III.
l'on s'eft avisé
De cacher fi bien sa pensée,
Ой ,
Qu'encor qu'elle foit proposée
De la developer il ne foit pas aisés .
Où, pour m'expliquer en deux rimes,
·Depuis que l'on fait des Enigmes
Soit en peinture ou par écrit ,
Iamais on n'occupa l'esprit
204
Extoaordinaire
Sur un moindre ſujet que celuy dont
Mercure
En ce mois nous fait la peinture.
C'est un pur eftre privatif ,
Il n'a rien qni foit pofitif,
Il tient d'autruy jusqu'à son existence,
On a peine à l'appercevoir ,
Parce qu'il fuit fans ceffe la prefence
De l'Aftre qui nous fait tout voir ;
Auffi dans l'Univers il n'est rien de
plus fombre,
Puifque ce n'eft qu'une Ombre.
RousTAN , de Toulon .
Le texte explore la difficulté de dissimuler ses pensées et la complexité de leur développement. Les énigmes, qu'elles soient visuelles ou écrites, demandent une grande attention. Le poème traite du concept de 'rien', un être privatif sans aspect positif, dépendant des autres pour exister. Il est décrit comme la chose la plus sombre de l'univers, comparable à une ombre. L'auteur est ROUSTAN, de Toulon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
IV.
E defefperois de trouver
Le fens que l'autre Enigme enferme,
Et j'allois ceffer d'y refuer,
Quand mon efprit confus de ne pas
tenir ferme,
Ayant fes efforts redoublé ,
A veu que le vray mor eftoit l'Epy de-
Blé.. Le mefme.
Reconnaissance textuelle : BAPTESME solemnellement administré à une Famiile Mahometane. Extrait d'une Lettre écrite de Toulon le 14. Mars 1731.
BAPTESME solemnellement adminiftré à
une Famiile Mahometane. Extrait d'une
Lettre écrite de Toulon le 14. Mars
1731 .
>
Vous ne serez sans doute pas fâché , Monsieur ,
d'apprendre la cérémonie qui s'est faite aujour
d'hui dans l'Eglise Cathedrale de cette Ville à
l'occasion de la conversion d'un François qui
avoit embrassé la Religion Mahometane , et du
Baptême de sa famille ; ce François s'appelle
François Brailli natif d'Abbeville en Picardie.
Il y a plusieurs de ses parens Marchands Libraires
établis à Paris . Il eût le malheur d'être
fait Esclave en 1719. et d'être conduit à Cons-
Lantinople : mais ce qui fut le comble de son
malheur , c'est qu'entraîné par les tristes suites
de sa captivité , il renonça à la Religion de ses
Peres : son Apostasie fut suivie de son mariage
avec une fille originaire de Tartarie et Mahometane
de Religion , qu'il épousa en 1722. Dieu
voulut bien ne le pas abandonner ; il permit qu'agité
de remords et touché par la grace ,
songea plus qu'à réparer l'énormité de sa faute
Et à se dérober à l'infidelité et à la tyrannie . Il
sommença la réparation de sa faute , en instruiil
ne
sant
C
4
AVRIL. 1731. 793
sant sa femme , et en la préparant à recevoir les
lumieres de l'Evangile . Enfin il saisit l'occasion :
que Dieu lui présenta , et il se sauva de Turquie
sur une barque Françoise qui est arrivée le mois
dernier dans le port de cette Ville.
By
Dès que le tems de la Quarantaine a été expiré
, et que les Intendans de la Santé ont appris
que cet homme désiroit de rentrer dans le seim
de l'Eglise , et que sa femme demandoir avec em- :
pressement d'être baptisée avec ses deux petits
enfans , ils en ont pris un soin particulier , et les
ont faît conduire à l'Hôpital General , où l'on a
instruit la femme avec succez . Lorsque l'on a
trouvé cette Catechumene assez instruite, et qu'on
a crû pouvoir lui accorder le baptême qu'elle ne
cessoit de demander , les Intendans de la Santé
ont invité MM . les Consuls , Lieutenans de Roi
de la Ville à tenir sur les fonts de Baptême la
femme et les deux petits enfans. Trois Dames
qualifiées de cette Ville, furent priées de leur servir
de Marraines . Tout étant ainsi disposé , la cérémonie
a été indiquée à ce jour. Elle a commencé
par une Procession generale qui s'est renduë
à l'Eglise Cathedrale , et à laquelle Brailli a assisté
avec sa femme et ses enfans. Les Consuls à
la tête du Corps de Ville , précedés des Tambours
, des Trompettes et des Hautbois , & c. sont
ensuite allés prendre M. l'Evêque à son Palais
Episcopal , d'où ce Prélat s'est rendu avec eux å
la Cathedrale , pour faire lui- même la cérémonie.
L'Eglise étoit remplie du Corps entier de la Marine
, des Officiers de la Garnison et de toutes les
personnes qualifiées de la Ville.
L'Evêque a commencé par la cérémonie des
Catéchumenes ; et la manière pieuse avec laquelle
cette femme a répondu selon les instructions qu'elle
avoit reçûës , a touché toutes les personnes qui
étoient présentes . H On
794 - MERCURE DE FRANCE.
On proceda ensuite à la cérémonie du baptê
me. M. de Portalis Premier Consul et Lieute
nant de Roi de la Ville , nomma la Mere sur les
fonts : elle fur mariée aussi- tôt après , avec François
Brailly. Les deux petites filles furent tenues
ensuite séparement par le second, et par le troisiéme
Consul. La cérémonie finie , M. l'Evêque:
fut reconduit au Palais Episcopal par les Consuls
au son des instrumens , et aux acclamations du
Peuple. Delà les Consuls se rendirent dans le
même ordre à l'Hôtel de Ville , où un repas magnifique
étoit préparé pour les Dames , & c. La
conversion de cette famille a causé dans toute la
Ville une grande joye , et a excité en sa faveur
la charité des personnes de distinction et du
peuble même.
Résumé : BAPTESME solemnellement administré à une Famiile Mahometane. Extrait d'une Lettre écrite de Toulon le 14. Mars 1731.
Le texte décrit le baptême solennel d'une famille mahométane à Toulon, relaté dans une lettre du 14 mars 1731. François Brailli, originaire d'Abbeville en Picardie, avait été capturé en 1719 et emmené à Constantinople. En 1722, il avait renié sa foi chrétienne et épousé une femme tartare mahométane. Touché par des remords et la grâce divine, Brailli décida de revenir au christianisme et s'enfuit en France avec sa famille. À Toulon, après une période de quarantaine, Brailli et sa famille furent conduits à l'Hôpital Général pour instruction religieuse. La femme et les deux enfants furent baptisés en présence des autorités locales et religieuses, dont l'évêque et les consuls. La cérémonie, marquée par une procession et un repas à l'Hôtel de Ville, suscita une grande joie et charité parmi les habitants de Toulon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
LOGOGRYPHE.
E fuis Grec d'origine , & le bruit de won nom
Exciteroit l'attention
De l'homme le plus flegmatique .
D'un habile Ecrivain l'Ouvrage Dramatique ,
Dès l'abord , cher Lecteur , me préfente à tes yeux.
En vain à me trouver cependant on s'applique ,
Si l'on n'apporte pas un regard curieux .
Des membres de mon corps le nombre épouvantable
Produit une foule innombrable
D'Etres grands & petits , d'objets tous differens ,
E j Qui,
1570 MERCURE DE FRANCE
Qui,tour à tour , courent des premiers rangs
Occuper à l'envi la place.
J'obſerve en commençant la liquide furface ;
Deux des quatre Elémens , de nos corps les appuis.
Par 10. 6. 12. 5. facilement je puis
Du plaintif Bucheron fatisfaire l'envie.
Cette Divinité , qui pour fauver la vie
Des fureurs d'un mari jaloux ,
Avec fon fils fe noya de courroux
Au milieu de l'onde Thébaine ,
Dès l'inftant paroît ſur la Scéne .
Combine encore un peu , tu trouveras foudain
Dans 1. 2. 12. 10. 9. 6. 7. 15. enfin
Celle qui lui donna naiſſance ;
Et retranchant 6. 7. fi tu mets 5. d'abord ,
Tu verras ce Mortel , enfant de l'ignorance ,
Qui fous un Capuchon , & d'un foûmis abord ,
S'en vient des champs nous prôner l'indigence,
Qu'il éprouve en fon trifte fort.
Prens 9. 3. 18. 6. & 7. tu vois paroître
Jadis le Chef & l'intrépide Maître
D'une noble Expédition .
Mais c'est trop m'arrêter , Lecteur, car j'enviſage
De Cain contre Abel l'infâme paffion ,
De la Divinité la reffemblante image ,
Et l'inhumaine trahiſon.
Ce que l'Eglife en certains tems ordonne ;
Ce
JUILLET. 1171 17437
Ce que la charité nous prône ;
Ce que l'homme de bien pourfuit avec raiſon ;
De plus , ce qu'avec foin cherche un vrai Philoſo
phe ;
Un Mont fouvent en feu ; trois nombres ; une étoffes
Un jour anéanti , l'ornement d'un Prélat ;
Deux arbres , & da tems les deux difpenfatrices
Un des Juges d'Enfer ; le Maître d'un Etat ;
Des grands Seigneurs les plus cheres délices
Le Mortel qui d'un Roi s'imagine l'égal ;
Le Conducteur des Juifs ; des Turcs le grand Pro
phéte ;
Un grave Hiftorien , moderne , impartial ;
Un autre , né Latin , de-même qu'un Poëte ,
D'Affuerus l'Epoufe ; un Péché capital ;
La plus vile bête de fomme ;
Un des deux Fondateurs de l'ancienne Rome;
Un Pere de l'Eglife , enfin un animal' ,
Beaucoup amateur du fromage,
Mais ; t'entretenir davantage ,
N'est-ce pas, cher Lecteur , pure indifcrétion
Je borne donc ici le pompeux étalage
Des objets infinis de ma combinaiſon.
Gavory, de Toulon
Reconnaissance textuelle : EPITRE à mes yeux, sur la maladie dont ils ont été affligés au commencement du Printems.
EPITRE à mes yeux , fur la maladie dont
ils ont été affligés au commencement
du Printems.
Vous ,mes yeux , dont je préferé
L'officieux miniftére
Aux trésors d'un Potentat ;
Vous , que dans mon trifte état ,
Je chéris plus que ma vie ,
Par quelle injufte manie
M'avez- vous abandonné?
Pourquoi fuis - je condamné ,
Sans fondement légitime ,
A devenir la victime
De ce que j'ai de plus doux ?
Pourquoi me refufez - vous
Le fecours que la Nature
Prétend qu'à la Créature
Vous accordiez jour & nuit?
A peine l'hyver s'enfuit ,
A la voix qui les rappelle
Des Vents la troupe fidelle
Va reprendre encor fes fers.
De mille ornemens divers
La Terre , couverte à peine,
Reçoit l'agréable haleine
De
FEVRIER. 1744.
223
De Zéphire bienfaifant ;
Déja foible & chancellant ,
Au milieu de ma carrière ,
Je fens que de la lumiére
Le flambeau va me quitter ;
Hélas ! je fens s'apprêter
L'horreur des ténebres fombres ,
Qui , de leurs fatales ombres
Vont envelopper mes jours ,
Et précipiter leur cours .
Quand le matin je me leve ,
Et que le Soleil s'éleve
Sur la tête des Humains ,
Qu'il leur donne à pleines mains
Des marques de fa tendreffe ,
De la douleur qui les preffe ,
Mes yeux enflés , abbattus ,
Ne voyent qu'objets confus
Dans les Lieux du voisinage ,
Que deüil , que funefte ombrage ,
Simboles de la terreur.
Le foir , lorfqu'à la lueur
D'une Lampe préparée ,
Les volets ferment l'entrée
Au jour qui rend fur la fin ,
Par le plus cruel deftin ,
J'erre feul dans les tenebres
Et de leurs voles funebros :
Voulang
224 MERCURE DE FRANCE.
Voulant en vain m'affranchir ,
Je fuis contraint de fléchir
Sous le poids de mon martyre.
Mes yeux ne peuvent point lire ,
Ni ma main fe délaffer
A négligemment tracer
Le délicat badinagę .
Qu'enfante un efprit volage ,
Animé de tendres feux .
Enfin , dites - moi , mes yeux ,
Dans la douleur qui m'accable,
Envers vous fuis - je coupable
De quelque dur traitement ?
D'un fatal entêtement
Suivant l'odieux caprice ,
Ai-je donc eû l'injuſtice
De vous forcer à veiller
Chaque nuit , pour débrouiller
Le vain tas d'Ecrits Gothiques ,
Et des Médailles antiques ,
Malheureux reftes du Tems ,
Les mots durs & rebutans ?
Ai-je confacré mes veilles ,
Aux fades contes de vieilles ,
Au cruel Dieu des Amours ,
Aux foupleffes , aux détours
Dont on faifoit dans la Gréce
Un mérite à la jeuneſſe ›
Non ,
FEVRIER. 1744.
225
Nón , vous ne m'avez jamais
Convaincu de tels forfaits.
Exempt de crainte & d'allarmes ,
Je goûte toûjours les charmes
Que m'offrent les doux pavots.
En vain.contre mon repos
Les cris des paffans ſe liguent ;
Vainement ils fe fatiguent
Pour hâter mon lent reveil ;
Si lorfqu'après mon fommeil ,
Il me reste encor du vuide ,
Auprès du galant Ovide
Je vais paffer ces inſtans ;
D'Horace les jeux charmans ,
Et les amours de Catule
Des tendres feux dont je brûle
Viennent aiguiler les traits :
Pourquoi donc de ces bienfaits.
M'ôtez vous la joüiffance ?
Pourquoi de votre aſſiſtance
Me priver fi triftement,
Moi , qui vis paisiblement ,
Sans foins , fans inquiétude ,
Qui fais la guerre à l'étude ,
Et confacre au doux plaifir
Mon tems , mon bien , mon loifir
Eft- ce là de ma conduite
Reconnoître le mérite ,
3 Ingrats,
226 MERCURE DE FRANCE.
Ingrats , que j'ai trop aimés ?
Par vous , mes jours parfemés
De troubles & de trifteffe ,
Dans l'été de ma jeuneſſe
Précipitent mon hyver.
Quoi donc , ce qui m'eft plus cher
Que tous les tréſors du monde ,
D'une haine fans feconde
Récompenfe mon amour !
Par l'espoir d'un prompt retour ,
Ingrats , dont l'horreur m'enflâme ,
Puiffai- je au moins dans mon ame
Verfer la férénité ,
Que votre infidélité ,
Aux plus beaux jours de ma vie ,
En a pour toujours bannie !
GAVOTY.
A Toulon , le 4
Mai
1743-