, ou
que la poudre s'enflamme instantanèment,
la longueur de la charge la plus avanta-
geuse, sera à la longueur du canon comme
1. est à 2. 718. mais les causes dont on
vient de parler plus haut, comme frotte-
mens, & c. devant y apporter des change-
mens, il faut donc avoir recours à l'expé-
rience pour les reconnoître. Cependant
elle nous a montré qu'ils ne sont pas consi-
AVRIL.
1752.
107
derables dans ce cas ci, puisque nous avons
trouvé que la longueur de la charge doit
être entre le tiers & la moitié de la lon-
gueur de la piéce.
Et lorsque je demande le canon le plus
avantageux pour une charge donnée, il
est clair que cela s'entend d'un canon d'une
longueur telle que le fluide produit par
l'explosion dilate dans cette longueur, ne
puisse plus agir sur le boulet.
Paragrapne dixième. M. le Chevalier
d'Arcy ne prononce pas, &c.
Cette question est de la nature de cel-
les que les Géomêtres appellent de maxi-
mis & minimis, ou lorsqu on approche du
terme, les différences deviennent si pe-
tites, qu'elles sont insensibles; c'est pour-
quor l'on na pu déterminer par l'ex-
périence, que les deux termes entre les-
quels ce point est renfermé.
Paragraphe onzième. Longueur de ces
pieces chargées, &c.
Ces deux questions sont faciles à résou-
dre, par ce que l'on a vu dans la réponse
au paragraphe 9. ainsi l'on dira que la lon-
gueur qu il faudroit à une pièce de 24.
pour une charge de 32 ou 46 livres, seroit
à cette charge comme 340 pieds est à 8
livres, & de même que la charge qui com-
muniqueroit tout son effort au boulet dane
E vj
108 MERCURE DEFRANCE.
une piéce de 24 de 9 pieds 6 pouces de
long, se trouveroit en disant comme
340 pieds est à 8 livres; ainsi 9 pieds 6
pouces est à la charge cherchée qui seroit
de 3 onces & demi à peu près.
Paragraphe douzième, M. le Chevalier
d'Arcy, &c.
Si j'avois eu le bonheur d'être entendu
par M. de Saint-Auban, il ne me deman-
deroit pas les moyens de faire résister, &c.
Car la division que j'ai fait de l'Artillerie
& que j'ai rapporté plus haut montre assez
que le but de mon travail n est que de re-
chercher à l'aide de l'expérience, les faits
généraux qui doivent servir de base à la
théorie de l'Artillerie, & non de me char-
ger d'une partie que je sens fort au dessus
de mes forces, & qui ne convient qu'à des
perfonnes aussi experimentées que M. de
Saint-Auban.
Paragraphe treizième. On ne peut &c.
Une longueur tellement proportionnée
par rapport à la charge, que cette charge
seroit toute enflammée, lorsque le boulet
seroit parvenu à la bouche, ne seroit pas
la longueur nécessaire pour employer
toute l'action de la charge, voyez la ré-
ponse au paragraphe 7.
Paragraphe quatorzieme. Des expérience
sans nombre, & c.
AVRIL.
1752.
109
On a déjà répondu à ce paragraphe en
répondant au quatrième.
Paragraphe quinziéme & seiziéme. Les
Officiers d'Artillerie, &c.
Quoique j'aye tâché d'acquérir le plus de
connoissanee que j'ay pu sur l'Artillerie,
M. de Saint-Auban a raison de supposer
que je n'ai pas, lu tout ce que MM. les
Officiers d'Artillerie en ont écrit: cepen-
dant j'en ai assez appris pour lui dire que
ces avantages théoriques qui doivent ré-
sulter de la figure des chambres, ne peu-
vent avoir lieu, ce qui seroit facile à prou-
ver ici. Si pour être court, je ne me con-
tentois de rapporter les expériences faites
par la Société Royale.
Le committé de cette Société, chargé de
vérifier ce fait, fit faire trois chambres de
la même capacité, ajustées dans le mortier
de Hauxsbee. Leur profondeur respective
étoit de trois pouces, d'un pouce & demi,
& de trois quarts de pouces; chacune de
ces chambres remplie de poudre en conte-
noit une once, poids de troy. Le boulet pe-
soit 24. livres 6 onces - averdupoids, ou
336 onces troy: & il touchoit toujours la-
poudre, Le mortier pointé à 45 dégrés,
tiré avec la premiere chambre de 3 pouces
de profondeur, donnna dans les différentes
épreuves les portées suivantes: scavoir,
Digstnas uLO
110 MERCUREDEFRANCE
coups
pieds Anglois.
1
752.
2
685.
737.
4
733.
Dans la seconde de ces épreuves, la
chambre n'ayant pas été poussée jusqu'au
fond avant de tirer le mortier, elle s'en-
gagea par la violence du coup tellement,
qu on eut beaucoup de peine à l'en retiter.
ce qui fut vraisemblablement cause de
l'irrégularité de cette épreuve: la moyen-
ne distance des 3 autres coups est de 741
pieds. On tira ensuite trois coups avec la
chambre de de pouces, tout otant com-
me ci-devant.
coups.
466.
2
463.
463.
La moyenne distance de ces trois épreu-
ves fut de 464 pieds: on ajusta ensuite la
chambre d'un demi pouce, mais comme
elle ne remplissoit pas le mortier aussi bien
que les deux autres: on trouva les portées
sort irrégulieres.
AVRIL. 1792.
111
coups.
686.
2
998.
467.
Ce fut probablement l'humidité qui ren-
dit la troisième portée si petite, le coup
ayant été tité fort avant dans la soirée.
Paragraphe dix-septième. Malgré le
jugement & c. Ce Paragraphe, quoique sous
d'autres termes, signifiant la même chose
que le treizième, y renvoye le Lecteur.
Paragraphe dixhuitième. En général &c.
Comme je n'ai prétendu en aucune fa-
çon fixer la longueur ni l'usage des Piéces
dans la pratique, ainsi qu'on le voit par
la déclaration rapportée au commence-
ment; elle sussit pour répondre à ce para-
graphe.
Paragraphe dix- neuvième. Selon M. le
Chevalier d'Arcy. &c.
Quoique j'aye eu quelque peine à me
former une idée nette des objections con-
tenues depuis ce paragraphe jusqu'au 24eme
inclusivement, je crois cependant etre par-
venu à démêler sur quoi elles roulent, &
qu'elles se reduisent à ceci, que j'ai tort
de dire que l'ait entre pour peu de chose
dans les effets de la poudre, parce que,
suivant l'opinion de M. de Saint-Auban,
VIAMERCURE DE FRANCE.
celui qui est contenu dans les interstices
de ses grains, contribue beaucoup à la
force de son explosion; l'inflammation de
la poudre n'étant qu'un moyen de mettre
en jeu sa force élastique, 2. que l'air a
beaucoup plus de part que je ne le pré-
tends dans la cause du recul des armes à
feu tirées sans boulet, sans relever tout-
ce que dit M. de Saint-Auban sur l'obsta-
ole que la résistance de l'air oppose an recul
du canon. Je me contenterai d'examiner
son opinion, & de rapporter ce qui est
dit au sujet du recul des armes à feu dans
l'extrait du Mercure.
On a déja vu dans la réponse au para-
graphe septième que la plus grande dila-
tation de l'air par une très-grande chaleur
va à lui faire occuper un espace cinque fois
plus grand que celui qu'il occupoit aupa-
ravant. Ainsi supposant que la charge de
huit livres occupa dans une piéce de 24
un espace de dix pouces de long, que
le vuide de ses interstices équivalût à
cinque pouces, c'est à-dire, à la moitié
du volume de la charge, & que la cha-
leur de la poudre enflammée, supposée
égale à celle du fer prêt à fondre, dilate
l'air cinque fois, l'espace qu'il occuperoit
alors pour être en équilibre avec l'air ex-
téricur soroit de vingt- cinque poucos de
AVRIL. 1752. 113
long: par conséquent au-delà de cette
longueur, la poudre n'agitoit plus sur le
boulet, & la piece de vingt-quatre ne
devroit avoir théoriquement, selon l'hypo-
these de M. de Saint-Auban, que vingt-
cinque pouces de long, & dans la pratique
un peu moins: donc & c.
Quant à la seconde objection, je prie
que l'on lise l'extrait du Mercure, dont
je me contenterai de rapporter les pa-
roles suivantes. Au reste M. d'Arcy dé-
elare qu'il est bien éloigné de décider une
question qui comporte tam de difficultès, &
qu'il n'en a parlé que parce qu'il a cru qu'il
étoit à propos de faire faire attention aux Phy-
siciens à cette cause du recul qu'ils paroissent
avoir negligè jusqu'ici.
Paragraphe vingt-cinquième. On croit
sens peine &c. Si les accidens qui me sont
arrivés pendant le cours de mes expérien-
ces, ne m'avoient empêché de décider
d'une manière précise le point d'une char-
ge, où on doit l'enflammer, je croiroi
otre fort en état de déterminer ce point
pour toutes les piéces d'artillerie, quel-
ques figures qu'eussent leurs chambres.
Quant à ce que dit M. de Saint-Auban
des armes de l'Infanterie, il est étonnant
qu'il nait pas comptis mes vues; car la
facilité du service exigeant de racour-
Digsieres bi0O
114 MERCURE DEFRANCE.
cir les armes de l'Infanterie, ne falloit-
il pas scavoir le changement que cela
feroit dans les portées. J'ai montré qu'el-
les diminuoient avec les longueurs: pat
conséquent, que si les Prussiens ont l'a-
vantage de tirer vîte avec leurs fusils
courts, ils ont le desavantage de ne pas
atteindre aussi loin. Au reste une question
qui a mérité l'attention de Messieurs les
Inspecteurs Généraux de l'infanterie, mé-
ritoit bien d'être éclaircie, en tâchant de
reconnoître les principes de fait qui doi-
vent servir de base à sa solution.
De M. le Chevalier d'Arcy aux observations
de M. de Saint-Auban, Lieutenant-Général
d'Artillerie, sur le Mémoire de l'Artillerie,
&c.
AYANT déclaré que si je faisois part
au Public de mes expériences sur
l'Artillerie, ce n'étoit que dans l'espéran-
ce de recevoir des conseils de personnes
plus expérimentées què moi sur tout, de
MM. du Corps de l'Artillerie; je n'ai pu
qu'être flatté des observations que M. de
Saint-Auban a faites sur mon Mémoire; il
n'auroit sûrement trouvé personne de plus
docile que moi, & de plus porté à en faire
usage, si je n'avois vu avec regret que je
ne le pouvois, la plûpart de ses observa-
tions ne me paroissans pas concluantes, &
les autres prouvant seulement que je n'ai
pas eu le bonheur d'être entendu de M. de
Saint-Auban.
Je suis peut-être dans l'erreur, mais soit
AVRIL. 1752.
en faveur de mes intentions, soit par le
zéle qu'il a pour la perfection de l'Artille-
rie, je me serois flatté d'un peu plus d'at-
tention de sa part pour saisit mes idées,
j'avois d'autant plus sujet de l'espérer que
la déclaration dont je viens de parler, assû-
roit M. de Saint-Auban de l'empressement
que j'aurois eu de lui donner des éclaircis-
semens sur l'extrait de mon mémoire qui
se trouve dans le Mercure, & de lui com-
muni quer le mémoire même pour peu
qu'il l'eût désiré
Un autre raison qui m empêche de pro-
fiter des observations de M. de Saint-Au-
ban, c'est qu'il se contente de parler de ces
expériences sans nombre qui oni servi à déter-
miner les regles que l'on suit aujourd'hui dant
PArtillerie, soit pour la longueur des pièces
soit pour leurs charges, &c. sans les rappor-
ter, j'aurois eu lieu d'attendre le contraire,
ou au moins qu on faveur de quelqu'un,
qui ne sçait peut-être pas tout ce que MM-
les Officiers d'Artillerie ont fait, il indique-
roit où on pourroit les trouver. L'autorité
de M. de Saint-Auban est sans doute d'un
grand poids, mais il ne peut disconvenit
qu en matiere de faits, on ne prouve qu'au-
tant qu on oppose expériences à experien-
ces.
En attendant qu'il nous fasse part de tou-
96 MERCUREDE FRANCE.
tes ces expériences, j'ai cru que je ne pou-
vois me dispenser de lui communiquer les
remarques que j'ai faites sur ses observa-
tions, & de lui donner en peu de mots
quelques éclaircissemens sur mon mémoi-
re, en rapportant les faits qui servent de
base à ce que j'ai avancé. Je me contente-
rai pour cela de disposer mes remarques se-
lon l'ordre des observations de M. de
Saint-Auban, cette méthode étant ici la
plus courte, par la facilité que l'on a de
recourir à son Mémoire, & me paroissant
après y avoir murement réfléchi, celle qui
convient le mieux à la forme qu'il lui a
donné. Au reste, si je l'imite dans cette dis-
position, je seus qu'il est au dessus de mes
forces de le faire dans le tour délicat qu'il
a sçu donner à ses observations: je tâche-
tai d'y suppléer par la bonté de mes rai-
sons.
Paragraphe premier. » On voit par les
expérienées qu'a faites M. le Chevalier
d'Arcy, &c. M. de Saint-Auban, com-
me je l'ai avancé, prouve qu'il ne m'a
pas entendu dès les premieres lignes de
son Mémoire. Je le prie de me dire dans
quel endroit j'ai proposé des changemens
dans les bouches à feu: je ne les crois
point assez parfaites, pour penser que la
chose soit impossible, mais je nai point
prétendu
AVRIL. 1752.
97
prétendu en indiquer. Loin de cela, dans le
Mémoire que je lus, soit prévoyance ou
pressentiment, je pris toutes les mesures
imaginables pour m'expliquer nettement
sur ce sujet, & pour que personne ne prit
ombrage de mon travail j'établis, com-
me on peut le voir par l'Extrait de M. l'Ab-
bé Raynal » que l'Artillerie pouvoit se di-
»viser en deux parties; l'une qui a pour
n objet la théorie, ou les recherches qui
»peuvent établir les principes physiques,
»d'où résulteroient théoriquement les
„meilleures bouches à feu. L'autre dont
»l'objet est plus vaste & plus important,
nqui embrasse non-seulement ce qui con-
„cerne la maniere d'employer ces armes à
„la guerre, d'établir des batteries, &c
» mais encore toutes ces connoissances que
„ l'expérience donne sur les dimensions
„ des piéces, par rapport à leur service,
„ la facilité de leur transport, &c. Plus
loin M. l'Abbé Raynal s'exprime ainsi sur
le même sujet. » Après cette introduction
„on conçoît facilement quel est le but
„que M. d'Arcy se propose, & que son
„objet est de recherchet au moyen des ex-
„ périences ces principes qui doivent ser-
» vir de base à la théorie de l'Artillerie.
J'ai rapporté tout au long ce qui se trou-
ve dans l'Extrait à ce sujet, parce que je
98 MERCURE DE FRANCE.
serai obligé d'y renvoyer plus d'une fois,
& pour qu'on juge en même tems des pré-
cautions que j'ai prises pour expliquer
clairement le but que je me suis proposé.
Cependant je vois que j'ay eu le malheur
de n'y pas réussir. M. de Saint-Auban a
cru voir dans mon Mémoire des choses
singulieres, étonnantes, dont il rapporte
une partie dans ce premier paragraphe;
ainsi par exemple, on trouve dans l'Ex-
trait, que j'ose me flatter de faire voir bien-
tôt » que lorsque l'on prend les précautions
„ requises, & que l'on employe des métho-
« des moins imparfaites que celles des
„ portées, on peut parvenir à des résultats
„assez constans, pour en déduire des prin-
ncipes surs; & M. de Saint-Auban a cru
que cela vouloit dire » qu'en suivant ce
„ que je prescrirai, les effets de la poudre
»que l'on avoit cru jusqu'ici variables, ne
„pourront être que constans, Penseroit-il
qu'à moins que les effers de la poudre ne
spient constans, on ne peut parvenir à des
résultats assex réguliers, pour en déduire
des principes. Au reste je le prie de
nous faire part de ceux que les anciens
Officiers d'Artillerie ont établis : quant.
à ce qu'il dit des modernes, je suis
comme lui entierement persuadé que leur
zele pour le service de l'Etat leur fait bien
AVRIL.
1752.
99
recevoir tout ce qui peut tendre à la per-
fection de l'Artillerie, de quelque part
qu'il vienne, & loin d'imaginer que M.
de Saint-Auban ne soit pas du même senti-
ment, je suis très-assuré au contraire,
même par ses observations, qu'il verroit
avec plaisit, toutes les tentatives que pour-
roient faire des Militaires ou d'autres per-
sonnes qui ne seroient pas du Corps de
l'Artillerie.
Paragraphe second. M. le Chevalier
d'Arcy juge qu' il y abeaucoup d'erreurs, &c.
Sans entrer dans le détail de ce que j'ai dit
à ce sujet dans mon Mémoire: je rappor-
terai seulement quelques-unes des épreu-
ves qui ont été faites par M. de Valiere
& M. Belidor, pour déterminer la charge
la plus avantageuse d'une piéce devingt-
quatre, elles suffiront je crois, pour faire
voir la vérité de ce que j'ai avancé sur la
méthode des portées.
Par les épreuves de M. de Valiere faites
à Strasbourg le 31 Août, & le 1er Septem-
bre 1740: les portées de deux coups ti-
rés à 24 livres de poudre, furent l'une
de 2200 toises, & l'autre de 2500 toises;
& celles de deux autres coups à 8 livres de
poudre de 2325 & de 2050.
Par les épreuves faites à Metz dans l'été
de 1740 par M. Belidor, on voit que dans
E1j
100 MERCURE DEFRANCE.
18 coups tirés à 9 livres, la plus grande
portée a été de 1010, & la plus petite de
715: dans ces épreuves les différences en-
tre les extrêmes sont de plus d'un quart;
dans celles de M. de Valière, elles sont à
peu près d'un 7me. & vraisemblablement,
s'il avoit répeté les épreuves plus souvent
avec une même charge, elles auroient été
plus considérables.
Ces épreuves, qui surement ont été faites
avec un très-grand soin, font assez voir que
les différences dans les portées sont trop
considérables pour quon en puisse rien
conclure de bien certain, & qu'ainsi M. de
S. Auban n'en dit point assez lorsqu'il se
contente de convenir que la meme Piéee
&c. donue à chaque coup quelque difference.
Quant aux accidens que la pratique, selon
lui, ne peut prévoir, il y en a sans doute,
mais ne doit-on pas chercher à substituer
aux moyens ordinaires des moyens plus
exacts, par lesquels en les diminuant, on
parvienne enfin à des expériences assez
régulieres, pour en tirer des conclusions
certaines. M. de Saint-Auban ajoûte que
l'air entre pour beaucoup dans la differen-
ce des portées; comme je n'ai pu deviner
de quelle façon il l'entend, sçavoir, si
c est, en ce que dans ses différentes tem-
pératures il resiste plus ou moins au mou-
Digtires bOO
AVRIL. 1752.
101
vement du boulet, ou qu'il agit avec plus
ou shoins de force dans les interstices des
grains de poudre, ou enfin qu'il rend l'in-
flammation de la poudre plus ou moins vi-
ve. Je me contenterai de lui dire qu'on
voit par les expériences de M. Robbins.
que dès que la poudre est bien séche, les
effets sont toujours à peu près les mêmes à
quelque heure du jour, & dans quelque
tems que l'on tire. Je sçais à la vérité que
felon plusieurs Auteurs lesportées sont plus
grandes le matin & le soir que dans la
journée, & dans un tems humide, que
dans un tems sec; mais je sçais aussi que
d'autres avancent précisément le contrai-
re : & qu'ainsi c'est une de ces choses, dont
faute de moyens assez exacts, on n'a enco-
re aucune connoissance certaine dans l'Ar-
tillerie.
Paragraphe troisiéme.
Elles ne sont pas
assez, &c. J'ai répondu à ce paragraphe en
répondant au précedent.
Paragraphe quatrième. C'est d'après ces
expériences, &c.
On auroit souhaité que M. de Saint-Au-
ban eut voulu rapporter ces épreuves. On
avoue qu on ne les connoît pas, car dans
tous les Auteurs que l'on a consultés sur
certe matiere, on ne voit rien de positif:
pour s'en assurer, on na qu'à voir les
EIII
102 MERCURE DE FRANCE.
Auteurs cités dans la note.
Nota. Diego Vfano, Traité de l'Artille-
rie pag, 7 & 9. La seconde partie du grand
Art de l'Artillerie de Cazimir, ch. 12 art.
17. D'Avelour, Instruction sur l'Artillerie
de France ch. 9. pag. 34. Du Praissac
Questions militaires, page 124. Maltus
Traité d'Artillerie, ch. S. pag. 89. Aure-
let, Traité des Machines & Feux d'artifice
pour la guerre. Flaurence Rivault, Elemens
d'Artillerie, pag. 125. Mémoires de
Montecuculli, liv. 1. ch. 2. pag. 65. M. le
Chevalier de Saint-fullien, la Forge de
Vulcain, pag. 32 & 33. edit. 1710. Mé-
moires d'Artillerie de Saint-Remi, seconde
édit. 1707, tome 1. pag. 83. idem tome 2.
pag. 246. Coinmentaires de Polybe, de Fo-
lard, tome 2. pag. 629. Lobreau de Four-
ville, Mémoires sur l'Artillerie. Le Mar-
quis de Santa-cruz, Réflexions militaires,
tome 9. pag. 12 & 13. idem pag. 24. Du-
lac, Theorie nouvelle sur le méchanisme
de l'Artillerie, & c.
Paragraphe cinquieme. Les expériences,
Cc.
Mon objet étant de ne rien établir que
sur les faits, il étoit dans l'ordre d'exami-
ner si les conjectures de ces habiles Physi-
ciens étoient conformes à la vérité.
Paragraphe sixième. Celles qu'a fait, &c,
103
AVRIL.
1752.
Il paroîtra singulier que M. de Saint-Au-
ban regarde comme inutiles les expérien-
ces faites pour reconnoître si l'inslamma-
tion de la poudre dans les armes à feu se
fait d'une maniere successive, ou si on peut
la regarder comme instantanée; tandis que
cette question a été agitée depuis long.
tems, & qu'en dernier lieu une des plus
illustres Académies de l'Europe, la fociété
Royale de Londres ne l'a point jugée indi-
gne de son attention, & qu'elle a nommé
un committé ex près pour reconnoître ce
qui en étoit: il est certain de plus que des
différentes vîtesses de l'inflammation, il
résulteroit des conséquences très différen-
tes.
Paragraphe septième. Les objets qui pa-
roissent, &c.
Ce paragraphe & les suivans jusqu'au
ueuvième inclusivement, n'étant qu'une
exposition de ce que j'ai rapporte dans
mon Mémoire, & des conclusions que j'en
aitiré; & M. de Saint-Auban paroissant ne
m'avoir pas bien entendu, je rapposterai ce
que dit à ce sujet M. l'Abbé Raynal, voici
comme il s'exprime en parlant de moi. „ Il
„ajoute que les questions suivantes lui pa-
„ roissent mériter d'être examinées les pre-
nmieres: scavoit, 19. qu'elle est la char-
E iiij
104 MERCURE DEFRANCE.
„ge la plus avantageuse pour un canon
»d'une longueur donnée. 2°. Quel est le
„canon le plus avantageux pour une char-
»ge donnée, & enfin quelle est le point
„où l'on doit porter le feu pour que l'in-
„flammation soit la plus prompte.
Comme il paroît de plus que M. de Saint-
Auban na pas bien conçu la différence qui
se trouve entre les deux premieres ques-
tions; je crois devoir les expliquer ici plus
au long, & ajoûter en même temps deux
mots sut les principes physiques, d'après
lesquels je suis parti: afin de répandre plus
de lumieres sur cette matiere
Il est aujourd'hui prouvé incontestable-
ment par les expériences de MM. Hauks-
bée, Hales, Robbins, &c. que la poudre
contient un fluide élastique & permanent,
qui a toutes les propriétés de l'air; que e'est
ce fluide qui se développant dans l'explo-
sion de la poudre, en fait toute la force;
que son volume dans cet état de dévelop-
pement, est à celui de la poudre qui l'a pro-
duit àpeu près comme 244 à 1. de plus
on sçait que ce fluide échauffé au dégre du
fer prêt à fondre augmente encore de vo-
lume dans le rapport de 5 à 1 l'air dont il a
les propriétés se dilatant par cette chaleur
dans le même rapport. De tout ceci il est
facile de conclure que ce fluide étant aussi
zed by Goog
AVRIL.
105
1752.
violemment échauffé qu'il l'est dans l'ex-
plosion, l'espace qu'il occuperoit dans cet
instant (si rien ne s'opposoit à la dilatation
que l'air) seroit à celui de la poudre qui
l'a produit à peu près comme 1000 à 1.
Ces faits bien connus, la maniere dont
la poudre agit sur le boulet devient facile à
l'effort du fluide qui s'est développé dans
l'explosion; car étant d'autant plus grand
que l'espace qu'il occupe est plus petit,
il s'ensuit que lorsqu'il sera étendu dans
un espace 1000 fois plus grand que le volu-
me de la poudre, il n agira plus sur le bou-
let, étant alors en équilibre avec l'air exté-
rieur. Ainsi, par exemple, une charge de8
livres dans une pièce de 24. produisant un
fluide qui occuperoit 1000 fois l'espace
que cette charge occupoit auparavant, ce
qui feroit plus de 800 pieds, en donnant
à la charge 10 pouces de long, il s'ensuit
que la longueur rhéorique d'une piéce de
24 seroit de 800 pieds, puisque le boulet
recevroit toujours une augmentation de
vitesse jusqu'à ce point.
Mais, si l'on fait attention que dans la
pratique une partie du fluide se perd par la
lumiere, par le vent du boulet, & que la
chaleur de ce fluide va toujours en dimi-
nuant, dès qu'une fois toute la poudre est
enflammée; enfin au frottement que le
Eiiij
106 MERCURE DEFRANCE.
boulet éprouve dans l'ame. On verra qu'il
n est pas étonnant que nous ayons trouvé
qu'une pièce de 24 ne devoit avoir avec
une charge de S livres que 340 pieds de
long, ayant reconnu par nos ex périences
que le fluide produit par 18 grains de pou-
dre dans un canon de six pieds, dont la ca-
pacité étoit de 25 pouces cubiques, don-
noit encore à l'extremité du canon une au-
gmentation de vîtesse au boulet.
Cette théorie des effets de la poudre
dans les armes à feu étant bien entendue,
il est facile de concevoir la différence qui
se trouve entre les deux questions que j'ai
rapportées; car quand je demande quelle est
la charge la plus avantageuse pour un ca-
non d'une longueur donnée, il est clair
que je demande la solution expérimentale
d'un problême qu'on peut regarder com-
me géométrique. Car supposons que le
fluide soit produit dans un instant, ou
que la poudre s'enflamme instantanèment,
la longueur de la charge la plus avanta-
geuse, sera à la longueur du canon comme
1. est à 2. 718. mais les causes dont on
vient de parler plus haut, comme frotte-
mens, & c. devant y apporter des change-
mens, il faut donc avoir recours à l'expé-
rience pour les reconnoître. Cependant
elle nous a montré qu'ils ne sont pas consi-
AVRIL.
1752.
107
derables dans ce cas ci, puisque nous avons
trouvé que la longueur de la charge doit
être entre le tiers & la moitié de la lon-
gueur de la piéce.
Et lorsque je demande le canon le plus
avantageux pour une charge donnée, il
est clair que cela s'entend d'un canon d'une
longueur telle que le fluide produit par
l'explosion dilate dans cette longueur, ne
puisse plus agir sur le boulet.
Paragrapne dixième. M. le Chevalier
d'Arcy ne prononce pas, &c.
Cette question est de la nature de cel-
les que les Géomêtres appellent de maxi-
mis & minimis, ou lorsqu on approche du
terme, les différences deviennent si pe-
tites, qu'elles sont insensibles; c'est pour-
quor l'on na pu déterminer par l'ex-
périence, que les deux termes entre les-
quels ce point est renfermé.
Paragraphe onzième. Longueur de ces
pieces chargées, &c.
Ces deux questions sont faciles à résou-
dre, par ce que l'on a vu dans la réponse
au paragraphe 9. ainsi l'on dira que la lon-
gueur qu il faudroit à une pièce de 24.
pour une charge de 32 ou 46 livres, seroit
à cette charge comme 340 pieds est à 8
livres, & de même que la charge qui com-
muniqueroit tout son effort au boulet dane
E vj
108 MERCURE DEFRANCE.
une piéce de 24 de 9 pieds 6 pouces de
long, se trouveroit en disant comme
340 pieds est à 8 livres; ainsi 9 pieds 6
pouces est à la charge cherchée qui seroit
de 3 onces & demi à peu près.
Paragraphe douzième, M. le Chevalier
d'Arcy, &c.
Si j'avois eu le bonheur d'être entendu
par M. de Saint-Auban, il ne me deman-
deroit pas les moyens de faire résister, &c.
Car la division que j'ai fait de l'Artillerie
& que j'ai rapporté plus haut montre assez
que le but de mon travail n est que de re-
chercher à l'aide de l'expérience, les faits
généraux qui doivent servir de base à la
théorie de l'Artillerie, & non de me char-
ger d'une partie que je sens fort au dessus
de mes forces, & qui ne convient qu'à des
perfonnes aussi experimentées que M. de
Saint-Auban.
Paragraphe treizième. On ne peut &c.
Une longueur tellement proportionnée
par rapport à la charge, que cette charge
seroit toute enflammée, lorsque le boulet
seroit parvenu à la bouche, ne seroit pas
la longueur nécessaire pour employer
toute l'action de la charge, voyez la ré-
ponse au paragraphe 7.
Paragraphe quatorzieme. Des expérience
sans nombre, & c.
AVRIL.
1752.
109
On a déjà répondu à ce paragraphe en
répondant au quatrième.
Paragraphe quinziéme & seiziéme. Les
Officiers d'Artillerie, &c.
Quoique j'aye tâché d'acquérir le plus de
connoissanee que j'ay pu sur l'Artillerie,
M. de Saint-Auban a raison de supposer
que je n'ai pas, lu tout ce que MM. les
Officiers d'Artillerie en ont écrit: cepen-
dant j'en ai assez appris pour lui dire que
ces avantages théoriques qui doivent ré-
sulter de la figure des chambres, ne peu-
vent avoir lieu, ce qui seroit facile à prou-
ver ici. Si pour être court, je ne me con-
tentois de rapporter les expériences faites
par la Société Royale.
Le committé de cette Société, chargé de
vérifier ce fait, fit faire trois chambres de
la même capacité, ajustées dans le mortier
de Hauxsbee. Leur profondeur respective
étoit de trois pouces, d'un pouce & demi,
& de trois quarts de pouces; chacune de
ces chambres remplie de poudre en conte-
noit une once, poids de troy. Le boulet pe-
soit 24. livres 6 onces - averdupoids, ou
336 onces troy: & il touchoit toujours la-
poudre, Le mortier pointé à 45 dégrés,
tiré avec la premiere chambre de 3 pouces
de profondeur, donnna dans les différentes
épreuves les portées suivantes: scavoir,
Digstnas uLO
110 MERCUREDEFRANCE
coups
pieds Anglois.
1
752.
2
685.
737.
4
733.
Dans la seconde de ces épreuves, la
chambre n'ayant pas été poussée jusqu'au
fond avant de tirer le mortier, elle s'en-
gagea par la violence du coup tellement,
qu on eut beaucoup de peine à l'en retiter.
ce qui fut vraisemblablement cause de
l'irrégularité de cette épreuve: la moyen-
ne distance des 3 autres coups est de 741
pieds. On tira ensuite trois coups avec la
chambre de de pouces, tout otant com-
me ci-devant.
coups.
466.
2
463.
463.
La moyenne distance de ces trois épreu-
ves fut de 464 pieds: on ajusta ensuite la
chambre d'un demi pouce, mais comme
elle ne remplissoit pas le mortier aussi bien
que les deux autres: on trouva les portées
sort irrégulieres.
AVRIL. 1792.
111
coups.
686.
2
998.
467.
Ce fut probablement l'humidité qui ren-
dit la troisième portée si petite, le coup
ayant été tité fort avant dans la soirée.
Paragraphe dix-septième. Malgré le
jugement & c. Ce Paragraphe, quoique sous
d'autres termes, signifiant la même chose
que le treizième, y renvoye le Lecteur.
Paragraphe dixhuitième. En général &c.
Comme je n'ai prétendu en aucune fa-
çon fixer la longueur ni l'usage des Piéces
dans la pratique, ainsi qu'on le voit par
la déclaration rapportée au commence-
ment; elle sussit pour répondre à ce para-
graphe.
Paragraphe dix- neuvième. Selon M. le
Chevalier d'Arcy. &c.
Quoique j'aye eu quelque peine à me
former une idée nette des objections con-
tenues depuis ce paragraphe jusqu'au 24eme
inclusivement, je crois cependant etre par-
venu à démêler sur quoi elles roulent, &
qu'elles se reduisent à ceci, que j'ai tort
de dire que l'ait entre pour peu de chose
dans les effets de la poudre, parce que,
suivant l'opinion de M. de Saint-Auban,
VIAMERCURE DE FRANCE.
celui qui est contenu dans les interstices
de ses grains, contribue beaucoup à la
force de son explosion; l'inflammation de
la poudre n'étant qu'un moyen de mettre
en jeu sa force élastique, 2. que l'air a
beaucoup plus de part que je ne le pré-
tends dans la cause du recul des armes à
feu tirées sans boulet, sans relever tout-
ce que dit M. de Saint-Auban sur l'obsta-
ole que la résistance de l'air oppose an recul
du canon. Je me contenterai d'examiner
son opinion, & de rapporter ce qui est
dit au sujet du recul des armes à feu dans
l'extrait du Mercure.
On a déja vu dans la réponse au para-
graphe septième que la plus grande dila-
tation de l'air par une très-grande chaleur
va à lui faire occuper un espace cinque fois
plus grand que celui qu'il occupoit aupa-
ravant. Ainsi supposant que la charge de
huit livres occupa dans une piéce de 24
un espace de dix pouces de long, que
le vuide de ses interstices équivalût à
cinque pouces, c'est à-dire, à la moitié
du volume de la charge, & que la cha-
leur de la poudre enflammée, supposée
égale à celle du fer prêt à fondre, dilate
l'air cinque fois, l'espace qu'il occuperoit
alors pour être en équilibre avec l'air ex-
téricur soroit de vingt- cinque poucos de
AVRIL. 1752. 113
long: par conséquent au-delà de cette
longueur, la poudre n'agitoit plus sur le
boulet, & la piece de vingt-quatre ne
devroit avoir théoriquement, selon l'hypo-
these de M. de Saint-Auban, que vingt-
cinque pouces de long, & dans la pratique
un peu moins: donc & c.
Quant à la seconde objection, je prie
que l'on lise l'extrait du Mercure, dont
je me contenterai de rapporter les pa-
roles suivantes. Au reste M. d'Arcy dé-
elare qu'il est bien éloigné de décider une
question qui comporte tam de difficultès, &
qu'il n'en a parlé que parce qu'il a cru qu'il
étoit à propos de faire faire attention aux Phy-
siciens à cette cause du recul qu'ils paroissent
avoir negligè jusqu'ici.
Paragraphe vingt-cinquième. On croit
sens peine &c. Si les accidens qui me sont
arrivés pendant le cours de mes expérien-
ces, ne m'avoient empêché de décider
d'une manière précise le point d'une char-
ge, où on doit l'enflammer, je croiroi
otre fort en état de déterminer ce point
pour toutes les piéces d'artillerie, quel-
ques figures qu'eussent leurs chambres.
Quant à ce que dit M. de Saint-Auban
des armes de l'Infanterie, il est étonnant
qu'il nait pas comptis mes vues; car la
facilité du service exigeant de racour-
Digsieres bi0O
114 MERCURE DEFRANCE.
cir les armes de l'Infanterie, ne falloit-
il pas scavoir le changement que cela
feroit dans les portées. J'ai montré qu'el-
les diminuoient avec les longueurs: pat
conséquent, que si les Prussiens ont l'a-
vantage de tirer vîte avec leurs fusils
courts, ils ont le desavantage de ne pas
atteindre aussi loin. Au reste une question
qui a mérité l'attention de Messieurs les
Inspecteurs Généraux de l'infanterie, mé-
ritoit bien d'être éclaircie, en tâchant de
reconnoître les principes de fait qui doi-
vent servir de base à sa solution.
Fermer
Résumé : REPONSE. De M. le Chevalier d'Arcy aux observations de M. de Saint-Auban, Lieutenant-Général d'Artillerie, sur le Mémoire de l'Artillerie, &c.
Le Chevalier d'Arcy répond aux observations de M. de Saint-Auban sur son mémoire concernant l'artillerie, exprimant sa gratitude tout en regrettant certaines malinterprétations. Il décide de répondre point par point aux critiques, soulignant que son mémoire vise à établir des principes théoriques basés sur des expériences, distinguant ainsi théorie et pratique en artillerie. Le texte aborde les opinions et expériences sur l'artillerie, notamment les charges de poudre et les portées des canons. D'Arcy critique les méthodes actuelles et présente des expériences de M. de Valiere et M. Belidor pour déterminer la charge optimale pour une pièce de vingt-quatre livres. Les résultats montrent des variations significatives dans les portées, rendant difficile toute conclusion définitive. Les incertitudes liées aux conditions atmosphériques et à l'humidité sont également soulignées. D'Arcy explique que la poudre contient un fluide élastique qui se développe lors de l'explosion, exerçant une pression sur le boulet. Il distingue deux questions principales : la charge optimale pour un canon de longueur donnée et la longueur de canon optimale pour une charge donnée. Les difficultés de résolution expérimentale des questions de maximisation et de minimisation en géométrie sont mentionnées. Le texte traite des discussions techniques et expérimentales sur l'artillerie, répondant aux critiques de d'Arcy et de Saint-Auban. L'auteur vise à établir des faits généraux basés sur l'expérience pour la théorie de l'artillerie, sans prétendre résoudre des questions complexes. Des expériences de la Société Royale sur l'impact de la profondeur des chambres à poudre sur la portée des boulets sont mentionnées. Deux objections techniques et militaires sont abordées. La première concerne une cause du recul des armes, négligée par les physiciens. La seconde porte sur la détermination du point d'une charge pour enflammer les pièces d'artillerie. L'auteur affirme que ses expériences permettent de déterminer ce point pour toutes les pièces, indépendamment de la forme de leurs chambres. Concernant les armes de l'infanterie, l'auteur critique Saint-Auban pour n'avoir pas pris en compte ses observations sur la diminution des portées des armes raccourcies, soulignant l'importance de clarifier cette question pour les Inspecteurs Généraux de l'infanterie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13005
p. 114-121
DISCOURS EN VERS, SUR LE PLAISIR D'AIMER.
Début :
OUI, malgré la rigueur & le poids de ses chaînes, [...]
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texteReconnaissance textuelle : DISCOURS EN VERS, SUR LE PLAISIR D'AIMER.
DISCOURS EN VERS,
SUR LE PLAISIR D'AIMER.
OUI, malgré la rigueur & le poids de ses
chaînes,
Les plaisirs de l'Amour surpassent bien ses peines;
Si sur des coeurs cruels, tyran impétueux
Il lance avec fureur des traits cruels comme eux
Monarque bien-faisant des ames généreuses,
La loi qu'il leur impose est celle d'être heureuses.
Frivoles habitans des Cités & des Cours
Colifichets brillans formés pour les Amours
Mais dont le cour, n'apporte aux jardins de Cy-
there
AVRIL. 1752.
115
Que le godt de l'intrigue & la fureur de plaire,
Vous ignorez encor les charmes du vrai bien;
La Mode est votre Dien, l'Amour seul est le mien,
Doux & terrible enfant, ton empire adorable
A fixé dans mon corur son trône inébranlable:
Tu sçais si j'en suis digne, & s'il est sous ta loi
Un sujet plus sidele & plus tendre que moi.
Trop heureux qui connoît ces langueurs innéfa-
bles,
Ces désirs inquiets, ces mouvemens aimables
Nectar délicieux des esprits & des cours:
Les larmes des amans ont pour eux des douceurs,
Leurs plaisirs sont inexprimables
La Volupté pour eux naît du sein des douleurs.
Si du destin jaloux l'autorité sévere
El oigne d'Adonis la Reine de Cythere,
Les plaisirs du retour en seront plus touchans.
»Comme on voit en un jour d'automne & de
» primtems.
»Les brouillards élancés du sein de Vallombreuse,
»Elever jusqu'aux cieux leur vapeur ténébreuse.
» Et briser du soleil les rayons amortis;
»Si, prête à se plonger dans le lit de Thetis
»De ses voiles affreux sa splendeur dégagée
»Console d'un regard la nature affligée,
„Tout renaît, tout s'anime. Acanthis par ses
»chants
»Rend le plus tendre hommage à ses seux écla-
»» taus:
116 MERCURE DE FRANCE.
„ Les ruisseaux sont plus purs, les feuillages plus
„ sombres
»Redoublent leur fraîcheur, leur verdure & leurs
» ombres:
» Les parfums les plus doux, de la terre exhalés
„ Rappellent dans nos bois les amours envolés,
» Zephir caresse Flore avec plus de tendresse;
»Les Nymphes, les Sylvaine, dans une douce
»yvresse,
»Unissant leurs transports goûtent mille douceurs,
„Lès gazons sous leurs pas se tapissent de fleurs
„ La rose ouvre son sein, pleine d'impatience
»Tel après les horreurs d'une creelle absence
nA l'aspect de Cypris, s'élançant du tombean,
„Mon cœeur épanoui reçoit un nouvel être;
„ Dans ses yeux adorés mon amour voit renaître
„ Un nouvel univers & plus noble & p lus beau;
„Otransports! 6 plaisirs, ó suprême puissance !
„O combien la tendresse augmente l'existence !
„Déserts où j'ai passé les plus beaux de mes jours,
„ Doux & discrets témoins du plus pur des amours,
„ Beaux lieux, où de Cloris la grace enchante-
„ resse
o Plongea mes sens ravis dans des torrens d'y-
vresse
» Que pour moi votre aspect a des charmes puil-
„ sans !
„ Dans quel souvenir tendre il égare mes sens !
»Là, d'un soupir flatteur qui pénétra mon ame
Digsirad v L0O
AVRIL.
1752.
117
„L'adorable Cloris daigna payer ma flamme
»Ici, ses yeux divins partageant ma langueur
»Me disoient (si j'entend leur langage enchan,
„teur)
„ Aimez-moi, mais soyez fidelle.
» Ciel! avec quels transports tous mes vœeux,
„tout mon coeur
» Lui juroient une ardeur toujours vive & nou-
„velle
„ Sans doute les Dieux seuls connoissent ces dou-
ceurs.
C'est ainsi qu'Adonis au mystere au silence
Consioit tour à tour ses plaisirs, ses douleurs;
Et sa discrétion égale à sa constance
Méritoient de Cypris les plus tendres faveurs.
La Gréce a publié dans ses fastes menteurs
Que du Ciel autrefois chassé par la Folie
Apollon fut Berger aux champs de Thessalie
Mais j'ai sçu le secret. Son cour trop généreux
Voyant avec pitié nos erreurs, nos chiméres
Nos plaisirs languissans, nos chagrins volontaires
Vint apprendre aux mortels l'art divin d'erte heu-
reux.
Athénes l'attira par sa magnificence,
D'abord elle offrit à ses yeux
Le Temple des Beaux Aits enfans de l'abondance
BAti par le bon goût qui veille à leur deffense;
Mais le Palais brillant de la Frivolité,
Elevé par la Mode & par la Nouveauté
oog
118 MERCURE DEFRANCE.
Eblouit tous les yeux, obtient tous les hommages
Le Dieu voit confondus les fols & les faux sages
Pleins d'yvresse & d'ennui, vains, rampans &
jaloux
Se cherchant, se craignant, & se méptisans tous;
En vain il prodiguoit les trésors du génie
Envain du tendre amour il chantoit les appas,
Le p euple l'écoutoit & ne l'entendoit pas,
Les Dévots frémissoient; la bonne compagnie
Siffloit ses sentimens, ses vers, son harmonie;
Sa douceur étoit fade, & ses tons excedans
Son étiquette antique & ses propos pédans . ..
„ Laissons ces insensés, dit Phébus en colere,
„Leur mépris mutuel est leur digne salaire.
Il s'envole à l'instant vers ces bords enchantés
Que Penée enrichit de ses flots argentés.
Les arbres, les rochers accourent pour l'enten-
dre
Aux vœux d'un digne Amant Lise n'osoit se
rendre
Elle vit Apollon: elle lui dit un jour,
„ Que faites vous là haut dans ce brillant séjour ?
»Quels y sont vos plaisirs : Je ne puis les com-
„prendre
Apollon répondit avec un souris tendre
i Nous aimons, & peut-on être heureux sans
„ l'amour?
»C'est lui qui fait couler dans notre ame ravie
AVRIL. 1752.
119
» Les sources de bonheur & celles de la vie;
„Je viens vous départir des dons si précieux
» Aimez-vous, mes enfans, & vous êtes des
» Dieux
„ Quoi! N'entendez-vous pas la voix de la Na-
»tuxe
„Qui de vos préjugés condamne l'imposture !
» Ah! Que l'amour sur vous épuise tous ses traitsl
„Que feriez-vous, jeune Bergere,
»De votre cœeur, de vos attraits
„ Si vous ne connoissiez jamais
„ La douceur d'aimer & de plaire.
.
Prositons des conseils d'un Dieu qui nous instruit,
Et qui vers le bonheur par la main nous conduit.
Suivons des vrais Amans cet illustre modele,
Pétraque qui rendit son Amante immortelle
Par ses vers & ses feux constans.
Envain le tems jaloux avec sa faulx cruelle,
Avoit cru moissonner leurs plaisirs ravissans,
Leurs vœux toujours comblés & toujours renais-
sans
Près d'une Vaucluse nouvelle
Aux Champs Elysiens, Venus & les Amours
Ont réuni Pétraque à sa divine Laure;
Ils se revoyent tous les jours
Plus charmans, plus tendres encore;
Sous l'ombrage délicieux
D'un bois de Myrthe & d'Amaranthe,
. . .. .
..)
120 MERCURE DE FRANCE.
Ils cueuillent les fruits précieux
De cette ardeur persévérante
Qui les rendit égaux aux Dieux:
Toi que la mort frappa de son dard exécrable
Dans les bras des plaisirs, dans le sein adorable
De la jeunesse & de l'amour
Tendre & charmante Eglé, qui renais chaque
jour
Au fond d'un cœur inconsolable
Seul digne de t'aimer, sans espoir de retour
Vois l'Amour qui s'envole au Temple de Mémoire
Qui grave en traits de feu tes graces, ta vertu»
Et qui dit en pleurant hélas! elle a vécu
Trop peu pour ses amis, mais assez pour sa gloire.
Si dix ans de fureur, de haine ou de victoire
Ont du fier meurtrier d'Hector
A la carriere de Nestor
Egalé la vie immortelle
Combien douze ans d'amour, d'amitié de plaisirs
Doivent rendre la tienne & plus pleine & plus
belle !
Loin de nous ces Mortels sans ame, sans désirs,
Croupis dans le bourbier d'une morne indolence
Du néant au sommeil (vaine ombre d'existence
Du sommeil au néant transportés tour à tour,
Nourris d'absurdités, engraissés d'ignorance
Ils végetent cent ans, mais vivent-ils un jour ?
Non la vie est dans l'ame, & l'ame n'est qu'amour
Cependant
as O
AVRIL. 1752. 121
Cependant, vils jouets d'un sort toujours bar,
bare.
Nous voulons nous unir, & l'erreur nous sépare
La mort brise nos noeuds, & l'absence & le tems,
Nous font mourirencore au coeur de nos amans:
Ah ! sans doute il faudroit voir toujours ce qu'on
aime
s'enyvrer à longs traits de ce bonheur suprême
En pénétrer son ame, en assouvir ces yeux
Et par un goût industrieux,
Toujours vif & toujours durable,
Aiguiser chaque jour les traits délicieux
De cette joye inaltérable !
Mais. .. ò misere humaine! ô destin déplorable
Helas ! des vrais plaisirs la source intarissable
Ne fut découverte qu'aux Dieux:
Cessons pourtant d'être envieux
De leur joye éternelle & de leur gloire extrême;
Il est un bien plus précieux
Que leur immortalité même,
C'est celui d'expirer d'un transport amoureux
Dans les bras de l'objet qu'on aime.
GAILLARD.
SUR LE PLAISIR D'AIMER.
OUI, malgré la rigueur & le poids de ses
chaînes,
Les plaisirs de l'Amour surpassent bien ses peines;
Si sur des coeurs cruels, tyran impétueux
Il lance avec fureur des traits cruels comme eux
Monarque bien-faisant des ames généreuses,
La loi qu'il leur impose est celle d'être heureuses.
Frivoles habitans des Cités & des Cours
Colifichets brillans formés pour les Amours
Mais dont le cour, n'apporte aux jardins de Cy-
there
AVRIL. 1752.
115
Que le godt de l'intrigue & la fureur de plaire,
Vous ignorez encor les charmes du vrai bien;
La Mode est votre Dien, l'Amour seul est le mien,
Doux & terrible enfant, ton empire adorable
A fixé dans mon corur son trône inébranlable:
Tu sçais si j'en suis digne, & s'il est sous ta loi
Un sujet plus sidele & plus tendre que moi.
Trop heureux qui connoît ces langueurs innéfa-
bles,
Ces désirs inquiets, ces mouvemens aimables
Nectar délicieux des esprits & des cours:
Les larmes des amans ont pour eux des douceurs,
Leurs plaisirs sont inexprimables
La Volupté pour eux naît du sein des douleurs.
Si du destin jaloux l'autorité sévere
El oigne d'Adonis la Reine de Cythere,
Les plaisirs du retour en seront plus touchans.
»Comme on voit en un jour d'automne & de
» primtems.
»Les brouillards élancés du sein de Vallombreuse,
»Elever jusqu'aux cieux leur vapeur ténébreuse.
» Et briser du soleil les rayons amortis;
»Si, prête à se plonger dans le lit de Thetis
»De ses voiles affreux sa splendeur dégagée
»Console d'un regard la nature affligée,
„Tout renaît, tout s'anime. Acanthis par ses
»chants
»Rend le plus tendre hommage à ses seux écla-
»» taus:
116 MERCURE DE FRANCE.
„ Les ruisseaux sont plus purs, les feuillages plus
„ sombres
»Redoublent leur fraîcheur, leur verdure & leurs
» ombres:
» Les parfums les plus doux, de la terre exhalés
„ Rappellent dans nos bois les amours envolés,
» Zephir caresse Flore avec plus de tendresse;
»Les Nymphes, les Sylvaine, dans une douce
»yvresse,
»Unissant leurs transports goûtent mille douceurs,
„Lès gazons sous leurs pas se tapissent de fleurs
„ La rose ouvre son sein, pleine d'impatience
»Tel après les horreurs d'une creelle absence
nA l'aspect de Cypris, s'élançant du tombean,
„Mon cœeur épanoui reçoit un nouvel être;
„ Dans ses yeux adorés mon amour voit renaître
„ Un nouvel univers & plus noble & p lus beau;
„Otransports! 6 plaisirs, ó suprême puissance !
„O combien la tendresse augmente l'existence !
„Déserts où j'ai passé les plus beaux de mes jours,
„ Doux & discrets témoins du plus pur des amours,
„ Beaux lieux, où de Cloris la grace enchante-
„ resse
o Plongea mes sens ravis dans des torrens d'y-
vresse
» Que pour moi votre aspect a des charmes puil-
„ sans !
„ Dans quel souvenir tendre il égare mes sens !
»Là, d'un soupir flatteur qui pénétra mon ame
Digsirad v L0O
AVRIL.
1752.
117
„L'adorable Cloris daigna payer ma flamme
»Ici, ses yeux divins partageant ma langueur
»Me disoient (si j'entend leur langage enchan,
„teur)
„ Aimez-moi, mais soyez fidelle.
» Ciel! avec quels transports tous mes vœeux,
„tout mon coeur
» Lui juroient une ardeur toujours vive & nou-
„velle
„ Sans doute les Dieux seuls connoissent ces dou-
ceurs.
C'est ainsi qu'Adonis au mystere au silence
Consioit tour à tour ses plaisirs, ses douleurs;
Et sa discrétion égale à sa constance
Méritoient de Cypris les plus tendres faveurs.
La Gréce a publié dans ses fastes menteurs
Que du Ciel autrefois chassé par la Folie
Apollon fut Berger aux champs de Thessalie
Mais j'ai sçu le secret. Son cour trop généreux
Voyant avec pitié nos erreurs, nos chiméres
Nos plaisirs languissans, nos chagrins volontaires
Vint apprendre aux mortels l'art divin d'erte heu-
reux.
Athénes l'attira par sa magnificence,
D'abord elle offrit à ses yeux
Le Temple des Beaux Aits enfans de l'abondance
BAti par le bon goût qui veille à leur deffense;
Mais le Palais brillant de la Frivolité,
Elevé par la Mode & par la Nouveauté
oog
118 MERCURE DEFRANCE.
Eblouit tous les yeux, obtient tous les hommages
Le Dieu voit confondus les fols & les faux sages
Pleins d'yvresse & d'ennui, vains, rampans &
jaloux
Se cherchant, se craignant, & se méptisans tous;
En vain il prodiguoit les trésors du génie
Envain du tendre amour il chantoit les appas,
Le p euple l'écoutoit & ne l'entendoit pas,
Les Dévots frémissoient; la bonne compagnie
Siffloit ses sentimens, ses vers, son harmonie;
Sa douceur étoit fade, & ses tons excedans
Son étiquette antique & ses propos pédans . ..
„ Laissons ces insensés, dit Phébus en colere,
„Leur mépris mutuel est leur digne salaire.
Il s'envole à l'instant vers ces bords enchantés
Que Penée enrichit de ses flots argentés.
Les arbres, les rochers accourent pour l'enten-
dre
Aux vœux d'un digne Amant Lise n'osoit se
rendre
Elle vit Apollon: elle lui dit un jour,
„ Que faites vous là haut dans ce brillant séjour ?
»Quels y sont vos plaisirs : Je ne puis les com-
„prendre
Apollon répondit avec un souris tendre
i Nous aimons, & peut-on être heureux sans
„ l'amour?
»C'est lui qui fait couler dans notre ame ravie
AVRIL. 1752.
119
» Les sources de bonheur & celles de la vie;
„Je viens vous départir des dons si précieux
» Aimez-vous, mes enfans, & vous êtes des
» Dieux
„ Quoi! N'entendez-vous pas la voix de la Na-
»tuxe
„Qui de vos préjugés condamne l'imposture !
» Ah! Que l'amour sur vous épuise tous ses traitsl
„Que feriez-vous, jeune Bergere,
»De votre cœeur, de vos attraits
„ Si vous ne connoissiez jamais
„ La douceur d'aimer & de plaire.
.
Prositons des conseils d'un Dieu qui nous instruit,
Et qui vers le bonheur par la main nous conduit.
Suivons des vrais Amans cet illustre modele,
Pétraque qui rendit son Amante immortelle
Par ses vers & ses feux constans.
Envain le tems jaloux avec sa faulx cruelle,
Avoit cru moissonner leurs plaisirs ravissans,
Leurs vœux toujours comblés & toujours renais-
sans
Près d'une Vaucluse nouvelle
Aux Champs Elysiens, Venus & les Amours
Ont réuni Pétraque à sa divine Laure;
Ils se revoyent tous les jours
Plus charmans, plus tendres encore;
Sous l'ombrage délicieux
D'un bois de Myrthe & d'Amaranthe,
. . .. .
..)
120 MERCURE DE FRANCE.
Ils cueuillent les fruits précieux
De cette ardeur persévérante
Qui les rendit égaux aux Dieux:
Toi que la mort frappa de son dard exécrable
Dans les bras des plaisirs, dans le sein adorable
De la jeunesse & de l'amour
Tendre & charmante Eglé, qui renais chaque
jour
Au fond d'un cœur inconsolable
Seul digne de t'aimer, sans espoir de retour
Vois l'Amour qui s'envole au Temple de Mémoire
Qui grave en traits de feu tes graces, ta vertu»
Et qui dit en pleurant hélas! elle a vécu
Trop peu pour ses amis, mais assez pour sa gloire.
Si dix ans de fureur, de haine ou de victoire
Ont du fier meurtrier d'Hector
A la carriere de Nestor
Egalé la vie immortelle
Combien douze ans d'amour, d'amitié de plaisirs
Doivent rendre la tienne & plus pleine & plus
belle !
Loin de nous ces Mortels sans ame, sans désirs,
Croupis dans le bourbier d'une morne indolence
Du néant au sommeil (vaine ombre d'existence
Du sommeil au néant transportés tour à tour,
Nourris d'absurdités, engraissés d'ignorance
Ils végetent cent ans, mais vivent-ils un jour ?
Non la vie est dans l'ame, & l'ame n'est qu'amour
Cependant
as O
AVRIL. 1752. 121
Cependant, vils jouets d'un sort toujours bar,
bare.
Nous voulons nous unir, & l'erreur nous sépare
La mort brise nos noeuds, & l'absence & le tems,
Nous font mourirencore au coeur de nos amans:
Ah ! sans doute il faudroit voir toujours ce qu'on
aime
s'enyvrer à longs traits de ce bonheur suprême
En pénétrer son ame, en assouvir ces yeux
Et par un goût industrieux,
Toujours vif & toujours durable,
Aiguiser chaque jour les traits délicieux
De cette joye inaltérable !
Mais. .. ò misere humaine! ô destin déplorable
Helas ! des vrais plaisirs la source intarissable
Ne fut découverte qu'aux Dieux:
Cessons pourtant d'être envieux
De leur joye éternelle & de leur gloire extrême;
Il est un bien plus précieux
Que leur immortalité même,
C'est celui d'expirer d'un transport amoureux
Dans les bras de l'objet qu'on aime.
GAILLARD.
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Résumé : DISCOURS EN VERS, SUR LE PLAISIR D'AIMER.
Le poème 'Discours en vers, Sur le plaisir d'aimer', publié en avril 1752, met en avant les plaisirs de l'amour, considérés comme supérieurs à ses peines. L'amour est présenté comme un monarque bienveillant pour les âmes nobles, imposant une loi de bonheur. Le poète critique les habitants des villes et des cours, qui privilégient la mode aux véritables charmes de l'amour. Il célèbre les douceurs de l'amour, même dans les moments de tristesse des amants, et compare ses plaisirs à la renaissance de la nature après une période sombre. Le texte évoque des souvenirs tendres liés à une personne nommée Cloris et affirme une ardeur éternelle. Apollon, déçu par la folie humaine, enseigne l'art de devenir heureux à travers l'amour, illustré par son dialogue avec une bergère nommée Lise. Le poème conclut en exhortant à suivre l'exemple des vrais amants, comme Pétrarque, et à écouter les conseils d'Apollon. Il célèbre l'amour immortel entre Pétrarque et Laure, réunis dans les Champs Élyséens malgré la mort. Le poète exprime sa douleur face à la perte de sa bien-aimée, Églé, soulignant que douze ans d'amour enrichissent la vie. Il critique ceux qui vivent sans désir ni passion et déplore les obstacles séparant les amants, tels que la mort et l'absence. Selon lui, le plus grand bonheur est de mourir dans les bras de l'être aimé.
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13006
p. 122
Mots des Enigmes & des Logogriphes du Mercure de Mars, [titre d'après la table]
Début :
Le mot de l'Enigme du Mercure de Mars, est la Puce. Celui du premier Logogryphe [...]
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texteReconnaissance textuelle : Mots des Enigmes & des Logogriphes du Mercure de Mars, [titre d'après la table]
Le mot de l'Enigme du Mercure de
Mars, est la Puce. Celui du premier Logogryphe
est Chevalier; dans lequel on
trouve Cheval, air, Chevre, haire, rave
chair, reveil, riche, Vache, Elie ire, ache,
ail, Eve, livre, rive, re, la, vairs, lac,
vie lie, aile, levre, chair & Ciel. Celui du
second Logogryphe est Escarpolette, dans
lequel on trouve polette, pelle, Carpe,
Lotte, peste, pot, pelotte, capes, Porc, lot,
plat, lettres & port. Celui du troisiéme est
Bouclier, dans lequel on trouve boule
rove, louer, écu, Bouc, cou, re, bleu, boue,
voler, reclu, couler, Roi, clon, bouli, bou-
cle & cœur,
Mars, est la Puce. Celui du premier Logogryphe
est Chevalier; dans lequel on
trouve Cheval, air, Chevre, haire, rave
chair, reveil, riche, Vache, Elie ire, ache,
ail, Eve, livre, rive, re, la, vairs, lac,
vie lie, aile, levre, chair & Ciel. Celui du
second Logogryphe est Escarpolette, dans
lequel on trouve polette, pelle, Carpe,
Lotte, peste, pot, pelotte, capes, Porc, lot,
plat, lettres & port. Celui du troisiéme est
Bouclier, dans lequel on trouve boule
rove, louer, écu, Bouc, cou, re, bleu, boue,
voler, reclu, couler, Roi, clon, bouli, bou-
cle & cœur,
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Résumé : Mots des Enigmes & des Logogriphes du Mercure de Mars, [titre d'après la table]
Le texte propose trois énigmes sous forme de logogriffes. La première énigme est 'Puce' avec 'Chevalier' comme logogryphe, contenant des mots comme 'Cheval', 'air', 'Chèvre', 'haire', 'rave', 'chair', 'réveil', 'riche', 'Vache', 'Élie', 'ire', 'ache', 'ail', 'Ève', 'livre', 'rive', 're', 'la', 'vairs', 'lac', 'vie', 'lie', 'aile', 'lèvre', 'chair' et 'Ciel'. La deuxième énigme est 'Escarpolette', incluant 'polette', 'pelle', 'Carpe', 'Lotte', 'peste', 'pot', 'pelotte', 'capes', 'Porc', 'lot', 'plat', 'lettres' et 'port'. La troisième énigme est 'Bouclier', avec des mots tels que 'boule', 'rove', 'louer', 'écu', 'Bouc', 'cou', 're', 'bleu', 'boue', 'voler', 'reclu', 'couler', 'Roi', 'clon', 'bouli', 'boucle' et 'cœur'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13007
p. 123
ENIGME.
Début :
J'ai des milliers de soeurs, je suis en tous pays, [...]
Mots clefs :
Aiguille
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
A 1 des milliers de foeurs , je fuis en tous pays ,
Lecteur tu nous connois , notre emploi n'eft pas
rare.
Tu fçais que de nos jours l'Auteur dur & barbare
Nous habillant en bleu , va nous vendre à vil prix :
Efclavage cruel ! qui peut nombrer nos maîtres ?
Sur le champ au travail nos momens font foumis ,
On nous garde de près ; ainfique pour les traîtres;
La prifon eft pour nous le lieu le plus heureux .
Nous ne voyons le jour que pour notre infortune ;
Pour faire notre ouvrage , ô fort malencontreux !
Il faut que l'on nous mette une chaîne importune ,
Qui par tout nous pourſuit , & ce n'eft qu'à la fin
Qu'un inftant de repos vange notre esclavage ,
Pliants fous les travaux , mes foeurs de leur deftia
Terminent la carriere , & par leur propre ouvrage
Quelques- unes par fois le font décapiter.
Fuyez notre couroux , imprudente jeuneffe ,
Votre fang innocent pourroit feul vous vanger ,
Des maux que vos pareils font à notre foibleffe.
REGNARD , Lieutenant au Régiment
de Saintonge.
A 1 des milliers de foeurs , je fuis en tous pays ,
Lecteur tu nous connois , notre emploi n'eft pas
rare.
Tu fçais que de nos jours l'Auteur dur & barbare
Nous habillant en bleu , va nous vendre à vil prix :
Efclavage cruel ! qui peut nombrer nos maîtres ?
Sur le champ au travail nos momens font foumis ,
On nous garde de près ; ainfique pour les traîtres;
La prifon eft pour nous le lieu le plus heureux .
Nous ne voyons le jour que pour notre infortune ;
Pour faire notre ouvrage , ô fort malencontreux !
Il faut que l'on nous mette une chaîne importune ,
Qui par tout nous pourſuit , & ce n'eft qu'à la fin
Qu'un inftant de repos vange notre esclavage ,
Pliants fous les travaux , mes foeurs de leur deftia
Terminent la carriere , & par leur propre ouvrage
Quelques- unes par fois le font décapiter.
Fuyez notre couroux , imprudente jeuneffe ,
Votre fang innocent pourroit feul vous vanger ,
Des maux que vos pareils font à notre foibleffe.
REGNARD , Lieutenant au Régiment
de Saintonge.
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13008
p. 124
AUTRE.
Début :
Aux Ministres Chrétiens j'offre un rare tableau. [...]
Mots clefs :
Cloche
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Ux Miniftres Chrétiens j'offre un fare tableau
.
J'ai reçu le Baptême , & j'ai quitté la terre ;
Du culte du vrai Dieu j'inftruis tout fon troupeau ;
De la Religion mieux qu'un Miffionnaire
J'annonce les grandeurs , je t'appelle au tombeau
Pour tes befoins j'implore un fecours falutaire ;
Tu me maudis fouvent , & par un fort nouveau
Je parle également aux Rois comme au vulgaire.
Par le même.
Ux Miniftres Chrétiens j'offre un fare tableau
.
J'ai reçu le Baptême , & j'ai quitté la terre ;
Du culte du vrai Dieu j'inftruis tout fon troupeau ;
De la Religion mieux qu'un Miffionnaire
J'annonce les grandeurs , je t'appelle au tombeau
Pour tes befoins j'implore un fecours falutaire ;
Tu me maudis fouvent , & par un fort nouveau
Je parle également aux Rois comme au vulgaire.
Par le même.
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13009
p. 124-125
LOGOGRIPHE.
Début :
Je suis à tout le monde utile à la toilette, [...]
Mots clefs :
Papillote
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRIPHE.
LOGOGRIPHE
,
E fuis à tout le monde utile à la toilette ,
Quelquefois néceffaire à plufieurs tous les jours
La parure , Lecteur , emprunte mon fecours ,
Et peut -être à préfent l'on me voit à la tête.
Mon tout eft compofé de neuf pieds ſeulement .
Amufe- toi , tourne- les , & combinne ,
Auffi-tôt dans la Paleſtine
Tu découvriras aisément
Près de Jerufalem une ville placée
Et qu'on dit par Japhet avoir été fondée ....
Son Evêque , Lecteur , eft un Moine Français,
AVRIL. 1752 . 125
Tu dois auffi trouver un grand Auteur Anglais.. ,
Un poiffon délicat qu'on pêche dans la Saône...
Ce qu'à fon jeune enfant une Nourrice donnne.
Une ventofité , qui d'un fale conduit
Se fait fentir , entendre , en fortant avec bruit....
Un oiſeau fort criard. . . Un terme anatomique..
Un poiffon que l'on voit dans les mers d'Amérique
Qui par fa forme égale un maquereau ,
Et qui juſqu'au port fuit toujours un vaiſſeau.
§ 7 & 4 aprés , c'est moi qui juge en France....
23 & 8 ,je fuis ville de la Provence ...
245 & 9 le foutien d'un oiſeau.
12 3 & 9 , le Prince & le Chef de l'Eglife... ୨
874 59, fans moi point de chemiſe..
6 avec 7. plus 8 , j'arrofe l'Agenois . ...
52 4 avant 9 , on me craint dans les bois..
On chaffe mes petits , quelquefois on m'y laiſſe.
1 2 5.9 &.8 , je fuis jeu de jufteffe ....
Je finis , cher Lecteur , voici le trait dernier.
Retranche 1 2 & 5 , je fuis un Officier ,
Qui fçais dans un gros tems de tempête & d'orage
Garentir par mon art un vaiffeau du naufrage.
Par M. de MONTPELLIER.
,
E fuis à tout le monde utile à la toilette ,
Quelquefois néceffaire à plufieurs tous les jours
La parure , Lecteur , emprunte mon fecours ,
Et peut -être à préfent l'on me voit à la tête.
Mon tout eft compofé de neuf pieds ſeulement .
Amufe- toi , tourne- les , & combinne ,
Auffi-tôt dans la Paleſtine
Tu découvriras aisément
Près de Jerufalem une ville placée
Et qu'on dit par Japhet avoir été fondée ....
Son Evêque , Lecteur , eft un Moine Français,
AVRIL. 1752 . 125
Tu dois auffi trouver un grand Auteur Anglais.. ,
Un poiffon délicat qu'on pêche dans la Saône...
Ce qu'à fon jeune enfant une Nourrice donnne.
Une ventofité , qui d'un fale conduit
Se fait fentir , entendre , en fortant avec bruit....
Un oiſeau fort criard. . . Un terme anatomique..
Un poiffon que l'on voit dans les mers d'Amérique
Qui par fa forme égale un maquereau ,
Et qui juſqu'au port fuit toujours un vaiſſeau.
§ 7 & 4 aprés , c'est moi qui juge en France....
23 & 8 ,je fuis ville de la Provence ...
245 & 9 le foutien d'un oiſeau.
12 3 & 9 , le Prince & le Chef de l'Eglife... ୨
874 59, fans moi point de chemiſe..
6 avec 7. plus 8 , j'arrofe l'Agenois . ...
52 4 avant 9 , on me craint dans les bois..
On chaffe mes petits , quelquefois on m'y laiſſe.
1 2 5.9 &.8 , je fuis jeu de jufteffe ....
Je finis , cher Lecteur , voici le trait dernier.
Retranche 1 2 & 5 , je fuis un Officier ,
Qui fçais dans un gros tems de tempête & d'orage
Garentir par mon art un vaiffeau du naufrage.
Par M. de MONTPELLIER.
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13010
p. 126-127
AUTRE.
Début :
Je fus pour critiquer, cher Lecteur, inventée, [...]
Mots clefs :
Épigramme
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
E fus pour critiquer , cher Lecteur , inventée ,
Je fuis avec efprit rarement compofée.
A ma pointe , à ma chûte on manque tous les
jours ,
On me voit cependant courir les carrefours.
Pour te plaire il me faut l'élégant badinage ,
D'inftruire c'est mon but les hommes à tout âge
Je renferme en neuf pieds dequoi bien t'amuſer ,
Tu dois trouver d'abord ce qui re fait penſer.. ,
Avec un pied de plus je fuis pour ta deffenfe...
76431 une infame fcience , "
Et qui n'a du crédit que chez les Idiots.. -
Moins 3 , le nom qu'on donne aux Rois Orien-
.taux.
1 46 , je fuis riviere dans l'Espagne.. :
... Plus S mis avant 6 riviere d'Allemagne.
J'offre en lifant mon nom un tréfor à tes yeux,
Le plus grand de la terre & le plus précieux . . .
Je poffède un ami qui fûr toujours fincere. …..
Une pièce de bois utile à la galere ...
Une terre , où le foin croît naturellement....
L'Oiſeau qui cache tout... de plus un élément . ..
Un outil d'artiſan ... mortelle maladie. . .
Deux nottes de mufique.. un Duché d'Ita'ie …. ...
De la Mere de Dieu , Lecteur , cherche le nom ..
AVRIL 17523 127
Ce qui dans divers mots donne le même fon...
Ce qu'on te fait chanter pour fçavoir la muſique.
Le maître d'une femme... un Etat Monarchique.
Un Sanglier de cinq ans. trouve trois mots Latins,
2 3 1 4 & 9 , j'attrape les lapins....
Malgré toute la Rhétorique
Je fçais t'attraper quelquefois.
› 264 avant 1 aux Princes , même aux Rois
J'appartiens ; & je fuis à la Cour , à la Ville
En fait d'amour jeune homme habile.. ;
Les gens de mon état foupirent peu de tems ,
Hs font fous , fort hardis , & très- entreprenans.
Par le même
E fus pour critiquer , cher Lecteur , inventée ,
Je fuis avec efprit rarement compofée.
A ma pointe , à ma chûte on manque tous les
jours ,
On me voit cependant courir les carrefours.
Pour te plaire il me faut l'élégant badinage ,
D'inftruire c'est mon but les hommes à tout âge
Je renferme en neuf pieds dequoi bien t'amuſer ,
Tu dois trouver d'abord ce qui re fait penſer.. ,
Avec un pied de plus je fuis pour ta deffenfe...
76431 une infame fcience , "
Et qui n'a du crédit que chez les Idiots.. -
Moins 3 , le nom qu'on donne aux Rois Orien-
.taux.
1 46 , je fuis riviere dans l'Espagne.. :
... Plus S mis avant 6 riviere d'Allemagne.
J'offre en lifant mon nom un tréfor à tes yeux,
Le plus grand de la terre & le plus précieux . . .
Je poffède un ami qui fûr toujours fincere. …..
Une pièce de bois utile à la galere ...
Une terre , où le foin croît naturellement....
L'Oiſeau qui cache tout... de plus un élément . ..
Un outil d'artiſan ... mortelle maladie. . .
Deux nottes de mufique.. un Duché d'Ita'ie …. ...
De la Mere de Dieu , Lecteur , cherche le nom ..
AVRIL 17523 127
Ce qui dans divers mots donne le même fon...
Ce qu'on te fait chanter pour fçavoir la muſique.
Le maître d'une femme... un Etat Monarchique.
Un Sanglier de cinq ans. trouve trois mots Latins,
2 3 1 4 & 9 , j'attrape les lapins....
Malgré toute la Rhétorique
Je fçais t'attraper quelquefois.
› 264 avant 1 aux Princes , même aux Rois
J'appartiens ; & je fuis à la Cour , à la Ville
En fait d'amour jeune homme habile.. ;
Les gens de mon état foupirent peu de tems ,
Hs font fous , fort hardis , & très- entreprenans.
Par le même
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13011
p. 128-137
« REFLEXIONS critiques sur les différentes Ecoles de Peinture par M. le Marquis [...] »
Début :
REFLEXIONS critiques sur les différentes Ecoles de Peinture par M. le Marquis [...]
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texteReconnaissance textuelle : « REFLEXIONS critiques sur les différentes Ecoles de Peinture par M. le Marquis [...] »
REFLEXIONS critiques sur les différentes
Ecoles de Peinture par M. le Marquis
d'Argens. AParis, chez Rollin, Gran-
gé, Bauche, fils 1752, un volume in-12.
L'Ouvrage que nous annonçons est
écrit facilement, & rempli de connois-
sances fort étendues sur la matière qui y
est traitée. On y voit nos Peintres mis en
parallele avec les Peintres réunis de toutes
les Ecoles, & l'emporter souvent sur
eux. Il se peut que l'amour de la Patrie
ait quelquefois séduit l'Auteur; mais on
est sur qu'il ne met point de politique
dans ses jugemens: il a toujours un air de
candeur, auquel on ne peut refuser sa
confiance. Les Artistes comparés sont, Ra-
phaël & le Sueur: Michel - Ange & le
Brun: Leonard de Vinci & Jean Cousin:
Jules-Romain& Fresninet : André-del-
.Sarto & Santerre: Michel Ange-des-Batai-
les & le Bourguignon : Pierre de Crotone
& Bon Boulogne: Carle-Marate & Louis
Boulogne : le Guaspre & Claude Lorrain:
Titien & Blanchard: Tintoret & Vanloo
le pere : Paul Veronese & la Fosse : Paluie
le vieux & Rigaud: Palme le jeune & Lar-
AVRIL.
1752.
129
giliere: le Corege & Mignard : le Parme-
san & Noel Coypel: Annibal Carache &
Parmesan: le Dominicain & Jouvenet:
Michel-Ange de Caravage & le Valen-
tin: Guide René & le Poussin; Lanfranc
& Vouet : Lalbane & Antoine Coy-
pel : Benedette & Desportes : Rubens
& le Moine : Krayer & le Puget : Rim-
brant & de Troye le pere: Tenieres &
Wateau.
Pour mettre nos Lecteurs à portée de
juger du style & de la sagacité de l'Auteur
des Réflexions, nous allons copier le pa-
rallele qu'il fait de Michel-Ange & de
le Brun: on trouvera la même précision,
le même goût, les mêmès nuances, les me-
mes contrastes dans les autres.
Michel-Ange montra dès sa tendre jeu-
nesse un grand amour pour le dessein, &
par les progrès rapides qu'il y fit, il don-
na des marques certaines des grandes cho-
ses qu'il exécuteroit un jour.
Le Brun fit paroître le même amoun
& la même disposition pour le desseini
dès ses premières années. Il fit, à l'âge de-
quinze ans, deux Ouvrages qui surpri-
rent tous les Peintres: l'un représentoit.
Flercule assommant les chevaux de Diome-
de, & l'autre étoit le portrait de son grandi
pere.
Ev
2009
130 MERCUREDE FRANCE.
Michel-Ange ayant acquis une grande
réputation se servit de l'amour que Lau-
rent de Médicis avoit pour les Arts, &
établit à Florence une Académie de Pein-
ture & de Sculpture, dans laquelle se for-
merent ensuite plusieurs habiles Peintres.
Le Brun employa le credit qu'il avoit
auprès de M. Colbert, & profita de l'en-
couragement que ce Ministre donnoit aux
Arts, non-seulement pour fonder l'Aca-
démie de Peinture & de Sculpture, d'où
sont sortis. tous les grands P'eintres que
la France a eu depuis, mais il établit une
seconde Académie à Rome.
Michel-Ange fut toujours brouillé avec
Raphael: ces deux grands hommes conçu-
rent l'un pour l'autre une jalousie éton-
nante.
Le Brun & le Sueur ne furent pas moins
opposés l'un à l'autre, que l'avoient été
ces deux illustres Italiens.
Michel Ange fut aimé non- seulement
de plusieurs grands Seigneurs, mais de
plusieurs Souverains, & de plusieurs Pa-
pes. Louis XIV. donna beaucoup de mar-
ques non-seulement de sa protection,
mais même de son amitié à le Brun.
Le Brun mourut dans un âge fort avan-
cé, estimé & honoré de tous ses Compa-
triotes. Michel-Ange finit sa carriere aussi
AVRIL. 1752.
131
glorieusement qu'il l'avoit commencée. Sa
gloire se conserva pure jusqu'à l'âge de
quatre-vingt-dix ans: il mourut à Rome,
où on lui fit des obseques superbes: le
Duc Côme de Médicis, enviant à cette
Ville les restes d'un aussi grand homme
que Michel-Ange, il le fit deterrer en se-
cret pendant la nuit, & le fit transporter
à Florence, où il fut enterré avec tous
les honneurs possibles, dans l'Eglise de
Sainte-Croix.
Michel-Ange avoit un génie vaste, ca-
pable d'exécuter les plus grandes compo-
sitions; c'est ce qu'on voit dans son Ou-
vrage du Jugement Universel, & dans ses
autres Tableaux qui sont dans la Chapelle-
du Pape.
La gallerie de Versailles, les batailles
d'Alexandre, les grands Tableaux dont
nos Eglises de Paris sont remplies, & qui
sont tous composés d'une maniere subli-
me, montrent assez qu'il n'y a jamais eu-
de Peintre qui l'ait emporté sur le Brun,
pour la grandeur du génie.
Michel-Ange est un des premiers Pein-
rres qui ait banni de l'Italie la petite ma-
niere ou les restes du gothique, dont
Raphael au commencement n'étoit pas
exempt. Le Brun changea la maniere de
son Maître Vouet, il sorvit beaucoup à
Fvj.
132 MERCURE DE FRANCE.
faire abandonner les teintes sanvages &
souvent frivoles, dont ce Peintre se set-
voit pour expedier promptement ses Ou-
vrages.
Michel-Ange a dessiné très-correcte-
ment, & de la plus grande maniere, ce-
pendant, au jugement même deM. dePile.
Il n'a pu joindre à ce grand goût la pureté &
l'elegance des contours, parce qu ayant re-
garde le corps humain dans sa plus grande
force, ou ayant peut- etre pousse trop loin son
imagination la-dessus, il a fait les membres
de ses Figures trop puissans, & chargè
comme on dit, son dessein: c'est ce qui a fait
dire à bien des Connoisseurs, que Michel-
* *
Ange étoit Sauvage.
Que ique la façon de dessiner de le Brun-
soit d'une grande maniere, ainsi que cel-
le de Michel-Ange, il est moins chargé ,
plus égal, plus gracieux que lui, cepen-
dant plus correct. Il seroit cependant à-
souhaiter que le Brun eut rendu quelque-
fois ses figures plus suelles.
Michel-Ange excelloit dans l'Anato-
mie; il entendoit parfaitement l'emboi-
ture des os, l'emmanchement des mem-
bres, les fonctions des muscles, & les dif-
férens mouvemens qu'ils font selon les
diverses attitudes, mais il marquoit si
fort toures les parties da corps, qu'il sem-
zed by Goog
AVRIL.
1752.
133
ble souvent n'avoir peint que des Ecor-
chés, ce qui devient desagreable à la vue.
Le Brun a connu parfaitement l'Anato-
mie, mais il a sagement senti que, de mê-
me que la Nature a mis sur les muscles
une peau qui les adoucit en les couvrant,
la Peintre doit de même ne les mar-
quer que jusqu'à un certain point, &
avoir surtout beaucoup d'égard à l'âge, à la
condition & au Sexe des figures qu'il peint.
Michel-Ange a entierement négligé la
couleur, & l'on peut dire hardiment qu'il
a ignoré tout ce qui dépend du coloris;
ses carnations dans les clairs sont couleur
de brique, & dans les ombres sont noi-
res, & si l'on dit que ce défaut doit être
attribué au tems & non pas à Michel-An-
ge, je reponds uniquement que c'est à Mi-
chel-Ange qu'il doit être imputé puisqu'il
n'en est pas de même des Ouvrages que
Frasebasti-del-Diombo a fait d'après les-
desseins de Michel-Ange, la couleur en
étant beaucoup meilleure, & tenant du
goût Vénitien; cependant ses tableaux
sont peints dans le même tems que ceux
de Michel-Ange, il n'ya rien à répondre à
cela que de mauvaises raisons: & de mau-
vaises raisons ne valent pas la peine d'être
re futées.
Le Brun a infiniment micux colore que
134 MERCUREDEFRANCE.
Michel-Ange, on peut dire qu'il y a peu
de Peintres de l'Ecole Romaine qui ayent
poussé la connoissance du coloris aussi loin
que lui. On voit deux tableaux de lui parmi
ceux qui sont exposés au Luxembourg,
dont la couleur est très-suave. Il y a une
sainte Famille, qui se soutiendroit auprès
de l'Ouvrage du Titien. Ceux donc, qui
très médiocres Connoisseurs en Peintu-
res, ont décidé hardiment que le Brun
avoit coloré d'une maniere grise, au-
roient du voir ses meilleurs Ouvrages, ou-
consulter des gens plus éclairés qu'eux,
qui les auroient instruit jusqu'à quel
point ils devroient blâmer le coloris de
le Brun. Car il faut convenir que dans
plusieurs de ses Ouvrages, il n est point
exempt de blâmeà plusieurs égards, ses
couleurs locales sont quelquefois trivia-
les, & il na point fait assez d'attention à
donner par cette partie le véritable carac-
tere à chaque objet. Il auroit été à sou-
haiter que le Brun, en revenant de Ro-
me, eût vu l'Ecole Vénitienne, ou la Fla-
mande: mais enfin, quoique son coloris
n'ait ni la vérité ni le brillant de celui
des grands Peintres de ces Ecoles, on ne
doit pas croire que dans les tableaux, où
il a voulu montrer la connoissance qu'il
on avoit, il n'y ait de trés-belles choses
AVRIL. 1752. 139
Il ne faut, pour s'en convaincre, que
jetter les yeux sur le magnifique tableau
du massacre des Innocens, que M. le Duc
d'Orseans conserve dans son Cabinet.
Les airs de tête de Michel-Ange sont
fiers & variés; ceux de le Brun sont no-
bles, expriment ce qu'il a voulu represen-
ter, & dépeignent bien les passions de
F'ame, mais ils sont moins variés que ceux
de Michel Ange. M. de Pile a judicieuse-
ment remarqué cette trop grande uni-
formité dans la maniere de peindreles pas-
sions de l'ame. Cette générale expression, dit
cet habile Critique, des passions de l'ame,
peut avoir lieu pour le dessein tant des Figu-
res que des airs de tênte que le Brun a repré-
sentés; car ils sont presque toujours les men-
mes, quoique d'un tres-beaux choix, ce qui
vient sans doute, ou d'avoir reduit la natu-
re a l'habitude qu'il avoit contractée, ou de
n'y avoir pas assez. considerè les diversitès
dont elle est susceptible, & dont les produc-
tions singulieres ne sont pas moins l'objet du
Peintre que les générales.
Si les expressions de le Brun sont trop
uniformes, & se ressentent de ce qu'on
appelle habitude & maniere: celles de
Michel-Ange sont souvent peu naturel-
les, & tiennent de cette maniere sauvage
qui regne par tout dans le dessein de ce
oogle
136 MERCUREDE FRANCE.
Peintre; elles sont cependant d'une gran-
de force.
Les Draperies de le Brun sont bien jet-
tées, flatans & marquans le noeud avec
délicatesse; elles péchent seulement en ce
qu'elles nont point l'agréable variété des
étoffes particulieres: celles de Michel-An-
ge ont non-seulement ce derniet défaut,
mais elles sont trop adhérentes.
Les tableaux de le Brun manquent quel-
quefois par le clair obscur, cependant il
en a connu l'absolue nécessité, & la mê-
me pratiquée dans ses plus grands Quvra-
ges, comme on le peut voir dans ses Ba-
tailles d'Alexandre & dans la famille de
Darius. Michel-Ange na pas eu une meil-
leure idée du clair obscur que du coloris,
& nous avons vu combien pen il a été ha-
bile dans cette partie.
Le génie élevé de Michel-Ange tom-
boit quelque fois dans des imaginations
outrées, bizares & même extravagantes;
c'est ce qu'on peut voir dans son Juge-
gement dernier, où il a mêlé la fable avec
les vérités de l'Evangile. Il est vrai qu'il
faut convenir que de quelque nature que
soient ses pensées, soit qu'elles soient sa-
ges, soit qu'elles soient outrées & biza-
res, elles ont toujours du grand.
Le Brun a. montré dans ses plus gran-
AVRIL. 1752.
137
des compositions, ainsi que dans ses plus
petites, un esprit élevé, mais solide, qui
n agit qu'avec réflexion; il n'a jamais rien
fait entrer dans les sujets qu'il a traités
que ce qu'il convenoit d'y mettre. Il n est
point de Peintre qui ait observé avee
plus de soin non-seulement le coustumé,
mais encore tout ce qui peut servir à faire
connoître le caractere, l'état, les fonc-
tions, & le Pays des gens qu'il réprésen-
toit; c'est ce qu'on voit avec un plaisir
toujours nouveau, dans la famille de Da-
rius, qu on doit regarder comme un des
plus beaux tableaux du monde, foit par
la composition qui en est sublime, soit
par la disposition qui en est excellente,
foit par le dessein qui est très-correct,
soit par les expressions qui sont ravissan-
tes, soit pat le clair-obscur qui y est très-
fagement en usage, soit même par la cou-
leur, qui quoiqu elle soit dans ce tableau la
derniere partie, & celle qui a le moin-
dre métite, doit cependant être admirée
dans plusieurs têtes & surtout dans celle
de la mere de Darius, & de la femme de
ce Prince; soit par le pinceau qui est lé-
ger & coulant; remarquons ici que ce-
lui de Michel Ange étoit dur & sec, & se
sentoit de la main du Sculpteur.
Ecoles de Peinture par M. le Marquis
d'Argens. AParis, chez Rollin, Gran-
gé, Bauche, fils 1752, un volume in-12.
L'Ouvrage que nous annonçons est
écrit facilement, & rempli de connois-
sances fort étendues sur la matière qui y
est traitée. On y voit nos Peintres mis en
parallele avec les Peintres réunis de toutes
les Ecoles, & l'emporter souvent sur
eux. Il se peut que l'amour de la Patrie
ait quelquefois séduit l'Auteur; mais on
est sur qu'il ne met point de politique
dans ses jugemens: il a toujours un air de
candeur, auquel on ne peut refuser sa
confiance. Les Artistes comparés sont, Ra-
phaël & le Sueur: Michel - Ange & le
Brun: Leonard de Vinci & Jean Cousin:
Jules-Romain& Fresninet : André-del-
.Sarto & Santerre: Michel Ange-des-Batai-
les & le Bourguignon : Pierre de Crotone
& Bon Boulogne: Carle-Marate & Louis
Boulogne : le Guaspre & Claude Lorrain:
Titien & Blanchard: Tintoret & Vanloo
le pere : Paul Veronese & la Fosse : Paluie
le vieux & Rigaud: Palme le jeune & Lar-
AVRIL.
1752.
129
giliere: le Corege & Mignard : le Parme-
san & Noel Coypel: Annibal Carache &
Parmesan: le Dominicain & Jouvenet:
Michel-Ange de Caravage & le Valen-
tin: Guide René & le Poussin; Lanfranc
& Vouet : Lalbane & Antoine Coy-
pel : Benedette & Desportes : Rubens
& le Moine : Krayer & le Puget : Rim-
brant & de Troye le pere: Tenieres &
Wateau.
Pour mettre nos Lecteurs à portée de
juger du style & de la sagacité de l'Auteur
des Réflexions, nous allons copier le pa-
rallele qu'il fait de Michel-Ange & de
le Brun: on trouvera la même précision,
le même goût, les mêmès nuances, les me-
mes contrastes dans les autres.
Michel-Ange montra dès sa tendre jeu-
nesse un grand amour pour le dessein, &
par les progrès rapides qu'il y fit, il don-
na des marques certaines des grandes cho-
ses qu'il exécuteroit un jour.
Le Brun fit paroître le même amoun
& la même disposition pour le desseini
dès ses premières années. Il fit, à l'âge de-
quinze ans, deux Ouvrages qui surpri-
rent tous les Peintres: l'un représentoit.
Flercule assommant les chevaux de Diome-
de, & l'autre étoit le portrait de son grandi
pere.
Ev
2009
130 MERCUREDE FRANCE.
Michel-Ange ayant acquis une grande
réputation se servit de l'amour que Lau-
rent de Médicis avoit pour les Arts, &
établit à Florence une Académie de Pein-
ture & de Sculpture, dans laquelle se for-
merent ensuite plusieurs habiles Peintres.
Le Brun employa le credit qu'il avoit
auprès de M. Colbert, & profita de l'en-
couragement que ce Ministre donnoit aux
Arts, non-seulement pour fonder l'Aca-
démie de Peinture & de Sculpture, d'où
sont sortis. tous les grands P'eintres que
la France a eu depuis, mais il établit une
seconde Académie à Rome.
Michel-Ange fut toujours brouillé avec
Raphael: ces deux grands hommes conçu-
rent l'un pour l'autre une jalousie éton-
nante.
Le Brun & le Sueur ne furent pas moins
opposés l'un à l'autre, que l'avoient été
ces deux illustres Italiens.
Michel Ange fut aimé non- seulement
de plusieurs grands Seigneurs, mais de
plusieurs Souverains, & de plusieurs Pa-
pes. Louis XIV. donna beaucoup de mar-
ques non-seulement de sa protection,
mais même de son amitié à le Brun.
Le Brun mourut dans un âge fort avan-
cé, estimé & honoré de tous ses Compa-
triotes. Michel-Ange finit sa carriere aussi
AVRIL. 1752.
131
glorieusement qu'il l'avoit commencée. Sa
gloire se conserva pure jusqu'à l'âge de
quatre-vingt-dix ans: il mourut à Rome,
où on lui fit des obseques superbes: le
Duc Côme de Médicis, enviant à cette
Ville les restes d'un aussi grand homme
que Michel-Ange, il le fit deterrer en se-
cret pendant la nuit, & le fit transporter
à Florence, où il fut enterré avec tous
les honneurs possibles, dans l'Eglise de
Sainte-Croix.
Michel-Ange avoit un génie vaste, ca-
pable d'exécuter les plus grandes compo-
sitions; c'est ce qu'on voit dans son Ou-
vrage du Jugement Universel, & dans ses
autres Tableaux qui sont dans la Chapelle-
du Pape.
La gallerie de Versailles, les batailles
d'Alexandre, les grands Tableaux dont
nos Eglises de Paris sont remplies, & qui
sont tous composés d'une maniere subli-
me, montrent assez qu'il n'y a jamais eu-
de Peintre qui l'ait emporté sur le Brun,
pour la grandeur du génie.
Michel-Ange est un des premiers Pein-
rres qui ait banni de l'Italie la petite ma-
niere ou les restes du gothique, dont
Raphael au commencement n'étoit pas
exempt. Le Brun changea la maniere de
son Maître Vouet, il sorvit beaucoup à
Fvj.
132 MERCURE DE FRANCE.
faire abandonner les teintes sanvages &
souvent frivoles, dont ce Peintre se set-
voit pour expedier promptement ses Ou-
vrages.
Michel-Ange a dessiné très-correcte-
ment, & de la plus grande maniere, ce-
pendant, au jugement même deM. dePile.
Il n'a pu joindre à ce grand goût la pureté &
l'elegance des contours, parce qu ayant re-
garde le corps humain dans sa plus grande
force, ou ayant peut- etre pousse trop loin son
imagination la-dessus, il a fait les membres
de ses Figures trop puissans, & chargè
comme on dit, son dessein: c'est ce qui a fait
dire à bien des Connoisseurs, que Michel-
* *
Ange étoit Sauvage.
Que ique la façon de dessiner de le Brun-
soit d'une grande maniere, ainsi que cel-
le de Michel-Ange, il est moins chargé ,
plus égal, plus gracieux que lui, cepen-
dant plus correct. Il seroit cependant à-
souhaiter que le Brun eut rendu quelque-
fois ses figures plus suelles.
Michel-Ange excelloit dans l'Anato-
mie; il entendoit parfaitement l'emboi-
ture des os, l'emmanchement des mem-
bres, les fonctions des muscles, & les dif-
férens mouvemens qu'ils font selon les
diverses attitudes, mais il marquoit si
fort toures les parties da corps, qu'il sem-
zed by Goog
AVRIL.
1752.
133
ble souvent n'avoir peint que des Ecor-
chés, ce qui devient desagreable à la vue.
Le Brun a connu parfaitement l'Anato-
mie, mais il a sagement senti que, de mê-
me que la Nature a mis sur les muscles
une peau qui les adoucit en les couvrant,
la Peintre doit de même ne les mar-
quer que jusqu'à un certain point, &
avoir surtout beaucoup d'égard à l'âge, à la
condition & au Sexe des figures qu'il peint.
Michel-Ange a entierement négligé la
couleur, & l'on peut dire hardiment qu'il
a ignoré tout ce qui dépend du coloris;
ses carnations dans les clairs sont couleur
de brique, & dans les ombres sont noi-
res, & si l'on dit que ce défaut doit être
attribué au tems & non pas à Michel-An-
ge, je reponds uniquement que c'est à Mi-
chel-Ange qu'il doit être imputé puisqu'il
n'en est pas de même des Ouvrages que
Frasebasti-del-Diombo a fait d'après les-
desseins de Michel-Ange, la couleur en
étant beaucoup meilleure, & tenant du
goût Vénitien; cependant ses tableaux
sont peints dans le même tems que ceux
de Michel-Ange, il n'ya rien à répondre à
cela que de mauvaises raisons: & de mau-
vaises raisons ne valent pas la peine d'être
re futées.
Le Brun a infiniment micux colore que
134 MERCUREDEFRANCE.
Michel-Ange, on peut dire qu'il y a peu
de Peintres de l'Ecole Romaine qui ayent
poussé la connoissance du coloris aussi loin
que lui. On voit deux tableaux de lui parmi
ceux qui sont exposés au Luxembourg,
dont la couleur est très-suave. Il y a une
sainte Famille, qui se soutiendroit auprès
de l'Ouvrage du Titien. Ceux donc, qui
très médiocres Connoisseurs en Peintu-
res, ont décidé hardiment que le Brun
avoit coloré d'une maniere grise, au-
roient du voir ses meilleurs Ouvrages, ou-
consulter des gens plus éclairés qu'eux,
qui les auroient instruit jusqu'à quel
point ils devroient blâmer le coloris de
le Brun. Car il faut convenir que dans
plusieurs de ses Ouvrages, il n est point
exempt de blâmeà plusieurs égards, ses
couleurs locales sont quelquefois trivia-
les, & il na point fait assez d'attention à
donner par cette partie le véritable carac-
tere à chaque objet. Il auroit été à sou-
haiter que le Brun, en revenant de Ro-
me, eût vu l'Ecole Vénitienne, ou la Fla-
mande: mais enfin, quoique son coloris
n'ait ni la vérité ni le brillant de celui
des grands Peintres de ces Ecoles, on ne
doit pas croire que dans les tableaux, où
il a voulu montrer la connoissance qu'il
on avoit, il n'y ait de trés-belles choses
AVRIL. 1752. 139
Il ne faut, pour s'en convaincre, que
jetter les yeux sur le magnifique tableau
du massacre des Innocens, que M. le Duc
d'Orseans conserve dans son Cabinet.
Les airs de tête de Michel-Ange sont
fiers & variés; ceux de le Brun sont no-
bles, expriment ce qu'il a voulu represen-
ter, & dépeignent bien les passions de
F'ame, mais ils sont moins variés que ceux
de Michel Ange. M. de Pile a judicieuse-
ment remarqué cette trop grande uni-
formité dans la maniere de peindreles pas-
sions de l'ame. Cette générale expression, dit
cet habile Critique, des passions de l'ame,
peut avoir lieu pour le dessein tant des Figu-
res que des airs de tênte que le Brun a repré-
sentés; car ils sont presque toujours les men-
mes, quoique d'un tres-beaux choix, ce qui
vient sans doute, ou d'avoir reduit la natu-
re a l'habitude qu'il avoit contractée, ou de
n'y avoir pas assez. considerè les diversitès
dont elle est susceptible, & dont les produc-
tions singulieres ne sont pas moins l'objet du
Peintre que les générales.
Si les expressions de le Brun sont trop
uniformes, & se ressentent de ce qu'on
appelle habitude & maniere: celles de
Michel-Ange sont souvent peu naturel-
les, & tiennent de cette maniere sauvage
qui regne par tout dans le dessein de ce
oogle
136 MERCUREDE FRANCE.
Peintre; elles sont cependant d'une gran-
de force.
Les Draperies de le Brun sont bien jet-
tées, flatans & marquans le noeud avec
délicatesse; elles péchent seulement en ce
qu'elles nont point l'agréable variété des
étoffes particulieres: celles de Michel-An-
ge ont non-seulement ce derniet défaut,
mais elles sont trop adhérentes.
Les tableaux de le Brun manquent quel-
quefois par le clair obscur, cependant il
en a connu l'absolue nécessité, & la mê-
me pratiquée dans ses plus grands Quvra-
ges, comme on le peut voir dans ses Ba-
tailles d'Alexandre & dans la famille de
Darius. Michel-Ange na pas eu une meil-
leure idée du clair obscur que du coloris,
& nous avons vu combien pen il a été ha-
bile dans cette partie.
Le génie élevé de Michel-Ange tom-
boit quelque fois dans des imaginations
outrées, bizares & même extravagantes;
c'est ce qu'on peut voir dans son Juge-
gement dernier, où il a mêlé la fable avec
les vérités de l'Evangile. Il est vrai qu'il
faut convenir que de quelque nature que
soient ses pensées, soit qu'elles soient sa-
ges, soit qu'elles soient outrées & biza-
res, elles ont toujours du grand.
Le Brun a. montré dans ses plus gran-
AVRIL. 1752.
137
des compositions, ainsi que dans ses plus
petites, un esprit élevé, mais solide, qui
n agit qu'avec réflexion; il n'a jamais rien
fait entrer dans les sujets qu'il a traités
que ce qu'il convenoit d'y mettre. Il n est
point de Peintre qui ait observé avee
plus de soin non-seulement le coustumé,
mais encore tout ce qui peut servir à faire
connoître le caractere, l'état, les fonc-
tions, & le Pays des gens qu'il réprésen-
toit; c'est ce qu'on voit avec un plaisir
toujours nouveau, dans la famille de Da-
rius, qu on doit regarder comme un des
plus beaux tableaux du monde, foit par
la composition qui en est sublime, soit
par la disposition qui en est excellente,
foit par le dessein qui est très-correct,
soit par les expressions qui sont ravissan-
tes, soit pat le clair-obscur qui y est très-
fagement en usage, soit même par la cou-
leur, qui quoiqu elle soit dans ce tableau la
derniere partie, & celle qui a le moin-
dre métite, doit cependant être admirée
dans plusieurs têtes & surtout dans celle
de la mere de Darius, & de la femme de
ce Prince; soit par le pinceau qui est lé-
ger & coulant; remarquons ici que ce-
lui de Michel Ange étoit dur & sec, & se
sentoit de la main du Sculpteur.
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Résumé : « REFLEXIONS critiques sur les différentes Ecoles de Peinture par M. le Marquis [...] »
L'ouvrage 'Réflexions critiques sur les différentes Écoles de Peinture' du Marquis d'Argens, publié en 1752 à Paris, compare les peintres français à ceux d'autres écoles, souvent en faveur des artistes français. L'auteur, tout en manifestant un amour patriotique, conserve une certaine objectivité. Le texte compare plusieurs peintres célèbres, tels que Raphaël et Eustache Le Sueur, Michel-Ange et Charles Le Brun, Léonard de Vinci et Jean Cousin. Un parallèle détaillé entre Michel-Ange et Le Brun illustre le style de l'auteur. Michel-Ange et Le Brun ont tous deux montré un talent précoce pour le dessin et ont fondé des académies grâce à des mécènes influents : Laurent de Médicis pour Michel-Ange et Jean-Baptiste Colbert pour Le Brun. Michel-Ange et Raphaël étaient rivaux, tout comme Le Brun et Le Sueur. Michel-Ange a été apprécié par plusieurs souverains et papes, tandis que Le Brun bénéficiait de la protection de Louis XIV. Michel-Ange est connu pour ses grandes compositions comme 'Le Jugement Universel' et a banni la manière gothique en Italie. Le Brun est célèbre pour la galerie de Versailles et ses tableaux sublimes. Michel-Ange avait un dessin puissant mais parfois excessif, tandis que Le Brun offrait une approche plus gracieuse et équilibrée. Le Brun est reconnu pour sa maîtrise de l'anatomie et son sens de la mesure, adaptant ses peintures en fonction de l'âge, de la condition et du sexe des personnages. Michel-Ange, en revanche, est critiqué pour son manque de maîtrise du coloris, ses carnations étant souvent monochromes. Le Brun est loué pour son talent en matière de coloris, bien que ses couleurs locales puissent sembler triviales. Ses expressions sont nobles et appropriées, bien que moins variées que celles de Michel-Ange. Les draperies de Le Brun sont bien exécutées mais manquent de variété, tandis que celles de Michel-Ange sont trop adhérentes. Le Brun utilise efficacement le clair-obscur, contrairement à Michel-Ange.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13012
p. 138
« LETTRES amoureuses du Chevalier de ***, à Londres, & se trouvent à Paris, [...] »
Début :
LETTRES amoureuses du Chevalier de ***, à Londres, & se trouvent à Paris, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRES amoureuses du Chevalier de ***, à Londres, & se trouvent à Paris, [...] »
LETTRES amoureuses du Chevalier
de ***,
à Londres, & se trouvent à Paris,
chez le Loup, 1752, quatre volu-
mes in- 12.
L'Auteur de ces Lettres s'est mis dans
toutes les situations, où un Amant puis-
se se trouver, & il a développé les senti-
mens qu'il a imaginé qu'on y éprouvoit.
C'est l'Ouvrage d'un homme d'esprit qui
manque de chaleur.
de ***,
à Londres, & se trouvent à Paris,
chez le Loup, 1752, quatre volu-
mes in- 12.
L'Auteur de ces Lettres s'est mis dans
toutes les situations, où un Amant puis-
se se trouver, & il a développé les senti-
mens qu'il a imaginé qu'on y éprouvoit.
C'est l'Ouvrage d'un homme d'esprit qui
manque de chaleur.
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13013
p. 138
« OBSERVATIONS sur la Lettre de M. Rousseau de Geneve, à M. Grimm, par [...] »
Début :
OBSERVATIONS sur la Lettre de M. Rousseau de Geneve, à M. Grimm, par [...]
Mots clefs :
Observations, Jean-Jacques Rousseau, Friedrich Melchior Grimm
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « OBSERVATIONS sur la Lettre de M. Rousseau de Geneve, à M. Grimm, par [...] »
OBSERVATIONS fur la Lettre de
M. Rouffeau de Geneve , à M.Grimm , par
M. Gautier , Chanoine Régulier. A Naney
, chez Piere Antoine , Imprimeur ordinaire
du Roi , 1792. Brochure in- 12 de
quarante- huit pages.
M. Rouffeau de Geneve , à M.Grimm , par
M. Gautier , Chanoine Régulier. A Naney
, chez Piere Antoine , Imprimeur ordinaire
du Roi , 1792. Brochure in- 12 de
quarante- huit pages.
Fermer
13014
p. 138-139
« L'HISTOIRE du Languedoc par le P. Vaissette, Bénédictin, est sans aucune comparaison [...] »
Début :
L'HISTOIRE du Languedoc par le P. Vaissette, Bénédictin, est sans aucune comparaison [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'HISTOIRE du Languedoc par le P. Vaissette, Bénédictin, est sans aucune comparaison [...] »
L'HISTOIRE du Languedoc par le P.
Vaissette, Bénédictin, est sans aucune comparaison
la meilleure Histoire de Province
qui ait été faite. Vincent qui l'a imprimée,
& bien imprimée, se propose d'en réim-
primer quelques volumes qui lui man-
quent. Voici les conditions tout à fait
avantageuses qu'il propose pour les Sous-
cripteurs.
Les Souscriptions sont ouvertes depuis
le premier Mars 1752, & l'on ne sera ad-
mis à souscrire que jusqu au premier Juil-
AVRIL. 1752.
139
let suivant: en souscrivant, on recevra les
deux premiers volumes, & l'on payera
trente livres: en recevant les Tomes trois,
quatre & cinque au premier Juillet, on don-
nera trente livres.
Les Souscripteurs sont priés de retirer
les trois derniers volumes dans le courant
de l'année, & ils sont avertis que faute
bar eux de n'avoir retiré la totalité de
l'Ouvrage dans le cours de l'année qui sui-
vra la livraison des trois derniers volu-
mes: ils ne seront plus admis a repeter
les avances qu'il auront faites: c est une
clause ex présse des conditions proposées.
Après le premier Juillet, l'Ouvrage se
vendra le même prix qu'il se vendort pré-
cedemment, c'est-à-dire, cent dix livres
en feuilles, & les volumes ne fe dépareil-
leront plus. Les personnes qui ont déja
les deux premiers volumes de cet Ouvra-
ge sont avertis que, pendant tout le cours
de cette année, on leur donnera séparé-
ment de tous les autres, sçavoir, des trois
quatre & cinq Tomes pour chacun des-
quels elles payeront douze livres en feuil-
les. On pourra même fournir quelques
exemplaires du Tome second à ceux à qui
il pourroit manquer.
Vaissette, Bénédictin, est sans aucune comparaison
la meilleure Histoire de Province
qui ait été faite. Vincent qui l'a imprimée,
& bien imprimée, se propose d'en réim-
primer quelques volumes qui lui man-
quent. Voici les conditions tout à fait
avantageuses qu'il propose pour les Sous-
cripteurs.
Les Souscriptions sont ouvertes depuis
le premier Mars 1752, & l'on ne sera ad-
mis à souscrire que jusqu au premier Juil-
AVRIL. 1752.
139
let suivant: en souscrivant, on recevra les
deux premiers volumes, & l'on payera
trente livres: en recevant les Tomes trois,
quatre & cinque au premier Juillet, on don-
nera trente livres.
Les Souscripteurs sont priés de retirer
les trois derniers volumes dans le courant
de l'année, & ils sont avertis que faute
bar eux de n'avoir retiré la totalité de
l'Ouvrage dans le cours de l'année qui sui-
vra la livraison des trois derniers volu-
mes: ils ne seront plus admis a repeter
les avances qu'il auront faites: c est une
clause ex présse des conditions proposées.
Après le premier Juillet, l'Ouvrage se
vendra le même prix qu'il se vendort pré-
cedemment, c'est-à-dire, cent dix livres
en feuilles, & les volumes ne fe dépareil-
leront plus. Les personnes qui ont déja
les deux premiers volumes de cet Ouvra-
ge sont avertis que, pendant tout le cours
de cette année, on leur donnera séparé-
ment de tous les autres, sçavoir, des trois
quatre & cinq Tomes pour chacun des-
quels elles payeront douze livres en feuil-
les. On pourra même fournir quelques
exemplaires du Tome second à ceux à qui
il pourroit manquer.
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Résumé : « L'HISTOIRE du Languedoc par le P. Vaissette, Bénédictin, est sans aucune comparaison [...] »
Le texte traite de l'œuvre 'L'HISTOIRE du Languedoc' écrite par le bénédictin Vaissette, considérée comme la meilleure histoire provinciale. Vincent, l'imprimeur, annonce la réimpression de certains volumes manquants et ouvre les souscriptions du 1er mars au 1er avril 1752. Les souscripteurs paieront trente livres pour les deux premiers volumes et devront régler le même montant pour les tomes trois, quatre et cinq au 1er juillet. Ils devront retirer les trois derniers volumes l'année suivante, sinon ils perdront leurs avances. Après le 1er juillet, l'ouvrage sera vendu cent dix livres en feuilles, sans vente séparée des volumes. Ceux possédant déjà les deux premiers volumes peuvent acheter les tomes trois, quatre et cinq séparément à douze livres chacun. Des exemplaires du tome second sont aussi disponibles pour ceux qui en manquent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13015
p. 139-140
« LES Délices de la Solitude, ou Réflexions sur les matieres les plus importantes [...] »
Début :
LES Délices de la Solitude, ou Réflexions sur les matieres les plus importantes [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LES Délices de la Solitude, ou Réflexions sur les matieres les plus importantes [...] »
LES Délices de la Solitude, ou Réflexions
sur les matieres les plus importantes
Dipiras iO
140 MERCUREDE FRANCE.
tantes au vrai bonheur de l'homme, par M.
le Chevalier de Cramezel, ancien Offi-
cier des vaisseaux du Roi. A Paris, chez
Pecquet 1752, un vol. in-12.
On trouvera dans cet Ouvrage des ré-
flexions détachées sur le bonheur de l'hom-
me, sur la maniere dont il se doit com-
porter à l'égard des autres hommes pour
entretenir avec eux un commerce de dou-
ceur & d'équité, sur le détachement de
cœeur de tous les biens de cette vie; des
soliloques avec Dieu; une espece de Traité
de l'imortalité de l'ame, & de la soumis-
sion due à l'autorité de l'Eglise. Nous ex-
hortons le vertueux Auteur à continuer de
faire un bon usage de son loisir: le public
qui a fait acceuil au premier voluine de
son ouvrage, en verra la suite avec plaisir.
sur les matieres les plus importantes
Dipiras iO
140 MERCUREDE FRANCE.
tantes au vrai bonheur de l'homme, par M.
le Chevalier de Cramezel, ancien Offi-
cier des vaisseaux du Roi. A Paris, chez
Pecquet 1752, un vol. in-12.
On trouvera dans cet Ouvrage des ré-
flexions détachées sur le bonheur de l'hom-
me, sur la maniere dont il se doit com-
porter à l'égard des autres hommes pour
entretenir avec eux un commerce de dou-
ceur & d'équité, sur le détachement de
cœeur de tous les biens de cette vie; des
soliloques avec Dieu; une espece de Traité
de l'imortalité de l'ame, & de la soumis-
sion due à l'autorité de l'Eglise. Nous ex-
hortons le vertueux Auteur à continuer de
faire un bon usage de son loisir: le public
qui a fait acceuil au premier voluine de
son ouvrage, en verra la suite avec plaisir.
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Résumé : « LES Délices de la Solitude, ou Réflexions sur les matieres les plus importantes [...] »
Le Chevalier de Cramezel publie en 1752 'Les Délices de la Solitude', où il traite du bonheur, des relations humaines, du détachement matériel, de l'immortalité de l'âme et de la soumission à l'Église. Le livre inclut des soliloques avec Dieu. Le succès du premier volume incite l'auteur à continuer.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13016
p. 140
« LE Mexique conquis, à Paris, chez Desaint & Saillant, Durand, le Prieur ; [...] »
Début :
LE Mexique conquis, à Paris, chez Desaint & Saillant, Durand, le Prieur ; [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LE Mexique conquis, à Paris, chez Desaint & Saillant, Durand, le Prieur ; [...] »
LE Mexique conquis, à Paris, chez
Desaint & Saillant, Durand, le Prieur ;
& à Rouen, chez Lallemant, 1752, deux
vol. in-12.
C'est une espéce de Poëme-Epique en
Prose dans lequel Cortès nous a paru in fi-
niment moins grand qu'il ne l'est dans
l'admirable Histoire de Solis.
Desaint & Saillant, Durand, le Prieur ;
& à Rouen, chez Lallemant, 1752, deux
vol. in-12.
C'est une espéce de Poëme-Epique en
Prose dans lequel Cortès nous a paru in fi-
niment moins grand qu'il ne l'est dans
l'admirable Histoire de Solis.
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13017
p. 140-141
« ANECDOCTES [sic] Orientales : Ouvrage dédié aux Dames : à Berlin, & se trouve [...] »
Début :
ANECDOCTES [sic] Orientales : Ouvrage dédié aux Dames : à Berlin, & se trouve [...]
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texteReconnaissance textuelle : « ANECDOCTES [sic] Orientales : Ouvrage dédié aux Dames : à Berlin, & se trouve [...] »
ANECDOCTES [sic] Orientales : Ouvrage
dédié aux Dames : à Berlin, & se trouve
AVRIL.
1752.
141
ve à Paris, chez forry: deux brochures
in-12.
La premiere anecdocte est intitulée Osi-
ris vangée: c'est une avanture tragique
bien imaginée, & assez fortement écrite.
La seconde est intitulée le Temple de l'A-
mour, ou Zelitis & Zophire: & la troi-
siéme le triomphe de l'Amour, ou Ariane
& Sophie: ces deux derniers morceaux
sont remplis d'images, il y a des choses
bien senties, rendues avec élégance, &
facilement, mais foiblement.
dédié aux Dames : à Berlin, & se trouve
AVRIL.
1752.
141
ve à Paris, chez forry: deux brochures
in-12.
La premiere anecdocte est intitulée Osi-
ris vangée: c'est une avanture tragique
bien imaginée, & assez fortement écrite.
La seconde est intitulée le Temple de l'A-
mour, ou Zelitis & Zophire: & la troi-
siéme le triomphe de l'Amour, ou Ariane
& Sophie: ces deux derniers morceaux
sont remplis d'images, il y a des choses
bien senties, rendues avec élégance, &
facilement, mais foiblement.
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Résumé : « ANECDOCTES [sic] Orientales : Ouvrage dédié aux Dames : à Berlin, & se trouve [...] »
L'ouvrage 'Anecdotes Orientales', dédié aux dames, est publié à Berlin en avril 1752 et à Paris chez Forry. Il comprend trois anecdotes : 'Osiris vengé', une tragédie puissante, et deux récits plus légers, 'Le Temple de l'Amour, ou Zelitis & Zophire' et 'Le Triomphe de l'Amour, ou Ariane & Sophie', riches en images et élégamment écrits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13018
p. 141
« LE mot & la chose, 1752 : un volume in-12. [...] »
Début :
LE mot & la chose, 1752 : un volume in-12. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LE mot & la chose, 1752 : un volume in-12. [...] »
LE mot & la chose, 1752 : un volume
in-12.
C'est le tableau de deux Sociétés, dont
l'une passe pour être bonne Compagnie
sans l'être, & l'autre l'est sans qu'on s'en
doute. Il y a plus de vérité & d'amour
de la vertu dans cette Ouvrage que de fi-
nesse & de légereté.
in-12.
C'est le tableau de deux Sociétés, dont
l'une passe pour être bonne Compagnie
sans l'être, & l'autre l'est sans qu'on s'en
doute. Il y a plus de vérité & d'amour
de la vertu dans cette Ouvrage que de fi-
nesse & de légereté.
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13019
p. 141-146
« ELEMENS de Musique théorique, & pratique, suivant le principes [sic] de M. Rameau. [...] »
Début :
ELEMENS de Musique théorique, & pratique, suivant le principes [sic] de M. Rameau. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « ELEMENS de Musique théorique, & pratique, suivant le principes [sic] de M. Rameau. [...] »
ELEMENS de Musique théorique, &
pratique, suivant le principes [sic] de M. Rameau.
Chez David, le Breton & Durand,
L'utilité de cet Ouvrage, & l'acceuil que
lui fait le Public, nous engagent à rem-
plir la promesse que nous avons faite d'en
parler plus au long, pour le faire con-
noître aux Etrangers & aux Provinces
Disteres veOO
142 MERCUREDE FRANCE.
on y trouvera expliqués avec beaucoup de
clarté les principes de M. Rameau, qui
dans les Livres de cet illustre Artiste, ne
sont qu'à la portée d'un petit nombre de
personnes versées tout à la fois dans la
musique & dans le calcul. M. d'Alembert,
après avoir déclaré que l'ordre est la seu-
le chose qui lui apartienne dans ces Elé-
mens, expose dans un court avertissement
le plan qu'il a suivi. La premiere partie
de l'Ouvrage, destinée à expliquer d'après
M. Rameau la théorie de l'harmonie, ne
demande absolument dans ceux qui la li-
sent aucune autre connoissance de musi-
que que celle des syllables ut, re, mi, fa
sol, la, si, ut. Quelques calculs arithmé-
tiques très-simples, qu'exige la théorie de
l'harmonie, pour comparer entr'eux cer-
tains sons, sont rejettés dans des notes
qu'on pourra, si l'on veut ne pas lire,
quoiqu'il n y ait personne qui ne soit ca-
pable de les entendre avec une attention
fort légere. Dans cette premiere partie on
fait voir comment une expérience simple
& fondamentale sur la résonnance des
corps sonores, donne l'origine des deux
modes, du chant le plus naturel & de la
plus parfaite harmonie, les loix que doit
observer la suite des quintes, d'où résul-
te cette basse fondamentale, dont la con-
AVRIL.
1752.
143
noissance est due à M. Rameau, dont
tant de gens parlent, & que si peu de per-
sonnes connoissent; les loix générales
du mode, la formation de la gamme des
Grecs, & de la nôtre qui en est différen-
re, & qui est moins simple: la comparai-
son de ces deux gammes, d'où résultent
des remarques curieuses, la nécessité du
tempérament dans les instrumens à touche
& sans touche, nécessité que l'on fait ici
toucher au doigt d'une maniere très-sensi-
ble, les loix & les bizareries du mode
mineur, l'usage de la dissonance & ses ré-
gles, enfin les différens genres de musi-
que, diatonique; chromatique & enhar-
monique, & leurs différens caracteres
ious puisés dans la différence des basses
fondamentales, plus naturelles dans le
diatonique, moins dans le chromatique,
& moins encore dans l'enharmonique.
La seconde Partie est purement pra-
tique, & destinée à expliquer & à rendre
sensibles par des exemples, les régles fon-
damentales de la composition. Quoique
cette Seconde Partie soit appuyée sur les
principes exposés dans la Premiere, ce-
pendant elle est faite de manière que ceux
qui voudront se borner à la pratique,
pourront se contenter de la lire & l'en-
tendront sans peine. L'Auteur y explique
144 MERCURE DEFRANCE.
avec beaucoup de clarté les régles de la
basse fondamentale, qu'il réduit à cinque
principales, & qu'il est fort aisé de rete-
nir, parce que l'énoncé en est simple, &
qu'elles sont accompagnées d'exemples. Il
donne ensuite les régles que doit observer
le dessus par rapport à la B. F. régles qui
sont en fort petit nombre, & qui se re-
duisent pesque a ce qu on appelle préparet
& sauver les dissonances. La basse fonda-
mentale une fois bien connue, on trou-
ve que la basse appellée continue, n'est
autre chose qu'une basse fondamentale
renversée pour être plus chantante; ce
que l'Auteur détaille assez au long. Il ex-
plique les différens renversemens des ac-
cords, à la maniere de les chiffrer, quand
ils sont ainsi renversés, & ce qui doit
être très-utile aux Commençans, la façon
de retrouver la basse fondamentale, quand
la basse continue est chiffrée: par ce
moyen on peut très-facilement étudier la
basse fondamentale dans les Ouvrages de
M. Rameau. Enfin l'Auteur donne des ré-
gles très-simples pour trouver la basse fon-
damentales d'un chant donné, & pour
exemple de ces régles, le fameux mono-
logue d'Armide, enfin il est en ma puissan-
ce avec la B.F. & la basse continue. L'exem-
ple est d'autant mieux choisi, que la mo-
dulation
AVRIL. 1752.
145
dulation de ce monologue est très-belle,
très simple & sans aucune licence.
Telles sont les principales matieres trai-
tées dans cet Ouvrage, nous ne pouvons
que les indiquer aux Amateurs. On doit
sçavoir gré à M. d'Alembert, occupé
poui l'honneur de la Nation & le progrès
des Sciences à des Ouvrages considérables
de différente espêce, d'avoir bien voulu
consacrer quelques momens pour donner
sur les principes de la musique un livre
classique, à la portée de tout le monde,
& qui manquoit à toutes les Nations. L'u-
tilité générale dont on lui a persuadé que
ces élémens pourroient être, est, à ce qu'il
nous assure dans son Avertissement, le
seul motif qui l'ait engagé à publier un
Ouvrage, dont je n'hésiterois pas, dit-
il, à me faire honneur, si le fond m'en ap-
partenoit. Nous croyons que les Connois-
seurs, & même tout le Public, souscri-
ront à l'approbation de M. l'Abbé de
Condillac, juge très-éclairé dans cette ma-
tiere, & dans plusieurs autres.
„ Les systêmes, dit-il, dont l'expé-
„rience donne ou confirme les principes,
„peuvent seuls contribuer aux progrès
»des Arts & des Sciences. Celui ci me
„ paroît un modele en ce genre; l'ordre,
„ la clarté & la précision en font le ca-
146 MERCUREDE FRANCE.
»ractere. M. Rameau doit être flaté de
»voir à la portée de tout Lecteur intelli-
»gent, un systême dont il a découvert les
„principes, & qui, ce me semble pour
„etre approuvé, n'a besoin que d'être
„connu.
pratique, suivant le principes [sic] de M. Rameau.
Chez David, le Breton & Durand,
L'utilité de cet Ouvrage, & l'acceuil que
lui fait le Public, nous engagent à rem-
plir la promesse que nous avons faite d'en
parler plus au long, pour le faire con-
noître aux Etrangers & aux Provinces
Disteres veOO
142 MERCUREDE FRANCE.
on y trouvera expliqués avec beaucoup de
clarté les principes de M. Rameau, qui
dans les Livres de cet illustre Artiste, ne
sont qu'à la portée d'un petit nombre de
personnes versées tout à la fois dans la
musique & dans le calcul. M. d'Alembert,
après avoir déclaré que l'ordre est la seu-
le chose qui lui apartienne dans ces Elé-
mens, expose dans un court avertissement
le plan qu'il a suivi. La premiere partie
de l'Ouvrage, destinée à expliquer d'après
M. Rameau la théorie de l'harmonie, ne
demande absolument dans ceux qui la li-
sent aucune autre connoissance de musi-
que que celle des syllables ut, re, mi, fa
sol, la, si, ut. Quelques calculs arithmé-
tiques très-simples, qu'exige la théorie de
l'harmonie, pour comparer entr'eux cer-
tains sons, sont rejettés dans des notes
qu'on pourra, si l'on veut ne pas lire,
quoiqu'il n y ait personne qui ne soit ca-
pable de les entendre avec une attention
fort légere. Dans cette premiere partie on
fait voir comment une expérience simple
& fondamentale sur la résonnance des
corps sonores, donne l'origine des deux
modes, du chant le plus naturel & de la
plus parfaite harmonie, les loix que doit
observer la suite des quintes, d'où résul-
te cette basse fondamentale, dont la con-
AVRIL.
1752.
143
noissance est due à M. Rameau, dont
tant de gens parlent, & que si peu de per-
sonnes connoissent; les loix générales
du mode, la formation de la gamme des
Grecs, & de la nôtre qui en est différen-
re, & qui est moins simple: la comparai-
son de ces deux gammes, d'où résultent
des remarques curieuses, la nécessité du
tempérament dans les instrumens à touche
& sans touche, nécessité que l'on fait ici
toucher au doigt d'une maniere très-sensi-
ble, les loix & les bizareries du mode
mineur, l'usage de la dissonance & ses ré-
gles, enfin les différens genres de musi-
que, diatonique; chromatique & enhar-
monique, & leurs différens caracteres
ious puisés dans la différence des basses
fondamentales, plus naturelles dans le
diatonique, moins dans le chromatique,
& moins encore dans l'enharmonique.
La seconde Partie est purement pra-
tique, & destinée à expliquer & à rendre
sensibles par des exemples, les régles fon-
damentales de la composition. Quoique
cette Seconde Partie soit appuyée sur les
principes exposés dans la Premiere, ce-
pendant elle est faite de manière que ceux
qui voudront se borner à la pratique,
pourront se contenter de la lire & l'en-
tendront sans peine. L'Auteur y explique
144 MERCURE DEFRANCE.
avec beaucoup de clarté les régles de la
basse fondamentale, qu'il réduit à cinque
principales, & qu'il est fort aisé de rete-
nir, parce que l'énoncé en est simple, &
qu'elles sont accompagnées d'exemples. Il
donne ensuite les régles que doit observer
le dessus par rapport à la B. F. régles qui
sont en fort petit nombre, & qui se re-
duisent pesque a ce qu on appelle préparet
& sauver les dissonances. La basse fonda-
mentale une fois bien connue, on trou-
ve que la basse appellée continue, n'est
autre chose qu'une basse fondamentale
renversée pour être plus chantante; ce
que l'Auteur détaille assez au long. Il ex-
plique les différens renversemens des ac-
cords, à la maniere de les chiffrer, quand
ils sont ainsi renversés, & ce qui doit
être très-utile aux Commençans, la façon
de retrouver la basse fondamentale, quand
la basse continue est chiffrée: par ce
moyen on peut très-facilement étudier la
basse fondamentale dans les Ouvrages de
M. Rameau. Enfin l'Auteur donne des ré-
gles très-simples pour trouver la basse fon-
damentales d'un chant donné, & pour
exemple de ces régles, le fameux mono-
logue d'Armide, enfin il est en ma puissan-
ce avec la B.F. & la basse continue. L'exem-
ple est d'autant mieux choisi, que la mo-
dulation
AVRIL. 1752.
145
dulation de ce monologue est très-belle,
très simple & sans aucune licence.
Telles sont les principales matieres trai-
tées dans cet Ouvrage, nous ne pouvons
que les indiquer aux Amateurs. On doit
sçavoir gré à M. d'Alembert, occupé
poui l'honneur de la Nation & le progrès
des Sciences à des Ouvrages considérables
de différente espêce, d'avoir bien voulu
consacrer quelques momens pour donner
sur les principes de la musique un livre
classique, à la portée de tout le monde,
& qui manquoit à toutes les Nations. L'u-
tilité générale dont on lui a persuadé que
ces élémens pourroient être, est, à ce qu'il
nous assure dans son Avertissement, le
seul motif qui l'ait engagé à publier un
Ouvrage, dont je n'hésiterois pas, dit-
il, à me faire honneur, si le fond m'en ap-
partenoit. Nous croyons que les Connois-
seurs, & même tout le Public, souscri-
ront à l'approbation de M. l'Abbé de
Condillac, juge très-éclairé dans cette ma-
tiere, & dans plusieurs autres.
„ Les systêmes, dit-il, dont l'expé-
„rience donne ou confirme les principes,
„peuvent seuls contribuer aux progrès
»des Arts & des Sciences. Celui ci me
„ paroît un modele en ce genre; l'ordre,
„ la clarté & la précision en font le ca-
146 MERCUREDE FRANCE.
»ractere. M. Rameau doit être flaté de
»voir à la portée de tout Lecteur intelli-
»gent, un systême dont il a découvert les
„principes, & qui, ce me semble pour
„etre approuvé, n'a besoin que d'être
„connu.
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Résumé : « ELEMENS de Musique théorique, & pratique, suivant le principes [sic] de M. Rameau. [...] »
L'ouvrage 'Éléments de Musique théorique et pratique' repose sur les principes de Jean-Philippe Rameau et est publié chez David, le Breton et Durand. Son objectif est de rendre accessibles les théories musicales complexes de Rameau à un public plus large. L'auteur, Jean le Rond d'Alembert, structure l'ouvrage en deux parties : une partie théorique et une partie pratique. La première partie expose les principes de l'harmonie de Rameau, nécessitant uniquement la connaissance des syllabes musicales et quelques calculs arithmétiques simples. Elle aborde des sujets tels que la résonance des corps sonores, les modes musicaux, la gamme grecque et moderne, le tempérament des instruments, ainsi que les genres musicaux diatonique, chromatique et enharmonique. La seconde partie se concentre sur la pratique musicale, expliquant les règles de la composition et de la basse fondamentale, illustrées par des exemples concrets comme le monologue d'Armide. D'Alembert souligne l'utilité générale de cet ouvrage, soulignant qu'il manque à toutes les nations, et exprime sa gratitude envers Rameau. L'abbé de Condillac loue également l'ouvrage pour son ordre, sa clarté et sa précision, le considérant comme un modèle pour les arts et les sciences.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13020
p. 146
« HISTOIRE de Bertholde, Traduction libre de l'Italien de Julio Caesare Croci, [...] »
Début :
HISTOIRE de Bertholde, Traduction libre de l'Italien de Julio Caesare Croci, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE de Bertholde, Traduction libre de l'Italien de Julio Caesare Croci, [...] »
HISTOIRE de Bertholde, Traduction
libre de l'Italien de Julio Caesare Croci,
& des Académiciens Della Crusia,
1752, deux vol. in-12, à la Haye; & se
trouve a Paris,
L'Histoire de Bertholde a beaucoup réus-
en Italie, parce qu'elle est très bien
écrite dans la langue originale, & que la
plaisanterie est dans le goût Italien. Il ne
nous paroît pas que la Traduction ait, ni
puisse avoir le même succès.
libre de l'Italien de Julio Caesare Croci,
& des Académiciens Della Crusia,
1752, deux vol. in-12, à la Haye; & se
trouve a Paris,
L'Histoire de Bertholde a beaucoup réus-
en Italie, parce qu'elle est très bien
écrite dans la langue originale, & que la
plaisanterie est dans le goût Italien. Il ne
nous paroît pas que la Traduction ait, ni
puisse avoir le même succès.
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13021
p. 146
« CORNICHON & Toupete, Histoire-Fée. A la Haye, chez Pierre de Hondt, [...] »
Début :
CORNICHON & Toupete, Histoire-Fée. A la Haye, chez Pierre de Hondt, [...]
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texteReconnaissance textuelle : « CORNICHON & Toupete, Histoire-Fée. A la Haye, chez Pierre de Hondt, [...] »
CORNICHON & Toupete, Histoire-Fée.
A la Haye, chez Pierre de Hondt,
1752, brochure d'environ 200. pages.
A la Haye, chez Pierre de Hondt,
1752, brochure d'environ 200. pages.
Fermer
13022
p. 146-147
« VOYAGE Pittoresque de Paris, ou indication de tout ce qu'il y a de plus [...] »
Début :
VOYAGE Pittoresque de Paris, ou indication de tout ce qu'il y a de plus [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « VOYAGE Pittoresque de Paris, ou indication de tout ce qu'il y a de plus [...] »
VOYAGE Pittoresque de Paris, ou
indication de tout ce qu'il y a de plus
beau dans cette grande Ville, en Peintu-
re, Sculpture & Architectute: par M.
D***, seconde Edition revue, corrigée
& augmentée des cabinets de tableaux des
Particuliers, à Paris, chez de Bure l'aîné,
quai des Augustius, 1752.
AVRIL.
1752.
143
Il n'ya pas d'Etranger, ni même de
François un peu curieux, qui puisse se
passer de l'Ouvrage dont nous annonçons
une nouvelle Edition: c est un guide pour
voir tout ce que Paris renferme de pré-
cieux en beaux Arts, pour ne voir que cela,
& pour le voir par ordre Nous ajoûterons
à cette idée générale la seule qu'on puisse
donner du voyage de Paris, le nom des
Amateurs qui ont des cabinets de réputa-
tion. Messieurs Blondel de Gagny, de
la Bouexiere, Dargenville, de Gaignat,
le Maréchal d'Isenghen, de Julienne, le
Marquis de Lassay, Lempereur, le Comte
de Meurcé, le Prince de Monaco, Pas-
quier, le Duc de Tallard, de Thiers, Ti-
ton du Tillet, de Veaux, le Comte de
Vence, les Augustins de la Place des Vic-
toires, le Marquis de Voyer.
indication de tout ce qu'il y a de plus
beau dans cette grande Ville, en Peintu-
re, Sculpture & Architectute: par M.
D***, seconde Edition revue, corrigée
& augmentée des cabinets de tableaux des
Particuliers, à Paris, chez de Bure l'aîné,
quai des Augustius, 1752.
AVRIL.
1752.
143
Il n'ya pas d'Etranger, ni même de
François un peu curieux, qui puisse se
passer de l'Ouvrage dont nous annonçons
une nouvelle Edition: c est un guide pour
voir tout ce que Paris renferme de pré-
cieux en beaux Arts, pour ne voir que cela,
& pour le voir par ordre Nous ajoûterons
à cette idée générale la seule qu'on puisse
donner du voyage de Paris, le nom des
Amateurs qui ont des cabinets de réputa-
tion. Messieurs Blondel de Gagny, de
la Bouexiere, Dargenville, de Gaignat,
le Maréchal d'Isenghen, de Julienne, le
Marquis de Lassay, Lempereur, le Comte
de Meurcé, le Prince de Monaco, Pas-
quier, le Duc de Tallard, de Thiers, Ti-
ton du Tillet, de Veaux, le Comte de
Vence, les Augustins de la Place des Vic-
toires, le Marquis de Voyer.
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Résumé : « VOYAGE Pittoresque de Paris, ou indication de tout ce qu'il y a de plus [...] »
Le 'Voyage Pittoresque de Paris', publié en 1752 par M. D***, est une nouvelle édition revue, corrigée et augmentée d'un guide destiné aux étrangers et aux Français intéressés par les trésors artistiques de Paris. Cet ouvrage permet de visiter de manière ordonnée les œuvres les plus remarquables en peinture, sculpture et architecture. Il mentionne également plusieurs amateurs renommés possédant des cabinets de tableaux prestigieux, tels que Messieurs Blondel de Gagny, de La Bouexiere, Dargenville, de Gaignat, le Maréchal d'Isenghen, de Julienne, le Marquis de Lassay, Lempereur, le Comte de Meurcé, le Prince de Monaco, Pasquier, le Duc de Tallard, de Thiers, Titon du Tillet, de Veaux, le Comte de Vence, ainsi que les Augustins de la Place des Victoires et le Marquis de Voyer.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13023
p. 147
« DEBURE a mis en vente depuis quelques jours le cinquième volume des Mémoires [...] »
Début :
DEBURE a mis en vente depuis quelques jours le cinquième volume des Mémoires [...]
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texteReconnaissance textuelle : « DEBURE a mis en vente depuis quelques jours le cinquième volume des Mémoires [...] »
DEBURE a mis en vente depuis quelques
jours le cinquième volume des Mémoires
d'Artigny. Nous parlerons le mois
prochain de cette nouveauté, qui offrira
surement de choses rares & curieuses.
jours le cinquième volume des Mémoires
d'Artigny. Nous parlerons le mois
prochain de cette nouveauté, qui offrira
surement de choses rares & curieuses.
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13024
p. 147-148
« PISSOT, Libraire, quai des Augustins, au coin de la rue Gît-le-coeur, a reçu [...] »
Début :
PISSOT, Libraire, quai des Augustins, au coin de la rue Gît-le-coeur, a reçu [...]
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texteReconnaissance textuelle : « PISSOT, Libraire, quai des Augustins, au coin de la rue Gît-le-coeur, a reçu [...] »
PISSOT, Libraire, quai des Augustins,
au coin de la rue Gît-le-coeur, a reçu
nouvellement de Londres, les Auteurs la-
tins, publiés chez Landby & Knapion, en
Gi
148 MERCUREDE FRANCE.
six volumes in-8°. très bien imprimés, &
sur de beau papier.
Sçavoit
Le Virgile 2 volumes
Tirées des
in-8°, avec 59 figures.
Antiques, &
L'Horace 2 volumes
gravees par les
in-8°, avec 35 figures.
plus habiles
Le Térence 2 volu-
Maîtres.
mes in-8°., avec. 6 fig.
Il avertit le Public qu'il les mettra au
prix de vingt- quatre livres le petit papier,
& quarante huit livres le grand en feuilles,
pendant l'espace de deux mois, à compter
du premier Macs passé, lequel tems, s'il
lui en reste, le prix sera de trente-six li-
vres pour le petit papier, & soixante-
douze livres pour le grand.
au coin de la rue Gît-le-coeur, a reçu
nouvellement de Londres, les Auteurs la-
tins, publiés chez Landby & Knapion, en
Gi
148 MERCUREDE FRANCE.
six volumes in-8°. très bien imprimés, &
sur de beau papier.
Sçavoit
Le Virgile 2 volumes
Tirées des
in-8°, avec 59 figures.
Antiques, &
L'Horace 2 volumes
gravees par les
in-8°, avec 35 figures.
plus habiles
Le Térence 2 volu-
Maîtres.
mes in-8°., avec. 6 fig.
Il avertit le Public qu'il les mettra au
prix de vingt- quatre livres le petit papier,
& quarante huit livres le grand en feuilles,
pendant l'espace de deux mois, à compter
du premier Macs passé, lequel tems, s'il
lui en reste, le prix sera de trente-six li-
vres pour le petit papier, & soixante-
douze livres pour le grand.
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Résumé : « PISSOT, Libraire, quai des Augustins, au coin de la rue Gît-le-coeur, a reçu [...] »
Le libraire PISSOT, quai des Augustins, annonce la réception d'ouvrages de Landby & Knapion : 'Le Virgile' (2 vol., 59 figures), 'L'Horace' (2 vol., 35 figures) et 'Le Térence' (2 vol., 6 figures). Prix promotionnels jusqu'au 1er juillet : 24 livres pour le petit papier, 48 livres pour le grand. Augmentation prévue ensuite à 36 et 72 livres.
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13025
p. 148-150
« L'INCREDULE détrompé, & le Chrétien affermi dans la foi, par les preuves [...] »
Début :
L'INCREDULE détrompé, & le Chrétien affermi dans la foi, par les preuves [...]
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texteReconnaissance textuelle : « L'INCREDULE détrompé, & le Chrétien affermi dans la foi, par les preuves [...] »
L'INCREDULE détrompé, & le Chrétien
affermi dans la foi, par les preuves
de la Religion, exposées d'une maniere
sensibles, par M. l'Abbé de Pontbriant:
à Paris chez Coignard & Boudet, 1572,
un vol. in-8°.
M. l'Abé de Pontbriant est si connu
par le talent qu'il a de ramener les ames
à Dieu, & par les religieux établissemens
qu'il a formés, qu'il suffit de le nommer
pour donner à tous les gens de bien une
AVRIL. 1752. 149
idée très-avantageuse de son Ouvrage: cer
homme respectable a mis à profit le peu
de momens que lui laissent ses édifiantes
occupations, pour étendre & pour perpé-
tuer les fruits de son zéle. Dans cette vue,
il a composé l'Ouvrage que nous annon-
çons. Nous allons copier le plan qu'il en
trace lui même, & qui est fott bien exé-
cuté.
Le Livre, dit M. de Pontbtiant, est-
partagé en quatre Parties: dans la premie-
re nous établissons quelques principes,
& nous réfutons certains Systêmès que
l'esprit de libertinage a repandu: nous
faisons voir dans la seconde Partie, l'an-
tiquité des Livres de Moyse, & la Divi-
nité de la Religion Judaîque, où nous
trouvons des argumens invincibles de la
vérité de notre toi, & pour mieux faire
sentir la force des divins Oracles, nous
joignons aux Prophéties quelques Ré-
flexionis: dans la troisième Pattie, qui est
la plus étendue, nous mettons dans le
plus grand jour l'autenticité des Evangi-
les; outre les preuves ordinaires, on ver-
ra plusieurs passages des Payens, qui con-
firment les faits Evangéliques. Après avcir
démontré la vérité des miracles de Jesus-
Christ, & de sa Resurection, nous discu-
tons les autres preuves de la Religion, &
G 11j
Digitires veOO
150 MERCURE DE FRANCE.
nous présentons dans un même point de
vue les plus puissans motifs qu'un homme
raisonnable puisse demander pour se sou-
mettre. Enfin dans la quatrième Partie
nous prémunissons le Chrétien contre l'é-
xemple & les discours des Incrédules, &
par une espéce de récapitulation, nous y
fournissons des réponses précises aux ob-
jections qu'on a coûtume de faire contre
la Revelation. Nous finissons en mettant
sous les yeux du Lecteur, les témoigna-
ges de ces grands hommes, qui par leur
science & leurs vertus, faisoient la gloire
& l'ornement des premiers siécles: la plu-
part de nos preuves consistent dans des
faits historiques, qui ne demandent d'au-
tre application que celle qu'on donne à
une Histoire que l'on veut suivre & re-
tenir, nous avons choisi ce qui nous a
paru le plus propre à persuader, & en
éclairant l'esprit, nous cherchons à tou-
cher le cœeur.
affermi dans la foi, par les preuves
de la Religion, exposées d'une maniere
sensibles, par M. l'Abbé de Pontbriant:
à Paris chez Coignard & Boudet, 1572,
un vol. in-8°.
M. l'Abé de Pontbriant est si connu
par le talent qu'il a de ramener les ames
à Dieu, & par les religieux établissemens
qu'il a formés, qu'il suffit de le nommer
pour donner à tous les gens de bien une
AVRIL. 1752. 149
idée très-avantageuse de son Ouvrage: cer
homme respectable a mis à profit le peu
de momens que lui laissent ses édifiantes
occupations, pour étendre & pour perpé-
tuer les fruits de son zéle. Dans cette vue,
il a composé l'Ouvrage que nous annon-
çons. Nous allons copier le plan qu'il en
trace lui même, & qui est fott bien exé-
cuté.
Le Livre, dit M. de Pontbtiant, est-
partagé en quatre Parties: dans la premie-
re nous établissons quelques principes,
& nous réfutons certains Systêmès que
l'esprit de libertinage a repandu: nous
faisons voir dans la seconde Partie, l'an-
tiquité des Livres de Moyse, & la Divi-
nité de la Religion Judaîque, où nous
trouvons des argumens invincibles de la
vérité de notre toi, & pour mieux faire
sentir la force des divins Oracles, nous
joignons aux Prophéties quelques Ré-
flexionis: dans la troisième Pattie, qui est
la plus étendue, nous mettons dans le
plus grand jour l'autenticité des Evangi-
les; outre les preuves ordinaires, on ver-
ra plusieurs passages des Payens, qui con-
firment les faits Evangéliques. Après avcir
démontré la vérité des miracles de Jesus-
Christ, & de sa Resurection, nous discu-
tons les autres preuves de la Religion, &
G 11j
Digitires veOO
150 MERCURE DE FRANCE.
nous présentons dans un même point de
vue les plus puissans motifs qu'un homme
raisonnable puisse demander pour se sou-
mettre. Enfin dans la quatrième Partie
nous prémunissons le Chrétien contre l'é-
xemple & les discours des Incrédules, &
par une espéce de récapitulation, nous y
fournissons des réponses précises aux ob-
jections qu'on a coûtume de faire contre
la Revelation. Nous finissons en mettant
sous les yeux du Lecteur, les témoigna-
ges de ces grands hommes, qui par leur
science & leurs vertus, faisoient la gloire
& l'ornement des premiers siécles: la plu-
part de nos preuves consistent dans des
faits historiques, qui ne demandent d'au-
tre application que celle qu'on donne à
une Histoire que l'on veut suivre & re-
tenir, nous avons choisi ce qui nous a
paru le plus propre à persuader, & en
éclairant l'esprit, nous cherchons à tou-
cher le cœeur.
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Résumé : « L'INCREDULE détrompé, & le Chrétien affermi dans la foi, par les preuves [...] »
L'ouvrage 'L'INCRÉDULE détrompé, & le Chrétien affermi dans la foi' a été rédigé par l'Abbé de Pontbriant et publié à Paris en 1572. L'auteur est connu pour son aptitude à ramener les âmes à Dieu et pour ses fondations religieuses. Le livre vise à renforcer la foi chrétienne en présentant des preuves tangibles de la religion. L'ouvrage est divisé en quatre parties. La première partie pose des principes et réfute des systèmes issus du libertinage. La deuxième partie démontre l'antiquité des livres de Moïse et la divinité de la religion judaïque, en s'appuyant sur des prophéties et des réflexions. La troisième partie, la plus longue, prouve l'authenticité des Évangiles et inclut des passages païens confirmant les faits évangéliques. Elle traite également des miracles de Jésus-Christ, de sa résurrection et d'autres preuves de la religion. La quatrième partie défend les chrétiens contre les arguments des incrédules en répondant aux objections courantes contre la révélation. L'ouvrage se termine par des témoignages de grands hommes des premiers siècles, reconnus pour leur science et leurs vertus. Les preuves présentées sont principalement des faits historiques visant à persuader et à toucher le cœur des lecteurs.
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13026
p. 150
« LES Ridicules du siécle, par M. de Chevrier, membre de l'Académie des Belles [...] »
Début :
LES Ridicules du siécle, par M. de Chevrier, membre de l'Académie des Belles [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LES Ridicules du siécle, par M. de Chevrier, membre de l'Académie des Belles [...] »
LES Ridicules du siécle, par M. de
Chevrier, membre de l'Académie des Belles
Lettres de C**, & Associé de celle
de P
à Londres, 1752, brochure in-
12 de 152 pages.
Chevrier, membre de l'Académie des Belles
Lettres de C**, & Associé de celle
de P
à Londres, 1752, brochure in-
12 de 152 pages.
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13027
p. 150-151
« TABLETTES Dramatiques, contenant l'abregé de l'Histoire du Théâtre [...] »
Début :
TABLETTES Dramatiques, contenant l'abregé de l'Histoire du Théâtre [...]
Mots clefs :
Tablettes, Histoire, Théâtre, Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « TABLETTES Dramatiques, contenant l'abregé de l'Histoire du Théâtre [...] »
TABLETTES Dramatiques, contenant l'abregé de l'Histoire du Théâtre
AVRIL. 1751.
1
François, l'établissement des Théâtres à
Paris, un Dictionaire des Piéces, & l'a-
brégé de l'Histoire des Auteurs, & des
Acteurs par M. le Chevalier de Mouby,
à Paris, chez Sébastien forry, quai des
Augustins, 1752, un volume in- 82. qui
se vend broché 6 livres.
Comme l'Auteur a exposé lui même le
plan de son Ouvrage dans le dernier Mer-
cure, nous nous bornerons à dire qu'il
est bien exécuté, que ses tablettes sont
pleines de détails curieux, & qu'elles sont
nécessaires à tous ceux qui veulent avoir
une connoissance suivie du théâtre Fran-
çois.
AVRIL. 1751.
1
François, l'établissement des Théâtres à
Paris, un Dictionaire des Piéces, & l'a-
brégé de l'Histoire des Auteurs, & des
Acteurs par M. le Chevalier de Mouby,
à Paris, chez Sébastien forry, quai des
Augustins, 1752, un volume in- 82. qui
se vend broché 6 livres.
Comme l'Auteur a exposé lui même le
plan de son Ouvrage dans le dernier Mer-
cure, nous nous bornerons à dire qu'il
est bien exécuté, que ses tablettes sont
pleines de détails curieux, & qu'elles sont
nécessaires à tous ceux qui veulent avoir
une connoissance suivie du théâtre Fran-
çois.
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Résumé : « TABLETTES Dramatiques, contenant l'abregé de l'Histoire du Théâtre [...] »
En avril 1751, le Chevalier de Mouhy publie 'Tablettes Dramatiques', un abrégé de l'histoire du théâtre français. L'ouvrage inclut un dictionnaire des pièces et des résumés sur les auteurs et acteurs. Publié à Paris en 1752 par Sébastien Jorry, il se vend six livres broché. L'auteur présente son plan dans le dernier Mercure et décrit l'œuvre comme riche en détails et indispensable pour connaître le théâtre français.
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13028
p. 152
« M. Clement fort connu par des trio pour un clavecin & un violon qu'il [...] »
Début :
M. Clement fort connu par des trio pour un clavecin & un violon qu'il [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. Clement fort connu par des trio pour un clavecin & un violon qu'il [...] »
M. Clement fort connu par des trio
pour un clavecin & un violon qu'il
a donnés il y a quelque tems au Public,
& qui ont réussi, vient de publier des
Piéces de clavecin, ausquelles nous ne
craignons pas de promettre une destinée
encore plus brillante. Ce nouveau Receuil
qui est fait avec beaucoup de goût, se
vend a Paris chez l'Auteur, Cloitre Saint
Thomas du Louvre, la veuve Boivin, le
Clerc, Mlle. Castagnery, & la veuve
Roussel.
pour un clavecin & un violon qu'il
a donnés il y a quelque tems au Public,
& qui ont réussi, vient de publier des
Piéces de clavecin, ausquelles nous ne
craignons pas de promettre une destinée
encore plus brillante. Ce nouveau Receuil
qui est fait avec beaucoup de goût, se
vend a Paris chez l'Auteur, Cloitre Saint
Thomas du Louvre, la veuve Boivin, le
Clerc, Mlle. Castagnery, & la veuve
Roussel.
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13029
p. 152-159
« Les Campagnes du Roi representées par des figures allégoriques, avec une explication [...] »
Début :
Les Campagnes du Roi representées par des figures allégoriques, avec une explication [...]
Mots clefs :
Médaillon, Légende, Roi, Réduction, Armée des Alliés, Maréchal Comte de Saxe, Campagne, Paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Campagnes du Roi representées par des figures allégoriques, avec une explication [...] »
Les Campagnes du Roi representées par
des figures allégoriques, avec une explication
Historique: par M. Grosmond de
Vernon. A Paris, chezl'Auteur, rue Saint
Honoré, au coin de la rue des Boucheries,
au coq d'ot: & le sieur Vanheck, rue
d'Enfer près Saint Landry dans la Cité,
petit in folio. Prix en feuille douze livres,
& quinze livres relié.
Le sujet du premier Médaillon de cet
agréable Ouvrage est le Portrait du Roi:
le revers représente le caractere de ce
AVRIL. 1752.
153
Ptince: on y lit cette legende: Quis feli-
ces vult Deus, his talem praeficit..... Le
sujet du second Médaillon, est le Roi dé-
clarant la guerre à l'Angleterre & à la
Reine de Hongrie, avec certe legende
amore pacis arma purat .... Le sujet du
troisième Médaillon, c'est le Roi don-
nant audience dans son camp; au Comte
de Vassenaer, Ambassadeur extraordinai-
re de la République de Hollande : légen-
de, aut pax aut bellum. ... Le fujet du
quatrième Médaillon, c'est la marche du
Maréchal Comte de Saxe avec l'armée
d'obsetvation & la réduction de la Ville
de Courtray: légende, triumphans alios
molitur triumphos..... Le sujet du cinquié-
me Médaillon, c'est la réduction des Vil-
les de Menm & d'Ypres assiègées par le
Roi: légende, domat Mavors, perficit
pretas .... Lè sujet du fixième Médaillon,
c est le Roi repandant ses libéralités, &
visitant l'Hôpital de Boësingue: légende,
Rex miles, Militum fovet vuluera.... Le
sujet du septième Médaillon,, c'est la ré-
duction du Fort de Laquenoke & de la-
Ville de Furnes: légende, Cognata dex-
tra Regi. palmam colligit.... Le sujet du-
huitième Médaillon, c'est le Roi partant
pour l'Alsace, & remettant le Comman-
dement de l'Armée de Flandre au Maré-
Gv
154 MERCURE DEFRANCE.
chal Comte de Saxe: légende, pro subdi-
tis non timidus mori ..... Le sujet du
neuvième Medaillon, c'est la convales-
cence du Roi: légende dirae morti erepto,
votis omnium readito.. Le sujet du dixième
Médaillon, c est la réduction de la Ville de
Fribourg, assiégée par le Roi: légende
hoste fugato, Friburgum expugnat ... Le
fujet du onzième Médaillon, ce sont les
heureux succès des Troupes Francoises &
Espagnoles en Italie, dans la Campagne
de 1744: légende Regali Francorum stir-
pi comes Victoria ..... Le sujet du douzié-
me Médaillon, c'est le départ du Roi avec
Monseigneur le Dauphin, pour se rendre
à son Armée devant Tournay: légende,
tali tirocinio Alexander usus .... Le sujet
du treiziéme Médaillon, c'est la Bataille
de Fontenoy, gagnée par le Roi sur l'ar-
mée des Alliés, commandée par S. A. R.
le Duc de Cumberland: légende superio-
res viribus Lodoix virtute superat . ... Le
fujet du quatorzième Médaillon, c'est la
réduction de la Ville de Tournay & de sa
Citadelle, assiègées par le Roi: légende,
vicerat in campo, vincit sub moenibus.... Le
sujet du quinzieme, ce sont les Cours Su-
péricures complimentans le Roi en Flan-
dre sur les glorieux succès de ses armes:
legende plaudit & mitissima Themis.... Le
AVRIL
1752:
155
sajet du seizième Médaillon, c'est la dé-
faite de seize mille hommes des Alliés à
Male, & la réduction des Villes de Gand
& de Bruges: légende, hoste iterum profli-
gato, Gandaevum Brugosque subegit . . ...
Le sujet du dix- septième Médaillon, c'est
la réduction de la Ville d'Oudenarde : lé-
gende jubet heros, paret Aldenarda. ... Le
sujet du dix-huitième Médaillon, c'est la-
réduction de la Ville de Dendermonde: lé-
gende, una die Rex Teneramundam domat..
Le sujet du dix neuvième Médaillon,
c'est la réduction de la Ville d'Ostende:
legende Ostenda olim inexpugnabilis, intra
sex dies subacta ... Le sujet du vingtième
Médaillon, c'est l'entrée triomphante du
Roi dans Paris, au retour de la glorieuse-
Campagne de Sa Majesté: légende Gallo-
rum in animis poinpa meliore triumphat... ..
Le sujet du ving-unième Médaillon, c'est la
réduction des Villes de Nieuport & d'Ath::
legende, novo Poliorceta, cedunt Novus-
Portus & Athum... Le sujet du vingt-
deuxième Médaillon, c'est la Campagne
d'Allemagne par S. A. S. Monseigneur le
Prince de Conty; pendant l'année 1745::
legende, quis, quemve amnem, hoc probi-
bente, tranet ... Le sujet du ving. troisié-
me Médaillon, ce sont les avantages rem-
gortés en Italie pat les Troupes Françoises
Gvj
136 MERCURE DEFRANCE.
& Espagnoles dans la Campagne de l'an-
née 1745: légende, ui Annibal Alpes su-
perani, Urbes expugnam ... Le sujet du
vingt. quatriéme Médaillon c'est la réduc-
tion de Bruxelles: légende Rex imperat
Dux paret, Vrbs expugnatur ... Le sujer
du vingt-cinquième Médaillon, c'est le
Roi forçant l'Armée des Alliés à abandon-
ner entierement le Brabant, & à se reti-
rer sur les frontieres de la Holande: lé-
gende, viderunt Lodoicum hostes & fuge-
runt ... Le sujet du vingt sixième Médai-
lon, c'est la réduction de la Ville d'An-
vers & de sa Citadelle: légende, quanto
munitiores Arces, tanto nobilior Expugna-
tor .... Le sujet du ving. septième Médail-
lon, c'est la réduction de la Ville de Mons:
légende, catenis hostes Lodoions, beneficiis.
Cives vincit .... Le fujet du vingt hui-
tiéme Médaillon, c'est la réduction des vil-
les de Saint-Guissain & de Chatles le-Roi:
legende, pernici Victori alatam decet occur-
rare Hictoriam .... Le sujet du, vingt-neu-
viéme Médaillon, c'est la reduction de la
Ville de Namur & de ses Châteaux: lé-
gende Namurcum, expugnari oporiuii ui fiat-
ipexpugnabile .... Le sujet du, trentième
Médaillon, c'est la bataille de Rocoux,
gagnée par le Maréchal Comte de Saxe,
par.
tur l'Armée des Alliés, commandée,
AVRIL. 1752. 157
le Prince Charles de Lortaine : légende,
haec ulterioribus Victoria materiem adimit..
Le sujet du trente-unième Médaillon,
ce sont les Autrichieus & les Piémontois
contraints de sortit de la Provence, & de
repasser le Var: légende, est unda saluti...
Le fuiet du-trente-deuxième Médaillon,
c'est le Roi exhortant les Etats Généraux
des Provinces Unies, à mettre fin aux.
malheurs de la Guerre: légende, suadetur
meliira, deteriora sequitur. .. Le sujet du
trente troisieme Médaillon, c. est la con-
quête de la Flandre Hollandoise, sous les
ordres du Maréchal Comte de Saxe : lé-
gende, hadus respuerat, deditionem offert..
Le sujet du rrente-quatrième Médaillon,
c'est la Bataille de Lawfelt, gagnée par
le Roi sur l'Armée des Alliés, comman-
dée par S. A. R. le Duc de Cumberland:
légende, certare egregium, quid vincere?....
Le sujet du trente-cinquième Médaillon,
c'est la réduction de la Ville de Berg-op-
Zoom: légende, uni inexpugnabilis....
Le sujet du trente-sixième Médaillon,
cest le ROLoffrant de nouveau la Paix,
aux Hollandois & à leurs Alliés: légende,
bis vicit qui Victor Pacem offert.... Le su-
jet du trente-septième Médaillon, c'est la,
reduction des. Forts. Frederic. Henry & de
killo: legende, bunc illa jam vicit, hana.
18 MERCUREDE FRANCE.
minitans terret .... Le sujet du trente-hui-
tieme Médaillon, c'est la conquête du
Comté de Nice : légende, quid non per-
tumpant juncta robur & vigilantia. ... Le
sujet du trente neuvième Médaillon, c'est
la Ville de Maestreicht, assiégée par le
Maréchal Comte de Saxe, remise au Roi
pour ôtage de la Paix: légende, his cla-
vibus Jani Ades occludetur. ... Le sujet
du quarantième Médaillon, c'est la Ré-
publique de Gènes, secourue pat le Roi:
légende, quid non mortalia pectora cogit li-
bertatis amor.. ... Le sujet du quarante-
uniéme Médaillon, c'est la Paix générale
conclue à Aix la Chapelle : légende, ar-
morum gloriâ insignis, datâ Pace insignior.
Le sujet du quarante-deuxième Medail-
lon, c'est la publication de la Paix, & les
réjouissances faites à Paris à cette occasion:
legende, Regia Civitas, Regiâ fruere bene-
ficentiâ . .. Le sujet du quarante. troisième
Médaillon, c'est la Naissance de Monseig.
neur le Duc de Bourgogne: légende, cres-
cere Borboniam Sobolem toti expedit Orbi...
Le sujet du dernier Médaillon, est la con-
clusion de l'Histoire des Campagnes du
Roi: légende, Ludovicus XV. Rex inter
oaeteros boneficentissimus.
Nous sommes fâchés que l'abondance
dos matieres ne nous permette pas de nous
AVRIL.
1752. 159.
arrênter davantage sur un Ouvrage qui in-
téresse l'honneur de la Nation. Nous ex-
hortons nos Lecteurs à se le procurer; ils,
y trouveront des allégories justes & ingé-
nieuses, des explications claires & preci-
ses, & des Médaillons, la plupart agréa-
blement gravés.
des figures allégoriques, avec une explication
Historique: par M. Grosmond de
Vernon. A Paris, chezl'Auteur, rue Saint
Honoré, au coin de la rue des Boucheries,
au coq d'ot: & le sieur Vanheck, rue
d'Enfer près Saint Landry dans la Cité,
petit in folio. Prix en feuille douze livres,
& quinze livres relié.
Le sujet du premier Médaillon de cet
agréable Ouvrage est le Portrait du Roi:
le revers représente le caractere de ce
AVRIL. 1752.
153
Ptince: on y lit cette legende: Quis feli-
ces vult Deus, his talem praeficit..... Le
sujet du second Médaillon, est le Roi dé-
clarant la guerre à l'Angleterre & à la
Reine de Hongrie, avec certe legende
amore pacis arma purat .... Le sujet du
troisième Médaillon, c'est le Roi don-
nant audience dans son camp; au Comte
de Vassenaer, Ambassadeur extraordinai-
re de la République de Hollande : légen-
de, aut pax aut bellum. ... Le fujet du
quatrième Médaillon, c'est la marche du
Maréchal Comte de Saxe avec l'armée
d'obsetvation & la réduction de la Ville
de Courtray: légende, triumphans alios
molitur triumphos..... Le sujet du cinquié-
me Médaillon, c'est la réduction des Vil-
les de Menm & d'Ypres assiègées par le
Roi: légende, domat Mavors, perficit
pretas .... Lè sujet du fixième Médaillon,
c est le Roi repandant ses libéralités, &
visitant l'Hôpital de Boësingue: légende,
Rex miles, Militum fovet vuluera.... Le
sujet du septième Médaillon,, c'est la ré-
duction du Fort de Laquenoke & de la-
Ville de Furnes: légende, Cognata dex-
tra Regi. palmam colligit.... Le sujet du-
huitième Médaillon, c'est le Roi partant
pour l'Alsace, & remettant le Comman-
dement de l'Armée de Flandre au Maré-
Gv
154 MERCURE DEFRANCE.
chal Comte de Saxe: légende, pro subdi-
tis non timidus mori ..... Le sujet du
neuvième Medaillon, c'est la convales-
cence du Roi: légende dirae morti erepto,
votis omnium readito.. Le sujet du dixième
Médaillon, c est la réduction de la Ville de
Fribourg, assiégée par le Roi: légende
hoste fugato, Friburgum expugnat ... Le
fujet du onzième Médaillon, ce sont les
heureux succès des Troupes Francoises &
Espagnoles en Italie, dans la Campagne
de 1744: légende Regali Francorum stir-
pi comes Victoria ..... Le sujet du douzié-
me Médaillon, c'est le départ du Roi avec
Monseigneur le Dauphin, pour se rendre
à son Armée devant Tournay: légende,
tali tirocinio Alexander usus .... Le sujet
du treiziéme Médaillon, c'est la Bataille
de Fontenoy, gagnée par le Roi sur l'ar-
mée des Alliés, commandée par S. A. R.
le Duc de Cumberland: légende superio-
res viribus Lodoix virtute superat . ... Le
fujet du quatorzième Médaillon, c'est la
réduction de la Ville de Tournay & de sa
Citadelle, assiègées par le Roi: légende,
vicerat in campo, vincit sub moenibus.... Le
sujet du quinzieme, ce sont les Cours Su-
péricures complimentans le Roi en Flan-
dre sur les glorieux succès de ses armes:
legende plaudit & mitissima Themis.... Le
AVRIL
1752:
155
sajet du seizième Médaillon, c'est la dé-
faite de seize mille hommes des Alliés à
Male, & la réduction des Villes de Gand
& de Bruges: légende, hoste iterum profli-
gato, Gandaevum Brugosque subegit . . ...
Le sujet du dix- septième Médaillon, c'est
la réduction de la Ville d'Oudenarde : lé-
gende jubet heros, paret Aldenarda. ... Le
sujet du dix-huitième Médaillon, c'est la-
réduction de la Ville de Dendermonde: lé-
gende, una die Rex Teneramundam domat..
Le sujet du dix neuvième Médaillon,
c'est la réduction de la Ville d'Ostende:
legende Ostenda olim inexpugnabilis, intra
sex dies subacta ... Le sujet du vingtième
Médaillon, c'est l'entrée triomphante du
Roi dans Paris, au retour de la glorieuse-
Campagne de Sa Majesté: légende Gallo-
rum in animis poinpa meliore triumphat... ..
Le sujet du ving-unième Médaillon, c'est la
réduction des Villes de Nieuport & d'Ath::
legende, novo Poliorceta, cedunt Novus-
Portus & Athum... Le sujet du vingt-
deuxième Médaillon, c'est la Campagne
d'Allemagne par S. A. S. Monseigneur le
Prince de Conty; pendant l'année 1745::
legende, quis, quemve amnem, hoc probi-
bente, tranet ... Le sujet du ving. troisié-
me Médaillon, ce sont les avantages rem-
gortés en Italie pat les Troupes Françoises
Gvj
136 MERCURE DEFRANCE.
& Espagnoles dans la Campagne de l'an-
née 1745: légende, ui Annibal Alpes su-
perani, Urbes expugnam ... Le sujet du
vingt. quatriéme Médaillon c'est la réduc-
tion de Bruxelles: légende Rex imperat
Dux paret, Vrbs expugnatur ... Le sujer
du vingt-cinquième Médaillon, c'est le
Roi forçant l'Armée des Alliés à abandon-
ner entierement le Brabant, & à se reti-
rer sur les frontieres de la Holande: lé-
gende, viderunt Lodoicum hostes & fuge-
runt ... Le sujet du vingt sixième Médai-
lon, c'est la réduction de la Ville d'An-
vers & de sa Citadelle: légende, quanto
munitiores Arces, tanto nobilior Expugna-
tor .... Le sujet du ving. septième Médail-
lon, c'est la réduction de la Ville de Mons:
légende, catenis hostes Lodoions, beneficiis.
Cives vincit .... Le fujet du vingt hui-
tiéme Médaillon, c'est la réduction des vil-
les de Saint-Guissain & de Chatles le-Roi:
legende, pernici Victori alatam decet occur-
rare Hictoriam .... Le sujet du, vingt-neu-
viéme Médaillon, c'est la reduction de la
Ville de Namur & de ses Châteaux: lé-
gende Namurcum, expugnari oporiuii ui fiat-
ipexpugnabile .... Le sujet du, trentième
Médaillon, c'est la bataille de Rocoux,
gagnée par le Maréchal Comte de Saxe,
par.
tur l'Armée des Alliés, commandée,
AVRIL. 1752. 157
le Prince Charles de Lortaine : légende,
haec ulterioribus Victoria materiem adimit..
Le sujet du trente-unième Médaillon,
ce sont les Autrichieus & les Piémontois
contraints de sortit de la Provence, & de
repasser le Var: légende, est unda saluti...
Le fuiet du-trente-deuxième Médaillon,
c'est le Roi exhortant les Etats Généraux
des Provinces Unies, à mettre fin aux.
malheurs de la Guerre: légende, suadetur
meliira, deteriora sequitur. .. Le sujet du
trente troisieme Médaillon, c. est la con-
quête de la Flandre Hollandoise, sous les
ordres du Maréchal Comte de Saxe : lé-
gende, hadus respuerat, deditionem offert..
Le sujet du rrente-quatrième Médaillon,
c'est la Bataille de Lawfelt, gagnée par
le Roi sur l'Armée des Alliés, comman-
dée par S. A. R. le Duc de Cumberland:
légende, certare egregium, quid vincere?....
Le sujet du trente-cinquième Médaillon,
c'est la réduction de la Ville de Berg-op-
Zoom: légende, uni inexpugnabilis....
Le sujet du trente-sixième Médaillon,
cest le ROLoffrant de nouveau la Paix,
aux Hollandois & à leurs Alliés: légende,
bis vicit qui Victor Pacem offert.... Le su-
jet du trente-septième Médaillon, c'est la,
reduction des. Forts. Frederic. Henry & de
killo: legende, bunc illa jam vicit, hana.
18 MERCUREDE FRANCE.
minitans terret .... Le sujet du trente-hui-
tieme Médaillon, c'est la conquête du
Comté de Nice : légende, quid non per-
tumpant juncta robur & vigilantia. ... Le
sujet du trente neuvième Médaillon, c'est
la Ville de Maestreicht, assiégée par le
Maréchal Comte de Saxe, remise au Roi
pour ôtage de la Paix: légende, his cla-
vibus Jani Ades occludetur. ... Le sujet
du quarantième Médaillon, c'est la Ré-
publique de Gènes, secourue pat le Roi:
légende, quid non mortalia pectora cogit li-
bertatis amor.. ... Le sujet du quarante-
uniéme Médaillon, c'est la Paix générale
conclue à Aix la Chapelle : légende, ar-
morum gloriâ insignis, datâ Pace insignior.
Le sujet du quarante-deuxième Medail-
lon, c'est la publication de la Paix, & les
réjouissances faites à Paris à cette occasion:
legende, Regia Civitas, Regiâ fruere bene-
ficentiâ . .. Le sujet du quarante. troisième
Médaillon, c'est la Naissance de Monseig.
neur le Duc de Bourgogne: légende, cres-
cere Borboniam Sobolem toti expedit Orbi...
Le sujet du dernier Médaillon, est la con-
clusion de l'Histoire des Campagnes du
Roi: légende, Ludovicus XV. Rex inter
oaeteros boneficentissimus.
Nous sommes fâchés que l'abondance
dos matieres ne nous permette pas de nous
AVRIL.
1752. 159.
arrênter davantage sur un Ouvrage qui in-
téresse l'honneur de la Nation. Nous ex-
hortons nos Lecteurs à se le procurer; ils,
y trouveront des allégories justes & ingé-
nieuses, des explications claires & preci-
ses, & des Médaillons, la plupart agréa-
blement gravés.
Fermer
Résumé : « Les Campagnes du Roi representées par des figures allégoriques, avec une explication [...] »
Le document présente un ouvrage intitulé 'Les Campagnes du Roi représentées par des figures allégoriques, avec une explication Historique', rédigé par M. Grosmond de Vernon et publié en avril 1752 à Paris. Cet ouvrage est disponible chez l'auteur et chez le sieur Vanheck, au prix de douze livres en feuilles et quinze livres relié. Il comprend vingt-huit médaillons illustrant diverses campagnes militaires du roi Louis XV. Les sujets des médaillons incluent le portrait du roi, la déclaration de guerre à l'Angleterre et à la Reine de Hongrie, ainsi que plusieurs batailles et réductions de villes telles que Courtray, Menin, Ypres, Furnes, Fribourg, et Tournay. D'autres médaillons montrent des événements comme la visite du roi à l'hôpital de Boësingue, sa convalescence, et des succès militaires en Italie en 1744. Le texte mentionne également des événements tels que la bataille de Fontenoy, la défaite des alliés à Malplaquet, et la réduction de villes comme Gand, Bruges, Oudenarde, et Dendermonde. Les médaillons illustrent aussi des moments diplomatiques comme l'exhortation aux États Généraux des Provinces Unies, la conquête de la Flandre hollandaise, et l'offre de paix aux Hollandais. L'ouvrage se conclut par des événements marquants comme la naissance du duc de Bourgogne et la paix générale conclue à Aix-la-Chapelle. Le texte met en avant la qualité des allégories, des explications et des gravures des médaillons.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13030
p. 159
« Carte nouvelle des environs de l'Orient & du Port-Louis, en feuille & demie, [...] »
Début :
Carte nouvelle des environs de l'Orient & du Port-Louis, en feuille & demie, [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Carte nouvelle des environs de l'Orient & du Port-Louis, en feuille & demie, [...] »
Carte nouvelle des environs de l'Orient
& du Port-Louis, en feuille & demie,
grand papier: a Paris, rue des Augustins,
chez, le sieur le Ronge.
Ce nouvel Ouvrage de M. le Rouge.
nous a paru exact, clair & détaillé.
& du Port-Louis, en feuille & demie,
grand papier: a Paris, rue des Augustins,
chez, le sieur le Ronge.
Ce nouvel Ouvrage de M. le Rouge.
nous a paru exact, clair & détaillé.
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13031
p. 159
« Fessard, Cloître Saint Benoist se trouve réduit, par des maladies & par d'autres [...] »
Début :
Fessard, Cloître Saint Benoist se trouve réduit, par des maladies & par d'autres [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Fessard, Cloître Saint Benoist se trouve réduit, par des maladies & par d'autres [...] »
Fessard, Cloître Saint Benoist se trouve
réduit, par des maladies & par d'autres
circonstances qu'il na pu prévoir, à l'im-
possibilité de livrer avant le mois de Juin
la premiere feuille de sa Chapelle des En-
fans-Trouvés: ce léger retardement ne
doit point causer d'inquiétude pour la sui-
te aux Souscripteurs. Ils auront l'Ouvrage
entier dans le tems porté dans le Prospec-
tus. Ceux. d'entr'eux qui seront curieux de
voir où en est ce grand travail, peuvent.
passer chez M. Fessard, les Jeudis sur les
cinque ou six heures du soir.
réduit, par des maladies & par d'autres
circonstances qu'il na pu prévoir, à l'im-
possibilité de livrer avant le mois de Juin
la premiere feuille de sa Chapelle des En-
fans-Trouvés: ce léger retardement ne
doit point causer d'inquiétude pour la sui-
te aux Souscripteurs. Ils auront l'Ouvrage
entier dans le tems porté dans le Prospec-
tus. Ceux. d'entr'eux qui seront curieux de
voir où en est ce grand travail, peuvent.
passer chez M. Fessard, les Jeudis sur les
cinque ou six heures du soir.
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Résumé : « Fessard, Cloître Saint Benoist se trouve réduit, par des maladies & par d'autres [...] »
Le document informe d'un retard dans la livraison de la première feuille de la 'Chapelle des Enfants-Trouvés' par Fessard, dû à des maladies et des circonstances imprévues. La livraison est reportée jusqu'en juin. Les souscripteurs seront livrés selon le délai initial. Fessard invite à le visiter les jeudis entre 17h et 18h pour suivre l'avancement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13032
p. 159-160
« L'abondance des matieres nous oblige de renvoyer au mois prochain la suite des [...] »
Début :
L'abondance des matieres nous oblige de renvoyer au mois prochain la suite des [...]
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texteReconnaissance textuelle : « L'abondance des matieres nous oblige de renvoyer au mois prochain la suite des [...] »
L'abondance des matieres nous oblige de renvoyer au mois prochain la suite des
160 MERCUREDEFRANCE.
de renvoyer an mois prochain la suite des
Observations Géographiques de M. d'An-
ville, sur sa Carte de l'Asie.
160 MERCUREDEFRANCE.
de renvoyer an mois prochain la suite des
Observations Géographiques de M. d'An-
ville, sur sa Carte de l'Asie.
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13033
p. 160
CHANSON. A Madame de *** qui m'avoit placée entre deux des plus belles femmes de Paris.
Début :
Entre deux Graces l'autre jour [...]
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texteReconnaissance textuelle : CHANSON. A Madame de *** qui m'avoit placée entre deux des plus belles femmes de Paris.
CHANSON.
A Madame de *** qui m'avoit placée entre
deux des plus belles femmes de Paris.
Entre deux Graces l'autre jour
Je me trouvai placée;
Qui peut m'avoir joué ce tour!
Ah! que je suis piquée:
Bon, dit l'Amour, d'un air badin;
Cesse d'être en colere,
Car à ce trait un peu malin,
Je reconnois ma mere.
A Madame de *** qui m'avoit placée entre
deux des plus belles femmes de Paris.
Entre deux Graces l'autre jour
Je me trouvai placée;
Qui peut m'avoir joué ce tour!
Ah! que je suis piquée:
Bon, dit l'Amour, d'un air badin;
Cesse d'être en colere,
Car à ce trait un peu malin,
Je reconnois ma mere.
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13034
p. 161-163
« L'ACADEMIE Royale de Musique a donné le 29 Février les Amours de Ragonde. [...] »
Début :
L'ACADEMIE Royale de Musique a donné le 29 Février les Amours de Ragonde. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'ACADEMIE Royale de Musique a donné le 29 Février les Amours de Ragonde. [...] »
L'ACADEMIE Royale de Musique a
donné le 29 Février les Amours de Ragonde.
Ce Ballet, que le Public désiroit
de revoir, n'avoit point été donné depuis
1743. Les paroles sont de M. Nericaule
Destouches, & la. Musique qui est de
feu M. Mouret est gaye, agréable &
variée. Le premier Acte au jugemen des.
Connoisseurs l'emporte sut les deux au-
tres, on y remarque entr'autres le morceau
par lequel il commence, ullons, allons mes
onfans, &c. & dont le caractere est original
& comique; ainsi que la chanson une vielle
avoit quatre denis, &c. dont M. Geliote
releve encore le prix par la maniere naive
& pleine de graces dont il la rend. L'ariet-
te, l'Amour chérit nos paisibles boccages
est d'un chant simple & très-agréable, &
le Public applaudit très-fort à la maniere
dont elle est exécutée par le même Chan-
teur; peut-être seroit- il à désirer qu'elle
sut un peu plus dans le genre comique,
ainsi que le morceau jamais la nuit ne fut si.
noire, qui étant dans le genre le plus no-
162 MERCUREDEFRANCE.
ble de la part du Musicien, peut paroître
déplacé dans un Ballet comique: c'est peut-
être la raison pour laquelle ce dernier
morceau si connu & si chanté de tout le
monde, n'a fait à l'Opera qu'un effet mé-
diocre, quoique M. Geliotte, par l'art
avec lequel il le chante, lui donne au-
tant qu il est possible, le caractere qui lui
manque. Mademoiselle Fel a chanté le rô-
le de Mathurine avec toute la légereré & la
précision qu'on lui connoît, & a sur tout été
extrêmement applaudie dans l'ariette venez
petits oisiaux, de l'Opera d'lsbé de M. de
Mondonville, que l'on a ajoutée au troi-
fième Acte. M. de la Tour a joué le rôle
de Magister à la satisfaction du Public: il
feroit à souhaitet que celui de Ragonde,
si essentiel à la Piéce, eut été chanté plus
juste. Les Ballets de cet Opera ont paru un
peu négligés, & le Public s'est aperçu avec
chagrin de l'absence des sujets qui auroient
pu les rendre piquans par une exécution
plus vive & plus précise.
L'Opera a donné pour la capitation des
Acteurs les actes de la Guirlande, d'Aglé
& de Zelindor. On a substitué le troisiéme
jour Pygmalion à la Guirlande. Ces Ou-
vrages sont si connus qu'il est inutile d'en
faire l'éloge: les rôles en ont été joués par.
les Acteurs qui sont en possession de les
AVRIL. 1753.
163
tendre, excepté celui de la Sylphide, que
Mlle Fel a fort bien joué, quoiqu elle le
jouat pout la premiere fois.
donné le 29 Février les Amours de Ragonde.
Ce Ballet, que le Public désiroit
de revoir, n'avoit point été donné depuis
1743. Les paroles sont de M. Nericaule
Destouches, & la. Musique qui est de
feu M. Mouret est gaye, agréable &
variée. Le premier Acte au jugemen des.
Connoisseurs l'emporte sut les deux au-
tres, on y remarque entr'autres le morceau
par lequel il commence, ullons, allons mes
onfans, &c. & dont le caractere est original
& comique; ainsi que la chanson une vielle
avoit quatre denis, &c. dont M. Geliote
releve encore le prix par la maniere naive
& pleine de graces dont il la rend. L'ariet-
te, l'Amour chérit nos paisibles boccages
est d'un chant simple & très-agréable, &
le Public applaudit très-fort à la maniere
dont elle est exécutée par le même Chan-
teur; peut-être seroit- il à désirer qu'elle
sut un peu plus dans le genre comique,
ainsi que le morceau jamais la nuit ne fut si.
noire, qui étant dans le genre le plus no-
162 MERCUREDEFRANCE.
ble de la part du Musicien, peut paroître
déplacé dans un Ballet comique: c'est peut-
être la raison pour laquelle ce dernier
morceau si connu & si chanté de tout le
monde, n'a fait à l'Opera qu'un effet mé-
diocre, quoique M. Geliotte, par l'art
avec lequel il le chante, lui donne au-
tant qu il est possible, le caractere qui lui
manque. Mademoiselle Fel a chanté le rô-
le de Mathurine avec toute la légereré & la
précision qu'on lui connoît, & a sur tout été
extrêmement applaudie dans l'ariette venez
petits oisiaux, de l'Opera d'lsbé de M. de
Mondonville, que l'on a ajoutée au troi-
fième Acte. M. de la Tour a joué le rôle
de Magister à la satisfaction du Public: il
feroit à souhaitet que celui de Ragonde,
si essentiel à la Piéce, eut été chanté plus
juste. Les Ballets de cet Opera ont paru un
peu négligés, & le Public s'est aperçu avec
chagrin de l'absence des sujets qui auroient
pu les rendre piquans par une exécution
plus vive & plus précise.
L'Opera a donné pour la capitation des
Acteurs les actes de la Guirlande, d'Aglé
& de Zelindor. On a substitué le troisiéme
jour Pygmalion à la Guirlande. Ces Ou-
vrages sont si connus qu'il est inutile d'en
faire l'éloge: les rôles en ont été joués par.
les Acteurs qui sont en possession de les
AVRIL. 1753.
163
tendre, excepté celui de la Sylphide, que
Mlle Fel a fort bien joué, quoiqu elle le
jouat pout la premiere fois.
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Résumé : « L'ACADEMIE Royale de Musique a donné le 29 Février les Amours de Ragonde. [...] »
Le 29 février, l'Académie Royale de Musique a repris 'Les Amours de Ragonde', un ballet absent des scènes depuis 1743. Les paroles sont de M. Nericaule Destouches et la musique de feu M. Mouret, décrite comme gaie, agréable et variée. Le premier acte a été particulièrement apprécié, notamment pour le morceau 'Allons, allons mes enfans' et la chanson 'Une vielle avoit quatre deniers'. M. Geliotte a été salué pour son interprétation naïve et gracieuse. L'ariette 'L'Amour chérit nos paisibles boccages' a reçu des applaudissements, bien que certains aient souhaité un caractère plus comique. La chanson 'Jamais la nuit ne fut si noire' a eu un effet médiocre malgré les efforts de M. Geliotte. Mademoiselle Fel a excellé dans le rôle de Mathurine, notamment dans l'ariette 'Venez petits oisiaux' de l'opéra 'Isbé'. M. de la Tour a bien interprété le rôle de Magister, mais le rôle de Ragonde aurait mérité une meilleure justesse vocale. Les ballets ont semblé négligés, et le public a regretté l'absence de sujets plus dynamiques. Pour la capitation des acteurs, les opéras 'La Guirlande', 'Aglé' et 'Zelindor' ont été joués, avec 'Pygmalion' substitué à 'La Guirlande' le troisième jour. Mademoiselle Fel a bien interprété le rôle de la Sylphide pour la première fois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13035
p. 163-186
LETTRE A M. de R***. Conseiller au Parlement de *** sur la Piéce des effets du Caractère.
Début :
JE vous avois annoncé, Monsieur les effets du Caractere comme une piéce [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A M. de R***. Conseiller au Parlement de *** sur la Piéce des effets du Caractère.
LETTRE
A M. de R***. Conseiller au Parlement de
*** sur la Piéce des effets du Caractère.
JE vous avois annoncé, Monsieur les
effets du Caractere comme une piéce
dont on parloit assez bien, & dont on con-
cevoit assez d'espérance. Cependant le
jour du Théatre n'a pas été favorable à
cet ouvrage, que l'Auteur a retiré après la
troisième représentation.
La sévérité du jugement public, si oppo-
sé à celui de tant de particuliers éclairés,
qui avoient assisté à différentes lectures de-
cette Comedie m'a fait faire quelques ré-
flexions sur la malheureuse condition d'un-
Auteur qui se livre à l'art difficile du
Théatre.
Que peut avoir à se reprocher un Ecri-
vain, lorsqu'ayant long.tems examiné lui-
même son ouvrage, il a cherché à s'éclai-
rer encore par les lumieres d'un nombre
164 MERCUREDEFRANCE.
de personnes, qui se réunissent toutes à
ny trouver que de légers défauts, faits pour
sevanouir devant les beautés réelles de sa
Piéce.
Un Auteur Dramatique doit. il donc re-
noncer à trouver quelqu'un dans la socié-
té qui s'intéresse à lui assez vivement pour
lui parler avec cette vérité qu'il cherche,
qu il demande, & dont il a besoin? Ou
plutôt n est ce point dans notre siècle la
chose la moins aisée à juger en petites
assemblées particulieres, qu'un ouvrage
destiné au Théâtre ? Tout n est-il pas de-
venu trop arbitraire en matiere d'esprit?
Le Public qui se trompe plus rarement ne
semble-t-il. pas quelquefois oublier ses
grands principes en se livrant. d'abord à,
une séduction passagere, que bien- tôt il
désavoue lui-meme? Ne l'avons-nous pas
vu de nos jours rejetter des ouvages aus-
quels il a accordé depuis son estime? mais
c est assez causer avec vous, Monsieur
sur ce chapitre, qui n'est pas ibfolument
personnel aux effets du caractere, dont je
suis en état de vous faire un détail assez
suivi, graces à un manuscrit que je me
fuis fait prêter par un des Acteurs: atten-
dez vous, Monsieur, à tout le désintéres-
sement imaginable de ma part.
Quelque honnête que soit le motif qui
AVRIL. 1752.
165
fait agir un mauvais caractere, les moyens
qu'il employe pour parvenit à son but,
sont toujours empoisonnés par la source
d'où ils partent: voilà ce qu il paroît que
l'Auteur a voulu démontrer.
Dans la premiere Scene la Marquise avec
sa suivante Marton, se montre telle quel-
le est. C'est-à-dire méchante, hardie, co-
quette, quoique fidelle à son époux. Elle
parle des inquiétudes que lui cause une
amie de son mari, à laquelle elle croit ce
dernier attaché. L'amour de certe même
femme pour Saint-Val ne la rassure point
assez. Elle forme le projet de se venger du
trouble qu'elle lui cause, & de la désespe-
rer lorsqu'elle le pourra, en lui faisant la
fausse confidence de l'amour qu'elle fein-
dra elle même pour Saint Val : c est ainsi
qu'elle parle de ce projet.
Apprends un projet qui m'enchante:
Je prétends aujourd'hui jouir de son tourment.
je veux feindre avec elle un tendre épanchement.
Lui dire que Saint-Val rend hommage à mes
charmes.
En vain elle voudra me dérober ses larmes
Jusqu'au fond de son cœur je sçaurai les chercher-
Et je sçais le moyen de les en arracher,
La prude éclattera, nommera Saint-Val traître,
Insidelle, parjure, elle en mourra peut-être,
166 MERCURE DEFRANCE.
Cela seroit plaisant qu'en dis-tu...
Voici comme elle expose elle-même ses
principes & sa coquetterie.
Il faut apparemment, si l'on veut vous en croire,
Qu'une femme oubliant tout le soin de sa gloire
Renonce aux voux flatteurs, qu'elle peut inspire
Et du monde qu'elle orne aille se retirer:
Un tel travers d'esprit en vérité m'irrite,
Sachés que la beauté fait tout notre mérite,
Que nous n'avons de prix que par nos agrémens:
Que le Public nous juge en comptant nos amans,
Et qu'en notre faveur leur nombre le décide.
Un homme a cent chemins, où la gloire le guide,
Qui le conduisent tous à se faire estimer.
La gloire d'une semme est de se faire aimer.
Le portrait qu'elle fait de Saint Val dans
la même scéne vous fera connoître ce se-
cond Heros de la piéce.
Sous le masque imposant d'un sage Atrabilaire,
Ce Saint-Val est un fou fort extraordinaire
Qui croit malgré l'usage & les mœurs d'aujout.
d'hui
Qu'on ne peut point sans crime à la femme d'au-
trui
Adresser de l'amour les voux illégitimes,
Et qui toujours rempli de ses grandes maximes
Esclave furieux, mais soumis dans ses fers
Est forcé d'adorer mes caprices divers.
AVRIL. 1752.
167
Marton lui représente en vain qu'elle
peut se tromper. A quoi bon tant de des-
seins dangereux (dit elle) si votre mari
n'aime point la Comtesse, si dans ses fers
il n'est point arrênté.
La Marquise.
En cecas j'aurai fait une méchanceté,
Le grand mal!
Saint-Val paroît à la seconde scéne:
Rempli d'amour & de remords, il re-
procne à la Marquise l'art qu'elle a dû
employer pour le rendre si coupable en
l'arrachant à la Comtesse à laquelle il étoit
lié par la reconnoissance & la tendresse,
& en le rendant infidéle à l'amitié qui l'u-
nit à son mari.
Sain val.
Je n'aurois pas sujet, Madame de me plaindre,
Si consumé de feux que je devois éteindre
Libre dans mes désirs, j'eusse été vous offrir
Un cœur que vos atraits pouvoient vous acquetir
Mais c'est vous qui de l'art dangéreux de séduire
Exercâtes sur moi l'innévitable empire:
Ces yeux que sans trausports je ne peux admirer,
Prestiges de l'amour, & faits pour l'inspirer
Porterent dans mon coeur étonné, sans defense
168 MERCUREDEFRANCE.
Par leurs regards vainqueurs la coupable espé-
rance;
Et bientôt malgré moi l'amour s'en empara.
Sur mes devoirs trahis la raison m'éclaira.
J'évitai des regards que je craignois d'entendre.
Et d'un poison flatteur ne pouvant me défendre,
J'en dérobois du moins le progrès à vos yeux,
Et forçois au silence un feu séditieux.
Mais pénétrant bientôt jusqu'au fond de mon
ame,
Vous scûtes y chercher le secret de ma flamme,
L'aveu le plus flatteur prévenant mes césirs
M'arracha malgré moi de criminels soupirs.
la Marquise.
Mais voila des sujets de plaintes raisonnables,
Et. je sens qu'en effet je suis des plus coupables.
Notre coeur doit attendre à se laisser charmer
Que vous ayez, Messieurs le tems de nous aimer.
Quelque honnête homme que soit Saint-Val, il
est amant & foible. Il ne peut dissimuler à la Mar-
quise la jalousie que lui donnent les soins de quel-
ques agréables qui composent sa cour: le Mar-
quis d'Orbeson surtout est celui qui l'inquiete le
plus.
L'arrivée de ce Marquis & de Perdrignant fait
fuir Saint Val. La Marquise se met devant son mi-
roir. Certe scéne est le tableau d'une femme à sa
toilette, & de la conversatiou légere & frivole de
deux hommes qui y assistent.
Le mari survient, la Marquise acheve de se
coëffer
AVRIL. 1752.
169
coëffer précipitimment; & lorsqu'il veut ilui par-
ler d'une affaire importante, elle se leve sans le,
regarder & saus l'entendre, emmene les deux
jeunes gens, & laisse Clewville (c'est le nom du
mari) dans l'étonnement d'une pareille conduite.
Il termine l'acte par ces vers.
Qu'un mari raisonnable en ce siécle peu sage,
Fait un bien difficile & cruel personnage!
Et que l'on doit avoir d'indulgence pour lui,
Quand on connoit un peu les femmes d'aujour-
d'hui.
ACTEII.
Clerville fait la confidence à Saint-Val son ami
de la jalousie que lui inspire sa femme, quoiqu'il
avoue qu'il n'en est point amouteux, & que son
caractere l'a depuis quelque tems éloigné d'elle.
L'esprit & la beauté sont tout son appanage,
(dit il)
Un amant est heureux avec ce seul partage,
Il peut avec raison y borner ses souhaits;
Pour sixer un époux il faut d'autres attraits,
Il faut un caractere aimable, doux sensible,
Un esprit juste, égal, amusant & flexible,
Un coeur dans son devoir sans effort affermi,
Les graces d'une femme, & l'ame d'un ami.
D'Orbeson est l'objet de sa jalousie, il en fait
l'aveu à Saint Val, & met par là son coupable
ami en situation. Je ne me trompe point (lui dit- ilj
Jc le vois dans tes yeux, tu t'en es apperçu.
d by Goo
(170 MERCURE DEFRANCE.
Cette scene est vraiment tiéatrale par la confiance
aveugle de Clerville, & l'embarras de Saint-Val.
La Marquise, d'Orbeson, Perdrignant, & la
Comtesse interrompent la conversation des deux
amis, & la rendent générale. Cette scene ne pa-
roît faite que pour accabler les maris de mauvai-
ses plaisanteries. D'Orbeson s'y livre peut-être
avec trop peu de décence, & le mari les entend
trop patiemment. Il n'y a que la vertueuse Com-
tesse qui ose prendre un moment leur défense. Je
crois) dit elle) que la présence d'un époux,
Bien-loin d'intimider une femme qui pense,
A son esprit encore donne un nouveau ressort,
Et de son enjouement autorise l'essort.
Nons ne devons jamais enfreindre les limites
Que fixe la décence, & qui nous sont prescrites.
A ses sévéres lo ix si l'on peut déroger
C'est aux yeux d'un mari tout prêt a nous juger.
L'Auteur doit convenir d'ailleurs que cette sce-
ne ne sert guere à la Piéce, qu'autant que d'Or-
beson en entrant, témoigne à la Marquise l'inquié-
tude que lui donnent les poursuites de Saint-Val
qu'il feint de craindre, & le retour dont il suppose
que la Marquise paye sa tendresse.
Seul avec Perdrignant, ce même d'Orbeson
montre assez qu'il n'est guere plus attaché à la
Marquise, qu'effrayé de la rivalité de Saint-Val.
D'un homme tel que moi consacré par la mode
Sa vanité flattée à mon plan s'accommode,
Et pour me retenir facilementpourroit
La mener bien plus loin qu'elle ne le voudroit,
AVRIL 1752.
171
** * * * * * * * * * * *
. * * * * * * * * * * * *
* * * .* * * * * * * *
J'ai voulu la livrer à la plaisanterie
De mille amans trompés par sa coquetterie,
Et lui faire à son tour éptouver tous les maux
Que souffrent dans ces fers mes timides rivaux.
Il veut engager Perdrignant, personnage subal-
terne, à le servir dans son projet. Le reste de l'ac-
te est saus action, & ne tient point au plan géné-
ral.
ACTEIII.
Clerville a fait demander à sa femme un instant
pour l'entretenir en secret. Elle arrive fort in.
quiette du sujet de cette conversation particuliere.
Lorsqu'elle apprend que c'est de sa conduite dont
il s'agit, elle lui répond:
Ce n'est que de cela ? bon ! expliquez-vous vîte;
Sçavez-vous qu'il seroit d'un ridicule affreux
Que quelqu'un nous surprit enfermé tous les
deux?
Elle tâche dans cette scene de redoubler la jalousie
de son mari, toujours par le même motif dont on
a parlé dans le premier acte. Songez (lui répond
Clerville
Songez qu'à son mari toute femme est comptable,
Si le public l'estime on la croit méprisable;
Que c'est sur ce taux seul qu'il doit l'aprécier,
Hij
178 MERCUREDEFRANCG.E
Ou lui même à l'opprobre on peut l'associet.
Sçahés que je suis las de tant d'extravagance,
Qu'il est un terme à tout, même à la patience;
Et qu'il est dangereux de vouloir me braver,
Je vous en avertis, & vous laisse y têver.
Il est jaloux, s'écrie la Marquise à Marton qui en-
tre en ce moment. Marton, il est jaloua.
Du Marquis d'O beson la présence le blesse:
Je veux que sur mes pas il le trouve sans oesse.
Le Marquis de Saint- Val à son tour est jaloux
ils sont tous par mes soins presque devenus fous.
Du Ma rquis qui me fuit ranimons l'espérance.
La Marquise refléchit cependant que ce que lui a
dit son mari de d'Orbeson, peut être le fiuit des
conseils de Saint-Val, & elle se promet bien de
l'en punir. Une lettre qu'elle écrit à d'Orbeson lui
en fournit le moyen en voyant entrer Saint-Val,
c'est lui (dit- elle)
. Sur ce billet je veux le consultet;
Voyons si je pourois le lui faire dicter.
Elle imagine pour cela de lui dire qu'elle écrit à
son mari pour se réconcilier avec lui. Saint-Val.
que cette fausse paix de la Macquise avec son ami
rapelle à son devoir, approuve son dessein, quoi-
que son cœur en murmure. La Marquise après
avoir efsayé vainement de faire dicter sa lettre au
crédule Saint Val, se contente de le consulter sut
ro is ou quatre lignes equivoques qu'elle avoit dé-
à écrites. Saint-Val les apptouve, & croit qu'el-
Go0
AVRIL. 1752.
171
les sussisent. Alors pout se venger cruellement du
tour qu'il lui a fait, la Marquise onvoye haute-
mont la lettre au Marquis d'Oibeson. Saint-Val
furieux d'avoir été joué si inhumainement va jus-
qu'a la menace, & la Marquise toujours de sang.
froid, lui répond ironiquement:
Je ne crains point, Monsieur, votre amour irrité;
Vous avez trop d'honneur & trop de probité,
Mais je crains les fureurs où vorre ame s'emporte;
Qui vous eut soupçonné d'une ardeur aussi forte?
L'amour dans votre coeur sut toujours combatta,
Allez, consolez-vous axec votre vertu:
C'est le meilleur parti que vous ayoa à. prendret
Adieu.
Saint-Val seul.
Ca que j'ai vu, ce que je vions deentendre
Me confond à, tel point j'en suis si constamd,
Que mon juste couroun on demeuse enchainé.
Comment tant de noirceur peut elle entrer dans
l'ame!
Non rien n'est si méchann qu'une méchant e fem-
me.
AcTEIV.
La Marquise craint d'avoin poussé mal à propes
Saint-Val à bout, & d'avoir trop écouté l'envie do
se venger de lui. Ce léger remord ne lui fait ce-
pendant pas perdre de vse le projet de désespérer
la Comtesse. Matton vent l'en détouiner, en lui
Hiij
174 MERCURE DEFRANCE.
demandant ce qu'elle peut lui reprocher, la Mari
quise lui répond.
Marton, elle est trop bellel
Et joint ce motif là à ceux qu'elle a déja établis
pout sa vengeance. Prenez-y garde, ajoute Mar-
ton, vous pouriez conduire vous même la Com-
tesse à aimer votre mari.
1
Vous croyez ce matin qu'il aimoit la Comtesse;
Tous les deux par vos soins plongés dans la dou-
leur;
Ile s'iront confier leur mutuel malheur.
Et très- souvent deux cœeurs que leur chagrin rasa
semble,
Après avoir gémi se consolent ensemble.
la Marquise.
Je crains peu ce danger; la Comtesse croira
Qu'elle est inconsolable, & s'en respectera.
Pour Monsieur mon mari, qui dédaigna mes
charmes,
Je prétends lui donner de si vives allarmes,
Que je redoute peu que son cœur agité
Marton, songe à me faire une infidélité.
Marton lui représente encore que Saint-Val offenfe
peut la perdre dans l'esprit de son mari. Je veun
les désunir répond-elle.
Marton.
Le moyen!
.
AVRIL. 1752.
175
la Marquise
Le moyen n'en est pas fort louable.
Marton.
Cest. à dire qu'il est tout- à-fait condamnable.
la Marquise.
Veux-tu dans ce péril que j'aille examiner
L'espéce des moyens pour me déterminer?
Le Marquis qui a reçu le billet sur lequel Sains-
Val avoit été consulté, arrive avec toute la con-
fiance d'un homme qui plait. Il reproche à la
Marquise d'avoir pû s'attacher à Saint-Val. Elle a
beau s'en défendre, on ne veut pas l'en croire,
& suivant le projet qu'il a formé dans le second
acte avec Perdrignant de jouer la Marquise, il la
persisse cruellement dans cette scene, en affectant
un air de raison qui la désespere. Elle veut sortir:
elle défend à d'Orbeson de la revoir jamais Alors
ramené à un ton plus doux, la Marquise en prosito
pour exiger de lui qu'il écrive une lettre anonyme
à son mari pour l'instruire des vdes de Saint Val
auprès d'elle.
Le Marquis.
Il ne le croita point sur la foi d'une lettre,
Dont l'auteur clandestin craint de se compro.
mettre.
Jadis avec succès ce moyen employé
Hiiij
176 MERCUREDEFRANCE.
Est depuis quelque tems tout- à fait décrié.
De leur danger commun les femmes esfrayées
Contre unpareil abus se sont tant re criées,
Ont tant dit qu'il n'étoit digne que de mépris,
Qu'elles ont convaincu leurs maris par leurs cris,
Et les ont mis au point de n'en faire que rire.
Il lui propose ensuite de faire donner cet avis à
Clerville par Perdrignant, & on Paccepte.
La Marquise restée seule s'applaudit de toutes
ses manœeuvres, en se plaignant cependant de la
nécessité où elle s'est trouvée de souffrir toutes les
impertinences du Marquis. On annonce la Com-
tesse. Il ne lui restoit plus que cette derniere vic-
time à sacrifier à ses caprices, & elle s'en fait un
plaisir en la voyant. Cette scene met sa méchan-
ceté dens tout son jour par la joye cruelle qu'on la
voit goûter. à enfoncer le poignard dans le cœeur
tendre de la Comresse. Il faudroit avoir vu
cette situation théatrale, qui est une des meil-
leures de la Piéce, pour en sentit tout l'effet. La
Marquise sort en disant à part
Il faut bien avoir l'humanité
De la lalsser enfin pleurer en liberté.
Clerville arrive, & trouve la Comtesse toute en
larmes. Cette vertueuse femme lui en cache la
source autant qu'elle peut. Tout ce qu'elle se per-
met de dire, c'est que Saint- Val est infidéle. Cler-
vilse veut combattre cette idéo: il conncît trop
bien son ami pour le croire parjure. Enfin il la
presse de lui apprendre pour qui elle imagine que
Saint- Val a pu la trahir. Elle lui répond:
AVRIL. 1752.
177
Ab! Monsieus saus former d'inutiles soupçom
Aux soins de son amant eli ! qui peut se mépren-
dre?
Qn ne sçaurois long.dems tromper une ame ten-
dre
Jamais le sentiment ne peut être imité,
Il est sans botne, & l'ort de foindre est limité.
Clerville lui propose de se confier à sa semme
Il lui parle de l'empire de la Marquisel sur Saina
Val. Autre sit uation par laquelle finit le quatriemo
acto.
ACTE. V.
Saint-Val triomphant ensin de sa foiblesse, &
ramené pat ses propres remords àtoua. ses doroiis
vient en faire l'aveu à la Marquise même, qui lui
dit en riant qu'elle ne l'a point aimé. Madame,
répond Saint- Val,
Mon malheur ne setoit pas extrême,
Si vous m'aviez toujours apprécié de même.
Elle s'offense de certe réponso, & lui demande ee
qui peut le rendre aussi hardi pour se présenter en-
eore devant elle? Saint-Val lui dit qu'il a cru de-
voir l'instruire des risques qu'elle court en laissant
à son mari tous les soupçons dont il est rempli;
elle lui répond qu'elle en est instruite. Je crois me,
me connoître, dit-elle,
Celai qui dans son ame a sçu les faise nastre.
Je ne suis point ingrato, & dans l'occasiou
J'acquieterai, Monsieur, cette obligation.
Hy
178 MERCUREDE FRANCE.
Saint-Val accablé de certe imputation injurieuse,
dont il sent que sa conduite n'a pas du le faire pa-
roître indigne, se livre tout entier à ses remords.
Il parle de la Comtesse, & se trouve si coupable
envers elle, qu'il n'ose espérer d'en obtenir sa
grace.
Clerville paroît tenant une lettre à la maini
Saint Val aussi- tôt prend la résoluion d'aller dé-
couvrir toute sa honte à cet ami même. Mais il
est prévenu par Clerville qui lui présente la letire
anonyme qu'il vient de recevoir, & qu'a du'écrire
Perdrignant par les ordres de d'Orbeson. Tenez,
Ini dit ili, lisez, êtes-vous encore digne de mon
amitié? non je ne le suis plus, répond Saint-Val
Clerville.
Je ne m'atiendois pas à cet aveu sincere.
.
.
Saint-Val.
..
Il est affreux pour moi, mais j'ai du vous le faire?
Clerville.
Ah! je vous en aurois volontiers dispense.
.Y,
Saint-Val.
Par un perside ami vous êtes offensé.
Clerville,
1.
De grace finissez, Monsieur, c'est un suplice:
Il lui fait des reproches sensibles d'avoir pu tra-
hir leur ancienne union. Ah ! Saint- Val, lui dit-il
AVRIL. 1752.
179
Vous voilà donc rangé parmi ces gens sans
mœurs,
Qui sous le nom d'amis se font mille noirceurs,
Qui suivant leurs penchans, sans honte sans scru-
pule
Jadis par vos vertus vous trouvoient ridicule.
Ces gens reçus par tout, mais par tout détestés.
Objet de vos mépris, quoi! vous les imitez?
Le désespoir où paroît Saint-Val, attendrit eci
pehdant son ami qui lui fait grace.
Saint-Val.
Quoi ! vous me pardonnez?
Clerville
En serois-tu surpris?
Les fautes d'un ami légérement tracées
Du cour de son ami sont bientôt effacées.
Clerville ne met de condition à la grace qu'il aca
corde que le retour sincére de Saint- Val auprès de
la Comtesse. Elle paroît, Saint-Val se jette à ses
pieds, & cette amante lui pardonne.
Tous les Acteurs entrent. La marquise qui voit
Saint-Val aux pieds de la Comtesse en présence de
son mari, découvre par-là l'inutilité de toutes sen
manœeuvres. Elle ne doute point que Saint-Val ne
se soit justifié à ses dépens auprès de son mari, elle
preud le parti de l'accuser hautement d'avoir vou
lu lui plaire. en ajoutant que l'avis qu'a du en rece-
Hvj
OO
180 MERCUREDEFRANCE.
voir son mari vient d'elle; mais qu'apparemmen
les fausses vertus de Saint Val l'avoient encore sé-
duit. Quoi! dit Clerville vous seriez l'Auteur de
la lettre anonyme ? Sans doute, reprend la Mar-
quise: sçachez, Monsieur, tout ce que j'ai fais
pour vous.
Jalouse de vos soins rendus à la Comresse,
J'ai sçu de son amant m'acquérir la tendresse.
de ma haine pour elle écoutant la fureur
Par un trompeur aveu j'ai déchiré son cœur,
Sur vos soupçons jaloux fondant mon espérance,
Du Marquis offensé de mon indifférence,
Connoissant l'amour propre & la fatuité,
J'ai ranimé l'espoir & l'assiduité.
*. * *
. .
Mais vous ne valez pas tous les soins que j'ai pris.
Quelle femme! (s'écrie Clerville, que ce tableau
effraye aussi-bien que tous les spectateurs.) Le
Marquis d'Orbeson & Perdrignant se retirent en
marquant tout le mépris qu'ils lont de la Marqui-
se, à qui le malheureux Clerville adresse encore
ainsi la parole.
Vous me faites horreur, je pourois pardonner.
Un tendre égarement, où se laisse entraîner
Souvent sans réfléchir la fragile jeunesse
Et d'un cœeur né sensible excuser la foiblesse.
Mais vorre caractere est par trop odieux:
Une semme méchante est un monstre à mes yeux.
AVRIL. 1752.
181
Sussit- il d'être sage ? Il faut être estimablo
Et le premier devoir c'est d'êtte sociable,
Si vous m'aimez, Madame, allez le devenix,
Vers vous à ce seul. prix je pourrai revenir,
On n'aura point mon cœur qu'en ayant mon es-
time.
La Marquise.
L'estime d'un maty ! ... C'est un honneur su-
blime
Que je ne puis jamais esperer avec vous.
Car peut- on aequerir Pestime d'un jaloux?
Quoiqu'à la mériter je fusse très-sensible
Je ne tenterai point une chose impossible.
La Marquise sort, & Clerville dans son ab-
battement, ne trouve de consolation que dans le
bonheur de son ami, qui va s'unir pour jamais
à la vertueuse Comtesse.
Je crois devoir vous dire, Monsieur, pour
l'honueur de no. re Théâtre François, que cette
Piéce a été parfaitement bien jouée, sur tout le
Personnage de la Marquise a été rendu pas l'ini-
mitable Mlle. Grandval, avec une perfection dont
elle seule est capable dans les rôles de ee genre.
Vous connoissez assez, Monsicur, tous les
caracteres de la Piéce, pat l'extrait que je viens
de vous en faire. Il n'y a qu'un Personnage trop
hardy, trop étranger à l'intrigne, & qui peut-
etre en a fait le malheur, dont je crois devoir
vous parler encore. Je ne doute point que quel-
ques letires de ce Pays-ci ne vous ayent piére-
ed by Goo
182 MERCURE DE FRANCE.
nu qu'on avoit voulu ridiculiser un état aussi
respectable que le vôtre. C'est le bruit qu'ont
fait courir ici les ennemis de l'Auteur. Je ne
puis m'empêcher de l'en justifier, & de me li-
vrer à cet égard à la haine que vous me con-
noissez pour toutes les injustices.
Il me paroît démontré que l'Auteur n'a en
dessein de mettre sur le Théatre qu'un de ces
gens sans état & sans aveu, qui s'introduisent
dans le monde à la faveur d'un extérieur équi-
voque; & qui pourroient contribuer par: leurs
vices & leur ridicule à diminuer la considération
qui est duc aux véritables dépositaires des Loix
si les vices mêmes de ces gens méprisables ne les
démasquoient bientôt.
Voici ce que dit Marton de ce Personnage,
à la premiere Scene du premier Acte, dans l'é-
numération qu'elle fait des Amans de la Mar-
quise.
Un Marquis d'Orbeson avec son Perdrignant,
Un homme sans aven, sans état, sans talent,
Qui sous un habit noir s'est glissé dans le monde;
Et sur qui le mépris à juste titre abonde;
Au deuxiéme Acte, d'Orbeson dit à ce Perdri-
gnant lui-même:
Prends y garde, souffert quand tu m'es néces-
saire
Dans un monde brillant au-dessus de ta sphére,
Ne vas pas t'éblouir de l'acceuil qu'on t'y fait,
Les égards qu'on me doit produisent cet effet.
Malgré le grave habit qui cache ta bassesse,
jitzed by Goo
AVRIL.
1752. 18.
On penêtre aisement que tu n'es qu'une espéce,
Un faquin déguisé, qui se dit Magistrat
Quand il est sans aveu, saus titre, sans état
Clerville au troisiême Acte le peint ainsi à la
Marquise.
Un hommie sans aveu prétendu Magistrat,
Qui tieut de d'Orbeson son équivoque état,
Aux yeux des gens sensés d'autant plus mépri-
fable,
Qu'il pourroit avilir un titre respectable.
Vous m'avouerez, Monsieur, qu'il est, on ne
peut pas plus étonnant, qu'on veuille faire d'un
Personnage Dramatique, autre chose que ce que
l'Auteur en a fait, & en a voulu faire. Les trois
morceaux que je viens de vous copier vous con-
vaincront suffisamment que, loin de s'écarter du
respect que chacun doit avoir à votre état, il
semble qu'il ait voulu par une attention sage,
le garantir même des atteintes que peuvent lui
porter le déguisement & la fausseté. Il seroit à
souhaiter qu'on n'eût pas cherché dans ce Per-
sonnage à étendre les libertés du Théâtre, que
la prudence du Gouvernement s'occupe sans cesse
à retenir dans de justes bornes. Le rôle de Per-
drignant étoit absolument contre les moeurs de
la Scene, & voilà tout ce qu'on peut dire.
Les murmures que ce Personnage a excité
avec justice au deuxième Acte, n'ont que trop
éloigné l'indulgence que pouvoit mériter le reste
de la Piéce. Je n'ai garde de vouloir combattre
ici le jugement toujours respectable du Public.
Un Ouvrage qui lui deplaît manque sans doule
194 MERCUREDEFRANCE.
de quelques qualités essentielles qu'il falloit pour
lui plaire. Les effets du caractere, par exemple,
indépendemment de co premior défaut que jo
viens de remarquer, n'avoient pas assez de fond
pour cinq Actes. La Fable avoit trop peu d'ac-
rion, de mouvement, & de véritable comique.
Le contraste de la vertueuse Comtesse avec la
Marquise, n'étoit pas dessiné assez fortement.
On avoit un peu trop sacrifié à cette Marquise
à ce Personnage vicieux de la Pièce. Les tableaux
du vice décidé n'amusent point; l'indignatios
prend la place du plaisit. L'Ingrat. & la Flattear
deux Piéces bien faites, n'ont eu qu'un leger
succès sur notre Théâtre par cette raison: & le
Tartuffe (me dira-t on) qu'on y prenne garde;
combien d'excelllent comique repandu dans l'ac-
tion! Combien de ridicule dans la bonne Dame
Barnelle, & dans la sotise de son fils Orgon. Et
d'ailleurs cet art avec lequel Tartusfe cherche
sans cesse à en imposer devient presque, dans les
mains de l'Immortel Moliere, un ridicule théa-
tral qui suspend au moins les effets de l'indi-
gnation.
Voilà, je cro is ce qu'on auroit du dire à l'Au-
teur des effets du caractere, & voilà sans doute es
qu'on ne lui a point dit.
Peut on cependant refuser son estime à des
caracteres bien pris, & toujours soutenus, à des
situations ingénieuses & fines, à des détails amu-
sans, & à une façon d'écrire noble, naturelle &
forte ? Tout cela se trouve, Monsicur, dans l'ou-
vrage dont je viens de vous entretenir. Il n'y a
que l'envie, la haine, & la critique amere qui puis-
sent voir autrement a cet égard.
Je n'ai poini choisi les vers que je vous ai
Bauscrits, ceux que vous trouverez dans mon
AVRIL.
1752. 185
Extrait, y sont entrés naturellement, & ils y
étoient nécessaires pour que je ne parusse pas
en imposer sur une Piéce que nous ne verrons
peut être pas imprimée. Ma Lettre auroit fait
un volume trop considérable, si j'avois voulu
rendre à l'Auteur le service de vous faire con-
noître tous les détails agréables de sou Ou-
vrage.
Je finis, Monsieur, par deux observations. L'u-
ne sur le dénouement de la Pièce que quelques
gens ont critiqué fortement; & l'autre sur le rô-
le de la Marquisc, que bien des femmes sur-
tout n'ont pas trouvé dans la nature.
Le vice n'est point puni dans cet Ouvrage,
a ton dit: cependant la Marquise ne l'est-elle
point par le desespoit où elle est de voir toutes
ses manoeuvres sans effet ? Ne l'est- elle point par
le mépris marqué que lui témoignent en sortant
d'Orbeson & Perdrignant : Ne l'est-elle point
encore par ce que lui ditson mari, qu'elle doit
renoncer a son cour si elle ne se rend pas digna de son
estime (Quelle autre sorte de punition pouvoit-on
infliger à cette femme : Une séparation (qui
d'ailleurs n'eût été pratiquable qu'avec le Code
Prussien (étoit-elle théâtrale? Et puis une sépa-
tion, est- elle une peine aujourd'hui? Vouloit-on
que cette semme fut frappée subitement de re-
mords? Des conversions aussi promptes sont elles
dans la nature? Le caractete flechit- il avec tant
de docilité ? Qu'arriveroit- il de plus enfin dans la
Société à une femme qui se trouveroit dans les
circonstances où l'on a placé la Marquise ? Le
mari de cette semme auroit-il, en pareil cas,
d'autre secours que sa raison & sa patience? Le
dénouement étoit donc nécessaire.
L'excès de coquetterie & de méchanceté de la
gines vdO.
186 MERCURE DEFRANCE.
Marquise a fait dire que l'Auteur s'etoit fait des
monstres pour les combattre. Assurement la So-
ciété gagneroit beaucoup à la vérité de cette Cri-
tique : cependant, pourquoi nos Romans Mo-
dernes sont ils pleins de portraits de femmes, plus
dangereuses que la Marquise ? Pourquoi les Au-
teurs de ces Romans passent-ils pour les vrais
Peintres de nos mœeurs ? Pourquoi ne s'attirent-
ils pas la haine du Public par ces mêmes portraits?
Les raisons de tout cela ne sont pas, je crois, fort
aisées à trouver. Ce qu'il y a de vrai, c'est que
la galanterie est une de nos qualités naturelles.
Cela devroit être dit, une fois pour toutes, à nos
Auteurs Dramatiques. Je me rapelle une ancien-
ne Loi de Thebes, qui ordonnoit aux Poëtes de
faire toujours les hommes meilleurs qu'ils n'é-
toient à leurs yeux. N'étois-ce pas faire comme
Alexandre, qui fit laisser dans la partie des Indes
qu'il avoit conquise, des armes d'une grandeur &
d'une force supérieures à celles dont ses Troupes
pouvoient faire usage, afin que la postérité In-
dienne crut. un jour que les anciens Vainqueurs
de leurs Pays étoient des hommes extraordinai-
res: quoiqu'il en soit, les François me parois-
sent avoir secretement adopté pour leurs Specta-
cles, la Loi de Thébes en faveur d'un Sexe qu'ils
idolâtrent
J'ai l'honneur d'être, &c.
A M. de R***. Conseiller au Parlement de
*** sur la Piéce des effets du Caractère.
JE vous avois annoncé, Monsieur les
effets du Caractere comme une piéce
dont on parloit assez bien, & dont on con-
cevoit assez d'espérance. Cependant le
jour du Théatre n'a pas été favorable à
cet ouvrage, que l'Auteur a retiré après la
troisième représentation.
La sévérité du jugement public, si oppo-
sé à celui de tant de particuliers éclairés,
qui avoient assisté à différentes lectures de-
cette Comedie m'a fait faire quelques ré-
flexions sur la malheureuse condition d'un-
Auteur qui se livre à l'art difficile du
Théatre.
Que peut avoir à se reprocher un Ecri-
vain, lorsqu'ayant long.tems examiné lui-
même son ouvrage, il a cherché à s'éclai-
rer encore par les lumieres d'un nombre
164 MERCUREDEFRANCE.
de personnes, qui se réunissent toutes à
ny trouver que de légers défauts, faits pour
sevanouir devant les beautés réelles de sa
Piéce.
Un Auteur Dramatique doit. il donc re-
noncer à trouver quelqu'un dans la socié-
té qui s'intéresse à lui assez vivement pour
lui parler avec cette vérité qu'il cherche,
qu il demande, & dont il a besoin? Ou
plutôt n est ce point dans notre siècle la
chose la moins aisée à juger en petites
assemblées particulieres, qu'un ouvrage
destiné au Théâtre ? Tout n est-il pas de-
venu trop arbitraire en matiere d'esprit?
Le Public qui se trompe plus rarement ne
semble-t-il. pas quelquefois oublier ses
grands principes en se livrant. d'abord à,
une séduction passagere, que bien- tôt il
désavoue lui-meme? Ne l'avons-nous pas
vu de nos jours rejetter des ouvages aus-
quels il a accordé depuis son estime? mais
c est assez causer avec vous, Monsieur
sur ce chapitre, qui n'est pas ibfolument
personnel aux effets du caractere, dont je
suis en état de vous faire un détail assez
suivi, graces à un manuscrit que je me
fuis fait prêter par un des Acteurs: atten-
dez vous, Monsieur, à tout le désintéres-
sement imaginable de ma part.
Quelque honnête que soit le motif qui
AVRIL. 1752.
165
fait agir un mauvais caractere, les moyens
qu'il employe pour parvenit à son but,
sont toujours empoisonnés par la source
d'où ils partent: voilà ce qu il paroît que
l'Auteur a voulu démontrer.
Dans la premiere Scene la Marquise avec
sa suivante Marton, se montre telle quel-
le est. C'est-à-dire méchante, hardie, co-
quette, quoique fidelle à son époux. Elle
parle des inquiétudes que lui cause une
amie de son mari, à laquelle elle croit ce
dernier attaché. L'amour de certe même
femme pour Saint-Val ne la rassure point
assez. Elle forme le projet de se venger du
trouble qu'elle lui cause, & de la désespe-
rer lorsqu'elle le pourra, en lui faisant la
fausse confidence de l'amour qu'elle fein-
dra elle même pour Saint Val : c est ainsi
qu'elle parle de ce projet.
Apprends un projet qui m'enchante:
Je prétends aujourd'hui jouir de son tourment.
je veux feindre avec elle un tendre épanchement.
Lui dire que Saint-Val rend hommage à mes
charmes.
En vain elle voudra me dérober ses larmes
Jusqu'au fond de son cœur je sçaurai les chercher-
Et je sçais le moyen de les en arracher,
La prude éclattera, nommera Saint-Val traître,
Insidelle, parjure, elle en mourra peut-être,
166 MERCURE DEFRANCE.
Cela seroit plaisant qu'en dis-tu...
Voici comme elle expose elle-même ses
principes & sa coquetterie.
Il faut apparemment, si l'on veut vous en croire,
Qu'une femme oubliant tout le soin de sa gloire
Renonce aux voux flatteurs, qu'elle peut inspire
Et du monde qu'elle orne aille se retirer:
Un tel travers d'esprit en vérité m'irrite,
Sachés que la beauté fait tout notre mérite,
Que nous n'avons de prix que par nos agrémens:
Que le Public nous juge en comptant nos amans,
Et qu'en notre faveur leur nombre le décide.
Un homme a cent chemins, où la gloire le guide,
Qui le conduisent tous à se faire estimer.
La gloire d'une semme est de se faire aimer.
Le portrait qu'elle fait de Saint Val dans
la même scéne vous fera connoître ce se-
cond Heros de la piéce.
Sous le masque imposant d'un sage Atrabilaire,
Ce Saint-Val est un fou fort extraordinaire
Qui croit malgré l'usage & les mœurs d'aujout.
d'hui
Qu'on ne peut point sans crime à la femme d'au-
trui
Adresser de l'amour les voux illégitimes,
Et qui toujours rempli de ses grandes maximes
Esclave furieux, mais soumis dans ses fers
Est forcé d'adorer mes caprices divers.
AVRIL. 1752.
167
Marton lui représente en vain qu'elle
peut se tromper. A quoi bon tant de des-
seins dangereux (dit elle) si votre mari
n'aime point la Comtesse, si dans ses fers
il n'est point arrênté.
La Marquise.
En cecas j'aurai fait une méchanceté,
Le grand mal!
Saint-Val paroît à la seconde scéne:
Rempli d'amour & de remords, il re-
procne à la Marquise l'art qu'elle a dû
employer pour le rendre si coupable en
l'arrachant à la Comtesse à laquelle il étoit
lié par la reconnoissance & la tendresse,
& en le rendant infidéle à l'amitié qui l'u-
nit à son mari.
Sain val.
Je n'aurois pas sujet, Madame de me plaindre,
Si consumé de feux que je devois éteindre
Libre dans mes désirs, j'eusse été vous offrir
Un cœur que vos atraits pouvoient vous acquetir
Mais c'est vous qui de l'art dangéreux de séduire
Exercâtes sur moi l'innévitable empire:
Ces yeux que sans trausports je ne peux admirer,
Prestiges de l'amour, & faits pour l'inspirer
Porterent dans mon coeur étonné, sans defense
168 MERCUREDEFRANCE.
Par leurs regards vainqueurs la coupable espé-
rance;
Et bientôt malgré moi l'amour s'en empara.
Sur mes devoirs trahis la raison m'éclaira.
J'évitai des regards que je craignois d'entendre.
Et d'un poison flatteur ne pouvant me défendre,
J'en dérobois du moins le progrès à vos yeux,
Et forçois au silence un feu séditieux.
Mais pénétrant bientôt jusqu'au fond de mon
ame,
Vous scûtes y chercher le secret de ma flamme,
L'aveu le plus flatteur prévenant mes césirs
M'arracha malgré moi de criminels soupirs.
la Marquise.
Mais voila des sujets de plaintes raisonnables,
Et. je sens qu'en effet je suis des plus coupables.
Notre coeur doit attendre à se laisser charmer
Que vous ayez, Messieurs le tems de nous aimer.
Quelque honnête homme que soit Saint-Val, il
est amant & foible. Il ne peut dissimuler à la Mar-
quise la jalousie que lui donnent les soins de quel-
ques agréables qui composent sa cour: le Mar-
quis d'Orbeson surtout est celui qui l'inquiete le
plus.
L'arrivée de ce Marquis & de Perdrignant fait
fuir Saint Val. La Marquise se met devant son mi-
roir. Certe scéne est le tableau d'une femme à sa
toilette, & de la conversatiou légere & frivole de
deux hommes qui y assistent.
Le mari survient, la Marquise acheve de se
coëffer
AVRIL. 1752.
169
coëffer précipitimment; & lorsqu'il veut ilui par-
ler d'une affaire importante, elle se leve sans le,
regarder & saus l'entendre, emmene les deux
jeunes gens, & laisse Clewville (c'est le nom du
mari) dans l'étonnement d'une pareille conduite.
Il termine l'acte par ces vers.
Qu'un mari raisonnable en ce siécle peu sage,
Fait un bien difficile & cruel personnage!
Et que l'on doit avoir d'indulgence pour lui,
Quand on connoit un peu les femmes d'aujour-
d'hui.
ACTEII.
Clerville fait la confidence à Saint-Val son ami
de la jalousie que lui inspire sa femme, quoiqu'il
avoue qu'il n'en est point amouteux, & que son
caractere l'a depuis quelque tems éloigné d'elle.
L'esprit & la beauté sont tout son appanage,
(dit il)
Un amant est heureux avec ce seul partage,
Il peut avec raison y borner ses souhaits;
Pour sixer un époux il faut d'autres attraits,
Il faut un caractere aimable, doux sensible,
Un esprit juste, égal, amusant & flexible,
Un coeur dans son devoir sans effort affermi,
Les graces d'une femme, & l'ame d'un ami.
D'Orbeson est l'objet de sa jalousie, il en fait
l'aveu à Saint Val, & met par là son coupable
ami en situation. Je ne me trompe point (lui dit- ilj
Jc le vois dans tes yeux, tu t'en es apperçu.
d by Goo
(170 MERCURE DEFRANCE.
Cette scene est vraiment tiéatrale par la confiance
aveugle de Clerville, & l'embarras de Saint-Val.
La Marquise, d'Orbeson, Perdrignant, & la
Comtesse interrompent la conversation des deux
amis, & la rendent générale. Cette scene ne pa-
roît faite que pour accabler les maris de mauvai-
ses plaisanteries. D'Orbeson s'y livre peut-être
avec trop peu de décence, & le mari les entend
trop patiemment. Il n'y a que la vertueuse Com-
tesse qui ose prendre un moment leur défense. Je
crois) dit elle) que la présence d'un époux,
Bien-loin d'intimider une femme qui pense,
A son esprit encore donne un nouveau ressort,
Et de son enjouement autorise l'essort.
Nons ne devons jamais enfreindre les limites
Que fixe la décence, & qui nous sont prescrites.
A ses sévéres lo ix si l'on peut déroger
C'est aux yeux d'un mari tout prêt a nous juger.
L'Auteur doit convenir d'ailleurs que cette sce-
ne ne sert guere à la Piéce, qu'autant que d'Or-
beson en entrant, témoigne à la Marquise l'inquié-
tude que lui donnent les poursuites de Saint-Val
qu'il feint de craindre, & le retour dont il suppose
que la Marquise paye sa tendresse.
Seul avec Perdrignant, ce même d'Orbeson
montre assez qu'il n'est guere plus attaché à la
Marquise, qu'effrayé de la rivalité de Saint-Val.
D'un homme tel que moi consacré par la mode
Sa vanité flattée à mon plan s'accommode,
Et pour me retenir facilementpourroit
La mener bien plus loin qu'elle ne le voudroit,
AVRIL 1752.
171
** * * * * * * * * * * *
. * * * * * * * * * * * *
* * * .* * * * * * * *
J'ai voulu la livrer à la plaisanterie
De mille amans trompés par sa coquetterie,
Et lui faire à son tour éptouver tous les maux
Que souffrent dans ces fers mes timides rivaux.
Il veut engager Perdrignant, personnage subal-
terne, à le servir dans son projet. Le reste de l'ac-
te est saus action, & ne tient point au plan géné-
ral.
ACTEIII.
Clerville a fait demander à sa femme un instant
pour l'entretenir en secret. Elle arrive fort in.
quiette du sujet de cette conversation particuliere.
Lorsqu'elle apprend que c'est de sa conduite dont
il s'agit, elle lui répond:
Ce n'est que de cela ? bon ! expliquez-vous vîte;
Sçavez-vous qu'il seroit d'un ridicule affreux
Que quelqu'un nous surprit enfermé tous les
deux?
Elle tâche dans cette scene de redoubler la jalousie
de son mari, toujours par le même motif dont on
a parlé dans le premier acte. Songez (lui répond
Clerville
Songez qu'à son mari toute femme est comptable,
Si le public l'estime on la croit méprisable;
Que c'est sur ce taux seul qu'il doit l'aprécier,
Hij
178 MERCUREDEFRANCG.E
Ou lui même à l'opprobre on peut l'associet.
Sçahés que je suis las de tant d'extravagance,
Qu'il est un terme à tout, même à la patience;
Et qu'il est dangereux de vouloir me braver,
Je vous en avertis, & vous laisse y têver.
Il est jaloux, s'écrie la Marquise à Marton qui en-
tre en ce moment. Marton, il est jaloua.
Du Marquis d'O beson la présence le blesse:
Je veux que sur mes pas il le trouve sans oesse.
Le Marquis de Saint- Val à son tour est jaloux
ils sont tous par mes soins presque devenus fous.
Du Ma rquis qui me fuit ranimons l'espérance.
La Marquise refléchit cependant que ce que lui a
dit son mari de d'Orbeson, peut être le fiuit des
conseils de Saint-Val, & elle se promet bien de
l'en punir. Une lettre qu'elle écrit à d'Orbeson lui
en fournit le moyen en voyant entrer Saint-Val,
c'est lui (dit- elle)
. Sur ce billet je veux le consultet;
Voyons si je pourois le lui faire dicter.
Elle imagine pour cela de lui dire qu'elle écrit à
son mari pour se réconcilier avec lui. Saint-Val.
que cette fausse paix de la Macquise avec son ami
rapelle à son devoir, approuve son dessein, quoi-
que son cœur en murmure. La Marquise après
avoir efsayé vainement de faire dicter sa lettre au
crédule Saint Val, se contente de le consulter sut
ro is ou quatre lignes equivoques qu'elle avoit dé-
à écrites. Saint-Val les apptouve, & croit qu'el-
Go0
AVRIL. 1752.
171
les sussisent. Alors pout se venger cruellement du
tour qu'il lui a fait, la Marquise onvoye haute-
mont la lettre au Marquis d'Oibeson. Saint-Val
furieux d'avoir été joué si inhumainement va jus-
qu'a la menace, & la Marquise toujours de sang.
froid, lui répond ironiquement:
Je ne crains point, Monsieur, votre amour irrité;
Vous avez trop d'honneur & trop de probité,
Mais je crains les fureurs où vorre ame s'emporte;
Qui vous eut soupçonné d'une ardeur aussi forte?
L'amour dans votre coeur sut toujours combatta,
Allez, consolez-vous axec votre vertu:
C'est le meilleur parti que vous ayoa à. prendret
Adieu.
Saint-Val seul.
Ca que j'ai vu, ce que je vions deentendre
Me confond à, tel point j'en suis si constamd,
Que mon juste couroun on demeuse enchainé.
Comment tant de noirceur peut elle entrer dans
l'ame!
Non rien n'est si méchann qu'une méchant e fem-
me.
AcTEIV.
La Marquise craint d'avoin poussé mal à propes
Saint-Val à bout, & d'avoir trop écouté l'envie do
se venger de lui. Ce léger remord ne lui fait ce-
pendant pas perdre de vse le projet de désespérer
la Comtesse. Matton vent l'en détouiner, en lui
Hiij
174 MERCURE DEFRANCE.
demandant ce qu'elle peut lui reprocher, la Mari
quise lui répond.
Marton, elle est trop bellel
Et joint ce motif là à ceux qu'elle a déja établis
pout sa vengeance. Prenez-y garde, ajoute Mar-
ton, vous pouriez conduire vous même la Com-
tesse à aimer votre mari.
1
Vous croyez ce matin qu'il aimoit la Comtesse;
Tous les deux par vos soins plongés dans la dou-
leur;
Ile s'iront confier leur mutuel malheur.
Et très- souvent deux cœeurs que leur chagrin rasa
semble,
Après avoir gémi se consolent ensemble.
la Marquise.
Je crains peu ce danger; la Comtesse croira
Qu'elle est inconsolable, & s'en respectera.
Pour Monsieur mon mari, qui dédaigna mes
charmes,
Je prétends lui donner de si vives allarmes,
Que je redoute peu que son cœur agité
Marton, songe à me faire une infidélité.
Marton lui représente encore que Saint-Val offenfe
peut la perdre dans l'esprit de son mari. Je veun
les désunir répond-elle.
Marton.
Le moyen!
.
AVRIL. 1752.
175
la Marquise
Le moyen n'en est pas fort louable.
Marton.
Cest. à dire qu'il est tout- à-fait condamnable.
la Marquise.
Veux-tu dans ce péril que j'aille examiner
L'espéce des moyens pour me déterminer?
Le Marquis qui a reçu le billet sur lequel Sains-
Val avoit été consulté, arrive avec toute la con-
fiance d'un homme qui plait. Il reproche à la
Marquise d'avoir pû s'attacher à Saint-Val. Elle a
beau s'en défendre, on ne veut pas l'en croire,
& suivant le projet qu'il a formé dans le second
acte avec Perdrignant de jouer la Marquise, il la
persisse cruellement dans cette scene, en affectant
un air de raison qui la désespere. Elle veut sortir:
elle défend à d'Orbeson de la revoir jamais Alors
ramené à un ton plus doux, la Marquise en prosito
pour exiger de lui qu'il écrive une lettre anonyme
à son mari pour l'instruire des vdes de Saint Val
auprès d'elle.
Le Marquis.
Il ne le croita point sur la foi d'une lettre,
Dont l'auteur clandestin craint de se compro.
mettre.
Jadis avec succès ce moyen employé
Hiiij
176 MERCUREDEFRANCE.
Est depuis quelque tems tout- à fait décrié.
De leur danger commun les femmes esfrayées
Contre unpareil abus se sont tant re criées,
Ont tant dit qu'il n'étoit digne que de mépris,
Qu'elles ont convaincu leurs maris par leurs cris,
Et les ont mis au point de n'en faire que rire.
Il lui propose ensuite de faire donner cet avis à
Clerville par Perdrignant, & on Paccepte.
La Marquise restée seule s'applaudit de toutes
ses manœeuvres, en se plaignant cependant de la
nécessité où elle s'est trouvée de souffrir toutes les
impertinences du Marquis. On annonce la Com-
tesse. Il ne lui restoit plus que cette derniere vic-
time à sacrifier à ses caprices, & elle s'en fait un
plaisir en la voyant. Cette scene met sa méchan-
ceté dens tout son jour par la joye cruelle qu'on la
voit goûter. à enfoncer le poignard dans le cœeur
tendre de la Comresse. Il faudroit avoir vu
cette situation théatrale, qui est une des meil-
leures de la Piéce, pour en sentit tout l'effet. La
Marquise sort en disant à part
Il faut bien avoir l'humanité
De la lalsser enfin pleurer en liberté.
Clerville arrive, & trouve la Comtesse toute en
larmes. Cette vertueuse femme lui en cache la
source autant qu'elle peut. Tout ce qu'elle se per-
met de dire, c'est que Saint- Val est infidéle. Cler-
vilse veut combattre cette idéo: il conncît trop
bien son ami pour le croire parjure. Enfin il la
presse de lui apprendre pour qui elle imagine que
Saint- Val a pu la trahir. Elle lui répond:
AVRIL. 1752.
177
Ab! Monsieus saus former d'inutiles soupçom
Aux soins de son amant eli ! qui peut se mépren-
dre?
Qn ne sçaurois long.dems tromper une ame ten-
dre
Jamais le sentiment ne peut être imité,
Il est sans botne, & l'ort de foindre est limité.
Clerville lui propose de se confier à sa semme
Il lui parle de l'empire de la Marquisel sur Saina
Val. Autre sit uation par laquelle finit le quatriemo
acto.
ACTE. V.
Saint-Val triomphant ensin de sa foiblesse, &
ramené pat ses propres remords àtoua. ses doroiis
vient en faire l'aveu à la Marquise même, qui lui
dit en riant qu'elle ne l'a point aimé. Madame,
répond Saint- Val,
Mon malheur ne setoit pas extrême,
Si vous m'aviez toujours apprécié de même.
Elle s'offense de certe réponso, & lui demande ee
qui peut le rendre aussi hardi pour se présenter en-
eore devant elle? Saint-Val lui dit qu'il a cru de-
voir l'instruire des risques qu'elle court en laissant
à son mari tous les soupçons dont il est rempli;
elle lui répond qu'elle en est instruite. Je crois me,
me connoître, dit-elle,
Celai qui dans son ame a sçu les faise nastre.
Je ne suis point ingrato, & dans l'occasiou
J'acquieterai, Monsieur, cette obligation.
Hy
178 MERCUREDE FRANCE.
Saint-Val accablé de certe imputation injurieuse,
dont il sent que sa conduite n'a pas du le faire pa-
roître indigne, se livre tout entier à ses remords.
Il parle de la Comtesse, & se trouve si coupable
envers elle, qu'il n'ose espérer d'en obtenir sa
grace.
Clerville paroît tenant une lettre à la maini
Saint Val aussi- tôt prend la résoluion d'aller dé-
couvrir toute sa honte à cet ami même. Mais il
est prévenu par Clerville qui lui présente la letire
anonyme qu'il vient de recevoir, & qu'a du'écrire
Perdrignant par les ordres de d'Orbeson. Tenez,
Ini dit ili, lisez, êtes-vous encore digne de mon
amitié? non je ne le suis plus, répond Saint-Val
Clerville.
Je ne m'atiendois pas à cet aveu sincere.
.
.
Saint-Val.
..
Il est affreux pour moi, mais j'ai du vous le faire?
Clerville.
Ah! je vous en aurois volontiers dispense.
.Y,
Saint-Val.
Par un perside ami vous êtes offensé.
Clerville,
1.
De grace finissez, Monsieur, c'est un suplice:
Il lui fait des reproches sensibles d'avoir pu tra-
hir leur ancienne union. Ah ! Saint- Val, lui dit-il
AVRIL. 1752.
179
Vous voilà donc rangé parmi ces gens sans
mœurs,
Qui sous le nom d'amis se font mille noirceurs,
Qui suivant leurs penchans, sans honte sans scru-
pule
Jadis par vos vertus vous trouvoient ridicule.
Ces gens reçus par tout, mais par tout détestés.
Objet de vos mépris, quoi! vous les imitez?
Le désespoir où paroît Saint-Val, attendrit eci
pehdant son ami qui lui fait grace.
Saint-Val.
Quoi ! vous me pardonnez?
Clerville
En serois-tu surpris?
Les fautes d'un ami légérement tracées
Du cour de son ami sont bientôt effacées.
Clerville ne met de condition à la grace qu'il aca
corde que le retour sincére de Saint- Val auprès de
la Comtesse. Elle paroît, Saint-Val se jette à ses
pieds, & cette amante lui pardonne.
Tous les Acteurs entrent. La marquise qui voit
Saint-Val aux pieds de la Comtesse en présence de
son mari, découvre par-là l'inutilité de toutes sen
manœeuvres. Elle ne doute point que Saint-Val ne
se soit justifié à ses dépens auprès de son mari, elle
preud le parti de l'accuser hautement d'avoir vou
lu lui plaire. en ajoutant que l'avis qu'a du en rece-
Hvj
OO
180 MERCUREDEFRANCE.
voir son mari vient d'elle; mais qu'apparemmen
les fausses vertus de Saint Val l'avoient encore sé-
duit. Quoi! dit Clerville vous seriez l'Auteur de
la lettre anonyme ? Sans doute, reprend la Mar-
quise: sçachez, Monsieur, tout ce que j'ai fais
pour vous.
Jalouse de vos soins rendus à la Comresse,
J'ai sçu de son amant m'acquérir la tendresse.
de ma haine pour elle écoutant la fureur
Par un trompeur aveu j'ai déchiré son cœur,
Sur vos soupçons jaloux fondant mon espérance,
Du Marquis offensé de mon indifférence,
Connoissant l'amour propre & la fatuité,
J'ai ranimé l'espoir & l'assiduité.
*. * *
. .
Mais vous ne valez pas tous les soins que j'ai pris.
Quelle femme! (s'écrie Clerville, que ce tableau
effraye aussi-bien que tous les spectateurs.) Le
Marquis d'Orbeson & Perdrignant se retirent en
marquant tout le mépris qu'ils lont de la Marqui-
se, à qui le malheureux Clerville adresse encore
ainsi la parole.
Vous me faites horreur, je pourois pardonner.
Un tendre égarement, où se laisse entraîner
Souvent sans réfléchir la fragile jeunesse
Et d'un cœeur né sensible excuser la foiblesse.
Mais vorre caractere est par trop odieux:
Une semme méchante est un monstre à mes yeux.
AVRIL. 1752.
181
Sussit- il d'être sage ? Il faut être estimablo
Et le premier devoir c'est d'êtte sociable,
Si vous m'aimez, Madame, allez le devenix,
Vers vous à ce seul. prix je pourrai revenir,
On n'aura point mon cœur qu'en ayant mon es-
time.
La Marquise.
L'estime d'un maty ! ... C'est un honneur su-
blime
Que je ne puis jamais esperer avec vous.
Car peut- on aequerir Pestime d'un jaloux?
Quoiqu'à la mériter je fusse très-sensible
Je ne tenterai point une chose impossible.
La Marquise sort, & Clerville dans son ab-
battement, ne trouve de consolation que dans le
bonheur de son ami, qui va s'unir pour jamais
à la vertueuse Comtesse.
Je crois devoir vous dire, Monsieur, pour
l'honueur de no. re Théâtre François, que cette
Piéce a été parfaitement bien jouée, sur tout le
Personnage de la Marquise a été rendu pas l'ini-
mitable Mlle. Grandval, avec une perfection dont
elle seule est capable dans les rôles de ee genre.
Vous connoissez assez, Monsicur, tous les
caracteres de la Piéce, pat l'extrait que je viens
de vous en faire. Il n'y a qu'un Personnage trop
hardy, trop étranger à l'intrigne, & qui peut-
etre en a fait le malheur, dont je crois devoir
vous parler encore. Je ne doute point que quel-
ques letires de ce Pays-ci ne vous ayent piére-
ed by Goo
182 MERCURE DE FRANCE.
nu qu'on avoit voulu ridiculiser un état aussi
respectable que le vôtre. C'est le bruit qu'ont
fait courir ici les ennemis de l'Auteur. Je ne
puis m'empêcher de l'en justifier, & de me li-
vrer à cet égard à la haine que vous me con-
noissez pour toutes les injustices.
Il me paroît démontré que l'Auteur n'a en
dessein de mettre sur le Théatre qu'un de ces
gens sans état & sans aveu, qui s'introduisent
dans le monde à la faveur d'un extérieur équi-
voque; & qui pourroient contribuer par: leurs
vices & leur ridicule à diminuer la considération
qui est duc aux véritables dépositaires des Loix
si les vices mêmes de ces gens méprisables ne les
démasquoient bientôt.
Voici ce que dit Marton de ce Personnage,
à la premiere Scene du premier Acte, dans l'é-
numération qu'elle fait des Amans de la Mar-
quise.
Un Marquis d'Orbeson avec son Perdrignant,
Un homme sans aven, sans état, sans talent,
Qui sous un habit noir s'est glissé dans le monde;
Et sur qui le mépris à juste titre abonde;
Au deuxiéme Acte, d'Orbeson dit à ce Perdri-
gnant lui-même:
Prends y garde, souffert quand tu m'es néces-
saire
Dans un monde brillant au-dessus de ta sphére,
Ne vas pas t'éblouir de l'acceuil qu'on t'y fait,
Les égards qu'on me doit produisent cet effet.
Malgré le grave habit qui cache ta bassesse,
jitzed by Goo
AVRIL.
1752. 18.
On penêtre aisement que tu n'es qu'une espéce,
Un faquin déguisé, qui se dit Magistrat
Quand il est sans aveu, saus titre, sans état
Clerville au troisiême Acte le peint ainsi à la
Marquise.
Un hommie sans aveu prétendu Magistrat,
Qui tieut de d'Orbeson son équivoque état,
Aux yeux des gens sensés d'autant plus mépri-
fable,
Qu'il pourroit avilir un titre respectable.
Vous m'avouerez, Monsieur, qu'il est, on ne
peut pas plus étonnant, qu'on veuille faire d'un
Personnage Dramatique, autre chose que ce que
l'Auteur en a fait, & en a voulu faire. Les trois
morceaux que je viens de vous copier vous con-
vaincront suffisamment que, loin de s'écarter du
respect que chacun doit avoir à votre état, il
semble qu'il ait voulu par une attention sage,
le garantir même des atteintes que peuvent lui
porter le déguisement & la fausseté. Il seroit à
souhaiter qu'on n'eût pas cherché dans ce Per-
sonnage à étendre les libertés du Théâtre, que
la prudence du Gouvernement s'occupe sans cesse
à retenir dans de justes bornes. Le rôle de Per-
drignant étoit absolument contre les moeurs de
la Scene, & voilà tout ce qu'on peut dire.
Les murmures que ce Personnage a excité
avec justice au deuxième Acte, n'ont que trop
éloigné l'indulgence que pouvoit mériter le reste
de la Piéce. Je n'ai garde de vouloir combattre
ici le jugement toujours respectable du Public.
Un Ouvrage qui lui deplaît manque sans doule
194 MERCUREDEFRANCE.
de quelques qualités essentielles qu'il falloit pour
lui plaire. Les effets du caractere, par exemple,
indépendemment de co premior défaut que jo
viens de remarquer, n'avoient pas assez de fond
pour cinq Actes. La Fable avoit trop peu d'ac-
rion, de mouvement, & de véritable comique.
Le contraste de la vertueuse Comtesse avec la
Marquise, n'étoit pas dessiné assez fortement.
On avoit un peu trop sacrifié à cette Marquise
à ce Personnage vicieux de la Pièce. Les tableaux
du vice décidé n'amusent point; l'indignatios
prend la place du plaisit. L'Ingrat. & la Flattear
deux Piéces bien faites, n'ont eu qu'un leger
succès sur notre Théâtre par cette raison: & le
Tartuffe (me dira-t on) qu'on y prenne garde;
combien d'excelllent comique repandu dans l'ac-
tion! Combien de ridicule dans la bonne Dame
Barnelle, & dans la sotise de son fils Orgon. Et
d'ailleurs cet art avec lequel Tartusfe cherche
sans cesse à en imposer devient presque, dans les
mains de l'Immortel Moliere, un ridicule théa-
tral qui suspend au moins les effets de l'indi-
gnation.
Voilà, je cro is ce qu'on auroit du dire à l'Au-
teur des effets du caractere, & voilà sans doute es
qu'on ne lui a point dit.
Peut on cependant refuser son estime à des
caracteres bien pris, & toujours soutenus, à des
situations ingénieuses & fines, à des détails amu-
sans, & à une façon d'écrire noble, naturelle &
forte ? Tout cela se trouve, Monsicur, dans l'ou-
vrage dont je viens de vous entretenir. Il n'y a
que l'envie, la haine, & la critique amere qui puis-
sent voir autrement a cet égard.
Je n'ai poini choisi les vers que je vous ai
Bauscrits, ceux que vous trouverez dans mon
AVRIL.
1752. 185
Extrait, y sont entrés naturellement, & ils y
étoient nécessaires pour que je ne parusse pas
en imposer sur une Piéce que nous ne verrons
peut être pas imprimée. Ma Lettre auroit fait
un volume trop considérable, si j'avois voulu
rendre à l'Auteur le service de vous faire con-
noître tous les détails agréables de sou Ou-
vrage.
Je finis, Monsieur, par deux observations. L'u-
ne sur le dénouement de la Pièce que quelques
gens ont critiqué fortement; & l'autre sur le rô-
le de la Marquisc, que bien des femmes sur-
tout n'ont pas trouvé dans la nature.
Le vice n'est point puni dans cet Ouvrage,
a ton dit: cependant la Marquise ne l'est-elle
point par le desespoit où elle est de voir toutes
ses manoeuvres sans effet ? Ne l'est- elle point par
le mépris marqué que lui témoignent en sortant
d'Orbeson & Perdrignant : Ne l'est-elle point
encore par ce que lui ditson mari, qu'elle doit
renoncer a son cour si elle ne se rend pas digna de son
estime (Quelle autre sorte de punition pouvoit-on
infliger à cette femme : Une séparation (qui
d'ailleurs n'eût été pratiquable qu'avec le Code
Prussien (étoit-elle théâtrale? Et puis une sépa-
tion, est- elle une peine aujourd'hui? Vouloit-on
que cette semme fut frappée subitement de re-
mords? Des conversions aussi promptes sont elles
dans la nature? Le caractete flechit- il avec tant
de docilité ? Qu'arriveroit- il de plus enfin dans la
Société à une femme qui se trouveroit dans les
circonstances où l'on a placé la Marquise ? Le
mari de cette semme auroit-il, en pareil cas,
d'autre secours que sa raison & sa patience? Le
dénouement étoit donc nécessaire.
L'excès de coquetterie & de méchanceté de la
gines vdO.
186 MERCURE DEFRANCE.
Marquise a fait dire que l'Auteur s'etoit fait des
monstres pour les combattre. Assurement la So-
ciété gagneroit beaucoup à la vérité de cette Cri-
tique : cependant, pourquoi nos Romans Mo-
dernes sont ils pleins de portraits de femmes, plus
dangereuses que la Marquise ? Pourquoi les Au-
teurs de ces Romans passent-ils pour les vrais
Peintres de nos mœeurs ? Pourquoi ne s'attirent-
ils pas la haine du Public par ces mêmes portraits?
Les raisons de tout cela ne sont pas, je crois, fort
aisées à trouver. Ce qu'il y a de vrai, c'est que
la galanterie est une de nos qualités naturelles.
Cela devroit être dit, une fois pour toutes, à nos
Auteurs Dramatiques. Je me rapelle une ancien-
ne Loi de Thebes, qui ordonnoit aux Poëtes de
faire toujours les hommes meilleurs qu'ils n'é-
toient à leurs yeux. N'étois-ce pas faire comme
Alexandre, qui fit laisser dans la partie des Indes
qu'il avoit conquise, des armes d'une grandeur &
d'une force supérieures à celles dont ses Troupes
pouvoient faire usage, afin que la postérité In-
dienne crut. un jour que les anciens Vainqueurs
de leurs Pays étoient des hommes extraordinai-
res: quoiqu'il en soit, les François me parois-
sent avoir secretement adopté pour leurs Specta-
cles, la Loi de Thébes en faveur d'un Sexe qu'ils
idolâtrent
J'ai l'honneur d'être, &c.
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Résumé : LETTRE A M. de R***. Conseiller au Parlement de *** sur la Piéce des effets du Caractère.
La pièce de théâtre 'Les effets du caractère' a été retirée après seulement trois représentations, malgré des critiques positives lors de lectures privées. L'auteur souligne la difficulté des dramaturges, souvent critiqués par le public malgré des avis favorables de personnes éclairées. La pièce met en scène la Marquise, une femme méchante, hardie et coquette, mais fidèle à son époux. Elle projette de se venger d'une amie de son mari en lui faisant croire à un amour fictif pour Saint-Val, affirmant que la beauté et les amants sont les critères de valeur pour une femme. Saint-Val, respectueux des mœurs, succombe aux charmes de la Marquise. L'intrigue implique plusieurs personnages, dont le Marquis d'Orbeson et le Marquis de Saint-Val, suscitant la jalousie de Clerville, le mari de la Marquise. Dans l'acte I, la Marquise ignore Clerville qui souhaite lui parler d'une affaire importante. Clerville exprime sa jalousie envers d'Orbeson à Saint-Val. La Marquise et ses amis plaisantent sur les maris, sauf la Comtesse qui les défend. D'Orbeson révèle à Perdrignant son désir de se venger de la Marquise. Dans l'acte II, Clerville demande à la Marquise de discuter de sa conduite. La Marquise manipule Saint-Val en lui faisant écrire une lettre pour le compromettre. Saint-Val, furieux, menace la Marquise, mais elle reste calme. La Marquise craint d'avoir poussé Saint-Val trop loin et envisage de se venger de la Comtesse. Le Marquis, ayant reçu la lettre, accuse la Marquise de trahison. La Marquise convainc le Marquis de révéler les infidélités de Saint-Val à Clerville. La Comtesse révèle à Clerville l'infidélité de Saint-Val. Dans l'acte final, Saint-Val avoue ses erreurs à la Marquise, qui le repousse. Saint-Val se confesse à Clerville, qui pardonne à condition qu'il retourne auprès de la Comtesse. La Marquise, jalouse, tente de manipuler la situation. Elle admet être l'auteur de la lettre anonyme et révèle ses manœuvres. Clerville rejette la Marquise et admire la vertu de la Comtesse. La pièce se conclut par le bonheur de Saint-Val et de la Comtesse, laissant la Marquise à son sort. Le texte aborde également la critique de la pièce et de son personnage principal, Perdrignant, décrit comme un individu sans scrupules. Plusieurs personnages, tels que Marton, d'Orbeson et Clerville, le jugent négativement. L'auteur défend la pièce contre les critiques, affirmant que Perdrignant ne porte pas atteinte au respect dû aux magistrats, bien qu'il reconnaisse certains défauts.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13036
p. 187-189
« Les Comédiens François donnerent le 24 Février la premiere représentation [...] »
Début :
Les Comédiens François donnerent le 24 Février la premiere représentation [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François donnerent le 24 Février la premiere représentation [...] »
Les Comédiens François donnerent le
24 Février la premiere représentation
de Rome sauvée. Ce bel Ouvrage n'a pas
eu & ne pouvoit pas avoir le succès de
Zaire & de Mérope; mais il a réussi com-
me des Conspirations & des Tragedies
pleines de, politique réussissent. On y a
admiré une élévation de style , de pen-
sées, de sentimens dignes de Rome & de
M. dę Voltaire, & les caracteres de Cice-
ron & de Cesar, dont l'un est un des plus
forts, & l'autre des plus brillans qu'il y
ait au Théatre. En attendant que la repri-
se ou l'impression nous mettent en état de
faire un extrait exact & détaillé, nous
nous bornerons à transcrire quelques vers
que tout le monde a retenus.
Ciceron dit à Catilina qui lui reprochoit
d'ètre un homme nouveau.
Dans ces tems malheureux, dans nos jours cor-
rompus
Faut-il des noms à Rome ? il lui faut des vertus,
40 .
*
*
Mon nom commence en moi; de votre honneun
jaloux,
Tremblez que votre nom ne finisse dans vous.
Ciceron dit à Caton qui l'exhorte à servir
* * .
la patrie.
Digisteres vOO
188 MERCUREDEFRANCE.
Les regards da Caton seront ma récompense
Au torrent de mon siécle, à son iniquité
J'oppose ton suffrage & la postétité.
Catilina peint d'un trait Crassus en disant
qu'il
Asserviroit l'Etat s'il daignoit l'acheter.
Cesar dit
Les crédits, les honneurs, l'éclat de Ciceron
Ne m'ont déterminé qu'à surpasset son nom
Cesar dit à Catilina,
Tu m'as vu ton ami, je le suis, je veux l'être;
Mais jamais mon ami ne deviendra mon maître.
Cesar dit encore à Catilina.
Pour oser dompter Rome, il faut l'avoir servio.
Sur ce que Cesar reproche à Ciceron
qu'il s'est écarté des usages reçus, celui-ci
lui dit,
Le devoir le plus saint, la loi la plus chérie,
C'est d'oublien la loi pour sauver la patrie.
Ciceron peignant au Senat la maniere
dont Cesat parloit aux Soldats & aux Cou-
jurés dit,
Sa voia d'un peuple entien sollicitant l'amous,
Sembloit inviter Rome à le servir un jour.
Ciceron répond à Caton qui lui repro-
AVRIL.
1752.
189
choit de se trop confier à Cesar,
Va c'est ainsi qu'on traite avec les grandes ame-
Ciceron dit à Carilina,
Les Tyrans ont toujours quelque ombre de vertu-
Ciceron dit à Cesar
Méritez que Caton vous aime & vous admire.
24 Février la premiere représentation
de Rome sauvée. Ce bel Ouvrage n'a pas
eu & ne pouvoit pas avoir le succès de
Zaire & de Mérope; mais il a réussi com-
me des Conspirations & des Tragedies
pleines de, politique réussissent. On y a
admiré une élévation de style , de pen-
sées, de sentimens dignes de Rome & de
M. dę Voltaire, & les caracteres de Cice-
ron & de Cesar, dont l'un est un des plus
forts, & l'autre des plus brillans qu'il y
ait au Théatre. En attendant que la repri-
se ou l'impression nous mettent en état de
faire un extrait exact & détaillé, nous
nous bornerons à transcrire quelques vers
que tout le monde a retenus.
Ciceron dit à Catilina qui lui reprochoit
d'ètre un homme nouveau.
Dans ces tems malheureux, dans nos jours cor-
rompus
Faut-il des noms à Rome ? il lui faut des vertus,
40 .
*
*
Mon nom commence en moi; de votre honneun
jaloux,
Tremblez que votre nom ne finisse dans vous.
Ciceron dit à Caton qui l'exhorte à servir
* * .
la patrie.
Digisteres vOO
188 MERCUREDEFRANCE.
Les regards da Caton seront ma récompense
Au torrent de mon siécle, à son iniquité
J'oppose ton suffrage & la postétité.
Catilina peint d'un trait Crassus en disant
qu'il
Asserviroit l'Etat s'il daignoit l'acheter.
Cesar dit
Les crédits, les honneurs, l'éclat de Ciceron
Ne m'ont déterminé qu'à surpasset son nom
Cesar dit à Catilina,
Tu m'as vu ton ami, je le suis, je veux l'être;
Mais jamais mon ami ne deviendra mon maître.
Cesar dit encore à Catilina.
Pour oser dompter Rome, il faut l'avoir servio.
Sur ce que Cesar reproche à Ciceron
qu'il s'est écarté des usages reçus, celui-ci
lui dit,
Le devoir le plus saint, la loi la plus chérie,
C'est d'oublien la loi pour sauver la patrie.
Ciceron peignant au Senat la maniere
dont Cesat parloit aux Soldats & aux Cou-
jurés dit,
Sa voia d'un peuple entien sollicitant l'amous,
Sembloit inviter Rome à le servir un jour.
Ciceron répond à Caton qui lui repro-
AVRIL.
1752.
189
choit de se trop confier à Cesar,
Va c'est ainsi qu'on traite avec les grandes ame-
Ciceron dit à Carilina,
Les Tyrans ont toujours quelque ombre de vertu-
Ciceron dit à Cesar
Méritez que Caton vous aime & vous admire.
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Résumé : « Les Comédiens François donnerent le 24 Février la premiere représentation [...] »
Le 24 février, les Comédiens Français ont présenté 'Rome sauvée', une œuvre de Voltaire. Cette pièce, bien que moins célèbre que 'Zaïre' et 'Mérope', a été saluée pour son style élevé et ses pensées profondes. Les personnages de Cicéron et César sont particulièrement notables : Cicéron est dépeint comme l'un des plus forts, tandis que César est considéré comme l'un des plus brillants du théâtre. La pièce met en lumière des dialogues mémorables entre Cicéron, César et Catilina. Cicéron insiste sur l'importance des vertus plutôt que des noms illustres et exprime sa volonté de servir la patrie malgré les injustices de son époque. César, de son côté, affirme son amitié envers Catilina tout en refusant de se soumettre à lui. 'Rome sauvée' explore les tensions politiques et les stratégies des personnages pour influencer Rome.
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13037
p. 189
« Les Comédiens Italiens ont donné Mercredi 8 Mars Fanfale, Parodie d'Omphale, [...] »
Début :
Les Comédiens Italiens ont donné Mercredi 8 Mars Fanfale, Parodie d'Omphale, [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens Italiens ont donné Mercredi 8 Mars Fanfale, Parodie d'Omphale, [...] »
Les Comédiens Italiens ont donné Mercredi
8 Mars Fanfale, Parodie d'Omphale,
qui a réussi. L'Opera Comique a don-
né le même jour une Parodie du même
Opera, dont le sort n'a pas été si heureux.
Ce dernier théatre a du être dédommagé
de ce petit malheur par le prodigieux suc-
cès de la Chercheuse d'esprit. La naiveté
de cet agréable Ouvrage n avoit jamais été
aussi-bien rendue, qu'elle l'a été par Mlle.
Rosalie.
8 Mars Fanfale, Parodie d'Omphale,
qui a réussi. L'Opera Comique a don-
né le même jour une Parodie du même
Opera, dont le sort n'a pas été si heureux.
Ce dernier théatre a du être dédommagé
de ce petit malheur par le prodigieux suc-
cès de la Chercheuse d'esprit. La naiveté
de cet agréable Ouvrage n avoit jamais été
aussi-bien rendue, qu'elle l'a été par Mlle.
Rosalie.
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13038
p. 190
DE DANTZICK, le 12 Février
Début :
LA Commission Royale prononça le 4 de ce mois son décret définitif sut les differends, qui [...]
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texteReconnaissance textuelle : DE DANTZICK, le 12 Février
DE DANTZICK, le 12 Février
LA Commission Royale prononça le 4 de ce
mois son décret définitif sut les differends, qui
s'étoient élevés entre les Magistrats & la Bourgeoi-
sie de cette ville. Ce décret porte que l'ordon-
nance du Roi, publiée à Varsovie en 1750, doit
servir d'une loi perpétuelle & irrévocable, & que les
dépenses faites par la bourgeoisie pour les procé-
dures, lui seront bonifiées de la caisse de supple-
ment, ou des revenus du port. Il est enjoint aux
Magistrats d'avoir une égale attention à mainte-
nir le bon ordre, & à ne donner à la Bourgeoisie
aucun sujet légitime de se plaindre. En même
tems il est ordonné à la Bourgeoisie, de se tenit
dans les bornes de la régularité, & d'éviter tout
ce qui pourroit troubler la tranquillité publique.
On a publié ce décret à la porte de l'Hôtel de
Ville en présence des trois Ordres, & la même
publication a été faite dans toutes les rues par un
Herault. Deux Bourgeois ont été comdamnés à la
prison, l'un pour un an, l'autre pour un mois.
LA Commission Royale prononça le 4 de ce
mois son décret définitif sut les differends, qui
s'étoient élevés entre les Magistrats & la Bourgeoi-
sie de cette ville. Ce décret porte que l'ordon-
nance du Roi, publiée à Varsovie en 1750, doit
servir d'une loi perpétuelle & irrévocable, & que les
dépenses faites par la bourgeoisie pour les procé-
dures, lui seront bonifiées de la caisse de supple-
ment, ou des revenus du port. Il est enjoint aux
Magistrats d'avoir une égale attention à mainte-
nir le bon ordre, & à ne donner à la Bourgeoisie
aucun sujet légitime de se plaindre. En même
tems il est ordonné à la Bourgeoisie, de se tenit
dans les bornes de la régularité, & d'éviter tout
ce qui pourroit troubler la tranquillité publique.
On a publié ce décret à la porte de l'Hôtel de
Ville en présence des trois Ordres, & la même
publication a été faite dans toutes les rues par un
Herault. Deux Bourgeois ont été comdamnés à la
prison, l'un pour un an, l'autre pour un mois.
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Résumé : DE DANTZICK, le 12 Février
Le 4 février, la Commission Royale a émis un décret final concernant les conflits entre les magistrats et la bourgeoisie de Dantzick. Ce décret déclare que l'ordonnance royale de 1750 est désormais une loi perpétuelle et irrévocable. Les frais engagés par la bourgeoisie pour les procédures seront compensés par la caisse de supplément ou les revenus du port. Les magistrats doivent assurer le maintien de l'ordre et prévenir toute plainte légitime de la part de la bourgeoisie. En retour, les bourgeois doivent respecter la régularité et éviter les troubles à l'ordre public. Le décret a été affiché à la porte de l'Hôtel de Ville en présence des trois ordres et annoncé dans toutes les rues par un héraut. Deux bourgeois ont été condamnés à la prison : l'un pour un an, l'autre pour un mois.
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13039
p. 190-192
DE COPPENHAGUE, le 12 Février.
Début :
Il est arrivé de Londres un Courier, par lequel on a appris que l'escadre Danoise, qui s'étoit rendue [...]
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texteReconnaissance textuelle : DE COPPENHAGUE, le 12 Février.
DE COPPENHAGUE, le 12 Février.
Il est arrivé de Londres un Courier, par lequel
on a appris que l'escadre Danoise, qui s'étoit rendue
AVRIL. 1752.
191
l'année derniere sur les côtes d'Afrique, &
qui est en route pour revenir en Dannemark, avoit
paru à l'entrée de la Manche. La beauté des laines
d'Islande a fait prendre aux Islandois la résolution
d'établir dans leur Isse quelques manufactures de
drap, & ils ont envoyé ici plusieurs jeunes gens
les uns pour apprendre l'art de le fabriquer, les
autres pour se perfectionner dans la science du
calcul & dans la connoissance des changes étran-
gers. En même tems ils ont fait demander â la
Chambre des finances un secours de six mille écus
pour fournir à l'entretien de ces éleves. Le Roi est
si satisfait du projet des Issandois, qu'il a ordonné
qu'au lieu de six mille écus on leur en délivra dix
mille.
L'Université de cette ville a voulu par un acte
solemnel payer un juste tribut à la memoire de la
Reine. La principale salle des écoles ayant été
tendue entierement de noir, on y exécuta un mor-
ceau de Musique, convenable à l'objet pour le-
quel il avoit été composé. Le Recteur prononça
ensuite l'Oraison funebre, qui excita également
les larmes & les applaudissemens des Auditeurs,
Pendant cette cerémonie, les cloches de toutes
les Eglises sonnerent continuellement. On a frap-
pé par ordre du Roi plusieurs médailles d'or &
d'argent, sur un côté desquelles est le buste de la
Reine, avec ces mots, Ludovica Regina Dan. &
Norv. Le revers représente un tombeau à l'anti-
que: au bas on voit cette inscription, Duo moriun-
tur in una. Deux urnes sépulchrales, dont l'une
est plus grande que l'autre, sont posées sur ce
tombeau. On lit sur la premiere, Matri desidedata;
& sur la seconde Principi filios, avec cette légende,
Ante diem. Près du tombeau sont deux figures
qui paroissent plongées dans la plus profonde dou-
192 MERCURE DE FRANCE.
leur, & qui représentent le Dannemarx & la Nor-
wege. L'Exergue porte l'inscription suivante, Co-
rovam mutavit D. 19 D ecemb. MDCCLI.
Il est arrivé de Londres un Courier, par lequel
on a appris que l'escadre Danoise, qui s'étoit rendue
AVRIL. 1752.
191
l'année derniere sur les côtes d'Afrique, &
qui est en route pour revenir en Dannemark, avoit
paru à l'entrée de la Manche. La beauté des laines
d'Islande a fait prendre aux Islandois la résolution
d'établir dans leur Isse quelques manufactures de
drap, & ils ont envoyé ici plusieurs jeunes gens
les uns pour apprendre l'art de le fabriquer, les
autres pour se perfectionner dans la science du
calcul & dans la connoissance des changes étran-
gers. En même tems ils ont fait demander â la
Chambre des finances un secours de six mille écus
pour fournir à l'entretien de ces éleves. Le Roi est
si satisfait du projet des Issandois, qu'il a ordonné
qu'au lieu de six mille écus on leur en délivra dix
mille.
L'Université de cette ville a voulu par un acte
solemnel payer un juste tribut à la memoire de la
Reine. La principale salle des écoles ayant été
tendue entierement de noir, on y exécuta un mor-
ceau de Musique, convenable à l'objet pour le-
quel il avoit été composé. Le Recteur prononça
ensuite l'Oraison funebre, qui excita également
les larmes & les applaudissemens des Auditeurs,
Pendant cette cerémonie, les cloches de toutes
les Eglises sonnerent continuellement. On a frap-
pé par ordre du Roi plusieurs médailles d'or &
d'argent, sur un côté desquelles est le buste de la
Reine, avec ces mots, Ludovica Regina Dan. &
Norv. Le revers représente un tombeau à l'anti-
que: au bas on voit cette inscription, Duo moriun-
tur in una. Deux urnes sépulchrales, dont l'une
est plus grande que l'autre, sont posées sur ce
tombeau. On lit sur la premiere, Matri desidedata;
& sur la seconde Principi filios, avec cette légende,
Ante diem. Près du tombeau sont deux figures
qui paroissent plongées dans la plus profonde dou-
192 MERCURE DE FRANCE.
leur, & qui représentent le Dannemarx & la Nor-
wege. L'Exergue porte l'inscription suivante, Co-
rovam mutavit D. 19 D ecemb. MDCCLI.
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Résumé : DE COPPENHAGUE, le 12 Février.
Le 12 février 1752, un courrier de Londres signale l'arrivée de l'escadre danoise revenue des côtes d'Afrique à l'entrée de la Manche. En Islande, les habitants prévoient de créer des manufactures de drap grâce à la qualité des laines locales. Plusieurs jeunes Islandais sont envoyés au Danemark pour apprendre la fabrication du drap et se former au calcul et au commerce international. Ils ont sollicité un secours financier de six mille écus auprès de la Chambre des finances, mais le roi a porté cette somme à dix mille écus. À Copenhague, l'Université a rendu hommage à la reine défunte par une cérémonie solennelle. La principale salle des écoles a été voilée de noir et une musique appropriée a été interprétée. Le recteur a prononcé une oraison funèbre acclamée par l'audience. Toutes les cloches des églises ont sonné durant la cérémonie. Par ordre royal, des médailles d'or et d'argent ont été frappées, représentant le buste de la reine et un tombeau antique avec des inscriptions latines. Deux figures symbolisant le Danemark et la Norvège en deuil étaient également représentées. L'exergue indique la date du décès de la reine, le 19 décembre 1751.
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13040
p. *192-192
DE VIENNE, le 13 Février.
Début :
Il a été proposé au Conseil, d'accorder des établissemens en Transilvanie aux Païsans de la [...]
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texteReconnaissance textuelle : DE VIENNE, le 13 Février.
DE VIENNE, le 13 Février.
Il a été proposé au Conseil, d'accorder des établissemens
en Transilvanie aux Païsans de la
Haute-Autriche, qui ont demandé de pouvoit
professer, librement la Religion Piotestante. Les
Commissaires, chargés d'instruire le procès du
Baron de Trencx, l'ayant trouvé coupable de di-
verses prévarications, il a été conduit an Château
de Spielberg.
Il a été proposé au Conseil, d'accorder des établissemens
en Transilvanie aux Païsans de la
Haute-Autriche, qui ont demandé de pouvoit
professer, librement la Religion Piotestante. Les
Commissaires, chargés d'instruire le procès du
Baron de Trencx, l'ayant trouvé coupable de di-
verses prévarications, il a été conduit an Château
de Spielberg.
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13041
p. *192-192
DE DRESDE, le 16 Février.
Début :
Tout est réglé entre cette Cour & la Régence de Hanover, par rapport aux Hypotéques assignées [...]
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texteReconnaissance textuelle : DE DRESDE, le 16 Février.
DE DRESDE, le 16 Février.
Tout est réglé entre cette Cour & la Régence
de Hanover, par rapport aux Hypotéques assignées
par le Roi pour la somme que sa Majesté a
empruntée de cette Régence.
Tout est réglé entre cette Cour & la Régence
de Hanover, par rapport aux Hypotéques assignées
par le Roi pour la somme que sa Majesté a
empruntée de cette Régence.
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13042
p. *192-192
DE LEIPSICK le 16 Février.
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE LEIPSICK le 16 Février.
DE LEIPSICK le 16 Février.
On mande du Village de Volxmandorf, qui
appartient au Baron de Kenits, qu'une Veuve
âgee de soixante seize ans prétend êtie enceinte
& que le Maître d'Ecoled'un Village voisin s'est
déclaré le pere de l'enfant.
On mande du Village de Volxmandorf, qui
appartient au Baron de Kenits, qu'une Veuve
âgee de soixante seize ans prétend êtie enceinte
& que le Maître d'Ecoled'un Village voisin s'est
déclaré le pere de l'enfant.
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13043
p. 192-193
DE LISBONNE. le 26 Janvier,
Début :
On a reçu avis qu'il y avoit eu, entre la garnison de Magazam & les Maures, un combat dont voici [...]
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texteReconnaissance textuelle : DE LISBONNE. le 26 Janvier,
DE LISBONNE. le 26 Janvier,
On a reçu avis qu'il y avoit eu, entre la garnison de Magazam & les Maures, un combat dont voici
de
AVRIL.
193
1752.
les particularités. Les habitans de cette place man-
quant de bois, Don Antoine-Alvarès da Cunha
Gouverneur de la Ville, se détermina à en faire
couper dans une forêt voisine, & il ordonna le 7.
Décembre à Don-Jean-Froes de Brito, de sortir
avec un détachement de deux cens hommes de la
Garnison, pour veiller à la sureté des ouvriers
chargés de ce travail. Pendant qu'on y étoit oc-
cupé, deux mille Maures vinrent fondre sur les
Portugais. Don Antoine-Alvarès da Cunha s'étoit
prépate à cet événement. Aussi ôt que ce Gouver-
neur apprit que Don Jean Froes de Brito étoit at-
taqué, il marcha à son secours, & les ennemis
ayant été repoussé de toutes parts, non sculement
il ramena dans la ville ses troupes victorieuses,
mais il ysit conduire toutle boisqui avoit été coupé.
Les Maures ont fait en cette occasion une perte
considérable, & du côté des Portugais il n'y a eu
que trois Soldats tués & six blessés.
On a reçu avis qu'il y avoit eu, entre la garnison de Magazam & les Maures, un combat dont voici
de
AVRIL.
193
1752.
les particularités. Les habitans de cette place man-
quant de bois, Don Antoine-Alvarès da Cunha
Gouverneur de la Ville, se détermina à en faire
couper dans une forêt voisine, & il ordonna le 7.
Décembre à Don-Jean-Froes de Brito, de sortir
avec un détachement de deux cens hommes de la
Garnison, pour veiller à la sureté des ouvriers
chargés de ce travail. Pendant qu'on y étoit oc-
cupé, deux mille Maures vinrent fondre sur les
Portugais. Don Antoine-Alvarès da Cunha s'étoit
prépate à cet événement. Aussi ôt que ce Gouver-
neur apprit que Don Jean Froes de Brito étoit at-
taqué, il marcha à son secours, & les ennemis
ayant été repoussé de toutes parts, non sculement
il ramena dans la ville ses troupes victorieuses,
mais il ysit conduire toutle boisqui avoit été coupé.
Les Maures ont fait en cette occasion une perte
considérable, & du côté des Portugais il n'y a eu
que trois Soldats tués & six blessés.
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Résumé : DE LISBONNE. le 26 Janvier,
Le 26 janvier 1752, un affrontement eut lieu entre la garnison de Magazam et les Maures. Le gouverneur de Lisbonne, Don Antoine-Alvarès da Cunha, avait envoyé le capitaine Don Jean Froes de Brito avec 200 hommes pour protéger des ouvriers coupant du bois dans une forêt voisine. Les Maures, en nombre supérieur (2000), attaquèrent les Portugais. Informé de l'attaque, Don Antoine-Alvarès da Cunha intervint avec des renforts et repoussa les assaillants. Les Portugais retournèrent à leur base avec leurs troupes victorieuses et le bois coupé. Les pertes furent sévères pour les Maures, tandis que les Portugais perdirent trois soldats et en blessèrent six.
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13044
p. 193
DE NAPLES, le 8 Février.
Début :
Comme on a été informé que plusieurs Francs-Massons, malgré les deffenses du Roi, continuoient [...]
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texteReconnaissance textuelle : DE NAPLES, le 8 Février.
DE NAPLES, le 8 Février.
Comme on a été informé que plusieurs Francs-Massons,
malgré les deffenses du Roi, continuoient
de tenir quelquefois des assemblées, Sa
Majesté a réitéré ses ordres au Régent de la Vi-
cairerie, de faire punir sévérement ceux qui se
trouveront dans ce cas de désobéissance. La Cour
a fait saisir les exemplaires d'une brochure intitu-
lée Etrennes au P.... ou les Francs Massons ven-
gés, & l'on auroit artêté le Libraire qui la débi-
toit, s'il n'avoit pris la fuite.
Comme on a été informé que plusieurs Francs-Massons,
malgré les deffenses du Roi, continuoient
de tenir quelquefois des assemblées, Sa
Majesté a réitéré ses ordres au Régent de la Vi-
cairerie, de faire punir sévérement ceux qui se
trouveront dans ce cas de désobéissance. La Cour
a fait saisir les exemplaires d'une brochure intitu-
lée Etrennes au P.... ou les Francs Massons ven-
gés, & l'on auroit artêté le Libraire qui la débi-
toit, s'il n'avoit pris la fuite.
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Résumé : DE NAPLES, le 8 Février.
Le 8 février à Naples, des Francs-Maçons ont tenu des réunions malgré les interdictions royales. Le roi a ordonné au régent de la Vicarerie de punir les contrevenants. La cour a confisqué des exemplaires d'une brochure intitulée 'Étrennes au P.... ou les Francs-Maçons vengés' et a tenté d'arrêter le libraire, qui avait fui.
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13045
p. 193-194
DE ROME, le 15 Février.
Début :
Deux députés de la République de Raguse sont venus supplier le Pape, d'interposer ses bons offices, [...]
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texteReconnaissance textuelle : DE ROME, le 15 Février.
DE ROME, le 15 Février.
Deux députés de la République de Raguse sont venus supplier le Pape, d'interposer ses bons offices,
194 MERCUREDE FRANCE.
pour accommoder un differend survenu en-
tre cette République & celle de Venise. La pre-
miere se plaint de ce que des Galeres vénitiennes
ont pouiluivi & canonné jusques dans le Port de
Raguse deux Cotsaires de Tripoli.
On a reçu avis de Plaisance, que le Cardinal
Alberoni étoit dangereusement malade.
Deux députés de la République de Raguse sont venus supplier le Pape, d'interposer ses bons offices,
194 MERCUREDE FRANCE.
pour accommoder un differend survenu en-
tre cette République & celle de Venise. La pre-
miere se plaint de ce que des Galeres vénitiennes
ont pouiluivi & canonné jusques dans le Port de
Raguse deux Cotsaires de Tripoli.
On a reçu avis de Plaisance, que le Cardinal
Alberoni étoit dangereusement malade.
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13046
p. *194-194
DE LONDRES, le 21 Février.
Début :
Les Garnisons de Gibraltar, de Port Mahon, & de plusieurs Forts en Amérique, doivent être augmentées. [...]
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texteReconnaissance textuelle : DE LONDRES, le 21 Février.
DE LONDRES, le 21 Février.
Les Garnisons de Gibraltar, de Port Mahon, & de
plusieurs Forts en Amérique, doivent être augmentées.
On continue de lever ici du monde
pour aller servir pendant quatre aus dans les éta-
blissemens sur la côte d'Afrique. Chaque engagé
recevra vingt-sept livres sterlings par an, & après
l'expiration du terme de son engagement il sera
libre de revenir en Europe. Les letires de la nou-
velle Ecosse annoncent l'arrivée des cinq cens
Allemans, qu'on y a euvoyés. On a reçu avis de
la Floride, que la Ville de Saint-Marc avoit été
entierement ruinée par un ouragan.
Les Garnisons de Gibraltar, de Port Mahon, & de
plusieurs Forts en Amérique, doivent être augmentées.
On continue de lever ici du monde
pour aller servir pendant quatre aus dans les éta-
blissemens sur la côte d'Afrique. Chaque engagé
recevra vingt-sept livres sterlings par an, & après
l'expiration du terme de son engagement il sera
libre de revenir en Europe. Les letires de la nou-
velle Ecosse annoncent l'arrivée des cinq cens
Allemans, qu'on y a euvoyés. On a reçu avis de
la Floride, que la Ville de Saint-Marc avoit été
entierement ruinée par un ouragan.
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Résumé : DE LONDRES, le 21 Février.
Le 21 février, des mesures ont renforcé les garnisons de Gibraltar, Port Mahon et plusieurs forts en Amérique. Londres recrute des soldats pour quatre ans en Afrique, avec une rémunération annuelle de vingt-sept livres sterling. Cinq cents Allemands sont arrivés en Nouvelle-Écosse. Un ouragan a détruit Saint-Marc en Floride.
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13047
p. 194-195
DE LA HAYE, le 4 Mars.
Début :
Le Gouvernement a fait frapper trois médailles à l'occasion de la mort du feu Prince Stadhouder. [...]
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texteReconnaissance textuelle : DE LA HAYE, le 4 Mars.
DE LA HAYE, le 4 Mars.
Le Gouvernement a fait frapper trois médailles
à l'occasion de la mort du feu Prince Stadhouder.
Sur chacune est le Buste de ce Prince, avec cette
Legende, Guillelmus IV. D. G. Princeps Arausia
& Nassavia, Foedorati Belgii Gubernator Haredita-
rius. Au tevers de la premiere est un soleil cou-
chant, avec ces mots, Vix conspectus. Ou voit sut
gitized by Goo
AVRIL.
1752.
195
le revers de la seconde une femme en pleurs, as-
sise sur un cercueil, & tenant en main l'Ecusson
des Armes des Provinces-Unies Dans l'Exergue,
on lit, Manet alta mente repostus. Le revers de la
troisième médaille reptesente la Province de Hol-
lande, appuyée sur une Pique, au haut de la-
quelle est un chapeau donv les bords sont abbattus.
La Legende contient ces mots, Omnibus ille Bonis
flebilis occidis. On lit dans l'exorgue Non credas in-
teriturum.
Le Gouvernement a fait frapper trois médailles
à l'occasion de la mort du feu Prince Stadhouder.
Sur chacune est le Buste de ce Prince, avec cette
Legende, Guillelmus IV. D. G. Princeps Arausia
& Nassavia, Foedorati Belgii Gubernator Haredita-
rius. Au tevers de la premiere est un soleil cou-
chant, avec ces mots, Vix conspectus. Ou voit sut
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AVRIL.
1752.
195
le revers de la seconde une femme en pleurs, as-
sise sur un cercueil, & tenant en main l'Ecusson
des Armes des Provinces-Unies Dans l'Exergue,
on lit, Manet alta mente repostus. Le revers de la
troisième médaille reptesente la Province de Hol-
lande, appuyée sur une Pique, au haut de la-
quelle est un chapeau donv les bords sont abbattus.
La Legende contient ces mots, Omnibus ille Bonis
flebilis occidis. On lit dans l'exorgue Non credas in-
teriturum.
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Résumé : DE LA HAYE, le 4 Mars.
Le gouvernement a émis trois médailles commémorant la mort du prince Guillaume IV. Chaque médaille porte son buste et la légende 'Guillelmus IV. D. G. Princeps Arausia & Nassavia, Foedorati Belgii Gubernator Hereditarius'. La première montre un soleil couchant avec 'Vix conspectus'. La deuxième représente une femme en pleurs avec l'écusson des Provinces-Unies et 'Manet alta mente repositus'. La troisième illustre la province de Hollande avec 'Omnibus ille Bonis flebilis occidis' et 'Non credas interiturum'.
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13048
p. 195-207
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
LE 5, Février pendant la Messe du Roi, l'Evêque de Riez & l'Evêque de Glandeves ont [...]
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
LE 5, Février pendant la Messe du Roi, l'Evêque
de Riez & l'Evêque de Glandeves ont
prété serment de fidélité entre les mains de Sa
Majesté.
Le Roi quitta le deuil le dix qu'il avoit pris
le vingt-un du mois dernier pour la Reine de
Dannemarx, & le 11 il le reprit à l'occasion de
la mort du Duc d'Orleans.
Le premier de ce mois, M. Guerin, Rec-
teur de l'Université, accompagné des Doycus des
quatre Facultés, & des Procureurs des Nations
se rendit à Versailles, & suivant l'ancien usage
il eut l'honneur de présenter un cierge au Roi
à la Reine & à Monseigneur le Dauphin.
Le même jour, le Pere Gobain, Vicaire-Gé
néral de la Mercy, accompagné de trois Reli-
gieux de son Ordre, eut l'honneur de présenter
un cierge à la Reine, pour satisfaire à l'une des
conditions de leur établissement fait à Paris en
1ij
196 MERCUREDE FRANCE.
1615, par la Reine Marie de Medicis.
Le 5, le corps du feu Duc d'Orleans, après
avoir été embaumé, fut mis sur un lit de parade
dans une salle de l'Abbaye de Sainte Genevieve.
Pendant qu'il y a été exposé, les Chanoines Re-
guliers de cette Abbaye ont récité nuit & jour
l'Office des Morts auprès du cercueil, & tous les
matin depuis huit heures jusqu'à midi ils ont ce-
lebré, conjointement avec les Aumôniers du
Prince, des Messes à deux Autels, qui étoient
aux deux côtés du lit de parade. Le Chapitre de
l'Eglise Collégiale de Saint Honoré, le Clergé
des Paroisses de Saint Eustache, de Saint Etien-
ne du Mont, & de Saint Benoit, & la plupart
des Communautés Religieuses de Paris, sont
allés processionnellement jetter de l'eau benite sur
le corps. Les Chanoines Reguliers de Sainto Ge-
nevieve avoient été les premiers à s'acquitter de
ce devoir, & la même cérémonie a ete observée
par l'Ordre de Saint Lazare. Le Duc d'Orleans
ayant demandé par son testament, d'être inhu-
mé sans pompe, on ne lui a point rendu les
autres honneurs funébres, qu'on a coutume de
rendre aux Princes de son rang. Le 8, les Vé-
pres des Morts furent chantées par le Chapitre
de Sainte Genevieve, & lorsqu'on eut dit les au-
tres prieres accoutumées, le Duc d'Orleans fut
porte à l'Eglise du Val-de-Grace, qu'il a choisie
pour le lieu de sa Sépulture. Dans un premier
carosse étoient l'Abbé Onic & deux autres Au-
môniers du Prince. L'Abbé Onic tenoit le coeur
du Duc d'Orléans, enferiné dans une boëte d'ar-
gent. Il y avoit quatre Chanoines Reguliers de
Sainte Génevieve dans le carosse, ou étoit le
corps. Ce carosse étoit suivi d'un autre, dans les
quel l'Abbé de Sainte Genevieve etoit avec
AVRIL. 1751.
197
deux de ses Chanoines. Le Duc de Chartres,
à présent Duc d'Orleans, accompagné de ses
principaux Officiers, étoit dans le quatriéme ca-
rosse. Un grand nombre de valets-de-pieds
avec des flambeaux éclairoient le convoi. Le
corps fut reçu à la porte de l'Eglise du Val-
de-grace par un Clergé composé de trois cens
Ecclésiastiques, & la présentation fut faite par
l'Abbé de Sainte Genevieve.
Dès le 15 du mois de Décembre de l'année
derniere, la Faculté de Théologie de Paris, dans
une Assemblée extraordinaire, avoit condamné
la These, que le sieur Jean Martin de Prades
Prêtre du Diocese de Montauban, & l'un des
Bacheliers de la Faculté, avoit soutenue en Sor-
bonne le 18 Janvier dernier. La même Faculté
a tenu depuis, onze autres Assemblées, aus-
quelles ont assisté cent quarante six Docteurs
& dans lesquelles on a examiné, tant sépare-
ment que relativement les unes aux autres
toutes les positions de cette These. Après un
miur examen, la Faculté en a extrait dix Propo-
sitions qu'elle a jugées fausses téméraires, inju-
rieuses aux Théologiens Catholiques, scandaleu-
ses, erronées, hérétiques, blasphématoires
pernicieuses à la Société & à la tranquilité pu-
blique, tendantes à détruire les fondemens de
la Religion Chrétienne, & à favoriser l'opi-
nion du Matérialisme. La plupart des autres pro-
positions, contenues dans la These, ont été
déclarées mal sonantes, peu convenables à la
majesté de la Religion, indécentes sur tout dans
la bouche d'un Théologien, & puisées dans des
sources contagieuses. Cette Censure fut pronon-
cée le 26 du mois dernier; & dans l'assemblée
du même jour, la Faculté raya de la Liste de
I iij
158 MERCUREDE FRANCE.
ses Bacheliers le nom du Sieur de Prades.
L'Archevêque de Paris a cru ne devoir pas
non plus garder le filence sur la These, objet du
scandale. Par un Mandement qu'il a fait, pu-
blier le 3 de ce mois, il la condamne, en se
servant des mêmes qualifications employées par
la Faculté de Théologie. Le même Mandement
révoque tous pouvoirs que le Sieur de Prades
pourroit avoir obtenu de l'Archevêque ou de ses
Vicaires Généraux, de célebrer la Messe, & de
faire d'autres fonctions Ecclésiastiques dans le
Diocése de Paris. De plus, il est enjoint au Pro-
moteur, de faire au sujet de ladite These, de
son Auteur & de ses Fauteurs & Adhérens, tou-
tes les poursunes & diligences qui peuvent être
du deve ix de son ministere.
Le 10, les Actious de la Compagnie des In-
des étoient à dix huit cens quarante livres;
les Billets de la premiere Loterie Royale à sept
cens douze, & ceux de la seconde, à six cens
quarante-une.
Le 16 Février dernier, Mercredi des Cendres
le Roi reçut les cendres des mains du Cardinal
de Soubize, Grand Aumônier de France. La Rei-
ne les reçut des mains de l'Archevêque de Rouen,
son Grand Aumônier; Monseigneur le Dauphin,
de celles de l'Abbé de Lascaris, Aumônier du
Roi, & Madame la Dauphine, de celles de
l'Evêque de Bayeux, son premier Aumónier.
Tous les honneurs funebres ayant été rendus
à Madame Henriette. l'Evêque de Meaux, pre-
mier Aumônier de cette Princesse, sit le dix-neuf
de ce mois, à six heures du soir, la cérémonie de
lever le corps, qui fut placé dans le Char desti-
né à le porter à l'Abbaye Royale de Saint De-
nis. Le Convoi, précédé de spixante Cavaliers
AVRIL. 1752.
199
du Guet, se mit peu à près en marche dans l'ordre
suivant, Deux Gardes du Corps, soixante Pau-
vres, marchant deux à deux, & portans des flam-
beaux, le carosse de la Comtesse de Brionne ;
ceux des Ecuyers des Princesses du Sang, qui
composoient le deuil; cinquante Mousquetaires
de la seconde Compagnie de la Garde du Roi
un pareil nombre de Mousquetaires de la premie-
re Compagnie; cinquante Chevaux-Legers de la
Garde de Sa Majesté, un carosse du Roi pour le
Chevalier d'honneur; le carosse de Sa Majesté,
dans lequel étoit Madempiselle de Sens, accom-
pagnée de la Comtesse de Btionne, de la Mar-
quise de L'hospital, de la Comtesse de Choyseul
de la Marquise de Laval, & de la Demoiselle de
Prulay; le carosse de Sa Majesté, dans lequel
étoit la Duchesse de Modene, accompagnée de
la Maréchale de Maillebois, de la Marquise de
la Riviere, de la Marquise de Gouy, de la Com-
tesse de la Riviere & de la Dame de Pauly; le
carosse de Sa Majesté, dans lequel étoit la Prin-
cesse de Conty, accompagnée de la Duchesse de
Beauvilliers, Dame d'honneur de Madame Hen-
riette; de la Duchesse de Brissac, de la Marqui-
se de Castries, de la Comtesse de Belsunce, &
de la Marquise de Fontanges; un autre carosse
du Roi, où l'Evêque de Meaux étoit avec deux
Aumôniers de Sa Majesté & le Curé de l'Eglise
Paroissiale de Saint Germain l'Auxeriois; dou-
ze Pages de Madame la Dauphine; douze Pages
de la Reine, vingt- quatre Pages du Roi; plusieurs
Ecuyers de Leurs Majestés; quatre Trompettes
de la Chambre; les Hérauts d'Armes, marchant
deux à deux; le Roi d'Armes, M. de Bourlama-
que, Aide des Cérémonies; M. de Giseur: Maî-
tre des Cérémonies, en survivance de M. Des-
I iiij
Mostras vO
200 MERCURE DEFRANCE.
granges; le Marquis de Brézé, Grand-Maître des
Cérémonies; quatre Chevaux-Legers de la Gar-
de; le Char funebie, des deux côtés duquel
marchoient quarante des Cent Suisses du Roi, &
qui étoit entouré d'un grand nombre de Valets
de pied de Leurs Majestés & de Madame la Dau-
phine. Deux Aumoniers & deux Chapelains de
Madame Henriette portoient les quatre coins du
Poële, dont le Char étoit couvert. Ce Poële, &
les caparaçons des chevaux qui traînoient le Char
etoient blancs avec des croix de moire d'argent
& les écussons des Armoiries en broderie. Le Com-
te de Valbelle, Commandant le détachement des
Gendarmes; le Marquis d'Escorailles, comman-
dant le détachement des Chevaux-Legers; le
Marquis de Carvoisin, commandant le détache-
ment de la premiere Compagnie des Mousqua-
taires, & le Comte de Montboissier, qui com-
mandoit le détachement des Mousquetaires de la
seconde Compagnie, marchoient près des quatre
roues. Le Baton de Montmorency, Chevalier
d'honneut de la Princesse; le Marquis de l'Hos-
pital, son premier Ecuyer, & le Marquis de Cal-
viere, Lieutenant des Gardes du Corps, dont il
commandoit le détachement, suivoient immédia-
tement le Char, & précédoient les Gardes du
Corps, après lesquels venoient cinquante Gen-
darmes de la Garde, les Gendarmes ainsi que les au-
tres troupes de la Maison de S. M. portoient des
slambeaux & marchoient deux à deux. Les Pages
& les Valets de pied marchoient de même, &
portoient aussi des flambeaux. La marche étoit
fermée par les carosses de la Princesse de Con-
ty, de la Duchesse de Modene & de Mademoi-
selle de Sens, & par celui de la Duchesse de
Beauvilliers.
AVRIL. 1752.
201
Sur les onze heures & demi du soir, le Con-
voi arriva à Saint Denis. Les Religieux de l'Ab-
baye reçurent le corps de Madame Henriette à
la porte de l'Eglise, & l'Evêque de Meaux le
présenta au Grand-Prieur de l'Abbaye, lequel ré-
pondit au discours de ce Prélat. Le cercueil fut
porté dans le Choeur, & l'on chanta les prieres
ordinaires, ausquelles les Princesses du Sang, &
toutes les personnes titrées qui s'étoient trouvées
au convoi assisterent.
Le corps de Madame Henriette a été mis dans
la haute Chapelle de l'Eglise, où il demeurera en
dépôt jusqu'au jour de l'inhumation. Il est gardé
par la Duchesse de Beauvilliers, Dame d'Hon-
neur; & par deux des Dames de la Princesse,
qui se relevent successivement. On célébre tous
les matins une Grande-Messe dans cette Chapelle.
Les principaux Officiers de Madame Henriette,
& ceux du Roi, qui étoient de service auprès de
cette Princesse, continuent d'exercer auprès d'elle
leurs fonctions, suivant le cérémonial observé
pour les Princes & les Princesses de la Famille
Royale.
Le 20, premier Dimanche de Carême, Leurs
Majestés accompagnées de Monseigneur le Dau-
phin, & de Mesdames de France, entendirent
le Sermon du Pere Dumas, de la Compagnie de
Jesus, & assisterent ensuite aux Vepres & au
Salut.
Monseigneur le Dauphin communia le même
jour par les mains de l'Abbé de Lascaris.
Le 22, les Princes & les Princesses du Sang
rendirent en Céremonie, à l'occasion de la mont
de Madame Henriette, leurs respects
au Roi, à
la Reine, à Monse gneur le Dauphin, à Madane
la Dauphine à Monseigneur le Duc de Bourgo-
IV
202 MERCUREDE FRANCE.
gne, à Madame & à Mesdames de France. Les
Seigneurs & les Dames de la Cour, en habits de
grand deuil, s'acquiterent du même devoir.
Madame la Dauphine fut saignée, & a été
quelques jours sans sortir de son appartement.
Le 23 au soir, le Roi quitta le deuil que Sa Ma-
jesté avoit pris le 11, à l'occasion de la mort du-
Duc d'Orleans.
Le même jour on célebra dans l'Eglise du
Val-de-Grace, pour le repos de l'ame du seu
Duc d'Orleans, un Service solemnel, auquel le
Duc d'Orleans, accompagné de toute sa Maison;
assista.
Le 24, les Actions de la Compagnie des In-
des étoient à 1840 l. les billets de la premiere Lo-
terie Royale à 710 livres, & ceux de la seconde
à 639 livres.
Le Roi & la Reine accompagnés de Mon-
seigneur le Dauphin & de Mesdames de France,
alsisterent le 25 à la prédication du Pere Dumas,
de la Compagnie de Jesus.
Le 29, second Dimanche de Carême, Leurs
Majestés, accompagnées de même que le 25,
entendirent le Sermon du même Prédicateur, &
ensuite les Vêpres & le Salut.
Le 24 & le 28, le Roi prit le divertissement
de la chasse du Cerf dans la Forêt de Saint Ger-
main.
Si Majesté se rendit le 29 à Choisy, d'où elle
cest revenue le lendemain premier jour du mois,
de Mars.
Le premier Mars, Mesdames Adelaide, Vic-
toite & Sophie, furent se promener à Saint Ger-
main, Madavie Louise étoit indisposée dans ce-
tems, & elle prit les eaux.
Au mois da Novembre de l'année derniere,
14
AVRIL. 1752. 203
un Marchand, sa femme & sa si le, en passant
la riviere à Argenteuil, eurent le malheur de se
noyet avec plusicurs autres personnes de leur fa-
mille Le partage de leur succession donne lieu à
la question de sçavoir, si la. Fille a survécu à ses
pee & mere, ou si le pere la mere & la Fille, du-
vent être tenses morts dans le même instant. Cette-
cause importante & singuliere se plaide actuelle-
ment à la Seconde Chambre des Requêtes du
Pulais. Messieurs du Vaudier & Gueau de Rever-
seau sont les Avocats des Parties.
Les lettres qu'on a reçues de l'Isse de Saint Do-
mingue contiennent le détail suivant, au sujes
des tremblemens de terre qui se sont fait sentir
dans cette Isle, & qui ont causé d'autant plus
d'inquiétude & d'allarme, qu'elle n'avoit jamais-
sprouvé des évenemens de cette espéce. Hy avoit-
eu dès le vingt neuf de Septembre une premiere-
secousse, à laquelle on n'avoit pas fait beaucoup-
d'attention. Le dix huit d'Octobre, on en sentit-
une assez violente dans tous les quartiers de la-
partie Françoise; mais elle ne causa pas de granda-
dommages. Il y en eut d'autres très-fréquentes,
mais assez peu sensibles, jusqu'au trente un du-
même mois. La terre demeura enfuite dans une-
forte de commotion, mais sans aucun mouve-
ment marqué, jusqu'au vingt. un de Novembre,
qu'à sept heures cinquante minutes du matin il
vint une seçousse, qui dura cinqeminutes avec-
une égale violence, & qui se fit sentir en mênie-
tems dans tous les quartiers. On en épronva d'au-
tres les jours suivans jusqu'at commence ment du-
mois de Décembre; mais elles n'ont rien ajou-
tée aux dommages qu'avoit causce celle du vingt-
un. Ces dommages n'ont été bien coi siderables,
que dans la Valle du- Port-au-Prince & dans la-
.
...
13.
204 MERCUREDEFRANCE.
plaine du cu' de sac. Plusieurs maisons ont été
renve sées dans la Ville, ainsi que deux corps de
bâtimens construits en maçonnerie pour le ser-
vice du Roi; & dans la plaine il est fort peu d'ha-
bitations, dont les batimens n'ayent été détruits
ou fort endommagés. Les autres Villes & les au-
tres quartiers de la Colonie ont fort peu sous-
fert, à l'exception de la Plaine de Maribarou, dans
laquelle il y a eu aussi quelques batimens abbatus,
& de celle del'Artibonites, où il yen a quelques-uns
considérablement maltraités. Malgré tous ces acci-
dens on a tout lieu d'espererque la recolte des don-
rées de la Colonie sera aussi abondante qu'à l'ordi-
naire, les plantations n'ayant point été endomma-
gées, & les Habitans, dont les bâtimens ont été
détruits, ayant pris de promptes mesures pour le
rétablissement de leurs Fabriques. On n'étoit pas
encore bien instruit des effets que pouvoient vois
produit ces tremblemens de terre dans la partie
Espagnole, mais on présumoit qu'elle devoit avois
beaucoup souffert.
On a reçu avis de Cadix, que le vaisseau de
Registre la Thetis, y est arrivé de la Havanne
& qu'il a apporté cent six mille quatre cent cin-
quante livres de cochenille, environ vingt deun
mille de Vanilles, cent quarante quatre mille sin
cen, cinquante livres de tabac, neul cens cin-
quante-deux cuirs à poil, & la valeur de douze
cens trente mille piastres, tant en espéce d'ot &
d'argent, qu'en argent non monnoyé
Le premier de Mars, le Régiment de Char-
tres fit célebrer à Orleans, dans l'Eglise des Do-
minicains un Service solemnel pour le repos de
P'ame du feu Duc d'Orleans Ce Régiment, s'é-
tant rendu à l'Eglise, les armes traînantes, avec
des crempes sur les caisses des tambours, fut reçu
par le Prieur du Couvent à la tête de la Com-
AVRIL.
205
1752.
monauté. Les deux bataillons entrerent sur deux
ailes dans la Nef, & apiès qu'on eut récité l'Of-
sice des Morrs, l'Abbé de Colbert, Doyen de
la Cathédrale, célébra la Grande-Messe, qui fut
chantée par la Musique de la même Cathédrale.
Tout le Chœur de l'Eglise des Dominicains étoit
tendu de noir, & de distance en distance étoient
les Ecussons des armes du Prince défunt. Le
grand Autel & le Catafalque ét oient éclairés d'un
grand nombre de cierges, ornés des mêmes
Ecussons. Sur la réprésentation l'on avoit placé
une Couronne & les marques des Ordres dont le
Prince étoit revêtu.
Les. Administrateurs de l'Hôpital de-Vichy
ont fait aussi celebrer avec beaucoup de dépense
& de solemnité un service pour le repos de l'ame
du même Prince.
Le 2, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à 1836, livres, les billets de la premiere
Lotetio Royale à 709 livres, & ceux de la secon-
de à 635 livtes.
Le Roi & la Reine accompagnés de Monsei-
gneur le Dauphin & de Mesdames de France, as-
sistarent le 3, à la prédication du P. Dumas, de
la Compagnie de Jesus.
Le même jour, le Roi tint Conseil d'Etat, &
Conseil des Dépéches.
Le 5, troisiéme Dimanche de Carême; Leurs
Majestés accompagnées de même que le 3, en-
tenditent le Sermon du même Prédicateur, &
assisterent ensuite aux Vêpres & au Salut.
Madame la Dauphine commu nia le ineine jont
par les mains de l'Evêque de Bayeux, son pre-
miet Aumônier.
Le Baron de Scehffer, Ministre Plenipoten-
tiaire du Roi de Suéde, eut le 7, une audience
206 MERCUREDE ERANCE.
particuliere du Roi, dans laquelle il présenta, à
Sa Majesté sa Lettre de récréance. Il fut conduit
à cette audience, ainsi qu'à celles de la Reine,
de Monseigneur le Dauphin, de Madame la Dau-
phine, de Monseigneur le Duc de Bourgogne
de Madame, de Madame Adelaide & de Mesda-
mes Victoire, Sophie & Louise, par le Marquis
de Verneuil, Introducteur des Ambassadeurs.
Le 8, SaMajesté se tendit au Château de Bellevue.
Les Médecins ont jugé a propos que Madame
la Dauphine gardat le lit pendant quelques jours.
On a appris que les Navires le Neptune & lo
Guillaume-Marie, qui viennent de Londres
éto ient arrivés à Bordeaux, & qu'ils y avoient
apporté une grande quantité de bled.
Selon les dernieres lettres d'Espagne, le navire
l Hercule, parti du Havre-de-Grace a échoué à
quelques lieues de Cadix, mais heureusement on
en a sauvé toutes les Marchandises.
Le 9, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à 1819 livres 10 sols: les billets de la pre-
miere Lotterie Royale à710 livres: ceux de la-
seconde n'avoient point de prix fixe.
Le 11 au matin, on a fait l'ouverture de la-
nouvelle Licence de la Faculté de Médecine.
Le 10 de ce mois, le Roi revint du Château
de Bellevue.
Le même jour le Roi tint conseil des dépêches.
Sa Majesté tint Conseil d'Etat le 12 & le 15.
Le Roi prit le 11 & le 13 le divertissement de
la chasse du Cerf.
Le 12, quatrième Dimanche du Carême, le
Roi & la Reine, accompagnés de Monseigneut
le Dauphin & de Mesdames Victoire, Sophie &
Louise, affisterent aux Vêpres & au Salut, après
avoir entendu la Prédication du Pere Dumas, de
la Compagnie de Jesusz.
AVRIL
207
1752.
Leurs Majestés entendirent le 10 & le 15 le Ser-
mon du même Prédicateur.
Madame Adelaide pendant quelques jours a
gardé la chambre.
Le 14, Leurs Majestés, Monseigneur le Dau-
phin, & Mesdames de France, signerent le con-
ttat de mariage du Président Turgot.
Ce même jour, la Marquise de Roncherolles fut-
présentée au Roi & à la Reine.
On tirera le 11 du mois prochain, dans la même
Salle de l'Hôtel de Ville, la huitième des quator-
ze Lotteries ordonnées par la Déclaration du Roi
qui a réuni au Domaine de la Ville de Paris les
Droits établis pour quinze années, par un Edit du
mois de Décembre 1743.
Le 16, les Actions de la Compagnie des In-
des étoient à 1855 livres, les Billets de la premie-
re Lotterie Royale à 712 livres, & ceux de la
leconde à 636 livres.
Le sieur Lacreuzette, ancien Mousquetaire
âgé de quatre vingt ans, a donné à Gien un
grand souper à qua re-vingt Neveux ou Niéces.
Pendant l'année 1751, il s'est fait à Paris
cinq mille treize Mariages, dix neuf mille trois-
cens vingt- un Baptêmes, & seize mille six cens-
foixante treize Enterremens. Le nombre des En-
fans-trouvés a été de trois mille sept, cens- qua-
tre-vingt. trois.
On ne sçait sur quel fondement le bruit s'est ré-
pandu, que des voleurs ayoient arrêté la Diligence
de Lyon. Ce bruit est non seulement faux, majs
destitué de toute vraisemblance. Les mesures prises
depuis un grand nombre d'années pour la sureté,
tant des personnes qui voyagent par la Diligence,
que de l'argent ou des autres effets dont elle peut-
dtte chargée, la mettent à l'abri de toute insulte.
LE 5, Février pendant la Messe du Roi, l'Evêque
de Riez & l'Evêque de Glandeves ont
prété serment de fidélité entre les mains de Sa
Majesté.
Le Roi quitta le deuil le dix qu'il avoit pris
le vingt-un du mois dernier pour la Reine de
Dannemarx, & le 11 il le reprit à l'occasion de
la mort du Duc d'Orleans.
Le premier de ce mois, M. Guerin, Rec-
teur de l'Université, accompagné des Doycus des
quatre Facultés, & des Procureurs des Nations
se rendit à Versailles, & suivant l'ancien usage
il eut l'honneur de présenter un cierge au Roi
à la Reine & à Monseigneur le Dauphin.
Le même jour, le Pere Gobain, Vicaire-Gé
néral de la Mercy, accompagné de trois Reli-
gieux de son Ordre, eut l'honneur de présenter
un cierge à la Reine, pour satisfaire à l'une des
conditions de leur établissement fait à Paris en
1ij
196 MERCUREDE FRANCE.
1615, par la Reine Marie de Medicis.
Le 5, le corps du feu Duc d'Orleans, après
avoir été embaumé, fut mis sur un lit de parade
dans une salle de l'Abbaye de Sainte Genevieve.
Pendant qu'il y a été exposé, les Chanoines Re-
guliers de cette Abbaye ont récité nuit & jour
l'Office des Morts auprès du cercueil, & tous les
matin depuis huit heures jusqu'à midi ils ont ce-
lebré, conjointement avec les Aumôniers du
Prince, des Messes à deux Autels, qui étoient
aux deux côtés du lit de parade. Le Chapitre de
l'Eglise Collégiale de Saint Honoré, le Clergé
des Paroisses de Saint Eustache, de Saint Etien-
ne du Mont, & de Saint Benoit, & la plupart
des Communautés Religieuses de Paris, sont
allés processionnellement jetter de l'eau benite sur
le corps. Les Chanoines Reguliers de Sainto Ge-
nevieve avoient été les premiers à s'acquitter de
ce devoir, & la même cérémonie a ete observée
par l'Ordre de Saint Lazare. Le Duc d'Orleans
ayant demandé par son testament, d'être inhu-
mé sans pompe, on ne lui a point rendu les
autres honneurs funébres, qu'on a coutume de
rendre aux Princes de son rang. Le 8, les Vé-
pres des Morts furent chantées par le Chapitre
de Sainte Genevieve, & lorsqu'on eut dit les au-
tres prieres accoutumées, le Duc d'Orleans fut
porte à l'Eglise du Val-de-Grace, qu'il a choisie
pour le lieu de sa Sépulture. Dans un premier
carosse étoient l'Abbé Onic & deux autres Au-
môniers du Prince. L'Abbé Onic tenoit le coeur
du Duc d'Orléans, enferiné dans une boëte d'ar-
gent. Il y avoit quatre Chanoines Reguliers de
Sainte Génevieve dans le carosse, ou étoit le
corps. Ce carosse étoit suivi d'un autre, dans les
quel l'Abbé de Sainte Genevieve etoit avec
AVRIL. 1751.
197
deux de ses Chanoines. Le Duc de Chartres,
à présent Duc d'Orleans, accompagné de ses
principaux Officiers, étoit dans le quatriéme ca-
rosse. Un grand nombre de valets-de-pieds
avec des flambeaux éclairoient le convoi. Le
corps fut reçu à la porte de l'Eglise du Val-
de-grace par un Clergé composé de trois cens
Ecclésiastiques, & la présentation fut faite par
l'Abbé de Sainte Genevieve.
Dès le 15 du mois de Décembre de l'année
derniere, la Faculté de Théologie de Paris, dans
une Assemblée extraordinaire, avoit condamné
la These, que le sieur Jean Martin de Prades
Prêtre du Diocese de Montauban, & l'un des
Bacheliers de la Faculté, avoit soutenue en Sor-
bonne le 18 Janvier dernier. La même Faculté
a tenu depuis, onze autres Assemblées, aus-
quelles ont assisté cent quarante six Docteurs
& dans lesquelles on a examiné, tant sépare-
ment que relativement les unes aux autres
toutes les positions de cette These. Après un
miur examen, la Faculté en a extrait dix Propo-
sitions qu'elle a jugées fausses téméraires, inju-
rieuses aux Théologiens Catholiques, scandaleu-
ses, erronées, hérétiques, blasphématoires
pernicieuses à la Société & à la tranquilité pu-
blique, tendantes à détruire les fondemens de
la Religion Chrétienne, & à favoriser l'opi-
nion du Matérialisme. La plupart des autres pro-
positions, contenues dans la These, ont été
déclarées mal sonantes, peu convenables à la
majesté de la Religion, indécentes sur tout dans
la bouche d'un Théologien, & puisées dans des
sources contagieuses. Cette Censure fut pronon-
cée le 26 du mois dernier; & dans l'assemblée
du même jour, la Faculté raya de la Liste de
I iij
158 MERCUREDE FRANCE.
ses Bacheliers le nom du Sieur de Prades.
L'Archevêque de Paris a cru ne devoir pas
non plus garder le filence sur la These, objet du
scandale. Par un Mandement qu'il a fait, pu-
blier le 3 de ce mois, il la condamne, en se
servant des mêmes qualifications employées par
la Faculté de Théologie. Le même Mandement
révoque tous pouvoirs que le Sieur de Prades
pourroit avoir obtenu de l'Archevêque ou de ses
Vicaires Généraux, de célebrer la Messe, & de
faire d'autres fonctions Ecclésiastiques dans le
Diocése de Paris. De plus, il est enjoint au Pro-
moteur, de faire au sujet de ladite These, de
son Auteur & de ses Fauteurs & Adhérens, tou-
tes les poursunes & diligences qui peuvent être
du deve ix de son ministere.
Le 10, les Actious de la Compagnie des In-
des étoient à dix huit cens quarante livres;
les Billets de la premiere Loterie Royale à sept
cens douze, & ceux de la seconde, à six cens
quarante-une.
Le 16 Février dernier, Mercredi des Cendres
le Roi reçut les cendres des mains du Cardinal
de Soubize, Grand Aumônier de France. La Rei-
ne les reçut des mains de l'Archevêque de Rouen,
son Grand Aumônier; Monseigneur le Dauphin,
de celles de l'Abbé de Lascaris, Aumônier du
Roi, & Madame la Dauphine, de celles de
l'Evêque de Bayeux, son premier Aumónier.
Tous les honneurs funebres ayant été rendus
à Madame Henriette. l'Evêque de Meaux, pre-
mier Aumônier de cette Princesse, sit le dix-neuf
de ce mois, à six heures du soir, la cérémonie de
lever le corps, qui fut placé dans le Char desti-
né à le porter à l'Abbaye Royale de Saint De-
nis. Le Convoi, précédé de spixante Cavaliers
AVRIL. 1752.
199
du Guet, se mit peu à près en marche dans l'ordre
suivant, Deux Gardes du Corps, soixante Pau-
vres, marchant deux à deux, & portans des flam-
beaux, le carosse de la Comtesse de Brionne ;
ceux des Ecuyers des Princesses du Sang, qui
composoient le deuil; cinquante Mousquetaires
de la seconde Compagnie de la Garde du Roi
un pareil nombre de Mousquetaires de la premie-
re Compagnie; cinquante Chevaux-Legers de la
Garde de Sa Majesté, un carosse du Roi pour le
Chevalier d'honneur; le carosse de Sa Majesté,
dans lequel étoit Madempiselle de Sens, accom-
pagnée de la Comtesse de Btionne, de la Mar-
quise de L'hospital, de la Comtesse de Choyseul
de la Marquise de Laval, & de la Demoiselle de
Prulay; le carosse de Sa Majesté, dans lequel
étoit la Duchesse de Modene, accompagnée de
la Maréchale de Maillebois, de la Marquise de
la Riviere, de la Marquise de Gouy, de la Com-
tesse de la Riviere & de la Dame de Pauly; le
carosse de Sa Majesté, dans lequel étoit la Prin-
cesse de Conty, accompagnée de la Duchesse de
Beauvilliers, Dame d'honneur de Madame Hen-
riette; de la Duchesse de Brissac, de la Marqui-
se de Castries, de la Comtesse de Belsunce, &
de la Marquise de Fontanges; un autre carosse
du Roi, où l'Evêque de Meaux étoit avec deux
Aumôniers de Sa Majesté & le Curé de l'Eglise
Paroissiale de Saint Germain l'Auxeriois; dou-
ze Pages de Madame la Dauphine; douze Pages
de la Reine, vingt- quatre Pages du Roi; plusieurs
Ecuyers de Leurs Majestés; quatre Trompettes
de la Chambre; les Hérauts d'Armes, marchant
deux à deux; le Roi d'Armes, M. de Bourlama-
que, Aide des Cérémonies; M. de Giseur: Maî-
tre des Cérémonies, en survivance de M. Des-
I iiij
Mostras vO
200 MERCURE DEFRANCE.
granges; le Marquis de Brézé, Grand-Maître des
Cérémonies; quatre Chevaux-Legers de la Gar-
de; le Char funebie, des deux côtés duquel
marchoient quarante des Cent Suisses du Roi, &
qui étoit entouré d'un grand nombre de Valets
de pied de Leurs Majestés & de Madame la Dau-
phine. Deux Aumoniers & deux Chapelains de
Madame Henriette portoient les quatre coins du
Poële, dont le Char étoit couvert. Ce Poële, &
les caparaçons des chevaux qui traînoient le Char
etoient blancs avec des croix de moire d'argent
& les écussons des Armoiries en broderie. Le Com-
te de Valbelle, Commandant le détachement des
Gendarmes; le Marquis d'Escorailles, comman-
dant le détachement des Chevaux-Legers; le
Marquis de Carvoisin, commandant le détache-
ment de la premiere Compagnie des Mousqua-
taires, & le Comte de Montboissier, qui com-
mandoit le détachement des Mousquetaires de la
seconde Compagnie, marchoient près des quatre
roues. Le Baton de Montmorency, Chevalier
d'honneut de la Princesse; le Marquis de l'Hos-
pital, son premier Ecuyer, & le Marquis de Cal-
viere, Lieutenant des Gardes du Corps, dont il
commandoit le détachement, suivoient immédia-
tement le Char, & précédoient les Gardes du
Corps, après lesquels venoient cinquante Gen-
darmes de la Garde, les Gendarmes ainsi que les au-
tres troupes de la Maison de S. M. portoient des
slambeaux & marchoient deux à deux. Les Pages
& les Valets de pied marchoient de même, &
portoient aussi des flambeaux. La marche étoit
fermée par les carosses de la Princesse de Con-
ty, de la Duchesse de Modene & de Mademoi-
selle de Sens, & par celui de la Duchesse de
Beauvilliers.
AVRIL. 1752.
201
Sur les onze heures & demi du soir, le Con-
voi arriva à Saint Denis. Les Religieux de l'Ab-
baye reçurent le corps de Madame Henriette à
la porte de l'Eglise, & l'Evêque de Meaux le
présenta au Grand-Prieur de l'Abbaye, lequel ré-
pondit au discours de ce Prélat. Le cercueil fut
porté dans le Choeur, & l'on chanta les prieres
ordinaires, ausquelles les Princesses du Sang, &
toutes les personnes titrées qui s'étoient trouvées
au convoi assisterent.
Le corps de Madame Henriette a été mis dans
la haute Chapelle de l'Eglise, où il demeurera en
dépôt jusqu'au jour de l'inhumation. Il est gardé
par la Duchesse de Beauvilliers, Dame d'Hon-
neur; & par deux des Dames de la Princesse,
qui se relevent successivement. On célébre tous
les matins une Grande-Messe dans cette Chapelle.
Les principaux Officiers de Madame Henriette,
& ceux du Roi, qui étoient de service auprès de
cette Princesse, continuent d'exercer auprès d'elle
leurs fonctions, suivant le cérémonial observé
pour les Princes & les Princesses de la Famille
Royale.
Le 20, premier Dimanche de Carême, Leurs
Majestés accompagnées de Monseigneur le Dau-
phin, & de Mesdames de France, entendirent
le Sermon du Pere Dumas, de la Compagnie de
Jesus, & assisterent ensuite aux Vepres & au
Salut.
Monseigneur le Dauphin communia le même
jour par les mains de l'Abbé de Lascaris.
Le 22, les Princes & les Princesses du Sang
rendirent en Céremonie, à l'occasion de la mont
de Madame Henriette, leurs respects
au Roi, à
la Reine, à Monse gneur le Dauphin, à Madane
la Dauphine à Monseigneur le Duc de Bourgo-
IV
202 MERCUREDE FRANCE.
gne, à Madame & à Mesdames de France. Les
Seigneurs & les Dames de la Cour, en habits de
grand deuil, s'acquiterent du même devoir.
Madame la Dauphine fut saignée, & a été
quelques jours sans sortir de son appartement.
Le 23 au soir, le Roi quitta le deuil que Sa Ma-
jesté avoit pris le 11, à l'occasion de la mort du-
Duc d'Orleans.
Le même jour on célebra dans l'Eglise du
Val-de-Grace, pour le repos de l'ame du seu
Duc d'Orleans, un Service solemnel, auquel le
Duc d'Orleans, accompagné de toute sa Maison;
assista.
Le 24, les Actions de la Compagnie des In-
des étoient à 1840 l. les billets de la premiere Lo-
terie Royale à 710 livres, & ceux de la seconde
à 639 livres.
Le Roi & la Reine accompagnés de Mon-
seigneur le Dauphin & de Mesdames de France,
alsisterent le 25 à la prédication du Pere Dumas,
de la Compagnie de Jesus.
Le 29, second Dimanche de Carême, Leurs
Majestés, accompagnées de même que le 25,
entendirent le Sermon du même Prédicateur, &
ensuite les Vêpres & le Salut.
Le 24 & le 28, le Roi prit le divertissement
de la chasse du Cerf dans la Forêt de Saint Ger-
main.
Si Majesté se rendit le 29 à Choisy, d'où elle
cest revenue le lendemain premier jour du mois,
de Mars.
Le premier Mars, Mesdames Adelaide, Vic-
toite & Sophie, furent se promener à Saint Ger-
main, Madavie Louise étoit indisposée dans ce-
tems, & elle prit les eaux.
Au mois da Novembre de l'année derniere,
14
AVRIL. 1752. 203
un Marchand, sa femme & sa si le, en passant
la riviere à Argenteuil, eurent le malheur de se
noyet avec plusicurs autres personnes de leur fa-
mille Le partage de leur succession donne lieu à
la question de sçavoir, si la. Fille a survécu à ses
pee & mere, ou si le pere la mere & la Fille, du-
vent être tenses morts dans le même instant. Cette-
cause importante & singuliere se plaide actuelle-
ment à la Seconde Chambre des Requêtes du
Pulais. Messieurs du Vaudier & Gueau de Rever-
seau sont les Avocats des Parties.
Les lettres qu'on a reçues de l'Isse de Saint Do-
mingue contiennent le détail suivant, au sujes
des tremblemens de terre qui se sont fait sentir
dans cette Isle, & qui ont causé d'autant plus
d'inquiétude & d'allarme, qu'elle n'avoit jamais-
sprouvé des évenemens de cette espéce. Hy avoit-
eu dès le vingt neuf de Septembre une premiere-
secousse, à laquelle on n'avoit pas fait beaucoup-
d'attention. Le dix huit d'Octobre, on en sentit-
une assez violente dans tous les quartiers de la-
partie Françoise; mais elle ne causa pas de granda-
dommages. Il y en eut d'autres très-fréquentes,
mais assez peu sensibles, jusqu'au trente un du-
même mois. La terre demeura enfuite dans une-
forte de commotion, mais sans aucun mouve-
ment marqué, jusqu'au vingt. un de Novembre,
qu'à sept heures cinquante minutes du matin il
vint une seçousse, qui dura cinqeminutes avec-
une égale violence, & qui se fit sentir en mênie-
tems dans tous les quartiers. On en épronva d'au-
tres les jours suivans jusqu'at commence ment du-
mois de Décembre; mais elles n'ont rien ajou-
tée aux dommages qu'avoit causce celle du vingt-
un. Ces dommages n'ont été bien coi siderables,
que dans la Valle du- Port-au-Prince & dans la-
.
...
13.
204 MERCUREDEFRANCE.
plaine du cu' de sac. Plusieurs maisons ont été
renve sées dans la Ville, ainsi que deux corps de
bâtimens construits en maçonnerie pour le ser-
vice du Roi; & dans la plaine il est fort peu d'ha-
bitations, dont les batimens n'ayent été détruits
ou fort endommagés. Les autres Villes & les au-
tres quartiers de la Colonie ont fort peu sous-
fert, à l'exception de la Plaine de Maribarou, dans
laquelle il y a eu aussi quelques batimens abbatus,
& de celle del'Artibonites, où il yen a quelques-uns
considérablement maltraités. Malgré tous ces acci-
dens on a tout lieu d'espererque la recolte des don-
rées de la Colonie sera aussi abondante qu'à l'ordi-
naire, les plantations n'ayant point été endomma-
gées, & les Habitans, dont les bâtimens ont été
détruits, ayant pris de promptes mesures pour le
rétablissement de leurs Fabriques. On n'étoit pas
encore bien instruit des effets que pouvoient vois
produit ces tremblemens de terre dans la partie
Espagnole, mais on présumoit qu'elle devoit avois
beaucoup souffert.
On a reçu avis de Cadix, que le vaisseau de
Registre la Thetis, y est arrivé de la Havanne
& qu'il a apporté cent six mille quatre cent cin-
quante livres de cochenille, environ vingt deun
mille de Vanilles, cent quarante quatre mille sin
cen, cinquante livres de tabac, neul cens cin-
quante-deux cuirs à poil, & la valeur de douze
cens trente mille piastres, tant en espéce d'ot &
d'argent, qu'en argent non monnoyé
Le premier de Mars, le Régiment de Char-
tres fit célebrer à Orleans, dans l'Eglise des Do-
minicains un Service solemnel pour le repos de
P'ame du feu Duc d'Orleans Ce Régiment, s'é-
tant rendu à l'Eglise, les armes traînantes, avec
des crempes sur les caisses des tambours, fut reçu
par le Prieur du Couvent à la tête de la Com-
AVRIL.
205
1752.
monauté. Les deux bataillons entrerent sur deux
ailes dans la Nef, & apiès qu'on eut récité l'Of-
sice des Morrs, l'Abbé de Colbert, Doyen de
la Cathédrale, célébra la Grande-Messe, qui fut
chantée par la Musique de la même Cathédrale.
Tout le Chœur de l'Eglise des Dominicains étoit
tendu de noir, & de distance en distance étoient
les Ecussons des armes du Prince défunt. Le
grand Autel & le Catafalque ét oient éclairés d'un
grand nombre de cierges, ornés des mêmes
Ecussons. Sur la réprésentation l'on avoit placé
une Couronne & les marques des Ordres dont le
Prince étoit revêtu.
Les. Administrateurs de l'Hôpital de-Vichy
ont fait aussi celebrer avec beaucoup de dépense
& de solemnité un service pour le repos de l'ame
du même Prince.
Le 2, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à 1836, livres, les billets de la premiere
Lotetio Royale à 709 livres, & ceux de la secon-
de à 635 livtes.
Le Roi & la Reine accompagnés de Monsei-
gneur le Dauphin & de Mesdames de France, as-
sistarent le 3, à la prédication du P. Dumas, de
la Compagnie de Jesus.
Le même jour, le Roi tint Conseil d'Etat, &
Conseil des Dépéches.
Le 5, troisiéme Dimanche de Carême; Leurs
Majestés accompagnées de même que le 3, en-
tenditent le Sermon du même Prédicateur, &
assisterent ensuite aux Vêpres & au Salut.
Madame la Dauphine commu nia le ineine jont
par les mains de l'Evêque de Bayeux, son pre-
miet Aumônier.
Le Baron de Scehffer, Ministre Plenipoten-
tiaire du Roi de Suéde, eut le 7, une audience
206 MERCUREDE ERANCE.
particuliere du Roi, dans laquelle il présenta, à
Sa Majesté sa Lettre de récréance. Il fut conduit
à cette audience, ainsi qu'à celles de la Reine,
de Monseigneur le Dauphin, de Madame la Dau-
phine, de Monseigneur le Duc de Bourgogne
de Madame, de Madame Adelaide & de Mesda-
mes Victoire, Sophie & Louise, par le Marquis
de Verneuil, Introducteur des Ambassadeurs.
Le 8, SaMajesté se tendit au Château de Bellevue.
Les Médecins ont jugé a propos que Madame
la Dauphine gardat le lit pendant quelques jours.
On a appris que les Navires le Neptune & lo
Guillaume-Marie, qui viennent de Londres
éto ient arrivés à Bordeaux, & qu'ils y avoient
apporté une grande quantité de bled.
Selon les dernieres lettres d'Espagne, le navire
l Hercule, parti du Havre-de-Grace a échoué à
quelques lieues de Cadix, mais heureusement on
en a sauvé toutes les Marchandises.
Le 9, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à 1819 livres 10 sols: les billets de la pre-
miere Lotterie Royale à710 livres: ceux de la-
seconde n'avoient point de prix fixe.
Le 11 au matin, on a fait l'ouverture de la-
nouvelle Licence de la Faculté de Médecine.
Le 10 de ce mois, le Roi revint du Château
de Bellevue.
Le même jour le Roi tint conseil des dépêches.
Sa Majesté tint Conseil d'Etat le 12 & le 15.
Le Roi prit le 11 & le 13 le divertissement de
la chasse du Cerf.
Le 12, quatrième Dimanche du Carême, le
Roi & la Reine, accompagnés de Monseigneut
le Dauphin & de Mesdames Victoire, Sophie &
Louise, affisterent aux Vêpres & au Salut, après
avoir entendu la Prédication du Pere Dumas, de
la Compagnie de Jesusz.
AVRIL
207
1752.
Leurs Majestés entendirent le 10 & le 15 le Ser-
mon du même Prédicateur.
Madame Adelaide pendant quelques jours a
gardé la chambre.
Le 14, Leurs Majestés, Monseigneur le Dau-
phin, & Mesdames de France, signerent le con-
ttat de mariage du Président Turgot.
Ce même jour, la Marquise de Roncherolles fut-
présentée au Roi & à la Reine.
On tirera le 11 du mois prochain, dans la même
Salle de l'Hôtel de Ville, la huitième des quator-
ze Lotteries ordonnées par la Déclaration du Roi
qui a réuni au Domaine de la Ville de Paris les
Droits établis pour quinze années, par un Edit du
mois de Décembre 1743.
Le 16, les Actions de la Compagnie des In-
des étoient à 1855 livres, les Billets de la premie-
re Lotterie Royale à 712 livres, & ceux de la
leconde à 636 livres.
Le sieur Lacreuzette, ancien Mousquetaire
âgé de quatre vingt ans, a donné à Gien un
grand souper à qua re-vingt Neveux ou Niéces.
Pendant l'année 1751, il s'est fait à Paris
cinq mille treize Mariages, dix neuf mille trois-
cens vingt- un Baptêmes, & seize mille six cens-
foixante treize Enterremens. Le nombre des En-
fans-trouvés a été de trois mille sept, cens- qua-
tre-vingt. trois.
On ne sçait sur quel fondement le bruit s'est ré-
pandu, que des voleurs ayoient arrêté la Diligence
de Lyon. Ce bruit est non seulement faux, majs
destitué de toute vraisemblance. Les mesures prises
depuis un grand nombre d'années pour la sureté,
tant des personnes qui voyagent par la Diligence,
que de l'argent ou des autres effets dont elle peut-
dtte chargée, la mettent à l'abri de toute insulte.
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Résumé : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
En février 1752, plusieurs événements marquants ont eu lieu à la cour française. Les évêques de Riez et de Glandeves ont prêté serment de fidélité au roi le 5 février. Le roi a interrompu son deuil pour la reine de Danemark le 10 février et l'a repris le lendemain pour le duc d'Orléans. Le 1er février, M. Guerin et le Père Gobain ont offert des cierges au roi, à la reine et au dauphin. Le corps embaumé du duc d'Orléans a été exposé à l'Abbaye de Sainte-Geneviève du 5 au 8 février avant d'être transféré à l'église du Val-de-Grâce. La Faculté de Théologie de Paris a condamné la thèse de Jean Martin de Prades, jugée hérétique et blasphématoire, et l'archevêque de Paris a révoqué ses pouvoirs ecclésiastiques. Les actions de la Compagnie des Indes étaient évaluées à 1840 livres, les billets de la première loterie royale à 712 livres, et ceux de la seconde à 641 livres. Le 16 février, le roi, la reine, le dauphin et la dauphine ont reçu les cendres lors du Mercredi des Cendres. Le 19 février, des honneurs funèbres ont été rendus à Madame Henriette, dont le corps a été transféré à l'Abbaye Royale de Saint-Denis. Le 19 avril 1752, une cérémonie a eu lieu pour lever le corps de Madame Henriette, transporté à Saint-Denis. Le convoi, composé de divers dignitaires, est arrivé à l'abbaye où des prières ont été chantées. Le corps a été placé dans la haute chapelle jusqu'à l'inhumation. Le 23 avril, le roi a quitté le deuil et un service solennel a été célébré pour le duc d'Orléans. Du 24 février au 2 mars, les actions de la Compagnie des Indes étaient cotées à 1840 livres, et les billets de la première loterie royale à 710 livres. Le roi a assisté à des prédications et participé à des chasses. En novembre 1751, un drame familial s'est produit à Argenteuil, impliquant la noyade de plusieurs membres d'une famille. Des tremblements de terre à Saint-Domingue ont causé des dégâts significatifs. Un vaisseau, la Thétis, est arrivé à Cadix avec diverses marchandises. En mars et avril 1752, le Baron de Scheffer a présenté sa lettre de récréance au roi, et divers événements royaux ont eu lieu, incluant des chasses, des sermons et des cérémonies officielles.
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13049
p. 208
BENEFICES DONNÉS.
Début :
Le Roi a nommé à l'Evêché d'Apt l'Abbé de la Merliere, Chanoine de l'Eglise Cathédrale de [...]
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texteReconnaissance textuelle : BENEFICES DONNÉS.
BENEFICES DONNÉS.
Le Roi a nommé à l'Evêché d'Apt l'Abbé de la
Merliere, Chanoine de l'Eglise Cathédrale de
Grenoble, & Sa Majesté a donné l'Abbaye de S.
Eusebe, Ordre de S. Benoit, Diocèse d'Apt, à l'E-
vêque d'Orange. L'Abbaye sécularisée de Nioeuil
Ordre de Saint Augustin, Diocèse de la Rochelle,
à l'Abbé Raffin. L'Abbaye Réguliére de Moncets,
Ordre de Prémontré, Diocèse de Chaalons-sur-
Marne, à Don Duriez, Religieux du même Or-
dre. Celle du Pont aux Dames, Ordre de Cîteaux,
Diocèse de Meaux, à la Dame de Fontenilles, Re-
ligieuse de l'Ordre de Saint Benoît.
Le Roi a nommé à l'Evêché d'Apt l'Abbé de la
Merliere, Chanoine de l'Eglise Cathédrale de
Grenoble, & Sa Majesté a donné l'Abbaye de S.
Eusebe, Ordre de S. Benoit, Diocèse d'Apt, à l'E-
vêque d'Orange. L'Abbaye sécularisée de Nioeuil
Ordre de Saint Augustin, Diocèse de la Rochelle,
à l'Abbé Raffin. L'Abbaye Réguliére de Moncets,
Ordre de Prémontré, Diocèse de Chaalons-sur-
Marne, à Don Duriez, Religieux du même Or-
dre. Celle du Pont aux Dames, Ordre de Cîteaux,
Diocèse de Meaux, à la Dame de Fontenilles, Re-
ligieuse de l'Ordre de Saint Benoît.
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Résumé : BENEFICES DONNÉS.
Le Roi a attribué divers bénéfices ecclésiastiques : l'Abbé de la Merlière est nommé Évêque d'Apt. L'Abbaye de Saint-Eusèbe passe à l'Évêque d'Orange. L'Abbaye de Nioeuil va à l'Abbé Raffin. L'Abbaye de Moncets est confiée à Don Duriez. L'Abbaye du Pont aux Dames est attribuée à la Dame de Fontenilles.
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13050
p. 208-211
NAISSANCES, MARIAGES & Morts.
Début :
LE 9 Janvier, Gabrielle-Lidie d'Harcourt Beuvron, épouse de Claude-Louis-François Regnier, [...]
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texteReconnaissance textuelle : NAISSANCES, MARIAGES & Morts.
NAISSANCES, MARIAGES
& Morts.
LE 9 Janvier, Gabrielle-Lidie d'Harcourt Beuvron,
épouse de Claude-Louis-François Regnier,
Comte de Guerchi, Marquis de Nangis,
Baton de la Guerche, Lieutenant Général des
Armées du Roi, Colonel Licutenant de son Ré-
giment d'Infanterie, Gouverneur d'Huningue,
est accouchée d'une fille qui a été nommée au
baptême, Angelique-Louise, & a eu pour Parrain
M. le Duc d'Aumont, & pour Maraine, Made-
moiselle de Beuvion. Voyez sur la Maison d'Har-
gourt, l'fiistoire des Grauds Officiers, Tom. V.
page 14 & sur celle du Comre de Guerchi les
Tablettes Historiques, quatrieme partie, page 41.
Le 18 Dame Victoire-Alexandrine Damas
289
AVRIL.
1752.
d'Antigny épouse du Comte de Taleyran, est ac-
couchée d'un fils qui a été baptisé le même jour
à S. Sulpice & nommé François Jacques: il a eu
pour Parrain M. le Marquis d'Antigny son oncle
maternel, &. pour maraine Madame la Comtesse de
Taleyran son ayeule, voyez sur la Maison de
Damas, l'Histoire des Grands Officiers Tome 8.
page 327. Et sur la Maison de Taleyran les Tablet-
tes Historiques cent onzième partie page soixante-
dix-sept, & quatrième Partie page 44. & 299.
Le 7 Août dernier Messire Charles-Jeau de
Choisi Marquis de Mogneville, épousa à Nancy
Damoiselle Anne-Marguerite d'Ourches, fille du
feu Comte d'Ourches, Lieutenant Général des
Armées du Roi.
Le 10 de Janvier, fut célébré dans la Chapelle
de l'Hôtel de Mortemart le Mariage, entre Messire
Pierre-Armand-Claude du Vivier, Chevalier Ba-
ron du Vigier, Baron de S. Marrin, Seigneur de
Fontenailles, Vauvre, Bourgneuf-Bacalan, & au-
tres lieux, &c. Et Damoiselle Hieronime-Rozalie-
Félicité Phelippeaux, sille de Messire Georges Phe-
lippeaux, Chevalier Seigneur d'Herbault-Neuvy,
Brassieux, Bauzy & autres licux, Lieutenant pour
le Roi dans la Province d'Orléannois au départe-
ment du Blaisois, & de Danie Mariane-Louise de
Kerouartz. Mademoiselle Phelippeaus a pour tri-
sayeul Baltazard Phelippeaux Seigneur d'Herbault,
fils aîné de Raymond Phelippeaux Secretaire d'E-
tat, & dont la famille célebre & illustre, a produit
un Chancelier de France, onze Secrétaires d'Etat
& plusieurs Grands Officiers Commandeurs des
Ordres du Roi.
Monsieur du Vigier est fils de Messire Jacques-
Armand du Vigier, Procureur General du Parle-
ment de Bordeaux, charge dont le Roi vient de
Les VOO
210 MERCURE DE FRANCE.
lui accorder la furvivance, & de Dame Suzane
du Vigier. Il sort d'une ancienne famille noble du
Perigord, dont étoit Robert du Vigier, Chevalier
de Rhodes, & Henry du Vigier son petit neveu
out entr'autres enfans Jean Vigier, Notaire Apos-
tolique Conseiller au Parlement de Paris & Cha-
noine de Lavaur, qui fut fait Treforier de la Sainte
Chapelle de Bourges par Louis XI. le 12. Janvier
1468. & Evêque de Lavaur au mois de Juin 1469.
en conservant la Trésorerie de la Sainte Chapelle.
Voyez le nouveau Gallia Christiana, tom. 2. col.
116. Henri du Vigier, frere de cet Evêque fut bi-
sayeul de Jean du Vigier, nommé par le Roi
Henri IV. Conseiller à la Chambre de l'Edit, dont
le fils Conseiller au Parlement de Bordeaux
fut pere de Jean du Vigier, qui ayant été chargé
par le feu Roi, de glorieuse mémoire, de faire
démolir les Temples des Huguenois, eut de ce
Prince une pension considérable, & plusieurs mar-
ques de faveurs, parmi lesquelles fut le choix que
le Roi fit de sa personne pour remplir la charge de
Procureur Général qui vint à vaquer peu de tems
aprés, ce qui le détermina à retirer du service son
sils unique, Jacques Armand du Vigier, qui ser-
voit dans le Regiment du Marquis de Lisse du
Vigier son frere, & qui après la mort de son pere
fut nommé à la place de Procureur Général, qu'il
remplit actuellement.
Le 11 Janvier 1752, Messire Jean de Vion,
Exempt des Gardes du Corps de Sa Majesté, Che-
valier de l'Ordre Royal & Militaire de Saint Louis,
a épousé à Mantes fur Seine, Mademoiselle de Fil-
ze, âgée de 26 ans, fille d'un Officier Suisse & sout
de M. Filze Commandant de Bataillon dans le Re-
giment de Saxe.
M. de Vion s'étant trouré à Malthe, à la Cita-
tized by Goo-
AVRIL. 1752.
211
tion de 1713, a eû du Crand-Maître la permission
de porter sa vie durant, la Croix de Malthe,
quoique marié.
Mademoiselle de Vion sa cousine, fille aînée de
Messire Paul de Vion Seigneut de Gaillon, Che-
valier de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis
s'est faite Religieuse le 25 Janvier, dans le Cou-
vent Royal des Dames Annonciades de Meulan
sur Seine: elle a 3autres sœurs Pensionnaires dans
le même Couvent; & 2 fieres, sçavoir, Antoi-
ne de Gaillon Capitaine réformé dans le Regiment
de Taleyian, & Paul de Vion Chevalier de Mal-
the, actuellement à Malthe.
Le 2 Fevrier 1752. Messire Pierre-Augustin de
Cramesel, Chevalier Seigneur de la Haye, de
Meulin & de Kergerault epousa Demoiselle Fran-
çoise Le Prieur, fille de Jacques le Ptieur, Ecuyer
fieur du Frossay, Paroisse de S. Hilaire de Romain-
villiers en Beauce, originaire de Falaise en Nor-
mandie, dans l'Eglise Paroissiale de Saint Germain-
le-Vieil à Paris. Plusieurs Seigneurs & autres per-
sonnes distinguées qui ont été de cette cérémo-
nie y ont signé.
Mre N. Martini d'Orves, Lieutenant Général
des Armées Navales de Sa Majesté est mort le 21
Décembre dernier à Toulon, où il commandoit
la Marine.
Messire Nicolas d'Epinay, Commandeur de
l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis, Lieutenant
Général des Armées Navales de Sa Majesté, &
commandant la Marine à Brest, y mourut le 4
Janvier dans un âge fort avancé.
& Morts.
LE 9 Janvier, Gabrielle-Lidie d'Harcourt Beuvron,
épouse de Claude-Louis-François Regnier,
Comte de Guerchi, Marquis de Nangis,
Baton de la Guerche, Lieutenant Général des
Armées du Roi, Colonel Licutenant de son Ré-
giment d'Infanterie, Gouverneur d'Huningue,
est accouchée d'une fille qui a été nommée au
baptême, Angelique-Louise, & a eu pour Parrain
M. le Duc d'Aumont, & pour Maraine, Made-
moiselle de Beuvion. Voyez sur la Maison d'Har-
gourt, l'fiistoire des Grauds Officiers, Tom. V.
page 14 & sur celle du Comre de Guerchi les
Tablettes Historiques, quatrieme partie, page 41.
Le 18 Dame Victoire-Alexandrine Damas
289
AVRIL.
1752.
d'Antigny épouse du Comte de Taleyran, est ac-
couchée d'un fils qui a été baptisé le même jour
à S. Sulpice & nommé François Jacques: il a eu
pour Parrain M. le Marquis d'Antigny son oncle
maternel, &. pour maraine Madame la Comtesse de
Taleyran son ayeule, voyez sur la Maison de
Damas, l'Histoire des Grands Officiers Tome 8.
page 327. Et sur la Maison de Taleyran les Tablet-
tes Historiques cent onzième partie page soixante-
dix-sept, & quatrième Partie page 44. & 299.
Le 7 Août dernier Messire Charles-Jeau de
Choisi Marquis de Mogneville, épousa à Nancy
Damoiselle Anne-Marguerite d'Ourches, fille du
feu Comte d'Ourches, Lieutenant Général des
Armées du Roi.
Le 10 de Janvier, fut célébré dans la Chapelle
de l'Hôtel de Mortemart le Mariage, entre Messire
Pierre-Armand-Claude du Vivier, Chevalier Ba-
ron du Vigier, Baron de S. Marrin, Seigneur de
Fontenailles, Vauvre, Bourgneuf-Bacalan, & au-
tres lieux, &c. Et Damoiselle Hieronime-Rozalie-
Félicité Phelippeaux, sille de Messire Georges Phe-
lippeaux, Chevalier Seigneur d'Herbault-Neuvy,
Brassieux, Bauzy & autres licux, Lieutenant pour
le Roi dans la Province d'Orléannois au départe-
ment du Blaisois, & de Danie Mariane-Louise de
Kerouartz. Mademoiselle Phelippeaus a pour tri-
sayeul Baltazard Phelippeaux Seigneur d'Herbault,
fils aîné de Raymond Phelippeaux Secretaire d'E-
tat, & dont la famille célebre & illustre, a produit
un Chancelier de France, onze Secrétaires d'Etat
& plusieurs Grands Officiers Commandeurs des
Ordres du Roi.
Monsieur du Vigier est fils de Messire Jacques-
Armand du Vigier, Procureur General du Parle-
ment de Bordeaux, charge dont le Roi vient de
Les VOO
210 MERCURE DE FRANCE.
lui accorder la furvivance, & de Dame Suzane
du Vigier. Il sort d'une ancienne famille noble du
Perigord, dont étoit Robert du Vigier, Chevalier
de Rhodes, & Henry du Vigier son petit neveu
out entr'autres enfans Jean Vigier, Notaire Apos-
tolique Conseiller au Parlement de Paris & Cha-
noine de Lavaur, qui fut fait Treforier de la Sainte
Chapelle de Bourges par Louis XI. le 12. Janvier
1468. & Evêque de Lavaur au mois de Juin 1469.
en conservant la Trésorerie de la Sainte Chapelle.
Voyez le nouveau Gallia Christiana, tom. 2. col.
116. Henri du Vigier, frere de cet Evêque fut bi-
sayeul de Jean du Vigier, nommé par le Roi
Henri IV. Conseiller à la Chambre de l'Edit, dont
le fils Conseiller au Parlement de Bordeaux
fut pere de Jean du Vigier, qui ayant été chargé
par le feu Roi, de glorieuse mémoire, de faire
démolir les Temples des Huguenois, eut de ce
Prince une pension considérable, & plusieurs mar-
ques de faveurs, parmi lesquelles fut le choix que
le Roi fit de sa personne pour remplir la charge de
Procureur Général qui vint à vaquer peu de tems
aprés, ce qui le détermina à retirer du service son
sils unique, Jacques Armand du Vigier, qui ser-
voit dans le Regiment du Marquis de Lisse du
Vigier son frere, & qui après la mort de son pere
fut nommé à la place de Procureur Général, qu'il
remplit actuellement.
Le 11 Janvier 1752, Messire Jean de Vion,
Exempt des Gardes du Corps de Sa Majesté, Che-
valier de l'Ordre Royal & Militaire de Saint Louis,
a épousé à Mantes fur Seine, Mademoiselle de Fil-
ze, âgée de 26 ans, fille d'un Officier Suisse & sout
de M. Filze Commandant de Bataillon dans le Re-
giment de Saxe.
M. de Vion s'étant trouré à Malthe, à la Cita-
tized by Goo-
AVRIL. 1752.
211
tion de 1713, a eû du Crand-Maître la permission
de porter sa vie durant, la Croix de Malthe,
quoique marié.
Mademoiselle de Vion sa cousine, fille aînée de
Messire Paul de Vion Seigneut de Gaillon, Che-
valier de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis
s'est faite Religieuse le 25 Janvier, dans le Cou-
vent Royal des Dames Annonciades de Meulan
sur Seine: elle a 3autres sœurs Pensionnaires dans
le même Couvent; & 2 fieres, sçavoir, Antoi-
ne de Gaillon Capitaine réformé dans le Regiment
de Taleyian, & Paul de Vion Chevalier de Mal-
the, actuellement à Malthe.
Le 2 Fevrier 1752. Messire Pierre-Augustin de
Cramesel, Chevalier Seigneur de la Haye, de
Meulin & de Kergerault epousa Demoiselle Fran-
çoise Le Prieur, fille de Jacques le Ptieur, Ecuyer
fieur du Frossay, Paroisse de S. Hilaire de Romain-
villiers en Beauce, originaire de Falaise en Nor-
mandie, dans l'Eglise Paroissiale de Saint Germain-
le-Vieil à Paris. Plusieurs Seigneurs & autres per-
sonnes distinguées qui ont été de cette cérémo-
nie y ont signé.
Mre N. Martini d'Orves, Lieutenant Général
des Armées Navales de Sa Majesté est mort le 21
Décembre dernier à Toulon, où il commandoit
la Marine.
Messire Nicolas d'Epinay, Commandeur de
l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis, Lieutenant
Général des Armées Navales de Sa Majesté, &
commandant la Marine à Brest, y mourut le 4
Janvier dans un âge fort avancé.
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Résumé : NAISSANCES, MARIAGES & Morts.
En janvier 1752, Gabrielle-Lidie d'Harcourt Beuvron, épouse du Comte de Guerchi, a donné naissance à une fille prénommée Angélique-Louise. Le 18 avril 1752, Dame Victoire-Alexandrine Damas d'Antigny, épouse du Comte de Talleyrand, a accouché d'un fils nommé François Jacques. Plusieurs mariages ont eu lieu cette année-là : le 7 août, Charles-Jean de Choiseul, Marquis de Mogneville, a épousé Anne-Marguerite d'Ourches à Nancy. Le 10 janvier, Pierre-Armand-Claude du Vivier a épousé Hieronime-Rosalie-Félicité Phelippeaux. Le 11 janvier, Jean de Vion, Exempt des Gardes du Corps du Roi, a épousé Mademoiselle de Filze. Le 2 février 1752, Pierre-Augustin de Cramesel a épousé Françoise Le Prieur. Parmi les décès notables, Monsieur Martini d'Orves, Lieutenant Général des Armées Navales, est décédé le 21 décembre à Toulon. Nicolas d'Épinay, Commandeur de l'Ordre de Saint-Louis et Lieutenant Général des Armées Navales, est mort le 4 janvier à Brest à un âge avancé.
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