ASSEMBLÉE Publique de l'Académie
Royale des Sciences, du ....
Monsieur de M. y lût un Discours
sur la Propagation du Son dans les
differensTons qui le modifient . Il considere le
Son dans quatre sujets differens ; dans le
Corps sonore qui enfait le sujet immédiat par
ses vibrations ; dans l'air , qui en est
le milieu , en tant que susceptible des vi-
brations du corps sonore dans l'organe de
Louie , ébranlé par les vibrations de l'air z
et enfin dans le sentiment que l'ame en re-
çoit . De ces quatre Parties de la ques-
tion du Son , qui se lient et s'éclairent
1. Vol.
A
mutuel.
13 MERCURE DE FRANCE
mutuellement
M. de M. n'a pris à
tâche d'aprofondir que la seconde ,
sçavoir la maniere dont le son est pro-
duit dans l'air , et il ne s'arrête même
dans celle- ci qu'au son modifié en tel ou
tel Ton, aigu ou grave, haut ou bas; en
un mot aux differens Tons qui font l'ob
jet de la Musique. Cependant , à cause
de la liaison de cette Partie avec les trois
autres , il les parcourt toutes dans l'or
dre que nous les avons énoncées, et il en
tire des preuves ou des éclaircissemens
curieux par raport à son hypothese sur
la seconde.
Cette hypothese consiste à admettre
dans l'air autant de particules de diffe-
rente élasticité , et capables par là de vi-
brations d'autant de differentes durées ,
qu'il y a de Tons differens dans les corps
sonores , ou que nous avons de percep-
tions en vertu des differens Tons qui fra-
pent notfe organe : l'ébranlement total
où les vibrations de toutes ces particules
ensemble produisent le Son en géneral
ou le bruit.
M. de M. avoit communiqué son idée
à l'Académie sur ce sujet , il y a plus de
dix- sept ans , car il en est fait mention
dans le Volume des Mémoires de cette
Compagnie de 1720. Il l'avoit même ex-
1. Vol.
pliquée
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pliquée depuis à plusieurs Personnes ,
soit de vive voix , soit par écrit. Aussi
quelques Sçavans s'en étoient-ils déja
servi dans leurs Ouvrages ; mais de ma-
niere
jour
sans doute , que l'Auteur a crû
devoir la mettre lui- même dans tout son
et c'est ce qu'il execute ici . Il se
fait gloire de dire que son systême sur la
Propagation du Son
9
et des differens
Tons , est une imitation de celui de M.
Nevvton sur la lumiere et les couleurs,
L'on voit en effet d'un côté autant d'espe
ces de corpuscules lumineux de differente
refrangibilité , que de couleurs ; de l'autre .
autant de particules sonores d'air de diffe-
rente élasticité, que de Tons : Là le mêlange
de tous les corpuscules lumineux et colorés
produit la lumiere ; ici le fremissement de
toutes les particules sonores et toniques forme
le bruit.
Ce qui a conduit l'Auteur à admet
tre dans l'air cette diversité de parties
intégrantes susceptibles de vibrations de
differente durée , et capables par- là de re-
tenir et de transmettre jusqu'à l'oreille
tous les Tons du corps sonore ,c'est l'im-
possibilité où l'on se trouve, sans cela , de
concevoir comment plusieurs Tons diffe-
rens peuvent se faire entendre à la fois ;
par exemple , plusieurs Parties chantan-
1. Vol.
E
tes
1140 MERCURE DE FRANCE
tes , ou les Tons differens de plusieurs
cordes d'Instrument. Car la difference
méchanique des Tons , ne consistant que
dans le nombre de vibrations que don-
nent les differens corps sonores en temps
égal, comment la même masse d'air peute
elle frémir en même temps avec differen-
tes vîtesses , comme ut , par exemple , et
comme sol , et faire trois vibrations dans
le même instant qu'elle n'en fait que
deux ? On sçait que 2. et 3. forment
le raport numerique des vibrations de la
quinte à celles du Ton fondamental ,
comme 1. et 2. celui de l'Octave ,
5. celui de la Tierce majeure , & c.
4. et
En vain croit- on répondre à la diffi-
culté par la comparaison des ondes que
produisent plusieurs pierres jettées en
même tems sur la surface d'une eau tran-
quille. M. de M.... fait voir combien
cette comparaison ,
si rebatuë , et adop-
tée par des Personnes d'ailleurs très - ha-
biles , est défectueuse , et capable d'in-
duire en erreur. Une des principales dif
ferences entre les Ondes et les Sons , est
que les Ondes resultent du mouvement
de masses d'eau plus ou moins grandes ,
et les Sons , au contraire , ne sont pro-
duits que par les vibrations des parties
insensibles ou intégrantes de l'air. Aussi
1. Vol.
la
JUIN.
1737.
1141
la vitesse du progrès des Ondes peut elle
être plus ou moins grande, selon la gran-
deur , ou , comme on dit , la latitude des
Ondes ; mais la propagation du Son ,
fort ou foible, dans un air calme ou agité,
est toujours la même , parce que la con-
traction
,
ou la dilatation des ressorts, en
quoi consiste le Son , se fait toujours en
temps égal. C'est pourquoi le bruit du
Canon , qui va plus loir. , et qui se sou-
tient plus long - temps que celui du Mous-
quet , ne va pas plus vite , et va aussi
vîte à la fin qu'au commencement ; l'un
et l'autre parcourant également environ
180. toises par seconde. Ainsi il est très-
possible que differentes portions d'eau
s'élevent et s'abaissent alternativement à
sa surface avec differentes vîtesses , quel
qu'uniforme que soit l'eau dans ses par-
ties insensibles. Mais il n'est pas possible
que les parties insensibles de l'air frémis-
sent avec differentes vîtesses , à moins
qu'on ne les supose de differente élasti-
cité les unes à l'égard des autres.
M. de M. se fait encore cette difficulté:
Comment les vibrations ou les frémisse-
mens du corps sonore de tel ou tel Ton
vont- ils ébranler , entre les particules
d'air qui l'environnent précisément
celles qui répondent à ce Ton , par pré-
I. Vol.
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férence
1142 MERCURE DE FRANCE
férence à toutes les autres ? A quoi il ré-
pond par le Phenomene connu de deux
Instrumens accordés à l'Unisson , et dont
l'un répete , comme une espece d'Echo
les airs que l'on joue sur l'autre ; tout de
même le corps sonore par ses vibrations
et ses frémissemens ébranle , sans dis-
tinction , toutes les parties du milieu qui
l'environnent ; mais les vibrations com-
muniquées par lui à ce milieu , ne se sou-
tiennent, et ne deviennentsensibles par des
secousses réiterées , que dans les particu
les Isochrones ; c'est-à- dire , dont les vi
brations sont de la même durée.
Ilraporte ensuite une experience moins
connue , quoique très ancienne , et très-
certaine ; c'est celle d'une corde touchée
à vuide , et qui rend avec le Son fonda-
mental, qui est de beaucoup le plus fort,
la plupart de ses Sons harmoniques , sa
Tierce majeure, sa Quinte , &c. ou leurs
Octaves.Et il fait voir que ce Phénomene
est inexplicable par tout autre hypothe
se que par celle des differentes élastici-
tés ou frequences de vibration , que les
particules de l'air ont entr'elles. Voilà ,
ajoûte- t il , les principales Loix de l'Har-
monie , diciées par la nature même , l'accord
parfaitfondé sur la correspondance que les
particules harmoniques de l'air ont entr'ele
1.fol.
les,
JUIN.
1737
1143
les , et une source féconde de regles que l'art
et le calcul peuvent étendre , et que la Phi-
losophie poura avomer. Il se dispense
d'entrer là- dessus dans aucun détail , en
avertissant qu'un célébre Musicien de
nos jours , à qui ces idées , et cette hy-
pothese ne sont pas inconnuës , va faire
paroître un Traité de Musique qui porte
sur cette même Théorie. Il n'est Person-
ne qui n'ait reconnu ici M. Rameau, qui
a presenté et dédié à l'Académie des
Sciences un Traité des Générations Har
moniques , qu'on imprime actuellement
où il a adopté l'hypothese de M. de M.
sur la Propagation du Son.
Le reste du Discours , qui en fait peut-
être la partie la plus curieuse , et la plus
interessante, est en même temps la moins-
susceptible d'extrait, ou demanderoit un
extrait d'une toute autre étenduë que cel-
le que nous avons résolu de donner à ce-
lui- ci. Nous ne ferons donc qu'en indi-
quer succinctement la teneur.
Il s'agit de la relation que les fibres de
FOrgane de l'Oüie ont avec les differen-
tes vibrations de l'air , et dé ses diverses
,
particules toniques ; de l'Origine du sen-
timent confus , mais invariable de l'Har-
monie , commun aux Hommes de tous
les temps et de tous les Pays ; et enfin
I. Vol.
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de
144 MERCURE DE FRANCE
de la source du plaisir attaché au senti-
ment de l'Harmonie et des Consonnan-
ces , en oposition à la douleur , ou à l'es-
pece d'inquiétude que causent les mau-
vais accords.
L'Organe immédiat de l'Oüie est se-
lon M. de M. qui suit en ceci l'opinion
des plus fameux Anatomistes , un veri-
table Instrument de Musique , comme
l'œil est une vraie lunette d'aproche.C'est
une espece de Clavecin , où se trouvent
une infinité de cordes de differente lon-
gueur , et de differente tension , qui ré-
pondent à toutes les vibrations de l'air.
Il donne une description du Limaçon ,
qu'on sçait qui termine l'oreille interne,
et de la Lame spirale qui partage le Li-
maçon en deux rampes , pour preuve et
pour exemple de ce raport , qui est en
effet surprenant.
Le sentiment naturel de l'Harmonie
est attribué à cette correspondance des
ébranlemens des fibres de l'organe avec
ceux de l'air et du corps sonore , dont
nous éprouvons les effets depuis notre
naissance , et d'où s'est formé ce senti-
ment par une habitude nécessaire et in-
volontaire,
L'Auteur rapelle à cette occasion la
guérison de deux maladies extraordinai-
I. Vol.
res,
JUIN.
1737.
1145
res , accompagnées de délire et de con-
vulsions,dont il est parlé dans les Mémoi
res de l'Académie , et qui , après avoir
resisté à tous les remedes communément
reçûs , céderent enfin aux douces im
pressions de l'Harmonie. Il n'est point
en effet d'organe , dont les ébranlemens
se communiquent plus promptement à
tout le genre nerveux que ceux de l'or-
gane de l'ouie. C'étoient aussi des Musi-
ciens , sur qui ces guerisons furent opé-
rées , c'est- à- dire des sujets en qui l'ha-
bitude de sentir l'Harmonie se trouvoit
la plus forte.
Quant à la sensation délicieuse que
cause l'harmonie , et la peine secrete , ou
même la douleur que produisent les Sons
discordans , M. de M.... n'hésite pas à
leur donner pour cause la conservation
de l'organe favorisée dans un cas , et sa
destruction prochaine , ou commencée
dans l'autre
organes.
;
et c'est- là , dit il , en effet
et en général , la source de tous les plai-
sirs des sens , ou de la douleur que nous
›
éprouvons par leur moyen , en consé-
quence des loix de l'union de l'ame à ses
Il répond à quelques exceptions, qu'on
pouroit alleguer contre cette Théorie ; et
il finit par une Experience remarquable
1. Vol.
E iiij.
qu'il
146 MERCURE DE FRANCE
qu'il fit à Beziers en 1723. et qui tend à
prouver que, malgré la Propagation uni-
forme du Son en général , les differens
Tons qui le modifient pouroient bien
souffrir quelque difference dans les vî-
tesses de leurs Propagations particulieres ,
comme la lumiere hétérogene des diffe
rentes couleurs souffre differentes réfrac-
tions , quoique la lumiere en général, su-
posée homogene, se rompe toujours éga-
lement, en traversant les mêmes milieux.
L'aparell de cette Experience, qui est dé-
ja fort abregé dans le Discours de l'Au-
teur , ne nous permet pas de la raporter.
M. de M... s'est aussi reservé d'éclaircir
quelques autres points de cette matiere ,
dans des Remarques qu'il y ajoûtera , et
qui ne sont destinées que pour les As-
semblées particulieres de l'Académie.