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1
p. 79-86
LETTRE de M. de Launay, Auteur d'un Livre qui trace une route nouvelle très-facile, pour apprendre à lire promptement, à M. l'Abbé Berthault, Auteur du Quadrille des Enfans, qui paroît depuis quelques mois.
Début :
Votre Lettre à Mlle. de Brissac, est très-bien écrite, Monsieur, & je l'ai lûë [...]
Mots clefs :
Méthode, Lettre, Abbé, Pierre Pipoulain-Delaunay, Livre, Langue, Figures, Syllabe, Abbé Danguy
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. de Launay, Auteur d'un Livre qui trace une route nouvelle très-facile, pour apprendre à lire promptement, à M. l'Abbé Berthault, Auteur du Quadrille des Enfans, qui paroît depuis quelques mois.
LETTRE de M, de Launay, Auteur d'un
Livre qui trace une route nouvelle très-facile
, pour apprendre à lire promptement
à M. l'Abbé Berthault , Auteur du Quadrille
des Enfans , qui paroît depuis quelques
mois, ·
Otre Lettre à Mlle. de Briffac, eft très-
V bien écrite , Monfieur , & je l'ai lûë
avec d'autant plus de plaifir , que vous y
* Ce Livre a pour titre : Méthode pour apprendre à
lire le François le Latin , par un Systême si aifé &
fi naturel, qu'on y fait plus de progrès en trois mois
qu'en trois ans par la Méthode ancienne & ordinaire.
Contenant auffi un Abbregé des fons exacts de la Langue
Françoife , les differentes dénominations & variations
des Lettres & leurs ufages. Un Traité des Accens
adoptés
80 MERCURE DE FRANCE.
adoptés ouvertement la Méthode de feu
mon Pere; Méthode que j'ai étendue & perfectionnée
: je dis , Monfieur , que vous y
adoptés la Méthode de mon Pere , & en
voici la preuve :
Je remarque cinq circonftances , qui diftinguent
la Méthode que vous propofés ,
d'avec celle dont on fe fert communément,
Premiére circonftance : Vous faites prononcer
, be , ce , de , non , bé , cé , dé : Seconde
circonftance , vous faites prononcer la
filabe en un feui fon & d'une feule voix , au
lieu defaire épeller en particulier chaque lettre
qui compofe la filabe , felon la méthode vul
gaire. Troifiéme circonftance , vous réduifes
à 160 tous les fons de notre Langue. Quatriéme
circonftance , vous combinés & arrangés
vos filabes , d'une maniére differente de toutes
les Méthodes , qui ont paru jufqu'à préfent.
Cinquiéme circonftance , vous faites graver
des figuresfur desfiches , au dos , ou au bas defde
la Ponctuation. La définition des neuf parties
d Oraifon qui compofent le Difcours , avec un exemple des
Déclinaisons des Conjugaisons , &c. Ouvrage utile
à tous ceux qui veulent parler & écrire cette Langue
correctement , fans être obligés defaire une longue étude
, avec des refléxions fur la théorie & fur la pratique
de la Méthode du Bureau Typographique ; & un
Plan nouveau d'une Ortographe facile , abbregée &
réguliere.A Paris, chés Robinot l'aîné, Libraire, Quai
des grands Auguftins , attenant l'Eglife.
quelles
JANVIER. 81 1744.
quelles fe trouve la filabe , qui entre dans le
mot qui exprime la figure gravée , pour fixer ,
dites vous , l'imagination des enfans.
J'ofe vous affurer , Monfieur , que cette
Méthode eft précisément celle de feu mon
Pere : lifés fon ouvrage imprimé en 1719.
1º. Vous y verrés à la premiére page de
fon troifiéme Livre : Qu'il fait prononcer ,
be , ce , de , au lieu de bé , cé , dé. 2°. Vous
y verrés même Livre , pages 3. 4. 5.6.7.8.
9. & 10. Qu'il fait prononcer d'un feul ſon &
d'une feule voix , chaque filabe . 3° . Vous y
verrés dans les mêmes pages : Que les fons de
notre Langue , font réduits à peu près au même
nombre qué chés vous. 4º . Vous y verrés dans
les mêmes pages , Que l'arrangement & les
combinaifons des lettres & des filabes font les
mêmes que chés vous. 5. Vous verrés enfin
dans le Mémoire contre vous de feu M.
l'Abbé Danguy , pag. 5. Qu'il y a plus de 25
ans, que le Sr. de Launay, mon Pere , fe fervoit
de figures , pour apprendre à lire aux Enfans.
J'avoue que je n'ai pas foufcrit au ſyſtême
de mon Pere , dans cette derniére partie ,
parce que l'expérience m'a appris qu'avec
les enfans, il faut fimplifier les chofes autant
qu'il eft poffible , & que c'eft les fatiguer
mal-à-propos , que de les obliger à mettre
dans leur tête deux idées en même tems ;
fçavoir celle de la figure & celle de la fi
labe ,
82 MERCURE DE FRANCE.
be , tandis que celle de la fillabe feule
fuffit.
Par ce que je viens d'avoir l'honneur de
vous dire, Monfieur , vous voyés que fi vous
ne vous rencontrés pas tout à fait avec moi
vous vous rencontrés de point en point
avec mon Pére. Je conviens que mon Pére
mettoit fes figures fur des cartes , au lieu que
vous mettés les vôtres fur des fiches d'os.
Je conviens encore que fon ortographe étoit
differente de la vôtre, & qu'il n'écrivoit pas
fang , comme vous faites , cen. Il n'écrivoit
pas , Daugue , pour , Dogue , &c. comme le
remarque feu M. l'Abbé Danguy , dans la
quatrième page de fon Mémoire . Je conviens
encore , que fes figures ne reffembloient
en rien à celles que vous employés ,
ainfipour peindre le fon de la filabe qui entre
dans le mot , goëtre , il n'auroit jamais
imaginé , une bouteille attachée à la joue d'une
femme, & pour peindre le fon de la filabe ,
ex, qui eft à la tête du mot , extraordinaire ,
il ne lui feroit jamais venu dans la penſée,
de faire tracer fur fa carte , un boeufavec des
ailes ; mais à cela près , & vous ne fçauriés
en difconvenir , le fyftême de feu mon Pére
& le vôtre , c'eft la même chofe , & toute
la difference qui fe trouve entre l'un &
l'autre , confifte uniquement dans la difference
des figures que vous avés imaginées ,
&
JANVIER. 1744. 83
& dans la matiére fur laquelle ces figures
font tracées.
Puifque vos principes font les mêmes que
ceux de mon Pere & les miens , on doit
être étonné de ce que dans votre lettre , vous
n'avés pas daigné faire mention ni de mon
Pere , ni de moi. Et l'on en doit être d'autant
plus étonné , que vous avés avoué à feu
M. l'Abbé Danguy , que ma Méthode , qui
dans le fond n'eft que celle de mon Pere
étoit la vôtre , & que fi vous l'aviés embelli
de vos figures & de vos fiches , ç'avoit été
uniquement pour lui donner un air de nouveauté
, ce que M. l'Abbé Danguy a répété
d'après vous , à Monfieur Maboul , Intendant
de la Libraire , & qu'il a répété en ma
préfence à Monfieur Joly de Fleury , Avocat
Général , à Meffieurs les Abbés de Fleury
.& de Côte , Chanoines de Nôtre-Dame..
Le même Abbé Danguy a fait voir à ces
Meffieurs , votre Quadrille à la main , que
vous ne colliés fur vos fiches , que les mêmes
lettres ou filabes qui font contenues dans les
8 leçons qui font partie de la Méthode que
j'ai donnée au Public , & ce , lettre par lettre
& filabe par filabe : tous ceux qui ont
acheté vos fiches , font en état de vérifier ce
fait , en parcourant les pages , 3,4,5,6 ,
7,8,9 , 10 , 11 , 12 , 13 , 14 & 15 , de la
feconde partie de mon Livre.
1. Vol. E On
84 MERCURE DE FRANCÉ.
On doit être étonné encore qu'une pareille
découverte vous ait tant coûté , comme
vous le dites dans votre lettre , & comme
vous l'annoncés dans plufieurs Mercures. Je
n'ai garde de vous taxer ici de Plagiat : la
manière dont vous en avés ufé avec feu M.
l'Abbé Danguy , prouve d'une manière inconteftable
, que vous abhorés tout ce qui
fent le Plagiaire ; d'ailleurs , ceux qui font
ce métier , prennent des précautions que
vous avez méprifées : ils ont attention de
déguifer leurs larcins , foit en donnant
dans la Langue du Pays , des Ouvrages écrits
en des Langues étrangères , foit en mettant
fous leur nom , ou des Ouvrages , dont les
exemplaires font uniques , ou des Ouvrages
dont le laps de tems a fait perdre le fouvenir.
Vous n'êtes point dans le cas , Mr ; ce
que vous donnés aujourd'hui en François ,
mon Pere l'avoit donné en la même Langue
en 1719 , & moi en 1741. Les exemplaires
de ces Ouvrages font communs , font récens
, ainfi vous voilà à couvert du foupçon
même de Plagiat.
Je n'ai garde non plus de croire , que
mettant fous votre nom le fyftême dont il
s'agit , vous ayés prétendu en affurer la réputation
, du caractére dont vous êtes , ce
n'a pû être votre deffein. Chacun fçait
comment vous penfés fur votre compte ,
comme
JANVIER . 1744.
comme vous vous rendés affés de juftice ,
pour être perfuadé que votre nom ne fçauroit
donner un nouveau luftre à un Ouvrage
connu & accrédité , encore moins lui fervir
d'Egide contre la Cenfure, s'il la méritoit.
Je croirai encore moins , que par les Eloges
que vous donnés au fyftême en queſtion ,
vous ayés voulu enchérit fur ceux qu'il a.
déja reçûs de nos Sçavans . Car , qu'auriésvous
pû ajoûter , à ce que dit M. l'Abbé de la
Serre , Chanoine de l'Eglife de Langres , dans
fa lettre inférée dans le Mercure de France du
mois de Janvier 1742 ? Qu'auriés- vous pû.
ajoûter à ce que dit le Journal des Sçavans ? à
ce que dit le fournal de Trévoux ? à ce que dit
Le Journal de Verdun ? à ce que dit le Mercure
de France ? Qu'auriés - vous pû ajoûter
, à ce que dit M. l'Abbé Goujet , Auteur
de la Bibliotéque Françoife , dans les additions
& corrections qui font à la tête de fon
troifiéme Volume ? à ce qu'en a dit M. l'Abbé
Bignon ? à ce qu'en a dit le célébre M. Rolin ?
Qu'auriés- vous pû ajoûter fur-tout aux
Eloges que M. l'Abbé des Fontaines lui a donnés
, & directement & indirectement. Directement
, lorfque dans fes Obfervations fur mon
Livre , il s'écrie comme dans un espéce d'enthoufiafme
: FAUT-IL QUE CE TRESOR AIT
E'TE' CACHE' SI LONG- TEMS ? Indirectement
Lorfque dans fes remarques fnr votre lettre , il
Eij ram
> >
86 MERCURE DE FRANCE.
raconte les merveilles qu'a opérées la Méthode
que vous adoptés.
>
Après avoir bien réfléchi fur le filence
exact que vous gardez dans votre lettre
fur le compte de mon Pere & fur le mien ,
je n'en vois point d'autre motif , que
la
crainte que vous avez eue , d'ouvrir une
carriére trop vafte à ma vanité ; mais
permettés - moi de vous le dire , Mr
vous n'avés réuffi dans votre projet. Je pas
me fens infiniment flaté, qu'un homme qui a
eû une Ecoliére du rang de Mademoiſelle de
Briffac:qu'un homme qui s'eft annoncé dans
le Public par une lettre très -bien écrite
lettre dont il y a une grande quantité d'exemplaires
de diftribués : Je fuis , je le ré .
péte , jefuis infiniment flaté , qu'un homme
tel que vous , ait adopté ma Méthode , l'ait
exaltée , l'ait préconisée . oui , Mr , le Panégirifte
d'un Ouvrage que j'ai mis dans un
nouveau jour me donne une idée trèsavantageufe
de ce que je puis valoir .
Je fuis , & c.
,
Ce 15 Décembre 1743 .
Livre qui trace une route nouvelle très-facile
, pour apprendre à lire promptement
à M. l'Abbé Berthault , Auteur du Quadrille
des Enfans , qui paroît depuis quelques
mois, ·
Otre Lettre à Mlle. de Briffac, eft très-
V bien écrite , Monfieur , & je l'ai lûë
avec d'autant plus de plaifir , que vous y
* Ce Livre a pour titre : Méthode pour apprendre à
lire le François le Latin , par un Systême si aifé &
fi naturel, qu'on y fait plus de progrès en trois mois
qu'en trois ans par la Méthode ancienne & ordinaire.
Contenant auffi un Abbregé des fons exacts de la Langue
Françoife , les differentes dénominations & variations
des Lettres & leurs ufages. Un Traité des Accens
adoptés
80 MERCURE DE FRANCE.
adoptés ouvertement la Méthode de feu
mon Pere; Méthode que j'ai étendue & perfectionnée
: je dis , Monfieur , que vous y
adoptés la Méthode de mon Pere , & en
voici la preuve :
Je remarque cinq circonftances , qui diftinguent
la Méthode que vous propofés ,
d'avec celle dont on fe fert communément,
Premiére circonftance : Vous faites prononcer
, be , ce , de , non , bé , cé , dé : Seconde
circonftance , vous faites prononcer la
filabe en un feui fon & d'une feule voix , au
lieu defaire épeller en particulier chaque lettre
qui compofe la filabe , felon la méthode vul
gaire. Troifiéme circonftance , vous réduifes
à 160 tous les fons de notre Langue. Quatriéme
circonftance , vous combinés & arrangés
vos filabes , d'une maniére differente de toutes
les Méthodes , qui ont paru jufqu'à préfent.
Cinquiéme circonftance , vous faites graver
des figuresfur desfiches , au dos , ou au bas defde
la Ponctuation. La définition des neuf parties
d Oraifon qui compofent le Difcours , avec un exemple des
Déclinaisons des Conjugaisons , &c. Ouvrage utile
à tous ceux qui veulent parler & écrire cette Langue
correctement , fans être obligés defaire une longue étude
, avec des refléxions fur la théorie & fur la pratique
de la Méthode du Bureau Typographique ; & un
Plan nouveau d'une Ortographe facile , abbregée &
réguliere.A Paris, chés Robinot l'aîné, Libraire, Quai
des grands Auguftins , attenant l'Eglife.
quelles
JANVIER. 81 1744.
quelles fe trouve la filabe , qui entre dans le
mot qui exprime la figure gravée , pour fixer ,
dites vous , l'imagination des enfans.
J'ofe vous affurer , Monfieur , que cette
Méthode eft précisément celle de feu mon
Pere : lifés fon ouvrage imprimé en 1719.
1º. Vous y verrés à la premiére page de
fon troifiéme Livre : Qu'il fait prononcer ,
be , ce , de , au lieu de bé , cé , dé. 2°. Vous
y verrés même Livre , pages 3. 4. 5.6.7.8.
9. & 10. Qu'il fait prononcer d'un feul ſon &
d'une feule voix , chaque filabe . 3° . Vous y
verrés dans les mêmes pages : Que les fons de
notre Langue , font réduits à peu près au même
nombre qué chés vous. 4º . Vous y verrés dans
les mêmes pages , Que l'arrangement & les
combinaifons des lettres & des filabes font les
mêmes que chés vous. 5. Vous verrés enfin
dans le Mémoire contre vous de feu M.
l'Abbé Danguy , pag. 5. Qu'il y a plus de 25
ans, que le Sr. de Launay, mon Pere , fe fervoit
de figures , pour apprendre à lire aux Enfans.
J'avoue que je n'ai pas foufcrit au ſyſtême
de mon Pere , dans cette derniére partie ,
parce que l'expérience m'a appris qu'avec
les enfans, il faut fimplifier les chofes autant
qu'il eft poffible , & que c'eft les fatiguer
mal-à-propos , que de les obliger à mettre
dans leur tête deux idées en même tems ;
fçavoir celle de la figure & celle de la fi
labe ,
82 MERCURE DE FRANCE.
be , tandis que celle de la fillabe feule
fuffit.
Par ce que je viens d'avoir l'honneur de
vous dire, Monfieur , vous voyés que fi vous
ne vous rencontrés pas tout à fait avec moi
vous vous rencontrés de point en point
avec mon Pére. Je conviens que mon Pére
mettoit fes figures fur des cartes , au lieu que
vous mettés les vôtres fur des fiches d'os.
Je conviens encore que fon ortographe étoit
differente de la vôtre, & qu'il n'écrivoit pas
fang , comme vous faites , cen. Il n'écrivoit
pas , Daugue , pour , Dogue , &c. comme le
remarque feu M. l'Abbé Danguy , dans la
quatrième page de fon Mémoire . Je conviens
encore , que fes figures ne reffembloient
en rien à celles que vous employés ,
ainfipour peindre le fon de la filabe qui entre
dans le mot , goëtre , il n'auroit jamais
imaginé , une bouteille attachée à la joue d'une
femme, & pour peindre le fon de la filabe ,
ex, qui eft à la tête du mot , extraordinaire ,
il ne lui feroit jamais venu dans la penſée,
de faire tracer fur fa carte , un boeufavec des
ailes ; mais à cela près , & vous ne fçauriés
en difconvenir , le fyftême de feu mon Pére
& le vôtre , c'eft la même chofe , & toute
la difference qui fe trouve entre l'un &
l'autre , confifte uniquement dans la difference
des figures que vous avés imaginées ,
&
JANVIER. 1744. 83
& dans la matiére fur laquelle ces figures
font tracées.
Puifque vos principes font les mêmes que
ceux de mon Pere & les miens , on doit
être étonné de ce que dans votre lettre , vous
n'avés pas daigné faire mention ni de mon
Pere , ni de moi. Et l'on en doit être d'autant
plus étonné , que vous avés avoué à feu
M. l'Abbé Danguy , que ma Méthode , qui
dans le fond n'eft que celle de mon Pere
étoit la vôtre , & que fi vous l'aviés embelli
de vos figures & de vos fiches , ç'avoit été
uniquement pour lui donner un air de nouveauté
, ce que M. l'Abbé Danguy a répété
d'après vous , à Monfieur Maboul , Intendant
de la Libraire , & qu'il a répété en ma
préfence à Monfieur Joly de Fleury , Avocat
Général , à Meffieurs les Abbés de Fleury
.& de Côte , Chanoines de Nôtre-Dame..
Le même Abbé Danguy a fait voir à ces
Meffieurs , votre Quadrille à la main , que
vous ne colliés fur vos fiches , que les mêmes
lettres ou filabes qui font contenues dans les
8 leçons qui font partie de la Méthode que
j'ai donnée au Public , & ce , lettre par lettre
& filabe par filabe : tous ceux qui ont
acheté vos fiches , font en état de vérifier ce
fait , en parcourant les pages , 3,4,5,6 ,
7,8,9 , 10 , 11 , 12 , 13 , 14 & 15 , de la
feconde partie de mon Livre.
1. Vol. E On
84 MERCURE DE FRANCÉ.
On doit être étonné encore qu'une pareille
découverte vous ait tant coûté , comme
vous le dites dans votre lettre , & comme
vous l'annoncés dans plufieurs Mercures. Je
n'ai garde de vous taxer ici de Plagiat : la
manière dont vous en avés ufé avec feu M.
l'Abbé Danguy , prouve d'une manière inconteftable
, que vous abhorés tout ce qui
fent le Plagiaire ; d'ailleurs , ceux qui font
ce métier , prennent des précautions que
vous avez méprifées : ils ont attention de
déguifer leurs larcins , foit en donnant
dans la Langue du Pays , des Ouvrages écrits
en des Langues étrangères , foit en mettant
fous leur nom , ou des Ouvrages , dont les
exemplaires font uniques , ou des Ouvrages
dont le laps de tems a fait perdre le fouvenir.
Vous n'êtes point dans le cas , Mr ; ce
que vous donnés aujourd'hui en François ,
mon Pere l'avoit donné en la même Langue
en 1719 , & moi en 1741. Les exemplaires
de ces Ouvrages font communs , font récens
, ainfi vous voilà à couvert du foupçon
même de Plagiat.
Je n'ai garde non plus de croire , que
mettant fous votre nom le fyftême dont il
s'agit , vous ayés prétendu en affurer la réputation
, du caractére dont vous êtes , ce
n'a pû être votre deffein. Chacun fçait
comment vous penfés fur votre compte ,
comme
JANVIER . 1744.
comme vous vous rendés affés de juftice ,
pour être perfuadé que votre nom ne fçauroit
donner un nouveau luftre à un Ouvrage
connu & accrédité , encore moins lui fervir
d'Egide contre la Cenfure, s'il la méritoit.
Je croirai encore moins , que par les Eloges
que vous donnés au fyftême en queſtion ,
vous ayés voulu enchérit fur ceux qu'il a.
déja reçûs de nos Sçavans . Car , qu'auriésvous
pû ajoûter , à ce que dit M. l'Abbé de la
Serre , Chanoine de l'Eglife de Langres , dans
fa lettre inférée dans le Mercure de France du
mois de Janvier 1742 ? Qu'auriés- vous pû.
ajoûter à ce que dit le Journal des Sçavans ? à
ce que dit le fournal de Trévoux ? à ce que dit
Le Journal de Verdun ? à ce que dit le Mercure
de France ? Qu'auriés - vous pû ajoûter
, à ce que dit M. l'Abbé Goujet , Auteur
de la Bibliotéque Françoife , dans les additions
& corrections qui font à la tête de fon
troifiéme Volume ? à ce qu'en a dit M. l'Abbé
Bignon ? à ce qu'en a dit le célébre M. Rolin ?
Qu'auriés- vous pû ajoûter fur-tout aux
Eloges que M. l'Abbé des Fontaines lui a donnés
, & directement & indirectement. Directement
, lorfque dans fes Obfervations fur mon
Livre , il s'écrie comme dans un espéce d'enthoufiafme
: FAUT-IL QUE CE TRESOR AIT
E'TE' CACHE' SI LONG- TEMS ? Indirectement
Lorfque dans fes remarques fnr votre lettre , il
Eij ram
> >
86 MERCURE DE FRANCE.
raconte les merveilles qu'a opérées la Méthode
que vous adoptés.
>
Après avoir bien réfléchi fur le filence
exact que vous gardez dans votre lettre
fur le compte de mon Pere & fur le mien ,
je n'en vois point d'autre motif , que
la
crainte que vous avez eue , d'ouvrir une
carriére trop vafte à ma vanité ; mais
permettés - moi de vous le dire , Mr
vous n'avés réuffi dans votre projet. Je pas
me fens infiniment flaté, qu'un homme qui a
eû une Ecoliére du rang de Mademoiſelle de
Briffac:qu'un homme qui s'eft annoncé dans
le Public par une lettre très -bien écrite
lettre dont il y a une grande quantité d'exemplaires
de diftribués : Je fuis , je le ré .
péte , jefuis infiniment flaté , qu'un homme
tel que vous , ait adopté ma Méthode , l'ait
exaltée , l'ait préconisée . oui , Mr , le Panégirifte
d'un Ouvrage que j'ai mis dans un
nouveau jour me donne une idée trèsavantageufe
de ce que je puis valoir .
Je fuis , & c.
,
Ce 15 Décembre 1743 .
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2
p. 1764-1777
RÉPONSE de M. l'Abbé Berthault, Auteur du Quadrille des Enfans, à la Lettre de M. de Launay, insérée dans le Mercure de Janvier 1744.
Début :
MA Réponse à votre Lettre, M. vient un peu tard, mais n'en soyez point [...]
Mots clefs :
Méthode, Figures, Enfants, Ouvrage, Apprendre, Pierre Pipoulain-Delaunay, Lire, Lecture
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. l'Abbé Berthault, Auteur du Quadrille des Enfans, à la Lettre de M. de Launay, insérée dans le Mercure de Janvier 1744.
REPONSE de M. l'Abbé Berthault ,
Auteur du Quadrille des Enfans , à la Lettre
de M. de Launay , inferée dans le Mercure
de Fanvier 1744.
MA
A Réponse à votre Lettre , M. vient
un peu tard , mais n'en foyez point
fâché ; ce retardement m'a laiffé le loifir d'achever
un Ouvrage qui vous convaincra, de
même que le Public , que mon Syſtême de
lecture n'a pas la moindre reffemblance avec
celui dont vous avez hérité de M.votre Pere.
Vous êtes furpris de ce qu'en publiant l'idée
& le plan de na Méthode de lecture ,
je n'aye fait aucune mention de celle de
M. Py- Poulain de Launay , votre Pere ,
parce que vous prétendez que cette derniere
eft précisément celle que j'ai annoncée .
Je vous dirai d'abord qu'il ne feroit pas
étonnant que je n'euffe eu aucune connoiffancede
la Méthode de M. Py- Poulain , lorſque
je formai le plan de la mienne, Son Ouvrage
fut, imprimé en 1719 , mais il n'en
étoit pas content lui - même ; il mourut
avant que de le refondre ; le peu d'Exemplaires
qu'il en avoit fait imprimer,ne furent
pas débités , & fa Méthode demeura inconnu
A OUST. 1744.
1765
connue au Public. Je ne parle que d'après
vous. Ce ne fut qu'en 1742 qu'elle commença
à fe faire connoître par l'Edition
que vous en donnâtes , après l'avoir réformée
& perfectionnée , comme vous nous
l'avez appris vous-même . Mais le projet de
la mienne étoit conçû avant ce tems - là . **
Cela foit dit en paffant; paffons aux preuves
de votre accufation. 1 ° . Vous dites que
fi je fais prononcer be , ce , de , & c. au lieu
de bé , cé , dé , & c. M. votre Pere l'a fait de
même; premier point de reffemblance . Mais
M. de Launay eft-il le premier qui ait eu
cette idée ? Pourquoi voudriez - vous que
j'aye appris cela de lui,plutôt que de l'Auteur
de la Grammairegénérale & raisonnée, imprimée
en 1660 , qui peut-être a fervi de guide
en cela à M. votre Pere lui-même ? Car cet
Auteur dans le Chapitre 6 de la premiere
partie , donne aux Lettres cette dénomination
, & il a été fuivi par la plupart des Ecrivains
qui font venus après lui. Vous conviendrez
donc qu'on ne peut raisonnable-
*Voyez la Préface de cet Ouvrage , publié par les
foins de M. de Launay , fils , en 1742 , page 3.
** Cet Ouvrage eft intitulé , la Théorie & la Pratique
du nouveau Quadrille des Enfans , ou d'une nouvelle
Méthode pour apprendre à lire par le moyen de
160 Figures , contenues en 8 Planches , &c. Il fe vend
chés Jacques Vincent , ruë S. Severin , à l'Ange .
Cij
ment
1768 MERCURE DEFRANCE.
14
de Louvain , que je vous indique ; * depuis
la page 2 jufqu'à la 12 , vous en trouverez
plufieurs. L'Ouvrage a paru en 1717 , avant
celui de M. votre Pere , mais fi vous voulez
faire une plus ample moiffon , jettez les yeux
fur les Regles de la Prononciation pour la Lan-¸
gue Françoife, par M. B. Paris, 1711 ,fur les
Principes de l'Ortographe Françoife , Paris ,
1725 , & fur le Traité de l'Ortographe Françoife
du Sr le Roy, ou fi vous voulez , contentezvous
de parcourir le Livre de M. Hindret ,
imprimé en 1688 , fous ce titre : L'art de
prononcer & de bien parler la Langue Françoife
, & réimprimé en 1696 ; vous y remarquerez
prefque tous les fons de la Méthode
que vous avez fait connoître au Public , &
plufieurs autres dont vous pourrez faire votre
profit. C'est un Ouvrage que M. votre
Pere a pû confulter . L'accufera-t'on de plagiat
?
Secondement , fuffit- il que ma Méthode
employe quelques fons qui fe trouvent dans
celle de M. Py- Poulain , pour être en droit
d'affurer que ces deux Méthodes ne different
point ? L'ufage que j'en fais eft- il le même?
C'est ce qu'il faudroit montrer, & que vous
ne montrerez jamais . Non , M. ne croyez
* Principia Lingua Burgundica felectis Hiftoria exemplis
exornata per Anton. Francifc. de Pratel, &c. Brivellis,
1717.
pas
A O UST. 1744 . 1769
que
pas que mes Principes foient les mêmes
ceux de feu M. votre Pere . L'analogic qui
regne dans ma Méthode eft totalement differente
de celle qui domine dans l'Ouvrage
de M. Py- Poulain ; daignez faire la comparaifon
de celui que je publie , pour enfeigner
la théorie & la pratique de ma Méthode
, & du fien ; je fuis fûr que vous conviendrez
que notre plan n'eft pas le même ,
que nos vûës font tout-à-fait differentes , &
que nous fuivons l'un & l'autre une route
bien oppofée. Vous pourrez remarquer 1 °.
les combinaiſons dont une Lettre eft fufcep
tible . 2 °. Une infinité d'exemples
, pour affermir
les Enfans fur la diftinction des pluriers
& des finguliers , tant des Verbes que
des Noms adjectifs & fubftantifs. 3 ° . Des
Tables de mots , propres à donner auxEnfans
la facilité de joindre les nrots les uns
aux autres ; habitude qu'ils n'acquerroient
autrement qu'avec beaucoup de peine, 4°.
Tous les fons répétés , tant en Lettres majufcules
, qu'en Lettres Italiques , avec plufieurs
Piéces de Lecture , pour exercer les
Enfans fur ces deux Caractéres , afin d'éviter
les défauts de toutes les autres Méthodes
, qui m'apprennent aux Enfans qu'à lire
le Caractére Romain , défaut qui dégoûte le
Public de ces Méthodes , & dont la vôtre
C v n'eſt
1770 MERCURE DE FRANCE.
n'eft pas exempte . 4° . N'attendez de moi
aucune réponse à ce que vous ajoûtez , que
je combine & que j'arrange les fyllabes d'une
maniere differente de toutes les Méthodes qui
ont paru jufqu'ici , ce que M. votre Pere a
fait , dites- vous , de la même maniere . Car
je vous avouë que je ne fçais ce que vous.
voulez dire ; tout ce que je puis vous affûrer
, c'eft que ma Méthode eft auffi différen
te de celle de M. Py -Poulain , quoiqu'elle
renferme quelques fons qui me font communs
avec lui , que la fienne différe des anciennes
, quoiqu'elle en renferme tous les
fons.
5°. Nous voici arrivés à un article important
, & qui fait le caractere diftinctif de
ma Méthode de celles qui l'ont précédée ;
c'eft d'avoir imaginé de peindre en quelque
forte les fons & les fyllabes de la Langue
, pour les faire retenir par le moyen de
figures gravées ; mais , fi l'on vous en croit ,
je ne fuis encore ici que le Copiſte de M.
Py-Poulain car il y a plus de vingt - cing
ans , dites- vous , que M. de Launay , mon
Pere fe fervoit de figures pour apprendre à
lire.
Voilà une Anecdocte curieufe ; d'où l'avez-
vous déterrée ? Je fuis un peu furpris
que vous alléguiez ce fait , fans en donner
de
AOUS T. 1744. 17711
de
preuve ; vous nous renvoyez au Mémoire
de M. Danguy , & vous fçavezbien
que ce fait n'y eft nullement prouvé ;
vous voulez donc qu'on vous en croye fur
votre parole. Je ne m'y oppofe pas , pourvû
que vous ne mne faffiez pas un crime d'avoir
ignoré avec toute la terre , lorfque je publiai
le plan de ma Méthode , une chofe que
vous & M. Danguy deviez reveler dans
la fuite ; mais , M. eft- il bien poffible que
M. votre pere en faifant part au public de
fes idées , ait oublié de lui communiquer
cette partie de fon fyftême ? Car dans l'Ou
vrage qu'il a publié , il n'y a pas un feul miot,
qui puiffe faire foupçonner qu'il fe foit jamais
avifé de fe fervir de figures pour ap
prendre à lire ; vous avez vous- même donné
une feconde Edition de cet Ouvrage ; vous
avez réformé quelques-unes des idées de
F'Auteur , & en avez perfectionné quelques
autres. C'est vous-même qui nous l'apprenez
vous défapprouvez d'ailleurs l'ufage
des figures pour apprendre à lire , & vous
n'avez point averti que vous aviez réformé
le fyftême de M. votre pere fur un article
auffi important;que cela eft modefte ! Après
cela , pouvois-je fçavoir qu'en peignant les
fons de la Langue par des figures , dont les
objets font familiers aux Enfans , je ne fai-
Cvj
fois
1772 MERCURE DE FRANCE.
fois fuivre les traces de M. de Launay ? que
& avec quelle raifon pouvez - vous vous
plaindre , fi je ne lui
pas fait honneur
d'une découverte dont je ne pouvois fçavoir
qu'il fût le pere , & dont vraisembla
blement le Public refufera encore de lui accorder
la gloire , fi vous ne vous efforcez
de la lui affurer par des preuves convainquantes
?
Pour moi , je me contente de l'aveu que
vous faites , que les figures de feu M. votre
étoient differentes des miennes ; il fapere
tiguoit fans doute les Enfans mal- à- propos ,
en les obligeant à mettre dans leur tête deux
idées en même-tems , celle de la figure &
celle de la fyllabe ; peut- être fes figures
étoient tirées de la Fable ou de l'Hiftoire :
s'eft-il fervi d'un Janus à deux vifages pour
exprimer le fon ge , du Cefte de Venus pour
ft , d'Acteon changé en Cerf pour fe , de la
Barque à Caron pour que , comme dernierement
M.l'Abbé Danguy a voulu l'entreprendre,
contre les droits de mon privilége.Si cela
eft , je conviens que fa Méthode manquoit
de fimplicité , & qu'il furchargeoit inutile
ment la mémoire de fes éléves. C'étoit vouloir
leur apprendre une choſe par le moyen
d'une autre , qui ne leur étoit pas plus connuë
: il falloit leur apprendre plufieurs faits
Hif
AOUST. 1744. 1773
exempte
Hiftoriques ou Fabuleux pour leur faire re
tenir un feul fon de la Langue ; que d'idées
ne falloit- il pas mettre dans leur tête en
même-tems heureuſement ma Méthode eft
de ce défaut ; elle n'oblige point
Les Enfans à fe charger la mémoire de deux
idées en même- tems. Comme je n'employe
que des objets qui leur font familiers , tels
que font Eventail , Montre , Liv , Soleil
&c. elle ne fait que fe fervir des idées qu'ils
ont déja , fans que je m'en fois mêlé , pour
leur faire retenir des fons que je veux leur
apprendre. S'il eft vrai que M. de Eaunay
ait employé des figures pour apprendre
à lire , je fuis bien aife de l'avoir ignoré
& je m'eftime heureux que ma Méthode
foit en ce point fi différente de la fienne.
Que M. Py - Poulain jouiffe donc de
la gloire qu'il a méritée, en publiant ſa Méthode
de lecture , & vous de celle que vous
avez pû acquérir à la réformer & à la perfectionner
; je ne fuis point affés injufte pour
vouloir m'attribuer , ou partager avec vous
les éloges qu'elle a reçus de nos Sçavans ;
mais convenez auffi que ceux dont on a honoré
la Méthode que j'ai annoncée , ne vous
touchent ni directement ni indirectement ; des
Cenfeurs publics ne l'ont préconisée , que
parce qu'ils lui ont vû operer des merveilles ;
or , remarquez que ces prodiges , qui ont
étonné
1774 MERCURE DE FRANCE.
étonné , n'ont été opérés que par une Méthode
, qui , par l'ufage qu'on y fait de plufieurs
figures, n'eft propre , felon vous , qu'à
fatiguer inutilement les Enfans , & à retarder
leurs progrès à quoi penfiez -vous donc,
quand vous avez cru pouvoir faire honneur
à votre Méthode , & de ces Merveilles , &
des éloges qui en ont été la fuite ? Quelle
contradiction !
Vous me reprochez , après M. Dand'introduire
une réforme dans l'ortoguy
,
graphe , & d'écrire Cen pour Sang. Dange
pour Dogue. C'est une méprife qui ne vous
fait pas honneur ; en voici l'origine . Ces
fyllabes Ang & Og , quoique compofées de
différentes lettres , rendent le même fon
c'est pourquoi j'ai cru devoir les peindre
par une même figure. J'en dis autant de ces
autres , San & Cen. Mais il ne s'enfuit pas.
de-là que j'écrive Dangue , au lieu de Dogue ,
ni Cenguin , au lieu de Sanguin . Vous voyez
à quoi on s'expofe , quand on s'aviſe de
ler d'une matiere qu'on n'entend pas ; pour
moi je ne me fuis jamais avifé de réformer
fur cet article les anciens ufages , & il ne
m'arrivera certainement jamais de propofer
d'écrire Cien ,Cat , Ceval , jamê , Anglê , ils
èmê , Pijon , axès , fuxès , egziler , otorifer ,
& c. au lieu de Chien , Chat , Cheval, jamais,
par-
An
AOUST. 1744.
$775
Anglois , ils aimoient , Pigeon , accès , fuccès ,
exiler , autorifer , &c. comme vous l'avez
fait dans le Plan nouveau d'ortographe que
vous avez publié , pag. 178 , 179 , 182 ,
194 , 210.
Au refte , M. étoit-il néceffaire de troubler
la cendre des morts , & de faire paroître ſur
la Scéne une perfonne qui n'eft plus & que
je regrette , pour avoir occafion de lâcher
quelques traits de mauvaiſe plaifanterie ? à
Dieu ne plaife qu'elles me déterminent à
rompre le filence que je me fuis impofé du
vivant même de feu M. l'Abbé Danguy.
Un refte d'amitié pour un jeune homme à qui
je n'ai jamais ceffé de rendre tous les fervices
qui ont dépendu de moi ; l'efperance bien fondée
que j'avois conçue de fon retour , les regrets
•·qu'il a fait paroître àfa mort , pour en avoir fi
mal ufe avec moi , font des motifs trop preſſans,
qui m'obligent encore à me taire. J'avoue , qu'il
m'a beaucoup coûté dans le tems de me détermi
ner au filence , mais il me coûtera
pen
nant de le garder , & l'occafion favorable de
vous rendre vos plaifanteries , ne fera pas capable
de mele faire rompre.
mainte-
C'est même à regret que je releverai ce que
vous avancez , que M. D. a dit à des perfonnes
refpectables, que je lui avois avoué que
votre Méthode n'étoit autre que la mienne ;
qu'il
1776 MERCURE DE FRANCE.
qu'il l'ait dit , ou non , cela m'inquiéte fort
peu. Mais comment avez- vous ofe alleguer en
preuve des faits de cette nature , qu'il eft impoffible
de vérifier ? car enfin il s'agit defçavoir
s'il eft vrai quej'ayejamais fait un pareil aveu;
comment aurois-je pû le faire ? connoiſſois -je
affés peu les principes de ma Méthode & ceux
de la vôtre , pour ignorer l'extrême différence
qu'il y a entre les uns & les autres ?
Voilà , M. les réfléxions que j'ai cru devoir
publier pour répondre à votre Lettre ;
j'augure trop bien des difpofitions favora
bles où je vous vois maintenant à l'égard de
ma Méthode , puifque vous effayez de vous
l'approprier , pour ne pas les feconder ;
déja vous en goûtez le fond ; c'eft beaucoup ;
il ne vous refte plus qu'un pas à faire ; il ne
s'agit que d'approuver l'ufage que je fais des
figures ; rien n'eft plus aife ; le facrifice que
vous ferez pour cela de vos préjugés ne ſera
pas grand.
Je m'attens que bien- tôt vous ferez connoître
que vous êtes docile à la voix de la
Raifon , & que vous fçavez rendre hommage
à la vérité. Penfez - y. Je fuis , & c.
Je perfifte dans les mêmes fentimens que
je vous marquai dans une vifite dont vous
m'honorâtes un jour , fans vous faire connoître.
Vous voulûtes parier que je ne ferois
jamais
AOUST. 1744.
1777
jamais lire en un mois , par le moyen de ma
Méthode & de mes figures , comme je l'a
vois annoncé ; j'acceptai le défi , & vous
propofai de dépofer chacun pareille fomme
raifonnable chés un Notaire ; fi mon Effai
réuffit , vous difois-je , j'ai gagné , finon j'ai
perdu . Ne trouvez pas mauvais , s'il vous
plaît , que dorénavant je ne réponde point
vos Lettres , fi vous m'en adrellez encore ,
que vous n'acceptiez la propofition que
vous m'avez obligé de vous faire.
Je profite de cette occafion pour avertir
le public que ceux , qui enfeignent fuivant
les principes de ma Méthode , s'offrent d'enfeigner
gratis pendant quinze jours , & au
cas qu'au bout de ce tems- là les parens ne
foient pas contens des progrès , ils pourront
remercier les Maîtres : finon , ils feront
obligés de s'en tenir au marché dont ils feront
convenus. L'expérience confirme que
cette Méthode eft très-propre à apprendre
aux Etrangers à bien prononcer le François
, & à réformer leur accent en très- peu
de tems.
Voilà ma nouvelle adreſſe , au cas que vous
vouliez , M. me venir trouver pour m'annoncer
que vous acceptez le défi que je vous fais.
L'Abbé Berthaud , rue de Richelieu , visà-
vis celle de Villedot.
Auteur du Quadrille des Enfans , à la Lettre
de M. de Launay , inferée dans le Mercure
de Fanvier 1744.
MA
A Réponse à votre Lettre , M. vient
un peu tard , mais n'en foyez point
fâché ; ce retardement m'a laiffé le loifir d'achever
un Ouvrage qui vous convaincra, de
même que le Public , que mon Syſtême de
lecture n'a pas la moindre reffemblance avec
celui dont vous avez hérité de M.votre Pere.
Vous êtes furpris de ce qu'en publiant l'idée
& le plan de na Méthode de lecture ,
je n'aye fait aucune mention de celle de
M. Py- Poulain de Launay , votre Pere ,
parce que vous prétendez que cette derniere
eft précisément celle que j'ai annoncée .
Je vous dirai d'abord qu'il ne feroit pas
étonnant que je n'euffe eu aucune connoiffancede
la Méthode de M. Py- Poulain , lorſque
je formai le plan de la mienne, Son Ouvrage
fut, imprimé en 1719 , mais il n'en
étoit pas content lui - même ; il mourut
avant que de le refondre ; le peu d'Exemplaires
qu'il en avoit fait imprimer,ne furent
pas débités , & fa Méthode demeura inconnu
A OUST. 1744.
1765
connue au Public. Je ne parle que d'après
vous. Ce ne fut qu'en 1742 qu'elle commença
à fe faire connoître par l'Edition
que vous en donnâtes , après l'avoir réformée
& perfectionnée , comme vous nous
l'avez appris vous-même . Mais le projet de
la mienne étoit conçû avant ce tems - là . **
Cela foit dit en paffant; paffons aux preuves
de votre accufation. 1 ° . Vous dites que
fi je fais prononcer be , ce , de , & c. au lieu
de bé , cé , dé , & c. M. votre Pere l'a fait de
même; premier point de reffemblance . Mais
M. de Launay eft-il le premier qui ait eu
cette idée ? Pourquoi voudriez - vous que
j'aye appris cela de lui,plutôt que de l'Auteur
de la Grammairegénérale & raisonnée, imprimée
en 1660 , qui peut-être a fervi de guide
en cela à M. votre Pere lui-même ? Car cet
Auteur dans le Chapitre 6 de la premiere
partie , donne aux Lettres cette dénomination
, & il a été fuivi par la plupart des Ecrivains
qui font venus après lui. Vous conviendrez
donc qu'on ne peut raisonnable-
*Voyez la Préface de cet Ouvrage , publié par les
foins de M. de Launay , fils , en 1742 , page 3.
** Cet Ouvrage eft intitulé , la Théorie & la Pratique
du nouveau Quadrille des Enfans , ou d'une nouvelle
Méthode pour apprendre à lire par le moyen de
160 Figures , contenues en 8 Planches , &c. Il fe vend
chés Jacques Vincent , ruë S. Severin , à l'Ange .
Cij
ment
1768 MERCURE DEFRANCE.
14
de Louvain , que je vous indique ; * depuis
la page 2 jufqu'à la 12 , vous en trouverez
plufieurs. L'Ouvrage a paru en 1717 , avant
celui de M. votre Pere , mais fi vous voulez
faire une plus ample moiffon , jettez les yeux
fur les Regles de la Prononciation pour la Lan-¸
gue Françoife, par M. B. Paris, 1711 ,fur les
Principes de l'Ortographe Françoife , Paris ,
1725 , & fur le Traité de l'Ortographe Françoife
du Sr le Roy, ou fi vous voulez , contentezvous
de parcourir le Livre de M. Hindret ,
imprimé en 1688 , fous ce titre : L'art de
prononcer & de bien parler la Langue Françoife
, & réimprimé en 1696 ; vous y remarquerez
prefque tous les fons de la Méthode
que vous avez fait connoître au Public , &
plufieurs autres dont vous pourrez faire votre
profit. C'est un Ouvrage que M. votre
Pere a pû confulter . L'accufera-t'on de plagiat
?
Secondement , fuffit- il que ma Méthode
employe quelques fons qui fe trouvent dans
celle de M. Py- Poulain , pour être en droit
d'affurer que ces deux Méthodes ne different
point ? L'ufage que j'en fais eft- il le même?
C'est ce qu'il faudroit montrer, & que vous
ne montrerez jamais . Non , M. ne croyez
* Principia Lingua Burgundica felectis Hiftoria exemplis
exornata per Anton. Francifc. de Pratel, &c. Brivellis,
1717.
pas
A O UST. 1744 . 1769
que
pas que mes Principes foient les mêmes
ceux de feu M. votre Pere . L'analogic qui
regne dans ma Méthode eft totalement differente
de celle qui domine dans l'Ouvrage
de M. Py- Poulain ; daignez faire la comparaifon
de celui que je publie , pour enfeigner
la théorie & la pratique de ma Méthode
, & du fien ; je fuis fûr que vous conviendrez
que notre plan n'eft pas le même ,
que nos vûës font tout-à-fait differentes , &
que nous fuivons l'un & l'autre une route
bien oppofée. Vous pourrez remarquer 1 °.
les combinaiſons dont une Lettre eft fufcep
tible . 2 °. Une infinité d'exemples
, pour affermir
les Enfans fur la diftinction des pluriers
& des finguliers , tant des Verbes que
des Noms adjectifs & fubftantifs. 3 ° . Des
Tables de mots , propres à donner auxEnfans
la facilité de joindre les nrots les uns
aux autres ; habitude qu'ils n'acquerroient
autrement qu'avec beaucoup de peine, 4°.
Tous les fons répétés , tant en Lettres majufcules
, qu'en Lettres Italiques , avec plufieurs
Piéces de Lecture , pour exercer les
Enfans fur ces deux Caractéres , afin d'éviter
les défauts de toutes les autres Méthodes
, qui m'apprennent aux Enfans qu'à lire
le Caractére Romain , défaut qui dégoûte le
Public de ces Méthodes , & dont la vôtre
C v n'eſt
1770 MERCURE DE FRANCE.
n'eft pas exempte . 4° . N'attendez de moi
aucune réponse à ce que vous ajoûtez , que
je combine & que j'arrange les fyllabes d'une
maniere differente de toutes les Méthodes qui
ont paru jufqu'ici , ce que M. votre Pere a
fait , dites- vous , de la même maniere . Car
je vous avouë que je ne fçais ce que vous.
voulez dire ; tout ce que je puis vous affûrer
, c'eft que ma Méthode eft auffi différen
te de celle de M. Py -Poulain , quoiqu'elle
renferme quelques fons qui me font communs
avec lui , que la fienne différe des anciennes
, quoiqu'elle en renferme tous les
fons.
5°. Nous voici arrivés à un article important
, & qui fait le caractere diftinctif de
ma Méthode de celles qui l'ont précédée ;
c'eft d'avoir imaginé de peindre en quelque
forte les fons & les fyllabes de la Langue
, pour les faire retenir par le moyen de
figures gravées ; mais , fi l'on vous en croit ,
je ne fuis encore ici que le Copiſte de M.
Py-Poulain car il y a plus de vingt - cing
ans , dites- vous , que M. de Launay , mon
Pere fe fervoit de figures pour apprendre à
lire.
Voilà une Anecdocte curieufe ; d'où l'avez-
vous déterrée ? Je fuis un peu furpris
que vous alléguiez ce fait , fans en donner
de
AOUS T. 1744. 17711
de
preuve ; vous nous renvoyez au Mémoire
de M. Danguy , & vous fçavezbien
que ce fait n'y eft nullement prouvé ;
vous voulez donc qu'on vous en croye fur
votre parole. Je ne m'y oppofe pas , pourvû
que vous ne mne faffiez pas un crime d'avoir
ignoré avec toute la terre , lorfque je publiai
le plan de ma Méthode , une chofe que
vous & M. Danguy deviez reveler dans
la fuite ; mais , M. eft- il bien poffible que
M. votre pere en faifant part au public de
fes idées , ait oublié de lui communiquer
cette partie de fon fyftême ? Car dans l'Ou
vrage qu'il a publié , il n'y a pas un feul miot,
qui puiffe faire foupçonner qu'il fe foit jamais
avifé de fe fervir de figures pour ap
prendre à lire ; vous avez vous- même donné
une feconde Edition de cet Ouvrage ; vous
avez réformé quelques-unes des idées de
F'Auteur , & en avez perfectionné quelques
autres. C'est vous-même qui nous l'apprenez
vous défapprouvez d'ailleurs l'ufage
des figures pour apprendre à lire , & vous
n'avez point averti que vous aviez réformé
le fyftême de M. votre pere fur un article
auffi important;que cela eft modefte ! Après
cela , pouvois-je fçavoir qu'en peignant les
fons de la Langue par des figures , dont les
objets font familiers aux Enfans , je ne fai-
Cvj
fois
1772 MERCURE DE FRANCE.
fois fuivre les traces de M. de Launay ? que
& avec quelle raifon pouvez - vous vous
plaindre , fi je ne lui
pas fait honneur
d'une découverte dont je ne pouvois fçavoir
qu'il fût le pere , & dont vraisembla
blement le Public refufera encore de lui accorder
la gloire , fi vous ne vous efforcez
de la lui affurer par des preuves convainquantes
?
Pour moi , je me contente de l'aveu que
vous faites , que les figures de feu M. votre
étoient differentes des miennes ; il fapere
tiguoit fans doute les Enfans mal- à- propos ,
en les obligeant à mettre dans leur tête deux
idées en même-tems , celle de la figure &
celle de la fyllabe ; peut- être fes figures
étoient tirées de la Fable ou de l'Hiftoire :
s'eft-il fervi d'un Janus à deux vifages pour
exprimer le fon ge , du Cefte de Venus pour
ft , d'Acteon changé en Cerf pour fe , de la
Barque à Caron pour que , comme dernierement
M.l'Abbé Danguy a voulu l'entreprendre,
contre les droits de mon privilége.Si cela
eft , je conviens que fa Méthode manquoit
de fimplicité , & qu'il furchargeoit inutile
ment la mémoire de fes éléves. C'étoit vouloir
leur apprendre une choſe par le moyen
d'une autre , qui ne leur étoit pas plus connuë
: il falloit leur apprendre plufieurs faits
Hif
AOUST. 1744. 1773
exempte
Hiftoriques ou Fabuleux pour leur faire re
tenir un feul fon de la Langue ; que d'idées
ne falloit- il pas mettre dans leur tête en
même-tems heureuſement ma Méthode eft
de ce défaut ; elle n'oblige point
Les Enfans à fe charger la mémoire de deux
idées en même- tems. Comme je n'employe
que des objets qui leur font familiers , tels
que font Eventail , Montre , Liv , Soleil
&c. elle ne fait que fe fervir des idées qu'ils
ont déja , fans que je m'en fois mêlé , pour
leur faire retenir des fons que je veux leur
apprendre. S'il eft vrai que M. de Eaunay
ait employé des figures pour apprendre
à lire , je fuis bien aife de l'avoir ignoré
& je m'eftime heureux que ma Méthode
foit en ce point fi différente de la fienne.
Que M. Py - Poulain jouiffe donc de
la gloire qu'il a méritée, en publiant ſa Méthode
de lecture , & vous de celle que vous
avez pû acquérir à la réformer & à la perfectionner
; je ne fuis point affés injufte pour
vouloir m'attribuer , ou partager avec vous
les éloges qu'elle a reçus de nos Sçavans ;
mais convenez auffi que ceux dont on a honoré
la Méthode que j'ai annoncée , ne vous
touchent ni directement ni indirectement ; des
Cenfeurs publics ne l'ont préconisée , que
parce qu'ils lui ont vû operer des merveilles ;
or , remarquez que ces prodiges , qui ont
étonné
1774 MERCURE DE FRANCE.
étonné , n'ont été opérés que par une Méthode
, qui , par l'ufage qu'on y fait de plufieurs
figures, n'eft propre , felon vous , qu'à
fatiguer inutilement les Enfans , & à retarder
leurs progrès à quoi penfiez -vous donc,
quand vous avez cru pouvoir faire honneur
à votre Méthode , & de ces Merveilles , &
des éloges qui en ont été la fuite ? Quelle
contradiction !
Vous me reprochez , après M. Dand'introduire
une réforme dans l'ortoguy
,
graphe , & d'écrire Cen pour Sang. Dange
pour Dogue. C'est une méprife qui ne vous
fait pas honneur ; en voici l'origine . Ces
fyllabes Ang & Og , quoique compofées de
différentes lettres , rendent le même fon
c'est pourquoi j'ai cru devoir les peindre
par une même figure. J'en dis autant de ces
autres , San & Cen. Mais il ne s'enfuit pas.
de-là que j'écrive Dangue , au lieu de Dogue ,
ni Cenguin , au lieu de Sanguin . Vous voyez
à quoi on s'expofe , quand on s'aviſe de
ler d'une matiere qu'on n'entend pas ; pour
moi je ne me fuis jamais avifé de réformer
fur cet article les anciens ufages , & il ne
m'arrivera certainement jamais de propofer
d'écrire Cien ,Cat , Ceval , jamê , Anglê , ils
èmê , Pijon , axès , fuxès , egziler , otorifer ,
& c. au lieu de Chien , Chat , Cheval, jamais,
par-
An
AOUST. 1744.
$775
Anglois , ils aimoient , Pigeon , accès , fuccès ,
exiler , autorifer , &c. comme vous l'avez
fait dans le Plan nouveau d'ortographe que
vous avez publié , pag. 178 , 179 , 182 ,
194 , 210.
Au refte , M. étoit-il néceffaire de troubler
la cendre des morts , & de faire paroître ſur
la Scéne une perfonne qui n'eft plus & que
je regrette , pour avoir occafion de lâcher
quelques traits de mauvaiſe plaifanterie ? à
Dieu ne plaife qu'elles me déterminent à
rompre le filence que je me fuis impofé du
vivant même de feu M. l'Abbé Danguy.
Un refte d'amitié pour un jeune homme à qui
je n'ai jamais ceffé de rendre tous les fervices
qui ont dépendu de moi ; l'efperance bien fondée
que j'avois conçue de fon retour , les regrets
•·qu'il a fait paroître àfa mort , pour en avoir fi
mal ufe avec moi , font des motifs trop preſſans,
qui m'obligent encore à me taire. J'avoue , qu'il
m'a beaucoup coûté dans le tems de me détermi
ner au filence , mais il me coûtera
pen
nant de le garder , & l'occafion favorable de
vous rendre vos plaifanteries , ne fera pas capable
de mele faire rompre.
mainte-
C'est même à regret que je releverai ce que
vous avancez , que M. D. a dit à des perfonnes
refpectables, que je lui avois avoué que
votre Méthode n'étoit autre que la mienne ;
qu'il
1776 MERCURE DE FRANCE.
qu'il l'ait dit , ou non , cela m'inquiéte fort
peu. Mais comment avez- vous ofe alleguer en
preuve des faits de cette nature , qu'il eft impoffible
de vérifier ? car enfin il s'agit defçavoir
s'il eft vrai quej'ayejamais fait un pareil aveu;
comment aurois-je pû le faire ? connoiſſois -je
affés peu les principes de ma Méthode & ceux
de la vôtre , pour ignorer l'extrême différence
qu'il y a entre les uns & les autres ?
Voilà , M. les réfléxions que j'ai cru devoir
publier pour répondre à votre Lettre ;
j'augure trop bien des difpofitions favora
bles où je vous vois maintenant à l'égard de
ma Méthode , puifque vous effayez de vous
l'approprier , pour ne pas les feconder ;
déja vous en goûtez le fond ; c'eft beaucoup ;
il ne vous refte plus qu'un pas à faire ; il ne
s'agit que d'approuver l'ufage que je fais des
figures ; rien n'eft plus aife ; le facrifice que
vous ferez pour cela de vos préjugés ne ſera
pas grand.
Je m'attens que bien- tôt vous ferez connoître
que vous êtes docile à la voix de la
Raifon , & que vous fçavez rendre hommage
à la vérité. Penfez - y. Je fuis , & c.
Je perfifte dans les mêmes fentimens que
je vous marquai dans une vifite dont vous
m'honorâtes un jour , fans vous faire connoître.
Vous voulûtes parier que je ne ferois
jamais
AOUST. 1744.
1777
jamais lire en un mois , par le moyen de ma
Méthode & de mes figures , comme je l'a
vois annoncé ; j'acceptai le défi , & vous
propofai de dépofer chacun pareille fomme
raifonnable chés un Notaire ; fi mon Effai
réuffit , vous difois-je , j'ai gagné , finon j'ai
perdu . Ne trouvez pas mauvais , s'il vous
plaît , que dorénavant je ne réponde point
vos Lettres , fi vous m'en adrellez encore ,
que vous n'acceptiez la propofition que
vous m'avez obligé de vous faire.
Je profite de cette occafion pour avertir
le public que ceux , qui enfeignent fuivant
les principes de ma Méthode , s'offrent d'enfeigner
gratis pendant quinze jours , & au
cas qu'au bout de ce tems- là les parens ne
foient pas contens des progrès , ils pourront
remercier les Maîtres : finon , ils feront
obligés de s'en tenir au marché dont ils feront
convenus. L'expérience confirme que
cette Méthode eft très-propre à apprendre
aux Etrangers à bien prononcer le François
, & à réformer leur accent en très- peu
de tems.
Voilà ma nouvelle adreſſe , au cas que vous
vouliez , M. me venir trouver pour m'annoncer
que vous acceptez le défi que je vous fais.
L'Abbé Berthaud , rue de Richelieu , visà-
vis celle de Villedot.
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