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1
p. 151-152
OPERA.
Début :
L'ACADÉMIE Royale de Musique a donné le 16 Décembre, le dernier Concert [...]
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texteReconnaissance textuelle : OPERA.
OPERA.
L'ACADÉMIE Royale de Musique a
donné le 16 Décembre, le dernier Concert
François pour fe préparer aux re-
préſentations de l'Opéra . Le jour de
Î'Ouverture de ce Théâtre n'a pu être
encore déterminé à caufe des prépara-
tions convenables pour que la même
Salle du Spectacle ferve de Salle de Bal
ce que le temps du Carnaval rend in-
difpenfable.
Le dernier Concert a été très-bril-
lant par les morceaux dont il étoit com-
pofé , ainfi que par la parfaite exécu-
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
tion dans toutes les parties. Mlle AR-
NOUD entr'autres y a reçu les applau-
diffemens les plus vifs & les plus uni-
verfels. Mlle LARRIVÉE & M. LAR-
RIVÉE fon mari , completterent , par le
mérite diftingué de leurs talens , la fatis-
faction des Auditeurs.
M. GELIN s'étant trouvé indifpofé ,
M. DURAND fuppléa dans les parties
qu'il devoit chanter , de manière à lui
faire honneur & à laiffer eſpérer beau-
coup de ce Sujet , s'il fait autant de
progrès dans l'action théâtrale , qu'il
paroît en avoir fait dans l'art du chant.
La première de ces deux parties exige
encore une grande application de fa
part & un exercice guidé par de meil-
leurs principes qu'il n'en montroit à cet
égard, lorfque le Spectacle de l'Opéra a
été interrompu.
L'ACADÉMIE Royale de Musique a
donné le 16 Décembre, le dernier Concert
François pour fe préparer aux re-
préſentations de l'Opéra . Le jour de
Î'Ouverture de ce Théâtre n'a pu être
encore déterminé à caufe des prépara-
tions convenables pour que la même
Salle du Spectacle ferve de Salle de Bal
ce que le temps du Carnaval rend in-
difpenfable.
Le dernier Concert a été très-bril-
lant par les morceaux dont il étoit com-
pofé , ainfi que par la parfaite exécu-
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
tion dans toutes les parties. Mlle AR-
NOUD entr'autres y a reçu les applau-
diffemens les plus vifs & les plus uni-
verfels. Mlle LARRIVÉE & M. LAR-
RIVÉE fon mari , completterent , par le
mérite diftingué de leurs talens , la fatis-
faction des Auditeurs.
M. GELIN s'étant trouvé indifpofé ,
M. DURAND fuppléa dans les parties
qu'il devoit chanter , de manière à lui
faire honneur & à laiffer eſpérer beau-
coup de ce Sujet , s'il fait autant de
progrès dans l'action théâtrale , qu'il
paroît en avoir fait dans l'art du chant.
La première de ces deux parties exige
encore une grande application de fa
part & un exercice guidé par de meil-
leurs principes qu'il n'en montroit à cet
égard, lorfque le Spectacle de l'Opéra a
été interrompu.
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2
p. 152-154
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
UNE des choses intéressantes pour les Amateurs du Théâtre, a été le Début [...]
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texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
UNE des choses intéressantes pour les
Amateurs du Théâtre, a été le Début
du jeune M. GRANGER , par le rôle
d'Egifte dans Merope , & par celui d'O-
linde dans Zénéïde , le Lundi 12 Décem-
bre. Cet Acteur , qui n'avoit joué furau-
JANVIER. 1764.
153
eun Théâtre , n'avoit pas encore dix-
fept ans accomplis le jour de fon début.
Malgré tout l'embarras & toute la timi-
dité que l'on fuppofe facilement dans un
Sujet de cet âge, ce qui lui étouffoit prèf-
que l'organe de la voix ,
il fit paroître ,
dès ce premier jour , un fentiment vrai
& naturel , de l'intelligence dans le dé-
bit , affez de jufteffe & de modération
dans le gefte , malgré beaucoup de cha-
leur dans fon jeu , & un feu qui femble.
lui être naturel.
Il confirma fur - tout
cette intelligence fi néceffaire pour le
talent de l'Acteur , dans le rôle de la Co-
médie , & il reçut beaucoup d'applaudif-
femens. Il a été reçu très-favorablement
dans les autres Pièces de fon début ,
qu'il a continué par Seide dans la Tra-
gédie de Mahomet , par le rôle de Dar-
vianne dans Mélanide , & celui de Char--
mant dans l'Oracle.
Mlle PRÉVILLE , qui , depuis la re-
traite de Mlle GAUSSIN , continue de
prendre quelques-uns des rôles de fon
emploi , a joué celui de Mélanide avec
un fuccès général ; & la repréfentation
de cette Pièce n'a jamais paru en géné-
ral plus intéreffante qu'à cette reprife.
Le nouvel Acteur a joué depuis le
rôle de Britannicus dans la Tragédie de
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
ce nom , & celui de Lindor dans la petite
Comédie intitulée Heureufement ; Eu-
phemon dans l'Enfant Prodigue , & Va-
lère dans la Pupille. La voix de ce jeune
Sujet paroît n'être pas encore dévelop-
pée , & n'avoir pas acquis la force fonore
que l'âge vraiſemblablement doit lui
donner.
Il nous refte à parler du Comte de
Warvik. Cette Tragédie fut donnée le
10 Décembre pour la quinzième & der-
nière repréſentation , avec une grande.
affluence de Spectateurs. Elle a été re-
demandée & repriſe le 28 , & elle a été
reçue avec le même fuccès que dans les
`repréſentations fuivies de fa nouveauté.
Nous placerons ici les Obfervations.
fur cette Piéce , que nous avons annon-
cées dans le précédent Mercure.
On attendoit à la fin du mois dernier ,
fur ce Théâtre , une nouveauté intitulée ,
La Confiance trahie , Comédie en vers &
en cinq Actes.
UNE des choses intéressantes pour les
Amateurs du Théâtre, a été le Début
du jeune M. GRANGER , par le rôle
d'Egifte dans Merope , & par celui d'O-
linde dans Zénéïde , le Lundi 12 Décem-
bre. Cet Acteur , qui n'avoit joué furau-
JANVIER. 1764.
153
eun Théâtre , n'avoit pas encore dix-
fept ans accomplis le jour de fon début.
Malgré tout l'embarras & toute la timi-
dité que l'on fuppofe facilement dans un
Sujet de cet âge, ce qui lui étouffoit prèf-
que l'organe de la voix ,
il fit paroître ,
dès ce premier jour , un fentiment vrai
& naturel , de l'intelligence dans le dé-
bit , affez de jufteffe & de modération
dans le gefte , malgré beaucoup de cha-
leur dans fon jeu , & un feu qui femble.
lui être naturel.
Il confirma fur - tout
cette intelligence fi néceffaire pour le
talent de l'Acteur , dans le rôle de la Co-
médie , & il reçut beaucoup d'applaudif-
femens. Il a été reçu très-favorablement
dans les autres Pièces de fon début ,
qu'il a continué par Seide dans la Tra-
gédie de Mahomet , par le rôle de Dar-
vianne dans Mélanide , & celui de Char--
mant dans l'Oracle.
Mlle PRÉVILLE , qui , depuis la re-
traite de Mlle GAUSSIN , continue de
prendre quelques-uns des rôles de fon
emploi , a joué celui de Mélanide avec
un fuccès général ; & la repréfentation
de cette Pièce n'a jamais paru en géné-
ral plus intéreffante qu'à cette reprife.
Le nouvel Acteur a joué depuis le
rôle de Britannicus dans la Tragédie de
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
ce nom , & celui de Lindor dans la petite
Comédie intitulée Heureufement ; Eu-
phemon dans l'Enfant Prodigue , & Va-
lère dans la Pupille. La voix de ce jeune
Sujet paroît n'être pas encore dévelop-
pée , & n'avoir pas acquis la force fonore
que l'âge vraiſemblablement doit lui
donner.
Il nous refte à parler du Comte de
Warvik. Cette Tragédie fut donnée le
10 Décembre pour la quinzième & der-
nière repréſentation , avec une grande.
affluence de Spectateurs. Elle a été re-
demandée & repriſe le 28 , & elle a été
reçue avec le même fuccès que dans les
`repréſentations fuivies de fa nouveauté.
Nous placerons ici les Obfervations.
fur cette Piéce , que nous avons annon-
cées dans le précédent Mercure.
On attendoit à la fin du mois dernier ,
fur ce Théâtre , une nouveauté intitulée ,
La Confiance trahie , Comédie en vers &
en cinq Actes.
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3
p. 154-161
OBSERVATIONS sur la Tragédie du COMTE DE WARVIK.
Début :
LA LETTRE imprimée à la fin du dernier Mercure contenant l'analyse de la Tragédie du Comte [...]
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texteReconnaissance textuelle : OBSERVATIONS sur la Tragédie du COMTE DE WARVIK.
OBSERVATIONS sur la Tragédie du
COMTE DE WARVIK.
LA LETTRE imprimée à la fin du dernier Mercure
contenant l'analyse de la Tragédie du Comte
de Warvik , nous nous bornerons à une difcuffion
JANVIER. 1764.
155
critique des divers avis que nous avous pu re-
cueillir fur cette Pièce,
En nous engageant à mettre fous les yeux du
Public les reproches de la Critique , nous avons
dit qu'il feroit à defirer que , dans l'éclat même du
fuccès , les Auteurs écoutaffent juſques aux cris de
l'Envie * : mais nous n'avons pas entendu en de-
venir l'écho. Elle excite néceffairement la haine
de bien des rivaux , à proportion de ce que les fuc-
cès font plus mérités ; parce que l'on prévoit qu'ils
feront durables. Nous ne nous arrêterons donc
pas à réfuter les abfurdités qu'un motif auſſi mé-
prifable auroit pu dicter. Nous n'entrerons point
dans la juftification des calomnies perfonnelles ,
toujours répugnantes à répéter, même pour les con-
fondre. Un homme abfent ne peut s'en défendre ;
mais un Ouvrage imprimé , ainfi qu'eft aujour
d'hui cette Tragédie , fe lit & fe juge dans le
filence des paffions , & dans le repos du cabinet.
Ce font les jugemens portés avec ce défintéreffe-
ment recommandable, qu'il peut être utile aux pro-
grès de l'art de pefer & d'éxaminer. Si nous y joi-
gnons nos opinions , c'eft pour nous éclairer , &
non pas pour prefcrire des loix.
Un des reproches qui fe préfente le premier à
examiner , nous a paru un des plus foibles. C'eſt
celui qu'on fait à M. DE LA HARPE , de n'avoir
pas fuivi allez fidélement l'Hiftoire. Nous ne con-
noiffons , ni dans les Anciens ( d'après lefquels on
a impofé les règles les plus févères du Drame )
>
ni dans les Modernes , qui fe font piqués de les ob
ferver avec le plus de fcrupule , rien qui ait obligé
ni les uns , ni les autres à l'exactitude d'un Hifto-
rien. On est toujours convenu que le Poëte dra-
* Voyez le Mercure de Novembre , Art. V. des
Spectacles de Paris , pag. 175 .
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
matique pouvoit altérer quelques faits , quand
cette altération est néceffaire à l'intérêt de fa Pièce,
quand elle procure plus d'éclat à fes Perfonnages
principaux , quand elle met leurs caractères plus
en jeu pourvu qu'elle ne contrarie pas ce qu'on
connoît univerſellement de ces caractères
événemens hiftoriques.
Warvik périt les armes à la main
:
' &
qu'elle ne détruiſe pas l'ordre fondamental des
voilà le fait
hiftorique. Au lieu de le faire périr en combattant
contre fon Roi , le Poëte lui fait trouver la mort ,
en combattant pour la défenſe de celui qui l'a of-
fenfé. Un homme fier & généreux tout enſemble ,
tel que le Comte de Warvik , peut également in-
molerfon ennemi , lui pardonner , aller plus loin
encore , & plus volontiers le défendre , fans con-
tredire par-là fon caractère. La raiſon eſt ſimple.
En fuivant le premier parti , il ne fe procure
qu'une vengeance affez commune ; dans le fe-
cond , il fe place au-deffus de fon ennemi qu'il
bumilie. Cette vengeance eft héroïque ; elle eft
intéreffante. C'eft ce qu'il faut pour le Théâtre ;
c'eft ce qu'il faut pour élever fon Héros , dans l'o-
pinion du Spectateur , au-deffus des grands hom-
mes ordinaires. Le premier fentiment de quelques
Critiques a été de trouver ce changement de vo-
lonté bien fubit dans le Comte de Warvik ; de
penfer qu'il n'étoit pas dans la nature. Nous
croyons , d'après ce que nous venons de dire ,
que l'Auteur auroit à répondre qu'au contraire
cela eft , & cela doit être dans le naturel de fon
Héros . Tout homme opprimé invoque la ven-
gcance. L'homme courageux , s'il peut faifir le
glaive , combattre fon ennemi , le détruire , il le
fera
voilà ce qui eft dans la nature. Mais fi on
lui amène cet ennemi dans les liens , qu'on lui
JANVIER. 1764.
157
donne un poignard , & qu'on lui dife ,frappe , le
poignard lui tombera des mains : voilà ce qui eft
dans le naturel d'un tel homme. Warvik elt ,
comme on l'a dit , plus qu'un homme d'un cou-
rage ordinaire ;
il ne fe contente pas d'épargner
Edouard , il veut lui rendre tout ; il veut le créer ,
pour ainfi dire , une feconde fois : voilà le Héros.
C'eft avec quelque regret que nous nous fommes
arrêtés à juftifier ce moment , qui eſt un des plus
beaux de la Tragédie .
.
Le Perfonnage de la Pièce fur lequel la Critique
ait eu plus d'occafions de s'éxercer , eft celui de
Marguerite , l'agent & le mobile principal de l'ac-
tion. On a objecté contre l'Auteur , que c'eft char-
ger cette Reine d'un crime qu'elle n'a pas com-
mais , que de la rendre coupable de la mort du
Comte de Warvik.
S'il n'y avoit qu'un tel repro-
che à faire fur ce rôle , nous pensons que l'Auteur
le détruiroit facilement. En effet , ce meurtre poli-
tique paroîtra fans doute aux Lecteurs , ainsi qu'à
nous , dans le caractère de Marguerite. Une fem-
me qui , dans l'Hiftoire , fait alfaffiner fon oncle ,"
peut bien , dans une Tragédie , faire alfaffiner un
ennemi puiffant & dangereux , dont fon intérêt
éxige abfolument qu'elle fe défaffe , fi elle ne veut
pas renoncer à l'eſpoir de rétablir fa Maiſon fur le
Trône , & de veiller à la propre confervation.
Ce qu'on peut obferver , avec plus de fondement
contre ce rôle , & ce que nous ne diffimulons pas ,
c'est que peut- être manque-t-il d'une certaine éten-
due ou plutôt d'un développement mieux lié , qui
lui donneroit une conftitution proportionnée àfon
importance. Il s'enfuit un défaut général dans la
marche théâtrale de ce rôle , dont le Perfonnage
paroît trop fervilement aux ordres de l'Auteur
toutes les fois qu'il en a befoin , & qu'il femble te-
158 MERCURE DE FRANCE.
nir en réferve pour exciter les divers mouvemens
de fes Perfonnages , fans qu'elle foit conduite fur
la fcène , ni, qu'elle s'en retire , par l'enchaînement
général de l'action dramatique. C'eſt parce même
défaut que la Scène entre Marguerite & Elifabeth
fait moins d'effet qu'elle n'en devroit faire ; parce
qu'elle n'eft pas fuffifamment amenée. On peut
remarquer au commencement du troifiéme Acte,
qu'elle laiffe la fcène vuide. Tous ces défauts qui
ont échappé à ceux qui ont plus cherché peut- être
à déprimer la gloire de l'Auteur , qu'à éxaminer
l'Ouvrage fur les grands principes de l'Art ; tous
ces défauts , dis-je , de pratique du Théâtre , font
rachetés par des beautés qui non-feulement les
ont dérobés au fentiment de plaifir d'une partie
des Spectateurs ; mais que les vrais Amateurs au-
ront été fâchés pour les fuites de ne pas rencon-
trer dans le premier Ouvrage d'un Poëte de l'âge
de M. DE LA HARPE , qui pouvoit s'être plus livré
au fentiment & à l'imagination , qu'affervi à des
régles dont l'éxacte pratique , quoique très- né-
cellaire , eft plus le fruit de l'expérience que le ca-
ractère du génie.
Quelques Critiques auroient defiré que l'Au-
teur eût tiré un plus grand parti de l'amour d'E-
lifabeth & de Warvik ; que cette paſſion fût un
reffort plus puiffant dans cette Piéce & qu'en
général elle y produisît un intérêt plus tendre.
Il nous femble que c'eft confondre les genres &
vouloir les ramener tous à celui de l'intérêt d'a-
mour. Que deviendroient la plupart des chefs-
d'œuvres du grand Corneille ! que devien-
droient d'excellentes Tragédies de nos jours , tels
que Mérope & d'autres , fi l'on adhéroit à cette
opinion ? L'Auteur de Warvik ne nous préſente
pointfon héros , comme incellamment occupé de
{
JANVIER. 1764.
159
fa tendreffe. Ce Guerrier , qui étoit en fpectacle à
toute l'Europe , qui décidoit du fort des Rois
devoit voir dans la conduite d'Edouard , un affront
bien plus fenfible pour fa gloire que pour fon
amour. Cependant , s'il nous eft permis d'hazar-
der notre avis , Warvik nous paroît dans le fe
cond Acte , fonger autant qu'il le doit aux inté-
rêts de cet amour. Il veut venger fa Maîtreffe ,
elle eft la récompenfe , fon bien : il le dit à Eliza
beth , il le dit à Edouard. Mais lorsque ce Prince
répond a fes reproches emportés par un outrage
plus cruel , enfin , quand Warvik ſe voit dans les
fers ; alors il oublie la premiere injure , celle qu'il
reffent eft plus amère , plus accablante , voilà ce
qui doit feul l'occuper
il s'y livre tout entier.
Nous le voyons intérellant dans fes fers. On par-
tage toutes les impreffions de cette âme profon-
dément bleffée. Combien cet intérêt d'un grand
homme outragé & dans l'oppreffion , eft - il plus
vif & plus généralement pathétique qu'un petit
intérêt d'amour , toujours fi voifin des frivoles
attraits de la galanterie , & fi ufé fur nos Théâtres,
Il ne nous feroit pas auffi facile de juftifier le
cinquiéme Acte de cette Tragédie. On ne peut
pas le faire illufion fur le récit de Suffolk , quelque
bien écrit qu'il foit : il faut convenir qu'il eft allez
indifférent , parce qu'il n'apprend que ce qu'on
fçait déja. La mort de Warvik , dans l'inftant où
il est devenu le plus intéreffant eft le feul événe-
ment de cet Acte. A cette occafion , des Critiques ,
attentifs à tout ce qui peut affoiblir l'honneur de
l'invention dans les Ouvrages de fuccès , ont rap-
pellé le dénoûment de Tancréde. Ce n'eft pas cette
parité , s'il y en a , que nous croyons devoir im-
prouver dans cet Acte. Le cercle des événemens,
dans les Poemes Epiques & Dramatiques , n'eft
160 MERCURE DE FRANCE.
pas fans bornes. Des Auteurs , en prenant des
Foutes très-différentes , fe rencontrent quelquefois
aux mêmes points , en arrivant aux termes de
chacune de ces routes. Malheur aux âmes de ceux
dont l'efprit cherche & faifit avec tant de facilité *
ces fortes de rencontres , ils font ou doivent être
privés de bien des plaifirs , puifqu'ils n'ont pas
celui d'être affectés fans difcuffion. Un défaut plus
eflentiel à cet A&te , c'eft que cet événement de la
mort de Warvik ne fuffit pas pour le remplir.
On pourroit néanmoins remarquer , pour la
juftification de l'Auteur , qu'il étoit très-difficile
de remplir mieux un cinquiéme Acte , lorfque
la marche naturelle de l'action & l'étendue du
Sujet ont rempli le quatrième , comme l'eft ce-
lui de cette Tragédie ; que dans nos meilleures
Piéces , dans celles qui jouiffent pour ainfi dire
d'une célébrité à l'abri de toute critique , quand'
le quatriéme A&te eft d'une beauté fupérieure ,
communément le cinquiéme Acte est un peu
foible. Ce défaut eft moins celui de talent & de
génie de la part des Auteurs , que la fuite de la
fervitude qui oblige à étendre un Poëme jufqu'au
nombre des Actes. Toutes les fois qu'on n'a pu
fans faire languir la marche de l'action , s'en
réſerver les plus beaux momens pour le dénoû-
ment , comme dans Rodogune , il arrive que ce
cinquiéme Acte eft bien moins rempli que les
autres. Mais au rette Warvik , immolé dans
l'inftant où il eft le plus généreux , où il doit
être auffi le plus heureux , en devient plus inté-
reffant , & fa mort est un coup de théâtre qui
doit frapper les âmes fenfibles. Ses dernières pa-
roles attendriffent & ont arraché des larmes à
bien des Spectateurs ; la catastrophe a donc at-
teint le but du Drame tragique.
JANVIER. 1764.
161
Nous n'ajouterons rien à ce que nous avons
deja dit dans le précédent vol. du ſtyle général
de cette Piéce. La juftice que nous lui avons
rendue paroît confirmée aujourd'hui par la lec-
ture & par les critiques même les plus fufpec-
tes du defir de ne rien trouver à louer. Nous
ne parlerons pas du rôle d'EDOUARD en particu
lier , de l'art par lequel ce Prince conferve la
dignité de fon Etat avec un Sujet qui a des
droits fi puiffans fur lui , & qui en uſe avec ex-
cès. De l'aveu des meilleurs Juges , c'eft la par-
tie de l'Ouvrage qui marque le plus de talent
de la part de l'Auteur & qui feroit honneur aux
plus grands Maîtres de notre Théâtre. Le rôle
d'Elizabeth nous paroît à- peu- près ce qu'il doit
être , celui d'une femme vertueufe & tendre qui
aime un amant & refpecte fon Roi, & qui voudroit
les fauver tous deux.
Le fuccès foutenu de cette Tragédie , celui
qu'elle a eu à la lecture , tout juftiñe l'éloge que
nous en avions déja fait , & fur lequel nous fom-
mes encore plus affermis après en avoir difcuté im-
partialement les beautés & les défauts,
N. B. Quoique nous nous foyons interdit tout
ce qui pouvoit avoir rapport au perſonnel , nous
croyons devoir relever ici une erreur du Gazetier
d'Utrecht , qui annonce que M. DE LA HARPE eft
un Etudiant en Rhétorique au Collège du Pleffis ,
âgé de 22 ans. Nous pouvons affurer ici que
M. DE LA HARPE a fait toutes les études au Col-
Fége d'Harcourt ; qu'il y a quatre ans qu'il en eft
forti, & qu'il eft âgé de 24 ans.
COMTE DE WARVIK.
LA LETTRE imprimée à la fin du dernier Mercure
contenant l'analyse de la Tragédie du Comte
de Warvik , nous nous bornerons à une difcuffion
JANVIER. 1764.
155
critique des divers avis que nous avous pu re-
cueillir fur cette Pièce,
En nous engageant à mettre fous les yeux du
Public les reproches de la Critique , nous avons
dit qu'il feroit à defirer que , dans l'éclat même du
fuccès , les Auteurs écoutaffent juſques aux cris de
l'Envie * : mais nous n'avons pas entendu en de-
venir l'écho. Elle excite néceffairement la haine
de bien des rivaux , à proportion de ce que les fuc-
cès font plus mérités ; parce que l'on prévoit qu'ils
feront durables. Nous ne nous arrêterons donc
pas à réfuter les abfurdités qu'un motif auſſi mé-
prifable auroit pu dicter. Nous n'entrerons point
dans la juftification des calomnies perfonnelles ,
toujours répugnantes à répéter, même pour les con-
fondre. Un homme abfent ne peut s'en défendre ;
mais un Ouvrage imprimé , ainfi qu'eft aujour
d'hui cette Tragédie , fe lit & fe juge dans le
filence des paffions , & dans le repos du cabinet.
Ce font les jugemens portés avec ce défintéreffe-
ment recommandable, qu'il peut être utile aux pro-
grès de l'art de pefer & d'éxaminer. Si nous y joi-
gnons nos opinions , c'eft pour nous éclairer , &
non pas pour prefcrire des loix.
Un des reproches qui fe préfente le premier à
examiner , nous a paru un des plus foibles. C'eſt
celui qu'on fait à M. DE LA HARPE , de n'avoir
pas fuivi allez fidélement l'Hiftoire. Nous ne con-
noiffons , ni dans les Anciens ( d'après lefquels on
a impofé les règles les plus févères du Drame )
>
ni dans les Modernes , qui fe font piqués de les ob
ferver avec le plus de fcrupule , rien qui ait obligé
ni les uns , ni les autres à l'exactitude d'un Hifto-
rien. On est toujours convenu que le Poëte dra-
* Voyez le Mercure de Novembre , Art. V. des
Spectacles de Paris , pag. 175 .
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
matique pouvoit altérer quelques faits , quand
cette altération est néceffaire à l'intérêt de fa Pièce,
quand elle procure plus d'éclat à fes Perfonnages
principaux , quand elle met leurs caractères plus
en jeu pourvu qu'elle ne contrarie pas ce qu'on
connoît univerſellement de ces caractères
événemens hiftoriques.
Warvik périt les armes à la main
:
' &
qu'elle ne détruiſe pas l'ordre fondamental des
voilà le fait
hiftorique. Au lieu de le faire périr en combattant
contre fon Roi , le Poëte lui fait trouver la mort ,
en combattant pour la défenſe de celui qui l'a of-
fenfé. Un homme fier & généreux tout enſemble ,
tel que le Comte de Warvik , peut également in-
molerfon ennemi , lui pardonner , aller plus loin
encore , & plus volontiers le défendre , fans con-
tredire par-là fon caractère. La raiſon eſt ſimple.
En fuivant le premier parti , il ne fe procure
qu'une vengeance affez commune ; dans le fe-
cond , il fe place au-deffus de fon ennemi qu'il
bumilie. Cette vengeance eft héroïque ; elle eft
intéreffante. C'eft ce qu'il faut pour le Théâtre ;
c'eft ce qu'il faut pour élever fon Héros , dans l'o-
pinion du Spectateur , au-deffus des grands hom-
mes ordinaires. Le premier fentiment de quelques
Critiques a été de trouver ce changement de vo-
lonté bien fubit dans le Comte de Warvik ; de
penfer qu'il n'étoit pas dans la nature. Nous
croyons , d'après ce que nous venons de dire ,
que l'Auteur auroit à répondre qu'au contraire
cela eft , & cela doit être dans le naturel de fon
Héros . Tout homme opprimé invoque la ven-
gcance. L'homme courageux , s'il peut faifir le
glaive , combattre fon ennemi , le détruire , il le
fera
voilà ce qui eft dans la nature. Mais fi on
lui amène cet ennemi dans les liens , qu'on lui
JANVIER. 1764.
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donne un poignard , & qu'on lui dife ,frappe , le
poignard lui tombera des mains : voilà ce qui eft
dans le naturel d'un tel homme. Warvik elt ,
comme on l'a dit , plus qu'un homme d'un cou-
rage ordinaire ;
il ne fe contente pas d'épargner
Edouard , il veut lui rendre tout ; il veut le créer ,
pour ainfi dire , une feconde fois : voilà le Héros.
C'eft avec quelque regret que nous nous fommes
arrêtés à juftifier ce moment , qui eſt un des plus
beaux de la Tragédie .
.
Le Perfonnage de la Pièce fur lequel la Critique
ait eu plus d'occafions de s'éxercer , eft celui de
Marguerite , l'agent & le mobile principal de l'ac-
tion. On a objecté contre l'Auteur , que c'eft char-
ger cette Reine d'un crime qu'elle n'a pas com-
mais , que de la rendre coupable de la mort du
Comte de Warvik.
S'il n'y avoit qu'un tel repro-
che à faire fur ce rôle , nous pensons que l'Auteur
le détruiroit facilement. En effet , ce meurtre poli-
tique paroîtra fans doute aux Lecteurs , ainsi qu'à
nous , dans le caractère de Marguerite. Une fem-
me qui , dans l'Hiftoire , fait alfaffiner fon oncle ,"
peut bien , dans une Tragédie , faire alfaffiner un
ennemi puiffant & dangereux , dont fon intérêt
éxige abfolument qu'elle fe défaffe , fi elle ne veut
pas renoncer à l'eſpoir de rétablir fa Maiſon fur le
Trône , & de veiller à la propre confervation.
Ce qu'on peut obferver , avec plus de fondement
contre ce rôle , & ce que nous ne diffimulons pas ,
c'est que peut- être manque-t-il d'une certaine éten-
due ou plutôt d'un développement mieux lié , qui
lui donneroit une conftitution proportionnée àfon
importance. Il s'enfuit un défaut général dans la
marche théâtrale de ce rôle , dont le Perfonnage
paroît trop fervilement aux ordres de l'Auteur
toutes les fois qu'il en a befoin , & qu'il femble te-
158 MERCURE DE FRANCE.
nir en réferve pour exciter les divers mouvemens
de fes Perfonnages , fans qu'elle foit conduite fur
la fcène , ni, qu'elle s'en retire , par l'enchaînement
général de l'action dramatique. C'eſt parce même
défaut que la Scène entre Marguerite & Elifabeth
fait moins d'effet qu'elle n'en devroit faire ; parce
qu'elle n'eft pas fuffifamment amenée. On peut
remarquer au commencement du troifiéme Acte,
qu'elle laiffe la fcène vuide. Tous ces défauts qui
ont échappé à ceux qui ont plus cherché peut- être
à déprimer la gloire de l'Auteur , qu'à éxaminer
l'Ouvrage fur les grands principes de l'Art ; tous
ces défauts , dis-je , de pratique du Théâtre , font
rachetés par des beautés qui non-feulement les
ont dérobés au fentiment de plaifir d'une partie
des Spectateurs ; mais que les vrais Amateurs au-
ront été fâchés pour les fuites de ne pas rencon-
trer dans le premier Ouvrage d'un Poëte de l'âge
de M. DE LA HARPE , qui pouvoit s'être plus livré
au fentiment & à l'imagination , qu'affervi à des
régles dont l'éxacte pratique , quoique très- né-
cellaire , eft plus le fruit de l'expérience que le ca-
ractère du génie.
Quelques Critiques auroient defiré que l'Au-
teur eût tiré un plus grand parti de l'amour d'E-
lifabeth & de Warvik ; que cette paſſion fût un
reffort plus puiffant dans cette Piéce & qu'en
général elle y produisît un intérêt plus tendre.
Il nous femble que c'eft confondre les genres &
vouloir les ramener tous à celui de l'intérêt d'a-
mour. Que deviendroient la plupart des chefs-
d'œuvres du grand Corneille ! que devien-
droient d'excellentes Tragédies de nos jours , tels
que Mérope & d'autres , fi l'on adhéroit à cette
opinion ? L'Auteur de Warvik ne nous préſente
pointfon héros , comme incellamment occupé de
{
JANVIER. 1764.
159
fa tendreffe. Ce Guerrier , qui étoit en fpectacle à
toute l'Europe , qui décidoit du fort des Rois
devoit voir dans la conduite d'Edouard , un affront
bien plus fenfible pour fa gloire que pour fon
amour. Cependant , s'il nous eft permis d'hazar-
der notre avis , Warvik nous paroît dans le fe
cond Acte , fonger autant qu'il le doit aux inté-
rêts de cet amour. Il veut venger fa Maîtreffe ,
elle eft la récompenfe , fon bien : il le dit à Eliza
beth , il le dit à Edouard. Mais lorsque ce Prince
répond a fes reproches emportés par un outrage
plus cruel , enfin , quand Warvik ſe voit dans les
fers ; alors il oublie la premiere injure , celle qu'il
reffent eft plus amère , plus accablante , voilà ce
qui doit feul l'occuper
il s'y livre tout entier.
Nous le voyons intérellant dans fes fers. On par-
tage toutes les impreffions de cette âme profon-
dément bleffée. Combien cet intérêt d'un grand
homme outragé & dans l'oppreffion , eft - il plus
vif & plus généralement pathétique qu'un petit
intérêt d'amour , toujours fi voifin des frivoles
attraits de la galanterie , & fi ufé fur nos Théâtres,
Il ne nous feroit pas auffi facile de juftifier le
cinquiéme Acte de cette Tragédie. On ne peut
pas le faire illufion fur le récit de Suffolk , quelque
bien écrit qu'il foit : il faut convenir qu'il eft allez
indifférent , parce qu'il n'apprend que ce qu'on
fçait déja. La mort de Warvik , dans l'inftant où
il est devenu le plus intéreffant eft le feul événe-
ment de cet Acte. A cette occafion , des Critiques ,
attentifs à tout ce qui peut affoiblir l'honneur de
l'invention dans les Ouvrages de fuccès , ont rap-
pellé le dénoûment de Tancréde. Ce n'eft pas cette
parité , s'il y en a , que nous croyons devoir im-
prouver dans cet Acte. Le cercle des événemens,
dans les Poemes Epiques & Dramatiques , n'eft
160 MERCURE DE FRANCE.
pas fans bornes. Des Auteurs , en prenant des
Foutes très-différentes , fe rencontrent quelquefois
aux mêmes points , en arrivant aux termes de
chacune de ces routes. Malheur aux âmes de ceux
dont l'efprit cherche & faifit avec tant de facilité *
ces fortes de rencontres , ils font ou doivent être
privés de bien des plaifirs , puifqu'ils n'ont pas
celui d'être affectés fans difcuffion. Un défaut plus
eflentiel à cet A&te , c'eft que cet événement de la
mort de Warvik ne fuffit pas pour le remplir.
On pourroit néanmoins remarquer , pour la
juftification de l'Auteur , qu'il étoit très-difficile
de remplir mieux un cinquiéme Acte , lorfque
la marche naturelle de l'action & l'étendue du
Sujet ont rempli le quatrième , comme l'eft ce-
lui de cette Tragédie ; que dans nos meilleures
Piéces , dans celles qui jouiffent pour ainfi dire
d'une célébrité à l'abri de toute critique , quand'
le quatriéme A&te eft d'une beauté fupérieure ,
communément le cinquiéme Acte est un peu
foible. Ce défaut eft moins celui de talent & de
génie de la part des Auteurs , que la fuite de la
fervitude qui oblige à étendre un Poëme jufqu'au
nombre des Actes. Toutes les fois qu'on n'a pu
fans faire languir la marche de l'action , s'en
réſerver les plus beaux momens pour le dénoû-
ment , comme dans Rodogune , il arrive que ce
cinquiéme Acte eft bien moins rempli que les
autres. Mais au rette Warvik , immolé dans
l'inftant où il eft le plus généreux , où il doit
être auffi le plus heureux , en devient plus inté-
reffant , & fa mort est un coup de théâtre qui
doit frapper les âmes fenfibles. Ses dernières pa-
roles attendriffent & ont arraché des larmes à
bien des Spectateurs ; la catastrophe a donc at-
teint le but du Drame tragique.
JANVIER. 1764.
161
Nous n'ajouterons rien à ce que nous avons
deja dit dans le précédent vol. du ſtyle général
de cette Piéce. La juftice que nous lui avons
rendue paroît confirmée aujourd'hui par la lec-
ture & par les critiques même les plus fufpec-
tes du defir de ne rien trouver à louer. Nous
ne parlerons pas du rôle d'EDOUARD en particu
lier , de l'art par lequel ce Prince conferve la
dignité de fon Etat avec un Sujet qui a des
droits fi puiffans fur lui , & qui en uſe avec ex-
cès. De l'aveu des meilleurs Juges , c'eft la par-
tie de l'Ouvrage qui marque le plus de talent
de la part de l'Auteur & qui feroit honneur aux
plus grands Maîtres de notre Théâtre. Le rôle
d'Elizabeth nous paroît à- peu- près ce qu'il doit
être , celui d'une femme vertueufe & tendre qui
aime un amant & refpecte fon Roi, & qui voudroit
les fauver tous deux.
Le fuccès foutenu de cette Tragédie , celui
qu'elle a eu à la lecture , tout juftiñe l'éloge que
nous en avions déja fait , & fur lequel nous fom-
mes encore plus affermis après en avoir difcuté im-
partialement les beautés & les défauts,
N. B. Quoique nous nous foyons interdit tout
ce qui pouvoit avoir rapport au perſonnel , nous
croyons devoir relever ici une erreur du Gazetier
d'Utrecht , qui annonce que M. DE LA HARPE eft
un Etudiant en Rhétorique au Collège du Pleffis ,
âgé de 22 ans. Nous pouvons affurer ici que
M. DE LA HARPE a fait toutes les études au Col-
Fége d'Harcourt ; qu'il y a quatre ans qu'il en eft
forti, & qu'il eft âgé de 24 ans.
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4
p. 162-163
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
LE Lundi 19 Décembre, M. LOMBARD, qui avoit chanté ci-devant à [...]
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texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Lundi 19 Décembre, M. LOMBARD,
qui avoit chanté ci-devant à
l'Opéra dans les rôles de Haute- contre
a débuté fur le Théâtre de la Comédie
Italienne , par celui de Dorval dans On
ne s'avife jamais de tout. Le Public a
paru plus fatisfait des talens de ce Sujet
pour la partie du chant , que pour celle
du jeu de la Comédie qu'exigent
ces fortes de Pièces mixtes. Cette der-
nière
partie pouvant s'acquérir par
l'ufage & la pratique , il eft à préfumer
que le nouveau Débutant parviendra à
réunir tout ce qui peut être agréable
aux Spectateurs, dans l'un & dans l'autre
genre,
Le lendemain Mardi 20 , on donna .
fur le même Théâtre , la première repré-
fentation de l'Inquiétude de Camille ,
Comédie Italienne , feconde fuite &
conclufion des Amours d'Arlequin & de
Camille , par M. GOLDONI. Nous avons
précédemment rendu compte du mérite
& du fuccès des deux premières fuites :
celle - ci , loin de céder en rien aux au-
tres , femble au contraire avoir généra-
JANVIER. 1764.
163
lement entraîné encore plus de fuffrages.
Le pathétique en eft fi naturellement lié
au comique , qui naît de la naïveté des
deux Perfonnages intéreffans , que le
cœur eft inceffamment partagé entre
deux fentimens oppofés ; mais qui , par
un art qu'on ne fçauroit trop admirer,
fe réuniffent pour le plaifir continuel du
Spectateur. Plus on aime , plus on con-
noît ce grand art de la véritable & bon-
ne Comédie , plus on admire les rapports
réguliers des caractères & de l'action ,
de cette dernière fuite , avec les précéden-
tes, plus auffi on regrette ce que font per-
dre les interruptions qu'occhionne dans
chacune, le talent , fort agréable en foi ,
mais déplacé , de la meilleure Cantatrice.
Nous comptons donner une idée de ce
Drame fingulier , dans une courte Ana-
lyfe , qui mettra du moins les Lecteurs
en état de juger par eux -mêmes du génie
de fon célébre Auteur , & de la jufteffe
de nos éloges. L'efpace de cet Article ne
nous permet pas d'y placer une partie de
ceux que méritent les Acteurs , entre
autres M. CARLIN & Mlle CAMILLE.
Cette dernière peut être regardée au-
jourd'hui comme la première & la plus
grande Actrice de fon genre.
LE Lundi 19 Décembre, M. LOMBARD,
qui avoit chanté ci-devant à
l'Opéra dans les rôles de Haute- contre
a débuté fur le Théâtre de la Comédie
Italienne , par celui de Dorval dans On
ne s'avife jamais de tout. Le Public a
paru plus fatisfait des talens de ce Sujet
pour la partie du chant , que pour celle
du jeu de la Comédie qu'exigent
ces fortes de Pièces mixtes. Cette der-
nière
partie pouvant s'acquérir par
l'ufage & la pratique , il eft à préfumer
que le nouveau Débutant parviendra à
réunir tout ce qui peut être agréable
aux Spectateurs, dans l'un & dans l'autre
genre,
Le lendemain Mardi 20 , on donna .
fur le même Théâtre , la première repré-
fentation de l'Inquiétude de Camille ,
Comédie Italienne , feconde fuite &
conclufion des Amours d'Arlequin & de
Camille , par M. GOLDONI. Nous avons
précédemment rendu compte du mérite
& du fuccès des deux premières fuites :
celle - ci , loin de céder en rien aux au-
tres , femble au contraire avoir généra-
JANVIER. 1764.
163
lement entraîné encore plus de fuffrages.
Le pathétique en eft fi naturellement lié
au comique , qui naît de la naïveté des
deux Perfonnages intéreffans , que le
cœur eft inceffamment partagé entre
deux fentimens oppofés ; mais qui , par
un art qu'on ne fçauroit trop admirer,
fe réuniffent pour le plaifir continuel du
Spectateur. Plus on aime , plus on con-
noît ce grand art de la véritable & bon-
ne Comédie , plus on admire les rapports
réguliers des caractères & de l'action ,
de cette dernière fuite , avec les précéden-
tes, plus auffi on regrette ce que font per-
dre les interruptions qu'occhionne dans
chacune, le talent , fort agréable en foi ,
mais déplacé , de la meilleure Cantatrice.
Nous comptons donner une idée de ce
Drame fingulier , dans une courte Ana-
lyfe , qui mettra du moins les Lecteurs
en état de juger par eux -mêmes du génie
de fon célébre Auteur , & de la jufteffe
de nos éloges. L'efpace de cet Article ne
nous permet pas d'y placer une partie de
ceux que méritent les Acteurs , entre
autres M. CARLIN & Mlle CAMILLE.
Cette dernière peut être regardée au-
jourd'hui comme la première & la plus
grande Actrice de fon genre.
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5
p. 163-164
AVIS AUX BIBLIOGRAPHES du Théâtre.
Début :
Il s'est glisé [sic] une méprise dans le précédent Mercure de Décembre 1763, à [...]
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texteReconnaissance textuelle : AVIS AUX BIBLIOGRAPHES du Théâtre.
AVIS AUX BIBLIOGRAPHES
du Théâtre.
Il s'est glisé [sic] une méprise dans le précédent
Mercure de Décembre 1763, à
l'article des Spectacles de la Cour. En
rappellant , à l'occafion d'un Ballet de
Médée & Jaſon , un Opera de M. de la
B *** & de M. LAUION , repréfenté à
Choify , on a mis , Théagêne & Chari-
clée , au lieu du véritable titre de cet
Opera , qui eft , Ifmene & Ifmenias :
Titre fous lequel nous en avons parle
nous-mêmes , dans le temps de fa repré-
Sentation.
On avertit ceux qui puifent les Anec-
dotes theatrales dans notre Journal ,
comme contenant en effet les Faftes les
plus fuivis & les plus certains fur cette
matière , que s'il arrive quelquefois , ce
qui eft inévitable , de laiffer échapper
quelqu'erreur à cet égard , dans un des
volumes, elle est toujours rectifiée dans le
fuivant.
du Théâtre.
Il s'est glisé [sic] une méprise dans le précédent
Mercure de Décembre 1763, à
l'article des Spectacles de la Cour. En
rappellant , à l'occafion d'un Ballet de
Médée & Jaſon , un Opera de M. de la
B *** & de M. LAUION , repréfenté à
Choify , on a mis , Théagêne & Chari-
clée , au lieu du véritable titre de cet
Opera , qui eft , Ifmene & Ifmenias :
Titre fous lequel nous en avons parle
nous-mêmes , dans le temps de fa repré-
Sentation.
On avertit ceux qui puifent les Anec-
dotes theatrales dans notre Journal ,
comme contenant en effet les Faftes les
plus fuivis & les plus certains fur cette
matière , que s'il arrive quelquefois , ce
qui eft inévitable , de laiffer échapper
quelqu'erreur à cet égard , dans un des
volumes, elle est toujours rectifiée dans le
fuivant.
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6
p. 165-166
CONCERTS SPIRITUELS.
Début :
LE 8 Décembre, Fête de la Conception, on exécuta Salve Regina, Motet à grand Choeur [...]
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texteReconnaissance textuelle : CONCERTS SPIRITUELS.
CONCERTS SPIRITUELS.
LE 8 Décembre, Fête de la Conception, on
exécuta Salve Regina, Motet à grand Choeur
de la compofition de M. KOHAUT , dans lequel
M. DUPORT accompagnoit un Récit. Nous avons
précédemment rendu compte du bon effet de cet
Ouvrage. M. NOEL Hautecontre chanta un Mo-
tet à voix feule , dans lequel il fit plaifir & fut
applaudi M. CAPRON exécuta un Concerto de
Violon , & M. Duport joua une Sonate. Mlle
HARDI chanta dans ce même Concert deux Airs
Italiens. Il finit par Benedic anima mea Domino,
grand Motet de M. DAUVERGNE , Maître de Mu-
fique de la Chambre du Roi , & l'un des Direc-
teurs du Concert. Les grands talens éprouvés
de ce Compofiteur ne laillent pas douter du mé-
rite de cette nouvelle production.
Le 24 , veille de Noël , le premier Motet à
grand Choeur
?
étoit Fugit nox
,
de feu M.
BOISMORTIER. Nous avons eu occafion , l'année
précédente , de reniarquer tout le goût , tout l'ef
prit & l'art qui régnent dans ce Motet , où les
Noëls connus font fi bien adaptés , qu'ils font le
plus grand plaifir aux Amateurs de la mélodie,
& qu'il eft eftimé par ceux de la Mufique la plus
compofée. M. LEDUC joua une Sonate deviolon,
& M. DUFORT , une de violoncelle . M. BALBATRE
éxécuta fur l'orgue un Concerto de Noëls . Mlle
S. MARCEL chanta , pour la premiere fois , un
Motet à voix feule. C'eſt une très-jeune perfonne
dont la voix n'eft pas encore entierement for-
mée,mais qui paroît très bonne Muficienne. Mlle
166 MERCURE DE FRANCE.
HARDI chanta un air Italien. Le Concert finit par
Quemadmodùm , nouveau Moter de M. MATHIFU,
Ordinaire de la Mufique du Roi fort bien com-
pofé fpécialement dans les Choeurs & qui fut ap-
plaudi.
Le 25 , Jour de Noël on donna le même
Spectacles
>
Motet ( Fugit nox ) dont nous venons de parler.
Mlle FEL chanta un Moret à voix feule de M.
Froco , Mlle HARDI un Air Italien. M. BAL-
BASTRE exécuta le même Concerto de la veille.
M. GAVINIES joua un nouveau Concerto de fa
compofition , dans lequel il avoit fait entrer lé
Sujet d'un Noel connu , qu'il varia avec un arc,
un goût & des grâces qui charmerent les Audi-
teurs les plus accoutumés à l'entendre , comme
s'ils avoient éprouvé pour la première fois le
plaifir & la furprife que procure toujours ce ta-
lent fupérieur. Ce Concert finit par l'agréable
& beau Motet Deus venerunt gentes de feu M.
FANTON.
LE 8 Décembre, Fête de la Conception, on
exécuta Salve Regina, Motet à grand Choeur
de la compofition de M. KOHAUT , dans lequel
M. DUPORT accompagnoit un Récit. Nous avons
précédemment rendu compte du bon effet de cet
Ouvrage. M. NOEL Hautecontre chanta un Mo-
tet à voix feule , dans lequel il fit plaifir & fut
applaudi M. CAPRON exécuta un Concerto de
Violon , & M. Duport joua une Sonate. Mlle
HARDI chanta dans ce même Concert deux Airs
Italiens. Il finit par Benedic anima mea Domino,
grand Motet de M. DAUVERGNE , Maître de Mu-
fique de la Chambre du Roi , & l'un des Direc-
teurs du Concert. Les grands talens éprouvés
de ce Compofiteur ne laillent pas douter du mé-
rite de cette nouvelle production.
Le 24 , veille de Noël , le premier Motet à
grand Choeur
?
étoit Fugit nox
,
de feu M.
BOISMORTIER. Nous avons eu occafion , l'année
précédente , de reniarquer tout le goût , tout l'ef
prit & l'art qui régnent dans ce Motet , où les
Noëls connus font fi bien adaptés , qu'ils font le
plus grand plaifir aux Amateurs de la mélodie,
& qu'il eft eftimé par ceux de la Mufique la plus
compofée. M. LEDUC joua une Sonate deviolon,
& M. DUFORT , une de violoncelle . M. BALBATRE
éxécuta fur l'orgue un Concerto de Noëls . Mlle
S. MARCEL chanta , pour la premiere fois , un
Motet à voix feule. C'eſt une très-jeune perfonne
dont la voix n'eft pas encore entierement for-
mée,mais qui paroît très bonne Muficienne. Mlle
166 MERCURE DE FRANCE.
HARDI chanta un air Italien. Le Concert finit par
Quemadmodùm , nouveau Moter de M. MATHIFU,
Ordinaire de la Mufique du Roi fort bien com-
pofé fpécialement dans les Choeurs & qui fut ap-
plaudi.
Le 25 , Jour de Noël on donna le même
Spectacles
>
Motet ( Fugit nox ) dont nous venons de parler.
Mlle FEL chanta un Moret à voix feule de M.
Froco , Mlle HARDI un Air Italien. M. BAL-
BASTRE exécuta le même Concerto de la veille.
M. GAVINIES joua un nouveau Concerto de fa
compofition , dans lequel il avoit fait entrer lé
Sujet d'un Noel connu , qu'il varia avec un arc,
un goût & des grâces qui charmerent les Audi-
teurs les plus accoutumés à l'entendre , comme
s'ils avoient éprouvé pour la première fois le
plaifir & la furprife que procure toujours ce ta-
lent fupérieur. Ce Concert finit par l'agréable
& beau Motet Deus venerunt gentes de feu M.
FANTON.
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