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1
p. 896-902
EXPLICATION d'un terme singulier d'anciens Statuts Synodaux du treizième siecle.
Début :
Vous me demandés, Monsieur, si j'aprouve la conjecture des Auteurs [...]
Mots clefs :
Pâques, Nevers, Vignes, Auteurs, Statuts, Saints, Ecclésiastiques
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texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION d'un terme singulier d'anciens Statuts Synodaux du treizième siecle.
EXPLICATION d'un termesingu
lierd'anciensStatuts Synodaux du treizié
me siecle.
Ous me demandés , Monsieur , si
Vaprouvela conjecture des Auteurs
de la nouvelle Edition du Glossaire à
la Lettre P. au mot Prisio, touchant le
sens d'un article des Statuts de l'Eglise
deNevers,imprimez au quatriéme To
me des Anecdotes du P. Martene , Col.
1070. Inhibemus , dit ce Statut Synodal ,
etiam sub eadempœna (il s'agit d'excom
munication , ) ne prisiones Canonicorum ,
Clericorum , seu servientium ipsorum , quas
inter Pascha et Pentecosten aliqui vestrum
usu detestabili quandoque faciunt , de ca
tero
MAY. 1735. 897
F
tero faciatis. Les Auteurs de l'Edition du
Glossaire croyent qu'il s'agit là d'une
capture que l'on faisoit des Ecclesiasti
ques qui paroissoient en public , et que
ceux qui arrêtoient ainsi les Chanoines
ou Clercs essayoient en cela d'imiter les
Juifs qui couroient sur les Apôtres après
la Passion deNotre-Seigneur,s'ils les ren
controient , mais comme les Apôtres évi
toientparlafuite le malheur d'être pris,les
Ecclesiastiques de Nevers rachetoient par
le moyen d'une certaine somme , la ve
xation injuste.Hac diviñando, disent ces
Auteurs avec leur modestie ordinaire.
Cee Statuts Synodaux de Nevers sont
de l'an 1246. Il est donc question d'un
mauvais usage du treiziéme siécle. Je
croi en pouvoir donner l'explication par
un Canon d'un Concile de Nantes , pos
terieur de près de deux cent ans ; car
ce qui cessoit dans un lieu continuoit
souvent dans un autre : Les abus n'é
toient réprimez que selon l'étendûë du
zele de ceux qui s'y oposoient. Voici ce
que dit ce Canon , ainsi que je le trou
ve dans les Conciles de la Province de
Tours: In crastino Pascha Clerici Eccle
siarum et alii ad domos adjacentes et alias
accedunt , cameras intrant ,jacentes in Lec
tis capiunt et nudos ducunt per vicos etpla
teas
898 MERCURE DEFRANCE
teas , et ad ipsas Ecclesias non sine ma
gno clamore, et super altare et alibi aquam
superipsos projiciunt, ex quibus sequitur di
vini Officii turbatio , corporum lasio , et
membrorum quandoque mutilatio. Insuper
quidam alii tamClerici quam Laici primâ
die Maii demane ad domos aliorum acce
dunt etcapiunt, et cogunt percaptionem ves
trum seu aliorum bonorum, et se redimere
oportet. Ce Concile de Nantes est de
Fan 1431. Un autre tenu à Angers l'an.
1448 raporte les mêmes folies , et mê
meenparlant de ceux qu'on prenoit dans
leur lit les Fêtes de Pâques , il dit qu'on
les menoit à l'Eglise tout à-fait nuds
nudos penitus.
Vous voyés , Monsieur , que les pri
ses que l'on faisoit à Nevers du temps de
S. Louis , devoient être des prises de
mêmenature: On entroit de grand matin
chez lesEcclesiastiques qui restoient dans
le lit , et on leur faisoit faire apparem
ment quelqu'une des cérémonies ci-des
sus marquées ; il falloit au moins que ce
fussent des grossieretez insignes , puis
que le Statut Sinodal les traite d'usage dé
testable. Ainsi ces prises ne se faisoient
point dans les rues comme on l'a pensé
mais dans les maisons même , et dans les
lits.
Je
8.99
MAY. 1735.
Je ne sçai si je pourrois à présent de
vinerpourquelle raisonon en usoit ainsi,
et cela entre Pâques et la Pentecote. La
mysticité me paroîtroit fort mal placée
pour expliquer l'origine de cet usage. Je
crois qu'il pouvoit venir de la frayeur
continuelle où étoientles Seculiers queles
vignes et les arbres ne fussent endomma
gez par les gelées qui peuvent arriver les
matinées d'après Pâques. Les laiques obli
geoient les Prêtresde se lever , et de faire
des prieres ou des processions matutina
les. Les Paroisses où la dévotion est plus
grande en ces pays-ci , ne les ont pas en
core discontinuées , et elles les fontregu
lierement depuis Pâques jusqu'aux Roga
tions. Dans les Villages on fait lever les
Curez encorebien plus matin.
Les payens Romains avoient la Proces
sion des Robigailles vers le 25. d'Avril.
C'étoit pour la préservation de leurs heri
tages: mais elle ne duroit qu'un jour, etil
semble qu'il n'étoit question chez eux ,
que des terres à bled et non des vignes.
Dans les pays de vignobles on est bien
plus souvent dans la crainte. Vous sça
vés combien il y a de jours dans le mois
d'Avril et de May quisont marquezcom
me critiques dans le Calendrier popu
laire. Nos ancêtres les nommoient parces
diminutifs
900 MERCURE DEFRANCE
diminutifs , Georget , Marquet , Jacquet ,
Croiset , Colinet , Peregrinet , Urbinet
et Rabelais a bien osé dire que François
de Dinteville , l'un de nos Evêques sous
François I. avoit eu la pensée detransfe--rer tous ces saints Gelifs dans le tems de
Ja Canicule , et demettre en place lamy
Aoûtau mois d'Avril , &c.
,
Il étoit permis à unhomme tel queRa
belais de plaisanter ainsismais ce que l'on
a souvent pratiqué en certains lieux dela
France , passe la raillerie. Vous aviez
peut-être cru qu'il n'y avoit eu que les
gens de Villeneuve S. George proche Pa
ris , qui auroient eu la hardiesse de jetter
le 23. Avrit l'Image de leur saint Patron
dans la Seine ou dans l'autre petite ri
viere voisine , parce que ce jour là leurs
vignes avoientgelé. On débite lamême
chose touchant quelques endroits ou
AVerriere Paroisse du Diocèse de Chalons près
sainte Menehoud, onfit autrefois la même chose et
pourlamême raisonde l'image de S.Didier Patron
du Lieu , célebré le 23. May , et la Tradition est
que ceux de la Roche- Guyon sur-Seine , Diocèse
deRouen, jetterent dans l'eau laRelique de saint
Samson,leur Patron, à cause que la pluye ne ces
soit point , quoiqu'ils l'eussent portée en procession
pour ce sujet. Ce S. Samson étoit Evêque de Dol
en Bretagne, selon le PereLobineau, dans ses Saints
de Bretagne au 28 deJuïlles.
S.
MAY. 17358
901
S. Sérénic ( dit Selerin ) est celebré le 7.
du mois de May, etcequi vous surpren
dra , est qu'on faisoit encore bien pis
dans certaines Provinces méridionales du
Royaume. Consultés le volume du Pere
Martene queje vous ai cité au commen
cement de ma Lettre , et vous y verrés à
la page 733. parmi les Additions aux Sta
tuts Sinodaux des Eglises de Cahors et de
Rodez du XII siécle , qu'on y menace
des Sentences de l'Officialité , ceux qui
profanoient pour les raisons queje vous
ai dites , les Images des Saints. Je n'ose
exprimer en François les impietez qu'ils
commettoient, j'ai mis au bas de maLet
tre la teneur * du Statut.
Tout cela prouve que la crainte des
malheurs temporels portoit à commettre
bien des extravagances assez semblables à
celles qu'on pratiquoit lorsque ces mal
heurs étoient arrivez. On étoit ennemi
des Ecclesiastiques dormeurs, par raison
d'interêt; on leur déclaroit la guerre ,
*Abusum detestabilem horrenda devotionis illo
rum qui Cruces, B. Maria aliorumque Sanctorum
imagines seu statuas irreverenti aušu tractantes ,
equis , cum cessent a divinis in aliqua Ecclesia,
velcum est intemperies äeris vel tempestatis velful
gura cadunt , in terraprotrahunt , in urticis et spi
nis supponunt , verberant , dilaniant , percutiunt et
submergunt , penitus reprobantes ,
co
8
quel
90 MERCURE DE FRANCE
quelquesbonnes raisons qu'ils pussent al
leguer touchant les fatigues du Carême ,
on s'en prenoit à eux, lorsque ne conti
nuant pas après Pâques de venir à Mati
nes , les vignes geloient ; et afin que pas
un n'y manquât , on prenoit ceux qu'on
trouvoit dans leurs lits , et on s'en saisis-
soit. Tellesétoient selon moi les prises de
ceux de Nevers,que les Statuts réprou
vent, peut êtreseulement comme atten
tatoires à la Jurisdiction Ecclesiastique.
Je suis, &c,
D'Auxerre ce 19. Novembre 173
lierd'anciensStatuts Synodaux du treizié
me siecle.
Ous me demandés , Monsieur , si
Vaprouvela conjecture des Auteurs
de la nouvelle Edition du Glossaire à
la Lettre P. au mot Prisio, touchant le
sens d'un article des Statuts de l'Eglise
deNevers,imprimez au quatriéme To
me des Anecdotes du P. Martene , Col.
1070. Inhibemus , dit ce Statut Synodal ,
etiam sub eadempœna (il s'agit d'excom
munication , ) ne prisiones Canonicorum ,
Clericorum , seu servientium ipsorum , quas
inter Pascha et Pentecosten aliqui vestrum
usu detestabili quandoque faciunt , de ca
tero
MAY. 1735. 897
F
tero faciatis. Les Auteurs de l'Edition du
Glossaire croyent qu'il s'agit là d'une
capture que l'on faisoit des Ecclesiasti
ques qui paroissoient en public , et que
ceux qui arrêtoient ainsi les Chanoines
ou Clercs essayoient en cela d'imiter les
Juifs qui couroient sur les Apôtres après
la Passion deNotre-Seigneur,s'ils les ren
controient , mais comme les Apôtres évi
toientparlafuite le malheur d'être pris,les
Ecclesiastiques de Nevers rachetoient par
le moyen d'une certaine somme , la ve
xation injuste.Hac diviñando, disent ces
Auteurs avec leur modestie ordinaire.
Cee Statuts Synodaux de Nevers sont
de l'an 1246. Il est donc question d'un
mauvais usage du treiziéme siécle. Je
croi en pouvoir donner l'explication par
un Canon d'un Concile de Nantes , pos
terieur de près de deux cent ans ; car
ce qui cessoit dans un lieu continuoit
souvent dans un autre : Les abus n'é
toient réprimez que selon l'étendûë du
zele de ceux qui s'y oposoient. Voici ce
que dit ce Canon , ainsi que je le trou
ve dans les Conciles de la Province de
Tours: In crastino Pascha Clerici Eccle
siarum et alii ad domos adjacentes et alias
accedunt , cameras intrant ,jacentes in Lec
tis capiunt et nudos ducunt per vicos etpla
teas
898 MERCURE DEFRANCE
teas , et ad ipsas Ecclesias non sine ma
gno clamore, et super altare et alibi aquam
superipsos projiciunt, ex quibus sequitur di
vini Officii turbatio , corporum lasio , et
membrorum quandoque mutilatio. Insuper
quidam alii tamClerici quam Laici primâ
die Maii demane ad domos aliorum acce
dunt etcapiunt, et cogunt percaptionem ves
trum seu aliorum bonorum, et se redimere
oportet. Ce Concile de Nantes est de
Fan 1431. Un autre tenu à Angers l'an.
1448 raporte les mêmes folies , et mê
meenparlant de ceux qu'on prenoit dans
leur lit les Fêtes de Pâques , il dit qu'on
les menoit à l'Eglise tout à-fait nuds
nudos penitus.
Vous voyés , Monsieur , que les pri
ses que l'on faisoit à Nevers du temps de
S. Louis , devoient être des prises de
mêmenature: On entroit de grand matin
chez lesEcclesiastiques qui restoient dans
le lit , et on leur faisoit faire apparem
ment quelqu'une des cérémonies ci-des
sus marquées ; il falloit au moins que ce
fussent des grossieretez insignes , puis
que le Statut Sinodal les traite d'usage dé
testable. Ainsi ces prises ne se faisoient
point dans les rues comme on l'a pensé
mais dans les maisons même , et dans les
lits.
Je
8.99
MAY. 1735.
Je ne sçai si je pourrois à présent de
vinerpourquelle raisonon en usoit ainsi,
et cela entre Pâques et la Pentecote. La
mysticité me paroîtroit fort mal placée
pour expliquer l'origine de cet usage. Je
crois qu'il pouvoit venir de la frayeur
continuelle où étoientles Seculiers queles
vignes et les arbres ne fussent endomma
gez par les gelées qui peuvent arriver les
matinées d'après Pâques. Les laiques obli
geoient les Prêtresde se lever , et de faire
des prieres ou des processions matutina
les. Les Paroisses où la dévotion est plus
grande en ces pays-ci , ne les ont pas en
core discontinuées , et elles les fontregu
lierement depuis Pâques jusqu'aux Roga
tions. Dans les Villages on fait lever les
Curez encorebien plus matin.
Les payens Romains avoient la Proces
sion des Robigailles vers le 25. d'Avril.
C'étoit pour la préservation de leurs heri
tages: mais elle ne duroit qu'un jour, etil
semble qu'il n'étoit question chez eux ,
que des terres à bled et non des vignes.
Dans les pays de vignobles on est bien
plus souvent dans la crainte. Vous sça
vés combien il y a de jours dans le mois
d'Avril et de May quisont marquezcom
me critiques dans le Calendrier popu
laire. Nos ancêtres les nommoient parces
diminutifs
900 MERCURE DEFRANCE
diminutifs , Georget , Marquet , Jacquet ,
Croiset , Colinet , Peregrinet , Urbinet
et Rabelais a bien osé dire que François
de Dinteville , l'un de nos Evêques sous
François I. avoit eu la pensée detransfe--rer tous ces saints Gelifs dans le tems de
Ja Canicule , et demettre en place lamy
Aoûtau mois d'Avril , &c.
,
Il étoit permis à unhomme tel queRa
belais de plaisanter ainsismais ce que l'on
a souvent pratiqué en certains lieux dela
France , passe la raillerie. Vous aviez
peut-être cru qu'il n'y avoit eu que les
gens de Villeneuve S. George proche Pa
ris , qui auroient eu la hardiesse de jetter
le 23. Avrit l'Image de leur saint Patron
dans la Seine ou dans l'autre petite ri
viere voisine , parce que ce jour là leurs
vignes avoientgelé. On débite lamême
chose touchant quelques endroits ou
AVerriere Paroisse du Diocèse de Chalons près
sainte Menehoud, onfit autrefois la même chose et
pourlamême raisonde l'image de S.Didier Patron
du Lieu , célebré le 23. May , et la Tradition est
que ceux de la Roche- Guyon sur-Seine , Diocèse
deRouen, jetterent dans l'eau laRelique de saint
Samson,leur Patron, à cause que la pluye ne ces
soit point , quoiqu'ils l'eussent portée en procession
pour ce sujet. Ce S. Samson étoit Evêque de Dol
en Bretagne, selon le PereLobineau, dans ses Saints
de Bretagne au 28 deJuïlles.
S.
MAY. 17358
901
S. Sérénic ( dit Selerin ) est celebré le 7.
du mois de May, etcequi vous surpren
dra , est qu'on faisoit encore bien pis
dans certaines Provinces méridionales du
Royaume. Consultés le volume du Pere
Martene queje vous ai cité au commen
cement de ma Lettre , et vous y verrés à
la page 733. parmi les Additions aux Sta
tuts Sinodaux des Eglises de Cahors et de
Rodez du XII siécle , qu'on y menace
des Sentences de l'Officialité , ceux qui
profanoient pour les raisons queje vous
ai dites , les Images des Saints. Je n'ose
exprimer en François les impietez qu'ils
commettoient, j'ai mis au bas de maLet
tre la teneur * du Statut.
Tout cela prouve que la crainte des
malheurs temporels portoit à commettre
bien des extravagances assez semblables à
celles qu'on pratiquoit lorsque ces mal
heurs étoient arrivez. On étoit ennemi
des Ecclesiastiques dormeurs, par raison
d'interêt; on leur déclaroit la guerre ,
*Abusum detestabilem horrenda devotionis illo
rum qui Cruces, B. Maria aliorumque Sanctorum
imagines seu statuas irreverenti aušu tractantes ,
equis , cum cessent a divinis in aliqua Ecclesia,
velcum est intemperies äeris vel tempestatis velful
gura cadunt , in terraprotrahunt , in urticis et spi
nis supponunt , verberant , dilaniant , percutiunt et
submergunt , penitus reprobantes ,
co
8
quel
90 MERCURE DE FRANCE
quelquesbonnes raisons qu'ils pussent al
leguer touchant les fatigues du Carême ,
on s'en prenoit à eux, lorsque ne conti
nuant pas après Pâques de venir à Mati
nes , les vignes geloient ; et afin que pas
un n'y manquât , on prenoit ceux qu'on
trouvoit dans leurs lits , et on s'en saisis-
soit. Tellesétoient selon moi les prises de
ceux de Nevers,que les Statuts réprou
vent, peut êtreseulement comme atten
tatoires à la Jurisdiction Ecclesiastique.
Je suis, &c,
D'Auxerre ce 19. Novembre 173
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