Extrait de quelques Lettres
de Londres du 8. Octobre.
Mr Edoüard Harvey , lun
des fix membres du Parlement
que le Roy avoit ordonné
d'arrêter , & qui eft ſous la
garde d'un Meſſager d'Etat ,
:
J
GALANT. 195
4
fut examiné avant hier au
Conſeil, devant S. M. on lui
fit diverſes queſtions au fujet
du noir complot qui a eſté dé
couvert : mais il nia d'eſtre entré
en aucune confpiration
contre le Roy & le Gouverne.
ment , & ne voulut rien découvrir
, fur quoy on luimon.
tra une Lettre écrite de fa
propre main qui prouvoit fa
trahiſon , cela lemit dansune
grande confufion,& il promit
d'avoüier tout le lendemain.
Là-deſſus on le renvoya fous
la garde du Meſſager ; mais
hier au matin il tenta des'ôter
?
196 MERCURE
T
la vie , & fe donna 3. coups
deganifqui luy ont caufé une
grande perte de fang , cepen
dant on ne croit pas que les
playes foient mortelles ; quel
que temps aprés le Comte de
Nottingham , Préfident du
Confeil , alla le trouver pour
l'examiner & prendre les dé
pofitions; il luy dit entr'autres
choſes : Qu'il s'étoit laiffé induire
follement à entrer dans la
confptration , & qu'il en étoit
bien faché ; mais que voyant
qu'on avoit de telles preuves con
tre luy , &qu'il ne pouvoit pas
échaper à ta fustices il avoit
voulu fetuer pour ne pas s'expoGALANT.
197
5
4
feràtrahirfes amisa
Onn'eſt point encore bien
inſtruit des particularitez de
cet horrible complot. Quelques
uns diſent qu'il devoie
s'executer avant hier ,& que
pendant que ledit Harvey à
latête de400 conjuréz devoit
faire main bafle fur la garde
de S. James , & mettre le feu
au Palais , &c. un autre party
auſſi nombreux devoits'aſſen ,
rer de la Banque , & de Echi
quier ; & mettre le feu en
divers endroits de la Ville ,
pour caufer de la confufion
parmy le peuple. D'autres
Rij
198 MERCURE
aſſeurent que le deſſein des
confpirateurs étoit d'exciter
des revoltes en 2. ou 3. Pro
vinces d'Angleterre pour y
attirer les troupes du Roy , à
fin de favorifer l Invaſion du
Comte de Marr en Angleterre
, à la tête des rebelles
Ecoſſois ; mais que le grand
coup devoit ſe frapper du côté
de l'Oüeſt , où les rebelles ſe
croyoient les plus forts, & où
le Prétendant , devoit débarquer.
Quoyqu'il en foit la
conſpiration étantdécouverte,
&les mesures priſes , pour en
prevenir les ſuites , on ne doute
plus que tous les projets
THEQUR DE
ALANT9
&complots aillent enfudemséree.belles ne
en
*
On affeure qu'on a receu
avisque lePrétendant, a refusé
de paffer en Angleterre, avant
que les amis cuffent affemblé
des forces ſuffiſantes pour foûrenir
fondébarquement
qu'en attendant il preffoit le
Duc d'Ormond ,& le Vicom +
te de Ballinbrock , de paffet ca
ce Pays pour y faire foulever
leurs amis. On apprend d'E
colle que les rebellesn'ont pas
encore affemblé toutes leurs
forces & que le Comte de
Marr n'a tout au plus que
Rij
: 200 MERCURE
:
2000. hommesauprés de duy.
publier une proclama- On va
tioncontre ce Comte , par laquelle
onpromet10000, livres
fterlin de recompenſe à ceux
qui pourront s'aſſeurer de ſa
perfonne. ८
Le Lord Poowis doit être
jugé par une commiffion particuliere
, ſous le nom de M.
Harbet ; il eſt accuſé d'avoir
agi en qualité de Treſorier du
parti du Prétendant , ayant receu
200. mille livres ſterlin de
quelques PaysEtrangers, dont
il en a diſtribué 1503 milleaux
Conſpirateurs. On dit qu'un
nombre confiderable de Sei .
GALANT. 201
gheurs , Gentilshommes , &
autres, font entrez dans ce noir
complot. Le Chevalier Guillaume
Windham a cſté arrêté.