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2051
p. 197-199
De Paris le 13.
Début :
La célébration des six cens mariages, déterminés par la Ville avec l'agrément de Sa Majesté, [...]
Mots clefs :
Paris, Mariages, Paroisse, Prévôt des marchands, Échevins, Salve générale, Célébration, Naissance du duc de Bourgogne
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texteReconnaissance textuelle : De Paris le 13.
De Paris le 13.
La célébration des six cens mariages, déterminés
par la Ville avec l'agrément de Sa Majesté,
ayant été fixée au 9 de ce mois, cette fête fut an-
noncée la veille par les cloches de toutes les Pa-
roisses, & le 6 à six heures du matin par une salve
générale de l'artillerie de la Ville. Il y eut une
seconde salve à midi? lorsque ces mariages su-
rent célébrés. Le Duc de Gesvres, Gouverneur
de Paris, assista à ceux de l'Eglise de Saint Roch
sa Paroisse. Ceux de Saint Nicolas des Champs
Paroisse de M. de Bernage, Prevôt des Mar-
chands, se firent en présence de ce Magistrat. Mes-
sieurs Bontems, Gillet & Mirey, Echevins;
M. Moriau Procureur & Avocat du Roi &
de la Ville, & M. Taitbout, Greffier en chef
furent pésens chacun dans leurs Paroisses, aux ma-
riages qu'on y célébra, & M. Boucot, Receveur
de la Ville, se trouva à ceux de Saint Germain-
l'Auxertois. On avoit député des Conseillers de
Iiij
ized by Goc
198 MERCUREDE FRANCE.
la Ville & des Quartiniers, pour faire les hon-
neurs des mariages des autres Paroisses. Dans cet
Acte mémorable a régné une majesté, vraiment
digne de la cérémonie & de l'événement qui en
étoit l'occasion. Toutes les Eglises étoient ornées
de la même maniere qu'elles ont coutume de l'être
dans les jours de la plus grande solemnité, & l'on
ne peut trop louer les soins pris par les Curés pour
la décence & pour la commodité générale. La Vil-
le, non contente d'avoir doté & habillé les Ma-
riés, a pourvu à la dépense des festins & des
nôces auxquels les Mariés ont été conduits dans
des catosses fournis par la Ville, & ces festins
ont été servis dans des Salles particulieres pout
chaque Paroisse. Une affluence prodigieuse de
personnes de toutes les conditions s'est présentée
soit dans les Eglises, soit dans ces Salles, s afin de
jouir d'un spectacle si plein de charmes pour les
Amateurs de l'humanité & du bien public. Il
auroit été impossible de compter le nombre des
Spectateurs: il ne le seroit pas moins d'expriiner
les sentimens de joie, d'amous & de reconnois-
sance, des Mariés & de leurs familles, pour le
Roi & pour la Famille Royale, & la satisfaction
dont tous les cœurs ont paru pénétrés.
Le même jour le Prevôt des Marchands & Eche-
vins donnerent dans la grande Salle de l'Hôtel de
Ville un diner splendide, auquel le Duc de Ge-
vres fut invité, ainsi que les députés qui avoient
assisté de la part de la Ville à la célébration des
mariages. A la fin du repas on but au bruit des
fanfares, les santés de la Reine, de Monseigneur
le Dauphin, de Madame la Dauphine, & de Mes-
dames de France, & lorsque la santé du Roi
fut portée, il fut fait une salve générale d'artillerie.
Sur les six heures du soir, le Corps de Ville,
ayant à sa têté le Duc de Gêvtes, se rendit à l'E-
199
JANVIER. 1752.
glise de Saint Jean en Grêve, qui étoit éclairée &
décotée avec une magnificeence extraordinaire,
& il assista au Te Deum qu'il fit chanter en Musi-
que. LeMotet étoit de la composition du Sieur Cal-
viere. Au Sanctus, les canons de la Ville firent
une nonvelle salve. Après le Te Deum, la façada
de l'Hôtel de Ville fut illuminée, ainsi que les
Hôtels du Duc de Gêvres & du Prevôt des Mar-
chands, & les maisons des autres Officiers du Bu-
reau de la Ville Il y eut aussi des illuminations
chez les Députés de la Ville dans chaque Paroisse.
La célébration des six cens mariages, déterminés
par la Ville avec l'agrément de Sa Majesté,
ayant été fixée au 9 de ce mois, cette fête fut an-
noncée la veille par les cloches de toutes les Pa-
roisses, & le 6 à six heures du matin par une salve
générale de l'artillerie de la Ville. Il y eut une
seconde salve à midi? lorsque ces mariages su-
rent célébrés. Le Duc de Gesvres, Gouverneur
de Paris, assista à ceux de l'Eglise de Saint Roch
sa Paroisse. Ceux de Saint Nicolas des Champs
Paroisse de M. de Bernage, Prevôt des Mar-
chands, se firent en présence de ce Magistrat. Mes-
sieurs Bontems, Gillet & Mirey, Echevins;
M. Moriau Procureur & Avocat du Roi &
de la Ville, & M. Taitbout, Greffier en chef
furent pésens chacun dans leurs Paroisses, aux ma-
riages qu'on y célébra, & M. Boucot, Receveur
de la Ville, se trouva à ceux de Saint Germain-
l'Auxertois. On avoit député des Conseillers de
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198 MERCUREDE FRANCE.
la Ville & des Quartiniers, pour faire les hon-
neurs des mariages des autres Paroisses. Dans cet
Acte mémorable a régné une majesté, vraiment
digne de la cérémonie & de l'événement qui en
étoit l'occasion. Toutes les Eglises étoient ornées
de la même maniere qu'elles ont coutume de l'être
dans les jours de la plus grande solemnité, & l'on
ne peut trop louer les soins pris par les Curés pour
la décence & pour la commodité générale. La Vil-
le, non contente d'avoir doté & habillé les Ma-
riés, a pourvu à la dépense des festins & des
nôces auxquels les Mariés ont été conduits dans
des catosses fournis par la Ville, & ces festins
ont été servis dans des Salles particulieres pout
chaque Paroisse. Une affluence prodigieuse de
personnes de toutes les conditions s'est présentée
soit dans les Eglises, soit dans ces Salles, s afin de
jouir d'un spectacle si plein de charmes pour les
Amateurs de l'humanité & du bien public. Il
auroit été impossible de compter le nombre des
Spectateurs: il ne le seroit pas moins d'expriiner
les sentimens de joie, d'amous & de reconnois-
sance, des Mariés & de leurs familles, pour le
Roi & pour la Famille Royale, & la satisfaction
dont tous les cœurs ont paru pénétrés.
Le même jour le Prevôt des Marchands & Eche-
vins donnerent dans la grande Salle de l'Hôtel de
Ville un diner splendide, auquel le Duc de Ge-
vres fut invité, ainsi que les députés qui avoient
assisté de la part de la Ville à la célébration des
mariages. A la fin du repas on but au bruit des
fanfares, les santés de la Reine, de Monseigneur
le Dauphin, de Madame la Dauphine, & de Mes-
dames de France, & lorsque la santé du Roi
fut portée, il fut fait une salve générale d'artillerie.
Sur les six heures du soir, le Corps de Ville,
ayant à sa têté le Duc de Gêvtes, se rendit à l'E-
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JANVIER. 1752.
glise de Saint Jean en Grêve, qui étoit éclairée &
décotée avec une magnificeence extraordinaire,
& il assista au Te Deum qu'il fit chanter en Musi-
que. LeMotet étoit de la composition du Sieur Cal-
viere. Au Sanctus, les canons de la Ville firent
une nonvelle salve. Après le Te Deum, la façada
de l'Hôtel de Ville fut illuminée, ainsi que les
Hôtels du Duc de Gêvres & du Prevôt des Mar-
chands, & les maisons des autres Officiers du Bu-
reau de la Ville Il y eut aussi des illuminations
chez les Députés de la Ville dans chaque Paroisse.
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2052
p. 199-205
RELATION Des Fêtes données à Rome pour la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, par son Excellence M. le Duc de Nivernois.
Début :
Le Duc de Nivernois Ambassadeur extraordinaire de France auprès du Saint Siege, [...]
Mots clefs :
Fêtes, Rome, Naissance du duc de Bourgogne, Duc de Nivernois, Ambassadeur, Noblesse, Palais, Cardinaux, Goût, Fêtes
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texteReconnaissance textuelle : RELATION Des Fêtes données à Rome pour la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, par son Excellence M. le Duc de Nivernois.
RELATION
Des Fêtes données à Rome pour la naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
par son Excellence M. le Duc de Nivernois.
Le Duc de Nivernois Ambassadeur extraordinaire
de France auprès du Saint Siege,
ayant fixé au 22. 13. & 24. de Novembre les
fêtes qu'il devoit donner pour la naissance de
Monseigneui le Duc de Bourgogne, elles com-
mencerent Lundi matin 22. par un Te Deum so-
lemnel qui fut chanté dans l'Eglise Françoise de
Saint Louis. Son Excellence reçut avant de partit
les complimens d'un grand nombre de Prélats,
qui s'étoient rendus au Palais de France, &
ceux des Cardinaux, & des Princes Romains
qui envoyereut leurs Gentilshommes. On distri-
bua en abondance à tous avant de partit des gla-
ces & des stuits gelés.
Iiiij
200 MERCURE DEFRANCE.
M. l'Ambassadeur se rendit à l'Eglise de S.
Louis avec son train ordinaire composé de qua-
torze carosses qui étoient remplis de trente Pré-
lats & d'un cortège nombreux formé par les
Ftançois, & la Maison de son Excellence. L'E-
glise de Saint Louis étoit ornée avec beancoup
de goût & de magnificence, & prépaiée pour
tenir la chapelle cardinalitienne intimée par Sa
Sainteté Vingt-cinq Cardinaux s'y rendirent &
toute la Prélature. M. Vicentini Archevêque,
célebia pontificalement la messe qui fut sui-
vie d'un Te Deum chanté par la Musique du Pa-
pe, pendant lequel on fit une triple sal ve de
boëtes.
A trois heures après midi Son Excellence sui-
vie seulement de trois carosses, se tendit au
cours, où la course de Barbes indiquée pour ces
sêtes avoit attiré une foule prodigieuse de Nobles-
se & de peuple, & après y avoir fait deux tours
elle entra dans le Palais de l'Académie de Fran-
ee pour y recevoir les Cardinaux, les Prélats
& la Noblesse qui avoient été invités à s'y ren-
dre pour y voir la course. L'assemblée étoit aussi
nombreuse & aussi brillante qu'elle pouvoit l'è-
tre, & l'on servit, en attendant la course, un
superbe rafraîchissement. Dix sept chevaux cou-
rurent, dont quatorze appartenoient à des Sei-
goeurs Romains, & trois étoient venus de diffé-
rentes Villes d'Italie, & ce fut un cheval du
Prince Dom Camillo Rospigliosi qui fut vain-
queur. Le prix étoit une piéce d'une des plus bel-
les étoffes de Lvon fond d'argent à fleurs d'or.
Le sacté Collége, la Prélature & la Noblesse
étoient invités le même jour à une cantate, ou
Dame en deux Actes & en musique qui devoit
s'exécuter dans un salon du Palais Farnése. Ce
JANVIER. 1752. 201
sallon avoit été orné pour cet effet en maniere
de décoration théâtrale, sur les desseins & sous
la direction du Cavalier Jean Paul Panini, Pein-
tre & Architecte, dont le nom est célebre en Eu-
rope. Le sallon étoit éclairé par trente-neuf lus-
tres, plus de sept cens autres grosses bougles, &
environ cent cinquante flambeaux de cinq livres.
Il aété trouvé généralement du plus grand gout,
& de la plus grande magnificence, & l'on a dit
unanimement qu'on n'avoit jamais rien vu de
plus beau ni de plus brillant. Comme il seroit
difficile de donner une idée de ce spectacle, on
renvoie à la description détaillée qui suit cette
relation.
Madame la Princesse Borghese faisoit les hon-
neurs aux Dames qui se placerent sur une espe-
ce d'amphitheâtre pratiqué à œe dessein, & M.
l'Ambassadeur reçut les Cardinaux qui vinrent
au nombre de vingt- un. Les Acteurs de la canta-
te étoient vêtus d'habits brodés fort riches & de
très bon goût, conformes aux personnages qu'ils
représentoient. Tout l'Orchestre qui étoit dispose
en forme d'amphithéâtre composé de plus de
quatre vingt joveurs d'instrumens, vêtus d'habits
de théâtre tres-bien entendus, & ayant chacun
une couronne de fleurs sur la têre, formoient
un coup d'œil qui augmentoit encore l'agrément
& l'éciat de ce spectacle aussi brillaut qu'il pou-
voit l'être. La musique de la cantate qui est de la
tomposition du Signor Rinaldo de Capoue, fut
trouvée fort belle. Dans l'intervalle de la pre-
miere partie à la seconde, on distribua des gla-
ces, des eaux frasches & des fruits glaces à tout
le monde. Aprés la fin de la cantate, & le dé-
part des Cardinaux, les Dames passe rent dans la
gallerie du Palais appellé la gallerie des Caraches,
IV
zed by Goc
202 MERCURE DEFRANCE.
où elles trouverent une table de quatre-vingt
couverts, très-bien illuminée, & couverte d'un
magnifique ambigu. Dans les chambres voisines
étoient des tables volantes & des détachemens
de valets de-chambre destinés à les servir & à les
couvrir de viandes froides ou chaudes, suivant le
goût de ceux qui s'y rassembloient, de façon que
chacun fut servi comme il vouloit l'être, ce qui
parut plaire & surprendre également. Pendant le
temps du souper on avoit préparé le sallon pour
V danser. Les Dames y etant repasséés, M. le
Duc de Nivernois ouvrit le bal avec Madame
l'Ambassadiice de Venise. La sête ne finit qu'au
jour, & tant qu'elle dura, les Officiers de M.
l'Ambassadeur ne cesserent de porter & de pre-
senter dans tous les rangs des rafraschissemens
soit de fruits glaces, soit de vin, soit de ratafiat.
Le lendemain Mardi M. l'Ambassadeur se rendit
comme la veille, à l'Académie de France, où il
y eut le même concours de Cardinaux, de Pré-
lats & de Nob'esse. La troupe des chevaux qui
disputoient le prix étoit composée de seize
& ce fut encore un cheval de Dom Camillo Ros-
pigliosi qui remporta ce prix consistant, comme
celui de la veille, en une piéce d'étoffes de Lyon
des plus ri hes.
Le Mercredi étoit destiné à un Bal public, fait
non seulemeut pour la Noblesse, mais pour toute
la Ville, & pour cet effet le grand Appartement
du Parais Fatnese avoit été meublé, & éclairé su-
perbement; le Sallon, dont on vient de parler
au sujet de la Cantate, devoit servir à la Noblesse,
& les douze autres piéces, dont l'appartement
est composé, à tous les masques iudifferemment.
Outre ces salles, on avoit meublé des plus bel-
les tapisscries de Flandres & des Gobelins, les
17)2.
203
JANVIER.
trois grands portiques ou galleries ouvertes qui
occupent trois côtés du Palais. Deux de ces galle-
ries servoient aux Masques, & s'unissoient au
reste de l'appartement. Dans le troisiéme on avoit
dressé une longue table, au bout de laquelle étoit
un buffet en forme d'amphithéâtre richement dé-
coré, très-bien illuminé & chargé de toutes sor-
te de viandes, pâtés, pâtisseries, vins, liqueurs, &
toutes sortes de rafraîchissemens. Tous ceux qui
vinrent se presenter à cette table y trouverent
chondamment pendant toute la nuit tout ce qu'ils
pouvoient demander soit en glaces & fruits gla-
cés, soit en viandes, vins & ratafiats. On ne
cessa, comme au premier bal, de porter des ra-
fraschissemens dans la salle de la Noblesse, &
vers une heure après minuit, on vit paroître
dans le milieu de cette salle, six tables volantes
qui furent aussi- tot couvertes de viandes froides,
& les Cavaliers servant eux-mêmes les Dames,
& portant à manger à celles qui ne s'étoient,
poiut approchées des tables; tout le monde fit,
une espéce de souper dont la confusion & le des-
ordre parut ajouter à l'agrément de la fête. Ceux-
qui demanderent des mets chauds furent servis
sur le champ, comme le jout de l'ambigu: on
a compté qu'il pouvoit y avoir au moins huit à
neuf cens personnes dans la salle de la No-
blesse, & que dans le cours de la nuit il pouvoit
être venu trente mille personnes dans les autres.
Toutes les differentes parties de ces fêtes ont-
éé exécutées & servies avec un ordre qu'il esti
aussi rare que difficile d'observer dans une si
grande confusion, & l'abondance des prépara-
tifs a fait que rien n'a manqué, malgré le con-
cours prodigieux des Masques. Pendant les trois
jours qu'a duré la fête, l'Atchitecture extérieute
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itized byC
204 MERCURE DEFRA NCE.
du Palais Farnese, & tout le tour de la
place a été illuminé de flambeaux de cire blan-
rche & de lampions, suivant l'usage du Pays Cet-
te place étoit ornée d'espece de portiques, for-
mes pare des branches de laurier qui faisoient
un spectacle fort agréable. Aux deux côtés étoient
deux fontaines de vin destinées au peuple Le Pa-
lais de M. l'Ambassadeur, ainsi que ceux des
Cardinaux & des Ministres, ont aussi été illuminés
pendant ces trois jours. Les maisons françoises
l'étoient aussi, & M. l'Ambassadeur avoit fait
distribuer pout cet effet vingt-cinq miile lu-
mieres.
Le Jeudi, M. l'Ambassadeur se rendit avec son
cortège, & en habit dde cérémonie, au Palais
Farnese où devoit venit Sa Sainteté pour don-
ner un coup d'œil au spectacle du sallon. Tous les
Acteurs de la cantate étoient disposés à leurs pla-
ces,, & dès que le Pape parut, on leva la toile
& on commença l'ouverture. Sa Sainteté enten-
dit chanter trois ariettes & un chœur, & ent la
bonté de témoigner à M l'Ambassadeur qu'elle
étoit fort satisfaite de ce qu'elle avoit vu.
Lorsque le Pape fut parti, on se hâta de défai-
re le thrône qui avoit été préparé pour sa Sain-
reté, & on remit la salle dans son premier état
cette soirée étant destinée à faire entendre la can-
tate à ceux qui n'avoient pas pu être admis à la
fête, ou la Noblesse seule & la Prélature pon-
vbient être admises; & pour donner une satisfac-
tion plus entiere à cet Ordre de personnes, le
Samedi suivant, il fut donné encore une répré-
sentation pour elles, de façon qu'en y compre-
nant denx répétitions qui ont été faites avec la
salle illuminée, & pour lesquelles, ainsi que
pour les deux dernieres sois, on avoit distribué
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205
1752.
JANVIER.
des billets, il y a eu quatre réprésentations, in-
dépendamment de celle du Lundi. On donne
ici les plus grands éloges à la magnificence & au
bon goût de ces fêtes, ainsi qu'à l'abondance
& à la somptuosité qui y ont regné. On dit
généralement qu'on n'a jamais rien vu de plus
beau ni de mieux entendu, & où il y ait eu un
plus grand air de magnificence. La Noblesse
Romaine s'est empressée dans cette circonstance
de donner à M. le Duc de Nivernois des Sar-
ques très-flatteuses de l'estime & de la préven-
tion favorable qu'on a pour lui. Tous les Ordres
se sont tassemblés, & jamais la Noblesse Romai.
ne n'avoit paru avec plus d'éclat. Un grand
nombre de Dames surtout ont fait voir dans
cette occasion des habits de masques du goût
le plus recherché, & de la plus grande richesse.
Il y avoit aussi un concours nombreux d'Etran-
gers de distinction qui contribuerent beaucoup
an succès de ces fêtes, en assurant qu'ils n'en
ont point vul dans les différentes Cours où ils
se sont trouvés, de comparables à ces dernieres
& pour tout dire en un mot, les Habitans de
cette Capitale du Monde la trouverent digne
d'eux & de leur Ville.
Des Fêtes données à Rome pour la naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
par son Excellence M. le Duc de Nivernois.
Le Duc de Nivernois Ambassadeur extraordinaire
de France auprès du Saint Siege,
ayant fixé au 22. 13. & 24. de Novembre les
fêtes qu'il devoit donner pour la naissance de
Monseigneui le Duc de Bourgogne, elles com-
mencerent Lundi matin 22. par un Te Deum so-
lemnel qui fut chanté dans l'Eglise Françoise de
Saint Louis. Son Excellence reçut avant de partit
les complimens d'un grand nombre de Prélats,
qui s'étoient rendus au Palais de France, &
ceux des Cardinaux, & des Princes Romains
qui envoyereut leurs Gentilshommes. On distri-
bua en abondance à tous avant de partit des gla-
ces & des stuits gelés.
Iiiij
200 MERCURE DEFRANCE.
M. l'Ambassadeur se rendit à l'Eglise de S.
Louis avec son train ordinaire composé de qua-
torze carosses qui étoient remplis de trente Pré-
lats & d'un cortège nombreux formé par les
Ftançois, & la Maison de son Excellence. L'E-
glise de Saint Louis étoit ornée avec beancoup
de goût & de magnificence, & prépaiée pour
tenir la chapelle cardinalitienne intimée par Sa
Sainteté Vingt-cinq Cardinaux s'y rendirent &
toute la Prélature. M. Vicentini Archevêque,
célebia pontificalement la messe qui fut sui-
vie d'un Te Deum chanté par la Musique du Pa-
pe, pendant lequel on fit une triple sal ve de
boëtes.
A trois heures après midi Son Excellence sui-
vie seulement de trois carosses, se tendit au
cours, où la course de Barbes indiquée pour ces
sêtes avoit attiré une foule prodigieuse de Nobles-
se & de peuple, & après y avoir fait deux tours
elle entra dans le Palais de l'Académie de Fran-
ee pour y recevoir les Cardinaux, les Prélats
& la Noblesse qui avoient été invités à s'y ren-
dre pour y voir la course. L'assemblée étoit aussi
nombreuse & aussi brillante qu'elle pouvoit l'è-
tre, & l'on servit, en attendant la course, un
superbe rafraîchissement. Dix sept chevaux cou-
rurent, dont quatorze appartenoient à des Sei-
goeurs Romains, & trois étoient venus de diffé-
rentes Villes d'Italie, & ce fut un cheval du
Prince Dom Camillo Rospigliosi qui fut vain-
queur. Le prix étoit une piéce d'une des plus bel-
les étoffes de Lvon fond d'argent à fleurs d'or.
Le sacté Collége, la Prélature & la Noblesse
étoient invités le même jour à une cantate, ou
Dame en deux Actes & en musique qui devoit
s'exécuter dans un salon du Palais Farnése. Ce
JANVIER. 1752. 201
sallon avoit été orné pour cet effet en maniere
de décoration théâtrale, sur les desseins & sous
la direction du Cavalier Jean Paul Panini, Pein-
tre & Architecte, dont le nom est célebre en Eu-
rope. Le sallon étoit éclairé par trente-neuf lus-
tres, plus de sept cens autres grosses bougles, &
environ cent cinquante flambeaux de cinq livres.
Il aété trouvé généralement du plus grand gout,
& de la plus grande magnificence, & l'on a dit
unanimement qu'on n'avoit jamais rien vu de
plus beau ni de plus brillant. Comme il seroit
difficile de donner une idée de ce spectacle, on
renvoie à la description détaillée qui suit cette
relation.
Madame la Princesse Borghese faisoit les hon-
neurs aux Dames qui se placerent sur une espe-
ce d'amphitheâtre pratiqué à œe dessein, & M.
l'Ambassadeur reçut les Cardinaux qui vinrent
au nombre de vingt- un. Les Acteurs de la canta-
te étoient vêtus d'habits brodés fort riches & de
très bon goût, conformes aux personnages qu'ils
représentoient. Tout l'Orchestre qui étoit dispose
en forme d'amphithéâtre composé de plus de
quatre vingt joveurs d'instrumens, vêtus d'habits
de théâtre tres-bien entendus, & ayant chacun
une couronne de fleurs sur la têre, formoient
un coup d'œil qui augmentoit encore l'agrément
& l'éciat de ce spectacle aussi brillaut qu'il pou-
voit l'être. La musique de la cantate qui est de la
tomposition du Signor Rinaldo de Capoue, fut
trouvée fort belle. Dans l'intervalle de la pre-
miere partie à la seconde, on distribua des gla-
ces, des eaux frasches & des fruits glaces à tout
le monde. Aprés la fin de la cantate, & le dé-
part des Cardinaux, les Dames passe rent dans la
gallerie du Palais appellé la gallerie des Caraches,
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202 MERCURE DEFRANCE.
où elles trouverent une table de quatre-vingt
couverts, très-bien illuminée, & couverte d'un
magnifique ambigu. Dans les chambres voisines
étoient des tables volantes & des détachemens
de valets de-chambre destinés à les servir & à les
couvrir de viandes froides ou chaudes, suivant le
goût de ceux qui s'y rassembloient, de façon que
chacun fut servi comme il vouloit l'être, ce qui
parut plaire & surprendre également. Pendant le
temps du souper on avoit préparé le sallon pour
V danser. Les Dames y etant repasséés, M. le
Duc de Nivernois ouvrit le bal avec Madame
l'Ambassadiice de Venise. La sête ne finit qu'au
jour, & tant qu'elle dura, les Officiers de M.
l'Ambassadeur ne cesserent de porter & de pre-
senter dans tous les rangs des rafraschissemens
soit de fruits glaces, soit de vin, soit de ratafiat.
Le lendemain Mardi M. l'Ambassadeur se rendit
comme la veille, à l'Académie de France, où il
y eut le même concours de Cardinaux, de Pré-
lats & de Nob'esse. La troupe des chevaux qui
disputoient le prix étoit composée de seize
& ce fut encore un cheval de Dom Camillo Ros-
pigliosi qui remporta ce prix consistant, comme
celui de la veille, en une piéce d'étoffes de Lyon
des plus ri hes.
Le Mercredi étoit destiné à un Bal public, fait
non seulemeut pour la Noblesse, mais pour toute
la Ville, & pour cet effet le grand Appartement
du Parais Fatnese avoit été meublé, & éclairé su-
perbement; le Sallon, dont on vient de parler
au sujet de la Cantate, devoit servir à la Noblesse,
& les douze autres piéces, dont l'appartement
est composé, à tous les masques iudifferemment.
Outre ces salles, on avoit meublé des plus bel-
les tapisscries de Flandres & des Gobelins, les
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JANVIER.
trois grands portiques ou galleries ouvertes qui
occupent trois côtés du Palais. Deux de ces galle-
ries servoient aux Masques, & s'unissoient au
reste de l'appartement. Dans le troisiéme on avoit
dressé une longue table, au bout de laquelle étoit
un buffet en forme d'amphithéâtre richement dé-
coré, très-bien illuminé & chargé de toutes sor-
te de viandes, pâtés, pâtisseries, vins, liqueurs, &
toutes sortes de rafraîchissemens. Tous ceux qui
vinrent se presenter à cette table y trouverent
chondamment pendant toute la nuit tout ce qu'ils
pouvoient demander soit en glaces & fruits gla-
cés, soit en viandes, vins & ratafiats. On ne
cessa, comme au premier bal, de porter des ra-
fraschissemens dans la salle de la Noblesse, &
vers une heure après minuit, on vit paroître
dans le milieu de cette salle, six tables volantes
qui furent aussi- tot couvertes de viandes froides,
& les Cavaliers servant eux-mêmes les Dames,
& portant à manger à celles qui ne s'étoient,
poiut approchées des tables; tout le monde fit,
une espéce de souper dont la confusion & le des-
ordre parut ajouter à l'agrément de la fête. Ceux-
qui demanderent des mets chauds furent servis
sur le champ, comme le jout de l'ambigu: on
a compté qu'il pouvoit y avoir au moins huit à
neuf cens personnes dans la salle de la No-
blesse, & que dans le cours de la nuit il pouvoit
être venu trente mille personnes dans les autres.
Toutes les differentes parties de ces fêtes ont-
éé exécutées & servies avec un ordre qu'il esti
aussi rare que difficile d'observer dans une si
grande confusion, & l'abondance des prépara-
tifs a fait que rien n'a manqué, malgré le con-
cours prodigieux des Masques. Pendant les trois
jours qu'a duré la fête, l'Atchitecture extérieute
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du Palais Farnese, & tout le tour de la
place a été illuminé de flambeaux de cire blan-
rche & de lampions, suivant l'usage du Pays Cet-
te place étoit ornée d'espece de portiques, for-
mes pare des branches de laurier qui faisoient
un spectacle fort agréable. Aux deux côtés étoient
deux fontaines de vin destinées au peuple Le Pa-
lais de M. l'Ambassadeur, ainsi que ceux des
Cardinaux & des Ministres, ont aussi été illuminés
pendant ces trois jours. Les maisons françoises
l'étoient aussi, & M. l'Ambassadeur avoit fait
distribuer pout cet effet vingt-cinq miile lu-
mieres.
Le Jeudi, M. l'Ambassadeur se rendit avec son
cortège, & en habit dde cérémonie, au Palais
Farnese où devoit venit Sa Sainteté pour don-
ner un coup d'œil au spectacle du sallon. Tous les
Acteurs de la cantate étoient disposés à leurs pla-
ces,, & dès que le Pape parut, on leva la toile
& on commença l'ouverture. Sa Sainteté enten-
dit chanter trois ariettes & un chœur, & ent la
bonté de témoigner à M l'Ambassadeur qu'elle
étoit fort satisfaite de ce qu'elle avoit vu.
Lorsque le Pape fut parti, on se hâta de défai-
re le thrône qui avoit été préparé pour sa Sain-
reté, & on remit la salle dans son premier état
cette soirée étant destinée à faire entendre la can-
tate à ceux qui n'avoient pas pu être admis à la
fête, ou la Noblesse seule & la Prélature pon-
vbient être admises; & pour donner une satisfac-
tion plus entiere à cet Ordre de personnes, le
Samedi suivant, il fut donné encore une répré-
sentation pour elles, de façon qu'en y compre-
nant denx répétitions qui ont été faites avec la
salle illuminée, & pour lesquelles, ainsi que
pour les deux dernieres sois, on avoit distribué
ized by Goc
205
1752.
JANVIER.
des billets, il y a eu quatre réprésentations, in-
dépendamment de celle du Lundi. On donne
ici les plus grands éloges à la magnificence & au
bon goût de ces fêtes, ainsi qu'à l'abondance
& à la somptuosité qui y ont regné. On dit
généralement qu'on n'a jamais rien vu de plus
beau ni de mieux entendu, & où il y ait eu un
plus grand air de magnificence. La Noblesse
Romaine s'est empressée dans cette circonstance
de donner à M. le Duc de Nivernois des Sar-
ques très-flatteuses de l'estime & de la préven-
tion favorable qu'on a pour lui. Tous les Ordres
se sont tassemblés, & jamais la Noblesse Romai.
ne n'avoit paru avec plus d'éclat. Un grand
nombre de Dames surtout ont fait voir dans
cette occasion des habits de masques du goût
le plus recherché, & de la plus grande richesse.
Il y avoit aussi un concours nombreux d'Etran-
gers de distinction qui contribuerent beaucoup
an succès de ces fêtes, en assurant qu'ils n'en
ont point vul dans les différentes Cours où ils
se sont trouvés, de comparables à ces dernieres
& pour tout dire en un mot, les Habitans de
cette Capitale du Monde la trouverent digne
d'eux & de leur Ville.
Fermer
2053
p. 205-208
Description du Sallon décoré pour la Cantate, & le Bal de la Noblesse.
Début :
En entrant, on voyoit en face l'orchestre destiné à placer les Musiciens ; il étoit formé par un [...]
Mots clefs :
Salon, Argent, Palmes, Colonnes, Fleurs de lys, Théâtre, Relief, Armes, Génies, Naissance du duc de Bourgogne
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texteReconnaissance textuelle : Description du Sallon décoré pour la Cantate, & le Bal de la Noblesse.
Description du Sallon décoré pour la Cantate,
& le Bal de la Noblesse.
En entrant, on voyoit en face l'orchestre destiné
à placer les Musiciens ; il étoit formé par un
amphitéatre circulaire: de six gradins, qui rem-
plissoit toute la largeur de la salle; au bas étoit
un banc, feint de velours cramoisy, brodé d'or,
sur lequel étoient assis les per'onnages chantans.
L'ouverture de cette espêce de Théatre, étoit
Digjines hod
206 MERCURE DE FRANCE
formée par quatre colonnes isolées d'ordre Com-
posite, surmontées d'un attique. Ces colonnes
étoient bleu-clait, & torse-canelées en or, dans
les deux tiers; le dervier tiers, qui étoit celui
d'en bas, étoit orné de festons de fleurs naturelles,
Les chapiteaux étoient ornés de dauphins, de lys,
&c. exécutés en relief & en argent. Le long de
l'architecture regnoient des guitlandes de fleurs
supportées chacune pat deux amours, exécutés
en lief & en argent; la frise de cet entablement
étoit ornée de coquilles en relief, travaillées en
or & en argent alternativement; à la plus gran-
de élevation de l'ouverture, de l'orchestre,
on voyoit les armes de France portées par deux
Génies, & surmontées par la Renommée. Ces
figures exécutées en relief, étoient de douze
palmes de hauteur, un pavillon bleu, semé de
fleurs de-lys d'or, accompagnoit le tout. Les
rôtés du Théatre représentoient un Temple ou-
vert, formé par des colonnes d'ordre Composite
qui s'accordoient avec les quatre colonnes, par
lesquelles étoit formée l'ouverture. Le fond re-
presentoit un Soleil brillant, qui répandoit sa lu-
miere sur un groupe de cinquante figures, les-
quelles représentoient la France, ayant d'un coté
la Religion & la Paix, de l'autre la Justice & l'A-
bondance. Cette décoration du sond fut cachée
jusqu'au commencement de la Cantare, par un
rideau fond blanc, semé de lys d'argent, distri-
bués avec beaucoup d'élégance. Les deux côtés de
la s. lle, étoient occupés par un ordre Composite
de pilastres, de cinquante palmes de hauteur,
Cet ordre étoit surmonté d'un attique de quatorze
palmes; les colonnes étoient feintes de lapis-
Jazuli, & les entre-colonnes formées par une
toile bleu & argent. Au milieu de chacune de ces
JANVIER.
1752.
207
dernieres étoient des dauphins en relief & en
argent, qui portoient des guirlandes pour
des lumieres. Entre chaque pilastre étoit un
trumeau de vingt palmes de hauteur, le reste de
l'élevation étoit occupé par deux cartouches,
ornés tous les deux, dans le goût de la décoration,
dans l'un desquels étoient peints deux amours,
jouant avec un lys, & dans le second les armes de
France, & le chistre du Roi, alternativement sur
un fond de toile bleu & argent. Les ornemens
des deux ofdres Composite & Attique, les chapi-
teaux, & tous les attributs qui les accompagnoient,
étoient exécutés en reliet d'or ou d'argent, &
parés de guitlandes & fleurs naturelles, disposées
avec beaucoup d'élegance. Le côté opposé a celui
du Théatre, étoit formé d'une architecture sem-
blable à celle des deux côtés correspondans. On,
voyoit au milieu deux Renominées en telief or
& argent, qui portoient les armes du Roi, &
trois Genies qui étoient au-dessus supportoient
un manteau bleu, semé de fleurs-de-lys d'or
& doublé d'hermine, qui s'étendoit sous l'écus-
son; au-dessous des armes de Fraoce, quatre pe-
tits Genies poctoient les écussons de Monseigneur
le Dauphin, & de Monseigneur le Duc de Bour-
gogne.
On avoit élevé de ce côté, à la hauteur de
douze palmes, un amphithéatre dont la convéxité
étoit de quatre-vingt six palmes, & la moindre
profondeur de quinze. A huit palmes & demie au-
dessus, étoit un balcen orné, ainsi que l'amphi-
théatre, d'une riche balustrade. Le plasond s'ac-
cordoit avec l'Attique, qui regnoit dans les qua-
tre côtés de la salle, & paroissoit en être la suite,
& le milieu étoit formé par des festons de fleurs
dont les Peintres Italiens entendent si bien la
disposition.
208 MERCUREDEFRANCE.
Quoique la réputation du Cavalier Jean-Paul
Panini soit faite depuis long.-tems, & que son
nom soit célébre même chez les Etrangers, on a
trouvé que ce sallon surpassoit encore ce qu'oa
se croyoit en droit d'attendre de lui, & on con-
vient unaniment qu'on n'a jamais vum de décora-
tion plus brillante, plus riche, & mieux enten-
due. Le dessein de cette salle, s'il étoit réelie-
ment exécuté, seroit, de l'aveu de tous les Con-
noisseurs, un morceau d'architectute compara-
ble à tout. Cet ouvrage acquiert un nouveau mé-
rite pour ceux qui peuvent juger des difficultés
qu'il y a en à vaincre, l'Architecte ayant dû s'ac-
commoder à la situation qu'il avoit, & ayant été
bien gèné par beaucoup de statues, dont le sal-
lon est plein, & qu'il n'éroit pas pratiquable de
déranger. Ce sillon étoit éclairé d'une lumiere
douce & égale, & en même tems aussi brillante
qu'elle pouvoit l'être, & égale à celle du jour.
& le Bal de la Noblesse.
En entrant, on voyoit en face l'orchestre destiné
à placer les Musiciens ; il étoit formé par un
amphitéatre circulaire: de six gradins, qui rem-
plissoit toute la largeur de la salle; au bas étoit
un banc, feint de velours cramoisy, brodé d'or,
sur lequel étoient assis les per'onnages chantans.
L'ouverture de cette espêce de Théatre, étoit
Digjines hod
206 MERCURE DE FRANCE
formée par quatre colonnes isolées d'ordre Com-
posite, surmontées d'un attique. Ces colonnes
étoient bleu-clait, & torse-canelées en or, dans
les deux tiers; le dervier tiers, qui étoit celui
d'en bas, étoit orné de festons de fleurs naturelles,
Les chapiteaux étoient ornés de dauphins, de lys,
&c. exécutés en relief & en argent. Le long de
l'architecture regnoient des guitlandes de fleurs
supportées chacune pat deux amours, exécutés
en lief & en argent; la frise de cet entablement
étoit ornée de coquilles en relief, travaillées en
or & en argent alternativement; à la plus gran-
de élevation de l'ouverture, de l'orchestre,
on voyoit les armes de France portées par deux
Génies, & surmontées par la Renommée. Ces
figures exécutées en relief, étoient de douze
palmes de hauteur, un pavillon bleu, semé de
fleurs de-lys d'or, accompagnoit le tout. Les
rôtés du Théatre représentoient un Temple ou-
vert, formé par des colonnes d'ordre Composite
qui s'accordoient avec les quatre colonnes, par
lesquelles étoit formée l'ouverture. Le fond re-
presentoit un Soleil brillant, qui répandoit sa lu-
miere sur un groupe de cinquante figures, les-
quelles représentoient la France, ayant d'un coté
la Religion & la Paix, de l'autre la Justice & l'A-
bondance. Cette décoration du sond fut cachée
jusqu'au commencement de la Cantare, par un
rideau fond blanc, semé de lys d'argent, distri-
bués avec beaucoup d'élégance. Les deux côtés de
la s. lle, étoient occupés par un ordre Composite
de pilastres, de cinquante palmes de hauteur,
Cet ordre étoit surmonté d'un attique de quatorze
palmes; les colonnes étoient feintes de lapis-
Jazuli, & les entre-colonnes formées par une
toile bleu & argent. Au milieu de chacune de ces
JANVIER.
1752.
207
dernieres étoient des dauphins en relief & en
argent, qui portoient des guirlandes pour
des lumieres. Entre chaque pilastre étoit un
trumeau de vingt palmes de hauteur, le reste de
l'élevation étoit occupé par deux cartouches,
ornés tous les deux, dans le goût de la décoration,
dans l'un desquels étoient peints deux amours,
jouant avec un lys, & dans le second les armes de
France, & le chistre du Roi, alternativement sur
un fond de toile bleu & argent. Les ornemens
des deux ofdres Composite & Attique, les chapi-
teaux, & tous les attributs qui les accompagnoient,
étoient exécutés en reliet d'or ou d'argent, &
parés de guitlandes & fleurs naturelles, disposées
avec beaucoup d'élegance. Le côté opposé a celui
du Théatre, étoit formé d'une architecture sem-
blable à celle des deux côtés correspondans. On,
voyoit au milieu deux Renominées en telief or
& argent, qui portoient les armes du Roi, &
trois Genies qui étoient au-dessus supportoient
un manteau bleu, semé de fleurs-de-lys d'or
& doublé d'hermine, qui s'étendoit sous l'écus-
son; au-dessous des armes de Fraoce, quatre pe-
tits Genies poctoient les écussons de Monseigneur
le Dauphin, & de Monseigneur le Duc de Bour-
gogne.
On avoit élevé de ce côté, à la hauteur de
douze palmes, un amphithéatre dont la convéxité
étoit de quatre-vingt six palmes, & la moindre
profondeur de quinze. A huit palmes & demie au-
dessus, étoit un balcen orné, ainsi que l'amphi-
théatre, d'une riche balustrade. Le plasond s'ac-
cordoit avec l'Attique, qui regnoit dans les qua-
tre côtés de la salle, & paroissoit en être la suite,
& le milieu étoit formé par des festons de fleurs
dont les Peintres Italiens entendent si bien la
disposition.
208 MERCUREDEFRANCE.
Quoique la réputation du Cavalier Jean-Paul
Panini soit faite depuis long.-tems, & que son
nom soit célébre même chez les Etrangers, on a
trouvé que ce sallon surpassoit encore ce qu'oa
se croyoit en droit d'attendre de lui, & on con-
vient unaniment qu'on n'a jamais vum de décora-
tion plus brillante, plus riche, & mieux enten-
due. Le dessein de cette salle, s'il étoit réelie-
ment exécuté, seroit, de l'aveu de tous les Con-
noisseurs, un morceau d'architectute compara-
ble à tout. Cet ouvrage acquiert un nouveau mé-
rite pour ceux qui peuvent juger des difficultés
qu'il y a en à vaincre, l'Architecte ayant dû s'ac-
commoder à la situation qu'il avoit, & ayant été
bien gèné par beaucoup de statues, dont le sal-
lon est plein, & qu'il n'éroit pas pratiquable de
déranger. Ce sillon étoit éclairé d'une lumiere
douce & égale, & en même tems aussi brillante
qu'elle pouvoit l'être, & égale à celle du jour.
Fermer
2054
p. 208-218
Relation des Fêtes données à Vienne, par M. le Marquis d'Hautefort, Ambassadeur de France, le 23 & 24 Novembre, à l'occasion de la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Début :
M. le Marquis d'Hautefort n'eut pas plutôt reçu l'heureuse nouvelle de la naissance de Monseigneur [...]
Mots clefs :
Vienne, Marquis de Hautefort, Naissance du duc de Bourgogne, Salle, Place, Hôtel, Fleurs, Édifice, Amphithéâtre
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texteReconnaissance textuelle : Relation des Fêtes données à Vienne, par M. le Marquis d'Hautefort, Ambassadeur de France, le 23 & 24 Novembre, à l'occasion de la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Relation des Fêtes données à Vienne, par M.
le Marquis d'Hautefort, Ambassadeur
de France, le 23 & 24 Novembre,
à l'occasion de la naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
M. le Marquis d'Hautefort n'eut pas plutót
reçu l'heureuse nouvelle de la naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, qu'il fit toutes
ses dispositions pour célebrer, par des fêtes pu-
bliques & solemnelles, un évenement si desiré.
L'Hôte d'Harrach que Son Excellence occupe,
tout spacieux qu'il est, manque de plusieurs com-
modités essentielles en pareilles circonstances, &
la Place des Ecossois, sur laqueile regne la façade
JANVIER. 1752. 209
principale de cet Hôtel, n'offie à la vde que des
objets peu agréables ou par leur usage, ou par
leur itrégularité.
Il falloit remédier à ce double inconvénient.
en construisant une salle dans se jardin de cer
Hôtel, & en décorant la Place des Ecossois, com-
me on le dira ci-apiès.
On donna à cette salle les proportions les plus
regulieres, & elle reussit d'autant mieux, qu'elle
joignoit un ancien sallon fort orné, accompagné
de deux cabinets, qui étoient devenus des pieces
utiles pout servit de décharge.
La longueur de cette salle étoit de soixante-
treize pieds, sur quarante-buit de largeur & trente
de hanteur, le tout dans œuvre. Sa décoration
consistoit dans une suite de Pilastres d'ordre Com-
posite, peints en marbre sur toile; les canelures
les bases & les chapiteaux étoient dorés. Les en-
tre deux des Pilastres étoient remplis par des va-
ses de fleurs, portés sur des consoles dorées, &
au-dessus étoient des trophées de Musique, atta-
chés par des festons de fleurs. L'intervalle, depuis
la corniche qui couronnoit cette architecture
jusqu'au cordon du plafond, étoit en calote cir-
culaire, formée par des courbes en anses de pa-
nier, & il étoit rempli par des modillons, portant
d'aplomb sur les Pilastres, enrichis d'ornemens
dorés & de festons de fleurs.
La partie du plafond qui étoit peinte, & qui
occupoit le milieu, avoit trente pieds de long sur
vingt- deux de large. Elle étoit renfermée dans
un cartouche, en or entrelacé de fleurs. Quatre
medaillons répondoient aux quatre angles de ce
plafond. Ils contenoient des Genies, représentans
les beaux Arts, scavoir la Peinture, la Sculpture
la Musique & la Poësie. On voyoit au milieu de
jitized by Goc
210 MERCURE DE FRANCE.
la partie peinte, la Déesse Lucine, invitant Mer-
cure à aller annoncer au monde la naissance du
Prince qui faisoit le sujet de la fête. D'un côté
étoient plusieurs figures de femmes, préparant
des guirlandes de fleurs, & de l'autre d'autres
femmes, qui paroissoient se livrer aux transports
de la joie la plus vive. Plus bas étoit un groupe
d'enfans sur un nuage, tenans les uus l'Ecusson
des armes du Roi, d'autres une corne d'abon-
dance renversée d'où sortoient des Couronnes
des Sceptres, des Médailles d'or, &c. des Amours
voltigeans au-dessus de la figure principale, s'oc-
cupoient à former des Couronnes de fleurs.
Sur les trois portes, qui donnoient entrée dans
cette belle Salle, étoient peints des groupes d'en-
fans, s'amusant à couper des bleds, & à cueillit
des fruits & des raisins.
Sur chacune des faces les plus longues de cette
Salle, on avoit placé deux glaces qui par le moyen
des deux chassis dorés dont on les avoit cou-
vertes, paroissoient former autant de fenêtres.
Au dessus de chacune étoient peints des jeux d'en-
fans, & en général le dessein, l'ordre & le coloris
de tous ces tableaux, repondoient parfaitement
au sujet & au brillant du reste de la Salle.
En face de la principale enttée qui avoit été
pratiquée nécessairement au milieu de sa largeur
etoit une tribune fort profonde destinée à placet
les Musiciens; elle avançoit sur la Salle en for-
me citculaire d'environ quatre pieds dans sa plus
grande saillie, & on l'avoit renfermée par une
balustrade dorée. Sa décoration étoit aussi com-
posée d'ornemens dorés, sur uo fond blanc avec
des guirlandes de fleurs.
On avoit posé aux quatre angles de cette Salle
qui avoit été arrondis, quatre beaux poëles dont
JANVIER. 1752.
211
la chaleur entretenve avec soin & jointe à celle
d'un autre poële placé dans ie Sallon contigu,
rendoit l'une & l'autie piéce parfaitement habi-
table au milieu du plus grand froid de la saison.
Ces différentes pièces étoient éclairées par près de
500 bougies.
L'édifice construit en charpente en face & à
26 toises du milieu de l'Hlôtel de Son Excel-
lence, avoit la forme d'un amphitheâtre. La hau-
teur étoit de 36 pieds, & sa longueur en demi
ceintre de 136. Il étoit orné de colomnes & de
pilastres d'ordre lonique entre lesquels on voyoit
des panaux de toile transparente de hauteur pro-
portionnée sur lesquels étoient peints des trophées.
On avoit rempli les ouvertures des senêtres de
cet édisice, au nombre de six, d'un pareil nombre
de tableaux peints de même sur des toiles transpa-
rentes, contenant différentes allégories ingé-
nieuses rélatives à la naissance du Prince.
On remarquoit dans le premier à main gau-
che, la Déesse Lucine présentant à la France un
enfant; au dessus étoit le Signe de la balance sous
lequel il est né, présage heureux de sa justice;
au dessous paroissoit l'Automne avec tous ses
attributs. On lisoit immédatement sous le ceintre
de ce tableau ces mots, Di vini favoris pig-
nus.
Dans le tableau suivant, étoient représentées
les trois Parques, l'une filant les jours du Prince
nouveau-né, l'autre tournant le fusean & la troisié-
me jettant son ciseau, pour montrer par cette ac-
tion, combien elle étoit éloignée de vouloit
trancher le fil d'une vie si précieuse: au dessons
du ceintre étoient ces mots, Abhorret munere
fungi.
On voyoit dans le troisième la Déesse Asttée
zed by Goc
212 MERCUREDE FRANCE.
portée sur un nuage, d'ou sortoit un soleil levant
Saturne ou le Tems avec sa faula & Janus remar-
quable par son double visage, étoient plus bas &
sembloient applaudir à la devise Aurea condet se-
cula, qu'on lisoit au deflous du ceintre.
Le quatriéme tableau re: resentoit Jupiter or-
donnant à Vulcain de cesser de forger des armes
dans un moment où la naissance d'un Prince si
désiré, venoit encore affermir la paix de l'Europe.
On voyoit dans le lointain, les forges de Vulcain
& des Ciclopes animés au travail. Au dessous
du ceintre étoient ces mot, Cœptos auferte la-
bores.
Sur le cinquième étoient représentés le Dieu
de l'Hymen assis sur un nuage & au dessous la
France & la Pologne sous la figure de deux fem-
mes assisses, tenant un cœur avec ces mots, Se-
cundo conjugio.
Le sixième représentoit la France debout sur une
espece d'estrade, soutenant un Enfant qu'elle
montroit à l'Europe. On lisoit sous le ceintre de co
tableau les mots suivants, Felicitati regni &
orbis.
Au milien de ce vaste édifice paroissoit une por-
te entiérement ouverte & au dessus étoit un ta-
bleau sur toile transpatente comme les précédens
qui représentoit le génie de la France assis sur un
Trône, & à ses côrés la Justice & la,Prudence
avec tous leurs atttibuts. On lisoit au haut ces
mots, Consiliis Industria compar.
Sur l'entablement des deux bouts de l'édifice
en place de fronton, on voyoit en transparens
d'un cônté les Armes du Roi, dela Reine, & de l'au-
tre celles de Monseigneur le Dauphin & de Mada-
me la Dauphine, surmontées de leurs couronnes
avec leurs supports & les trophées, qui les accom-
res vO
1752.
213
JANVIER.
pagnoient. Ces trophées surpassoient la balustra-
de dont tout le reste de l'édifice étoit couronné,
Ces balustrades, percées à jour en transparens
étoient interrompuespar des pieds- d'estaux qui por-
toient à l'aplomp de toutes les colonnes, des
grands vases destinés à porter eux-mêmes des pots
à feu. Au devant de l'édifice étoit une gallerie éle-
vée à huit pieds de hauteur du rez de chaussée
fermée sur toute sa longueur dune balustrade, sur
les pieds-d'estaux de laquelle on avoit posé des
vases d'une très-belle proportion. Cette gallerie
étoit accessible au moyen d'un large escalier,
pratiqué à chacune de ses exttémites.
C'étoit au milieu de cette Place qu'on avoit
élevé un grand pied-d'estal de forme hexagone.
Sur les Codillons des angles étoient assisses quatre
sigures colossales de relief entiérement dorées,
représentant la riehesse, la valeus, la renommée
& la noblesse. Sur ce pied- d'estal s'éle voit une base
de même forme qui pottoit une pyramide de 62
pieds de hauteur dont toutes les faces jusqu'à la
pointe, étoient en transparens; on y avoit peint
ses chiffres du Roi, des dauphins & des fleurs de
lys. On remarquoit au pied de la face principale
de cette pyramide le grand écusson des Arines de
France, & sur la pointe, un globe transparer:
surmonté d'une sleur de lyode grandeurconvenable;
tous les angles étoient marques par un nom,
bre prodigieux de lumieres.
La façade du pied- d'estal du côté de l'Hôtel de
Son Excellence étoit chargée d'une Inscription
Latine peinte sur une toile transparente; elle an-
nonçoit le sujet de la fête & de la joie publique.
Les deux faces latérales du même pied. d'estal
avoient été décorées en fontaines, quatre dau-
phins places aux quatre coius à hauteur de corni,
itized by Goo
214 MERCUREDEFRANCE.
niche, jettoient du vin en abondance.
Tous ces différens corps étoient éclairés d'unt
infinité de lampions & de terrines dont la lumiere
ajoutoit à la beauté de leur forme & à la richesse
de leurs décorations.
Asin que l'amphithéatre fit tout son effet, on
avoit joint ce superbe édifice à l'Hôtel, par ua
rang d'arcades de chaque côté, qui, décrivant
une ligne circulaim, donnoient à la Place des
Ecossois une forme ronde, & en apparence beau-
coup plus spacieuse. Ces arcades avoient une hau-
teur & des ouvertures proportionnées. Elles étoient
figurées par des lampions depuis le socle jusqu'à
la tablette.
A l'egard de la façade de l'Hôtel, du côté de
la Place, on avoit suivi pout son illuminaion l'or-
dre de son archirecture, qui est des plus regulie-
res. Les trois rangs de fenêtres qui l'éclairent,
les Pilastres qui décorent les trumeaux, depuis le
socle jusqu'à la corniche servant d'entablement
& la corniche même, avoient été sigurés en lam-
pions. Le grand balcon, au-dessus de la porte-
cochere & les colonnes qui les soutiennent
étoient pareillement chargés de lumieres. On ea
avoit entouré les deux niches aux côtés de la por-
te, dans lesquelles on avoit placé deux figures de
relief, imitant le marbre blanc, repiésentant
Themis & Minerve. En tout, on pouvoit comp-
ter pout l'illumination de cette façade des arca-
des de l'amphitheatre, & de la pyramide, onze
mille lampions, & plus de quatte mille terrines.
Toutes ces dispositions étant achevées, M.
l'Ambassadeur jugea à propos de faire précéder
ces fêtes par uu repas splendi de qu'il donna aux
Ambassadeurs, & à tous les Ministres & Grands
Officiers de la Cour.
zed by Goo
JANVIER.
1752.
215
Quelques jours auparavant, S. Exc avoit fait
porter des billets d'invitation aux mêmes person-
nes, & à tout ce que la Cour & la Ville tenfer-
ment de plus distingué par le rang & la naissance,
pour se trouver, le Mardi 23 Novembre, à une
assemblée dans son Hôtel, pendant laquelle il y
autoit Concert, & le lendemain 24, au Bal paté,
& au souper qui devoi. le suivre.
L'assemblee se tiut dans la nouvelle Salle, dout
la description vient d'être faite. Plus de cinq cens
personnnes, de l'un & l'autre sexe, s'y rendirent
en habit de grand gala; on peut se représenter leur
maguisicence par celle, dont la haute Noblesse de
Vienne fait toujours montre dans les occasions
d'éclat; & ce qui en rehaussoit le prix, étoit un
nombre prodigieux de diamans, dont elle est en
usage de douner en même tems le brillant spec-
tacle.
Pendant l'assemblée, & peu après que chacun
eut pris place à des tables de jeu disposées dans la
salle & le sallon voifin, un Orchestre composé de
Musiciens choisis, & dirigé par le célebre Siani
connu en France, sous le nom de Desplanes, de-
puis long-tems Directeur de la Musique de la
Cour Imperiale, fit entendre successivement de
la Tribune, où il avoit été placé, les morceaux
les plus agréables de symphonie Françoise & Ita-
lienne; ils furent entremèlés de Concerto, exécu-
tés par le Sieur Fertari, célébre Violon d'Italie,
& qui justifia bien dans cette occasion la réputa-
tion dont il jouit. On distribua pendant cette as-
semblée toutes sottes de rafraichissemeus avec
profusion.
A cet amusement qui dura jusqu'à onze heures
du soit, & dont on sortit trés. satisfait, succeda le
lendemain celui du Bal paré & du repas, par le-
quel les fêtes devoient être terminées.
216 MERCUREDEFRANCE.
On se rendit ce jour-là, vers les six heures da
soir, dans la même salle où l'assemblée s'étoit te-
nue la veille, & avec même affluence. Tout s'y
trouvant préparé pour le Bal, il fut ouvert au son
d'une brillante symphonie, composée de plus de
trente instrumens, par M. l'Ambassadeur, & par
Madame la Comtesse d'Harrach, qu'il avoit prié
de vouloir bien en faire les honneurs.
Bientôt aptès, six Chambellans choisis parmi
ce qu'il y a de plus distingué à la Cour, ayanz
partagé, en quelque sorte, entr'eux le terrain de
la salle, prirent à danser les principales Dames du
Bal, chacune suivant son rang, ensorte qu'insen-
fiblement le plaisit de la danse devint le plaisir
général. Celui du jeu eut aussi ses partisans. Vinge
tables au moius placées, tant dans la salle même
du Bal que dans le sallon, furent continuellement
occupées jusqu'au moment du souper.
Lorsqu'on eut servi, chacun s'empresta de se
rendre aux tables qui avoient été distribuées pour
cet effet dans les appartemens de l'Hôtel. Plus de
deux cent cinquante personnes trouverent à s'y
placer. Le soin que l'on prit de servit toutes ces
tables également, l'ordre & l'intelligence qui
y furent apportés, le choix & l'abondance des
mets, la delicatesse & la diversité des vins, ne
laisserent rien à désirer.
Les attentions de M. l'Ambassadeut pendant
ce somptueux repas, s'étendirent à tous les ob-
jets. Il ne prit place à aucune table pout avoir
la liberté de se porter à toutes, & pour pouvois
commaniquer à ses illustres convives la jove
dont il étoit lui-même pénétré.
A une heure après minvit, on se leva de ta-
ble, & l'on coutut vers la salle du bal, où. deja
lo simphonie se. faisoit entendre. Les menuets
recom-
itized by Goo
JANVIER. 1752.
217
recommencerent, on leur fit succeder des dan-
ses allemandes, dont les pas & les mouvemens
bcaucoup plus viss & plus animés, redoublerent
encore la gaieté qui s'étoit dejà répandue. Le
jeu reprit aussi de tous côtés, & c'est dans ces
plaisirs que se passa le reste de la nuit jusqu'à
cinq heures du matin que la plupart des Dames
se retirerent.
Il reste présentement à parler de l'illumina-
tion générale de la place des Ecossois & de la
façade de l'Hôtel de son Excellence, qui eut
lieu le Mardi 23, & qui fut repetée le len-
demain 24.
La nuit vente, on vit tous les différens
corps qui composoient cette illumination, répan-
dre insensiblement la lumiere, & se couvrir en-
fin des feux les plus brillans. Les tableaux d'em-
blêmes, & tout ce qui dans la façade de l'am-
phithéâtre & dans la pyramide étoit peint sur
toile transparente, semblerent s'animer. L'Ar-
chitecture de ces corps dessinée en lampions
en parut plus saillante; bientôt la pyramide dont
on a dit que les angles avoient été pareillement
dessinés en lampions depuis sa base julqu'à la fleur
de lys qui la terminoit, ne fut plus qu'une co-
lomne de feu. On illumina en même tems la fa-
çade de l'Hôtel depuis le socle jusqu'au faîte
& les arcades qui formoient l'enceinte de la
place, de sorte que toutes ces parties se prê-
tant mutuellement un grand éclat, on vit long-
tems la nuit ceder la place au jour.
Ce fut-là le moment que l'on choisit pour fai-
re couler le vin en abondance. Le peuple qui
Pattendoit avec impatience, s'étoit muui, com-
me il arrive en pareil cas, de toutes sortes de
va ses pour s'en procurer d'amples provisions
II. Vol.
ed by G
218 MERCUREDEFRANCE.
& tous les efforts qu'on lui vit faire pour y par-
venir, donnerent pendant les deux jours un
spectacle assez amusant.
Deux Chœurs de trompettes & de tymbales
placés aux deux bouts de la gallerie de l'amphi-
théâtre, & qui se répondoient sans interrup-
tion, augmentoient par leurs fanfares l'émula-
tion de ce même peuple, & concouroient à ses
pla sirs. Son Excellence auroit désiré, pour les
varier davantage, pouvoit donner un feu d'ar-
tifice: mais ces sortes de spectacles ne sont pas
pas permis dans Vienue, à cause du danger
presqu'inévitable du feu, la plupart des mai-
lons étant couvertes en bois,
Les constructions & les décorations tant de
l'édifice en forme d'amphithéâtre & de la pyra-
mide, que de la salle du bal, avoient été in-
ventées & dirigées par le Sicur Gaetan Fanti
Architecte & Inspecteur de la gallerie des Pein-
tures de M. le Prince de Lichtenstein, & les su-
jets des tableaux du même amphithéâtre & des
peintures de la salle avoient été exécutés sur les
desseins du Sicur Vincent Fanti son sils.
le Marquis d'Hautefort, Ambassadeur
de France, le 23 & 24 Novembre,
à l'occasion de la naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
M. le Marquis d'Hautefort n'eut pas plutót
reçu l'heureuse nouvelle de la naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, qu'il fit toutes
ses dispositions pour célebrer, par des fêtes pu-
bliques & solemnelles, un évenement si desiré.
L'Hôte d'Harrach que Son Excellence occupe,
tout spacieux qu'il est, manque de plusieurs com-
modités essentielles en pareilles circonstances, &
la Place des Ecossois, sur laqueile regne la façade
JANVIER. 1752. 209
principale de cet Hôtel, n'offie à la vde que des
objets peu agréables ou par leur usage, ou par
leur itrégularité.
Il falloit remédier à ce double inconvénient.
en construisant une salle dans se jardin de cer
Hôtel, & en décorant la Place des Ecossois, com-
me on le dira ci-apiès.
On donna à cette salle les proportions les plus
regulieres, & elle reussit d'autant mieux, qu'elle
joignoit un ancien sallon fort orné, accompagné
de deux cabinets, qui étoient devenus des pieces
utiles pout servit de décharge.
La longueur de cette salle étoit de soixante-
treize pieds, sur quarante-buit de largeur & trente
de hanteur, le tout dans œuvre. Sa décoration
consistoit dans une suite de Pilastres d'ordre Com-
posite, peints en marbre sur toile; les canelures
les bases & les chapiteaux étoient dorés. Les en-
tre deux des Pilastres étoient remplis par des va-
ses de fleurs, portés sur des consoles dorées, &
au-dessus étoient des trophées de Musique, atta-
chés par des festons de fleurs. L'intervalle, depuis
la corniche qui couronnoit cette architecture
jusqu'au cordon du plafond, étoit en calote cir-
culaire, formée par des courbes en anses de pa-
nier, & il étoit rempli par des modillons, portant
d'aplomb sur les Pilastres, enrichis d'ornemens
dorés & de festons de fleurs.
La partie du plafond qui étoit peinte, & qui
occupoit le milieu, avoit trente pieds de long sur
vingt- deux de large. Elle étoit renfermée dans
un cartouche, en or entrelacé de fleurs. Quatre
medaillons répondoient aux quatre angles de ce
plafond. Ils contenoient des Genies, représentans
les beaux Arts, scavoir la Peinture, la Sculpture
la Musique & la Poësie. On voyoit au milieu de
jitized by Goc
210 MERCURE DE FRANCE.
la partie peinte, la Déesse Lucine, invitant Mer-
cure à aller annoncer au monde la naissance du
Prince qui faisoit le sujet de la fête. D'un côté
étoient plusieurs figures de femmes, préparant
des guirlandes de fleurs, & de l'autre d'autres
femmes, qui paroissoient se livrer aux transports
de la joie la plus vive. Plus bas étoit un groupe
d'enfans sur un nuage, tenans les uus l'Ecusson
des armes du Roi, d'autres une corne d'abon-
dance renversée d'où sortoient des Couronnes
des Sceptres, des Médailles d'or, &c. des Amours
voltigeans au-dessus de la figure principale, s'oc-
cupoient à former des Couronnes de fleurs.
Sur les trois portes, qui donnoient entrée dans
cette belle Salle, étoient peints des groupes d'en-
fans, s'amusant à couper des bleds, & à cueillit
des fruits & des raisins.
Sur chacune des faces les plus longues de cette
Salle, on avoit placé deux glaces qui par le moyen
des deux chassis dorés dont on les avoit cou-
vertes, paroissoient former autant de fenêtres.
Au dessus de chacune étoient peints des jeux d'en-
fans, & en général le dessein, l'ordre & le coloris
de tous ces tableaux, repondoient parfaitement
au sujet & au brillant du reste de la Salle.
En face de la principale enttée qui avoit été
pratiquée nécessairement au milieu de sa largeur
etoit une tribune fort profonde destinée à placet
les Musiciens; elle avançoit sur la Salle en for-
me citculaire d'environ quatre pieds dans sa plus
grande saillie, & on l'avoit renfermée par une
balustrade dorée. Sa décoration étoit aussi com-
posée d'ornemens dorés, sur uo fond blanc avec
des guirlandes de fleurs.
On avoit posé aux quatre angles de cette Salle
qui avoit été arrondis, quatre beaux poëles dont
JANVIER. 1752.
211
la chaleur entretenve avec soin & jointe à celle
d'un autre poële placé dans ie Sallon contigu,
rendoit l'une & l'autie piéce parfaitement habi-
table au milieu du plus grand froid de la saison.
Ces différentes pièces étoient éclairées par près de
500 bougies.
L'édifice construit en charpente en face & à
26 toises du milieu de l'Hlôtel de Son Excel-
lence, avoit la forme d'un amphitheâtre. La hau-
teur étoit de 36 pieds, & sa longueur en demi
ceintre de 136. Il étoit orné de colomnes & de
pilastres d'ordre lonique entre lesquels on voyoit
des panaux de toile transparente de hauteur pro-
portionnée sur lesquels étoient peints des trophées.
On avoit rempli les ouvertures des senêtres de
cet édisice, au nombre de six, d'un pareil nombre
de tableaux peints de même sur des toiles transpa-
rentes, contenant différentes allégories ingé-
nieuses rélatives à la naissance du Prince.
On remarquoit dans le premier à main gau-
che, la Déesse Lucine présentant à la France un
enfant; au dessus étoit le Signe de la balance sous
lequel il est né, présage heureux de sa justice;
au dessous paroissoit l'Automne avec tous ses
attributs. On lisoit immédatement sous le ceintre
de ce tableau ces mots, Di vini favoris pig-
nus.
Dans le tableau suivant, étoient représentées
les trois Parques, l'une filant les jours du Prince
nouveau-né, l'autre tournant le fusean & la troisié-
me jettant son ciseau, pour montrer par cette ac-
tion, combien elle étoit éloignée de vouloit
trancher le fil d'une vie si précieuse: au dessons
du ceintre étoient ces mots, Abhorret munere
fungi.
On voyoit dans le troisième la Déesse Asttée
zed by Goc
212 MERCUREDE FRANCE.
portée sur un nuage, d'ou sortoit un soleil levant
Saturne ou le Tems avec sa faula & Janus remar-
quable par son double visage, étoient plus bas &
sembloient applaudir à la devise Aurea condet se-
cula, qu'on lisoit au deflous du ceintre.
Le quatriéme tableau re: resentoit Jupiter or-
donnant à Vulcain de cesser de forger des armes
dans un moment où la naissance d'un Prince si
désiré, venoit encore affermir la paix de l'Europe.
On voyoit dans le lointain, les forges de Vulcain
& des Ciclopes animés au travail. Au dessous
du ceintre étoient ces mot, Cœptos auferte la-
bores.
Sur le cinquième étoient représentés le Dieu
de l'Hymen assis sur un nuage & au dessous la
France & la Pologne sous la figure de deux fem-
mes assisses, tenant un cœur avec ces mots, Se-
cundo conjugio.
Le sixième représentoit la France debout sur une
espece d'estrade, soutenant un Enfant qu'elle
montroit à l'Europe. On lisoit sous le ceintre de co
tableau les mots suivants, Felicitati regni &
orbis.
Au milien de ce vaste édifice paroissoit une por-
te entiérement ouverte & au dessus étoit un ta-
bleau sur toile transpatente comme les précédens
qui représentoit le génie de la France assis sur un
Trône, & à ses côrés la Justice & la,Prudence
avec tous leurs atttibuts. On lisoit au haut ces
mots, Consiliis Industria compar.
Sur l'entablement des deux bouts de l'édifice
en place de fronton, on voyoit en transparens
d'un cônté les Armes du Roi, dela Reine, & de l'au-
tre celles de Monseigneur le Dauphin & de Mada-
me la Dauphine, surmontées de leurs couronnes
avec leurs supports & les trophées, qui les accom-
res vO
1752.
213
JANVIER.
pagnoient. Ces trophées surpassoient la balustra-
de dont tout le reste de l'édifice étoit couronné,
Ces balustrades, percées à jour en transparens
étoient interrompuespar des pieds- d'estaux qui por-
toient à l'aplomp de toutes les colonnes, des
grands vases destinés à porter eux-mêmes des pots
à feu. Au devant de l'édifice étoit une gallerie éle-
vée à huit pieds de hauteur du rez de chaussée
fermée sur toute sa longueur dune balustrade, sur
les pieds-d'estaux de laquelle on avoit posé des
vases d'une très-belle proportion. Cette gallerie
étoit accessible au moyen d'un large escalier,
pratiqué à chacune de ses exttémites.
C'étoit au milieu de cette Place qu'on avoit
élevé un grand pied-d'estal de forme hexagone.
Sur les Codillons des angles étoient assisses quatre
sigures colossales de relief entiérement dorées,
représentant la riehesse, la valeus, la renommée
& la noblesse. Sur ce pied- d'estal s'éle voit une base
de même forme qui pottoit une pyramide de 62
pieds de hauteur dont toutes les faces jusqu'à la
pointe, étoient en transparens; on y avoit peint
ses chiffres du Roi, des dauphins & des fleurs de
lys. On remarquoit au pied de la face principale
de cette pyramide le grand écusson des Arines de
France, & sur la pointe, un globe transparer:
surmonté d'une sleur de lyode grandeurconvenable;
tous les angles étoient marques par un nom,
bre prodigieux de lumieres.
La façade du pied- d'estal du côté de l'Hôtel de
Son Excellence étoit chargée d'une Inscription
Latine peinte sur une toile transparente; elle an-
nonçoit le sujet de la fête & de la joie publique.
Les deux faces latérales du même pied. d'estal
avoient été décorées en fontaines, quatre dau-
phins places aux quatre coius à hauteur de corni,
itized by Goo
214 MERCUREDEFRANCE.
niche, jettoient du vin en abondance.
Tous ces différens corps étoient éclairés d'unt
infinité de lampions & de terrines dont la lumiere
ajoutoit à la beauté de leur forme & à la richesse
de leurs décorations.
Asin que l'amphithéatre fit tout son effet, on
avoit joint ce superbe édifice à l'Hôtel, par ua
rang d'arcades de chaque côté, qui, décrivant
une ligne circulaim, donnoient à la Place des
Ecossois une forme ronde, & en apparence beau-
coup plus spacieuse. Ces arcades avoient une hau-
teur & des ouvertures proportionnées. Elles étoient
figurées par des lampions depuis le socle jusqu'à
la tablette.
A l'egard de la façade de l'Hôtel, du côté de
la Place, on avoit suivi pout son illuminaion l'or-
dre de son archirecture, qui est des plus regulie-
res. Les trois rangs de fenêtres qui l'éclairent,
les Pilastres qui décorent les trumeaux, depuis le
socle jusqu'à la corniche servant d'entablement
& la corniche même, avoient été sigurés en lam-
pions. Le grand balcon, au-dessus de la porte-
cochere & les colonnes qui les soutiennent
étoient pareillement chargés de lumieres. On ea
avoit entouré les deux niches aux côtés de la por-
te, dans lesquelles on avoit placé deux figures de
relief, imitant le marbre blanc, repiésentant
Themis & Minerve. En tout, on pouvoit comp-
ter pout l'illumination de cette façade des arca-
des de l'amphitheatre, & de la pyramide, onze
mille lampions, & plus de quatte mille terrines.
Toutes ces dispositions étant achevées, M.
l'Ambassadeur jugea à propos de faire précéder
ces fêtes par uu repas splendi de qu'il donna aux
Ambassadeurs, & à tous les Ministres & Grands
Officiers de la Cour.
zed by Goo
JANVIER.
1752.
215
Quelques jours auparavant, S. Exc avoit fait
porter des billets d'invitation aux mêmes person-
nes, & à tout ce que la Cour & la Ville tenfer-
ment de plus distingué par le rang & la naissance,
pour se trouver, le Mardi 23 Novembre, à une
assemblée dans son Hôtel, pendant laquelle il y
autoit Concert, & le lendemain 24, au Bal paté,
& au souper qui devoi. le suivre.
L'assemblee se tiut dans la nouvelle Salle, dout
la description vient d'être faite. Plus de cinq cens
personnnes, de l'un & l'autre sexe, s'y rendirent
en habit de grand gala; on peut se représenter leur
maguisicence par celle, dont la haute Noblesse de
Vienne fait toujours montre dans les occasions
d'éclat; & ce qui en rehaussoit le prix, étoit un
nombre prodigieux de diamans, dont elle est en
usage de douner en même tems le brillant spec-
tacle.
Pendant l'assemblée, & peu après que chacun
eut pris place à des tables de jeu disposées dans la
salle & le sallon voifin, un Orchestre composé de
Musiciens choisis, & dirigé par le célebre Siani
connu en France, sous le nom de Desplanes, de-
puis long-tems Directeur de la Musique de la
Cour Imperiale, fit entendre successivement de
la Tribune, où il avoit été placé, les morceaux
les plus agréables de symphonie Françoise & Ita-
lienne; ils furent entremèlés de Concerto, exécu-
tés par le Sieur Fertari, célébre Violon d'Italie,
& qui justifia bien dans cette occasion la réputa-
tion dont il jouit. On distribua pendant cette as-
semblée toutes sottes de rafraichissemeus avec
profusion.
A cet amusement qui dura jusqu'à onze heures
du soit, & dont on sortit trés. satisfait, succeda le
lendemain celui du Bal paré & du repas, par le-
quel les fêtes devoient être terminées.
216 MERCUREDEFRANCE.
On se rendit ce jour-là, vers les six heures da
soir, dans la même salle où l'assemblée s'étoit te-
nue la veille, & avec même affluence. Tout s'y
trouvant préparé pour le Bal, il fut ouvert au son
d'une brillante symphonie, composée de plus de
trente instrumens, par M. l'Ambassadeur, & par
Madame la Comtesse d'Harrach, qu'il avoit prié
de vouloir bien en faire les honneurs.
Bientôt aptès, six Chambellans choisis parmi
ce qu'il y a de plus distingué à la Cour, ayanz
partagé, en quelque sorte, entr'eux le terrain de
la salle, prirent à danser les principales Dames du
Bal, chacune suivant son rang, ensorte qu'insen-
fiblement le plaisit de la danse devint le plaisir
général. Celui du jeu eut aussi ses partisans. Vinge
tables au moius placées, tant dans la salle même
du Bal que dans le sallon, furent continuellement
occupées jusqu'au moment du souper.
Lorsqu'on eut servi, chacun s'empresta de se
rendre aux tables qui avoient été distribuées pour
cet effet dans les appartemens de l'Hôtel. Plus de
deux cent cinquante personnes trouverent à s'y
placer. Le soin que l'on prit de servit toutes ces
tables également, l'ordre & l'intelligence qui
y furent apportés, le choix & l'abondance des
mets, la delicatesse & la diversité des vins, ne
laisserent rien à désirer.
Les attentions de M. l'Ambassadeut pendant
ce somptueux repas, s'étendirent à tous les ob-
jets. Il ne prit place à aucune table pout avoir
la liberté de se porter à toutes, & pour pouvois
commaniquer à ses illustres convives la jove
dont il étoit lui-même pénétré.
A une heure après minvit, on se leva de ta-
ble, & l'on coutut vers la salle du bal, où. deja
lo simphonie se. faisoit entendre. Les menuets
recom-
itized by Goo
JANVIER. 1752.
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recommencerent, on leur fit succeder des dan-
ses allemandes, dont les pas & les mouvemens
bcaucoup plus viss & plus animés, redoublerent
encore la gaieté qui s'étoit dejà répandue. Le
jeu reprit aussi de tous côtés, & c'est dans ces
plaisirs que se passa le reste de la nuit jusqu'à
cinq heures du matin que la plupart des Dames
se retirerent.
Il reste présentement à parler de l'illumina-
tion générale de la place des Ecossois & de la
façade de l'Hôtel de son Excellence, qui eut
lieu le Mardi 23, & qui fut repetée le len-
demain 24.
La nuit vente, on vit tous les différens
corps qui composoient cette illumination, répan-
dre insensiblement la lumiere, & se couvrir en-
fin des feux les plus brillans. Les tableaux d'em-
blêmes, & tout ce qui dans la façade de l'am-
phithéâtre & dans la pyramide étoit peint sur
toile transparente, semblerent s'animer. L'Ar-
chitecture de ces corps dessinée en lampions
en parut plus saillante; bientôt la pyramide dont
on a dit que les angles avoient été pareillement
dessinés en lampions depuis sa base julqu'à la fleur
de lys qui la terminoit, ne fut plus qu'une co-
lomne de feu. On illumina en même tems la fa-
çade de l'Hôtel depuis le socle jusqu'au faîte
& les arcades qui formoient l'enceinte de la
place, de sorte que toutes ces parties se prê-
tant mutuellement un grand éclat, on vit long-
tems la nuit ceder la place au jour.
Ce fut-là le moment que l'on choisit pour fai-
re couler le vin en abondance. Le peuple qui
Pattendoit avec impatience, s'étoit muui, com-
me il arrive en pareil cas, de toutes sortes de
va ses pour s'en procurer d'amples provisions
II. Vol.
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218 MERCUREDEFRANCE.
& tous les efforts qu'on lui vit faire pour y par-
venir, donnerent pendant les deux jours un
spectacle assez amusant.
Deux Chœurs de trompettes & de tymbales
placés aux deux bouts de la gallerie de l'amphi-
théâtre, & qui se répondoient sans interrup-
tion, augmentoient par leurs fanfares l'émula-
tion de ce même peuple, & concouroient à ses
pla sirs. Son Excellence auroit désiré, pour les
varier davantage, pouvoit donner un feu d'ar-
tifice: mais ces sortes de spectacles ne sont pas
pas permis dans Vienue, à cause du danger
presqu'inévitable du feu, la plupart des mai-
lons étant couvertes en bois,
Les constructions & les décorations tant de
l'édifice en forme d'amphithéâtre & de la pyra-
mide, que de la salle du bal, avoient été in-
ventées & dirigées par le Sicur Gaetan Fanti
Architecte & Inspecteur de la gallerie des Pein-
tures de M. le Prince de Lichtenstein, & les su-
jets des tableaux du même amphithéâtre & des
peintures de la salle avoient été exécutés sur les
desseins du Sicur Vincent Fanti son sils.
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2055
p. 219-229
RELATION Des réjouissances que le College de Belsunce & la Maison des Pensionnaires du même College, ont faites à l'occasion de la naissance de MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE, le 24. Novembre, &c.
Début :
La joie que la naissance de MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE à [sic] causée dans toute [...]
Mots clefs :
Collège de Belsunce, Naissance du duc de Bourgogne, Génie de la France, Zèle, Prince, Provence, Maison, Bonheur, Fêtes, Réjouissances
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION Des réjouissances que le College de Belsunce & la Maison des Pensionnaires du même College, ont faites à l'occasion de la naissance de MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE, le 24. Novembre, &c.
RELATION
Des réjouissances que le College de Belsunce
& la Maison des Pensionnaires du même
College, ont faites à l'occasion de la
naissance de MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE,
le 24. Novembre, &c.
La joie que la naissance de MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE à [sic] causée dans toute
la France, & que l'Europe entiere a partagée
ne devoit point être bornée au court espace de
quelques semaines. On parle, & on patlera en-
core long temps de cet heureux évenement avec
les mêmes transports que fit naître dans tous
les cœurs la premiere nouvelle qui s'en répan-
dit. Ces transports & cette joie si juste & si vi-
ve, les Jesuites de Marseille n'ont pas cru de-
voir les renfermer dans le secret de leur mai-
son; & ils n'ont pas voulu en borner le té-
moignage à quelques pieces de poësie compo-
sces à ce sujet. Le bonheur étoit trop grand,
& ils le partageoient avec trop de monde
pour ne pas s'empresser à rendre publiques leur
allegresse & leurs actions de graces; & s'ils se
sont vu obligés de différer leurs fêtes à cause du
long séjour que l'on fait dans ce Pais plus qu'ail-
Jeurs à la campagne pendant l'Automne, ils
n'en ont été que plus attentifs à ne rien oublier
pour signaler leur zéle & leurs sentimens. Ilo
Kij
220 MERCUREDE FRANCE.
ont eu la satisfaction de voir que tout ce qui ra-
pelle au peuple le souvenir, du bienfait qu'il a
reçu du Ciel, renouvelle toute la vivacité de
ses transports & l'ardeur de ses empressemens.
Ces fêtes commencerent le Mercredi 24. No-
vembre par un discours latin fort applaudi, pro-
noncé par le Pere Abbressevin, Professeut de Rhé-
torique en présence de Monseigneur l'Evêque
Fondatenrdu College & de Messieurs les Echevins,
qui furent reçus au bivit des fanfares. L'Orateur ne
crut pas devoir séparer le bonheur du Prince de
celui des François. Il fit voir dans son premier
Point tout ce que laiaissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne a d'heureux pour la Fran-
ce, & tout ce que nous devons nous en pro-
mettre. Dans le second Point adressé au Prin-
ce lui-même, il lui assure par un juste retour
de la part du Peuple François (celui de tous les
peuples qui par ses sentimens & ses qualitès peut
le plus contribuer au bonheur de ses Souverains)
une félicité qui repond à celle que sa naissance
nous a apportée. La cour du College étoit en-
tierement tapissée; & on y voyoit un très-grand
nombre d'emblêmes & des devises dont les con-
noisseuts parurent fort satisfaits. La journée fut
terminée par une belle illumination.
Le lendemain Jeudi 15. Messieurs les Pension-
naires qui en attendant que la partie du Colle-
ge qu'ils habitoient auparavant soit rebatie
occupent la maison de Sainte-Croix, dont la
situation est des plus avantageuses, & où se
trouve un des plus beaux Observatoires de Fran-
ce, commencernt eleurs réjouissances pat un Te
Deum qui fut exécuté par l'Academie Royale
de Musique, & auquel Messieurs les Echevins
assisterent. Monseigneur l'Evêque y officia. Le
JANVIER. 1752. 221
zéle de cet Illustre Prélat pour la prospérité de
la maison Royale & le bien des peuples, est
trop connu pour avoir besoin du témoignage
public que la justice jointe à la reconnoissance
semble exiger qu'on lui rende ici. Il avoit dé-
jà éclaté d'une maniere digne de lui par la part
qu'il avoit prise aux fêtes que la Ville donna
& par la distribution qu'il fit faire d'une trés-
grande quantité de pains aux Pauvres de toutes
les Paroisies. Mais a t-il jamais sçu prescrire des
bornes à son zéle ou à sa complaisance : Le, Te
Deum fut suivi d'une salve d'un grand nombie
de boëtes, & dès l'entrée de la nuit toutes les
fenêtres de lla Maison furent illuminées en lam-
pions. Il y eut une grande quantité de caisses
de fusées, & un feu d'artifice tiré de dessus la
tertasse de l'Observatoire, dont l'illumination
qui étoit composée de plusieurs grandes pyramides
chargées de lampions, se faisoit surtour remat-
quer. Le tems qui ne pouvoit être plus beau, ne
la savorisa pas moins que la situation du lieu, l'un
des plus propres qu'on puisse imaginer pour cet
effet, aussi présenta- t'elle à tous ceux qui s'étoient
rendus en soule du côté du Port, un coup d'œil
des plus satis faisans.
Le Vendredi 26, les Jesuites célébrerent eux-
mêmes une grande Messe, qui fut accompagnée
d'un Discours Chrétien. M. l'Evêque & Mes-
sieurs les Echevins y assisterent; & l'Assembiée
fut également nombreuse & brillante. L'Egl. se de
Sainte Croix, l'une des plus belles de la Ville
étoit tapissée en Damas Cramoisy. On avoit eu
soin, pour que rien ne manquât a la décoration,
de l'orner de quantité de miroirs & de lustres en
cristal. A l'issue de la Grand-Messe, qui ainsi
que le Te Deum de la veille, avoit été chantée par
K iij
a
222 MERCUREDE FRANCE.
la Musique du Concert, il y eut une seconde de-
charge de Boëtes.
Ces paroles, tirées du Cantique de la Vierge,
la misericords du Sergneur s'étend de génération en
gé lération, servirent de texte au Discours. Après
avoit montté que c'est le Seigneur qui accorde
les bons Rois aux peuples & les grands bienfaits
aux bons Rois, qu'il perpetue leur gloire en per-
pétuant leur nom, & récompense leurs vertus en
étendant leur postérité: 1»» Le don, disoit l'Ora-
»teur, que le Seigneur vient de faire à LOUIS
„ & à ses peuples, présente un doubie motif à
„ notre reconnoissance. Elle se doit également,
» & à ce que le Seigneur fait pour nous, en nous
„donnant un Prince, l'objet de nos vœux, & à
„ ce qu'il s'est engagé à faire pour ce Prinee l'ob-
u» jet de notre tendresse. Ce qu'il fait pour nous
Ȏgale nos desirs: Ce qu'il s'engage a faire pour
o lui, doit égaler nos espérances. L'un est la
mesure de notre joie: l'autre sera le comble de
» notre félicité.
»Premiere Partie. Ce que le Seigneur fait
pour nous dans la Naissance de ce Prince, &
»qui remplit nos desirs dans toute leur étendue
„ c'est de flatter toute la délicatesse de norsenti-
mens pour la Maison Royale, & d'assurer la
o tranquillité de l'Eglise & de l'Etat.
»Seconde Partie. Ce que le Seigoeur s'est en-
„ gagé à faire pour ce Prince, & qui doit égaler
»nos espérances, c'est 1°. En le faisant u itre
»du sang des Bourbons, de lui assuter de grands
sentimens pour élever son cœur, & de grands
»excmples pour le former. 2°. En le faisant nai-
„ tre pour les destinées des Bourbons, d'attacher
»un grand nom à sa personne, & de grands in-
atérets à ses jours. Je n'ajouterai pas, dit l'Ora-
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JANVIER.
1752.
223.
„teur, qu'il promet par-la des grands évenemens
„à son Regne. Regne heureux ! le Ciel qui le
»prépare pour nos neveux, nous aimera sans
53 doute assez pour ne pas nous en faire jouir nous-
» mêmes.
Dans la Peroraison l'Orateur adresse au Ciel
des actions de graces pour la Naissance du Prin-
ce, & des vœeux pour la conservation de ses jours,
„ Conservez, Seigneur, dit-il, des jours qui nous
„ sont si précieux, &c. Mais conservez surtout
»son innocence. Prenez son cœur entre vos
»mains, puisque vous devez mettre un jour nos
„ destinées dans les siennes. Faites-en un Priuce
»selon votre cœur, & il sera toujours un Prince
selon le nôtre. Pour remplir, en un mot, nos
Desperances & nos desiis, prenez, graud Dieu !
prenez pour lui nos sentimens, &c.
On avoit annoncé pour l'après-midi, la repré-
sentation d'une Piéce intitulée: Les Fêtes Proven-
gales, &c. Mais, malgré toutes les mesures que
l'on avoit prises, la trop grande affluence de
monde, attirée par la réputation de l'Auteur, le
Pere Regis, en empêcha l'exécution, & l'on se vit
obligé de renvoyer la reptésentation à un autre
jour, & de chercher pour cet effet une salle plus
vaste, que ne l'étoit celle où le Theatre étoit
dressé selon la coûtume. Dans l'embarras où on
se trouvoit, on eut recours à M. de Charton
Commisiaire Général de la Marive, Ordonnateur
à Marseille, lequel avec cette bonté & cette
politesse, qui lui sont ordinaires & qui lui
gagnent, tous les cœurs, offrit une salle des
plus vastes qui soient dans le Parc. Son zéle
s'étoit déja signalé de la maniere la plus écla-
tante, par une sête brillante, dont on n'a pas
moins admiré l'ordre & le goût, que la magnifi-
cence & la somptuosité. C'est ce même zéle qui
K iiij
224 MERCUREDE FRANCE.
l'a porté à favoriser en tout la représentation d'u-
ne piéce, dont l'heureuse naissance qui vient de
combler les vœux de la France, étoit l'occasion
& le sujet. Sa complaisance alla même jusqu'à
faciliter, par les moyens qu'il fournit & les ordres
qu'il donna, l'exécution du projet qu'on avoit
formé de transporter le Théatre dans la nouvelle
salle, de sorte que tout se trouvant prêt pour le
Mardi 30, Messieurs les Pensionnaires y représen-
terent leur Pièce, qu'ils répeterent le lendemain.
On ne s'est point lassé d'admirer l'ordre & le
silence qui y regnerent, malgré le concours ex-
taordinaire de monde qui s'y rendit l'un & l'au-
tre jour. M. l'Evèque présida à l'une des repré-
sentations; & Messieurs les Echevins honorerent
l'autre de leut présence. Ces Messieurs, dont la
voix publique ne cesse de faire l'éloge, ont bien
voulu confondre en cette occasion la complai-
sance avec leur zéle. On ne pourroit jamais assex
louer leur politesse, & leur attention qu'ils ont
portées jusqu'à l'empressement, & presque au. dela
de ce qu'on auroit pu souhaiter. Ils s'étoient de-
là distingués dans les fêtes de la Ville: Empressés
à secondet les pieuses intentions de Sa Majesté
ils avoient relevé leurs rejouissances par la célé-
bration du Mariage de soixante-dix filles qu'ils
avoient dotées, & par un festin donné dans l'Hô-
tel de-Ville, auquel se trouverent tous les nou-
veaux époux avec leurs parens. Les Villes sont
heureuses, lorsqu'elles ont à leur tête des person-
nes qui scavent porter leur attention à tout ce qui
peut favorifer & animer le zéle des bons Ci-
toyens.
L'ouverture de la Pièce, dont on n'entreprend
de donner ici qu'une légere idée, se faisoit par le
genie de la France & pat celui de la Provence. Le
225
1752.
ANVIER.
après avoir parcouru les differentes Pro-
Les du puissant Etat auquel il préside, & avoir
epandu par tout la nouvelle, qui après avoir été
si long-tems l'objet de tous les vœeux, est devenue
celui de tous les transports, étoit arrêté par le
genie de la Provence. Celui-ci vouloit à son tour
se rendre témoin de la joie & des empressemens
d'une Province, qui par sa fidélité & son amour
pour ses Princes, ne le cede à aucune autre; &
sur ce que le genie de la France lui representoit
qu'il devoit encore ce jour-là même se transpor-
ter au Palais des Destins, pour les consulter sur le
sort du jeune Prince & le leur recommander, le
Génie de la Provence, après avoir redoublé ses
instances, ajodtoit:
Et n'est-ce pas dans la Provence
Qu'a patu cet homme divin
Qui lui-même régla les Arrêts du destin
Le Grand Nostradamus, si connu dans le monde,
Pour la conuoissance profonde
Qu'il avoit de tous les secrets
Que le Ciel tient encor cachés dans ses décrets
Je m'offre à le faire paroître;
Bien mieux que les destins il vous satisfera
Sur ce que vous voulez connoltre, &c.
Le Génie François gagné par cette promesse,
consentoit à s'arréter pour le reste du jour. Les
ordres sont aussi tôt donnés. On annonce les fe-
tes. Elles commencent, elles se succédent. Cha-
cun s'empresse à y prendre part. On en omet le
détail, pour ne pas trop charger cette description.
KV
gl
zed by Goo
226 MERCUREDEFRANC
On croit seulement devoir remarquer qu'on s.
étudié à les caractériser, de lorte qu'on ne po.
voit pas y méconnoître le goût, les usages & le
genie des Provençaux. Elles étoient accompa-
gnées d'une Cantate, de quelques Vaudevilles,
& de plusicurs danses, dont l'exécution fut extrê-
mement applaudie. Après une longue suite de
divertissemens, le Génie de Provence invitoit son
hôte à voir l'illumination des Galéres & des Vais.
seaux, telle qu'elle s'est faite bien des fois dans
les Ports de cette Province, & lui annonçoit pour
le lendemain un nouvel ordre de rejouissances;
mais celui ci empressé de se trouver à son terme,
lui rappelloit sa promesse. Le Génie Provençal
évoquoit alors l'onibre du célébre Nostradamus
qui lortoit du tombeau, & faisoit voir qu'il avoit
prédit dans ses Quatrains la Naissance du Prince.
Il en commençoit l'horoscope, que venoient
achever à son invitation, & avec moins d'obscu-
rité, quatre Troubadours. On sçait que c'est ainsi
que l'on nommoit les anciens Poëtes Provençaux.
Les Troubadours paroissoient, tenant chacun à la
main un Rameau symbolique, pris de quatre ar-
bres differens, mais qui tous ou sont particuliets
à la Provence, ou du moins y viennent plus aisé-
ment qu'ailleurs. Ces Rameaux, qui devoient
servir de présent au Prince, & qui étoient un pré-
sage de ce qu'il seroit un jour, étoient des ra-
meaux d'oranger, de grenadier, d'olivier & de
laurier. On s'est laissé persuader qu'on ne seroit
pas fâché de voit ici en langage moderne des
Tioubadours, la façon dont ils s'expriment sur la
qualité de leur présens & sur leur symbole:
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JANVIER. 1752.
227
2. Tr. Couneissez l'Aurengier & sabez quinte
audour
Porte pertout eme sei flour;
Vaqui de sei vertus la plus fidelle eimagi.
2. Tr. Aqueu Lautier de sa valour
Deou vous douna i'idée & vous servi de gagi.
3. Tr. L'Aulivier de la Pax es lou signe parfait;
La Pax sera toujou sei plus arden soubait.
4. Tr. Lou Migranié marque l'Empire;
Soun fruit es courouna: regarda de sei gran
Et lou nombre & l'ordre charman;
Coumprenez ce qu'aco vaou dire.
1. Tr. Prenez aquelei brou; scran noustre preq
sen.
Tr. Tenez de tout aco fasez une Couroune
Et pourtaleis & nostrei couers encen
A sa polidette Persoune, &c.
Enfin, le Génie de la France satis fait, se dis-
pose à partir; & ceui de la Provence finit ses
adieux, en lui disant:
...... Allez, portez de notre hommage
Le sincere tribut à cet auguste Enfant.
Et s'il se pent, à son pere en passant
Dites un mot de noîre zéle
De nos tendres respects, de notre ardeur si lelle,
Kvj
as
228 MERCUREDEFRANCE.
Et n'oubliez pas la Maman,
Tout notre bonheur nous vient d'elle.
Que votre sort est doux que vous êtes heureux,
De pouvoir à leuis pieds porter vos justes rœux !
Volez où le devoir, où l'amour vous appelle;
Sous les yeux de LOUIS & de son digne fils,
Voyez croître le nombre & l'éclat de nos Lys;
Que formé sur ce grand modelle
Cet Enfant soit un jour leur fidelle portrait.
Je n'ajoute plus rien à cet ardent souhait.
Er si nous avons en le bonheur de vous plaire
Allez, vantez par tout, non pas ce qu'on a fait,
Mais ce qu'on auroit voulu faire.
L'une & l'autre représentation fut terminée
par un Feu d'artisice, exécuté sur le Théatre avec
beaucoup de succès. Puisqu'on s'est enhardi ainserer
dans cette description quelques vers Provençaux,
& que dans une Piéce du caractère de celle-ci,
on a dii s'accommoder au goût du Pays, décidé
pour le langage qui lui est particulier, on va ter-
miner cette Reiation par un couplet Provençal,
qui fut chanté à la suite de quelques autres par un
Berger. Sur l'air: Lou beou Tirsis se proumenave,
&c.
Tout es charman din sa Persoune;
Et tout près d'eou
Les flous que lou printemps nous donne
N'an ren de beou
JANVIER. 1752.
229
Lei plus doux presen de Poumoune
Nous toquoun plu
Est lou plus beou fruit de l'Autoune
Quaguen agu.
Des réjouissances que le College de Belsunce
& la Maison des Pensionnaires du même
College, ont faites à l'occasion de la
naissance de MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE,
le 24. Novembre, &c.
La joie que la naissance de MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE à [sic] causée dans toute
la France, & que l'Europe entiere a partagée
ne devoit point être bornée au court espace de
quelques semaines. On parle, & on patlera en-
core long temps de cet heureux évenement avec
les mêmes transports que fit naître dans tous
les cœurs la premiere nouvelle qui s'en répan-
dit. Ces transports & cette joie si juste & si vi-
ve, les Jesuites de Marseille n'ont pas cru de-
voir les renfermer dans le secret de leur mai-
son; & ils n'ont pas voulu en borner le té-
moignage à quelques pieces de poësie compo-
sces à ce sujet. Le bonheur étoit trop grand,
& ils le partageoient avec trop de monde
pour ne pas s'empresser à rendre publiques leur
allegresse & leurs actions de graces; & s'ils se
sont vu obligés de différer leurs fêtes à cause du
long séjour que l'on fait dans ce Pais plus qu'ail-
Jeurs à la campagne pendant l'Automne, ils
n'en ont été que plus attentifs à ne rien oublier
pour signaler leur zéle & leurs sentimens. Ilo
Kij
220 MERCUREDE FRANCE.
ont eu la satisfaction de voir que tout ce qui ra-
pelle au peuple le souvenir, du bienfait qu'il a
reçu du Ciel, renouvelle toute la vivacité de
ses transports & l'ardeur de ses empressemens.
Ces fêtes commencerent le Mercredi 24. No-
vembre par un discours latin fort applaudi, pro-
noncé par le Pere Abbressevin, Professeut de Rhé-
torique en présence de Monseigneur l'Evêque
Fondatenrdu College & de Messieurs les Echevins,
qui furent reçus au bivit des fanfares. L'Orateur ne
crut pas devoir séparer le bonheur du Prince de
celui des François. Il fit voir dans son premier
Point tout ce que laiaissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne a d'heureux pour la Fran-
ce, & tout ce que nous devons nous en pro-
mettre. Dans le second Point adressé au Prin-
ce lui-même, il lui assure par un juste retour
de la part du Peuple François (celui de tous les
peuples qui par ses sentimens & ses qualitès peut
le plus contribuer au bonheur de ses Souverains)
une félicité qui repond à celle que sa naissance
nous a apportée. La cour du College étoit en-
tierement tapissée; & on y voyoit un très-grand
nombre d'emblêmes & des devises dont les con-
noisseuts parurent fort satisfaits. La journée fut
terminée par une belle illumination.
Le lendemain Jeudi 15. Messieurs les Pension-
naires qui en attendant que la partie du Colle-
ge qu'ils habitoient auparavant soit rebatie
occupent la maison de Sainte-Croix, dont la
situation est des plus avantageuses, & où se
trouve un des plus beaux Observatoires de Fran-
ce, commencernt eleurs réjouissances pat un Te
Deum qui fut exécuté par l'Academie Royale
de Musique, & auquel Messieurs les Echevins
assisterent. Monseigneur l'Evêque y officia. Le
JANVIER. 1752. 221
zéle de cet Illustre Prélat pour la prospérité de
la maison Royale & le bien des peuples, est
trop connu pour avoir besoin du témoignage
public que la justice jointe à la reconnoissance
semble exiger qu'on lui rende ici. Il avoit dé-
jà éclaté d'une maniere digne de lui par la part
qu'il avoit prise aux fêtes que la Ville donna
& par la distribution qu'il fit faire d'une trés-
grande quantité de pains aux Pauvres de toutes
les Paroisies. Mais a t-il jamais sçu prescrire des
bornes à son zéle ou à sa complaisance : Le, Te
Deum fut suivi d'une salve d'un grand nombie
de boëtes, & dès l'entrée de la nuit toutes les
fenêtres de lla Maison furent illuminées en lam-
pions. Il y eut une grande quantité de caisses
de fusées, & un feu d'artifice tiré de dessus la
tertasse de l'Observatoire, dont l'illumination
qui étoit composée de plusieurs grandes pyramides
chargées de lampions, se faisoit surtour remat-
quer. Le tems qui ne pouvoit être plus beau, ne
la savorisa pas moins que la situation du lieu, l'un
des plus propres qu'on puisse imaginer pour cet
effet, aussi présenta- t'elle à tous ceux qui s'étoient
rendus en soule du côté du Port, un coup d'œil
des plus satis faisans.
Le Vendredi 26, les Jesuites célébrerent eux-
mêmes une grande Messe, qui fut accompagnée
d'un Discours Chrétien. M. l'Evêque & Mes-
sieurs les Echevins y assisterent; & l'Assembiée
fut également nombreuse & brillante. L'Egl. se de
Sainte Croix, l'une des plus belles de la Ville
étoit tapissée en Damas Cramoisy. On avoit eu
soin, pour que rien ne manquât a la décoration,
de l'orner de quantité de miroirs & de lustres en
cristal. A l'issue de la Grand-Messe, qui ainsi
que le Te Deum de la veille, avoit été chantée par
K iij
a
222 MERCUREDE FRANCE.
la Musique du Concert, il y eut une seconde de-
charge de Boëtes.
Ces paroles, tirées du Cantique de la Vierge,
la misericords du Sergneur s'étend de génération en
gé lération, servirent de texte au Discours. Après
avoit montté que c'est le Seigneur qui accorde
les bons Rois aux peuples & les grands bienfaits
aux bons Rois, qu'il perpetue leur gloire en per-
pétuant leur nom, & récompense leurs vertus en
étendant leur postérité: 1»» Le don, disoit l'Ora-
»teur, que le Seigneur vient de faire à LOUIS
„ & à ses peuples, présente un doubie motif à
„ notre reconnoissance. Elle se doit également,
» & à ce que le Seigneur fait pour nous, en nous
„donnant un Prince, l'objet de nos vœux, & à
„ ce qu'il s'est engagé à faire pour ce Prinee l'ob-
u» jet de notre tendresse. Ce qu'il fait pour nous
Ȏgale nos desirs: Ce qu'il s'engage a faire pour
o lui, doit égaler nos espérances. L'un est la
mesure de notre joie: l'autre sera le comble de
» notre félicité.
»Premiere Partie. Ce que le Seigneur fait
pour nous dans la Naissance de ce Prince, &
»qui remplit nos desirs dans toute leur étendue
„ c'est de flatter toute la délicatesse de norsenti-
mens pour la Maison Royale, & d'assurer la
o tranquillité de l'Eglise & de l'Etat.
»Seconde Partie. Ce que le Seigoeur s'est en-
„ gagé à faire pour ce Prince, & qui doit égaler
»nos espérances, c'est 1°. En le faisant u itre
»du sang des Bourbons, de lui assuter de grands
sentimens pour élever son cœur, & de grands
»excmples pour le former. 2°. En le faisant nai-
„ tre pour les destinées des Bourbons, d'attacher
»un grand nom à sa personne, & de grands in-
atérets à ses jours. Je n'ajouterai pas, dit l'Ora-
itized by Goog
JANVIER.
1752.
223.
„teur, qu'il promet par-la des grands évenemens
„à son Regne. Regne heureux ! le Ciel qui le
»prépare pour nos neveux, nous aimera sans
53 doute assez pour ne pas nous en faire jouir nous-
» mêmes.
Dans la Peroraison l'Orateur adresse au Ciel
des actions de graces pour la Naissance du Prin-
ce, & des vœeux pour la conservation de ses jours,
„ Conservez, Seigneur, dit-il, des jours qui nous
„ sont si précieux, &c. Mais conservez surtout
»son innocence. Prenez son cœur entre vos
»mains, puisque vous devez mettre un jour nos
„ destinées dans les siennes. Faites-en un Priuce
»selon votre cœur, & il sera toujours un Prince
selon le nôtre. Pour remplir, en un mot, nos
Desperances & nos desiis, prenez, graud Dieu !
prenez pour lui nos sentimens, &c.
On avoit annoncé pour l'après-midi, la repré-
sentation d'une Piéce intitulée: Les Fêtes Proven-
gales, &c. Mais, malgré toutes les mesures que
l'on avoit prises, la trop grande affluence de
monde, attirée par la réputation de l'Auteur, le
Pere Regis, en empêcha l'exécution, & l'on se vit
obligé de renvoyer la reptésentation à un autre
jour, & de chercher pour cet effet une salle plus
vaste, que ne l'étoit celle où le Theatre étoit
dressé selon la coûtume. Dans l'embarras où on
se trouvoit, on eut recours à M. de Charton
Commisiaire Général de la Marive, Ordonnateur
à Marseille, lequel avec cette bonté & cette
politesse, qui lui sont ordinaires & qui lui
gagnent, tous les cœurs, offrit une salle des
plus vastes qui soient dans le Parc. Son zéle
s'étoit déja signalé de la maniere la plus écla-
tante, par une sête brillante, dont on n'a pas
moins admiré l'ordre & le goût, que la magnifi-
cence & la somptuosité. C'est ce même zéle qui
K iiij
224 MERCUREDE FRANCE.
l'a porté à favoriser en tout la représentation d'u-
ne piéce, dont l'heureuse naissance qui vient de
combler les vœux de la France, étoit l'occasion
& le sujet. Sa complaisance alla même jusqu'à
faciliter, par les moyens qu'il fournit & les ordres
qu'il donna, l'exécution du projet qu'on avoit
formé de transporter le Théatre dans la nouvelle
salle, de sorte que tout se trouvant prêt pour le
Mardi 30, Messieurs les Pensionnaires y représen-
terent leur Pièce, qu'ils répeterent le lendemain.
On ne s'est point lassé d'admirer l'ordre & le
silence qui y regnerent, malgré le concours ex-
taordinaire de monde qui s'y rendit l'un & l'au-
tre jour. M. l'Evèque présida à l'une des repré-
sentations; & Messieurs les Echevins honorerent
l'autre de leut présence. Ces Messieurs, dont la
voix publique ne cesse de faire l'éloge, ont bien
voulu confondre en cette occasion la complai-
sance avec leur zéle. On ne pourroit jamais assex
louer leur politesse, & leur attention qu'ils ont
portées jusqu'à l'empressement, & presque au. dela
de ce qu'on auroit pu souhaiter. Ils s'étoient de-
là distingués dans les fêtes de la Ville: Empressés
à secondet les pieuses intentions de Sa Majesté
ils avoient relevé leurs rejouissances par la célé-
bration du Mariage de soixante-dix filles qu'ils
avoient dotées, & par un festin donné dans l'Hô-
tel de-Ville, auquel se trouverent tous les nou-
veaux époux avec leurs parens. Les Villes sont
heureuses, lorsqu'elles ont à leur tête des person-
nes qui scavent porter leur attention à tout ce qui
peut favorifer & animer le zéle des bons Ci-
toyens.
L'ouverture de la Pièce, dont on n'entreprend
de donner ici qu'une légere idée, se faisoit par le
genie de la France & pat celui de la Provence. Le
225
1752.
ANVIER.
après avoir parcouru les differentes Pro-
Les du puissant Etat auquel il préside, & avoir
epandu par tout la nouvelle, qui après avoir été
si long-tems l'objet de tous les vœeux, est devenue
celui de tous les transports, étoit arrêté par le
genie de la Provence. Celui-ci vouloit à son tour
se rendre témoin de la joie & des empressemens
d'une Province, qui par sa fidélité & son amour
pour ses Princes, ne le cede à aucune autre; &
sur ce que le genie de la France lui representoit
qu'il devoit encore ce jour-là même se transpor-
ter au Palais des Destins, pour les consulter sur le
sort du jeune Prince & le leur recommander, le
Génie de la Provence, après avoir redoublé ses
instances, ajodtoit:
Et n'est-ce pas dans la Provence
Qu'a patu cet homme divin
Qui lui-même régla les Arrêts du destin
Le Grand Nostradamus, si connu dans le monde,
Pour la conuoissance profonde
Qu'il avoit de tous les secrets
Que le Ciel tient encor cachés dans ses décrets
Je m'offre à le faire paroître;
Bien mieux que les destins il vous satisfera
Sur ce que vous voulez connoltre, &c.
Le Génie François gagné par cette promesse,
consentoit à s'arréter pour le reste du jour. Les
ordres sont aussi tôt donnés. On annonce les fe-
tes. Elles commencent, elles se succédent. Cha-
cun s'empresse à y prendre part. On en omet le
détail, pour ne pas trop charger cette description.
KV
gl
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226 MERCUREDEFRANC
On croit seulement devoir remarquer qu'on s.
étudié à les caractériser, de lorte qu'on ne po.
voit pas y méconnoître le goût, les usages & le
genie des Provençaux. Elles étoient accompa-
gnées d'une Cantate, de quelques Vaudevilles,
& de plusicurs danses, dont l'exécution fut extrê-
mement applaudie. Après une longue suite de
divertissemens, le Génie de Provence invitoit son
hôte à voir l'illumination des Galéres & des Vais.
seaux, telle qu'elle s'est faite bien des fois dans
les Ports de cette Province, & lui annonçoit pour
le lendemain un nouvel ordre de rejouissances;
mais celui ci empressé de se trouver à son terme,
lui rappelloit sa promesse. Le Génie Provençal
évoquoit alors l'onibre du célébre Nostradamus
qui lortoit du tombeau, & faisoit voir qu'il avoit
prédit dans ses Quatrains la Naissance du Prince.
Il en commençoit l'horoscope, que venoient
achever à son invitation, & avec moins d'obscu-
rité, quatre Troubadours. On sçait que c'est ainsi
que l'on nommoit les anciens Poëtes Provençaux.
Les Troubadours paroissoient, tenant chacun à la
main un Rameau symbolique, pris de quatre ar-
bres differens, mais qui tous ou sont particuliets
à la Provence, ou du moins y viennent plus aisé-
ment qu'ailleurs. Ces Rameaux, qui devoient
servir de présent au Prince, & qui étoient un pré-
sage de ce qu'il seroit un jour, étoient des ra-
meaux d'oranger, de grenadier, d'olivier & de
laurier. On s'est laissé persuader qu'on ne seroit
pas fâché de voit ici en langage moderne des
Tioubadours, la façon dont ils s'expriment sur la
qualité de leur présens & sur leur symbole:
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JANVIER. 1752.
227
2. Tr. Couneissez l'Aurengier & sabez quinte
audour
Porte pertout eme sei flour;
Vaqui de sei vertus la plus fidelle eimagi.
2. Tr. Aqueu Lautier de sa valour
Deou vous douna i'idée & vous servi de gagi.
3. Tr. L'Aulivier de la Pax es lou signe parfait;
La Pax sera toujou sei plus arden soubait.
4. Tr. Lou Migranié marque l'Empire;
Soun fruit es courouna: regarda de sei gran
Et lou nombre & l'ordre charman;
Coumprenez ce qu'aco vaou dire.
1. Tr. Prenez aquelei brou; scran noustre preq
sen.
Tr. Tenez de tout aco fasez une Couroune
Et pourtaleis & nostrei couers encen
A sa polidette Persoune, &c.
Enfin, le Génie de la France satis fait, se dis-
pose à partir; & ceui de la Provence finit ses
adieux, en lui disant:
...... Allez, portez de notre hommage
Le sincere tribut à cet auguste Enfant.
Et s'il se pent, à son pere en passant
Dites un mot de noîre zéle
De nos tendres respects, de notre ardeur si lelle,
Kvj
as
228 MERCUREDEFRANCE.
Et n'oubliez pas la Maman,
Tout notre bonheur nous vient d'elle.
Que votre sort est doux que vous êtes heureux,
De pouvoir à leuis pieds porter vos justes rœux !
Volez où le devoir, où l'amour vous appelle;
Sous les yeux de LOUIS & de son digne fils,
Voyez croître le nombre & l'éclat de nos Lys;
Que formé sur ce grand modelle
Cet Enfant soit un jour leur fidelle portrait.
Je n'ajoute plus rien à cet ardent souhait.
Er si nous avons en le bonheur de vous plaire
Allez, vantez par tout, non pas ce qu'on a fait,
Mais ce qu'on auroit voulu faire.
L'une & l'autre représentation fut terminée
par un Feu d'artisice, exécuté sur le Théatre avec
beaucoup de succès. Puisqu'on s'est enhardi ainserer
dans cette description quelques vers Provençaux,
& que dans une Piéce du caractère de celle-ci,
on a dii s'accommoder au goût du Pays, décidé
pour le langage qui lui est particulier, on va ter-
miner cette Reiation par un couplet Provençal,
qui fut chanté à la suite de quelques autres par un
Berger. Sur l'air: Lou beou Tirsis se proumenave,
&c.
Tout es charman din sa Persoune;
Et tout près d'eou
Les flous que lou printemps nous donne
N'an ren de beou
JANVIER. 1752.
229
Lei plus doux presen de Poumoune
Nous toquoun plu
Est lou plus beou fruit de l'Autoune
Quaguen agu.
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2056
p. 229
De Warsovie le 29 Novembre.
Début :
Il n'y a presque aucun Seigneur Polonois, qui n'ait marqué par des fêtes la joie que lui inspiroit [...]
Mots clefs :
Varsovie, Naissance du duc de Bourgogne, Pacha
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texteReconnaissance textuelle : De Warsovie le 29 Novembre.
De Warsovie le 29 Novembre.
Il n'y a presque aucun Seigneur Polonois, qui
n'ait marqué par des fêtes la joie que lui inspiroit
la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgo-
gne. Une circonstance, non moins remarquable
est que le Courier, chargé de porter la nouvelle
de certe naissance, au Comte Desalleurs, Am-
bassadeur du Roi Très-Chrétien à Constantino-
ple, ayant passé à Choczin, & ayant donné part
de cet événement, le Pacha ordonna qu'on fit
une salve générale de l'artillerie de la Place. Le
même Pacha envoya des exprès aux Pachas des
Villes voisines, ainsi qu'aux Kans de Crimée &
de Budziack, pour les informer du bonheur arri-
vé à la France. Le Hospodar de Moldavie à fai,
a assy des réjouissances publiques à la même occa-
sion.
Il n'y a presque aucun Seigneur Polonois, qui
n'ait marqué par des fêtes la joie que lui inspiroit
la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgo-
gne. Une circonstance, non moins remarquable
est que le Courier, chargé de porter la nouvelle
de certe naissance, au Comte Desalleurs, Am-
bassadeur du Roi Très-Chrétien à Constantino-
ple, ayant passé à Choczin, & ayant donné part
de cet événement, le Pacha ordonna qu'on fit
une salve générale de l'artillerie de la Place. Le
même Pacha envoya des exprès aux Pachas des
Villes voisines, ainsi qu'aux Kans de Crimée &
de Budziack, pour les informer du bonheur arri-
vé à la France. Le Hospodar de Moldavie à fai,
a assy des réjouissances publiques à la même occa-
sion.
Fermer
2057
p. 229-230
De Versailles le 19 Décembre.
Début :
Leurs Majestés tinrent appartement dans la grande Gallerie, qui recevoit un nouvel éclat de [...]
Mots clefs :
Versailles, Galerie, Roi, Naissance du duc de Bourgogne
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texteReconnaissance textuelle : De Versailles le 19 Décembre.
De Versailles le 19 Décembre.
Leurs Majestés tinrent appartement dans la
grande Gallerie, qui recevoit un nouvel éclat de
la multitude des lustres & des girandoles dont elle
(toit éclairée. Les Seigneurs & les Dames de la
Cour, ainsi que tous les Etrangers de distinction,
y parurent avec des habits d'une extrême magni-
ficence. Le Roi joua au lansquenet, & la Reine
au cavagnole, & il y eut plusieurs autres tabies
de jeu. Vers les onze heures du soir, Leurs Ma-
jestés sonperent avec Monseigneur le Dauphin,
ed by Goc
230 MERCURE DEFRANCE.
Madame la Dauphine & Mesdames de France. Le
même jour la décoration du feu d'artifice que le
Roi avoit ordonné de préparer vis-à-vis du bassin
de Latone, & qui fut tiré le 30, fut entierement
illuminé. La vatiété des couleurs de cette illumi-
mination, qui étoit toute en transparens, l'élé-
gance de chacune des parties dont elle étoit com-
posée, & leur parfait accord, formerent pour la
Gallerie une des plus belles perspectives.
Leurs Majestés tinrent appartement dans la
grande Gallerie, qui recevoit un nouvel éclat de
la multitude des lustres & des girandoles dont elle
(toit éclairée. Les Seigneurs & les Dames de la
Cour, ainsi que tous les Etrangers de distinction,
y parurent avec des habits d'une extrême magni-
ficence. Le Roi joua au lansquenet, & la Reine
au cavagnole, & il y eut plusieurs autres tabies
de jeu. Vers les onze heures du soir, Leurs Ma-
jestés sonperent avec Monseigneur le Dauphin,
ed by Goc
230 MERCURE DEFRANCE.
Madame la Dauphine & Mesdames de France. Le
même jour la décoration du feu d'artifice que le
Roi avoit ordonné de préparer vis-à-vis du bassin
de Latone, & qui fut tiré le 30, fut entierement
illuminé. La vatiété des couleurs de cette illumi-
mination, qui étoit toute en transparens, l'élé-
gance de chacune des parties dont elle étoit com-
posée, & leur parfait accord, formerent pour la
Gallerie une des plus belles perspectives.
Fermer
2058
p. 230-232
De Versailles le 30.
Début :
Le feu d'artifice que le Roi avoit ordonné de préparer dans les Jardins du Château, vis à-vis de [...]
Mots clefs :
Versailles, Naissance du duc de Bourgogne, Feu d'artifice, Fusées, Arc de triomphe, Félicité, Guirlandes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Versailles le 30.
De Versailles le 30.
Le feu d'artifice que le Roi avoit ordonné de
préparer dans les Jardins du Château, vis à-vis de
la grande Gallerie, fut tiré le tiente. L'édifice,
construit pour ce feu, s'étendoit depuis l'allée de
Saturne jusqu'à celle du Dragon, sur un plan cir-
culaire de cent quarante- deux toises. Il étoit com-
posé de trois Corps d'Architecture, dont le prin-
cipal étoit 'dOrdre Corinthien, & représentoit
un Arc de Triomphe, consacré à la Felicité.
Au devant des massiss, qui séparoient les 3 por-
tiques de l'arc de triomphe, étoient accouplées des
colonnes de lapis, ornées de guirlandes de lys &
de roses. Deux bas reliefs en or décoroient le des-
sus des portes latérales, qui accompagnoient
la grande arcade. Dans l'un paroissoit Appollon
distribuant aux Muses les differens attributs des
Sciences & des Beaux Arts. On voyoit, dans l'au-
tre, Cer s sur son char, répandant l'abondance,
La corniche portoit les Statues de la Justice, de la
Prudence, de la Tempérance & de la Magnani-
mité, entre lesquelles étoit, sur un pied d'estal
le Globe des Armes de France, soutenu par la
Force & par diflérens Genies. La Victoire & la
Paix le présentoient à la Felicité. Cette derniere
by Goc
JANVIER. 1752.
231
figure domincit le Groupe: elle tenoit un Cadu-
cée, Symbole de l'union, & selon les Egyptiens
le hierogliphe de la naissance des Grands-Hom-
mes. D'une corne d'abondance, qui étoit à ses
pieds, sortoient des fruits mêlés de fleurs. Près de
la Félicité, la Ronommée prenoit son vol pout aller
annoncer à l'Univers la naislance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne & ses heureux destins.
Les deux autres Corps d'Architecture étoient
d'ordre Composite, & formoient des deux côtés de
l'arc de Triomphe, une continuite d'arcades en
niches, séparées par des pilastres revêtus de tro-
phés en or & de camayeux en azur. Les miédaillons
représentoient tous les Arts qui contribuent au bon-
heur, & ils étoient entoures de guirlandes de roses
lesquelles se réunissoient en festons au dessus des
ceintres & des pilastres.
Des avant-corps, aussi d'ordre Composite, ter-
minoient les ailes. Ils étoient ornés deStatues de dif-
sérentes Divinités. Des Faunes & des Tritons,
supportant des vases de Lapis surchargés de giran-
doles, interrompoieut la balustrade, qui couron-
noit ces avant-corps.
On avoit distribué des girandoles rout le long
de l'édisice. Plusicurs lustres pendoient du sein
des archivoltes, & toutes les niches étoient gar-
nies d'orangers dans des vases d'or, an tout des-
quels jouoient des guirlandes de fleurs naturelles.
A tiavers les portiques de l'arc de Tiiomphe on
découvroit dans le lointain le Temple de la Felicité.
Ce fut cette vaste & magnisique décoration,
qui fut illuminée le 19 par des transparens. Divers
cordons de feu dessinoient l'Architecture, & l'on
avoit placé sur la tertasse différens groupes de lu-
mieres, dont les effets s'accordoient avec l'objet
principal.
Le seu d'artifice, fut annoncé pra un bruit
ed by Go-
232 MERCUREDE FRANCE
de boëtes & de fusées d'honneur, & il à été
divisé en trois parties. La premiere fut compo-
sée de feu brillaus, qui représenterent succe ssi-
vement différentes formes, & qui furent ac-
compagnées de jets, d'iss, de bombes, & d'u-
ne grande multitude de fusées variées. Le second
changement offrit des cascades, qui occuperent
toute l'étendue de l'édifice, & dont la principale
en achevant de se précipiter, se métamorphosa
en plusieurs jets; ce coup de feu fut soutenu par
des fusées formant en l'air des berceaux de lumiere.
Dans le troisiéme changement, toute l'Architec-
ture se trouva représentée en seu clair. Uue gitan-
de de plus de huit mille fusées, coutonnée de bom-
bes brillantes, termina P'artifice. Les intervalles
qu'on fut obligé de mettre entre les divers chan-
gemens pour donner le tems la fumée de se dis-
siper, furent remplis par le tirage de cent caisses de
fusées, placées derriere l'arc de Triomphe & les
ailes. Le Roi ayant passé sur les dix heures du soir
dans l'appartement de la Reine, on tira au bout
de la piéce d'eau des Suisses, cinq bombes d'arti-
fices, qui firent un effet extraordinaire.
Le même jour, Leurs Majestés tinrent grand
appartement; & la Cour, tant pat l'extrême ri-
chesse des habits que par l'éclat & le nombre des
pierreries, surpassa encore la magnificence qu'el-
le avoit fait paroître le jour de l'illumination. La
Gallerie étoit éclaitée, ainsi qu'elle l'avoit été le
19, par trois rangs de lustres, suspendus à des
festons de gaze bouillonnée, qu'entouroient des
guirlandes de fleurs. Il y avoit des deux côtés une
grande quantité de girandoles sur des Torcheres
les unes d'argent, les autres d'or; & l'art, avec
lequel les lumieres étoient distribuées, pro-
duisoit un coup d'oil des plus frappans.
Le feu d'artifice que le Roi avoit ordonné de
préparer dans les Jardins du Château, vis à-vis de
la grande Gallerie, fut tiré le tiente. L'édifice,
construit pour ce feu, s'étendoit depuis l'allée de
Saturne jusqu'à celle du Dragon, sur un plan cir-
culaire de cent quarante- deux toises. Il étoit com-
posé de trois Corps d'Architecture, dont le prin-
cipal étoit 'dOrdre Corinthien, & représentoit
un Arc de Triomphe, consacré à la Felicité.
Au devant des massiss, qui séparoient les 3 por-
tiques de l'arc de triomphe, étoient accouplées des
colonnes de lapis, ornées de guirlandes de lys &
de roses. Deux bas reliefs en or décoroient le des-
sus des portes latérales, qui accompagnoient
la grande arcade. Dans l'un paroissoit Appollon
distribuant aux Muses les differens attributs des
Sciences & des Beaux Arts. On voyoit, dans l'au-
tre, Cer s sur son char, répandant l'abondance,
La corniche portoit les Statues de la Justice, de la
Prudence, de la Tempérance & de la Magnani-
mité, entre lesquelles étoit, sur un pied d'estal
le Globe des Armes de France, soutenu par la
Force & par diflérens Genies. La Victoire & la
Paix le présentoient à la Felicité. Cette derniere
by Goc
JANVIER. 1752.
231
figure domincit le Groupe: elle tenoit un Cadu-
cée, Symbole de l'union, & selon les Egyptiens
le hierogliphe de la naissance des Grands-Hom-
mes. D'une corne d'abondance, qui étoit à ses
pieds, sortoient des fruits mêlés de fleurs. Près de
la Félicité, la Ronommée prenoit son vol pout aller
annoncer à l'Univers la naislance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne & ses heureux destins.
Les deux autres Corps d'Architecture étoient
d'ordre Composite, & formoient des deux côtés de
l'arc de Triomphe, une continuite d'arcades en
niches, séparées par des pilastres revêtus de tro-
phés en or & de camayeux en azur. Les miédaillons
représentoient tous les Arts qui contribuent au bon-
heur, & ils étoient entoures de guirlandes de roses
lesquelles se réunissoient en festons au dessus des
ceintres & des pilastres.
Des avant-corps, aussi d'ordre Composite, ter-
minoient les ailes. Ils étoient ornés deStatues de dif-
sérentes Divinités. Des Faunes & des Tritons,
supportant des vases de Lapis surchargés de giran-
doles, interrompoieut la balustrade, qui couron-
noit ces avant-corps.
On avoit distribué des girandoles rout le long
de l'édisice. Plusicurs lustres pendoient du sein
des archivoltes, & toutes les niches étoient gar-
nies d'orangers dans des vases d'or, an tout des-
quels jouoient des guirlandes de fleurs naturelles.
A tiavers les portiques de l'arc de Tiiomphe on
découvroit dans le lointain le Temple de la Felicité.
Ce fut cette vaste & magnisique décoration,
qui fut illuminée le 19 par des transparens. Divers
cordons de feu dessinoient l'Architecture, & l'on
avoit placé sur la tertasse différens groupes de lu-
mieres, dont les effets s'accordoient avec l'objet
principal.
Le seu d'artifice, fut annoncé pra un bruit
ed by Go-
232 MERCUREDE FRANCE
de boëtes & de fusées d'honneur, & il à été
divisé en trois parties. La premiere fut compo-
sée de feu brillaus, qui représenterent succe ssi-
vement différentes formes, & qui furent ac-
compagnées de jets, d'iss, de bombes, & d'u-
ne grande multitude de fusées variées. Le second
changement offrit des cascades, qui occuperent
toute l'étendue de l'édifice, & dont la principale
en achevant de se précipiter, se métamorphosa
en plusieurs jets; ce coup de feu fut soutenu par
des fusées formant en l'air des berceaux de lumiere.
Dans le troisiéme changement, toute l'Architec-
ture se trouva représentée en seu clair. Uue gitan-
de de plus de huit mille fusées, coutonnée de bom-
bes brillantes, termina P'artifice. Les intervalles
qu'on fut obligé de mettre entre les divers chan-
gemens pour donner le tems la fumée de se dis-
siper, furent remplis par le tirage de cent caisses de
fusées, placées derriere l'arc de Triomphe & les
ailes. Le Roi ayant passé sur les dix heures du soir
dans l'appartement de la Reine, on tira au bout
de la piéce d'eau des Suisses, cinq bombes d'arti-
fices, qui firent un effet extraordinaire.
Le même jour, Leurs Majestés tinrent grand
appartement; & la Cour, tant pat l'extrême ri-
chesse des habits que par l'éclat & le nombre des
pierreries, surpassa encore la magnificence qu'el-
le avoit fait paroître le jour de l'illumination. La
Gallerie étoit éclaitée, ainsi qu'elle l'avoit été le
19, par trois rangs de lustres, suspendus à des
festons de gaze bouillonnée, qu'entouroient des
guirlandes de fleurs. Il y avoit des deux côtés une
grande quantité de girandoles sur des Torcheres
les unes d'argent, les autres d'or; & l'art, avec
lequel les lumieres étoient distribuées, pro-
duisoit un coup d'oil des plus frappans.
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2059
p. 233-238
De Cadix le 27 Novembre.
Début :
M. Des Varennes, Consul de France à Cadix, ayant reçu le 27 Septembre une lettre de [...]
Mots clefs :
Cadix, Naissance du duc de Bourgogne, Temple, Arcades, Nation française, Ordre, Place, Consul
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Cadix le 27 Novembre.
De Cadix le 27 Novembre.
M. Des Varennes, Consul de France à Cadix,
ayant reçu le 27 Septembre une lettre de
M. Rouillié, qui lui apprenoit l'heureuse naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne, il en fit
part à toute la Nation Françoise, qui en témoi-
gna la plus vive joye. On prit aussi-tôt les arran-
gemens nécessaires pour la faire éclatter par des
fêres publiques. On choisit sis Commissaires par-
mi les plus ancieus Négocians, & la, Nation les
autorisa à faire toutes les dépenses nécessaires qui
leur seroient remboursées par le produit d'une
cottisation, qu'on feroit proportionnellement aux
facultés de chaque particulier de la Nation: on
forma ensuite le projet des Fêtes. M. Tamievot
dont le pere est membre de l'Académie d'Archi-
tecture de Paris, en fit le plan; elles commence-
rent le 24 Novembre pat une décharge du canon
de tous les vaisseaux & autres bâtimens François,
qui se trouverent dans la baye de Cadix, au nom-
bre de 34.
Le lendemain on chanta le Te Deum en musique
dans l'Eglise des Cordeliers M. l'Evêque de Cadix
l'entonna, & il célebra ensuite pontificalement la
Messe. M. le Gouverneur & toutes les personnes
de distinction de la Ville y assisterent. Le canon ne
ad by Go-
234 MERCURE DE FRANCE
cessa pas de tirer pendant toute la cérémonie.
L'après-midi, un grand nombre de Dames, &
toures les personnes les plus distinguées se rendi-
tent dans la maison de M. des Varennes; il leur fit
servir ce qu'on appelle en Espagne le Refresco
c'est-à-dire, toutes sortes d'eaux glacées, du
lait, des confitures, du chocolat, &c. M. l'Evê-
que, qui est Religieux de l'Ordre de Saint Domi-
nique, s'etant excusé à cause de son état de pa-
roître à une Fête publique, M. le Consul fit porter
dans son Palais toutes sortes de rafraîchissemens.
Le Refresco étant fini, on alla se placer sur les bal-
cons & sur l'Amphithéatre, qu'on avoit dressé de-
vant la maison du Consul, situé sur la Place Saint
Antoine, la plus belle & la plus spacieuse de Ca-
dix. On y tira un fort beau feu d'artifice, qui du-
ra pendant trois quarts d'heure; tout le monde en
parut extrêmement satisfoit: il y eut ensuite un
grand souper, pour 200 personnes; il fut suivi
d'un bal qui dura jusqu'au matin.
Toute la Place étoit illuminée pat de grands
flambeaux de cire blanche: il y eut aussi des illu-
minations devant toutes les maisons des Négo-
cians François. On avoit pratiqué des amphithéa-
ttes dans différens endtoits de la Place, & on y
avoit mis des Musiciens qui ne cesserent de jouer
de divers instrumens pendant une grande partie de
la nuit. Le Temple sur lequel le feu d'artifice étoit
placé, étoit composé de quatre faces égales, repré-
sentant chacune trois portiques d'Ordre Dorique;
l'entablement étoit couronné par une balustrade
dont les pieds-d'estaux supportoient aux quatre
coins chacun une statue, & les autres des vases.
Chaque façade avoit quarante-deux pieds & demi
de largeur, les arcades onze pieds d'ouverture,
& dix-sept & demi de hauteur. L'élévation du
JANVIER.
1752.
235
Temple, en y comprenant la balustrade, étoit
de vingt-huit pieds. L'intérieur du Temple for-
moit en tous sens trois ness d'égale élévation; le
milieu étoit soutenu par quatre colonnes isolées,
l'entre-deux des arcades par des demi-colonnes
& les angles par des quarts de colonne; toute
cette ordonnance intérieure étoit d'Ordre Ioni-
que, à la maniere de Scamozzi,
Au milieu du Temple s'élevoit sur un pied-d'es-
tal rond & d'Ordre lonique, une statue de mar-
bre blanc & de grandeur naturelle, représentant
le Génie protecteur de la France, avec ses attri-
buts, couronnée de lauriers, tenant un lys à la
main droite: sur sa base étoit cette inscription:
Genio
Galliarum Protectori,
Ob faustum
Serenissimae Delphina
Partum.
Id. Sept. anno
M. DCC. LI.
Le Temple étoit éclairé par 24 lustres de crif-
tal, dont 12 pendoient aux fleurons des architra-
ves, & les 12 auttes aux cless des arcades.
L'appui de la balustrade & le dessus de l'enta-
blement avoient chacun un cordon de lumiere, &
la frize étoit éclairée en dedans. Les pilliers des ar-
cades étoient illuminés par 120 bras, dont 72 de
cristal, & les autres de fer contourné & peint.
Comme ce Temple se fermoit pendant le jour
pour éviter le désordre, les arcades étoient bou-
by Go
236 MERCURE DE FRANCE.
chées par de grandes toiles peintes, & ornées de
figures en relief; les arcades du milieu avoient
une porte de bronze, au dessus des trois dégrés de
marbre, & le dessous des portes avoit chacun
un grand médaillon avec des figures embléma-
tiques.
Le premier représentoit un Dauphin, entortil-
lant une ancre avec sa queve, & pour legende
Ad spem spes addita.
Le second, un Aiglon auprès de sa mere,
Prolem dedit Jove dignam.
Le troisiéme, sun vase avec un lys naissant.
Crescent illa crescentis amore.
Le quatriéme, un laurier naissant
Nascitur ad coronas.
Les huit autres toiles des arcades représentoient
une Renommée, portant un bouclier aux armes de
Bourgogne, & sur la base cette inscription,
Nomina magna loquor.
La Religion près d'un autel, où elle acheve un
Sacrifice.
Vota Galliae a dimpleta.
L'Espérance à genoux, les yeux & les mains
élevées au Ciel, & recevant un enfant qui sont
d'une nuée.
Coeli munus optatum.
1752.
JANVIER.
237
Pallas tenant dans ses bras un jeune enfant qu'el-
le regarde avec complaisance
Laeta Deùm partu.
Le Génie de la France, habillé en Mars, mon-
trant au jeune Prince qui badine avec son armure
le Temple de la Gloire,
Huc mecum Borbonides.
Mercure montrant au jeune Prince le symbolo
des Arts & des Sciences.
Futura infantiae otia.
Le Tems rompant sa faulx,
Perennitas stirpis Borbonidum.
La France sous la figure d'un jeune guerrier, re-
cevant des armes de Junon
Dono Deae invictus.
Ce Temple fut illuminé par 1376 lumiéres; le
jour que l'on tira le feu d'artifice & le lendemain
il fut décoré par une statue de marbre blanc, hau-
te de 8 pieds, représentant le Roi en Empereur
Romain, la tête découverte & les cheveux flot-
tans: le pied- d'estal étoit chargé de trophées d'ar-
mes avec cette inscription.
LUD. XV
Regi amantissimo, patri patriae, hanc statuam
in culmine Templi Genio Galliarum consecra-
eshO
238 MERCURE DE FRANCE.
vit, erexit, vovit, dedicavit Gadibus Fran-
corum Natio, cum celebraret natalia Sere-
nissimi Ducis Burgundiae.
Les quatre statues qui lui servoient d'accompa-
gnement étoient la Force, la Prudence, la Modéra-
tion, & un groupe emblématique, représentant
un Génie qui offre le jeune Duc de Bourgogne à
la France.
Le 26 & le 27. la Place de Saint Antoine fut il-
luminée comme le jour précédent, de même que
la maison de M. le Consul, & celles de tous les
François. Les Musiciens au nombre de 60, furent
placés dans l'intérieut du Temple; ils jouerent en-
semble de differens instrumens pendant plusieurs
heures, ce qui faisoit un effet admirable. Tout
le monde a paru extrêmement latisfait de la ma-
niere brillante dont se sont passées ces Fêtes, & du
bon ordre qu'il y a eu; on ne cessoit de dou-
ner des louanges aux François, & de faire des
vœux pour l'illustre famille des Bourbons. Les
Frarçois établis à Seville & au Port Sainte Marie
quoiqu'ils ne soient pas à beaucoup piès ni en si
grand nombre, ni aussi riches que ceux de Cadiz
ont aussi donné dans cette occasion des preuves de
leur zele; ceux de Seville ont fait chanter un Te
Deum avec beaucoup de pompe, & ils ont fait
bien des aumônes aux François pauvres; ceux du
Port Sainte-Marie ont fait de même, & ils ont
fait tiret un fort joli seu d'artifice.
M. Des Varennes, Consul de France à Cadix,
ayant reçu le 27 Septembre une lettre de
M. Rouillié, qui lui apprenoit l'heureuse naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne, il en fit
part à toute la Nation Françoise, qui en témoi-
gna la plus vive joye. On prit aussi-tôt les arran-
gemens nécessaires pour la faire éclatter par des
fêres publiques. On choisit sis Commissaires par-
mi les plus ancieus Négocians, & la, Nation les
autorisa à faire toutes les dépenses nécessaires qui
leur seroient remboursées par le produit d'une
cottisation, qu'on feroit proportionnellement aux
facultés de chaque particulier de la Nation: on
forma ensuite le projet des Fêtes. M. Tamievot
dont le pere est membre de l'Académie d'Archi-
tecture de Paris, en fit le plan; elles commence-
rent le 24 Novembre pat une décharge du canon
de tous les vaisseaux & autres bâtimens François,
qui se trouverent dans la baye de Cadix, au nom-
bre de 34.
Le lendemain on chanta le Te Deum en musique
dans l'Eglise des Cordeliers M. l'Evêque de Cadix
l'entonna, & il célebra ensuite pontificalement la
Messe. M. le Gouverneur & toutes les personnes
de distinction de la Ville y assisterent. Le canon ne
ad by Go-
234 MERCURE DE FRANCE
cessa pas de tirer pendant toute la cérémonie.
L'après-midi, un grand nombre de Dames, &
toures les personnes les plus distinguées se rendi-
tent dans la maison de M. des Varennes; il leur fit
servir ce qu'on appelle en Espagne le Refresco
c'est-à-dire, toutes sortes d'eaux glacées, du
lait, des confitures, du chocolat, &c. M. l'Evê-
que, qui est Religieux de l'Ordre de Saint Domi-
nique, s'etant excusé à cause de son état de pa-
roître à une Fête publique, M. le Consul fit porter
dans son Palais toutes sortes de rafraîchissemens.
Le Refresco étant fini, on alla se placer sur les bal-
cons & sur l'Amphithéatre, qu'on avoit dressé de-
vant la maison du Consul, situé sur la Place Saint
Antoine, la plus belle & la plus spacieuse de Ca-
dix. On y tira un fort beau feu d'artifice, qui du-
ra pendant trois quarts d'heure; tout le monde en
parut extrêmement satisfoit: il y eut ensuite un
grand souper, pour 200 personnes; il fut suivi
d'un bal qui dura jusqu'au matin.
Toute la Place étoit illuminée pat de grands
flambeaux de cire blanche: il y eut aussi des illu-
minations devant toutes les maisons des Négo-
cians François. On avoit pratiqué des amphithéa-
ttes dans différens endtoits de la Place, & on y
avoit mis des Musiciens qui ne cesserent de jouer
de divers instrumens pendant une grande partie de
la nuit. Le Temple sur lequel le feu d'artifice étoit
placé, étoit composé de quatre faces égales, repré-
sentant chacune trois portiques d'Ordre Dorique;
l'entablement étoit couronné par une balustrade
dont les pieds-d'estaux supportoient aux quatre
coins chacun une statue, & les autres des vases.
Chaque façade avoit quarante-deux pieds & demi
de largeur, les arcades onze pieds d'ouverture,
& dix-sept & demi de hauteur. L'élévation du
JANVIER.
1752.
235
Temple, en y comprenant la balustrade, étoit
de vingt-huit pieds. L'intérieur du Temple for-
moit en tous sens trois ness d'égale élévation; le
milieu étoit soutenu par quatre colonnes isolées,
l'entre-deux des arcades par des demi-colonnes
& les angles par des quarts de colonne; toute
cette ordonnance intérieure étoit d'Ordre Ioni-
que, à la maniere de Scamozzi,
Au milieu du Temple s'élevoit sur un pied-d'es-
tal rond & d'Ordre lonique, une statue de mar-
bre blanc & de grandeur naturelle, représentant
le Génie protecteur de la France, avec ses attri-
buts, couronnée de lauriers, tenant un lys à la
main droite: sur sa base étoit cette inscription:
Genio
Galliarum Protectori,
Ob faustum
Serenissimae Delphina
Partum.
Id. Sept. anno
M. DCC. LI.
Le Temple étoit éclairé par 24 lustres de crif-
tal, dont 12 pendoient aux fleurons des architra-
ves, & les 12 auttes aux cless des arcades.
L'appui de la balustrade & le dessus de l'enta-
blement avoient chacun un cordon de lumiere, &
la frize étoit éclairée en dedans. Les pilliers des ar-
cades étoient illuminés par 120 bras, dont 72 de
cristal, & les autres de fer contourné & peint.
Comme ce Temple se fermoit pendant le jour
pour éviter le désordre, les arcades étoient bou-
by Go
236 MERCURE DE FRANCE.
chées par de grandes toiles peintes, & ornées de
figures en relief; les arcades du milieu avoient
une porte de bronze, au dessus des trois dégrés de
marbre, & le dessous des portes avoit chacun
un grand médaillon avec des figures embléma-
tiques.
Le premier représentoit un Dauphin, entortil-
lant une ancre avec sa queve, & pour legende
Ad spem spes addita.
Le second, un Aiglon auprès de sa mere,
Prolem dedit Jove dignam.
Le troisiéme, sun vase avec un lys naissant.
Crescent illa crescentis amore.
Le quatriéme, un laurier naissant
Nascitur ad coronas.
Les huit autres toiles des arcades représentoient
une Renommée, portant un bouclier aux armes de
Bourgogne, & sur la base cette inscription,
Nomina magna loquor.
La Religion près d'un autel, où elle acheve un
Sacrifice.
Vota Galliae a dimpleta.
L'Espérance à genoux, les yeux & les mains
élevées au Ciel, & recevant un enfant qui sont
d'une nuée.
Coeli munus optatum.
1752.
JANVIER.
237
Pallas tenant dans ses bras un jeune enfant qu'el-
le regarde avec complaisance
Laeta Deùm partu.
Le Génie de la France, habillé en Mars, mon-
trant au jeune Prince qui badine avec son armure
le Temple de la Gloire,
Huc mecum Borbonides.
Mercure montrant au jeune Prince le symbolo
des Arts & des Sciences.
Futura infantiae otia.
Le Tems rompant sa faulx,
Perennitas stirpis Borbonidum.
La France sous la figure d'un jeune guerrier, re-
cevant des armes de Junon
Dono Deae invictus.
Ce Temple fut illuminé par 1376 lumiéres; le
jour que l'on tira le feu d'artifice & le lendemain
il fut décoré par une statue de marbre blanc, hau-
te de 8 pieds, représentant le Roi en Empereur
Romain, la tête découverte & les cheveux flot-
tans: le pied- d'estal étoit chargé de trophées d'ar-
mes avec cette inscription.
LUD. XV
Regi amantissimo, patri patriae, hanc statuam
in culmine Templi Genio Galliarum consecra-
eshO
238 MERCURE DE FRANCE.
vit, erexit, vovit, dedicavit Gadibus Fran-
corum Natio, cum celebraret natalia Sere-
nissimi Ducis Burgundiae.
Les quatre statues qui lui servoient d'accompa-
gnement étoient la Force, la Prudence, la Modéra-
tion, & un groupe emblématique, représentant
un Génie qui offre le jeune Duc de Bourgogne à
la France.
Le 26 & le 27. la Place de Saint Antoine fut il-
luminée comme le jour précédent, de même que
la maison de M. le Consul, & celles de tous les
François. Les Musiciens au nombre de 60, furent
placés dans l'intérieut du Temple; ils jouerent en-
semble de differens instrumens pendant plusieurs
heures, ce qui faisoit un effet admirable. Tout
le monde a paru extrêmement latisfait de la ma-
niere brillante dont se sont passées ces Fêtes, & du
bon ordre qu'il y a eu; on ne cessoit de dou-
ner des louanges aux François, & de faire des
vœux pour l'illustre famille des Bourbons. Les
Frarçois établis à Seville & au Port Sainte Marie
quoiqu'ils ne soient pas à beaucoup piès ni en si
grand nombre, ni aussi riches que ceux de Cadiz
ont aussi donné dans cette occasion des preuves de
leur zele; ceux de Seville ont fait chanter un Te
Deum avec beaucoup de pompe, & ils ont fait
bien des aumônes aux François pauvres; ceux du
Port Sainte-Marie ont fait de même, & ils ont
fait tiret un fort joli seu d'artifice.
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2060
p. 238-239
De Palerme le 8 Octobre.
Début :
Aussi-tôt que M. Gamelin, Vice-Consul de France à Palerme, eut appris l'heureuse nouvelle [...]
Mots clefs :
Palerme, Naissance du duc de Bourgogne, M. Gamelin, Bâtiments
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texteReconnaissance textuelle : De Palerme le 8 Octobre.
De Palerme le 8 Octobre.
Aussi-tôt que M. Gamelin, Vice-Consul de
France à Palerme, eut appris l'heureuse nouvelle
JANVIER.
1752.
239
de la naissance de Monseigneur le Duc de Bour-
gogne, il en fit part aux Négocians François qui
sont dans cette ville, & aux Capitaines de Bäti-
timens qui se trouvoient dans le Port; ils donne-
rent tous des marques d'une joye inexprimable, &
ils s'efforcerent de signaler leur zéle à l'occasion
d'un si glorieux évenement. Ils ont illuminé leurs
maisons pendant 3 jours avec des slambeaux de ci-
re, & leurs Batimens ont arboré leur pavillon. Le
7 M. Gamelin accompagné de toute la Nation
fit chantet un Motet & le To Deum en musique dans
l'Eglise des RR. PP. de la Trinité au Mole, il fut
suivi de la Bénédiction du très-Saint Sacrement,
& pendant cette cérémonie les Bâtimens firent unę
décharge de leurs canons & de leurs pierriers.
Aussi-tôt que M. Gamelin, Vice-Consul de
France à Palerme, eut appris l'heureuse nouvelle
JANVIER.
1752.
239
de la naissance de Monseigneur le Duc de Bour-
gogne, il en fit part aux Négocians François qui
sont dans cette ville, & aux Capitaines de Bäti-
timens qui se trouvoient dans le Port; ils donne-
rent tous des marques d'une joye inexprimable, &
ils s'efforcerent de signaler leur zéle à l'occasion
d'un si glorieux évenement. Ils ont illuminé leurs
maisons pendant 3 jours avec des slambeaux de ci-
re, & leurs Batimens ont arboré leur pavillon. Le
7 M. Gamelin accompagné de toute la Nation
fit chantet un Motet & le To Deum en musique dans
l'Eglise des RR. PP. de la Trinité au Mole, il fut
suivi de la Bénédiction du très-Saint Sacrement,
& pendant cette cérémonie les Bâtimens firent unę
décharge de leurs canons & de leurs pierriers.
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2061
p. 239
De Messine le 10 Octobre.
Début :
M. d'Evant, Vice-Consul de France à Messine, ayant appris l'agréable nouvelle de la naissance de [...]
Mots clefs :
Messine, Naissance du duc de Bourgogne, M. d'Evant, Vice-consul de France, Maison
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texteReconnaissance textuelle : De Messine le 10 Octobre.
De Messine le 10 Octobre.
M. d'Evaut, Vice-Consul de France à Messine,
ayant appris l'agréable nouvelle de la naissance de
Monseigneur le Duc de Bourgogne, a fait illumi-
ner sa maison pendant trois jours avec des flam-
beaux de cire. Le 5, il fit chanter un Te Deum qui
fut suivi d'une grande Messe en musique, l'Etat
Major, & tous les Principaux de la ville y assiste.
rent. Il y eut ensuite un diner de 72 couverts dans
la maison de M. le Vice-Consul. On y but à la
santé du Roi & de la Famille Royale, au bruit de
mille boëtes & de onze canons. On témoigna leo
plus grands transports de joye pendant tout le re-
pas, & les cristaux partirent comme le canon.
Il y eut le soir un grand bal, le Prince de Mont-
fort, & l'épouse de M. le Vice-Consul en firent
l'ouverture.
M. d'Evaut, Vice-Consul de France à Messine,
ayant appris l'agréable nouvelle de la naissance de
Monseigneur le Duc de Bourgogne, a fait illumi-
ner sa maison pendant trois jours avec des flam-
beaux de cire. Le 5, il fit chanter un Te Deum qui
fut suivi d'une grande Messe en musique, l'Etat
Major, & tous les Principaux de la ville y assiste.
rent. Il y eut ensuite un diner de 72 couverts dans
la maison de M. le Vice-Consul. On y but à la
santé du Roi & de la Famille Royale, au bruit de
mille boëtes & de onze canons. On témoigna leo
plus grands transports de joye pendant tout le re-
pas, & les cristaux partirent comme le canon.
Il y eut le soir un grand bal, le Prince de Mont-
fort, & l'épouse de M. le Vice-Consul en firent
l'ouverture.
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2062
p. 240
De Barcelonne le 10 Octobre.
Début :
M. de Puyabry, Consul de la Nation Françoise à Barcelone, ayant appris le 19 Septembre à 3 [...]
Mots clefs :
Barcelone, Naissance du duc de Bourgogne, François de Puyabry
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texteReconnaissance textuelle : De Barcelonne le 10 Octobre.
De Barcelonne le 10 Octobre.
M. de Puyabry, Consul de la Nation Françoise
à Barcelone, ayant appris le 19 Septembre à 3
heures du matin, la naissance de Monseigneur le
Duc de Bourgogne, il se rendit à la pointe du jour
chez M. le Marquis de Lamina pour lui communi-
quer cette agréable nouvelle: ee Commandant
en témoigna une joye iufinie, & en sit part à tous
les Officiers de la Garnison. Ce Consul apprit en-
suite à tous les Négocians & aux autres François
résidens à Barcelonne cet évenement. Ils se ren-
dirent tous chez lui avec empressement pour le
complimenter à cette occasion, & cette heureuse
naissance fut célebrée avec toute sorte d'allégresse.
M. de Puyabry, Consul de la Nation Françoise
à Barcelone, ayant appris le 19 Septembre à 3
heures du matin, la naissance de Monseigneur le
Duc de Bourgogne, il se rendit à la pointe du jour
chez M. le Marquis de Lamina pour lui communi-
quer cette agréable nouvelle: ee Commandant
en témoigna une joye iufinie, & en sit part à tous
les Officiers de la Garnison. Ce Consul apprit en-
suite à tous les Négocians & aux autres François
résidens à Barcelonne cet évenement. Ils se ren-
dirent tous chez lui avec empressement pour le
complimenter à cette occasion, & cette heureuse
naissance fut célebrée avec toute sorte d'allégresse.
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2063
p. 240
De Lisbonne le 26 Octobre.
Début :
La Nation Françoise a fait chanter une grande Messe & un Te Deum en musique dans l'Eglise de [...]
Mots clefs :
Lisbonne, Naissance du duc de Bourgogne, Nation française
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texteReconnaissance textuelle : De Lisbonne le 26 Octobre.
De Lisbonne le 26 Octobre.
La Nation Françoise a fait chanter une grande
Messe & un Te Deum en musique dans l'Eglise de
Saint Louis, & tous les François établis ici ont
fait illuminer leurs maisons à l'occasion de la nais-
saoce de Monseigneur le Duc de Bourgogne. M.
du Verney Consul de France, donna le même jout
à diner à Messicurs les Sécrétaires d'Etat, aux Mi-
nistres éttangers, & à plusieurs des principaux Sei-
gneure de cette Cour; il fit illuminet sa maison, &
il donna un bal qui ne finit qu'avec la nuit; il fut
précédé de rafraschissemens, & interrompu par
un souper pour 80 personnes.
La Nation Françoise a fait chanter une grande
Messe & un Te Deum en musique dans l'Eglise de
Saint Louis, & tous les François établis ici ont
fait illuminer leurs maisons à l'occasion de la nais-
saoce de Monseigneur le Duc de Bourgogne. M.
du Verney Consul de France, donna le même jout
à diner à Messicurs les Sécrétaires d'Etat, aux Mi-
nistres éttangers, & à plusieurs des principaux Sei-
gneure de cette Cour; il fit illuminet sa maison, &
il donna un bal qui ne finit qu'avec la nuit; il fut
précédé de rafraschissemens, & interrompu par
un souper pour 80 personnes.
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2064
p. 240-241
De Malaga le 9 Novembre.
Début :
M. de Mortemard, Consul de France à Malaga, a donné deux fêtes pour célebrer la naissance [...]
Mots clefs :
Málaga, Naissance du duc de Bourgogne
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texteReconnaissance textuelle : De Malaga le 9 Novembre.
De Malaga le 9 Novembre.
M. de Mortemard, Consul de France à Malaga,
a donné deux fêtes pour célebrer la naissance
de
M. de Mortemard, Consul de France à Malaga,
a donné deux fêtes pour célebrer la naissance
de
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2065
p. 241
De Civitta Vechia le 15. Novembre.
Début :
M. Vedau, Consul de France, a donné ici des démonstrations publiques de sa joie à l'occasion [...]
Mots clefs :
Civitavecchia, Naissance du duc de Bourgogne, M. Vedau
2066
p. 242
De Nice le 24. Novembre.
Début :
M. Julien, Consul de France à Nice, exécuta le 22. de ce mois, la Fête qu'il s'étoit proposé [...]
Mots clefs :
Nice, Naissance du duc de Bourgogne, M. Julien, Consuls
2067
p. 243
De Cagliary le 29. Novembre.
Début :
M. le Grand[,] Consul de France, a commencé les Fêtes qu'il a données ici à l'occasion de [...]
Mots clefs :
Cagliari, Naissance du duc de Bourgogne, M. Le Grand, Fêtes, Ville, Consul de France
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texteReconnaissance textuelle : De Cagliary le 29. Novembre.
De Cagliary le 29. Novembre.
M. le Grand[,] Consul de France, a commencé
les Fêtes qu'il a données ici à l'occasion de
la Naissance de Monseigneur le Duc de Bour-
gogne par les Quarante-heures & les Indulgen-
ces qu'il avoit obtenues de M. l'Archevêque de
cette Ville: l'Eglise de Saint Louis tut choisie
pour cela, le grand-Autel, illuminé en pira-
mide, étoit surmonté par la Statue de Saint
Louis sous un dais, orné des armoiries du Roi
de Monseigneur le Dauphin, & de Monseigneur
le Duc de Bourgogne. Ces Fêtes furent annon-
cées le matin au lever du Soleil par une salve d'ar-
tillerie en arborant le pavillon au haut de la façade
del'Eigise. LaGrande-Messe & le Te Deum à grand
Chœur furent chantés par tout ce qu'il y a de
meilleurs Musiciens dans le Royaume, & il y
eut un discours prononcé par le R. P. Simon
Jesuite. La clôture des Quarante--Heures se fit
le troisiéme jour au soir par la Procession du
Saint Sacrement, M. le Consul y assista accom-
pagné des Consuls Etrangers & de tous les
François qui habitent cette Ville. Le premier
jour de ces Fêtes, M. le Consul donna à diner
acinquante personnes des plus distinguées de cette
Ville, il fit tirer le soir un fort beau feu d'arti-
fice, & pendant les trois jours, sa Maison fut il-
luminée par des flambeaux de cire- vierge, pélant
quatre livres chacun.
M. le Grand[,] Consul de France, a commencé
les Fêtes qu'il a données ici à l'occasion de
la Naissance de Monseigneur le Duc de Bour-
gogne par les Quarante-heures & les Indulgen-
ces qu'il avoit obtenues de M. l'Archevêque de
cette Ville: l'Eglise de Saint Louis tut choisie
pour cela, le grand-Autel, illuminé en pira-
mide, étoit surmonté par la Statue de Saint
Louis sous un dais, orné des armoiries du Roi
de Monseigneur le Dauphin, & de Monseigneur
le Duc de Bourgogne. Ces Fêtes furent annon-
cées le matin au lever du Soleil par une salve d'ar-
tillerie en arborant le pavillon au haut de la façade
del'Eigise. LaGrande-Messe & le Te Deum à grand
Chœur furent chantés par tout ce qu'il y a de
meilleurs Musiciens dans le Royaume, & il y
eut un discours prononcé par le R. P. Simon
Jesuite. La clôture des Quarante--Heures se fit
le troisiéme jour au soir par la Procession du
Saint Sacrement, M. le Consul y assista accom-
pagné des Consuls Etrangers & de tous les
François qui habitent cette Ville. Le premier
jour de ces Fêtes, M. le Consul donna à diner
acinquante personnes des plus distinguées de cette
Ville, il fit tirer le soir un fort beau feu d'arti-
fice, & pendant les trois jours, sa Maison fut il-
luminée par des flambeaux de cire- vierge, pélant
quatre livres chacun.
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2068
p. 244
De Senigaglia le 2. Décembre.
Début :
Mr le Comte de Beliandi Consul de France a fait chanter ici une Grande Messe & un Te [...]
Mots clefs :
Senigallia, Naissance du duc de Bourgogne, Comte de Beliandi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Senigaglia le 2. Décembre.
De Senigaglia le 2. Décembre.
Mr le Comte de Beliandi Consul de France
a fait chanter ici une Grande Messe & un Te
Deum, en actions de graces de l'heureuse nais-
sance de Monseigneur le Duc de Bourgogne. Il
avoit fait choixdes meilleurs Musiciens de la
Chapelle de Loretto: il y eut pendant la cérémo-
nie une double décharge des mortiets.
Mr le Comte de Beliandi Consul de France
a fait chanter ici une Grande Messe & un Te
Deum, en actions de graces de l'heureuse nais-
sance de Monseigneur le Duc de Bourgogne. Il
avoit fait choixdes meilleurs Musiciens de la
Chapelle de Loretto: il y eut pendant la cérémo-
nie une double décharge des mortiets.
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2069
p. 244
D'Alicant le 8. Décembre.
Début :
La Nation françoise, établie dans cette Ville, a commencé le 14. du mois passé ses Fêtes [...]
Mots clefs :
Alicante, Naissance du duc de Bourgogne, Nation française, Valence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : D'Alicant le 8. Décembre.
D'Alicant le 8. Décembre.
La Nation françoise, établie dans cette Ville,
a commencé le 14. du mois passé ses Fêtes
pour la Naissance de Monseigneur le Duc de
Bourgogne. Elles ont duré pendant trois jours
qui se sont passés avec toute la décence possible,
il n'y a aucun Ftançois qui n'ait donné de res-
pectueux témoignages de sa joie, de son zéle
& de ses vooux pour la prospérité du Roi & de
la Famille Royale.
La Nation Francoise, établie à Valence
pareillement fait sa fête le 29. du mois passé avec
beaucoup d'éclat.
La Nation françoise, établie dans cette Ville,
a commencé le 14. du mois passé ses Fêtes
pour la Naissance de Monseigneur le Duc de
Bourgogne. Elles ont duré pendant trois jours
qui se sont passés avec toute la décence possible,
il n'y a aucun Ftançois qui n'ait donné de res-
pectueux témoignages de sa joie, de son zéle
& de ses vooux pour la prospérité du Roi & de
la Famille Royale.
La Nation Francoise, établie à Valence
pareillement fait sa fête le 29. du mois passé avec
beaucoup d'éclat.
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2070
p. 244-245
De Carthagene le 15. Décembre.
Début :
Les Fêtes de la Nation à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, [...]
Mots clefs :
Carthagène, Naissance du duc de Bourgogne, Nation, Église, Ville, Pays, Événement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Carthagene le 15. Décembre.
De Carthagene le 15. Décembre.
Les Fêtes de la Nation à l'occasion de la Naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
commencerent le 16. Novembre au soir dans
l'Eglise des Réligieux de Saint François de cet-
te Ville, par un Te Deum chanté par les meil-
leurs Musiciens du Pays, & une infinité de feux
zed by Goog
JANVIER.
1752. 24
de poudre volans; après quoi la Natiou, le Gou-
verneur & tous les Gens en place & Principaux
de la Ville s'étant rendus chez M. Marconiet
Consul de la Nation Françoise, on leur servit
avec abondance des rafraîchissemens.
Le lendemain on célébra dans la même Eglise
un Service divin accompagné de la même musi-
que, & il y fut ptononcé par un très habile
Prédicateur du Pays nn Sermon sur l'heureux
événement de la Naissance de Monseigneur le
Duc de Bourgogne.
Le 28. la Nation fit tirer un beau feu d'ar-
tifiec.
Les Députés & Négocians François établis
à Murcie, ont donné des marques de leur joie
dans un évenement aussi interellant, par des
sêtes semblables à celles qui ont été données à
Carthagene.
Les Fêtes de la Nation à l'occasion de la Naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
commencerent le 16. Novembre au soir dans
l'Eglise des Réligieux de Saint François de cet-
te Ville, par un Te Deum chanté par les meil-
leurs Musiciens du Pays, & une infinité de feux
zed by Goog
JANVIER.
1752. 24
de poudre volans; après quoi la Natiou, le Gou-
verneur & tous les Gens en place & Principaux
de la Ville s'étant rendus chez M. Marconiet
Consul de la Nation Françoise, on leur servit
avec abondance des rafraîchissemens.
Le lendemain on célébra dans la même Eglise
un Service divin accompagné de la même musi-
que, & il y fut ptononcé par un très habile
Prédicateur du Pays nn Sermon sur l'heureux
événement de la Naissance de Monseigneur le
Duc de Bourgogne.
Le 28. la Nation fit tirer un beau feu d'ar-
tifiec.
Les Députés & Négocians François établis
à Murcie, ont donné des marques de leur joie
dans un évenement aussi interellant, par des
sêtes semblables à celles qui ont été données à
Carthagene.
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2071
p. 245
[D]'Ancône le 16 Décembre.
Début :
M. le Marquis de Benincasa, Consul de France a fait chanter ici le 13 un Te Deum en action de [...]
Mots clefs :
Ancône, Naissance du duc de Bourgogne, Marquis de Benincasa, Consul de France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : [D]'Ancône le 16 Décembre.
[D]'Ancône le 16 Décembre.
M. le Marquis de Benincasa, Consul de France
a fait chanter ici le 13 un Te Deum en action de
graces de l'heureuse Naissance de Monseigneur le
Duc do Bourgogne: M. l'Evêque, le Chapitre,
le Gouverneur, les Magistrats & la Noblesse
y ont issisté en Corps: pendant cette cérémonie
les Bâtimeis qui se sont trouves dans ce Port
n'ont pas cessé de tirer.
M. le Consul sit distribuer ce même jour, à
sa porte, du pain & de l'argent à environ deun
mille Pauvres. Ensuite lI sit exécuter une Cantate
& le soir la Maiion fut illuminée,
M. le Marquis de Benincasa, Consul de France
a fait chanter ici le 13 un Te Deum en action de
graces de l'heureuse Naissance de Monseigneur le
Duc do Bourgogne: M. l'Evêque, le Chapitre,
le Gouverneur, les Magistrats & la Noblesse
y ont issisté en Corps: pendant cette cérémonie
les Bâtimeis qui se sont trouves dans ce Port
n'ont pas cessé de tirer.
M. le Consul sit distribuer ce même jour, à
sa porte, du pain & de l'argent à environ deun
mille Pauvres. Ensuite lI sit exécuter une Cantate
& le soir la Maiion fut illuminée,
Fermer
2072
p. 84-94
DISCOURS Prononcé le 28 Juillet 1751. par M. le Chevalier Basquiat de la Houze, dans une assemblée extraordinaire de l Académie Royale d'Histoire d'Espagne, en lui présentant le Parnasse François de M. Titon du Tillet.
Début :
Le motif qui me conduisit l'année derniere dans le Sanctuaire des Muses, [...]
Mots clefs :
Espagne, Nation, Histoire, Goût, Amour, Patrie, Philippe V, Gloire, Monde, Génies, Règne, Utile, Peuples, Académie royale d'histoire d'Espagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS Prononcé le 28 Juillet 1751. par M. le Chevalier Basquiat de la Houze, dans une assemblée extraordinaire de l Académie Royale d'Histoire d'Espagne, en lui présentant le Parnasse François de M. Titon du Tillet.
DISCOURS
Prononcé le 28 Juillet 1751. par M. le Chevalier
Basquiat de la Houze, dans une
assemblée extraordinaire de l Académie
Royale d'Histoire d'Espagne, en lui présentant
le Parnasse François de M. Titon
du Tillet.
Le motif qui me conduisit l'année derniere
dans le Sanctuaire des Muses,
mouvre aujourd'hui le Temple de la Vé-
rité. Il restoit à M. Titon du Tillet de vous
offrir ce magnifique monument qu'il a éle-
vé à la gloire de la France, & de ses illus-
tres Poetes. J'ai l'honneur, pour la seconde
fois, d'être l'interprête de ses sentimens
auprès de votre Nation, & rien ne me
flatte davantage que de vous faire connoî-
tre un Citoyen si recommandable dans le
Monde litteraire. Il unit aux talens les plus
distingués la plus rare modostie; à son goût
pour la retraite les délices de la société; au
caractere de Phi losophe, le véritable amour
de la Patrie; à l'âge de Nestot, le juge-
ment d'Horace, & les graces d'Anacreon.
Tousc es traits sont peints, Messieurs,
dans l'Histoire du Parnasse François que
gires vLOO
85
1752.
FEVRIER.
je suis chargé de vous remettre de sa part.
Outre les Médaillons qu'il a fait frapper
à la mémotre des Génies de sa Nation qui
en occupent les premiers rangs, il y joint
un essai qu'il a composé sur les honneurs
accordés aux Sçavans pendant la suite des
Siecles. Ces généreux travaux ont été cou-
ronnez par son aflociation aux plus céle-
bres Académies de l'Europe; & ne puis-je
pas déja regarder comme votre Confrere
un Auteur dont les Ouvrages font une par-
tie de l'immortalité du Regne de Louis le
Grand. Je le conjecture ainsi, sçachant
combien la memoire de ce Heros vous in-
teresse. Qui mieux que vous pourroit don-
ner une idée de ses sublimes vertus? Sa
grande ame a regné après lui dans le Mo-
narque votre Fondateur.
Que ne penfera pas la Posterité en lisant
Vos fastes, & voyant que votre seul atta-
chement à la Vérité, votre amour pour la
Patrie, & votre goût pour l'Etude ont
pour ainsi-dire guidé la main de Philippe,
qui en immortalisant son nom a rendu au-
tant de justice à votre mérite qu'il a aug-
menté la Majesté de son Trône. Quelle
doit done etre ma satisfaction en admirant
ce grand ouvrage, de penser que j'ai l'hon
neur de parler devant ceux mêmes qui en
font les Auteurs; qui ouvrant une carriere
86 MERCUREDE FRANCE.
aussi utile que glorieuse à leurs Conci-
toyens, vont découvrir à toutes les Na-
tions les Trésors que renferme l'Espagne;
qui mettant au grand jour son premier age,
sa premiere grandeur, ses differentes Re-
volutions, les Guerres cruelles qu'a porté
dans son sein la rivalité de Rome & de
Carthage, feront connoître que la conquête
de ce Royaume décide entre ces deux Ré-
publiques de l'Empire du monde. Com-
bien d'évenemens à ce fujet ne regrettons-
nous pas en admirant les précieux debris
des Decades de Tite-Live? Les monnoyes
Gaditanes & Celtiberiques ne nous presen-
tent que des caracteres inconnus sans jetter
le plus petit jour sur ces respectables Mo-
numens.
C'est à vous, Messieurs, à remplit les
vuides des premiers tems de votre Mo-
narchie: Vous peindrez ces grandes Scenes
aussi gloricuses à la valeur Espagnole,
qu aux Armes Puniques & Romaines. L'ine-
branlable Sagunte ne lailsa que des cendres
au triomphe d'Annibal, & la célebre Nu-
mance fut nommée par le fiet Senat la ter-
reur de l'Empire. Depuis la décadence de
l'ancienne Rome, vos recherches ne seront
pas moins importantes: La transmigration
des Peuples du Nord attirez par les riches-
ses de l'Espagne, & retenus par la dou-
jitized by Goc
FEVRIER.
87
1752.
ceur de son climat: celle des Africains,
qui profitant du crime d'un de ses Rois,
servirent par un plus grand crime la ven-
geance d'un sujet révolté. Sa délivrance
enfin opérée par la valeur de la Nation,
qui a étendu son empire de l'un à l'autre
Hémisphére, convaincront l'Univers
que semblable à l'astre du jour, elle n'a
souffert quelque éclipse que pour reparoî-
tre avec plus d'éclat. L'Histoire ne nous
apprend presque rien du Gouvernement
des Mores depuis leur irruption en Espa-
gne. La barbarie avoit alors répandu son
voile sur toute l'Europe, quand l'Orient
voyoit refleurir les beaux Arts, sous le
Califat d'Almamon : c'est de-là que dans
le dixième siècle ces superbes conquerans
les transporterent à Cordouëm, qui devint
le nouveau portique de toutes les Nations.
Quels beaux monumens ne doit-on pas es-
pérer de vous, Messieurs, par le dépôt de
tant de manuscrits Arabes que vous posse-
dez, & qui attendent le jour de vos sça-
vantes veilles. Ce seroit ici le moment de
vous donner toutes les louanges dues à une
entreprise aussi généreuse: mais que pour-
rois-je vous dire qui pût approcher de la joie
intérieure que vous devez sentir à chaque
pas que vous faites pour la perfection de
ues
88 MERCURE DE FRANCE.
votre ouvtage, il n'en est pas un qui ne
vous conduise à l'immortalité. L'idée d'un
si utile établissement vous étoit réservée,
*Monsieur: quel autre pouvoit présider
avec plus de dignité dans cette assemblée?
Vous qui, livré au service de votre patrie
dans la portion la plus délicate & la plus
importante au maintien de sa gloire, par-
tagiez vos momens entre le soin de la fai-
re connoître au dehiors, & celui de la
rendre immuable dans ses fondemens: il
me semble pénétrer vos vûes pour le bien
de l'Etat. C'est dans les Archives des Na-
tions, que ceux qui se destinent à devemt
un jour le soutien de leur patrie, s'instrui-
ront de ce que les Puissances se doivent
entr'elles, qu'ils balanceront leuts inté-
rêts avec justesse, qu'ils connoîtront leurs
titres & leurs engagemens réciproques.
C'est là qu en fuivant le fil des affaires con-
duites par de grands génies, ils appren-
dront à leut tour à les manier, c est-là
qu'ils appercevront les différens ressorts
des passions, la complication des obstacles,
& qu'ils trouveront le secours de l'exemple
pour les surmonter. L'étude de l'Histoite
enfin leur inspirera le goût de voyager, &
dans cette brillante carriére ils devien-
dront maîtres dans l'art de développer
M. de Montiano.
giined ueO
FEVRIER.
89
1752.
avec discernement les génies des peuples.
Cette étude sérieuse ne vous occupe pas
entierement, Monfieur, vous rendez utile
à votre nation les larcins que vous faites à
vos plaisits. Vos précieuses découvertes
sur l'origine & le progrès du Théatre Es-
pagnol, ont commencé à lui rendre son
ancien lustre: vos ouvrages finiront d'y
tamener le sentiment & le bon goût. Que
n'aurois- je pas à dire de chacun de vous en
particulier, Messieurs, si le concours de
tant de lumieres réunies ne me présentoit
un nouvel objet qui doit ranimer votre
zéle pour la postérité. Les plus grands
Princes, les Généraux les plus fameux,
les Ministres les plus habiles dont les noms
remplissent les annales du monde, au-
roient ils échappé à la durée des siécles
multipliés, sans les généreux travaux de ces
hommes illustres, uniquement appliqués
à nous en transmettre la mémoire? Et que
deviendroient ceux que le Ciel réserve à
l'Univers, s'ils ne suscitoit dans la même
distance des tems ces mêmes génies qui ex-
citent leurs semblables à imiter les vertus
dont ils nous conservent les modéles-
C'est ainsi que le nom de Philippe V.
sera porté par votre reconnoissance dans
les siécles à venir. Héritier du sang d'Hen-
rIIV. il en montra toutes les vertus. Com-
itized by Goc
90 MERCURE DE FRANCE.
me lui, fut adoré de ses sujets, essuya de
grands périls, surmonta de grands obsta-
cles, & triompha des rivaux de sa cou-
ronne. Il est cependant un trait dans la
vie de ce dernier Heros, qui en s'éloignant
de nos jours rendroit un Historien in-
croyable, s'il n'etoit guidé par des témoi-
gnages aussi respectables que les vôtres.
Vous l'avez vu, Messieurs, à l'âge de 37
ans abdiquer une couronne, que l'Europe
conjurée n'avoit pu lui enlever.
Déja Philippe regnoit sur lui-même
dans sa solitude de Saint Ildephonse, &
Louis I. devenu l'objet de votre amour &
de vos espérances, étoit à vos yeux l'i-
mage du Roi son pere. La fleur de sa jeu-
nesse vous annonçoit un long regne
mais que les décrets du Ciel sont incom-
prehensibles! Tout, dit un Auteur, fut
précoce dans cet aimable Prince, le mé-
rite, le thrône, le tombeau. Un deuil
imprevu couvrit l'Espagne. Les plaintes
de tant de fideles sujets se font entendre
dans la retraite du pere de la Patrie: Phi-
lippe reprend les rênes du Gouvernement,
& comme si ses hauts faits étoient déja
effacés de la mémoire des hommes, il
signale son nouveau regne par la conquê-
re d'Oran, & donne aux peuples des
deux Siciles un Souverain capable de
HnadO
FEVRIER.
1752.
91
captiver leurs cœurs & de remplit leurs
desirs.
Certe suite d'événemens suffit, Mes-
sieurs, pour avancer qu'il est presqu'im-
possible a un seul Ectivain d'en remplir la
vaste carriere, quelque talent & quelque
impartialité qu on lui suppose. On recon-
noit encore la nécessité de votre fondation
quand on voit le peu de chronologie des
Historiens Grecs ou Romains, & les con-
trariétés étonnantes dans lesquelles ils
sont tombés. Quoiqu'on lise avec plai-
sir ceux qu'a produit votre nation, ils
laissent cependant bien des choses à dési-
rer. Si Garibai, Zurita, Morales, Maria-
na, Solis, Ferreras, avoient pu vous de-
vancer dans les places que vous occupez
aujourd'hui, quelle simplicité, quel ordre,
quelle majesté n admirerions-nous pas
dans leurs Ouvtages : L'intérêt de leur
union auroit perfectionné leurs connois-
sances: amis & rivaux tout à la fois, ils
se seroient communiqués leurs talens par
une critique judicieuse & polie, ils au-
roient fixé dans leurs assemblées les
loix du goût dont on s'écarte aisément
dans l'obscurité du cabinet. C'est toujours
aux yeux étrangers à nous faire apperçe-
voit nos défauts. L'expérience nous dé-
montre combien l'aveuglement de l'amour
92 MERCUREDE FRANCE.
propre est funeste au progrès de l'esprit
humain. Voilà, Messicurs, comment les
glorieux efforts de vos aînés vous ont dé-
couvert les véritables routes: leurs écrita
annoncent & promettent des modeles dans
les vôtres.
Ne bornons pas à la gloire de la litté-
rature les obligations que nous avons à
l'Antiquité. Le passé me devient présent
quand je considere dans l'Histoire Romai-
ne l'esprit politique de nos deux Monar-
chies. L'avenit s'etoit-il dévoilé à ces pre-
miers Maîtres du Monde? Semblable à
un Roi puissant qui, sur le bord du tom-
beau, partage ses nombreux Etats à ses
enfans, & leur découvre en même temps
leurs véritables intérêts, l'ancienne Romo
nous a laissé un monument de cette union
si essentielle à l'avantage des deux Cou-
ronnes sur plusicurs médailles de Galba
Auguste exposées à vos yeux dans le ca-
binet du Roi votre maître; on voit la
France & l'Espagne se donner la main:
alliance, pour ainsi dire, éternelle qui sub-
sista jusqu'à Philippe I. Il étoit réservé
à un autre Philippe de la ressusciter. Epo-
que mémorable qui fixa votre bonheur
& maintient l'unité de votre Monarchie.
De là ces solides maximes si religieuse-
ment suivies par Louis XV. & par Fer,
itized by Goo
FEVRIER.
1752.
93
dinand VI. plus unis encore par les liens
de l'amitié que par ceux du sang. Ces
deux Princes sont également occupés de la
félicité de leurs sujets. La victoire a don-
né à Louis le surnom de Grand, les peuples
celui de Bien-aimé. Un intérêt aussi cher
attache tous les cœurs à Ferdinand, &
lui a déja acquis le titre de Juste.
Quelle gloire, Messieurs, pour votre
Académie d'écrire un jour l'Histoire du
Monarque votre protecteur! Quel hon-
neur pour moi de parler dès aujourd'hui
le langage de la postérité ! Mais en vous
témoignant mes sentimens d'admiration,
permettez que j'y joigne mes justes re-
grets de ne pouvoit profiter plus long-
temps de la douceur de votre Société; el-
le va m'être ravie par des ordres supé-
rieurs. Je quitte avec peine ces agréables
entretiens qui me familiarisoient avec l'i-
dée de vous appartenit, & ce qui me
rend cette séparation plus sensible, je
m'éloigne d'un Ministre qui, profond
dans la science de connoître les hommes
m'apprit le premier à vous aimer & àdus
estimer. Si quelque chose peut répondre
au souvenir que je conserverai toute ma
vie des bontés dè votre nation, c'est de
penser que je vais travailler & m'instruire
à être utile à la mienne auptès d'unę au-
Ngitized by Goog
94 MERCUREDE FRANCE.
tre qui ne vous est point étrangere. Je
verrai à Naples un Prince né & élevé ea
Espagne uni au vôtre par le sang & l'ami-
tie, un Prince comme lui le honheur &
l'amour de ses sujers. Je vous aurai donc
toufours présens à l'esprit dans les nou-
veaux objets qui s'offriront à ma vue. Mon
coeur d'accord avec mes sentimens ne s'é-
loignera jamais de vous. J'ose vous de-
mander, Messieurs, la grace d'en être
bien assurés. Puis-je être assez heureux
pour que de tels motifs me conservent par-
mi vous un louvenir dont la moindte
marque me sera toujours précieuse.
Prononcé le 28 Juillet 1751. par M. le Chevalier
Basquiat de la Houze, dans une
assemblée extraordinaire de l Académie
Royale d'Histoire d'Espagne, en lui présentant
le Parnasse François de M. Titon
du Tillet.
Le motif qui me conduisit l'année derniere
dans le Sanctuaire des Muses,
mouvre aujourd'hui le Temple de la Vé-
rité. Il restoit à M. Titon du Tillet de vous
offrir ce magnifique monument qu'il a éle-
vé à la gloire de la France, & de ses illus-
tres Poetes. J'ai l'honneur, pour la seconde
fois, d'être l'interprête de ses sentimens
auprès de votre Nation, & rien ne me
flatte davantage que de vous faire connoî-
tre un Citoyen si recommandable dans le
Monde litteraire. Il unit aux talens les plus
distingués la plus rare modostie; à son goût
pour la retraite les délices de la société; au
caractere de Phi losophe, le véritable amour
de la Patrie; à l'âge de Nestot, le juge-
ment d'Horace, & les graces d'Anacreon.
Tousc es traits sont peints, Messieurs,
dans l'Histoire du Parnasse François que
gires vLOO
85
1752.
FEVRIER.
je suis chargé de vous remettre de sa part.
Outre les Médaillons qu'il a fait frapper
à la mémotre des Génies de sa Nation qui
en occupent les premiers rangs, il y joint
un essai qu'il a composé sur les honneurs
accordés aux Sçavans pendant la suite des
Siecles. Ces généreux travaux ont été cou-
ronnez par son aflociation aux plus céle-
bres Académies de l'Europe; & ne puis-je
pas déja regarder comme votre Confrere
un Auteur dont les Ouvrages font une par-
tie de l'immortalité du Regne de Louis le
Grand. Je le conjecture ainsi, sçachant
combien la memoire de ce Heros vous in-
teresse. Qui mieux que vous pourroit don-
ner une idée de ses sublimes vertus? Sa
grande ame a regné après lui dans le Mo-
narque votre Fondateur.
Que ne penfera pas la Posterité en lisant
Vos fastes, & voyant que votre seul atta-
chement à la Vérité, votre amour pour la
Patrie, & votre goût pour l'Etude ont
pour ainsi-dire guidé la main de Philippe,
qui en immortalisant son nom a rendu au-
tant de justice à votre mérite qu'il a aug-
menté la Majesté de son Trône. Quelle
doit done etre ma satisfaction en admirant
ce grand ouvrage, de penser que j'ai l'hon
neur de parler devant ceux mêmes qui en
font les Auteurs; qui ouvrant une carriere
86 MERCUREDE FRANCE.
aussi utile que glorieuse à leurs Conci-
toyens, vont découvrir à toutes les Na-
tions les Trésors que renferme l'Espagne;
qui mettant au grand jour son premier age,
sa premiere grandeur, ses differentes Re-
volutions, les Guerres cruelles qu'a porté
dans son sein la rivalité de Rome & de
Carthage, feront connoître que la conquête
de ce Royaume décide entre ces deux Ré-
publiques de l'Empire du monde. Com-
bien d'évenemens à ce fujet ne regrettons-
nous pas en admirant les précieux debris
des Decades de Tite-Live? Les monnoyes
Gaditanes & Celtiberiques ne nous presen-
tent que des caracteres inconnus sans jetter
le plus petit jour sur ces respectables Mo-
numens.
C'est à vous, Messieurs, à remplit les
vuides des premiers tems de votre Mo-
narchie: Vous peindrez ces grandes Scenes
aussi gloricuses à la valeur Espagnole,
qu aux Armes Puniques & Romaines. L'ine-
branlable Sagunte ne lailsa que des cendres
au triomphe d'Annibal, & la célebre Nu-
mance fut nommée par le fiet Senat la ter-
reur de l'Empire. Depuis la décadence de
l'ancienne Rome, vos recherches ne seront
pas moins importantes: La transmigration
des Peuples du Nord attirez par les riches-
ses de l'Espagne, & retenus par la dou-
jitized by Goc
FEVRIER.
87
1752.
ceur de son climat: celle des Africains,
qui profitant du crime d'un de ses Rois,
servirent par un plus grand crime la ven-
geance d'un sujet révolté. Sa délivrance
enfin opérée par la valeur de la Nation,
qui a étendu son empire de l'un à l'autre
Hémisphére, convaincront l'Univers
que semblable à l'astre du jour, elle n'a
souffert quelque éclipse que pour reparoî-
tre avec plus d'éclat. L'Histoire ne nous
apprend presque rien du Gouvernement
des Mores depuis leur irruption en Espa-
gne. La barbarie avoit alors répandu son
voile sur toute l'Europe, quand l'Orient
voyoit refleurir les beaux Arts, sous le
Califat d'Almamon : c'est de-là que dans
le dixième siècle ces superbes conquerans
les transporterent à Cordouëm, qui devint
le nouveau portique de toutes les Nations.
Quels beaux monumens ne doit-on pas es-
pérer de vous, Messieurs, par le dépôt de
tant de manuscrits Arabes que vous posse-
dez, & qui attendent le jour de vos sça-
vantes veilles. Ce seroit ici le moment de
vous donner toutes les louanges dues à une
entreprise aussi généreuse: mais que pour-
rois-je vous dire qui pût approcher de la joie
intérieure que vous devez sentir à chaque
pas que vous faites pour la perfection de
ues
88 MERCURE DE FRANCE.
votre ouvtage, il n'en est pas un qui ne
vous conduise à l'immortalité. L'idée d'un
si utile établissement vous étoit réservée,
*Monsieur: quel autre pouvoit présider
avec plus de dignité dans cette assemblée?
Vous qui, livré au service de votre patrie
dans la portion la plus délicate & la plus
importante au maintien de sa gloire, par-
tagiez vos momens entre le soin de la fai-
re connoître au dehiors, & celui de la
rendre immuable dans ses fondemens: il
me semble pénétrer vos vûes pour le bien
de l'Etat. C'est dans les Archives des Na-
tions, que ceux qui se destinent à devemt
un jour le soutien de leur patrie, s'instrui-
ront de ce que les Puissances se doivent
entr'elles, qu'ils balanceront leuts inté-
rêts avec justesse, qu'ils connoîtront leurs
titres & leurs engagemens réciproques.
C'est là qu en fuivant le fil des affaires con-
duites par de grands génies, ils appren-
dront à leut tour à les manier, c est-là
qu'ils appercevront les différens ressorts
des passions, la complication des obstacles,
& qu'ils trouveront le secours de l'exemple
pour les surmonter. L'étude de l'Histoite
enfin leur inspirera le goût de voyager, &
dans cette brillante carriére ils devien-
dront maîtres dans l'art de développer
M. de Montiano.
giined ueO
FEVRIER.
89
1752.
avec discernement les génies des peuples.
Cette étude sérieuse ne vous occupe pas
entierement, Monfieur, vous rendez utile
à votre nation les larcins que vous faites à
vos plaisits. Vos précieuses découvertes
sur l'origine & le progrès du Théatre Es-
pagnol, ont commencé à lui rendre son
ancien lustre: vos ouvrages finiront d'y
tamener le sentiment & le bon goût. Que
n'aurois- je pas à dire de chacun de vous en
particulier, Messieurs, si le concours de
tant de lumieres réunies ne me présentoit
un nouvel objet qui doit ranimer votre
zéle pour la postérité. Les plus grands
Princes, les Généraux les plus fameux,
les Ministres les plus habiles dont les noms
remplissent les annales du monde, au-
roient ils échappé à la durée des siécles
multipliés, sans les généreux travaux de ces
hommes illustres, uniquement appliqués
à nous en transmettre la mémoire? Et que
deviendroient ceux que le Ciel réserve à
l'Univers, s'ils ne suscitoit dans la même
distance des tems ces mêmes génies qui ex-
citent leurs semblables à imiter les vertus
dont ils nous conservent les modéles-
C'est ainsi que le nom de Philippe V.
sera porté par votre reconnoissance dans
les siécles à venir. Héritier du sang d'Hen-
rIIV. il en montra toutes les vertus. Com-
itized by Goc
90 MERCURE DE FRANCE.
me lui, fut adoré de ses sujets, essuya de
grands périls, surmonta de grands obsta-
cles, & triompha des rivaux de sa cou-
ronne. Il est cependant un trait dans la
vie de ce dernier Heros, qui en s'éloignant
de nos jours rendroit un Historien in-
croyable, s'il n'etoit guidé par des témoi-
gnages aussi respectables que les vôtres.
Vous l'avez vu, Messieurs, à l'âge de 37
ans abdiquer une couronne, que l'Europe
conjurée n'avoit pu lui enlever.
Déja Philippe regnoit sur lui-même
dans sa solitude de Saint Ildephonse, &
Louis I. devenu l'objet de votre amour &
de vos espérances, étoit à vos yeux l'i-
mage du Roi son pere. La fleur de sa jeu-
nesse vous annonçoit un long regne
mais que les décrets du Ciel sont incom-
prehensibles! Tout, dit un Auteur, fut
précoce dans cet aimable Prince, le mé-
rite, le thrône, le tombeau. Un deuil
imprevu couvrit l'Espagne. Les plaintes
de tant de fideles sujets se font entendre
dans la retraite du pere de la Patrie: Phi-
lippe reprend les rênes du Gouvernement,
& comme si ses hauts faits étoient déja
effacés de la mémoire des hommes, il
signale son nouveau regne par la conquê-
re d'Oran, & donne aux peuples des
deux Siciles un Souverain capable de
HnadO
FEVRIER.
1752.
91
captiver leurs cœurs & de remplit leurs
desirs.
Certe suite d'événemens suffit, Mes-
sieurs, pour avancer qu'il est presqu'im-
possible a un seul Ectivain d'en remplir la
vaste carriere, quelque talent & quelque
impartialité qu on lui suppose. On recon-
noit encore la nécessité de votre fondation
quand on voit le peu de chronologie des
Historiens Grecs ou Romains, & les con-
trariétés étonnantes dans lesquelles ils
sont tombés. Quoiqu'on lise avec plai-
sir ceux qu'a produit votre nation, ils
laissent cependant bien des choses à dési-
rer. Si Garibai, Zurita, Morales, Maria-
na, Solis, Ferreras, avoient pu vous de-
vancer dans les places que vous occupez
aujourd'hui, quelle simplicité, quel ordre,
quelle majesté n admirerions-nous pas
dans leurs Ouvtages : L'intérêt de leur
union auroit perfectionné leurs connois-
sances: amis & rivaux tout à la fois, ils
se seroient communiqués leurs talens par
une critique judicieuse & polie, ils au-
roient fixé dans leurs assemblées les
loix du goût dont on s'écarte aisément
dans l'obscurité du cabinet. C'est toujours
aux yeux étrangers à nous faire apperçe-
voit nos défauts. L'expérience nous dé-
montre combien l'aveuglement de l'amour
92 MERCUREDE FRANCE.
propre est funeste au progrès de l'esprit
humain. Voilà, Messicurs, comment les
glorieux efforts de vos aînés vous ont dé-
couvert les véritables routes: leurs écrita
annoncent & promettent des modeles dans
les vôtres.
Ne bornons pas à la gloire de la litté-
rature les obligations que nous avons à
l'Antiquité. Le passé me devient présent
quand je considere dans l'Histoire Romai-
ne l'esprit politique de nos deux Monar-
chies. L'avenit s'etoit-il dévoilé à ces pre-
miers Maîtres du Monde? Semblable à
un Roi puissant qui, sur le bord du tom-
beau, partage ses nombreux Etats à ses
enfans, & leur découvre en même temps
leurs véritables intérêts, l'ancienne Romo
nous a laissé un monument de cette union
si essentielle à l'avantage des deux Cou-
ronnes sur plusicurs médailles de Galba
Auguste exposées à vos yeux dans le ca-
binet du Roi votre maître; on voit la
France & l'Espagne se donner la main:
alliance, pour ainsi dire, éternelle qui sub-
sista jusqu'à Philippe I. Il étoit réservé
à un autre Philippe de la ressusciter. Epo-
que mémorable qui fixa votre bonheur
& maintient l'unité de votre Monarchie.
De là ces solides maximes si religieuse-
ment suivies par Louis XV. & par Fer,
itized by Goo
FEVRIER.
1752.
93
dinand VI. plus unis encore par les liens
de l'amitié que par ceux du sang. Ces
deux Princes sont également occupés de la
félicité de leurs sujets. La victoire a don-
né à Louis le surnom de Grand, les peuples
celui de Bien-aimé. Un intérêt aussi cher
attache tous les cœurs à Ferdinand, &
lui a déja acquis le titre de Juste.
Quelle gloire, Messieurs, pour votre
Académie d'écrire un jour l'Histoire du
Monarque votre protecteur! Quel hon-
neur pour moi de parler dès aujourd'hui
le langage de la postérité ! Mais en vous
témoignant mes sentimens d'admiration,
permettez que j'y joigne mes justes re-
grets de ne pouvoit profiter plus long-
temps de la douceur de votre Société; el-
le va m'être ravie par des ordres supé-
rieurs. Je quitte avec peine ces agréables
entretiens qui me familiarisoient avec l'i-
dée de vous appartenit, & ce qui me
rend cette séparation plus sensible, je
m'éloigne d'un Ministre qui, profond
dans la science de connoître les hommes
m'apprit le premier à vous aimer & àdus
estimer. Si quelque chose peut répondre
au souvenir que je conserverai toute ma
vie des bontés dè votre nation, c'est de
penser que je vais travailler & m'instruire
à être utile à la mienne auptès d'unę au-
Ngitized by Goog
94 MERCUREDE FRANCE.
tre qui ne vous est point étrangere. Je
verrai à Naples un Prince né & élevé ea
Espagne uni au vôtre par le sang & l'ami-
tie, un Prince comme lui le honheur &
l'amour de ses sujers. Je vous aurai donc
toufours présens à l'esprit dans les nou-
veaux objets qui s'offriront à ma vue. Mon
coeur d'accord avec mes sentimens ne s'é-
loignera jamais de vous. J'ose vous de-
mander, Messieurs, la grace d'en être
bien assurés. Puis-je être assez heureux
pour que de tels motifs me conservent par-
mi vous un louvenir dont la moindte
marque me sera toujours précieuse.
Fermer
2072
2073
p. 94-100
Traduction de la Réponse que M. de Montiano, Directeur de l'Académie Royale d'Histoire d'Espagne, a faite au discours précédent.
Début :
On ne pouvoit, Monsieur, présenter à cette Académie Royale un objet qui fût [...]
Mots clefs :
Titon du Tillet, Mérite, Académie royale d'histoire d'Espagne, Louanges, Gloire, Histoire, Honneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Traduction de la Réponse que M. de Montiano, Directeur de l'Académie Royale d'Histoire d'Espagne, a faite au discours précédent.
Traduction de la Réponse que M. de Montiano,
Directeur de l'Académie Royale
d'Histoire d'Espagne, a faite au discours
précédent.
On ne pouvoit, Monsieur, présenter à
cette Académie Royale un objet qui fût
plus digne de sa reconnoissance que les
nques du généreux souvenir de M. Ti-
ton Dutillet que vous lui remettez au-
jourd'hui; mais en même temps elle ne
pouvoit trouver un Iuterprête moins pro-
pre que moi à exprimer l'étendue de ses
sentimens & à les proportionnet au mé-
FEVRIER.
1752.
95
rite d'un tel bienfait. Tous les membres
qui compofent aujourd'hui son assemblée
voudroient que je pusse me servir d'ex-
pressions particulieres & capables de faire
connoître non seulement combien elle
estime cet illustre Auteur & ses Ouvra-
ges, mais encore la main de qui elle re-
çoit une aussi grande satisfaction. Je con-
sidere la force de mon engagement; j'en
sens toutes les difficultés; je sçais que je
ne puis les éviter.
Si le sçavant Auteur du Parnasse Fran-
çois n'étoit déja connu dans toute l'Euro-
pe, si les compagnies les plus célebres
d'Espagne, d'Italie, d'Allemagne & de
Ftance ne l'avoient déja tant admiré, on
pourroit sans peine entreprendre l'éloge
qu'il mérite; mais après les louanges tant
de fois répetées, & qui ont déja placé
cette excellente plume au Temple de la
Renommée, que pourois je dire qui ne
parût trop foible au monde entier, à l'A-
cadémie & à moi-même.
L'Antiquité nous a laissé peu d'exem-
ples, & pour parler plus vrai, elle ne
nous en foutnit aucun que l'on puisse
comparer à cet homme illustre. Nous y
lisons de grandes actions entreprises pour
l'amour de la Patrie. Nous voyons à cha-
que pas dans l'Histoire l'attention des
Digstunas hoL0
96 MERCUREDEFRANCE.
Auteurs à exagéter les hauts faits de leur
Concitoyens; mais nous y remarquons
aussi souvent le peu de fruits que les uns
& les autres ont retiré de leurs travaux;
soit parce que la raison ne justisioit pas
les faits, soit parce que la passion en a
accumulé les louanges. C'est à M. Titon
Dutillet seul, & pour sa gloire, que de
pareils succès étoient réservés. Quel au-
tre particulier immortalisa jamais à ses
proptes dépens le mérite de ses plus ha-
biles Compatriotes: & quels sont les gé-
nies les plus jaloux d'une si grande gloire
qui se soient présentés pour retlir l'ob-
jet d'une si noble entreprise?
Cette réflexion que fait l'Académie
ainsi que je vous la rends, vous confit-
mera, Monsieur, la vénération sincere
que nous avons pour M. Titon Dutillet,
& combien nous sont agréables les mar-
ques qu'il nous donne de son amitié. Elles
vivront éternellement dans ses Archives,
comme dans le cœeur de chacun de ses
membres. Elles seront célébrées par ceux
qui nous succederont, & peut-être la mé-
moire en sera-t-elle renouvellée dans les
siècles à venir, quandenos productiono,
fruit de nos études, passeront dans toute l'é-
tendue de la postérité: en attendant, elles
autont toujours l'accueil qui est dû à l'a-
mitié
FEVRIER.
1752.
27
mitié que nous témoigne M. Titon Du-
tillet.
Vous ne vous êtes pas trompé, Mon-
sieur, en avançant qu'on pouvoit regar-
der M. Titon Dutillet Coadémicien de
l'Histoire. Notre inclination ne peut re-
fuser cet honneur à un Auteur qui en a em-
brassé une partie si éminente. Il a donc
pû se regarder comme tel dès l'instant que
ses ouvrages ont touché le portique de l'A-
cadémie; il le peut encore par les louan-
ges multipliées qui les suivent, la géné-
rosité avec laquelle il nous les offre, &
notre empressement à les recevoir.
Nous ny sommes pas moins portés;
(ce qui caractérise particulierement le nom
immortel de Philippe V. notre Fonda-
teur) en découvrant à l'inspection du
Parnasse François combien les Lettres ont
fleuri sous le Regne de Louis XIV,
Circonstance dont vous faites, Monsieur,
une juste application à la protection dé-
clarée que leur accorda, & à l'amour qua
eu pour elles le Prince son petit fils, qui
furent la source de cette noble émulation
qu'il eut toujours de suivre les sages maxi-
mes du grand Roi son Ayeul.
Le tendre souvenir que nous en con-
servons rend encore plus vif le desir que
nous avons de le publier, & d'en orner nos
as
93 MERCURE DE FRANCE.
Statuts; c est un tribut que nous payona
à la protection Royale & aux bontes dont
cet Auguste Souverain a bien voulu les
honorer. C'est aussi par la même raison
que nous croyons devoir inscrire dans
nos fastes un homme qui a particuliere-
ment travaillé, à éterniser le lustre des
plus dignes Enfans de cet âge d'or, sou-
tenu par le plus illustre des Princes de son
temps. Un homme qui contribue aujour-
d'hui par l'honneur qu'il rend à l'Acadé-
mie, & les louanges dont vous relevez
son établissement, à la gloire que nous
devons au Monarque bien faisant qui en a
posé les fondemens.
Outre les vœux & la satisfaction que
M. Titon Dutillet a sçu se concilier par
des motifs aussi justes, il a encore en sa
faveur, celui de vous avoir donné occa-
sion, Monsieur, de penser comme pen-
sent heureusement les sujets de notre très-
religieux Roi & notre Protecteur Ferdi-
nand VI. La justice que vous rendez à
ses vertus, la verité avec laquelle vous
manifestez l'amour de ses peuples, en
même temps qu'elles flattent notre joie
& notre félicite, nous excitent à publier
aussi de notre côté de la maniere la plus
expressive, l'obligation que nous avons
au Ciel qui nous a donné un Monarque
FEVRIER. 1752.
99
si digne du Trône qu'il occupe. Il ny a
quasi pas un seul Académicien qui n'ait
éprouvé des marques convaincantes de
la douceur d'un si aimable Maître. Tous.
le connoissent, tous l'aiment. Peut-il y
avoir des preuves plus fortes de la sincé-
rité de notre reconnoissance, que de sça-
voir distinguer le mobile auquel on don-
ne tant d'applaudissemens.
Je vous ai dit, Monsieur, suivant les
pouvoirs que m'en avoit donné l'Acadé-
mie, & je vous le confirme, que, quant,
à ce qui regarde M. Titon Dutillet, &
la juste rétribution que mérite son at-
tention, elle est resolue de lui prouver
dès à-présent l'estime particulière qu'elle
a de sa personne, pour suppléer à tout ce
que je puis oublier dans mes expressions:
je voudrois pouvoir vous peindre encore
tout ce que je lis dans le cœeur de mes
confreres, vous y verriez, Monsieur, la
distinction particuliere quel'Académie fait
de votre merite, & combien elle se félicite
d'en avoir reçu des preuves réelles. Je vous
dirai enfin qu'elle espere obtenir du temps
une occasioa favorable de pouvoir fran-
chir les bornes étroites où sa volonté se
trouve renfermée aujourd'hui.
Quant à ce qui me regarde en parti-
culier, je ne sçai comment vous répon-
E ij
nad
700 MERCURE DE FRANCE.
dte, Monsieur. Si je vous remercie des
louanges que vous me prodiguez, ce sera
donner une espéce de consentement à
un honneur si peu mérité. Si je les dissimu-
le en les couvrant d'un silence affecté
on interprétera ce silence comme une
impolitesse. Je me sens incapable de
tomber dans aucun de ces deux égare-
mens, & pour éviter l'un & l'autre
quelqu'inexcusable que je puisse vous pa-
roître, je vous laisse le juge, Monsieur,
des justes motifs qui mengagent à ne
plus parler d'une matiere où je suis le
seul interessé, & où mes remercimens
ne peuvent rien ajoûter à votre gloire.
Directeur de l'Académie Royale
d'Histoire d'Espagne, a faite au discours
précédent.
On ne pouvoit, Monsieur, présenter à
cette Académie Royale un objet qui fût
plus digne de sa reconnoissance que les
nques du généreux souvenir de M. Ti-
ton Dutillet que vous lui remettez au-
jourd'hui; mais en même temps elle ne
pouvoit trouver un Iuterprête moins pro-
pre que moi à exprimer l'étendue de ses
sentimens & à les proportionnet au mé-
FEVRIER.
1752.
95
rite d'un tel bienfait. Tous les membres
qui compofent aujourd'hui son assemblée
voudroient que je pusse me servir d'ex-
pressions particulieres & capables de faire
connoître non seulement combien elle
estime cet illustre Auteur & ses Ouvra-
ges, mais encore la main de qui elle re-
çoit une aussi grande satisfaction. Je con-
sidere la force de mon engagement; j'en
sens toutes les difficultés; je sçais que je
ne puis les éviter.
Si le sçavant Auteur du Parnasse Fran-
çois n'étoit déja connu dans toute l'Euro-
pe, si les compagnies les plus célebres
d'Espagne, d'Italie, d'Allemagne & de
Ftance ne l'avoient déja tant admiré, on
pourroit sans peine entreprendre l'éloge
qu'il mérite; mais après les louanges tant
de fois répetées, & qui ont déja placé
cette excellente plume au Temple de la
Renommée, que pourois je dire qui ne
parût trop foible au monde entier, à l'A-
cadémie & à moi-même.
L'Antiquité nous a laissé peu d'exem-
ples, & pour parler plus vrai, elle ne
nous en foutnit aucun que l'on puisse
comparer à cet homme illustre. Nous y
lisons de grandes actions entreprises pour
l'amour de la Patrie. Nous voyons à cha-
que pas dans l'Histoire l'attention des
Digstunas hoL0
96 MERCUREDEFRANCE.
Auteurs à exagéter les hauts faits de leur
Concitoyens; mais nous y remarquons
aussi souvent le peu de fruits que les uns
& les autres ont retiré de leurs travaux;
soit parce que la raison ne justisioit pas
les faits, soit parce que la passion en a
accumulé les louanges. C'est à M. Titon
Dutillet seul, & pour sa gloire, que de
pareils succès étoient réservés. Quel au-
tre particulier immortalisa jamais à ses
proptes dépens le mérite de ses plus ha-
biles Compatriotes: & quels sont les gé-
nies les plus jaloux d'une si grande gloire
qui se soient présentés pour retlir l'ob-
jet d'une si noble entreprise?
Cette réflexion que fait l'Académie
ainsi que je vous la rends, vous confit-
mera, Monsieur, la vénération sincere
que nous avons pour M. Titon Dutillet,
& combien nous sont agréables les mar-
ques qu'il nous donne de son amitié. Elles
vivront éternellement dans ses Archives,
comme dans le cœeur de chacun de ses
membres. Elles seront célébrées par ceux
qui nous succederont, & peut-être la mé-
moire en sera-t-elle renouvellée dans les
siècles à venir, quandenos productiono,
fruit de nos études, passeront dans toute l'é-
tendue de la postérité: en attendant, elles
autont toujours l'accueil qui est dû à l'a-
mitié
FEVRIER.
1752.
27
mitié que nous témoigne M. Titon Du-
tillet.
Vous ne vous êtes pas trompé, Mon-
sieur, en avançant qu'on pouvoit regar-
der M. Titon Dutillet Coadémicien de
l'Histoire. Notre inclination ne peut re-
fuser cet honneur à un Auteur qui en a em-
brassé une partie si éminente. Il a donc
pû se regarder comme tel dès l'instant que
ses ouvrages ont touché le portique de l'A-
cadémie; il le peut encore par les louan-
ges multipliées qui les suivent, la géné-
rosité avec laquelle il nous les offre, &
notre empressement à les recevoir.
Nous ny sommes pas moins portés;
(ce qui caractérise particulierement le nom
immortel de Philippe V. notre Fonda-
teur) en découvrant à l'inspection du
Parnasse François combien les Lettres ont
fleuri sous le Regne de Louis XIV,
Circonstance dont vous faites, Monsieur,
une juste application à la protection dé-
clarée que leur accorda, & à l'amour qua
eu pour elles le Prince son petit fils, qui
furent la source de cette noble émulation
qu'il eut toujours de suivre les sages maxi-
mes du grand Roi son Ayeul.
Le tendre souvenir que nous en con-
servons rend encore plus vif le desir que
nous avons de le publier, & d'en orner nos
as
93 MERCURE DE FRANCE.
Statuts; c est un tribut que nous payona
à la protection Royale & aux bontes dont
cet Auguste Souverain a bien voulu les
honorer. C'est aussi par la même raison
que nous croyons devoir inscrire dans
nos fastes un homme qui a particuliere-
ment travaillé, à éterniser le lustre des
plus dignes Enfans de cet âge d'or, sou-
tenu par le plus illustre des Princes de son
temps. Un homme qui contribue aujour-
d'hui par l'honneur qu'il rend à l'Acadé-
mie, & les louanges dont vous relevez
son établissement, à la gloire que nous
devons au Monarque bien faisant qui en a
posé les fondemens.
Outre les vœux & la satisfaction que
M. Titon Dutillet a sçu se concilier par
des motifs aussi justes, il a encore en sa
faveur, celui de vous avoir donné occa-
sion, Monsieur, de penser comme pen-
sent heureusement les sujets de notre très-
religieux Roi & notre Protecteur Ferdi-
nand VI. La justice que vous rendez à
ses vertus, la verité avec laquelle vous
manifestez l'amour de ses peuples, en
même temps qu'elles flattent notre joie
& notre félicite, nous excitent à publier
aussi de notre côté de la maniere la plus
expressive, l'obligation que nous avons
au Ciel qui nous a donné un Monarque
FEVRIER. 1752.
99
si digne du Trône qu'il occupe. Il ny a
quasi pas un seul Académicien qui n'ait
éprouvé des marques convaincantes de
la douceur d'un si aimable Maître. Tous.
le connoissent, tous l'aiment. Peut-il y
avoir des preuves plus fortes de la sincé-
rité de notre reconnoissance, que de sça-
voir distinguer le mobile auquel on don-
ne tant d'applaudissemens.
Je vous ai dit, Monsieur, suivant les
pouvoirs que m'en avoit donné l'Acadé-
mie, & je vous le confirme, que, quant,
à ce qui regarde M. Titon Dutillet, &
la juste rétribution que mérite son at-
tention, elle est resolue de lui prouver
dès à-présent l'estime particulière qu'elle
a de sa personne, pour suppléer à tout ce
que je puis oublier dans mes expressions:
je voudrois pouvoir vous peindre encore
tout ce que je lis dans le cœeur de mes
confreres, vous y verriez, Monsieur, la
distinction particuliere quel'Académie fait
de votre merite, & combien elle se félicite
d'en avoir reçu des preuves réelles. Je vous
dirai enfin qu'elle espere obtenir du temps
une occasioa favorable de pouvoir fran-
chir les bornes étroites où sa volonté se
trouve renfermée aujourd'hui.
Quant à ce qui me regarde en parti-
culier, je ne sçai comment vous répon-
E ij
nad
700 MERCURE DE FRANCE.
dte, Monsieur. Si je vous remercie des
louanges que vous me prodiguez, ce sera
donner une espéce de consentement à
un honneur si peu mérité. Si je les dissimu-
le en les couvrant d'un silence affecté
on interprétera ce silence comme une
impolitesse. Je me sens incapable de
tomber dans aucun de ces deux égare-
mens, & pour éviter l'un & l'autre
quelqu'inexcusable que je puisse vous pa-
roître, je vous laisse le juge, Monsieur,
des justes motifs qui mengagent à ne
plus parler d'une matiere où je suis le
seul interessé, & où mes remercimens
ne peuvent rien ajoûter à votre gloire.
Fermer
2074
p. 107-108
AUTRE.
Début :
Je fus jadis, Lecteur, très-florissante à Rome, [...]
Mots clefs :
République
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
E fus jadis , Lecteur , très florifſante à Rome ,
Mes uſages , mes loix donnent la liberté ;
Mais celles d'aujourd'hui , ſans trop de dignité
De celles d'autres fois , ne ſont qu'un vrai fane
tôme.
Ce début aisément me fera deviner ,
Cela ne ſuffit point ,
il faut me combiner.
Dans les dix pieds , Lecteur , qui forment mon
effence,
Tu peux fanspeine voir ce qu'avecrévérence
On porte quelquefois à la Proceffion ,
Ou m'encenſe , on me baiſe avec dévotion...
Un Réglement Anglois... & cette humeur amére
Qui te rend fort ſouvent ſujet à la colore ...
Le noble amuſement des Sçavans curieux ;
L'inſtrument conſacré pour rendre hommage aux
Dieux ;
UnProphéte vanté dans la Sainte Ecriture ;
Ce long vaiſſeau de bois , dont le ſéjour facheux
De ton corps ſçaura faire aux vers une pâture ;
Un plaifir ; un oiſeau , plus une paflion ,
Habillement de femmes , une bonne boiſſon .
Cette terre en carreaux , qui dans un cadre cuite
Abien ſervi peut-être à bâtir la maiſon ,
Et dont même la Tour de Babel fut conftruite ;
Ce qui ſert d'aliment à tout le genre humain.
E v
108 MERCURE DEFRANCE,
Un illuftre Miniſtre ; un Empereur Romain ;
L'arme qui rompt l'effort de la Cavalerie ;
Le dépôt de tout vin ; Ville de l'Italie ;
Une Province en France ; & quatre mots Latins
La Riviere qu'on ſçait utile aux Gobelins .
Pourfuis , ami Lecteur , tu trouveras fans peine ,
Un petit animal qu'on chaſſe dans la plaine;
Le fleuve , dont les eaux mouillent les Ham
bourgeois ;
Grande Ville qui fut en Eſpagne autrefois ;
Une Iſle; un de ſes Forts ; note de la muſique ;
Ce que porte d'un Prince un Page , un domeftia
que;
Un reptile qui mord,& cauſe de grands maux ;
Un très- fimple inſtrument pour lever les fardeaux ;
Le nom d'un Patriarche ; une Tribu choifie ;
Par les pieds dénommés fix , quatre , huit , neuf
&dix.
Devine enfin , Lecteur , Ville de l'Italie ,
Situ ſçais ce qu'elle eſt , tu ſçais ce que je ſuis
1 Par M. de Montpellior.
E fus jadis , Lecteur , très florifſante à Rome ,
Mes uſages , mes loix donnent la liberté ;
Mais celles d'aujourd'hui , ſans trop de dignité
De celles d'autres fois , ne ſont qu'un vrai fane
tôme.
Ce début aisément me fera deviner ,
Cela ne ſuffit point ,
il faut me combiner.
Dans les dix pieds , Lecteur , qui forment mon
effence,
Tu peux fanspeine voir ce qu'avecrévérence
On porte quelquefois à la Proceffion ,
Ou m'encenſe , on me baiſe avec dévotion...
Un Réglement Anglois... & cette humeur amére
Qui te rend fort ſouvent ſujet à la colore ...
Le noble amuſement des Sçavans curieux ;
L'inſtrument conſacré pour rendre hommage aux
Dieux ;
UnProphéte vanté dans la Sainte Ecriture ;
Ce long vaiſſeau de bois , dont le ſéjour facheux
De ton corps ſçaura faire aux vers une pâture ;
Un plaifir ; un oiſeau , plus une paflion ,
Habillement de femmes , une bonne boiſſon .
Cette terre en carreaux , qui dans un cadre cuite
Abien ſervi peut-être à bâtir la maiſon ,
Et dont même la Tour de Babel fut conftruite ;
Ce qui ſert d'aliment à tout le genre humain.
E v
108 MERCURE DEFRANCE,
Un illuftre Miniſtre ; un Empereur Romain ;
L'arme qui rompt l'effort de la Cavalerie ;
Le dépôt de tout vin ; Ville de l'Italie ;
Une Province en France ; & quatre mots Latins
La Riviere qu'on ſçait utile aux Gobelins .
Pourfuis , ami Lecteur , tu trouveras fans peine ,
Un petit animal qu'on chaſſe dans la plaine;
Le fleuve , dont les eaux mouillent les Ham
bourgeois ;
Grande Ville qui fut en Eſpagne autrefois ;
Une Iſle; un de ſes Forts ; note de la muſique ;
Ce que porte d'un Prince un Page , un domeftia
que;
Un reptile qui mord,& cauſe de grands maux ;
Un très- fimple inſtrument pour lever les fardeaux ;
Le nom d'un Patriarche ; une Tribu choifie ;
Par les pieds dénommés fix , quatre , huit , neuf
&dix.
Devine enfin , Lecteur , Ville de l'Italie ,
Situ ſçais ce qu'elle eſt , tu ſçais ce que je ſuis
1 Par M. de Montpellior.
Fermer
2075
p. 120-124
« AUGUSTIS parentibus Delphino & Delphinae gratulatio, habita in Regio Ludovici [...] »
Début :
AUGUSTIS parentibus Delphino & Delphinae gratulatio, habita in Regio Ludovici [...]
Mots clefs :
Nomen, Bonheur, Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « AUGUSTIS parentibus Delphino & Delphinae gratulatio, habita in Regio Ludovici [...] »
AUGUSTIS parentibus Delphino & Delphinae
gratulatio, habita in Regio Ludovici
Magni Collegio Societatis Jesu. Die Mer-
curii vigesima quarta mensis Novembris
1751. A Joanne Baptista Geofftoi, ejus-
dem Societatis Sacerdote, Parisiis, ex Typo-
graphia Thiboust 1751.
L'Auteur de ce beau Discours repré-
sente la naissance de Monseigneut le Duc
de Bourgogne, comme un avantage qui
manquoit seul au bonheur de la Famille
Royale, qui suffit seul au bonheur de la
Nation. Ce plan qui a paru heureux est
exécuté hardiment, fortement & agréa-
blement. L'ouvrage entier est semé de
pensées saillantes, de sentimens tendres,
de contrastes ingénieux, d'images alter-
nativement vives & gracieuses. Le mor-
ceau qu'on va lire suffira pour faire juget
du style du Pere Geoffroy.
Quod si haeredem sibi non deesse tanti Du-
cum hi etiam quibus vix quidquam haeredi-
tatis est, quanti erat illo ut non careret au-
gustissima toto terrarum orbe familia, quae
quidquid commendationis affert antiquitas
quidqnid admirationis habet celebritas, quae-
gumque jura dominatus amplitudo colligit
quoscumque
e
121
FEVRIER. 1752.
quoscumque titulos meritorum copia complec-
tiiur; illud omne ab elapsis aetatibus intactum
recipit, ad auctum transmisit sequentibus, &
majorem laudibus inchoatum nepotum virin-
tibus cumulavit.
Antiquitatem dico splendoris: cedo enim
familiam hac ipsâ pluribus aetatibus nobili-
tatam; quae duodecim jam inde à saeculis
exorsa, esse vixe incepit priùs quam regnaret,
regnare non destitii ex quo incepit esse; quae
enixa semper, numquam exhausta, penè tot
Heroum mater fuii quot Principum; & post
quam parenies habuisset quos à nepotibus
adaequandos esse non crederet, nepotes
peperit quo: ipsis parentibus invidendos esse
fateretur. Visae suni stirpes aliae Regales titu-
bare cum soliis quibus inhaerebant; haec stetit,
Adultaratae propagino deceneri livorem
duxere & squallorem; haec floruit: debilitata
ramorum multitudine & inimitiae emarcuere
aliquando & defecere; haec pullulavit; vi-
duatae foeiu adoptivos surculos recepers; hac
dedii. Ai, puto, in hanc, ut in alias, non
saeviit vis tempestatum? Imo atrocius: incli-
natae sunt, haec firmata. Ad hanc, veluti
ad reliquas, ferrum atque ignem non admo-
vit inimicus furor? Imò propius: resectae sunt.
& ambustae: intacta haec & inoffensa. Con-
tra illam, sicuti contrà caeteras non structa
sunt arcanae molitiones? Imo insidiosius; ceci-
jitized by Goo
122 MERCUREDEFRANCE.
dere, permansit. Permansit autem non alimà
ope, sed vi propria; non inflectendo seip-
sam, & coden lo ventis, sed illorum fran-
gendo impetus; non daenno aliquot partium
sed cum singulorum incremento: ut cion
duanarent procellosi spiritus, cim vitulae-
reut tempestatum ignes, cim orbis crjuratus
in banc emnis rueret, staeret hac una in orbo
cmni, vigeret, germinaret, raelice permoa-
net terram, floreret vertice & deuunaretur.
Celebritatem dico gloria: cedo ullum lau-
dis genus quod illi defuerit quaqua padet
erbis, uunen ejus fama subvenit praeconiis
victoria insiguivit triumphis, sebacta urvi-
dia coluit obsequiis, barbaries emollita sovit
studiis, glovia horum neminibus adjanxit
Religio sanctorum fastis inscripsit; ut gens
oadem terris at coe'o denma, decorum excel-
suate superaverit id quod bumanen est, fa-
ciuorum wagnitudine adaquaverit id quod
heroicum est, imperii majestate colligerit id
quod Regium est, id etiam quod devinum est
virtutum unmensitate attigerit.
Dominatiis dico amplitudinem: codo gen-
tem ullan oui alia pluris obsecutae sunt?
Reges ab illâ procreaios sibi gratulata est
Hispania; ub illam orimdos Italia & Sicilia
venereuiur; ab illa Casares uccepit Germa-
nia, Regio plurima Principes, Europa ommt
Arbitros, Galliam foriunat legibus, Ams-
eO
* * .**
FEVRIER. 1752. 123
vicam permeavit navibus, Asiam iremefecit
urmis, orbem utrumque junxit commerciis;
Reges dedit ubi non regnavit; reverentiam
dbtinuit ubi uon exercuit imperium; subditos
fermè habet ubicumque homines natura; ut
quod Romanâ gente dictum est dici de illa
debeat, nil nisi Borbonium quod tueatur,
habere, & quocumque spectet, seipsam sibi
esse ad spectaculum.
Titulorum dico multitudinem: facessant ver)
illa ostentationis plena & invidiae nomina,
quae suis aliquot heroibus ad parennem ve-
rum ab ipsis gestarum commendationem im-
ponehat Roma, ut quae haredum pravitate
descivisseni in Republicâ familiae, majorum
revocatâ famâ se quodam modo repararent,
essetque avorum gloriosa recordatio appella-
rus ab illorum cognomento nepos etiam ab illo-
vum virtute degeneret... qui mos si apud nos
vigeret, opinor, cognomentis ejusmodi careret
Borkonia gens? cui suam appellationem pa-
tata vel domita Germania, suam subacta
toties Ratavia, suam vicla non semel An-
glia, suam Eurcpa sapius composita; suam
plaga omnis vel lustrata victoriis, vel bene-
ficiis devincta imponeret? Harum vero ap-
pellationum in locum, nomen posuit sanctitas
verendum coelo, nomen justitia borrendum
Frandibus, nomen magnanimitas timendun
bostibus, nomen amor ipse adorundum popu-
OO
124 MERCUREDEFRANCE.
lis; ut omnis virtus suum toties appellatun
audiat, quoties Borbonium appellatur.
gratulatio, habita in Regio Ludovici
Magni Collegio Societatis Jesu. Die Mer-
curii vigesima quarta mensis Novembris
1751. A Joanne Baptista Geofftoi, ejus-
dem Societatis Sacerdote, Parisiis, ex Typo-
graphia Thiboust 1751.
L'Auteur de ce beau Discours repré-
sente la naissance de Monseigneut le Duc
de Bourgogne, comme un avantage qui
manquoit seul au bonheur de la Famille
Royale, qui suffit seul au bonheur de la
Nation. Ce plan qui a paru heureux est
exécuté hardiment, fortement & agréa-
blement. L'ouvrage entier est semé de
pensées saillantes, de sentimens tendres,
de contrastes ingénieux, d'images alter-
nativement vives & gracieuses. Le mor-
ceau qu'on va lire suffira pour faire juget
du style du Pere Geoffroy.
Quod si haeredem sibi non deesse tanti Du-
cum hi etiam quibus vix quidquam haeredi-
tatis est, quanti erat illo ut non careret au-
gustissima toto terrarum orbe familia, quae
quidquid commendationis affert antiquitas
quidqnid admirationis habet celebritas, quae-
gumque jura dominatus amplitudo colligit
quoscumque
e
121
FEVRIER. 1752.
quoscumque titulos meritorum copia complec-
tiiur; illud omne ab elapsis aetatibus intactum
recipit, ad auctum transmisit sequentibus, &
majorem laudibus inchoatum nepotum virin-
tibus cumulavit.
Antiquitatem dico splendoris: cedo enim
familiam hac ipsâ pluribus aetatibus nobili-
tatam; quae duodecim jam inde à saeculis
exorsa, esse vixe incepit priùs quam regnaret,
regnare non destitii ex quo incepit esse; quae
enixa semper, numquam exhausta, penè tot
Heroum mater fuii quot Principum; & post
quam parenies habuisset quos à nepotibus
adaequandos esse non crederet, nepotes
peperit quo: ipsis parentibus invidendos esse
fateretur. Visae suni stirpes aliae Regales titu-
bare cum soliis quibus inhaerebant; haec stetit,
Adultaratae propagino deceneri livorem
duxere & squallorem; haec floruit: debilitata
ramorum multitudine & inimitiae emarcuere
aliquando & defecere; haec pullulavit; vi-
duatae foeiu adoptivos surculos recepers; hac
dedii. Ai, puto, in hanc, ut in alias, non
saeviit vis tempestatum? Imo atrocius: incli-
natae sunt, haec firmata. Ad hanc, veluti
ad reliquas, ferrum atque ignem non admo-
vit inimicus furor? Imò propius: resectae sunt.
& ambustae: intacta haec & inoffensa. Con-
tra illam, sicuti contrà caeteras non structa
sunt arcanae molitiones? Imo insidiosius; ceci-
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122 MERCUREDEFRANCE.
dere, permansit. Permansit autem non alimà
ope, sed vi propria; non inflectendo seip-
sam, & coden lo ventis, sed illorum fran-
gendo impetus; non daenno aliquot partium
sed cum singulorum incremento: ut cion
duanarent procellosi spiritus, cim vitulae-
reut tempestatum ignes, cim orbis crjuratus
in banc emnis rueret, staeret hac una in orbo
cmni, vigeret, germinaret, raelice permoa-
net terram, floreret vertice & deuunaretur.
Celebritatem dico gloria: cedo ullum lau-
dis genus quod illi defuerit quaqua padet
erbis, uunen ejus fama subvenit praeconiis
victoria insiguivit triumphis, sebacta urvi-
dia coluit obsequiis, barbaries emollita sovit
studiis, glovia horum neminibus adjanxit
Religio sanctorum fastis inscripsit; ut gens
oadem terris at coe'o denma, decorum excel-
suate superaverit id quod bumanen est, fa-
ciuorum wagnitudine adaquaverit id quod
heroicum est, imperii majestate colligerit id
quod Regium est, id etiam quod devinum est
virtutum unmensitate attigerit.
Dominatiis dico amplitudinem: codo gen-
tem ullan oui alia pluris obsecutae sunt?
Reges ab illâ procreaios sibi gratulata est
Hispania; ub illam orimdos Italia & Sicilia
venereuiur; ab illa Casares uccepit Germa-
nia, Regio plurima Principes, Europa ommt
Arbitros, Galliam foriunat legibus, Ams-
eO
* * .**
FEVRIER. 1752. 123
vicam permeavit navibus, Asiam iremefecit
urmis, orbem utrumque junxit commerciis;
Reges dedit ubi non regnavit; reverentiam
dbtinuit ubi uon exercuit imperium; subditos
fermè habet ubicumque homines natura; ut
quod Romanâ gente dictum est dici de illa
debeat, nil nisi Borbonium quod tueatur,
habere, & quocumque spectet, seipsam sibi
esse ad spectaculum.
Titulorum dico multitudinem: facessant ver)
illa ostentationis plena & invidiae nomina,
quae suis aliquot heroibus ad parennem ve-
rum ab ipsis gestarum commendationem im-
ponehat Roma, ut quae haredum pravitate
descivisseni in Republicâ familiae, majorum
revocatâ famâ se quodam modo repararent,
essetque avorum gloriosa recordatio appella-
rus ab illorum cognomento nepos etiam ab illo-
vum virtute degeneret... qui mos si apud nos
vigeret, opinor, cognomentis ejusmodi careret
Borkonia gens? cui suam appellationem pa-
tata vel domita Germania, suam subacta
toties Ratavia, suam vicla non semel An-
glia, suam Eurcpa sapius composita; suam
plaga omnis vel lustrata victoriis, vel bene-
ficiis devincta imponeret? Harum vero ap-
pellationum in locum, nomen posuit sanctitas
verendum coelo, nomen justitia borrendum
Frandibus, nomen magnanimitas timendun
bostibus, nomen amor ipse adorundum popu-
OO
124 MERCUREDEFRANCE.
lis; ut omnis virtus suum toties appellatun
audiat, quoties Borbonium appellatur.
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2076
p. 153-154
« QUANTUM litteris debeat virtus. Oratio habita jussu & nomine Universitatis [...] »
Début :
QUANTUM litteris debeat virtus. Oratio habita jussu & nomine Universitatis [...]
Mots clefs :
Académie, Discours, Jean-Jacques Rousseau, Attaquer
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texteReconnaissance textuelle : « QUANTUM litteris debeat virtus. Oratio habita jussu & nomine Universitatis [...] »
QUANTUM litteris debeat virtus..
Oratio habitajuſſu &nomine Univerfitatis
ad folemnem præmiorum diſtributionem
in majoribus Sorbonæ ſcholis , die
Jovis duodecimâAugufti 1751. àChrſtiano
leRoy , éloquentiæ Profeſſore in Collegio
Cardimalitio. Parifius apud Thibout.
L'éloquent diſcours de M. Rouſſeau,
Gy
154 MERCUREDEFRANCE.
,
couronné par l'Académie de Dijon , a
été attaqué fucceſſivement dans notre Jour-
-nal par un Grand-Prince qui aime
les hommes & qui encourage lesArts par
fon exemple & par ſesrécompenfes ; par
M. Gautierde la Société Royale de Nan .
ci , & en dernier lieu , dans le Mercure
de Décembre , parM. Borde : fon difcours
lû à l'Académie de Lyon ,
beaucoup de bruit à Paris , & y a reçu
les plus grands éloges. M. le Roi a traité
le même ſujet au nom de l'Univerſité. La
crainte de trop entretenir le public de la
même queſtion , nous empêche de donner
un extrait de cet ouvrages il mérite
d'être lu par tous ceux qui aiment les
Lettres , & un ftile Latin fort & véhément.
Oratio habitajuſſu &nomine Univerfitatis
ad folemnem præmiorum diſtributionem
in majoribus Sorbonæ ſcholis , die
Jovis duodecimâAugufti 1751. àChrſtiano
leRoy , éloquentiæ Profeſſore in Collegio
Cardimalitio. Parifius apud Thibout.
L'éloquent diſcours de M. Rouſſeau,
Gy
154 MERCUREDEFRANCE.
,
couronné par l'Académie de Dijon , a
été attaqué fucceſſivement dans notre Jour-
-nal par un Grand-Prince qui aime
les hommes & qui encourage lesArts par
fon exemple & par ſesrécompenfes ; par
M. Gautierde la Société Royale de Nan .
ci , & en dernier lieu , dans le Mercure
de Décembre , parM. Borde : fon difcours
lû à l'Académie de Lyon ,
beaucoup de bruit à Paris , & y a reçu
les plus grands éloges. M. le Roi a traité
le même ſujet au nom de l'Univerſité. La
crainte de trop entretenir le public de la
même queſtion , nous empêche de donner
un extrait de cet ouvrages il mérite
d'être lu par tous ceux qui aiment les
Lettres , & un ftile Latin fort & véhément.
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Résumé : « QUANTUM litteris debeat virtus. Oratio habita jussu & nomine Universitatis [...] »
Le texte discute du discours de Jean-Jacques Rousseau, couronné par l'Académie de Dijon, qui a suscité diverses réactions. Ce discours a été critiqué par un Grand-Prince, M. Gautier de la Société Royale de Nantes et M. Borde, dont le discours a été présenté à l'Académie de Lyon. Malgré ces critiques, le discours de Rousseau a suscité un grand intérêt à Paris et a reçu de nombreux éloges. Le Roi a également abordé le même sujet au nom de l'Université. En raison de la crainte de prolonger la discussion, le texte ne fournit pas d'extrait de l'ouvrage, bien qu'il soit recommandé pour ceux qui aiment les lettres et est noté pour son style latin fort et véhément.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2077
p. 155-156
« CELEBRATIONS des mariages de la Ville, de l'Eglise Collégiale & Paroissiale [...] »
Début :
CELEBRATIONS des mariages de la Ville, de l'Eglise Collégiale & Paroissiale [...]
Mots clefs :
Ville, Église, Paris, Naissance du duc de Bourgogne
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texteReconnaissance textuelle : « CELEBRATIONS des mariages de la Ville, de l'Eglise Collégiale & Paroissiale [...] »
CELEBRATIONS des mariages de
la Ville, de l'Eglise Collégiale & Paroissiale
de Saint Merry à Paris, faites le Mar-
dy 9 Novembre 1751. à l'occasion de la
naissance de Monseigueur le Duc de Bour
gogne; exhortation à ce sujet; par M.
Artaud Docteur de Sorbonne, Chefcier-
Curé dela dite Eglise. A Paris chez Heris-
sant, rue neuve Notre-Dame.
Si M. Artaud ne jouissoit pas depnis,
long-tems de la réputation de bien parler,
il l'auroit acquise par deux exhortations
que nous annonçons; elles sont pleines,
d'onction & de véhémence. L'Auteur y a
fait ingénieusement entrer tout ce que les
circonstances réunies de la naissance de
Fvj
156 MERCUREDEFRANCE.
Monseigneur le Duc de Bourgogne & de
la magnificence de la Ville luifournissoient.
la Ville, de l'Eglise Collégiale & Paroissiale
de Saint Merry à Paris, faites le Mar-
dy 9 Novembre 1751. à l'occasion de la
naissance de Monseigueur le Duc de Bour
gogne; exhortation à ce sujet; par M.
Artaud Docteur de Sorbonne, Chefcier-
Curé dela dite Eglise. A Paris chez Heris-
sant, rue neuve Notre-Dame.
Si M. Artaud ne jouissoit pas depnis,
long-tems de la réputation de bien parler,
il l'auroit acquise par deux exhortations
que nous annonçons; elles sont pleines,
d'onction & de véhémence. L'Auteur y a
fait ingénieusement entrer tout ce que les
circonstances réunies de la naissance de
Fvj
156 MERCUREDEFRANCE.
Monseigneur le Duc de Bourgogne & de
la magnificence de la Ville luifournissoient.
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2078
p. 156-157
« ALMANACH historique des Ducs de Bourgogne, contenant l'Histoire de [...] »
Début :
ALMANACH historique des Ducs de Bourgogne, contenant l'Histoire de [...]
Mots clefs :
Ducs de Bourgogne
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texteReconnaissance textuelle : « ALMANACH historique des Ducs de Bourgogne, contenant l'Histoire de [...] »
ALMANACH historique des Ducs
de Bourgogne, contenant l'Histoire de
la naisfance des premiers fils de France,
portant aujourd'hui le nom de Duc de Bour-
gogne & la relation fuccinte des fetes don-
nées à cetre occasion, fuivie de l'abrégé de
la vie de ces Princes, avec le Calen-
15
1752.
FEVRIER.
drier pour l'an 1752. Par LL. FF. LL. à Pa-
ris. 1752.
de Bourgogne, contenant l'Histoire de
la naisfance des premiers fils de France,
portant aujourd'hui le nom de Duc de Bour-
gogne & la relation fuccinte des fetes don-
nées à cetre occasion, fuivie de l'abrégé de
la vie de ces Princes, avec le Calen-
15
1752.
FEVRIER.
drier pour l'an 1752. Par LL. FF. LL. à Pa-
ris. 1752.
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2079
p. 160-162
« DE felici ortu Serenissimi Burgundiae Ducis Oratio habita in Regio Ludovici Magni [...] »
Début :
DE felici ortu Serenissimi Burgundiae Ducis Oratio habita in Regio Ludovici Magni [...]
Mots clefs :
Discours, Style épigrammatique, Style figuré, Exorde
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texteReconnaissance textuelle : « DE felici ortu Serenissimi Burgundiae Ducis Oratio habita in Regio Ludovici Magni [...] »
DE felici ortu Serenissimi Burgundiae
Ducis Oratio habita in Regio Ludovici Magni
Collegio Societatis Jesu; die Veneris pri-
ma Octobris, anno Domini 1751: à Jacobo
Duparc, ejusdem Societatis Sacerdot. Pa-
risiis, ex Tipographia Thiboust, 1751.
Ce discours nous a paru écrit avec beau-
coup de logique, d'ordre & de goût. L'O-
rateur a évité avec soin le style épigram-
matique & figuré, si souvent reproché,
& avec tant de raison à notre siecle. Sa-
marche est toujours sage & du ton de
Lexorde que nous allons transcrire.
» Fuit illa Voterum in consignandis lae-
titiae monumentis consuetudo, ut is
FEVRIER. 1752.
161
»quid faustum Imperio fortunatumque
„eveniret, illud in aere plerumque ad
„aternam rei memoriam curarent ex-
»primi cum hac inscriptione Felicitas pu-
»blica. Quae quàm temeraria fuerit ap-
»pellatio, quàm saepè inanitatis plenissi-
»ma, satis vel ex hoc uno colligitur,
„ quòd illam ob cruentas victorias vulgò
»consecra verint, quarum gloria non po-
» tuit ad victores Populos, nisi cum plu-
»ribus eorumdem infortumis, pertinere.
„At verò in hac communi omnium
»laetitiâ, quam attulit Serenissimi Bur-
„ gundiae Ducis ortus fortunatissimus
»nemo me, opinor, adulationis insimu-
»labit vel imprudentiae, si in auro, si in
»marmore, si in locis monumentisque
»publicis has voces, jam in Gallorum
»animis altiùs exaratas, inscribi oporte-
»re contendam, quae publicam felicita-
vtem natam esse significent. Quis enim
» eam felicitatem neget, posse publicam
»appellari, quae non solius Aulae am-
»bitu terminisque sit definita, non in
» solam stirpem Regiam permanarit, sed
» per varias totius Imperii Gallici partes
»diffundatur; neque vim aut robur ca-
u piat è vulgaribus laetitiae testimoniis,
»at solidis ranonum argumentis sit sta-
ubilita.
a
162 MERCUREDEFRANCE.
»Nam, ut rem mente conceptam va
„bis explicem, dico Galliam totam
„ cum aliqua Regia proles expectatur,
nquae sit spes Regni pretiosissima, duplici
»nec mediocri timore commoveri vehe-
» menter solere; ne scilicet expetita pro
»les mascula vel non prodeat in lucem
„ quo nihil esse potest Regiae Familiae fit-
„mitati magis inimicum; vel, postquam
„prodiit, non eos parentes habeat à qui-
„bus regaliter in publicam utilitatem
»instituatur, quo nihil populis accide-
„re solet magis incommodum. Igitur id-
»circo & Regiæe Familiae, & Gallicae
n Genti gratulabimur, quia Dux Burgun-
»diae Serenissimus, 1. in Regiae stirpis
„firmitatem opportunè nascitur; 2. in
»Imperii Gallici utilitatem regaliter ins-
»tituetur.
Ducis Oratio habita in Regio Ludovici Magni
Collegio Societatis Jesu; die Veneris pri-
ma Octobris, anno Domini 1751: à Jacobo
Duparc, ejusdem Societatis Sacerdot. Pa-
risiis, ex Tipographia Thiboust, 1751.
Ce discours nous a paru écrit avec beau-
coup de logique, d'ordre & de goût. L'O-
rateur a évité avec soin le style épigram-
matique & figuré, si souvent reproché,
& avec tant de raison à notre siecle. Sa-
marche est toujours sage & du ton de
Lexorde que nous allons transcrire.
» Fuit illa Voterum in consignandis lae-
titiae monumentis consuetudo, ut is
FEVRIER. 1752.
161
»quid faustum Imperio fortunatumque
„eveniret, illud in aere plerumque ad
„aternam rei memoriam curarent ex-
»primi cum hac inscriptione Felicitas pu-
»blica. Quae quàm temeraria fuerit ap-
»pellatio, quàm saepè inanitatis plenissi-
»ma, satis vel ex hoc uno colligitur,
„ quòd illam ob cruentas victorias vulgò
»consecra verint, quarum gloria non po-
» tuit ad victores Populos, nisi cum plu-
»ribus eorumdem infortumis, pertinere.
„At verò in hac communi omnium
»laetitiâ, quam attulit Serenissimi Bur-
„ gundiae Ducis ortus fortunatissimus
»nemo me, opinor, adulationis insimu-
»labit vel imprudentiae, si in auro, si in
»marmore, si in locis monumentisque
»publicis has voces, jam in Gallorum
»animis altiùs exaratas, inscribi oporte-
»re contendam, quae publicam felicita-
vtem natam esse significent. Quis enim
» eam felicitatem neget, posse publicam
»appellari, quae non solius Aulae am-
»bitu terminisque sit definita, non in
» solam stirpem Regiam permanarit, sed
» per varias totius Imperii Gallici partes
»diffundatur; neque vim aut robur ca-
u piat è vulgaribus laetitiae testimoniis,
»at solidis ranonum argumentis sit sta-
ubilita.
a
162 MERCUREDEFRANCE.
»Nam, ut rem mente conceptam va
„bis explicem, dico Galliam totam
„ cum aliqua Regia proles expectatur,
nquae sit spes Regni pretiosissima, duplici
»nec mediocri timore commoveri vehe-
» menter solere; ne scilicet expetita pro
»les mascula vel non prodeat in lucem
„ quo nihil esse potest Regiae Familiae fit-
„mitati magis inimicum; vel, postquam
„prodiit, non eos parentes habeat à qui-
„bus regaliter in publicam utilitatem
»instituatur, quo nihil populis accide-
„re solet magis incommodum. Igitur id-
»circo & Regiæe Familiae, & Gallicae
n Genti gratulabimur, quia Dux Burgun-
»diae Serenissimus, 1. in Regiae stirpis
„firmitatem opportunè nascitur; 2. in
»Imperii Gallici utilitatem regaliter ins-
»tituetur.
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2080
p. 163-168
« HISTOIRE des Révolutions de l'Empire des Arabes ; par M. l'Abbé de Marigny, [...] »
Début :
HISTOIRE des Révolutions de l'Empire des Arabes ; par M. l'Abbé de Marigny, [...]
Mots clefs :
Arabes, Aurangzeb, Prince, François Augier Marigny, Extérieur, Enfants, Habits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE des Révolutions de l'Empire des Arabes ; par M. l'Abbé de Marigny, [...] »
HISTOIRE des Révolutions de l'Empire
des Arabes ; par M. l'Abbé de Marigny,
Tom. 3 & 4. A Paris chez Gissey
Bordelei & Ganeau.
Le commencement de l'Ouvrage que
nous annonçons a paru mê liocrement in-
teressant; les Scenes sont plus vives, plus
variées & plus importantes dans les deux
nouveaux volumes qu'on nons donne au-
jourd'hui; le cinquiême & le sixième se-
ront encore plus agréables pour nous
parce que l'Europe, la France même se-
ront le Théâtre d'une grande partie des
évenemens que l'on y lira. LesRévolutions
arrivées dans le Mogol & dans la Perse,
occupent l'Historien dans les deux volu-
mesqu'il vient de publier. LePrince le plus
célebre de ces deux vastes Empires, c'est
Aurengzeb mort en 1707. Voici le por-
trait qu'en fait M. l'Abbé de Marigny.
Aurengzeb n avoit rien de grand dans
l'extérieur, son visageétoit sec & déchar-
né, il avoit les yeux vifs, & qui sem-
164 MERCUREDEFRANCE.
bloient percet jusques dans l'intérieur &
ceux qu'il regardoit. Les mouvemens &
son visage laisserent rarement pénétre
les sentimens dont il étoit affecté, soit
de joie ou de tristesse. Une profonde dis-
simulation étoit le point fondamental
de sa politique. Il étoit impénétrable aux
plus claitvoyans, soit dans ses discours,
soit dans sa conduite; tonjours maître de
son extérieur, il ne laissoit point voir ce
qci se passoit dans le fond de son coeur,
& il ne confioit jamais ses pensées à ses
femmes, à ses amis ou à ses enfans. On
loue la régularité de ses moeurs qui
étoient conformes aux principes moraux,
son assiduité aux prices publiques, où
il édifioit les plus religieux; son absti-
nence du vin & des autres plaisirs inno-
cens, dont il ne faisoit aucun usage. Il
parut touiours occupé de ses devoirs,
iors même qu'il n'étoit que Vice-Roi de
Decan. Curieux de s'instruire sut tout ce
qui regardoit le Gouvernement civil ou
militaite, il écoutoit avec pla sir ceux
qui étoient capables de lui donner des
instructions sur ce sujet. Ce Prince étoit
extremement sérieux, parloit peu, & af-
fectoit une modestie extraordinaire, soit
dans ses meubles, ses habits, ou dans ses
équipages; desorte que cet exterieur se-
FEVRIER. 1752.
165
vere, & cette grande simpiicité annon-
çoient plûtôt un Philosophe qu'un grand
Prince. L'ambition cependant étoit le
grand mobile de toutes ses actions, &
Ion peut dire que ce fut cette passion
qui le porta aux plus grands crimes. Tout
ce qui le pouvoit conduire au Thrône
lui parut permis, & les devoirs les plus
sacres ne furent pas capables de l'arrêtet
dans l'exécution de ses desseins. Il ne res-
pectoit ni les jugemens du Public, ni la
Religion même qu'il fit souvent servir
à ses vûes politiques. Il ne du: ses plus
grands succès qu'à ses ruses & à sa fourbe-
rie. Il étoit jaloux du mérite des autres
& de ses enfans même, & leurs succès
lui causoient les plus grands chagrins ;
son coeur étoit inaccessible à la clémence,
à la générosité, & à la reconnoissance;
l'avarice, la mésiance & la cruautéj
trouvoient seulement place. Son génie
étoit vaste, il rassembloit dans un seul
point de vue les projets les plus impor-
tans, & en découvroit en même temps
toutes les difficultés & les différens
movens pour les faire réussir. Le poison,
la séduction, la trahison, &c. etoient,
disoit-il, les moyens les plus prompts &
les plus surs pour se délivrer de ses en-
nemis, & épargner le sang des soldats;
tized by
166 MERCUREDE FRANCE.
son habileté pour l'exécution de ses de-
testables maximes étoit si surprenante,
qu'il étoit presque impossible d'échappe
à ses embûches. Sa pénétration & sa pré-
sence d'esprit dans les circonstances cri-
tiques, etoient si extraordinaires, & ce
Prince étoit si fertile en expédiens, que
le vulgaire s'imaginoit qu'il étoit inspire
par quelque Démon familier.
Enfin cet Empereur neut point de
principes réels de vertu. Ce n'étoit qu'un
hypocrite & un imposteur qui se jouoit
de Dieu & des hommes. S'il étoit frugal
sobre, modeste, religieux, c'étoit plu-
tôt par goût, par humeur, par tempera-
ment que par vertu. Sa santé exigeoit
qu'il vecût avec tempérance & frugalité,
il s'en faisoit honneur devant les hom-
mes, pour avoir occasion de persécuter
ceux qui étoient sujets à l'intempérance,
& aux excès du boire & du manger; lors-
que ses intérêts, sa vengeance, sa ja-
lousie, son avarice ou son ambition exi-
geoient quelques victimes, il coloroit du
prérexte de Religion ou du bien de l'Etat,
la perte ou la disgrace de ses ennemis;
ses amis mêmen en étoient souvent pas
exempts. Aurengzeb sçut par la seule
crainte de son nom maintenir la tranqui-
lité de ses Etats, arrêter les projets de
FEVRIER. 1752. 167
ses fils, les tenir toujours dans la dé-
pendance, & inspirer à ses sujets la
crainte dont il étoit continuellement agi-
té. En un mot ce Prince fut un fils dé-
naturé, un mauvais pere, perfide ami,
ennemi redoutable, infidele, parjure,
cruel, avare, imposteur, détesté de tous
ses sujets & de ses propres enfans.
Pour achever de peindre Aurengzeb,
nous ajouterons un trait, & nous nous
servirons encore des propres termes de
M. l'Abbé de Marigny.
Aurengzeb fit publier dans ses Etats
que tous les Faquirs eussent à se rendre
à un jour marqué dans une plaine qu'il
leur indiqua, afin d'avoir le plaisir de
manger avec eux; après le repas, Au-
rengzeb fit apporter des calaques neuves
qu il avoit fait faire exprès, & en fit pré-
sent d'une à chaque Faquir, ordonnant en
même tems de s'emparer des vieux habits,
& de les metre en un tas. Les Faquirs fi-
rent beaucoup de difficultés pout quitter
leurs haillons & pour accepter un habit.
neuf, mais il fallut obéir. Aurengzeb fit
ensuite brûler toutes ces hardes, & lors-
qu'elles furent brûlées, on trouva quan-
tité d'or & d'argent. Ce Prince n'igno-
roit pas les ruses de ces prétendus moi-
nes: il sçavoit qu'ils recevoient beau-
168 MERCUREDE FRANCE.
coup pat le moyen des aumônes, & qu
cet argent étoit coulu dans les replis d:
leurs habits; c est ce qui l'engagea à s.
rendre maître des vieilles hardes, sous
prétexte qu'il vouloit gratifier les man-
dians d'un habit neuf.
des Arabes ; par M. l'Abbé de Marigny,
Tom. 3 & 4. A Paris chez Gissey
Bordelei & Ganeau.
Le commencement de l'Ouvrage que
nous annonçons a paru mê liocrement in-
teressant; les Scenes sont plus vives, plus
variées & plus importantes dans les deux
nouveaux volumes qu'on nons donne au-
jourd'hui; le cinquiême & le sixième se-
ront encore plus agréables pour nous
parce que l'Europe, la France même se-
ront le Théâtre d'une grande partie des
évenemens que l'on y lira. LesRévolutions
arrivées dans le Mogol & dans la Perse,
occupent l'Historien dans les deux volu-
mesqu'il vient de publier. LePrince le plus
célebre de ces deux vastes Empires, c'est
Aurengzeb mort en 1707. Voici le por-
trait qu'en fait M. l'Abbé de Marigny.
Aurengzeb n avoit rien de grand dans
l'extérieur, son visageétoit sec & déchar-
né, il avoit les yeux vifs, & qui sem-
164 MERCUREDEFRANCE.
bloient percet jusques dans l'intérieur &
ceux qu'il regardoit. Les mouvemens &
son visage laisserent rarement pénétre
les sentimens dont il étoit affecté, soit
de joie ou de tristesse. Une profonde dis-
simulation étoit le point fondamental
de sa politique. Il étoit impénétrable aux
plus claitvoyans, soit dans ses discours,
soit dans sa conduite; tonjours maître de
son extérieur, il ne laissoit point voir ce
qci se passoit dans le fond de son coeur,
& il ne confioit jamais ses pensées à ses
femmes, à ses amis ou à ses enfans. On
loue la régularité de ses moeurs qui
étoient conformes aux principes moraux,
son assiduité aux prices publiques, où
il édifioit les plus religieux; son absti-
nence du vin & des autres plaisirs inno-
cens, dont il ne faisoit aucun usage. Il
parut touiours occupé de ses devoirs,
iors même qu'il n'étoit que Vice-Roi de
Decan. Curieux de s'instruire sut tout ce
qui regardoit le Gouvernement civil ou
militaite, il écoutoit avec pla sir ceux
qui étoient capables de lui donner des
instructions sur ce sujet. Ce Prince étoit
extremement sérieux, parloit peu, & af-
fectoit une modestie extraordinaire, soit
dans ses meubles, ses habits, ou dans ses
équipages; desorte que cet exterieur se-
FEVRIER. 1752.
165
vere, & cette grande simpiicité annon-
çoient plûtôt un Philosophe qu'un grand
Prince. L'ambition cependant étoit le
grand mobile de toutes ses actions, &
Ion peut dire que ce fut cette passion
qui le porta aux plus grands crimes. Tout
ce qui le pouvoit conduire au Thrône
lui parut permis, & les devoirs les plus
sacres ne furent pas capables de l'arrêtet
dans l'exécution de ses desseins. Il ne res-
pectoit ni les jugemens du Public, ni la
Religion même qu'il fit souvent servir
à ses vûes politiques. Il ne du: ses plus
grands succès qu'à ses ruses & à sa fourbe-
rie. Il étoit jaloux du mérite des autres
& de ses enfans même, & leurs succès
lui causoient les plus grands chagrins ;
son coeur étoit inaccessible à la clémence,
à la générosité, & à la reconnoissance;
l'avarice, la mésiance & la cruautéj
trouvoient seulement place. Son génie
étoit vaste, il rassembloit dans un seul
point de vue les projets les plus impor-
tans, & en découvroit en même temps
toutes les difficultés & les différens
movens pour les faire réussir. Le poison,
la séduction, la trahison, &c. etoient,
disoit-il, les moyens les plus prompts &
les plus surs pour se délivrer de ses en-
nemis, & épargner le sang des soldats;
tized by
166 MERCUREDE FRANCE.
son habileté pour l'exécution de ses de-
testables maximes étoit si surprenante,
qu'il étoit presque impossible d'échappe
à ses embûches. Sa pénétration & sa pré-
sence d'esprit dans les circonstances cri-
tiques, etoient si extraordinaires, & ce
Prince étoit si fertile en expédiens, que
le vulgaire s'imaginoit qu'il étoit inspire
par quelque Démon familier.
Enfin cet Empereur neut point de
principes réels de vertu. Ce n'étoit qu'un
hypocrite & un imposteur qui se jouoit
de Dieu & des hommes. S'il étoit frugal
sobre, modeste, religieux, c'étoit plu-
tôt par goût, par humeur, par tempera-
ment que par vertu. Sa santé exigeoit
qu'il vecût avec tempérance & frugalité,
il s'en faisoit honneur devant les hom-
mes, pour avoir occasion de persécuter
ceux qui étoient sujets à l'intempérance,
& aux excès du boire & du manger; lors-
que ses intérêts, sa vengeance, sa ja-
lousie, son avarice ou son ambition exi-
geoient quelques victimes, il coloroit du
prérexte de Religion ou du bien de l'Etat,
la perte ou la disgrace de ses ennemis;
ses amis mêmen en étoient souvent pas
exempts. Aurengzeb sçut par la seule
crainte de son nom maintenir la tranqui-
lité de ses Etats, arrêter les projets de
FEVRIER. 1752. 167
ses fils, les tenir toujours dans la dé-
pendance, & inspirer à ses sujets la
crainte dont il étoit continuellement agi-
té. En un mot ce Prince fut un fils dé-
naturé, un mauvais pere, perfide ami,
ennemi redoutable, infidele, parjure,
cruel, avare, imposteur, détesté de tous
ses sujets & de ses propres enfans.
Pour achever de peindre Aurengzeb,
nous ajouterons un trait, & nous nous
servirons encore des propres termes de
M. l'Abbé de Marigny.
Aurengzeb fit publier dans ses Etats
que tous les Faquirs eussent à se rendre
à un jour marqué dans une plaine qu'il
leur indiqua, afin d'avoir le plaisir de
manger avec eux; après le repas, Au-
rengzeb fit apporter des calaques neuves
qu il avoit fait faire exprès, & en fit pré-
sent d'une à chaque Faquir, ordonnant en
même tems de s'emparer des vieux habits,
& de les metre en un tas. Les Faquirs fi-
rent beaucoup de difficultés pout quitter
leurs haillons & pour accepter un habit.
neuf, mais il fallut obéir. Aurengzeb fit
ensuite brûler toutes ces hardes, & lors-
qu'elles furent brûlées, on trouva quan-
tité d'or & d'argent. Ce Prince n'igno-
roit pas les ruses de ces prétendus moi-
nes: il sçavoit qu'ils recevoient beau-
168 MERCUREDE FRANCE.
coup pat le moyen des aumônes, & qu
cet argent étoit coulu dans les replis d:
leurs habits; c est ce qui l'engagea à s.
rendre maître des vieilles hardes, sous
prétexte qu'il vouloit gratifier les man-
dians d'un habit neuf.
Fermer
2081
p. 191-195
DE STOKHOLM, le 24 Décembre.
Début :
La Diette a repris ses Séances, & le bruit court qu'il a été résolu dans le Committé secret, [...]
Mots clefs :
Roi, Royaume, États, Lois, Nation, Suède, Prince, Diète
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE STOKHOLM, le 24 Décembre.
DE STOKHOLM, le 24 Décembre.
La Diette a repris ses Séances, & le bruit
court qu'il a été résolu dans le Committé secret,
d'employer de nouvelles instances auprès
du Comte de Tessin, pour l'engager à ne point se
démettre de ses emplois. Les Députés de la Com-
pagnie des Indes Orientales sons retournés à Got-
tembourg, aprés avoir eu une seconde audience
du Roi, qui leur a promis de ne négliger rien de
ce qui pourroit contribuer aux progrès du Com-
merce de cette Compagnie.
Lorsque les Etats du Royaume se présenterent
devant le Tiône pour rendre leur soi & hommage
au Roi, le Comte de Tessin, coutinuant d'ex-
ercer la dignité de Président du Collége de la
Chancellerie, leur adressa le discours suivant.
»Exhorter les Suédois à la soumission & à la fideli-
»té pour leur Souverain, ce seroit paroître avoir
„oublié à quel point ils ont toujours portés ses
aOO
192 MERCURE DE FRANCE.
„sentimens, le sang qu'ils ont répandu en tant
»d'occasions, & toutes les circonstances, soit
» passées, soit présentes, consirment sussisam-
„ment, qu'il n'y a aucune considération humai.
nne, qui puisse faire balancer la Nation sur l'ac-
„complissement de pareils devoirs. Ces mêmes
„ sentimens se lisent dans vos ye ix, aujourd'hui
„que les Couronnes de Suéde, des Goths & des
„Vandales, sont sur la tête d'un Prince, dont
»la Maison est si étroitement liée avec celle des
„Gustaves, & qui pendant huit années en-
„tieres, & dans les tems les plus difficiles, a don-
„né des preuves reiterées de son dévouement
„pour le Royaume. Quelque difficiles qu'avent
»été ces tems; quelque compliqués qu'ayent
»été les soins qu'il a falu se donner, le Roi y a
„trouvé cette satisfaction, que chaque moment
„lui a fourni les moyens de nous convaincre de
uson amour paternel. Si-je voulois entrer dans
l'énumération des marques que nous en avons
„ reçues, & des vertus qui compolent le caractere
»de Sa Majesté, je ne ferois que rappeller ce qui
„ depuis long-tenis est gravé dans vos tœeurs.
„Qu'il me soit permis cependant de tracer en peu
„de mots, une légere esquisse du portrait d'un
„Monarque né pour la gloire de la Suéde L'ob-
»jet unique des désirs de ce Prince, est de nous
»renddre heureux, & il veut devoir son autorité
„beaucoup moins aux loix qu'à notre affection
» & à notre reconnoissance. Tel est le Roi que les
»Etats réverent sur le Trône, où l'a placé un
„choix libre & unanime, & où l'appelloient
»ses qualités éminentes. Appprochez donc, &
venez lui rendre vos hommages; prêtez pour
„vous, & pout la Nation qui vous autorise à
»cet effet, le serment d'une fidélité inébranla-
»ble.
FEVRIER. 1752.
193
oble Promettez que dans tous les tems, & dans
»quelques reveis que vour plissiez essuyer, vous
„ demeurerez soumis, suivant les Loix du Royau-
»me, & su vent la forme du Gouvernement
»au Très Puissant Prince Adolphe Fréséric, Roi
»de Suéde, des Goths, & des Vandales. Liez
„vos ames à celles du Roi, & posez vos mains
»dans celles de Sa Majesté, vouez-lui & confir,
»mez-luivotre obéissance & votre dévouement
„tant en votre nom, qu'au nom de vos conci-
»toyens, de vos enfans & de leur postérité.
Voici le sermant que le Roi a prété le jour
de son Couronnement Moi, Adolphe-Frederie.
»promets & jure devant Dieu & sur son saint
» Evangile: 1. que je veux aimer Dien & sa
»sainte Fglise; conserver & maintenir tous les
„ Etats du Royaume dans la pratique & l'obser.
»vance de la pure Doctrine, suivant l'afsuran-
„ce que j'en ai donnée; défendre l'Eglise & ses
„ droits, & proteger avec la même attention les
»droits de la Couronne & ceux de la Nation Sué-
„doise: 29. que je veux aimer, garder & ob-
»server la justice & la vérité; réptimer l'iniqui-
»té & l'injustice, faire servir à ces deux fius l'u-
„sage de ma puissance Royale: 3. que je veux
»être le même pour tous mes sujets, tellement
„ qu'aucun d'entre eux, soit pauvte, soit riche,
»de haute ou de basse condition, qui tomberoit
»dans quelque faute, n'ait rien à craindre pour
„ sa personne ni pour ses biens, sans avoii été
„convaincu & jugé de la maniere que les Loix
„ du Royaume & les fo mes juridiques le pres-
„crivent : 4. que je veux gouverner le Royau-
„ me avec l'avis & l'assistance des Senateurs, &
»d'autres personnes nées en Suède, & attachées
nau pays pat leur naissance & par leur serment,
194 MERCUREDE FRANCE.
„sans agit autrement qu'avec seur participation:
»5°. que je veux maintenit l'Etat & la Nation
dans la possession de ses frontieres, & dans la
o jonissance de ses revenus annuels; en sorte
„qu'il n'en soit rien distrait ou diminué au préju-
„dice de mes Succcsseurs: 6°. comme par l'Acte
o d'assurance donnée à mon avenement au Trô-
»ne, j'ai rejetté le pouvoit arbitraire & despo-
ntique, & que je ne l'introduitai jamais, ni ne
u souffiirai qu'il soit introduit par d'autres, je
o promets & jure aussi de protéger les Etas du
Royaume dans leurs personnes & dans la jouis-
»sance de leurs privilèges duement acquis; de
nconserver les Loix & les Reglemens établis du
»commun consentement des Etats; de ne pas
"souffrir que l'injustice prévale jamais sur la
„justice, & de ne point permettre que ni Droit
»Etranger, ni Loix nouvelles, soient introduits
„dans le Royaume que sous le bon plaisir des
„mêmes Etats : 7° je n'entreprendrai jamais de
»guerre, & n'imposerai aucune charge à mes
» Sujets, qu'avec la participation desdits Etats,
„dans des choses de cette nature, ou autres sem-
»blables, je me conformerai au contenu de
„ de l'Acte d'assurance, ainsi qu'au Réglement
»par lequel la forme de Régence a été établie
"en 1710: 8 de plus, je défendrai & proté-
"gerai tout le Corps des Citoyenes en général
"parriculiérement ceux, qui étant d'un caracte-
"re pacisique, mettent leur bonheur à vivre en
»paix & suivant la Loi. Je les protégerai contre
"tous esprits inquiers & torbulens, soit du
»Pays, soit Etrangers. Et comme la paix & la
a concorde sont des biens inestimables, je m'at-
»tacherai à faire tégner & à fortifier l'une &
»l'autre dans l'Eglise, dans les Conseils, dans
FEVRIER.
1752.
195
les familles, dans l'administration publique &
» & particuliere. J'employerai avec la même ap-
plication tous mes soins à réprimer sévérement
»tout ce ce qui pourroit être un sujet de trou-
ble.
La Diette a repris ses Séances, & le bruit
court qu'il a été résolu dans le Committé secret,
d'employer de nouvelles instances auprès
du Comte de Tessin, pour l'engager à ne point se
démettre de ses emplois. Les Députés de la Com-
pagnie des Indes Orientales sons retournés à Got-
tembourg, aprés avoir eu une seconde audience
du Roi, qui leur a promis de ne négliger rien de
ce qui pourroit contribuer aux progrès du Com-
merce de cette Compagnie.
Lorsque les Etats du Royaume se présenterent
devant le Tiône pour rendre leur soi & hommage
au Roi, le Comte de Tessin, coutinuant d'ex-
ercer la dignité de Président du Collége de la
Chancellerie, leur adressa le discours suivant.
»Exhorter les Suédois à la soumission & à la fideli-
»té pour leur Souverain, ce seroit paroître avoir
„oublié à quel point ils ont toujours portés ses
aOO
192 MERCURE DE FRANCE.
„sentimens, le sang qu'ils ont répandu en tant
»d'occasions, & toutes les circonstances, soit
» passées, soit présentes, consirment sussisam-
„ment, qu'il n'y a aucune considération humai.
nne, qui puisse faire balancer la Nation sur l'ac-
„complissement de pareils devoirs. Ces mêmes
„ sentimens se lisent dans vos ye ix, aujourd'hui
„que les Couronnes de Suéde, des Goths & des
„Vandales, sont sur la tête d'un Prince, dont
»la Maison est si étroitement liée avec celle des
„Gustaves, & qui pendant huit années en-
„tieres, & dans les tems les plus difficiles, a don-
„né des preuves reiterées de son dévouement
„pour le Royaume. Quelque difficiles qu'avent
»été ces tems; quelque compliqués qu'ayent
»été les soins qu'il a falu se donner, le Roi y a
„trouvé cette satisfaction, que chaque moment
„lui a fourni les moyens de nous convaincre de
uson amour paternel. Si-je voulois entrer dans
l'énumération des marques que nous en avons
„ reçues, & des vertus qui compolent le caractere
»de Sa Majesté, je ne ferois que rappeller ce qui
„ depuis long-tenis est gravé dans vos tœeurs.
„Qu'il me soit permis cependant de tracer en peu
„de mots, une légere esquisse du portrait d'un
„Monarque né pour la gloire de la Suéde L'ob-
»jet unique des désirs de ce Prince, est de nous
»renddre heureux, & il veut devoir son autorité
„beaucoup moins aux loix qu'à notre affection
» & à notre reconnoissance. Tel est le Roi que les
»Etats réverent sur le Trône, où l'a placé un
„choix libre & unanime, & où l'appelloient
»ses qualités éminentes. Appprochez donc, &
venez lui rendre vos hommages; prêtez pour
„vous, & pout la Nation qui vous autorise à
»cet effet, le serment d'une fidélité inébranla-
»ble.
FEVRIER. 1752.
193
oble Promettez que dans tous les tems, & dans
»quelques reveis que vour plissiez essuyer, vous
„ demeurerez soumis, suivant les Loix du Royau-
»me, & su vent la forme du Gouvernement
»au Très Puissant Prince Adolphe Fréséric, Roi
»de Suéde, des Goths, & des Vandales. Liez
„vos ames à celles du Roi, & posez vos mains
»dans celles de Sa Majesté, vouez-lui & confir,
»mez-luivotre obéissance & votre dévouement
„tant en votre nom, qu'au nom de vos conci-
»toyens, de vos enfans & de leur postérité.
Voici le sermant que le Roi a prété le jour
de son Couronnement Moi, Adolphe-Frederie.
»promets & jure devant Dieu & sur son saint
» Evangile: 1. que je veux aimer Dien & sa
»sainte Fglise; conserver & maintenir tous les
„ Etats du Royaume dans la pratique & l'obser.
»vance de la pure Doctrine, suivant l'afsuran-
„ce que j'en ai donnée; défendre l'Eglise & ses
„ droits, & proteger avec la même attention les
»droits de la Couronne & ceux de la Nation Sué-
„doise: 29. que je veux aimer, garder & ob-
»server la justice & la vérité; réptimer l'iniqui-
»té & l'injustice, faire servir à ces deux fius l'u-
„sage de ma puissance Royale: 3. que je veux
»être le même pour tous mes sujets, tellement
„ qu'aucun d'entre eux, soit pauvte, soit riche,
»de haute ou de basse condition, qui tomberoit
»dans quelque faute, n'ait rien à craindre pour
„ sa personne ni pour ses biens, sans avoii été
„convaincu & jugé de la maniere que les Loix
„ du Royaume & les fo mes juridiques le pres-
„crivent : 4. que je veux gouverner le Royau-
„ me avec l'avis & l'assistance des Senateurs, &
»d'autres personnes nées en Suède, & attachées
nau pays pat leur naissance & par leur serment,
194 MERCUREDE FRANCE.
„sans agit autrement qu'avec seur participation:
»5°. que je veux maintenit l'Etat & la Nation
dans la possession de ses frontieres, & dans la
o jonissance de ses revenus annuels; en sorte
„qu'il n'en soit rien distrait ou diminué au préju-
„dice de mes Succcsseurs: 6°. comme par l'Acte
o d'assurance donnée à mon avenement au Trô-
»ne, j'ai rejetté le pouvoit arbitraire & despo-
ntique, & que je ne l'introduitai jamais, ni ne
u souffiirai qu'il soit introduit par d'autres, je
o promets & jure aussi de protéger les Etas du
Royaume dans leurs personnes & dans la jouis-
»sance de leurs privilèges duement acquis; de
nconserver les Loix & les Reglemens établis du
»commun consentement des Etats; de ne pas
"souffrir que l'injustice prévale jamais sur la
„justice, & de ne point permettre que ni Droit
»Etranger, ni Loix nouvelles, soient introduits
„dans le Royaume que sous le bon plaisir des
„mêmes Etats : 7° je n'entreprendrai jamais de
»guerre, & n'imposerai aucune charge à mes
» Sujets, qu'avec la participation desdits Etats,
„dans des choses de cette nature, ou autres sem-
»blables, je me conformerai au contenu de
„ de l'Acte d'assurance, ainsi qu'au Réglement
»par lequel la forme de Régence a été établie
"en 1710: 8 de plus, je défendrai & proté-
"gerai tout le Corps des Citoyenes en général
"parriculiérement ceux, qui étant d'un caracte-
"re pacisique, mettent leur bonheur à vivre en
»paix & suivant la Loi. Je les protégerai contre
"tous esprits inquiers & torbulens, soit du
»Pays, soit Etrangers. Et comme la paix & la
a concorde sont des biens inestimables, je m'at-
»tacherai à faire tégner & à fortifier l'une &
»l'autre dans l'Eglise, dans les Conseils, dans
FEVRIER.
1752.
195
les familles, dans l'administration publique &
» & particuliere. J'employerai avec la même ap-
plication tous mes soins à réprimer sévérement
»tout ce ce qui pourroit être un sujet de trou-
ble.
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2082
p. 195-197
DE COPPENHAGUE, le 11 Décembre.
Début :
Il paroît des copies de l'Exposé que le Roi a envoyé à ses Ministres dans les Cours Etrangeres, [...]
Mots clefs :
Longueville, Reine, Traité, Prince, Ports, Sainte Croix, Commerce, Maroc, Danois
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE COPPENHAGUE, le 11 Décembre.
DE COPPENHAGUE, le 11 Décembre.
Il paroît des copies de l'Exposé que le Roi a envoyé
à ses Ministres dans les Cours Etrangeres,
touchant l'affaire qui regarde les Ports de Sainte
Croix & de Saffia. Cet exposé porte que Sa Ma-
jesté, toujours attentive à favoriser le commerce
de ses Sujets, accorda il y a quelques mois une
escorte de deux de ses Fregates aux Navires des-
tinés pour les deux Ports ci dessus nommés; qu'en
même tems elle chargea le sieur de Longueville,
Lieutenant Colonel dans ses troupes, de négocier
à la Cour de Maroc un traité de commerce, &
d'y sollicitet les permissions néceessaires pour que
les Danois pusseat trasiquer librement dans les Etata
de l'Empereur de Maroc; que les instructions du
sicur de Longueville étoient simples & positives.
& qu'il étoit charge seulement d'obtenir pour les
Sujets du Roi, les mêmes avantages dont jouis-
soiens d'autres Nations, que telles ont été les vues de
SaMajesté, & tels ont été ses commandemens, qu'elle
n'a donc pû qu'être extrêment surprise, en appre-
naut que le sieur de Longueville, entraîné par un
zéle inconsidéré, s'étoit écarté de l'obéissance
exacte dûc aux ordres qu'elle lui avoit donnés, &
qu'il avoit conclu avec le Prince Sidy-Mahomet
fils de l'Empereur de Maroc, & Commandant
dans les Ports de Sainte-Croix & de Saffia, un
Traité en vertu duquel les Danois devoient pren
Iij
ad by Goc
196 MERCUREDEFRANCE.
dre à ferme le commerce de la premiere de ces
deux Places, & le faire exclusivement à tous les
autres Peuples de l'Europe; que le Roi n'a point
ratifie ce Traité, dont il n'etoit pas difficile de pré.
venn les conséquences, que Sa Majesté étoit oc-
cupée du soin de les prévenir, losqu'elle fut infor-
mée par une lettre du sicur de Longueville, dattée
du 27 Sepembre detnier, que l'Empereur de Ma-
roc, non seulement avoit désaprouvé le Traité
signé par le Prince son fils, mais même avoit fait
signifier les ariêts au sieur de Longueville, & sé-
questier les effers des Danois qui sont à Sainte-
Croix
Depuis quelque tems la Reine étoir incommo-
dée d'une liernie, le mal étant devenu d'autant
plus dangereux que cette Princesse approchoit de
la fin de sa grossesse, les Médecins & les Chirurgiens
firent le 11 une consultation; Ils jugerent qu'il
ne restoit d'aurte ressource que de faire à Sa Ma-
jeste une incision latérale pour temettre les instins
dans leur plaee. Quelque douloureuse que dût
etre cette opération, la Reine se détermina à la
souffrir. L'operation fut faite le même jour au soir
aussi heureusement qu'on pouvoit le souhiaiter, &
le 17 on commençoit à augurer favorablement
de l'état de Sa Majesté, mais la nuit du 18 au 19,
on perdit toute espérance, & vers les quatre
heures du matin la Reine mourut, ayrès avoir
donné les marques de la piété la plus solide & de
la plus parfaite résignation. Cette Princesse, qui
se nommoit Louise Suphie Magdelaine étoit agee
de vingt six ans, onze mois & vingi jours, étant
née le 19 Décembre 1714. Elle étoit la cinquiéme
fille de Georges II, Roi de la Grande Bietagne
& Electeur de Hanover, & de Guillelmine Do-
rothée de Brandebourg-Anspach, morte le pre-
zed by Goc
FEVRIER. 1752.
197
mier Décembre 1737. Le 9 Novembre 1743 elle
avoit épousé le Roi, & de lent mariage sont
nés le Prince Royal & les Princesles Sophie-Ma-
gdelaine, Louise Guillelmine Caroline, & Louise.
La Reine réunissoit toutes les qualités les plus
propres à la faire chérir & respecter. En ouvrant
son corps, on a reconnu que l'enfant, dont elle
étoit enceinte, étoit un Prince. Cette circonstance
redouble l'affliction du Roi, sur qui la mort de la
Reine a fait une telle impression, qu'il en est tombé
malade, & qu'il a deja eu deux accès de fievre.
Il paroît des copies de l'Exposé que le Roi a envoyé
à ses Ministres dans les Cours Etrangeres,
touchant l'affaire qui regarde les Ports de Sainte
Croix & de Saffia. Cet exposé porte que Sa Ma-
jesté, toujours attentive à favoriser le commerce
de ses Sujets, accorda il y a quelques mois une
escorte de deux de ses Fregates aux Navires des-
tinés pour les deux Ports ci dessus nommés; qu'en
même tems elle chargea le sieur de Longueville,
Lieutenant Colonel dans ses troupes, de négocier
à la Cour de Maroc un traité de commerce, &
d'y sollicitet les permissions néceessaires pour que
les Danois pusseat trasiquer librement dans les Etata
de l'Empereur de Maroc; que les instructions du
sicur de Longueville étoient simples & positives.
& qu'il étoit charge seulement d'obtenir pour les
Sujets du Roi, les mêmes avantages dont jouis-
soiens d'autres Nations, que telles ont été les vues de
SaMajesté, & tels ont été ses commandemens, qu'elle
n'a donc pû qu'être extrêment surprise, en appre-
naut que le sieur de Longueville, entraîné par un
zéle inconsidéré, s'étoit écarté de l'obéissance
exacte dûc aux ordres qu'elle lui avoit donnés, &
qu'il avoit conclu avec le Prince Sidy-Mahomet
fils de l'Empereur de Maroc, & Commandant
dans les Ports de Sainte-Croix & de Saffia, un
Traité en vertu duquel les Danois devoient pren
Iij
ad by Goc
196 MERCUREDEFRANCE.
dre à ferme le commerce de la premiere de ces
deux Places, & le faire exclusivement à tous les
autres Peuples de l'Europe; que le Roi n'a point
ratifie ce Traité, dont il n'etoit pas difficile de pré.
venn les conséquences, que Sa Majesté étoit oc-
cupée du soin de les prévenir, losqu'elle fut infor-
mée par une lettre du sicur de Longueville, dattée
du 27 Sepembre detnier, que l'Empereur de Ma-
roc, non seulement avoit désaprouvé le Traité
signé par le Prince son fils, mais même avoit fait
signifier les ariêts au sieur de Longueville, & sé-
questier les effers des Danois qui sont à Sainte-
Croix
Depuis quelque tems la Reine étoir incommo-
dée d'une liernie, le mal étant devenu d'autant
plus dangereux que cette Princesse approchoit de
la fin de sa grossesse, les Médecins & les Chirurgiens
firent le 11 une consultation; Ils jugerent qu'il
ne restoit d'aurte ressource que de faire à Sa Ma-
jeste une incision latérale pour temettre les instins
dans leur plaee. Quelque douloureuse que dût
etre cette opération, la Reine se détermina à la
souffrir. L'operation fut faite le même jour au soir
aussi heureusement qu'on pouvoit le souhiaiter, &
le 17 on commençoit à augurer favorablement
de l'état de Sa Majesté, mais la nuit du 18 au 19,
on perdit toute espérance, & vers les quatre
heures du matin la Reine mourut, ayrès avoir
donné les marques de la piété la plus solide & de
la plus parfaite résignation. Cette Princesse, qui
se nommoit Louise Suphie Magdelaine étoit agee
de vingt six ans, onze mois & vingi jours, étant
née le 19 Décembre 1714. Elle étoit la cinquiéme
fille de Georges II, Roi de la Grande Bietagne
& Electeur de Hanover, & de Guillelmine Do-
rothée de Brandebourg-Anspach, morte le pre-
zed by Goc
FEVRIER. 1752.
197
mier Décembre 1737. Le 9 Novembre 1743 elle
avoit épousé le Roi, & de lent mariage sont
nés le Prince Royal & les Princesles Sophie-Ma-
gdelaine, Louise Guillelmine Caroline, & Louise.
La Reine réunissoit toutes les qualités les plus
propres à la faire chérir & respecter. En ouvrant
son corps, on a reconnu que l'enfant, dont elle
étoit enceinte, étoit un Prince. Cette circonstance
redouble l'affliction du Roi, sur qui la mort de la
Reine a fait une telle impression, qu'il en est tombé
malade, & qu'il a deja eu deux accès de fievre.
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2083
p. 197-198
DE VIENNE, le 19 Décembre.
Début :
Il s'est tenu une conférence entre le Baron de Burmania, Envoyé Extraordinaire, des Etats [...]
Mots clefs :
États, Reine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE VIENNE, le 19 Décembre.
DE VIENNE, le 19 Décembre.
Il s'est tenu une conférence entre le Baron de
Burmania, Envoyé Extraordinaire, des Etats
Géneraux des Provinces Unies, & les Ministres
de l'Imperattice Reine. L'affaire des limites, en-
tre les 1 tats de cette Princesse, & le territoire de
la République de Venise, est fort avancée, & l'on
ne doute pas qu'elle ne soit terminée au com-
mencement du Printems prochain, le Commis-
saires des deux Puissances devant s'assemblet vers
ce tems, pour diesser à ce lujet une convention
definitive.
Il est arrivé ici des Pays étrangers un grand
nombre d'ouvriets. L'Impératrice Reine, après
les avoir fait examiner sur la nature de leurs ta-
lens & sur le degié de leur capacité, les a enga-
gés pour un certain tems à son service. Un Con-
seiller du College de Commerce, doit se rendre
dans les principales Villes des Etats Héréditaires
pour y donner divers ordres relatifs à la pefection
des Manufactures & des Fabiiques, & pour en
1 ii
ad by Goc
198 MERCUREDEFRANCE.
établir de nouvelles dans les endroits, où il juger,
qu'elles peuvent être utiles.
L'Archevêque de cette Ville a fait publier un
Mandement, pat lequel il exhorte les Fidéles de
son Diocése, a ne point faire l'aumône aux vaga-
bonds, que la trop grande liberalité des person-
nes charitables entretiennent dans l'oisiveté. Il
invite en même tems les Diocésains, à déposer
entre les mains des Trésotiers des Pauvres les
sommes qu'ils jugeront à propos de donner, asin
que la repartition en soit faite aux véritables indi-
gens, & proportionnellement à leurs besoins.
Il s'est tenu une conférence entre le Baron de
Burmania, Envoyé Extraordinaire, des Etats
Géneraux des Provinces Unies, & les Ministres
de l'Imperattice Reine. L'affaire des limites, en-
tre les 1 tats de cette Princesse, & le territoire de
la République de Venise, est fort avancée, & l'on
ne doute pas qu'elle ne soit terminée au com-
mencement du Printems prochain, le Commis-
saires des deux Puissances devant s'assemblet vers
ce tems, pour diesser à ce lujet une convention
definitive.
Il est arrivé ici des Pays étrangers un grand
nombre d'ouvriets. L'Impératrice Reine, après
les avoir fait examiner sur la nature de leurs ta-
lens & sur le degié de leur capacité, les a enga-
gés pour un certain tems à son service. Un Con-
seiller du College de Commerce, doit se rendre
dans les principales Villes des Etats Héréditaires
pour y donner divers ordres relatifs à la pefection
des Manufactures & des Fabiiques, & pour en
1 ii
ad by Goc
198 MERCUREDEFRANCE.
établir de nouvelles dans les endroits, où il juger,
qu'elles peuvent être utiles.
L'Archevêque de cette Ville a fait publier un
Mandement, pat lequel il exhorte les Fidéles de
son Diocése, a ne point faire l'aumône aux vaga-
bonds, que la trop grande liberalité des person-
nes charitables entretiennent dans l'oisiveté. Il
invite en même tems les Diocésains, à déposer
entre les mains des Trésotiers des Pauvres les
sommes qu'ils jugeront à propos de donner, asin
que la repartition en soit faite aux véritables indi-
gens, & proportionnellement à leurs besoins.
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2084
p. 198-199
DE BERLIN, le 25 Décembre.
Début :
Léopold-Maximilien, Prince Régent d'Anhalt-Dessau, Prince de l'Empire, Chevalier de l'Ordre [...]
Mots clefs :
Prince régent, Anhalt-Dessau, Köthen, Plötzkau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE BERLIN, le 25 Décembre.
DE BERLIN, le 25 Décembre.
Léopold-Maximilien, Prince Régent d'Anhalt-Dessau,
Prince de l'Empire, Chevalier de l'Ordre
de l'Aigle Noir, Feldt-Matéchal des Armées
du Roi, & Gouverneur de Magdebourg, mourut
à Migdebourg le 15 de ce mois, âge de cin-
quante & un an, deux mois & vingt jours, étane
ne l: 25 Septembre 1700. II avoit épouse Gisele-
Hentiette d'Anhalt-Coethen, fille d'Auguste-
Louis, Prince Régent d'Anhalt-Coethen, morte
le 20 Avril dernier, & il laisse de son mariage se
Pr.nce Léopold Frederic-François, né le 10 Août
1740; le Prince Jean George, né le 28 Janvier
1748; le Prince Albert, né le 22 Avril 1750; &
les Princesses Henriette-Cathetine-Agnès, née le
4 Juin 1744; Marie-Léopoldine, née le 18 No-
vembre 1746, & Casimire, née le 19 Janviet
1749. Le Prince Thierty d'Anhalt-Dessau, frere
du feu Prince Régent, est chargé de la tutelle de
ces Princes & de ces Princesses, & il auta l'admi-
nistration de la Principauté de Dessau jusqu'à la
majorité du Priuce Léopold-Frederic-François.
jitized by Goo
199
1752.
FEVRIER.
On sçait que la Maison d'Anhalt vient de Bern-
hard, Electeur de Saxe. Henti, second fils de
Bernhard, fut Comte d'Ascanie. L'Empereut
Frederic II. le fit Prince d'Anhalt, & lui donna
tous les Fiess qu'il put séparer du Margraviat de
Brandebourg & du Duché de Saxe. De ce Henri
descendoit au neuviéme degié Joachim Ernest
d'Anhalt, dont les fils ont formé les cinq bran-
ches de Dessau, de Beinburg, de Ploetzgau, de
Zcibst & de Coethen. Après l'extinction de cette
derniere branche, qui a fini en 1665, la branche
de Ploetzgau prit le nom de Coethen, au lieu de
cel ui de Ploetzgau.
Léopold-Maximilien, Prince Régent d'Anhalt-Dessau,
Prince de l'Empire, Chevalier de l'Ordre
de l'Aigle Noir, Feldt-Matéchal des Armées
du Roi, & Gouverneur de Magdebourg, mourut
à Migdebourg le 15 de ce mois, âge de cin-
quante & un an, deux mois & vingt jours, étane
ne l: 25 Septembre 1700. II avoit épouse Gisele-
Hentiette d'Anhalt-Coethen, fille d'Auguste-
Louis, Prince Régent d'Anhalt-Coethen, morte
le 20 Avril dernier, & il laisse de son mariage se
Pr.nce Léopold Frederic-François, né le 10 Août
1740; le Prince Jean George, né le 28 Janvier
1748; le Prince Albert, né le 22 Avril 1750; &
les Princesses Henriette-Cathetine-Agnès, née le
4 Juin 1744; Marie-Léopoldine, née le 18 No-
vembre 1746, & Casimire, née le 19 Janviet
1749. Le Prince Thierty d'Anhalt-Dessau, frere
du feu Prince Régent, est chargé de la tutelle de
ces Princes & de ces Princesses, & il auta l'admi-
nistration de la Principauté de Dessau jusqu'à la
majorité du Priuce Léopold-Frederic-François.
jitized by Goo
199
1752.
FEVRIER.
On sçait que la Maison d'Anhalt vient de Bern-
hard, Electeur de Saxe. Henti, second fils de
Bernhard, fut Comte d'Ascanie. L'Empereut
Frederic II. le fit Prince d'Anhalt, & lui donna
tous les Fiess qu'il put séparer du Margraviat de
Brandebourg & du Duché de Saxe. De ce Henri
descendoit au neuviéme degié Joachim Ernest
d'Anhalt, dont les fils ont formé les cinq bran-
ches de Dessau, de Beinburg, de Ploetzgau, de
Zcibst & de Coethen. Après l'extinction de cette
derniere branche, qui a fini en 1665, la branche
de Ploetzgau prit le nom de Coethen, au lieu de
cel ui de Ploetzgau.
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2085
p. 199-200
DE MAYENCE, le 12 Janvier.
Début :
Par une nouvelle Ordonnance, concernant les deux Foires qui se tiennent ici tous les ans, l'Electeur [...]
Mots clefs :
Foires, Ordonnance, Électeur, Marchandises, Marchands, Routes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE MAYENCE, le 12 Janvier.
DE MAYENCE, le 12 Janvier.
Par une nouvelle Ordonnance, concernant les
deux Foires qui se tiennent ici tous les ans, l'Electeur
a déclaré qu'aucune des marchandises
apportées à ces Foires, ne pourroit être faisie ni
retenue, à l'occasion des dettes contractées en
d'autres licux, qu'on observeroit pour les Let-
tres de Change, le même cours & le même paye-
ment qui s'observent à Francfort; que les procès
qui suiviendroient, seroient jugés fans frais &
sans délais, en présence de Marchands impar-
tiaux; qu'il y auroit des Courtiers jurés, établis
dans la Bourse pour la commodité du Public;
que le Bureau des emprunts seroit ouvert tous les
jours pendant la durée des Foires, & qu'on gar-
detoit aux Emprunteurs un secret inviolable; que
les grandes routes seroient reparées, & qu'on au-
roit soin de les pourvoit des gltes nécellaires
qu'on veilletoit en même tems à la sureté de ces
routes; que les Négocians, qui voudroient faire
uausporter leurs marchandises par eau, trouve-
Iiiij
200 MERCURE DE FRANCE.
roient des Bâteaux pout cet effet à Aschaffen-
bourg, à Loih, à Selingestad & à Gerasheim;
que pour assurer le ciédit, les Marchands joui-
toient du dioit d'hypothéque conventionnelle
avec préference de payement sur les autres Crean-
ciers. L'Electeur, par la même Ordonnance, ex-
horte ses Sujets de procurer aux Etiangers, qui
fréqsenteront ces Foires, toutes les facilités &
tous les secours dont ils pourront avoir besoin.
Par une nouvelle Ordonnance, concernant les
deux Foires qui se tiennent ici tous les ans, l'Electeur
a déclaré qu'aucune des marchandises
apportées à ces Foires, ne pourroit être faisie ni
retenue, à l'occasion des dettes contractées en
d'autres licux, qu'on observeroit pour les Let-
tres de Change, le même cours & le même paye-
ment qui s'observent à Francfort; que les procès
qui suiviendroient, seroient jugés fans frais &
sans délais, en présence de Marchands impar-
tiaux; qu'il y auroit des Courtiers jurés, établis
dans la Bourse pour la commodité du Public;
que le Bureau des emprunts seroit ouvert tous les
jours pendant la durée des Foires, & qu'on gar-
detoit aux Emprunteurs un secret inviolable; que
les grandes routes seroient reparées, & qu'on au-
roit soin de les pourvoit des gltes nécellaires
qu'on veilletoit en même tems à la sureté de ces
routes; que les Négocians, qui voudroient faire
uausporter leurs marchandises par eau, trouve-
Iiiij
200 MERCURE DE FRANCE.
roient des Bâteaux pout cet effet à Aschaffen-
bourg, à Loih, à Selingestad & à Gerasheim;
que pour assurer le ciédit, les Marchands joui-
toient du dioit d'hypothéque conventionnelle
avec préference de payement sur les autres Crean-
ciers. L'Electeur, par la même Ordonnance, ex-
horte ses Sujets de procurer aux Etiangers, qui
fréqsenteront ces Foires, toutes les facilités &
tous les secours dont ils pourront avoir besoin.
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2086
p. 203-204
DE LONDRES, le 23 Décembre.
Début :
En conséquence du succès des differentes expériences faites, par un Gentilhomme des environs [...]
Mots clefs :
Vers à soie, Angleterre, Parlement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE LONDRES, le 23 Décembre.
DE LONDRES, le 23 Décembre.
En conséquence du succès des differentes expériences
faites, par un Gentilhomme des environs
de cette Capitale, le Gouvernement se propose
d'établir en Angleterre l'usage d'élever des vers à
soye.
Henri de Saint Jean. Vicomre de Bolingbrone,
mourut hier dans sa Terre, près de cette Ville,
âgé de soixante-dix-huit ans. Il passoit avec justi-
ce pour l'un des hommes les plus éclaijés que
l'Angleterre ait produits. Son éloquence lui avoit
acquis de bonne heure une grande réputation
dans la Chambre des Communes. Peu après l'A-
vénement de la Reme Anne au Trône, cette
Princesse le choisit pour reinplir la place de Se-
crétaire des Guerres. En 1710, elle le nomma
Secrétaire d'Etat, & en 1711, elle le créa Pai
Ivj
204 MERCUREDE FRANCE.
de la Grande Bretagne. Les orages, qui s'éleve-
rent contre lui en Angleterre aptès la Paix d'U-
trecht, lui firent perdre sa séance au Parlement,
& l'obligerent même d'abandonner sa Patrie.
Dans la suite, il obtint la permission d'y revenit
& il fut rehabilité dans son Titre de Pair, mais
non dans le droit d'entrer au Parlement.
En conséquence du succès des differentes expériences
faites, par un Gentilhomme des environs
de cette Capitale, le Gouvernement se propose
d'établir en Angleterre l'usage d'élever des vers à
soye.
Henri de Saint Jean. Vicomre de Bolingbrone,
mourut hier dans sa Terre, près de cette Ville,
âgé de soixante-dix-huit ans. Il passoit avec justi-
ce pour l'un des hommes les plus éclaijés que
l'Angleterre ait produits. Son éloquence lui avoit
acquis de bonne heure une grande réputation
dans la Chambre des Communes. Peu après l'A-
vénement de la Reme Anne au Trône, cette
Princesse le choisit pour reinplir la place de Se-
crétaire des Guerres. En 1710, elle le nomma
Secrétaire d'Etat, & en 1711, elle le créa Pai
Ivj
204 MERCUREDE FRANCE.
de la Grande Bretagne. Les orages, qui s'éleve-
rent contre lui en Angleterre aptès la Paix d'U-
trecht, lui firent perdre sa séance au Parlement,
& l'obligerent même d'abandonner sa Patrie.
Dans la suite, il obtint la permission d'y revenit
& il fut rehabilité dans son Titre de Pair, mais
non dans le droit d'entrer au Parlement.
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2087
p. 204
DE LA HAYE, le 7 Janvier.
Début :
On vient de publier un Edit, par lequel les Etats Généraux défendent à toutes personnes [...]
Mots clefs :
États généraux, Billets, Manufactures, Fabriques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE LA HAYE, le 7 Janvier.
DE LA HAYE, le 7 Janvier.
On vient de publier un Edit, par lequel les
Etats Généraux défendent à toutes personnes
tant nationales qu'étrangeres, de s'employer di-
rectement ni indirectement à faire sortit des Pro-
vinces-Unies, des ouvriers des Monulactures &
des Fabriques de ces Provinces, sous peine d'être
punies avec rigueur, & même d'être condamnées
a mort, selon l'exigence du cas. Leurs Hautes
Puissances promettent une récompense de cent
ducats, à quiconque indiquera quelqu'un des con-
trevenans. Le Conseil d'Etat a établi une nou-
velle Lotterie, dans laquelle il y aura trente mille
Billets, & quatorze mille quatre cens douze Lots.
Les Billets seront de soixante-dix florins, dont on
fournira cinq au premier payement, dix dans cha-
cun des trois payemens suivaus, quinze au cin-
quième, & vingt au derniet.
On vient de publier un Edit, par lequel les
Etats Généraux défendent à toutes personnes
tant nationales qu'étrangeres, de s'employer di-
rectement ni indirectement à faire sortit des Pro-
vinces-Unies, des ouvriers des Monulactures &
des Fabriques de ces Provinces, sous peine d'être
punies avec rigueur, & même d'être condamnées
a mort, selon l'exigence du cas. Leurs Hautes
Puissances promettent une récompense de cent
ducats, à quiconque indiquera quelqu'un des con-
trevenans. Le Conseil d'Etat a établi une nou-
velle Lotterie, dans laquelle il y aura trente mille
Billets, & quatorze mille quatre cens douze Lots.
Les Billets seront de soixante-dix florins, dont on
fournira cinq au premier payement, dix dans cha-
cun des trois payemens suivaus, quinze au cin-
quième, & vingt au derniet.
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2088
p. 205-209
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le 17. Décembre, le Roi revint à Versailles du Château de Bellevue. [...]
Mots clefs :
Roi, Dauphin, Compagnie, Dauphine, Majestés, Château, Actions, Livres, Évêque, Reine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Le 17. Décembre, le Roi revint à Versailles
du Château de Bellevue.
Le 18, le Roi prit le divertissement de la
chasse dans la forêt de Saint Germain.
Le 19, quatriéme Dimanche de l'Avent,
Leurs Majestés accompagnées de Monscigneur
le Dauphin, de Madame la Dauphine, & de
Mesdames de France entendirent le Sermon de
l'Abbé Froquiere, Chanoine & Théologal de
l'Eglise Cathédrale de Noyon.
Monseigneur le Dauphin, Madame la Dau-
phine, & Mesdames Henriette, Victoire, So-
phie & Louise allerent le 22 souper au Château
de Trianon où le Roi étoit depuis le 20, d'où
il n'est revenu que le 23.
Un Courier extraordinaire a apporté la nou-
velle, que Madame la Duchesse de Parme étoit
accouchée d'une Princesse le 9 à huit heures du
matin.
Par un Artêt du Conseil d'Etat, le Roi a
prorogé, jusqu'au premier Janvier 1755, la
perception du droit de demi pour cent sur les mar-
chandises qui viennent des Colonies Françoises
de l'Amérique.
Le 23, les actions de la Compagnie des
Indes étoient à dix huit cens quatre-vingt deux
livres dix sols; les Billets de la p:emiere Loterie
Royale, à sept-cens-fix livres, & ceux de la se-
conde, à six cens- cinquante- une.
oogle
206 MERCURE DE FRANCE.
Le même jour, le Noi reviut du Château de
Trianon.
Le 24, veille de la fête de la Nativité de Notre-
Seigneur, L. M. accompagnées de Monseigneur
le Dauphin, de Madame la Dauphine, & de
Mesdames de France, entendirent daus la Cha-
pelle du Château les premieres Vêpres, qui fu-
rent chantées en musique, & ausquelles l'Evêque
de Cahors officia.
Le jour de la fête, le Roi & la Reine qui
avoient entendu trois Messes à minuit, assiste-
rent à la Grande Messe, celebrée pontificalement
par le même Prelat. Leurs Majestés étoient ac-
compagnées de Monseigneur le Dauphin, de
Madame la Dauphine & de Mesdames.
L'après-midi, le Roi, la Reine, & la Fa-
mille Royale entendirent le Sermon de l'Abbé
Froquiere, Chanoine & Théologal de l'E-
glise Cathédrale de Noyon. Leurs Majestés
assisterent ensuite aux Vêpres & au Salut, & l'E-
vêque de Cahors y officia.
Monseigneur le Dauphiu communia le 24, par
les mains de l'Abbé de la Chateigneraye, Au-
mônier du Roi.
Le Roi se rendit le 26 à Bellevûe, & en est
revenu le 28.
Sa Majesté a donné au Duc de Chaulnes;
le Gouvernement des Provinces de Picardie
& d'Artois, vacant par la mort du Prince
Charles.
La Compagnie des Indes tint le 24, une as-
semblée générale, à laquelle présida M de Ma-
chault, Garde des Sceaux de France, & Con-
trôleur Général des Finances. Il a été résolu
dans cette assemblée, que la Compagnie, afin
d'être plus en état d'exécuter les arrangemens
FEVRIER.
1752.
207
pris pour Paccroissement de son Commerce,
n'augmenteroit point le dividende des actions
échu en 1751.
Moyennant les réparations qui ont été faites au-
Port de Honfleur un vaisseau tirant jusqu'à seize
pieds d'cau. peut entrer dans ce Port, sans cou-
rir aucun risque.
M. Thiroux de Gerseuil a été nommé Inten-
dant Général des Couriers, Postes & Relais de
Fiance à la place de feu M. Lavechef du Parc.
Le premier jour de l'an, les Princes & Prin-
cesses, & les Seigneurs & Dames de la Cour,
eurent l'honneur de complimentet le Roi sur la
nouvelle année.
Le Corps de Ville a rendu à cette occasion
ses respects à leurs Majestés, à Monseigneur le
Dauphin, à Madame la Dauphine, à Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne, à Madame, &
Mesdames de France.
Les Chevaliers, Commandeurs & Officiers
de l'Ordre du Saint Esprit, s'étant assemblés vers
les onze heures du matin dans le Cabinet du
Roi, Sa Majesté tint un chapitre, & nomma
Chvalier le Prince de Condé. Le Roi sortit en-
suite de son appartement, pour aller à la Cha-
pelle. Sa Majesté, devant laquelle les deux Huis-
siers de la Chambre portoient leurs masses,
étoit en manteau, le collier de l'Ordre par des-
sus, ainsi que celui de la Toison d'or. Elle étoit
précédée de Monseigneur le Dauphin, du Duc
de Chartres, du Comte de Charolois, du Com-
te de Clermont, du Prince de Conty, du Com-
te de la Marche, du Prince de Dombes, du
Comte d'Eu, du Duc de Penthievre, & des Che-
valiers, Commandeurs & Officiers de l'Ordre.
Après la Grande Messe, qui fut celébrée pas
208 MERCUREDEFRANCE.
l'Abbé Gergois, Chapelain ordinaire de la Cha-
pelle de Musique, le Roi fut reconduit à son ap-
partement en la maniere accoutuinée. La Rei-
ne, Madame la Dauphine, & Mesdames de
France entendirent la Messe dans la tribune.
Leurs Majestés tinrent le soir grand appar-
tement. Le Roi joua au lansquenet, & la Rei-
ne au cavagnole, & il y eut plusieurs autres ta-
bles de jeu.
La nuit du premier au second de ce mois
le Roi se trouva indisposé. Sa Majesté a pris
trois jours de suite les Eaux de Vichy, & elle
jouit à présent d'une santé parfaite.
Le Marquis de Crillon, député de la Ville
d'Avignon, pour complimenter le Roi sut la
naissance de Monseigneur le Duc de Bourgo-
gne, eut le 3 sa premiere audience publique de
Sa Majesté: il fut conduit à cette audience, ain-
si qu'à celles de la Reine, de Monseigneur le
Dauphin, de Madame la Dauphine, de Mon-
seigneur le Duc de Bourgogne, de Madame
& de Mesdames de France, par le Marquis de
Verneuil, Inrioducteur des Ambassadeurs
Le 2, les Députés des Etats de Bretagne
eurent audience du Roi. Ils furent présentés par
le Duc de Penthievre, Gouverneur de la Pro-
vince, & par le Comte de Saint Florentin
Ministre & Secretaire d'htat, & conduit par le
Grand Maîrre, & le Mistre des Cérémonies. La
deputation étoit composée de l'Evêque de Tre-
guier, pour le Clergé, du Vicomte de Chabot
pour la Noblesse; de M. de Bellabre, Séné-
chal de Nantes, pour le tiers Etat, du Comte
de Quelen, Procureur Général & Syn ic des
Etats, & de M. de la Boissiere, Trésorier Gé-
néral de la Province; l'Evêque de Treguier
209
FEVRIER. 1752.
étant malade, le Vicomte de Chabot porta la
parole.
Sa Majesté a permis au Comte d'Argenson,
Ministre & Secretaire d'Etat, ayant le depar-
tement de la Guerre, de se démeitre de la Di-
rection Génétale des Haras de France, en faveur
du Matquis de Vover, son fils.
Le Comte de Prunier-Saint André, Lieute-
nint Géneral des armées du Roi, & Lieute-
nant des Gardes du corps dans la Compagnie
de harost, a ob enu le Gouvernement de la
Ville de Montreuil en Basse Picardie. Il a don-
né en menie temps sa dém ssion de la place
de Lieutenant des Gardes du Corps, & la Bri-
gade, qui vacquoit dans la Compagnie de Cha-
rost par la retraite de cet Offitier, a été accor-
dée à M. de Vercel, Maréchal de Camps
Exempt dans la même Compagnie.
Le 5, les Actions de la Compagnie des In-
des étoient à dix-huit cens vingt-cinq livres;
les Billets de la premiere Lotterie Rovale à lept
cens six, & ceux de la seconde, à six ceus
cinquaute-deux.
Le 17. Décembre, le Roi revint à Versailles
du Château de Bellevue.
Le 18, le Roi prit le divertissement de la
chasse dans la forêt de Saint Germain.
Le 19, quatriéme Dimanche de l'Avent,
Leurs Majestés accompagnées de Monscigneur
le Dauphin, de Madame la Dauphine, & de
Mesdames de France entendirent le Sermon de
l'Abbé Froquiere, Chanoine & Théologal de
l'Eglise Cathédrale de Noyon.
Monseigneur le Dauphin, Madame la Dau-
phine, & Mesdames Henriette, Victoire, So-
phie & Louise allerent le 22 souper au Château
de Trianon où le Roi étoit depuis le 20, d'où
il n'est revenu que le 23.
Un Courier extraordinaire a apporté la nou-
velle, que Madame la Duchesse de Parme étoit
accouchée d'une Princesse le 9 à huit heures du
matin.
Par un Artêt du Conseil d'Etat, le Roi a
prorogé, jusqu'au premier Janvier 1755, la
perception du droit de demi pour cent sur les mar-
chandises qui viennent des Colonies Françoises
de l'Amérique.
Le 23, les actions de la Compagnie des
Indes étoient à dix huit cens quatre-vingt deux
livres dix sols; les Billets de la p:emiere Loterie
Royale, à sept-cens-fix livres, & ceux de la se-
conde, à six cens- cinquante- une.
oogle
206 MERCURE DE FRANCE.
Le même jour, le Noi reviut du Château de
Trianon.
Le 24, veille de la fête de la Nativité de Notre-
Seigneur, L. M. accompagnées de Monseigneur
le Dauphin, de Madame la Dauphine, & de
Mesdames de France, entendirent daus la Cha-
pelle du Château les premieres Vêpres, qui fu-
rent chantées en musique, & ausquelles l'Evêque
de Cahors officia.
Le jour de la fête, le Roi & la Reine qui
avoient entendu trois Messes à minuit, assiste-
rent à la Grande Messe, celebrée pontificalement
par le même Prelat. Leurs Majestés étoient ac-
compagnées de Monseigneur le Dauphin, de
Madame la Dauphine & de Mesdames.
L'après-midi, le Roi, la Reine, & la Fa-
mille Royale entendirent le Sermon de l'Abbé
Froquiere, Chanoine & Théologal de l'E-
glise Cathédrale de Noyon. Leurs Majestés
assisterent ensuite aux Vêpres & au Salut, & l'E-
vêque de Cahors y officia.
Monseigneur le Dauphiu communia le 24, par
les mains de l'Abbé de la Chateigneraye, Au-
mônier du Roi.
Le Roi se rendit le 26 à Bellevûe, & en est
revenu le 28.
Sa Majesté a donné au Duc de Chaulnes;
le Gouvernement des Provinces de Picardie
& d'Artois, vacant par la mort du Prince
Charles.
La Compagnie des Indes tint le 24, une as-
semblée générale, à laquelle présida M de Ma-
chault, Garde des Sceaux de France, & Con-
trôleur Général des Finances. Il a été résolu
dans cette assemblée, que la Compagnie, afin
d'être plus en état d'exécuter les arrangemens
FEVRIER.
1752.
207
pris pour Paccroissement de son Commerce,
n'augmenteroit point le dividende des actions
échu en 1751.
Moyennant les réparations qui ont été faites au-
Port de Honfleur un vaisseau tirant jusqu'à seize
pieds d'cau. peut entrer dans ce Port, sans cou-
rir aucun risque.
M. Thiroux de Gerseuil a été nommé Inten-
dant Général des Couriers, Postes & Relais de
Fiance à la place de feu M. Lavechef du Parc.
Le premier jour de l'an, les Princes & Prin-
cesses, & les Seigneurs & Dames de la Cour,
eurent l'honneur de complimentet le Roi sur la
nouvelle année.
Le Corps de Ville a rendu à cette occasion
ses respects à leurs Majestés, à Monseigneur le
Dauphin, à Madame la Dauphine, à Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne, à Madame, &
Mesdames de France.
Les Chevaliers, Commandeurs & Officiers
de l'Ordre du Saint Esprit, s'étant assemblés vers
les onze heures du matin dans le Cabinet du
Roi, Sa Majesté tint un chapitre, & nomma
Chvalier le Prince de Condé. Le Roi sortit en-
suite de son appartement, pour aller à la Cha-
pelle. Sa Majesté, devant laquelle les deux Huis-
siers de la Chambre portoient leurs masses,
étoit en manteau, le collier de l'Ordre par des-
sus, ainsi que celui de la Toison d'or. Elle étoit
précédée de Monseigneur le Dauphin, du Duc
de Chartres, du Comte de Charolois, du Com-
te de Clermont, du Prince de Conty, du Com-
te de la Marche, du Prince de Dombes, du
Comte d'Eu, du Duc de Penthievre, & des Che-
valiers, Commandeurs & Officiers de l'Ordre.
Après la Grande Messe, qui fut celébrée pas
208 MERCUREDEFRANCE.
l'Abbé Gergois, Chapelain ordinaire de la Cha-
pelle de Musique, le Roi fut reconduit à son ap-
partement en la maniere accoutuinée. La Rei-
ne, Madame la Dauphine, & Mesdames de
France entendirent la Messe dans la tribune.
Leurs Majestés tinrent le soir grand appar-
tement. Le Roi joua au lansquenet, & la Rei-
ne au cavagnole, & il y eut plusieurs autres ta-
bles de jeu.
La nuit du premier au second de ce mois
le Roi se trouva indisposé. Sa Majesté a pris
trois jours de suite les Eaux de Vichy, & elle
jouit à présent d'une santé parfaite.
Le Marquis de Crillon, député de la Ville
d'Avignon, pour complimenter le Roi sut la
naissance de Monseigneur le Duc de Bourgo-
gne, eut le 3 sa premiere audience publique de
Sa Majesté: il fut conduit à cette audience, ain-
si qu'à celles de la Reine, de Monseigneur le
Dauphin, de Madame la Dauphine, de Mon-
seigneur le Duc de Bourgogne, de Madame
& de Mesdames de France, par le Marquis de
Verneuil, Inrioducteur des Ambassadeurs
Le 2, les Députés des Etats de Bretagne
eurent audience du Roi. Ils furent présentés par
le Duc de Penthievre, Gouverneur de la Pro-
vince, & par le Comte de Saint Florentin
Ministre & Secretaire d'htat, & conduit par le
Grand Maîrre, & le Mistre des Cérémonies. La
deputation étoit composée de l'Evêque de Tre-
guier, pour le Clergé, du Vicomte de Chabot
pour la Noblesse; de M. de Bellabre, Séné-
chal de Nantes, pour le tiers Etat, du Comte
de Quelen, Procureur Général & Syn ic des
Etats, & de M. de la Boissiere, Trésorier Gé-
néral de la Province; l'Evêque de Treguier
209
FEVRIER. 1752.
étant malade, le Vicomte de Chabot porta la
parole.
Sa Majesté a permis au Comte d'Argenson,
Ministre & Secretaire d'Etat, ayant le depar-
tement de la Guerre, de se démeitre de la Di-
rection Génétale des Haras de France, en faveur
du Matquis de Vover, son fils.
Le Comte de Prunier-Saint André, Lieute-
nint Géneral des armées du Roi, & Lieute-
nant des Gardes du corps dans la Compagnie
de harost, a ob enu le Gouvernement de la
Ville de Montreuil en Basse Picardie. Il a don-
né en menie temps sa dém ssion de la place
de Lieutenant des Gardes du Corps, & la Bri-
gade, qui vacquoit dans la Compagnie de Cha-
rost par la retraite de cet Offitier, a été accor-
dée à M. de Vercel, Maréchal de Camps
Exempt dans la même Compagnie.
Le 5, les Actions de la Compagnie des In-
des étoient à dix-huit cens vingt-cinq livres;
les Billets de la premiere Lotterie Rovale à lept
cens six, & ceux de la seconde, à six ceus
cinquaute-deux.
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2089
p. 3-6
EPITRE A Monsieur le Marquis de Crillon, Député de la Ville d'Avignon pour complimenter le Roi sur la Naissance de M. le Duc de Bourgogne.
Début :
Heritier d'un nom Héroïque [...]
Mots clefs :
Dieu, Paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Monsieur le Marquis de Crillon, Député de la Ville d'Avignon pour complimenter le Roi sur la Naissance de M. le Duc de Bourgogne.
EPITRE
A Monsieur le Marquis de Crillon, Député
de la Ville d'Avignon pour complimenter
le Roi sur la Naissance de M. le Duc de
Bourgogne.
Heritier d'un nom Héroïque
Dont vous relevez la splendeur
Dans huit jours, la chose est publique
Traîné dans un char magnifique
Vous irez brillant Orateur,
Sur le ton du Panégyrique
Etaler votre Rhétorique
A ij
4 MERCURE DEFRANCE.
Dans le pays de la Grandeur:
Du Peuple le plus pacisique
..
O le plus brave Ambassadeur!
C'est bien l'entendre, Monseigneur;
Lorsque la paix vous fait défense
De signaler votre grand coeur
Votre ame ardente s'en offense
Et s'ouvre un chemin à l'honneur,
Par quoi votre docte Excellence
Ne pouvant montrer sa valeur,
Va nous montrer son éloquence.
C'est-à dire, qu'avec douleur
Voyant que le Dieu de la Thrace,
Dieu de Messe & de Fontenoy,
A la Paix a cédé la place
Par l'ordre absolu d'un grand Roi,
Et souffrant sous la dure loy
Qui tient captive votre audace
Dans les Camps du Dieu du Parnasse
Vous avez cherché de l'emploi.
Dans ces Camps, paisibles retraites,
Où les Auteurs sont des Guerriers
Où les Lyres sont des trompettes,
Où les roses sont des Lauriers;
Où l'on attaque l'ignorance,
Où, sans se mouvoir, on agit,
Où l'on est Héros quand on pense,
MARS. 1752.
Où l'on combat quand on écrit,
Où l'on couronne la science,
Où la force est dans l'éloquence,
Et le courage dans l'esprit.
Puisqu'il n'en faut pas davantage
Pour prétendre aux premiers honneurs,
Vous avez assez de courage;
Sur ce poëtique rivage
Vous serez Héros comme ailleurs.
Admis dans la docte Brigade
Qui campe au sommet d'Hélicon,
Vous conserverez votre grade:
N'en doutez pas, brave Crillon;
Vous serez au moins, j'en répond
Au retour de votre Ambassade
Maréchal de Canip d'Apollon.
Suivez ce Dieu moins sanguinaire,
Son culte entraîne moins de soins;
Si vous marchez sous sa banniere
L'Autriche ne vous craindra guère,
Mais vous nous allarmerez moins.
Passez sur un nouveau Théatre,
On sçait déja que vous avez
Un cœur que rien ne peut abattre;
Faites-nous voir que vous sçavez
Tour à tour écrire & combattre,
A iij
600.
6 MERCUREDE FRANCE.
Et forcez la Cour d'avouer
Qu'ailleurs que dans une bataille
La gloire vous suit, soit qu'il faille
Servir nos Rois où les louer.
A Monsieur le Marquis de Crillon, Député
de la Ville d'Avignon pour complimenter
le Roi sur la Naissance de M. le Duc de
Bourgogne.
Heritier d'un nom Héroïque
Dont vous relevez la splendeur
Dans huit jours, la chose est publique
Traîné dans un char magnifique
Vous irez brillant Orateur,
Sur le ton du Panégyrique
Etaler votre Rhétorique
A ij
4 MERCURE DEFRANCE.
Dans le pays de la Grandeur:
Du Peuple le plus pacisique
..
O le plus brave Ambassadeur!
C'est bien l'entendre, Monseigneur;
Lorsque la paix vous fait défense
De signaler votre grand coeur
Votre ame ardente s'en offense
Et s'ouvre un chemin à l'honneur,
Par quoi votre docte Excellence
Ne pouvant montrer sa valeur,
Va nous montrer son éloquence.
C'est-à dire, qu'avec douleur
Voyant que le Dieu de la Thrace,
Dieu de Messe & de Fontenoy,
A la Paix a cédé la place
Par l'ordre absolu d'un grand Roi,
Et souffrant sous la dure loy
Qui tient captive votre audace
Dans les Camps du Dieu du Parnasse
Vous avez cherché de l'emploi.
Dans ces Camps, paisibles retraites,
Où les Auteurs sont des Guerriers
Où les Lyres sont des trompettes,
Où les roses sont des Lauriers;
Où l'on attaque l'ignorance,
Où, sans se mouvoir, on agit,
Où l'on est Héros quand on pense,
MARS. 1752.
Où l'on combat quand on écrit,
Où l'on couronne la science,
Où la force est dans l'éloquence,
Et le courage dans l'esprit.
Puisqu'il n'en faut pas davantage
Pour prétendre aux premiers honneurs,
Vous avez assez de courage;
Sur ce poëtique rivage
Vous serez Héros comme ailleurs.
Admis dans la docte Brigade
Qui campe au sommet d'Hélicon,
Vous conserverez votre grade:
N'en doutez pas, brave Crillon;
Vous serez au moins, j'en répond
Au retour de votre Ambassade
Maréchal de Canip d'Apollon.
Suivez ce Dieu moins sanguinaire,
Son culte entraîne moins de soins;
Si vous marchez sous sa banniere
L'Autriche ne vous craindra guère,
Mais vous nous allarmerez moins.
Passez sur un nouveau Théatre,
On sçait déja que vous avez
Un cœur que rien ne peut abattre;
Faites-nous voir que vous sçavez
Tour à tour écrire & combattre,
A iij
600.
6 MERCUREDE FRANCE.
Et forcez la Cour d'avouer
Qu'ailleurs que dans une bataille
La gloire vous suit, soit qu'il faille
Servir nos Rois où les louer.
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2090
p. 30-51
REFLEXIONS Sur l'exil écrites en François par Mylord Bolingbroke, mort en Angleterre le 26 Décembre 1751.
Début :
La dissipation de l'esprit & la longueur du temps sont les remedes ausquels [...]
Mots clefs :
Exil, Homme, Vertu, Pays, Hommes, Heureux, Fortune, Place, Monde, Mal, Brutus , Mort, Esprit, Perte, Marcellus
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texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS Sur l'exil écrites en François par Mylord Bolingbroke, mort en Angleterre le 26 Décembre 1751.
REFLEXIONS
Sur l'exil écrites en François par Mylord
Bolingbroke, mort en Angleterre le 26
Décembre 1751.
La dissipation de l'esprit & la longueur
du temps sont les remedes ausquels
la plupart des hommes ont recours dans
leurs afflictions; mais le premier n'ope-
re que pour un temps, le second a un ef-
set tardif: l'un & l'autre sont indignes
d'un homme sage.
Nous fuirons-nous nous-mêmes pour
fuit nos infortunes, & nous imagine-
rons-nous follement que le mal est gué-
ri, parce que nous trouvons quelques
momens de relâche dans nos peines?
Nous lamenterons-nous jusquau dernier
soupir, & pleurerons-nous, jusqu'à ce
que nos yeux ne puissent plus fournir des
larmes? Attendrons-nous du temps une
délivrance languissante & incertaine?
différerons-nous à être heureux jusqu'à
ce que nous ayons oublié que nous som-
mes misérables, & donnerons-nous à la
foiblesse de nos facultés une tranquilité
qui doit être l'effet de leurs forces? Met-
MARS. 1752.
31
tons au contraire toutes nos afflictions
passées & présentes à la fois devant
nos yeux.
Résolvons-nous de les surmonter plu-
tôt que de les fuir, & au lieu d'en user
le sentiment par une longue & ignomi-
nieuse patience, cherchons le fond de la
playe, & opérons une cure immédiate
& radicale.
Laissons les soupirs, les pleurs, les foi-
blesses & l'accablement sous les moindres
coups de la mauvaise fortune, à ces mal-
heureux, dont les esprits tendres & déli-
cats ont été énervés par un long cours
de prospérités; que ceux qui ont passé
des années de calamité surmontent le
poids des plus rudes coups avec une
immuable & noble constance.
Les malheurs non interrompus pro-
duisent ce salutaire effet: ils endurcis-
sent. Vous me demanderez si je prétends
être arrivé à la perfection, de la vertu
Stoîque: je vous répondrai que non.
Foible & connoissant ma foiblesse,
je ne présume pas de ma force; ję suis
l'avis que l'Oracle donna à Zenon, &
soumis à la conduite de la Philosophie,
j'en emprunte la force dont j'ai besoin,
& j'y trouve un port assuré contre les
orages de la fortune.
Biiij
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32 MERCUREDE FRANCE.
Il est vrai que la Philosophie a ses
fanfarons aussi bien que la guerre, &
c'est une raisonnable précaution, que de
prendre garde que, pendant que nous
visons à nous élever audessus de l'hom-
me, nous ne tombions au dessous.
Mais fi évitant avec soin le merveil-
leux & toutes les extravagances du Por-
tique, nous adhérons aux seules doc-
trines ausquelles notre raison exempte
de préjugés se soumet avec plaisir; nous
nous mettrons dans une heureuse indépen-
dance, & deviendrons supérieurs aux
infortunes de la vie.
Pour parvenir à cette grande fin, il
est nécessaire que nous soyons attentifs
à découvrir les secrettes ruses, & les at-
taques ouvertes de la fortune, avant
qu'elles nous atteignent: lorsqu'elles
tombent sans être attendues, il est diffi-
cile de leur résister; mais ceux qui les
attendent les repousseront aisément.
L'invasion soudaine d'un ennemi ren-
verse ceux qui ne sont pas fur leurs gar-
des, mais quiconque prévoit la guerre &
s'y prépare, soutiendra sans difficulté
la plus rude attaque. J'ai appris depuis
long. tems cette importante leçon, & ne
me suis jamais fié à la fortune, quand
même elle sembloit être en paix avec
0
MARS. 1752.
33
moi. J'ai placé les richesses, les hon-
neurs, la réputation & tous les avanta-
ges que la perfide indulgence versoit
sur moi, de façon qu'elle pût les re-
prendre sans me causer de trouble. J'ai
mis un intervale entr'eux & moi;
elle les a pris, mais elle n'a pu me les
arracher.
Nul homme ne souffre par la mau-
vaise fortune que celui qui a été dé-
çu par la bonne: si nous nous passion-
nons pour ses dons; si nous nous imagi-
nons qu'ils nous appartienent, & qu'ils
doivent nous rester perpetuellement;
si nous nous appuyons sur eux, & que
nous fondions en eux notre considéra-
tion, nous nous abimerons dans tou-
te l'amertume du chagrin, aussi-tôt que
nous aurons perdu ces biens faux & pas-
sagers, & notre vain & puérile esprit
vuide de solides plaisirs se trouvera des-
titué de ceux mêmes qui sont imaginai-
res; mais si nous ne nous laissons point
emporter à la prospérité, l'adversité ne
pourra nous abbattre. Notre ame sera à
l'épreuve des dangers de l'une & de l'au-
tre. Ayant sondé nos forces, nous en
serons surs, & nous aurons appris au
milieu de la félicité à soutenir l'infor-
tune.
BV
3o
34 MERCURE DE FRANCE.
Il est beaucoup plus difficile d'exa-
miner & de juger par soi-même que de
former ses opinions sur la parole d'autrui;
c'est pourquoi la plupart des hommes
empruntent des autres celles qu'ils ont
sur toutes les affaires de la vie & de la
mort: de-là vient qu'ils sont si unani-
mement ardens à la poursuite des cho-
ses qui n ont qu'un spécieux & trom-
peur éclat. De-là vient aussi que dans
les choses qui font appellées des mal-
heurs, il n'y a rien qui soit aussi dur &
aussi terrible que le cri général nous le
fait entendre. Le mot d'exil, par exem-
ple, patoîit rude, parce que la multi-
tude en a ainsi ordonné; mais ce juge-
ment sera abrogé aux yeux du Sage qui
ne juge pas des choses par les apparen-
ces, mais par ce qu'elles sont: c est un
point que nous allons discuter.
Quest-ce que l'exil? C'est un change-
mentde place, & pour que vous ne disiez
pas que je diminue le mal, j'ajoûterai
que ce changement de place est fréquem-
ment accompagné de beaucoup d'autres
inconvéniens, de la perte des biens
dont vous jouissiez, du rang que vous
teniez, du pouvoir que vous exerciez,
de la séparation de votre famille & de
vos amis, du mépris dans lequel vous
MARS.
=35
1752.
pouvez tomber, de l'ignominie dont
ceux qui vous ont chassé, efsayeront de
noircir votre innocence. Je parlerai dans
la suite en détail de toutes ces choses.
Présentement considérons quel mal-
heur il y a dans un changement de place
solitairement pris & en lui-même.
Vivre éloigné de sa Patrie est un in-
convénient qui vous paroit intolérable;
mais si cela est ainsi, comment arrive-
t-il à un nombre infini de gens de passer
leur vie par choix hors de leur pro-
pre Pays.
Considérez combien les rues de Lon-
dres & de Paris sont remplies; appel-
lez ces millions d'hommes par leur nom,
& leur demandez de quel Pays ils
sont: combien en trouverez-vous de dif-
férentes parties de la tetre qui sont ve-
nus habiter ces grandes Villes, lesquelles
fournissent la plus grande dissipation &
les plus grands encouragemens de vertu
& de vices. Quelques-uns y font attirés
par l'ambition, & quelques autres
sont conduits par le devoir. Plusieurs se
rendent là pour perfectionner leur ef-
prit, & plusieurs pour augmenter leur
fortune. Les uns apportent leur beauté
& les autres leur éloquence au marché.
Allez plus loin, & examinez les zones
Bvj
36 MERCUREDEFRANCE.
brûlantes & glacées, les extrêmités les
plus reculées de l'Orient & du Couchant:
visitez les Nations sauvages de l'Afrique,
ou les plus barbares régions du Nord,
vous ne trouverez point de climat si
mauvais, ni de Pays si sauvage, où
il ny ait quelques gens qui viennent
l'habiter par choix.
Parmi les innombrables extravagances
qui passent par l'esprit des hommes,
nous pouvons justement compter l'idée
d'une sécrerte affection indépendante &
supérieure à notre raison, que nous sup-
posons avoir pour notre pays, comme
s'il y avoit quelque vertu physique en
chaque canton de terre qui produisît su-
rement cet effet en ceux qui y naissent.
L'amour de la Patrie est plus puissant que
la raison, & comme si le Heimrey étoit
une maladie universelle inséparable d'un
corps humain & non particuliere aux Suis-
ses qui semblent n avoir été faits que pour
leurs montagnes, comme leurs montagnes
pour eux.
Cette notion peut avoir contribué à
la sureté & à la grandeur des Etats, &
pour cet effet elle a été habilement cul-
tivée & appuyée des préjugés de l'édu-
cacation. Il est atrivé aux hommes sur
ce sujet ce qui leur arrive sur plusieurs
MARS.
1752.
37
autres; à force d'entendre dire qu'une cho-
se doit être, ils parviennent à persua-
der aux autres & à croire eux mêmes
qu elle est.
Nous aimons le pays dans lequel
nous sommes nés à cause des biens par-
ticuliers que nous en recevons, & que
nous pourrions aussi-bien recevoir d'un
autre. Un homme sage se regarde
comme citoyen du monde, & quand
vous lui demandez où est son Pays, ain-
si qu'Anaxagoras, il vous montre le
Ciel.
Il y a encore d'autres personnes qui
ont imaginé que comme tout l'Univers
souffre une continuelle rotation, & que
la Nature semble se délecter ou se con-
server par cette révolution perpétuelle,
de inême il y a dans les esprits des hom-
mes une naturelle inquiétude laquelle les
porte à changer de place & d'habitation.
Cette opinion a au moins une apparen-
ce de vérité dont les autres manquent,
& est autant favorisée par l'expérience,
que l'autre en est contredite.
Mais quelques soient les raisons qui
ont du varier infiniment en un nom-
bre infini d'occasions & en un espace de
tems immense; c est un fait vrai que les
familles & les Nations du monde ont été
38 MERCURE DEFRANCE.
dans une continuelle agitation autour de
la face du globe, chassant & étant chas-
sées tour à tour. Quel nombre de Colo-
nies l'Asie a-t-elle envoyé à l'Europe;
les Phéniciens ont planté les côtes de
la mer méditerrannée, & poussé leurs éta-
blissemens même dans l'Océan. Les Etru-
riens étoient Asiatiques d'extraction, &
sans aller plus loin, les Romains, ces
Maîtres du Monde, reconnoistoient un
Troyen exilé pour Fondateur de leur
Empire.
Combien de transmigrations ont été
en retour de celle ci d'Europe en Afie
elles ne pourroient être nombrées. Car
outre l'Eolique, l'lonique & d'au-
tres à peu près d'égale renommée, les
Grecs, durant plusieurs fiècles firent de
continuelles expéditions, & bâtirent des
Villes en plusieurs parties de l'Asie: les
Gaulois y pénétrerent aussi, & y éta-
blirent un Royaume. Les Scythes Euro-
péens passerent dans ces vastes Provin-
ces, & porterent leurs armes jusqu'aux
confins de l'Egypte. Alexandre subjugua
tout depuis l'Hélespont jusqu'à l'Inde, ba-
tit des villes, & établit des Colonies pour
assurer ces conquêtes & éterniser son nom.
L'Afrique a reçu de l'une & de l'autre de
ces parties du Monde des Habitans &
MARS. 1752.
39
des Maîtres. Comme elle en a reçu,
elle en a donné: les Tyriens bâtirent
la Ville, & fonderent la République de
Carthage, & le grec a été le langage
d'Egypte.
Dans l'Antiquité la plus reculée nous
entendons parler de Belus en Caldée, &
de Sésostris, établissant ces Colonies ba-
za nées dans Colchos. L'Espagne n'a-t-
elle pas été dans ces derniers siécles
sous la domination des Maures.
Si nous venons à l'Histoire Runic,
nous trouverons nos Peres les Gots con-
duits par Woden & par Thors premie-
ment leur Héros & ensuite leurs Divi-
nités, de la Tartarie Asiatique en Eu-
rope; & qui peut nous assurer que c'é-
toit leur premiere transmigration? ils re-
vinrent peut-être en Asie par l'Est du
continent auquel leur fils ont depuis na-
vigé de l'Europe par le Woust; & ainsi
dans la progression de trois ou quatre
mille ans la même race d'homme a
poussé ses conquêtes & ses habitations
autour du globe.
Le monde est un grand désert où tous
les hommes ont erré & joûté l'un con-
tre l'autre depuis la création. Quelques-
uns ont changé de place par nécessité, &
quelques autres par choix. Une nation
40 MERCUREDEFRANCE.
a désiré de se faisir de ce qu'une autre
étoit lasse de posséder, & il seroit dif-
ficile de marquer quel Pays est aujour-
d'hui entre les mains de ses premiers
Habitans.
Ainsi le Destin a ordonné que rien
ne peut être long-temps dans le même
état; & que sont toutes ces transplan-
tations de Peuples, sinon autant d'exils:
Varon le plus sçavant des Romains di-
soit que, puisque la Nature est la même
par tout, il ne devoit y avoir rien de
fâcheux dans un changement de place
pris en lui-même, & dépouillé des au-
tres inconvéniens qui suivent l'exil. Mar-
cus Brutus ajoûtoit, que puisqu'on ne
peut empêcher ceux qui vont dans un
banissement de porter leur vertu par-
tout, on ne peut les rendre malheu-
reux. Que si quelqu'un croit que chacu-
ne de ces consolations prise séparément
ne suffit pas, il doit avouer au moins
que l'une & l'autre jointes ensemble
sont un grand acheminement à dissiper les
terreurs de l'exil. Car ne devons-nous pas
regarder comme des bagatelles tout ce
que nous laissons derriere nous, en com-
paraison des deux plus précieuses choses
dont les hommes puissent jouir, & que
nous sommes assurés qu'ils nous sui-
41
MARS.
1752.
vront par tout où nous tournerons nos
pas, la même nature & notre propre
vertu ? Croyez-moi; la Providence a eta-
bli un tel ordre dans le monde que,
de tout ce qui nous appartient, la moins
estimable part peut scule tomber sous la
volonté des autres, la meilleure est hors
de la portée du pouvoir humain.
Ainsi marchant intrépidement la tête
haute par tout où nous serons menés par
le cours des accidens humains, en quel-
que licu qu'ils nous conduisent, sur
quelque côte que nous soyons jettés
nous ne nous trouverons pas absolument
étrangers; nous rencontrerons des hom-
mes, créatures de la même espéce,
doués des mêmes facultés, & nés sous
les mêmes loix de nature: nous ver-
rons les mêmes vertus & les mêmes vi-
ces partir des mêmes principes géné-
raux, mais variés en mille façons diffé-
rentes & contraires, selon cette infinité
de loix & de coutumes qui sont établies
pour la même fin universelle, c'est-
a-dire pour la conservation de la So-
ciété. Nous ressentirons la même révolu-
tion de faisons, le même Soleil, la mê-
me lune; cette même voûte azurée &
parsemée d'étoiles, sera par tout éten-
due sur notre tête. Il ny a point de
42 MERCURE DE FRANCE.
partie du Monde, d'où nous ne puis-
sions admirer, ces planettes qui roulent
comme la nôtre en différens orbites au-
tout du même Soleil, & tandis que je
suis ravi par de telles contemplations,
tandis que mon ame est ainsi élevée au
ciel, que m'importe quelle terre je fou-
le à mes pieds. Brutus rapportoit dans
le livre qu'il a écrit sur la vertu, qu'il
avoit vu Marcellus en exil à Mitilene
vivant dans tout le bonheur dont la na-
ture humaine est capable, & cultivant
avec autant d'assiduité que jamais, toutes
sortes de louables connoissances; il ajoû-
toit que ce spectacle lui fit croire que,
s'en retournant sans Marcellus, c'étoit
lui même, & non ce dernier qui étoit
banni.
O Marcellus beaucoup plus heureux
quand Brutus approuva ton exil, que
quand la Répubiique approuva ton Con-
sulat! Quelle plus forte preuve du mé-
rite de ce grand homme, que de voir
que ceux qui le laissoient en exil, se re-
gardoient eux-mêmes comme bannis, &
qu'il s'attiroit l'admiration de celui qui
paroissoit un objet d'admiration à son
Caton même!
Brutus rapportoit encore que Cesat
passa sans s'arrêter à Mitilene, parce
MARS.
1752.
43
qu'il ne pouvoit soutenir la vue de Mar-
cellus dans un état si indigne de lui.
Son rétablissement fut enfin obtenu pat
la publique intercession du Senat entier,
qui étoit tellement affligé, que tous les
Senateurs paroissoient avoir les mêmes
sentimens que Brutus, & au lieu de les
supplier pour Marcellus, supplier pour
eux mêmes, ils regardoient comme un exil
de vivre plus long tems sans Marcellus; il
s'en retournoit dans son pays avec hon-
neur, mais surement il demeuroit en exil
avec un plus grand honneur encore,
lorsque Brutus ne pouvoit le résondre à
le quitter, ni Cesar à le voir. L'un &
l'autre portoient témoignage à son méri-
te: Brutus affligé, & Cesar rougissant
d'aller à Rome sans lui.
Métellus Numidicus avoir éprouvé la
même destinée quelques années aupara-
vant. Pendant que le peuple qui est tou-
jours le plus sûr instrument de sa propre
servitude étoit occupé à passer sous la con-
duite de Marius, les fondemens de cette
tyrannie qui fut achevée par Cesar
Métellus seul, au milieu d'un Senat ti-
mide & d'une insolente populace, refu-
sa de confirmer les pernicieuses Loix du
Tribun Saturninus; fa constance devint
ion crime, & l'exil sa punition, une Fac-
Digsinad vo 009
44 MERCURE DE FRANCE.
tion effrenée prévalant contre lui. Les
meilleurs Citoyens armés pour sa défen-
se, étoient prêts à donner leur vie pour
conserver tant de vertu à leur Républi-
que; mais ayant manqué de la persua-
der, il ne trouva pas juste de la con-
traindre: il jugea dans cette phrénésie
de la République Romaine, comme le
divin Platon jugea dans la décadence de
celle d'Athenes. Métellus sçavoit que
si ses Citoyens se corrigeoient, il seroit
rappellé, & s'ils ne se corrigeoient pas
qu'il ne pouvoit être nulle part plus mal
qu'à Rome: il alla volontairement en
exil, & par tout où il passoit, il por-
toit avec lui les symptômes d'un Gouver-
nement malade, & le prognostic d'une
République expirante. L'esprit qui l'ani-
ma pendant son exil paroitra mieux pat
un fragment d'une de ses Lettres, qu'Au-
lugelle, pour l'amour du mot Amilcar
nous a conservé dans une pédantes-
que compilation de phrases usitées par
l'Analiste Claudius, illi verò omni jure
atque honestate interdicti, ego neque aquâ
neque igne careo & summâ gloriâ tru-
niscor.
Heureux Métellus, heureux en ta
propre vertu, heureux en ton pieux fils,
& en cet ami qui te ressembloit en mé-
MARS.
1752.
45
rite & en fortune. Rutillius avoit défen-
fendu l'Asie contre les exactions des Pu-
blicains, conformément à l'étroite justi-
ce dont il faisoit profession. Cette pro-
bité l'avoit rendu odieux à la faction de
Marius; cette haine fit jurer sa perte.
L'homme le plus intègre fut accusé de
corruption, le plus vertueux fut pour-
suivi par le méprisable Apicius, nom
dévoué à l'infamie. Ceux qui avoient
suscité la fausse accusation étoient les Ju-
ges, & prononcerent l'injuste sentence
contre lui: à peine daigna-t-il défendre
sa cause, mais il se retira dans l'Orient,
où la vertu Romaine, que Rome ne
pouvoit plus soutenir, fut reçue avec
honneur: or Rutillius sera-t il réputé
avoir été malheureux? quand ceux qui
le condamnerent, ont été par cette ac-
tion transmis comme des criminels au tri-
bunal de la postérité; quand il fut plus
facile de l'obliger à quitter son Pays
que de l'obliger à souffrir que son exil
finit; quand lui scul osa refuser le Dic-
tateur Silla, & étant rappellé chez lui
non-seulement refusa d'y aller, mais s'en
éloigna encore davantage. Vous me di-
rez, que vous proposez- vous par ces exem-
ples dont une multitude peut être re-
cueillie dans l'Histoire des siécles passés:
46 MERCUREDEFRANCE.
Je me propose de montrer que com-
me le changement de place considéré en
lui-même ne peut cendre nul homme
malheureux: ainsi les autres maux qui
sont généralement reprochés à l'exil ne
peuvent arriver aux hommes sages &
vertueux, où s'ils leur arrivent, ne peu-
vent les rendre misérables. L'effet de ces
maux dépend non de leur propre natu-
re, mais du caractere de celui auquel
ils tombent en partage.
Les pierres sont dures, les glaçons
sont froids, & tous ceux qui les tou-
chent les sentent de même; mais les
bons ou les mauvais évenemens de la for,
tune se font sentir par rapport aux qua-
lités qui sont en nous: ils sont en eux-
mêmes indifférens, & ne sont que des
accidens communs. Ils n acquierent des
forces que par notre vice ou par notre
foiblesse, la fortune ne speut dispenser ni
félicités ni malheurs, à moins que nous
ne coopérions avec esse.
L'homme qui est malheureux par la
perte de son bien, ne seroit pas heureux
en le possédant.
Ceux qui méritent de jouir des avanta-
ges qu'ôte l'exil, ne seront point mal-
heureux quand ils en seront privés. Je
suis fâché de faire une exception à cette
MARS. 1752.
47
régle: mais Ciceron en est un exemple
si remarquable, qu'il ne peut être ni ca-
ché ni passé sous silence. Ce grand hom-
me qui avoit sauvé sa Patrie, qui
n'avoit craint en soutenant cette cause,
ni les insultes d'un parti furieux, ni les
poignards des Assassins, quand il vint à
soufftir pour cette même cause, succom-
ba sous le poids, il deshonora ce ba-
nissement que l'indulgente Providence
destinoit comme un moyen de rendre
sa gloire complette: incertain où il iroit
& ce qu'il feroit; craintif comme une
femme, ou chagrin comme un enfant,
il lamentoit la perte de son rang, de ses
richesses, de sa considération: son élo-
quence ne servoit qu'à peindre son igno-
minie avec de plus vives couleurs, il
pleuroit sur les ruines de sa belle maison
que Clodius avoit démolie: & sa sépa-
ration de Térentia qu'il répudia peu de
temps après, étoit peut-être une afflic-
tion pour lui dans ce moment.
Tout devient insoutenable à l'homme
qui est une fois subjugué par la dou-
leut; il regrette ce dont il jouissoit sans
plaisir, & surchargé déja, il succombe
sous le poids le plus léger: enfin cette
conduite de Ciceron fut telle que ses
amis, aussi-bien que ses ennemis, crurent
48 MERCURE DE FRANCE.
crurent qu'il avoit perdu le sens. Cesar
voyoit avec une sécrette satisfaction
l'homme qui avoit refusé d'être son Lieu-
tenant pleurer sous la verge de Clodius:
Pompée esperoit de trouver quelque ex-
cuse à son, ingratitude, dans le mépris
auquel s'exposoit l'ami qu'il avoit aban-
donné: Atticus même le trouva trop
misérablement attaché à sa premiere for-
tune, & le lui reprocha: Atticus de qui
les plus grands talens étoient l'usure &
l'art de se ménager entre les deux par-
tis; qui plaçoit son principal mérite à
être riche, & qui auroit été noté d'in-
famie à Athenes pour garder des mesures
avec les deux partis. Atticus même rougis-
soit pour Ciceron, & l'homme le moins
sincere qui vêcunt prit le style de Caton,
J'ai insisté sur cet exemple qui auto-
rise la vérité que nous venons d'établir
& qui nous en enseigne une autre de
grande importance.
Les hommes sages sont certainement
supérieurs à tous les maux de l'exil,
mais dans un étroit & stoique sens. Ce-
lui qui a laissé dans son ame une seule
passion sans être subjuguée, ne peut mé-
riter ce nom. Ce n'est pas assez que nous
ayons étudié tous les devoirs de la vie
publique & privée, que nous les ayons
parfaitement
MARS. 1752.
49
parfaitement connus, & qu'aux yeux
du monde nous vivions conformément
à ces devoirs. Une passion qui n est
qu'assoupie dans le coeur, & qui a échap-
pé à notre examen, ou que nous avons
regardée avec indulgence comme pardon-
nable, ou même que nous avons peut-
etre encouragée comme un principe pro-
pre à exciter notre vertu, peut dans un
tems ou daus l'autre détrusre, notre tran-
quilité, & gâter notre caractere entier.
Quand la vertu a encuirassé l'ame de tous
côntés, s'il m'est permis de me servir de
cetre expression, nous sommes de tous
contés in vulnerables, mais Achille fut bles-
sé au talon.
La moindre partie qui ne sera pas
apperçue ou qui sera négligée, peut nous
exposer à une blessure mortelle. La rai-
son ne peut obtenir l'absolue domina-
tion de nos ames par une seule victoire.
Le vice a plusieurs corps de réserve
qu'il faut battre, plusieurs forteresses
qu'il faut emporter. Nous pouvons résis-
ter aux plus rudes attaques de la fortu-
ne, & céder aux plus foibles. Nous pou-
vons avoir gagné le dessus de l'avarice,
la plus générale maladie de l'esprit, &
néanmoins être esclave de l'ambition.
Nous pouvons avoir délivré notre ame
C
50 MERCUREDEFRANCE.
de la peur de la mort, & néammoine
quesqu'autre peur pourra se cacher en
elle. C'étoit le cas de Ciceron: la vanité
étoit son vice capital. Cette vanité avoit
échauffé son zéle, animé son habileté;
encouragé l'amout de son Pays, & sou-
tenu sa constance contre Catilina; mais
elle donna à Clodius une entiere victoi-
re sur lui, il n'etoit pas effrayé de per-
dre la vie, & de quitter biens, hon-
neurs & toutes les choses dont il pleu-
toit la perte, mais il étoit efftayé de
vivre & d'en être privé: il auroit pro-
bablement vû la mort dans certe occasion
avec la même fermeté avec laquelle il
dit à Nopilius Lenas, son Client & son
meurtrier: Approche véteran, & si au
moins tu peux faire ceci, coupe-moi la
tête; mais il ne pouvoit soutenit de se
voir lui même & diêtre vû par d'autres,
dépouillé de ces ornemens dont il avoit
accoutumé d'etre entouté: ce qui le fit
se répandre ainsi en plusieurs honteuses
expressions.
Possum oblivisci qui fuerim; non sentire
qui sim; quo caream honore, quâ gloriâ.
Et parlant à son frere, citavi ne vide-
rem, ne aut illius luctum squalloremque aspi-
cerem, aut me perditum illi afflictumque
efferrem. Il avoit pensé à la mort, il y
MARS. 1752.
avoit préparé son esprit; il y avoit eu
même des occasions, où sa vanité auroit
été flattée par cette mort. La même va-
nité l'avoit empêché dans la prospérité
de supposer qu'un pareil revers put lui
arriver, celui-ci arrivant, le surprit &
le frappa d'étonnement. Il étoit encore
entêté de la pompe & du tracas de Ro-
me, fumum & opes strepitumque Romae. Il
étoit encorę attaché à toutes ces choses
que l'habitude rend nécessaites, & que
la nature a laissées indifférentes: nous
en avons fait l'énumération ci-dessus
il est tems de descendre à un examen
plus particulier.
La suite dans le prochain Mercure,
Sur l'exil écrites en François par Mylord
Bolingbroke, mort en Angleterre le 26
Décembre 1751.
La dissipation de l'esprit & la longueur
du temps sont les remedes ausquels
la plupart des hommes ont recours dans
leurs afflictions; mais le premier n'ope-
re que pour un temps, le second a un ef-
set tardif: l'un & l'autre sont indignes
d'un homme sage.
Nous fuirons-nous nous-mêmes pour
fuit nos infortunes, & nous imagine-
rons-nous follement que le mal est gué-
ri, parce que nous trouvons quelques
momens de relâche dans nos peines?
Nous lamenterons-nous jusquau dernier
soupir, & pleurerons-nous, jusqu'à ce
que nos yeux ne puissent plus fournir des
larmes? Attendrons-nous du temps une
délivrance languissante & incertaine?
différerons-nous à être heureux jusqu'à
ce que nous ayons oublié que nous som-
mes misérables, & donnerons-nous à la
foiblesse de nos facultés une tranquilité
qui doit être l'effet de leurs forces? Met-
MARS. 1752.
31
tons au contraire toutes nos afflictions
passées & présentes à la fois devant
nos yeux.
Résolvons-nous de les surmonter plu-
tôt que de les fuir, & au lieu d'en user
le sentiment par une longue & ignomi-
nieuse patience, cherchons le fond de la
playe, & opérons une cure immédiate
& radicale.
Laissons les soupirs, les pleurs, les foi-
blesses & l'accablement sous les moindres
coups de la mauvaise fortune, à ces mal-
heureux, dont les esprits tendres & déli-
cats ont été énervés par un long cours
de prospérités; que ceux qui ont passé
des années de calamité surmontent le
poids des plus rudes coups avec une
immuable & noble constance.
Les malheurs non interrompus pro-
duisent ce salutaire effet: ils endurcis-
sent. Vous me demanderez si je prétends
être arrivé à la perfection, de la vertu
Stoîque: je vous répondrai que non.
Foible & connoissant ma foiblesse,
je ne présume pas de ma force; ję suis
l'avis que l'Oracle donna à Zenon, &
soumis à la conduite de la Philosophie,
j'en emprunte la force dont j'ai besoin,
& j'y trouve un port assuré contre les
orages de la fortune.
Biiij
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32 MERCUREDE FRANCE.
Il est vrai que la Philosophie a ses
fanfarons aussi bien que la guerre, &
c'est une raisonnable précaution, que de
prendre garde que, pendant que nous
visons à nous élever audessus de l'hom-
me, nous ne tombions au dessous.
Mais fi évitant avec soin le merveil-
leux & toutes les extravagances du Por-
tique, nous adhérons aux seules doc-
trines ausquelles notre raison exempte
de préjugés se soumet avec plaisir; nous
nous mettrons dans une heureuse indépen-
dance, & deviendrons supérieurs aux
infortunes de la vie.
Pour parvenir à cette grande fin, il
est nécessaire que nous soyons attentifs
à découvrir les secrettes ruses, & les at-
taques ouvertes de la fortune, avant
qu'elles nous atteignent: lorsqu'elles
tombent sans être attendues, il est diffi-
cile de leur résister; mais ceux qui les
attendent les repousseront aisément.
L'invasion soudaine d'un ennemi ren-
verse ceux qui ne sont pas fur leurs gar-
des, mais quiconque prévoit la guerre &
s'y prépare, soutiendra sans difficulté
la plus rude attaque. J'ai appris depuis
long. tems cette importante leçon, & ne
me suis jamais fié à la fortune, quand
même elle sembloit être en paix avec
0
MARS. 1752.
33
moi. J'ai placé les richesses, les hon-
neurs, la réputation & tous les avanta-
ges que la perfide indulgence versoit
sur moi, de façon qu'elle pût les re-
prendre sans me causer de trouble. J'ai
mis un intervale entr'eux & moi;
elle les a pris, mais elle n'a pu me les
arracher.
Nul homme ne souffre par la mau-
vaise fortune que celui qui a été dé-
çu par la bonne: si nous nous passion-
nons pour ses dons; si nous nous imagi-
nons qu'ils nous appartienent, & qu'ils
doivent nous rester perpetuellement;
si nous nous appuyons sur eux, & que
nous fondions en eux notre considéra-
tion, nous nous abimerons dans tou-
te l'amertume du chagrin, aussi-tôt que
nous aurons perdu ces biens faux & pas-
sagers, & notre vain & puérile esprit
vuide de solides plaisirs se trouvera des-
titué de ceux mêmes qui sont imaginai-
res; mais si nous ne nous laissons point
emporter à la prospérité, l'adversité ne
pourra nous abbattre. Notre ame sera à
l'épreuve des dangers de l'une & de l'au-
tre. Ayant sondé nos forces, nous en
serons surs, & nous aurons appris au
milieu de la félicité à soutenir l'infor-
tune.
BV
3o
34 MERCURE DE FRANCE.
Il est beaucoup plus difficile d'exa-
miner & de juger par soi-même que de
former ses opinions sur la parole d'autrui;
c'est pourquoi la plupart des hommes
empruntent des autres celles qu'ils ont
sur toutes les affaires de la vie & de la
mort: de-là vient qu'ils sont si unani-
mement ardens à la poursuite des cho-
ses qui n ont qu'un spécieux & trom-
peur éclat. De-là vient aussi que dans
les choses qui font appellées des mal-
heurs, il n'y a rien qui soit aussi dur &
aussi terrible que le cri général nous le
fait entendre. Le mot d'exil, par exem-
ple, patoîit rude, parce que la multi-
tude en a ainsi ordonné; mais ce juge-
ment sera abrogé aux yeux du Sage qui
ne juge pas des choses par les apparen-
ces, mais par ce qu'elles sont: c est un
point que nous allons discuter.
Quest-ce que l'exil? C'est un change-
mentde place, & pour que vous ne disiez
pas que je diminue le mal, j'ajoûterai
que ce changement de place est fréquem-
ment accompagné de beaucoup d'autres
inconvéniens, de la perte des biens
dont vous jouissiez, du rang que vous
teniez, du pouvoir que vous exerciez,
de la séparation de votre famille & de
vos amis, du mépris dans lequel vous
MARS.
=35
1752.
pouvez tomber, de l'ignominie dont
ceux qui vous ont chassé, efsayeront de
noircir votre innocence. Je parlerai dans
la suite en détail de toutes ces choses.
Présentement considérons quel mal-
heur il y a dans un changement de place
solitairement pris & en lui-même.
Vivre éloigné de sa Patrie est un in-
convénient qui vous paroit intolérable;
mais si cela est ainsi, comment arrive-
t-il à un nombre infini de gens de passer
leur vie par choix hors de leur pro-
pre Pays.
Considérez combien les rues de Lon-
dres & de Paris sont remplies; appel-
lez ces millions d'hommes par leur nom,
& leur demandez de quel Pays ils
sont: combien en trouverez-vous de dif-
férentes parties de la tetre qui sont ve-
nus habiter ces grandes Villes, lesquelles
fournissent la plus grande dissipation &
les plus grands encouragemens de vertu
& de vices. Quelques-uns y font attirés
par l'ambition, & quelques autres
sont conduits par le devoir. Plusieurs se
rendent là pour perfectionner leur ef-
prit, & plusieurs pour augmenter leur
fortune. Les uns apportent leur beauté
& les autres leur éloquence au marché.
Allez plus loin, & examinez les zones
Bvj
36 MERCUREDEFRANCE.
brûlantes & glacées, les extrêmités les
plus reculées de l'Orient & du Couchant:
visitez les Nations sauvages de l'Afrique,
ou les plus barbares régions du Nord,
vous ne trouverez point de climat si
mauvais, ni de Pays si sauvage, où
il ny ait quelques gens qui viennent
l'habiter par choix.
Parmi les innombrables extravagances
qui passent par l'esprit des hommes,
nous pouvons justement compter l'idée
d'une sécrerte affection indépendante &
supérieure à notre raison, que nous sup-
posons avoir pour notre pays, comme
s'il y avoit quelque vertu physique en
chaque canton de terre qui produisît su-
rement cet effet en ceux qui y naissent.
L'amour de la Patrie est plus puissant que
la raison, & comme si le Heimrey étoit
une maladie universelle inséparable d'un
corps humain & non particuliere aux Suis-
ses qui semblent n avoir été faits que pour
leurs montagnes, comme leurs montagnes
pour eux.
Cette notion peut avoir contribué à
la sureté & à la grandeur des Etats, &
pour cet effet elle a été habilement cul-
tivée & appuyée des préjugés de l'édu-
cacation. Il est atrivé aux hommes sur
ce sujet ce qui leur arrive sur plusieurs
MARS.
1752.
37
autres; à force d'entendre dire qu'une cho-
se doit être, ils parviennent à persua-
der aux autres & à croire eux mêmes
qu elle est.
Nous aimons le pays dans lequel
nous sommes nés à cause des biens par-
ticuliers que nous en recevons, & que
nous pourrions aussi-bien recevoir d'un
autre. Un homme sage se regarde
comme citoyen du monde, & quand
vous lui demandez où est son Pays, ain-
si qu'Anaxagoras, il vous montre le
Ciel.
Il y a encore d'autres personnes qui
ont imaginé que comme tout l'Univers
souffre une continuelle rotation, & que
la Nature semble se délecter ou se con-
server par cette révolution perpétuelle,
de inême il y a dans les esprits des hom-
mes une naturelle inquiétude laquelle les
porte à changer de place & d'habitation.
Cette opinion a au moins une apparen-
ce de vérité dont les autres manquent,
& est autant favorisée par l'expérience,
que l'autre en est contredite.
Mais quelques soient les raisons qui
ont du varier infiniment en un nom-
bre infini d'occasions & en un espace de
tems immense; c est un fait vrai que les
familles & les Nations du monde ont été
38 MERCURE DEFRANCE.
dans une continuelle agitation autour de
la face du globe, chassant & étant chas-
sées tour à tour. Quel nombre de Colo-
nies l'Asie a-t-elle envoyé à l'Europe;
les Phéniciens ont planté les côtes de
la mer méditerrannée, & poussé leurs éta-
blissemens même dans l'Océan. Les Etru-
riens étoient Asiatiques d'extraction, &
sans aller plus loin, les Romains, ces
Maîtres du Monde, reconnoistoient un
Troyen exilé pour Fondateur de leur
Empire.
Combien de transmigrations ont été
en retour de celle ci d'Europe en Afie
elles ne pourroient être nombrées. Car
outre l'Eolique, l'lonique & d'au-
tres à peu près d'égale renommée, les
Grecs, durant plusieurs fiècles firent de
continuelles expéditions, & bâtirent des
Villes en plusieurs parties de l'Asie: les
Gaulois y pénétrerent aussi, & y éta-
blirent un Royaume. Les Scythes Euro-
péens passerent dans ces vastes Provin-
ces, & porterent leurs armes jusqu'aux
confins de l'Egypte. Alexandre subjugua
tout depuis l'Hélespont jusqu'à l'Inde, ba-
tit des villes, & établit des Colonies pour
assurer ces conquêtes & éterniser son nom.
L'Afrique a reçu de l'une & de l'autre de
ces parties du Monde des Habitans &
MARS. 1752.
39
des Maîtres. Comme elle en a reçu,
elle en a donné: les Tyriens bâtirent
la Ville, & fonderent la République de
Carthage, & le grec a été le langage
d'Egypte.
Dans l'Antiquité la plus reculée nous
entendons parler de Belus en Caldée, &
de Sésostris, établissant ces Colonies ba-
za nées dans Colchos. L'Espagne n'a-t-
elle pas été dans ces derniers siécles
sous la domination des Maures.
Si nous venons à l'Histoire Runic,
nous trouverons nos Peres les Gots con-
duits par Woden & par Thors premie-
ment leur Héros & ensuite leurs Divi-
nités, de la Tartarie Asiatique en Eu-
rope; & qui peut nous assurer que c'é-
toit leur premiere transmigration? ils re-
vinrent peut-être en Asie par l'Est du
continent auquel leur fils ont depuis na-
vigé de l'Europe par le Woust; & ainsi
dans la progression de trois ou quatre
mille ans la même race d'homme a
poussé ses conquêtes & ses habitations
autour du globe.
Le monde est un grand désert où tous
les hommes ont erré & joûté l'un con-
tre l'autre depuis la création. Quelques-
uns ont changé de place par nécessité, &
quelques autres par choix. Une nation
40 MERCUREDEFRANCE.
a désiré de se faisir de ce qu'une autre
étoit lasse de posséder, & il seroit dif-
ficile de marquer quel Pays est aujour-
d'hui entre les mains de ses premiers
Habitans.
Ainsi le Destin a ordonné que rien
ne peut être long-temps dans le même
état; & que sont toutes ces transplan-
tations de Peuples, sinon autant d'exils:
Varon le plus sçavant des Romains di-
soit que, puisque la Nature est la même
par tout, il ne devoit y avoir rien de
fâcheux dans un changement de place
pris en lui-même, & dépouillé des au-
tres inconvéniens qui suivent l'exil. Mar-
cus Brutus ajoûtoit, que puisqu'on ne
peut empêcher ceux qui vont dans un
banissement de porter leur vertu par-
tout, on ne peut les rendre malheu-
reux. Que si quelqu'un croit que chacu-
ne de ces consolations prise séparément
ne suffit pas, il doit avouer au moins
que l'une & l'autre jointes ensemble
sont un grand acheminement à dissiper les
terreurs de l'exil. Car ne devons-nous pas
regarder comme des bagatelles tout ce
que nous laissons derriere nous, en com-
paraison des deux plus précieuses choses
dont les hommes puissent jouir, & que
nous sommes assurés qu'ils nous sui-
41
MARS.
1752.
vront par tout où nous tournerons nos
pas, la même nature & notre propre
vertu ? Croyez-moi; la Providence a eta-
bli un tel ordre dans le monde que,
de tout ce qui nous appartient, la moins
estimable part peut scule tomber sous la
volonté des autres, la meilleure est hors
de la portée du pouvoir humain.
Ainsi marchant intrépidement la tête
haute par tout où nous serons menés par
le cours des accidens humains, en quel-
que licu qu'ils nous conduisent, sur
quelque côte que nous soyons jettés
nous ne nous trouverons pas absolument
étrangers; nous rencontrerons des hom-
mes, créatures de la même espéce,
doués des mêmes facultés, & nés sous
les mêmes loix de nature: nous ver-
rons les mêmes vertus & les mêmes vi-
ces partir des mêmes principes géné-
raux, mais variés en mille façons diffé-
rentes & contraires, selon cette infinité
de loix & de coutumes qui sont établies
pour la même fin universelle, c'est-
a-dire pour la conservation de la So-
ciété. Nous ressentirons la même révolu-
tion de faisons, le même Soleil, la mê-
me lune; cette même voûte azurée &
parsemée d'étoiles, sera par tout éten-
due sur notre tête. Il ny a point de
42 MERCURE DE FRANCE.
partie du Monde, d'où nous ne puis-
sions admirer, ces planettes qui roulent
comme la nôtre en différens orbites au-
tout du même Soleil, & tandis que je
suis ravi par de telles contemplations,
tandis que mon ame est ainsi élevée au
ciel, que m'importe quelle terre je fou-
le à mes pieds. Brutus rapportoit dans
le livre qu'il a écrit sur la vertu, qu'il
avoit vu Marcellus en exil à Mitilene
vivant dans tout le bonheur dont la na-
ture humaine est capable, & cultivant
avec autant d'assiduité que jamais, toutes
sortes de louables connoissances; il ajoû-
toit que ce spectacle lui fit croire que,
s'en retournant sans Marcellus, c'étoit
lui même, & non ce dernier qui étoit
banni.
O Marcellus beaucoup plus heureux
quand Brutus approuva ton exil, que
quand la Répubiique approuva ton Con-
sulat! Quelle plus forte preuve du mé-
rite de ce grand homme, que de voir
que ceux qui le laissoient en exil, se re-
gardoient eux-mêmes comme bannis, &
qu'il s'attiroit l'admiration de celui qui
paroissoit un objet d'admiration à son
Caton même!
Brutus rapportoit encore que Cesat
passa sans s'arrêter à Mitilene, parce
MARS.
1752.
43
qu'il ne pouvoit soutenir la vue de Mar-
cellus dans un état si indigne de lui.
Son rétablissement fut enfin obtenu pat
la publique intercession du Senat entier,
qui étoit tellement affligé, que tous les
Senateurs paroissoient avoir les mêmes
sentimens que Brutus, & au lieu de les
supplier pour Marcellus, supplier pour
eux mêmes, ils regardoient comme un exil
de vivre plus long tems sans Marcellus; il
s'en retournoit dans son pays avec hon-
neur, mais surement il demeuroit en exil
avec un plus grand honneur encore,
lorsque Brutus ne pouvoit le résondre à
le quitter, ni Cesar à le voir. L'un &
l'autre portoient témoignage à son méri-
te: Brutus affligé, & Cesar rougissant
d'aller à Rome sans lui.
Métellus Numidicus avoir éprouvé la
même destinée quelques années aupara-
vant. Pendant que le peuple qui est tou-
jours le plus sûr instrument de sa propre
servitude étoit occupé à passer sous la con-
duite de Marius, les fondemens de cette
tyrannie qui fut achevée par Cesar
Métellus seul, au milieu d'un Senat ti-
mide & d'une insolente populace, refu-
sa de confirmer les pernicieuses Loix du
Tribun Saturninus; fa constance devint
ion crime, & l'exil sa punition, une Fac-
Digsinad vo 009
44 MERCURE DE FRANCE.
tion effrenée prévalant contre lui. Les
meilleurs Citoyens armés pour sa défen-
se, étoient prêts à donner leur vie pour
conserver tant de vertu à leur Républi-
que; mais ayant manqué de la persua-
der, il ne trouva pas juste de la con-
traindre: il jugea dans cette phrénésie
de la République Romaine, comme le
divin Platon jugea dans la décadence de
celle d'Athenes. Métellus sçavoit que
si ses Citoyens se corrigeoient, il seroit
rappellé, & s'ils ne se corrigeoient pas
qu'il ne pouvoit être nulle part plus mal
qu'à Rome: il alla volontairement en
exil, & par tout où il passoit, il por-
toit avec lui les symptômes d'un Gouver-
nement malade, & le prognostic d'une
République expirante. L'esprit qui l'ani-
ma pendant son exil paroitra mieux pat
un fragment d'une de ses Lettres, qu'Au-
lugelle, pour l'amour du mot Amilcar
nous a conservé dans une pédantes-
que compilation de phrases usitées par
l'Analiste Claudius, illi verò omni jure
atque honestate interdicti, ego neque aquâ
neque igne careo & summâ gloriâ tru-
niscor.
Heureux Métellus, heureux en ta
propre vertu, heureux en ton pieux fils,
& en cet ami qui te ressembloit en mé-
MARS.
1752.
45
rite & en fortune. Rutillius avoit défen-
fendu l'Asie contre les exactions des Pu-
blicains, conformément à l'étroite justi-
ce dont il faisoit profession. Cette pro-
bité l'avoit rendu odieux à la faction de
Marius; cette haine fit jurer sa perte.
L'homme le plus intègre fut accusé de
corruption, le plus vertueux fut pour-
suivi par le méprisable Apicius, nom
dévoué à l'infamie. Ceux qui avoient
suscité la fausse accusation étoient les Ju-
ges, & prononcerent l'injuste sentence
contre lui: à peine daigna-t-il défendre
sa cause, mais il se retira dans l'Orient,
où la vertu Romaine, que Rome ne
pouvoit plus soutenir, fut reçue avec
honneur: or Rutillius sera-t il réputé
avoir été malheureux? quand ceux qui
le condamnerent, ont été par cette ac-
tion transmis comme des criminels au tri-
bunal de la postérité; quand il fut plus
facile de l'obliger à quitter son Pays
que de l'obliger à souffrir que son exil
finit; quand lui scul osa refuser le Dic-
tateur Silla, & étant rappellé chez lui
non-seulement refusa d'y aller, mais s'en
éloigna encore davantage. Vous me di-
rez, que vous proposez- vous par ces exem-
ples dont une multitude peut être re-
cueillie dans l'Histoire des siécles passés:
46 MERCUREDEFRANCE.
Je me propose de montrer que com-
me le changement de place considéré en
lui-même ne peut cendre nul homme
malheureux: ainsi les autres maux qui
sont généralement reprochés à l'exil ne
peuvent arriver aux hommes sages &
vertueux, où s'ils leur arrivent, ne peu-
vent les rendre misérables. L'effet de ces
maux dépend non de leur propre natu-
re, mais du caractere de celui auquel
ils tombent en partage.
Les pierres sont dures, les glaçons
sont froids, & tous ceux qui les tou-
chent les sentent de même; mais les
bons ou les mauvais évenemens de la for,
tune se font sentir par rapport aux qua-
lités qui sont en nous: ils sont en eux-
mêmes indifférens, & ne sont que des
accidens communs. Ils n acquierent des
forces que par notre vice ou par notre
foiblesse, la fortune ne speut dispenser ni
félicités ni malheurs, à moins que nous
ne coopérions avec esse.
L'homme qui est malheureux par la
perte de son bien, ne seroit pas heureux
en le possédant.
Ceux qui méritent de jouir des avanta-
ges qu'ôte l'exil, ne seront point mal-
heureux quand ils en seront privés. Je
suis fâché de faire une exception à cette
MARS. 1752.
47
régle: mais Ciceron en est un exemple
si remarquable, qu'il ne peut être ni ca-
ché ni passé sous silence. Ce grand hom-
me qui avoit sauvé sa Patrie, qui
n'avoit craint en soutenant cette cause,
ni les insultes d'un parti furieux, ni les
poignards des Assassins, quand il vint à
soufftir pour cette même cause, succom-
ba sous le poids, il deshonora ce ba-
nissement que l'indulgente Providence
destinoit comme un moyen de rendre
sa gloire complette: incertain où il iroit
& ce qu'il feroit; craintif comme une
femme, ou chagrin comme un enfant,
il lamentoit la perte de son rang, de ses
richesses, de sa considération: son élo-
quence ne servoit qu'à peindre son igno-
minie avec de plus vives couleurs, il
pleuroit sur les ruines de sa belle maison
que Clodius avoit démolie: & sa sépa-
ration de Térentia qu'il répudia peu de
temps après, étoit peut-être une afflic-
tion pour lui dans ce moment.
Tout devient insoutenable à l'homme
qui est une fois subjugué par la dou-
leut; il regrette ce dont il jouissoit sans
plaisir, & surchargé déja, il succombe
sous le poids le plus léger: enfin cette
conduite de Ciceron fut telle que ses
amis, aussi-bien que ses ennemis, crurent
48 MERCURE DE FRANCE.
crurent qu'il avoit perdu le sens. Cesar
voyoit avec une sécrette satisfaction
l'homme qui avoit refusé d'être son Lieu-
tenant pleurer sous la verge de Clodius:
Pompée esperoit de trouver quelque ex-
cuse à son, ingratitude, dans le mépris
auquel s'exposoit l'ami qu'il avoit aban-
donné: Atticus même le trouva trop
misérablement attaché à sa premiere for-
tune, & le lui reprocha: Atticus de qui
les plus grands talens étoient l'usure &
l'art de se ménager entre les deux par-
tis; qui plaçoit son principal mérite à
être riche, & qui auroit été noté d'in-
famie à Athenes pour garder des mesures
avec les deux partis. Atticus même rougis-
soit pour Ciceron, & l'homme le moins
sincere qui vêcunt prit le style de Caton,
J'ai insisté sur cet exemple qui auto-
rise la vérité que nous venons d'établir
& qui nous en enseigne une autre de
grande importance.
Les hommes sages sont certainement
supérieurs à tous les maux de l'exil,
mais dans un étroit & stoique sens. Ce-
lui qui a laissé dans son ame une seule
passion sans être subjuguée, ne peut mé-
riter ce nom. Ce n'est pas assez que nous
ayons étudié tous les devoirs de la vie
publique & privée, que nous les ayons
parfaitement
MARS. 1752.
49
parfaitement connus, & qu'aux yeux
du monde nous vivions conformément
à ces devoirs. Une passion qui n est
qu'assoupie dans le coeur, & qui a échap-
pé à notre examen, ou que nous avons
regardée avec indulgence comme pardon-
nable, ou même que nous avons peut-
etre encouragée comme un principe pro-
pre à exciter notre vertu, peut dans un
tems ou daus l'autre détrusre, notre tran-
quilité, & gâter notre caractere entier.
Quand la vertu a encuirassé l'ame de tous
côntés, s'il m'est permis de me servir de
cetre expression, nous sommes de tous
contés in vulnerables, mais Achille fut bles-
sé au talon.
La moindre partie qui ne sera pas
apperçue ou qui sera négligée, peut nous
exposer à une blessure mortelle. La rai-
son ne peut obtenir l'absolue domina-
tion de nos ames par une seule victoire.
Le vice a plusieurs corps de réserve
qu'il faut battre, plusieurs forteresses
qu'il faut emporter. Nous pouvons résis-
ter aux plus rudes attaques de la fortu-
ne, & céder aux plus foibles. Nous pou-
vons avoir gagné le dessus de l'avarice,
la plus générale maladie de l'esprit, &
néanmoins être esclave de l'ambition.
Nous pouvons avoir délivré notre ame
C
50 MERCUREDEFRANCE.
de la peur de la mort, & néammoine
quesqu'autre peur pourra se cacher en
elle. C'étoit le cas de Ciceron: la vanité
étoit son vice capital. Cette vanité avoit
échauffé son zéle, animé son habileté;
encouragé l'amout de son Pays, & sou-
tenu sa constance contre Catilina; mais
elle donna à Clodius une entiere victoi-
re sur lui, il n'etoit pas effrayé de per-
dre la vie, & de quitter biens, hon-
neurs & toutes les choses dont il pleu-
toit la perte, mais il étoit efftayé de
vivre & d'en être privé: il auroit pro-
bablement vû la mort dans certe occasion
avec la même fermeté avec laquelle il
dit à Nopilius Lenas, son Client & son
meurtrier: Approche véteran, & si au
moins tu peux faire ceci, coupe-moi la
tête; mais il ne pouvoit soutenit de se
voir lui même & diêtre vû par d'autres,
dépouillé de ces ornemens dont il avoit
accoutumé d'etre entouté: ce qui le fit
se répandre ainsi en plusieurs honteuses
expressions.
Possum oblivisci qui fuerim; non sentire
qui sim; quo caream honore, quâ gloriâ.
Et parlant à son frere, citavi ne vide-
rem, ne aut illius luctum squalloremque aspi-
cerem, aut me perditum illi afflictumque
efferrem. Il avoit pensé à la mort, il y
MARS. 1752.
avoit préparé son esprit; il y avoit eu
même des occasions, où sa vanité auroit
été flattée par cette mort. La même va-
nité l'avoit empêché dans la prospérité
de supposer qu'un pareil revers put lui
arriver, celui-ci arrivant, le surprit &
le frappa d'étonnement. Il étoit encore
entêté de la pompe & du tracas de Ro-
me, fumum & opes strepitumque Romae. Il
étoit encorę attaché à toutes ces choses
que l'habitude rend nécessaites, & que
la nature a laissées indifférentes: nous
en avons fait l'énumération ci-dessus
il est tems de descendre à un examen
plus particulier.
La suite dans le prochain Mercure,
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2091
p. 52-56
LA MORT DE LOUISE Reine de Dannemarc. ODE AU ROI, Par M. Angliviel de la Beaumelle.
Début :
Il est donc vrai ! de ses années [...]
Mots clefs :
Louise de Grande-Bretagne, Dieux, Vertus, Couronne, Coeur, Nature
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA MORT DE LOUISE Reine de Dannemarc. ODE AU ROI, Par M. Angliviel de la Beaumelle.
LA MORT DE LOUISE
Reine de Dannemarc.
ODE AU ROI,
Par M. Angliviel de la Beaumelle.
Il est donc vrai ! de ses années
Les Dieux ont terminé le cours;
Jamais, barbares destinées
Respectâtes-vous de beaux jours!
Jusques à quand, Mort implacable
Ton glaive avide, insatiable
S'étendra-t. il sur les vertus:
Le Ciel irrité sur vos têtes,
Danois! assemble ses tempêtes
Pleurez: Louise helas n'est plus.
Vous n'êtes que de vains fantômes
Plaisirs, jeunesse, biens, honneursi
Serons-nous toujours, soibles hommes,
Séduits par vos charmes trompeurs!
Disparoissez, erreurs brillantes,
Sous mille formes différentes
Notre néant se reproduit.
Venex, voyez, Grands de la terre,
MARS.
1751.
Qu'êtes-vous? un peu de poussiere
Qu'un soussle organise & détruit.
D'un vil peuple la flatterie
Vous place au dessus des moitels,
Du Courtisan l'idolatrie
Ose vous dresser des Autels;
Que de l'immortelle Louise
Le funeste trépas instruise
Et terrasse ensin votre orgueil:
Vous serez malgré la Couronne,
Assis aujourd'hui sur le Trone,
Demain couchés dans le cercueil.
Tendre amout, sidele hymenée,
Jettez des sleurs sur son tombeau;
Elle aimoit, elle étoit aimée;
Vites-vous un destin plus beau?
Elle aimoit en toi l'homme aimable,
FRIDIRIC! ce coeur adorable
Au Heros préferoit l'Amant,
Hé! les couronnes les plus belles,
Toutes les grandeurs, que sont- elles
Au prix d'un tendre sentiment:
Vous ne verrez plus une mere,
Princes, vous presser dans ses bras,
d by Goo
Ciij
53
54 MERCUREDEFRANCE.
Suivre votre course légere,
Et sourire à votre embarras:
Croissez tendres fleurs, son ouvrag
De ses traits offrez-nous Pimage
Montrez à l'Univers surpris
Que fidéle à son origine
La grandeur d'une Héroino
Circule dans le sang des fils.
Heureux enfans de l'abondance
Beaux Arts! elle vous aimoit tous:
Elle réunit des l'enfance
Tous les talens & tous les goûts:
Sur elle, disoit la nature
Versons nos presens sans mesuro
Formons- là digne de Titus;
Soudain marcherent sur ses traces
De son sexe toutes les graces,
Du nôtre toutes les vertus.
Placez Louise sur un Trône
Avili par un de ces Rois
Qui ne peuvent de la Couronne
Soutenir le penible poids,
Automates, que la molesse
Tient dans une éternelle ivtesse
D'un Ministre esclave jaloux,
5009
MARS. 1552.
59
Louise eût sçù régir l'Empire,
**
Pourvoir à tout, à tout sussite,
*
Venger son sexe & son époux.
pet.
We
..
Cette main à qui l'harmonie.
Accordoit ses plus tendres sons,
1
..
Qui d'une riche broderie
Avec grace animoit le fonds,
Eût triomphé de nos Achilles,
. ...
Soutenu les Arts, pris des Villes;
.
Réuni Bellone & Thémis
Et Superieure aux obstacles
Renouvellé tous les miracles
D'Irene & de Semiramis.
:
Tu sçais, Monarque infatigable.
Tu sçais obscurcir ces taleus:
Louise ne patost quiaimable,
L'amour remplit tous ses momens;
Vois, admire avec quel courage
Ce coeur sublime se partage
Et par tendresse & par vertu
Comme une humble & simple bergeré
Entre le désir de te plaire
Et le plaisit de avoir plu.
C iiij
36 MERCURE DEFRANCE.
Mais quelle voix se fait entendte!
»Chet Epoux, seche ensin tes pleuis,
» C'est assez honorer ma cendte,
» Tu l'offenses par tes douleurs;
»Prince trop cheri, si tu m'aimes
» Je vis encore, les Dieux mêmes
» De mon bonheur seront jaloux
Tout est en deuil: pour ta tendresse
nQuel plaisir plus pur: ta tristesse
»Devient la tristesse de tous.
...
Que le pero de la lumiere
Se livre un instant au repos;
C'en est fait la nature entiere
Rentre dans son premier cahos:
Pour tes Provinces fortunées,
i
Tes instans valent des années;
Ceux que tu donne à tes ennuis,
Grand Roi, sont perdus pour l'Histoire,
Tu les voles tous à ta gloire,
..
Tu les voles à ton pais.
Reine de Dannemarc.
ODE AU ROI,
Par M. Angliviel de la Beaumelle.
Il est donc vrai ! de ses années
Les Dieux ont terminé le cours;
Jamais, barbares destinées
Respectâtes-vous de beaux jours!
Jusques à quand, Mort implacable
Ton glaive avide, insatiable
S'étendra-t. il sur les vertus:
Le Ciel irrité sur vos têtes,
Danois! assemble ses tempêtes
Pleurez: Louise helas n'est plus.
Vous n'êtes que de vains fantômes
Plaisirs, jeunesse, biens, honneursi
Serons-nous toujours, soibles hommes,
Séduits par vos charmes trompeurs!
Disparoissez, erreurs brillantes,
Sous mille formes différentes
Notre néant se reproduit.
Venex, voyez, Grands de la terre,
MARS.
1751.
Qu'êtes-vous? un peu de poussiere
Qu'un soussle organise & détruit.
D'un vil peuple la flatterie
Vous place au dessus des moitels,
Du Courtisan l'idolatrie
Ose vous dresser des Autels;
Que de l'immortelle Louise
Le funeste trépas instruise
Et terrasse ensin votre orgueil:
Vous serez malgré la Couronne,
Assis aujourd'hui sur le Trone,
Demain couchés dans le cercueil.
Tendre amout, sidele hymenée,
Jettez des sleurs sur son tombeau;
Elle aimoit, elle étoit aimée;
Vites-vous un destin plus beau?
Elle aimoit en toi l'homme aimable,
FRIDIRIC! ce coeur adorable
Au Heros préferoit l'Amant,
Hé! les couronnes les plus belles,
Toutes les grandeurs, que sont- elles
Au prix d'un tendre sentiment:
Vous ne verrez plus une mere,
Princes, vous presser dans ses bras,
d by Goo
Ciij
53
54 MERCUREDEFRANCE.
Suivre votre course légere,
Et sourire à votre embarras:
Croissez tendres fleurs, son ouvrag
De ses traits offrez-nous Pimage
Montrez à l'Univers surpris
Que fidéle à son origine
La grandeur d'une Héroino
Circule dans le sang des fils.
Heureux enfans de l'abondance
Beaux Arts! elle vous aimoit tous:
Elle réunit des l'enfance
Tous les talens & tous les goûts:
Sur elle, disoit la nature
Versons nos presens sans mesuro
Formons- là digne de Titus;
Soudain marcherent sur ses traces
De son sexe toutes les graces,
Du nôtre toutes les vertus.
Placez Louise sur un Trône
Avili par un de ces Rois
Qui ne peuvent de la Couronne
Soutenir le penible poids,
Automates, que la molesse
Tient dans une éternelle ivtesse
D'un Ministre esclave jaloux,
5009
MARS. 1552.
59
Louise eût sçù régir l'Empire,
**
Pourvoir à tout, à tout sussite,
*
Venger son sexe & son époux.
pet.
We
..
Cette main à qui l'harmonie.
Accordoit ses plus tendres sons,
1
..
Qui d'une riche broderie
Avec grace animoit le fonds,
Eût triomphé de nos Achilles,
. ...
Soutenu les Arts, pris des Villes;
.
Réuni Bellone & Thémis
Et Superieure aux obstacles
Renouvellé tous les miracles
D'Irene & de Semiramis.
:
Tu sçais, Monarque infatigable.
Tu sçais obscurcir ces taleus:
Louise ne patost quiaimable,
L'amour remplit tous ses momens;
Vois, admire avec quel courage
Ce coeur sublime se partage
Et par tendresse & par vertu
Comme une humble & simple bergeré
Entre le désir de te plaire
Et le plaisit de avoir plu.
C iiij
36 MERCURE DEFRANCE.
Mais quelle voix se fait entendte!
»Chet Epoux, seche ensin tes pleuis,
» C'est assez honorer ma cendte,
» Tu l'offenses par tes douleurs;
»Prince trop cheri, si tu m'aimes
» Je vis encore, les Dieux mêmes
» De mon bonheur seront jaloux
Tout est en deuil: pour ta tendresse
nQuel plaisir plus pur: ta tristesse
»Devient la tristesse de tous.
...
Que le pero de la lumiere
Se livre un instant au repos;
C'en est fait la nature entiere
Rentre dans son premier cahos:
Pour tes Provinces fortunées,
i
Tes instans valent des années;
Ceux que tu donne à tes ennuis,
Grand Roi, sont perdus pour l'Histoire,
Tu les voles tous à ta gloire,
..
Tu les voles à ton pais.
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2092
p. 71-72
DISCOURS Prononcé par M. l'Abbé de Pomponne, Doyen du Conseil d'Etat, Commandeur-Chancelier-Surintendant des Finances des Ordres du Roi, le jour de la Purification, pour la réception de M. le Prince de Condé, nommé par Sa Majesté Chevalier de ses Ordres le premier Janvier de cette année.
Début :
SIRE, Ce jour destiné à la réception de M. le [...]
Mots clefs :
Prince de Condé, Réception, Majesté, Ordres, Héros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS Prononcé par M. l'Abbé de Pomponne, Doyen du Conseil d'Etat, Commandeur-Chancelier-Surintendant des Finances des Ordres du Roi, le jour de la Purification, pour la réception de M. le Prince de Condé, nommé par Sa Majesté Chevalier de ses Ordres le premier Janvier de cette année.
DISCOURS
Prononcé par M. l'Abbé de Pomponne,
Doyen du Conseil d'Etat, Commandeur-Chancelier-Surintendant
des Finances des
Ordres du Roi, le jour de la Purification,
pour la réception de M. le Prince de
Condé, nommé par Sa Majesté Chevalier
de ses Ordres le premier Janvier de cette
année.
SIRE,
Ce jour destiné à la réception de M. le
Prince de Condé est un de ces jours
heureux qui ocquiert im nouveau lustre à
l'ordre du S. Esprit, en le décorant d'un
Prince de votee Sang.
M. le Prince de Condé a satisfait
SIRE, anx preuves de Religion ordon-
nées par les Statuts.
Les bontés dont ses illustres ayeux ont
honoré mes ancêtres, s'étant perpetuées
jusqu'à moi, je croirois, SIRE, man-
quer au devoir & à la reconnoissance si je
ne prositois de l'occasion présente pour
rappeller à la mémoire de Votre Majesté,
—
72 MERCURE DE FRANCE.
ces Héros de la branche de Condé, & en-
tr'autres ce Héros de Rocroy, de Nor-
linghen, de Lens, de Senef, &c. dont les
exploits glorieux feront toujours l'admira-
tion de la posterité & annoncent un ave-
nit favorable au digne heritier qui le re-
presente aujourd'hui comme une suite né-
cessaire de ses heureuses qualités naturel-
les & de son excellente éducation.
M. le Prince de Condé attend que Votre
Majesté veuille bien ordonner de l'intro-
duire auprès d'elle pour commencer la cé-
rémonie de sa réception.
Prononcé par M. l'Abbé de Pomponne,
Doyen du Conseil d'Etat, Commandeur-Chancelier-Surintendant
des Finances des
Ordres du Roi, le jour de la Purification,
pour la réception de M. le Prince de
Condé, nommé par Sa Majesté Chevalier
de ses Ordres le premier Janvier de cette
année.
SIRE,
Ce jour destiné à la réception de M. le
Prince de Condé est un de ces jours
heureux qui ocquiert im nouveau lustre à
l'ordre du S. Esprit, en le décorant d'un
Prince de votee Sang.
M. le Prince de Condé a satisfait
SIRE, anx preuves de Religion ordon-
nées par les Statuts.
Les bontés dont ses illustres ayeux ont
honoré mes ancêtres, s'étant perpetuées
jusqu'à moi, je croirois, SIRE, man-
quer au devoir & à la reconnoissance si je
ne prositois de l'occasion présente pour
rappeller à la mémoire de Votre Majesté,
—
72 MERCURE DE FRANCE.
ces Héros de la branche de Condé, & en-
tr'autres ce Héros de Rocroy, de Nor-
linghen, de Lens, de Senef, &c. dont les
exploits glorieux feront toujours l'admira-
tion de la posterité & annoncent un ave-
nit favorable au digne heritier qui le re-
presente aujourd'hui comme une suite né-
cessaire de ses heureuses qualités naturel-
les & de son excellente éducation.
M. le Prince de Condé attend que Votre
Majesté veuille bien ordonner de l'intro-
duire auprès d'elle pour commencer la cé-
rémonie de sa réception.
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2092
2093
p. 134-136
« RECUEIL de Poësies sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, [...] »
Début :
RECUEIL de Poësies sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne, Compagnie de Jésus, Avignon, Épître, Recueil, Naissance, Collège, Chansons, Intermède, Jésuites
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « RECUEIL de Poësies sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, [...] »
RECUEIL de Poësies sur la naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
par les Peres de la Compagnie de Jesus du
College d'Avignon. A Avignon, chez
Jacques Garrignan, 1751.
Uigsired v.20O
MARS. 1752.
137
Les Jesuites sont en possession de célé-
brer tous les événemens qui intéressent le
bonheur ou la gloire de la Nation, avec
une vivacité & un éclat qui sont des preu-
ves certaines de leur zéle & de leur ma-
gnificence. Nous avons rendu compte des
Fêtes tout à fait brillantes & bien enten-
dues qu'ils ont données à Paris & à Mar-
feille. Celles du College d'Avignon ont
été plus simples, & ne sont pas moins
touchantes: elles ont produit un volume
de vers où les sentimens que doit inspirer
la Naissance de Monseigneur le Duc. de
Bourgogne à des cœurs bien faits, sont
exprimés avec goût & avec elprit. L'im-
possibilité où nous nous trouvons de rien
transcrire du recueil que nous annon-
çons, ne doit pas nous empêcher de nom-
mer les Auteurs qui ne se sont pas nommés
dans l'Imprimé. L'Epitre dédicatoireà M. le
Vice-legat, le Conseil des Dieux, & une
Elégie latine sont duPere Feraud: laPasto-
rale & le Compliment à Monseigneur le
Duc de Bourgogne, du Pere Bernard : les
Chansons du premier intermede de la Pas-
torale, les Stances à la Reine, & un
Rondeau qui est à la fin, du Pere Borelly:
les Chansons du second intermede, du
Pere Joubert: la Cantate du troisième in-
termede, l'Ode à Monseigneur le Dau-
136 MERCUREDEFRANCE.
phin, une autre Ode Françoise, les
triomphes de la Religion, & l'Epître à
Monseigneur le Dauphin, du Pere Besson.
l'Epître au Roi, l'Ode à Madame la Dau-
phine, & une autre Ode Françoise, du
Pere Ronbaud: une Ode & une Eglogue
latine, du Pere Veillet.
de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
par les Peres de la Compagnie de Jesus du
College d'Avignon. A Avignon, chez
Jacques Garrignan, 1751.
Uigsired v.20O
MARS. 1752.
137
Les Jesuites sont en possession de célé-
brer tous les événemens qui intéressent le
bonheur ou la gloire de la Nation, avec
une vivacité & un éclat qui sont des preu-
ves certaines de leur zéle & de leur ma-
gnificence. Nous avons rendu compte des
Fêtes tout à fait brillantes & bien enten-
dues qu'ils ont données à Paris & à Mar-
feille. Celles du College d'Avignon ont
été plus simples, & ne sont pas moins
touchantes: elles ont produit un volume
de vers où les sentimens que doit inspirer
la Naissance de Monseigneur le Duc. de
Bourgogne à des cœurs bien faits, sont
exprimés avec goût & avec elprit. L'im-
possibilité où nous nous trouvons de rien
transcrire du recueil que nous annon-
çons, ne doit pas nous empêcher de nom-
mer les Auteurs qui ne se sont pas nommés
dans l'Imprimé. L'Epitre dédicatoireà M. le
Vice-legat, le Conseil des Dieux, & une
Elégie latine sont duPere Feraud: laPasto-
rale & le Compliment à Monseigneur le
Duc de Bourgogne, du Pere Bernard : les
Chansons du premier intermede de la Pas-
torale, les Stances à la Reine, & un
Rondeau qui est à la fin, du Pere Borelly:
les Chansons du second intermede, du
Pere Joubert: la Cantate du troisième in-
termede, l'Ode à Monseigneur le Dau-
136 MERCUREDEFRANCE.
phin, une autre Ode Françoise, les
triomphes de la Religion, & l'Epître à
Monseigneur le Dauphin, du Pere Besson.
l'Epître au Roi, l'Ode à Madame la Dau-
phine, & une autre Ode Françoise, du
Pere Ronbaud: une Ode & une Eglogue
latine, du Pere Veillet.
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2094
p. 141-142
« La nouvelle Edition de la preuve par témoins, de Danty, in-4o., qui se vendra [...] »
Début :
La nouvelle Edition de la preuve par témoins, de Danty, in-4o., qui se vendra [...]
Mots clefs :
Preuve, Témoins, Vie civile, Règne de Louis XIV
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La nouvelle Edition de la preuve par témoins, de Danty, in-4o., qui se vendra [...] »
La nouvelle Edition de la preuve
par témoins, de Danty, in-4o., qui se vendra
à Paris chez Messieurs de Nully, Li-
braire au Palais; Despilly pere & fils, Li-
braires rue Saint Jacques, à la vieille pos-
te; Vincent, Libraire, rue Saint Severin;
& à Rennes, chez Vatard fils, Libtaire
rue Dauphine à la Science.
LES préceptes de la vie civile, mis
en distiques latins, attribués à Caton, &
traduits en vers François avec quelques
Poësies sacrées, dédiés à Mesdames de
France, par M. l'Abbé S***: à Paris,
chez Nyon fils, & Guillyn, quai des Au-
gustins.
O
142 MERCURE DE FRANCE.
L'HISTOIRE Littéraire du Regne de
Louis XIV. par M. l'Abbé Lambert, se
trouve à Paris, chez Prault fils, Quillan
fils & Guiltyn. Elle se vend 241. brochée,
& 30 livres reliée.
par témoins, de Danty, in-4o., qui se vendra
à Paris chez Messieurs de Nully, Li-
braire au Palais; Despilly pere & fils, Li-
braires rue Saint Jacques, à la vieille pos-
te; Vincent, Libraire, rue Saint Severin;
& à Rennes, chez Vatard fils, Libtaire
rue Dauphine à la Science.
LES préceptes de la vie civile, mis
en distiques latins, attribués à Caton, &
traduits en vers François avec quelques
Poësies sacrées, dédiés à Mesdames de
France, par M. l'Abbé S***: à Paris,
chez Nyon fils, & Guillyn, quai des Au-
gustins.
O
142 MERCURE DE FRANCE.
L'HISTOIRE Littéraire du Regne de
Louis XIV. par M. l'Abbé Lambert, se
trouve à Paris, chez Prault fils, Quillan
fils & Guiltyn. Elle se vend 241. brochée,
& 30 livres reliée.
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2095
p. *191-191
DE STOKHOLM, le 14 Janvier.
Début :
La charge de Président de la Chancellerie étant sur le point de vacquer par les instances [...]
Mots clefs :
Stockholm, États, Majesté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE STOKHOLM, le 14 Janvier.
DE STOKHOLM, le 14 Janvier.
La charge de Président de la Chancellerie
étant sur le point de vacquer par les instances
que le Comte de Tessin a faites pour qu'on
lui permit de donner sa démission, quelques Dé-
putés des Etats vouloient qu'on proposât à Sa
Majesté trois Sujets, afin qu'elle en choisit un
pour remplir cette importante place. Après de
longs debats, la Diette a décidé à la pluralité de
quatre cens six voix contre deux cens vingt-
deux, qu'on n'en présenteroit qu'un, ainsi que
cela s'est pratiqué pendant le dernier regne. Cet-
te assemblée a résolu d'accorder au Roi une som-
me extraordinaire pour le voyage que Sa Majesté
doit faire l'Eté prochain pour aller voir ses Trou-
pes dans ses Provinces. Il a été aussi réglé qu'à com-
mencer de cette année, on suivroit en Suede le
Calendrier Grégorien. Depuis quelques jours, les
Etats ont suspendu leurs délibérations.
La charge de Président de la Chancellerie
étant sur le point de vacquer par les instances
que le Comte de Tessin a faites pour qu'on
lui permit de donner sa démission, quelques Dé-
putés des Etats vouloient qu'on proposât à Sa
Majesté trois Sujets, afin qu'elle en choisit un
pour remplir cette importante place. Après de
longs debats, la Diette a décidé à la pluralité de
quatre cens six voix contre deux cens vingt-
deux, qu'on n'en présenteroit qu'un, ainsi que
cela s'est pratiqué pendant le dernier regne. Cet-
te assemblée a résolu d'accorder au Roi une som-
me extraordinaire pour le voyage que Sa Majesté
doit faire l'Eté prochain pour aller voir ses Trou-
pes dans ses Provinces. Il a été aussi réglé qu'à com-
mencer de cette année, on suivroit en Suede le
Calendrier Grégorien. Depuis quelques jours, les
Etats ont suspendu leurs délibérations.
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2096
p. 192-193
DE BERLIN, le 18 Janvier.
Début :
Selon les lettres de Dresde, les Princes Xavier & Charles, fils du Roi de Pologne Electeur de [...]
Mots clefs :
Saxe-Gotha, Lettres, Vienne, Roi, Princesse, Comte, Trésorier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE BERLIN, le 18 Janvier.
DE BERLIN, le 18 Janvier.
Selon les lettres de Dresde, les Princes Xavier
& Charles, fils du Roi de Pologne Electeur de
Saxe, se disposent à faire un voyage à Vienne,
d'où ils se rendront en Italie.
On a reçu avis de Dantzica, que les Com-
munautés Protestantes de la Prusse Polonoise &
du Grand Duché de Lithuanie avoient envoyé des
députations au Roi de Suede, pour le prier de
les protéger à l'exemple de ses Prédécesseurs, &
d'employer ses bous offices, lorsque les occa-
sions s'en présenteront, pour les faire rétablir
dans la jouissance des privileges qui leur ont été
accordés par le Traité d'Oliva.
On apptend de Leipsick, que le Prince Jean
Auguste de Saxe-Gotha, Chevalier de l'Ordre
de l'Aigle-noir, Géneral de Cavalerie au service
de l'Impératrice, Reine de Bohême & de Hon-
grie, & Colonel d'un Régiment de Dragons des
troupes de cette Princesse, a épousé à Roda la
Princesse, veuve du Duc Christian-Guillaume de
Saxe-Gotha.
Selon les Lettres de Vienne, le Comte Frede-
deric Melchior de Schonborn Buexeim, Graod-
Trésorier de l'Eglise Métropolitaine de Mayence
&Prevôt du Chapitre de Saint-Alban, & le
Comta
MARS.
1752.
193
Comte Adam-Frederic-Joseph de Seinskeim.
Grand-Trésorier de l'Eglise Cathédrale de Bam-
berg, ont obtenu des places de Conseillers Inti-
mes de l'Empereur.
Selon les lettres de Dresde, les Princes Xavier
& Charles, fils du Roi de Pologne Electeur de
Saxe, se disposent à faire un voyage à Vienne,
d'où ils se rendront en Italie.
On a reçu avis de Dantzica, que les Com-
munautés Protestantes de la Prusse Polonoise &
du Grand Duché de Lithuanie avoient envoyé des
députations au Roi de Suede, pour le prier de
les protéger à l'exemple de ses Prédécesseurs, &
d'employer ses bous offices, lorsque les occa-
sions s'en présenteront, pour les faire rétablir
dans la jouissance des privileges qui leur ont été
accordés par le Traité d'Oliva.
On apptend de Leipsick, que le Prince Jean
Auguste de Saxe-Gotha, Chevalier de l'Ordre
de l'Aigle-noir, Géneral de Cavalerie au service
de l'Impératrice, Reine de Bohême & de Hon-
grie, & Colonel d'un Régiment de Dragons des
troupes de cette Princesse, a épousé à Roda la
Princesse, veuve du Duc Christian-Guillaume de
Saxe-Gotha.
Selon les Lettres de Vienne, le Comte Frede-
deric Melchior de Schonborn Buexeim, Graod-
Trésorier de l'Eglise Métropolitaine de Mayence
&Prevôt du Chapitre de Saint-Alban, & le
Comta
MARS.
1752.
193
Comte Adam-Frederic-Joseph de Seinskeim.
Grand-Trésorier de l'Eglise Cathédrale de Bam-
berg, ont obtenu des places de Conseillers Inti-
mes de l'Empereur.
Fermer
2097
p. 193-194
DE RATISBONNE, le 30 Janvier.
Début :
Ces jours derniers, le Prince de la Tour Taxis, premier Commissaire de l'Empereur à la [...]
Mots clefs :
Empire, Corps, Empereur, États protestants, Augsbourg, Affaire, Constitutions, Résolution, Diète
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texteReconnaissance textuelle : DE RATISBONNE, le 30 Janvier.
DE RATISBONNE, le 30 Janvier.
Ces jours derniers, le Prince de la Tour Taxis,
premier Commissaire de l'Empereur à la
Diette del'Empire, remit à cette Assemblée un dé-
cret de commission Impériale, portant, » Que
„l'annéé derniere les Etats Protestans de la Con-
o fession d'Ausbourg ont écrit à l'Empereur une
lettre, dans laquelle, sous prétexte de justi-
»»fier les voies d'exécution employées à l'occa-
sion de l'affaire de Hohenloë, ils ont avancé
plusieurs propositions nouvelles, contraires aux
» Constitutions de l'Empire, à la Paix de Reli-
gion, au Traité de Westphalie, ainsi qu'aux
vOtdonnances pour accelerer les exécutions, &
„ tendantes à troubler le repos du Corps Germa-
nique; que non seulement ils ont paru vouloit
soutenit la validité de leurs allégations, mais
qu'ils se sont arrogé le pouvoir de se faire droit
„ eux-mêmes, sans avoir égard ni aux loix de l'Em-
„ pire, ni aux prérogatives attachées à la dignité de
2 S. M. Impériale, ni à la ferme résolution qu'elle
2 a toujours montrée de rendre justice à chacun
„ sans partialité & sans acception des personnes ni
des Religions; que comme il ne seroit pas
n juste que les Etats de la Confession d'Ausbourg
ufissent un Corps séßaré, contre la teneur des
„ Constitutions de l'Empire, & empiétassent sur
„ l'autorité de celui qui en est le Chef, l'Em-
pereur desaprouve hautement une telle condui-
te; qu'il annulle la résolution prise le 30 du
194 MERCUREDEFRANCE.
v mois d'Octobre dernier par le Corps Evangélt.
„que; que Sa Majeste Impériale déclare com-
„me non avenue tout ce qui a été entrepris en
„conséquence, & qu'elle recommande à la
»Diette, de donner la plus grande attention à
„ cette affaire, afin de prévenir les inconvéniens
»qui pourroient en résulter.
Ces jours derniers, le Prince de la Tour Taxis,
premier Commissaire de l'Empereur à la
Diette del'Empire, remit à cette Assemblée un dé-
cret de commission Impériale, portant, » Que
„l'annéé derniere les Etats Protestans de la Con-
o fession d'Ausbourg ont écrit à l'Empereur une
lettre, dans laquelle, sous prétexte de justi-
»»fier les voies d'exécution employées à l'occa-
sion de l'affaire de Hohenloë, ils ont avancé
plusieurs propositions nouvelles, contraires aux
» Constitutions de l'Empire, à la Paix de Reli-
gion, au Traité de Westphalie, ainsi qu'aux
vOtdonnances pour accelerer les exécutions, &
„ tendantes à troubler le repos du Corps Germa-
nique; que non seulement ils ont paru vouloit
soutenit la validité de leurs allégations, mais
qu'ils se sont arrogé le pouvoir de se faire droit
„ eux-mêmes, sans avoir égard ni aux loix de l'Em-
„ pire, ni aux prérogatives attachées à la dignité de
2 S. M. Impériale, ni à la ferme résolution qu'elle
2 a toujours montrée de rendre justice à chacun
„ sans partialité & sans acception des personnes ni
des Religions; que comme il ne seroit pas
n juste que les Etats de la Confession d'Ausbourg
ufissent un Corps séßaré, contre la teneur des
„ Constitutions de l'Empire, & empiétassent sur
„ l'autorité de celui qui en est le Chef, l'Em-
pereur desaprouve hautement une telle condui-
te; qu'il annulle la résolution prise le 30 du
194 MERCUREDEFRANCE.
v mois d'Octobre dernier par le Corps Evangélt.
„que; que Sa Majeste Impériale déclare com-
„me non avenue tout ce qui a été entrepris en
„conséquence, & qu'elle recommande à la
»Diette, de donner la plus grande attention à
„ cette affaire, afin de prévenir les inconvéniens
»qui pourroient en résulter.
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2098
p. *198-198
DE MILAN, le 5 Janvier.
Début :
Des grains, destinés pour quelques-unes des Troupes de l'Impératrice Reine, qui sont en quartiers [...]
Mots clefs :
Grains, Droits de péage, Convention, Impératrice Reine
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texteReconnaissance textuelle : DE MILAN, le 5 Janvier.
DE MILAN, le 5 Janvier.
Des grains, destinés pour quelques-unes des
Troupes de l'Impératrice Reine, qui sont en quartiers
dans la Lombardie, ont été arrêtés à Ferrare.
sur le refus que les Conducteurs ont fait de payer
les Droits de Péage. Ces Conducteurs, pour justi-
fier leur refus, alléguent une convention, faite en
1736, & par laquelle il a été stipulé que tant pen-
dant la paix que pendant la guerre, les grains, qui-
descendront ou remonteront le Pô pour les Trou-
pes de l'Impératrice Reine, auront une navigation
libre & franche de tous Droits.
Des grains, destinés pour quelques-unes des
Troupes de l'Impératrice Reine, qui sont en quartiers
dans la Lombardie, ont été arrêtés à Ferrare.
sur le refus que les Conducteurs ont fait de payer
les Droits de Péage. Ces Conducteurs, pour justi-
fier leur refus, alléguent une convention, faite en
1736, & par laquelle il a été stipulé que tant pen-
dant la paix que pendant la guerre, les grains, qui-
descendront ou remonteront le Pô pour les Trou-
pes de l'Impératrice Reine, auront une navigation
libre & franche de tous Droits.
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2099
p. 198-199
DE LONDRES, le 20 Janvier.
Début :
On vient de recevoir la nouvelle, que le sieur Keppel, Commandant l'Escadre du Roi dans la [...]
Mots clefs :
Pêche, Capitaine, Virginie, Députés, Enfants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE LONDRES, le 20 Janvier.
DE LONDRES, le 20 Janvier.
On vient de recevoir la nouvelle, que le sieur
Keppel, Commandant l'Escadre du Roi dans la
Méditerranée, a. conclu. au, nom de Sa Majesté-
1752.
MARS.
199
deux Traités de paix & de navigation, l'un avec la
Régence de Tripoli, l'autre avec celle de Tunis.
Le premier de ces Tiairés a été signé le 30 Sep-
tembre de l'année dernière, & le second le 30 du
mois fuivant.
Un Navire Espagnol de deux eens tonneaux
chargé de vin de Madere, de bois de teinture, &
de quelques autres Marchandises, a échoué le 5
près de la pointe de Cornouaille, & tout l'Equi-
page a été noyé. Afin d'eviter de semblables acci-
dens, on s'est déterminé à poser en cet endroit un
Fanal, au modele duquel on travaille actuellement.
Le Capitaine d'un Bâtiment, arrivé de la Virginie,
a rapporté qu'une Nation de Sauvages, voisine de
cette Colonie, avoit envoyé des Députés, pour
offrit d'en retenir avec les habitans une liaison de
commerce, & que la Colonie, dans le dessein de
s'acquérit l'amitié de ces Députés, leur avoit fait
divers présens. Ce Capitaine a ajouté que le Gou-
verneur de la Virginie, après leur avoit exposé
d'une maniere pathétique la perfection du Chris-
tianisme, les avoit exhortés d'envoyer leurs enfans
au Séminaire de la Colonie, pour y être instruits
des vérités de la Religion. On frete dans divers
Ports d'Angleterre un grand nombre de Navires,
qu'on destine à la Pêche de la Baleine.
La Compagnie de la Pêche du Hareng se pro-
pose d'engager à son service les Enfans Trouvés,
qui voudront & pourront lui être utiles. Pendant
PHyver, elle les fera travailler à des filets, & elle
les employera à la Pêche pendant l'Eté. Sur l'avis-
qu'on a eu que plusiturs Ouvriers des Manufac-
tures de laine se disposoient à passer dans les pays
Etrangers, on leur a défendu, sous des peines ti-
goureuses, d'exécuter leur projet.
On vient de recevoir la nouvelle, que le sieur
Keppel, Commandant l'Escadre du Roi dans la
Méditerranée, a. conclu. au, nom de Sa Majesté-
1752.
MARS.
199
deux Traités de paix & de navigation, l'un avec la
Régence de Tripoli, l'autre avec celle de Tunis.
Le premier de ces Tiairés a été signé le 30 Sep-
tembre de l'année dernière, & le second le 30 du
mois fuivant.
Un Navire Espagnol de deux eens tonneaux
chargé de vin de Madere, de bois de teinture, &
de quelques autres Marchandises, a échoué le 5
près de la pointe de Cornouaille, & tout l'Equi-
page a été noyé. Afin d'eviter de semblables acci-
dens, on s'est déterminé à poser en cet endroit un
Fanal, au modele duquel on travaille actuellement.
Le Capitaine d'un Bâtiment, arrivé de la Virginie,
a rapporté qu'une Nation de Sauvages, voisine de
cette Colonie, avoit envoyé des Députés, pour
offrit d'en retenir avec les habitans une liaison de
commerce, & que la Colonie, dans le dessein de
s'acquérit l'amitié de ces Députés, leur avoit fait
divers présens. Ce Capitaine a ajouté que le Gou-
verneur de la Virginie, après leur avoit exposé
d'une maniere pathétique la perfection du Chris-
tianisme, les avoit exhortés d'envoyer leurs enfans
au Séminaire de la Colonie, pour y être instruits
des vérités de la Religion. On frete dans divers
Ports d'Angleterre un grand nombre de Navires,
qu'on destine à la Pêche de la Baleine.
La Compagnie de la Pêche du Hareng se pro-
pose d'engager à son service les Enfans Trouvés,
qui voudront & pourront lui être utiles. Pendant
PHyver, elle les fera travailler à des filets, & elle
les employera à la Pêche pendant l'Eté. Sur l'avis-
qu'on a eu que plusiturs Ouvriers des Manufac-
tures de laine se disposoient à passer dans les pays
Etrangers, on leur a défendu, sous des peines ti-
goureuses, d'exécuter leur projet.
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2100
p. 200-207
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le 8 Janvier, le Roi partit pour le Châ[t]eau de Choisy, d'où Sa Majesté revint le 12 [...]
Mots clefs :
Roi, Prince, Majesté, Compagnie, Dauphin, Anne-Henriette de France, Madame Henriette, Billets, Évêque, Chapelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Le 8 Janvier, le Roi partit pour le Châ[t]eau
de Choisy, d'où Sa Majesté revint le 12
avec Mesdames de France qui s'y étoient ren-
dues le 11.
Le 11, Monseigneur le Dauphin alla y diner
avec le Roi.
Jusqu'au 29 Février dernier, inclusivement,
les porteurs de Billets signés pour la Compagnie
des Indes par M. Pechevin, ont été reçus à les
faire convertir en reconnoissance d'un nouvel
emprunt, où en promesse de passer contrat, qui
porteront intérêt du jour de l'échéance desdits
Billets. Après ce terme, la Compagnie des In-
des remboursera ces mêmes Billets à leur
échéance.
On a ouvert le 10 Janvier, à la caisse de la
Compagnie des Assurances, établie dans cette
Capitale, le payement des dividendes à cinq pour
cent, qui sont dus pour l'année derniere aux
Porteurs de reconoissances d'intétét de ceite
Compagnie.
Le 7, on commença le quatrième Tirage de la
seconde Loterie Royale. Le principal lot de ce
tirage est échu au numero2416; le second lot au
Numero 33176, & la premiere Prime au Nu-
mero 27829.
Le 13, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente-lept, les Billets
de la premier Lotterie Royale à sept cens vingt-
MARS. 1752.
201
lix, & ceux de la seconde, à six cens soixan-
te-six.
Le 13, le Roi alla à Trianon. Sa Majesté re-
vint à Versailles l'après midi, & fit une prome-
nade en traîneaux au tour du Parc. Le Roi étoit
dans le premier avec Madame Henriette. Dans
le second étoit Monseigneur le Dauphin avec
Madame Adelaide: Madame Sophie, & Mada-
me Louise étoient dans le troisième. Il y avoit
un grand nombre d'autres traîneaux pour les Sei-
gneurs & les Dames de la Cour.
Sa Majesté partit le 15 pour le Château de
Bellevue, d'où elle revint le 19.
Le 18 , M. de Reventlau, Envoyé Extraordi-
naire du Roi de Dannemarx, eut en long man-
teau de deuil, une audience particuliere du Roi,
dans laquelle il donna part à Sa Majesté de la
mort de la Reine de Dannemarx Il fut conduit
à cette audience, ainsi qu'à celle de la Reine
par le Marquis de Verneuil, Introducteur des
Ambassa deurs.
Le Roi retourna le même jour au Château de
Bellevue.
Le même jour au matin, la Reine se trouva
un peu incommodée, & elle entendit la messe
dans son appartement. Heureusement l'indisposi-
tion de Sa Majesté n'a point eu de suite.
Madame Victoite a été attaquée d'un rhume
& d'un mal de gorge, mais cette Princesse, dès
le 19, a commencé à se mieux potter.
Le 21, le Roi prit le deuil pour trois semaines
à l'occasion de la mort de la Reine de Dan-
nemark.
Le vaisseau l'Auguste, appartenant à la Com-
pagnie des Indes, & qui étoit parti de l'Orient
le 15 Avril 1750, y est de retour depuis le 5 de
IV
202 MERCURE DE FRANCE.
ce mois. Ce Bâtiment étoit attendu beaucoup plu-
tôt, mais les mauvais tems qu'il a efsuié dans la-
route, l'ont obligé de relâcher à l'Isse de Fran-
ce, & ensuite à la Baye de tous les Saints, d'ou
il n'a pu temettre à la voile que le 20 du mois de
Septembre dernier.
Le Navire le Saint-Thomas, qui revient du-
Canada, & qui est entré dans le port de la Ro-
chelle, a eu son grand mâts emporté par un coup-
de vent.
L'Académie Royale des Sciences a élu en
qualité d'Adjoint Anatomiste, M. Lieuteaud,
Médecin de la Charité à Versailles, & ci-devant
Professeur d'Anatomie à Aix en Provence.
Le 20, les Actions de la Compagnie des Ind-
des étoient à dix huit cens trente-cinq livres; les
Billets de la premiere Loterie Royale à sept cens
quarante-cinq, & ceux de la seconde, à six censs
quarante cinque
Le 21, le Roi revint de Bellevue, à Versailles.
Sa Majesté se rendit le 24 au Château de Choi-
sy d'où elle revint le 26 au soir.
La santé de Madame Victoire est parfaite-
ment rétablie.
Leurs Majestés signerent le 24. le Contrat de
Mariage du Duc de Montmorency, & de Louise
Françoise Pauline de Montmorency-Luxembourg,
fille du Prince de Tingry.
M. de Massiac, & le Comte du Guay, Chefs-
d'Escadres des armées navales du Roi, ont été
nommés par Sa Majesté, à la place de feu M.
d'Orves, & de feu M. le Chevalier d'Epinay,
pour commander la marine, le premier à Tou-
lon, & le second à Brest.
L'Evêque de Riéz fut sacré le 23, dans la Cha--
pelle de l'Archevêché par l'Archevêque de Pa-
MARS.
1752.
203
tis, assisté des Evêques de Troyes & de Rhodez,
La Compagnie des Assurances, qui a chez M.
se Verrier, Notaire, le fond de six millions dé-
posés pour sureté des engagemens qu'elle prend
avec le Public, a maintenant vingt-six chambres
dans les différens Ports de France. Le grand
nombre d'affaires, qu'elle a faites depuis son inse
titution, pouve l'ntililité d'un établissement, qui
s'attire de plus en plus la confiance générale, &
qui a acquis une telle solidité, que la Compa-
gnie se trouve en état d'assurer en tems de guerre
comme en tems de paix-
Cette Compagnie a reçu avis que le Navire
le Lion, venant de l'Isse Royale, avoit eu le
malheur de périr le premier de ce mois, à la
pointe de Guibron, sur la cônte de Bretagne.
L'Académie Royale des Sciences ayant charge
des Commissaires, d'examiner une methode pro-
posée par M. Gaillard, pour fixer d'une maniere
invariable la situation, la sigure & l'étendue de
chaque corps d'héritages, ces Commissaires ont-
jugé que ladite methode, qui consiste principale-
ment à lever géometriquement les plans de cha-
que Seigneurie, & à les orienter suivant la ligne
Méridienne, seroit très- utile, si elle pouvoit être-
exécutée par tout avec la précision nécessaire.
Le 29, les Actions de la Compagnie des Indes
ctoient à dix- huit cens trente livres; les Billeus
de la premiere Loterie Royale à sept cens quinze
& ceux de la seconde, à six cens trente-huit.
Le Roi, qui étoit depuis le 29 à Trianon, en
rovint le 31.
L'Evêque de Glandeves fut sacré le 30 Janvier
dernier dans la Chapelle du Séminaire de Saint
Sulpioe par l'Eveque de Beauvais, assisté des Evô-
quos de Rhoduz & de Riez.
Ivi
204 MERCUREDEFRANCE.
Le 31, le Duc de Rohan-Rohan, Prince de
Soubize, fut recu au Parlement en qualité de Pair
de Franco. Il donna le même jour un repas
splendide, auquel tous les Ducs & Pairs, ainsi
que la Grande Chambre, furent invités, & qui
fut servi sur deux tables, chacune de cinquan-
te couverts. Le soir, l'intérieur de l'Hôtel de Sou-
bize fut illuminé avec autant de goût que de
magnificence.
Le preinier Février, le Roi accompagné par
le Chevaliers, Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint-Esprit, assista dans la Chapelle
du Château au service, qui fut célebré pour le
repos des ames des Chevaliers morts pendaut
de cours de l'année derniere L'Archevêque de
Rouen, Prélat, Commandeur de l'Ordre, y
officia pontificalement.
Le même jour, la Reine communia par les
mains de M. l'Abbé Gouyon-Launay Comats
son Aumônier en quartier. Madame la Dauphi-
ne communia par celles de l'Evêque de Bayeux,
son premier Aumônier.
Le 2, Fête de la Purification de la Sainte
Vierge, les Chevaliers Comiandeurs & Officiers
de l'Ordre du Saint Esprit, s'étant assemblés vers
les onze heures du matin dans le Cabinet du
Roi, Sa Majestè tint un Chapitre, & nomma Che-
valier, le Comte de Brionne, Grand-Ecuyer de
France. L'information des vie & moeurs, & la
profession de soi du Prince de Condé, qui avoit
été proposé le premier du mois derniet pour être
Chevalier, ayant été admises dans le même Cha-
pitre, ce Prince fut introduit dans le Cabinet du
Roi, & recu Chevalier de l'Ordre de Saint Mi-
chel. Le Roi sortit ensuite de son appartement,
pour aller à la Chapelle. Sa Majesté, devant la-
201
MARS. 1752.
quelle les deux Huissiers de la Chambre portoient
leurs masses, étoit en manteau, le colier de l'Or-
dre par dessus, ainsi que celui de l'Ordre de la
Toison d'ot. Elle étoit précédée de Monseigneur
le Dauphin, du Comte de Chaiolois, du Comte
de Clermont, du Prince de Conty, du Comte
de la Marche, du Prince de Dombes, du Comte
d'Eu, du Duc de Penthievre & des Chevaliers
Commandeurs & Officiers de l'Ordre. Le Prince
de Condé en habit de Novice, marchoit entre
les Chevaliers & les Officiers. Le Roi assista à la
bénédiction des cierges, & à la procession qui se
fit autour de la Chapelle. Après la Grande-Mes-
se, célebrée par l'Archevêque de Rouen, Sa
Majesté monta à son trône, & le Prince de Condé
fut recu Chevalier, ayant pour Parains Monsei-
gneur le Dauphin & le Comte de Clermont,
Prince du Sang. Cette cérémonie étant finie, le
Roi fut reconduit à son appartement en la manie-
re accoutumée.
L'après-midi, le Roi & la Reine, accompa-
gnés de Monseigneur le Dauphin, de Madame
la Dauphine; & de Mesdames de France, en-
tendirent le Sermon du Pere Dumas, de la Com-
pagnie de Jesus. Ensuite Leurs Majestés assiste-
rent aux Vêpres & au Salut, chantés par la Musi-
que, ausquels l'Abbé Gergois, Chapelain ordi-
naire de la Chapelle de musique, officia.
Plusicurs Gazettes Etrangeres ont publié sans
fondement, que le Prince d'Anhalt-Zerbst étoit
mort en Allemagne. Ce Prince est encore actuel-
lement à Paris, où il jouit d'une parfaite santé.
Le 3, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente deux livres; les
Billets de la premiere Loterie Royale à sept cens
quinze, & ceux de la seconde, à six cens quaran,
te- cinq.
rO6 MERCURE DEFRANCE.
Le même jour Madame Henriette, étant allée
avec Monseigneur le Dauphin & Mesdames Ade
delaide, Victoire, Sophie & Louise, voir le Roi
à Triinon, s'y trouva indisposée. Cette Princesse
eut la nuit une fiévre violente, qui se soutint avec
la même force pendant trente six heures. Le 5 à
sept heures du matin, les ardeurs de la fiévre se
calmerent, & Madame Henriette dormit jusqu'à
dix heures & demie. Un redoublement, qui sur-
vint, & qui fut accompagné d'une fréquente
toux, détermina les Médecins à faire saigner
cette Princesse. La fiévre & la toux ne diminuant
point, Madame Henriette fut faignée à minuir
pour la seconde fois, & le 7 au matin pour la
troisième. Pendant la nuit du 7 au 8, Madame
Henriette fut plus tranquille. Elle eut le 8 à deux
heures après-midi un redoublement, & comme
il ne dura que jusqu'à quatre heures du soir, on
conçut quelqu'espérance; la joie qu'avoit causée
ce changement savorable, n'a pas été de longue
durée. La fievre redoubla tellement la nuit du 8
au 9, que le 9, à onze heures du matin, les Mé-
decins ordonnerent une saignée du pied: Mada-
me Henriette, dont l'état de moment en mo-
ment devenoit plus dangereux, demanda le Viai
tique, & il lui fut administré par l'Evêque de
Meaux, premier Aumônier de cette Princesse &
de Madame Adelaide. Le Roi qui étoit revenu le
4. de Trianon, assista, ainsi que la Reine, Mon-
seigneur le Dauphin & Mesdames Adelaide, Vic-
toire & Louise, à cette triste cerémonie. La nuit
du 9 au 10 a été plus fâcheuse encore que les pré-
dentes. Le 10 au matin Madame Henriette a peri-
du toute connoissance, & elle est mortę le mêmè
jour vers une heure: & demie après midi. Cette
Mincesse qui se nommoit Anne-Heurietie, étois
1752.
MARS.
207
Agée de vingt quatre ans, cinq mois & vingt-
sept jours, étant née le 14 Août 1719, Son extrê-
me affabilité, son humeur bienfaisante, & les au-
tres vertus qui formoient son caractere, lui atti-
roient l'affection & le respect de toutes les per-
sonnes qui avoient l'honneur de l'approcheri-
Leurs Majestés & la Eamille Royale sont dans la-
plus grande affliction, & la Cour & la Ville par-
tagent leur plus juste douleur.
Le 8 Janvier, le Roi partit pour le Châ[t]eau
de Choisy, d'où Sa Majesté revint le 12
avec Mesdames de France qui s'y étoient ren-
dues le 11.
Le 11, Monseigneur le Dauphin alla y diner
avec le Roi.
Jusqu'au 29 Février dernier, inclusivement,
les porteurs de Billets signés pour la Compagnie
des Indes par M. Pechevin, ont été reçus à les
faire convertir en reconnoissance d'un nouvel
emprunt, où en promesse de passer contrat, qui
porteront intérêt du jour de l'échéance desdits
Billets. Après ce terme, la Compagnie des In-
des remboursera ces mêmes Billets à leur
échéance.
On a ouvert le 10 Janvier, à la caisse de la
Compagnie des Assurances, établie dans cette
Capitale, le payement des dividendes à cinq pour
cent, qui sont dus pour l'année derniere aux
Porteurs de reconoissances d'intétét de ceite
Compagnie.
Le 7, on commença le quatrième Tirage de la
seconde Loterie Royale. Le principal lot de ce
tirage est échu au numero2416; le second lot au
Numero 33176, & la premiere Prime au Nu-
mero 27829.
Le 13, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente-lept, les Billets
de la premier Lotterie Royale à sept cens vingt-
MARS. 1752.
201
lix, & ceux de la seconde, à six cens soixan-
te-six.
Le 13, le Roi alla à Trianon. Sa Majesté re-
vint à Versailles l'après midi, & fit une prome-
nade en traîneaux au tour du Parc. Le Roi étoit
dans le premier avec Madame Henriette. Dans
le second étoit Monseigneur le Dauphin avec
Madame Adelaide: Madame Sophie, & Mada-
me Louise étoient dans le troisième. Il y avoit
un grand nombre d'autres traîneaux pour les Sei-
gneurs & les Dames de la Cour.
Sa Majesté partit le 15 pour le Château de
Bellevue, d'où elle revint le 19.
Le 18 , M. de Reventlau, Envoyé Extraordi-
naire du Roi de Dannemarx, eut en long man-
teau de deuil, une audience particuliere du Roi,
dans laquelle il donna part à Sa Majesté de la
mort de la Reine de Dannemarx Il fut conduit
à cette audience, ainsi qu'à celle de la Reine
par le Marquis de Verneuil, Introducteur des
Ambassa deurs.
Le Roi retourna le même jour au Château de
Bellevue.
Le même jour au matin, la Reine se trouva
un peu incommodée, & elle entendit la messe
dans son appartement. Heureusement l'indisposi-
tion de Sa Majesté n'a point eu de suite.
Madame Victoite a été attaquée d'un rhume
& d'un mal de gorge, mais cette Princesse, dès
le 19, a commencé à se mieux potter.
Le 21, le Roi prit le deuil pour trois semaines
à l'occasion de la mort de la Reine de Dan-
nemark.
Le vaisseau l'Auguste, appartenant à la Com-
pagnie des Indes, & qui étoit parti de l'Orient
le 15 Avril 1750, y est de retour depuis le 5 de
IV
202 MERCURE DE FRANCE.
ce mois. Ce Bâtiment étoit attendu beaucoup plu-
tôt, mais les mauvais tems qu'il a efsuié dans la-
route, l'ont obligé de relâcher à l'Isse de Fran-
ce, & ensuite à la Baye de tous les Saints, d'ou
il n'a pu temettre à la voile que le 20 du mois de
Septembre dernier.
Le Navire le Saint-Thomas, qui revient du-
Canada, & qui est entré dans le port de la Ro-
chelle, a eu son grand mâts emporté par un coup-
de vent.
L'Académie Royale des Sciences a élu en
qualité d'Adjoint Anatomiste, M. Lieuteaud,
Médecin de la Charité à Versailles, & ci-devant
Professeur d'Anatomie à Aix en Provence.
Le 20, les Actions de la Compagnie des Ind-
des étoient à dix huit cens trente-cinq livres; les
Billets de la premiere Loterie Royale à sept cens
quarante-cinq, & ceux de la seconde, à six censs
quarante cinque
Le 21, le Roi revint de Bellevue, à Versailles.
Sa Majesté se rendit le 24 au Château de Choi-
sy d'où elle revint le 26 au soir.
La santé de Madame Victoire est parfaite-
ment rétablie.
Leurs Majestés signerent le 24. le Contrat de
Mariage du Duc de Montmorency, & de Louise
Françoise Pauline de Montmorency-Luxembourg,
fille du Prince de Tingry.
M. de Massiac, & le Comte du Guay, Chefs-
d'Escadres des armées navales du Roi, ont été
nommés par Sa Majesté, à la place de feu M.
d'Orves, & de feu M. le Chevalier d'Epinay,
pour commander la marine, le premier à Tou-
lon, & le second à Brest.
L'Evêque de Riéz fut sacré le 23, dans la Cha--
pelle de l'Archevêché par l'Archevêque de Pa-
MARS.
1752.
203
tis, assisté des Evêques de Troyes & de Rhodez,
La Compagnie des Assurances, qui a chez M.
se Verrier, Notaire, le fond de six millions dé-
posés pour sureté des engagemens qu'elle prend
avec le Public, a maintenant vingt-six chambres
dans les différens Ports de France. Le grand
nombre d'affaires, qu'elle a faites depuis son inse
titution, pouve l'ntililité d'un établissement, qui
s'attire de plus en plus la confiance générale, &
qui a acquis une telle solidité, que la Compa-
gnie se trouve en état d'assurer en tems de guerre
comme en tems de paix-
Cette Compagnie a reçu avis que le Navire
le Lion, venant de l'Isse Royale, avoit eu le
malheur de périr le premier de ce mois, à la
pointe de Guibron, sur la cônte de Bretagne.
L'Académie Royale des Sciences ayant charge
des Commissaires, d'examiner une methode pro-
posée par M. Gaillard, pour fixer d'une maniere
invariable la situation, la sigure & l'étendue de
chaque corps d'héritages, ces Commissaires ont-
jugé que ladite methode, qui consiste principale-
ment à lever géometriquement les plans de cha-
que Seigneurie, & à les orienter suivant la ligne
Méridienne, seroit très- utile, si elle pouvoit être-
exécutée par tout avec la précision nécessaire.
Le 29, les Actions de la Compagnie des Indes
ctoient à dix- huit cens trente livres; les Billeus
de la premiere Loterie Royale à sept cens quinze
& ceux de la seconde, à six cens trente-huit.
Le Roi, qui étoit depuis le 29 à Trianon, en
rovint le 31.
L'Evêque de Glandeves fut sacré le 30 Janvier
dernier dans la Chapelle du Séminaire de Saint
Sulpioe par l'Eveque de Beauvais, assisté des Evô-
quos de Rhoduz & de Riez.
Ivi
204 MERCUREDEFRANCE.
Le 31, le Duc de Rohan-Rohan, Prince de
Soubize, fut recu au Parlement en qualité de Pair
de Franco. Il donna le même jour un repas
splendide, auquel tous les Ducs & Pairs, ainsi
que la Grande Chambre, furent invités, & qui
fut servi sur deux tables, chacune de cinquan-
te couverts. Le soir, l'intérieur de l'Hôtel de Sou-
bize fut illuminé avec autant de goût que de
magnificence.
Le preinier Février, le Roi accompagné par
le Chevaliers, Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint-Esprit, assista dans la Chapelle
du Château au service, qui fut célebré pour le
repos des ames des Chevaliers morts pendaut
de cours de l'année derniere L'Archevêque de
Rouen, Prélat, Commandeur de l'Ordre, y
officia pontificalement.
Le même jour, la Reine communia par les
mains de M. l'Abbé Gouyon-Launay Comats
son Aumônier en quartier. Madame la Dauphi-
ne communia par celles de l'Evêque de Bayeux,
son premier Aumônier.
Le 2, Fête de la Purification de la Sainte
Vierge, les Chevaliers Comiandeurs & Officiers
de l'Ordre du Saint Esprit, s'étant assemblés vers
les onze heures du matin dans le Cabinet du
Roi, Sa Majestè tint un Chapitre, & nomma Che-
valier, le Comte de Brionne, Grand-Ecuyer de
France. L'information des vie & moeurs, & la
profession de soi du Prince de Condé, qui avoit
été proposé le premier du mois derniet pour être
Chevalier, ayant été admises dans le même Cha-
pitre, ce Prince fut introduit dans le Cabinet du
Roi, & recu Chevalier de l'Ordre de Saint Mi-
chel. Le Roi sortit ensuite de son appartement,
pour aller à la Chapelle. Sa Majesté, devant la-
201
MARS. 1752.
quelle les deux Huissiers de la Chambre portoient
leurs masses, étoit en manteau, le colier de l'Or-
dre par dessus, ainsi que celui de l'Ordre de la
Toison d'ot. Elle étoit précédée de Monseigneur
le Dauphin, du Comte de Chaiolois, du Comte
de Clermont, du Prince de Conty, du Comte
de la Marche, du Prince de Dombes, du Comte
d'Eu, du Duc de Penthievre & des Chevaliers
Commandeurs & Officiers de l'Ordre. Le Prince
de Condé en habit de Novice, marchoit entre
les Chevaliers & les Officiers. Le Roi assista à la
bénédiction des cierges, & à la procession qui se
fit autour de la Chapelle. Après la Grande-Mes-
se, célebrée par l'Archevêque de Rouen, Sa
Majesté monta à son trône, & le Prince de Condé
fut recu Chevalier, ayant pour Parains Monsei-
gneur le Dauphin & le Comte de Clermont,
Prince du Sang. Cette cérémonie étant finie, le
Roi fut reconduit à son appartement en la manie-
re accoutumée.
L'après-midi, le Roi & la Reine, accompa-
gnés de Monseigneur le Dauphin, de Madame
la Dauphine; & de Mesdames de France, en-
tendirent le Sermon du Pere Dumas, de la Com-
pagnie de Jesus. Ensuite Leurs Majestés assiste-
rent aux Vêpres & au Salut, chantés par la Musi-
que, ausquels l'Abbé Gergois, Chapelain ordi-
naire de la Chapelle de musique, officia.
Plusicurs Gazettes Etrangeres ont publié sans
fondement, que le Prince d'Anhalt-Zerbst étoit
mort en Allemagne. Ce Prince est encore actuel-
lement à Paris, où il jouit d'une parfaite santé.
Le 3, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente deux livres; les
Billets de la premiere Loterie Royale à sept cens
quinze, & ceux de la seconde, à six cens quaran,
te- cinq.
rO6 MERCURE DEFRANCE.
Le même jour Madame Henriette, étant allée
avec Monseigneur le Dauphin & Mesdames Ade
delaide, Victoire, Sophie & Louise, voir le Roi
à Triinon, s'y trouva indisposée. Cette Princesse
eut la nuit une fiévre violente, qui se soutint avec
la même force pendant trente six heures. Le 5 à
sept heures du matin, les ardeurs de la fiévre se
calmerent, & Madame Henriette dormit jusqu'à
dix heures & demie. Un redoublement, qui sur-
vint, & qui fut accompagné d'une fréquente
toux, détermina les Médecins à faire saigner
cette Princesse. La fiévre & la toux ne diminuant
point, Madame Henriette fut faignée à minuir
pour la seconde fois, & le 7 au matin pour la
troisième. Pendant la nuit du 7 au 8, Madame
Henriette fut plus tranquille. Elle eut le 8 à deux
heures après-midi un redoublement, & comme
il ne dura que jusqu'à quatre heures du soir, on
conçut quelqu'espérance; la joie qu'avoit causée
ce changement savorable, n'a pas été de longue
durée. La fievre redoubla tellement la nuit du 8
au 9, que le 9, à onze heures du matin, les Mé-
decins ordonnerent une saignée du pied: Mada-
me Henriette, dont l'état de moment en mo-
ment devenoit plus dangereux, demanda le Viai
tique, & il lui fut administré par l'Evêque de
Meaux, premier Aumônier de cette Princesse &
de Madame Adelaide. Le Roi qui étoit revenu le
4. de Trianon, assista, ainsi que la Reine, Mon-
seigneur le Dauphin & Mesdames Adelaide, Vic-
toire & Louise, à cette triste cerémonie. La nuit
du 9 au 10 a été plus fâcheuse encore que les pré-
dentes. Le 10 au matin Madame Henriette a peri-
du toute connoissance, & elle est mortę le mêmè
jour vers une heure: & demie après midi. Cette
Mincesse qui se nommoit Anne-Heurietie, étois
1752.
MARS.
207
Agée de vingt quatre ans, cinq mois & vingt-
sept jours, étant née le 14 Août 1719, Son extrê-
me affabilité, son humeur bienfaisante, & les au-
tres vertus qui formoient son caractere, lui atti-
roient l'affection & le respect de toutes les per-
sonnes qui avoient l'honneur de l'approcheri-
Leurs Majestés & la Eamille Royale sont dans la-
plus grande affliction, & la Cour & la Ville par-
tagent leur plus juste douleur.
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