LA PUISSANCE DE L'AMOUR ,
CANTATE.
Errant dans les Bois & laPlaine ,
L'infortuné Lycas , agité , furieux ,
Fuyoit la perfide Climene ,
Las de ſouffrir ſes mépris odieux .
De l'Enfant de Cythere , auteur de ſon ſupplice ,
Il déteftoit ainſi le funefte caprice.
>>>En vain , cruel Amour , la plus rare Beauté
>>Mettroit ſa gloire à me ſéduire ,
•Elle ne pourra plus ravir ma liberté .
>>C'en est fait , pour jamais je quitte ton Empire
>> Lance-moi trait ſur trait; je les braverai tous ;
»Mes yeux s'ouvrent enfin,je ne crains plus te
coups.
»De ta félicité la douceur paſſagere
>>N'eſt qu'une trompeuſe chimére.
Craignons que l'Amour,
Dans ſajuſte colere ,
Ne puniſſe un jour
Un orgueil téméraire.
Modérez , Amans ,
Vos murmures coupables ;
Vos foibles ſermene
?
1216 MERCURE DE FRANCE.
८
Sont- ils inviolables ?
Craignons que l'Amour , &c.
Le Dieu qui regne ſur les coeurs ,
Mépriſa de Lycas les frivoles clameurs ;
Il prend l'effor , & dans ſon vol rapide,
Armé d'une fleche homicide ,
Audacieux , dit-il , toi qui ſur nos Autels
Viens inſulter les Immortels ,
Ce trait lancé dans ma vengeance ,
Va te faire éprouver ma ſuprême puiſſance ;
Auſſi tôt dans ces Lieux
Un ſéduiſant objet ſe préſente à ſes yeux,
La brillante jeuneſſe
: Anime ſes appas ;
Les Amours , la tendreſſe
Accompagnent ſes pas ;
Les Jeux , les Ris , les Graces;
Folâtrent ſur ſes traces ;
Des volages Plaiſirs
La joyeuſe cohorte ,
Soumiſe à ſes déſirs ,
Compoſe ſon eſcorte.
Il s'arréte ... il admire ... & d'une foible main
Ses forces languiſſantes
Laiſſent tomber ſes arines impuiſſantes ;
D'un Dieu vainqueur il cede au pouvoir ſouverain;
Bien-tôt il ſent remaître une flame nouvelle ;
Déja
OCTOBRE.
1744 2217
Dja ſa bleſſure eſt mortelle
Pour triompher des attraits ſi puiſſans ,
Eſt il chés les Humains des efforts ſuffiſans
Peuvent-ils ſetirer du piége qui les bleſſe ?
Ils ne fout que foibleſſe.
Eſt- il dans leur Vertu , leur timide Raiſon ,
Un remede aſſuré pour ce fubtil poifon ?
Près des appas qui les raviſſent ,
Leurs vainsprojets , hélas ! bien-tôt s'évanoüiffent.
C'eſt en vain que nos coeurs
Veulent réſiſter aux douceurs
De tant de charmes ;
Rendons les armes
nos Vainqueurs.
De la Raiſon flambeau qui nous éclaire,
Ton obfcure lumiere
Ne fait qu'égarer ;
Vertu chancelante ,
Peux tu réparer
Sa lueur mourante ?
Invincibles Amours ,
Sous vos coups notre force expire ;
Triomphez , triomphez toujours ;
Soumettez-nous à votre Empire ;
Déja l'encens brûle ſur vos Autels;
Venez ; regnez fur les Mortels.
E. G. **
,
de Senlis.