LE SIÉGE DE L'AME ,
A PHILIS.
Sur le fiége de l'âme en vain
Toujours on diſpute , on raiſonne.
Aiofi que Nature le donne ,
En voici le ſiége certain :
Quand l'aîle des Zéphirs m'amène
La douce odeur de ton haleine ,
Je crois l'odorat ſon ſéjour.
D'un mets que ta main me préſente ,
La délicateſſe m'enchante ;
Je la place au goût à ſon tour.
Si ta voix frappe mon oreille ,
Epriſe de cette merveille ,
Mon âme occupe le contour.
Si ſur ton incarnat ma bouche
Veut ravir un tendre baifer ,
DECEMBRE. 1763 . 9
Mon âme vient s'y repoſer.
Quelqu'endroit que ma main te touche,
Mon âme la ſuit en tous lieux .
Je te vois : elle eſt dans mes yeux.
Mais ſi de plus près j'examine
De ce charme ſi ſéducteur ,
Quelle peut être l'origines:
Son fiége alors eſt dans mon coeur.
DUJARDIN DE NEUILLY S. FRONT