Oeuvre commentée (1)
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1
p. 136-140
Jugement porté sur la piéce de Sanson. [titre d'après la table]
Début :
Ayant promis dans le Mercure de Mars de parler de [...]
Mots clefs :
Tragicomédie, Samson, Pièce, Théâtre, Providence, Comique, Arlequin, Philistins, Comédiens-Italiens, Spectateur
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texteReconnaissance textuelle : Jugement porté sur la piéce de Sanson. [titre d'après la table]
Ayant promis dans le Mercure
de Mars de parler de SANSO N
Tragi- Comedie , il eft de mon
devoir d'acquiter ma parole .
Comme cette Piéce eft entre les
mains de tout le Monde , & que
d'ailleurs , felon l'Editeur même ,
c'eft un de ces Monftres dont le
D'AVRIL 137
Théatre d'Italie fut fi fertil pendant
le dernier Siécle , je crois que
ce feroit abufer de la patience du
Lecteur , que de lui en donner un
Extrait complet. Il fuffira de dire
que le fujet de cette Tragi- Comedie
n'eft autre que la délivrance
des Hebreux & la ruïne des Philiftins
; c'est là ce qui produit l'action
principale ; tout le reste n'étant
que les divers moïens employez
par la Providence pour y.parvenir,
& dans lefquels on a fuivi l'Ecriture
à la Lettre.
Qu'on ne s'attende pas d'y trouver
ni régularité , ni vray -femblance
, l'Autheur ne s'est point affujetti
aux Régles d'Ariftote , il a fuivi
un certain merveilleux , fans
s'embarraffer de la durée du tems ,
de l'unité du Lieu &c. On n'y trou
véra cependant aucun fentiment qui
démente le caractere de Sanfon ,
& qui ne lui convienne : Ce qui
a.parû de plus extraordinaire pour
les François , c'eft de voir Arlequin
efclave d'Acab , qui voulant
138 LE MERCURE
imiter Sanfon dans toutes les actions
de force qu'il lui voit operer,
repand un Comique fi bouffon dans
l'effai qu'il en fait , que les moins
fcrupuleux s'enfont formalifez . Je
n'en raporterai que deux exemples.
Aprés que la perfide DALILA
a coupé les cheveux de Sanfon endormi
, dans lefquels réfidoit le
principe furnaturel de cette force
qui auoit été fi fatalle aux Philiftins
; Arlequin s'imagine qu'en s'en
fervant en guife de Cadenettes ,
il alloit être un autre Sanfon lui.
même alors fe jettant avec con.
fiance fur la Baluftrade
pour
racher ; Aprés quelques efforts
inutils , il fe faifit d'une Lettre
qu'il déchire av c fureur . Enfuite
de cette épreuve de force ,
il, en tente une autre , il attrape
un Poulet qu'il veut mettre en quartiers
par imitation au Lyon déchiré
par Sanfon Comme il eft prêc
de le faire , le Poalet crie ; alors
touché de compaffion , il lui donne
généreufement la vie , bien enten-
:
l'ar.
D'AVRIL 139
:
du que, comme un gourmand qu'il
ett,il le deſtine pour fon fouper. Il
femble qu'aprés un compofe fibizarre
du Prophane avec le Sacré ,
on devroit trouver encoreplus étran
ge que l'on fuivît avec empreffement
une Piéce fi oppofée aux
Loix du Théatre François Voilà
précisément ce qui fait l'éloge des
Comediens Italiens , & de LELIO
en particulier ; puifque malgré
toutes ces difparates , ce dernier
Acteur faifit avec tant d'ame la
dignité de fon fujet, qu'il s'empare
de la bienveillance du fpectateur,
& lui impofe tellement par la verité
de fon jeu , que fouvent il s'attire
des applaudiffemens dans des endroits
qui feroient fiffler tout autre
Comedien. Si le Theatre Italien
a fon LELIO , la Scene Françoiſe
a Mile Defmarts par excellence ,
à qui on doit la même juftice dans
SEMIRAMIS.
Qu'il me foit permis d'hazarder
ici une Réflexion. Les Comédiens
Italiens ont mérité par la fûreté de
140 LE MERCURE
leurs talens, &par la vivacité de leur
émulation, tous les fuffrages dunt le
public a honoré leur Théatre . Le
mérite des Acteurs , a beaucoup
contribué à faire illufion à la multitude
en faveur de leurs Piéces . Les
Auteurs François font d'autant moins
tentez de critiquer ceThéatre,qu'ils
fentent mieux combien les Comedies
Italiennes font informes , comparées
aux Comedies Françoifes.
Cette distance leur eft fi évidente ,
qu'elle les fauve de toute jaloufie.
Mais je crains fort que ces abfurditez
, qui font fortune dans les Piéces
Italiennes , ne s'introduifent
enfin peu à peu dans les nôtres . Je
crois voir le Public difpofé à fe relâcher
de cette févérité infléxible
à qui nous devons la perfection de
nôtre Théatre.
de Mars de parler de SANSO N
Tragi- Comedie , il eft de mon
devoir d'acquiter ma parole .
Comme cette Piéce eft entre les
mains de tout le Monde , & que
d'ailleurs , felon l'Editeur même ,
c'eft un de ces Monftres dont le
D'AVRIL 137
Théatre d'Italie fut fi fertil pendant
le dernier Siécle , je crois que
ce feroit abufer de la patience du
Lecteur , que de lui en donner un
Extrait complet. Il fuffira de dire
que le fujet de cette Tragi- Comedie
n'eft autre que la délivrance
des Hebreux & la ruïne des Philiftins
; c'est là ce qui produit l'action
principale ; tout le reste n'étant
que les divers moïens employez
par la Providence pour y.parvenir,
& dans lefquels on a fuivi l'Ecriture
à la Lettre.
Qu'on ne s'attende pas d'y trouver
ni régularité , ni vray -femblance
, l'Autheur ne s'est point affujetti
aux Régles d'Ariftote , il a fuivi
un certain merveilleux , fans
s'embarraffer de la durée du tems ,
de l'unité du Lieu &c. On n'y trou
véra cependant aucun fentiment qui
démente le caractere de Sanfon ,
& qui ne lui convienne : Ce qui
a.parû de plus extraordinaire pour
les François , c'eft de voir Arlequin
efclave d'Acab , qui voulant
138 LE MERCURE
imiter Sanfon dans toutes les actions
de force qu'il lui voit operer,
repand un Comique fi bouffon dans
l'effai qu'il en fait , que les moins
fcrupuleux s'enfont formalifez . Je
n'en raporterai que deux exemples.
Aprés que la perfide DALILA
a coupé les cheveux de Sanfon endormi
, dans lefquels réfidoit le
principe furnaturel de cette force
qui auoit été fi fatalle aux Philiftins
; Arlequin s'imagine qu'en s'en
fervant en guife de Cadenettes ,
il alloit être un autre Sanfon lui.
même alors fe jettant avec con.
fiance fur la Baluftrade
pour
racher ; Aprés quelques efforts
inutils , il fe faifit d'une Lettre
qu'il déchire av c fureur . Enfuite
de cette épreuve de force ,
il, en tente une autre , il attrape
un Poulet qu'il veut mettre en quartiers
par imitation au Lyon déchiré
par Sanfon Comme il eft prêc
de le faire , le Poalet crie ; alors
touché de compaffion , il lui donne
généreufement la vie , bien enten-
:
l'ar.
D'AVRIL 139
:
du que, comme un gourmand qu'il
ett,il le deſtine pour fon fouper. Il
femble qu'aprés un compofe fibizarre
du Prophane avec le Sacré ,
on devroit trouver encoreplus étran
ge que l'on fuivît avec empreffement
une Piéce fi oppofée aux
Loix du Théatre François Voilà
précisément ce qui fait l'éloge des
Comediens Italiens , & de LELIO
en particulier ; puifque malgré
toutes ces difparates , ce dernier
Acteur faifit avec tant d'ame la
dignité de fon fujet, qu'il s'empare
de la bienveillance du fpectateur,
& lui impofe tellement par la verité
de fon jeu , que fouvent il s'attire
des applaudiffemens dans des endroits
qui feroient fiffler tout autre
Comedien. Si le Theatre Italien
a fon LELIO , la Scene Françoiſe
a Mile Defmarts par excellence ,
à qui on doit la même juftice dans
SEMIRAMIS.
Qu'il me foit permis d'hazarder
ici une Réflexion. Les Comédiens
Italiens ont mérité par la fûreté de
140 LE MERCURE
leurs talens, &par la vivacité de leur
émulation, tous les fuffrages dunt le
public a honoré leur Théatre . Le
mérite des Acteurs , a beaucoup
contribué à faire illufion à la multitude
en faveur de leurs Piéces . Les
Auteurs François font d'autant moins
tentez de critiquer ceThéatre,qu'ils
fentent mieux combien les Comedies
Italiennes font informes , comparées
aux Comedies Françoifes.
Cette distance leur eft fi évidente ,
qu'elle les fauve de toute jaloufie.
Mais je crains fort que ces abfurditez
, qui font fortune dans les Piéces
Italiennes , ne s'introduifent
enfin peu à peu dans les nôtres . Je
crois voir le Public difpofé à fe relâcher
de cette févérité infléxible
à qui nous devons la perfection de
nôtre Théatre.
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