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1
p. 161-163
« L'ACADEMIE Royale de Musique a donné le 29 Février les Amours de Ragonde. [...] »
Début :
L'ACADEMIE Royale de Musique a donné le 29 Février les Amours de Ragonde. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « L'ACADEMIE Royale de Musique a donné le 29 Février les Amours de Ragonde. [...] »
L'ACADEMIE Royale de Musique a
donné le 29 Février les Amours de Ragonde.
Ce Ballet, que le Public désiroit
de revoir, n'avoit point été donné depuis
1743. Les paroles sont de M. Nericaule
Destouches, & la. Musique qui est de
feu M. Mouret est gaye, agréable &
variée. Le premier Acte au jugemen des.
Connoisseurs l'emporte sut les deux au-
tres, on y remarque entr'autres le morceau
par lequel il commence, ullons, allons mes
onfans, &c. & dont le caractere est original
& comique; ainsi que la chanson une vielle
avoit quatre denis, &c. dont M. Geliote
releve encore le prix par la maniere naive
& pleine de graces dont il la rend. L'ariet-
te, l'Amour chérit nos paisibles boccages
est d'un chant simple & très-agréable, &
le Public applaudit très-fort à la maniere
dont elle est exécutée par le même Chan-
teur; peut-être seroit- il à désirer qu'elle
sut un peu plus dans le genre comique,
ainsi que le morceau jamais la nuit ne fut si.
noire, qui étant dans le genre le plus no-
162 MERCUREDEFRANCE.
ble de la part du Musicien, peut paroître
déplacé dans un Ballet comique: c'est peut-
être la raison pour laquelle ce dernier
morceau si connu & si chanté de tout le
monde, n'a fait à l'Opera qu'un effet mé-
diocre, quoique M. Geliotte, par l'art
avec lequel il le chante, lui donne au-
tant qu il est possible, le caractere qui lui
manque. Mademoiselle Fel a chanté le rô-
le de Mathurine avec toute la légereré & la
précision qu'on lui connoît, & a sur tout été
extrêmement applaudie dans l'ariette venez
petits oisiaux, de l'Opera d'lsbé de M. de
Mondonville, que l'on a ajoutée au troi-
fième Acte. M. de la Tour a joué le rôle
de Magister à la satisfaction du Public: il
feroit à souhaitet que celui de Ragonde,
si essentiel à la Piéce, eut été chanté plus
juste. Les Ballets de cet Opera ont paru un
peu négligés, & le Public s'est aperçu avec
chagrin de l'absence des sujets qui auroient
pu les rendre piquans par une exécution
plus vive & plus précise.
L'Opera a donné pour la capitation des
Acteurs les actes de la Guirlande, d'Aglé
& de Zelindor. On a substitué le troisiéme
jour Pygmalion à la Guirlande. Ces Ou-
vrages sont si connus qu'il est inutile d'en
faire l'éloge: les rôles en ont été joués par.
les Acteurs qui sont en possession de les
AVRIL. 1753.
163
tendre, excepté celui de la Sylphide, que
Mlle Fel a fort bien joué, quoiqu elle le
jouat pout la premiere fois.
donné le 29 Février les Amours de Ragonde.
Ce Ballet, que le Public désiroit
de revoir, n'avoit point été donné depuis
1743. Les paroles sont de M. Nericaule
Destouches, & la. Musique qui est de
feu M. Mouret est gaye, agréable &
variée. Le premier Acte au jugemen des.
Connoisseurs l'emporte sut les deux au-
tres, on y remarque entr'autres le morceau
par lequel il commence, ullons, allons mes
onfans, &c. & dont le caractere est original
& comique; ainsi que la chanson une vielle
avoit quatre denis, &c. dont M. Geliote
releve encore le prix par la maniere naive
& pleine de graces dont il la rend. L'ariet-
te, l'Amour chérit nos paisibles boccages
est d'un chant simple & très-agréable, &
le Public applaudit très-fort à la maniere
dont elle est exécutée par le même Chan-
teur; peut-être seroit- il à désirer qu'elle
sut un peu plus dans le genre comique,
ainsi que le morceau jamais la nuit ne fut si.
noire, qui étant dans le genre le plus no-
162 MERCUREDEFRANCE.
ble de la part du Musicien, peut paroître
déplacé dans un Ballet comique: c'est peut-
être la raison pour laquelle ce dernier
morceau si connu & si chanté de tout le
monde, n'a fait à l'Opera qu'un effet mé-
diocre, quoique M. Geliotte, par l'art
avec lequel il le chante, lui donne au-
tant qu il est possible, le caractere qui lui
manque. Mademoiselle Fel a chanté le rô-
le de Mathurine avec toute la légereré & la
précision qu'on lui connoît, & a sur tout été
extrêmement applaudie dans l'ariette venez
petits oisiaux, de l'Opera d'lsbé de M. de
Mondonville, que l'on a ajoutée au troi-
fième Acte. M. de la Tour a joué le rôle
de Magister à la satisfaction du Public: il
feroit à souhaitet que celui de Ragonde,
si essentiel à la Piéce, eut été chanté plus
juste. Les Ballets de cet Opera ont paru un
peu négligés, & le Public s'est aperçu avec
chagrin de l'absence des sujets qui auroient
pu les rendre piquans par une exécution
plus vive & plus précise.
L'Opera a donné pour la capitation des
Acteurs les actes de la Guirlande, d'Aglé
& de Zelindor. On a substitué le troisiéme
jour Pygmalion à la Guirlande. Ces Ou-
vrages sont si connus qu'il est inutile d'en
faire l'éloge: les rôles en ont été joués par.
les Acteurs qui sont en possession de les
AVRIL. 1753.
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tendre, excepté celui de la Sylphide, que
Mlle Fel a fort bien joué, quoiqu elle le
jouat pout la premiere fois.
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2
p. 163-186
LETTRE A M. de R***. Conseiller au Parlement de *** sur la Piéce des effets du Caractère.
Début :
JE vous avois annoncé, Monsieur les effets du Caractere comme une piéce [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE A M. de R***. Conseiller au Parlement de *** sur la Piéce des effets du Caractère.
LETTRE
A M. de R***. Conseiller au Parlement de
*** sur la Piéce des effets du Caractère.
JE vous avois annoncé, Monsieur les
effets du Caractere comme une piéce
dont on parloit assez bien, & dont on con-
cevoit assez d'espérance. Cependant le
jour du Théatre n'a pas été favorable à
cet ouvrage, que l'Auteur a retiré après la
troisième représentation.
La sévérité du jugement public, si oppo-
sé à celui de tant de particuliers éclairés,
qui avoient assisté à différentes lectures de-
cette Comedie m'a fait faire quelques ré-
flexions sur la malheureuse condition d'un-
Auteur qui se livre à l'art difficile du
Théatre.
Que peut avoir à se reprocher un Ecri-
vain, lorsqu'ayant long.tems examiné lui-
même son ouvrage, il a cherché à s'éclai-
rer encore par les lumieres d'un nombre
164 MERCUREDEFRANCE.
de personnes, qui se réunissent toutes à
ny trouver que de légers défauts, faits pour
sevanouir devant les beautés réelles de sa
Piéce.
Un Auteur Dramatique doit. il donc re-
noncer à trouver quelqu'un dans la socié-
té qui s'intéresse à lui assez vivement pour
lui parler avec cette vérité qu'il cherche,
qu il demande, & dont il a besoin? Ou
plutôt n est ce point dans notre siècle la
chose la moins aisée à juger en petites
assemblées particulieres, qu'un ouvrage
destiné au Théâtre ? Tout n est-il pas de-
venu trop arbitraire en matiere d'esprit?
Le Public qui se trompe plus rarement ne
semble-t-il. pas quelquefois oublier ses
grands principes en se livrant. d'abord à,
une séduction passagere, que bien- tôt il
désavoue lui-meme? Ne l'avons-nous pas
vu de nos jours rejetter des ouvages aus-
quels il a accordé depuis son estime? mais
c est assez causer avec vous, Monsieur
sur ce chapitre, qui n'est pas ibfolument
personnel aux effets du caractere, dont je
suis en état de vous faire un détail assez
suivi, graces à un manuscrit que je me
fuis fait prêter par un des Acteurs: atten-
dez vous, Monsieur, à tout le désintéres-
sement imaginable de ma part.
Quelque honnête que soit le motif qui
AVRIL. 1752.
165
fait agir un mauvais caractere, les moyens
qu'il employe pour parvenit à son but,
sont toujours empoisonnés par la source
d'où ils partent: voilà ce qu il paroît que
l'Auteur a voulu démontrer.
Dans la premiere Scene la Marquise avec
sa suivante Marton, se montre telle quel-
le est. C'est-à-dire méchante, hardie, co-
quette, quoique fidelle à son époux. Elle
parle des inquiétudes que lui cause une
amie de son mari, à laquelle elle croit ce
dernier attaché. L'amour de certe même
femme pour Saint-Val ne la rassure point
assez. Elle forme le projet de se venger du
trouble qu'elle lui cause, & de la désespe-
rer lorsqu'elle le pourra, en lui faisant la
fausse confidence de l'amour qu'elle fein-
dra elle même pour Saint Val : c est ainsi
qu'elle parle de ce projet.
Apprends un projet qui m'enchante:
Je prétends aujourd'hui jouir de son tourment.
je veux feindre avec elle un tendre épanchement.
Lui dire que Saint-Val rend hommage à mes
charmes.
En vain elle voudra me dérober ses larmes
Jusqu'au fond de son cœur je sçaurai les chercher-
Et je sçais le moyen de les en arracher,
La prude éclattera, nommera Saint-Val traître,
Insidelle, parjure, elle en mourra peut-être,
166 MERCURE DEFRANCE.
Cela seroit plaisant qu'en dis-tu...
Voici comme elle expose elle-même ses
principes & sa coquetterie.
Il faut apparemment, si l'on veut vous en croire,
Qu'une femme oubliant tout le soin de sa gloire
Renonce aux voux flatteurs, qu'elle peut inspire
Et du monde qu'elle orne aille se retirer:
Un tel travers d'esprit en vérité m'irrite,
Sachés que la beauté fait tout notre mérite,
Que nous n'avons de prix que par nos agrémens:
Que le Public nous juge en comptant nos amans,
Et qu'en notre faveur leur nombre le décide.
Un homme a cent chemins, où la gloire le guide,
Qui le conduisent tous à se faire estimer.
La gloire d'une semme est de se faire aimer.
Le portrait qu'elle fait de Saint Val dans
la même scéne vous fera connoître ce se-
cond Heros de la piéce.
Sous le masque imposant d'un sage Atrabilaire,
Ce Saint-Val est un fou fort extraordinaire
Qui croit malgré l'usage & les mœurs d'aujout.
d'hui
Qu'on ne peut point sans crime à la femme d'au-
trui
Adresser de l'amour les voux illégitimes,
Et qui toujours rempli de ses grandes maximes
Esclave furieux, mais soumis dans ses fers
Est forcé d'adorer mes caprices divers.
AVRIL. 1752.
167
Marton lui représente en vain qu'elle
peut se tromper. A quoi bon tant de des-
seins dangereux (dit elle) si votre mari
n'aime point la Comtesse, si dans ses fers
il n'est point arrênté.
La Marquise.
En cecas j'aurai fait une méchanceté,
Le grand mal!
Saint-Val paroît à la seconde scéne:
Rempli d'amour & de remords, il re-
procne à la Marquise l'art qu'elle a dû
employer pour le rendre si coupable en
l'arrachant à la Comtesse à laquelle il étoit
lié par la reconnoissance & la tendresse,
& en le rendant infidéle à l'amitié qui l'u-
nit à son mari.
Sain val.
Je n'aurois pas sujet, Madame de me plaindre,
Si consumé de feux que je devois éteindre
Libre dans mes désirs, j'eusse été vous offrir
Un cœur que vos atraits pouvoient vous acquetir
Mais c'est vous qui de l'art dangéreux de séduire
Exercâtes sur moi l'innévitable empire:
Ces yeux que sans trausports je ne peux admirer,
Prestiges de l'amour, & faits pour l'inspirer
Porterent dans mon coeur étonné, sans defense
168 MERCUREDEFRANCE.
Par leurs regards vainqueurs la coupable espé-
rance;
Et bientôt malgré moi l'amour s'en empara.
Sur mes devoirs trahis la raison m'éclaira.
J'évitai des regards que je craignois d'entendre.
Et d'un poison flatteur ne pouvant me défendre,
J'en dérobois du moins le progrès à vos yeux,
Et forçois au silence un feu séditieux.
Mais pénétrant bientôt jusqu'au fond de mon
ame,
Vous scûtes y chercher le secret de ma flamme,
L'aveu le plus flatteur prévenant mes césirs
M'arracha malgré moi de criminels soupirs.
la Marquise.
Mais voila des sujets de plaintes raisonnables,
Et. je sens qu'en effet je suis des plus coupables.
Notre coeur doit attendre à se laisser charmer
Que vous ayez, Messieurs le tems de nous aimer.
Quelque honnête homme que soit Saint-Val, il
est amant & foible. Il ne peut dissimuler à la Mar-
quise la jalousie que lui donnent les soins de quel-
ques agréables qui composent sa cour: le Mar-
quis d'Orbeson surtout est celui qui l'inquiete le
plus.
L'arrivée de ce Marquis & de Perdrignant fait
fuir Saint Val. La Marquise se met devant son mi-
roir. Certe scéne est le tableau d'une femme à sa
toilette, & de la conversatiou légere & frivole de
deux hommes qui y assistent.
Le mari survient, la Marquise acheve de se
coëffer
AVRIL. 1752.
169
coëffer précipitimment; & lorsqu'il veut ilui par-
ler d'une affaire importante, elle se leve sans le,
regarder & saus l'entendre, emmene les deux
jeunes gens, & laisse Clewville (c'est le nom du
mari) dans l'étonnement d'une pareille conduite.
Il termine l'acte par ces vers.
Qu'un mari raisonnable en ce siécle peu sage,
Fait un bien difficile & cruel personnage!
Et que l'on doit avoir d'indulgence pour lui,
Quand on connoit un peu les femmes d'aujour-
d'hui.
ACTEII.
Clerville fait la confidence à Saint-Val son ami
de la jalousie que lui inspire sa femme, quoiqu'il
avoue qu'il n'en est point amouteux, & que son
caractere l'a depuis quelque tems éloigné d'elle.
L'esprit & la beauté sont tout son appanage,
(dit il)
Un amant est heureux avec ce seul partage,
Il peut avec raison y borner ses souhaits;
Pour sixer un époux il faut d'autres attraits,
Il faut un caractere aimable, doux sensible,
Un esprit juste, égal, amusant & flexible,
Un coeur dans son devoir sans effort affermi,
Les graces d'une femme, & l'ame d'un ami.
D'Orbeson est l'objet de sa jalousie, il en fait
l'aveu à Saint Val, & met par là son coupable
ami en situation. Je ne me trompe point (lui dit- ilj
Jc le vois dans tes yeux, tu t'en es apperçu.
d by Goo
(170 MERCURE DEFRANCE.
Cette scene est vraiment tiéatrale par la confiance
aveugle de Clerville, & l'embarras de Saint-Val.
La Marquise, d'Orbeson, Perdrignant, & la
Comtesse interrompent la conversation des deux
amis, & la rendent générale. Cette scene ne pa-
roît faite que pour accabler les maris de mauvai-
ses plaisanteries. D'Orbeson s'y livre peut-être
avec trop peu de décence, & le mari les entend
trop patiemment. Il n'y a que la vertueuse Com-
tesse qui ose prendre un moment leur défense. Je
crois) dit elle) que la présence d'un époux,
Bien-loin d'intimider une femme qui pense,
A son esprit encore donne un nouveau ressort,
Et de son enjouement autorise l'essort.
Nons ne devons jamais enfreindre les limites
Que fixe la décence, & qui nous sont prescrites.
A ses sévéres lo ix si l'on peut déroger
C'est aux yeux d'un mari tout prêt a nous juger.
L'Auteur doit convenir d'ailleurs que cette sce-
ne ne sert guere à la Piéce, qu'autant que d'Or-
beson en entrant, témoigne à la Marquise l'inquié-
tude que lui donnent les poursuites de Saint-Val
qu'il feint de craindre, & le retour dont il suppose
que la Marquise paye sa tendresse.
Seul avec Perdrignant, ce même d'Orbeson
montre assez qu'il n'est guere plus attaché à la
Marquise, qu'effrayé de la rivalité de Saint-Val.
D'un homme tel que moi consacré par la mode
Sa vanité flattée à mon plan s'accommode,
Et pour me retenir facilementpourroit
La mener bien plus loin qu'elle ne le voudroit,
AVRIL 1752.
171
** * * * * * * * * * * *
. * * * * * * * * * * * *
* * * .* * * * * * * *
J'ai voulu la livrer à la plaisanterie
De mille amans trompés par sa coquetterie,
Et lui faire à son tour éptouver tous les maux
Que souffrent dans ces fers mes timides rivaux.
Il veut engager Perdrignant, personnage subal-
terne, à le servir dans son projet. Le reste de l'ac-
te est saus action, & ne tient point au plan géné-
ral.
ACTEIII.
Clerville a fait demander à sa femme un instant
pour l'entretenir en secret. Elle arrive fort in.
quiette du sujet de cette conversation particuliere.
Lorsqu'elle apprend que c'est de sa conduite dont
il s'agit, elle lui répond:
Ce n'est que de cela ? bon ! expliquez-vous vîte;
Sçavez-vous qu'il seroit d'un ridicule affreux
Que quelqu'un nous surprit enfermé tous les
deux?
Elle tâche dans cette scene de redoubler la jalousie
de son mari, toujours par le même motif dont on
a parlé dans le premier acte. Songez (lui répond
Clerville
Songez qu'à son mari toute femme est comptable,
Si le public l'estime on la croit méprisable;
Que c'est sur ce taux seul qu'il doit l'aprécier,
Hij
178 MERCUREDEFRANCG.E
Ou lui même à l'opprobre on peut l'associet.
Sçahés que je suis las de tant d'extravagance,
Qu'il est un terme à tout, même à la patience;
Et qu'il est dangereux de vouloir me braver,
Je vous en avertis, & vous laisse y têver.
Il est jaloux, s'écrie la Marquise à Marton qui en-
tre en ce moment. Marton, il est jaloua.
Du Marquis d'O beson la présence le blesse:
Je veux que sur mes pas il le trouve sans oesse.
Le Marquis de Saint- Val à son tour est jaloux
ils sont tous par mes soins presque devenus fous.
Du Ma rquis qui me fuit ranimons l'espérance.
La Marquise refléchit cependant que ce que lui a
dit son mari de d'Orbeson, peut être le fiuit des
conseils de Saint-Val, & elle se promet bien de
l'en punir. Une lettre qu'elle écrit à d'Orbeson lui
en fournit le moyen en voyant entrer Saint-Val,
c'est lui (dit- elle)
. Sur ce billet je veux le consultet;
Voyons si je pourois le lui faire dicter.
Elle imagine pour cela de lui dire qu'elle écrit à
son mari pour se réconcilier avec lui. Saint-Val.
que cette fausse paix de la Macquise avec son ami
rapelle à son devoir, approuve son dessein, quoi-
que son cœur en murmure. La Marquise après
avoir efsayé vainement de faire dicter sa lettre au
crédule Saint Val, se contente de le consulter sut
ro is ou quatre lignes equivoques qu'elle avoit dé-
à écrites. Saint-Val les apptouve, & croit qu'el-
Go0
AVRIL. 1752.
171
les sussisent. Alors pout se venger cruellement du
tour qu'il lui a fait, la Marquise onvoye haute-
mont la lettre au Marquis d'Oibeson. Saint-Val
furieux d'avoir été joué si inhumainement va jus-
qu'a la menace, & la Marquise toujours de sang.
froid, lui répond ironiquement:
Je ne crains point, Monsieur, votre amour irrité;
Vous avez trop d'honneur & trop de probité,
Mais je crains les fureurs où vorre ame s'emporte;
Qui vous eut soupçonné d'une ardeur aussi forte?
L'amour dans votre coeur sut toujours combatta,
Allez, consolez-vous axec votre vertu:
C'est le meilleur parti que vous ayoa à. prendret
Adieu.
Saint-Val seul.
Ca que j'ai vu, ce que je vions deentendre
Me confond à, tel point j'en suis si constamd,
Que mon juste couroun on demeuse enchainé.
Comment tant de noirceur peut elle entrer dans
l'ame!
Non rien n'est si méchann qu'une méchant e fem-
me.
AcTEIV.
La Marquise craint d'avoin poussé mal à propes
Saint-Val à bout, & d'avoir trop écouté l'envie do
se venger de lui. Ce léger remord ne lui fait ce-
pendant pas perdre de vse le projet de désespérer
la Comtesse. Matton vent l'en détouiner, en lui
Hiij
174 MERCURE DEFRANCE.
demandant ce qu'elle peut lui reprocher, la Mari
quise lui répond.
Marton, elle est trop bellel
Et joint ce motif là à ceux qu'elle a déja établis
pout sa vengeance. Prenez-y garde, ajoute Mar-
ton, vous pouriez conduire vous même la Com-
tesse à aimer votre mari.
1
Vous croyez ce matin qu'il aimoit la Comtesse;
Tous les deux par vos soins plongés dans la dou-
leur;
Ile s'iront confier leur mutuel malheur.
Et très- souvent deux cœeurs que leur chagrin rasa
semble,
Après avoir gémi se consolent ensemble.
la Marquise.
Je crains peu ce danger; la Comtesse croira
Qu'elle est inconsolable, & s'en respectera.
Pour Monsieur mon mari, qui dédaigna mes
charmes,
Je prétends lui donner de si vives allarmes,
Que je redoute peu que son cœur agité
Marton, songe à me faire une infidélité.
Marton lui représente encore que Saint-Val offenfe
peut la perdre dans l'esprit de son mari. Je veun
les désunir répond-elle.
Marton.
Le moyen!
.
AVRIL. 1752.
175
la Marquise
Le moyen n'en est pas fort louable.
Marton.
Cest. à dire qu'il est tout- à-fait condamnable.
la Marquise.
Veux-tu dans ce péril que j'aille examiner
L'espéce des moyens pour me déterminer?
Le Marquis qui a reçu le billet sur lequel Sains-
Val avoit été consulté, arrive avec toute la con-
fiance d'un homme qui plait. Il reproche à la
Marquise d'avoir pû s'attacher à Saint-Val. Elle a
beau s'en défendre, on ne veut pas l'en croire,
& suivant le projet qu'il a formé dans le second
acte avec Perdrignant de jouer la Marquise, il la
persisse cruellement dans cette scene, en affectant
un air de raison qui la désespere. Elle veut sortir:
elle défend à d'Orbeson de la revoir jamais Alors
ramené à un ton plus doux, la Marquise en prosito
pour exiger de lui qu'il écrive une lettre anonyme
à son mari pour l'instruire des vdes de Saint Val
auprès d'elle.
Le Marquis.
Il ne le croita point sur la foi d'une lettre,
Dont l'auteur clandestin craint de se compro.
mettre.
Jadis avec succès ce moyen employé
Hiiij
176 MERCUREDEFRANCE.
Est depuis quelque tems tout- à fait décrié.
De leur danger commun les femmes esfrayées
Contre unpareil abus se sont tant re criées,
Ont tant dit qu'il n'étoit digne que de mépris,
Qu'elles ont convaincu leurs maris par leurs cris,
Et les ont mis au point de n'en faire que rire.
Il lui propose ensuite de faire donner cet avis à
Clerville par Perdrignant, & on Paccepte.
La Marquise restée seule s'applaudit de toutes
ses manœeuvres, en se plaignant cependant de la
nécessité où elle s'est trouvée de souffrir toutes les
impertinences du Marquis. On annonce la Com-
tesse. Il ne lui restoit plus que cette derniere vic-
time à sacrifier à ses caprices, & elle s'en fait un
plaisir en la voyant. Cette scene met sa méchan-
ceté dens tout son jour par la joye cruelle qu'on la
voit goûter. à enfoncer le poignard dans le cœeur
tendre de la Comresse. Il faudroit avoir vu
cette situation théatrale, qui est une des meil-
leures de la Piéce, pour en sentit tout l'effet. La
Marquise sort en disant à part
Il faut bien avoir l'humanité
De la lalsser enfin pleurer en liberté.
Clerville arrive, & trouve la Comtesse toute en
larmes. Cette vertueuse femme lui en cache la
source autant qu'elle peut. Tout ce qu'elle se per-
met de dire, c'est que Saint- Val est infidéle. Cler-
vilse veut combattre cette idéo: il conncît trop
bien son ami pour le croire parjure. Enfin il la
presse de lui apprendre pour qui elle imagine que
Saint- Val a pu la trahir. Elle lui répond:
AVRIL. 1752.
177
Ab! Monsieus saus former d'inutiles soupçom
Aux soins de son amant eli ! qui peut se mépren-
dre?
Qn ne sçaurois long.dems tromper une ame ten-
dre
Jamais le sentiment ne peut être imité,
Il est sans botne, & l'ort de foindre est limité.
Clerville lui propose de se confier à sa semme
Il lui parle de l'empire de la Marquisel sur Saina
Val. Autre sit uation par laquelle finit le quatriemo
acto.
ACTE. V.
Saint-Val triomphant ensin de sa foiblesse, &
ramené pat ses propres remords àtoua. ses doroiis
vient en faire l'aveu à la Marquise même, qui lui
dit en riant qu'elle ne l'a point aimé. Madame,
répond Saint- Val,
Mon malheur ne setoit pas extrême,
Si vous m'aviez toujours apprécié de même.
Elle s'offense de certe réponso, & lui demande ee
qui peut le rendre aussi hardi pour se présenter en-
eore devant elle? Saint-Val lui dit qu'il a cru de-
voir l'instruire des risques qu'elle court en laissant
à son mari tous les soupçons dont il est rempli;
elle lui répond qu'elle en est instruite. Je crois me,
me connoître, dit-elle,
Celai qui dans son ame a sçu les faise nastre.
Je ne suis point ingrato, & dans l'occasiou
J'acquieterai, Monsieur, cette obligation.
Hy
178 MERCUREDE FRANCE.
Saint-Val accablé de certe imputation injurieuse,
dont il sent que sa conduite n'a pas du le faire pa-
roître indigne, se livre tout entier à ses remords.
Il parle de la Comtesse, & se trouve si coupable
envers elle, qu'il n'ose espérer d'en obtenir sa
grace.
Clerville paroît tenant une lettre à la maini
Saint Val aussi- tôt prend la résoluion d'aller dé-
couvrir toute sa honte à cet ami même. Mais il
est prévenu par Clerville qui lui présente la letire
anonyme qu'il vient de recevoir, & qu'a du'écrire
Perdrignant par les ordres de d'Orbeson. Tenez,
Ini dit ili, lisez, êtes-vous encore digne de mon
amitié? non je ne le suis plus, répond Saint-Val
Clerville.
Je ne m'atiendois pas à cet aveu sincere.
.
.
Saint-Val.
..
Il est affreux pour moi, mais j'ai du vous le faire?
Clerville.
Ah! je vous en aurois volontiers dispense.
.Y,
Saint-Val.
Par un perside ami vous êtes offensé.
Clerville,
1.
De grace finissez, Monsieur, c'est un suplice:
Il lui fait des reproches sensibles d'avoir pu tra-
hir leur ancienne union. Ah ! Saint- Val, lui dit-il
AVRIL. 1752.
179
Vous voilà donc rangé parmi ces gens sans
mœurs,
Qui sous le nom d'amis se font mille noirceurs,
Qui suivant leurs penchans, sans honte sans scru-
pule
Jadis par vos vertus vous trouvoient ridicule.
Ces gens reçus par tout, mais par tout détestés.
Objet de vos mépris, quoi! vous les imitez?
Le désespoir où paroît Saint-Val, attendrit eci
pehdant son ami qui lui fait grace.
Saint-Val.
Quoi ! vous me pardonnez?
Clerville
En serois-tu surpris?
Les fautes d'un ami légérement tracées
Du cour de son ami sont bientôt effacées.
Clerville ne met de condition à la grace qu'il aca
corde que le retour sincére de Saint- Val auprès de
la Comtesse. Elle paroît, Saint-Val se jette à ses
pieds, & cette amante lui pardonne.
Tous les Acteurs entrent. La marquise qui voit
Saint-Val aux pieds de la Comtesse en présence de
son mari, découvre par-là l'inutilité de toutes sen
manœeuvres. Elle ne doute point que Saint-Val ne
se soit justifié à ses dépens auprès de son mari, elle
preud le parti de l'accuser hautement d'avoir vou
lu lui plaire. en ajoutant que l'avis qu'a du en rece-
Hvj
OO
180 MERCUREDEFRANCE.
voir son mari vient d'elle; mais qu'apparemmen
les fausses vertus de Saint Val l'avoient encore sé-
duit. Quoi! dit Clerville vous seriez l'Auteur de
la lettre anonyme ? Sans doute, reprend la Mar-
quise: sçachez, Monsieur, tout ce que j'ai fais
pour vous.
Jalouse de vos soins rendus à la Comresse,
J'ai sçu de son amant m'acquérir la tendresse.
de ma haine pour elle écoutant la fureur
Par un trompeur aveu j'ai déchiré son cœur,
Sur vos soupçons jaloux fondant mon espérance,
Du Marquis offensé de mon indifférence,
Connoissant l'amour propre & la fatuité,
J'ai ranimé l'espoir & l'assiduité.
*. * *
. .
Mais vous ne valez pas tous les soins que j'ai pris.
Quelle femme! (s'écrie Clerville, que ce tableau
effraye aussi-bien que tous les spectateurs.) Le
Marquis d'Orbeson & Perdrignant se retirent en
marquant tout le mépris qu'ils lont de la Marqui-
se, à qui le malheureux Clerville adresse encore
ainsi la parole.
Vous me faites horreur, je pourois pardonner.
Un tendre égarement, où se laisse entraîner
Souvent sans réfléchir la fragile jeunesse
Et d'un cœeur né sensible excuser la foiblesse.
Mais vorre caractere est par trop odieux:
Une semme méchante est un monstre à mes yeux.
AVRIL. 1752.
181
Sussit- il d'être sage ? Il faut être estimablo
Et le premier devoir c'est d'êtte sociable,
Si vous m'aimez, Madame, allez le devenix,
Vers vous à ce seul. prix je pourrai revenir,
On n'aura point mon cœur qu'en ayant mon es-
time.
La Marquise.
L'estime d'un maty ! ... C'est un honneur su-
blime
Que je ne puis jamais esperer avec vous.
Car peut- on aequerir Pestime d'un jaloux?
Quoiqu'à la mériter je fusse très-sensible
Je ne tenterai point une chose impossible.
La Marquise sort, & Clerville dans son ab-
battement, ne trouve de consolation que dans le
bonheur de son ami, qui va s'unir pour jamais
à la vertueuse Comtesse.
Je crois devoir vous dire, Monsieur, pour
l'honueur de no. re Théâtre François, que cette
Piéce a été parfaitement bien jouée, sur tout le
Personnage de la Marquise a été rendu pas l'ini-
mitable Mlle. Grandval, avec une perfection dont
elle seule est capable dans les rôles de ee genre.
Vous connoissez assez, Monsicur, tous les
caracteres de la Piéce, pat l'extrait que je viens
de vous en faire. Il n'y a qu'un Personnage trop
hardy, trop étranger à l'intrigne, & qui peut-
etre en a fait le malheur, dont je crois devoir
vous parler encore. Je ne doute point que quel-
ques letires de ce Pays-ci ne vous ayent piére-
ed by Goo
182 MERCURE DE FRANCE.
nu qu'on avoit voulu ridiculiser un état aussi
respectable que le vôtre. C'est le bruit qu'ont
fait courir ici les ennemis de l'Auteur. Je ne
puis m'empêcher de l'en justifier, & de me li-
vrer à cet égard à la haine que vous me con-
noissez pour toutes les injustices.
Il me paroît démontré que l'Auteur n'a en
dessein de mettre sur le Théatre qu'un de ces
gens sans état & sans aveu, qui s'introduisent
dans le monde à la faveur d'un extérieur équi-
voque; & qui pourroient contribuer par: leurs
vices & leur ridicule à diminuer la considération
qui est duc aux véritables dépositaires des Loix
si les vices mêmes de ces gens méprisables ne les
démasquoient bientôt.
Voici ce que dit Marton de ce Personnage,
à la premiere Scene du premier Acte, dans l'é-
numération qu'elle fait des Amans de la Mar-
quise.
Un Marquis d'Orbeson avec son Perdrignant,
Un homme sans aven, sans état, sans talent,
Qui sous un habit noir s'est glissé dans le monde;
Et sur qui le mépris à juste titre abonde;
Au deuxiéme Acte, d'Orbeson dit à ce Perdri-
gnant lui-même:
Prends y garde, souffert quand tu m'es néces-
saire
Dans un monde brillant au-dessus de ta sphére,
Ne vas pas t'éblouir de l'acceuil qu'on t'y fait,
Les égards qu'on me doit produisent cet effet.
Malgré le grave habit qui cache ta bassesse,
jitzed by Goo
AVRIL.
1752. 18.
On penêtre aisement que tu n'es qu'une espéce,
Un faquin déguisé, qui se dit Magistrat
Quand il est sans aveu, saus titre, sans état
Clerville au troisiême Acte le peint ainsi à la
Marquise.
Un hommie sans aveu prétendu Magistrat,
Qui tieut de d'Orbeson son équivoque état,
Aux yeux des gens sensés d'autant plus mépri-
fable,
Qu'il pourroit avilir un titre respectable.
Vous m'avouerez, Monsieur, qu'il est, on ne
peut pas plus étonnant, qu'on veuille faire d'un
Personnage Dramatique, autre chose que ce que
l'Auteur en a fait, & en a voulu faire. Les trois
morceaux que je viens de vous copier vous con-
vaincront suffisamment que, loin de s'écarter du
respect que chacun doit avoir à votre état, il
semble qu'il ait voulu par une attention sage,
le garantir même des atteintes que peuvent lui
porter le déguisement & la fausseté. Il seroit à
souhaiter qu'on n'eût pas cherché dans ce Per-
sonnage à étendre les libertés du Théâtre, que
la prudence du Gouvernement s'occupe sans cesse
à retenir dans de justes bornes. Le rôle de Per-
drignant étoit absolument contre les moeurs de
la Scene, & voilà tout ce qu'on peut dire.
Les murmures que ce Personnage a excité
avec justice au deuxième Acte, n'ont que trop
éloigné l'indulgence que pouvoit mériter le reste
de la Piéce. Je n'ai garde de vouloir combattre
ici le jugement toujours respectable du Public.
Un Ouvrage qui lui deplaît manque sans doule
194 MERCUREDEFRANCE.
de quelques qualités essentielles qu'il falloit pour
lui plaire. Les effets du caractere, par exemple,
indépendemment de co premior défaut que jo
viens de remarquer, n'avoient pas assez de fond
pour cinq Actes. La Fable avoit trop peu d'ac-
rion, de mouvement, & de véritable comique.
Le contraste de la vertueuse Comtesse avec la
Marquise, n'étoit pas dessiné assez fortement.
On avoit un peu trop sacrifié à cette Marquise
à ce Personnage vicieux de la Pièce. Les tableaux
du vice décidé n'amusent point; l'indignatios
prend la place du plaisit. L'Ingrat. & la Flattear
deux Piéces bien faites, n'ont eu qu'un leger
succès sur notre Théâtre par cette raison: & le
Tartuffe (me dira-t on) qu'on y prenne garde;
combien d'excelllent comique repandu dans l'ac-
tion! Combien de ridicule dans la bonne Dame
Barnelle, & dans la sotise de son fils Orgon. Et
d'ailleurs cet art avec lequel Tartusfe cherche
sans cesse à en imposer devient presque, dans les
mains de l'Immortel Moliere, un ridicule théa-
tral qui suspend au moins les effets de l'indi-
gnation.
Voilà, je cro is ce qu'on auroit du dire à l'Au-
teur des effets du caractere, & voilà sans doute es
qu'on ne lui a point dit.
Peut on cependant refuser son estime à des
caracteres bien pris, & toujours soutenus, à des
situations ingénieuses & fines, à des détails amu-
sans, & à une façon d'écrire noble, naturelle &
forte ? Tout cela se trouve, Monsicur, dans l'ou-
vrage dont je viens de vous entretenir. Il n'y a
que l'envie, la haine, & la critique amere qui puis-
sent voir autrement a cet égard.
Je n'ai poini choisi les vers que je vous ai
Bauscrits, ceux que vous trouverez dans mon
AVRIL.
1752. 185
Extrait, y sont entrés naturellement, & ils y
étoient nécessaires pour que je ne parusse pas
en imposer sur une Piéce que nous ne verrons
peut être pas imprimée. Ma Lettre auroit fait
un volume trop considérable, si j'avois voulu
rendre à l'Auteur le service de vous faire con-
noître tous les détails agréables de sou Ou-
vrage.
Je finis, Monsieur, par deux observations. L'u-
ne sur le dénouement de la Pièce que quelques
gens ont critiqué fortement; & l'autre sur le rô-
le de la Marquisc, que bien des femmes sur-
tout n'ont pas trouvé dans la nature.
Le vice n'est point puni dans cet Ouvrage,
a ton dit: cependant la Marquise ne l'est-elle
point par le desespoit où elle est de voir toutes
ses manoeuvres sans effet ? Ne l'est- elle point par
le mépris marqué que lui témoignent en sortant
d'Orbeson & Perdrignant : Ne l'est-elle point
encore par ce que lui ditson mari, qu'elle doit
renoncer a son cour si elle ne se rend pas digna de son
estime (Quelle autre sorte de punition pouvoit-on
infliger à cette femme : Une séparation (qui
d'ailleurs n'eût été pratiquable qu'avec le Code
Prussien (étoit-elle théâtrale? Et puis une sépa-
tion, est- elle une peine aujourd'hui? Vouloit-on
que cette semme fut frappée subitement de re-
mords? Des conversions aussi promptes sont elles
dans la nature? Le caractete flechit- il avec tant
de docilité ? Qu'arriveroit- il de plus enfin dans la
Société à une femme qui se trouveroit dans les
circonstances où l'on a placé la Marquise ? Le
mari de cette semme auroit-il, en pareil cas,
d'autre secours que sa raison & sa patience? Le
dénouement étoit donc nécessaire.
L'excès de coquetterie & de méchanceté de la
gines vdO.
186 MERCURE DEFRANCE.
Marquise a fait dire que l'Auteur s'etoit fait des
monstres pour les combattre. Assurement la So-
ciété gagneroit beaucoup à la vérité de cette Cri-
tique : cependant, pourquoi nos Romans Mo-
dernes sont ils pleins de portraits de femmes, plus
dangereuses que la Marquise ? Pourquoi les Au-
teurs de ces Romans passent-ils pour les vrais
Peintres de nos mœeurs ? Pourquoi ne s'attirent-
ils pas la haine du Public par ces mêmes portraits?
Les raisons de tout cela ne sont pas, je crois, fort
aisées à trouver. Ce qu'il y a de vrai, c'est que
la galanterie est une de nos qualités naturelles.
Cela devroit être dit, une fois pour toutes, à nos
Auteurs Dramatiques. Je me rapelle une ancien-
ne Loi de Thebes, qui ordonnoit aux Poëtes de
faire toujours les hommes meilleurs qu'ils n'é-
toient à leurs yeux. N'étois-ce pas faire comme
Alexandre, qui fit laisser dans la partie des Indes
qu'il avoit conquise, des armes d'une grandeur &
d'une force supérieures à celles dont ses Troupes
pouvoient faire usage, afin que la postérité In-
dienne crut. un jour que les anciens Vainqueurs
de leurs Pays étoient des hommes extraordinai-
res: quoiqu'il en soit, les François me parois-
sent avoir secretement adopté pour leurs Specta-
cles, la Loi de Thébes en faveur d'un Sexe qu'ils
idolâtrent
J'ai l'honneur d'être, &c.
A M. de R***. Conseiller au Parlement de
*** sur la Piéce des effets du Caractère.
JE vous avois annoncé, Monsieur les
effets du Caractere comme une piéce
dont on parloit assez bien, & dont on con-
cevoit assez d'espérance. Cependant le
jour du Théatre n'a pas été favorable à
cet ouvrage, que l'Auteur a retiré après la
troisième représentation.
La sévérité du jugement public, si oppo-
sé à celui de tant de particuliers éclairés,
qui avoient assisté à différentes lectures de-
cette Comedie m'a fait faire quelques ré-
flexions sur la malheureuse condition d'un-
Auteur qui se livre à l'art difficile du
Théatre.
Que peut avoir à se reprocher un Ecri-
vain, lorsqu'ayant long.tems examiné lui-
même son ouvrage, il a cherché à s'éclai-
rer encore par les lumieres d'un nombre
164 MERCUREDEFRANCE.
de personnes, qui se réunissent toutes à
ny trouver que de légers défauts, faits pour
sevanouir devant les beautés réelles de sa
Piéce.
Un Auteur Dramatique doit. il donc re-
noncer à trouver quelqu'un dans la socié-
té qui s'intéresse à lui assez vivement pour
lui parler avec cette vérité qu'il cherche,
qu il demande, & dont il a besoin? Ou
plutôt n est ce point dans notre siècle la
chose la moins aisée à juger en petites
assemblées particulieres, qu'un ouvrage
destiné au Théâtre ? Tout n est-il pas de-
venu trop arbitraire en matiere d'esprit?
Le Public qui se trompe plus rarement ne
semble-t-il. pas quelquefois oublier ses
grands principes en se livrant. d'abord à,
une séduction passagere, que bien- tôt il
désavoue lui-meme? Ne l'avons-nous pas
vu de nos jours rejetter des ouvages aus-
quels il a accordé depuis son estime? mais
c est assez causer avec vous, Monsieur
sur ce chapitre, qui n'est pas ibfolument
personnel aux effets du caractere, dont je
suis en état de vous faire un détail assez
suivi, graces à un manuscrit que je me
fuis fait prêter par un des Acteurs: atten-
dez vous, Monsieur, à tout le désintéres-
sement imaginable de ma part.
Quelque honnête que soit le motif qui
AVRIL. 1752.
165
fait agir un mauvais caractere, les moyens
qu'il employe pour parvenit à son but,
sont toujours empoisonnés par la source
d'où ils partent: voilà ce qu il paroît que
l'Auteur a voulu démontrer.
Dans la premiere Scene la Marquise avec
sa suivante Marton, se montre telle quel-
le est. C'est-à-dire méchante, hardie, co-
quette, quoique fidelle à son époux. Elle
parle des inquiétudes que lui cause une
amie de son mari, à laquelle elle croit ce
dernier attaché. L'amour de certe même
femme pour Saint-Val ne la rassure point
assez. Elle forme le projet de se venger du
trouble qu'elle lui cause, & de la désespe-
rer lorsqu'elle le pourra, en lui faisant la
fausse confidence de l'amour qu'elle fein-
dra elle même pour Saint Val : c est ainsi
qu'elle parle de ce projet.
Apprends un projet qui m'enchante:
Je prétends aujourd'hui jouir de son tourment.
je veux feindre avec elle un tendre épanchement.
Lui dire que Saint-Val rend hommage à mes
charmes.
En vain elle voudra me dérober ses larmes
Jusqu'au fond de son cœur je sçaurai les chercher-
Et je sçais le moyen de les en arracher,
La prude éclattera, nommera Saint-Val traître,
Insidelle, parjure, elle en mourra peut-être,
166 MERCURE DEFRANCE.
Cela seroit plaisant qu'en dis-tu...
Voici comme elle expose elle-même ses
principes & sa coquetterie.
Il faut apparemment, si l'on veut vous en croire,
Qu'une femme oubliant tout le soin de sa gloire
Renonce aux voux flatteurs, qu'elle peut inspire
Et du monde qu'elle orne aille se retirer:
Un tel travers d'esprit en vérité m'irrite,
Sachés que la beauté fait tout notre mérite,
Que nous n'avons de prix que par nos agrémens:
Que le Public nous juge en comptant nos amans,
Et qu'en notre faveur leur nombre le décide.
Un homme a cent chemins, où la gloire le guide,
Qui le conduisent tous à se faire estimer.
La gloire d'une semme est de se faire aimer.
Le portrait qu'elle fait de Saint Val dans
la même scéne vous fera connoître ce se-
cond Heros de la piéce.
Sous le masque imposant d'un sage Atrabilaire,
Ce Saint-Val est un fou fort extraordinaire
Qui croit malgré l'usage & les mœurs d'aujout.
d'hui
Qu'on ne peut point sans crime à la femme d'au-
trui
Adresser de l'amour les voux illégitimes,
Et qui toujours rempli de ses grandes maximes
Esclave furieux, mais soumis dans ses fers
Est forcé d'adorer mes caprices divers.
AVRIL. 1752.
167
Marton lui représente en vain qu'elle
peut se tromper. A quoi bon tant de des-
seins dangereux (dit elle) si votre mari
n'aime point la Comtesse, si dans ses fers
il n'est point arrênté.
La Marquise.
En cecas j'aurai fait une méchanceté,
Le grand mal!
Saint-Val paroît à la seconde scéne:
Rempli d'amour & de remords, il re-
procne à la Marquise l'art qu'elle a dû
employer pour le rendre si coupable en
l'arrachant à la Comtesse à laquelle il étoit
lié par la reconnoissance & la tendresse,
& en le rendant infidéle à l'amitié qui l'u-
nit à son mari.
Sain val.
Je n'aurois pas sujet, Madame de me plaindre,
Si consumé de feux que je devois éteindre
Libre dans mes désirs, j'eusse été vous offrir
Un cœur que vos atraits pouvoient vous acquetir
Mais c'est vous qui de l'art dangéreux de séduire
Exercâtes sur moi l'innévitable empire:
Ces yeux que sans trausports je ne peux admirer,
Prestiges de l'amour, & faits pour l'inspirer
Porterent dans mon coeur étonné, sans defense
168 MERCUREDEFRANCE.
Par leurs regards vainqueurs la coupable espé-
rance;
Et bientôt malgré moi l'amour s'en empara.
Sur mes devoirs trahis la raison m'éclaira.
J'évitai des regards que je craignois d'entendre.
Et d'un poison flatteur ne pouvant me défendre,
J'en dérobois du moins le progrès à vos yeux,
Et forçois au silence un feu séditieux.
Mais pénétrant bientôt jusqu'au fond de mon
ame,
Vous scûtes y chercher le secret de ma flamme,
L'aveu le plus flatteur prévenant mes césirs
M'arracha malgré moi de criminels soupirs.
la Marquise.
Mais voila des sujets de plaintes raisonnables,
Et. je sens qu'en effet je suis des plus coupables.
Notre coeur doit attendre à se laisser charmer
Que vous ayez, Messieurs le tems de nous aimer.
Quelque honnête homme que soit Saint-Val, il
est amant & foible. Il ne peut dissimuler à la Mar-
quise la jalousie que lui donnent les soins de quel-
ques agréables qui composent sa cour: le Mar-
quis d'Orbeson surtout est celui qui l'inquiete le
plus.
L'arrivée de ce Marquis & de Perdrignant fait
fuir Saint Val. La Marquise se met devant son mi-
roir. Certe scéne est le tableau d'une femme à sa
toilette, & de la conversatiou légere & frivole de
deux hommes qui y assistent.
Le mari survient, la Marquise acheve de se
coëffer
AVRIL. 1752.
169
coëffer précipitimment; & lorsqu'il veut ilui par-
ler d'une affaire importante, elle se leve sans le,
regarder & saus l'entendre, emmene les deux
jeunes gens, & laisse Clewville (c'est le nom du
mari) dans l'étonnement d'une pareille conduite.
Il termine l'acte par ces vers.
Qu'un mari raisonnable en ce siécle peu sage,
Fait un bien difficile & cruel personnage!
Et que l'on doit avoir d'indulgence pour lui,
Quand on connoit un peu les femmes d'aujour-
d'hui.
ACTEII.
Clerville fait la confidence à Saint-Val son ami
de la jalousie que lui inspire sa femme, quoiqu'il
avoue qu'il n'en est point amouteux, & que son
caractere l'a depuis quelque tems éloigné d'elle.
L'esprit & la beauté sont tout son appanage,
(dit il)
Un amant est heureux avec ce seul partage,
Il peut avec raison y borner ses souhaits;
Pour sixer un époux il faut d'autres attraits,
Il faut un caractere aimable, doux sensible,
Un esprit juste, égal, amusant & flexible,
Un coeur dans son devoir sans effort affermi,
Les graces d'une femme, & l'ame d'un ami.
D'Orbeson est l'objet de sa jalousie, il en fait
l'aveu à Saint Val, & met par là son coupable
ami en situation. Je ne me trompe point (lui dit- ilj
Jc le vois dans tes yeux, tu t'en es apperçu.
d by Goo
(170 MERCURE DEFRANCE.
Cette scene est vraiment tiéatrale par la confiance
aveugle de Clerville, & l'embarras de Saint-Val.
La Marquise, d'Orbeson, Perdrignant, & la
Comtesse interrompent la conversation des deux
amis, & la rendent générale. Cette scene ne pa-
roît faite que pour accabler les maris de mauvai-
ses plaisanteries. D'Orbeson s'y livre peut-être
avec trop peu de décence, & le mari les entend
trop patiemment. Il n'y a que la vertueuse Com-
tesse qui ose prendre un moment leur défense. Je
crois) dit elle) que la présence d'un époux,
Bien-loin d'intimider une femme qui pense,
A son esprit encore donne un nouveau ressort,
Et de son enjouement autorise l'essort.
Nons ne devons jamais enfreindre les limites
Que fixe la décence, & qui nous sont prescrites.
A ses sévéres lo ix si l'on peut déroger
C'est aux yeux d'un mari tout prêt a nous juger.
L'Auteur doit convenir d'ailleurs que cette sce-
ne ne sert guere à la Piéce, qu'autant que d'Or-
beson en entrant, témoigne à la Marquise l'inquié-
tude que lui donnent les poursuites de Saint-Val
qu'il feint de craindre, & le retour dont il suppose
que la Marquise paye sa tendresse.
Seul avec Perdrignant, ce même d'Orbeson
montre assez qu'il n'est guere plus attaché à la
Marquise, qu'effrayé de la rivalité de Saint-Val.
D'un homme tel que moi consacré par la mode
Sa vanité flattée à mon plan s'accommode,
Et pour me retenir facilementpourroit
La mener bien plus loin qu'elle ne le voudroit,
AVRIL 1752.
171
** * * * * * * * * * * *
. * * * * * * * * * * * *
* * * .* * * * * * * *
J'ai voulu la livrer à la plaisanterie
De mille amans trompés par sa coquetterie,
Et lui faire à son tour éptouver tous les maux
Que souffrent dans ces fers mes timides rivaux.
Il veut engager Perdrignant, personnage subal-
terne, à le servir dans son projet. Le reste de l'ac-
te est saus action, & ne tient point au plan géné-
ral.
ACTEIII.
Clerville a fait demander à sa femme un instant
pour l'entretenir en secret. Elle arrive fort in.
quiette du sujet de cette conversation particuliere.
Lorsqu'elle apprend que c'est de sa conduite dont
il s'agit, elle lui répond:
Ce n'est que de cela ? bon ! expliquez-vous vîte;
Sçavez-vous qu'il seroit d'un ridicule affreux
Que quelqu'un nous surprit enfermé tous les
deux?
Elle tâche dans cette scene de redoubler la jalousie
de son mari, toujours par le même motif dont on
a parlé dans le premier acte. Songez (lui répond
Clerville
Songez qu'à son mari toute femme est comptable,
Si le public l'estime on la croit méprisable;
Que c'est sur ce taux seul qu'il doit l'aprécier,
Hij
178 MERCUREDEFRANCG.E
Ou lui même à l'opprobre on peut l'associet.
Sçahés que je suis las de tant d'extravagance,
Qu'il est un terme à tout, même à la patience;
Et qu'il est dangereux de vouloir me braver,
Je vous en avertis, & vous laisse y têver.
Il est jaloux, s'écrie la Marquise à Marton qui en-
tre en ce moment. Marton, il est jaloua.
Du Marquis d'O beson la présence le blesse:
Je veux que sur mes pas il le trouve sans oesse.
Le Marquis de Saint- Val à son tour est jaloux
ils sont tous par mes soins presque devenus fous.
Du Ma rquis qui me fuit ranimons l'espérance.
La Marquise refléchit cependant que ce que lui a
dit son mari de d'Orbeson, peut être le fiuit des
conseils de Saint-Val, & elle se promet bien de
l'en punir. Une lettre qu'elle écrit à d'Orbeson lui
en fournit le moyen en voyant entrer Saint-Val,
c'est lui (dit- elle)
. Sur ce billet je veux le consultet;
Voyons si je pourois le lui faire dicter.
Elle imagine pour cela de lui dire qu'elle écrit à
son mari pour se réconcilier avec lui. Saint-Val.
que cette fausse paix de la Macquise avec son ami
rapelle à son devoir, approuve son dessein, quoi-
que son cœur en murmure. La Marquise après
avoir efsayé vainement de faire dicter sa lettre au
crédule Saint Val, se contente de le consulter sut
ro is ou quatre lignes equivoques qu'elle avoit dé-
à écrites. Saint-Val les apptouve, & croit qu'el-
Go0
AVRIL. 1752.
171
les sussisent. Alors pout se venger cruellement du
tour qu'il lui a fait, la Marquise onvoye haute-
mont la lettre au Marquis d'Oibeson. Saint-Val
furieux d'avoir été joué si inhumainement va jus-
qu'a la menace, & la Marquise toujours de sang.
froid, lui répond ironiquement:
Je ne crains point, Monsieur, votre amour irrité;
Vous avez trop d'honneur & trop de probité,
Mais je crains les fureurs où vorre ame s'emporte;
Qui vous eut soupçonné d'une ardeur aussi forte?
L'amour dans votre coeur sut toujours combatta,
Allez, consolez-vous axec votre vertu:
C'est le meilleur parti que vous ayoa à. prendret
Adieu.
Saint-Val seul.
Ca que j'ai vu, ce que je vions deentendre
Me confond à, tel point j'en suis si constamd,
Que mon juste couroun on demeuse enchainé.
Comment tant de noirceur peut elle entrer dans
l'ame!
Non rien n'est si méchann qu'une méchant e fem-
me.
AcTEIV.
La Marquise craint d'avoin poussé mal à propes
Saint-Val à bout, & d'avoir trop écouté l'envie do
se venger de lui. Ce léger remord ne lui fait ce-
pendant pas perdre de vse le projet de désespérer
la Comtesse. Matton vent l'en détouiner, en lui
Hiij
174 MERCURE DEFRANCE.
demandant ce qu'elle peut lui reprocher, la Mari
quise lui répond.
Marton, elle est trop bellel
Et joint ce motif là à ceux qu'elle a déja établis
pout sa vengeance. Prenez-y garde, ajoute Mar-
ton, vous pouriez conduire vous même la Com-
tesse à aimer votre mari.
1
Vous croyez ce matin qu'il aimoit la Comtesse;
Tous les deux par vos soins plongés dans la dou-
leur;
Ile s'iront confier leur mutuel malheur.
Et très- souvent deux cœeurs que leur chagrin rasa
semble,
Après avoir gémi se consolent ensemble.
la Marquise.
Je crains peu ce danger; la Comtesse croira
Qu'elle est inconsolable, & s'en respectera.
Pour Monsieur mon mari, qui dédaigna mes
charmes,
Je prétends lui donner de si vives allarmes,
Que je redoute peu que son cœur agité
Marton, songe à me faire une infidélité.
Marton lui représente encore que Saint-Val offenfe
peut la perdre dans l'esprit de son mari. Je veun
les désunir répond-elle.
Marton.
Le moyen!
.
AVRIL. 1752.
175
la Marquise
Le moyen n'en est pas fort louable.
Marton.
Cest. à dire qu'il est tout- à-fait condamnable.
la Marquise.
Veux-tu dans ce péril que j'aille examiner
L'espéce des moyens pour me déterminer?
Le Marquis qui a reçu le billet sur lequel Sains-
Val avoit été consulté, arrive avec toute la con-
fiance d'un homme qui plait. Il reproche à la
Marquise d'avoir pû s'attacher à Saint-Val. Elle a
beau s'en défendre, on ne veut pas l'en croire,
& suivant le projet qu'il a formé dans le second
acte avec Perdrignant de jouer la Marquise, il la
persisse cruellement dans cette scene, en affectant
un air de raison qui la désespere. Elle veut sortir:
elle défend à d'Orbeson de la revoir jamais Alors
ramené à un ton plus doux, la Marquise en prosito
pour exiger de lui qu'il écrive une lettre anonyme
à son mari pour l'instruire des vdes de Saint Val
auprès d'elle.
Le Marquis.
Il ne le croita point sur la foi d'une lettre,
Dont l'auteur clandestin craint de se compro.
mettre.
Jadis avec succès ce moyen employé
Hiiij
176 MERCUREDEFRANCE.
Est depuis quelque tems tout- à fait décrié.
De leur danger commun les femmes esfrayées
Contre unpareil abus se sont tant re criées,
Ont tant dit qu'il n'étoit digne que de mépris,
Qu'elles ont convaincu leurs maris par leurs cris,
Et les ont mis au point de n'en faire que rire.
Il lui propose ensuite de faire donner cet avis à
Clerville par Perdrignant, & on Paccepte.
La Marquise restée seule s'applaudit de toutes
ses manœeuvres, en se plaignant cependant de la
nécessité où elle s'est trouvée de souffrir toutes les
impertinences du Marquis. On annonce la Com-
tesse. Il ne lui restoit plus que cette derniere vic-
time à sacrifier à ses caprices, & elle s'en fait un
plaisir en la voyant. Cette scene met sa méchan-
ceté dens tout son jour par la joye cruelle qu'on la
voit goûter. à enfoncer le poignard dans le cœeur
tendre de la Comresse. Il faudroit avoir vu
cette situation théatrale, qui est une des meil-
leures de la Piéce, pour en sentit tout l'effet. La
Marquise sort en disant à part
Il faut bien avoir l'humanité
De la lalsser enfin pleurer en liberté.
Clerville arrive, & trouve la Comtesse toute en
larmes. Cette vertueuse femme lui en cache la
source autant qu'elle peut. Tout ce qu'elle se per-
met de dire, c'est que Saint- Val est infidéle. Cler-
vilse veut combattre cette idéo: il conncît trop
bien son ami pour le croire parjure. Enfin il la
presse de lui apprendre pour qui elle imagine que
Saint- Val a pu la trahir. Elle lui répond:
AVRIL. 1752.
177
Ab! Monsieus saus former d'inutiles soupçom
Aux soins de son amant eli ! qui peut se mépren-
dre?
Qn ne sçaurois long.dems tromper une ame ten-
dre
Jamais le sentiment ne peut être imité,
Il est sans botne, & l'ort de foindre est limité.
Clerville lui propose de se confier à sa semme
Il lui parle de l'empire de la Marquisel sur Saina
Val. Autre sit uation par laquelle finit le quatriemo
acto.
ACTE. V.
Saint-Val triomphant ensin de sa foiblesse, &
ramené pat ses propres remords àtoua. ses doroiis
vient en faire l'aveu à la Marquise même, qui lui
dit en riant qu'elle ne l'a point aimé. Madame,
répond Saint- Val,
Mon malheur ne setoit pas extrême,
Si vous m'aviez toujours apprécié de même.
Elle s'offense de certe réponso, & lui demande ee
qui peut le rendre aussi hardi pour se présenter en-
eore devant elle? Saint-Val lui dit qu'il a cru de-
voir l'instruire des risques qu'elle court en laissant
à son mari tous les soupçons dont il est rempli;
elle lui répond qu'elle en est instruite. Je crois me,
me connoître, dit-elle,
Celai qui dans son ame a sçu les faise nastre.
Je ne suis point ingrato, & dans l'occasiou
J'acquieterai, Monsieur, cette obligation.
Hy
178 MERCUREDE FRANCE.
Saint-Val accablé de certe imputation injurieuse,
dont il sent que sa conduite n'a pas du le faire pa-
roître indigne, se livre tout entier à ses remords.
Il parle de la Comtesse, & se trouve si coupable
envers elle, qu'il n'ose espérer d'en obtenir sa
grace.
Clerville paroît tenant une lettre à la maini
Saint Val aussi- tôt prend la résoluion d'aller dé-
couvrir toute sa honte à cet ami même. Mais il
est prévenu par Clerville qui lui présente la letire
anonyme qu'il vient de recevoir, & qu'a du'écrire
Perdrignant par les ordres de d'Orbeson. Tenez,
Ini dit ili, lisez, êtes-vous encore digne de mon
amitié? non je ne le suis plus, répond Saint-Val
Clerville.
Je ne m'atiendois pas à cet aveu sincere.
.
.
Saint-Val.
..
Il est affreux pour moi, mais j'ai du vous le faire?
Clerville.
Ah! je vous en aurois volontiers dispense.
.Y,
Saint-Val.
Par un perside ami vous êtes offensé.
Clerville,
1.
De grace finissez, Monsieur, c'est un suplice:
Il lui fait des reproches sensibles d'avoir pu tra-
hir leur ancienne union. Ah ! Saint- Val, lui dit-il
AVRIL. 1752.
179
Vous voilà donc rangé parmi ces gens sans
mœurs,
Qui sous le nom d'amis se font mille noirceurs,
Qui suivant leurs penchans, sans honte sans scru-
pule
Jadis par vos vertus vous trouvoient ridicule.
Ces gens reçus par tout, mais par tout détestés.
Objet de vos mépris, quoi! vous les imitez?
Le désespoir où paroît Saint-Val, attendrit eci
pehdant son ami qui lui fait grace.
Saint-Val.
Quoi ! vous me pardonnez?
Clerville
En serois-tu surpris?
Les fautes d'un ami légérement tracées
Du cour de son ami sont bientôt effacées.
Clerville ne met de condition à la grace qu'il aca
corde que le retour sincére de Saint- Val auprès de
la Comtesse. Elle paroît, Saint-Val se jette à ses
pieds, & cette amante lui pardonne.
Tous les Acteurs entrent. La marquise qui voit
Saint-Val aux pieds de la Comtesse en présence de
son mari, découvre par-là l'inutilité de toutes sen
manœeuvres. Elle ne doute point que Saint-Val ne
se soit justifié à ses dépens auprès de son mari, elle
preud le parti de l'accuser hautement d'avoir vou
lu lui plaire. en ajoutant que l'avis qu'a du en rece-
Hvj
OO
180 MERCUREDEFRANCE.
voir son mari vient d'elle; mais qu'apparemmen
les fausses vertus de Saint Val l'avoient encore sé-
duit. Quoi! dit Clerville vous seriez l'Auteur de
la lettre anonyme ? Sans doute, reprend la Mar-
quise: sçachez, Monsieur, tout ce que j'ai fais
pour vous.
Jalouse de vos soins rendus à la Comresse,
J'ai sçu de son amant m'acquérir la tendresse.
de ma haine pour elle écoutant la fureur
Par un trompeur aveu j'ai déchiré son cœur,
Sur vos soupçons jaloux fondant mon espérance,
Du Marquis offensé de mon indifférence,
Connoissant l'amour propre & la fatuité,
J'ai ranimé l'espoir & l'assiduité.
*. * *
. .
Mais vous ne valez pas tous les soins que j'ai pris.
Quelle femme! (s'écrie Clerville, que ce tableau
effraye aussi-bien que tous les spectateurs.) Le
Marquis d'Orbeson & Perdrignant se retirent en
marquant tout le mépris qu'ils lont de la Marqui-
se, à qui le malheureux Clerville adresse encore
ainsi la parole.
Vous me faites horreur, je pourois pardonner.
Un tendre égarement, où se laisse entraîner
Souvent sans réfléchir la fragile jeunesse
Et d'un cœeur né sensible excuser la foiblesse.
Mais vorre caractere est par trop odieux:
Une semme méchante est un monstre à mes yeux.
AVRIL. 1752.
181
Sussit- il d'être sage ? Il faut être estimablo
Et le premier devoir c'est d'êtte sociable,
Si vous m'aimez, Madame, allez le devenix,
Vers vous à ce seul. prix je pourrai revenir,
On n'aura point mon cœur qu'en ayant mon es-
time.
La Marquise.
L'estime d'un maty ! ... C'est un honneur su-
blime
Que je ne puis jamais esperer avec vous.
Car peut- on aequerir Pestime d'un jaloux?
Quoiqu'à la mériter je fusse très-sensible
Je ne tenterai point une chose impossible.
La Marquise sort, & Clerville dans son ab-
battement, ne trouve de consolation que dans le
bonheur de son ami, qui va s'unir pour jamais
à la vertueuse Comtesse.
Je crois devoir vous dire, Monsieur, pour
l'honueur de no. re Théâtre François, que cette
Piéce a été parfaitement bien jouée, sur tout le
Personnage de la Marquise a été rendu pas l'ini-
mitable Mlle. Grandval, avec une perfection dont
elle seule est capable dans les rôles de ee genre.
Vous connoissez assez, Monsicur, tous les
caracteres de la Piéce, pat l'extrait que je viens
de vous en faire. Il n'y a qu'un Personnage trop
hardy, trop étranger à l'intrigne, & qui peut-
etre en a fait le malheur, dont je crois devoir
vous parler encore. Je ne doute point que quel-
ques letires de ce Pays-ci ne vous ayent piére-
ed by Goo
182 MERCURE DE FRANCE.
nu qu'on avoit voulu ridiculiser un état aussi
respectable que le vôtre. C'est le bruit qu'ont
fait courir ici les ennemis de l'Auteur. Je ne
puis m'empêcher de l'en justifier, & de me li-
vrer à cet égard à la haine que vous me con-
noissez pour toutes les injustices.
Il me paroît démontré que l'Auteur n'a en
dessein de mettre sur le Théatre qu'un de ces
gens sans état & sans aveu, qui s'introduisent
dans le monde à la faveur d'un extérieur équi-
voque; & qui pourroient contribuer par: leurs
vices & leur ridicule à diminuer la considération
qui est duc aux véritables dépositaires des Loix
si les vices mêmes de ces gens méprisables ne les
démasquoient bientôt.
Voici ce que dit Marton de ce Personnage,
à la premiere Scene du premier Acte, dans l'é-
numération qu'elle fait des Amans de la Mar-
quise.
Un Marquis d'Orbeson avec son Perdrignant,
Un homme sans aven, sans état, sans talent,
Qui sous un habit noir s'est glissé dans le monde;
Et sur qui le mépris à juste titre abonde;
Au deuxiéme Acte, d'Orbeson dit à ce Perdri-
gnant lui-même:
Prends y garde, souffert quand tu m'es néces-
saire
Dans un monde brillant au-dessus de ta sphére,
Ne vas pas t'éblouir de l'acceuil qu'on t'y fait,
Les égards qu'on me doit produisent cet effet.
Malgré le grave habit qui cache ta bassesse,
jitzed by Goo
AVRIL.
1752. 18.
On penêtre aisement que tu n'es qu'une espéce,
Un faquin déguisé, qui se dit Magistrat
Quand il est sans aveu, saus titre, sans état
Clerville au troisiême Acte le peint ainsi à la
Marquise.
Un hommie sans aveu prétendu Magistrat,
Qui tieut de d'Orbeson son équivoque état,
Aux yeux des gens sensés d'autant plus mépri-
fable,
Qu'il pourroit avilir un titre respectable.
Vous m'avouerez, Monsieur, qu'il est, on ne
peut pas plus étonnant, qu'on veuille faire d'un
Personnage Dramatique, autre chose que ce que
l'Auteur en a fait, & en a voulu faire. Les trois
morceaux que je viens de vous copier vous con-
vaincront suffisamment que, loin de s'écarter du
respect que chacun doit avoir à votre état, il
semble qu'il ait voulu par une attention sage,
le garantir même des atteintes que peuvent lui
porter le déguisement & la fausseté. Il seroit à
souhaiter qu'on n'eût pas cherché dans ce Per-
sonnage à étendre les libertés du Théâtre, que
la prudence du Gouvernement s'occupe sans cesse
à retenir dans de justes bornes. Le rôle de Per-
drignant étoit absolument contre les moeurs de
la Scene, & voilà tout ce qu'on peut dire.
Les murmures que ce Personnage a excité
avec justice au deuxième Acte, n'ont que trop
éloigné l'indulgence que pouvoit mériter le reste
de la Piéce. Je n'ai garde de vouloir combattre
ici le jugement toujours respectable du Public.
Un Ouvrage qui lui deplaît manque sans doule
194 MERCUREDEFRANCE.
de quelques qualités essentielles qu'il falloit pour
lui plaire. Les effets du caractere, par exemple,
indépendemment de co premior défaut que jo
viens de remarquer, n'avoient pas assez de fond
pour cinq Actes. La Fable avoit trop peu d'ac-
rion, de mouvement, & de véritable comique.
Le contraste de la vertueuse Comtesse avec la
Marquise, n'étoit pas dessiné assez fortement.
On avoit un peu trop sacrifié à cette Marquise
à ce Personnage vicieux de la Pièce. Les tableaux
du vice décidé n'amusent point; l'indignatios
prend la place du plaisit. L'Ingrat. & la Flattear
deux Piéces bien faites, n'ont eu qu'un leger
succès sur notre Théâtre par cette raison: & le
Tartuffe (me dira-t on) qu'on y prenne garde;
combien d'excelllent comique repandu dans l'ac-
tion! Combien de ridicule dans la bonne Dame
Barnelle, & dans la sotise de son fils Orgon. Et
d'ailleurs cet art avec lequel Tartusfe cherche
sans cesse à en imposer devient presque, dans les
mains de l'Immortel Moliere, un ridicule théa-
tral qui suspend au moins les effets de l'indi-
gnation.
Voilà, je cro is ce qu'on auroit du dire à l'Au-
teur des effets du caractere, & voilà sans doute es
qu'on ne lui a point dit.
Peut on cependant refuser son estime à des
caracteres bien pris, & toujours soutenus, à des
situations ingénieuses & fines, à des détails amu-
sans, & à une façon d'écrire noble, naturelle &
forte ? Tout cela se trouve, Monsicur, dans l'ou-
vrage dont je viens de vous entretenir. Il n'y a
que l'envie, la haine, & la critique amere qui puis-
sent voir autrement a cet égard.
Je n'ai poini choisi les vers que je vous ai
Bauscrits, ceux que vous trouverez dans mon
AVRIL.
1752. 185
Extrait, y sont entrés naturellement, & ils y
étoient nécessaires pour que je ne parusse pas
en imposer sur une Piéce que nous ne verrons
peut être pas imprimée. Ma Lettre auroit fait
un volume trop considérable, si j'avois voulu
rendre à l'Auteur le service de vous faire con-
noître tous les détails agréables de sou Ou-
vrage.
Je finis, Monsieur, par deux observations. L'u-
ne sur le dénouement de la Pièce que quelques
gens ont critiqué fortement; & l'autre sur le rô-
le de la Marquisc, que bien des femmes sur-
tout n'ont pas trouvé dans la nature.
Le vice n'est point puni dans cet Ouvrage,
a ton dit: cependant la Marquise ne l'est-elle
point par le desespoit où elle est de voir toutes
ses manoeuvres sans effet ? Ne l'est- elle point par
le mépris marqué que lui témoignent en sortant
d'Orbeson & Perdrignant : Ne l'est-elle point
encore par ce que lui ditson mari, qu'elle doit
renoncer a son cour si elle ne se rend pas digna de son
estime (Quelle autre sorte de punition pouvoit-on
infliger à cette femme : Une séparation (qui
d'ailleurs n'eût été pratiquable qu'avec le Code
Prussien (étoit-elle théâtrale? Et puis une sépa-
tion, est- elle une peine aujourd'hui? Vouloit-on
que cette semme fut frappée subitement de re-
mords? Des conversions aussi promptes sont elles
dans la nature? Le caractete flechit- il avec tant
de docilité ? Qu'arriveroit- il de plus enfin dans la
Société à une femme qui se trouveroit dans les
circonstances où l'on a placé la Marquise ? Le
mari de cette semme auroit-il, en pareil cas,
d'autre secours que sa raison & sa patience? Le
dénouement étoit donc nécessaire.
L'excès de coquetterie & de méchanceté de la
gines vdO.
186 MERCURE DEFRANCE.
Marquise a fait dire que l'Auteur s'etoit fait des
monstres pour les combattre. Assurement la So-
ciété gagneroit beaucoup à la vérité de cette Cri-
tique : cependant, pourquoi nos Romans Mo-
dernes sont ils pleins de portraits de femmes, plus
dangereuses que la Marquise ? Pourquoi les Au-
teurs de ces Romans passent-ils pour les vrais
Peintres de nos mœeurs ? Pourquoi ne s'attirent-
ils pas la haine du Public par ces mêmes portraits?
Les raisons de tout cela ne sont pas, je crois, fort
aisées à trouver. Ce qu'il y a de vrai, c'est que
la galanterie est une de nos qualités naturelles.
Cela devroit être dit, une fois pour toutes, à nos
Auteurs Dramatiques. Je me rapelle une ancien-
ne Loi de Thebes, qui ordonnoit aux Poëtes de
faire toujours les hommes meilleurs qu'ils n'é-
toient à leurs yeux. N'étois-ce pas faire comme
Alexandre, qui fit laisser dans la partie des Indes
qu'il avoit conquise, des armes d'une grandeur &
d'une force supérieures à celles dont ses Troupes
pouvoient faire usage, afin que la postérité In-
dienne crut. un jour que les anciens Vainqueurs
de leurs Pays étoient des hommes extraordinai-
res: quoiqu'il en soit, les François me parois-
sent avoir secretement adopté pour leurs Specta-
cles, la Loi de Thébes en faveur d'un Sexe qu'ils
idolâtrent
J'ai l'honneur d'être, &c.
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3
p. 187-189
« Les Comédiens François donnerent le 24 Février la premiere représentation [...] »
Début :
Les Comédiens François donnerent le 24 Février la premiere représentation [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François donnerent le 24 Février la premiere représentation [...] »
Les Comédiens François donnerent le
24 Février la premiere représentation
de Rome sauvée. Ce bel Ouvrage n'a pas
eu & ne pouvoit pas avoir le succès de
Zaire & de Mérope; mais il a réussi com-
me des Conspirations & des Tragedies
pleines de, politique réussissent. On y a
admiré une élévation de style , de pen-
sées, de sentimens dignes de Rome & de
M. dę Voltaire, & les caracteres de Cice-
ron & de Cesar, dont l'un est un des plus
forts, & l'autre des plus brillans qu'il y
ait au Théatre. En attendant que la repri-
se ou l'impression nous mettent en état de
faire un extrait exact & détaillé, nous
nous bornerons à transcrire quelques vers
que tout le monde a retenus.
Ciceron dit à Catilina qui lui reprochoit
d'ètre un homme nouveau.
Dans ces tems malheureux, dans nos jours cor-
rompus
Faut-il des noms à Rome ? il lui faut des vertus,
40 .
*
*
Mon nom commence en moi; de votre honneun
jaloux,
Tremblez que votre nom ne finisse dans vous.
Ciceron dit à Caton qui l'exhorte à servir
* * .
la patrie.
Digisteres vOO
188 MERCUREDEFRANCE.
Les regards da Caton seront ma récompense
Au torrent de mon siécle, à son iniquité
J'oppose ton suffrage & la postétité.
Catilina peint d'un trait Crassus en disant
qu'il
Asserviroit l'Etat s'il daignoit l'acheter.
Cesar dit
Les crédits, les honneurs, l'éclat de Ciceron
Ne m'ont déterminé qu'à surpasset son nom
Cesar dit à Catilina,
Tu m'as vu ton ami, je le suis, je veux l'être;
Mais jamais mon ami ne deviendra mon maître.
Cesar dit encore à Catilina.
Pour oser dompter Rome, il faut l'avoir servio.
Sur ce que Cesar reproche à Ciceron
qu'il s'est écarté des usages reçus, celui-ci
lui dit,
Le devoir le plus saint, la loi la plus chérie,
C'est d'oublien la loi pour sauver la patrie.
Ciceron peignant au Senat la maniere
dont Cesat parloit aux Soldats & aux Cou-
jurés dit,
Sa voia d'un peuple entien sollicitant l'amous,
Sembloit inviter Rome à le servir un jour.
Ciceron répond à Caton qui lui repro-
AVRIL.
1752.
189
choit de se trop confier à Cesar,
Va c'est ainsi qu'on traite avec les grandes ame-
Ciceron dit à Carilina,
Les Tyrans ont toujours quelque ombre de vertu-
Ciceron dit à Cesar
Méritez que Caton vous aime & vous admire.
24 Février la premiere représentation
de Rome sauvée. Ce bel Ouvrage n'a pas
eu & ne pouvoit pas avoir le succès de
Zaire & de Mérope; mais il a réussi com-
me des Conspirations & des Tragedies
pleines de, politique réussissent. On y a
admiré une élévation de style , de pen-
sées, de sentimens dignes de Rome & de
M. dę Voltaire, & les caracteres de Cice-
ron & de Cesar, dont l'un est un des plus
forts, & l'autre des plus brillans qu'il y
ait au Théatre. En attendant que la repri-
se ou l'impression nous mettent en état de
faire un extrait exact & détaillé, nous
nous bornerons à transcrire quelques vers
que tout le monde a retenus.
Ciceron dit à Catilina qui lui reprochoit
d'ètre un homme nouveau.
Dans ces tems malheureux, dans nos jours cor-
rompus
Faut-il des noms à Rome ? il lui faut des vertus,
40 .
*
*
Mon nom commence en moi; de votre honneun
jaloux,
Tremblez que votre nom ne finisse dans vous.
Ciceron dit à Caton qui l'exhorte à servir
* * .
la patrie.
Digisteres vOO
188 MERCUREDEFRANCE.
Les regards da Caton seront ma récompense
Au torrent de mon siécle, à son iniquité
J'oppose ton suffrage & la postétité.
Catilina peint d'un trait Crassus en disant
qu'il
Asserviroit l'Etat s'il daignoit l'acheter.
Cesar dit
Les crédits, les honneurs, l'éclat de Ciceron
Ne m'ont déterminé qu'à surpasset son nom
Cesar dit à Catilina,
Tu m'as vu ton ami, je le suis, je veux l'être;
Mais jamais mon ami ne deviendra mon maître.
Cesar dit encore à Catilina.
Pour oser dompter Rome, il faut l'avoir servio.
Sur ce que Cesar reproche à Ciceron
qu'il s'est écarté des usages reçus, celui-ci
lui dit,
Le devoir le plus saint, la loi la plus chérie,
C'est d'oublien la loi pour sauver la patrie.
Ciceron peignant au Senat la maniere
dont Cesat parloit aux Soldats & aux Cou-
jurés dit,
Sa voia d'un peuple entien sollicitant l'amous,
Sembloit inviter Rome à le servir un jour.
Ciceron répond à Caton qui lui repro-
AVRIL.
1752.
189
choit de se trop confier à Cesar,
Va c'est ainsi qu'on traite avec les grandes ame-
Ciceron dit à Carilina,
Les Tyrans ont toujours quelque ombre de vertu-
Ciceron dit à Cesar
Méritez que Caton vous aime & vous admire.
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4
p. 189
« Les Comédiens Italiens ont donné Mercredi 8 Mars Fanfale, Parodie d'Omphale, [...] »
Début :
Les Comédiens Italiens ont donné Mercredi 8 Mars Fanfale, Parodie d'Omphale, [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens Italiens ont donné Mercredi 8 Mars Fanfale, Parodie d'Omphale, [...] »
Les Comédiens Italiens ont donné Mercredi
8 Mars Fanfale, Parodie d'Omphale,
qui a réussi. L'Opera Comique a don-
né le même jour une Parodie du même
Opera, dont le sort n'a pas été si heureux.
Ce dernier théatre a du être dédommagé
de ce petit malheur par le prodigieux suc-
cès de la Chercheuse d'esprit. La naiveté
de cet agréable Ouvrage n avoit jamais été
aussi-bien rendue, qu'elle l'a été par Mlle.
Rosalie.
8 Mars Fanfale, Parodie d'Omphale,
qui a réussi. L'Opera Comique a don-
né le même jour une Parodie du même
Opera, dont le sort n'a pas été si heureux.
Ce dernier théatre a du être dédommagé
de ce petit malheur par le prodigieux suc-
cès de la Chercheuse d'esprit. La naiveté
de cet agréable Ouvrage n avoit jamais été
aussi-bien rendue, qu'elle l'a été par Mlle.
Rosalie.
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