LE VIEUX ET LE JEUNE
CHESNE
Par M. RICHER , Avocat au
Parlement de Normandie ."
U
FABLE.
N Chêne qui comptoir plus de
trois cens années ,
Vit enfin fes vaftes Rameaux
Infultez par les Deftinées.
On eut vû Pan jadis enfler fes chalumeaux
,
:
A l'ombre de fon verdfeuillage :
C'étoit le féjour des Oiseaux ,
Ils y faifoient entendre leur ramage :
Les Nymphes y danfoient au milieu
des Amours.
DE MAY.
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Mais tout apris un autre cours ;
L'âge envieux procurantfa difgrace
,
Un jeune Chêne le remplace.
Il étoit né d'un gland de l'Arbre
malhûreux ,
Que la Terre échauffa dansfonfein
amoureux ;
Il eut du blond Phébus un regard favorable
,
Et des Arbres bien -tôt devint le plus
aimable.
Dans fes rameaux badinoient les
Zéphirs ,
Et la plaintive Philomele
Pouffant lesplus tendresfoupirs,
T chantoit tous les jours quelque
chanson nouvelle.
Souvent la Déeffe des Bois
Venoit fe repofer fous ce charmant
ombrage ,
Et fur le ferpolet mettoit basfon carquois.
Enfin, il it bien-tôt unparfait avantage
Eur le Chêne ancien , qui voyoit chaquejour
38 L ETMERCURE
S'éloigner quelqu'Oiseau, s'en voler
quelqu 'Amour ;
Jufqu'où pouffe ſes traits la Fortune
ennemie ?
Bien-tôt pour comble d'infamie
,
Il eut pour Hôtes les Hiboux ,
Chauves - Souris qui logeoient dans
les troux
De fon vieux tronc ,fansſubſtance &
fans force :
A qui defféché par les ans
Il ne reftoit plus que l'écorce.
Year
Il pouffa vers le Ciel mille cris impuiffans
,
Pour changerfa trifte fortune :
Mais vainement il l'importune,
L'on fçait affez que le Deſtin
N'écoute rien
train .
va toujours fon
Il ne lui faifoit point d'injure :
L'Arbre fit fur la Terre un affez
long séjour ,
re
Et la Justice & la Natu
Veulent que chacun ait fon
tour.