Provenance du texte (14)
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Détail
Liste
Résultats : 14 texte(s)
1
p. 113
TROISIÈME ENIGME.
Début :
Tous les mois, tous les jours je fais plus de conquêtes, [...]
Mots clefs :
Quinquina
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texteReconnaissance textuelle : TROISIÈME ENIGME.
TROISIEME ENIGME.
Tous les mois ,tous les jours je fais plus
de conquêtes ,
Que le Grand Charlequint qui n'a pû prendre
Mets.
Celui pour qui je tiens mes forces toutes
prêtes ,
Me refuſe fouvent , & me trouve mauvais.
Mais pourquoi dire ici mes qualitez ſecretes ?
Puifqu'outre que j'ai grand renom ,
Dans les vers précedens on peut lire mos
nom.
A Genéve, parJ. A. M.
Tous les mois ,tous les jours je fais plus
de conquêtes ,
Que le Grand Charlequint qui n'a pû prendre
Mets.
Celui pour qui je tiens mes forces toutes
prêtes ,
Me refuſe fouvent , & me trouve mauvais.
Mais pourquoi dire ici mes qualitez ſecretes ?
Puifqu'outre que j'ai grand renom ,
Dans les vers précedens on peut lire mos
nom.
A Genéve, parJ. A. M.
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2
p. 316-317
SONNET énigmatique sur les Bouts-rimez proposez.
Début :
Celui chez qui je suis est toûjours Taciturne, [...]
Mots clefs :
Fièvre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET énigmatique sur les Bouts-rimez proposez.
SONNET énigmatique fur les Boutsrimez
proposez.
Elui chez qui je ſuis eſt toûjours Taciturne,
CElui
Fut-il à Londres , à Rome , à Paris , à
L'influence de Mars ou celle de
Maroc.
Saturne ,
Ne peuvent rien fur moi , non plus que fur un
Roc.
Je fuis le Brodequin , je cheris le Cothurne.
Je fais trembler le cafque auffi-bien que le
Froc.
Minos affez fouvent par moi regle ſon Urne.
Et j'attaque fans choix l'honnête homme &
PEC Croc.
Des Pays éloignez d'où l'on tire la Perle,
Vient un Heros fameux , prefqu'auffi noir
qu'un Merle ,
Qui me chaffe , m'abat fans épée & fans Are.
Ma puiffance fans lui feroit cruelle & Longue ,
Car tel, à grand loifir,épluche une Diphtongue,
Que
FEVRIER
1725. 317
Que la mort , par mes foins , auroit mis dans
fon
A Geneve par J. A M ***
proposez.
Elui chez qui je ſuis eſt toûjours Taciturne,
CElui
Fut-il à Londres , à Rome , à Paris , à
L'influence de Mars ou celle de
Maroc.
Saturne ,
Ne peuvent rien fur moi , non plus que fur un
Roc.
Je fuis le Brodequin , je cheris le Cothurne.
Je fais trembler le cafque auffi-bien que le
Froc.
Minos affez fouvent par moi regle ſon Urne.
Et j'attaque fans choix l'honnête homme &
PEC Croc.
Des Pays éloignez d'où l'on tire la Perle,
Vient un Heros fameux , prefqu'auffi noir
qu'un Merle ,
Qui me chaffe , m'abat fans épée & fans Are.
Ma puiffance fans lui feroit cruelle & Longue ,
Car tel, à grand loifir,épluche une Diphtongue,
Que
FEVRIER
1725. 317
Que la mort , par mes foins , auroit mis dans
fon
A Geneve par J. A M ***
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3
p. 41-44
EPITRE A M. D.
Début :
TU quittes donc ces lieux, & l'amitié plaintive [...]
Mots clefs :
Fortune, Soins, Noeud, Bonheur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. D.
EPITRE à M. D.
Uquittes donc ces lieux , & l'amitié plaintive
Ne ſçauroit plus te retenir ;
On ne te verra plus ſur cette aimable rive
Detes chants nous entretenir.
De la tendreſſe la plus vive
Tu vas perdre le ſouvenir.
Déja tabergére craintive
Ne peut àce pen er dérober un foupir
Quarrache ſa douleur naive.
Sur ces arbres fleuris on voyoit les oiſeaux
42 MERCURE DE FRANCE.
Suſpendre leurs chants les plus beaux
Pour prêter à tes fonsune oreille attentive :
A travers le gazon on voyoit les ruiſſeaux ,
Malgré leur onde fugitive ,
Suſpendre le cours deleurs eaux.
Plutus te promet ſes richeſſes ,
Et tu marches ſous ſes drapeaux ,
Mais ce n'est que par des travaux
D qu'on obtient ſes largeffes .
..
Rarement de ſes dons le ſage eſt revêtu ;
Plutus ne fuit que fon caprice:
Il accorde ſouvent au vice
Ce qu'il refuſe à la vertu,
La fortune eſt une traîtreffe
Qui peut à toute heure changer :
En ſe livrant à la triſteſſe ,
Quand elle vient nous déranger ,
Onn'évite point le danger ;
Onne montre que ſa foibleſſe.
Lavie eſt une mer; tout agite ſeseaux :
11 nous faut combattre ſans ceffe
Pour furmonter les flots.
Lalâche oifiveté; l'indolente pareſſe
Ne peuvent faireles Héros.
Cen'eſtquedans le ſein de l'aimable ſageſſe
Que l'on peut trouver le repos .
Jene condamne point un travail ſalutaire
Dont le fuccès fait nos plaiſirs ;
Je ne blâme que des defirs
AOUST. 43 1745.
Querienne sçauroit ſatisfaire ,
Et dont la criminelle ardeur
Neproduit que notre mifere
Loin de faire notre bonheur.
,
Non , la fortune , ami , n'est pas unechimére
Indigne de nos foins :
Qui ne ſçait qu'elle est néceſſaire
Pour fubvenirà nos beſoins ?
Dieu veut que nos talens, nos foins , notre in
duſtrie ,
De la ſocieté forment le doux lien ,
Etqu'en ſe procurant le bonheur de la vie
Le publicy trouve le ſien.
C'eſt ainſi que la Providence,
Quidiſpenſe aux mortels & le bien & le mal ,
D'un noeud particulier fait un noeud géneral
Par une ſecrette influence.
Ainſi tous ces ruiſſeaux qui du ſein des deuxmers
Percent les cîternes profondes ,
En reſſortent bientôt par cent canaux divers ,
Et le brulant Soleil en élevant leurs ondes
Forme ces riviéres fécondes
Qui circulentdans l'Univers.
Sans chercher une vaine gloire ,
Qui fait des actes de vertu ,
Fait même après ſa mort reſpecter ſa mémoire ,
Et prouve au moins qu'il a véçu.
44 MERCURE DE FRANCE !
Nos jours ne font qu'un court eſpace :
Les plaiſirs , la grandeur , ne font que vanité :
Quelle eſt notre imbécillité !
Nous faiſons preſque tout pour ce monde qui paſſe
Preſque rien pour l'éternité.
AGeneve ce 30 Mars 1745. par Jean - Baptifte
TOLLOZ,
Uquittes donc ces lieux , & l'amitié plaintive
Ne ſçauroit plus te retenir ;
On ne te verra plus ſur cette aimable rive
Detes chants nous entretenir.
De la tendreſſe la plus vive
Tu vas perdre le ſouvenir.
Déja tabergére craintive
Ne peut àce pen er dérober un foupir
Quarrache ſa douleur naive.
Sur ces arbres fleuris on voyoit les oiſeaux
42 MERCURE DE FRANCE.
Suſpendre leurs chants les plus beaux
Pour prêter à tes fonsune oreille attentive :
A travers le gazon on voyoit les ruiſſeaux ,
Malgré leur onde fugitive ,
Suſpendre le cours deleurs eaux.
Plutus te promet ſes richeſſes ,
Et tu marches ſous ſes drapeaux ,
Mais ce n'est que par des travaux
D qu'on obtient ſes largeffes .
..
Rarement de ſes dons le ſage eſt revêtu ;
Plutus ne fuit que fon caprice:
Il accorde ſouvent au vice
Ce qu'il refuſe à la vertu,
La fortune eſt une traîtreffe
Qui peut à toute heure changer :
En ſe livrant à la triſteſſe ,
Quand elle vient nous déranger ,
Onn'évite point le danger ;
Onne montre que ſa foibleſſe.
Lavie eſt une mer; tout agite ſeseaux :
11 nous faut combattre ſans ceffe
Pour furmonter les flots.
Lalâche oifiveté; l'indolente pareſſe
Ne peuvent faireles Héros.
Cen'eſtquedans le ſein de l'aimable ſageſſe
Que l'on peut trouver le repos .
Jene condamne point un travail ſalutaire
Dont le fuccès fait nos plaiſirs ;
Je ne blâme que des defirs
AOUST. 43 1745.
Querienne sçauroit ſatisfaire ,
Et dont la criminelle ardeur
Neproduit que notre mifere
Loin de faire notre bonheur.
,
Non , la fortune , ami , n'est pas unechimére
Indigne de nos foins :
Qui ne ſçait qu'elle est néceſſaire
Pour fubvenirà nos beſoins ?
Dieu veut que nos talens, nos foins , notre in
duſtrie ,
De la ſocieté forment le doux lien ,
Etqu'en ſe procurant le bonheur de la vie
Le publicy trouve le ſien.
C'eſt ainſi que la Providence,
Quidiſpenſe aux mortels & le bien & le mal ,
D'un noeud particulier fait un noeud géneral
Par une ſecrette influence.
Ainſi tous ces ruiſſeaux qui du ſein des deuxmers
Percent les cîternes profondes ,
En reſſortent bientôt par cent canaux divers ,
Et le brulant Soleil en élevant leurs ondes
Forme ces riviéres fécondes
Qui circulentdans l'Univers.
Sans chercher une vaine gloire ,
Qui fait des actes de vertu ,
Fait même après ſa mort reſpecter ſa mémoire ,
Et prouve au moins qu'il a véçu.
44 MERCURE DE FRANCE !
Nos jours ne font qu'un court eſpace :
Les plaiſirs , la grandeur , ne font que vanité :
Quelle eſt notre imbécillité !
Nous faiſons preſque tout pour ce monde qui paſſe
Preſque rien pour l'éternité.
AGeneve ce 30 Mars 1745. par Jean - Baptifte
TOLLOZ,
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4
p. 13-17
EPITRE sur deux Rimes contre la Poësie.
Début :
Vous voulez des Vers cher Valere, [...]
Mots clefs :
Vers, Rime, Écrire, Étude, Prose
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE sur deux Rimes contre la Poësie.
EPITRE fur deux Rimes contre la Poësie.
Vous voulez des Vers cher Valere ,
Et j'en fais mon amuſement ;
Ainfi fans tarder un moment
Je vais tâcher de vous complaire,
Mais on dit fans déguiſement
Que les Vers font une chimére
Dont l'état fe paffe aifément ,
Et que l'oifiveté fait faire.
Voilà quel eft le fentiment
Et des fages & du vulgaire.
Pourquoi chercher tant de myffére ,
Et parler je ne fçais comment ?
La Rime eft-elle néceffaire ?
Ne peut-on écrire autrement ?
Le vrai ne sçauroit- il nous plaire
S'il n'a pour affaiſonnement
Une cadence finguliére ?
14 MERCURE DE FRANCE.
Quelle erreur , quel avenglement
De captiver l'entendement
Sous une régle fi févere !
Sans befoin , fans difcernement
Ce qui n'eft qu'un délaffement
9
On en fait une étude amére :
Je le confeffe ingénûment ,
La meſure me défefpére ,
Et la Rime fait mon tourment ;
La verve eft un emportement
Au goût, à la raiſon contraire.
Pour vouloir être véhément
On tombe dans l'égarement ,
Et l'on femble entrer en colére ;
Déformais j'en fais le ferment ,
Je ne prendrai pour truchement
Qu'une Profe coulante & claire ,
Qui s'exprime tout uniment ;
Je l'ai juré , je fuis fincére ,
Priéres ni commandement ,
Rien d'un fi fage engagement ,
Non , rien ne fçauroit me diftraire :
Plus d'espoir d'accommodement ,
Sans balancer mon oeil préfere
Un grand Fleuve dont rien n'altére
Le majestueux mouvement
Au cours d'une étroite riviere ,
Don le fougueux débordement
JUIN 1746. 19.
Ne refpecte aucune barriere .
On penfe , on écrit baſſement ,
Et l'on veut d'un vol téméraire
S'élever jufqu'au Firmament.
Pour compofer utilement
Ilfaut fuivre fon caractére.
Laiffons le fublime Voltaire
Marcher fans affoupiffement
Sous les pas du divin Homére ;
Pour nous , à parler franchement ,
Le plus court feroit de nous taire ;
Les Vers ne peuvent fatisfaire
Un lecteur plein de jugement ,
Qui veut qu'un écrivain l'éclaire :
Lorfqu'on choifit cette carriere
L'on n'inftruit que biên rarement ,
Et l'on répand peu de lumiere .
D'un tableau , d'un événement
L'on trace une image groffiére
Sans en montrer l'enchainement.
Vous vouliez la figure entiere
"Et l'on vous en donne un fragment,
Que Tircis auprès de Glycére
Soupire un air fur la fougére
Qu'Amour a dicté tendrement
Pour fléchir l'aimable bergére,
Cela n'a rien que de charmant :
D'un jeune , d'un fidéle amant
MERCURE DE FRANCE
C'est là le langage ordinaire :
La critique la plus auftére
Y donne fon confentement
Elle fourit de l'agrément
D'une peinture fi légere.
Mais quel eft notre étonnement
Quand on implore follement
Des neuf Muſes le miniftere ,
Pourfredonner un compliment !
Quelle fangue , quelle maniére !
Un récit , un raiſonnement
Ont-ils befoin de l'ornement
Dont le blond Phébus eft le
pere !
Pour écrire plus noblement
Faudroit - il rimer Defpautére ,
Et cadencer un Argument
La Rime eft un foible inftrument
Avec lequel l'efprit oper e ,
Mais plus ou moins heureuſement.
Pafcal , Boffuet , la Bruiere
S'en font paffés facilement.
L'étude à l'homme eft falutaire ,
Mais occupons-nous dignement ;
La Mufe n'eft qu'une étrangère
Qu'il faut voir fans attachement ,
Et dont le charme eft arbitraire;
N'en attendons pour tout falaire
Qu'un frivole applaudiffement ,
JUIN 1746 . 17
Et n'en foyons point tributaire.
L'Ame fe plaît à la lumiére ;
Elle eft comme fon aliment ;
Mais elle a de l'éloignement
Pour une beauté paffagére
Dont le fard fait l'ajustement
Des mots le vain arrangement.
Un éclat , faute imaginaire
Qui féduit par enchantement ,
Pourroit -il fournir la matiére
D'un folide contentement ?
A Geneve, J. B. Tollot.
Vous voulez des Vers cher Valere ,
Et j'en fais mon amuſement ;
Ainfi fans tarder un moment
Je vais tâcher de vous complaire,
Mais on dit fans déguiſement
Que les Vers font une chimére
Dont l'état fe paffe aifément ,
Et que l'oifiveté fait faire.
Voilà quel eft le fentiment
Et des fages & du vulgaire.
Pourquoi chercher tant de myffére ,
Et parler je ne fçais comment ?
La Rime eft-elle néceffaire ?
Ne peut-on écrire autrement ?
Le vrai ne sçauroit- il nous plaire
S'il n'a pour affaiſonnement
Une cadence finguliére ?
14 MERCURE DE FRANCE.
Quelle erreur , quel avenglement
De captiver l'entendement
Sous une régle fi févere !
Sans befoin , fans difcernement
Ce qui n'eft qu'un délaffement
9
On en fait une étude amére :
Je le confeffe ingénûment ,
La meſure me défefpére ,
Et la Rime fait mon tourment ;
La verve eft un emportement
Au goût, à la raiſon contraire.
Pour vouloir être véhément
On tombe dans l'égarement ,
Et l'on femble entrer en colére ;
Déformais j'en fais le ferment ,
Je ne prendrai pour truchement
Qu'une Profe coulante & claire ,
Qui s'exprime tout uniment ;
Je l'ai juré , je fuis fincére ,
Priéres ni commandement ,
Rien d'un fi fage engagement ,
Non , rien ne fçauroit me diftraire :
Plus d'espoir d'accommodement ,
Sans balancer mon oeil préfere
Un grand Fleuve dont rien n'altére
Le majestueux mouvement
Au cours d'une étroite riviere ,
Don le fougueux débordement
JUIN 1746. 19.
Ne refpecte aucune barriere .
On penfe , on écrit baſſement ,
Et l'on veut d'un vol téméraire
S'élever jufqu'au Firmament.
Pour compofer utilement
Ilfaut fuivre fon caractére.
Laiffons le fublime Voltaire
Marcher fans affoupiffement
Sous les pas du divin Homére ;
Pour nous , à parler franchement ,
Le plus court feroit de nous taire ;
Les Vers ne peuvent fatisfaire
Un lecteur plein de jugement ,
Qui veut qu'un écrivain l'éclaire :
Lorfqu'on choifit cette carriere
L'on n'inftruit que biên rarement ,
Et l'on répand peu de lumiere .
D'un tableau , d'un événement
L'on trace une image groffiére
Sans en montrer l'enchainement.
Vous vouliez la figure entiere
"Et l'on vous en donne un fragment,
Que Tircis auprès de Glycére
Soupire un air fur la fougére
Qu'Amour a dicté tendrement
Pour fléchir l'aimable bergére,
Cela n'a rien que de charmant :
D'un jeune , d'un fidéle amant
MERCURE DE FRANCE
C'est là le langage ordinaire :
La critique la plus auftére
Y donne fon confentement
Elle fourit de l'agrément
D'une peinture fi légere.
Mais quel eft notre étonnement
Quand on implore follement
Des neuf Muſes le miniftere ,
Pourfredonner un compliment !
Quelle fangue , quelle maniére !
Un récit , un raiſonnement
Ont-ils befoin de l'ornement
Dont le blond Phébus eft le
pere !
Pour écrire plus noblement
Faudroit - il rimer Defpautére ,
Et cadencer un Argument
La Rime eft un foible inftrument
Avec lequel l'efprit oper e ,
Mais plus ou moins heureuſement.
Pafcal , Boffuet , la Bruiere
S'en font paffés facilement.
L'étude à l'homme eft falutaire ,
Mais occupons-nous dignement ;
La Mufe n'eft qu'une étrangère
Qu'il faut voir fans attachement ,
Et dont le charme eft arbitraire;
N'en attendons pour tout falaire
Qu'un frivole applaudiffement ,
JUIN 1746 . 17
Et n'en foyons point tributaire.
L'Ame fe plaît à la lumiére ;
Elle eft comme fon aliment ;
Mais elle a de l'éloignement
Pour une beauté paffagére
Dont le fard fait l'ajustement
Des mots le vain arrangement.
Un éclat , faute imaginaire
Qui féduit par enchantement ,
Pourroit -il fournir la matiére
D'un folide contentement ?
A Geneve, J. B. Tollot.
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5
p. 55-58
VERS addressés à M. Prevost, Regent de Premiere, à Geneve.
Début :
D'un des favoris d'Apollon [...]
Mots clefs :
Coeur, Fleurs, Savoir, Écoliers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS addressés à M. Prevost, Regent de Premiere, à Geneve.
VERS addreffes à M. Prevost , Regent de
Premiere , à Geneve .
D'un des favoris d'Apollon
Célébrons aujourd'hui la fête ;
Chers amis , que chacun s'aprête
A chanter fur le plus haut ton
Son goût , fon fçavoir & fon nom.
Mais quel obftacle nous arrête ?
De fleurs pour couronner ſa tête
On ne trouve en cette ſaiſon ,
Pas le moindre petit bouton ,
Et même le fougueux chardon
N'ofe montrer fa pointe encore ;
La campagne gémit fous le noir Aquilon :
Son fouffle impetueux dévo e
L'émail qui couvroit le gazon,
Et l'on ne voit plus Celadon
Célébrant les beautés de la naiffante Aurore ,
Faire aux échos des bois repeter ſa chanſon .
Chacun préfere le tifon
Aux doux accens de Therpficore ,
Soleil , fi défiré , c'eft en vain qu'on t'implore :
Ta feconde chaleur quand fera - t- elle éclore
La Tubereufe & le Melon ?
Ci
16 MERCURE DE FRANCE.
Quand verra-t-on briller les dons charmans de
Flore ,
Enfevelis fous le glaçon ?
Zéphir qui voltigeoit fans ceffe ,
Pour lui témoigner ſa tendreſſe ,
Et lui dérober des faveurs ,
Laiffe cette Reine des fleurs
En proye à toute fa trifteffe.
Phebus même plein de langueurs
Eft tranfi fur la double cime :
Rien ne l'émeut , rien ne l'anime ,
Et nous ferions fans protecteur
Prevoft , fi vous n'étiez le notre :
Mais ayant un tel Directeur
Avons nous befoin de quelque autre
Vós foins foutenant notre ardeurr ;
De nos foibles progrès diffipent la lenteur ;
Vos lumieres , votre prudence ,
En formant notre goût nous menent au bonheur,
Et nous ouvrent l'intelligence.
Vous nous infpirez de l'horreur
Pour la par effe & la licence ;
Un coeur volage , ou fans vigueur
Demeure toujours dans l'enfance ,
La raifon a peu d'influence
Lorfque l'on en fuit la lueur.
Banniffons loin de nous une froide indolence ,
Trifte compagne de l'erreur ;
JUIN
57 1746.
Vous faites voir que la grandeur
Que l'orgueil a placé dans l'aveugle naiſſance ,
Ou dans une vaine opulence ,
Ne fçauroit fe trouver que dans la connoiffance;
Ou dans le fentier de l'honneur ,
Vos leçons , votre expérience ,
Des pieges du monde enchanteur
Garantiffent notre innocence
Prenant en main notre défenſe .
Vous déchirez le voile féducteur
Qui de la volupté nous cachoit la laideur :
Vous découvrez le vuide immenfe
Quelle laiffe dans notre coeur.
De l'ordre & du devoir nous montrant l'excela
lence" ;
Vous en moderez la rigueur :
L'étude du plaifir prend l'aimable apparence ,
Et devient une recompenfe ;
Vouspréferez un modefte filence
An clinquant d'un Déclamateur ;
Dont la fophiftique éloquence
N'eſt qu'un étalage trompeur ,
Qui déguile fon ignorance :
Oui , la vérité , l'évidence ,
Doivent fcules faire l'effence
Des recherches de l'Orateur.
Indulgent pour l'âge où nous fommes
Par des preceptes familiers ,
CY
18 MERCURE DE FRANCE.
Vous travaillez à nous faire des hommes ;
Vous nous guidez dans les fentiers
Où vous repandez la lumiere :
Du fçavoir à nos yeux vous ouvrez la carriere
Et vous en écartez les préjugés groffiers .
Heureux fi nos efforts pouvoient vous fatisfaire !
Votre eftime eft pour nous un plus digne falaire
Qu'une couronne de lauriers .
Lorfqu'un maître a le don de plaire ,
Il est cheri des écoliers ,
Agréez les accens que notre zéle exprime ,
Tribut de refpect & d'eftime
Que vous rend l'aimable candeur.
L'hommage le plus légitime
Eft celui que dicte le coeur.
ParJ. B. Tellot à Genève ce 1 Janvier,
Premiere , à Geneve .
D'un des favoris d'Apollon
Célébrons aujourd'hui la fête ;
Chers amis , que chacun s'aprête
A chanter fur le plus haut ton
Son goût , fon fçavoir & fon nom.
Mais quel obftacle nous arrête ?
De fleurs pour couronner ſa tête
On ne trouve en cette ſaiſon ,
Pas le moindre petit bouton ,
Et même le fougueux chardon
N'ofe montrer fa pointe encore ;
La campagne gémit fous le noir Aquilon :
Son fouffle impetueux dévo e
L'émail qui couvroit le gazon,
Et l'on ne voit plus Celadon
Célébrant les beautés de la naiffante Aurore ,
Faire aux échos des bois repeter ſa chanſon .
Chacun préfere le tifon
Aux doux accens de Therpficore ,
Soleil , fi défiré , c'eft en vain qu'on t'implore :
Ta feconde chaleur quand fera - t- elle éclore
La Tubereufe & le Melon ?
Ci
16 MERCURE DE FRANCE.
Quand verra-t-on briller les dons charmans de
Flore ,
Enfevelis fous le glaçon ?
Zéphir qui voltigeoit fans ceffe ,
Pour lui témoigner ſa tendreſſe ,
Et lui dérober des faveurs ,
Laiffe cette Reine des fleurs
En proye à toute fa trifteffe.
Phebus même plein de langueurs
Eft tranfi fur la double cime :
Rien ne l'émeut , rien ne l'anime ,
Et nous ferions fans protecteur
Prevoft , fi vous n'étiez le notre :
Mais ayant un tel Directeur
Avons nous befoin de quelque autre
Vós foins foutenant notre ardeurr ;
De nos foibles progrès diffipent la lenteur ;
Vos lumieres , votre prudence ,
En formant notre goût nous menent au bonheur,
Et nous ouvrent l'intelligence.
Vous nous infpirez de l'horreur
Pour la par effe & la licence ;
Un coeur volage , ou fans vigueur
Demeure toujours dans l'enfance ,
La raifon a peu d'influence
Lorfque l'on en fuit la lueur.
Banniffons loin de nous une froide indolence ,
Trifte compagne de l'erreur ;
JUIN
57 1746.
Vous faites voir que la grandeur
Que l'orgueil a placé dans l'aveugle naiſſance ,
Ou dans une vaine opulence ,
Ne fçauroit fe trouver que dans la connoiffance;
Ou dans le fentier de l'honneur ,
Vos leçons , votre expérience ,
Des pieges du monde enchanteur
Garantiffent notre innocence
Prenant en main notre défenſe .
Vous déchirez le voile féducteur
Qui de la volupté nous cachoit la laideur :
Vous découvrez le vuide immenfe
Quelle laiffe dans notre coeur.
De l'ordre & du devoir nous montrant l'excela
lence" ;
Vous en moderez la rigueur :
L'étude du plaifir prend l'aimable apparence ,
Et devient une recompenfe ;
Vouspréferez un modefte filence
An clinquant d'un Déclamateur ;
Dont la fophiftique éloquence
N'eſt qu'un étalage trompeur ,
Qui déguile fon ignorance :
Oui , la vérité , l'évidence ,
Doivent fcules faire l'effence
Des recherches de l'Orateur.
Indulgent pour l'âge où nous fommes
Par des preceptes familiers ,
CY
18 MERCURE DE FRANCE.
Vous travaillez à nous faire des hommes ;
Vous nous guidez dans les fentiers
Où vous repandez la lumiere :
Du fçavoir à nos yeux vous ouvrez la carriere
Et vous en écartez les préjugés groffiers .
Heureux fi nos efforts pouvoient vous fatisfaire !
Votre eftime eft pour nous un plus digne falaire
Qu'une couronne de lauriers .
Lorfqu'un maître a le don de plaire ,
Il est cheri des écoliers ,
Agréez les accens que notre zéle exprime ,
Tribut de refpect & d'eftime
Que vous rend l'aimable candeur.
L'hommage le plus légitime
Eft celui que dicte le coeur.
ParJ. B. Tellot à Genève ce 1 Janvier,
Fermer
6
p. 129
MADRIGAL.
Début :
POUR peindre l'amitié sçais-tu ce qu'il faut faire ? [...]
Mots clefs :
Amitié
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL.
MADRIGA L.
POUR peindre l'amitié fçais-tu ce qu'il faut faire?
Il faut chercher l'original ,
Car fans lui tu la peindrois mal ,
Du tu ne tracerois , ami , qu'une chimere.
Mais pour t'épargner la longueur
D'une recherche difficile ,
Je vais t'enſeigner ſon azile ,
Tu le trouveras dans mon coeur .
Geneve
XES
J. B. Tollot.
POUR peindre l'amitié fçais-tu ce qu'il faut faire?
Il faut chercher l'original ,
Car fans lui tu la peindrois mal ,
Du tu ne tracerois , ami , qu'une chimere.
Mais pour t'épargner la longueur
D'une recherche difficile ,
Je vais t'enſeigner ſon azile ,
Tu le trouveras dans mon coeur .
Geneve
XES
J. B. Tollot.
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7
p. 93-96
EPITRE A M. d'Arnaud.
Début :
Charmant d'Arnaud, de ta muse légere [...]
Mots clefs :
Nature, Lieux, Biens, Ombre, Fleurs
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. d'Arnaud.
EPITRE
A M. d'Arnaud .
CHarmant d'Arnaud, de ta muſe léger■
Que ne puis-je imiter les aimables accens !
Et que ne puis-je inſtruire & plaire ,
Comme tu le fais dans tes chants !
Faut-t'il gagner une bergere
Quels airs plus vifs & plus touchans !
Oui , dans tes accords raviffans
On trouve de quoi fatisfaire
La raison , l'oreille & les fens .
Sur des tons & nobles & grands
Tu montes, quand il faut, ta lyre ,
Mais de cette affreufe peinture ,
Cher d'Arnaud , détournons les yeux,
Et fixons-les fur la Nature ,
Qui paroît fi belle en ces lieux.
Déformais de mon fort je ferai feul le maître ,
Et felon mes befoins étendant mes défirs ,
Amai ,dans ce féjour champêtre ,
Au gré de mes fouhaits je fçaurai faire naître
De vrais & d'innocens plaifirs.
94 MERCURE DE FRANCE.
C'eft-là que mon efprit tranquille ,
Loin du bruit des Cités , va choifir un azile ,
Fuyant des paffions le joug impérieux.
C'est là qu'une lecture utile ,
La culture des fleurs , rendent mon domicile
Digne de devenir la demeure des Dieux.
Le monde offre à nos yeux une belle peinture ;
Les objets ont un fard qui couvre leurs défauts.
Partiſan des beautés de la fimple Nature ,
Je préfère les bois , les prés & les ruiffeaux ,
A ces lieux trop peuplés, où l'art & l'impoſture ,
Sous des biens apparens , nous cachent de vrais
Ah,
A
maux.
que cette aimable retraite
pour moi de charmes fecrets !
Que j'aime l'ombre des forêts !
Que j'aime à célebrer au fon de ma mufette
La Nature & tous les attraits !
Ici notre ame fatisfaite
Jouit de cette douce paix ,
Qui pour le mondain n'eft pas faite ,
Dont le riche en vain à grands frais
Voudroit bien faire emplette ,
Et que le crime enfin , déchiré de regrets ,
Même au fein des plaifirs ne peut trouver jamais.
A l'ombre d'un Tilleul , au bord d'une fontaine,
Je ris des vains amuſemens
DECEMBRE. 1748.
95
De ces foibles mortels que l'on voit fur la fcéne
Etaler tous les ſentimens
Qu'excitent tour à tour & l'amour & la haine; }
Des coeurs paffionnés honteux égaremens.
L'orgueil eft ici détefté ;
Du fouffle empoiſonné du vice
Ce hameau n'eft point infecté ;
Fidéle aux loix de la fimple équité ,
L'habitant vit fans artifice ,
Au milieu d'une douce & fage égalité,
Jamais l'ambition ni l'aveugle injuftice
N'ont fouillé de fes moeurs l'aimable pureté.
Mille petits oifeaux , animant leur ramage ,
De leurs tendres chanfons font retentir les airs .
Zéphir , leur répondant à travers le feuillage ,
Mêle fon fouffle à leurs concerts ,
Tout préſente en ces lieux une riante image,
Que j'aime à voir de ces ruiffeaux
Couler les ondes fugitives ,
Et les fleurs qui font fur leurs rives
Se multiplier dans les eaux !
96 MERCURE DE FRANCE.
Ici , quand la naiſſante aurore
Invite le Soleil à reprendre fon cours ,
J'efpere que le jour qui commence d'éclore ,
Sera le plus beau de mes jours,
Ah ! des douceurs de l'eſpérance
Si l'homme connoiffcit le prix ,]
Il n'auroit plus que du mépris
Pour cette courte & foible jouiſſance
Des biens dont fon coeur eſt épris.
Qui, l'efpoir des vrais biens, dont l'ame eft alterés
Semble préfager fa durée ,
Et juſques dans l'éternité
Etendre la félicité .
Par le même.
A Geneve , le 26 Septembre 1748.
A M. d'Arnaud .
CHarmant d'Arnaud, de ta muſe léger■
Que ne puis-je imiter les aimables accens !
Et que ne puis-je inſtruire & plaire ,
Comme tu le fais dans tes chants !
Faut-t'il gagner une bergere
Quels airs plus vifs & plus touchans !
Oui , dans tes accords raviffans
On trouve de quoi fatisfaire
La raison , l'oreille & les fens .
Sur des tons & nobles & grands
Tu montes, quand il faut, ta lyre ,
Mais de cette affreufe peinture ,
Cher d'Arnaud , détournons les yeux,
Et fixons-les fur la Nature ,
Qui paroît fi belle en ces lieux.
Déformais de mon fort je ferai feul le maître ,
Et felon mes befoins étendant mes défirs ,
Amai ,dans ce féjour champêtre ,
Au gré de mes fouhaits je fçaurai faire naître
De vrais & d'innocens plaifirs.
94 MERCURE DE FRANCE.
C'eft-là que mon efprit tranquille ,
Loin du bruit des Cités , va choifir un azile ,
Fuyant des paffions le joug impérieux.
C'est là qu'une lecture utile ,
La culture des fleurs , rendent mon domicile
Digne de devenir la demeure des Dieux.
Le monde offre à nos yeux une belle peinture ;
Les objets ont un fard qui couvre leurs défauts.
Partiſan des beautés de la fimple Nature ,
Je préfère les bois , les prés & les ruiffeaux ,
A ces lieux trop peuplés, où l'art & l'impoſture ,
Sous des biens apparens , nous cachent de vrais
Ah,
A
maux.
que cette aimable retraite
pour moi de charmes fecrets !
Que j'aime l'ombre des forêts !
Que j'aime à célebrer au fon de ma mufette
La Nature & tous les attraits !
Ici notre ame fatisfaite
Jouit de cette douce paix ,
Qui pour le mondain n'eft pas faite ,
Dont le riche en vain à grands frais
Voudroit bien faire emplette ,
Et que le crime enfin , déchiré de regrets ,
Même au fein des plaifirs ne peut trouver jamais.
A l'ombre d'un Tilleul , au bord d'une fontaine,
Je ris des vains amuſemens
DECEMBRE. 1748.
95
De ces foibles mortels que l'on voit fur la fcéne
Etaler tous les ſentimens
Qu'excitent tour à tour & l'amour & la haine; }
Des coeurs paffionnés honteux égaremens.
L'orgueil eft ici détefté ;
Du fouffle empoiſonné du vice
Ce hameau n'eft point infecté ;
Fidéle aux loix de la fimple équité ,
L'habitant vit fans artifice ,
Au milieu d'une douce & fage égalité,
Jamais l'ambition ni l'aveugle injuftice
N'ont fouillé de fes moeurs l'aimable pureté.
Mille petits oifeaux , animant leur ramage ,
De leurs tendres chanfons font retentir les airs .
Zéphir , leur répondant à travers le feuillage ,
Mêle fon fouffle à leurs concerts ,
Tout préſente en ces lieux une riante image,
Que j'aime à voir de ces ruiffeaux
Couler les ondes fugitives ,
Et les fleurs qui font fur leurs rives
Se multiplier dans les eaux !
96 MERCURE DE FRANCE.
Ici , quand la naiſſante aurore
Invite le Soleil à reprendre fon cours ,
J'efpere que le jour qui commence d'éclore ,
Sera le plus beau de mes jours,
Ah ! des douceurs de l'eſpérance
Si l'homme connoiffcit le prix ,]
Il n'auroit plus que du mépris
Pour cette courte & foible jouiſſance
Des biens dont fon coeur eſt épris.
Qui, l'efpoir des vrais biens, dont l'ame eft alterés
Semble préfager fa durée ,
Et juſques dans l'éternité
Etendre la félicité .
Par le même.
A Geneve , le 26 Septembre 1748.
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8
p. 30-33
EPITRE SUR LA POESIE, A M. d'Arnaud, Agent Littéraire de Sa Majesté Prussienne, & de S. A. S. le Duc de Wirtemberg.
Début :
D'Arnaud, vous le sçavez, on doit au Dieu des vers [...]
Mots clefs :
Art, Vers, Muses, Univers, Fleurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE SUR LA POESIE, A M. d'Arnaud, Agent Littéraire de Sa Majesté Prussienne, & de S. A. S. le Duc de Wirtemberg.
EPITRE
istsasas
SUR LA POESIE ,
AM. d'Arnaud , Agent Littéraire de Sa
Majefté Pruffienne , & de S. A. S. le
Duc de Wirtemberg.
D'Arnaud , vous le fçavez , on doit au Dieu des
vers
Les fublimes leçons que reçut l'Univers ,
Quand les Mufes jadis , dans de facrés Cantiques ,
Célébrerent de Dieu les oeuvres magnifiques.
Leurs fons , réuniffant les premiers Citoyens ,
De la focieté formerent les liens ;
Les tirant d'un état & honteux & fauvage ,
Des Sciences , des Arts leur apprirent Pufage
NOVEMBRE. 1749. 31
Combien de fois ,peignant les hauts faits des Héros,
Ont elles par leurs chants égalé leurs travaux ,
Et traçant às yeux leurs talens & leur gloire ,
Ónt- elles , en traits d'airain , illuftré leur mémoire
?
Un Philofophe obſcur , un fubtil Orateur ,
Peuvent - ils de leur vol atteindre la hauteur?
Comme elles, des vertus nous montrant la lumiere,
Peuvent ils du bonheur nous ouvrir la carriere ?
Hé ! que pourroit fur nous l'augufte vérité , ·
Si l'art n'adouciffoit fa trifte auſtérité ,
Et fi pour tempérer fa clarté refpectable ,
La Fable ne prêtoit fon voile favorable
Il faut que la raifon , à l'aide des beaux vers ,
Corrige en badinant nos bizarres travers ,
Et que gagnant l'efprit par cette adreffe utile ,
Jufqu'au coeur elle s'ouvre une route facile.
En vain pour m'éclairer , une froide raiſon
Veut aux régles d'Euclide affervir Apollon ;
La hauteur de fon vol ne fouffre point d'entraves ,
Et d'un ordre trop fec méprite les efclaves.
Sageffe ! à tes appas , dont iron coeur eſt épris ,
La vive Poëfie ajoute un nouveau prix .
Quand tu veux des mortels t'aflûrer la conquête ,
Ses plus brillantes fleurs embelliffent ta tête ,
Et pour mieux l'éclairer , lui prêtant ton flambeau
Ton éclat en paroît & plus vif & plus beau,
Tu fais éclore en nous , à l'aide de fes flâmes ,
Biiij
'32 MERCURE DEFRANCE.
Les femences du Beau que renfermoient nos
ames.
C'est ainsi que Davil , rempli d'un u divin ,
Chante de l'Et rnel-le pouvoir fouverain ,
Nous montre l'Univers lui rendant fes hommages,
Et le néant forcé d'enfanter des ouvrages.
Ranimant les humains de molleffe abbatus ,
Les Mufes dans leurs coeurs font germer les vertus;
Et leurs fublimes fons , en charmant les oreilles ,
De ce vafte Univers étalent les merveilles .
Leur vûe embraffe tout , leur vol audacieux
De ce fombre fejour s'élance jufqu'aux Cieux ,
Et dans des vers nombreux qu'enfante le Génie ,
Tout prend du fentiment , des graces , de la vie.
Dans les fertiles champs que leurs mains ont produits
,
>
Les Mufes font briller des fleurs comme des fruits,
Profcrivant des plaifirs la honteufe licence ,
Elles nous font aimer la paix & l'innocence .
Pour nous faire goûter leur utile leçon ,
Elles ont infpiré Greffet & Pavillon .
Sous un berceau de fleurs leur favori Voltaire , '
De leur art enchanteur inftruifit fa bergere.
Et vous , mon cher d'Arnaud , comblé de leurs
faveurs ,
Vous tenez de leurs dons Part de toucher les
coeurs ;
L'art de plaire en un mot ; art aimable & fublime,
NOVEMBRE. 1749 .
33
Dangereux quelquefois ..... ah ! que jamais le
crime ,
Mufes que je chéris , ne fouille vos accens !
Que l'aimable vertu foit l'ame de vos chants !
Rendez -lui dans vos vers un hommage fincére ,
Et que toujours votre art foit d'inftruire & de
plaire.
7. Baptifte Tollot.
A Genève le 26 Août 1749.
istsasas
SUR LA POESIE ,
AM. d'Arnaud , Agent Littéraire de Sa
Majefté Pruffienne , & de S. A. S. le
Duc de Wirtemberg.
D'Arnaud , vous le fçavez , on doit au Dieu des
vers
Les fublimes leçons que reçut l'Univers ,
Quand les Mufes jadis , dans de facrés Cantiques ,
Célébrerent de Dieu les oeuvres magnifiques.
Leurs fons , réuniffant les premiers Citoyens ,
De la focieté formerent les liens ;
Les tirant d'un état & honteux & fauvage ,
Des Sciences , des Arts leur apprirent Pufage
NOVEMBRE. 1749. 31
Combien de fois ,peignant les hauts faits des Héros,
Ont elles par leurs chants égalé leurs travaux ,
Et traçant às yeux leurs talens & leur gloire ,
Ónt- elles , en traits d'airain , illuftré leur mémoire
?
Un Philofophe obſcur , un fubtil Orateur ,
Peuvent - ils de leur vol atteindre la hauteur?
Comme elles, des vertus nous montrant la lumiere,
Peuvent ils du bonheur nous ouvrir la carriere ?
Hé ! que pourroit fur nous l'augufte vérité , ·
Si l'art n'adouciffoit fa trifte auſtérité ,
Et fi pour tempérer fa clarté refpectable ,
La Fable ne prêtoit fon voile favorable
Il faut que la raifon , à l'aide des beaux vers ,
Corrige en badinant nos bizarres travers ,
Et que gagnant l'efprit par cette adreffe utile ,
Jufqu'au coeur elle s'ouvre une route facile.
En vain pour m'éclairer , une froide raiſon
Veut aux régles d'Euclide affervir Apollon ;
La hauteur de fon vol ne fouffre point d'entraves ,
Et d'un ordre trop fec méprite les efclaves.
Sageffe ! à tes appas , dont iron coeur eſt épris ,
La vive Poëfie ajoute un nouveau prix .
Quand tu veux des mortels t'aflûrer la conquête ,
Ses plus brillantes fleurs embelliffent ta tête ,
Et pour mieux l'éclairer , lui prêtant ton flambeau
Ton éclat en paroît & plus vif & plus beau,
Tu fais éclore en nous , à l'aide de fes flâmes ,
Biiij
'32 MERCURE DEFRANCE.
Les femences du Beau que renfermoient nos
ames.
C'est ainsi que Davil , rempli d'un u divin ,
Chante de l'Et rnel-le pouvoir fouverain ,
Nous montre l'Univers lui rendant fes hommages,
Et le néant forcé d'enfanter des ouvrages.
Ranimant les humains de molleffe abbatus ,
Les Mufes dans leurs coeurs font germer les vertus;
Et leurs fublimes fons , en charmant les oreilles ,
De ce vafte Univers étalent les merveilles .
Leur vûe embraffe tout , leur vol audacieux
De ce fombre fejour s'élance jufqu'aux Cieux ,
Et dans des vers nombreux qu'enfante le Génie ,
Tout prend du fentiment , des graces , de la vie.
Dans les fertiles champs que leurs mains ont produits
,
>
Les Mufes font briller des fleurs comme des fruits,
Profcrivant des plaifirs la honteufe licence ,
Elles nous font aimer la paix & l'innocence .
Pour nous faire goûter leur utile leçon ,
Elles ont infpiré Greffet & Pavillon .
Sous un berceau de fleurs leur favori Voltaire , '
De leur art enchanteur inftruifit fa bergere.
Et vous , mon cher d'Arnaud , comblé de leurs
faveurs ,
Vous tenez de leurs dons Part de toucher les
coeurs ;
L'art de plaire en un mot ; art aimable & fublime,
NOVEMBRE. 1749 .
33
Dangereux quelquefois ..... ah ! que jamais le
crime ,
Mufes que je chéris , ne fouille vos accens !
Que l'aimable vertu foit l'ame de vos chants !
Rendez -lui dans vos vers un hommage fincére ,
Et que toujours votre art foit d'inftruire & de
plaire.
7. Baptifte Tollot.
A Genève le 26 Août 1749.
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9
p. 71-77
LETTRE Au sujet du Discours de M. J. J. ROUSSEAU de Genève, sur l'origine & les fondemens de l'inégalité parmi les Hommes.
Début :
Je viens, Monsieur, de lire le Discours de M. JEAN-JACQUES ROUSSEAU de [...]
Mots clefs :
Rousseau, Société, Inégalité, Idées, Dieu, Discours, Hommes, Homme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE Au sujet du Discours de M. J. J. ROUSSEAU de Genève, sur l'origine & les fondemens de l'inégalité parmi les Hommes.
LETTRE
Au fujet du Difcours de M. J. J.
ROUSSEAU de Genève , fur l'origine
& les fondemens de l'inégalité parmi les
Hommes.
E viens , Monfieur , de lire le Difcours
JEde M. JEAN - JACQUES ROUSSEAU de
Genève , fur l'origine & les fondemens de
l'inégalité parmi les hommes . J'ai admiré le
coloris de cet étrange tableau ; mais je n'ai
pu en admirer de même le deffein & la
repréſentation . Je fais grand cas du mérite
& des talens de M. ROUSSEAU , & je félicite
Genève qui eft auffi ma patrie, de le compter
parmi les hommes célebres aufquels elle a
donné le jour : mais je regrette qu'il ait
adopté des idées qui me paroiffent fi oppofées
au vrai , & fi peu propres à faire des
heureux .
On écrira fans doute beaucoup contre
ce nouveau Difcours , comme on a beaucoup
écrit contre celui qui a remporté le
72 MERCURE DE FRANCE.
Prix de l'Académie de Dijon : & parce
qu'on a beaucoup écrit & qu'on écrira
beaucoup encore contre M. ROUSSEAU , on
lui rendra plus cher un paradoxe qu'il n'a
que trop careffé . Pour moi , qui n'ai nulle
envie de faire un livre contre M. Rous-
SEAU , & qui fuis très- convaincu que la
difpute eft de tous les moyens celui qui
peut le moins fur ce génie hardi & indépendant
, je me borne à lui propofer d'approfondir
un raifonnement tout fimple , &
qui me femble renfermer ce qu'il y a de
plus effentiel dans la queftion.
Voici ce raifonnement.
Tout ce qui réfulte immédiatement des
facultés de l'homme ne doit- il pas être dit
réfulter de fa nature ? Or , je crois que l'on
démontre fort bien que l'état de fociété réfulte
immédiatement des facultés de l'homme
je n'en veux point alléguer d'autres
preuves à notre fçavant, Auteur que fes
propres idées fur l'établiffement des fociétés
; idées ingénieufes & qu'il a fi élégamment
exprimées dans la feconde partie de
fon Difcours. Si donc l'état de fociété découle
des facultés de l'homme , il eft naturel
à l'homme. Il feroit donc auffi déraifonnable
de fe plaindre de ce que ces facultés
en fe développant ont donné naiſſance
à cet état , qu'il le feroit de fe plaindre de
OCTOBRE . 1755 . 73
ce que Dieu a donné à l'homme de telles
facultés.
L'homme eft tel que l'exigeoit la place
qu'il devoit occuper dans l'Univers . Il у
falloit apparemment des hommes qui bâtiffent
des villes , comme il y falloit des
caftors qui conftruififfent des cabannes. -
Cette perfectibilité dans laquelle M. Rous-
SEAU fait conſiſter le caractere qui diftingue
éternellement l'homme de la brute, devoit
du propre aveu de l'Auteur , conduire
l'homme au point où nous le voyons aujourd'hui.
Vouloir que cela ne fut point ,
ce feroit vouloir que l'homme ne fut point
homme. L'aigle qui fe perd dans la nue ,
rampera- t-il dans la pouffiere comme le
ferpent ?
L'HommeSauvage de M. ROUSSEAU , cet
homme qu'il chérit avec tant de complaifance
, n'eft point du tout l'homme que DIEU a
voulu faire mais DIEU a fait des Orangoutangs
& des finges qui ne font pas hommes.
:
Quand donc M. ROUSSEAU déclame
avec tant de véhémence & d'obftination
contre l'état de fociété , il s'éleve fans y
penfer contre la vOLONTÉ de CELUI qui a
fait l'homme , & qui a ordonné cet étar.
Les faits font- ils autre chofe que l'expreffion
de cette VOLONTÉ ADORABLE ?
Lorfqu'avec le pinceau d'un LE BRUN ,
D
74
MERCURE DE FRANCE.
l'Auteur trace à nos yeux
l'effroyable peinture
des maux que l'Etat civil a enfantés ,
il oublie que la planette où l'on voit ces
chofes , fait partie d'un Tout immenſe qué
nous ne connoiffons point ; mais que nous
fçavons être l'ouvrage d'une SAGESSE
PARFAITE.
Aini , reconçons pour toujours à la chimérique
entrepriſe de prouver que l'homme
feroit mieux s'il étoit autrement : l'abeille
qui conftruit des cellules fi régulieres
voudra-t-elle juger de la façade du
Louvre ? Au nom du Bon- fens & de la
Raifon , prenons l'homme tel qu'il eft ,
avec toutes fes dépendances : laiffons aller
le monde comme il va ; & foyons fûrs qu'il
va auffi bien qu'il pouvoit aller.
S'il s'agiffoit de juftifier la PROVIDENCE
aux yeux des hommes , Leibnits & Pope
l'ont fait ; & les ouvrages immortels de
ces génies fublimes font des monumens
élevés à la gloire de la Raifon. Le Difcours
de M. ROUSSEAU eft un monument
élevé à l'efprit , mais à l'efprit chagrin &
mécontent de lui- même & des autres .
Lorfque notre Philofophe voudra confacrer
fes lumieres & fes talens à nous découvrir
les origines des chofes , à nous
montrer les développemens plus ou moins
lents des biens & des maux ; en un mot
OCTOBRE. 1755. 75
à fuivre l'humanité dans la courbe tortueufe
qu'elle décrit ; les tentatives de ce
génie original & fécond , pourront nous
valoir des connoiffances précieufes fur ces
fujets intéreffans. Nous nous emprefferons
alors à recueillir ces connoiffances , & à
offrir à l'Auteur le tribut de reconnoiffance
& d'éloges qu'elles lui auront mérité ,
& qui n'aura pas été , je m'affure , la
principale fin de fes recherches .
Il y a lieu , Monfieur , de s'étonner , &
je m'en étonnerois davantage , fi j'avois
moins été appellé à réfléchir fur les fources
de la diverfité des opinions des hommes
; il y a , dis- je , lieu de s'étonner qu'un
écrivain qui a fi bien connu les avantages
d'un bon gouvernement , & qui les a fi
bien peints dans fa belle dédicace à notre
République , où il a cru voir tous ces
avantages réunis , les ait fi- tôt & fi parfaitement
perdus de vûe dans fon Difcours.
On fait des efforts inutiles pour fe perfuader
qu'un écrivain qui feroit , fans doute,
fâché que l'on ne le crut pas judicieux
préférât férieufement d'aller paffer fa vie
dans les bois , fi fa fanté le lui permettoit ,
à vivre au milieu de concitoyens chéris &
dignes de l'être. Eut-on jamais préfumé
qu'un écrivain qui penfe avanceroit dans
un fiécle tel que le nôtre cet étrange para-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
doxe qui tenferme feul une fi grande foule
d'incontéquences , pour ne rien dire de
plus fou ? Si la nature reus a destinés à être
fainis , jaje presque affurer que l'état de
reqion est un état contre nature , త que
l'hom qui medite if an animal dépravé.
22 .
Janué en
commençant cette
Icture ; non deffein n'eft point de prouver
à Monfieur ROUSSEAU par des argumens
, qu'allez d'autres feront fans moi ,
& qu'il feroit peur être mieux que l'on ne
fit point , la fupériorité de l'état du Citoyen
fur l'état de l'homme fauvage ; qui eût
jamais imaginé que cela feroit mis en
queftion ! mon but eft uniquement d'ef-
Layer de faire fentir à notre Auteur combien
fes plaintes continuelles font fuper-
Alues & déplacées : & combien il eſt évident
que la focieté entroit dans la deftination
de notre être.
J'ai parlé à M. ROUSSEAU avec toute la
franchife que la relation de compatriote
authorife. J'ai une fi grande idée des qualités
de fon coeur , que je n'ai pas fongé
un inftant qu'il put ne pas prendre en bonne
part ces réflexions . L'amour feul de la
vérité me les a dictées . Si pourtant en les
faifant , il m'étoit échappé quelque chofe
qui pût déplaire à M. ROUSSEAU , je le
OCTOBRE. 1755 . 77
prie de me le pardonner , & d'être perfuadé
de la pureté de mes intentions .
Je ne dis plus qu'un mot ; c'eft fur la
pitié , cette vertu fi célébrée par notre Auteur
, & qui fut felon lui , le plus bel appade
l'homme dans l'enfance du monde.
Je prie M. ROUSSEAU de vouloir bien
réfléchir fur les queftions fuivantes .
nage
Un homme , ou tout autre être fenfible ,
qui n'auroit jamais connu la douleur ,
auroit il de la pitié , & feroit- il ému à la
vue d'un enfant qu'on égorgeroit ?
Pourquoi la populace , à qui M. Rous-
SEAU accorde une fi grande dofe de pitié ,
fe repaît-elle avec tant d'avidité du fpectacle
d'un malheureux expirant fur la roue ?
ha-
L'affection que les femelles des animaux
témoignent pour leurs petits , a -t- elle ces
petits pour objet , ou la mere ? Si par
fard c'étoit celle - ci , le bien être des petits
n'en auroit été que mieux affuré.
J'ai l'honneur d'être , & c.
PHILOPOLIS , Citoyen de Genève.
A Genève , le 25 Août 1755 .
Au fujet du Difcours de M. J. J.
ROUSSEAU de Genève , fur l'origine
& les fondemens de l'inégalité parmi les
Hommes.
E viens , Monfieur , de lire le Difcours
JEde M. JEAN - JACQUES ROUSSEAU de
Genève , fur l'origine & les fondemens de
l'inégalité parmi les hommes . J'ai admiré le
coloris de cet étrange tableau ; mais je n'ai
pu en admirer de même le deffein & la
repréſentation . Je fais grand cas du mérite
& des talens de M. ROUSSEAU , & je félicite
Genève qui eft auffi ma patrie, de le compter
parmi les hommes célebres aufquels elle a
donné le jour : mais je regrette qu'il ait
adopté des idées qui me paroiffent fi oppofées
au vrai , & fi peu propres à faire des
heureux .
On écrira fans doute beaucoup contre
ce nouveau Difcours , comme on a beaucoup
écrit contre celui qui a remporté le
72 MERCURE DE FRANCE.
Prix de l'Académie de Dijon : & parce
qu'on a beaucoup écrit & qu'on écrira
beaucoup encore contre M. ROUSSEAU , on
lui rendra plus cher un paradoxe qu'il n'a
que trop careffé . Pour moi , qui n'ai nulle
envie de faire un livre contre M. Rous-
SEAU , & qui fuis très- convaincu que la
difpute eft de tous les moyens celui qui
peut le moins fur ce génie hardi & indépendant
, je me borne à lui propofer d'approfondir
un raifonnement tout fimple , &
qui me femble renfermer ce qu'il y a de
plus effentiel dans la queftion.
Voici ce raifonnement.
Tout ce qui réfulte immédiatement des
facultés de l'homme ne doit- il pas être dit
réfulter de fa nature ? Or , je crois que l'on
démontre fort bien que l'état de fociété réfulte
immédiatement des facultés de l'homme
je n'en veux point alléguer d'autres
preuves à notre fçavant, Auteur que fes
propres idées fur l'établiffement des fociétés
; idées ingénieufes & qu'il a fi élégamment
exprimées dans la feconde partie de
fon Difcours. Si donc l'état de fociété découle
des facultés de l'homme , il eft naturel
à l'homme. Il feroit donc auffi déraifonnable
de fe plaindre de ce que ces facultés
en fe développant ont donné naiſſance
à cet état , qu'il le feroit de fe plaindre de
OCTOBRE . 1755 . 73
ce que Dieu a donné à l'homme de telles
facultés.
L'homme eft tel que l'exigeoit la place
qu'il devoit occuper dans l'Univers . Il у
falloit apparemment des hommes qui bâtiffent
des villes , comme il y falloit des
caftors qui conftruififfent des cabannes. -
Cette perfectibilité dans laquelle M. Rous-
SEAU fait conſiſter le caractere qui diftingue
éternellement l'homme de la brute, devoit
du propre aveu de l'Auteur , conduire
l'homme au point où nous le voyons aujourd'hui.
Vouloir que cela ne fut point ,
ce feroit vouloir que l'homme ne fut point
homme. L'aigle qui fe perd dans la nue ,
rampera- t-il dans la pouffiere comme le
ferpent ?
L'HommeSauvage de M. ROUSSEAU , cet
homme qu'il chérit avec tant de complaifance
, n'eft point du tout l'homme que DIEU a
voulu faire mais DIEU a fait des Orangoutangs
& des finges qui ne font pas hommes.
:
Quand donc M. ROUSSEAU déclame
avec tant de véhémence & d'obftination
contre l'état de fociété , il s'éleve fans y
penfer contre la vOLONTÉ de CELUI qui a
fait l'homme , & qui a ordonné cet étar.
Les faits font- ils autre chofe que l'expreffion
de cette VOLONTÉ ADORABLE ?
Lorfqu'avec le pinceau d'un LE BRUN ,
D
74
MERCURE DE FRANCE.
l'Auteur trace à nos yeux
l'effroyable peinture
des maux que l'Etat civil a enfantés ,
il oublie que la planette où l'on voit ces
chofes , fait partie d'un Tout immenſe qué
nous ne connoiffons point ; mais que nous
fçavons être l'ouvrage d'une SAGESSE
PARFAITE.
Aini , reconçons pour toujours à la chimérique
entrepriſe de prouver que l'homme
feroit mieux s'il étoit autrement : l'abeille
qui conftruit des cellules fi régulieres
voudra-t-elle juger de la façade du
Louvre ? Au nom du Bon- fens & de la
Raifon , prenons l'homme tel qu'il eft ,
avec toutes fes dépendances : laiffons aller
le monde comme il va ; & foyons fûrs qu'il
va auffi bien qu'il pouvoit aller.
S'il s'agiffoit de juftifier la PROVIDENCE
aux yeux des hommes , Leibnits & Pope
l'ont fait ; & les ouvrages immortels de
ces génies fublimes font des monumens
élevés à la gloire de la Raifon. Le Difcours
de M. ROUSSEAU eft un monument
élevé à l'efprit , mais à l'efprit chagrin &
mécontent de lui- même & des autres .
Lorfque notre Philofophe voudra confacrer
fes lumieres & fes talens à nous découvrir
les origines des chofes , à nous
montrer les développemens plus ou moins
lents des biens & des maux ; en un mot
OCTOBRE. 1755. 75
à fuivre l'humanité dans la courbe tortueufe
qu'elle décrit ; les tentatives de ce
génie original & fécond , pourront nous
valoir des connoiffances précieufes fur ces
fujets intéreffans. Nous nous emprefferons
alors à recueillir ces connoiffances , & à
offrir à l'Auteur le tribut de reconnoiffance
& d'éloges qu'elles lui auront mérité ,
& qui n'aura pas été , je m'affure , la
principale fin de fes recherches .
Il y a lieu , Monfieur , de s'étonner , &
je m'en étonnerois davantage , fi j'avois
moins été appellé à réfléchir fur les fources
de la diverfité des opinions des hommes
; il y a , dis- je , lieu de s'étonner qu'un
écrivain qui a fi bien connu les avantages
d'un bon gouvernement , & qui les a fi
bien peints dans fa belle dédicace à notre
République , où il a cru voir tous ces
avantages réunis , les ait fi- tôt & fi parfaitement
perdus de vûe dans fon Difcours.
On fait des efforts inutiles pour fe perfuader
qu'un écrivain qui feroit , fans doute,
fâché que l'on ne le crut pas judicieux
préférât férieufement d'aller paffer fa vie
dans les bois , fi fa fanté le lui permettoit ,
à vivre au milieu de concitoyens chéris &
dignes de l'être. Eut-on jamais préfumé
qu'un écrivain qui penfe avanceroit dans
un fiécle tel que le nôtre cet étrange para-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
doxe qui tenferme feul une fi grande foule
d'incontéquences , pour ne rien dire de
plus fou ? Si la nature reus a destinés à être
fainis , jaje presque affurer que l'état de
reqion est un état contre nature , త que
l'hom qui medite if an animal dépravé.
22 .
Janué en
commençant cette
Icture ; non deffein n'eft point de prouver
à Monfieur ROUSSEAU par des argumens
, qu'allez d'autres feront fans moi ,
& qu'il feroit peur être mieux que l'on ne
fit point , la fupériorité de l'état du Citoyen
fur l'état de l'homme fauvage ; qui eût
jamais imaginé que cela feroit mis en
queftion ! mon but eft uniquement d'ef-
Layer de faire fentir à notre Auteur combien
fes plaintes continuelles font fuper-
Alues & déplacées : & combien il eſt évident
que la focieté entroit dans la deftination
de notre être.
J'ai parlé à M. ROUSSEAU avec toute la
franchife que la relation de compatriote
authorife. J'ai une fi grande idée des qualités
de fon coeur , que je n'ai pas fongé
un inftant qu'il put ne pas prendre en bonne
part ces réflexions . L'amour feul de la
vérité me les a dictées . Si pourtant en les
faifant , il m'étoit échappé quelque chofe
qui pût déplaire à M. ROUSSEAU , je le
OCTOBRE. 1755 . 77
prie de me le pardonner , & d'être perfuadé
de la pureté de mes intentions .
Je ne dis plus qu'un mot ; c'eft fur la
pitié , cette vertu fi célébrée par notre Auteur
, & qui fut felon lui , le plus bel appade
l'homme dans l'enfance du monde.
Je prie M. ROUSSEAU de vouloir bien
réfléchir fur les queftions fuivantes .
nage
Un homme , ou tout autre être fenfible ,
qui n'auroit jamais connu la douleur ,
auroit il de la pitié , & feroit- il ému à la
vue d'un enfant qu'on égorgeroit ?
Pourquoi la populace , à qui M. Rous-
SEAU accorde une fi grande dofe de pitié ,
fe repaît-elle avec tant d'avidité du fpectacle
d'un malheureux expirant fur la roue ?
ha-
L'affection que les femelles des animaux
témoignent pour leurs petits , a -t- elle ces
petits pour objet , ou la mere ? Si par
fard c'étoit celle - ci , le bien être des petits
n'en auroit été que mieux affuré.
J'ai l'honneur d'être , & c.
PHILOPOLIS , Citoyen de Genève.
A Genève , le 25 Août 1755 .
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Résumé : LETTRE Au sujet du Discours de M. J. J. ROUSSEAU de Genève, sur l'origine & les fondemens de l'inégalité parmi les Hommes.
Dans une lettre signée Philopolis, citoyen de Genève, publiée dans le Mercure de France en octobre 1755, l'auteur critique le 'Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes' de Jean-Jacques Rousseau. Philopolis admire le style de Rousseau mais rejette ses idées, les jugeant contraires à la vérité et nuisibles au bonheur. Il prédit que le discours suscitera des controverses. Selon Philopolis, la société, née des facultés humaines, est naturelle et critiquer la société revient à critiquer la volonté divine. Rousseau idéalise un 'homme sauvage' que Philopolis considère comme inexistant. Il prône l'acceptation de l'homme tel qu'il est et reconnaît la sagesse divine dans l'ordre du monde. Philopolis compare les critiques de Rousseau à une entreprise chimérique et cite les œuvres de Leibniz et Pope pour justifier la providence. Il s'étonne des contradictions entre les idées de Rousseau sur le gouvernement et celles de son discours, doutant que Rousseau préfère réellement une vie solitaire aux avantages de la société. La lettre pose également des questions sur la pitié, une vertu célébrée par Rousseau, et se termine par des formules de politesse, datées du 25 août 1755.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 249-250
EPITRE de M. de Voltaire à M. des Mabys, aux Délices, 24 Juillet.
Début :
Vous ne comptez pas trente hyvers : [...]
Mots clefs :
Voltaire, M. des Mabys, Épître, Port-Mahon, Victoire, Mémoire, Exploits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE de M. de Voltaire à M. des Mabys, aux Délices, 24 Juillet.
EPITRE de M. de Voltaire à M. des Mabys
, aux Delices , 24 Juillet.
1
Vous ne comptez pas trente hyvers :
Les graces font votre partage ;
Elles ont dicté vos beaux vers ;
Mais je ne fçais par quel travers
Vous vous proposez d'être fage.
C'eſt un mal qui prend à mon âge ,
Quand le reffort des paffions ,
Quand de l'amour la main divine ,
Quand les belles tentations
Ne foutiennent plus la machine.
Trop tôt vous vous défefpérez ;
Croyez- moi , la raiſon févere
Qui trompe vos fens égarés ,
N'eſt qu'une attaque paffagere.
Vous êtes jeune & fait pour plaire,
Soyez fûr que vous guérirez :
Je vous en dirois d'avantage
Contre ce mal de la raifon
Que je hais d'un fi bon courage ;
Mais je médite un gros Ouvrage
Pour le Vainqueur de Port-Mahon.
Je veux peindre à ma Nation
Ce jour d'éternelle mémoire.
Je dirai , moi , qui fçais l'histoire ,
Qu'un géant nommé Gérion
Fut pris autrefois par Alcide
250 MERCURE DE FRANCE.
Dans la même Iſle , au même lieu ,
Où notre brillant Richelieu
A vaincu l'Anglois intrépide
Je dirai qu'ainfi que Paphos
Minorque à Vénus fut foumife :
Vous voyez bien que mon Héros
Avoit double droit à ſa priſe.
Je fuis Prophète quelquefois.
J'ai prédit fes heureux exploits ,
Malgré l'envie & la critique ;
Et l'on prétend que je lui dois
Encor une Ode pindarique.
Mais les Odes ont peu d'appas
Pour les Guerriers & pour moi- mêmé ;
Et je conviens qu'il ne faut pas
Ennuyer les Héros qu'on aime .
, aux Delices , 24 Juillet.
1
Vous ne comptez pas trente hyvers :
Les graces font votre partage ;
Elles ont dicté vos beaux vers ;
Mais je ne fçais par quel travers
Vous vous proposez d'être fage.
C'eſt un mal qui prend à mon âge ,
Quand le reffort des paffions ,
Quand de l'amour la main divine ,
Quand les belles tentations
Ne foutiennent plus la machine.
Trop tôt vous vous défefpérez ;
Croyez- moi , la raiſon févere
Qui trompe vos fens égarés ,
N'eſt qu'une attaque paffagere.
Vous êtes jeune & fait pour plaire,
Soyez fûr que vous guérirez :
Je vous en dirois d'avantage
Contre ce mal de la raifon
Que je hais d'un fi bon courage ;
Mais je médite un gros Ouvrage
Pour le Vainqueur de Port-Mahon.
Je veux peindre à ma Nation
Ce jour d'éternelle mémoire.
Je dirai , moi , qui fçais l'histoire ,
Qu'un géant nommé Gérion
Fut pris autrefois par Alcide
250 MERCURE DE FRANCE.
Dans la même Iſle , au même lieu ,
Où notre brillant Richelieu
A vaincu l'Anglois intrépide
Je dirai qu'ainfi que Paphos
Minorque à Vénus fut foumife :
Vous voyez bien que mon Héros
Avoit double droit à ſa priſe.
Je fuis Prophète quelquefois.
J'ai prédit fes heureux exploits ,
Malgré l'envie & la critique ;
Et l'on prétend que je lui dois
Encor une Ode pindarique.
Mais les Odes ont peu d'appas
Pour les Guerriers & pour moi- mêmé ;
Et je conviens qu'il ne faut pas
Ennuyer les Héros qu'on aime .
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Résumé : EPITRE de M. de Voltaire à M. des Mabys, aux Délices, 24 Juillet.
Dans une épître datée du 24 juillet, Voltaire s'adresse à M. des Mabys pour discuter de la jeunesse et de la sagesse. Il conseille à ce jeune homme de ne pas rejeter trop tôt les plaisirs de la jeunesse, bien que la raison puisse sembler sévère, il la considère comme une phase passagère. Voltaire mentionne son projet d'écrire un ouvrage sur le vainqueur de Port-Mahon, qu'il compare au duc de Richelieu, le décrivant comme Hercule capturant Gérion. Il prédit les futurs exploits de Richelieu et évoque une ode pindarique qu'il lui doit encore. Cependant, il reconnaît que les odes peuvent être ennuyeuses, tant pour les guerriers que pour lui-même.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 207
AVERTISSEMENT DE M. DE VOLTAIRE.
Début :
Je suis obligé d'avertir tous ceux qui ont souscrit pour les Œuvres du Grand Corneille, que j'ai [...]
Mots clefs :
Avertissement, Tragédies, Ouvrages, Comédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT DE M. DE VOLTAIRE.
AVERTISSEMENT DE M. DE VOLTAIRE .
J. fuis obligé d'avertir tous ceux qui ont foufcrit
pour les OEuvres du Grand Corneille , que j'ai
rempli toute la tâche que je m'étois impofée ; que
toutes les Tragédies , ainfi que l'Arianne , & le
Comte d'Effex , de Thomas , fon frère , font imprimées
avec un Commentaire ; que ceux qui
voudront ou foufcrire , ou demander des éclaircillemens
, peuvent s'adreffer au fieur Cramer ,
Libraire à Genève.
Je faifis cette occafion pour faire fçavoir qu'on
débite continuellement à Paris , fous mon nom ,
plufieurs Ouvrages , dont , non-feulement je ne
fuis point l'Auteur , mais que même je n'ai jamais
vus.
;
J'avertis auffi qu'une Comédie , intitulée le
Droit du Seigneur , qu'on débite depuis quelques
jours , n'eft point telle que je l'ai faite qu'elle
eft entiérement défigurée ; que je n'ai fait préſent
de mes Ouvrages qu'au fieur Cramer, & qu'on ne
doit regarder comme mes Ouvrages , aucun de
ceux qui ne font pas de fon Imprimerie.
A Genève, 23 Aoust 1763 , Signé VOLTAIRE,
J. fuis obligé d'avertir tous ceux qui ont foufcrit
pour les OEuvres du Grand Corneille , que j'ai
rempli toute la tâche que je m'étois impofée ; que
toutes les Tragédies , ainfi que l'Arianne , & le
Comte d'Effex , de Thomas , fon frère , font imprimées
avec un Commentaire ; que ceux qui
voudront ou foufcrire , ou demander des éclaircillemens
, peuvent s'adreffer au fieur Cramer ,
Libraire à Genève.
Je faifis cette occafion pour faire fçavoir qu'on
débite continuellement à Paris , fous mon nom ,
plufieurs Ouvrages , dont , non-feulement je ne
fuis point l'Auteur , mais que même je n'ai jamais
vus.
;
J'avertis auffi qu'une Comédie , intitulée le
Droit du Seigneur , qu'on débite depuis quelques
jours , n'eft point telle que je l'ai faite qu'elle
eft entiérement défigurée ; que je n'ai fait préſent
de mes Ouvrages qu'au fieur Cramer, & qu'on ne
doit regarder comme mes Ouvrages , aucun de
ceux qui ne font pas de fon Imprimerie.
A Genève, 23 Aoust 1763 , Signé VOLTAIRE,
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12
p. 11-13
PREMIERE lettre de M. le Pasteur VERNES à M. J. J. ROUSSEAU.
Début :
MONSIEUR, On a imprimé une lettre signée Rousseau, dans laquelle [...]
Mots clefs :
Lettre, Brochure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PREMIERE lettre de M. le Pasteur VERNES à M. J. J. ROUSSEAU.
PREMIERE lettre de M. le Pafteur VER
NES à M. J. J. ROUSSEAU.
MONSIE ONSIEUR ,
On a imprimé une lettre fignée Rouf
feau , dans laquelle on me fomme en
quelque manière , de dire publiquement
A vi
32 MERCURE DE FRANCE.
fi je fuis l'auteur d'une brochure intitulée ,
Sentimens des Citoyens : quoique je doute
fort que cette lettre foit de vous , Monfieur
, je fuis cependant tellement indigné
du foupçon même qu'il paroît qu'ont quelques
perfonnes , relativement au libelle
dont il y eft queftion , que j'ai cru devoir
vous déclarer que non- feulement je n'ai
aucune part à cette infame brochure , mais
que j'ai par tout témoigné l'horreur qu'elle
ne peut qu'infpirer à tout honnête homme.
Quoique vous m'ayez dit des injures dans
vos lettres écrites de la Montagne parce que
je vous ai dit fans aigreur & fans fiel. que
je ne pense pas comme vous fur le chriftianifme
, je me garderai bien de m'avilir
réellement par une vengeance auffi baſſe
qué celle dont des gens , qui ne me connoiffent
pas fans doute , ont pu me croire
capable. J'ai fatisfait à ma confcience en
foutenant la caufe de l'évangile , qui m'a
paru attaqué dans quelques - uns de vos
ouvrages ; j'attendois une réponſe qui fût
digne de vous , & je me fuis contenté de
dire , en vous lifant , je ne reconnois pas- là
M. Rouffeau. Voilà , Monfieur , ce que
j'ai cru devoir vous déclarer ; & pour vous
épargner dans la fuite de nouvelles lettres
de ma part , s'il paroît quelque ouvrage
JUILLET 1765. 13
anonyme où il y ait de l'humeur , de la
bile , de la méchanceté , je vous préviens
pas là mon cachet.
que ce n'eft
J'ai l'honneur d'être ,
MONSIEUR ,
Votre très-humble & très-obéiffant
ferviteur , J. VERNES.
Genève , le 2 de Février 1765 .
NES à M. J. J. ROUSSEAU.
MONSIE ONSIEUR ,
On a imprimé une lettre fignée Rouf
feau , dans laquelle on me fomme en
quelque manière , de dire publiquement
A vi
32 MERCURE DE FRANCE.
fi je fuis l'auteur d'une brochure intitulée ,
Sentimens des Citoyens : quoique je doute
fort que cette lettre foit de vous , Monfieur
, je fuis cependant tellement indigné
du foupçon même qu'il paroît qu'ont quelques
perfonnes , relativement au libelle
dont il y eft queftion , que j'ai cru devoir
vous déclarer que non- feulement je n'ai
aucune part à cette infame brochure , mais
que j'ai par tout témoigné l'horreur qu'elle
ne peut qu'infpirer à tout honnête homme.
Quoique vous m'ayez dit des injures dans
vos lettres écrites de la Montagne parce que
je vous ai dit fans aigreur & fans fiel. que
je ne pense pas comme vous fur le chriftianifme
, je me garderai bien de m'avilir
réellement par une vengeance auffi baſſe
qué celle dont des gens , qui ne me connoiffent
pas fans doute , ont pu me croire
capable. J'ai fatisfait à ma confcience en
foutenant la caufe de l'évangile , qui m'a
paru attaqué dans quelques - uns de vos
ouvrages ; j'attendois une réponſe qui fût
digne de vous , & je me fuis contenté de
dire , en vous lifant , je ne reconnois pas- là
M. Rouffeau. Voilà , Monfieur , ce que
j'ai cru devoir vous déclarer ; & pour vous
épargner dans la fuite de nouvelles lettres
de ma part , s'il paroît quelque ouvrage
JUILLET 1765. 13
anonyme où il y ait de l'humeur , de la
bile , de la méchanceté , je vous préviens
pas là mon cachet.
que ce n'eft
J'ai l'honneur d'être ,
MONSIEUR ,
Votre très-humble & très-obéiffant
ferviteur , J. VERNES.
Genève , le 2 de Février 1765 .
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13
p. 14-15
SECONDE lettre de M. le Pasteur VERNES.
Début :
J'AVOUE, Monsieur, que je ne reviens point de ma surprise. Quoi ! vous êtes [...]
Mots clefs :
Lettre, Désaveu, Honneur, Estime
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECONDE lettre de M. le Pasteur VERNES.
SECONDE lettre de M. le Paſteur
VERNES.
J'AVOUE , Monfieur , que je ne reviens
point de ma furprife. Quoi vous êtes
réellement l'auteur de la lettre qui précéde
le libelle , & des notes qui l'accompagnent
? Quoi ! c'eft vous de qui j'ai été
particuliérement connu , & qui m'alfurâtes
fi fouvent de toute votre eftime , c'eſt vous
qui non - feulement m'avez foupçonné
capable de l'action la plus baffe , mais qui
avez fait imprimer cet odieux foupçon !
C'est vous qui n'avez point craint de me
diffamer dans les pays étrangers , & , s'il
eût été poffible , aux yeux de mes concitoyens
, dont vous favez combien l'eftime
doit m'être précieufe ! Et vous me dites ,
après cela , avec la froideur d'un homme
qui auroit fait l'action la plus indifférente ,
j'ai écrit à Paris pour que l'on yfupprimât
l'édition que j'y ai fait faire de cette pièce.
Si je puis contribuer en quelque autre manière
à conftater votre défaveu , vous n'avez
qu'à ordonner. Vous parlez fans doute ,
Monfieur , d'une feconde édition , car la
première eft épuifée . Et par rapport au
JUILLET 1765.
défaveu , ce n'eſt pas le mien qu'il s'agit
de conftater ; je l'ai rendu public , comme
vous m'y invitiez dans votre lettre au Libraire
de Paris : j'ai fait imprimer celle
que j'ai eu l'honneur de vous écrire. Mon
devoir eft rempli ; c'eſt à vous maintenant
à voir quel eft le vôtre : vous devriez regarder
comme une injure fi je vous indiquois
ce qu'en pareil cas feroit un honnête
homme. Je n'exige rien de vous , Monfieur
,fi vous n'en exigez rien vous-même.
J'ai l'honneur d'être , & c,
Genève , le 8 de Février 176 5.
VERNES.
J'AVOUE , Monfieur , que je ne reviens
point de ma furprife. Quoi vous êtes
réellement l'auteur de la lettre qui précéde
le libelle , & des notes qui l'accompagnent
? Quoi ! c'eft vous de qui j'ai été
particuliérement connu , & qui m'alfurâtes
fi fouvent de toute votre eftime , c'eſt vous
qui non - feulement m'avez foupçonné
capable de l'action la plus baffe , mais qui
avez fait imprimer cet odieux foupçon !
C'est vous qui n'avez point craint de me
diffamer dans les pays étrangers , & , s'il
eût été poffible , aux yeux de mes concitoyens
, dont vous favez combien l'eftime
doit m'être précieufe ! Et vous me dites ,
après cela , avec la froideur d'un homme
qui auroit fait l'action la plus indifférente ,
j'ai écrit à Paris pour que l'on yfupprimât
l'édition que j'y ai fait faire de cette pièce.
Si je puis contribuer en quelque autre manière
à conftater votre défaveu , vous n'avez
qu'à ordonner. Vous parlez fans doute ,
Monfieur , d'une feconde édition , car la
première eft épuifée . Et par rapport au
JUILLET 1765.
défaveu , ce n'eſt pas le mien qu'il s'agit
de conftater ; je l'ai rendu public , comme
vous m'y invitiez dans votre lettre au Libraire
de Paris : j'ai fait imprimer celle
que j'ai eu l'honneur de vous écrire. Mon
devoir eft rempli ; c'eſt à vous maintenant
à voir quel eft le vôtre : vous devriez regarder
comme une injure fi je vous indiquois
ce qu'en pareil cas feroit un honnête
homme. Je n'exige rien de vous , Monfieur
,fi vous n'en exigez rien vous-même.
J'ai l'honneur d'être , & c,
Genève , le 8 de Février 176 5.
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14
p. 16-17
TROISIEME lettre de M. le Pasteur VERNES.
Début :
Je terminerois volontiers une correspondance qui n'est pas plus de mon goût que [...]
Mots clefs :
Honneur, Correspondance, Tour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TROISIEME lettre de M. le Pasteur VERNES.
TROISIEME lettre de M. le Pafteur
VERNES.
JE terminerois volontiers une correfpondance
qui n'eft pas plus de mon goût que
du vôtre, fi vous ne m'aviez pas mis dans
l'impoffibilité de garder le filence. Le tour
que vous avez pris pour ne pas donner
une déclaration qui me paroiffoit un fimple
acte de juftice la plus étroite , & que
par- là même je ne croyois pas devoir exiger
de vous ; ce tour , dis -je , eft fans doute
fufceptible d'un grand nombre d'explications
: mais il en eft une qui touche trop
à mon honneur pour que je ne doive pas
vous demander de me déclarer pofitivement
fi vous foupçonneriez encore que je
fois l'auteur du libelle , malgré le défaveu
formel que je vous en ai fait publiquement
? Je n'ofe me livrer à cette interprétation
, qui vous feroit plus injurieu fe
qu'à moi ; mais il fuffit qu'elle foit poffible
pour que je ne doute pas de votre empreffement
à me dire fi je dois l'éloigner
abfolument de votre penfée . C'eft- là tout
ce que je vous demande , Monfieur ; ce
fera enfuite à vous à juger s'il vous conJUILLET
1765 . 17
vient de laiffer à la phrafe dont vous vous
êtes fervi , une apparence de faux-fuyant ,
ou de marquer nettement dans quel fens
elle doit être entendue. Ce qu'il y a de
certain , c'eft que je ne crains point de
vous voir fortir du nuage où vous ſemblez
vous cacher.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Genève , le zo de Février 1765.
VERNES.
JE terminerois volontiers une correfpondance
qui n'eft pas plus de mon goût que
du vôtre, fi vous ne m'aviez pas mis dans
l'impoffibilité de garder le filence. Le tour
que vous avez pris pour ne pas donner
une déclaration qui me paroiffoit un fimple
acte de juftice la plus étroite , & que
par- là même je ne croyois pas devoir exiger
de vous ; ce tour , dis -je , eft fans doute
fufceptible d'un grand nombre d'explications
: mais il en eft une qui touche trop
à mon honneur pour que je ne doive pas
vous demander de me déclarer pofitivement
fi vous foupçonneriez encore que je
fois l'auteur du libelle , malgré le défaveu
formel que je vous en ai fait publiquement
? Je n'ofe me livrer à cette interprétation
, qui vous feroit plus injurieu fe
qu'à moi ; mais il fuffit qu'elle foit poffible
pour que je ne doute pas de votre empreffement
à me dire fi je dois l'éloigner
abfolument de votre penfée . C'eft- là tout
ce que je vous demande , Monfieur ; ce
fera enfuite à vous à juger s'il vous conJUILLET
1765 . 17
vient de laiffer à la phrafe dont vous vous
êtes fervi , une apparence de faux-fuyant ,
ou de marquer nettement dans quel fens
elle doit être entendue. Ce qu'il y a de
certain , c'eft que je ne crains point de
vous voir fortir du nuage où vous ſemblez
vous cacher.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Genève , le zo de Février 1765.
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