LE RENARD TROMPE
FABLE..
Certain Renard ,lassé d'une longue abſtinence,
Vouloit rompre son jeûne ,et se remplir la panse,
II. Vol. Lors
JUIN. 1731. 1450
Lorsque de quelques Coqs il entendit , le chant
Il court où de sa faim l'entraîne le penchant :
Il s'avance à dessein d'enlever quelque Poule ;
Maître. Renard approche , il se glisse , il se coule
Tant qu'il parvient , jusqu'à la basse Cour.
Il reconnoit la place , il tourne tout autour ;
Dans son chemin , il cherche une ouverture
Qui facilite la capture.
Il appercoit un trou par où commodément
Il croit entrer sans nul empêchement ;
Sans perdre de tems il s'y lance
Dans une entiere confiance..
Mais par malheur un funeste lacet ,,
'Arrête le Voleur et le prend au collet ::
En vain pour se tirer du danger qui le presse ) ,
Il a recours à sa souplesse ,
Le Maître l'apperçoit et d'un air goguenard ,,
Lui dit depuis long-tems avec impatience
Je desirois votre presence ::
:
Soyez le bien venu , Monseigneur le Renard ;;
Vous vouliez de mes Coqs faire bonne compôte
Mais pour le coup , vous contés sans votre Hôte ,
Ignorez -vous donc , mon ami ,
Qu'à Renard , Renard et demi ?
De mes Poules , vingt fois vous avez fait ripaille.
Mon bon Monsieur , répond notre Vaurien ,
Contrefaisant l'homme de bien.
II.Vol. J'ignore
1452 MERCURE DE FRANCE
€
F'ignoré jusqu'au goût de la moindre Volaille :
Jamais je ne vous ai fait tort ;
Jamais chez vous je n'ai fait de ravage ,
Et si je suis ici c'est par mon mauvais sort ;
Je venois de vos Coqs entendre le ramage ,
Qui de loin me sembloit assez mélodieux :
Puisque vous n'aimez pas les gens si curieux ,
Coupez ce filet , je vous prie ,
Je vous le promets par les Dieux ;;
Je vous jure que de ma vie ,
Vous ne me verrez dans ces lieux ;
En aide ainsi me soit le puissant Dieu Mercure
C'est ma foi bien dit , je vous jure
Reprit le Païsan déguainant son couteau ,
Je vais vous dégager des noeuds de cette corde ;
Tout en parlant le Païsan l'aborde ,
Et lui coupe le col sans toucher au cordeau.
Au sort de ce Renard tour trompeur doit s'at
tendre ;
Tel est pris souvent qui croit prendre,