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1
p. 33-49
OENOPHILE CONTE.
Début :
Je vous envoye un Conte nouveau de Mr de la / Toutes les Grandeurs de la Terre [...]
Mots clefs :
Terre, Histoire, Rêve, Morale, Fortune, Gueux, Prédicateur, Conteur, Courtisans, Bonté, Duc, Enchantements, Galanterie, Catastrophe, Orgueil, Vainqueur, Opéra, Trône, Valets
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texteReconnaissance textuelle : OENOPHILE CONTE.
Je vous envoye un Conte
nouveau de M' de la Barre de
Tours. Ses Galans Ouvrages
ont tant d'agrément , & vous
avez toûjours pris tant de
plaifir à les lire , que je croy
vous en procurer un fort
grand , en vous faiſant part
de celuy- cy.
34 MERCURE
$25552555-2552 555
CNOPHILE
T
CONTE.
Outes les Grandeurs dé la
Terre
Sont auffifragiles que verre,
( De tel propos je n'auray pas les
Gants)
Etl'Hiftoirefournit mainte& mainte
Avanture
Parmy les Petits & les Grands,
Qui montre ce propos n'eftre pas imposture..
Suivons donc. Les grandeurs de l'Hu
maine Nature
N'ont rien que de prest àfinir;
Un mefme inftant les voit naiftre
& mourir;
GALANT. 35
C'est un refve qui plaist dans le moment
qu'il dure,
Etqui laiffe àfafuite un fâcheuxfou
venir;
C'est un abus, une peinture,
Une idée, unfantôme, une ombre,;
enfin un rien..
Quelque Cenfeur me defavoie,.
Et traite ma Morale en Morale de
Chien.
Quoy, ce gros Financier, dira- t- il,
&fon Bien
•
Sont des Chanfons ? Hé- oy. C'eft à
tort qu'on le loüc;
Je vais le montrer aujourd'huy;
Et le gueux Oenophile au milieu de fa
boue,
Quandil a bûdix coups , eftplus heureux
queluy.
Pafchal, un Autheur d'importance,
Dansfes Ecrits met peu de diférence
36 MERCURE
Entre le Gueux refvant la nuit
Poffederfous fon Toit tous les tréfors
de France,
Et le Riche avesfa Finance
Enpauvretéqui refve eftre réduit.
De Fortune en effet n'est - ce pas une
niche,
Que le dormir, & du Pauvre , & du
Riche?
Pourquoy ne pas dans lefommeil
Laiffer le Gueux , dont le réveil
Renouvelle les maux ? ou bien tout aw
contraire,
Pourquoy faire dormir qui doit veiller
toûjours?
Maisfans m'embarraffer àfaire .
De longs, & par ainfi defort mauvais
difcours;
Longs & mauvais , c'est affezpour
déplaire,
Quand onfait le Prédicateur.
GALANT.
37
e
Ne prefchons plus ; parlons d'une
autre Affaire,
Erplûtost devenons Conteur;
Car un Conte, fuft- il un Conte à la
Cigogne,
Vaut
toûjoursmieux qu'un
ennuyeux
Sermon.
Se
Difons done, que du temps de Philippe
le
Bon,
( Ce Philippe le Bon eftoit Duc de
Bourgogne )
Avint un certain Fait
Affez plaisant, & digne de mémoire,
Etpour moralifer un affezjoly trait,
Au
demeurant tres- vray, je l'ay lu
dans l'
Hiftoires
Quiconque ne me voudra croire,
La peut lire àfon tour. Philippé par
hazard
Dans letemps qu'on boit àla neige,
38 MERCURE
C'est à dire l'Eré) fuivy d'ungros
Cortége,
S'enrevenoitfert tard,
Apres avoirfait un tour du Rampart
DeBezançon, promenade ordinaire
Qu'avec fes Courtisans le bon Duc
fouloitfaire.
En traverfant la Rüe, il aperceut un
Gueux,
Faifant vilaine može,
Déchiré , plein defang, hideux,
Renverfe fur un tas de boue.
Cet objet émutle bon Duc,
Qui penfa que le Gueux tomboit du
malcaduci
Et comme il eftoit charitable,
Etpourtousfes Sujetsplein d'extréme
bonté,
Il voulut que ce Miſérable
Defon bourbier dés l'inſtantfuſt ôté,
Et bienplus, il voulut, pour eftre décroté
GALANT. 39
Qu'au Palais ilfust emporté.
Au premierappareil on connut Oenophile,
Fameux Beuveur, qui n'avoitpour
métier
Que defefferdu Vinde Quartieren
Quartier,
Etque de promener une foif inutile
Dans les Tavernes de la ville,
D'oùfortantfans avoir le moyen de
payer,
N'ayant pas vaillant une obole,
Tvremortildormoit dans le premier
bourbier.
Quand le Ducfceur qu'eftoit le
Drôle,
Car le nom d'Oenophile en tous lieux
faifoit bruit,
Et defes Faits en Vin chacun eftoit
inftruit )
Il luy fit préparer un aſſez plaisant
rôle,
40 MERCURE
Ilordonna qu'ilfustfrifé,
Mufqué, frotté, lavé, poudré, peigné,
razé,
Proprement
aromatizé
.
( Précaution
fort néceſſaire
Pour ce qu'on vouloitfaire )
Ilfut couchédans unfuperbe Lit,
Avecles Ornemens de nuit
Qu'on donne àGensde confequence,
Dontje tais la magnificence.
Pour la marquer en un mot, ilsuffit
Que le Duc de Bourgogne.
Ordonna qu'on traitast comme luy cet
Yvrogne.
Chacunfe retira pour predrefon repos ,
Laiffant au lendemain le refte.
La nuitfur le Palaisjetta d'heureux
Pavots ,
Tout dormit à merveille ; aucun refve
funefte,
ExcitéparBacchus &fa douce vapeur,
GALANT. 41
N'embarraffale cerveau du Beaveur.
Le Phabetor des Gens quife plaisent à
boire,
Luyparut mille fois verfant à pleines
mains
Parfa Corne d'yvoire
Tous les refves plaifans qu'il prodigue
aux Humains.
L'Aurore dont l'éclat embellit toutes
chofes,
Avoit, pourmarquer le retour
Du Dieu qui tous les jours du Monde
fait le tour,
Parfumé tous les airs de Fafmins &
de Rofes,
Cela veut dire en Profe, il eftoitjour-
Vous Seaurez que qui verfifie,
Je veux dire les Gens qu'Apollon
deifie,
Peuvent impunément s'exprimerpas
rébus,
Mars
1685,
42. MERCURE
Ouparmots qu'en François nous appellons
Phébus.
Dans mes Contes parfois je mele ce
langage,
Qui paroist tant.foit peu guindés :
Mais quoy ?jervais comejefurs guidé,
Sire Apollon pour moy n'en fait pas
davantage.
Nous avons defon Litfaitfortir le
Soleil,
Allons en Courtifan habile
Nous trouver au Levé du Seigneur
acnophile,
Et nousfaurons quelferafon réveil.
Imaginez vous lafurpriſe
D'un Gueux qui n'avoit pas vaillant
une Chemife,
Et qui (fouvent couchédehors)
Se trouve en Draps de lin bordez de
Point d'Espagne
,
Et comme un Prince de Cocagne,
GALANT. 43
Se voit environné des plus riches tréfors.
En croira- t - ilfes yeux ? Il n'oſe.
Est- ce un enchantement ? Est- ce métemplycofe,
Illufion, metamorphofe?
Par quei heureux deftin eft - il Grand
devenu;
Luy qui naguere eftoit tout nud?
Pendant qu'à débrouiller tel Cabos ili
s'applique,
Une douce Mufique.
Acheva de troubler fa petite raison;
Il ne pût s'empefcher de dire une
Oraifon
Qu'ilfçavoit contre l'Art Ma--
gigner
S'il eust crû goufter dans ces lieux
Des douceurs à la finfemblables aux
premieres,
Ilnefe pouvoit rien de mieux;
Dij
44 MERCURE
Mais il craignoit les Etrivieres,
Catastrophe où fouvent aboutit le
plaifir
De pareille galanterie.
De malle-peur ilfe fentitfaifir, ve
Eftimant, pis encor, que cefust Diablerie.
En Bourgogne en ce temps.couroient
des Farfadets,
Autrement dits Efprits Follets ,
Qui n'entendoient point raillerie,
Fougueux comme les Gens qui battent
leurs Valets.
Achevons. Ilentra quatre Pages bien
faits,
Maistre d' Hoftel, une autre Troupes
De Valets de pied , de Laquais,
Dont l'un tenoit une Soucouppe,
L'autre une Ecuelle- oreille avec un
Confommé.
Voicy, luy dit un Gentilhomme,
GALANT.
45
Voftre Bouillon accoûtumé,
Monfeigneur. Il leprit tout come
Si veritablement il eut tous les matins
Fait telmétier. Aifément l'habitude
Se feroit à tels Mets ; & quand d'heu
reux deftins
Succédent au mal le plus rude,
On s'accoutume avec facilité
Au bien que l'on n'a pointgoufté.
Bien plus , à noftre compte
Lebien qui nous vient nous eft dû;
Etfi quelque chagrin nous vient, tout
estperdu.
Mais heureux mille fois l'Homme qui
fefurmonte,
Et quifagementfe contient,
Quandle bien ou le mal luy vient!
Par tropje moralife ;
Wenons au Fait. Le Duc Philippefe
déguife ,
Et. vient accompagné de trente Cour
tifans
46 MERCURE
1
Sous autant de déguiſemens.
Chacun luy fait la révérence,
Luy vientfouhaiter le bonjour,
Et tout de mefme quà la Cour,
Luy dit autrement qu'il ne penfe ..
On l'habillefuperbement;
Tous les Bijoux du Ducfirent l'ajuste--
ment.
C'étoient Canons de Point de Géne.
( Génes lors s'amuſoit à fabriquer du
Point,
Etfon orgueil n'attiroitpoint
De Bombe à feu Grégeoisfurfafuperbe
arénej
Enfin pourtrancher court, l'Yvrogne
eftoitbrillant .
Autant
que
le Soleil levant;
Et Bacchus revenant des Climats dee
l'Aurore,
ParoiffoitmoinsVainqueur que luya.
Maispourrendre parfait ce Spectacles
inouy,
GALANT. 47
Ilmanquoit quelque chofe encores ›
C'ist que les Dames du Palais
Vinffent avec tous leurs attraits;
Ce quije fit.Ce dernier trait l'acable,.
Mais il revint dans un moment
Defon étonnement,
Quand on le fit paffer dans un Apar
tement,
Qui luy parut d'autant plus agreable:
Qu'ily vit uneTable
Qu'onfervoit magnifiquement.
Il nefoupçonna plus que cefust Dia
blerie,
Quand ilfe vitplacé dans l'endroit
leplus haut,
Oùfans fe déferrer il mangea comme
il faut,
Commençant à trouver l'invention.
jolie.
Dans cette Cour
Adiférensplaifirs onpaffa tout le jour
48 MERCURE
Comme au Bal, comme au feu, comme
à la Comédie,
On comme à l'Opéra. Mais non ; dans
ce temps - là
On ne connoifoit point ce que c'est
qu'Opera.
Bref, onfe divertit à ce qu'on eut
envie,
Fufqu'à ce que le Soleilſe coucha.
Onfervit le Souper, Oenophile foupas
Ily beut trop, ils'yfoula,
Sibien qu'il s'y couvritla vie,
Et fa Principautépar ce tropfut per
düe ;
Ce qui fit qu'à l'instant on le desha
billa,
De fes Haillons on lepouilla;
Quatre Valets de pied le portent dans
la Rüe,
Au mefme endroit d'où le Duc le
tira.
Voila
GALANT. 49
Voila comment la Fortune fe jouë,
Aujourd hayfur le Trône, & demain
dans la bouë.
Que nefçay je comment Oenophile
20 parla E
Dansle moment qu'il s'éveilla!
nouveau de M' de la Barre de
Tours. Ses Galans Ouvrages
ont tant d'agrément , & vous
avez toûjours pris tant de
plaifir à les lire , que je croy
vous en procurer un fort
grand , en vous faiſant part
de celuy- cy.
34 MERCURE
$25552555-2552 555
CNOPHILE
T
CONTE.
Outes les Grandeurs dé la
Terre
Sont auffifragiles que verre,
( De tel propos je n'auray pas les
Gants)
Etl'Hiftoirefournit mainte& mainte
Avanture
Parmy les Petits & les Grands,
Qui montre ce propos n'eftre pas imposture..
Suivons donc. Les grandeurs de l'Hu
maine Nature
N'ont rien que de prest àfinir;
Un mefme inftant les voit naiftre
& mourir;
GALANT. 35
C'est un refve qui plaist dans le moment
qu'il dure,
Etqui laiffe àfafuite un fâcheuxfou
venir;
C'est un abus, une peinture,
Une idée, unfantôme, une ombre,;
enfin un rien..
Quelque Cenfeur me defavoie,.
Et traite ma Morale en Morale de
Chien.
Quoy, ce gros Financier, dira- t- il,
&fon Bien
•
Sont des Chanfons ? Hé- oy. C'eft à
tort qu'on le loüc;
Je vais le montrer aujourd'huy;
Et le gueux Oenophile au milieu de fa
boue,
Quandil a bûdix coups , eftplus heureux
queluy.
Pafchal, un Autheur d'importance,
Dansfes Ecrits met peu de diférence
36 MERCURE
Entre le Gueux refvant la nuit
Poffederfous fon Toit tous les tréfors
de France,
Et le Riche avesfa Finance
Enpauvretéqui refve eftre réduit.
De Fortune en effet n'est - ce pas une
niche,
Que le dormir, & du Pauvre , & du
Riche?
Pourquoy ne pas dans lefommeil
Laiffer le Gueux , dont le réveil
Renouvelle les maux ? ou bien tout aw
contraire,
Pourquoy faire dormir qui doit veiller
toûjours?
Maisfans m'embarraffer àfaire .
De longs, & par ainfi defort mauvais
difcours;
Longs & mauvais , c'est affezpour
déplaire,
Quand onfait le Prédicateur.
GALANT.
37
e
Ne prefchons plus ; parlons d'une
autre Affaire,
Erplûtost devenons Conteur;
Car un Conte, fuft- il un Conte à la
Cigogne,
Vaut
toûjoursmieux qu'un
ennuyeux
Sermon.
Se
Difons done, que du temps de Philippe
le
Bon,
( Ce Philippe le Bon eftoit Duc de
Bourgogne )
Avint un certain Fait
Affez plaisant, & digne de mémoire,
Etpour moralifer un affezjoly trait,
Au
demeurant tres- vray, je l'ay lu
dans l'
Hiftoires
Quiconque ne me voudra croire,
La peut lire àfon tour. Philippé par
hazard
Dans letemps qu'on boit àla neige,
38 MERCURE
C'est à dire l'Eré) fuivy d'ungros
Cortége,
S'enrevenoitfert tard,
Apres avoirfait un tour du Rampart
DeBezançon, promenade ordinaire
Qu'avec fes Courtisans le bon Duc
fouloitfaire.
En traverfant la Rüe, il aperceut un
Gueux,
Faifant vilaine može,
Déchiré , plein defang, hideux,
Renverfe fur un tas de boue.
Cet objet émutle bon Duc,
Qui penfa que le Gueux tomboit du
malcaduci
Et comme il eftoit charitable,
Etpourtousfes Sujetsplein d'extréme
bonté,
Il voulut que ce Miſérable
Defon bourbier dés l'inſtantfuſt ôté,
Et bienplus, il voulut, pour eftre décroté
GALANT. 39
Qu'au Palais ilfust emporté.
Au premierappareil on connut Oenophile,
Fameux Beuveur, qui n'avoitpour
métier
Que defefferdu Vinde Quartieren
Quartier,
Etque de promener une foif inutile
Dans les Tavernes de la ville,
D'oùfortantfans avoir le moyen de
payer,
N'ayant pas vaillant une obole,
Tvremortildormoit dans le premier
bourbier.
Quand le Ducfceur qu'eftoit le
Drôle,
Car le nom d'Oenophile en tous lieux
faifoit bruit,
Et defes Faits en Vin chacun eftoit
inftruit )
Il luy fit préparer un aſſez plaisant
rôle,
40 MERCURE
Ilordonna qu'ilfustfrifé,
Mufqué, frotté, lavé, poudré, peigné,
razé,
Proprement
aromatizé
.
( Précaution
fort néceſſaire
Pour ce qu'on vouloitfaire )
Ilfut couchédans unfuperbe Lit,
Avecles Ornemens de nuit
Qu'on donne àGensde confequence,
Dontje tais la magnificence.
Pour la marquer en un mot, ilsuffit
Que le Duc de Bourgogne.
Ordonna qu'on traitast comme luy cet
Yvrogne.
Chacunfe retira pour predrefon repos ,
Laiffant au lendemain le refte.
La nuitfur le Palaisjetta d'heureux
Pavots ,
Tout dormit à merveille ; aucun refve
funefte,
ExcitéparBacchus &fa douce vapeur,
GALANT. 41
N'embarraffale cerveau du Beaveur.
Le Phabetor des Gens quife plaisent à
boire,
Luyparut mille fois verfant à pleines
mains
Parfa Corne d'yvoire
Tous les refves plaifans qu'il prodigue
aux Humains.
L'Aurore dont l'éclat embellit toutes
chofes,
Avoit, pourmarquer le retour
Du Dieu qui tous les jours du Monde
fait le tour,
Parfumé tous les airs de Fafmins &
de Rofes,
Cela veut dire en Profe, il eftoitjour-
Vous Seaurez que qui verfifie,
Je veux dire les Gens qu'Apollon
deifie,
Peuvent impunément s'exprimerpas
rébus,
Mars
1685,
42. MERCURE
Ouparmots qu'en François nous appellons
Phébus.
Dans mes Contes parfois je mele ce
langage,
Qui paroist tant.foit peu guindés :
Mais quoy ?jervais comejefurs guidé,
Sire Apollon pour moy n'en fait pas
davantage.
Nous avons defon Litfaitfortir le
Soleil,
Allons en Courtifan habile
Nous trouver au Levé du Seigneur
acnophile,
Et nousfaurons quelferafon réveil.
Imaginez vous lafurpriſe
D'un Gueux qui n'avoit pas vaillant
une Chemife,
Et qui (fouvent couchédehors)
Se trouve en Draps de lin bordez de
Point d'Espagne
,
Et comme un Prince de Cocagne,
GALANT. 43
Se voit environné des plus riches tréfors.
En croira- t - ilfes yeux ? Il n'oſe.
Est- ce un enchantement ? Est- ce métemplycofe,
Illufion, metamorphofe?
Par quei heureux deftin eft - il Grand
devenu;
Luy qui naguere eftoit tout nud?
Pendant qu'à débrouiller tel Cabos ili
s'applique,
Une douce Mufique.
Acheva de troubler fa petite raison;
Il ne pût s'empefcher de dire une
Oraifon
Qu'ilfçavoit contre l'Art Ma--
gigner
S'il eust crû goufter dans ces lieux
Des douceurs à la finfemblables aux
premieres,
Ilnefe pouvoit rien de mieux;
Dij
44 MERCURE
Mais il craignoit les Etrivieres,
Catastrophe où fouvent aboutit le
plaifir
De pareille galanterie.
De malle-peur ilfe fentitfaifir, ve
Eftimant, pis encor, que cefust Diablerie.
En Bourgogne en ce temps.couroient
des Farfadets,
Autrement dits Efprits Follets ,
Qui n'entendoient point raillerie,
Fougueux comme les Gens qui battent
leurs Valets.
Achevons. Ilentra quatre Pages bien
faits,
Maistre d' Hoftel, une autre Troupes
De Valets de pied , de Laquais,
Dont l'un tenoit une Soucouppe,
L'autre une Ecuelle- oreille avec un
Confommé.
Voicy, luy dit un Gentilhomme,
GALANT.
45
Voftre Bouillon accoûtumé,
Monfeigneur. Il leprit tout come
Si veritablement il eut tous les matins
Fait telmétier. Aifément l'habitude
Se feroit à tels Mets ; & quand d'heu
reux deftins
Succédent au mal le plus rude,
On s'accoutume avec facilité
Au bien que l'on n'a pointgoufté.
Bien plus , à noftre compte
Lebien qui nous vient nous eft dû;
Etfi quelque chagrin nous vient, tout
estperdu.
Mais heureux mille fois l'Homme qui
fefurmonte,
Et quifagementfe contient,
Quandle bien ou le mal luy vient!
Par tropje moralife ;
Wenons au Fait. Le Duc Philippefe
déguife ,
Et. vient accompagné de trente Cour
tifans
46 MERCURE
1
Sous autant de déguiſemens.
Chacun luy fait la révérence,
Luy vientfouhaiter le bonjour,
Et tout de mefme quà la Cour,
Luy dit autrement qu'il ne penfe ..
On l'habillefuperbement;
Tous les Bijoux du Ducfirent l'ajuste--
ment.
C'étoient Canons de Point de Géne.
( Génes lors s'amuſoit à fabriquer du
Point,
Etfon orgueil n'attiroitpoint
De Bombe à feu Grégeoisfurfafuperbe
arénej
Enfin pourtrancher court, l'Yvrogne
eftoitbrillant .
Autant
que
le Soleil levant;
Et Bacchus revenant des Climats dee
l'Aurore,
ParoiffoitmoinsVainqueur que luya.
Maispourrendre parfait ce Spectacles
inouy,
GALANT. 47
Ilmanquoit quelque chofe encores ›
C'ist que les Dames du Palais
Vinffent avec tous leurs attraits;
Ce quije fit.Ce dernier trait l'acable,.
Mais il revint dans un moment
Defon étonnement,
Quand on le fit paffer dans un Apar
tement,
Qui luy parut d'autant plus agreable:
Qu'ily vit uneTable
Qu'onfervoit magnifiquement.
Il nefoupçonna plus que cefust Dia
blerie,
Quand ilfe vitplacé dans l'endroit
leplus haut,
Oùfans fe déferrer il mangea comme
il faut,
Commençant à trouver l'invention.
jolie.
Dans cette Cour
Adiférensplaifirs onpaffa tout le jour
48 MERCURE
Comme au Bal, comme au feu, comme
à la Comédie,
On comme à l'Opéra. Mais non ; dans
ce temps - là
On ne connoifoit point ce que c'est
qu'Opera.
Bref, onfe divertit à ce qu'on eut
envie,
Fufqu'à ce que le Soleilſe coucha.
Onfervit le Souper, Oenophile foupas
Ily beut trop, ils'yfoula,
Sibien qu'il s'y couvritla vie,
Et fa Principautépar ce tropfut per
düe ;
Ce qui fit qu'à l'instant on le desha
billa,
De fes Haillons on lepouilla;
Quatre Valets de pied le portent dans
la Rüe,
Au mefme endroit d'où le Duc le
tira.
Voila
GALANT. 49
Voila comment la Fortune fe jouë,
Aujourd hayfur le Trône, & demain
dans la bouë.
Que nefçay je comment Oenophile
20 parla E
Dansle moment qu'il s'éveilla!
Fermer
Résumé : OENOPHILE CONTE.
Le texte est une lettre accompagnant un conte de M. de la Barre de Tours, connu pour ses œuvres agréables. Le conte commence par une réflexion sur la fragilité des grandeurs terrestres, illustrée par des exemples historiques. Il met en scène un dialogue entre un galant et un censeur, ce dernier critiquant la morale du conte. Le galant répond que les richesses sont éphémères et que le bonheur peut être trouvé même dans la pauvreté. L'histoire se déroule du temps de Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Un soir, Philippe découvre un gueux nommé Oenophile, ivre et endormi dans la boue. Ému par sa condition, Philippe ordonne de l'amener au palais, où Oenophile est lavé, habillé et traité comme un prince. Le lendemain, Oenophile se réveille entouré de richesses et de luxe, croyant d'abord à un enchantement. Il est servi par des pages et des valets, et Philippe, déguisé, lui rend visite avec sa cour. Oenophile passe la journée à profiter des plaisirs de la cour, mais le soir, il est ramené à son état initial, habillé en haillons et déposé dans la rue. Ce conte illustre la volatilité de la fortune, qui peut élever ou abaisser les individus en un instant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 80-92
RÊVE D'UN ANGLOIS, Sur la dissertation du Crane d'un PETIT-MAITRE, & du Coeur d'une COQUETTE, traduit de l'Anglois.
Début :
Je me trouvai hier engagé dans une Assemblée de Philosophes, dont [...]
Mots clefs :
Philosophe, Anatomie, Découverte, Cerveau, Rêve, Crâne, Microscope, Cavité, Glande pinéale, Épiderme, Poète, Dissection, Vaisseaux, Coeur, Péricarde, Anatomiste, Liqueur, Fibres, Soupir, Sommeil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÊVE D'UN ANGLOIS, Sur la dissertation du Crane d'un PETIT-MAITRE, & du Coeur d'une COQUETTE, traduit de l'Anglois.
REVE D'UN ANGLOIS ,
Sur la diffection du Crane d'un PETITMAITRE,&
du Can d'une COQUETTE,
traduit de l'Anglois.
JA
E me trouvai hier engagé dans une
Affemblée de Philofophes , dont l'un
nous étala quantité d'obfervations curiefes
, qu'il avoit faites depuis peu ,
dans l'Anatomie du corps humain. Un
autre nous fit part de plufieurs Découvertes
admirables , qu'il y a faites avec
DE DECEMBRE
le fecours de certains Microſcopes fort
exacts : Tout cela produifit diverfes
remarques peu communes , & fournit
matiére à difcourir tout le refte de la
journée .
Les différens Syftemes qu'on bâtic
là deffus , préfentérent tant de nouvelles
idées à mon imagination , que jointes
à celles qu'il y avoit déja , elles
ont donné de l'exercice à mon pauvre
cerveau toute la nuit paffée , & ont
formé le Rêve extravagant dont je vais
yous entretenir.
Je fus invité,à ce qu'il me fembloit ,
à voir la diffection du crane d'un petit-
Maître , & du coeur d'une Coquette ,
qui repofoient fur une table qu'il y avoit
devant nous. Un habile Anatomifte ouvrit
la tefte du premier avec beaucoup
d'art ; & quoi qu'elle parût d'abord ,
comme celle d'un autre homme , nous
fâmes bien étonnés de voir , qu'à l'approche
de nos Microfcopes , ce que
nous avions pris pour de la cervelle ,
n'en avoit que l'apparence , & n'eftoit
qu'un amas de matiéres étranges , empaquetées
enfemble , avec un art merveilleux
, dans les différentes cavités
du crane : De forte que, fi Homere nous
82 LE MERCURE
dit ,, que le fang des Dieux n'eft pas
du veritable fang , mais , quelque chofe
d'Analogue ; on peut dire auffi , que
la cervelle d'un petit- Maître n'en est
pas réellement une , mais quelque chofe
qui en a la figure .
La Glande pinéale , que plufieurs de
nos Philofophes modernes fuppofent
eftre le fiége de l'Ame , avoit une
odeur très forte d'Effence , & d'Eau
de Fleur d'Orange ; & paroiffoit d'une
fabftance qui approchoit de la corne,
taillée en mille petites facettes, ou miroirs
imperceptibles à l'oeil ; en forte
que l'Ame , sil y en avoit jamais û
une , devoit eftre toujours occupée à
s'admirer elle - mefme.
Nous remarquâmes fur le devant
de la tefte , une grande cavité pleine
de Rubans , de Dentelles & de Broderies
, qui formoient enfemble une
cfpéce de réfeau , fi artiftement travaillé
& fi fin , que le tiffu en êchapoit
à la vûë : Une autre de ces cavités
eftoit farcie de Billets doux , de
Lettres Amoureufes , de Chanfons notées
, & de pareilles gentilleffes , qu'on
n'appercevoit qu'à la faveur de nos
Microſcopes Dans un troifiéme , ·il
DE DECEMBRE. 8*
y avoit une espéce de Poudre , qui fit
éternüer toute la compagnie , & que
nous reconnûmes à l'odeur , pour du
veritable tabac d'Espagne. En un mot ,
car je ne veux pas ennuyer mes Lecteurs
par un inventaire trop exact ,
plufieurs autres cellules contenoient
divers autres matériaux , à peu prés
auffi curieux .
Cependant , une grande cavité fpacieufe
, qu'il y avoit à l'un & à l'autre
côté de la tefte , mérite quelque attention
Celle du côté droit estoit rem-
'plie de fictions , de flateries , & de menfonges
, de voeux , de promeffes & de
proteftations : Celle du côté gauche ,
renfermoit des imprecations & des fermens.
De chacune de ces cavités , on
voyoit fortir un conduit , qui aboutiffoit
à la racine de la Langue , où ils
fe joignoient tous deux , & ne formoient
enfuite qu'un canal jufqu'à ce
petit mobile. Nous obfervâmes divers.
petits fentiers , ou conduits , qui paſfoient
de l'oreille au cerveau ; & nous
ûmes un foin tout particulier , de les
fuivre dans tous leurs détours : L'un
de ces conduits fe rendoit à un paquet
de Sonnets , & d'autres menuës Poefies :
84 LE MERCURE
D'autres fe terminoient à un amas de
veffies pleines d'écumes & de vent :
Mais , le plus gros de ces tuyaux entroit
dans une grande cavité du crane ,
d'où un autre s'êchapoit vers la langue.
Cette derniére cavité êtoit le réſervoir
d'une fubftance molle & fpongieuſe,
que l'on nomme Galimathias.
Les cuirs du front , la Derme & l'Epiderme,
êtoient d'une épaiffeur & d'une
duteté extraordinaire ; & nous fumes
bien furpris , de ne pouvoir y découvrir
,ny ártéres ny veines ; d'où nous
conclûmes, que le propre de ce crane
avoit perdu la faculté de rougir , lorfqu'il
étoit en vie.
L'os cribleux êtoit prefque bouché ,
par un amas de Tabac en poudre , &
même endommagé en quelques endroits
. Nous remarquâmes furtout , ce
petit mufcle , qu'on a de la peine à
découvrir dans les diffections , & qui
fert à tirer le nés en haut ; lorfque le
Propriétaire vent témoigner le mépris
qu'il fent , à la vue de quelque chofe
qui lui déplaît , ou à l'ouie de quelque
chofe qu'il n'entend pas . Il eft inutile
d'avertir que ce mufcle eft le même,
qui produit le mouvement tant de fois
DE DECEMBRE.
fpécifié dans les Poëtes latins ; lorfqu'ils
parlent d'un homme qui retrouffe
le nés , ou qui fait le bec de
Rhinoceros .
;
Nous n'apperçumes rien de fort remarquable
dans l'oeil à cela prés
que les muſcles amoureux , ou fi l'on
veut , lorgneurs , êtoient extrémement
ufez ; au lieu que l'éleveur , ou le
mufcle , qui fait tourner l'oeil vers le
Ciel , ne paroiffoit point avoir êté mis
en oeuvre.
Je n'ai parlé dans certe diffection ,
que des nouvelles découvertes que
nous y fîmes , fans examiner aucune
de ces parties qui fe trouvent dans les
têtes ordinaires . A l'égard du crane ,
du vifage , & même de toute la figure
externe , nous ne remarquâmes rien
qui la diftinguât de la tête des autres
hommes : D'ailleurs , on nous dit que
le propriétaire de cette belle tête avoit
vécu 35 ans : Que durant tout cet intervalle
, il avoit mangé & bû comme
les autres : Qu'il fe mettoit fort bien :
Qu'il parloit fort haut : Qu'il éclatoit
fouvent de rire ; & qu'en certaines
occafions , il jouoit affés bien fon rôle
dans un Bal , ou dans une Affemblée :
86 LE MERCURE
9
à quoi un de la compagnie ajouta
qu'il y avoit un cercle de Dames qui
le prenoient pour un bel efprit . Il fut
affommé d'un coup de péle , à la fleur
de fon âge , par un vieux militaire ,
qui le trouva un peu trop civil à l'égard
de fa femme.
Après qu'on ûr examiné à fonds cette
tête,avec toutes fes appartenances & fa
fourniture; on remit le cerveau , tel qu'il
êtoit en fon lieu , & la têtefût laiffée à.
quartier , fous un grand morceau de
drap écarlatte , pour être préparée à
loifir , & gardée dans un beau cabinet .
de diffections Anatomiques . De plus ,
nôtre Opérateur nous dit , que la préparation
n'en feroit pas fi difficile que
celle d'une autre tête ; puifque , la plûpart
des petits vaiffeaux , qui traverfoient
la fubftance interne , comme il
l'avoit obfervé , êtoient déja remplis
d'une espèce de mercure , ou plûtôt de
vif- argent , dont le mort avoit fait
ufage pendant fa vie .
Après avoir donné la diffection de la
tête d'un petit-Maître , je raporterai
ici l'Anatomie du coeur d'une Coquette.
Hûreufement , j'en ai gardé la
Minute.
A Vant que nôtre Anatomiſte en vint à cette diffection , il nous
dit , qu'il n'y avoit rien de plus difficile
dans fon Art , que d'ouvrir le coeur
d'une Coquette , & d'en expoſer fidélement
toutes les parties aux yeux
des fpectateurs , à cauſe d'une infinité
de labyrintes & de replis qu'on y trouve
, & qui ne paroiffent pas dans le
coeur d'aucun autre animal .
Enfuite , il nous pria d'obſerver le
Péricarde , ou l'envelope extérieure du
coeur ; & nous y vîmes , à la faveur
de nos microſcopes , des millions de
petites cicatrices , qui fembloient avoir
êté caufées par les pointes d'une infinité
de petits dards & defléches , qu'on
avoit lancées côtre cette mébrane; quoi
qu'il n'y ût pas le moindre petit orifice ,
à travers lequel,aucun de ces traits ût
percé jufqu'à la fubftance du coeur.
Tous ceux qui ont quelque teinture
36 LE MERCURE
de l'Anatomie , fçavent que le Péricarde
contient une efpéce de liqueur
rougeatre & déliée , qu'on croit fe
former des exhalaifons qui s'évaporent
du coeur , & qui s'y confervent de cette
maniére. Lorsqu'on vint à l'examiner ,
il fe trouva qu'elle avoit toutes les
qualités de l'efprit - de - vin , dont on
remplit les Thermométres , qui fervent
à marquer les différens dégrez de
chaud ou de froid , qui arrivent dans
l'air .
Je ne dois pas oublier ici une expérience
, qu'un des Membres de lacompagnie
nous dit avoir faite avec
cette Liqueur , dont il avoit trouvé
bonne provifion,au tour du coeur d'une
Coquette qu'il avoit anatomifé autrefois
: Il nous affùra donc , qu'il en
avoit rempli un tuyau de verre , à peu
prés comme celui d'un Thermométre ;
mais , qu'au lieu de marquer les variations
de l'air , il défignoit les qualités
des perfonnes , qui entroient dans
la chambre où il l'avoit fufpendu. Il
ajoûta que cette Liqueur montoit à
l'approche d'un plumet , d'un habit
en broderie , ou d'une paire de gants à
franges ; & qu'elle baiffoit , d'abord
qu'une
DE DECEMBRE. 89
qu'une vilaine perruque mal peignée
qu'une paire de fouliers lourds , ou un
habit à l'antique , paroiffofent dans
fa maiſon. Ce n'eft pas tout , il
nous certifia , que s'il venoit à éclarer
de rire auprés de cette Liqueur ;
elle montoit d'une maniere fenfible
& qu'elle defcendoit au plus vîte , auſſitôt
qu'il prénoit un air férieux . En
un mot , il voulut nous perfuader que
par le moyen de cette invention , il
pouvoit connoître , s'il y avoit un homme
de bon fens ou un fat ,dans fa chamb.
e.
Aprés avoir bien épluché le Péricarde,
& confideré la Liqueur qu'il renfermoit
, nous en vinmes au coeur même ;
La furface extérieure en eftoit fi polie ,
& la pointe fi fioide , que lorfqu'on
vouloit l'empoigner , il s'échapoit à
travers les doigts , comme un morceau
de glace , ou une Anguille .
Les fibres en êtoient plus entrelacés,
que celle des autres cours ; jufques- là,
que ce coeur fembloit former un veritable
noud-gordien,& ne pouvoit avoir
û que des mouvemens fort inégaux &
fort irréguliers , pendant qu'il exerçoit
fes fonctions vitales.
Décembre 1717 . H
༡༠ LE MERCURE
Lorfque nous examinâmes tous les
vaiffeaux , qui en fortoient ou y aboutiffoient
; nous ne pûmes jamais découvrir
qu'il y ût û la moindre communication
avec la Langue ; ce qui
nous parut une caufe trés digne de
remarque .
On nous fit obferver en même tems,
que plufieurs de ces petits nerfs , qui
contribuoient à faire fentir l'amour
, la haine & les autres paffions,
n'y defcendoient pas du cerveau ,
mais des mufcles fitués au tourdes yeux.
Je pris ce coeur dans la main , pour
juger du poids ; & il me parut fi léger
, que je conclus d'abord , qu'il y
avoit beaucoup de vuide : En effet , l'intérieur
eftoit plein de cavités & de
cellules , qui paffoient les unes dans
les autres , & qui reffembloient à ces
appartements , que nos Hiftoriens attribuent
au berceau de Rofemonde . Pluhieurs
de ces petits trous êtoient farcis
de bagatelles , qu'il me feroit impoffible
de nommer en détail ; mais , je remarquerai
ſeulement , que la premiere
chofe que nous y apperçûmes , par le
moyen de nos Microſcopes , eftoit une
Coeffe de couleur de feu .
DE DECEMBRE. 91
Du refte , on nous dit que la Dame
propriétaire de ce coeur , lorfqu'elle
eftoit en vie ,, fouffroit les pourfuites
de tous ceux qui lui faifoient l'amour,
les entretenoit tous dans l'efpérance ,
& infinuoit à chacun d'eux , qu'il étoit
diftingué des autres ; c'est pour cela ,
que nous nous attendions à voir l'empreinte
d'un nombre infini de vifages ,
fur les différentes enveloppes de ce
coeur Mais , nous fumes bien furpris
de n'y en trouver aucune , juſqu'à
ce qu'on fût arrivé au centre .
Alors , nous y apperçumes un petit
homme vêtu d'un habit fort bizare ;
plus je le regardois , plus il me fembloit
que je l'avois vu quelque part fans
pouvoir me rappeller , ni le tems , ni
l'endroit ; jufques à ce qu'enfin , un
de la compagnie , qui l'avoit examiné
de plus prés que les autres , nous fit
voir clairement par le tour du vifage ,
& par plufieurs de fes traits , que la
petite idole , ainfi placée au milieu de
ce coeur , eftoit le feu petit- Maître
dont nous venions de defigner le cerveau.
2
D'abord que notre Anatomifte ûr
achevé fa diffection ; incapables de
Hij
92 LE MERCURE
nous déterminer fur la nature de ce
coeur , fi différent de celui des autres
femmes, nous réfolûmes d'en venir à
quelque épreuve , pour en découvrir
la fubftance : Ainfi , on le mit fur des
charbons ardens ; mais , bien loin de
fe confumer , il n'en reçut pas la moindre
atteinte d'où nous conclûmes
;
qu'il tenoit de la nature de la Salamandre
, & qu'il auroit pû ſubſiſter au
milieu du feu & des flammes .
Lorfque nous admirions un fi étrange
Phænoméne , & que nous formions un
cercle au tour du cerveau; ce coeur laiffa
échaper un terrible foupir , ou plûtôt
un éclat ; & fe réduifit en fumée : Cet
éclat imaginaire , qui me parut plus
fort que celui d'un canon , m'ébranla
fi bien le cerveau , qu'il diffipa toutes
les douces vapeurs du fommeil , &
qu'il n'y ût plus moyen de me rendormir.
Sur la diffection du Crane d'un PETITMAITRE,&
du Can d'une COQUETTE,
traduit de l'Anglois.
JA
E me trouvai hier engagé dans une
Affemblée de Philofophes , dont l'un
nous étala quantité d'obfervations curiefes
, qu'il avoit faites depuis peu ,
dans l'Anatomie du corps humain. Un
autre nous fit part de plufieurs Découvertes
admirables , qu'il y a faites avec
DE DECEMBRE
le fecours de certains Microſcopes fort
exacts : Tout cela produifit diverfes
remarques peu communes , & fournit
matiére à difcourir tout le refte de la
journée .
Les différens Syftemes qu'on bâtic
là deffus , préfentérent tant de nouvelles
idées à mon imagination , que jointes
à celles qu'il y avoit déja , elles
ont donné de l'exercice à mon pauvre
cerveau toute la nuit paffée , & ont
formé le Rêve extravagant dont je vais
yous entretenir.
Je fus invité,à ce qu'il me fembloit ,
à voir la diffection du crane d'un petit-
Maître , & du coeur d'une Coquette ,
qui repofoient fur une table qu'il y avoit
devant nous. Un habile Anatomifte ouvrit
la tefte du premier avec beaucoup
d'art ; & quoi qu'elle parût d'abord ,
comme celle d'un autre homme , nous
fâmes bien étonnés de voir , qu'à l'approche
de nos Microfcopes , ce que
nous avions pris pour de la cervelle ,
n'en avoit que l'apparence , & n'eftoit
qu'un amas de matiéres étranges , empaquetées
enfemble , avec un art merveilleux
, dans les différentes cavités
du crane : De forte que, fi Homere nous
82 LE MERCURE
dit ,, que le fang des Dieux n'eft pas
du veritable fang , mais , quelque chofe
d'Analogue ; on peut dire auffi , que
la cervelle d'un petit- Maître n'en est
pas réellement une , mais quelque chofe
qui en a la figure .
La Glande pinéale , que plufieurs de
nos Philofophes modernes fuppofent
eftre le fiége de l'Ame , avoit une
odeur très forte d'Effence , & d'Eau
de Fleur d'Orange ; & paroiffoit d'une
fabftance qui approchoit de la corne,
taillée en mille petites facettes, ou miroirs
imperceptibles à l'oeil ; en forte
que l'Ame , sil y en avoit jamais û
une , devoit eftre toujours occupée à
s'admirer elle - mefme.
Nous remarquâmes fur le devant
de la tefte , une grande cavité pleine
de Rubans , de Dentelles & de Broderies
, qui formoient enfemble une
cfpéce de réfeau , fi artiftement travaillé
& fi fin , que le tiffu en êchapoit
à la vûë : Une autre de ces cavités
eftoit farcie de Billets doux , de
Lettres Amoureufes , de Chanfons notées
, & de pareilles gentilleffes , qu'on
n'appercevoit qu'à la faveur de nos
Microſcopes Dans un troifiéme , ·il
DE DECEMBRE. 8*
y avoit une espéce de Poudre , qui fit
éternüer toute la compagnie , & que
nous reconnûmes à l'odeur , pour du
veritable tabac d'Espagne. En un mot ,
car je ne veux pas ennuyer mes Lecteurs
par un inventaire trop exact ,
plufieurs autres cellules contenoient
divers autres matériaux , à peu prés
auffi curieux .
Cependant , une grande cavité fpacieufe
, qu'il y avoit à l'un & à l'autre
côté de la tefte , mérite quelque attention
Celle du côté droit estoit rem-
'plie de fictions , de flateries , & de menfonges
, de voeux , de promeffes & de
proteftations : Celle du côté gauche ,
renfermoit des imprecations & des fermens.
De chacune de ces cavités , on
voyoit fortir un conduit , qui aboutiffoit
à la racine de la Langue , où ils
fe joignoient tous deux , & ne formoient
enfuite qu'un canal jufqu'à ce
petit mobile. Nous obfervâmes divers.
petits fentiers , ou conduits , qui paſfoient
de l'oreille au cerveau ; & nous
ûmes un foin tout particulier , de les
fuivre dans tous leurs détours : L'un
de ces conduits fe rendoit à un paquet
de Sonnets , & d'autres menuës Poefies :
84 LE MERCURE
D'autres fe terminoient à un amas de
veffies pleines d'écumes & de vent :
Mais , le plus gros de ces tuyaux entroit
dans une grande cavité du crane ,
d'où un autre s'êchapoit vers la langue.
Cette derniére cavité êtoit le réſervoir
d'une fubftance molle & fpongieuſe,
que l'on nomme Galimathias.
Les cuirs du front , la Derme & l'Epiderme,
êtoient d'une épaiffeur & d'une
duteté extraordinaire ; & nous fumes
bien furpris , de ne pouvoir y découvrir
,ny ártéres ny veines ; d'où nous
conclûmes, que le propre de ce crane
avoit perdu la faculté de rougir , lorfqu'il
étoit en vie.
L'os cribleux êtoit prefque bouché ,
par un amas de Tabac en poudre , &
même endommagé en quelques endroits
. Nous remarquâmes furtout , ce
petit mufcle , qu'on a de la peine à
découvrir dans les diffections , & qui
fert à tirer le nés en haut ; lorfque le
Propriétaire vent témoigner le mépris
qu'il fent , à la vue de quelque chofe
qui lui déplaît , ou à l'ouie de quelque
chofe qu'il n'entend pas . Il eft inutile
d'avertir que ce mufcle eft le même,
qui produit le mouvement tant de fois
DE DECEMBRE.
fpécifié dans les Poëtes latins ; lorfqu'ils
parlent d'un homme qui retrouffe
le nés , ou qui fait le bec de
Rhinoceros .
;
Nous n'apperçumes rien de fort remarquable
dans l'oeil à cela prés
que les muſcles amoureux , ou fi l'on
veut , lorgneurs , êtoient extrémement
ufez ; au lieu que l'éleveur , ou le
mufcle , qui fait tourner l'oeil vers le
Ciel , ne paroiffoit point avoir êté mis
en oeuvre.
Je n'ai parlé dans certe diffection ,
que des nouvelles découvertes que
nous y fîmes , fans examiner aucune
de ces parties qui fe trouvent dans les
têtes ordinaires . A l'égard du crane ,
du vifage , & même de toute la figure
externe , nous ne remarquâmes rien
qui la diftinguât de la tête des autres
hommes : D'ailleurs , on nous dit que
le propriétaire de cette belle tête avoit
vécu 35 ans : Que durant tout cet intervalle
, il avoit mangé & bû comme
les autres : Qu'il fe mettoit fort bien :
Qu'il parloit fort haut : Qu'il éclatoit
fouvent de rire ; & qu'en certaines
occafions , il jouoit affés bien fon rôle
dans un Bal , ou dans une Affemblée :
86 LE MERCURE
9
à quoi un de la compagnie ajouta
qu'il y avoit un cercle de Dames qui
le prenoient pour un bel efprit . Il fut
affommé d'un coup de péle , à la fleur
de fon âge , par un vieux militaire ,
qui le trouva un peu trop civil à l'égard
de fa femme.
Après qu'on ûr examiné à fonds cette
tête,avec toutes fes appartenances & fa
fourniture; on remit le cerveau , tel qu'il
êtoit en fon lieu , & la têtefût laiffée à.
quartier , fous un grand morceau de
drap écarlatte , pour être préparée à
loifir , & gardée dans un beau cabinet .
de diffections Anatomiques . De plus ,
nôtre Opérateur nous dit , que la préparation
n'en feroit pas fi difficile que
celle d'une autre tête ; puifque , la plûpart
des petits vaiffeaux , qui traverfoient
la fubftance interne , comme il
l'avoit obfervé , êtoient déja remplis
d'une espèce de mercure , ou plûtôt de
vif- argent , dont le mort avoit fait
ufage pendant fa vie .
Après avoir donné la diffection de la
tête d'un petit-Maître , je raporterai
ici l'Anatomie du coeur d'une Coquette.
Hûreufement , j'en ai gardé la
Minute.
A Vant que nôtre Anatomiſte en vint à cette diffection , il nous
dit , qu'il n'y avoit rien de plus difficile
dans fon Art , que d'ouvrir le coeur
d'une Coquette , & d'en expoſer fidélement
toutes les parties aux yeux
des fpectateurs , à cauſe d'une infinité
de labyrintes & de replis qu'on y trouve
, & qui ne paroiffent pas dans le
coeur d'aucun autre animal .
Enfuite , il nous pria d'obſerver le
Péricarde , ou l'envelope extérieure du
coeur ; & nous y vîmes , à la faveur
de nos microſcopes , des millions de
petites cicatrices , qui fembloient avoir
êté caufées par les pointes d'une infinité
de petits dards & defléches , qu'on
avoit lancées côtre cette mébrane; quoi
qu'il n'y ût pas le moindre petit orifice ,
à travers lequel,aucun de ces traits ût
percé jufqu'à la fubftance du coeur.
Tous ceux qui ont quelque teinture
36 LE MERCURE
de l'Anatomie , fçavent que le Péricarde
contient une efpéce de liqueur
rougeatre & déliée , qu'on croit fe
former des exhalaifons qui s'évaporent
du coeur , & qui s'y confervent de cette
maniére. Lorsqu'on vint à l'examiner ,
il fe trouva qu'elle avoit toutes les
qualités de l'efprit - de - vin , dont on
remplit les Thermométres , qui fervent
à marquer les différens dégrez de
chaud ou de froid , qui arrivent dans
l'air .
Je ne dois pas oublier ici une expérience
, qu'un des Membres de lacompagnie
nous dit avoir faite avec
cette Liqueur , dont il avoit trouvé
bonne provifion,au tour du coeur d'une
Coquette qu'il avoit anatomifé autrefois
: Il nous affùra donc , qu'il en
avoit rempli un tuyau de verre , à peu
prés comme celui d'un Thermométre ;
mais , qu'au lieu de marquer les variations
de l'air , il défignoit les qualités
des perfonnes , qui entroient dans
la chambre où il l'avoit fufpendu. Il
ajoûta que cette Liqueur montoit à
l'approche d'un plumet , d'un habit
en broderie , ou d'une paire de gants à
franges ; & qu'elle baiffoit , d'abord
qu'une
DE DECEMBRE. 89
qu'une vilaine perruque mal peignée
qu'une paire de fouliers lourds , ou un
habit à l'antique , paroiffofent dans
fa maiſon. Ce n'eft pas tout , il
nous certifia , que s'il venoit à éclarer
de rire auprés de cette Liqueur ;
elle montoit d'une maniere fenfible
& qu'elle defcendoit au plus vîte , auſſitôt
qu'il prénoit un air férieux . En
un mot , il voulut nous perfuader que
par le moyen de cette invention , il
pouvoit connoître , s'il y avoit un homme
de bon fens ou un fat ,dans fa chamb.
e.
Aprés avoir bien épluché le Péricarde,
& confideré la Liqueur qu'il renfermoit
, nous en vinmes au coeur même ;
La furface extérieure en eftoit fi polie ,
& la pointe fi fioide , que lorfqu'on
vouloit l'empoigner , il s'échapoit à
travers les doigts , comme un morceau
de glace , ou une Anguille .
Les fibres en êtoient plus entrelacés,
que celle des autres cours ; jufques- là,
que ce coeur fembloit former un veritable
noud-gordien,& ne pouvoit avoir
û que des mouvemens fort inégaux &
fort irréguliers , pendant qu'il exerçoit
fes fonctions vitales.
Décembre 1717 . H
༡༠ LE MERCURE
Lorfque nous examinâmes tous les
vaiffeaux , qui en fortoient ou y aboutiffoient
; nous ne pûmes jamais découvrir
qu'il y ût û la moindre communication
avec la Langue ; ce qui
nous parut une caufe trés digne de
remarque .
On nous fit obferver en même tems,
que plufieurs de ces petits nerfs , qui
contribuoient à faire fentir l'amour
, la haine & les autres paffions,
n'y defcendoient pas du cerveau ,
mais des mufcles fitués au tourdes yeux.
Je pris ce coeur dans la main , pour
juger du poids ; & il me parut fi léger
, que je conclus d'abord , qu'il y
avoit beaucoup de vuide : En effet , l'intérieur
eftoit plein de cavités & de
cellules , qui paffoient les unes dans
les autres , & qui reffembloient à ces
appartements , que nos Hiftoriens attribuent
au berceau de Rofemonde . Pluhieurs
de ces petits trous êtoient farcis
de bagatelles , qu'il me feroit impoffible
de nommer en détail ; mais , je remarquerai
ſeulement , que la premiere
chofe que nous y apperçûmes , par le
moyen de nos Microſcopes , eftoit une
Coeffe de couleur de feu .
DE DECEMBRE. 91
Du refte , on nous dit que la Dame
propriétaire de ce coeur , lorfqu'elle
eftoit en vie ,, fouffroit les pourfuites
de tous ceux qui lui faifoient l'amour,
les entretenoit tous dans l'efpérance ,
& infinuoit à chacun d'eux , qu'il étoit
diftingué des autres ; c'est pour cela ,
que nous nous attendions à voir l'empreinte
d'un nombre infini de vifages ,
fur les différentes enveloppes de ce
coeur Mais , nous fumes bien furpris
de n'y en trouver aucune , juſqu'à
ce qu'on fût arrivé au centre .
Alors , nous y apperçumes un petit
homme vêtu d'un habit fort bizare ;
plus je le regardois , plus il me fembloit
que je l'avois vu quelque part fans
pouvoir me rappeller , ni le tems , ni
l'endroit ; jufques à ce qu'enfin , un
de la compagnie , qui l'avoit examiné
de plus prés que les autres , nous fit
voir clairement par le tour du vifage ,
& par plufieurs de fes traits , que la
petite idole , ainfi placée au milieu de
ce coeur , eftoit le feu petit- Maître
dont nous venions de defigner le cerveau.
2
D'abord que notre Anatomifte ûr
achevé fa diffection ; incapables de
Hij
92 LE MERCURE
nous déterminer fur la nature de ce
coeur , fi différent de celui des autres
femmes, nous réfolûmes d'en venir à
quelque épreuve , pour en découvrir
la fubftance : Ainfi , on le mit fur des
charbons ardens ; mais , bien loin de
fe confumer , il n'en reçut pas la moindre
atteinte d'où nous conclûmes
;
qu'il tenoit de la nature de la Salamandre
, & qu'il auroit pû ſubſiſter au
milieu du feu & des flammes .
Lorfque nous admirions un fi étrange
Phænoméne , & que nous formions un
cercle au tour du cerveau; ce coeur laiffa
échaper un terrible foupir , ou plûtôt
un éclat ; & fe réduifit en fumée : Cet
éclat imaginaire , qui me parut plus
fort que celui d'un canon , m'ébranla
fi bien le cerveau , qu'il diffipa toutes
les douces vapeurs du fommeil , &
qu'il n'y ût plus moyen de me rendormir.
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4
p. 60-61
AUTRE.
Début :
Adam se trouvoit seul, je l'occupois peut-être, [...]
Mots clefs :
Rêve
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
ADAM ſe trouvoit ſeul, jel'occupois peut-être ,
Alors qu'à la moitié le Seigneur donna l'être ;
DÉCEMBRE. 1775 . 61
En retranchant mon chef , auſſi- tôt tu la vois
Cettecompagne aimable , & maintenant je crois
Quemon nom ſe ſait tout de ſuite ;
Quoiqu'à me définir je ne ſois vraiment rien :
Mais enfin ne vas pas ſi vîte ,
Rêve , mon cher Lecteur , & ma foi tu me tiens .
ParM. le Clerc de la Mothe , Chev. de
St Louis.
ADAM ſe trouvoit ſeul, jel'occupois peut-être ,
Alors qu'à la moitié le Seigneur donna l'être ;
DÉCEMBRE. 1775 . 61
En retranchant mon chef , auſſi- tôt tu la vois
Cettecompagne aimable , & maintenant je crois
Quemon nom ſe ſait tout de ſuite ;
Quoiqu'à me définir je ne ſois vraiment rien :
Mais enfin ne vas pas ſi vîte ,
Rêve , mon cher Lecteur , & ma foi tu me tiens .
ParM. le Clerc de la Mothe , Chev. de
St Louis.
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