AUTRE.
Ne méprifons jamais perfonne.
Du fujet le plus ignoré ,
Très -fouvent l'art a retiré
Des biens fi grands qu'on s'en étonne.
C'eft à coup sûr que j'en raiſonne ;
Les objets les plus vils ont leur utilité.
Je fuis des plus chetifs ... Eh bien ! .. fans vanité,
Je n'en vois pas de plus utile.
Il me feroit aflez facile
D'aller chercher chez le Romain ,
La preuve que je puis aider l'efprit humain ;
Mais ne tirons pas avantage
Du fecours dont je fuis dans un art épineux ;
On trouveroit fort ennuyeux
De me voir faire l'étalage
De tous les cas divers où je fuis en uſage ,
JUILLET. 1769 . 59
Et j'irois juſqu'au merveilleux.
Mais , fans en venir là , peut-être
Mon mérite pourra fe faire reconnoître ,
Si je te dis , ami lecteur ,
Qu'en quelqu'état que tu puiffe être
Ce feroit une grande erreur
De dire que fans moi tu fixes le bonheur.
Et , pour la gloire de mon être ,
J'ajouterai de plus , que je fuis en honneur
Près de l'habile géometre.
Oui , rendu par l'ufage objet effentiel
Au calcul intégral , au différentiel ,
Tour problême , fans moi , refte inintelligible.
Ce n'eftpas tout : quoiqu'inſenſible ,
Er fans me mêler des amours ,
Je jure que , fans mon fecours ,
Toute exiſtence eft impoffible.
En effet , j'existe en tous lieux.
Quoi ! dans tous ? C'eft beaucoup ... J'ai mentis
parlons mieux ,
Et développons ce mystere ;
On me cherche envain dans la terre ,
Quandje me fais voir dans les cieux.
Par un Officier D. C. D. G.