A M. de la S..... pour le jour de fa Fête.
T Rois Deïtés , dont vous êtes l'image ,
Que fuivent en tous lieux des flots d'adorateurs ,
Ou plûtôt , qu'à l'envi , l'on fert & l'on outrage ,
A qui vous feul rendez un véritable hommage ,
Qui vous comblent auſſi des plus rares faveurs ,
Ces Dieux que l'on nous dit, ne fe raffembler guere
Apollon , l'Amitié , l'Amour ,
Dans le même chemin , & pour la même affaire ,
Se rencontrerent l'autre jour ;
'Amour fut le premier qui rompit le filence ;
Avec un doux fourire il aborde Apollon ,
Bon jour , dit-il , Seigneur de l'Hélicon ,
Peut- on , fans manquer de prudence ,
( Pourfuit- il , d'un ton familier )
yous demander à qui vous portez ce Laurier ?
A qui répart Apollon ; au Mérite ,
Au plus cher de mes nourriffons ,
Qui, fçavant fans orgueil, digne de mes leçons ,
Par de nouveaux efforts m'invite
A le combler de nouveaux dons ;
fa J'ai prévenu la Fête , & je cours au plus vîte
De ce Laurier le couronner
Ce n'eft point un préfent que je vais lui donner ,
C'eſt un tribut dont je m'acquitte ;
Mais
SEPTEMBRE . 1743. 1947
Mais vous , Monfieur le curieux ,
La même liberté nous eft , je crois , permiſe ,
Pour qui ce Mirthe à quel front amoureux
Cette parure a-t'elle été promile ?
Au plus aimable des Mortels ,
Répond l'Amour ; il a mes graces , ma jeuneſſe ;
Il y joint l'air de la ſageſſe ;
Son Portrait près du mien brille fur mes Autels ;
Hymen voudroit l'unir par des noeuds éternels ;
Moi , je les formerois des mains de la tendreffe ;
Dans fon Epouſe enfin trouvant une Maîtreffe ,
Il recevroit de nous des bienfaits mutuels ;
Dans peu de jours auffi l'on célebre fa Fête ;
Ce Mirthe eft le préfent que je crois lui devoir ;
Il a par plus d'une conquête
Sur un Sexe volage affuré mon pouvoir ;
On vint à l'Amitié , fans nul don , leur dit elle ,
Je vais m'offrir à l'un de mes Enfans ;
Il verra l'Amitié , que d'une ardeur fidelle
Il fert depuis fes premiers ans ;
Que puis - je lui donner ? Il a mes ſentimens ;
Eh ! quelle eft cette ame ſi rare ,
Interrompit l'Amour avec empreffement ?
Ce tréfor , que le Ciel avare ,
Aux voeux de l'Univers accorde rarement
C'eſt la S.... répond l'Amitié , quoi ! la S...
Dit l'Amour , ce Mortel , le même à qui je vais
Offrir ce Mirthe pour couronne !
C Celui
1948 MERCURE DE FRANCE.
Celui qui chaque jour mérite mes bienfaits ,
S'écrie auffi Phébus ! la rencontre m'étonne
Lui-même , pourfuit l'Amitié ;
Tout talent , tout p'a fir , toute vertu l'enflâme ;
Partageons les tranfports qui rempliffent fon ame ;
Que fon coeur me foit confié ;
Dans l'art de plaire , Amour , foyez fon guide ,
Mais n'allez pas nous ufurper nos droits ;
Qu'à fon efprit le Dieu des Vers préfide ;
Pour un pareil Eleve , eft - ce affés de nous trois !
M. Darnaud.