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1
p. 1170-1172
Mandement de l'Archevêque de Paris, [titre d'après la table]
Début :
Le 7. Avril, M. l'Archevêque de Paris donna un Mandement qui ordonne des [...]
Mots clefs :
Archevêque, Prières, Sécheresse , Misère, Pauvres, Pluie, Dieu
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texteReconnaissance textuelle : Mandement de l'Archevêque de Paris, [titre d'après la table]
Le 7. Avril , M. l'Archevêque de Paris
donna un Mandement qui ordonne des
des Prieres pour la conservation des biens
de la terre , en voici la teneur :
CHARLES-GASPARD -GUILLAUME , &c.'
Dans la crainte qu'une longue secheresse ne
nuisit aux Fruits de la Terre , et que nous n'eussions
la douleur de voir augmenter la misere des
Pauvres , qui doivent être le premier objet de
notre charité , nous nous sommes addressez à
celui
MAY. 1731 1171
"
celui qui dispense à son gré les biens et les maux,
l'abondance et la sterilité , et nous avons ordonné
à tous les Prêtres de notie Diocèse de réciter
à la Messe la Collecte inserée dans le Missel ,
pour demander à Dieu la pluye dont nos Campagnes
ont besoin. Nous voyons avec consolation
que le Seigneur , sensible à nos Prieres , commence
à les exaucer , et c'est ce qui doit nous engager
à les redoubler avec autant de ferveur que
de confiance , pour conjurer le Pere des misericordes
, d'ouvrir ses trésors et de répandre sur
la Terre ces rosées de benediction , d'où dépend
la fécondité . Implorons l'intercession de nos
saints Patrons , si puissante auprès de Dieu , et
dont nous avons tant de fois éprouvé les salutaires
effers ; mais souvenons- nous que ce sont nos pe-
*
chez qui arrêtent le cours des graces et des bienfaits
de Dieu , que c'est parce que nous l'irritons
continuellement par nos desordres , que selon ses
menaces , le Ciel devient d'airain , et la Terre
de fer. Appaisons donc sa colere , par une conversion
sincere , par nos gémissemens et par nos
larmes ; que les Prêtres et les Ministres sacrez ,
prosternez entre le Vestibule et l'Autel , prient le
Seigneur de pardonner à son Peuple , et que les
Pécheurs penetrez du plus amer regret de leurs
fautes , s'efforcent d'en obtenir le pardon par de
dignes fruits de pénitence.
A ces causes , après en avoir conferé avec nos
venerables Freres les Doyen , Chanoines et Cha-
* Deut. 28. 12. Aperiet Dominus thesaurum
suum optimum , Coelum , ut tribuat pluviam
terra tua in tempore suo.
* Deuter. 28. 23. Sit calum , quod supra te
est , aneum ; et terra , quam calcas , ferrea.
pitre
1172 MERCURE DE FRANCE
pitre de notre Eglise Métropolitaine , ayant égard
à la priere des premiers Magistrats , nous ordonnons
que dans toutes les Eglises de cette Ville et de
ce Diocèse, outre la Collecte intitulée , Ad petendam
pluviam , on dise à l'issue de la principale
Messe le Trait , Domine , non secundùm , &c.
avec le Verset , Ostende nobis , &c. et l'Oraison
Effunde , &c. Et à l'issue des Vêpres les Litanies
des Saints pendant neuf jours , à compter du jour
de la réception de notre present Mandement. Exhortons
le Clergé et le Peuple de visiter , soit en
Procession, soit en particulier , l'Eglise de Notre-
Dame et celle de sainte Geneviève du Mont , Ou
les Châsses de S. Marcel et de cette Sainte seront
découvertes pour exciter la ferveur et la confiance
des Fideles . Afin que tout se fasse avec ordre ,,
et sans interrompre le service de ces Eglises , les
Curez et autres Superieurs conviendront avec
nosdits Venerables Freres de notre Eglise Métropolitaine
, et les Sieur Abbé , Prieur et Religieux
de sainte Geneviève du Mont , des jours et heures,
ausquels chaque Procession pourra se rendre,,
aprés la Fête de l'Ascension , dans lesdites Eglises.
Si vous mandons , &c.
donna un Mandement qui ordonne des
des Prieres pour la conservation des biens
de la terre , en voici la teneur :
CHARLES-GASPARD -GUILLAUME , &c.'
Dans la crainte qu'une longue secheresse ne
nuisit aux Fruits de la Terre , et que nous n'eussions
la douleur de voir augmenter la misere des
Pauvres , qui doivent être le premier objet de
notre charité , nous nous sommes addressez à
celui
MAY. 1731 1171
"
celui qui dispense à son gré les biens et les maux,
l'abondance et la sterilité , et nous avons ordonné
à tous les Prêtres de notie Diocèse de réciter
à la Messe la Collecte inserée dans le Missel ,
pour demander à Dieu la pluye dont nos Campagnes
ont besoin. Nous voyons avec consolation
que le Seigneur , sensible à nos Prieres , commence
à les exaucer , et c'est ce qui doit nous engager
à les redoubler avec autant de ferveur que
de confiance , pour conjurer le Pere des misericordes
, d'ouvrir ses trésors et de répandre sur
la Terre ces rosées de benediction , d'où dépend
la fécondité . Implorons l'intercession de nos
saints Patrons , si puissante auprès de Dieu , et
dont nous avons tant de fois éprouvé les salutaires
effers ; mais souvenons- nous que ce sont nos pe-
*
chez qui arrêtent le cours des graces et des bienfaits
de Dieu , que c'est parce que nous l'irritons
continuellement par nos desordres , que selon ses
menaces , le Ciel devient d'airain , et la Terre
de fer. Appaisons donc sa colere , par une conversion
sincere , par nos gémissemens et par nos
larmes ; que les Prêtres et les Ministres sacrez ,
prosternez entre le Vestibule et l'Autel , prient le
Seigneur de pardonner à son Peuple , et que les
Pécheurs penetrez du plus amer regret de leurs
fautes , s'efforcent d'en obtenir le pardon par de
dignes fruits de pénitence.
A ces causes , après en avoir conferé avec nos
venerables Freres les Doyen , Chanoines et Cha-
* Deut. 28. 12. Aperiet Dominus thesaurum
suum optimum , Coelum , ut tribuat pluviam
terra tua in tempore suo.
* Deuter. 28. 23. Sit calum , quod supra te
est , aneum ; et terra , quam calcas , ferrea.
pitre
1172 MERCURE DE FRANCE
pitre de notre Eglise Métropolitaine , ayant égard
à la priere des premiers Magistrats , nous ordonnons
que dans toutes les Eglises de cette Ville et de
ce Diocèse, outre la Collecte intitulée , Ad petendam
pluviam , on dise à l'issue de la principale
Messe le Trait , Domine , non secundùm , &c.
avec le Verset , Ostende nobis , &c. et l'Oraison
Effunde , &c. Et à l'issue des Vêpres les Litanies
des Saints pendant neuf jours , à compter du jour
de la réception de notre present Mandement. Exhortons
le Clergé et le Peuple de visiter , soit en
Procession, soit en particulier , l'Eglise de Notre-
Dame et celle de sainte Geneviève du Mont , Ou
les Châsses de S. Marcel et de cette Sainte seront
découvertes pour exciter la ferveur et la confiance
des Fideles . Afin que tout se fasse avec ordre ,,
et sans interrompre le service de ces Eglises , les
Curez et autres Superieurs conviendront avec
nosdits Venerables Freres de notre Eglise Métropolitaine
, et les Sieur Abbé , Prieur et Religieux
de sainte Geneviève du Mont , des jours et heures,
ausquels chaque Procession pourra se rendre,,
aprés la Fête de l'Ascension , dans lesdites Eglises.
Si vous mandons , &c.
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Résumé : Mandement de l'Archevêque de Paris, [titre d'après la table]
Le 7 avril, l'Archevêque de Paris publia un mandement ordonnant des prières pour la conservation des biens de la terre, en raison d'une sécheresse prolongée menaçant les récoltes et aggravant la misère des pauvres. Il demanda à Dieu d'envoyer la pluie et ordonna aux prêtres de son diocèse de réciter une collecte spéciale lors de la messe. Notant une possible réponse divine, il encouragea à intensifier les prières. Le mandement souligna que les péchés humains pouvaient entraver les bienfaits divins et appela à une conversion sincère et à la pénitence. Après consultation avec les dignitaires de son église métropolitaine et à la demande des premiers magistrats, l'Archevêque ordonna des prières supplémentaires pendant neuf jours après la principale messe et les vêpres. Il exhorta le clergé et le peuple à visiter les églises de Notre-Dame et de sainte Geneviève du Mont, où les reliques de saints seraient exposées pour stimuler la ferveur des fidèles, tout en assurant la continuité du service des églises.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 2053-2066
LETTRE écrite à M. Adam, Medecin, sur la secheresse de la presente année 1731. et sur la maladie des Bestiaux en certains Pays.
Début :
Nous sommes, Monsieur, dans une année distinguée par la secheresse extrême [...]
Mots clefs :
Sécheresse , Bétail domestique, Bêtes fauves, Cerfs, Hiver, Prières publiques, Palestine, Chrétiens, Évêque de Lyon
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite à M. Adam, Medecin, sur la secheresse de la presente année 1731. et sur la maladie des Bestiaux en certains Pays.
LETTRE écrite à M. Adam, Medecin,
surla secheresse de la presente année 1731 .
et sur la maladie des Bestiaux en certains
Pays.
'Ous sommes , Monsieur , dans une
Narinée distinguée par la secheresse extrême
qui y a regné , et qui y regne encore.
Je ne sçai si nous ne pourrions pas
la comparer à celle dont parle S. Grégoire
de Tours sur la fin de Histoire de
France , et dont il dit : Siccitas immensa
>
fuit que omne pabulum herbarum avertit.
A iij
Cet
2034 MERCURE DE FRANCE
Cet Historien du sixiéme siecle , qui en
fut le témoin, ajoûte que les Quadrupedes
en souffrirent beaucoup , et qu'il en mourut
un si grand nombre , qu'à peine en
resta- t'il pour perpetuer la race , et il
applique à cette occasion ce que dit le
Prophete Habacuc : Abscindetur de ovili
pecus , & c. (a) Il ajoûte que ce ne fut pas
seulement sur le Bétail domestique que
s'étendit le mal , mais encore sur les bêtes
fauves , et qu'on trouvoit dans les Forêts
les Cerfs et autres animaux étendus morts
sur la place .
L'expérience du passé ayant fait craindre
que pareilles choses n'arrivassent de
nos jours , on a sagement prévenu le mal
en plusieurs endroits du Royaume : on
a eu recours aux Intercesseurs qui sont
les Saints , et on s'est mis sous la protection
de ceux qui sont regardez comme les
Tutelaires des Lieux , et il paroît qu'on
s'en est bien trouvé. Une remarque cependant
que quelques- uns ont faite , est
qu'il leur a semblé que les Diocèses dont
S. Etienne est Patron ont été privilegiez
et qu'ils ont eu de la pluye en abondance
(4) Je rapporte ici ce Passage suivant la Vul-
S. Grégoire le cite selon la Version qui
avoit cours dans les Gaules de son temps. Defieient
ab csca oves , Úc.
avánt
SEPTEMBRE . 1731 2055
avant les autres. Il y en a en France au
moins une douzaine ; mais je ne puis cer
tifier le fait qu'à l'égard de deux de ces
Diocèses où je me suis trouvé vers la saint
Jean derniere , dans le temps que ces
pluyes sont venues après la secheresse
commencée au mois de Fevrier . Aussi peutêtre
ne faisoit-on pas des Prieres dans tous,
et peut- être que
dans les lieux où l'on en
faisoit , on n'interroissoit pas également
S. Etienne dans ce qu'on vouloit obtenir .
Ce qu'il y a de certain c'est que depuis la
révelation faite au Prêtre Lucien , dans un
temps de secheresse , que Dieu écouteroit
les Prieres de son Peuple , appuyées de
l'intercession de S. Etienne , et qu'il en
auroit pitié , on a toûjours eu dans l'Eglise
une grande dévotion envers ce saint
Martyr , lorsqu'il a été besoin d'obtenir
la cessation de cette espece de calamité.
Le souvenir de ce qui étoit arrivé au commencement
du V. siecle pendant cette
secheresse d'hyver qui fut si fatale aux
biens de la Terre dans la Palestine , a toûjours
été present à ceux qui lisent l'Histoire
avec attention .
Je prévois dans ce moment que plus
d'une personne seront frappez de ma remarque
; mais je les prie d'observer les
Livres où sont marquées les Prieres pu-
A iiij bliques
056 MERCURE DE FRANCE
bliques de l'Antiquité pour les temps d'af-
Aliction , et ils verront que l'invocation
de S. Etienne y est marquée avec distinc-
´tion . Ce n'est donc pas la faute de nos ancêtres
, si le fait historique d'une pluye
salutaire esperée et obtenue par l'intercession
de S. Etienne , commence à être mise
en oubli . Ils ont toûjours eû soin d'en
inserer quelque chose dans leurs Livres
de l'Office divin , y faisant entrer la Revelation
du Prêtre Lucien , tant en chant
qu'en lecture. Mais depuis que l'on n'en
chante plus rien et qu'on se contente d'en
lire un abregé très- succint , où il n'est
point fait mention de cet évenement , it
est à craindre qu'on n'oublie le fait , ou
du moins qu'on ne l'ait plus si present à
l'esprit .
و
Il en étoit resté quelque vestige dans le
Breviaire de Sens de l'an 1702.à l'Office de
l'Invention deS.Etienne; on s'est fait depuis
ce temps- là un systême qui n'a point permis
que la memoire de ce trait historique
entrât dans l'Office refondu en 1726.Je ne
sçai s'il en sera de même dans toutes les
Eglises. Je tonnois un Chapitre insigne
où il sera difficile d'oublier tout-à-fait
cette ancienne Histoire : l'antiquité des
moyens temps y a pourvû d'une maniere
singuliere ; je ne veux pas la rapporter à
present ,
SETEMBRE. 1731. 2057
present. Au reste Saint Etienne n'est
pas le seul Saint par l'intercession duquel
on ait eu confiance d'obtenir de
la pluye dans les temps de secheresse.
Il paroît seulement qu'il est le premier
dont les Reliques ayent occasionné ce
secours salutaire , et c'est l'époque que.
l'on peut donner à l'antiquité de l'usage
de porter en Procession les Reliques
des Martyrs dans les temps de calamité.
à
Quelques années avant cette désolation
qu'on fixe à l'an 415. la Palestine s'étoit
ressentie d'une semblable affliction. La
secheresse avoit duré dans l'année 394.
ou 395. durant le mois de Die et d'Appellée
, qui sont deux mois de l'hyver
répondant à Novembre et Décembre ,
quelques jours près. Un S. Evêque nouvellement
placé sur le Siege de Gaze , obtint
miraculeusement de la pluye , au
moins pour son Territoire. L'Histoire en
est si curieuse qu'on ne peut la rendre
trop publique en ce temps- cy. Les Idolâtres
de cette Ville étoient allez au Temple
de Marnas , pour y prier et sacrifier ,
croyant que Marnas étoit maître de la
pluye , et qu'il étoit Jupiter même . Ils
continuerent leur chant pendant sept
jours ; mais le voyant sans effet , ils s'en'
retour2058
MERCURE DE FRANCE
retournerent à leurs ouvrages. La vie de
S. Porphyre , Evêque de cette Ville , écrite
par Marc , son Disciple , témoin oculaire ,
rapporte ensuite comment ce saint Prélat
eut le crédit d'obtenir de l'eau du Ciel.
Les Chrétiens , au nombre de 280. étoient
accourus à lui pour le prier de demander
à Dieu la cessation de la secheresse . Il ordonna
d'abord un jeûne , et commanda
qu'on s'assemblat le soir dans la grande
Eglise pour y celebrer les Vigiles , et cette
nuit-là , dit l'Ecrivain qui étoit un des
Diacres , nous y fimes trente Prieres , avec
autant d'agenouillemens , sans compter la
Psalmodie et les Leçons . Le récit de ce
Diacre témoin , appellé Marc , étant trèspropre
à prouver l'antiquité des usages
de l'Eglise Catholique , j'emprunterai ici
ses propres termes . Le matin , continuë- t'il ,
S. Porphyre faisant porter la sainte Croix
devant nous , nous marchames en chantant
des Hymnes vers l'Occident de la Ville , et
allâmes à la vieille Eglise de S. Asclepas
et là nous fimes autant de Prieres que dans
La grande Eglise. Puis nous allâmes à saint
Timothée , où sont les Reliques de sainte
Meure, Martyre, et de sainte Thée, qui a été
mise au nombre des Confesseurs , et y ayant
encore fait autant de Prieres et d'agenowil-
Lemens , nous retournâmes à la Ville ; fil
étoit
SEPTEMBRE. 1731. 2059
étoit trois heures après midi , ) et nous la
trouvâmes fermée; car les Payens vouloient
dissiper la Procession. Nous nous y
tinmes
deux heures sans qu'on voulût nous ouvrir :
et pour lors un vent de midi commença à convrir
le Ciel de nuées , et dès que le Soleilfut
couché, il fit une grosse pluye avec Tonnerre,
et les Payens voyant ce Miracle , nous ouvrirent
et vinrent avec nous à la grande
Eglise , disant : Christ est le seul Dieu. Il
plut donc depuis le buit d'Audynée jusqu'au
dix. (Audynée est le Janvier des Romains ,
hors qu'il commence cinq jours plutôt ,
comme les autres mois. ) L'onze nous celebrâmes
le saint jour de la Théophanie s et
il y eut cent cinq Payens convertis.
Il y a en France une Ville Episcopale
que je connois particulierement , où les
Prieres de cette presente année ont été
reglées à peu près sur le plan de celles
qu'on voit ordonnées par S. Porphire , et .
l'on a eû la consolation d'être exaucé le
lendemain du jeûne qui accompagna la .
ceremonie.
Mais revenons à la mortalité des Bestiaux
. C'est ordinairement la grande secheresse
qui la cause , parce que la secheresse
excessive brûlant l'herbe des Prez , les
animaux se trouvent obligez de brouter
les feuilles des arbres , aux feuilles des-
A vj quels
2060 MERCURE DE FRANCE
quels sont attachez certains Insectes qui
leur sont nuisibles. C'est une expérience
qu'on m'écrit avoir été faite en Bourgogne
au mois de Juin dernier. Elle suffit
ce me semble , pour assurer qu'Agobard,
Evêque de Lyon , avoit grande raison de
se mocquer de ceux qui croyoient de.
son temps que la mortalité qui regna sur
les Bestiaux , venoit d'une certaine poudre
des Maleficiers envoyez par le
Duc de Benevent , répandoient par la
campagne , et que le vent faisoit entrer
dans les narines des Boeufs et des Vaches.
Cette mortalité remarquable arriva en
l'an 810. Il ne faut pas songer à d'autres
causes dans celles qui arrivoient aux temps
de secheresse , qu'aux Insectes attachez
sous les feüillages.
que
Je ne sçai si celle qui arriva sous le
Roi Chilperic I. après la Bataille donnée
à Chateau -Meillan , en Berry , procedoit
d'un pareil principe ; elle fut si grande ,
au rapport de Gregoire de Tours , qu'après
qu'elle eut cessé , on regardoit comme
une chose merveilleuse de trouver une
Vache ou un Cheval sur pied . Sigebert
marque aussi dans sa Chronique à l'an
1137. qu'il y eut une si grande secheresse
en France , que de memoire d'homme
on n'en n'avoit vû de semblable. Il dit
qu'elle
SEPTEMBRE. 1731. 206
qu'elle fit tarir les Fontaines , les Puits ,
et même des Rivieres ; mais il n'ajoûte
pas si elle fut suivie d'aucune mortalité.
Il paroît que les paroles de l'Antiennedu
vieil Office de S. Etienne conviendroient
à merveille en ces ocsasions , et
qu'on peut les adresser à ceux dont il dépendroit
d'obtenir de la pluye par l'intercession
des Saints , mais qui moins diligens.
que S.Porphyre de Gaze , differeroient de
prendre cette voye. Nonne vides quanta
sit siccitas et tribulatio in toto mundo , et tu
negligenter agis ? On connoît à ce langage
alec'est le vieillard Gamaliel qui reprend
Lucien , de la négligence qu'il apportoit à
Gire proceder à la découverte du Corps de
S. Etienne , dont on attendoit le soulageanent
qui étoit si necessaire.J'ai trouvé ces
paroles dans les anciens Breviaires de Langres
et de Toul ; mais il y a une autre Eglise
queje ne veux pas nommer, où l'on chante
Cette Antienne avec une particularité qui
Rous divertira. Comme c'est le soir du
second jour d'Août , veille de l'Invention
de S. Etienne , l'un des Patrons de cette
Eglise, que cette Antienne se présente dans
l'Office , et que c'est au troisiéme Nocturne
,temps auquel la saison permet d'avoir
le gosier desseché après avoir déja chanté
deux grands Nocturnes ; on m'a assuré
qu'aussi-
1
1
2062 MERCURE DE FRANCE
qu'aussi - tôt et à l'instant que cette Antienne
est notifiée ou intimée , arrivent
au Choeur des Bedeaux ou Huissiers d'Eglise
avec des brocs de vin et des tasses .
et qu'ils y font la ronde , en offrant du
vin à tous ceux du Clergé qui en souhaitent
; bien plus , que selon la maxime ne
potus noceat , une ou deux autres personnes
portent sur un bassin des Biscuits ou
des Macarons, et en présentent à ceux qui
veulent redoubler. C'est ainsi que la gran
de secheresse ou chaleur causée au palais
par le chant , se trouve fort à propos hu
mectée et agréablement rafraîchie. Com
me je n'approfondis pas beaucoup les Ru
briques , je ne me suis pas informé si le
Breviaire ou l'Antiphonier marque dupli-,
catur à cette Antienne ; je crois cependant
que non , parce que c'est un Chapitre où
F'on ne suit pas le Breviaire Romain .
Je parierois bien , Monsieur , qu'en lisant
cecy , vous en faites l'application à
quelque Chapitre de l'Allemagne. Si cela
est , je puis vous certifier que vous vous
trompez. Mais je connois une autre pratique
usitée dans les Eglises de la Campagne
du côté de cette Region . Les Sta
Legian 1604*
tuts Synodaux de Metz de l'an 1604
m'ont donné occasion d'en être instruita
Par un article de ces Statuts , il est enjointaux
SEPTEMBRE. 1751. 2063
aux Curez , ut aboleant profana tonitrualia
festa cum paganismum redoleant , cæterasque
vanas observationes pro curandis et conservandis
pecoribus. Remarquez en passant
que les bestiaux sont toûjours en butte à
quelque adversité , que les soins ingénieux
des Paysans sçavent détourner ou faire cesser,
autant qu'il est en eux. Je ne pouvois
deviner ce que c'étoient que ces Fêtes Tonitruales,
qui paroissent influer sur la conservation
des bestiaux, mais j'en ai eu d'expli
cation d'une personne très - versée dans
toute l'Antiquité, et principalement dang
celle du Pays Messin et des environs.
Ce Sçavant m'a écrit que cette cere
monie s'appelle la Fête du Tonnerre: qu'elle
a été abolie presque par tout le Diocèse ,
mais que le voisinage du Diocèse de Tré
ves est cause qu'on n'a pû l'abolir entierement
dans le canton du Diocèse de
Metz , qui confine avec l'Allemagne , et
qu'elle est réservée dans quelques Paroisses
de ces quartiers- là . Cette Fête consiste
à celebrer certains jours de l'année
avec son des Cloches , Messe haute et avec
plusieurs ceremonies superstitieuses dif
ferentes , selon les lieux . On croit que
par ce moyen l'on est préservé du Tonnerre
, et qu'il tomberoit infailliblement
sur le lieu , si l'on n'y celebroit pas cette
Fête.
2064 MERCURE DE FRANCE
Fête .C'est un usage commun dans les Dio
cèses de Tréves , de Spire , de Cologne, de
Mayence , & c L'ancien Calendrier des
Romains , quoique rempli de Fêtes , n'avoit
point celle - la. Il peut se faire qu'elle
ait eu une origine pieuse dans le Christianisme
, et que dans la suite on ait dégeneré.
Le Méteore du Tonnerre étant
inconcevable dans ces effets , est souvent
nuisible , non -seulement aux animaux de
la Campagne , mais encore aux Hommes
et aux Edifices. Il est cependant hors de
toute apparence de croire que jamais il
ne tombe dans les Diocèses que je viens
de nommer , quoiqu'on y soit exact à
celebrer sa Fête ; il est , au contraire, certain
que de tant de milliers de Paroisses
qu'il y a en France où l'on ne la celebre
pas , à peine y en a- t'il vingt ou trente
par an qui ayent le malheur d'en être
frappées.
Je ne vous celerai point, Monsieur, que
quoiqu'on passe pour être plus éclairé en
France qu'on ne l'est en Allemagne , j'ai
trouvé des Villages en Champagne , où
les Paysans ont la même idée de certains
de nos Saints , que les Payens de la Ville
de Gaze avoient de l'Idole Marnas , dont
je vous ai parlé. Il y a de ces Villages où
l'on croit bonnement que S. Abdon
Martyr
SEPTEMBRE. 1731. 206)
Martyr de la Perse , du trente Juillet ,
est Maître du Tonnerre , et qu'il . en
peut disposer comme il lui plaît. C'est
pour cela , me disoit un jour un de ces
Paysans , c'est pour cela que notre Curé ne
manque jamais defaire la Fête de S. Abdon
de bonne heure ; il en fait grande solemnité
dans l'Octave de la Fête - Dieu , avant que
les grandes chaleurs viennent ; et personne ne
se dispense de venir ce jour-la au Service.
Encore si c'étoit de S. Jacques le Majeur
qu'ils eussent cette idée , ou de S. Jean
Evangeliste son frere , on diroit que cela
a quelque fondement dans le langage de
l'Evangile ; mais je vous avoue mon ignorance
touchant le rapport qu'a S. Abdon
avec le Tonnerre. c'est dommage que
S. Ceadde , Evêque de Lindisfarne , dont
parle le venerable Bede , n'ait pas sçû
le secret de nos Diocèses Allemans ; il se
seroit tenu fort tranquille lorsqu'il tonnoit
, lui , qui non - seulement se mettoit
alors en priere , mais y faisoit encore met.
tre les autres.
Au reste , Monsieur , quoique j'aye
attribué cy-dessus aux grandes secheresses
la mortalité des Bestiaux , je ne prétends
pas qu'elle en soit la seule cause .
On en a vû quelquefois artiver en des
années communes ; et même dans les
Pays2066
MERCURE DE FRANCE
Pays-Bas ,où les Canaux empêchent que les
Prez ne deviennent jamais si arides qu'en
France , les Bestiaux y meurent souvent
comme ailleurs ; mais ce qui doit être remarqué,
est que lorsque la maladie se met
sur ces animaux , les Religionnaires accourent
comme les Catholiques aux lieux de
dévotion , et viennent implorer l'intercession
des Saints ; Multiplicate sunt infirmitates
eorum ; postea acceleraverunt . Autour
de Bruxelles , c'est sainte Vivine , premiere
Abbesse du Grand Bigard , qu'on
invoque pour cela , comme étant l'une
des Tutelaires du Pays. Dom Martene
rapporte dans son second Voyage Litteraire
, qu'au mois de Juillet de l'année
1718. un Hollandois à qui il étoit mort
vingt- quatre Bestiaux , et à qui il en restoit
seize malades , étant venu demander
leur guérison à cette Sainte , les trouva
tous parfaitement guéris à son retour . Il
admira la vertu de la Sainte et reconnut
que dans sa Secte on ne trouve point de
si habiles Medecins. Il ne dit point si ce
Hollandois se convertit , comme firent les
Habitans de la Ville de Gaze. C'est peutêtre
ce qu'il n'avoit pas demandé , ou
plutôt ce qu'il auroit fort apprehendê.
Je suis , &c.
Ce dernier Juillet , jour du grand S. Ger
main d'Auxerre 1731 .
surla secheresse de la presente année 1731 .
et sur la maladie des Bestiaux en certains
Pays.
'Ous sommes , Monsieur , dans une
Narinée distinguée par la secheresse extrême
qui y a regné , et qui y regne encore.
Je ne sçai si nous ne pourrions pas
la comparer à celle dont parle S. Grégoire
de Tours sur la fin de Histoire de
France , et dont il dit : Siccitas immensa
>
fuit que omne pabulum herbarum avertit.
A iij
Cet
2034 MERCURE DE FRANCE
Cet Historien du sixiéme siecle , qui en
fut le témoin, ajoûte que les Quadrupedes
en souffrirent beaucoup , et qu'il en mourut
un si grand nombre , qu'à peine en
resta- t'il pour perpetuer la race , et il
applique à cette occasion ce que dit le
Prophete Habacuc : Abscindetur de ovili
pecus , & c. (a) Il ajoûte que ce ne fut pas
seulement sur le Bétail domestique que
s'étendit le mal , mais encore sur les bêtes
fauves , et qu'on trouvoit dans les Forêts
les Cerfs et autres animaux étendus morts
sur la place .
L'expérience du passé ayant fait craindre
que pareilles choses n'arrivassent de
nos jours , on a sagement prévenu le mal
en plusieurs endroits du Royaume : on
a eu recours aux Intercesseurs qui sont
les Saints , et on s'est mis sous la protection
de ceux qui sont regardez comme les
Tutelaires des Lieux , et il paroît qu'on
s'en est bien trouvé. Une remarque cependant
que quelques- uns ont faite , est
qu'il leur a semblé que les Diocèses dont
S. Etienne est Patron ont été privilegiez
et qu'ils ont eu de la pluye en abondance
(4) Je rapporte ici ce Passage suivant la Vul-
S. Grégoire le cite selon la Version qui
avoit cours dans les Gaules de son temps. Defieient
ab csca oves , Úc.
avánt
SEPTEMBRE . 1731 2055
avant les autres. Il y en a en France au
moins une douzaine ; mais je ne puis cer
tifier le fait qu'à l'égard de deux de ces
Diocèses où je me suis trouvé vers la saint
Jean derniere , dans le temps que ces
pluyes sont venues après la secheresse
commencée au mois de Fevrier . Aussi peutêtre
ne faisoit-on pas des Prieres dans tous,
et peut- être que
dans les lieux où l'on en
faisoit , on n'interroissoit pas également
S. Etienne dans ce qu'on vouloit obtenir .
Ce qu'il y a de certain c'est que depuis la
révelation faite au Prêtre Lucien , dans un
temps de secheresse , que Dieu écouteroit
les Prieres de son Peuple , appuyées de
l'intercession de S. Etienne , et qu'il en
auroit pitié , on a toûjours eu dans l'Eglise
une grande dévotion envers ce saint
Martyr , lorsqu'il a été besoin d'obtenir
la cessation de cette espece de calamité.
Le souvenir de ce qui étoit arrivé au commencement
du V. siecle pendant cette
secheresse d'hyver qui fut si fatale aux
biens de la Terre dans la Palestine , a toûjours
été present à ceux qui lisent l'Histoire
avec attention .
Je prévois dans ce moment que plus
d'une personne seront frappez de ma remarque
; mais je les prie d'observer les
Livres où sont marquées les Prieres pu-
A iiij bliques
056 MERCURE DE FRANCE
bliques de l'Antiquité pour les temps d'af-
Aliction , et ils verront que l'invocation
de S. Etienne y est marquée avec distinc-
´tion . Ce n'est donc pas la faute de nos ancêtres
, si le fait historique d'une pluye
salutaire esperée et obtenue par l'intercession
de S. Etienne , commence à être mise
en oubli . Ils ont toûjours eû soin d'en
inserer quelque chose dans leurs Livres
de l'Office divin , y faisant entrer la Revelation
du Prêtre Lucien , tant en chant
qu'en lecture. Mais depuis que l'on n'en
chante plus rien et qu'on se contente d'en
lire un abregé très- succint , où il n'est
point fait mention de cet évenement , it
est à craindre qu'on n'oublie le fait , ou
du moins qu'on ne l'ait plus si present à
l'esprit .
و
Il en étoit resté quelque vestige dans le
Breviaire de Sens de l'an 1702.à l'Office de
l'Invention deS.Etienne; on s'est fait depuis
ce temps- là un systême qui n'a point permis
que la memoire de ce trait historique
entrât dans l'Office refondu en 1726.Je ne
sçai s'il en sera de même dans toutes les
Eglises. Je tonnois un Chapitre insigne
où il sera difficile d'oublier tout-à-fait
cette ancienne Histoire : l'antiquité des
moyens temps y a pourvû d'une maniere
singuliere ; je ne veux pas la rapporter à
present ,
SETEMBRE. 1731. 2057
present. Au reste Saint Etienne n'est
pas le seul Saint par l'intercession duquel
on ait eu confiance d'obtenir de
la pluye dans les temps de secheresse.
Il paroît seulement qu'il est le premier
dont les Reliques ayent occasionné ce
secours salutaire , et c'est l'époque que.
l'on peut donner à l'antiquité de l'usage
de porter en Procession les Reliques
des Martyrs dans les temps de calamité.
à
Quelques années avant cette désolation
qu'on fixe à l'an 415. la Palestine s'étoit
ressentie d'une semblable affliction. La
secheresse avoit duré dans l'année 394.
ou 395. durant le mois de Die et d'Appellée
, qui sont deux mois de l'hyver
répondant à Novembre et Décembre ,
quelques jours près. Un S. Evêque nouvellement
placé sur le Siege de Gaze , obtint
miraculeusement de la pluye , au
moins pour son Territoire. L'Histoire en
est si curieuse qu'on ne peut la rendre
trop publique en ce temps- cy. Les Idolâtres
de cette Ville étoient allez au Temple
de Marnas , pour y prier et sacrifier ,
croyant que Marnas étoit maître de la
pluye , et qu'il étoit Jupiter même . Ils
continuerent leur chant pendant sept
jours ; mais le voyant sans effet , ils s'en'
retour2058
MERCURE DE FRANCE
retournerent à leurs ouvrages. La vie de
S. Porphyre , Evêque de cette Ville , écrite
par Marc , son Disciple , témoin oculaire ,
rapporte ensuite comment ce saint Prélat
eut le crédit d'obtenir de l'eau du Ciel.
Les Chrétiens , au nombre de 280. étoient
accourus à lui pour le prier de demander
à Dieu la cessation de la secheresse . Il ordonna
d'abord un jeûne , et commanda
qu'on s'assemblat le soir dans la grande
Eglise pour y celebrer les Vigiles , et cette
nuit-là , dit l'Ecrivain qui étoit un des
Diacres , nous y fimes trente Prieres , avec
autant d'agenouillemens , sans compter la
Psalmodie et les Leçons . Le récit de ce
Diacre témoin , appellé Marc , étant trèspropre
à prouver l'antiquité des usages
de l'Eglise Catholique , j'emprunterai ici
ses propres termes . Le matin , continuë- t'il ,
S. Porphyre faisant porter la sainte Croix
devant nous , nous marchames en chantant
des Hymnes vers l'Occident de la Ville , et
allâmes à la vieille Eglise de S. Asclepas
et là nous fimes autant de Prieres que dans
La grande Eglise. Puis nous allâmes à saint
Timothée , où sont les Reliques de sainte
Meure, Martyre, et de sainte Thée, qui a été
mise au nombre des Confesseurs , et y ayant
encore fait autant de Prieres et d'agenowil-
Lemens , nous retournâmes à la Ville ; fil
étoit
SEPTEMBRE. 1731. 2059
étoit trois heures après midi , ) et nous la
trouvâmes fermée; car les Payens vouloient
dissiper la Procession. Nous nous y
tinmes
deux heures sans qu'on voulût nous ouvrir :
et pour lors un vent de midi commença à convrir
le Ciel de nuées , et dès que le Soleilfut
couché, il fit une grosse pluye avec Tonnerre,
et les Payens voyant ce Miracle , nous ouvrirent
et vinrent avec nous à la grande
Eglise , disant : Christ est le seul Dieu. Il
plut donc depuis le buit d'Audynée jusqu'au
dix. (Audynée est le Janvier des Romains ,
hors qu'il commence cinq jours plutôt ,
comme les autres mois. ) L'onze nous celebrâmes
le saint jour de la Théophanie s et
il y eut cent cinq Payens convertis.
Il y a en France une Ville Episcopale
que je connois particulierement , où les
Prieres de cette presente année ont été
reglées à peu près sur le plan de celles
qu'on voit ordonnées par S. Porphire , et .
l'on a eû la consolation d'être exaucé le
lendemain du jeûne qui accompagna la .
ceremonie.
Mais revenons à la mortalité des Bestiaux
. C'est ordinairement la grande secheresse
qui la cause , parce que la secheresse
excessive brûlant l'herbe des Prez , les
animaux se trouvent obligez de brouter
les feuilles des arbres , aux feuilles des-
A vj quels
2060 MERCURE DE FRANCE
quels sont attachez certains Insectes qui
leur sont nuisibles. C'est une expérience
qu'on m'écrit avoir été faite en Bourgogne
au mois de Juin dernier. Elle suffit
ce me semble , pour assurer qu'Agobard,
Evêque de Lyon , avoit grande raison de
se mocquer de ceux qui croyoient de.
son temps que la mortalité qui regna sur
les Bestiaux , venoit d'une certaine poudre
des Maleficiers envoyez par le
Duc de Benevent , répandoient par la
campagne , et que le vent faisoit entrer
dans les narines des Boeufs et des Vaches.
Cette mortalité remarquable arriva en
l'an 810. Il ne faut pas songer à d'autres
causes dans celles qui arrivoient aux temps
de secheresse , qu'aux Insectes attachez
sous les feüillages.
que
Je ne sçai si celle qui arriva sous le
Roi Chilperic I. après la Bataille donnée
à Chateau -Meillan , en Berry , procedoit
d'un pareil principe ; elle fut si grande ,
au rapport de Gregoire de Tours , qu'après
qu'elle eut cessé , on regardoit comme
une chose merveilleuse de trouver une
Vache ou un Cheval sur pied . Sigebert
marque aussi dans sa Chronique à l'an
1137. qu'il y eut une si grande secheresse
en France , que de memoire d'homme
on n'en n'avoit vû de semblable. Il dit
qu'elle
SEPTEMBRE. 1731. 206
qu'elle fit tarir les Fontaines , les Puits ,
et même des Rivieres ; mais il n'ajoûte
pas si elle fut suivie d'aucune mortalité.
Il paroît que les paroles de l'Antiennedu
vieil Office de S. Etienne conviendroient
à merveille en ces ocsasions , et
qu'on peut les adresser à ceux dont il dépendroit
d'obtenir de la pluye par l'intercession
des Saints , mais qui moins diligens.
que S.Porphyre de Gaze , differeroient de
prendre cette voye. Nonne vides quanta
sit siccitas et tribulatio in toto mundo , et tu
negligenter agis ? On connoît à ce langage
alec'est le vieillard Gamaliel qui reprend
Lucien , de la négligence qu'il apportoit à
Gire proceder à la découverte du Corps de
S. Etienne , dont on attendoit le soulageanent
qui étoit si necessaire.J'ai trouvé ces
paroles dans les anciens Breviaires de Langres
et de Toul ; mais il y a une autre Eglise
queje ne veux pas nommer, où l'on chante
Cette Antienne avec une particularité qui
Rous divertira. Comme c'est le soir du
second jour d'Août , veille de l'Invention
de S. Etienne , l'un des Patrons de cette
Eglise, que cette Antienne se présente dans
l'Office , et que c'est au troisiéme Nocturne
,temps auquel la saison permet d'avoir
le gosier desseché après avoir déja chanté
deux grands Nocturnes ; on m'a assuré
qu'aussi-
1
1
2062 MERCURE DE FRANCE
qu'aussi - tôt et à l'instant que cette Antienne
est notifiée ou intimée , arrivent
au Choeur des Bedeaux ou Huissiers d'Eglise
avec des brocs de vin et des tasses .
et qu'ils y font la ronde , en offrant du
vin à tous ceux du Clergé qui en souhaitent
; bien plus , que selon la maxime ne
potus noceat , une ou deux autres personnes
portent sur un bassin des Biscuits ou
des Macarons, et en présentent à ceux qui
veulent redoubler. C'est ainsi que la gran
de secheresse ou chaleur causée au palais
par le chant , se trouve fort à propos hu
mectée et agréablement rafraîchie. Com
me je n'approfondis pas beaucoup les Ru
briques , je ne me suis pas informé si le
Breviaire ou l'Antiphonier marque dupli-,
catur à cette Antienne ; je crois cependant
que non , parce que c'est un Chapitre où
F'on ne suit pas le Breviaire Romain .
Je parierois bien , Monsieur , qu'en lisant
cecy , vous en faites l'application à
quelque Chapitre de l'Allemagne. Si cela
est , je puis vous certifier que vous vous
trompez. Mais je connois une autre pratique
usitée dans les Eglises de la Campagne
du côté de cette Region . Les Sta
Legian 1604*
tuts Synodaux de Metz de l'an 1604
m'ont donné occasion d'en être instruita
Par un article de ces Statuts , il est enjointaux
SEPTEMBRE. 1751. 2063
aux Curez , ut aboleant profana tonitrualia
festa cum paganismum redoleant , cæterasque
vanas observationes pro curandis et conservandis
pecoribus. Remarquez en passant
que les bestiaux sont toûjours en butte à
quelque adversité , que les soins ingénieux
des Paysans sçavent détourner ou faire cesser,
autant qu'il est en eux. Je ne pouvois
deviner ce que c'étoient que ces Fêtes Tonitruales,
qui paroissent influer sur la conservation
des bestiaux, mais j'en ai eu d'expli
cation d'une personne très - versée dans
toute l'Antiquité, et principalement dang
celle du Pays Messin et des environs.
Ce Sçavant m'a écrit que cette cere
monie s'appelle la Fête du Tonnerre: qu'elle
a été abolie presque par tout le Diocèse ,
mais que le voisinage du Diocèse de Tré
ves est cause qu'on n'a pû l'abolir entierement
dans le canton du Diocèse de
Metz , qui confine avec l'Allemagne , et
qu'elle est réservée dans quelques Paroisses
de ces quartiers- là . Cette Fête consiste
à celebrer certains jours de l'année
avec son des Cloches , Messe haute et avec
plusieurs ceremonies superstitieuses dif
ferentes , selon les lieux . On croit que
par ce moyen l'on est préservé du Tonnerre
, et qu'il tomberoit infailliblement
sur le lieu , si l'on n'y celebroit pas cette
Fête.
2064 MERCURE DE FRANCE
Fête .C'est un usage commun dans les Dio
cèses de Tréves , de Spire , de Cologne, de
Mayence , & c L'ancien Calendrier des
Romains , quoique rempli de Fêtes , n'avoit
point celle - la. Il peut se faire qu'elle
ait eu une origine pieuse dans le Christianisme
, et que dans la suite on ait dégeneré.
Le Méteore du Tonnerre étant
inconcevable dans ces effets , est souvent
nuisible , non -seulement aux animaux de
la Campagne , mais encore aux Hommes
et aux Edifices. Il est cependant hors de
toute apparence de croire que jamais il
ne tombe dans les Diocèses que je viens
de nommer , quoiqu'on y soit exact à
celebrer sa Fête ; il est , au contraire, certain
que de tant de milliers de Paroisses
qu'il y a en France où l'on ne la celebre
pas , à peine y en a- t'il vingt ou trente
par an qui ayent le malheur d'en être
frappées.
Je ne vous celerai point, Monsieur, que
quoiqu'on passe pour être plus éclairé en
France qu'on ne l'est en Allemagne , j'ai
trouvé des Villages en Champagne , où
les Paysans ont la même idée de certains
de nos Saints , que les Payens de la Ville
de Gaze avoient de l'Idole Marnas , dont
je vous ai parlé. Il y a de ces Villages où
l'on croit bonnement que S. Abdon
Martyr
SEPTEMBRE. 1731. 206)
Martyr de la Perse , du trente Juillet ,
est Maître du Tonnerre , et qu'il . en
peut disposer comme il lui plaît. C'est
pour cela , me disoit un jour un de ces
Paysans , c'est pour cela que notre Curé ne
manque jamais defaire la Fête de S. Abdon
de bonne heure ; il en fait grande solemnité
dans l'Octave de la Fête - Dieu , avant que
les grandes chaleurs viennent ; et personne ne
se dispense de venir ce jour-la au Service.
Encore si c'étoit de S. Jacques le Majeur
qu'ils eussent cette idée , ou de S. Jean
Evangeliste son frere , on diroit que cela
a quelque fondement dans le langage de
l'Evangile ; mais je vous avoue mon ignorance
touchant le rapport qu'a S. Abdon
avec le Tonnerre. c'est dommage que
S. Ceadde , Evêque de Lindisfarne , dont
parle le venerable Bede , n'ait pas sçû
le secret de nos Diocèses Allemans ; il se
seroit tenu fort tranquille lorsqu'il tonnoit
, lui , qui non - seulement se mettoit
alors en priere , mais y faisoit encore met.
tre les autres.
Au reste , Monsieur , quoique j'aye
attribué cy-dessus aux grandes secheresses
la mortalité des Bestiaux , je ne prétends
pas qu'elle en soit la seule cause .
On en a vû quelquefois artiver en des
années communes ; et même dans les
Pays2066
MERCURE DE FRANCE
Pays-Bas ,où les Canaux empêchent que les
Prez ne deviennent jamais si arides qu'en
France , les Bestiaux y meurent souvent
comme ailleurs ; mais ce qui doit être remarqué,
est que lorsque la maladie se met
sur ces animaux , les Religionnaires accourent
comme les Catholiques aux lieux de
dévotion , et viennent implorer l'intercession
des Saints ; Multiplicate sunt infirmitates
eorum ; postea acceleraverunt . Autour
de Bruxelles , c'est sainte Vivine , premiere
Abbesse du Grand Bigard , qu'on
invoque pour cela , comme étant l'une
des Tutelaires du Pays. Dom Martene
rapporte dans son second Voyage Litteraire
, qu'au mois de Juillet de l'année
1718. un Hollandois à qui il étoit mort
vingt- quatre Bestiaux , et à qui il en restoit
seize malades , étant venu demander
leur guérison à cette Sainte , les trouva
tous parfaitement guéris à son retour . Il
admira la vertu de la Sainte et reconnut
que dans sa Secte on ne trouve point de
si habiles Medecins. Il ne dit point si ce
Hollandois se convertit , comme firent les
Habitans de la Ville de Gaze. C'est peutêtre
ce qu'il n'avoit pas demandé , ou
plutôt ce qu'il auroit fort apprehendê.
Je suis , &c.
Ce dernier Juillet , jour du grand S. Ger
main d'Auxerre 1731 .
Fermer
Résumé : LETTRE écrite à M. Adam, Medecin, sur la secheresse de la presente année 1731. et sur la maladie des Bestiaux en certains Pays.
La lettre adressée à M. Adam, médecin, discute de la sécheresse extrême de l'année 1731 et de la maladie des bestiaux dans certains pays. L'auteur compare cette sécheresse à celle décrite par Grégoire de Tours au VIe siècle, qui avait causé une grande mortalité parmi les animaux. Pour prévenir cette catastrophe, des prières ont été adressées aux saints protecteurs des lieux, notamment saint Étienne, dont les intercessions ont été jugées efficaces dans plusieurs diocèses. Des pratiques anciennes, comme les processions avec les reliques des martyrs, étaient également utilisées pour obtenir de la pluie en temps de sécheresse. La lettre mentionne l'exemple de saint Porphyre à Gaza, qui avait obtenu de la pluie par des prières et des jeûnes. La mortalité des bestiaux est souvent causée par la sécheresse excessive, qui les force à manger des feuilles d'arbres infestées d'insectes nuisibles. Le texte évoque également une fête célébrée dans plusieurs diocèses allemands, comme Trèves, Spire, Cologne et Mayence, visant à se protéger du tonnerre. Ce phénomène météorologique, nuisible aux animaux, aux hommes et aux édifices, est perçu différemment selon les régions. En France, malgré la célébration de cette fête dans certains diocèses allemands, le tonnerre frappe rarement ces lieux, contrairement à certaines paroisses françaises où il cause des dommages. L'auteur mentionne des croyances populaires en Champagne, où les paysans attribuent à Saint Abdon, martyr perse, le pouvoir de contrôler le tonnerre. Cette croyance est comparée à celle des païens de Gaza concernant l'idole Marnas. L'auteur exprime son ignorance quant au lien entre Saint Abdon et le tonnerre et regrette que Saint Cuthbert, évêque de Lindisfarne, n'ait pas connu ces croyances pour se protéger du tonnerre. La lettre aborde également la mortalité des bestiaux, attribuée non seulement aux grandes sécheresses mais aussi à d'autres causes. En Belgique, les religionnaires invoquent sainte Vivine pour guérir leurs animaux malades. Un Hollandais, ayant perdu vingt-quatre bestiaux et en ayant seize malades, les retrouva guéris après avoir imploré sainte Vivine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 2782-2789
EXTRAIT d'un Mémoire sur les causes qui ont altéré l'Eau de la Seine, pendant la sécheresse de l'année 1731. Par M. Jussieu l'aîné, lû à la rentrée publique de l'Academie Royale des Sciences, le 14 Novembre 1733.
Début :
Pour que l'eau soit salubre, il faut qu'elle soit pure, limpide, sans aucune [...]
Mots clefs :
Jussieu l'aîné, Académie royale des sciences, Seine, Eau, Sécheresse , Cause, Rivière, Plantes aquatiques, Odeur, Maladies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'un Mémoire sur les causes qui ont altéré l'Eau de la Seine, pendant la sécheresse de l'année 1731. Par M. Jussieu l'aîné, lû à la rentrée publique de l'Academie Royale des Sciences, le 14 Novembre 1733.
EXTRAIT d'un Mémoire sur les causes
qui ont altéré l'Eau de la Seine , pendant
la sécheresse de l'année 1731.Par
M. Jussieu l'aîné , lû à la rentrée publique
de l'Academie Royale des Sciences
le 14 Novembre 1733 .
Our que l'eau soit salubre , il faut
P qu'elle soit pure , l'impide , sans aucune
odeur , ni saveur sensibles , et que
son usage ne cause aucune maladie.
Quoiqu'en 1731 , l'Eau de la Seine fut
devenue pendant l'Eté et l'Automne plus
légere et plus limpide qu'à l'ordinaire ;
cependant ceux qui étoient obligez d'en
boire furent sujets à des sécheresses de
bouche qui leur causoient une altération
fréquente , à des dégoûts et à des nausées
dont on ignoroit la cause , à des maux
de gorge qui degeneroient en Squinancie
, à des fluxions à la tête et à plusieurs
sortes de fièvres irrégulières et opiniâtres
; ces maladies ne se guérissoient que
par le changement de boisson , ou par les
Prisannes , dont la coction servoit dé
correctif à la mauvaise qnalité de l'eau ;
les personnes au contraire, qui ne buvoient
que de l'eau de Fontaine furent
I Vol. excmDECEMBRE.
1733. 2783
exemtes de toutes ces incommoditez.
Cette observation indiquoit bien en
general qu'il devoit y avoir dans l'eau
des particules étrangeres , qui pour être
imperceptibles à la vuë , ne laissoicnt pas
d'être sensibles par les maladies qu'elles
causoient ; mais il restoit encore à dé
terminer quelle étoit la nature de ces
corpuscules . La Riviere de Seine étoit
tres- basse , on la voïoit de jour en jour
se resserrer au milieu de son lit , son sable
étoit tres - pur , et bien lavé ; le fond
n'étoit point limoneux , et l'eau n'en-.
trainoit avec elle aucune terre ni substance
étrangere , qui put lui faire contracter
quelque mauvaise qualité. Quelle pouvoit
donc être la cause de l'altération de
l'eau Devoit on s'imaginer que ce fut
certaines Plantes qui à l'occasion de la
sécheresse , étoient plus abondantes qu'à
l'ordinaire et mieux nourries à la vérité ;
on voïoit le même Phénoméne dans la
Marne , dans tous les Ruisseaux , dans
les Etangs et dans les Réservoirs , mais
ces Plantes naturellement aquatiques n'avoient
elles pas accoutumé de croître
dans la Seine Si elles y ont cru , pourquoi
les Etez précédens les mêmes maladies
n'ont- elles point regné ? C'est icy
que la Physique est obligée d'implorer le
-
II. Vol.
Biiij se2784
MERCURE DE FRANCE
secours de la Botanique , pour examiner
un peu ces Plantes aquatiques et pour
rechercher leurs différentes qualitez .
Les Plantes aquatiques ont en général
des qualitez plus sensibles que celles de la
plupart des Plantes terrestres ; les unes se
font distinguer par une odeur aromatique
tres forte, comme les Menthes d'eau;
les autres ont une odeur foetide et marécageuse
; par exemple , les Mille - feuilles
et le Preles d'eau ; presque toutes ont
une âcreté intérieure , plus ou moins sensible
au goût , comme les Cressons , les
Poivres d'eau , les Renoncules aquatiques ,
&c. quelques unes enfin , telles que les
Conserves ou Mousses d'eau , échauffent
subitement la main qui les presse , et produisent
un sentiment semblable à celui
que l'Ortie cause quand on l'a touchée.
-
Les Plantes aquatiques qui naissent
tous les ans dans la Seine , y parurent à
la vérité dès le Printems de 1731 , mais
bien différemment des années précedentes
; car celles dont la qualité est la plus
mauvaise et qui ordinairement sont
moins communes, y pullulerent en abondance
; celles au contraire dont la qualité
n'est point nuisible et qui devoient ▼
être en plus grand nombre , s'y trouverent
en moindre quantité , en comparai-
II. Vol. son
DECEMBRE. 1733. 2789
son des autres. Il est facile aux Botanistes
de rendre raison de ce Phénoméne.
La pluspart de ces Plantes , que nous
regardons comme pernicieuses , par les
effets les plus apparens qu'elles produisent
, ne végétent que dans les endroits
du lit de la Riviere où l'eau est la plus
basse et la plus dormante car pour que
les Plantes aquatiques fleurissent , il faut
qu'elles s'élevent au dessus de la superficie
de l'eau ; operation après laquelle
leurs sommitez rentrent ordinairement
dans l'eau , afin que leurs gfaines y meurissent
et s'y répandent ; c'est pourquoi
ces Plantes ne pulluloient que tres- peu
les années précedentes , parce que leur
tige dont la longueur est en quelque fa
çon déterminée ne pouvoit atteindre à la
surface de l'eau ..
De la facilité de végéter qu'avoient
ces Plantes pernicieuses, et de leur abondance
, il s'ensuivoit la suffocation des
Plantes ordinaires , dont les effets ne sont
point à craindre .
On apperçoit le même Phénoméne
'dans la végétation des Plantes terrestres au
Printems des années humides et pluvieuses
, car pour lors le bon grain est étouf
fé et maigri par une multitude de mauvaises
Plantes , aussi ce sont ces années-
II. Vol By là
2786 MERCURE DE FRANCE
là où les maladies populaires sont plus
fréquentes , soit par la mauvaise qualité
des grains qui n'ont pas eu assez de nourriture
, soit par le mélange qui se fait des
semences de ces Plantes.
Entre les Plantes aquatiques , dont on
ressent les dangereux effets , il y en a deux
principales; l'une que les Botanistes nomi
ment Hippuris , genre de Plante sembla
ble par son port exterieur à la Prele de
nos campagnes l'autre porte en latin le
nom de Confema , er en françois celui de
Mousse d'eau , à cause de sa verdure et de
son étenduë.
La premiere de ces Plantes est d'une
odeur foetide et marécageuse , qu'elle
communique facilement à la main qui la
touche et à l'eau qui l'environne ; la se
conde produit non - seulement une are
deur cousiderable à la main qui la serre ,
mais encore elle laisse à l'eau dans laquelle
on la met tremper un feu , qui quand on
la boit , cause dans la bouche une sécheresse
incommode ; et dans le gosier une
âcreté insupportable
C'étoit sur tout de ces deux especes de
Plantes que
les petites marres d'eau dormantes
, répandues tout le long de la Riviere
, étoient remplies ; et comme elles
manquoient d'eau pour être couvertes ·
II.Vol. en
DECEMBRE. 1733 2787.
entierement , la chaleur des rayons du
Soleil fanoit l'extrêmité de leurs feuilles,
et les faisoit corrompre ensuite par le
pied. M. de Jussieu ne se contenta pas
de ces observations , qui à tout autre auroient
paru suffisantes , il voulut encore
assurer son sentiment par de nouvelles
expériences.
Il fit arracher de la Riviere une quantité
suffisante d'Hippuris et de Confema ,
il fit infuser ces Plantes , tantôt séparément
, tantôt toutes deux ensemble dans
des vaisseaux pleins d'eau de Fontaine ,
et il les y laissa en expérience pendant
quelque temps; ces Plantes communiquérent
à l'eau dans laquelle elles trempoient ,
la même odeur et la même saveur désa- -
gréable que cet Académicien avoit remarquée
dans l'eau de la Seine,buë au courant
même de la Riviere au dessus de
Bercy .
M.de Jussieu ne négligea point non plus
d'examiner avec le Microscope , cette eau
macérée , dans laquelle , comme dans
celle de la Seine , il découvrit plusieurs
Insectes tres - petits , qui ne se voient ni
dans l'eau de Fontaine , ni dans celle de
Riviere qui n'aura point été altérée par
la corruption de ces sortes de Plantes.
Enfin , quoique la pourriture des petits
11. Vol.
Bvi Pois2788
MERCURE DE FRANCE
Poissons , qui faute d'une quantité suffisante
d'eau, périssent pendant la sécheres
se, puisse communiquet à l'eau une odeur
foetide ; elle ne doit point être regardée
comme la cause principale , mais seulement
la production extraordinaire de ces
Plantes aquatiques si pernicieuses ; car par
la comparaison de l'état de la Seine pen
dant l'Eté et l'Automne de l'année dernie
re et de celle - ci , avec l'état où elle étoit
en 1731 , on n'y a remarqué que les Plantes
ordinaires ; aussi n'a- t- on point observé
dans la pratique de la Médecine , les maladies
qui ont regné pendant l'Eté et
l'Automne de 1731 .
pent
Tout bon Citoyen , et à plus forte rai-
´son un Médecin zélé , doit , par ses conseils
et ses avis salutaires , mettre les Magistrats
en état de prévenir tout ce qui
altérer la santé des habitans ; c'est
pourquoi M. de Jussieu termine son Mêmoire
par trois observations, qui contiennent
les remedes propres à se garantir des
mauvais effets que pourroit produire la
sécheresse de pareilles années.
Il conseille , 1 ° . de faire nettoyer le lit
de la Riviere , sur tout au dessus de Paris
, et d'empêcher qu'il ne se forme sur
ses bords des Mares où l'eau croupisse.
2. De tenir dans une grande propreté
II. Fol les
DECEMBR E. 1733 . 2789
les cuvettes de tous les Reservoirs qui
distribuent l'eau de la Riviere , et de
faire arracher , toutes les Plantes en forme
de mousse , qui naissent à leurs parois.
3. Enfin , de tenir en bon état les
Aqueducs et les Canaux des Fontaines
d'eau vive , afin que l'eau qu'ils conduisent
puisse par son abondance suppléer
au deffaut de celle de la Riviere , dont
l'usage pendant les années de secheresse
pourroit être dangereux à la santé des
Citoyens.
qui ont altéré l'Eau de la Seine , pendant
la sécheresse de l'année 1731.Par
M. Jussieu l'aîné , lû à la rentrée publique
de l'Academie Royale des Sciences
le 14 Novembre 1733 .
Our que l'eau soit salubre , il faut
P qu'elle soit pure , l'impide , sans aucune
odeur , ni saveur sensibles , et que
son usage ne cause aucune maladie.
Quoiqu'en 1731 , l'Eau de la Seine fut
devenue pendant l'Eté et l'Automne plus
légere et plus limpide qu'à l'ordinaire ;
cependant ceux qui étoient obligez d'en
boire furent sujets à des sécheresses de
bouche qui leur causoient une altération
fréquente , à des dégoûts et à des nausées
dont on ignoroit la cause , à des maux
de gorge qui degeneroient en Squinancie
, à des fluxions à la tête et à plusieurs
sortes de fièvres irrégulières et opiniâtres
; ces maladies ne se guérissoient que
par le changement de boisson , ou par les
Prisannes , dont la coction servoit dé
correctif à la mauvaise qnalité de l'eau ;
les personnes au contraire, qui ne buvoient
que de l'eau de Fontaine furent
I Vol. excmDECEMBRE.
1733. 2783
exemtes de toutes ces incommoditez.
Cette observation indiquoit bien en
general qu'il devoit y avoir dans l'eau
des particules étrangeres , qui pour être
imperceptibles à la vuë , ne laissoicnt pas
d'être sensibles par les maladies qu'elles
causoient ; mais il restoit encore à dé
terminer quelle étoit la nature de ces
corpuscules . La Riviere de Seine étoit
tres- basse , on la voïoit de jour en jour
se resserrer au milieu de son lit , son sable
étoit tres - pur , et bien lavé ; le fond
n'étoit point limoneux , et l'eau n'en-.
trainoit avec elle aucune terre ni substance
étrangere , qui put lui faire contracter
quelque mauvaise qualité. Quelle pouvoit
donc être la cause de l'altération de
l'eau Devoit on s'imaginer que ce fut
certaines Plantes qui à l'occasion de la
sécheresse , étoient plus abondantes qu'à
l'ordinaire et mieux nourries à la vérité ;
on voïoit le même Phénoméne dans la
Marne , dans tous les Ruisseaux , dans
les Etangs et dans les Réservoirs , mais
ces Plantes naturellement aquatiques n'avoient
elles pas accoutumé de croître
dans la Seine Si elles y ont cru , pourquoi
les Etez précédens les mêmes maladies
n'ont- elles point regné ? C'est icy
que la Physique est obligée d'implorer le
-
II. Vol.
Biiij se2784
MERCURE DE FRANCE
secours de la Botanique , pour examiner
un peu ces Plantes aquatiques et pour
rechercher leurs différentes qualitez .
Les Plantes aquatiques ont en général
des qualitez plus sensibles que celles de la
plupart des Plantes terrestres ; les unes se
font distinguer par une odeur aromatique
tres forte, comme les Menthes d'eau;
les autres ont une odeur foetide et marécageuse
; par exemple , les Mille - feuilles
et le Preles d'eau ; presque toutes ont
une âcreté intérieure , plus ou moins sensible
au goût , comme les Cressons , les
Poivres d'eau , les Renoncules aquatiques ,
&c. quelques unes enfin , telles que les
Conserves ou Mousses d'eau , échauffent
subitement la main qui les presse , et produisent
un sentiment semblable à celui
que l'Ortie cause quand on l'a touchée.
-
Les Plantes aquatiques qui naissent
tous les ans dans la Seine , y parurent à
la vérité dès le Printems de 1731 , mais
bien différemment des années précedentes
; car celles dont la qualité est la plus
mauvaise et qui ordinairement sont
moins communes, y pullulerent en abondance
; celles au contraire dont la qualité
n'est point nuisible et qui devoient ▼
être en plus grand nombre , s'y trouverent
en moindre quantité , en comparai-
II. Vol. son
DECEMBRE. 1733. 2789
son des autres. Il est facile aux Botanistes
de rendre raison de ce Phénoméne.
La pluspart de ces Plantes , que nous
regardons comme pernicieuses , par les
effets les plus apparens qu'elles produisent
, ne végétent que dans les endroits
du lit de la Riviere où l'eau est la plus
basse et la plus dormante car pour que
les Plantes aquatiques fleurissent , il faut
qu'elles s'élevent au dessus de la superficie
de l'eau ; operation après laquelle
leurs sommitez rentrent ordinairement
dans l'eau , afin que leurs gfaines y meurissent
et s'y répandent ; c'est pourquoi
ces Plantes ne pulluloient que tres- peu
les années précedentes , parce que leur
tige dont la longueur est en quelque fa
çon déterminée ne pouvoit atteindre à la
surface de l'eau ..
De la facilité de végéter qu'avoient
ces Plantes pernicieuses, et de leur abondance
, il s'ensuivoit la suffocation des
Plantes ordinaires , dont les effets ne sont
point à craindre .
On apperçoit le même Phénoméne
'dans la végétation des Plantes terrestres au
Printems des années humides et pluvieuses
, car pour lors le bon grain est étouf
fé et maigri par une multitude de mauvaises
Plantes , aussi ce sont ces années-
II. Vol By là
2786 MERCURE DE FRANCE
là où les maladies populaires sont plus
fréquentes , soit par la mauvaise qualité
des grains qui n'ont pas eu assez de nourriture
, soit par le mélange qui se fait des
semences de ces Plantes.
Entre les Plantes aquatiques , dont on
ressent les dangereux effets , il y en a deux
principales; l'une que les Botanistes nomi
ment Hippuris , genre de Plante sembla
ble par son port exterieur à la Prele de
nos campagnes l'autre porte en latin le
nom de Confema , er en françois celui de
Mousse d'eau , à cause de sa verdure et de
son étenduë.
La premiere de ces Plantes est d'une
odeur foetide et marécageuse , qu'elle
communique facilement à la main qui la
touche et à l'eau qui l'environne ; la se
conde produit non - seulement une are
deur cousiderable à la main qui la serre ,
mais encore elle laisse à l'eau dans laquelle
on la met tremper un feu , qui quand on
la boit , cause dans la bouche une sécheresse
incommode ; et dans le gosier une
âcreté insupportable
C'étoit sur tout de ces deux especes de
Plantes que
les petites marres d'eau dormantes
, répandues tout le long de la Riviere
, étoient remplies ; et comme elles
manquoient d'eau pour être couvertes ·
II.Vol. en
DECEMBRE. 1733 2787.
entierement , la chaleur des rayons du
Soleil fanoit l'extrêmité de leurs feuilles,
et les faisoit corrompre ensuite par le
pied. M. de Jussieu ne se contenta pas
de ces observations , qui à tout autre auroient
paru suffisantes , il voulut encore
assurer son sentiment par de nouvelles
expériences.
Il fit arracher de la Riviere une quantité
suffisante d'Hippuris et de Confema ,
il fit infuser ces Plantes , tantôt séparément
, tantôt toutes deux ensemble dans
des vaisseaux pleins d'eau de Fontaine ,
et il les y laissa en expérience pendant
quelque temps; ces Plantes communiquérent
à l'eau dans laquelle elles trempoient ,
la même odeur et la même saveur désa- -
gréable que cet Académicien avoit remarquée
dans l'eau de la Seine,buë au courant
même de la Riviere au dessus de
Bercy .
M.de Jussieu ne négligea point non plus
d'examiner avec le Microscope , cette eau
macérée , dans laquelle , comme dans
celle de la Seine , il découvrit plusieurs
Insectes tres - petits , qui ne se voient ni
dans l'eau de Fontaine , ni dans celle de
Riviere qui n'aura point été altérée par
la corruption de ces sortes de Plantes.
Enfin , quoique la pourriture des petits
11. Vol.
Bvi Pois2788
MERCURE DE FRANCE
Poissons , qui faute d'une quantité suffisante
d'eau, périssent pendant la sécheres
se, puisse communiquet à l'eau une odeur
foetide ; elle ne doit point être regardée
comme la cause principale , mais seulement
la production extraordinaire de ces
Plantes aquatiques si pernicieuses ; car par
la comparaison de l'état de la Seine pen
dant l'Eté et l'Automne de l'année dernie
re et de celle - ci , avec l'état où elle étoit
en 1731 , on n'y a remarqué que les Plantes
ordinaires ; aussi n'a- t- on point observé
dans la pratique de la Médecine , les maladies
qui ont regné pendant l'Eté et
l'Automne de 1731 .
pent
Tout bon Citoyen , et à plus forte rai-
´son un Médecin zélé , doit , par ses conseils
et ses avis salutaires , mettre les Magistrats
en état de prévenir tout ce qui
altérer la santé des habitans ; c'est
pourquoi M. de Jussieu termine son Mêmoire
par trois observations, qui contiennent
les remedes propres à se garantir des
mauvais effets que pourroit produire la
sécheresse de pareilles années.
Il conseille , 1 ° . de faire nettoyer le lit
de la Riviere , sur tout au dessus de Paris
, et d'empêcher qu'il ne se forme sur
ses bords des Mares où l'eau croupisse.
2. De tenir dans une grande propreté
II. Fol les
DECEMBR E. 1733 . 2789
les cuvettes de tous les Reservoirs qui
distribuent l'eau de la Riviere , et de
faire arracher , toutes les Plantes en forme
de mousse , qui naissent à leurs parois.
3. Enfin , de tenir en bon état les
Aqueducs et les Canaux des Fontaines
d'eau vive , afin que l'eau qu'ils conduisent
puisse par son abondance suppléer
au deffaut de celle de la Riviere , dont
l'usage pendant les années de secheresse
pourroit être dangereux à la santé des
Citoyens.
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Résumé : EXTRAIT d'un Mémoire sur les causes qui ont altéré l'Eau de la Seine, pendant la sécheresse de l'année 1731. Par M. Jussieu l'aîné, lû à la rentrée publique de l'Academie Royale des Sciences, le 14 Novembre 1733.
En 1731, l'eau de la Seine devint plus légère et limpide durant l'été et l'automne, mais sa consommation provoqua divers symptômes tels que des sécheresses de bouche, des nausées, des maux de gorge, des fluxions et des fièvres. Ces symptômes disparaissaient en changeant de boisson ou en utilisant des correctifs. Les personnes buvant de l'eau de fontaine étaient exemptes de ces maladies, suggérant la présence de particules étrangères dans l'eau de la Seine, imperceptibles à l'œil mais causant des maladies. La Seine était basse et son sable pur, excluant la présence de terre ou de substances étrangères. La cause de l'altération de l'eau fut attribuée à des plantes aquatiques, plus abondantes en raison de la sécheresse. Ces plantes, comme l'Hippuris et la Confema, avaient des odeurs et des saveurs désagréables, et leur prolifération étouffait les plantes ordinaires. M. de Jussieu réalisa des expériences en infusant ces plantes dans de l'eau de fontaine, reproduisant ainsi les symptômes observés. Il découvrit également des insectes microscopiques dans l'eau macérée. La pourriture des petits poissons, bien que contribuant à une odeur fétide, n'était pas la cause principale des maladies. Pour prévenir ces problèmes, M. de Jussieu recommanda de nettoyer le lit de la Seine, de maintenir la propreté des réservoirs et des cuvettes, et de maintenir en bon état les aqueducs et canaux des fontaines d'eau vive.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 110-116
PREMIERE SUITE d'Expériences, faites avec le semoir-à-bras de Languedoc. Récolte de 1762. Résultats purement sommaires pour être envoyés par la poste.
Début :
M. DARESTE (n°. 95 de la Liste) suivant un certificat en forme, du 3 [...]
Mots clefs :
Semoir, Semence, Produit, Récolte, Sécheresse , Charges
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PREMIERE SUITE d'Expériences, faites avec le semoir-à-bras de Languedoc. Récolte de 1762. Résultats purement sommaires pour être envoyés par la poste.
PREMIERE SUITE d'Expériences ,
faites avec le femoir-à-bras de Languedoc.
Récolte de 1762. Résultats
purement fommaires pour être envoyés
par la pofte.
M. DARESTE ( nº . 95 de la Liſte )
fuivant un certificat en forme , du 3
Juillet , figné par MM. Goyran , Darnond
& Verrier , Curé & Confuls de
Chavanay en Forêt ; 48 livres de Froment
lui ont produit 1230 : c'est 25 &
demi pour un. Il avoit employé la moitié
de la femence ordinaire ; il a pris un
autre Semoir & m'en a fait débiter fix .
M. Duroure ( nº. 15 ) fuivant fa Letstre
du 11 Août , 238 livres lui ont fait
3240 , pár une féchereffe de dix mois
fans pluie ; c'eft plus de 13 & demi pour
un. Dans la partie de comparaiſon ,
476 liv. ont donné 2593. C'eſt un peu
moins de 5 & demi pour un; il a pris
un autre Semoir.
MM . Les Benedictins ( 93 ) fuivant la
Lettre de Dom Lefpès , du 12 Août ,
ayant employé la moitié de la femence ,
le Semoir a fait 7 & deux tiers pour un
JUILLET. 1763. TIX
& la comparaifon 3 & demi , par une
féchereffe inouie ; ils ont pris une autre
Semoir.
M. de S. Tropes ( 89 ) Nous avons
appris le 13 Août , de la propre bouche
de M. l'Abbé de S. Tropès fon frère .
que 7 Emines de Bled en ont produit
157. C'eft 22 & demi pour un : on
avoit employé la moitié de la femence ,
il'a pris deux nouveaux Semoirs .
M. Duverger ( 83 ) ayant bien voulu
jondre à fa Lettre du 24 Août , la copie
d'un Mémoire qu'il a lu dans une Affemblée
de la Société du Mans , il en réfulte
qu'il a fait , avec une attention fupérieure
, fept épreuves en Froment ,
Seigle , Orge , Epaute , Avoine , & c,
dans toutes lefquelles on a épargné environ
les deux tiers de la femence &
augmenté le produit tant en pailles qu'en
grains , dont la qualité l'emporte fur
ceux de comparaifon , foit au poids ,
foit à l'oeil. Il y prouve que certains
grains qu'on croit ne pouvoir être femés
qu'en Hyver , peuvent l'être également
au Printemps & que certains autres du
Printemps , réuffiffent en Hyver. Il s'éléve
auffi contre le préjugé où l'on eft ,
dans les terres fortes les Sillons bom .
bés font préférables aux Planches . Que
n'avons-nous affez de place pour pouque
12 MERCURE DE FRANCE.
voir donner ce Mémoire en entier
M. de la Lauziere ( 94 ) dans fa Lettre
du 15 Septembre , nous marque avoir
femé une charge de bled dans une terre
peu préparée , & où les mottes dominoient
, laquelle lui en a rendu quinze.
Il n'a profité par comparaifon , que de
la moitié de la femence , fans diminution
de récolte. Il a trouvé le moyen de
connoître les befoins du Grainier fans
ouvrir le couvercle : il pofe un morceau
de planche fur le bled , tenant à un cordon
qui pend au- dehors ; à mesure que
le bled baiffe , le cordon rentre , &
avertit la Semeufe qu'il faut remettre
du Grain . Il a fait conftruire un fecond
Semoir d'après le nôtre , où il a pratiqué
quelques changemens qui ne nous
font pas affez connus pour en juger.
M. Carenet , ( 66 ) Lettre du 23 Septembre.
De quatre Setiers de Froment ,
il en a récolté 95 , malgré la féchereffe;
qu'il eftime l'avoir fruftré d'environ 60
Setiers de plus .
M. Fefquet (78 & 79 ) Lettre du 28
Septembre. De 5 Setiers en a retiré 100 ;
& 14 Setiers & demi femés ailleurs ,
ne lui ont donné que 117 , à caufe de
la féchereffe qui a diminué là récolté
dans tout le pays ; il a pris un troifiéme
Semoir,
JUILLET. 1763. 113
M. Chriftol ( 19 ) Lettre du 2 Octobre.
Son Laboureur n'ayant pas affez
ferré les Sillons , il n'eft tombé que la
cinquiéme partie de la femence avec
42 Cellules ouvertes. Ce Semis a paru
pitoyable jufques à la fin de Mars , que
les Plantes ayant tallé & travaillé vigoureuſement
, le Semoir a produit à
la récolte 60 mefures de Bled , tandis
que la piéce de comparaifon , avec toure
la femence , n'a rapporté que 66
mefures. Il eft furprenant , qu'après une
pareille faute , cet Officier ait encore
eu deux mefures de bénéfice , puifqu'en
ayant économifé 8 aux femailles , il
n'en a perdu que 6 fur le produit. It
y avoit dix pouces entre les rangées de
la femence.
M. de Novi ( 73 ) Lettre du 4 O &obre.
Avec les plus belles apparences
d'une récolte avantageufe jufqu'au mefurage
des grains , il n'a pas eu la fatiffaction
de connoître au vrai le bénéfice
du Semoir, puifqu'ayant mené le matin
quelques amis pour en être les témoins
il trouva que fes gens avoient malicieuſement
profité de la nuit pour mêler
les deux récoltes enfemble. Il remarque
, entr'autres chofes , qu'il faut femer
la moitié & non le tiers de la fe
114 MERCURE DE FRANCE .
mence , & qu'il y avoit moins de mauvaiſes
herbes dans la partie du Semoir
que dans les Terres femées à l'ordinaire
.
•
M. Attanoux ( 58 ) Lettre du 4 O & obre.
Cet Amateur intelligent à faire entrer
différens effais dans le total de fon
expérience , pour connoître la quantité
de Semence que fon fond peut comporter
, & le degré de profondeur auquel
il convient de la mettre , ayant opéré
dans une contenance de 2000 toifes
quarrées à 30 , 36 & 42 cellules & à
differentes profondeurs , il y a eu bien
des lacunes , tant par rapport aux deux
premiers nombres , dont le produit étoit
trop clair , que par rapport à la Semence
trop profonde qui n'a pas levé. Il n'y
eft entré que 100 liv . de Froment, au lieu
de 320 qu'il en eft tombé dans les 2000
toifes de comparaifon. Les 100 du Semoir
ont porté 3283 liv. & la piéce de
comparaifon n'a produit que fept charges
pour une. Le bénéfice fur cette modique
étendue , a été de deux charges
huit panaux fur la récolte , & de fept
panaux fur la femence : total , 3 charges
5 panaux. Le Bled du Semoir pefoit
10 liv. de plus par charge que celui de
la méthode ordinaire.
JUILLET. 1763. 115
C'eft pour la feconde fois qu'on remarque
( comme M. Fefquet ) que le
Bled de la nouvelle méthode n'eft pas
fujet à verfer par les pluies. M. le Baron
de la Tour- d'Aigues , ( 18 ) avoit prévu
cet avantage du Semoir -à- bras , même
avant toute expérience .
M. Attanoux a fait une feconde épreuve
qui lui a réuffi . Il y a dans le Pays
une forte de Terre fabloneufe qui ne
porte que du Seigle : la couverture avantageufe
que le Semoir procure à la Semence
, lui ayant infpiré d'y femer du
Froment , deux panaux en ont produit
12 de la plus belle qualité. Il fe difpofe
à femer une étendue de 16000 toifes ,
d'où probablement nous tirerons de nouvelles
connoiffances.
M. de Lubieres ( 65 ) a fait prendre
un autre Semoir. Quoique nous n'ayons
pas encore le détail de fes opérations ,
on doit les croire favorables .
Le prix du Semoir eft , fur les lieux ,
de trente -fix livres , & la caiffe d'embalage
pour les Villes éloignées coûte
trois livres. Le tout enfemble ne peſe
que 75 à 80 livres poids de Montpellier.
L'adreffe , tant pour demander la
brochure que le Semoir eft à M. l'Abbé
Soumille , Correfpondant des Acadé116
MERCURE DE FRANCE.
mies Royales des Sciences de Paris ,
Toulouſe & Montpellier , Affocié libre
de la Société Royale d'Agriculture de
Limoges , à Villeneuve -lès - Avignon . On
doit affranchir le port des Lettres &
de l'Argent
.
faites avec le femoir-à-bras de Languedoc.
Récolte de 1762. Résultats
purement fommaires pour être envoyés
par la pofte.
M. DARESTE ( nº . 95 de la Liſte )
fuivant un certificat en forme , du 3
Juillet , figné par MM. Goyran , Darnond
& Verrier , Curé & Confuls de
Chavanay en Forêt ; 48 livres de Froment
lui ont produit 1230 : c'est 25 &
demi pour un. Il avoit employé la moitié
de la femence ordinaire ; il a pris un
autre Semoir & m'en a fait débiter fix .
M. Duroure ( nº. 15 ) fuivant fa Letstre
du 11 Août , 238 livres lui ont fait
3240 , pár une féchereffe de dix mois
fans pluie ; c'eft plus de 13 & demi pour
un. Dans la partie de comparaiſon ,
476 liv. ont donné 2593. C'eſt un peu
moins de 5 & demi pour un; il a pris
un autre Semoir.
MM . Les Benedictins ( 93 ) fuivant la
Lettre de Dom Lefpès , du 12 Août ,
ayant employé la moitié de la femence ,
le Semoir a fait 7 & deux tiers pour un
JUILLET. 1763. TIX
& la comparaifon 3 & demi , par une
féchereffe inouie ; ils ont pris une autre
Semoir.
M. de S. Tropes ( 89 ) Nous avons
appris le 13 Août , de la propre bouche
de M. l'Abbé de S. Tropès fon frère .
que 7 Emines de Bled en ont produit
157. C'eft 22 & demi pour un : on
avoit employé la moitié de la femence ,
il'a pris deux nouveaux Semoirs .
M. Duverger ( 83 ) ayant bien voulu
jondre à fa Lettre du 24 Août , la copie
d'un Mémoire qu'il a lu dans une Affemblée
de la Société du Mans , il en réfulte
qu'il a fait , avec une attention fupérieure
, fept épreuves en Froment ,
Seigle , Orge , Epaute , Avoine , & c,
dans toutes lefquelles on a épargné environ
les deux tiers de la femence &
augmenté le produit tant en pailles qu'en
grains , dont la qualité l'emporte fur
ceux de comparaifon , foit au poids ,
foit à l'oeil. Il y prouve que certains
grains qu'on croit ne pouvoir être femés
qu'en Hyver , peuvent l'être également
au Printemps & que certains autres du
Printemps , réuffiffent en Hyver. Il s'éléve
auffi contre le préjugé où l'on eft ,
dans les terres fortes les Sillons bom .
bés font préférables aux Planches . Que
n'avons-nous affez de place pour pouque
12 MERCURE DE FRANCE.
voir donner ce Mémoire en entier
M. de la Lauziere ( 94 ) dans fa Lettre
du 15 Septembre , nous marque avoir
femé une charge de bled dans une terre
peu préparée , & où les mottes dominoient
, laquelle lui en a rendu quinze.
Il n'a profité par comparaifon , que de
la moitié de la femence , fans diminution
de récolte. Il a trouvé le moyen de
connoître les befoins du Grainier fans
ouvrir le couvercle : il pofe un morceau
de planche fur le bled , tenant à un cordon
qui pend au- dehors ; à mesure que
le bled baiffe , le cordon rentre , &
avertit la Semeufe qu'il faut remettre
du Grain . Il a fait conftruire un fecond
Semoir d'après le nôtre , où il a pratiqué
quelques changemens qui ne nous
font pas affez connus pour en juger.
M. Carenet , ( 66 ) Lettre du 23 Septembre.
De quatre Setiers de Froment ,
il en a récolté 95 , malgré la féchereffe;
qu'il eftime l'avoir fruftré d'environ 60
Setiers de plus .
M. Fefquet (78 & 79 ) Lettre du 28
Septembre. De 5 Setiers en a retiré 100 ;
& 14 Setiers & demi femés ailleurs ,
ne lui ont donné que 117 , à caufe de
la féchereffe qui a diminué là récolté
dans tout le pays ; il a pris un troifiéme
Semoir,
JUILLET. 1763. 113
M. Chriftol ( 19 ) Lettre du 2 Octobre.
Son Laboureur n'ayant pas affez
ferré les Sillons , il n'eft tombé que la
cinquiéme partie de la femence avec
42 Cellules ouvertes. Ce Semis a paru
pitoyable jufques à la fin de Mars , que
les Plantes ayant tallé & travaillé vigoureuſement
, le Semoir a produit à
la récolte 60 mefures de Bled , tandis
que la piéce de comparaifon , avec toure
la femence , n'a rapporté que 66
mefures. Il eft furprenant , qu'après une
pareille faute , cet Officier ait encore
eu deux mefures de bénéfice , puifqu'en
ayant économifé 8 aux femailles , il
n'en a perdu que 6 fur le produit. It
y avoit dix pouces entre les rangées de
la femence.
M. de Novi ( 73 ) Lettre du 4 O &obre.
Avec les plus belles apparences
d'une récolte avantageufe jufqu'au mefurage
des grains , il n'a pas eu la fatiffaction
de connoître au vrai le bénéfice
du Semoir, puifqu'ayant mené le matin
quelques amis pour en être les témoins
il trouva que fes gens avoient malicieuſement
profité de la nuit pour mêler
les deux récoltes enfemble. Il remarque
, entr'autres chofes , qu'il faut femer
la moitié & non le tiers de la fe
114 MERCURE DE FRANCE .
mence , & qu'il y avoit moins de mauvaiſes
herbes dans la partie du Semoir
que dans les Terres femées à l'ordinaire
.
•
M. Attanoux ( 58 ) Lettre du 4 O & obre.
Cet Amateur intelligent à faire entrer
différens effais dans le total de fon
expérience , pour connoître la quantité
de Semence que fon fond peut comporter
, & le degré de profondeur auquel
il convient de la mettre , ayant opéré
dans une contenance de 2000 toifes
quarrées à 30 , 36 & 42 cellules & à
differentes profondeurs , il y a eu bien
des lacunes , tant par rapport aux deux
premiers nombres , dont le produit étoit
trop clair , que par rapport à la Semence
trop profonde qui n'a pas levé. Il n'y
eft entré que 100 liv . de Froment, au lieu
de 320 qu'il en eft tombé dans les 2000
toifes de comparaifon. Les 100 du Semoir
ont porté 3283 liv. & la piéce de
comparaifon n'a produit que fept charges
pour une. Le bénéfice fur cette modique
étendue , a été de deux charges
huit panaux fur la récolte , & de fept
panaux fur la femence : total , 3 charges
5 panaux. Le Bled du Semoir pefoit
10 liv. de plus par charge que celui de
la méthode ordinaire.
JUILLET. 1763. 115
C'eft pour la feconde fois qu'on remarque
( comme M. Fefquet ) que le
Bled de la nouvelle méthode n'eft pas
fujet à verfer par les pluies. M. le Baron
de la Tour- d'Aigues , ( 18 ) avoit prévu
cet avantage du Semoir -à- bras , même
avant toute expérience .
M. Attanoux a fait une feconde épreuve
qui lui a réuffi . Il y a dans le Pays
une forte de Terre fabloneufe qui ne
porte que du Seigle : la couverture avantageufe
que le Semoir procure à la Semence
, lui ayant infpiré d'y femer du
Froment , deux panaux en ont produit
12 de la plus belle qualité. Il fe difpofe
à femer une étendue de 16000 toifes ,
d'où probablement nous tirerons de nouvelles
connoiffances.
M. de Lubieres ( 65 ) a fait prendre
un autre Semoir. Quoique nous n'ayons
pas encore le détail de fes opérations ,
on doit les croire favorables .
Le prix du Semoir eft , fur les lieux ,
de trente -fix livres , & la caiffe d'embalage
pour les Villes éloignées coûte
trois livres. Le tout enfemble ne peſe
que 75 à 80 livres poids de Montpellier.
L'adreffe , tant pour demander la
brochure que le Semoir eft à M. l'Abbé
Soumille , Correfpondant des Acadé116
MERCURE DE FRANCE.
mies Royales des Sciences de Paris ,
Toulouſe & Montpellier , Affocié libre
de la Société Royale d'Agriculture de
Limoges , à Villeneuve -lès - Avignon . On
doit affranchir le port des Lettres &
de l'Argent
.
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