EP ITR E.
A M. d'Arnaud, sur la Mort de son Frere .
D'Arnaud , c'est trop verser de pleurs ,
Ils ne te rendront pas ton Frere ;
L'inflexible Plúton , ni la Parque sévere ,
N'ont point égard à nos douleurs.
De ces Lieux fortunés où son Ombre legere
S'égare au gré de ses desirs ,
I
Si ton Frere entend tes soupirs ,
Il blâme la douleur amere
Qui t'arrache aux plus doux plaisirs .
Mais non, crois m'en, il n'entend point tes plaintes;,
Et res larmes , aux yeux des hommes corrompus ,
Ne sont rien que des larmes feintes ,
Et tes soupirs , que des soupirs perdus.
Cependant la Troupe immortelle ,
Que tu charmois par tes accords ,
A de nouveaux accords t'apelle ,,
Tandis qu'à ta douleur fidelle ,
Tu soupires autour des demeures des Morts..
Eloigne - t'en . Vois Apollon , qui t'aime ,.
Te présenter les Lauriers immortels ,
Dont il se couronne lui- même.
Qu'atEEVRIER.
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Qu'attens-tu donc ? Mérite des Autels .
Mais quoi ! charmé de l'opulence ,
Tu cours après Plutus ! tu quittes Apollon ,
Les honneurs du sacré Vallon
Te flatent moins que ceux de la Finance !
Du vain éclat de l'or es tu si satisfait ,
Que tu négliges l'art de charmer & de plaire à
Barême , avec son Compte fait ,
T'amuse-t'il plus que VOLTAIRE ?
D'où vient un goût si dépravé ?
Ce que tu vas chercher , en feuilletant Barême ;
L'estime , la grandeur suprême ,
Avec bien plus d'honneur VOLTAIRE la trouvé¿ ,
En suivant maint Auteur sublime.
Quel est le Riche qu'on estime
Comme ce Poëte vanté ?
Quelqu'un peut-il être flaté
Des biens que d'ordinaire on acquiert par le crime t
Je crois te voir au fond de ton Bureau ,
Dès l'aube du matin jusqu'à la nuit fermée ,
Calculer par tes doigts , te creuser le cerveau ,
Pour assouvir l'avarice affamée ,
Qui té couvre déja les yeux de son bandeau ,
Pour t'empêcher de voir cette veuve allarmée ..
Cet orphelin ... De cet affreux tableau ,
Avec raison , les Muses indignées
M'arrachent des mains le Pinceau .
Cvj Rapelles
248 MERCURE DE FRANCE
Rapelle - toi tes premieres années ,
Remplis tes nobles destinées . ·
Les Anciens , les Poëtes nouveaux ,
Les Horaces , & les Virgiles ,
Les Racines , les Despreaux ,
Te reçoivent déja dans leurs sacrés aziles
A ton âge qu'avoient- ils fait ?
S'étoient - ils acquis quelque gloire ?
Ton nom au Temple de Mémoire
Est déja lû du Public satisfait.
Poursuis , à toi - même sembable ,
Travaille pour te surpasser ;
Bannis la douleur qui t'accable ;
Ou le desir insatiable
De t'enrichir , & d'amasser
Un bien , hélas , trop peu durable ;
Reviens dans le sacré Vallon ;
Viens-y faire une ample moisson
Des fleurs , qui renaissent sans cesse,
Que ce soit ton unique emploi ;
Le soin d'un Bureau , d'une Quaisse ,
Est au- dessous d'un homme tel que toi