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1
p. 99-110
A M. Houdart de la Motte, Auteur de la nouvelle Iliade. CONTE.
Début :
Voicy une piece de Poësie toute nouvelle, c'est un conte / Jadis en Grece étoit un Statuaire, [...]
Mots clefs :
Dieux, M. Houdart de la Motte, Homère, Héros
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texteReconnaissance textuelle : A M. Houdart de la Motte, Auteur de la nouvelle Iliade. CONTE.
Voicy une piece de Poëfie
toute nouvelle ,c'eſt unconte
de la façon du R. P. de Clery ,
Profeſſeur d'Eloquence àToulouſe
,&qui a remporté plu-
Iij
100 MERCURE
ſieurs prix. Ce conte a eſté fait
àla loüange de M. de la Motte,
il n'eſt point d'Eloge que M.
de la Motte ne merite. Et fi
l'on a quelque choſe à luy reprocher
, c'eſt la trop ſcrupuleuſe
attention aveclaquelle il
refuſe les loüanges qu'on luy
donne ,& les ſoins & la peine
qu'il faut prendre pour luy
dérober les choſes obligeantes
qu'on luy écrit. C'eſt ſouvent
une perte pour le public; mais
Mercure a la main fouple , &
je vais luy faire part dece dernier
larcin que je luy ay fait.
GALANT. 1ΟΙ
AM. Houdart de la Motte ,
Auteur de la nouvelle Iliade.
CONTE.
Jadis en Grece étoit un Statuaire
,
De grand renom. Il s'appelloit
こ
Homere.
Il avoit fait cent Heros , ¢
Dieux :
Et comme alors , même les meilleursyeux
,
Etoient ſujets à d'étranges berluës
2
Meffieurs les Grecs trouvoient
I' iij
102 MERCURE
dans fes Statuës ,
Portraits finis , vrais chefs d'oeuures
de l'Art.
C'étoient pourtant , au moins
pour la plupart ,
Vilains Magots. L'un étoit Cude-
jatte ;
L'autre manquoit d'un tiers d'une
omoplatte ;
L'autre d'un oeil ; qui defront ;
qui de nés.
Il en étoit demanchots d'errennés
,
د
De pourfendus. Leur Troupe
mutilée
Sembloit encore fortir de la
mêlée.
GALANT. 103
Helas combien étoit changé Neftor?
Combien Enée ? à voir le pauvre
Hector ,
Et Jupiter ,& Mars , & les
Atrides ,
Vous auriez dit l'Hostel des In-
Valides .
Maisfuſſent ils plus perclus ,
&plusfaux,
On adoroit juſques à leurs défauts.
Je le crois bien. Habiles Perſonnages
Difoient en Grec , que c'étoient
beaux Ouvrages.
I ij
104 MERCURE
Glauconsur tout tant&tant les
vanta ,
Que de les voir à Rome on fou.
haita.
On lesy porte : & l'on jugea
dansRome ,
Qu'en les faisant , Homere fit
maint ſomme ,
Et qu'ilfalloit , que les ciſeaux
parfois
Lourds, ou mutins ſuiviſſent mal
fes doigts.
Rien ne le mit à l'abri des cenfures.
Les Connoiffeurs rirent de fes
Figures.
GALANT. τος
Même dit- on , que Virgile les
vit ,
Et queſous cappe àson tour il en
rit.
Mais toſt aprés ,ſa bonté naturelle
En leurfaveur changeafon rire
200
Il eût pitiéde tant d'Estropiats.
Il leur donna des jambes & des
bras
Leur fit desyeux , mit des nés à
leurs faces;
Il rétablit leurs membres en leurs
places,
Etfans lamort , qui luy ravit le
106 MERCURE
jour,
Ils s'en alloient , tous eftrefaits au
tour.
Mais, cequ'en vainles vieux
fiecles tenterent,
Ces derniers tems enfin l'executerent.
O! qu'ils font beaux , ces Dieux
ces Heros
Dans l'Atellier du Docte Houdart;
éclos!
Retirez vous , Savanias ,
Scholiaftes ,
Laiffez moy voir leurs merveil
?
leux contrastes ,
Leur vraye Image. Avoient-ils
GALANT 107
meilleur air
Ces Champions , lorſqu'habillez
de fer ,
Las de languir dans une oifive
:
Tente
Ils combattoientfurles Rives du
Xante?
Tel fut Ajax , Uliffe , Merion,
Tel Menelas. Tels des Murs
Sans
d'Ilion ,
Sa lorgnette , Helene encor
peut-estre ,
Avec Priam pourroit les reconnoiſtre.
Houdart leur rend la vie avec
leurs traits.
108 MERCURE
Ony , ce font eux , pluſtoſt que
leurs portraits.
Ils vont parler , & renonçant
:
Homere,
Fameux Houdart ils te nom-
:
,
ment leur Pere.
C'est de toyſeul , qu'ils tiennent
leur beauté
Et qu'ils tiendront leur immortalité.
Maisfuffit-il , que ces Maſſes
énormes
Ayent,fous tes mains , pris de
charmantes Formes ?
C'estpeu pour toy , d'eftre Reformateur.
GALANT. 10,
Ilfaut encor , que tu fois Createur.
Affez, crois moy ,fur un travail
antique
S'eſt exercé ton talent heroïque.
Rends toy justice. Il faut de tes
ciseaux
Fairefortir des Heros , tout nouveaux.
En telles gens nos Climatsfont
fertiles.
Dans nos Bourbons la France a
desAchiles.
La Seine en voit , plus que le
Simoïs.
Les Rois futurs te demandent
110 MERCURE
Louis .
Fais-le , non tel , qu'il lançoit le
Tonnerre ,
Mais tel, qu'il fit le bonheur de
laTerre.
PourLouisSeull,eCielt'a refervé.
Et ta main doit ce Modelle
achevé.
Taille ce bloc , & qu'au plutôt
en naiffe
CeRoyplusgrand,que les Dieux
de laGrece.
Jamais par toy , leur gloire ne
mourra :
Parluy toûjours , Houdart , ton
nom vivra.
toute nouvelle ,c'eſt unconte
de la façon du R. P. de Clery ,
Profeſſeur d'Eloquence àToulouſe
,&qui a remporté plu-
Iij
100 MERCURE
ſieurs prix. Ce conte a eſté fait
àla loüange de M. de la Motte,
il n'eſt point d'Eloge que M.
de la Motte ne merite. Et fi
l'on a quelque choſe à luy reprocher
, c'eſt la trop ſcrupuleuſe
attention aveclaquelle il
refuſe les loüanges qu'on luy
donne ,& les ſoins & la peine
qu'il faut prendre pour luy
dérober les choſes obligeantes
qu'on luy écrit. C'eſt ſouvent
une perte pour le public; mais
Mercure a la main fouple , &
je vais luy faire part dece dernier
larcin que je luy ay fait.
GALANT. 1ΟΙ
AM. Houdart de la Motte ,
Auteur de la nouvelle Iliade.
CONTE.
Jadis en Grece étoit un Statuaire
,
De grand renom. Il s'appelloit
こ
Homere.
Il avoit fait cent Heros , ¢
Dieux :
Et comme alors , même les meilleursyeux
,
Etoient ſujets à d'étranges berluës
2
Meffieurs les Grecs trouvoient
I' iij
102 MERCURE
dans fes Statuës ,
Portraits finis , vrais chefs d'oeuures
de l'Art.
C'étoient pourtant , au moins
pour la plupart ,
Vilains Magots. L'un étoit Cude-
jatte ;
L'autre manquoit d'un tiers d'une
omoplatte ;
L'autre d'un oeil ; qui defront ;
qui de nés.
Il en étoit demanchots d'errennés
,
د
De pourfendus. Leur Troupe
mutilée
Sembloit encore fortir de la
mêlée.
GALANT. 103
Helas combien étoit changé Neftor?
Combien Enée ? à voir le pauvre
Hector ,
Et Jupiter ,& Mars , & les
Atrides ,
Vous auriez dit l'Hostel des In-
Valides .
Maisfuſſent ils plus perclus ,
&plusfaux,
On adoroit juſques à leurs défauts.
Je le crois bien. Habiles Perſonnages
Difoient en Grec , que c'étoient
beaux Ouvrages.
I ij
104 MERCURE
Glauconsur tout tant&tant les
vanta ,
Que de les voir à Rome on fou.
haita.
On lesy porte : & l'on jugea
dansRome ,
Qu'en les faisant , Homere fit
maint ſomme ,
Et qu'ilfalloit , que les ciſeaux
parfois
Lourds, ou mutins ſuiviſſent mal
fes doigts.
Rien ne le mit à l'abri des cenfures.
Les Connoiffeurs rirent de fes
Figures.
GALANT. τος
Même dit- on , que Virgile les
vit ,
Et queſous cappe àson tour il en
rit.
Mais toſt aprés ,ſa bonté naturelle
En leurfaveur changeafon rire
200
Il eût pitiéde tant d'Estropiats.
Il leur donna des jambes & des
bras
Leur fit desyeux , mit des nés à
leurs faces;
Il rétablit leurs membres en leurs
places,
Etfans lamort , qui luy ravit le
106 MERCURE
jour,
Ils s'en alloient , tous eftrefaits au
tour.
Mais, cequ'en vainles vieux
fiecles tenterent,
Ces derniers tems enfin l'executerent.
O! qu'ils font beaux , ces Dieux
ces Heros
Dans l'Atellier du Docte Houdart;
éclos!
Retirez vous , Savanias ,
Scholiaftes ,
Laiffez moy voir leurs merveil
?
leux contrastes ,
Leur vraye Image. Avoient-ils
GALANT 107
meilleur air
Ces Champions , lorſqu'habillez
de fer ,
Las de languir dans une oifive
:
Tente
Ils combattoientfurles Rives du
Xante?
Tel fut Ajax , Uliffe , Merion,
Tel Menelas. Tels des Murs
Sans
d'Ilion ,
Sa lorgnette , Helene encor
peut-estre ,
Avec Priam pourroit les reconnoiſtre.
Houdart leur rend la vie avec
leurs traits.
108 MERCURE
Ony , ce font eux , pluſtoſt que
leurs portraits.
Ils vont parler , & renonçant
:
Homere,
Fameux Houdart ils te nom-
:
,
ment leur Pere.
C'est de toyſeul , qu'ils tiennent
leur beauté
Et qu'ils tiendront leur immortalité.
Maisfuffit-il , que ces Maſſes
énormes
Ayent,fous tes mains , pris de
charmantes Formes ?
C'estpeu pour toy , d'eftre Reformateur.
GALANT. 10,
Ilfaut encor , que tu fois Createur.
Affez, crois moy ,fur un travail
antique
S'eſt exercé ton talent heroïque.
Rends toy justice. Il faut de tes
ciseaux
Fairefortir des Heros , tout nouveaux.
En telles gens nos Climatsfont
fertiles.
Dans nos Bourbons la France a
desAchiles.
La Seine en voit , plus que le
Simoïs.
Les Rois futurs te demandent
110 MERCURE
Louis .
Fais-le , non tel , qu'il lançoit le
Tonnerre ,
Mais tel, qu'il fit le bonheur de
laTerre.
PourLouisSeull,eCielt'a refervé.
Et ta main doit ce Modelle
achevé.
Taille ce bloc , & qu'au plutôt
en naiffe
CeRoyplusgrand,que les Dieux
de laGrece.
Jamais par toy , leur gloire ne
mourra :
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