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13101
p. 135
« ELEMENS d'Hippiatrique, ou nouveaux principes sur la connoissance & la medecine [...] »
Début :
ELEMENS d'Hippiatrique, ou nouveaux principes sur la connoissance & la medecine [...]
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texteReconnaissance textuelle : « ELEMENS d'Hippiatrique, ou nouveaux principes sur la connoissance & la medecine [...] »
ELEMENS d'Hippiatrique, ou nouveaux
principes sur la connoissance & la medecine
des chevaux, par M. Bourgelat, Ecuyer
du Roi. 2. Vol. in 8°. chez ie même Li-
braire.
principes sur la connoissance & la medecine
des chevaux, par M. Bourgelat, Ecuyer
du Roi. 2. Vol. in 8°. chez ie même Li-
braire.
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13102
p. 135-136
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
Début :
L'éloignement d'un Auteur ne manque guéres, Monsieur, d'être préjudiciable à l'impression [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Mercure.
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
L'éloignement d'un Auteur ne manque guéres,
Monsieur, d'être préjudiciable à l'impression
de ses ouvrages. Je m'en suis ap-
perçu en parcourant les deux Brochures
intitulées Systême du vrai bonheur, & Ess.i
sur la perfection, que j'ai reçues seulement
y ai trouxé des
de purs quelques jouts.
136 MERCURE DEFRANCE.
erreurs typographiques, qui pourroient
faire croire que le François est une langue
tout-à-fait étrangere pour moi, & dont
quelques-unes forment des contrefens des-
agréables. Telles sont dans l'Essai sur la
perfection, p. 9. prince, pour principe,
Cencore cela est- il aisé à redresser,) mais
surtout. pr. 66 sujet de ceite sorte de désordre
pour exemt de, &c. compenser, pour com-
poser, p. 78. ce qui me paroit aise de prou-
ver, pour ce qu'il &c. C'est le premier
coup d'oeil qui m'a découvert ces fautes;
& j'en trouverois sans doute, si je faisois-
une lecture attentive de ces deux Ecrits.
Comme vous avez eu la bonté, Monsieur,
d'en parler dans un de vos derniers Mer-
cures de l'année passée, oserai- je vous
prier de. placer à la fin de quelqu'un de
ceux qui parcissent actuellement ce mo: de
lettre, où je serai ravi qu'on croye en mê-
me tems les afsurances de la considération
distinguée avec laquelle j'ai l'honneur-
d'être ,.
FORMEY.
Berlin le 14. Mars 1752.
L'éloignement d'un Auteur ne manque guéres,
Monsieur, d'être préjudiciable à l'impression
de ses ouvrages. Je m'en suis ap-
perçu en parcourant les deux Brochures
intitulées Systême du vrai bonheur, & Ess.i
sur la perfection, que j'ai reçues seulement
y ai trouxé des
de purs quelques jouts.
136 MERCURE DEFRANCE.
erreurs typographiques, qui pourroient
faire croire que le François est une langue
tout-à-fait étrangere pour moi, & dont
quelques-unes forment des contrefens des-
agréables. Telles sont dans l'Essai sur la
perfection, p. 9. prince, pour principe,
Cencore cela est- il aisé à redresser,) mais
surtout. pr. 66 sujet de ceite sorte de désordre
pour exemt de, &c. compenser, pour com-
poser, p. 78. ce qui me paroit aise de prou-
ver, pour ce qu'il &c. C'est le premier
coup d'oeil qui m'a découvert ces fautes;
& j'en trouverois sans doute, si je faisois-
une lecture attentive de ces deux Ecrits.
Comme vous avez eu la bonté, Monsieur,
d'en parler dans un de vos derniers Mer-
cures de l'année passée, oserai- je vous
prier de. placer à la fin de quelqu'un de
ceux qui parcissent actuellement ce mo: de
lettre, où je serai ravi qu'on croye en mê-
me tems les afsurances de la considération
distinguée avec laquelle j'ai l'honneur-
d'être ,.
FORMEY.
Berlin le 14. Mars 1752.
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Résumé : LETTRE à l'Auteur du Mercure.
Dans une lettre datée du 14 mars 1752, Formey signale des erreurs typographiques présentes dans deux brochures : 'Système du vrai bonheur' et 'Essai sur la perfection'. Il mentionne des fautes telles que 'prince' écrit à la place de 'principe' et 'Cencore' au lieu de 'Cependant'. Ces erreurs pourraient laisser penser qu'il maîtrise mal la langue française. Formey demande à l'auteur du Mercure de France de publier cette lettre pour corriger ces impressions erronées et exprime sa considération distinguée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13103
p. 137-147
D[i]ssertation où l'on examine les droits de la mélodie & de l'harmonie, pour servir de réponse aux réflexions de M. de Serre, inserées dans le Mercure de Janvier. Par M. Blainville.
Début :
Le but de M. Serre dans ses deux réponses étoit apparemment ou de [...]
Mots clefs :
Harmonie, M. de Serre, Mélodie, Mode, Musique, Chant, Chants, Basse, Tierce, Quinte, Nature, Compositeur, Octave, Art
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texteReconnaissance textuelle : D[i]ssertation où l'on examine les droits de la mélodie & de l'harmonie, pour servir de réponse aux réflexions de M. de Serre, inserées dans le Mercure de Janvier. Par M. Blainville.
BEAUX - ARTS.
Deffertation où l'on examine les droits de ba
mélodie de l'harmonie , pour fervir de
réponse aux réflexions de M. de Serre , inferées
dans le Mercure de Janvier. Par
M. Blainville.
LE but de M.de Serre dans les deux
réponses étoit apparemment ou de
m'éclaircir , ou d'amufer le public . La prenie
re , fous le nom de Philetius , très- laconique
, ne m'a rien appris ; la feconde,
fous le nom propre de l'Auteur , plus éten
duë , ne m'a pas inftruit davantage ; mais
peut-être ont- elles toutes deux amuſé d'autres
Lecteurs ; Ainfi foit il.
J'ai avancé que la mélodie avoit beaucoup
plus de pouvoir fur l'oreille que
T'harmonie , & M. de Serre en eft fort
furpris. Il n'a vraisemblablement
fait là
deffus qu'une femi- réflexion, & c'est ce qu'il
eft bon de lui montrer.
La mélodie naît de l'enchainement de
plufieurs fons qui forment les chants &
que l'harmonie fortifie par d'autres fons
ajoutés , mais ces derniers. ne s'ajoûrent
qu'après le chant imaginé , & celui qui
138 MERCURE DE FRANCE.
chercheroit un clrant fur une baffe donnée,
reffembleroit à peu près à celui qui rempliroit
des bouts rimés. C'eft au chant à
fuggérer l'harmonie , & non pas à l'harmonie
à fuggerer les chants.
Faire une baffe , y ajuster un - deffus ,
mettre des paroles fur ce deffus , voilà ce
qu'on pourroit appeller commencer le deffein
d'une figure par le pied d'eftal , & l'achever
par la tête. On peut quelquefois
fe propofer , tant en peinture qu'en Mufique
, ces efpeces de défis , & même s'en
tirer heureufement ; mais ce n'eft pas la
marche ordinaire du génie. La nature entraine
d'abord & prefqu'invinciblement
le Compofiteur dans les routes de la mélodie
, furtout quand il eft plein du ſujet
qu'il veut rendre , mais M. de Serre n'eft
pas obligé d'avoir fenti cet attrait mufical
, ni par conféquent d'en tirer toutes
les vérités qui en découlent. L'harmonie
eft fille de l'expérience & de l'art ; la mélodie
eft fille de la nature & du génie Les
charmes de celle - ci fe font fentir aux perfonnes
les moins expérimentées ; l'habi
tude feule apprend à fentir & à goûter
F'harmonie. La plus belle harmonie trouble
les oreilles qui n'y font pas faites. Un
payfan ne pourra fupporter l'enfemble d'un
duo de flûtesdont les parties l'auront émerMA
I. 1.752. 139
t
veillé tour-à- tour ; & puiſque j'en fuis fue
eet article , on me permettra de rapporter
l'idée d'un homme de lettres qui m'a
toujours paru fort jufte ; c'eft qu'il y auroit
un moyen de rendre un enfant excellent
juge en Mulique , fans lui faire lire ou
chanter une note . Pour cet effet , il faudroit
qu'il y eût dans fon éducation une
partie muficale ; cette partie confifteroit à
lui faire entendre avec atttention un beau
folo , de lui répéter ce folo , jufqu'à ce quele
chant lui en fût extrêmement familier ;
d'y joindre alors un accompagnement de
quelques notes difperfées , & mifes en des .
endroits firares & fi choifis, que le chant de
deffus n'en fût prefque point alteré ; de rendre
enfuite Faccompagnement un peu plus :
fuivi, puis tout- à fait continu ; enfin con-
: tinu , & chantant,pour accoutumer ainfi fes.
jeunes oreilles à faifir diftinctement deux.
parties à la fois , puis trois , quatre ; &
à la longue à juger très-folidement d'un
choeur entier , facilité qu'elles n'acquereront
jamais , tant qu'elles feront abandondonnées
à elles - mêmes , & qu'on ne les
conduira infenfiblement de la notion .
du fimple , à celle du compofé .
pas
Je prie M. de Serre de confidérer que
cet exercice eft prefque fuperflu pour la
mélodie , furtout lorfque les chants font140
MERCUREDE FRANCE:
faciles & naturels , & qu'un Compofiteur
ne s'eft pas propofé de faire preuve d'habileté
en traverfant avec rapiditéune fuite
demodulations bizares moins afforties par
le goût , qu'amenées & contraintes par la
connnoiffance de l'art. J'ai entendu raconter
du célébre M. Geminiani , que quand
il avoit un adagio touchant & pathetique
à compofer, il commençoit par fe recueillir
en lui- même , à fe repréfenter les plus
grands malheurs , la mort de fes enfans
le défefpoir de fa femme , l'incendie de fa
maifon , l'abandon de tous les amis , &
que quand il étoit bien affecté de toutes
ces cruelles peintures , alors il prenoit føn
violon & fe livroit aux lugubres images
errantes dans fon imagination. M. de Serre
croit - il , en bonne foi , que ce fût l'harmonie
qui occupoit alors principalement
le célébreMuficien dont je viens de parler.
M. de Serre ne manquera pas de me dire
que le fon confidéré phyfiquement n'exifte
point feul & que fes vibrations l'offrent
toujours avec fa tierce , fa quinte & fon
octave. Il me dira encore que ce fon
donné , paffe de préférence à fa quinte ,
à fa tierce , &c. . . . . mmaaiiss que réfulteroit-
il de ce phénomene ? Que nous tenons
de la naure la mélodie , qu'elle nous
Luggére l'harmonie , & qu'elle nous pré-
...
MAL. 1752. 141
f
Tente la route de plufieurs fons à la fois ;
c'est là tout; mais un Compofiteur fait-il
un morceau de mélodie ? Forme-t -il des
chants ? Il ne fuit alors que fon génie ;
fes tours de chant font reguliers , ils
produiront une belle modulation , une
belle harmonie ; fi le morceau manque
par la mélodie tout l'édifice s'écroulera
; le Compofiteur aura beau fe tourmenter,
mettre confonances fur diffonances
, diflonances fur confonances , multiplier
les traits , parcourir des modulations
, le tout fera fort fçavant & fort
mauvais.
Veut-on qu'une Mufique foit belle ?
Que le chant en foit bien conçû , qu'il
ait un caractere de force & de vérité ; que
cette expreflion donne lieu à des cordes
d'harmonie & à des modulations piquantes
, à des détails d'harmonie naturelle, & c.
tous ces acceffoires acheveront la peinture.
Voilà les fleurs que l'art doit apprendre à
cueillir: c'eftce qu'onpourroit appellerdars
un tableau,fonds de payfage , architecture ,
draperies , & autres parties fubordonnées ,
qui avec le coloris, complexent l'harmonie
du tableau . Mais c'eft aux traits du deffein ,
aux caracteres des figures , à la nature du
Lujet , aux contours agréables à donner
de l'expreffion aux têtes , du gefte aux fi142
, MERCURE DE FRANCE.
gures , de la vie au tout. Voilà la mélodie
, le refte n'eft que d'accompagnement
& d'harmonie. M. de Serre peut voir par
l'attention que j'ai à tirer mes comparai
fons de fon talent , combien je ferois flatté
qu'il m'entendît . ·
参
En un mot , eft ce la rime en poëfie ,
la cadence des fillabes , l'harmonie du vers
qui forment la poësie , ou plutôt le ftile ,
les penfées , les images , les expreffions ,
les peintures ? Combien de morceaux de
mufique où le chant nous ravit , & où les
parties d'accompagnement méritent à pei
ne notre attention ? Les accompagnemens
dans tous les arts d'imitation ne font beauté
, qu'autant qu'ils ajoûtent à l'expreffion
des parties principales. Je conviens qu'en
mufique ce n'eft pas du concours de ces deux
fources qu'il peut fortir un tout également
fatisfaisant pour l'efprit & pour l'organe ;
mais je n'ai garde de prendre l'acceffoire
pour le principal.
Ceft dans le deffein de perfectionner la
mélodie & l'harmonie que j'ai propofé un
troifiéme mode : j'ai cru que ce mode donnoit
plus de liberté , plus de variété & dans
les parties principales & dans les fubordonnées
; que le paffage d'un accord à un autre
, la différence du majeur au mineur
dans la tierce , le progrès d'un femi- ton à
1
MAI. 7752. 143
T'octave déterminoient notre oreille en faveur
de tel ou tel mode ; les intervalles de
tierce , quarte ou quinte donnés par la
nature , le progrès d'un ton à l'octave ,
auroient le même privilege , qu'on me
fçauroit quelque gré d'avoir indiqué un
moyen de paffer fans embarras à travers
une fuite de modulations indécifes où l'on
avoit été juſqu'à préſent très expofé à s'égarer
, &c. ... . Telle a été la baſe fur
laquelle j'ai établi le mode mixte ; quelques
Connoiffeurs , entre lefquels je me
fais un honneur de citer M. Rouffeau de
Geneve , ont approuvé ma tentative ; les
autres pourront peut-être dans la fuite en -
juger mieux , fur des morceaux propres
à ce genre , que fur les raifons de mes cenfeurs
qui ne m'ont jufqu'à préfent para ni
affez fortes ni affez claires , pour me faire
changer d'avis .
د
Je fupplie M. de Serre une autre fois de
bannir de fes écrits fur la Mufique , Donquichotte
, la Myologie , la Phyfiologie.
l'Aftronomie , le flux & reflux de la Mer ,
qui n'y ont que faire , & de fonger que
tout cet étalage ne tend gueres à prouver
qu'un mode eft bon ou mauvais. Lorfque
je l'entends débuter en ces termes , le fon
mi eft le pricipal du mode lami ; & c'eft le
centre harmonique dans amila ; elami &
7
144 MERCURE DE FRANCE.
amila ne différe que par le choix du fon
initial qui dans un des cas eft mi, & la dans
l'autre j'efpérai que ce début fimple &
rélatif à l'art , nous meneroit à quelque
chofe ; mais point du tout , il s'écarte
bientôt de fa route pour m'entraîner tout
à traver champs au tribunal de l'harmonie.
Je conviens que ce tribunal eft bon , mais
ne me paroît pas competent ici , & je
rois pouvoir m'en tenir à celui de la méodie
, jufquà ce qu'il plaife à M. de Serre
le me détromper.
J'ajoûterai feulement que le fyftème des
atins avoit douze modes ; que ces modes
A réduifoient à deux , auffi-tôt que l'harnie
fe fut arrogé l'empire fur la
lodie ; alors il ne refta prefque plus de
iges de la Mufique ancienne , elle perbeaucoup
de fa richeffe , mais elle ne
t aucun de fes admirateurs. Quelle
... bizarrerie de ces admirateurs! Ils continuent
d'attribuer à cette Mufique ancien
ne les effets les plus inouis ; ils ne ceffent
de rabaiffer la nôtre par les éloges qu'ils
lui donnent ; ce font des plaintes , des regrets
, des comparaifons odieufes que nos
plus beaux morceaux n'interrompent point;
& lorfqu'un moderne s'élance du chemin
batu & cherche à rouvrir les fources abandonnées
des prodiges de la Mufique ancienne
,
MAI. 17526 145
cienne, il ne rencontre que des ironies, des
injures , des critiques , des contradictions ,
& c.. qu'on nous dife une bonne fois que la
Mufique des anciens étoit déteftable , afin
que nous ceffions de courir en vain après des
chants perdus qui ne méritent pas la peine
d'être retrouvés , ou fi l'on perfifte à foûtenir
que la Mufique moderne a beaucoup
3 gagner dans cette recherche , qu'on applaudiffe
donc à nos efforts & qu'on nous
encourage .
En attendant que le Public fente cette
contradiction de fes jugemens , M. de
Serre me permettra de lui repréfenter , à
lui qui n'eft pas un homme de la foule , à
lui qui a des oreilles ; que l'adoption du
mode mixte augmente notre fond , n’altere
point nos principes , & ne nous induit
en aucune erreur ; que je m'en fuis
fervi avec fuccés ; qu'un autre pourra s'en
fervir avec le même avantage au moins ;
qu'étant de plus grandes reflources que
l'Enfarmonique qui ne nous fournit que
des paffages , il feroit ridicule de le prof
crire , lui qui nous fournit des chants fuivis
; que mon exemple n'autorifera perfonne
à prendte pour initiales d'autres
notes de l'octave , & abigarer notre Mufique
d'une foule de modes inconnus ;
qu'il eft démontré que le mode mixte eft
G
146 MERCURE DE FRANCE.
J
1
foit
le feul qu'on puiffe ajoûter aux deux
autres ; que toute autre initiale qu'on prît,
il en résulteroit une gamme trop vicieuſe
pour la mélodie , foit pour l'harmo
nie ; & qu'il eft même furprenant qu'on
n'ait pas employé contre le mode d'Elami ,
les raifons par lefquelles j'ai rejette les autres
gammes .
On a abandonné le mode plagal , dit
M. Broffard , & on s'en eft tenu à l'autentique
, parce que le premier étoit comme
le collateral de celui- ci , & naiffoit , pour
ainfi dire , de fon extenfion . Quand M.
de Serre fe feroit appuié de cette autorité ,
je ne m'en tiendrois pas pour mieux combattu
. Il ne s'agit ici ni de l'opinion de M.
Broffard , ni de celle de M. de Serre , ni
de la mienne , mais du fentiment de l'organe
& de la raifon ; & la fuppreffion du
mode plagal ne la juftifie nullement .
Je paffe enfin aux propofitions qui terminent
le dernier écrit de M. de Serre. Il
dit qu'un accord diffonant porte toujours
fur un doubleffon fondamental. Qu'il me
foit permis de lui demander :
1. Quels font les deux fondamentaux
de l'accord de feptumi de la dominante
tonique fol , dans le ton de ut , fol , fi ,
re , fa.
2. Pourquoi dans la progreffion fonMA
I. 1752:
147
damentale , il fe trouve de fa à fi , un
intervalle de fauffe quinte en defcendant ,
ou de triton en montant , deux intervalles
contraires à la mélodie.
3°. Quelle forte d'accord peut joindre
en montant , la dominante à la fixiéme note
, & cette fixiéme à la fenfible.
4°. Pourquoi dans les progreffions de
tierce , quarte ou quinte , le deffus eft
dans un mode & la baffe dans un autre.
5°. Pourquoi un deffus pris féparément
& fuppofé comme baffe , comporte une
harmonie qui n'eft plus la même , quand on
vient à y faire une baffe continue.
Je ne connois perfonne à qui je puiſſe
m'adreffer à plus jufte titre qu'à M. de
Serre qui paroît étudier l'harmonie en Philofophe
; mais qu'il me permette de l'avertir
que s'il fe propofe de m'éclairer moi &
beaucoup d'autres chetifs Muficiens , gens
ignares & non lettres comme moi , il faut
qu'il ait la bonté de changer de ton ; de
defcendre en notre faveur des hautes regions
où il fe plaît à planer au- delà de notre
vûë, & de marcher terre à terre ,
terre , fans
quoi les oracles continuant de nous être
inintelligibles , je me croirai difpenfé de
l'interroger & de lui répondre..
Deffertation où l'on examine les droits de ba
mélodie de l'harmonie , pour fervir de
réponse aux réflexions de M. de Serre , inferées
dans le Mercure de Janvier. Par
M. Blainville.
LE but de M.de Serre dans les deux
réponses étoit apparemment ou de
m'éclaircir , ou d'amufer le public . La prenie
re , fous le nom de Philetius , très- laconique
, ne m'a rien appris ; la feconde,
fous le nom propre de l'Auteur , plus éten
duë , ne m'a pas inftruit davantage ; mais
peut-être ont- elles toutes deux amuſé d'autres
Lecteurs ; Ainfi foit il.
J'ai avancé que la mélodie avoit beaucoup
plus de pouvoir fur l'oreille que
T'harmonie , & M. de Serre en eft fort
furpris. Il n'a vraisemblablement
fait là
deffus qu'une femi- réflexion, & c'est ce qu'il
eft bon de lui montrer.
La mélodie naît de l'enchainement de
plufieurs fons qui forment les chants &
que l'harmonie fortifie par d'autres fons
ajoutés , mais ces derniers. ne s'ajoûrent
qu'après le chant imaginé , & celui qui
138 MERCURE DE FRANCE.
chercheroit un clrant fur une baffe donnée,
reffembleroit à peu près à celui qui rempliroit
des bouts rimés. C'eft au chant à
fuggérer l'harmonie , & non pas à l'harmonie
à fuggerer les chants.
Faire une baffe , y ajuster un - deffus ,
mettre des paroles fur ce deffus , voilà ce
qu'on pourroit appeller commencer le deffein
d'une figure par le pied d'eftal , & l'achever
par la tête. On peut quelquefois
fe propofer , tant en peinture qu'en Mufique
, ces efpeces de défis , & même s'en
tirer heureufement ; mais ce n'eft pas la
marche ordinaire du génie. La nature entraine
d'abord & prefqu'invinciblement
le Compofiteur dans les routes de la mélodie
, furtout quand il eft plein du ſujet
qu'il veut rendre , mais M. de Serre n'eft
pas obligé d'avoir fenti cet attrait mufical
, ni par conféquent d'en tirer toutes
les vérités qui en découlent. L'harmonie
eft fille de l'expérience & de l'art ; la mélodie
eft fille de la nature & du génie Les
charmes de celle - ci fe font fentir aux perfonnes
les moins expérimentées ; l'habi
tude feule apprend à fentir & à goûter
F'harmonie. La plus belle harmonie trouble
les oreilles qui n'y font pas faites. Un
payfan ne pourra fupporter l'enfemble d'un
duo de flûtesdont les parties l'auront émerMA
I. 1.752. 139
t
veillé tour-à- tour ; & puiſque j'en fuis fue
eet article , on me permettra de rapporter
l'idée d'un homme de lettres qui m'a
toujours paru fort jufte ; c'eft qu'il y auroit
un moyen de rendre un enfant excellent
juge en Mulique , fans lui faire lire ou
chanter une note . Pour cet effet , il faudroit
qu'il y eût dans fon éducation une
partie muficale ; cette partie confifteroit à
lui faire entendre avec atttention un beau
folo , de lui répéter ce folo , jufqu'à ce quele
chant lui en fût extrêmement familier ;
d'y joindre alors un accompagnement de
quelques notes difperfées , & mifes en des .
endroits firares & fi choifis, que le chant de
deffus n'en fût prefque point alteré ; de rendre
enfuite Faccompagnement un peu plus :
fuivi, puis tout- à fait continu ; enfin con-
: tinu , & chantant,pour accoutumer ainfi fes.
jeunes oreilles à faifir diftinctement deux.
parties à la fois , puis trois , quatre ; &
à la longue à juger très-folidement d'un
choeur entier , facilité qu'elles n'acquereront
jamais , tant qu'elles feront abandondonnées
à elles - mêmes , & qu'on ne les
conduira infenfiblement de la notion .
du fimple , à celle du compofé .
pas
Je prie M. de Serre de confidérer que
cet exercice eft prefque fuperflu pour la
mélodie , furtout lorfque les chants font140
MERCUREDE FRANCE:
faciles & naturels , & qu'un Compofiteur
ne s'eft pas propofé de faire preuve d'habileté
en traverfant avec rapiditéune fuite
demodulations bizares moins afforties par
le goût , qu'amenées & contraintes par la
connnoiffance de l'art. J'ai entendu raconter
du célébre M. Geminiani , que quand
il avoit un adagio touchant & pathetique
à compofer, il commençoit par fe recueillir
en lui- même , à fe repréfenter les plus
grands malheurs , la mort de fes enfans
le défefpoir de fa femme , l'incendie de fa
maifon , l'abandon de tous les amis , &
que quand il étoit bien affecté de toutes
ces cruelles peintures , alors il prenoit føn
violon & fe livroit aux lugubres images
errantes dans fon imagination. M. de Serre
croit - il , en bonne foi , que ce fût l'harmonie
qui occupoit alors principalement
le célébreMuficien dont je viens de parler.
M. de Serre ne manquera pas de me dire
que le fon confidéré phyfiquement n'exifte
point feul & que fes vibrations l'offrent
toujours avec fa tierce , fa quinte & fon
octave. Il me dira encore que ce fon
donné , paffe de préférence à fa quinte ,
à fa tierce , &c. . . . . mmaaiiss que réfulteroit-
il de ce phénomene ? Que nous tenons
de la naure la mélodie , qu'elle nous
Luggére l'harmonie , & qu'elle nous pré-
...
MAL. 1752. 141
f
Tente la route de plufieurs fons à la fois ;
c'est là tout; mais un Compofiteur fait-il
un morceau de mélodie ? Forme-t -il des
chants ? Il ne fuit alors que fon génie ;
fes tours de chant font reguliers , ils
produiront une belle modulation , une
belle harmonie ; fi le morceau manque
par la mélodie tout l'édifice s'écroulera
; le Compofiteur aura beau fe tourmenter,
mettre confonances fur diffonances
, diflonances fur confonances , multiplier
les traits , parcourir des modulations
, le tout fera fort fçavant & fort
mauvais.
Veut-on qu'une Mufique foit belle ?
Que le chant en foit bien conçû , qu'il
ait un caractere de force & de vérité ; que
cette expreflion donne lieu à des cordes
d'harmonie & à des modulations piquantes
, à des détails d'harmonie naturelle, & c.
tous ces acceffoires acheveront la peinture.
Voilà les fleurs que l'art doit apprendre à
cueillir: c'eftce qu'onpourroit appellerdars
un tableau,fonds de payfage , architecture ,
draperies , & autres parties fubordonnées ,
qui avec le coloris, complexent l'harmonie
du tableau . Mais c'eft aux traits du deffein ,
aux caracteres des figures , à la nature du
Lujet , aux contours agréables à donner
de l'expreffion aux têtes , du gefte aux fi142
, MERCURE DE FRANCE.
gures , de la vie au tout. Voilà la mélodie
, le refte n'eft que d'accompagnement
& d'harmonie. M. de Serre peut voir par
l'attention que j'ai à tirer mes comparai
fons de fon talent , combien je ferois flatté
qu'il m'entendît . ·
参
En un mot , eft ce la rime en poëfie ,
la cadence des fillabes , l'harmonie du vers
qui forment la poësie , ou plutôt le ftile ,
les penfées , les images , les expreffions ,
les peintures ? Combien de morceaux de
mufique où le chant nous ravit , & où les
parties d'accompagnement méritent à pei
ne notre attention ? Les accompagnemens
dans tous les arts d'imitation ne font beauté
, qu'autant qu'ils ajoûtent à l'expreffion
des parties principales. Je conviens qu'en
mufique ce n'eft pas du concours de ces deux
fources qu'il peut fortir un tout également
fatisfaisant pour l'efprit & pour l'organe ;
mais je n'ai garde de prendre l'acceffoire
pour le principal.
Ceft dans le deffein de perfectionner la
mélodie & l'harmonie que j'ai propofé un
troifiéme mode : j'ai cru que ce mode donnoit
plus de liberté , plus de variété & dans
les parties principales & dans les fubordonnées
; que le paffage d'un accord à un autre
, la différence du majeur au mineur
dans la tierce , le progrès d'un femi- ton à
1
MAI. 7752. 143
T'octave déterminoient notre oreille en faveur
de tel ou tel mode ; les intervalles de
tierce , quarte ou quinte donnés par la
nature , le progrès d'un ton à l'octave ,
auroient le même privilege , qu'on me
fçauroit quelque gré d'avoir indiqué un
moyen de paffer fans embarras à travers
une fuite de modulations indécifes où l'on
avoit été juſqu'à préſent très expofé à s'égarer
, &c. ... . Telle a été la baſe fur
laquelle j'ai établi le mode mixte ; quelques
Connoiffeurs , entre lefquels je me
fais un honneur de citer M. Rouffeau de
Geneve , ont approuvé ma tentative ; les
autres pourront peut-être dans la fuite en -
juger mieux , fur des morceaux propres
à ce genre , que fur les raifons de mes cenfeurs
qui ne m'ont jufqu'à préfent para ni
affez fortes ni affez claires , pour me faire
changer d'avis .
د
Je fupplie M. de Serre une autre fois de
bannir de fes écrits fur la Mufique , Donquichotte
, la Myologie , la Phyfiologie.
l'Aftronomie , le flux & reflux de la Mer ,
qui n'y ont que faire , & de fonger que
tout cet étalage ne tend gueres à prouver
qu'un mode eft bon ou mauvais. Lorfque
je l'entends débuter en ces termes , le fon
mi eft le pricipal du mode lami ; & c'eft le
centre harmonique dans amila ; elami &
7
144 MERCURE DE FRANCE.
amila ne différe que par le choix du fon
initial qui dans un des cas eft mi, & la dans
l'autre j'efpérai que ce début fimple &
rélatif à l'art , nous meneroit à quelque
chofe ; mais point du tout , il s'écarte
bientôt de fa route pour m'entraîner tout
à traver champs au tribunal de l'harmonie.
Je conviens que ce tribunal eft bon , mais
ne me paroît pas competent ici , & je
rois pouvoir m'en tenir à celui de la méodie
, jufquà ce qu'il plaife à M. de Serre
le me détromper.
J'ajoûterai feulement que le fyftème des
atins avoit douze modes ; que ces modes
A réduifoient à deux , auffi-tôt que l'harnie
fe fut arrogé l'empire fur la
lodie ; alors il ne refta prefque plus de
iges de la Mufique ancienne , elle perbeaucoup
de fa richeffe , mais elle ne
t aucun de fes admirateurs. Quelle
... bizarrerie de ces admirateurs! Ils continuent
d'attribuer à cette Mufique ancien
ne les effets les plus inouis ; ils ne ceffent
de rabaiffer la nôtre par les éloges qu'ils
lui donnent ; ce font des plaintes , des regrets
, des comparaifons odieufes que nos
plus beaux morceaux n'interrompent point;
& lorfqu'un moderne s'élance du chemin
batu & cherche à rouvrir les fources abandonnées
des prodiges de la Mufique ancienne
,
MAI. 17526 145
cienne, il ne rencontre que des ironies, des
injures , des critiques , des contradictions ,
& c.. qu'on nous dife une bonne fois que la
Mufique des anciens étoit déteftable , afin
que nous ceffions de courir en vain après des
chants perdus qui ne méritent pas la peine
d'être retrouvés , ou fi l'on perfifte à foûtenir
que la Mufique moderne a beaucoup
3 gagner dans cette recherche , qu'on applaudiffe
donc à nos efforts & qu'on nous
encourage .
En attendant que le Public fente cette
contradiction de fes jugemens , M. de
Serre me permettra de lui repréfenter , à
lui qui n'eft pas un homme de la foule , à
lui qui a des oreilles ; que l'adoption du
mode mixte augmente notre fond , n’altere
point nos principes , & ne nous induit
en aucune erreur ; que je m'en fuis
fervi avec fuccés ; qu'un autre pourra s'en
fervir avec le même avantage au moins ;
qu'étant de plus grandes reflources que
l'Enfarmonique qui ne nous fournit que
des paffages , il feroit ridicule de le prof
crire , lui qui nous fournit des chants fuivis
; que mon exemple n'autorifera perfonne
à prendte pour initiales d'autres
notes de l'octave , & abigarer notre Mufique
d'une foule de modes inconnus ;
qu'il eft démontré que le mode mixte eft
G
146 MERCURE DE FRANCE.
J
1
foit
le feul qu'on puiffe ajoûter aux deux
autres ; que toute autre initiale qu'on prît,
il en résulteroit une gamme trop vicieuſe
pour la mélodie , foit pour l'harmo
nie ; & qu'il eft même furprenant qu'on
n'ait pas employé contre le mode d'Elami ,
les raifons par lefquelles j'ai rejette les autres
gammes .
On a abandonné le mode plagal , dit
M. Broffard , & on s'en eft tenu à l'autentique
, parce que le premier étoit comme
le collateral de celui- ci , & naiffoit , pour
ainfi dire , de fon extenfion . Quand M.
de Serre fe feroit appuié de cette autorité ,
je ne m'en tiendrois pas pour mieux combattu
. Il ne s'agit ici ni de l'opinion de M.
Broffard , ni de celle de M. de Serre , ni
de la mienne , mais du fentiment de l'organe
& de la raifon ; & la fuppreffion du
mode plagal ne la juftifie nullement .
Je paffe enfin aux propofitions qui terminent
le dernier écrit de M. de Serre. Il
dit qu'un accord diffonant porte toujours
fur un doubleffon fondamental. Qu'il me
foit permis de lui demander :
1. Quels font les deux fondamentaux
de l'accord de feptumi de la dominante
tonique fol , dans le ton de ut , fol , fi ,
re , fa.
2. Pourquoi dans la progreffion fonMA
I. 1752:
147
damentale , il fe trouve de fa à fi , un
intervalle de fauffe quinte en defcendant ,
ou de triton en montant , deux intervalles
contraires à la mélodie.
3°. Quelle forte d'accord peut joindre
en montant , la dominante à la fixiéme note
, & cette fixiéme à la fenfible.
4°. Pourquoi dans les progreffions de
tierce , quarte ou quinte , le deffus eft
dans un mode & la baffe dans un autre.
5°. Pourquoi un deffus pris féparément
& fuppofé comme baffe , comporte une
harmonie qui n'eft plus la même , quand on
vient à y faire une baffe continue.
Je ne connois perfonne à qui je puiſſe
m'adreffer à plus jufte titre qu'à M. de
Serre qui paroît étudier l'harmonie en Philofophe
; mais qu'il me permette de l'avertir
que s'il fe propofe de m'éclairer moi &
beaucoup d'autres chetifs Muficiens , gens
ignares & non lettres comme moi , il faut
qu'il ait la bonté de changer de ton ; de
defcendre en notre faveur des hautes regions
où il fe plaît à planer au- delà de notre
vûë, & de marcher terre à terre ,
terre , fans
quoi les oracles continuant de nous être
inintelligibles , je me croirai difpenfé de
l'interroger & de lui répondre..
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Résumé : D[i]ssertation où l'on examine les droits de la mélodie & de l'harmonie, pour servir de réponse aux réflexions de M. de Serre, inserées dans le Mercure de Janvier. Par M. Blainville.
M. Blainville réagit aux propos de M. de Serre sur les droits de la mélodie et de l'harmonie en musique. Il affirme que la mélodie, issue de l'enchaînement naturel des sons formant les chants, exerce une influence plus puissante sur l'oreille que l'harmonie, qui renforce ces sons par des ajouts. La mélodie, considérée comme naturelle et géniale, précède l'harmonie, fruit de l'expérience et de l'art. Pour illustrer ce point, Blainville cite l'exemple d'un paysan incapable de tolérer un duo de flûtes harmonieux. Il propose une méthode pour former un jeune critique musical en l'entraînant à distinguer plusieurs parties musicales simultanément. Blainville critique ceux qui favorisent les modulations complexes au détriment des mélodies naturelles, mentionnant Geminiani qui composait des adagios en s'inspirant de ses malheurs personnels. Il soutient que la beauté musicale repose sur un chant bien conçu, exprimant force et vérité, et que l'harmonie et les modulations doivent enrichir cette expression. Le texte aborde également les éléments principaux et secondaires dans les arts, soulignant l'importance des éléments fondamentaux pour exprimer l'essence d'une œuvre. Blainville introduit le 'mode mixte', qu'il juge offrant plus de liberté et de variété, approuvé par des experts comme Rousseau de Genève. Il critique l'idéalisation excessive de la musique ancienne et défend son mode mixte comme enrichissant la musique sans altérer ses principes fondamentaux. Il rejette les autres gammes comme trop nuisibles pour la mélodie et l'harmonie. Enfin, Blainville conteste la suppression du mode plagal et pose des questions critiques sur les propositions de M. de Serre concernant les fondamentaux des accords, les intervalles mélodiques et les progressions harmoniques. Il demande des explications plus claires et accessibles pour les musiciens moins érudits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13104
p. 147-148
« Le Public n'a pas oublié encore l'agréable fête du premier Acte du Carnaval [...] »
Début :
Le Public n'a pas oublié encore l'agréable fête du premier Acte du Carnaval [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Le Public n'a pas oublié encore l'agréable fête du premier Acte du Carnaval [...] »
Le Public n'a pas oublié encore l'agréable fête du premier Acte du Carnaval
..
G.ij.
148 MERCURE DE FRANCE.
du Parnasse. M. de S. Aubin a saisi dans
son tableau le caractere comique que M.
Lani avoit donné à son ballet, & M. Ba-
san a bien rendu son original.
..
G.ij.
148 MERCURE DE FRANCE.
du Parnasse. M. de S. Aubin a saisi dans
son tableau le caractere comique que M.
Lani avoit donné à son ballet, & M. Ba-
san a bien rendu son original.
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13105
p. 148
« Le même Peintre & le même Graveur ont réuni leurs talens pour nous donner la [...] »
Début :
Le même Peintre & le même Graveur ont réuni leurs talens pour nous donner la [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Le même Peintre & le même Graveur ont réuni leurs talens pour nous donner la [...] »
Le même Peintre & le même Graveur
ont réuni leurs talens pour nous donner la
Guinguette, divertissement pantomime du
théatre Italien, composé par M. de Hesse.
C'est une imagination Flamande, rendue
dans le goût Flamand.
ont réuni leurs talens pour nous donner la
Guinguette, divertissement pantomime du
théatre Italien, composé par M. de Hesse.
C'est une imagination Flamande, rendue
dans le goût Flamand.
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13106
p. 148
« MONSIEUR le Marquis de Voyer a dans son magnifique Cabinet un Tableau de [...] »
Début :
MONSIEUR le Marquis de Voyer a dans son magnifique Cabinet un Tableau de [...]
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texteReconnaissance textuelle : « MONSIEUR le Marquis de Voyer a dans son magnifique Cabinet un Tableau de [...] »
MONSIEUR le Marquis de Voyer a dans
son magnifique Cabinet un Tableau de
Wouvermens, intitulé Cavalier du manège,
M. Moyreau qui est en possession de ten-
dre & de bien rendre les meilleurs quyra-
ges de ce grand Peintre, vient de grayer
ce beau tableau. C'est le 70 de sa suue.
Cet habile Graveur demeure rue des Ma-
thurins, la 4 Porte cochere à gauche en
entrant par la rue de la Harpe.
son magnifique Cabinet un Tableau de
Wouvermens, intitulé Cavalier du manège,
M. Moyreau qui est en possession de ten-
dre & de bien rendre les meilleurs quyra-
ges de ce grand Peintre, vient de grayer
ce beau tableau. C'est le 70 de sa suue.
Cet habile Graveur demeure rue des Ma-
thurins, la 4 Porte cochere à gauche en
entrant par la rue de la Harpe.
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13107
p. 148-149
« On a vu dans différens Mercures quelques contestations assez vives entre MM. [...] »
Début :
On a vu dans différens Mercures quelques contestations assez vives entre MM. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « On a vu dans différens Mercures quelques contestations assez vives entre MM. [...] »
On a vu dans différens Mercures quelques
contestations assez vives entre MM.
le Roi l'ainé fils & le Paute, à l'occasion
d'une nouvelle pendule à une roue qui a
fait du bruit & quij en devoit faire. M. le
Roi se disoit seul inventeur de la pendule;
149
1752.
MAI.
M. le Paute prétendoit y avoir fait quel-
ques changemens. Le premier vient de
faire imprimer un Acte public qui ne laisse
aucun nuage fur ses droits; mais le second
a répandu un mémoire dans lequel il sou-
tient que le célébre M. Rivard revendi-
que cette découverte. Toutes ces préten-
tions prouvent que la nouvelle pendule
doit avoir un grand mérite.
contestations assez vives entre MM.
le Roi l'ainé fils & le Paute, à l'occasion
d'une nouvelle pendule à une roue qui a
fait du bruit & quij en devoit faire. M. le
Roi se disoit seul inventeur de la pendule;
149
1752.
MAI.
M. le Paute prétendoit y avoir fait quel-
ques changemens. Le premier vient de
faire imprimer un Acte public qui ne laisse
aucun nuage fur ses droits; mais le second
a répandu un mémoire dans lequel il sou-
tient que le célébre M. Rivard revendi-
que cette découverte. Toutes ces préten-
tions prouvent que la nouvelle pendule
doit avoir un grand mérite.
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Résumé : « On a vu dans différens Mercures quelques contestations assez vives entre MM. [...] »
En 1752, M. le Roi et M. le Paute se disputent la paternité d'une pendule à une roue. M. le Roi affirme en être l'inventeur, tandis que M. le Paute revendique des modifications majeures. M. le Roi publie un acte officiel pour affirmer ses droits. M. le Paute mentionne que M. Rivard revendique aussi cette invention.
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13108
p. 149-150
« Il vient d'être mis au jour par Gaignot Me Teneur de livres à Nantes trois cartes [...] »
Début :
Il vient d'être mis au jour par Gaignot Me Teneur de livres à Nantes trois cartes [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Il vient d'être mis au jour par Gaignot Me Teneur de livres à Nantes trois cartes [...] »
Il vient d'être mis au jour par Gaignot
Me Teneur de livres à Nantes trois cartes
de Cabinet ou Tarifs contenans la réduc-
tion des Monnoyes étrangeres des princi-
pales Places de l'Europe, depuis le plus
bas prix de change jusqu'au plus haut, en
argent de France, & la réduction de l'ar-
gent de France en Monnoye étrangere;
lesquelles cartes se vendent à Paris, chez
Aubert, rue S. Jacques, au papillon; à
Nantes, chez l'Auteur, rue Derdre, &
chez Tanqueray, grande-rue, vis- à -vis
la rue des Jésuites. Le même Auteur espé-
re dans peu mettre au jour deux Mappe-
mondes contenans la correspondance des
poids & aulnages d'Europe, d'Asie, d'A-
frique & d'Amérique, & trois autres
livres, 1. Le guide de Commerce.
2. L'Arithmétique supputée. 3°. L'utilité
du Commerce contenant l'instruction &
G iij
150 MERCUREDE FRANCE.
opérations des changes & rechanges étran-
gers & de la teneur des livtes de compte
à parties doubles & simples avec modé-
les, &c.
Me Teneur de livres à Nantes trois cartes
de Cabinet ou Tarifs contenans la réduc-
tion des Monnoyes étrangeres des princi-
pales Places de l'Europe, depuis le plus
bas prix de change jusqu'au plus haut, en
argent de France, & la réduction de l'ar-
gent de France en Monnoye étrangere;
lesquelles cartes se vendent à Paris, chez
Aubert, rue S. Jacques, au papillon; à
Nantes, chez l'Auteur, rue Derdre, &
chez Tanqueray, grande-rue, vis- à -vis
la rue des Jésuites. Le même Auteur espé-
re dans peu mettre au jour deux Mappe-
mondes contenans la correspondance des
poids & aulnages d'Europe, d'Asie, d'A-
frique & d'Amérique, & trois autres
livres, 1. Le guide de Commerce.
2. L'Arithmétique supputée. 3°. L'utilité
du Commerce contenant l'instruction &
G iij
150 MERCUREDE FRANCE.
opérations des changes & rechanges étran-
gers & de la teneur des livtes de compte
à parties doubles & simples avec modé-
les, &c.
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Résumé : « Il vient d'être mis au jour par Gaignot Me Teneur de livres à Nantes trois cartes [...] »
Me Teneur, libraire à Nantes, a publié 'Trois cartes de cabinet ou tarifs', contenant des tableaux de conversion des monnaies européennes. Le livre est disponible à Paris et Nantes. Prochainement, il publiera des mappemondes sur les poids et mesures mondiaux, ainsi que trois autres ouvrages sur le commerce et la comptabilité.
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13109
p. 150-152
DEVISES Pour les jettons de l'année 1752.
Début :
TRESOR ROYAL. Une Fontaine dont l'eau découle. Légende. Fluit [...]
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texteReconnaissance textuelle : DEVISES Pour les jettons de l'année 1752.
DEVISES
Pour les jettons de l'année 1752.
TRESOR ROYAL.
Une Fontaine dont l'eau découle. Légende.
Fluit aeternumque ministrat. Elle coule
sans se tarir. Exergue. Trésor Royal. 1752.
PARTIES CASUELLES.
Une Riviere formée par des torrens. Lé-
gende. Ex fortuitis crescit. Elle se forme
par les hazards. Exergue, Parties Casuelles.
1752.
MAISON DE LA REINE.
L'étoile Polaire. Légende, Cœlis hæ-
ret, Terris lucet. Fixée au Ciel, elle brille
sur la Terre. Exergue, Maison de la Reine.
1752.
MAISON DE MADAME LA
DAUPHINE.
Un grenadier en fleur cultivé par un
Amour. Légende. Nec vota fefellit. Il n'a
7—
JETTONUDELANNEE1752.
III
Gad
Gnus ongkii
1752
IV
VIII
VI
N
EA
1782
XI.
IX
Tor.
a
1732
.
JRnen Ser
—
G
- --
151
1752.
MAI.
point trompé nos vœux. Exergue, Maison
de Madame la Dauphine. 1752.
CHAMBRE AUX DENIERS.
Un soleil sortant de l'horison. Légende.
Vrbis & orbis laetitia. Il. fait la joye de la
ville & du monde entier. Exergue, Cham-
bre aux Deniers. 1752.
EXTRAORDINAIRE DES GUERRES.
Le Dieu Mats qui marche à grands pas
guidé par un génie qui l'éclaire de son
flambeau. Legende. Doctus iter melius. Il lui
montre la meilleure route. Exergue, Ex-
traordinaire des Guerres. 1752.
ORDINAIRE DES GUERRES.
La Déesse de la Paix appuyée sur Mars.
Légende. Sic fulta, perennis. Elle est plus
stable avec un tel appui. Exergue. Ordinai-
re des Guerres. 1752.
MARINE.
Un nid d'Alcion sur la Mer calme, au-
dessus une troupe de jeunes Alcyons pre-
nant l'essor avec leur mere. Légende. Gau-
det prole nova. Elle se réjouit de voir sa
nouvelle race. Exergue, Marine. 1752.
LES COLONIES.
Mercure, Dieu du Commerce, avec son
G iiij
Uigstzes be0O
3
172 MERCUREDE FRANCE.
Caducée orné de fleurs de lys, volant au-
dessus de l'Ocean. Légende. Vtrique facit
commercia Mundo. Il unit le commerce des
deux Mondes. Exergue. Colonies. 1752.
BATIMENS DU ROY.
Minerve dans l'attitude d'une personne
qui pense, le coude appuyé sut une table
où sont quelques instrumens d'Archirectu-
re. Légende. Molitur grandia. Elle projet-
te de grandes choses. Exergue. Batimens du
Roi. 1752.
ARTILLERIE.
Le Soleil sortant de l'horison, & sur la
gauche un nuage d'où part la foudre, ce
qui étoit d'un heureux présage chez les
Romains. Légende, Hujus in ortu intonuit
laevum. A son lever il a tonné à gauche.
Exergue. Artillerie. 1752.
Pour les jettons de l'année 1752.
TRESOR ROYAL.
Une Fontaine dont l'eau découle. Légende.
Fluit aeternumque ministrat. Elle coule
sans se tarir. Exergue. Trésor Royal. 1752.
PARTIES CASUELLES.
Une Riviere formée par des torrens. Lé-
gende. Ex fortuitis crescit. Elle se forme
par les hazards. Exergue, Parties Casuelles.
1752.
MAISON DE LA REINE.
L'étoile Polaire. Légende, Cœlis hæ-
ret, Terris lucet. Fixée au Ciel, elle brille
sur la Terre. Exergue, Maison de la Reine.
1752.
MAISON DE MADAME LA
DAUPHINE.
Un grenadier en fleur cultivé par un
Amour. Légende. Nec vota fefellit. Il n'a
7—
JETTONUDELANNEE1752.
III
Gad
Gnus ongkii
1752
IV
VIII
VI
N
EA
1782
XI.
IX
Tor.
a
1732
.
JRnen Ser
—
G
- --
151
1752.
MAI.
point trompé nos vœux. Exergue, Maison
de Madame la Dauphine. 1752.
CHAMBRE AUX DENIERS.
Un soleil sortant de l'horison. Légende.
Vrbis & orbis laetitia. Il. fait la joye de la
ville & du monde entier. Exergue, Cham-
bre aux Deniers. 1752.
EXTRAORDINAIRE DES GUERRES.
Le Dieu Mats qui marche à grands pas
guidé par un génie qui l'éclaire de son
flambeau. Legende. Doctus iter melius. Il lui
montre la meilleure route. Exergue, Ex-
traordinaire des Guerres. 1752.
ORDINAIRE DES GUERRES.
La Déesse de la Paix appuyée sur Mars.
Légende. Sic fulta, perennis. Elle est plus
stable avec un tel appui. Exergue. Ordinai-
re des Guerres. 1752.
MARINE.
Un nid d'Alcion sur la Mer calme, au-
dessus une troupe de jeunes Alcyons pre-
nant l'essor avec leur mere. Légende. Gau-
det prole nova. Elle se réjouit de voir sa
nouvelle race. Exergue, Marine. 1752.
LES COLONIES.
Mercure, Dieu du Commerce, avec son
G iiij
Uigstzes be0O
3
172 MERCUREDE FRANCE.
Caducée orné de fleurs de lys, volant au-
dessus de l'Ocean. Légende. Vtrique facit
commercia Mundo. Il unit le commerce des
deux Mondes. Exergue. Colonies. 1752.
BATIMENS DU ROY.
Minerve dans l'attitude d'une personne
qui pense, le coude appuyé sut une table
où sont quelques instrumens d'Archirectu-
re. Légende. Molitur grandia. Elle projet-
te de grandes choses. Exergue. Batimens du
Roi. 1752.
ARTILLERIE.
Le Soleil sortant de l'horison, & sur la
gauche un nuage d'où part la foudre, ce
qui étoit d'un heureux présage chez les
Romains. Légende, Hujus in ortu intonuit
laevum. A son lever il a tonné à gauche.
Exergue. Artillerie. 1752.
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Résumé : DEVISES Pour les jettons de l'année 1752.
En 1752, divers jettons ont été émis pour représenter différentes institutions et fonctions royales. Le 'Trésor Royal' est symbolisé par une fontaine à eau éternelle, représentant une ressource inépuisable. Les 'Parties Casuelles' montrent une rivière formée par des torrents, signifiant une croissance aléatoire. La 'Maison de la Reine' est représentée par l'étoile Polaire, fixe et brillante. La 'Maison de Madame la Dauphine' présente un grenadier en fleur cultivé par un Amour, indiquant des vœux réalisés. La 'Chambre aux Deniers' utilise l'image d'un soleil levant apportant joie à la ville et au monde. L''Extraordinaire des Guerres' montre le dieu Mars guidé par un génie éclairant. L''Ordinnaire des Guerres' illustre la déesse de la Paix appuyée sur Mars, soulignant la stabilité. La 'Marine' est symbolisée par un nid d'Alcyons sur une mer calme, exprimant la joie d'une nouvelle génération. Les 'Colonies' sont représentées par Mercure unissant les deux mondes par le commerce. Les 'Batimens du Roy' montrent Minerve projetant de grandes choses. Enfin, l''Artillerie' utilise l'image du soleil levant accompagné d'un nuage de foudre, un présage heureux.
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13110
p. 153-162
LES INFORTUNÉS AMOURS DE COMINGE. ROMANCE.
Début :
Fuyez Mortels faux & parjures, [...]
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texteReconnaissance textuelle : LES INFORTUNÉS AMOURS DE COMINGE. ROMANCE.
LES INFORTUNÉS AMOURS
DE COMINGE.
ROMANCE.
Fuyez Mortels faux & parjures,
Qui de l'Amour faites un art,
Je veux des oreilles plus pures,
A mes chants vous n'avez point part:
Et vous, qu'nn feu divin anime,
Qui réverez l'Amour jusques dans ses rigueuts,
Plaignez sa plus tendre victime.,
De Cominge avec moi déplorez les malheurs,
...
Quel moment funeste & terrible!
Ce modele des vrais amans
Apprend l'événement horrible
Qui met le comble à ses tourmens;
Saisi de l'horreur la plus forte,
Il nourit sa douleur, & s'en fait un appui 3.
Il croit qu'Adélaide est morte,
Et l'Univers entier s'anéantit pour lui.
Il abhorre l'air qu'il respire,
Et le désespoit dans le cœur,
GV.
Uigfterad v0O
154 MERCURE DEFRANCE.
Suivant la fureur qui l'inspire,
Il vole en ce séjour d'horreur
De la mort funeste peinture,
Lieux affreux qu'aux regrets l'amour a consacrés
Séjour formé par la Nature
Pour recevoir les pleurs des cours désespérés.
Rancé (*) dont l'ame déchitée
Retraçoit sans cesse à ses yeux,
Son Amante défigurée
Par le trépas le plus hideux;
Rancé dans ce lieu solitaire
Avoit à la douleur dressé ce monument;
C'est-là que Cominge s'enterre
Un silence éternel y nourrit son tourment.
ee
Oui, dit il, ce morne silence
(*) L'Abbé de Rancé, livré dans sa jeunesse aux
passions les plus vives, après quelque tems d'ab-
sence, monta chez la Duchesse de Montbazon
par un escalier dérobé par lequel il avoir coutume
de passer, c'étoit précisément dans le moment
qu'elle venoit de mourir de la petite vérole, qui
l'avoit horriblement défigurée; il ne se doutoit
seulement pas qu'elle fût malade; frappé d'un spec-
tacle si peu attendu, il alla s'ensevelir dans son
Abbaye de la Trape, qui alors étoit très relâchée,
& il y établit en 1663. la réforme qui y subsiste
actuellement.
MAI.
1752.
155
Craindra de troubler ma douleur
Le voile de la pénitence
N'en servira qu'à mon ardeur;
Brulé, consumé par ma flamme,
Aux traits du désespoir dévoué pour jamais,
J'y vais abandonner mon ame
Sous le masque trompeur de la plus sainte pais
Et plus malheureux & plus tendre,
Cette victime de l'amour
Sous le Cilice & sur la dendre,
Vivoit pour mourir chaque jour;
Quand il entend les sons fragiles
De la cloche qui doit rassembler les reclus,
Pour être spectateurs tranquilles
De la prochaine mort de l'un de ces Elusi
Suivant un respectable usage,
Il se prosterne en arrivant;
Hélas! que devint son courage :
Qui peut peindre tout ce qu'il sent»
Lorsque son oreille est frappée
De cette voix si douce & si chere à son coeut,
Toute son ame est occupée
De surprise d'amour, d'espoir & de terreuri
GV
156 MERCURE DE FRANCE.
Son sang ne circule qu'à peine,
La douleur étouffe ses cris
Il retient jusqu'à son haleine,
Pour recueillir ces sons cheris.
Une voix éteinte & tremblante,
Prouve qu'Adelaide approche de la mott;
Alors de sa bouche expirante
Ces mots interrompus sortent avec effort.
O, mes Peres! je suis indigne,
De ces soins dont vous m'honorez,
Que j'ai fait un abus insigne
De l'habit que vous révérez!
Vous voyez une pécheresse
Qu'un malheureux amour a conduit en ces lieux I,
Cominge eut toute ma tendresse,
Mais nos parens cruels traverserent nos feux,
Pour rompre notre intelligence
On le mit en captivité,
Pour prix de mon obéissance
On me promit sa liberté,
Mon hymen prouva ma constance,
Le Mortel le plus fait pour être détesté
Obtint de moi la préférence,
Mais je rendis hommage à la fidélité.
1
MAI.
1752. 157
Mais de sa liberté rendue
Mon amant ne crut prositer
Qu'en se présentant à ma vue;
Envain je voulus l'éviter.
Un jour, jour affreux pour ma vie;
Mon époux le surprit pleurant à mes genoux,
J'eusse éprouvé sa barbarie;
Cominge, en le blessant, me sauva de ses coups.
Hélas! il fut blesté lui-même,
Et mon tiran revint au jour;
Aussi- tôt sa fureur extrême
Me renferma dans une Tour;
J'étois livrée à sa furie;
Et pour se rendre seul arbitre de mon sort,
Par un excès de jalousie
L'inhumain fit courir le faux bruit de ma mort.
her.
A des maux affreux condamnée,
Le plus accablant pour mon cœur
Fut d'ignorer la destinée-
Du tendre objet de mon ardeur;
Je crus voir la fin de mes peines,
Lorsqu'on vint m'annoncer la mort de mon Tiran,.
A l'instant on brisa nies chaînes
I fentis pour Cominge un bonheur aussi grand.
Fented.
Uiired vLO
158 MERCUREDEFRANCE.
Mais helas! je ne pus apprendre
Les lieux qu'habitoit mon Amant,
Les soins de l'amour le plus tendre
Furent employés vainement;
Je voulus le cherchet moi-même,
Je cachai mon dessein, & je ne doutai pas
Que pour trouver ce que l'on ainie,
Le flambeau de l'Amour ne dût guider nos pas,
Par cette espérance abusée,
Et ne songeant qu'à mon projet,
Sous d'autres habits déguisée
Je pars pour remplir mon projet;
Tout aigrit ma douleur pro fonde;
Cominge si long. tems en tous lieux a doté,
Etoit oublié dans le monde
A peine sçavoit-on s'il avoit respiré.
Ce desert s'offrit à ma vue,
Et sans former aucun dessein
L'attrait d'une force inconnue
M'entraîna dans ce Temple saint.
Qui peut exprimer mes allarmes
Lorsque parmi les voix qui chantoient le Seigneut
Je connus celle dont les charmes
Avoient tosijours seduit mon esprit & mon cout?
Digitiaes veOO
1752.
MAI.
Je crus d'abord m'être trompée,
Je crus que par la passion
L'imagination frappée
Me faisoit cette illusion;
Mais hélas! malgré le ravage
Que les austérités, la douleur & le temps
Avoient gravé sur son visage,
Je reconnus bientôt l'idole de mes sens.
J'osai faire un usage impie
De mon fatal déguisement,
Je vous demandai d'être unie
Aux habitans de ce Couvent;
Je fus mise au rang des Novices.
Mais loin de ressentir une juste ferveur,
J'opposois aux saints exercices
Un coeur que consumoit une profane ardeus.
Cette solitude effrayante
Renfermoit ce qui m'étoit cher,
Quelle volupté consolante
Que de respirer le même air !
Cent fois cédant à ma tendresse,
Je formai le dessein de m'offrir à ses yeua:
Que m'eût servi cette foiblesse!
Les liens les plus sactés l'enchainoient dans cea
lieux.
159
160 MERCUREDE FRANCE.
Un mouvement involontaire
A ses pas sembloit m'attacher,
Bientôt un mouvement contraire
Me défendoit d'en approcher;
Je n'ofai m'en faire connoître,
Il troubloit mon repos, je respectois le sien,
Mais un triste hazard fit naître
Un instant où mon cour perdit tout son soutieni
Le jour od bravant la nature
Pour voir tranquillement la mort
Vous creusiez votre sépulture,
Il remplissoit avec transport
Cette pieuse barbarie;
J'approchai, je le vis, il me perça le cœur,
Et mes larmes m'eussent trahie,
Si ma fuite aussi-tôt n'eût caché ma douleur.
Je vins contrite & pénétrée
Prier le Seigneur ardemment
Que mon ame fût éclairée
Pour le repos de mon Amant.
Qui, mon Dieu, mes voenx, mes allarmes,.
Désitoient pour lui feul fléchir votre couroux,
Pour lui seul je versois des larmes,
C'étoit son intérêt qui m'amenoit à vons.
M
161
MAI. 1752.
Vous exauçâtes ma priere,
Toute profane qu'elle étoit,
Et je dûs à votre lumiere
La paix que mon cœur ignoroit;
Pour laver mes fautes immenses,
Je passois dans les pleurs & les jours & les nuits;
Je vous demandai des souffrances
Et je tombai bientôt dans l'état od je suis.
W
O! d'une erreur que je déteste
Trop cher Auteur! trop tendre Amant!
Regarde en cet état funeste,
L'objet de ton égarement:
Pense à ce moment redoutable;
'y touche.... du trépas... je ressens les horreurs,
Helas !.. le tien inévitable
Dientôt peut-être... Adieu... Cominge.. Adicu
je meurs.
Cominge perd ce qu'il adore,
Il voit ses traits désigurés
Sur sa bouche, entr'ouverte encore
Il fixe des yeux égarés
Il vole auprès de son amante,
Il s'arrête, il s'élance & retombe soudain,
Son air imprime l'épouvante,
Ces mots avec des cris s'échapent de son sein.
162 MERCUREDE FRANCE.
Arrête, arrête Dieu terrible,
Envain tu réclames tes droits;
Pour punir un cœur trop sensible,
Envain la mort vole à ta voix,
Elle va couronner ma flâme . . :
A ces mots un effort de rage & de douleur
De ses jours vint couper la trame
Terminant à la fois sa vie & son malheur.
Ce saint lieu retentit de plaintes,
On entend des cris, des clameurs,
Toutes les ames sont atteintes
D'effroi, de tendresse & d'horreurs.
La piété cédant aux larmes,
Déposa ces Amans dans le niême Tombeau,
Et l'Amour détestant ses armes
Dans ce triste sepulcre éteignit son flam beau.
DE COMINGE.
ROMANCE.
Fuyez Mortels faux & parjures,
Qui de l'Amour faites un art,
Je veux des oreilles plus pures,
A mes chants vous n'avez point part:
Et vous, qu'nn feu divin anime,
Qui réverez l'Amour jusques dans ses rigueuts,
Plaignez sa plus tendre victime.,
De Cominge avec moi déplorez les malheurs,
...
Quel moment funeste & terrible!
Ce modele des vrais amans
Apprend l'événement horrible
Qui met le comble à ses tourmens;
Saisi de l'horreur la plus forte,
Il nourit sa douleur, & s'en fait un appui 3.
Il croit qu'Adélaide est morte,
Et l'Univers entier s'anéantit pour lui.
Il abhorre l'air qu'il respire,
Et le désespoit dans le cœur,
GV.
Uigfterad v0O
154 MERCURE DEFRANCE.
Suivant la fureur qui l'inspire,
Il vole en ce séjour d'horreur
De la mort funeste peinture,
Lieux affreux qu'aux regrets l'amour a consacrés
Séjour formé par la Nature
Pour recevoir les pleurs des cours désespérés.
Rancé (*) dont l'ame déchitée
Retraçoit sans cesse à ses yeux,
Son Amante défigurée
Par le trépas le plus hideux;
Rancé dans ce lieu solitaire
Avoit à la douleur dressé ce monument;
C'est-là que Cominge s'enterre
Un silence éternel y nourrit son tourment.
ee
Oui, dit il, ce morne silence
(*) L'Abbé de Rancé, livré dans sa jeunesse aux
passions les plus vives, après quelque tems d'ab-
sence, monta chez la Duchesse de Montbazon
par un escalier dérobé par lequel il avoir coutume
de passer, c'étoit précisément dans le moment
qu'elle venoit de mourir de la petite vérole, qui
l'avoit horriblement défigurée; il ne se doutoit
seulement pas qu'elle fût malade; frappé d'un spec-
tacle si peu attendu, il alla s'ensevelir dans son
Abbaye de la Trape, qui alors étoit très relâchée,
& il y établit en 1663. la réforme qui y subsiste
actuellement.
MAI.
1752.
155
Craindra de troubler ma douleur
Le voile de la pénitence
N'en servira qu'à mon ardeur;
Brulé, consumé par ma flamme,
Aux traits du désespoir dévoué pour jamais,
J'y vais abandonner mon ame
Sous le masque trompeur de la plus sainte pais
Et plus malheureux & plus tendre,
Cette victime de l'amour
Sous le Cilice & sur la dendre,
Vivoit pour mourir chaque jour;
Quand il entend les sons fragiles
De la cloche qui doit rassembler les reclus,
Pour être spectateurs tranquilles
De la prochaine mort de l'un de ces Elusi
Suivant un respectable usage,
Il se prosterne en arrivant;
Hélas! que devint son courage :
Qui peut peindre tout ce qu'il sent»
Lorsque son oreille est frappée
De cette voix si douce & si chere à son coeut,
Toute son ame est occupée
De surprise d'amour, d'espoir & de terreuri
GV
156 MERCURE DE FRANCE.
Son sang ne circule qu'à peine,
La douleur étouffe ses cris
Il retient jusqu'à son haleine,
Pour recueillir ces sons cheris.
Une voix éteinte & tremblante,
Prouve qu'Adelaide approche de la mott;
Alors de sa bouche expirante
Ces mots interrompus sortent avec effort.
O, mes Peres! je suis indigne,
De ces soins dont vous m'honorez,
Que j'ai fait un abus insigne
De l'habit que vous révérez!
Vous voyez une pécheresse
Qu'un malheureux amour a conduit en ces lieux I,
Cominge eut toute ma tendresse,
Mais nos parens cruels traverserent nos feux,
Pour rompre notre intelligence
On le mit en captivité,
Pour prix de mon obéissance
On me promit sa liberté,
Mon hymen prouva ma constance,
Le Mortel le plus fait pour être détesté
Obtint de moi la préférence,
Mais je rendis hommage à la fidélité.
1
MAI.
1752. 157
Mais de sa liberté rendue
Mon amant ne crut prositer
Qu'en se présentant à ma vue;
Envain je voulus l'éviter.
Un jour, jour affreux pour ma vie;
Mon époux le surprit pleurant à mes genoux,
J'eusse éprouvé sa barbarie;
Cominge, en le blessant, me sauva de ses coups.
Hélas! il fut blesté lui-même,
Et mon tiran revint au jour;
Aussi- tôt sa fureur extrême
Me renferma dans une Tour;
J'étois livrée à sa furie;
Et pour se rendre seul arbitre de mon sort,
Par un excès de jalousie
L'inhumain fit courir le faux bruit de ma mort.
her.
A des maux affreux condamnée,
Le plus accablant pour mon cœur
Fut d'ignorer la destinée-
Du tendre objet de mon ardeur;
Je crus voir la fin de mes peines,
Lorsqu'on vint m'annoncer la mort de mon Tiran,.
A l'instant on brisa nies chaînes
I fentis pour Cominge un bonheur aussi grand.
Fented.
Uiired vLO
158 MERCUREDEFRANCE.
Mais helas! je ne pus apprendre
Les lieux qu'habitoit mon Amant,
Les soins de l'amour le plus tendre
Furent employés vainement;
Je voulus le cherchet moi-même,
Je cachai mon dessein, & je ne doutai pas
Que pour trouver ce que l'on ainie,
Le flambeau de l'Amour ne dût guider nos pas,
Par cette espérance abusée,
Et ne songeant qu'à mon projet,
Sous d'autres habits déguisée
Je pars pour remplir mon projet;
Tout aigrit ma douleur pro fonde;
Cominge si long. tems en tous lieux a doté,
Etoit oublié dans le monde
A peine sçavoit-on s'il avoit respiré.
Ce desert s'offrit à ma vue,
Et sans former aucun dessein
L'attrait d'une force inconnue
M'entraîna dans ce Temple saint.
Qui peut exprimer mes allarmes
Lorsque parmi les voix qui chantoient le Seigneut
Je connus celle dont les charmes
Avoient tosijours seduit mon esprit & mon cout?
Digitiaes veOO
1752.
MAI.
Je crus d'abord m'être trompée,
Je crus que par la passion
L'imagination frappée
Me faisoit cette illusion;
Mais hélas! malgré le ravage
Que les austérités, la douleur & le temps
Avoient gravé sur son visage,
Je reconnus bientôt l'idole de mes sens.
J'osai faire un usage impie
De mon fatal déguisement,
Je vous demandai d'être unie
Aux habitans de ce Couvent;
Je fus mise au rang des Novices.
Mais loin de ressentir une juste ferveur,
J'opposois aux saints exercices
Un coeur que consumoit une profane ardeus.
Cette solitude effrayante
Renfermoit ce qui m'étoit cher,
Quelle volupté consolante
Que de respirer le même air !
Cent fois cédant à ma tendresse,
Je formai le dessein de m'offrir à ses yeua:
Que m'eût servi cette foiblesse!
Les liens les plus sactés l'enchainoient dans cea
lieux.
159
160 MERCUREDE FRANCE.
Un mouvement involontaire
A ses pas sembloit m'attacher,
Bientôt un mouvement contraire
Me défendoit d'en approcher;
Je n'ofai m'en faire connoître,
Il troubloit mon repos, je respectois le sien,
Mais un triste hazard fit naître
Un instant où mon cour perdit tout son soutieni
Le jour od bravant la nature
Pour voir tranquillement la mort
Vous creusiez votre sépulture,
Il remplissoit avec transport
Cette pieuse barbarie;
J'approchai, je le vis, il me perça le cœur,
Et mes larmes m'eussent trahie,
Si ma fuite aussi-tôt n'eût caché ma douleur.
Je vins contrite & pénétrée
Prier le Seigneur ardemment
Que mon ame fût éclairée
Pour le repos de mon Amant.
Qui, mon Dieu, mes voenx, mes allarmes,.
Désitoient pour lui feul fléchir votre couroux,
Pour lui seul je versois des larmes,
C'étoit son intérêt qui m'amenoit à vons.
M
161
MAI. 1752.
Vous exauçâtes ma priere,
Toute profane qu'elle étoit,
Et je dûs à votre lumiere
La paix que mon cœur ignoroit;
Pour laver mes fautes immenses,
Je passois dans les pleurs & les jours & les nuits;
Je vous demandai des souffrances
Et je tombai bientôt dans l'état od je suis.
W
O! d'une erreur que je déteste
Trop cher Auteur! trop tendre Amant!
Regarde en cet état funeste,
L'objet de ton égarement:
Pense à ce moment redoutable;
'y touche.... du trépas... je ressens les horreurs,
Helas !.. le tien inévitable
Dientôt peut-être... Adieu... Cominge.. Adicu
je meurs.
Cominge perd ce qu'il adore,
Il voit ses traits désigurés
Sur sa bouche, entr'ouverte encore
Il fixe des yeux égarés
Il vole auprès de son amante,
Il s'arrête, il s'élance & retombe soudain,
Son air imprime l'épouvante,
Ces mots avec des cris s'échapent de son sein.
162 MERCUREDE FRANCE.
Arrête, arrête Dieu terrible,
Envain tu réclames tes droits;
Pour punir un cœur trop sensible,
Envain la mort vole à ta voix,
Elle va couronner ma flâme . . :
A ces mots un effort de rage & de douleur
De ses jours vint couper la trame
Terminant à la fois sa vie & son malheur.
Ce saint lieu retentit de plaintes,
On entend des cris, des clameurs,
Toutes les ames sont atteintes
D'effroi, de tendresse & d'horreurs.
La piété cédant aux larmes,
Déposa ces Amans dans le niême Tombeau,
Et l'Amour détestant ses armes
Dans ce triste sepulcre éteignit son flam beau.
Fermer
Résumé : LES INFORTUNÉS AMOURS DE COMINGE. ROMANCE.
Le texte 'Les Infortunés Amours de Cominge' raconte une histoire tragique d'amour et de souffrance. Cominge, profondément amoureux d'Adélaïde, sombre dans le désespoir en croyant sa bien-aimée morte. Inspiré par l'Abbé de Rancé, il se retire dans un couvent pour vivre dans la pénitence. Adélaïde, quant à elle, est contrainte d'épouser un homme cruel et est séparée de Cominge. Après avoir été emprisonnée par son mari jaloux, elle est libérée à sa mort et cherche Cominge. Elle le retrouve dans un couvent et, se déguisant, parvient à être près de lui. Le narrateur, qui est également Cominge, éprouve une profonde affection pour une personne chère mais est retenu par des liens sacrés. Il découvre cette personne préparant sa propre sépulture, ce qui le bouleverse. Ses prières pour le repos de son amant sont exaucées, mais il sombre ensuite dans la souffrance. Apprenant la mort de son amant, Cominge succombe à sa douleur et meurt peu après. Ils reposent ensemble dans un même tombeau, scellant ainsi la tragédie de leur histoire d'amour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
13111
p. 163-164
« L'Académie Royale de Musique a donné à la rentrée, la Guirlande, Pigmalion [...] »
Début :
L'Académie Royale de Musique a donné à la rentrée, la Guirlande, Pigmalion [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Académie Royale de Musique a donné à la rentrée, la Guirlande, Pigmalion [...] »
L'Académie Royale de Musique a donné
à la rentrée, la Guirlande, Pigmalion
& Zelindor, & elle continuera à les donner
les Dimanches, les Mardis & les Vendre-
dis, jusqu au deux du mois de Mai qu'elle
remettra au théatre Daphnis & Cloé. M.
Godar qui vient de l'Opera de Bordeaux
a débuté le 11 dans le rolle de Pigmalion.
Le Public a trouvé ce nouvel Acteur Mu-
sicien, on est même convenu assez géné-
ralement qu'il avoit de l'adresse; son or-
gane n'a pas été jugé si favorablement,
les vrais & grands connoisseurs nen espé-
rent pas beaucoup. M. Jeliotte & Mlle
Fel continuent à jouer d'une maniere
ravissante dans Zelindor, Ouvrage déli-
cieux.
Omphale est devenu l'Opera des Jeudis.
L'intérêt qu'on prend aux progrès de M.
Gelin, a attire un peu de monde. Le
nouvel Alcide n'a pas l'expression, la no-
blesse, les attitudes vraiment sublimes de
l'ancien, un des plus grands Acteurs qu'il y
ait jamais eu à l'Opéra; mais il a une très-bel-
le voix, la figure théatrale, plus de fierté
164 MERCURE DE FRANCE.
& d'aisance qu'on n'est en droit d'en exi-
ger d'un talent naissant. Nous devons dire
à M. Gelin au nom du Public, qu'avec
des réflexions, du travail, & les conseils
des gens de goût & de l'art, de M. de Chas-
sé sur tout, il deviendra un Acteur du
premier ordre.
à la rentrée, la Guirlande, Pigmalion
& Zelindor, & elle continuera à les donner
les Dimanches, les Mardis & les Vendre-
dis, jusqu au deux du mois de Mai qu'elle
remettra au théatre Daphnis & Cloé. M.
Godar qui vient de l'Opera de Bordeaux
a débuté le 11 dans le rolle de Pigmalion.
Le Public a trouvé ce nouvel Acteur Mu-
sicien, on est même convenu assez géné-
ralement qu'il avoit de l'adresse; son or-
gane n'a pas été jugé si favorablement,
les vrais & grands connoisseurs nen espé-
rent pas beaucoup. M. Jeliotte & Mlle
Fel continuent à jouer d'une maniere
ravissante dans Zelindor, Ouvrage déli-
cieux.
Omphale est devenu l'Opera des Jeudis.
L'intérêt qu'on prend aux progrès de M.
Gelin, a attire un peu de monde. Le
nouvel Alcide n'a pas l'expression, la no-
blesse, les attitudes vraiment sublimes de
l'ancien, un des plus grands Acteurs qu'il y
ait jamais eu à l'Opéra; mais il a une très-bel-
le voix, la figure théatrale, plus de fierté
164 MERCURE DE FRANCE.
& d'aisance qu'on n'est en droit d'en exi-
ger d'un talent naissant. Nous devons dire
à M. Gelin au nom du Public, qu'avec
des réflexions, du travail, & les conseils
des gens de goût & de l'art, de M. de Chas-
sé sur tout, il deviendra un Acteur du
premier ordre.
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Résumé : « L'Académie Royale de Musique a donné à la rentrée, la Guirlande, Pigmalion [...] »
L'Académie Royale de Musique a présenté 'La Guirlande', 'Pigmalion' et 'Zelindor' pour la rentrée. Ces spectacles sont programmés les dimanches, mardis et vendredis jusqu'au 2 mai, date à laquelle 'Daphnis et Cloé' sera repris. M. Godar, nouvellement arrivé de l'Opéra de Bordeaux, a interprété Pigmalion à partir du 11 avril. Son jeu a été salué, mais sa voix a reçu des avis partagés. Dans 'Zelindor', M. Jéliotte et Mlle Fel continuent de se distinguer. 'Omphale' est maintenant joué les jeudis, attirant un public curieux des progrès de M. Gelin. Bien que ce dernier manque d'expression et de noblesse par rapport à son prédécesseur, il possède une belle voix et une présence scénique prometteuse. Le public espère que, avec du travail et les conseils de personnes compétentes comme M. de Chassé, M. Gelin pourra s'améliorer.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
13112
p. 164-172
« Nous croyons devoir rendre compte ici d'un évenement fort glorieux pour notre [...] »
Début :
Nous croyons devoir rendre compte ici d'un évenement fort glorieux pour notre [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Nous croyons devoir rendre compte ici d'un évenement fort glorieux pour notre [...] »
Nous croyons devoir rendre compte ici
d'un évenement fort glorieux pour notre
théatre lyrique, & très flatteur pour Mrs
de Cahusac & Rameau. On a traduit en
vers Italiens l'Opéra de Zoroastre, & il
a été représenté pendant le carnaval der-
nier avec grande magnificence & beaucoup
de succès sur le théatre Royal de Dresde.
Nous allons mettre sous les yeux de nos
Lecteurs quelques morceaux de l'original,
& de la traduction. On sera par là a por-
tée de juger de sa fidélité & de son élé-
gance.
Scene premiere,
Acte premier.
Zopire.
De vos enchantemens la force est invincible,
Le pouvoir qu'Ariman a remis en vos mains,
De sa vaste puissance est l'image terrible
Kous avez à ses piés entraîné les humains.
MAI. 1752.
165
Abramane.
Ce pouvoir éclatant ne touche plus mon ame
Que l'appas d'un trône est flatteur !
Ce seul bien manque à ma grandeur,
Et mon ambition qui s'irrite & s'enslamme
Le présente sans cesse aux desirs de mon cœur.
Traduction Italienne.
Zopiro.
Degli alti tuoi incantamenti
E invincibil la forza:
Come potra sottarssi à colpi tuoi»
Il poter che Arimano te concesso
Di sua vasta potenza e imagin vera
Tu proſtrati à suoi piedi
Conducesti i mortali.
Abramano.
Lalma mia
Fini di compiacersi
D'un si vasto poter. La mente al trono
Alzo, & lo scorgo di splendor si pieno
Che non occhio sereno
Non posso rimirar la mia grandezza
Priva de fregi suoi. Non passa instante
In cui la gloria mia
Non mirifacci alcor ch'ei sol mi manca.
166 MERCUREDE FRANCE.
Scene seconde.
Abramane.
Princesse, avec Phoeres la tirannie expire,
Ses yeux étoient couverts d'un funeste bandeau;
Et nos Dieux qu'il croyoit détruire
L'ont conduit à pas lents dans la nuit du tombeau.
Abramano.
Principessa, alla fin la tirannia
Con Feres gia s'estinse.
Erano gl'occhi suoi
D'una benda coperti atra, & funesta,
Ei nostri sommi Dei,
Che distrugger credea, l'anno condotto
All' orror della morte à lento passo.
Au second Acte nous avons trouvé une
Scene entieré d'une grande beauté. Nous
croyons devoir la transcrire avec celle de
l'original.
Zoroastre entouré de peuples sauvages.
Ces retraites sont les aziles
De l'innocence & de la paix.
Peuples, puissiez-vous desormais
N'y trouver que des jours tranquilles.
D'un Dieu mastre des Dieux, & pere des hu-
mains,
MA I. 1752.
167
Vous avez reconnu la puissance suprême
A ces traits éclatans dont il s'est peint lui-même
Dans les Ouvrages de ses mains,
Abenis, Cenide, les Chœurs.
Le bruit effrayant du tonnerre,
Le feu rapide des éclairs
Abenis, Cenide.
L'haleine des Zephirs qui parfume les airs,
Les fleurs qui brillent sur la terre,
Les Chœurs.
Tout retrace sa gloire aux yeux de l'univers,
Zoroastre.
Un trône éclatant de lumiere
Aux mortels éblouis dérobe envain ses traits,
Pour le bonheur du monde il remplit sa cartiere;
Il est l'ame & l'amour de la nature entiere
Par sa flamme & par ses bienfaits.
Traduction.
Zoroastro.
Questi dolci ritiri son le stanze,
Doue regnano insieme
L'innocenza e la pace.
In questi dalma quiete: alberghi veri,
168 MERCUREDE FRANCE.
Popoli fortunati, mai non giunga
Rea ambizione ad agitarvi il core,
Quivi possiate al sine
Passar tranquilli giorni e liete l'ore.
Riconoscete la potenza estrema
D'un Dio, che agl' atri Dei sourano impera,
Gran Padre de mortali il rannisaste
All' opre eccelse delle mani sue
Ne' portentosi segni che miraste.
I dubii nostri es tinse
Et se stesso depinsse.
Abenide.
Nel tuono spaventoso
Del suo fulmin tremendo
Nel rapido chiarore del baleno
L'immenso suo poter mostrossi appieno.
Cenide.
Nello spirao soave
De Zephiri adorosi
Ne vaghi fior che adornano il terreno
L'immenso suo poter mostrossi appieno.
Zoroastro.
Un trono rilucente,
Seggio divin d'un immortal splendore
Non può à longo eclar i preggi suoi.
Dag
MA
1752. 169
I.
Dagl' Esperii discosti ai lidi eoi
Pergran sorte del mondo
..
Compie la sua carriera:
Egli e l'alma & l'amore
Della natura intiera,
E la luce, e le fiame sue divine
Fortunati adorate
I benefici suoi non han confine.
A ces grands morceaux nous pensons
devoir joindre quelques détails de pur
agrément, dont les images riantes sem-
bient faites pour la Langue Italienne, &
que M. de Cahusac a heureusement tra-
cées dans la nôtre.
Cenide.
Dans nos bois le cœeur nous con duit,
On ne s'unit que quand on aime,
Et c'est pour aimer qu'on s'unit.
Une tendresse extrême
Précede l'himen & le suit.
On le prendroit pour l'amour même
Et l'amour s'en applaudit.
Cenida.
Ne nostti bosehi ei richiama il core
E l'amor, che ei unisce
H
170 MERCURE DEFRANCE.
E noi ei uniam per conservarei amore.
Indicibil dolezze
..:
Estreme tenerezze
Precedono Imeneo.
E lo segnono tutte inqueste selue.
Sembra l'amore istesso,
E lieto amor ridente.
Se ne fa gloria, e dall attor consonte.
*"
Zoroastre.
.)
A vos vœeux l'amour se présente
Sous les traits riants du plaisir.
....
est le prix d'une flamme constante,
Le bonheui
..* ../.
Il faut se fixer pour jouir.
*. ..... *
).)
Le Papillon & le Zephir
Ne voltigentique dans l'attente
De la fleur cherie & brillante
Qui pour eux doit s'épanouir.
Le tuisseau murmure & serpente
Jusqu'au séjour qui lui présente
L'onde à laquelle il doit s'unir.
Zoroastro.
Nel mezzo delle Gioie ei Dei piaceti
Favorevol l'amor ai delio vostri,
Triomphante festeggia;
Una fiama constante in premio ottiene
Nella felicitade un vero bene.
20 by
.
MAI.
1752.
171
Lephiro dolce spira
Farfalla errante gira,
E in premio all innocente cor desio
Mirano alfin spuntat l'amato fiore.
Picciol ruscel con mormorio soave
Veloce eorre alla bramata riva
Del fumicello, a cui giunger se deve,
Ed al fine l'arriva.
C'est ainsi que l'on trouve dans toute la
traduction, l'esprit de l'ouvrage original
rendu avec un coloris ou fort ou aimable,
& M. Casanuova qui en est l'Auteur, fait
assez voir qu'il est capable de produire par
lui-même des Poëmes dignes d'être lus.
On a suivi litteralement dans la re-
présentation le plan des décorations, la
forme des ballets, & l'arrangement des
machines, dont l'enchaînement & la va-
riété ont frappé à Paris en 1749 tous los
Connoisseurs, & on S'est servi pour les
danses, composées par M. Pitrot premiet
danseur, & compositeur des ballets du
Roi de Pologne, & pour les ariettes & le
dernier choeur, de la Musique du Signor
. *
Adam.
Ontre le beau choeur, tremble, tremble,
fui nos pas, du premier acte sur lequel oh
a mis une traduction italienne très-bien
adaptée au chant & au dessein, on a con-
Hi
172 MERCURE DEFRANCE.
servé encore tous les grands tableaux de
Musique de l'Opéra François, comme par
exemple, la marche sublime pour l'adora-
tion du Soleil levant du second Acte, &
on a débuté par l'ouverture, dont on a
donné une explication en tête de l'ouvra-
ge traduite du François.
Ainsi, graces aux talens singuliers de
M. de Cahusac pour un genre aussi difficile
que peu connu, & à la reputation extraor-
dinaire de M. Rameau, la France partage
avec deux de ses Auteurs modetnes un
honneur, dont nos Poëtes lyriques &
nos Musiciens n avoient pas encore joui.
Nous sommes flattés de pouvoir, dans
une occasion aussi brillante, rendre justi-
ce à un ouvrage qui a attiré dans sa nou-
veauté, de si fortes représentations.
Il y a apparence que cet évenement ne
refroidira pas le desir répandu depuis long.
tems dans le public, pour la reprise de cet
Opéra. On assure que le Poëte & le Musi-
icien ont travaillé de concert pour y a joû-
ter encore de nouvelles beautés. Puissent-
elles, pour l'honneur de l'Art, égaler la
ptécision, la clarté, la noblesse du pre-
mier Acte, & la force sublime & conti-
nue du quatrième.
d'un évenement fort glorieux pour notre
théatre lyrique, & très flatteur pour Mrs
de Cahusac & Rameau. On a traduit en
vers Italiens l'Opéra de Zoroastre, & il
a été représenté pendant le carnaval der-
nier avec grande magnificence & beaucoup
de succès sur le théatre Royal de Dresde.
Nous allons mettre sous les yeux de nos
Lecteurs quelques morceaux de l'original,
& de la traduction. On sera par là a por-
tée de juger de sa fidélité & de son élé-
gance.
Scene premiere,
Acte premier.
Zopire.
De vos enchantemens la force est invincible,
Le pouvoir qu'Ariman a remis en vos mains,
De sa vaste puissance est l'image terrible
Kous avez à ses piés entraîné les humains.
MAI. 1752.
165
Abramane.
Ce pouvoir éclatant ne touche plus mon ame
Que l'appas d'un trône est flatteur !
Ce seul bien manque à ma grandeur,
Et mon ambition qui s'irrite & s'enslamme
Le présente sans cesse aux desirs de mon cœur.
Traduction Italienne.
Zopiro.
Degli alti tuoi incantamenti
E invincibil la forza:
Come potra sottarssi à colpi tuoi»
Il poter che Arimano te concesso
Di sua vasta potenza e imagin vera
Tu proſtrati à suoi piedi
Conducesti i mortali.
Abramano.
Lalma mia
Fini di compiacersi
D'un si vasto poter. La mente al trono
Alzo, & lo scorgo di splendor si pieno
Che non occhio sereno
Non posso rimirar la mia grandezza
Priva de fregi suoi. Non passa instante
In cui la gloria mia
Non mirifacci alcor ch'ei sol mi manca.
166 MERCUREDE FRANCE.
Scene seconde.
Abramane.
Princesse, avec Phoeres la tirannie expire,
Ses yeux étoient couverts d'un funeste bandeau;
Et nos Dieux qu'il croyoit détruire
L'ont conduit à pas lents dans la nuit du tombeau.
Abramano.
Principessa, alla fin la tirannia
Con Feres gia s'estinse.
Erano gl'occhi suoi
D'una benda coperti atra, & funesta,
Ei nostri sommi Dei,
Che distrugger credea, l'anno condotto
All' orror della morte à lento passo.
Au second Acte nous avons trouvé une
Scene entieré d'une grande beauté. Nous
croyons devoir la transcrire avec celle de
l'original.
Zoroastre entouré de peuples sauvages.
Ces retraites sont les aziles
De l'innocence & de la paix.
Peuples, puissiez-vous desormais
N'y trouver que des jours tranquilles.
D'un Dieu mastre des Dieux, & pere des hu-
mains,
MA I. 1752.
167
Vous avez reconnu la puissance suprême
A ces traits éclatans dont il s'est peint lui-même
Dans les Ouvrages de ses mains,
Abenis, Cenide, les Chœurs.
Le bruit effrayant du tonnerre,
Le feu rapide des éclairs
Abenis, Cenide.
L'haleine des Zephirs qui parfume les airs,
Les fleurs qui brillent sur la terre,
Les Chœurs.
Tout retrace sa gloire aux yeux de l'univers,
Zoroastre.
Un trône éclatant de lumiere
Aux mortels éblouis dérobe envain ses traits,
Pour le bonheur du monde il remplit sa cartiere;
Il est l'ame & l'amour de la nature entiere
Par sa flamme & par ses bienfaits.
Traduction.
Zoroastro.
Questi dolci ritiri son le stanze,
Doue regnano insieme
L'innocenza e la pace.
In questi dalma quiete: alberghi veri,
168 MERCUREDE FRANCE.
Popoli fortunati, mai non giunga
Rea ambizione ad agitarvi il core,
Quivi possiate al sine
Passar tranquilli giorni e liete l'ore.
Riconoscete la potenza estrema
D'un Dio, che agl' atri Dei sourano impera,
Gran Padre de mortali il rannisaste
All' opre eccelse delle mani sue
Ne' portentosi segni che miraste.
I dubii nostri es tinse
Et se stesso depinsse.
Abenide.
Nel tuono spaventoso
Del suo fulmin tremendo
Nel rapido chiarore del baleno
L'immenso suo poter mostrossi appieno.
Cenide.
Nello spirao soave
De Zephiri adorosi
Ne vaghi fior che adornano il terreno
L'immenso suo poter mostrossi appieno.
Zoroastro.
Un trono rilucente,
Seggio divin d'un immortal splendore
Non può à longo eclar i preggi suoi.
Dag
MA
1752. 169
I.
Dagl' Esperii discosti ai lidi eoi
Pergran sorte del mondo
..
Compie la sua carriera:
Egli e l'alma & l'amore
Della natura intiera,
E la luce, e le fiame sue divine
Fortunati adorate
I benefici suoi non han confine.
A ces grands morceaux nous pensons
devoir joindre quelques détails de pur
agrément, dont les images riantes sem-
bient faites pour la Langue Italienne, &
que M. de Cahusac a heureusement tra-
cées dans la nôtre.
Cenide.
Dans nos bois le cœeur nous con duit,
On ne s'unit que quand on aime,
Et c'est pour aimer qu'on s'unit.
Une tendresse extrême
Précede l'himen & le suit.
On le prendroit pour l'amour même
Et l'amour s'en applaudit.
Cenida.
Ne nostti bosehi ei richiama il core
E l'amor, che ei unisce
H
170 MERCURE DEFRANCE.
E noi ei uniam per conservarei amore.
Indicibil dolezze
..:
Estreme tenerezze
Precedono Imeneo.
E lo segnono tutte inqueste selue.
Sembra l'amore istesso,
E lieto amor ridente.
Se ne fa gloria, e dall attor consonte.
*"
Zoroastre.
.)
A vos vœeux l'amour se présente
Sous les traits riants du plaisir.
....
est le prix d'une flamme constante,
Le bonheui
..* ../.
Il faut se fixer pour jouir.
*. ..... *
).)
Le Papillon & le Zephir
Ne voltigentique dans l'attente
De la fleur cherie & brillante
Qui pour eux doit s'épanouir.
Le tuisseau murmure & serpente
Jusqu'au séjour qui lui présente
L'onde à laquelle il doit s'unir.
Zoroastro.
Nel mezzo delle Gioie ei Dei piaceti
Favorevol l'amor ai delio vostri,
Triomphante festeggia;
Una fiama constante in premio ottiene
Nella felicitade un vero bene.
20 by
.
MAI.
1752.
171
Lephiro dolce spira
Farfalla errante gira,
E in premio all innocente cor desio
Mirano alfin spuntat l'amato fiore.
Picciol ruscel con mormorio soave
Veloce eorre alla bramata riva
Del fumicello, a cui giunger se deve,
Ed al fine l'arriva.
C'est ainsi que l'on trouve dans toute la
traduction, l'esprit de l'ouvrage original
rendu avec un coloris ou fort ou aimable,
& M. Casanuova qui en est l'Auteur, fait
assez voir qu'il est capable de produire par
lui-même des Poëmes dignes d'être lus.
On a suivi litteralement dans la re-
présentation le plan des décorations, la
forme des ballets, & l'arrangement des
machines, dont l'enchaînement & la va-
riété ont frappé à Paris en 1749 tous los
Connoisseurs, & on S'est servi pour les
danses, composées par M. Pitrot premiet
danseur, & compositeur des ballets du
Roi de Pologne, & pour les ariettes & le
dernier choeur, de la Musique du Signor
. *
Adam.
Ontre le beau choeur, tremble, tremble,
fui nos pas, du premier acte sur lequel oh
a mis une traduction italienne très-bien
adaptée au chant & au dessein, on a con-
Hi
172 MERCURE DEFRANCE.
servé encore tous les grands tableaux de
Musique de l'Opéra François, comme par
exemple, la marche sublime pour l'adora-
tion du Soleil levant du second Acte, &
on a débuté par l'ouverture, dont on a
donné une explication en tête de l'ouvra-
ge traduite du François.
Ainsi, graces aux talens singuliers de
M. de Cahusac pour un genre aussi difficile
que peu connu, & à la reputation extraor-
dinaire de M. Rameau, la France partage
avec deux de ses Auteurs modetnes un
honneur, dont nos Poëtes lyriques &
nos Musiciens n avoient pas encore joui.
Nous sommes flattés de pouvoir, dans
une occasion aussi brillante, rendre justi-
ce à un ouvrage qui a attiré dans sa nou-
veauté, de si fortes représentations.
Il y a apparence que cet évenement ne
refroidira pas le desir répandu depuis long.
tems dans le public, pour la reprise de cet
Opéra. On assure que le Poëte & le Musi-
icien ont travaillé de concert pour y a joû-
ter encore de nouvelles beautés. Puissent-
elles, pour l'honneur de l'Art, égaler la
ptécision, la clarté, la noblesse du pre-
mier Acte, & la force sublime & conti-
nue du quatrième.
Fermer
Résumé : « Nous croyons devoir rendre compte ici d'un évenement fort glorieux pour notre [...] »
Le texte décrit la traduction en italien de l'opéra 'Zoroastre' de Jean-Philippe Rameau, qui a été présenté avec succès au théâtre royal de Dresde lors du dernier carnaval. La traduction, effectuée par M. Casanuova, est louée pour sa fidélité et son élégance. L'opéra comprend plusieurs scènes marquantes. Dans la première scène de l'acte premier, les pouvoirs de Zoroastre et l'ambition d'Abramane sont mis en avant. La deuxième scène de cet acte évoque la fin de la tyrannie de Phoeres. L'acte II montre Zoroastre célébrant la puissance divine et la paix parmi des peuples sauvages. La mise en scène respecte scrupuleusement le plan des décorations, les ballets et les machines, qui avaient déjà impressionné à Paris en 1749. Les danses sont composées par M. Pitrot, tandis que les ariettes et le dernier chœur sont tirés de la musique du Signor Adam. Le chœur 'tremble, tremble, fuis nos pas' du premier acte est particulièrement apprécié pour sa traduction adaptée au chant. La représentation inclut également des morceaux célèbres de l'Opéra Français, comme la marche pour l'adoration du Soleil levant du second acte. L'ouverture de l'opéra est traduite du français. Le texte exprime la satisfaction de rendre justice à cet ouvrage innovant et anticipe une reprise avec de nouvelles beautés ajoutées par le poète et le musicien.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13113
p. 172-174
« Les Comédiens François ont fait la cloture de leur théatre par Athalie & l'Oracle, [...] »
Début :
Les Comédiens François ont fait la cloture de leur théatre par Athalie & l'Oracle, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François ont fait la cloture de leur théatre par Athalie & l'Oracle, [...] »
Les Comédiens François ont fait la cloture de leur théatre par Athalie & l'Oracle,
MAI. 1752.
173
& l'ouverture par Polieucte & les
Précieuses. M. le Kain a fait le compliment
dans la premiere de ces occasions, & M.
de Belcourt dans la seconde. Athalie le
chef-d'œeuvre d'un Auteur accoutumé à
nous attendrir, a excité notre admiration;
& Polieucte le chef-d'œeuvre d'un autre
génie accoutumè à notre admiration, nous
a arraché des larmes. Le public nous per-
mettra de lui rappeller à l'occasion de ces
piéces deux Anecdotes assez singulieres.
Athalie fut d'abord mal reçue, on di-
soit que c'étoit un sujet de dévotion des-
tiné à amuser des enfans: Un Prêtre & un
enfant en étoient, disoit-on, les princi-
paux objets. Desptéaux tint bon. Il osa
soûtenir qu'Athalie étoit le chef-d'œeuvre
& du Poëte & de la Tragédie, & que le
public tôt ou tard y reviendroit. Il fut feul
de son avis, & malgré sa prédiction, Ra-
cine mourut persuadé qu il avoit manqué
son sujet; parce que la froideur du public
pour cette Tragédie, lui fit croire qu'il
n avoit pas scum la rendre intéressante. Cet-
te piéce faite pour S. Cyr, n'avoit jamais
été jouée par les Comediens. M. le Duc
d'Orléans Regent du Royaume, voulut
connoître quel effet elle produiroit sur le
théatre, & malgré la clause insérée dans
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
le Privilège, ordonna aux Comediens
de la jouer. Le succès fut étonnant; & les
premieres représentations faites à la Cour,
donnoient un nouveau prix à cette Piéce,
parce que le Roi étoit à peu près de l'âge
de Joas.
Avant que l'on jouât Polieucte, Cor-
neille le lut à l'Hôtel de Rambouillet, sou-
verain Tribunal des affaires d'esprit en
ce tems-là; la piéce y fut applaudie autant
que le demandoit la bienséance & la gran-
de réputation que l'Auteur avoit déja. Mais
quelques jours après, Voiture vint trou-
ver Corneille, & prit des tours fort déli-
cats, pour lui dire que Polieucte n'avoit
pas réussi comme il pensoit, que sur toui
le Christianisme avoit déplu: Corneille
allarmé, voulut retirer sa piéce d'entre les
mains des Comediens qui l'apprenoient;
mais enfin il la leur laissa sut la parole
d'un d'entr'eux qui n'y jouoit point.
MAI. 1752.
173
& l'ouverture par Polieucte & les
Précieuses. M. le Kain a fait le compliment
dans la premiere de ces occasions, & M.
de Belcourt dans la seconde. Athalie le
chef-d'œeuvre d'un Auteur accoutumé à
nous attendrir, a excité notre admiration;
& Polieucte le chef-d'œeuvre d'un autre
génie accoutumè à notre admiration, nous
a arraché des larmes. Le public nous per-
mettra de lui rappeller à l'occasion de ces
piéces deux Anecdotes assez singulieres.
Athalie fut d'abord mal reçue, on di-
soit que c'étoit un sujet de dévotion des-
tiné à amuser des enfans: Un Prêtre & un
enfant en étoient, disoit-on, les princi-
paux objets. Desptéaux tint bon. Il osa
soûtenir qu'Athalie étoit le chef-d'œeuvre
& du Poëte & de la Tragédie, & que le
public tôt ou tard y reviendroit. Il fut feul
de son avis, & malgré sa prédiction, Ra-
cine mourut persuadé qu il avoit manqué
son sujet; parce que la froideur du public
pour cette Tragédie, lui fit croire qu'il
n avoit pas scum la rendre intéressante. Cet-
te piéce faite pour S. Cyr, n'avoit jamais
été jouée par les Comediens. M. le Duc
d'Orléans Regent du Royaume, voulut
connoître quel effet elle produiroit sur le
théatre, & malgré la clause insérée dans
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
le Privilège, ordonna aux Comediens
de la jouer. Le succès fut étonnant; & les
premieres représentations faites à la Cour,
donnoient un nouveau prix à cette Piéce,
parce que le Roi étoit à peu près de l'âge
de Joas.
Avant que l'on jouât Polieucte, Cor-
neille le lut à l'Hôtel de Rambouillet, sou-
verain Tribunal des affaires d'esprit en
ce tems-là; la piéce y fut applaudie autant
que le demandoit la bienséance & la gran-
de réputation que l'Auteur avoit déja. Mais
quelques jours après, Voiture vint trou-
ver Corneille, & prit des tours fort déli-
cats, pour lui dire que Polieucte n'avoit
pas réussi comme il pensoit, que sur toui
le Christianisme avoit déplu: Corneille
allarmé, voulut retirer sa piéce d'entre les
mains des Comediens qui l'apprenoient;
mais enfin il la leur laissa sut la parole
d'un d'entr'eux qui n'y jouoit point.
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Résumé : « Les Comédiens François ont fait la cloture de leur théatre par Athalie & l'Oracle, [...] »
En mai 1752, les Comédiens Français ont conclu leur saison avec 'Athalie' et 'L'Oracle', et l'ont inaugurée avec 'Polyeucte' et 'Les Précieuses'. M. Le Kain et M. de Belcourt ont prononcé des discours lors des premières représentations. 'Athalie', de Racine, a été admirée par le public, tandis que 'Polyeucte', de Corneille, a ému les spectateurs. 'Athalie' avait initialement été mal reçue pour son caractère religieux, mais Despréaux l'a défendue comme un chef-d'œuvre. Racine est décédé en pensant avoir échoué avec cette pièce. Elle n'avait jamais été jouée par les Comédiens Français jusqu'à ce que le duc d'Orléans ordonne sa représentation, qui fut un succès, notamment à la cour. Avant la représentation de 'Polyeucte', Corneille l'a lu à l'Hôtel de Rambouillet, où elle a été bien accueillie. Cependant, Voiture a informé Corneille que le thème chrétien avait déplu, ce qui a alarmé l'auteur. Corneille a envisagé de retirer la pièce mais l'a finalement laissée aux Comédiens sur la parole d'un acteur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13114
p. 174-175
« M. Bourg a paru Mardi 12 Avril, au théatre François pour la premiere fois. Il [...] »
Début :
M. Bourg a paru Mardi 12 Avril, au théatre François pour la premiere fois. Il [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. Bourg a paru Mardi 12 Avril, au théatre François pour la premiere fois. Il [...] »
M. Bourg a paru Mardi 12 Avril, au
théatre François pour la premiere fois. Il
a choisi pour son début la Métromanie &
les Vendanges de Surêne, & dans ces
denx Comedies les roles de Francaleu
& de Thibaut. Le nouvel Acteur s'est ren-
du justice en ne se montrant qu'une fois au
public qui lui doit pourtant le plaisic d'a-
MAI.
1752. 179
voir revu la Métromanie. Cette piéce vrai-
ment originale, dont l'ordonnance est fort
belle, qui réunit le comique des détails
au comique beaucoup plus rare de situa-
tion, où les plaisanteries naissent toujours
du fond du sujet, & qui est écrite aveo
beaucoup de force & de naturel, n est pas
jouée aussi souvent qu'elle devroit l'être.
Tous les Spectateurs ont été frappés à la
derniere représentation du jeu vif, ingé-
nieux, plein d'anthousiasme de M. Grand-
val; il nous semble que la vérité de l'ac-
tion de M. Sarrasin a échapé à la multitu-
de. Nous ne craignons pas de dire que l'i-
magination ne va pas plus loin que le ta-
lent de ce dernier Acteur, lorsqu'il est bien
placé.
théatre François pour la premiere fois. Il
a choisi pour son début la Métromanie &
les Vendanges de Surêne, & dans ces
denx Comedies les roles de Francaleu
& de Thibaut. Le nouvel Acteur s'est ren-
du justice en ne se montrant qu'une fois au
public qui lui doit pourtant le plaisic d'a-
MAI.
1752. 179
voir revu la Métromanie. Cette piéce vrai-
ment originale, dont l'ordonnance est fort
belle, qui réunit le comique des détails
au comique beaucoup plus rare de situa-
tion, où les plaisanteries naissent toujours
du fond du sujet, & qui est écrite aveo
beaucoup de force & de naturel, n est pas
jouée aussi souvent qu'elle devroit l'être.
Tous les Spectateurs ont été frappés à la
derniere représentation du jeu vif, ingé-
nieux, plein d'anthousiasme de M. Grand-
val; il nous semble que la vérité de l'ac-
tion de M. Sarrasin a échapé à la multitu-
de. Nous ne craignons pas de dire que l'i-
magination ne va pas plus loin que le ta-
lent de ce dernier Acteur, lorsqu'il est bien
placé.
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Résumé : « M. Bourg a paru Mardi 12 Avril, au théatre François pour la premiere fois. Il [...] »
Le 12 avril, M. Bourg a interprété les rôles de Francaleu dans 'La Métromanie' et de Thibaut dans 'Les Vendanges de Surène' au théâtre François. 'La Métromanie' se distingue par son originalité et sa structure soignée, combinant le comique des détails et des situations. La pièce, écrite avec force et naturel, mérite d'être jouée plus souvent. Lors de la dernière représentation, M. Grandval a été félicité pour son jeu vif, ingénieux et enthousiaste. En revanche, la performance de M. Sarrasin, bien que juste lorsqu'il est bien placé, n'a pas retenu l'attention du public.
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13115
p. 175
« Les Comediens François ont donné Jeudi 20 Avril la premiere représentation [...] »
Début :
Les Comediens François ont donné Jeudi 20 Avril la premiere représentation [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Les Comediens François ont donné Jeudi 20 Avril la premiere représentation [...] »
Les Comediens François ont donné
Jeudi 20 Avril la premiere représentation
de Cosroés, Tragédie de M. Mauger. Cet-
te nouveauté n'a été jouée qu'une fois.
Jeudi 20 Avril la premiere représentation
de Cosroés, Tragédie de M. Mauger. Cet-
te nouveauté n'a été jouée qu'une fois.
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13116
p. 175
« Les Comediens Italiens ont donné pour la cloture & l'ouverture de leur théatre [...] »
Début :
Les Comediens Italiens ont donné pour la cloture & l'ouverture de leur théatre [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comediens Italiens ont donné pour la cloture & l'ouverture de leur théatre [...] »
Les Comediens Italiens ont donné
pour la cloture & l'ouverture de leur théatre
Fanfale, parodie d'Omphale. Mlle
Favart a fait les deux complimens.
pour la cloture & l'ouverture de leur théatre
Fanfale, parodie d'Omphale. Mlle
Favart a fait les deux complimens.
Fermer
13117
p. 176-187
CONCERT SPIRITUEL.
Début :
Le Concert spirituel est devenu cette année un spectacle très agréable pour le public, une [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL.
CONCERT SPIRITUEL.
Le Concert spirituel est devenu cette année
un spectacle très agréable pour le public, une
école fort instructive pour les Musiciens & les
Compositeurs, & une source féconde d'observa-
tions & de plaisir pour les amateurs de la Musi-
que.
On y a rassemblé plusieurs nouveautés tiès
piquantes, & on y a porté jusqu'à la perfec-
tion l'exécution d'une fort grande quantité de
morceaux extrémement brillans. L'ordre, l'en-
chaînement, la variété des differentes parties
dont ce spectacle a été composé, lui ont donné
nne, espece d'action & de vie. On y couroir en
foule, on en sortoit enchanté; à peine s'est-on
aperçu cette année de la cessation des autres
spectacles de Paris.
Nous en allons donner un détail jour par jour.
Il rappellera à ceux de nos Lecteurs qui y ont
assisté, le souvenit du plaisir qu'ils ont goûté
& il donnera aux autres une idée de celui qu'ils
ont perdu.
Le Concert du jour de la Passion commença
par une grande simphonie: elle fut suivie pat
Domine in virtute tua; Motet à deux chœurs
de M. Cordelet, Maî: te de musique de l'Eglise
Saint Germain l'Auxerrois; cet ouvrage est esti-
mé & mérite de l'être.
Messieurs Pla Espagnols, jouerent un con-
certo de hautbois de leur composition. Leur jeu est
la perfection même; ils ont été retenus à la
Chapelle & à la Chambre du Roi.
Mlle Bourgeois & M. Gelin, chanterent
177
MAI.
1752.
Cantemus Domino, petit motet de Mouret. Une
grande maladie que cette Chanteuse venoit d'es-
suyer a un peu retardé les progrès qu'on avoit
d'abord cru pouvoir en attendre, & que sa belle
voix fait désirer. M. Gelin:a été plus heureux.
Le public qui esperoit beaucoup de sa voix & de
son talent, voit avec unè espèce de transport que
ses esperances sont au moment d'être complete-
:
ment remplies.
M. Canavas joua seul avec élegance, & le con-
cert linit par le Dominus regnavis, motet à
grand chœur de M. Mondonville, dans lequel
Mlle Fel & M. Richer, Page de la Musique du
Roi, exécuterent le Duo parata sedes. Cet ai-
mable enfant n'a que onze ans. Sa voix est brillan-
te, légere, juste, & flutée, & son chant de fort,
bon goût.
Le Samedi vingt- cinq Mars, jour de l'Annon-
ciation, le concert fut composé d'une grande
simphonie, du motet Lauda Jerusaiem, de la
composition de feu l'Abbé Gaveau, d'une sim-
phonie à grand chœur de M. Guillemain qui est
en possession de plaire; du Cantemus Domino,
exécuté par Mlle Bourgeois & M. Gelin, d'un,
Concerto de hautbois de Mrs Pla, & du Cæli enar-
rant, dans lequel M. Benoît chanta d'une ma-
niere admirable le beau recit In sole, & Mlle.
Fel & le jeune Richer, le Duo Non sunt loquela
neque sermones, d'une façon ravissante.
Le ving. six Mars jour des Rameaux, on debura
par une grande simphonie qui fut suivie du Venite
axultemus de M. d'A vesne, ordinaire de l'Aca-
démie Royale de Musique. Ce motet a déja
de la célebrité, on estime surtout le piemier té-
cit, le choeur avec lequel il est lié, & le choeur
Luoniam ipsim mare, qui feroit honneut aux
HV
178 MERCURE. DE FRANCE.
plus grands maîtres; mais on y désire un récit de
basse qui coupe les deun premiers chœeurs. Mrs
Pla jouerent ensuite un Concerto de leur compo-
sition, qui sit place au Diligam de Gilles. Mlle Bour-
geois y chanta le récit Beata gens de la Lande qui
aété ajouté à ce motet. M. Canavas joua un Con-
certo. M. Richer chanta une ariete latine de la
composition de M. Blanchard, Maître de Mu-
sique de la Chapelle du Roi, à qui ce jeune Page-
doit son éducation; & le concert finit par le
De profundis, un des beaux motets de M. Mon-
donville, & celui peut-être dans lequel il y a
le chant le plus agréable & le plus neuf. Mlle
Fel y chanta le récit Quia apud Dominum
avec une perfection dont elle seule est capa-
bte.
Le Lundi Saint 27. après une simphonie, om
exécuta le motet Beatus quem Elegisti, de Gilles.
Madame Wendling, Cantatrice de la musique
du Prince regnant des deux Ponts, chanta un
premier air Italien, & M. Vendling son mari, de
la même musique, exécuta un Concerto de flute,
après lequel elle chanta un deurième air beaucoup
plus agréable que le premier. La voix de cette jeu-
ne Cantatrice n'est pas formée encore, mais elle
a de l'exécution. Son mari plut généralemont par
l'expression & par le fini qu'il mit dans differens
traits de son Concerto. M. Geosfroy joua une
Sonate de violon avec la plus singuliere assuran-
ce, & le concert finit par le Magnus Dominus de
M. Mondonville.
Le Mardi Saint 28. Mars, on fit l'ouverture du
concert par une grande simphonie de M. Martin,
Musicien estimé & qui a tous les talens qu'il fant
pour se faire un grand nom, si trop de timidité &
de nodestie ne l'airête mal à propos au nilicu de
MAI. 1752.
179
li. catriere. On exécuta ensuite un De profundis
nouveau, daus lequel on trouva plusieurs mor-
ceaux d'un goût aimable & très rate dans sus com-
positeurs par état. M. Pla l'asné, joua un Con-
certo de sa composition sur le Psalterion, que
fon frere cadet accompagna avec le violon.
On voit par là que ces deux Musiciens sont des
sujets capables de procurer des plaisirs de plus d'un
genre, & qu'ils lont dignes de Paccueil dont le
public, tonjoulis juste, les honore. Le jeune
M. Richer chanta sa jolie atiete, & le concert fut
terminé par le Deminus rognavit.
Le Mercredi 29 Mars aptès la simphonie or-
dinaire, on entendit avec plaisit le fameux Misc-
vere de la Lande. Un concerto des deux hautbois.
Inclina Domine, petit motet de M. Martin,
chanté fort bien par M. Gelin. Un Concerto jouò
avec beancoup de facilité, pat M. Dupont, &
& De prefondis de M. Mondonville.
Le Jeudi 30. Mars, la simphonie fut suivie du
Caniato. Motet à grand choeur, de M. Martin.
Cet ouvrage just fie ce que nous avons dit plus
kaut de ce Compositeur. Après ce moter M.
Langlois, haute contre nouvelle, chanta le
Benedictus Dominus, petit motet de Mouret. On
lui a trouvé une grande voix, des sons pleins,
forts & nourris, peu de timbre, point d'art,
le haut de la voix difficile, & les sentimens sem-
blent partages sur les esperances que l'on doit
en concevoir; peut-être no juge-t on ce debutant
que sur la forme, il y a des Connoisseurs, &
en grand nombre, qui prétendent que l'instru-
ment est trouvé, & qu'il ne manque que l'ait pou
le rendre tel qu'on le soubaite.
On entendit apiès cette haute contre, um
Concerto dont le sond est un bruit de chasse fort
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
ingenieux de Mes Pla & ils ne laisserent rien à desi-
rer ni dans la douceur des sons, ni dans la délica-
tesse des traits, ni dans le tour & la justesse de
leur exécution. Le jeune Richer chanta ensuite
son ariete, & Mlle Fel exécuta un ait Italien
nouveau de la composition de M. Pla l'aîné, qui
l'accompagna du hautbois.
Cet air est plein de chant, & les traits d'imitation,
& d'assaut entre la voix & l'istrument qui en sont
tavissans, furent rendus par l'organe le plus
sonore, le plus flexible, & par un haubois qui
ressemble presque à cet organe charmant, : &
peut-être unique. Les connoisseurs furent contens
de la composition & charmés de l'exécution.
Ceux des Auditeurs, qui regardent les Arts com-
me faisant partie de la gloire d'une Nation
étoient flattés de ce que nous jouissons en France
d'une Chanteuse qui a réuni toutes les recherches
de l'Art au talent le plus décidé qu'ait jamais
accordé la Nature. Le concet finit par le Deli-
gam, motet à grand chœur, de feu l'Abbé
Madin.
Le Vendredi Saint, on donna après une grande
simphonie, le M.serere de la Lande, l'ariete du
jeune Page, lepetit motet Inclina ad me, chan-
té par M. Gelin, l'air Italien dont on vient
de parler, & le De profondis de M. Mondon-
ville.
Ces morceaux furent coupés par une simphonie
nouvelle. L'Auteur ne s'est point découvert
mais son talent & son goût our éclaté dans cette
composition, digne des plus excellens Maîtres.
Le dessein en est grand & hafmonieux. La partie
du milieu est d'un chant très ag. éable, & il finit
pir deux menuets d'une gaite fort saillante & la
plus noble.
MAI.
1752. 181
M. Gavinies qu'un accident avoit depuis quel-
que tems empêché de jouer du violon, reparut ce
jour la & fut accueilli comme son talent distin-
gué le mérite. On ose assurer qu'il ne manque
rien à ce jeune Virtuoso de ce que la Nature peut
accorder. Le feu, le son, la bardiesse, la pré-
cision, il a tous les talens; mais à 24 ans il est
impossible d'avoir toute l'instruction. Les Arts
sont infinis; un voyage de peu d'années seroit
très utile à M. Gavinies; qu'il juge lui-même des
plaisirs qu'il donnera un jour à la France par
ceux qu'il sent bien qu'il lui procure aujour-
d'hui.
Le Samedi Saint le concert commença pat une
simphonie à timballes & trompettes de M. Plessi
cadet. On exécuta ensuite le Cantate de M. d'Aves-
ne, un concerto de havibois, le Consitemini
patit motet de M. Cordelet, un concerto de M,
Mondonville accompagné de voix, & le Cæli
enarrant.
Mlle l'Etienne debuta ce jour là dans le Consitemini
sa voix n'est point encore formée, ses traits ne sodt
point finis, sa cadence n'est point developpée,
mais elle a le germe de toutes ces choses, & on
découvre de plus dans son chant cette précision,
& ce principe de goût qui décelent le talent: les
Connoisseurs en conçoivent des espérances, elle
est musicien ne & attent l'hiver prochain pour avois
seize ans.
Le concerto de M. Mondonville dont on vient
de parler, mérite un détail particuliet; c'est
une idée qui a paru piquante; tout ce qui est
d'imagination dans les Atts doit êtrè précieux
aux Amateurs; les preiniers pas versune route
nouvelle, découvrent des pays inconnus.
Ce sont la véritablement les coups de genie.
iS2 MERCURE DE FRANGE.
M. Mondonville a imaginé qu'un Concelto
seroit plus agréable, parce qu'il seroit plus varie,
si on y joignoit aux differens instrumens, qui
pour l'ordinaire l'exécutent, les differentes voiz
qui répondent à ces instrumens. Il est parti de-la
pour donner une premiere partie au violon &
une seconde à une voix capable de rendre, en
imitation, tous les traits de l'instrument. Les
choeurs lui ont seivi pout les parties de basse,
de haute contre, de taille; ainsi son concerto une
sois composé, il a pris en canevas, des patoles
latines dont le sens répond à) l'expression de sa
musique. On ne doit douter de rien avec Mlle
Fel; elle a cette espece de voix finguliere, cette
exécution sure, cette précision, cettej intelligence
nécessaites pour un pareil dessein, & M Gavinies
ctoit le violon le plus propre à le seconder.
On a donc entendu, après un debut hardi de
iout l'orchestre, un presto exécuté par la voix &
le violon, & les chœeurs tantôt doux & tantôt
forts qui formoient un accompagnement aussi
nouveau qu'agréable. L'Adagio a cté joue par le
violon seul. M. Gavinies en a tendu le chant
avec une expression charmante. Deux tambourins
qui formoient l'Allegro terminoient ce concerto-
ingénieux, & la joye du chant de ces deux mor-
ceaux passa dans toute l'assemblée.
Les Connoisseurs ont regardé comme un coup-
de maître, une basse qui s'unit avec les bassons
dans l'Adagio. Un passage très heureux du majeur
au mineur, & de celui ci au premier dans
l'Allegro. Ils ne cessent de louer l'idée des dour
& des forts, des chœeurs qui produisent l'effet le
plus singulier & les plus, agréable, & ils se re-
Gient sur l'exécution hardie de Mlle Fel, dont
l'organe flexible se prête avec tant de facilité
MAI.
1752.
183.
à des traits que jusqu'à elle, on avoit cru impo-
possibles à li voix.
Le jour de Pâques l'assemblée fut des plus bril-
lautes: une grande simphonie, le Diligam, de
Gilles, un Duo de hautbois, le Laudatepueri, pe-
tit motet de Finco, chanté par Mlle Fel, un solo
de M. Gavinies, & le Venite exultemus de M.
Mondonville furent les morceaux qui compose-
rent un des plus agréables concents qu'il soit pos-
siblo d'entendre.
Le Lundi un Regina Coli, motet mnouveau de-
M. Giraud de l'Académie Royale de musique,
ouvrit le concert d'abord après une grande sim-
phonie. La maniere dont le public a teçu ce nou-
vel ouvrage ne paroit pas devoir décourager l'Au-
tęur. Il fut suivi du petit motet Usquequo de Mouret,
que chanta Mlle Bourgeois, d'un Duo de haut-
bois, du petit Motet Consitemini Domino, que-
Mlle l'Etienne & M. Richet exécuterent avec-
beaucoup d'agrément & de precision, d'un con-
certo de M. Gavinies, & du Bonum est de M.
Mondonville.
Une grande Simphonie de M. Caraffe, ordinaire
de la Chambre du Roi, servit d'ouverture au Con-
cert du Mardi 4. Ayril, elle fut applaudie.
On exécuta ensuite un Motet de M. Richer dans.
lequel le jeune Page son sils chanta de la maniere
la plus agréable. M. Langlois exécuta le petit Mo-
tet Benedictus. M. Gavinies joua un Concerto;
Mlle Bourgeois & M. Gelin chanterent le Cante-
mus Domino, Mlle Fel exécuta pour la troisiéme
fois l'air Italien accompagné de M. Pla l'aîné,
& passa de cet air rempli de la plus vive legéreté
au Ploremus du Venite de M. Mondonville, qui est
le morceau le plus pathetique peut-être de notra.
Musique, & qu'olle chanta de la manicre la plus
ies O
184. MERCURE DE FRANCE.
tonchante. C'est par ce Motet qu'on termina ce
beau Concert.
Le Vendredi 7 Avril, le Concert commença
par une Simphonie, le Motet Deus noster de M.
Cordelet l'a suivit & fut très applaudi.
Mlle Gautier débuta d'abord après dans le
Cantate, petit Motet de Mouret; elle montra de
.
la voix & assez de facilité.
Un Conoerto de haut-bois précéda le perit
Motet Consitemini, qui fut exécuté par Mlle l'E-
tienne, & M.; Richer. Cette jeune chanteuse y
sit voir des progtès, & l'aimable Page y reçut de
nouve aux applaudissemens.
On exécuta ensuite le nouveau Con certo de M.
Mondonville, qu'on entendit avec le plus grand
plaisit, & le Nist Dominus du même Auteur termi-
*.
na le Concert.
Une circonstance qui peut servit à l'émulation,
en faisant honneur à l'art, & qui, par ces motiss
mérite d'être raportée, rendit encore ce jour-là,
plus surp renante la bonne exécution du Concerro
de M. Mondonville. La partie sur laquelle Mile
Fel devoit chanter se trouva perdue, & dans cette
position pressée, c'est sur le premier brouillon très-
brouillé de l'Auteur que Mlle Fel chercha & scut
demeler la partie qu'elle devoit exécuter.
On peut juger par tout ce qu'on vient de rap-
porter que les Concerts ont eu dans le public une
grande faveur. Aussi le dernier qui fut donné le
9 Avril, jour de Quasimodo, & dans lequel il
parut qu'on cherchoit à rencherir sur tous les au-
tres, attira-t. il une foule extraordinaire.
Il fut composé d'une Simphonie de M. Mon-
donville, du Cali enarrant, du Contemus, de Mou-
ret, que chanta M. Gelin, d'un Concetto de flûtes
exécuté par M. Taillard, du Laudote pueri, de
joogl
MAI. 1752. 185
Fioco, dans lequel Mlle Fel déploya tontes les
graces de sa voix, & toutes les finesses de l'art,
d'un Concerto de hautbois, dont le chant
agréable & pastoral, reunit tous les suffrages en
faveur de MM. Pla. Cette composition fait assez
sentir combien il leur sera facile d'allier au saillant
de la Musique Italienne, l'amenité de la Fran-
çoise.
Ce Concerto fut suivi de celui de M. Mon-
donville accompagné de voix, & le Concert fi-
nit pat le Venite exultemus, du même Auteur. Le
beau recit Quoniam Deus magnus, fut chanté pat
M. l'Abbé Malines avec cette voix sonore, for-
te, & expressive, qui depuis long. tems lui attite
dans ce récit les plus grands applandissemens, &
Mlle Fel rendit, avec une onction aussi touchante
& aussi sublime que le morceau lui-même, le
grand Tableau du Venite adoremus, qui est & seta
toujours la base de la réputation de M. Mondon-
ville. Le charme du public ne pouroit pas croître,
& il ne falloit pas moins que M. Jeliote pout le
continuer. Il n'avoit point été annoncé, & il
chanta avec la force, l'art, l'expression, & la
noblesse dont il est capable, le récit Sicut in
ex acerbatione.
Les Spectateurs jouissoient dans le même tems
des talens qui leur sont les plus chers. Ils expri-
merent leut satisfaction par des applaudissemens
extrêmes, & M. Jeliote dut sentir le prix flat-
teur que le public met toujours aux surprises
agréobles qu'on a la galanterie de lui donner.
Tel a été le Spectacle dont Paris s'est occupé
pendant trois semaines On y a entendu des com-
positions excellentes de plusicurs genres, & en
grand nombre. On y a vu des taleus naissans qui
qui promettent des succes, & on a joui des soins.
196 MERCURE DEFRANCE.
des recherches, des travaux de ceux qui avoient
déja paru, & que l'émulation a mis en état de
rempht les espérances que leurs premiers pas
avoient données.
M. Gelin qui est celui de tous qui paroît avan-
cer avec le plus de rapidité, vient de jouir du fruit
de ses peines. Sa reconnoissance nous assure de
nouveaux efforts & de nouveaux plaisirs.
MM. Pla sont parfaits dans les genres qu'ils
connoissent, & ils ont tout ce qu'il faut pour le
devenir dans celui dont ils vont s instruire. Leurs
compositions sont pleines de feu & de génie; ils
n'ont, pour faire les délices de la Nation, qu'à
ajouter les r chesses d'un nouvel art à toutes celles
qu'ils possedent déja, & qui sont moins des obs-
tacles, que des moyens pour acquerir le goût
Frarçois qui leur n'anque.
Le jeune M. Richer va rapporter à Versailles
dans le sein de ses Maî res, les témo: gnages d'af-
fection dont Paris l'a honoré malgré sa jeunesse
ils ont été trop vifs, pour qu'il les oublie. Ils ger-
meront sans doure dans son couir, & ils ranime-
ront son zéle, & son émulation. Sa jolie voix
n'est peut-être qu'une fleur passagere; mais peut-
être aussi cette fleur donnera-t-elle des fruits de
plus d'une es éce dans une autre saison.
Si Mlle l'Etienne cultive ses dispositions, l'art
pourra supléer ce que la nature semble avoir réfu-
fé à son organe. Elle est jeune & Musicienne; sa
voix peut achever de se dévoiler. Le dernier jour
même qu'on l'a entendue, elle sembloit avoir ac-
quis un espêce de dévéloppement, & elle parut
en effet plus sonore. Que ne peut pas un travail
opiniâtre, secondé du zéle des bons Maîtres !
Qu'elle écoute, qu'elle étudie, qu'elle admite
saus cesse Mlle Fel. Ce sont les modeles pasfait
*.
* *
MAI. 1752.
187
qui peuvent seuls former les grands talens.
On ne parle point ici en particulier de l'admi-
nistration du Spectacle dont on vient de rendre
compte. Les faits qu'on a rapportés ne sont pour,
elle que des éloges, & l'affluence du public est,
une récompense aussi juste, qu'utile des peines
qu'on s'est données pour lui rendre cette admi-
nistration agréable.
Le Concert spirituel est devenu cette année
un spectacle très agréable pour le public, une
école fort instructive pour les Musiciens & les
Compositeurs, & une source féconde d'observa-
tions & de plaisir pour les amateurs de la Musi-
que.
On y a rassemblé plusieurs nouveautés tiès
piquantes, & on y a porté jusqu'à la perfec-
tion l'exécution d'une fort grande quantité de
morceaux extrémement brillans. L'ordre, l'en-
chaînement, la variété des differentes parties
dont ce spectacle a été composé, lui ont donné
nne, espece d'action & de vie. On y couroir en
foule, on en sortoit enchanté; à peine s'est-on
aperçu cette année de la cessation des autres
spectacles de Paris.
Nous en allons donner un détail jour par jour.
Il rappellera à ceux de nos Lecteurs qui y ont
assisté, le souvenit du plaisir qu'ils ont goûté
& il donnera aux autres une idée de celui qu'ils
ont perdu.
Le Concert du jour de la Passion commença
par une grande simphonie: elle fut suivie pat
Domine in virtute tua; Motet à deux chœurs
de M. Cordelet, Maî: te de musique de l'Eglise
Saint Germain l'Auxerrois; cet ouvrage est esti-
mé & mérite de l'être.
Messieurs Pla Espagnols, jouerent un con-
certo de hautbois de leur composition. Leur jeu est
la perfection même; ils ont été retenus à la
Chapelle & à la Chambre du Roi.
Mlle Bourgeois & M. Gelin, chanterent
177
MAI.
1752.
Cantemus Domino, petit motet de Mouret. Une
grande maladie que cette Chanteuse venoit d'es-
suyer a un peu retardé les progrès qu'on avoit
d'abord cru pouvoir en attendre, & que sa belle
voix fait désirer. M. Gelin:a été plus heureux.
Le public qui esperoit beaucoup de sa voix & de
son talent, voit avec unè espèce de transport que
ses esperances sont au moment d'être complete-
:
ment remplies.
M. Canavas joua seul avec élegance, & le con-
cert linit par le Dominus regnavis, motet à
grand chœur de M. Mondonville, dans lequel
Mlle Fel & M. Richer, Page de la Musique du
Roi, exécuterent le Duo parata sedes. Cet ai-
mable enfant n'a que onze ans. Sa voix est brillan-
te, légere, juste, & flutée, & son chant de fort,
bon goût.
Le Samedi vingt- cinq Mars, jour de l'Annon-
ciation, le concert fut composé d'une grande
simphonie, du motet Lauda Jerusaiem, de la
composition de feu l'Abbé Gaveau, d'une sim-
phonie à grand chœur de M. Guillemain qui est
en possession de plaire; du Cantemus Domino,
exécuté par Mlle Bourgeois & M. Gelin, d'un,
Concerto de hautbois de Mrs Pla, & du Cæli enar-
rant, dans lequel M. Benoît chanta d'une ma-
niere admirable le beau recit In sole, & Mlle.
Fel & le jeune Richer, le Duo Non sunt loquela
neque sermones, d'une façon ravissante.
Le ving. six Mars jour des Rameaux, on debura
par une grande simphonie qui fut suivie du Venite
axultemus de M. d'A vesne, ordinaire de l'Aca-
démie Royale de Musique. Ce motet a déja
de la célebrité, on estime surtout le piemier té-
cit, le choeur avec lequel il est lié, & le choeur
Luoniam ipsim mare, qui feroit honneut aux
HV
178 MERCURE. DE FRANCE.
plus grands maîtres; mais on y désire un récit de
basse qui coupe les deun premiers chœeurs. Mrs
Pla jouerent ensuite un Concerto de leur compo-
sition, qui sit place au Diligam de Gilles. Mlle Bour-
geois y chanta le récit Beata gens de la Lande qui
aété ajouté à ce motet. M. Canavas joua un Con-
certo. M. Richer chanta une ariete latine de la
composition de M. Blanchard, Maître de Mu-
sique de la Chapelle du Roi, à qui ce jeune Page-
doit son éducation; & le concert finit par le
De profundis, un des beaux motets de M. Mon-
donville, & celui peut-être dans lequel il y a
le chant le plus agréable & le plus neuf. Mlle
Fel y chanta le récit Quia apud Dominum
avec une perfection dont elle seule est capa-
bte.
Le Lundi Saint 27. après une simphonie, om
exécuta le motet Beatus quem Elegisti, de Gilles.
Madame Wendling, Cantatrice de la musique
du Prince regnant des deux Ponts, chanta un
premier air Italien, & M. Vendling son mari, de
la même musique, exécuta un Concerto de flute,
après lequel elle chanta un deurième air beaucoup
plus agréable que le premier. La voix de cette jeu-
ne Cantatrice n'est pas formée encore, mais elle
a de l'exécution. Son mari plut généralemont par
l'expression & par le fini qu'il mit dans differens
traits de son Concerto. M. Geosfroy joua une
Sonate de violon avec la plus singuliere assuran-
ce, & le concert finit par le Magnus Dominus de
M. Mondonville.
Le Mardi Saint 28. Mars, on fit l'ouverture du
concert par une grande simphonie de M. Martin,
Musicien estimé & qui a tous les talens qu'il fant
pour se faire un grand nom, si trop de timidité &
de nodestie ne l'airête mal à propos au nilicu de
MAI. 1752.
179
li. catriere. On exécuta ensuite un De profundis
nouveau, daus lequel on trouva plusieurs mor-
ceaux d'un goût aimable & très rate dans sus com-
positeurs par état. M. Pla l'asné, joua un Con-
certo de sa composition sur le Psalterion, que
fon frere cadet accompagna avec le violon.
On voit par là que ces deux Musiciens sont des
sujets capables de procurer des plaisirs de plus d'un
genre, & qu'ils lont dignes de Paccueil dont le
public, tonjoulis juste, les honore. Le jeune
M. Richer chanta sa jolie atiete, & le concert fut
terminé par le Deminus rognavit.
Le Mercredi 29 Mars aptès la simphonie or-
dinaire, on entendit avec plaisit le fameux Misc-
vere de la Lande. Un concerto des deux hautbois.
Inclina Domine, petit motet de M. Martin,
chanté fort bien par M. Gelin. Un Concerto jouò
avec beancoup de facilité, pat M. Dupont, &
& De prefondis de M. Mondonville.
Le Jeudi 30. Mars, la simphonie fut suivie du
Caniato. Motet à grand choeur, de M. Martin.
Cet ouvrage just fie ce que nous avons dit plus
kaut de ce Compositeur. Après ce moter M.
Langlois, haute contre nouvelle, chanta le
Benedictus Dominus, petit motet de Mouret. On
lui a trouvé une grande voix, des sons pleins,
forts & nourris, peu de timbre, point d'art,
le haut de la voix difficile, & les sentimens sem-
blent partages sur les esperances que l'on doit
en concevoir; peut-être no juge-t on ce debutant
que sur la forme, il y a des Connoisseurs, &
en grand nombre, qui prétendent que l'instru-
ment est trouvé, & qu'il ne manque que l'ait pou
le rendre tel qu'on le soubaite.
On entendit apiès cette haute contre, um
Concerto dont le sond est un bruit de chasse fort
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
ingenieux de Mes Pla & ils ne laisserent rien à desi-
rer ni dans la douceur des sons, ni dans la délica-
tesse des traits, ni dans le tour & la justesse de
leur exécution. Le jeune Richer chanta ensuite
son ariete, & Mlle Fel exécuta un ait Italien
nouveau de la composition de M. Pla l'aîné, qui
l'accompagna du hautbois.
Cet air est plein de chant, & les traits d'imitation,
& d'assaut entre la voix & l'istrument qui en sont
tavissans, furent rendus par l'organe le plus
sonore, le plus flexible, & par un haubois qui
ressemble presque à cet organe charmant, : &
peut-être unique. Les connoisseurs furent contens
de la composition & charmés de l'exécution.
Ceux des Auditeurs, qui regardent les Arts com-
me faisant partie de la gloire d'une Nation
étoient flattés de ce que nous jouissons en France
d'une Chanteuse qui a réuni toutes les recherches
de l'Art au talent le plus décidé qu'ait jamais
accordé la Nature. Le concet finit par le Deli-
gam, motet à grand chœur, de feu l'Abbé
Madin.
Le Vendredi Saint, on donna après une grande
simphonie, le M.serere de la Lande, l'ariete du
jeune Page, lepetit motet Inclina ad me, chan-
té par M. Gelin, l'air Italien dont on vient
de parler, & le De profondis de M. Mondon-
ville.
Ces morceaux furent coupés par une simphonie
nouvelle. L'Auteur ne s'est point découvert
mais son talent & son goût our éclaté dans cette
composition, digne des plus excellens Maîtres.
Le dessein en est grand & hafmonieux. La partie
du milieu est d'un chant très ag. éable, & il finit
pir deux menuets d'une gaite fort saillante & la
plus noble.
MAI.
1752. 181
M. Gavinies qu'un accident avoit depuis quel-
que tems empêché de jouer du violon, reparut ce
jour la & fut accueilli comme son talent distin-
gué le mérite. On ose assurer qu'il ne manque
rien à ce jeune Virtuoso de ce que la Nature peut
accorder. Le feu, le son, la bardiesse, la pré-
cision, il a tous les talens; mais à 24 ans il est
impossible d'avoir toute l'instruction. Les Arts
sont infinis; un voyage de peu d'années seroit
très utile à M. Gavinies; qu'il juge lui-même des
plaisirs qu'il donnera un jour à la France par
ceux qu'il sent bien qu'il lui procure aujour-
d'hui.
Le Samedi Saint le concert commença pat une
simphonie à timballes & trompettes de M. Plessi
cadet. On exécuta ensuite le Cantate de M. d'Aves-
ne, un concerto de havibois, le Consitemini
patit motet de M. Cordelet, un concerto de M,
Mondonville accompagné de voix, & le Cæli
enarrant.
Mlle l'Etienne debuta ce jour là dans le Consitemini
sa voix n'est point encore formée, ses traits ne sodt
point finis, sa cadence n'est point developpée,
mais elle a le germe de toutes ces choses, & on
découvre de plus dans son chant cette précision,
& ce principe de goût qui décelent le talent: les
Connoisseurs en conçoivent des espérances, elle
est musicien ne & attent l'hiver prochain pour avois
seize ans.
Le concerto de M. Mondonville dont on vient
de parler, mérite un détail particuliet; c'est
une idée qui a paru piquante; tout ce qui est
d'imagination dans les Atts doit êtrè précieux
aux Amateurs; les preiniers pas versune route
nouvelle, découvrent des pays inconnus.
Ce sont la véritablement les coups de genie.
iS2 MERCURE DE FRANGE.
M. Mondonville a imaginé qu'un Concelto
seroit plus agréable, parce qu'il seroit plus varie,
si on y joignoit aux differens instrumens, qui
pour l'ordinaire l'exécutent, les differentes voiz
qui répondent à ces instrumens. Il est parti de-la
pour donner une premiere partie au violon &
une seconde à une voix capable de rendre, en
imitation, tous les traits de l'instrument. Les
choeurs lui ont seivi pout les parties de basse,
de haute contre, de taille; ainsi son concerto une
sois composé, il a pris en canevas, des patoles
latines dont le sens répond à) l'expression de sa
musique. On ne doit douter de rien avec Mlle
Fel; elle a cette espece de voix finguliere, cette
exécution sure, cette précision, cettej intelligence
nécessaites pour un pareil dessein, & M Gavinies
ctoit le violon le plus propre à le seconder.
On a donc entendu, après un debut hardi de
iout l'orchestre, un presto exécuté par la voix &
le violon, & les chœeurs tantôt doux & tantôt
forts qui formoient un accompagnement aussi
nouveau qu'agréable. L'Adagio a cté joue par le
violon seul. M. Gavinies en a tendu le chant
avec une expression charmante. Deux tambourins
qui formoient l'Allegro terminoient ce concerto-
ingénieux, & la joye du chant de ces deux mor-
ceaux passa dans toute l'assemblée.
Les Connoisseurs ont regardé comme un coup-
de maître, une basse qui s'unit avec les bassons
dans l'Adagio. Un passage très heureux du majeur
au mineur, & de celui ci au premier dans
l'Allegro. Ils ne cessent de louer l'idée des dour
& des forts, des chœeurs qui produisent l'effet le
plus singulier & les plus, agréable, & ils se re-
Gient sur l'exécution hardie de Mlle Fel, dont
l'organe flexible se prête avec tant de facilité
MAI.
1752.
183.
à des traits que jusqu'à elle, on avoit cru impo-
possibles à li voix.
Le jour de Pâques l'assemblée fut des plus bril-
lautes: une grande simphonie, le Diligam, de
Gilles, un Duo de hautbois, le Laudatepueri, pe-
tit motet de Finco, chanté par Mlle Fel, un solo
de M. Gavinies, & le Venite exultemus de M.
Mondonville furent les morceaux qui compose-
rent un des plus agréables concents qu'il soit pos-
siblo d'entendre.
Le Lundi un Regina Coli, motet mnouveau de-
M. Giraud de l'Académie Royale de musique,
ouvrit le concert d'abord après une grande sim-
phonie. La maniere dont le public a teçu ce nou-
vel ouvrage ne paroit pas devoir décourager l'Au-
tęur. Il fut suivi du petit motet Usquequo de Mouret,
que chanta Mlle Bourgeois, d'un Duo de haut-
bois, du petit Motet Consitemini Domino, que-
Mlle l'Etienne & M. Richet exécuterent avec-
beaucoup d'agrément & de precision, d'un con-
certo de M. Gavinies, & du Bonum est de M.
Mondonville.
Une grande Simphonie de M. Caraffe, ordinaire
de la Chambre du Roi, servit d'ouverture au Con-
cert du Mardi 4. Ayril, elle fut applaudie.
On exécuta ensuite un Motet de M. Richer dans.
lequel le jeune Page son sils chanta de la maniere
la plus agréable. M. Langlois exécuta le petit Mo-
tet Benedictus. M. Gavinies joua un Concerto;
Mlle Bourgeois & M. Gelin chanterent le Cante-
mus Domino, Mlle Fel exécuta pour la troisiéme
fois l'air Italien accompagné de M. Pla l'aîné,
& passa de cet air rempli de la plus vive legéreté
au Ploremus du Venite de M. Mondonville, qui est
le morceau le plus pathetique peut-être de notra.
Musique, & qu'olle chanta de la manicre la plus
ies O
184. MERCURE DE FRANCE.
tonchante. C'est par ce Motet qu'on termina ce
beau Concert.
Le Vendredi 7 Avril, le Concert commença
par une Simphonie, le Motet Deus noster de M.
Cordelet l'a suivit & fut très applaudi.
Mlle Gautier débuta d'abord après dans le
Cantate, petit Motet de Mouret; elle montra de
.
la voix & assez de facilité.
Un Conoerto de haut-bois précéda le perit
Motet Consitemini, qui fut exécuté par Mlle l'E-
tienne, & M.; Richer. Cette jeune chanteuse y
sit voir des progtès, & l'aimable Page y reçut de
nouve aux applaudissemens.
On exécuta ensuite le nouveau Con certo de M.
Mondonville, qu'on entendit avec le plus grand
plaisit, & le Nist Dominus du même Auteur termi-
*.
na le Concert.
Une circonstance qui peut servit à l'émulation,
en faisant honneur à l'art, & qui, par ces motiss
mérite d'être raportée, rendit encore ce jour-là,
plus surp renante la bonne exécution du Concerro
de M. Mondonville. La partie sur laquelle Mile
Fel devoit chanter se trouva perdue, & dans cette
position pressée, c'est sur le premier brouillon très-
brouillé de l'Auteur que Mlle Fel chercha & scut
demeler la partie qu'elle devoit exécuter.
On peut juger par tout ce qu'on vient de rap-
porter que les Concerts ont eu dans le public une
grande faveur. Aussi le dernier qui fut donné le
9 Avril, jour de Quasimodo, & dans lequel il
parut qu'on cherchoit à rencherir sur tous les au-
tres, attira-t. il une foule extraordinaire.
Il fut composé d'une Simphonie de M. Mon-
donville, du Cali enarrant, du Contemus, de Mou-
ret, que chanta M. Gelin, d'un Concetto de flûtes
exécuté par M. Taillard, du Laudote pueri, de
joogl
MAI. 1752. 185
Fioco, dans lequel Mlle Fel déploya tontes les
graces de sa voix, & toutes les finesses de l'art,
d'un Concerto de hautbois, dont le chant
agréable & pastoral, reunit tous les suffrages en
faveur de MM. Pla. Cette composition fait assez
sentir combien il leur sera facile d'allier au saillant
de la Musique Italienne, l'amenité de la Fran-
çoise.
Ce Concerto fut suivi de celui de M. Mon-
donville accompagné de voix, & le Concert fi-
nit pat le Venite exultemus, du même Auteur. Le
beau recit Quoniam Deus magnus, fut chanté pat
M. l'Abbé Malines avec cette voix sonore, for-
te, & expressive, qui depuis long. tems lui attite
dans ce récit les plus grands applandissemens, &
Mlle Fel rendit, avec une onction aussi touchante
& aussi sublime que le morceau lui-même, le
grand Tableau du Venite adoremus, qui est & seta
toujours la base de la réputation de M. Mondon-
ville. Le charme du public ne pouroit pas croître,
& il ne falloit pas moins que M. Jeliote pout le
continuer. Il n'avoit point été annoncé, & il
chanta avec la force, l'art, l'expression, & la
noblesse dont il est capable, le récit Sicut in
ex acerbatione.
Les Spectateurs jouissoient dans le même tems
des talens qui leur sont les plus chers. Ils expri-
merent leut satisfaction par des applaudissemens
extrêmes, & M. Jeliote dut sentir le prix flat-
teur que le public met toujours aux surprises
agréobles qu'on a la galanterie de lui donner.
Tel a été le Spectacle dont Paris s'est occupé
pendant trois semaines On y a entendu des com-
positions excellentes de plusicurs genres, & en
grand nombre. On y a vu des taleus naissans qui
qui promettent des succes, & on a joui des soins.
196 MERCURE DEFRANCE.
des recherches, des travaux de ceux qui avoient
déja paru, & que l'émulation a mis en état de
rempht les espérances que leurs premiers pas
avoient données.
M. Gelin qui est celui de tous qui paroît avan-
cer avec le plus de rapidité, vient de jouir du fruit
de ses peines. Sa reconnoissance nous assure de
nouveaux efforts & de nouveaux plaisirs.
MM. Pla sont parfaits dans les genres qu'ils
connoissent, & ils ont tout ce qu'il faut pour le
devenir dans celui dont ils vont s instruire. Leurs
compositions sont pleines de feu & de génie; ils
n'ont, pour faire les délices de la Nation, qu'à
ajouter les r chesses d'un nouvel art à toutes celles
qu'ils possedent déja, & qui sont moins des obs-
tacles, que des moyens pour acquerir le goût
Frarçois qui leur n'anque.
Le jeune M. Richer va rapporter à Versailles
dans le sein de ses Maî res, les témo: gnages d'af-
fection dont Paris l'a honoré malgré sa jeunesse
ils ont été trop vifs, pour qu'il les oublie. Ils ger-
meront sans doure dans son couir, & ils ranime-
ront son zéle, & son émulation. Sa jolie voix
n'est peut-être qu'une fleur passagere; mais peut-
être aussi cette fleur donnera-t-elle des fruits de
plus d'une es éce dans une autre saison.
Si Mlle l'Etienne cultive ses dispositions, l'art
pourra supléer ce que la nature semble avoir réfu-
fé à son organe. Elle est jeune & Musicienne; sa
voix peut achever de se dévoiler. Le dernier jour
même qu'on l'a entendue, elle sembloit avoir ac-
quis un espêce de dévéloppement, & elle parut
en effet plus sonore. Que ne peut pas un travail
opiniâtre, secondé du zéle des bons Maîtres !
Qu'elle écoute, qu'elle étudie, qu'elle admite
saus cesse Mlle Fel. Ce sont les modeles pasfait
*.
* *
MAI. 1752.
187
qui peuvent seuls former les grands talens.
On ne parle point ici en particulier de l'admi-
nistration du Spectacle dont on vient de rendre
compte. Les faits qu'on a rapportés ne sont pour,
elle que des éloges, & l'affluence du public est,
une récompense aussi juste, qu'utile des peines
qu'on s'est données pour lui rendre cette admi-
nistration agréable.
Fermer
Résumé : CONCERT SPIRITUEL.
Le Concert Spirituel de 1752 a été acclamé pour son agrément, son caractère instructif et les plaisirs qu'il a offerts aux amateurs de musique. Il a présenté plusieurs nouveautés et une exécution impeccable de nombreux morceaux brillants. Le public, nombreux, a été charmé par l'ordre, l'enchaînement et la variété des différentes parties. Le concert du jour de la Passion a débuté par une symphonie suivie du 'Domine in virtute tua' de Cordelet. Les frères Pla ont interprété un concerto de hautbois, et Mlle Bourgeois et M. Gelin ont chanté 'Cantemus Domino' de Mouret. Le concert s'est conclu par le 'Dominus regnavit' de Mondonville, avec un duo interprété par Mlle Fel et M. Richer. Les jours suivants, le concert a inclus des œuvres telles que 'Lauda Jerusalem' de l'Abbé Gaveau, des symphonies de Guillemain, et des motets de d'Avesne et Gilles. Des artistes comme Madame Wendling, M. Geosfroy et M. Dupont ont également contribué avec des performances notables. Les motets de Mondonville ont souvent clôturé les concerts. Lors de la semaine sainte, plusieurs événements musicaux ont eu lieu. Une haute-contre nommée Langlois a interprété le 'Benedictus Dominus' de Mouret, suscitant des avis partagés. Un concerto de Pla et une ariette du jeune Richer ont été salués. Le Vendredi Saint, le 'Miserere' de La Lande et le 'De profundis' de Mondonville ont été interprétés. Le Samedi Saint, le concert a commencé par une symphonie de Plessy cadet, suivie d'une cantate de d'Avesnes et d'un concerto de Mondonville. Le jour de Pâques, le concert a inclus des œuvres comme le 'Diligam' de Gilles et le 'Venite exultemus' de Mondonville. Les jours suivants, des symphonies et des motets de divers compositeurs ont été joués, avec des performances remarquées de Mlle Fel, M. Gelin et M. Jeliote. Les spectateurs ont exprimé leur satisfaction par des applaudissements. Le texte mentionne également deux jeunes talents, M. Richer et Mlle Étienne. M. Richer, malgré sa jeunesse, a reçu des témoignages d'affection. Mlle Étienne, bien que sa voix manque de certaines qualités naturelles, montre des progrès notables et est encouragée à continuer de travailler sous la guidance de maîtres compétents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13118
p. 187-192
LETTRE. De M. Grimm à M. l'Abbé Raynal, sur les remarques au sujet de sa lettre d'Omphale. A Paris ; le jour de Pâques, 2 Avril 1752, à la sortie du Concert.
Début :
Permettez, Monsieur, que je m'adresse à vous pour faire mes remerciemens à l'inconnu qui, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE. De M. Grimm à M. l'Abbé Raynal, sur les remarques au sujet de sa lettre d'Omphale. A Paris ; le jour de Pâques, 2 Avril 1752, à la sortie du Concert.
LETTRE.
De M. Grimm à M. l'Abbé Raynal, sur
les remarques au sujet de sa lettre d'Omphale.
A Paris ; le jour de Pâques, 2
Avril 1752, à la sortie du Concert.
Permettez, Monsieur, que je m'adresse à vous
pour faire mes remerciemens à l'inconnu qui,
par une suite de sa déférence pour vos conseils,
a bien voulu enrichit ma lettre fur Omphale de ses
remarques, & sur tout au public qui a daigné juger
avec indulgence une Brochure dans laquelle il n'a,
pu trouver d'autre mérite qu'un grand zéle pour la-
vérité, & pour le bien de l'art. Comme on est
toujours timide quand on hazarde des principes
qui ne peuvent pas être du goût de tout le mon-
de; j'avoue que le jugement trop favorable que
vous en avez bien voulu porter, ne m'avoit point
entiérement rassuré; j'avois besoin des temarques
qui viennent de paroître, pour m'affermir dana
tout ce que j'avois dit.
Cependant la reconnoissance que je dois à l'Au-
teur ne m'empêchera pas de relever l'injustice
188 MERCURE DE FRANCE.
qu'il a faite à un hom ne de mérite, qu'il me per-
mettra du moins d'appeller mon Contemporain.
J'ose aussi l'assurer que je n'accorde pas aussi legé-
rement qu'il semble le croire, des places autour
du grand Pergolese, & que M. Adolphati, sans
avoir assez de célébrité pour mériter son suffrage
a un titre bien plus précieux pout être placé à co-
té de ce génie sublime. Ce ti:re, c'est son talent
& les preuves de son talent, ce sont les mor-
ceaux.
Che non mi disse un di, &c.
Siete barbare amate Stelle, &c.
Scherza, il Nocchier talora, &c.
Tu vuoi ch' io viva, o cara, &c.
Ch' io mai vi, possa lasciar d' amare, &c.
D'un genio che m' Accende
Et trente autres qu'apparemmeut l'Auteur des re-
marques ne connoît pas. J'ai cru devoir cet éclair-
cissement sur le mérite de M. Adolphati. Je ne me
pardonnerois pas d'avoir donné, quoique fort in-
directement, occasion à un artêt injuste pronon-
cé sans ménagement contre un homme dont le
génie est fait pour s'attiret l'admiration & les
suffrages de tous les gens d'esprit & de goût; du-
moins de ceux, qui se mélant de juger les Mu-
ficiens, sont obligés de se connoître en Musique.
En attendant que M. Adolphati mérite (par sa
célébrité l'estime de son Cenleur, je suis bien aise
de lui apprendre que ce Musicien vient d'avoir
pour la seconde fois un succès très-brillant à
l'Opéra de Genes, & en même tems un autre non
moins flatteur à Modene.
J'ose aussi l'assurer que je connois, peut-être
1751. 189
MAI.
sintant que lui les ouvrages, le mérite & le ta-
lent de M. Hasse & de M. Hendel mes Contem-
porains & mes Compatriotes, & que je suis tout
aussi glorieux que M. Hasse peut l'être lui- même
du tire de Saxon par excellence que les Italiens
lui ont donné, & qu'à leur imitation M. de Vol-
taire a conféré en France au Heros du fiécle. Si
j'avois cru pouvoir placer cet Artiste célébre à
côté de Pergolese (a) j'aurois été trop jaloux de
la gloire de ma Patrie pour y manquer. Mais ac
cabler les grands talens de louanges excessives &
outrées sans y attacher de sens ni de vérité,
c'est les outrager plûtôt que les honorer.
Au reste je nai pas voulu designer tous les
Autels d'un Temple assez décoré par les simples
noms qui s'y trouvent. J'avois mis peu d'art a sa
construction, & l'Auteur des remarques releve
avec raison, ma négligence. Quand, par exem-
ple, je parle de la façon dont Mlle Fel chante
l'Italien, je n'ai pas voulu dire qu'elle avoit fait
je ne sçais quelles découvertes, j'ai voulu dire fini-
plement que les Etiangers; (6) & entr'autres
(a) Tout le monde reconnoit le merite de Dan-
court & de Dufresny, mais personne ne s' est avise
de les placer à coté de Moliere aussi sublime aans son
genre, que le grand Corneille l'est quelquefois dans
le sien; tout comme I latée est aussi sublime dans le sien,
que Zo roastre dans un autre.
(b) C'ast-à- dire les Connoisseurs; car les Etran-
gers qui se melent de parler de Musique par air, ont
déja décidé avant que d'entendre, qu'une voix Fran-
çoise & sur tout la premiere voix Françoise, ne scau-
voit que très mal chanter l'Italion. Comme il n'y a
iei que lo nom qui les cheque, s' ils l'aiment mieux,
vous l'appellerons désormais la voix Euro péenne.
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190 MERCURE DE FRANCE.
mon Compatriote M. Hasse, outre une articula,
tion très-heureuse, & une expression très-agréa-
ble, lui trouvent je ne sçais quoi d'original dans son
chant, qui sans être précisément le goût de nos
voix Italiennes, convient très-bien au génie de
cette Musique; & si l'Auteur des remarques de-
mande en quoi consiste cette maniere originale
je lui dirai que Mlle Fel la doit à son organe
le plus siagulier & le plus égal que je connoisse.
C'est avec une voix par tout également franche
& legere qu'elle parcourt deux gammes & demie;
mais la nature qui lui a accordé cette faveur, n'en
est pas prodigue, & les voix ordinaires sont obli-
gées d'y suppléer par l'att. Voilà ce qu'on fait en
Italie & en France, avec cette différence que nos
voix ont trouvé le secret d'aller, sans être fran-
ches, par tout avec la même facilité, & de char-
mer l'oreille par le goût qu'elles scavent mettre
dans leurs tours & dans leurs passages; & qu'en
France on y supplée par des cris effectivement
très-capables d'affecter l'oreille par leur fremis-
sement sinistre.
J'ose l'assuret encore que je sçais un peu ce
que c'est que déclamer en Musique & que je viens
d'entendre au Concert le plus beau morceau de
déclamation qui existe. C'est le recit: Venite ado-
remus, chanté & déclamé par Mlle Fel d'une ma-
niere sublime & celeste, c'est-à-dire, convenable
au caractere que l'Auteur lui a donné; & je n'ai
pas non plus laissé échapper le petit morceau: Ho-
die si vocem ejus audieritis, qui ne sert que de transi-
tion à la reprise; mais qui est un modele de la plus
noble déclamation, & un trait de génie anquel
je n'ai rien trouvé de ressemblant dans tout ce
que j'ai entendu de Musique. Mais je veux qu'une
déclamation pathétique me déchire le cœur &
non pas les oreilles.
191
MAI.175
J'ose enfin l'assurer que personne n'admire plus
que moi le talent de l'Eleve du grand Tartinitz
mais je n'ai pas cru devoir rappellet au public ua
évenement qu'il pourroit trouver aujourd'hpi
beaucoup plus humiliant pour son goût, qu'il
ne le fut alors pour le talent de Monueur
Pagin.
Ce que je voudrois toujours rappeller an public,
dont je voudrois le temercier sans cesse, & à quoi
je croi que les Philosophes ont contribué, c'est
la justice qu'il trend aux vrais talens, c'est l'ad-
miration avec laquelle il a écouté cette semaine
les ches-d'oouvres de M. de Mondonville, c'est le
susfrage dont il a honoté ces deux hautbois (a)
singuliers, c'est la maniere dont il napplaudi aux
progrès de M. Gelin & à l'expression noble & pa-
phetique de cette autre basse-taillo admirable (6).
C'est l'enthousi isme si juste qu'il a marqué aujour-
d'hui après le morceau: A solis ortu, du petit
Motet de Focco, chanté d'unè n sniere si neu-
ve & si digne de cette voix qui sçait chanter; c'est-
enfin la façon dont il a accueilli-& encouragé un
enfant charmant; (c) qui a chanté différens
(a) MM. Pla, freres, de la Musique du Roi
dEspagne.
.
(b)M. Benoit,
(c) M. Richer Page de la Musique de la Cha-
pille du Roi, Souhaitons que cet enfant ne soche ja-
mais chanter la Musique de Lully, s'il est vrai
comme l'Auteur des remarques sur ma lettre le prè-
tand, qu'il faille des cris & des efforts pour la ren-
ddre; & prions ceux à qui sa jeunasse est confiée, de
me pas gater en lui un don aussi précieux que le
gout naturel; soit pur das cadonces trop fréquentes
dont le chant François fourmille, & qui ne servent
Mastres vOO
392 MERCURE DEFRANCE.
morceaux sans cris, sans efforts, avec justesse,
avec aisance & sur tout avec un goût très remar-
quable à son âge & dans son pays.
J'ai l'honneur d'être, &c.
3
qu'a ganter les voix & a fatiguer les oreilles; soit
par des morcenux qui ne sont pas faits pour être chan-
tés & que le public est d'ailleurs tout accoutumè à
ontendre executer en cris. En un mot, c'est l'arieite
de M. l'Abbé Blanchard qu'il nous a si bien chantée
& le Duo Non sunt loquelæ, dans le Motet Coli
enatrant que je prie ses Maitres de prendre pour mo-
dele duns le choix: de ses merceaux.
De M. Grimm à M. l'Abbé Raynal, sur
les remarques au sujet de sa lettre d'Omphale.
A Paris ; le jour de Pâques, 2
Avril 1752, à la sortie du Concert.
Permettez, Monsieur, que je m'adresse à vous
pour faire mes remerciemens à l'inconnu qui,
par une suite de sa déférence pour vos conseils,
a bien voulu enrichit ma lettre fur Omphale de ses
remarques, & sur tout au public qui a daigné juger
avec indulgence une Brochure dans laquelle il n'a,
pu trouver d'autre mérite qu'un grand zéle pour la-
vérité, & pour le bien de l'art. Comme on est
toujours timide quand on hazarde des principes
qui ne peuvent pas être du goût de tout le mon-
de; j'avoue que le jugement trop favorable que
vous en avez bien voulu porter, ne m'avoit point
entiérement rassuré; j'avois besoin des temarques
qui viennent de paroître, pour m'affermir dana
tout ce que j'avois dit.
Cependant la reconnoissance que je dois à l'Au-
teur ne m'empêchera pas de relever l'injustice
188 MERCURE DE FRANCE.
qu'il a faite à un hom ne de mérite, qu'il me per-
mettra du moins d'appeller mon Contemporain.
J'ose aussi l'assurer que je n'accorde pas aussi legé-
rement qu'il semble le croire, des places autour
du grand Pergolese, & que M. Adolphati, sans
avoir assez de célébrité pour mériter son suffrage
a un titre bien plus précieux pout être placé à co-
té de ce génie sublime. Ce ti:re, c'est son talent
& les preuves de son talent, ce sont les mor-
ceaux.
Che non mi disse un di, &c.
Siete barbare amate Stelle, &c.
Scherza, il Nocchier talora, &c.
Tu vuoi ch' io viva, o cara, &c.
Ch' io mai vi, possa lasciar d' amare, &c.
D'un genio che m' Accende
Et trente autres qu'apparemmeut l'Auteur des re-
marques ne connoît pas. J'ai cru devoir cet éclair-
cissement sur le mérite de M. Adolphati. Je ne me
pardonnerois pas d'avoir donné, quoique fort in-
directement, occasion à un artêt injuste pronon-
cé sans ménagement contre un homme dont le
génie est fait pour s'attiret l'admiration & les
suffrages de tous les gens d'esprit & de goût; du-
moins de ceux, qui se mélant de juger les Mu-
ficiens, sont obligés de se connoître en Musique.
En attendant que M. Adolphati mérite (par sa
célébrité l'estime de son Cenleur, je suis bien aise
de lui apprendre que ce Musicien vient d'avoir
pour la seconde fois un succès très-brillant à
l'Opéra de Genes, & en même tems un autre non
moins flatteur à Modene.
J'ose aussi l'assurer que je connois, peut-être
1751. 189
MAI.
sintant que lui les ouvrages, le mérite & le ta-
lent de M. Hasse & de M. Hendel mes Contem-
porains & mes Compatriotes, & que je suis tout
aussi glorieux que M. Hasse peut l'être lui- même
du tire de Saxon par excellence que les Italiens
lui ont donné, & qu'à leur imitation M. de Vol-
taire a conféré en France au Heros du fiécle. Si
j'avois cru pouvoir placer cet Artiste célébre à
côté de Pergolese (a) j'aurois été trop jaloux de
la gloire de ma Patrie pour y manquer. Mais ac
cabler les grands talens de louanges excessives &
outrées sans y attacher de sens ni de vérité,
c'est les outrager plûtôt que les honorer.
Au reste je nai pas voulu designer tous les
Autels d'un Temple assez décoré par les simples
noms qui s'y trouvent. J'avois mis peu d'art a sa
construction, & l'Auteur des remarques releve
avec raison, ma négligence. Quand, par exem-
ple, je parle de la façon dont Mlle Fel chante
l'Italien, je n'ai pas voulu dire qu'elle avoit fait
je ne sçais quelles découvertes, j'ai voulu dire fini-
plement que les Etiangers; (6) & entr'autres
(a) Tout le monde reconnoit le merite de Dan-
court & de Dufresny, mais personne ne s' est avise
de les placer à coté de Moliere aussi sublime aans son
genre, que le grand Corneille l'est quelquefois dans
le sien; tout comme I latée est aussi sublime dans le sien,
que Zo roastre dans un autre.
(b) C'ast-à- dire les Connoisseurs; car les Etran-
gers qui se melent de parler de Musique par air, ont
déja décidé avant que d'entendre, qu'une voix Fran-
çoise & sur tout la premiere voix Françoise, ne scau-
voit que très mal chanter l'Italion. Comme il n'y a
iei que lo nom qui les cheque, s' ils l'aiment mieux,
vous l'appellerons désormais la voix Euro péenne.
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190 MERCURE DE FRANCE.
mon Compatriote M. Hasse, outre une articula,
tion très-heureuse, & une expression très-agréa-
ble, lui trouvent je ne sçais quoi d'original dans son
chant, qui sans être précisément le goût de nos
voix Italiennes, convient très-bien au génie de
cette Musique; & si l'Auteur des remarques de-
mande en quoi consiste cette maniere originale
je lui dirai que Mlle Fel la doit à son organe
le plus siagulier & le plus égal que je connoisse.
C'est avec une voix par tout également franche
& legere qu'elle parcourt deux gammes & demie;
mais la nature qui lui a accordé cette faveur, n'en
est pas prodigue, & les voix ordinaires sont obli-
gées d'y suppléer par l'att. Voilà ce qu'on fait en
Italie & en France, avec cette différence que nos
voix ont trouvé le secret d'aller, sans être fran-
ches, par tout avec la même facilité, & de char-
mer l'oreille par le goût qu'elles scavent mettre
dans leurs tours & dans leurs passages; & qu'en
France on y supplée par des cris effectivement
très-capables d'affecter l'oreille par leur fremis-
sement sinistre.
J'ose l'assuret encore que je sçais un peu ce
que c'est que déclamer en Musique & que je viens
d'entendre au Concert le plus beau morceau de
déclamation qui existe. C'est le recit: Venite ado-
remus, chanté & déclamé par Mlle Fel d'une ma-
niere sublime & celeste, c'est-à-dire, convenable
au caractere que l'Auteur lui a donné; & je n'ai
pas non plus laissé échapper le petit morceau: Ho-
die si vocem ejus audieritis, qui ne sert que de transi-
tion à la reprise; mais qui est un modele de la plus
noble déclamation, & un trait de génie anquel
je n'ai rien trouvé de ressemblant dans tout ce
que j'ai entendu de Musique. Mais je veux qu'une
déclamation pathétique me déchire le cœur &
non pas les oreilles.
191
MAI.175
J'ose enfin l'assurer que personne n'admire plus
que moi le talent de l'Eleve du grand Tartinitz
mais je n'ai pas cru devoir rappellet au public ua
évenement qu'il pourroit trouver aujourd'hpi
beaucoup plus humiliant pour son goût, qu'il
ne le fut alors pour le talent de Monueur
Pagin.
Ce que je voudrois toujours rappeller an public,
dont je voudrois le temercier sans cesse, & à quoi
je croi que les Philosophes ont contribué, c'est
la justice qu'il trend aux vrais talens, c'est l'ad-
miration avec laquelle il a écouté cette semaine
les ches-d'oouvres de M. de Mondonville, c'est le
susfrage dont il a honoté ces deux hautbois (a)
singuliers, c'est la maniere dont il napplaudi aux
progrès de M. Gelin & à l'expression noble & pa-
phetique de cette autre basse-taillo admirable (6).
C'est l'enthousi isme si juste qu'il a marqué aujour-
d'hui après le morceau: A solis ortu, du petit
Motet de Focco, chanté d'unè n sniere si neu-
ve & si digne de cette voix qui sçait chanter; c'est-
enfin la façon dont il a accueilli-& encouragé un
enfant charmant; (c) qui a chanté différens
(a) MM. Pla, freres, de la Musique du Roi
dEspagne.
.
(b)M. Benoit,
(c) M. Richer Page de la Musique de la Cha-
pille du Roi, Souhaitons que cet enfant ne soche ja-
mais chanter la Musique de Lully, s'il est vrai
comme l'Auteur des remarques sur ma lettre le prè-
tand, qu'il faille des cris & des efforts pour la ren-
ddre; & prions ceux à qui sa jeunasse est confiée, de
me pas gater en lui un don aussi précieux que le
gout naturel; soit pur das cadonces trop fréquentes
dont le chant François fourmille, & qui ne servent
Mastres vOO
392 MERCURE DEFRANCE.
morceaux sans cris, sans efforts, avec justesse,
avec aisance & sur tout avec un goût très remar-
quable à son âge & dans son pays.
J'ai l'honneur d'être, &c.
3
qu'a ganter les voix & a fatiguer les oreilles; soit
par des morcenux qui ne sont pas faits pour être chan-
tés & que le public est d'ailleurs tout accoutumè à
ontendre executer en cris. En un mot, c'est l'arieite
de M. l'Abbé Blanchard qu'il nous a si bien chantée
& le Duo Non sunt loquelæ, dans le Motet Coli
enatrant que je prie ses Maitres de prendre pour mo-
dele duns le choix: de ses merceaux.
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Résumé : LETTRE. De M. Grimm à M. l'Abbé Raynal, sur les remarques au sujet de sa lettre d'Omphale. A Paris ; le jour de Pâques, 2 Avril 1752, à la sortie du Concert.
Dans une lettre datée du 2 avril 1752, Grimm remercie l'Abbé Raynal pour ses commentaires sur sa lettre précédente concernant Omphale. Grimm exprime sa reconnaissance envers l'indulgence des lecteurs et avoue une certaine timidité à aborder des sujets controversés. Il défend le talent du musicien Adolphati, soulignant ses récents succès à Gênes et Modène, et admire les œuvres de Hasse et Handel. Grimm précise que sa lettre n'avait pas pour objectif de désigner tous les artistes d'un temple musical et reconnaît une certaine négligence dans sa rédaction. Grimm mentionne la manière unique dont Mlle Fel interprète l'italien, appréciée par des experts comme Hasse, et décrit la qualité exceptionnelle de sa voix. Il évoque également une performance musicale remarquable de Mlle Fel, qualifiée de 'modèle de la plus noble déclamation' et de 'trait de génie'. Le texte discute ensuite des réactions du public face à diverses performances musicales. Grimm admire le talent de plusieurs artistes, notamment Mondonville, les frères Pla, Benoît, et le jeune chanteur Richer. Il espère que Richer ne sera pas gâté par des cadences fréquentes et des cris inutiles, et recommande certaines œuvres comme modèles à suivre.
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13119
p. 192
DE PETERSBOURG, le 17 Mars.
Début :
Selon les derniers avis reçûs de Jaraslow, le Comte Ernest de Biron, ci-devant Duc de Curlande, [...]
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texteReconnaissance textuelle : DE PETERSBOURG, le 17 Mars.
DE PETERSBOURG, le 17 Mars.
Selon les derniers avis reçûs de Jaraslow, le
Comte Ernest de Biron, ci-devant Duc de Curlande,
est dangereusement malade.
Diverses lettres des frontieres de Perse confir-
ment que Scach Doub, à l'approche de l'armée
du Prince Héraclius, a pris le parti d'abandon-
ner Ispahan. Il n'a point mis le feu à cette Ville
ainsi qu'il se l'étoit proposé, & il s'est conten té
de la livrer une seconde sois au pillage. Si l'on en
croit les mêmes nouvelles, il s'est retiré à Erivan.
Selon les derniers avis reçûs de Jaraslow, le
Comte Ernest de Biron, ci-devant Duc de Curlande,
est dangereusement malade.
Diverses lettres des frontieres de Perse confir-
ment que Scach Doub, à l'approche de l'armée
du Prince Héraclius, a pris le parti d'abandon-
ner Ispahan. Il n'a point mis le feu à cette Ville
ainsi qu'il se l'étoit proposé, & il s'est conten té
de la livrer une seconde sois au pillage. Si l'on en
croit les mêmes nouvelles, il s'est retiré à Erivan.
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Résumé : DE PETERSBOURG, le 17 Mars.
Le 17 mars, le comte Ernest de Biron est gravement malade à Jaraslow. En Perse, Scach Doub abandonne Ispahan face à l'armée du prince Héraclius sans l'incendier, permettant ainsi un nouveau pillage. Il se retire ensuite à Erivan.
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13120
p. 193-194
DE STOKHOLM, le 24 Mars.
Début :
La Diette envoya le 11 de ce mois au Comte de Tessin six députés de chacun des quatre Ordres [...]
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texteReconnaissance textuelle : DE STOKHOLM, le 24 Mars.
DE STOKHOLM, le 24 Mars.
La Diette envoya le 11 de ce mois au Comte
de Tessin six députés de chacun des quatre Ordres
du Royaume, pour le prier de garder ses emplois.
Le Comte de Piper, Président de la Noblesse
étoit à la tête de la députation. Une vive recon-
noissance éclata dans la. réponse du Comte de Tes-
sin; mais après avoir témoigné combien il étoit
sensible à l'honneur que lui faisoient les Etats, il
ajouta que l'état de sa santé ne lui permettoit
point de se rendre à leurs désits. Les Députés
l'ayant engagé à prendre deux jours pour se dé-
terminer, il écrivit le 14 à la Diette, qu'on ne
pouvoit être plus touché qu'il l'étoit de voir que
la continuation de ses services seroit agréable à la
Nation; qu'une assurance si consolante & si flat-
teuse pour lui seroit capable de lui faire surmon-
ter les plus grands obstacles, si ses indispositions
ne rendoient sa bonne volonté inutile; qu'en ces-
sant d'avoir part aux affaires publiques, il ne per-
droit jamais de vue les devoirs de Sujet fidele & de
zélé Citoyen, & que si daus une condition privée
il pouvoit contribuer encore à l'avantage de la Pa-
trie, il seroit prêt de faire en tout tems les plus
grands sacrifices, pour prouver à la Nation son
dévouement. Cette déclaration n'a pas empêché
la Diette de réiterer ses instances. Le Roi & la
Reine y ont joint les leurs, & le Comte de Tessin
a consenti de ne renoncer, ni à la dignité de Sé-
nateur, ni à la place de Gouverneur du Prince
Royal. Il a demandé seulement de pouvoir aller
de tems en tems à la campagne pour le bien de sa
santé. On lui a promis de lui accorder cette per-
mission, & les Etats ont accepté sa démission de
aO
294 MERCURE DE FRANCE.
la Piésidence du Collège de la Chancellerie. Les
principales affaires, sur lesquelles la Diette avoit
à delibérer, étant réglées, on croit qu'elle se sépa-
rera peu de tems apiès que le Baron de Greiffen-
heim, Ministre du Roi auprès de l'Impér atrice de
Russie, sera revenu de Petersbourg.
La Diette envoya le 11 de ce mois au Comte
de Tessin six députés de chacun des quatre Ordres
du Royaume, pour le prier de garder ses emplois.
Le Comte de Piper, Président de la Noblesse
étoit à la tête de la députation. Une vive recon-
noissance éclata dans la. réponse du Comte de Tes-
sin; mais après avoir témoigné combien il étoit
sensible à l'honneur que lui faisoient les Etats, il
ajouta que l'état de sa santé ne lui permettoit
point de se rendre à leurs désits. Les Députés
l'ayant engagé à prendre deux jours pour se dé-
terminer, il écrivit le 14 à la Diette, qu'on ne
pouvoit être plus touché qu'il l'étoit de voir que
la continuation de ses services seroit agréable à la
Nation; qu'une assurance si consolante & si flat-
teuse pour lui seroit capable de lui faire surmon-
ter les plus grands obstacles, si ses indispositions
ne rendoient sa bonne volonté inutile; qu'en ces-
sant d'avoir part aux affaires publiques, il ne per-
droit jamais de vue les devoirs de Sujet fidele & de
zélé Citoyen, & que si daus une condition privée
il pouvoit contribuer encore à l'avantage de la Pa-
trie, il seroit prêt de faire en tout tems les plus
grands sacrifices, pour prouver à la Nation son
dévouement. Cette déclaration n'a pas empêché
la Diette de réiterer ses instances. Le Roi & la
Reine y ont joint les leurs, & le Comte de Tessin
a consenti de ne renoncer, ni à la dignité de Sé-
nateur, ni à la place de Gouverneur du Prince
Royal. Il a demandé seulement de pouvoir aller
de tems en tems à la campagne pour le bien de sa
santé. On lui a promis de lui accorder cette per-
mission, & les Etats ont accepté sa démission de
aO
294 MERCURE DE FRANCE.
la Piésidence du Collège de la Chancellerie. Les
principales affaires, sur lesquelles la Diette avoit
à delibérer, étant réglées, on croit qu'elle se sépa-
rera peu de tems apiès que le Baron de Greiffen-
heim, Ministre du Roi auprès de l'Impér atrice de
Russie, sera revenu de Petersbourg.
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Résumé : DE STOKHOLM, le 24 Mars.
Le 11 mars, la Diète suédoise envoya six députés au Comte de Tessin pour le prier de conserver ses fonctions. Dirigée par le Comte de Piper, la délégation sollicita le Comte de Tessin, qui exprima sa gratitude mais déclina en raison de son état de santé. Après réflexion, il confirma son refus tout en affirmant son dévouement à la patrie. La Diète, soutenue par le Roi et la Reine, insista et obtint que le Comte conserve ses titres de Sénateur et de Gouverneur du Prince Royal, avec la permission de se retirer périodiquement à la campagne pour des raisons de santé. La Diète accepta également sa démission de la présidence du Collège de la Chancellerie. Les principales affaires étant réglées, la Diète devait se séparer après le retour du Baron de Greiffenheim de Saint-Pétersbourg.
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13121
p. *194-194
DE COPPENHAGUE, le 4 Mars.
Début :
Il paroit une nouvelle Ordonnance du Roi, pour diminuer la longueur & les frais des procédures. [...]
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texteReconnaissance textuelle : DE COPPENHAGUE, le 4 Mars.
DE COPPENHAGUE, le 4 Mars.
Il paroit une nouvelle Ordonnance du Roi,
pour diminuer la longueur & les frais des procédures.
Sa Majesté donnant une attention singuliére
au progiès des Arts, le Comte de Molx, chargé
de ce Département, ne néglige rien pour exciter
l'émulation des Artistes, & sur-tout pour faire
fleurir les Ecoles de Peinture & de Sculpture,
établies en cette Capitale. On fit le 20 & le 25 du
mois dernier dans ces deux Ecoles la distribution
des prix, à laquelle la plupart des Min stres Etran-
gers & des autres personnes de distinction assisie-
rent. La Chambre des Finances a résolu d'affer-
mer pour cinq ans la chasse des Faucons.
Il paroit une nouvelle Ordonnance du Roi,
pour diminuer la longueur & les frais des procédures.
Sa Majesté donnant une attention singuliére
au progiès des Arts, le Comte de Molx, chargé
de ce Département, ne néglige rien pour exciter
l'émulation des Artistes, & sur-tout pour faire
fleurir les Ecoles de Peinture & de Sculpture,
établies en cette Capitale. On fit le 20 & le 25 du
mois dernier dans ces deux Ecoles la distribution
des prix, à laquelle la plupart des Min stres Etran-
gers & des autres personnes de distinction assisie-
rent. La Chambre des Finances a résolu d'affer-
mer pour cinq ans la chasse des Faucons.
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Résumé : DE COPPENHAGUE, le 4 Mars.
Le 4 mars, une ordonnance royale réduit la durée et les coûts des procédures judiciaires. Le roi soutient les arts, notamment via le Comte de Molx qui encourage les écoles de peinture et de sculpture à Copenhague. Des distributions de prix y ont eu lieu les 20 et 25 février. La Chambre des Finances affermit la chasse aux faucons pour cinq ans.
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13122
p. 194-195
DE VIENNE, le 18 Mars.
Début :
Depuis les informations faites par le Baron de Doppelhoffen, on a reconnu que le zèle pour la [...]
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texteReconnaissance textuelle : DE VIENNE, le 18 Mars.
DE VIENNE, le 18 Mars.
Depuis les informations faites par le Baron de
Doppelhoffen, on a reconnu que le zèle pour la
Religion n'étoit pas la véritable cause de l'émeute,
excitée par les Paisans employés aux Salines dans
la Haute-Autriche. L'Impératrice Reine s'est dé-
terminée conséquemment, à faire arêter les prin-
cipaux auteurs de la sédition. On instruit leur pro-
ces, & vraisemblablement ils seront envoyés en
Hongrie, pour travailler aux Mines.
oog
MAI. 1752.
195
On a repris les conférences pour régler les limi-
tes entre les Etats de l'Impératrice Reine & ceux
de la République de Venise, & l'on espere que
cette affaire sera bientôt terminée à la satisfaction
des deux Puissances.
Depuis les informations faites par le Baron de
Doppelhoffen, on a reconnu que le zèle pour la
Religion n'étoit pas la véritable cause de l'émeute,
excitée par les Paisans employés aux Salines dans
la Haute-Autriche. L'Impératrice Reine s'est dé-
terminée conséquemment, à faire arêter les prin-
cipaux auteurs de la sédition. On instruit leur pro-
ces, & vraisemblablement ils seront envoyés en
Hongrie, pour travailler aux Mines.
oog
MAI. 1752.
195
On a repris les conférences pour régler les limi-
tes entre les Etats de l'Impératrice Reine & ceux
de la République de Venise, & l'on espere que
cette affaire sera bientôt terminée à la satisfaction
des deux Puissances.
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Résumé : DE VIENNE, le 18 Mars.
Le 18 mars, une émeute en Haute-Autriche fut attribuée à des paysans des salines, non à un zèle religieux. L'Impératrice Reine arrêta les principaux instigateurs, dont le procès est en cours. Ils pourraient être envoyés dans les mines de Hongrie. En mai 1752, des conférences réglèrent les limites entre les États de l'Impératrice Reine et la République de Venise, espérant une résolution rapide.
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13123
p. *195-195
DE DRESDE, le 12 Mars.
Début :
Le Prince Lubomirsky s'est démis de la charge de Grand Maitre de l'Artillerie de Pologne en faveur [...]
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texteReconnaissance textuelle : DE DRESDE, le 12 Mars.
DE DRESDE, le 12 Mars.
Le Prince Lubomirsky s'est démis de la charge
de Grand Maitre de l'Artillerie de Pologne en faveur
du Comte de Bruhl, Premier Ministre de Sa
Majesté, lequel a acheté de la Comtesse Potocxa,
veuve du Grand Général de l'Armée de la Cou-
ronne, la Starostie de Bolimow.
Le Prince Lubomirsky s'est démis de la charge
de Grand Maitre de l'Artillerie de Pologne en faveur
du Comte de Bruhl, Premier Ministre de Sa
Majesté, lequel a acheté de la Comtesse Potocxa,
veuve du Grand Général de l'Armée de la Cou-
ronne, la Starostie de Bolimow.
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13124
p. *195-195
DE BERLIN, le 18 Mars.
Début :
L'Académie Royale des Sciences & Belles-Lettres a élû en qualité d'Associés Etrangers le sieur [...]
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texteReconnaissance textuelle : DE BERLIN, le 18 Mars.
DE BERLIN, le 18 Mars.
L'Académie Royale des Sciences & Belles-Lettres
a élû en qualité d'Associés Etrangers le sieur
Louis Godin, de l'Académie Royale des Sciences
de Paris; le sieur Jean Jallabert, Professeur de
Physique & de Mathémati ues à Genève, & le
sieur Gaspard Wetstein, Chapelain & Bibliothé-
caire de la Princesse de Galles.
Le corps du Comte de Tyrconell doit être trans-
porté en France, pour êtie inhumé à Saint-Ger-
main-en-Laye.
L'Académie Royale des Sciences & Belles-Lettres
a élû en qualité d'Associés Etrangers le sieur
Louis Godin, de l'Académie Royale des Sciences
de Paris; le sieur Jean Jallabert, Professeur de
Physique & de Mathémati ues à Genève, & le
sieur Gaspard Wetstein, Chapelain & Bibliothé-
caire de la Princesse de Galles.
Le corps du Comte de Tyrconell doit être trans-
porté en France, pour êtie inhumé à Saint-Ger-
main-en-Laye.
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13125
p. 195-196
DE MADRID, le 25 Janvier.
Début :
On apprend de Cadix, que le 28 du mois dernier le Vaisseau de Registre La Notre-Dame du [...]
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texteReconnaissance textuelle : DE MADRID, le 25 Janvier.
DE MADRID, le 25 Janvier.
On apprend de Cadix, que le 28 du mois dernier
le Vaisseau de Registre La Notre-Dame du
Rosaire Sainte Thérèse & Saint Joseph a fait voile
pour le Golse de Honduras. Les mêmes letties
1ij
196 MERCURE DE FRANCE.
marquent que les Navires le Terrible, de Bor-
deaux, l'Espérance, de Morlaix, & Ja Concorde
du Havre, sont atrivés à Cadix. Le dernier de ces
Bâtimens s'y est rendu en vingt-deux jours de na-
vigation.
On apprend de Cadix, que le 28 du mois dernier
le Vaisseau de Registre La Notre-Dame du
Rosaire Sainte Thérèse & Saint Joseph a fait voile
pour le Golse de Honduras. Les mêmes letties
1ij
196 MERCURE DE FRANCE.
marquent que les Navires le Terrible, de Bor-
deaux, l'Espérance, de Morlaix, & Ja Concorde
du Havre, sont atrivés à Cadix. Le dernier de ces
Bâtimens s'y est rendu en vingt-deux jours de na-
vigation.
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13126
p. 196
DE NAPLES, le 2 Mars.
Début :
Une Escadre composee d'un Vaisseau de guerre, d'une Frégate, de quatre Galeres & d'un pareil [...]
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texteReconnaissance textuelle : DE NAPLES, le 2 Mars.
DE NAPLES, le 2 Mars.
Une Escadre composee d'un Vaisseau de guerre,
d'une Frégate, de quatre Galeres & d'un pareil
nombre de Chabecs, sortira de ce Port le 15 ou
le 16 de ce mois, pour donner la chasse aux Cor-
saires. Les Négocians de cette Ville font armer à
leurs dépens pour la même destination deux Tar-
tanes & deux Galiottes. Le quatrième des Cha-
becs que le Roi avoit ordonné de construire, a été
lancé à l'eau, & l'on se dispose à l'équiper.
L'éruption du Mont-Vesuve continue toujours,
mais la matiere bitumineuse coule avec beaucoup
plus de lenteur & moins d'abondance.
On a tiré depuis peu des ruines, de l'ancienne
Herculanum, une très belle statue répresantant un
Faune. Le sieur Baiard chargé par le Roi de pu-
blier les découvertes qu'on a faites dans ces ruines,
présenta le 14 de ce mois à Sa Majesté les deux pre-
miers Volumes de son Ouvrage.
Une Escadre composee d'un Vaisseau de guerre,
d'une Frégate, de quatre Galeres & d'un pareil
nombre de Chabecs, sortira de ce Port le 15 ou
le 16 de ce mois, pour donner la chasse aux Cor-
saires. Les Négocians de cette Ville font armer à
leurs dépens pour la même destination deux Tar-
tanes & deux Galiottes. Le quatrième des Cha-
becs que le Roi avoit ordonné de construire, a été
lancé à l'eau, & l'on se dispose à l'équiper.
L'éruption du Mont-Vesuve continue toujours,
mais la matiere bitumineuse coule avec beaucoup
plus de lenteur & moins d'abondance.
On a tiré depuis peu des ruines, de l'ancienne
Herculanum, une très belle statue répresantant un
Faune. Le sieur Baiard chargé par le Roi de pu-
blier les découvertes qu'on a faites dans ces ruines,
présenta le 14 de ce mois à Sa Majesté les deux pre-
miers Volumes de son Ouvrage.
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Résumé : DE NAPLES, le 2 Mars.
Le 2 mars, une escadre navale quitte Naples pour traquer les corsaires. Elle comprend un vaisseau de guerre, une frégate, quatre galères et quatre chébecs. Les négociants napolitains financent aussi deux tartanes et deux galiotes. L'éruption du Vésuve continue avec moins de matière bitumineuse. Une statue de faune a été découverte à Herculanum. Le sieur Baiard a présenté au roi les deux premiers volumes de son ouvrage sur les ruines.
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13127
p. 196-197
DE ROME, le 14 Février.
Début :
Il a été résolu de construire un nouveau Port à l'embouchure du Tibre, & l'on a renoncé au [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE ROME, le 14 Février.
DE ROME, le 14 Février.
Il a été résolu de construire un nouveau Port
à l'embouchure du Tibre, & l'on a renoncé au
projet de rétablir celui d'Anzio. Les inondations
ayant causé de nouveaux dommages dans le Bo-
lonois, le Pape a ordonné qu'on prît des mesures
efficaces, pour garantir à l'avenir cette Province
de semblables accidens. Selon les apparences, on
employera pour cet effet les mêmes moyens, qui
by Goog
MAI.
1752.
197
ont réussi dans les Etats du Duc de Modene.
Il a été résolu de construire un nouveau Port
à l'embouchure du Tibre, & l'on a renoncé au
projet de rétablir celui d'Anzio. Les inondations
ayant causé de nouveaux dommages dans le Bo-
lonois, le Pape a ordonné qu'on prît des mesures
efficaces, pour garantir à l'avenir cette Province
de semblables accidens. Selon les apparences, on
employera pour cet effet les mêmes moyens, qui
by Goog
MAI.
1752.
197
ont réussi dans les Etats du Duc de Modene.
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13128
p. 197
DE LIVOURNE, le 1 Mars.
Début :
Tous les Capitaines des Bâtimens, qui depuis huit jours sont entrés dans ce Port, confirment [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE LIVOURNE, le 1 Mars.
DE LIVOURNE, le 1 Mars.
Tous les Capitaines des Bâtimens, qui depuis
huit jours sont entrés dans ce Port, confirment
que les mers de Sicile & de Sardaigne sont rein-
plies de Corsaires, d'autant plus à craindre, qu'ils
ont formé diverses petites Escadres, tant pour être
plus certains de s'emparer des Navires qu'ils atta-
quent, que pour être plus en état de se défendre,
s'ils sont attaques par les vaisseaux qui leur don-
nent la chasse.
Selon les avis reçus de Florence, le Conseil de
Régence s'est assemblé plusieurs fois ces jours-ci
pour déliberer sur les moyens d'augmenter le
commerce des habitans de ce Grand-Duché.
Tous les Capitaines des Bâtimens, qui depuis
huit jours sont entrés dans ce Port, confirment
que les mers de Sicile & de Sardaigne sont rein-
plies de Corsaires, d'autant plus à craindre, qu'ils
ont formé diverses petites Escadres, tant pour être
plus certains de s'emparer des Navires qu'ils atta-
quent, que pour être plus en état de se défendre,
s'ils sont attaques par les vaisseaux qui leur don-
nent la chasse.
Selon les avis reçus de Florence, le Conseil de
Régence s'est assemblé plusieurs fois ces jours-ci
pour déliberer sur les moyens d'augmenter le
commerce des habitans de ce Grand-Duché.
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Résumé : DE LIVOURNE, le 1 Mars.
Le 1er mars à Livourne, des capitaines signalent la présence de corsaires en mer de Sicile et de Sardaigne. Ces corsaires forment des escadres pour capturer des navires et se défendre. À Florence, le Conseil de Régence se réunit pour renforcer le commerce du Grand-Duché.
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13129
p. 197
DE VENISE le 24 Mars.
Début :
Le 18 de ce mois, on procéda à l'Election d'un nouveau Dôge de cette République, & tous les [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE VENISE le 24 Mars.
DE VENISE le 24 Mars.
Le 18 de ce mois, on procéda à l'Election d'un
nouveau Dôge de cette République, & tous les
susfrag es se sont réunis en faveur du sieur François
Loredano. Il fut conduit aussi tôt par le Sénat au
Palais Ducal, oi il demeurera en homme privé
jusqu'après Pâques, la Semaine Sainte n'étant pas
un tems propre pour la cérémonie de l'Installa-
tion. Le sieur Loredano est le troisiéme Dôge de
son nom, deux de ses Ancêtres ayant été revêtus
de la mêmé Dignité, l'un en 1502, l'autre en
1567. Son Prédecesseur le feu sieur Pierre Grimal-
di avoit eu aussi dans sa Maison deux Dôges, An-
toine & Marin Grimaldi, élus le premier en 1521.
& le second en 1595.
Le 18 de ce mois, on procéda à l'Election d'un
nouveau Dôge de cette République, & tous les
susfrag es se sont réunis en faveur du sieur François
Loredano. Il fut conduit aussi tôt par le Sénat au
Palais Ducal, oi il demeurera en homme privé
jusqu'après Pâques, la Semaine Sainte n'étant pas
un tems propre pour la cérémonie de l'Installa-
tion. Le sieur Loredano est le troisiéme Dôge de
son nom, deux de ses Ancêtres ayant été revêtus
de la mêmé Dignité, l'un en 1502, l'autre en
1567. Son Prédecesseur le feu sieur Pierre Grimal-
di avoit eu aussi dans sa Maison deux Dôges, An-
toine & Marin Grimaldi, élus le premier en 1521.
& le second en 1595.
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Résumé : DE VENISE le 24 Mars.
Le 18 mars, Venise a élu François Loredano comme Doge. Tous les votes lui ont été favorables. Il résidera au Palais Ducal après Pâques. Troisième Doge de son nom, ses ancêtres ont gouverné en 1502 et 1567. Son prédécesseur, Pierre Grimaldi, avait aussi deux Doges dans sa famille, élus en 1521 et 1595.
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13130
p. *198-198
DE LONDRES, le 16 Mars.
Début :
Les Seigneurs passerent hier le Bill, pour permettre l'entrée des laines d'Irlande dans le Port d'Yarmouth. [...]
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texteReconnaissance textuelle : DE LONDRES, le 16 Mars.
DE LONDRES, le 16 Mars.
Les Seigneurs passerent hier le Bill, pour permettre
l'entrée des laines d'Irlande dans le Port d'Yarmouth.
Le 13 de ce mois, la Chambre des Com-
munes fit divers changemens au Bill concernant
les nouveaux fonds d'Annuités, qu'on a résolu de
former. Aujourd'hui, la Chambre a lu pour la
premiere fois un Bill contre les meurtiiers. Le Bili
pour diminuer le nombre des Ditecteurs de la Com-
pagnie de la Mer du Sud a étó rejettéa la pluralité de
65 voix contre 28. On parle de réunir cette Com-
pagnie à la nouvelle Compagnie d'Afrique.
Les Seigneurs passerent hier le Bill, pour permettre
l'entrée des laines d'Irlande dans le Port d'Yarmouth.
Le 13 de ce mois, la Chambre des Com-
munes fit divers changemens au Bill concernant
les nouveaux fonds d'Annuités, qu'on a résolu de
former. Aujourd'hui, la Chambre a lu pour la
premiere fois un Bill contre les meurtiiers. Le Bili
pour diminuer le nombre des Ditecteurs de la Com-
pagnie de la Mer du Sud a étó rejettéa la pluralité de
65 voix contre 28. On parle de réunir cette Com-
pagnie à la nouvelle Compagnie d'Afrique.
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Résumé : DE LONDRES, le 16 Mars.
Le 16 mars à Londres, les Seigneurs ont approuvé l'importation de laines irlandaises à Yarmouth. La Chambre des Communes a modifié un projet de loi sur les annuités et lu un projet contre les meurtriers. Un projet visant à réduire les directeurs de la Compagnie de la Mer du Sud a été rejeté par 65 voix contre 28. Une fusion avec la Compagnie d'Afrique est envisagée.
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13131
p. 198-199
DE LA HAYE, le 24 Mars.
Début :
On travaille actuellement à mettre en exécution le Plan pour la réduction des troupes de [...]
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texteReconnaissance textuelle : DE LA HAYE, le 24 Mars.
DE LA HAYE, le 24 Mars.
On travaille actuellement à mettre en exécution
le Plan pour la réduction des troupes de
cette République Les troupes que l'on incorpore
consistent en dix-sept mille hommes d'Infanterie
tant Nationale qu'Allemande; deux mille quatre
cens d'Infanterie Ecossoise; deux mille cent six
hommes de Cavalerie, & neuf cens trente-six
Dragons. Après la réforme, il restera vingt-cinqu
Régimens d'Infanterie, soit Nationale, soit Alle-
mande; trois Régimens d'Infanterie Ecossoise; un
Régiment d'Infanterie Wallone; six Régimens de
Cavalerie, & deux Régimens de Dragons. Dans
ce nombre ne sont point comptis le Régiment des
Gardes à pied, celui des Gardes à cheval, & ce-
lui des Gardes Dragons. Chaque Régiment d'In-
199
MAI.
1752.
santerie sera de deux Bataillons, & le seul Régi-
ment Wallon en aura trois. Il y aura une Com-
pagnie de Grenadiers & six de Fusiliers dans cha-
que Bataillon. Les Régimens de Cavalerie & de
Dragons seront composés chacun de quatre Esca-
drons. Dans l'Infanterie, les Compagnies seront
commandées par un Capitaine, un Lieutenant &
un Sous Lieutenant. Celles de Grenadiers auront
de plus un Capitaine en second. A la tête des
Compagnies de Cavalerie, il y aura un Capitaine,
un Lieutenant & un Sous-Lieutenant. Les Com-
pagnies de Dragons n'auront point de Sous-Lieu-
tenans, & suront un Cornette. Par l'incorporation
trente: quatre Colonels, vingt-huit Lieutenans-
Colonels, deux Majors, cinquante- neuf Capitai-
nes de Grenadiers, & deur cens vingt quatre au-
tres Capitaines, tant d'Infanterie que de Cavalerie
& de Dragons, se trouvent sans commandement.
Les Colonels, les Lieutenans-Colonels & les Ma-
jors, conserveront leurs appointemens, & seront
remis en pied, à mesure que l'occasion s'en pré-
fentera. Moyennant les pensions accordées aux
Capitaines, ils seront obligés de servir à la suite
des Régimens, dans lesquels les leuis seront in-
corporés. Selon leur rang d'ancienneté, on leur
rendra des Compagnies, lorsqu'elles vacqueront.
On exigera des Capitaines de Cavalerie & de
Dragons réformés, qu'ils gardent chacun deux-
chevaux. Le Gouvernement par la présente rétor-
me diminuera ses dépenses de plus de quinze cens
mille florins.
On travaille actuellement à mettre en exécution
le Plan pour la réduction des troupes de
cette République Les troupes que l'on incorpore
consistent en dix-sept mille hommes d'Infanterie
tant Nationale qu'Allemande; deux mille quatre
cens d'Infanterie Ecossoise; deux mille cent six
hommes de Cavalerie, & neuf cens trente-six
Dragons. Après la réforme, il restera vingt-cinqu
Régimens d'Infanterie, soit Nationale, soit Alle-
mande; trois Régimens d'Infanterie Ecossoise; un
Régiment d'Infanterie Wallone; six Régimens de
Cavalerie, & deux Régimens de Dragons. Dans
ce nombre ne sont point comptis le Régiment des
Gardes à pied, celui des Gardes à cheval, & ce-
lui des Gardes Dragons. Chaque Régiment d'In-
199
MAI.
1752.
santerie sera de deux Bataillons, & le seul Régi-
ment Wallon en aura trois. Il y aura une Com-
pagnie de Grenadiers & six de Fusiliers dans cha-
que Bataillon. Les Régimens de Cavalerie & de
Dragons seront composés chacun de quatre Esca-
drons. Dans l'Infanterie, les Compagnies seront
commandées par un Capitaine, un Lieutenant &
un Sous Lieutenant. Celles de Grenadiers auront
de plus un Capitaine en second. A la tête des
Compagnies de Cavalerie, il y aura un Capitaine,
un Lieutenant & un Sous-Lieutenant. Les Com-
pagnies de Dragons n'auront point de Sous-Lieu-
tenans, & suront un Cornette. Par l'incorporation
trente: quatre Colonels, vingt-huit Lieutenans-
Colonels, deux Majors, cinquante- neuf Capitai-
nes de Grenadiers, & deur cens vingt quatre au-
tres Capitaines, tant d'Infanterie que de Cavalerie
& de Dragons, se trouvent sans commandement.
Les Colonels, les Lieutenans-Colonels & les Ma-
jors, conserveront leurs appointemens, & seront
remis en pied, à mesure que l'occasion s'en pré-
fentera. Moyennant les pensions accordées aux
Capitaines, ils seront obligés de servir à la suite
des Régimens, dans lesquels les leuis seront in-
corporés. Selon leur rang d'ancienneté, on leur
rendra des Compagnies, lorsqu'elles vacqueront.
On exigera des Capitaines de Cavalerie & de
Dragons réformés, qu'ils gardent chacun deux-
chevaux. Le Gouvernement par la présente rétor-
me diminuera ses dépenses de plus de quinze cens
mille florins.
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Résumé : DE LA HAYE, le 24 Mars.
Le 24 mars 1752, à La Haye, des réformes militaires sont entreprises pour réduire les effectifs de la République. Cette réduction concerne 17 000 hommes d'infanterie nationale et allemande, 2 400 Écossais, 2 106 cavaliers et 936 dragons. Après la réforme, l'armée comptera 25 régiments d'infanterie, un régiment wallon, six régiments de cavalerie et deux de dragons, excluant les Gardes. Chaque régiment d'infanterie aura deux bataillons, sauf le régiment wallon qui en aura trois. Chaque bataillon comprendra une compagnie de grenadiers et six de fusiliers. Les régiments de cavalerie et de dragons seront composés de quatre escadrons. Les compagnies d'infanterie seront dirigées par un capitaine, un lieutenant et un sous-lieutenant, avec un capitaine supplémentaire pour les grenadiers. Les compagnies de cavalerie auront un capitaine, un lieutenant et un sous-lieutenant, tandis que celles de dragons auront un cornette sans sous-lieutenant. La réforme entraîne la mise en disponibilité de 34 colonels, 28 lieutenants-colonels, 2 majors, 59 capitaines de grenadiers et 224 autres capitaines. Ces officiers conserveront leurs appointements et seront réintégrés selon les opportunités. Les capitaines réformés devront garder deux chevaux. Cette réforme permettra au gouvernement d'économiser plus de 150 000 florins.
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13132
p. 200-208
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le Roi partit le 16 Mars dernier pour le Château de Choisy, d'où Sa Majesté revint le 18. [...]
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Le Roi partit le 16 Mars dernier pour le Château
de Choisy, d'où Sa Majesté revint le 18.
Le dix-neuf, Dimanche de la Passion, Leurs
Majestés accompagnées de Monseigneur le Dau-
phin, & de Mesdames de France, assisterent au
Sermon du Pere Dumas, & ensuite aux Vêpres
& au Salut.
Le 17 & le 22, la Reine entendit le Sermon
du même Prédicateur.
Le 19, le Roi tint »onseil d'Etat.
Le 21, après avoir couru le Cerf dans les Bois
de Verriere, Sa Majesté se rendit au Château de
Bellevue. Monseigneur le Dauphin a été indisposé
pendant quelques jours d'un rhume.
Le 20 au matin, Mesdames de France allerent
se promener au Chateau de Maisons.
Le Roi a nommé Commandeur de l'Ordre
Royal & Militaire de Saint Louis, le Comte de
Sparre, Maréchal des Camps & Armées de Sa
Majesté, & Colonel du Régiment Royal-Sue-
dois.
Les Chanoines Réguliers de l'Abbaye de Sainte
Geneviève célébrerent le 23 un Service solemnel
pour le Repos de l'ame du feu Duc d'Orleans.
Le Chœur de leur Eglise étoit tendu de noir de-
puis la naissance des voûtes jusqu'en bas. Il y avoit
de chaque côté deux Litres de velours, chargés
d'Ecussons aux Armes du Prince. Douze autres
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MAI.
1752.
201
grands Ecussons aux mêmes Armes coupoient de
distance en distance le cours de la Tenture. Au-
dessus du Catafalque étoit un Dais, orné aussi
d'Ecussons, & garni de franges d'argent. Des
Guirlandes en festons soutenoient les Rideaux
qui partoient des quatre coins du Dais. La répré-
sentation, élevée sur un triple Gradin, étoit cou-
verte d'un Drap mortuaire, galonné d'argent, &
bordé d'hermine. On avoit placé sur des Coussins
la Couronne & les marques des Ordres du Saint-
Esprit & de la Toison d'Or. Cent Cierges, chacun
de deux livres, entouroieur la Représentation. Il
y en avoit trente-six, de quatre livres chacun
sur l'Autel, & un cordon de lumiere, formé pat
un grand nombre de Bougies, regnoit le long du
Couronnement des Stalles. La Nef, les Chapelles
& les Tribunes, ainsi que le Chœur étoient entie-
rement tendus de noir.
Le même jour, les Billets de la Seconde Lotte-
rie Royale étoient à six cens trente six livres. Ceux
de la Premiere, & les Actions de la Compagnie
des Indes, n'avoient point de prix sixe.
Le Catafalque, élevé dans l'Eglise de l'Abbaye
Royale de Saint Denis pour la cérémonie des
Obseques de Madame Henriette, étoit d'un plan
quarré long, autour duquel régnoient quatre de-
grés avec des Pied d'Estaux placés aux angles. Sur
l'Estrade étoit un Socle, qui supportoit un Tom-
beau de Porphire. Les Degrés, les Pied d'Estaux
& l'Estrade, étoient de différens marbres On
voyoit aux quatre coins du Tombeau quatre Fi-
gures de Rond de Bosse, représentant la Religion,
la Piété, la Vertu & la Prudence. En face de ces
Figures, sur les Pied-d'Estaux, s'elevoient à une
très prande hauteur des Faisceaus de Lis en ar-
gent, dont chaque fleur portoit une lumiere. Les
armoiries & le Chiffre de la Princesse étoient
I
oog
202 MERCUREDE FRANCE.
groupés devant & derriere ces Faisceaux dans des
Cartouches d'or. Deux groupes d'Enfans, en
bronze antique, qui éteignoient leurs flambeaux,
étoient placés sur les flancs de l'Estrade à la hau-
teur des Degrés. Au-dessus du Catafalque étoit
suspendu un Pavillon, dont les rideaux étoient re-
levés. Tous les fonds du Pavillon & des Rideaux
étoient blancs, avec divers ornemens d'hermine,
& avec des Armoiries & des Chiffres en argent.
Un Ordre d'Architecture, dont les Chapi-
teaux, les Corniches & les Bosses, étoient de
bronze antique, & dont les Pilastres ainsi que
les Corps étoient feints en marbre, formoient
la décoration interieure du Chœur de l'Eglise.
Le fond général & dominant de cette décora-
tion, de même que celui du Pavillon qui cou-
vroit le Catafalque, étoit en blanc. Des Fleurs
de Lis d'or étoient semées le long des Rideaux.
Les Bordés & les Retroussés étoient d'hermine.
Dans la frise de la corniche, & au bas de l'Ordre
d'Architecture, regnoient des Litres de Sarin
blanc, chargés de larmes & de Feurs de Lis. On
avoit disposé alternativement les Armes & le Chif-
fre de la Princesse. Plusicurs girandoles, portant
des lumieres, & placées avec symétrie, ajoutoient
une nouvelle clarté à celle qui partoit du Catafal-
que. Les différens blancs, qui faisoient le fond de
cette décoration, ne nuisoient point à l'effet des
métaux dont étoient composés ses ornemens acces-
soires, non plus qu'au brillant de la grande quan-
tité de lumières dont elle étoit éclairée.
Le 23 Mars, veille du jour fixé pour la céré-
monie des Obseques, les Vêpres & les Vigiles des
Morts furent chantées par les Religieux de l'Ab-
baye, & l'Evêque de Meanx, Premier dumô-
nier de la Princesse, y officia. Monfeigneur le
Dauphin, & Mesdames, Victoire, Sophie & Loui.
203
MAI.
1752.
se, se rendirent le 24 à Saint-Denis, ainsi que le
Duc d'Orléans & le Prince de Condé, qui de-
voient mener Madame Sophie & Madame Louise
à l'Offrande. Lorsque les séances furent prises,
l'Evêque de Meaux célebra pontificalement la
Messe, étant assisté des Evêques de Séez & de
Dijon. A l'Offertoire, & après les saluts ordi-
naires, faits par le Marquis de Brezé, Grand-
Maître, & par M. Desgranges, Maître des Cé-
rémonies, Mesdames de Ftance allerent à l'Of-
ftande. Madame Victoire y fut menée par Mon-
seigneur le Dauphin, la queve de la Mante de la
Princesse étant portée par le Prince de Tingry, le
Comte de Choiseuil Meuse & le Coite de Bauffre-
mont. Madame Sophie, dont la queve de la Man-
te étoit portée par le Marquis de Sennecterre,
le Marquis de Gontaut, & le Comte de Dursoit,
fut menée par le Duc d'Otléans. Madame Loui-
se, fut menée par le Prince de Condé, & la queue
de la Mante de la Princesse fut portée par le Comte
de Thomond, le Marquis d'Armentieres & le-
Marquis de Brancas.
Après cette cérémonie, l'Evêque de Troyes pro-
nonça l'Oraison funèbre. Il prit pour Texte ces pa-
roles duPs. 101. Dies mei sicut umbra declinaverunt
& ego sicut foenum arui, tu autem Domine, in
aternum permanes. Mes jours ont disparu comme l'on-
bre, & j'ai seché comme l'herbe; mais vous Seigneur
vous demeurez éternellement. A la fin de sou Fxor-
de, le Prélat annonça ainsi le plan & la division
générale de son Discours. » Jours brillans, que
„ l'assemblage des qualités les plus aimables ren-
»» doit si précieux devant les hommes. Ils ont
xx passé comme une ombre, & telle est la juste
» matiere de nos regrete, Dies mei sicut umbra de-
»clinovirum. Jours sanctifiés, que l'assemblage
1vj
204 MERCURE DE FRANCE.
„ des vertus les plus chrétiennes a rendu précieux
„devant Dieu. Leur récompense est dans l'éterni-
„ té de sa gloire, & tel est le fondement heureux
»de notre espérance. Tu autem, Domine, in
»aternum permanes » L'Eveque de Troyes,
dans la premiere Partie, présenta un tableau fi-
dele des qualités de l'esprit, du caractere & du
cœur de Madame Henriette, & il peignit cette
Princesse sous ces trois poins de vûe differens.
Esprit solide & cultivé, mais sans affectation de
savoir & d'étude. Caractère doux & facile, mais
avec toutes les réserves de la décence & de la di-
gnité. Cœur tendre & compatissant, mais avec
droiture & sans foiblesse. Dans la seconde Partie,
le Prélat montra que Madame Henriette possédoit
toutes les vertus qui honorent le plus la jeunesse
qui se trouvent le moins avec la grandeur, qui
sont sur-tout nécessaires au moment de la mort
sagesse de conduite,, dans l'âge de la dissipation
& des écarts; fidélité à la Loi, dans l'indépendan-
ce du rang; pureté de conscience dans tous les
tems, & sur-tout à l'instant qui devoit décider de
son éternité.
La Messe étant finie, l'Evêque de Meaux & les
Evêques de Séez, de Dijon, de Saint-Paul trois-
Châteaux, & de Tréguier, firent les encensemens
autour du Corps; qui fut ensuite levé par les Gar-
des du Corps du Roi, & porté au caveau de la
sépulture de la Maison Royale. Les quatre coins
du poële étoient tenus par le Comte de Gramont
le Marquis de Rochechouart, le Comte de Lisse-
bonne, & le Comte de Stainville. Le Baron de
Montmorency, Chevalier d'honneur de Madame
Henriette, porta la couronne, & le manteau à
la Royale fut porté par le Marquis de Lhopital,
premier Ecuyer de cette Princesse. Le Corps ayant
été descendu dans le caveau & le Roi d'Armes
MAI.
1752.
205.
ayant fait les proclamiations accûtumées, le Baron
de Montmorency & le Marquis de Lhopital, dé-
poserent dans le caveau, l'un la couronne, l'autre
le manteau à la Royale. Le Clergé, le Parle-
ment, la Chambre des Comptes, la Cour des
Aides, la Cour des Monnoies, l'Université, le
Châ:elet, le Corps de Ville & l'Election, qui
avoient été invités de la part du Roi à ce Service
par le Marquis de Brezé, Grand-Maître des céré-
monies, y assisterent.
Le 26, Dimanche des Rameaux, leurs Ma-
jestés, accompagnées de Monseigneur le Dauphin.
& de Mesdames de France, assisterent à la Béné-
diction des palmes, qui fut faite par l'Abbé Ger-
gois, Chapelain de la Chapelle de Musique, le-
quel en présenta au Roi & à la Reine. Leurs Ma-
jestés assisterent à la Procession, & adorerent la
Croix. Le Roi & la Reine entendirent ensuite la
grande Messe, célebrée par le même Chapelain.
L'après-midi, leurs Majestés assisterent aux Vêpres
& au Salut.
Le 27, la Reine s'etant rendue à l'Eglise parois-
siale du Château, y communia par les mains de
l'Evêque de Chartres, son premier Aumônier. Mon-
seigneur le Dauphin communia le 29 dans la mê-
me Eglise par les mains du Cardinal de Soubize,
Grand Aumônier de France. Madame Adélaide y
communia le 27 par les mains de l'Evêque de
Meaux, son premier Aumônier, & Mesdames
Victoire, Sophie & Louise, le 28, par les
mains de l'Abbé de Termont, Aumônier du
Roi.
Le Roi tint le 25 un Conseil des Dépêches, & le
29 un Conseil d'Etat.
Le 28 au soir, la Cour quitta le deuil qu'on avoit
206 MERCURE DE FRANCE.
pris le 15 Février pour la mort de Madame H
Fette.
Le Roi a nommé son Ambassadeur, auprès du-
Roi & de la République de Pologne, le Com-
te de Broglie, Brigadier des Armées de Sa Ma-
jesté.
Le Chevalier de la Touche, Marécha, des
Camps & Armées du Roi, a été nommé par Sa-
Majesté, pour remplir la place de son Ministre
Hlénipotentiaire auprès du Roi de Prusse, vacante
par la mort du Comte de Tyrconell, & dans-
linterim M. le Baillif, Gentilhomme Ordinaire
de la Maison du Roi, sera chargé des affaires de Sa
Majesté à la Cour de Berlin.
Madame la Dauphine sortit le 29 pour la pre-
miere sois depuis la fausse couche qu'elle a faite le
9, & certe Princesse entendit la Messe du Roi.
Le 30, jour du Jeudi-Saint, le Roi a entendu
le Sermon de la Cêne de l'Abbé de la Riviere
Chanoine de l'Eglise de Saint Merry, & Clerc de
la Chapelle de la Reine, & l'Evêque de Lombez-
a fait l'Absoute. Ensuite; Sa Majesté a lavé les
piede à douze Pauvres, & les a servis à table.
Læ Comte de Charolois, faisant les fonctions de la-
charge de Grand Maître de la Maison du Roi,
étoit à la têt: des Maîtres d'Hôtel, & sil precédoit-
le service dont les plats étoient portés par Mon-
seigneur le Dauphin, le Duc d'Orléans, le Prince-
de Condé, le Comte de Clermont, le Prince de
Conty, le Comte de la Marche, le Prince de
Dombes, le Comte d'Eu, le Duc de Penthievre
& par les principaux Officiers de Sa Majesté-
Après certe cérémonie, le Roi & la Reine se
sout rendus à la Chapelle, où leurs Majestés ont:
entendu la grande Messe, & assisté ensuite à da-
Procession.
zed by Goog
MAI.
1752.
207
Le memejour, les Actions de la Compagnie des In-
des étoient à dix huit cens cinquante-sept livres dix.
sols. Les Billets de la Premiere Loterie Royale
n'avoient point de prix fixe, & ceux de la seconde
étoient à six cens trente trois livres.
Le même jour, la Reine entendit le Sermon.
de la Cêne de l'Abbé d'Espiard, Chanoine de l'E-
glise Métropolitaine de Besançon, & Conseiller-
Clerc du Parlement de la même Ville. L'Evêque
de Lombez ayant fait l'Absoute, Sa Majesté lava
les pieds de douze pauvres filles qu'elle servit à
table. Le Marquis de Chalmazel, premier Maî-
tre d'Hôtel de la Reine, précéda le service, dont
les plats furent portés par Mesdames Adélaide,
Victoire, Sophie & Louise; par la Duchesse
d'Orléans & la Duchesse de Penthievre, & pas
les Dames du Palais.
Leurs Majestés se rendirent le même jour sur
les dix heures du soir à la Chapelle du Château, &
y firent leurs prieres pendant une heure devant-
l'Autel, où le Saint Sacrement étoit en dé-
pôt.
Le 31., jour du. Vendredi-Saint, le Roi & la-
Reine, accompagnés de Monseigneur le Dauphin
& de Mesdames de France, entenditent dans-
lamême Chapelle le Sermon de la Passion du Pere
Dumas. Leurs Majestés assisterent ensuite à l'Of-
fice, & allerent à l'adoration de la Croix. L'aprè--
midi le Roi & la Reine entendirent l'Office des
Tén ébres.
Le premier Avril, Samedi-Saint, la Reine
aslista, ainsi que Monseigneur le Dauphin, Ma-
dame la Dauphine & Mesdames, aux Complies.
& au Salut, pendant lequel l'O Filii fut chanté
par la Musique.
Le 2. Fête de Pâques, li Roi & la Reine ace
208 MERCURE DEFRANCE.
compagnés de Monleigneur le Dauphin & de
Mesdames, entendirent la grand'Messe célébrée
pontificalement par l'Evêque de Lombez. L'après-
midi, leurs Majestés, accompagnées de mène
que le matin, assisterent à la Prédication du Pere
Dumas, & ensuite aux Vêpres auxquelles le mê-
me Prélat officia.
Le Roi & la Reine assisterent le 3 & le 4 aux
Vêpres & au Salut chantés par les Missionnaires.
Leurs Majestés dinerent le 31 du mois dernier
& souperent le 2 de ce mois au grand couvert.
Le 3 le Roi tint Conseil d'Etat.
Sa Majesté fur le 4 au soir à Trianon.
Le Roi a accordé à M. Quespay, l'un de ses
Medecins Consultans, la survivance de M. Mar-
cot, pour la place de premier Médecin ordinai-
re de Sa Majesté.
Le Roi partit le 16 Mars dernier pour le Château
de Choisy, d'où Sa Majesté revint le 18.
Le dix-neuf, Dimanche de la Passion, Leurs
Majestés accompagnées de Monseigneur le Dau-
phin, & de Mesdames de France, assisterent au
Sermon du Pere Dumas, & ensuite aux Vêpres
& au Salut.
Le 17 & le 22, la Reine entendit le Sermon
du même Prédicateur.
Le 19, le Roi tint »onseil d'Etat.
Le 21, après avoir couru le Cerf dans les Bois
de Verriere, Sa Majesté se rendit au Château de
Bellevue. Monseigneur le Dauphin a été indisposé
pendant quelques jours d'un rhume.
Le 20 au matin, Mesdames de France allerent
se promener au Chateau de Maisons.
Le Roi a nommé Commandeur de l'Ordre
Royal & Militaire de Saint Louis, le Comte de
Sparre, Maréchal des Camps & Armées de Sa
Majesté, & Colonel du Régiment Royal-Sue-
dois.
Les Chanoines Réguliers de l'Abbaye de Sainte
Geneviève célébrerent le 23 un Service solemnel
pour le Repos de l'ame du feu Duc d'Orleans.
Le Chœur de leur Eglise étoit tendu de noir de-
puis la naissance des voûtes jusqu'en bas. Il y avoit
de chaque côté deux Litres de velours, chargés
d'Ecussons aux Armes du Prince. Douze autres
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grands Ecussons aux mêmes Armes coupoient de
distance en distance le cours de la Tenture. Au-
dessus du Catafalque étoit un Dais, orné aussi
d'Ecussons, & garni de franges d'argent. Des
Guirlandes en festons soutenoient les Rideaux
qui partoient des quatre coins du Dais. La répré-
sentation, élevée sur un triple Gradin, étoit cou-
verte d'un Drap mortuaire, galonné d'argent, &
bordé d'hermine. On avoit placé sur des Coussins
la Couronne & les marques des Ordres du Saint-
Esprit & de la Toison d'Or. Cent Cierges, chacun
de deux livres, entouroieur la Représentation. Il
y en avoit trente-six, de quatre livres chacun
sur l'Autel, & un cordon de lumiere, formé pat
un grand nombre de Bougies, regnoit le long du
Couronnement des Stalles. La Nef, les Chapelles
& les Tribunes, ainsi que le Chœur étoient entie-
rement tendus de noir.
Le même jour, les Billets de la Seconde Lotte-
rie Royale étoient à six cens trente six livres. Ceux
de la Premiere, & les Actions de la Compagnie
des Indes, n'avoient point de prix sixe.
Le Catafalque, élevé dans l'Eglise de l'Abbaye
Royale de Saint Denis pour la cérémonie des
Obseques de Madame Henriette, étoit d'un plan
quarré long, autour duquel régnoient quatre de-
grés avec des Pied d'Estaux placés aux angles. Sur
l'Estrade étoit un Socle, qui supportoit un Tom-
beau de Porphire. Les Degrés, les Pied d'Estaux
& l'Estrade, étoient de différens marbres On
voyoit aux quatre coins du Tombeau quatre Fi-
gures de Rond de Bosse, représentant la Religion,
la Piété, la Vertu & la Prudence. En face de ces
Figures, sur les Pied-d'Estaux, s'elevoient à une
très prande hauteur des Faisceaus de Lis en ar-
gent, dont chaque fleur portoit une lumiere. Les
armoiries & le Chiffre de la Princesse étoient
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202 MERCUREDE FRANCE.
groupés devant & derriere ces Faisceaux dans des
Cartouches d'or. Deux groupes d'Enfans, en
bronze antique, qui éteignoient leurs flambeaux,
étoient placés sur les flancs de l'Estrade à la hau-
teur des Degrés. Au-dessus du Catafalque étoit
suspendu un Pavillon, dont les rideaux étoient re-
levés. Tous les fonds du Pavillon & des Rideaux
étoient blancs, avec divers ornemens d'hermine,
& avec des Armoiries & des Chiffres en argent.
Un Ordre d'Architecture, dont les Chapi-
teaux, les Corniches & les Bosses, étoient de
bronze antique, & dont les Pilastres ainsi que
les Corps étoient feints en marbre, formoient
la décoration interieure du Chœur de l'Eglise.
Le fond général & dominant de cette décora-
tion, de même que celui du Pavillon qui cou-
vroit le Catafalque, étoit en blanc. Des Fleurs
de Lis d'or étoient semées le long des Rideaux.
Les Bordés & les Retroussés étoient d'hermine.
Dans la frise de la corniche, & au bas de l'Ordre
d'Architecture, regnoient des Litres de Sarin
blanc, chargés de larmes & de Feurs de Lis. On
avoit disposé alternativement les Armes & le Chif-
fre de la Princesse. Plusicurs girandoles, portant
des lumieres, & placées avec symétrie, ajoutoient
une nouvelle clarté à celle qui partoit du Catafal-
que. Les différens blancs, qui faisoient le fond de
cette décoration, ne nuisoient point à l'effet des
métaux dont étoient composés ses ornemens acces-
soires, non plus qu'au brillant de la grande quan-
tité de lumières dont elle étoit éclairée.
Le 23 Mars, veille du jour fixé pour la céré-
monie des Obseques, les Vêpres & les Vigiles des
Morts furent chantées par les Religieux de l'Ab-
baye, & l'Evêque de Meanx, Premier dumô-
nier de la Princesse, y officia. Monfeigneur le
Dauphin, & Mesdames, Victoire, Sophie & Loui.
203
MAI.
1752.
se, se rendirent le 24 à Saint-Denis, ainsi que le
Duc d'Orléans & le Prince de Condé, qui de-
voient mener Madame Sophie & Madame Louise
à l'Offrande. Lorsque les séances furent prises,
l'Evêque de Meaux célebra pontificalement la
Messe, étant assisté des Evêques de Séez & de
Dijon. A l'Offertoire, & après les saluts ordi-
naires, faits par le Marquis de Brezé, Grand-
Maître, & par M. Desgranges, Maître des Cé-
rémonies, Mesdames de Ftance allerent à l'Of-
ftande. Madame Victoire y fut menée par Mon-
seigneur le Dauphin, la queve de la Mante de la
Princesse étant portée par le Prince de Tingry, le
Comte de Choiseuil Meuse & le Coite de Bauffre-
mont. Madame Sophie, dont la queve de la Man-
te étoit portée par le Marquis de Sennecterre,
le Marquis de Gontaut, & le Comte de Dursoit,
fut menée par le Duc d'Otléans. Madame Loui-
se, fut menée par le Prince de Condé, & la queue
de la Mante de la Princesse fut portée par le Comte
de Thomond, le Marquis d'Armentieres & le-
Marquis de Brancas.
Après cette cérémonie, l'Evêque de Troyes pro-
nonça l'Oraison funèbre. Il prit pour Texte ces pa-
roles duPs. 101. Dies mei sicut umbra declinaverunt
& ego sicut foenum arui, tu autem Domine, in
aternum permanes. Mes jours ont disparu comme l'on-
bre, & j'ai seché comme l'herbe; mais vous Seigneur
vous demeurez éternellement. A la fin de sou Fxor-
de, le Prélat annonça ainsi le plan & la division
générale de son Discours. » Jours brillans, que
„ l'assemblage des qualités les plus aimables ren-
»» doit si précieux devant les hommes. Ils ont
xx passé comme une ombre, & telle est la juste
» matiere de nos regrete, Dies mei sicut umbra de-
»clinovirum. Jours sanctifiés, que l'assemblage
1vj
204 MERCURE DE FRANCE.
„ des vertus les plus chrétiennes a rendu précieux
„devant Dieu. Leur récompense est dans l'éterni-
„ té de sa gloire, & tel est le fondement heureux
»de notre espérance. Tu autem, Domine, in
»aternum permanes » L'Eveque de Troyes,
dans la premiere Partie, présenta un tableau fi-
dele des qualités de l'esprit, du caractere & du
cœur de Madame Henriette, & il peignit cette
Princesse sous ces trois poins de vûe differens.
Esprit solide & cultivé, mais sans affectation de
savoir & d'étude. Caractère doux & facile, mais
avec toutes les réserves de la décence & de la di-
gnité. Cœur tendre & compatissant, mais avec
droiture & sans foiblesse. Dans la seconde Partie,
le Prélat montra que Madame Henriette possédoit
toutes les vertus qui honorent le plus la jeunesse
qui se trouvent le moins avec la grandeur, qui
sont sur-tout nécessaires au moment de la mort
sagesse de conduite,, dans l'âge de la dissipation
& des écarts; fidélité à la Loi, dans l'indépendan-
ce du rang; pureté de conscience dans tous les
tems, & sur-tout à l'instant qui devoit décider de
son éternité.
La Messe étant finie, l'Evêque de Meaux & les
Evêques de Séez, de Dijon, de Saint-Paul trois-
Châteaux, & de Tréguier, firent les encensemens
autour du Corps; qui fut ensuite levé par les Gar-
des du Corps du Roi, & porté au caveau de la
sépulture de la Maison Royale. Les quatre coins
du poële étoient tenus par le Comte de Gramont
le Marquis de Rochechouart, le Comte de Lisse-
bonne, & le Comte de Stainville. Le Baron de
Montmorency, Chevalier d'honneur de Madame
Henriette, porta la couronne, & le manteau à
la Royale fut porté par le Marquis de Lhopital,
premier Ecuyer de cette Princesse. Le Corps ayant
été descendu dans le caveau & le Roi d'Armes
MAI.
1752.
205.
ayant fait les proclamiations accûtumées, le Baron
de Montmorency & le Marquis de Lhopital, dé-
poserent dans le caveau, l'un la couronne, l'autre
le manteau à la Royale. Le Clergé, le Parle-
ment, la Chambre des Comptes, la Cour des
Aides, la Cour des Monnoies, l'Université, le
Châ:elet, le Corps de Ville & l'Election, qui
avoient été invités de la part du Roi à ce Service
par le Marquis de Brezé, Grand-Maître des céré-
monies, y assisterent.
Le 26, Dimanche des Rameaux, leurs Ma-
jestés, accompagnées de Monseigneur le Dauphin.
& de Mesdames de France, assisterent à la Béné-
diction des palmes, qui fut faite par l'Abbé Ger-
gois, Chapelain de la Chapelle de Musique, le-
quel en présenta au Roi & à la Reine. Leurs Ma-
jestés assisterent à la Procession, & adorerent la
Croix. Le Roi & la Reine entendirent ensuite la
grande Messe, célebrée par le même Chapelain.
L'après-midi, leurs Majestés assisterent aux Vêpres
& au Salut.
Le 27, la Reine s'etant rendue à l'Eglise parois-
siale du Château, y communia par les mains de
l'Evêque de Chartres, son premier Aumônier. Mon-
seigneur le Dauphin communia le 29 dans la mê-
me Eglise par les mains du Cardinal de Soubize,
Grand Aumônier de France. Madame Adélaide y
communia le 27 par les mains de l'Evêque de
Meaux, son premier Aumônier, & Mesdames
Victoire, Sophie & Louise, le 28, par les
mains de l'Abbé de Termont, Aumônier du
Roi.
Le Roi tint le 25 un Conseil des Dépêches, & le
29 un Conseil d'Etat.
Le 28 au soir, la Cour quitta le deuil qu'on avoit
206 MERCURE DE FRANCE.
pris le 15 Février pour la mort de Madame H
Fette.
Le Roi a nommé son Ambassadeur, auprès du-
Roi & de la République de Pologne, le Com-
te de Broglie, Brigadier des Armées de Sa Ma-
jesté.
Le Chevalier de la Touche, Marécha, des
Camps & Armées du Roi, a été nommé par Sa-
Majesté, pour remplir la place de son Ministre
Hlénipotentiaire auprès du Roi de Prusse, vacante
par la mort du Comte de Tyrconell, & dans-
linterim M. le Baillif, Gentilhomme Ordinaire
de la Maison du Roi, sera chargé des affaires de Sa
Majesté à la Cour de Berlin.
Madame la Dauphine sortit le 29 pour la pre-
miere sois depuis la fausse couche qu'elle a faite le
9, & certe Princesse entendit la Messe du Roi.
Le 30, jour du Jeudi-Saint, le Roi a entendu
le Sermon de la Cêne de l'Abbé de la Riviere
Chanoine de l'Eglise de Saint Merry, & Clerc de
la Chapelle de la Reine, & l'Evêque de Lombez-
a fait l'Absoute. Ensuite; Sa Majesté a lavé les
piede à douze Pauvres, & les a servis à table.
Læ Comte de Charolois, faisant les fonctions de la-
charge de Grand Maître de la Maison du Roi,
étoit à la têt: des Maîtres d'Hôtel, & sil precédoit-
le service dont les plats étoient portés par Mon-
seigneur le Dauphin, le Duc d'Orléans, le Prince-
de Condé, le Comte de Clermont, le Prince de
Conty, le Comte de la Marche, le Prince de
Dombes, le Comte d'Eu, le Duc de Penthievre
& par les principaux Officiers de Sa Majesté-
Après certe cérémonie, le Roi & la Reine se
sout rendus à la Chapelle, où leurs Majestés ont:
entendu la grande Messe, & assisté ensuite à da-
Procession.
zed by Goog
MAI.
1752.
207
Le memejour, les Actions de la Compagnie des In-
des étoient à dix huit cens cinquante-sept livres dix.
sols. Les Billets de la Premiere Loterie Royale
n'avoient point de prix fixe, & ceux de la seconde
étoient à six cens trente trois livres.
Le même jour, la Reine entendit le Sermon.
de la Cêne de l'Abbé d'Espiard, Chanoine de l'E-
glise Métropolitaine de Besançon, & Conseiller-
Clerc du Parlement de la même Ville. L'Evêque
de Lombez ayant fait l'Absoute, Sa Majesté lava
les pieds de douze pauvres filles qu'elle servit à
table. Le Marquis de Chalmazel, premier Maî-
tre d'Hôtel de la Reine, précéda le service, dont
les plats furent portés par Mesdames Adélaide,
Victoire, Sophie & Louise; par la Duchesse
d'Orléans & la Duchesse de Penthievre, & pas
les Dames du Palais.
Leurs Majestés se rendirent le même jour sur
les dix heures du soir à la Chapelle du Château, &
y firent leurs prieres pendant une heure devant-
l'Autel, où le Saint Sacrement étoit en dé-
pôt.
Le 31., jour du. Vendredi-Saint, le Roi & la-
Reine, accompagnés de Monseigneur le Dauphin
& de Mesdames de France, entenditent dans-
lamême Chapelle le Sermon de la Passion du Pere
Dumas. Leurs Majestés assisterent ensuite à l'Of-
fice, & allerent à l'adoration de la Croix. L'aprè--
midi le Roi & la Reine entendirent l'Office des
Tén ébres.
Le premier Avril, Samedi-Saint, la Reine
aslista, ainsi que Monseigneur le Dauphin, Ma-
dame la Dauphine & Mesdames, aux Complies.
& au Salut, pendant lequel l'O Filii fut chanté
par la Musique.
Le 2. Fête de Pâques, li Roi & la Reine ace
208 MERCURE DEFRANCE.
compagnés de Monleigneur le Dauphin & de
Mesdames, entendirent la grand'Messe célébrée
pontificalement par l'Evêque de Lombez. L'après-
midi, leurs Majestés, accompagnées de mène
que le matin, assisterent à la Prédication du Pere
Dumas, & ensuite aux Vêpres auxquelles le mê-
me Prélat officia.
Le Roi & la Reine assisterent le 3 & le 4 aux
Vêpres & au Salut chantés par les Missionnaires.
Leurs Majestés dinerent le 31 du mois dernier
& souperent le 2 de ce mois au grand couvert.
Le 3 le Roi tint Conseil d'Etat.
Sa Majesté fur le 4 au soir à Trianon.
Le Roi a accordé à M. Quespay, l'un de ses
Medecins Consultans, la survivance de M. Mar-
cot, pour la place de premier Médecin ordinai-
re de Sa Majesté.
Fermer
Résumé : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Du 16 au 23 mars 1752, plusieurs événements significatifs se déroulèrent à la cour française. Le roi visita le château de Choisy les 16 et 18 mars et écouta les sermons du Père Dumas les 17, 19 et 22 mars. Le 19 mars, il présida un conseil d'État et se rendit au château de Bellevue le 21 mars après une chasse au cerf. Le dauphin souffrait d'un rhume. Le roi nomma le Comte de Sparre Commandeur de l'Ordre Royal et Militaire de Saint-Louis. Le 23 mars, les Chanoines Réguliers de l'Abbaye de Sainte-Geneviève célébrèrent un service pour le repos de l'âme du duc d'Orléans. Les billets de la Seconde Lotterie Royale étaient à 636 livres, tandis que ceux de la Première Lotterie et les actions de la Compagnie des Indes n'avaient pas de prix fixe. Les obsèques de Madame Henriette furent organisées à l'Abbaye Royale de Saint-Denis. Un catafalque orné de marbres, de figures allégoriques, de faisceaux de lis et d'armoiries fut érigé. L'évêque de Troyes prononça l'oraison funèbre, mettant en avant la brièveté de la vie humaine et les vertus chrétiennes de Madame Henriette. Après la messe, le corps fut porté au caveau de la Maison Royale par les Gardes du Corps du Roi. Divers dignitaires assistèrent à la cérémonie. Le roi et la reine participèrent à des cérémonies religieuses et nommèrent de nouveaux ambassadeurs et ministres. La cour quitta le deuil le 28 avril. Le 20 mai 1752, les actions de la Compagnie des Indes étaient cotées à 1857 livres 10 sols, et les billets de la Seconde Lotterie Royale à 633 livres. La Reine écouta le sermon de la Cène prononcé par l'Abbé d'Espiard et lava les pieds de douze pauvres filles. Le 31 mai, le Roi et la Reine assistèrent à des offices religieux pour le Vendredi-Saint. Le 1er avril, la Reine assista aux Complies et au Salut.
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13133
p. 208-212
MARIAGE.
Début :
Le premier Mars Mre Jacques de Moreton, Seigneur de Boisson, Mandement, d'Alégre & S. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGE.
MARIAGE.
Le premier Mars Mre Jacques de Moreton, Seigneur
de Boisson, Mandement, d'Alégre & S.
Jean le Centainier, appellé le Comte de Chabril-
lan, Colonel d'un Regiment de Cavalerie de son
nom, épousa à Saint Eustache par dispense de la
Cour de Rome, Bathilde-Magdeleine-Félicité de
Verdelhan des Fourniel, fille de Jacques de Ver-
delhan Seigneur des Fourniel, Secrétaire du Roi
& Fermier Général, & de Marie-Magdeleine
Morin, sa Consive Germaine.
La Maison de Moreton, dont les Armes sont
d'azur à la Tour d'argent maçonnée de sable, à la
patte d'Ours d'or touchant la porte; la devise est
en Espagnol allégorique à la Tour: Antes crepar
que doblar, qui fignifie; plutot crever que plier,
1752.
MAI.
209
est originaire d'Ecosse, suivant la tradition & les
mémoires domestiques, & de l'une des plus ancien-
nes & des plus illustres de ce Royaume; mais ce
qu'il y a de plus certain, c'est qu'elle tient depuis
plusieuts siécless rang parmi les plus distinguées de
la Province de Dauphiné par l'ancienneté de la
noblesse de leur extractiou.
Le premier que l'on connoisse est Lambert de
Moreton, qui vivoit avant l'an 1100, comme il
paroît par un acte passé-en 1110, entre Adhémard
Souverain de Montelimart & les habitans de cette
Vilie, dans lequel il signa comme témoin avec
les plus qualifiés de la Province. Il fut proba-
blement pere de Pierre de Moreton vivant avant
l'an 1200.
Guillaume de Moreton Seigneur de la Pallu
Saint Paul, &c. qui vivoit en 1250, est qualifié
dans plusieurs Titres, Chevalier, Magnisique, Haut
& Puissant Homme. Il épousa Menette de Mon-
toison, fille de Givin de Montoison & sœur de
Godefroi Seigneur du Marsane. De ce mariage
sortit Pierre de Moreton II. du nom, marié
à Agnès ou Aganesse d'Adhéurard de Monteil, Da-
me de Pierrelatre. Leur fils Godefroi de Moreton-
fut allié à Mejonne de la Gorce, & en eut entr'au-
tres enfans Raimond qui suit & Martiu. Celui-
ci eut de Marie de Maumont, Jean de Moreton
créé Cardinal par le Pape Alexandre V. il fut aussi
Fvêque d'Eli, Archevêque de Cantorbery & Chan-
celier d'Angleterre.
Raimond de Moreton qualifié Domicellus,
épousa Agnés Audiger, Dame d'Autinac, qui
testa le 14 Novembre 1398. d'elle naquit Pierre
de Moreton III. du nom, pere par Martine de
Vese sa femme d'Antoine de Moreton qui épousa
le 8 Novembre 1417 Alix Flaudin, fille de Ponce
itized by Goog
210 MERCURE DE FRANCE.
Flaudin Seigneur de Porcherol, de la même Mai-
son que les deux Cardinaux de ce nom. Il échan-
gea en 1450 avec Louis II. Dauphin, la terre de
Pierrelatte contre celle de Chabrillan, que sa
postérité a toujours possédée depuis. Son fils Ay-
nard de Moreton, Seigneur de Chabrillan, qui-
testa en 1497, fut tué a la bataille de Ravenne &
avoit épousé Clairette-Aloise de Vassieux. De cette
alliance vint François de Moreton marié avec
Dauphine de Seydre de Caumont, de laquelle il
eut Sebastien de Moreton Seigneur de Chabiillan,
Chevalier de l'Ordre du Roi, Capitaine des Gar-
des de sa Porte, Gentilhomme ordinaire de sa
Chambre, Capitaine de cent hommes d'armes,
& Gouverneur de Provins & de Château Gaillard.
Il testa le 10 Juin 1586 & s'étoit allié à Louise du
Moulin qui fut mere de Jacque de Moreton M.stre
de Camp d'un Regiment de huit Compaguies de
cent hommes chacune, lequel épousa Guygonne
fille de Rostaing d'Ure & de Laurence de Simiane,
dont il eut 1. Antoine qui suit; 2°. François de
Moreton de Chabrillan, Grand Prieur de Saint
Gilles de l'Ordre de Jerusalem; 3. Charles qui
a fait la Branche des Seigneurs de Boisson.
Antoine de Moreton, Seigneur de Chabrillan,
épousa en 1628 Isabelle de Chaponay, dont le
fils aîné Joseph de Moreton Marquis de Cha-
brillan, fut Lieutenant de Roi de la Province de
Dauphiné. Celui ci avoit 4 freres dans l'Ordre de
Malte, dont 3 furent tués en différentes Batailles,
& le 4e fut Général des Galéres & Grand'Croix
de l'Ordre. Le Marquis de Chabrillan a'allia le 8
Novembre 1668, à Antoinette de Vichy-Cham-
ron, de laquelle il eut Antoine qui suit, trois
autres fils Capitaines dans le Regiment de Cha-
brillan Iufanterie, tués à la Bataille d'Ochstet, od-
MAI
211
1752.
im Cousin de leur nom fut blessé dangereusement
& un cinquième qui fut Capitaine des Galéres &
Grand Croix de Malte.
Antoine Moreton II. du nom, Marquis de Cha-
brillan, Lieutenant de Roi en Dauphiné, épousa
en 1698 Antoinetie de Grolée de Vitiville, soeur
de Madame la Maréchale de Talard, dont il a eu
pour enfans:
1°. François-César de Moreton Marquis de
Chabrillan, Maréchal des Camps & Armées du
Roi, marié en premieres nôces à Charlotte de la
Fare, dont il n'a point eu d'enfans, & en secon-
des à Louise de Murs-Astuaud, de laquelle il a
1°. Antoine de Moreton, néen 1745. 2. Fran-
gois, Chevalier de Malte, né en 1749.
2. Antoine-Appoliinaire, Capitaine des Gar-
des de S. A. S. Monseigneur le Prince de Conty.
3°. Joseph-Toussaint Colonel d'un Regiinent
d'Infanterie.
4. Louis Lieutenant Colonel; Commandant
pour le Roi dans les Ville & Citadelle de Monte-
limart.
5°. & 6°. Deux sillos Religieuses. 7°. Anne-
Joseph de Moreton-Chabrillan mariée à Jacques
Marquis de Joviac.
Branohe des Seigneurs de Boisson.
Charles de Moreton-Chabrillan, troisième
sils de Jacques Seigneur de Chabrillan & de Gui-
gonne d're, fut Seigneur de la Mothe-Chabrillan
& allié à Marie Dangerais, Dame de Doisson, du
Main, de Mandement, d'Alégre, de Saint Jean
le Centainier, &c. & fille de Jacques Dangerais
Seigneur desdits lieux & d'Anne d'Hautefort. Il
en eut 1°. Gabriel qui suit, 2. Laurent de Mo-
aO
212 MERCURE DE FRANCE.
reton, Seigneur de Servas établi à Baucaire en
Languedoc, où il a epousé N... de Missol, dont
plusieuis enfans.
Gabriel de Moreton Seigneur de Boisson, du
Main, &c. épousa N. . ... du Fay de la Tour-
Maubourg, dont il eut, 19. N.... de Moreton
Seigneur de Boisson, marié à N... de l'Aubépin,,
dont il a plusieurs enfans, 2°. Laurent qui suit;
3. une fille.
Laurent de Moreton, Seigneur de la Mothe-
Chabrillan, Mandement, d'Alègre, &c. s'allia
à Marguerite de Rosel de Caffary, qui fut mere
de plusieurs enfans au service & Chevalier de
Malte, entr'autres de Claude qui a continué la
postérité.
Claude Moreton, Seigneur de la Mothe-Cha-
brillan, mort en. 1748, avoit épousé Marie de
Verdelhan des Fourniel, dont sont venus deux
filles non encore mariées, & Jacques de More-
ton, dit le Comte de Chabrillan, qui a donné lieu
à cet Article.
Outre les alliances que Messicurs de Chabril-
lan ont faites par leurs mariages, ils en ont con-
tracté par leurs filles avec les Maisons de Cler-
mont-Montoison, Chalançon, Pellet Narbonne du
Puy Rochefort, de Portes, Marsanne, Briançon
Lautrec-Léberon, Chabert de Chateaudouble, Mont-
gardin, Veynes du Prayet, Trolon de Sainte Jalle,
Lattier-Bagaane, Chabo., Cibeut de Saint Fério.
Grammont de Vatheres, & Joviac.
Le premier Mars Mre Jacques de Moreton, Seigneur
de Boisson, Mandement, d'Alégre & S.
Jean le Centainier, appellé le Comte de Chabril-
lan, Colonel d'un Regiment de Cavalerie de son
nom, épousa à Saint Eustache par dispense de la
Cour de Rome, Bathilde-Magdeleine-Félicité de
Verdelhan des Fourniel, fille de Jacques de Ver-
delhan Seigneur des Fourniel, Secrétaire du Roi
& Fermier Général, & de Marie-Magdeleine
Morin, sa Consive Germaine.
La Maison de Moreton, dont les Armes sont
d'azur à la Tour d'argent maçonnée de sable, à la
patte d'Ours d'or touchant la porte; la devise est
en Espagnol allégorique à la Tour: Antes crepar
que doblar, qui fignifie; plutot crever que plier,
1752.
MAI.
209
est originaire d'Ecosse, suivant la tradition & les
mémoires domestiques, & de l'une des plus ancien-
nes & des plus illustres de ce Royaume; mais ce
qu'il y a de plus certain, c'est qu'elle tient depuis
plusieuts siécless rang parmi les plus distinguées de
la Province de Dauphiné par l'ancienneté de la
noblesse de leur extractiou.
Le premier que l'on connoisse est Lambert de
Moreton, qui vivoit avant l'an 1100, comme il
paroît par un acte passé-en 1110, entre Adhémard
Souverain de Montelimart & les habitans de cette
Vilie, dans lequel il signa comme témoin avec
les plus qualifiés de la Province. Il fut proba-
blement pere de Pierre de Moreton vivant avant
l'an 1200.
Guillaume de Moreton Seigneur de la Pallu
Saint Paul, &c. qui vivoit en 1250, est qualifié
dans plusieurs Titres, Chevalier, Magnisique, Haut
& Puissant Homme. Il épousa Menette de Mon-
toison, fille de Givin de Montoison & sœur de
Godefroi Seigneur du Marsane. De ce mariage
sortit Pierre de Moreton II. du nom, marié
à Agnès ou Aganesse d'Adhéurard de Monteil, Da-
me de Pierrelatre. Leur fils Godefroi de Moreton-
fut allié à Mejonne de la Gorce, & en eut entr'au-
tres enfans Raimond qui suit & Martiu. Celui-
ci eut de Marie de Maumont, Jean de Moreton
créé Cardinal par le Pape Alexandre V. il fut aussi
Fvêque d'Eli, Archevêque de Cantorbery & Chan-
celier d'Angleterre.
Raimond de Moreton qualifié Domicellus,
épousa Agnés Audiger, Dame d'Autinac, qui
testa le 14 Novembre 1398. d'elle naquit Pierre
de Moreton III. du nom, pere par Martine de
Vese sa femme d'Antoine de Moreton qui épousa
le 8 Novembre 1417 Alix Flaudin, fille de Ponce
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210 MERCURE DE FRANCE.
Flaudin Seigneur de Porcherol, de la même Mai-
son que les deux Cardinaux de ce nom. Il échan-
gea en 1450 avec Louis II. Dauphin, la terre de
Pierrelatte contre celle de Chabrillan, que sa
postérité a toujours possédée depuis. Son fils Ay-
nard de Moreton, Seigneur de Chabrillan, qui-
testa en 1497, fut tué a la bataille de Ravenne &
avoit épousé Clairette-Aloise de Vassieux. De cette
alliance vint François de Moreton marié avec
Dauphine de Seydre de Caumont, de laquelle il
eut Sebastien de Moreton Seigneur de Chabiillan,
Chevalier de l'Ordre du Roi, Capitaine des Gar-
des de sa Porte, Gentilhomme ordinaire de sa
Chambre, Capitaine de cent hommes d'armes,
& Gouverneur de Provins & de Château Gaillard.
Il testa le 10 Juin 1586 & s'étoit allié à Louise du
Moulin qui fut mere de Jacque de Moreton M.stre
de Camp d'un Regiment de huit Compaguies de
cent hommes chacune, lequel épousa Guygonne
fille de Rostaing d'Ure & de Laurence de Simiane,
dont il eut 1. Antoine qui suit; 2°. François de
Moreton de Chabrillan, Grand Prieur de Saint
Gilles de l'Ordre de Jerusalem; 3. Charles qui
a fait la Branche des Seigneurs de Boisson.
Antoine de Moreton, Seigneur de Chabrillan,
épousa en 1628 Isabelle de Chaponay, dont le
fils aîné Joseph de Moreton Marquis de Cha-
brillan, fut Lieutenant de Roi de la Province de
Dauphiné. Celui ci avoit 4 freres dans l'Ordre de
Malte, dont 3 furent tués en différentes Batailles,
& le 4e fut Général des Galéres & Grand'Croix
de l'Ordre. Le Marquis de Chabrillan a'allia le 8
Novembre 1668, à Antoinette de Vichy-Cham-
ron, de laquelle il eut Antoine qui suit, trois
autres fils Capitaines dans le Regiment de Cha-
brillan Iufanterie, tués à la Bataille d'Ochstet, od-
MAI
211
1752.
im Cousin de leur nom fut blessé dangereusement
& un cinquième qui fut Capitaine des Galéres &
Grand Croix de Malte.
Antoine Moreton II. du nom, Marquis de Cha-
brillan, Lieutenant de Roi en Dauphiné, épousa
en 1698 Antoinetie de Grolée de Vitiville, soeur
de Madame la Maréchale de Talard, dont il a eu
pour enfans:
1°. François-César de Moreton Marquis de
Chabrillan, Maréchal des Camps & Armées du
Roi, marié en premieres nôces à Charlotte de la
Fare, dont il n'a point eu d'enfans, & en secon-
des à Louise de Murs-Astuaud, de laquelle il a
1°. Antoine de Moreton, néen 1745. 2. Fran-
gois, Chevalier de Malte, né en 1749.
2. Antoine-Appoliinaire, Capitaine des Gar-
des de S. A. S. Monseigneur le Prince de Conty.
3°. Joseph-Toussaint Colonel d'un Regiinent
d'Infanterie.
4. Louis Lieutenant Colonel; Commandant
pour le Roi dans les Ville & Citadelle de Monte-
limart.
5°. & 6°. Deux sillos Religieuses. 7°. Anne-
Joseph de Moreton-Chabrillan mariée à Jacques
Marquis de Joviac.
Branohe des Seigneurs de Boisson.
Charles de Moreton-Chabrillan, troisième
sils de Jacques Seigneur de Chabrillan & de Gui-
gonne d're, fut Seigneur de la Mothe-Chabrillan
& allié à Marie Dangerais, Dame de Doisson, du
Main, de Mandement, d'Alégre, de Saint Jean
le Centainier, &c. & fille de Jacques Dangerais
Seigneur desdits lieux & d'Anne d'Hautefort. Il
en eut 1°. Gabriel qui suit, 2. Laurent de Mo-
aO
212 MERCURE DE FRANCE.
reton, Seigneur de Servas établi à Baucaire en
Languedoc, où il a epousé N... de Missol, dont
plusieuis enfans.
Gabriel de Moreton Seigneur de Boisson, du
Main, &c. épousa N. . ... du Fay de la Tour-
Maubourg, dont il eut, 19. N.... de Moreton
Seigneur de Boisson, marié à N... de l'Aubépin,,
dont il a plusieurs enfans, 2°. Laurent qui suit;
3. une fille.
Laurent de Moreton, Seigneur de la Mothe-
Chabrillan, Mandement, d'Alègre, &c. s'allia
à Marguerite de Rosel de Caffary, qui fut mere
de plusieurs enfans au service & Chevalier de
Malte, entr'autres de Claude qui a continué la
postérité.
Claude Moreton, Seigneur de la Mothe-Cha-
brillan, mort en. 1748, avoit épousé Marie de
Verdelhan des Fourniel, dont sont venus deux
filles non encore mariées, & Jacques de More-
ton, dit le Comte de Chabrillan, qui a donné lieu
à cet Article.
Outre les alliances que Messicurs de Chabril-
lan ont faites par leurs mariages, ils en ont con-
tracté par leurs filles avec les Maisons de Cler-
mont-Montoison, Chalançon, Pellet Narbonne du
Puy Rochefort, de Portes, Marsanne, Briançon
Lautrec-Léberon, Chabert de Chateaudouble, Mont-
gardin, Veynes du Prayet, Trolon de Sainte Jalle,
Lattier-Bagaane, Chabo., Cibeut de Saint Fério.
Grammont de Vatheres, & Joviac.
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Résumé : MARIAGE.
Le 1er mars 1752, Jacques de Moreton, Seigneur de Boisson, Mandement, d'Alégre et Saint-Jean-le-Centenaire, Comte de Chabrillan et Colonel d'un régiment de cavalerie, épousa Bathilde-Magdeleine-Félicité de Verdelhant des Fourniels à Saint-Eustache. La famille de Moreton, originaire d'Écosse, est l'une des plus anciennes et illustres de ce royaume et est distinguée en Dauphiné depuis plusieurs siècles. L'histoire familiale commence avec Lambert de Moreton, vivant avant 1100. Guillaume de Moreton, vivant en 1250, fut qualifié de Chevalier et Magnifique. Il épousa Menette de Montoison, et leur fils Godefroi de Moreton eut un fils nommé Jean, créé Cardinal par le Pape Alexandre V. Raimond de Moreton, qualifié de Domicellus, épousa Agnès Audiger et eut un fils, Pierre de Moreton III, qui échangea la terre de Pierrelatte contre celle de Chabrillan en 1450. Aymeric de Moreton, Seigneur de Chabrillan, fut tué à la bataille de Ravenne. Son fils Sébastien de Moreton fut Chevalier de l'Ordre du Roi et Gouverneur de Provins. Antoine de Moreton, Seigneur de Chabrillan, épousa Isabelle de Chaponay en 1628. Leur fils Joseph de Moreton, Marquis de Chabrillan, fut Lieutenant du Roi en Dauphiné. Antoine Moreton II, Marquis de Chabrillan, épousa Antoinette de Grolée de Vitriville en 1698 et eut plusieurs enfants, dont François-César de Moreton, Maréchal des Camps et Armées du Roi. La famille a également contracté des alliances par les mariages de leurs filles avec diverses maisons nobles.
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13134
p. 212-213
AVIS.
Début :
Il a paru depuis peu des observations par lesquelles les Demoiselles Jaillot prouvent que le [...]
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texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
Il a paru depuis peu des observations par lesquelles
les Demoiselles Jaillot prouvent que le
nouvel At. as proposé par souscriptions, non seu-
MAI.
1752.
213
lement ne peut être complet & sussisant en cent
cartes; mais aussi qu'il ne donne rien qui ne se
trouve chez elles & leurs confreres, comme aussi
que c'est à tort que le sieur Boudet, dans son
prospectus donne au sieur Robert tous les trésors
de Messieurs Nicolas, Guillaume, Adrien &
Moulard Sanson, puisqu'elles seules possedent la
Géographie moderne de Guillaume Sanson.
Il a paru depuis peu des observations par lesquelles
les Demoiselles Jaillot prouvent que le
nouvel At. as proposé par souscriptions, non seu-
MAI.
1752.
213
lement ne peut être complet & sussisant en cent
cartes; mais aussi qu'il ne donne rien qui ne se
trouve chez elles & leurs confreres, comme aussi
que c'est à tort que le sieur Boudet, dans son
prospectus donne au sieur Robert tous les trésors
de Messieurs Nicolas, Guillaume, Adrien &
Moulard Sanson, puisqu'elles seules possedent la
Géographie moderne de Guillaume Sanson.
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Résumé : AVIS.
En mai 1752, les Demoiselles Jaillot ont critiqué un nouvel atlas proposé par souscription, le jugeant incomplet malgré ses cent cartes. Elles affirment que toutes les informations sont déjà disponibles chez elles et leurs confrères. Elles contestent aussi les allégations du sieur Boudet attribuant à Robert les travaux des Sanson. Elles possèdent exclusivement la Géographie moderne de Guillaume Sanson.
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13135
p. 213-215
AUTRE AVIS. POMPES de puits de nouvelle invention, proposees au Public par le sieur N. Thillaye, Pompier du Roi, demeurant à Rouen.
Début :
Le sieur Thillaye déja fort connu pour avoir beaucoup perfectionné les Pompes à incendies, [...]
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE AVIS. POMPES de puits de nouvelle invention, proposees au Public par le sieur N. Thillaye, Pompier du Roi, demeurant à Rouen.
AUTRE AVIS.
POMPES de puits de nouvelle invention,
proposees au Public par le sieur N. Thillaye,
Pompier du Roi, demeurant à Rouen.
Le sieur Thillaye déja fort connu pour avoir
beaucoup perfectionné les Pompes à incendies,
donne avis qu'il s'est appliqué à construire de nou-
velles Pompes pour tirer de l'eau des puits avec
beaucoup plus de facilité qu'on n'a fait jusqu'ici
tant pour la force qu'il y faut employer, que pour
avoir une plus grande quantité d'eau.
Les Pompes qu'il presente pour cet usage, sont
de deux especes, la premiere est aspirante, & peut
avoir lieu pour tous les puits qui ne passent pas la
profondeur de trente pieds.
La seconde est aspirante & foulante, & tire l'eau
des Puits très-profonds avec une légere force dont
une personne est capable, tant pour monter l'eau
sur une terrasse devant une maison, que pour un
réservoir qui ensuite la distribue où l'on veut.
Cette sorte de Pompe n'a rien d'embarassant par
sa construction, ni de désagréable à la vue, elle
peut même servir d'ornement dans une Basse-cout,
oog
214 MERCURE DE FRANCE.
Elle a de plus un avantage bien grand & sans
exemple, c'est celui de pouvoir servit à éteindie
un incendie dans la maison où elle est posée, avec
un tiès-petit changement. On n'a pas besoin de
s'étendre sur le prix de cette double utilité dans
une maison.
Le sieur Thillaye fera pendant tout le cours du
mois de Mai la démonstration de ses Pompes chez
les RR. PP. Feuillans, rue St. Honoré à Paris, od
il a un Magazin de Pompes à incendies de diffe-
rentes grandeurs, & qui peuvent produire pat
heure depuis six muids d'eau jusqu'à trente. On
peut juger de l'effet que trente muids d'eau doi-
vent produire sur l'incendie le plus fort. Outre
cette utilité, elles sont encore très commodes
pour arroser les jardins, écheniller les arbres frui-
tiers, & pour faire monter l'eau dans des apparte-
mens où on en a besoin pour des bains.
Cette démonstration se fera l'après-midi, depuis
trois heures jusqu'à sept, & l'Auteur donnera à
ses frais, pour la satisfaction des curieux, les ex-
pétiences de ses Pompes à incendies les samedis
sur les cinq à six heures. Il n'en pourra donner les
autres jours les expériences qu'à ceux qui en fe-
ront acquisition, ou qui payeront la peine des per-
sonnes qui les feront agir.
Apt ès le mois de Mai, on pourra s'adresser à
l'Auteur à Rouen, ou au sieur Barbier son seul
Commissionnaire, rue des Vieux Augustins chez
un Tonnelier à Paris, qui satisfera à tous égards.
Nous ignorons quelle sera la destinée des nou-
velles Pompes qu'annonce M. Thillaye, mais le
préjugé doit être en leur faveur. Ses Pompes à in-
cendies réussissent prodigieusement, & nous avons
ontre nos mains des certificats bien forts & bien
—
MAI.
1752.
215
raisonnés en leur faveur. Le public ne peut trop
encourager un aussi habile homme que M. Thil-
laye. Tout ce qu'il propose merite au moins
d'être yû.
POMPES de puits de nouvelle invention,
proposees au Public par le sieur N. Thillaye,
Pompier du Roi, demeurant à Rouen.
Le sieur Thillaye déja fort connu pour avoir
beaucoup perfectionné les Pompes à incendies,
donne avis qu'il s'est appliqué à construire de nou-
velles Pompes pour tirer de l'eau des puits avec
beaucoup plus de facilité qu'on n'a fait jusqu'ici
tant pour la force qu'il y faut employer, que pour
avoir une plus grande quantité d'eau.
Les Pompes qu'il presente pour cet usage, sont
de deux especes, la premiere est aspirante, & peut
avoir lieu pour tous les puits qui ne passent pas la
profondeur de trente pieds.
La seconde est aspirante & foulante, & tire l'eau
des Puits très-profonds avec une légere force dont
une personne est capable, tant pour monter l'eau
sur une terrasse devant une maison, que pour un
réservoir qui ensuite la distribue où l'on veut.
Cette sorte de Pompe n'a rien d'embarassant par
sa construction, ni de désagréable à la vue, elle
peut même servir d'ornement dans une Basse-cout,
oog
214 MERCURE DE FRANCE.
Elle a de plus un avantage bien grand & sans
exemple, c'est celui de pouvoir servit à éteindie
un incendie dans la maison où elle est posée, avec
un tiès-petit changement. On n'a pas besoin de
s'étendre sur le prix de cette double utilité dans
une maison.
Le sieur Thillaye fera pendant tout le cours du
mois de Mai la démonstration de ses Pompes chez
les RR. PP. Feuillans, rue St. Honoré à Paris, od
il a un Magazin de Pompes à incendies de diffe-
rentes grandeurs, & qui peuvent produire pat
heure depuis six muids d'eau jusqu'à trente. On
peut juger de l'effet que trente muids d'eau doi-
vent produire sur l'incendie le plus fort. Outre
cette utilité, elles sont encore très commodes
pour arroser les jardins, écheniller les arbres frui-
tiers, & pour faire monter l'eau dans des apparte-
mens où on en a besoin pour des bains.
Cette démonstration se fera l'après-midi, depuis
trois heures jusqu'à sept, & l'Auteur donnera à
ses frais, pour la satisfaction des curieux, les ex-
pétiences de ses Pompes à incendies les samedis
sur les cinq à six heures. Il n'en pourra donner les
autres jours les expériences qu'à ceux qui en fe-
ront acquisition, ou qui payeront la peine des per-
sonnes qui les feront agir.
Apt ès le mois de Mai, on pourra s'adresser à
l'Auteur à Rouen, ou au sieur Barbier son seul
Commissionnaire, rue des Vieux Augustins chez
un Tonnelier à Paris, qui satisfera à tous égards.
Nous ignorons quelle sera la destinée des nou-
velles Pompes qu'annonce M. Thillaye, mais le
préjugé doit être en leur faveur. Ses Pompes à in-
cendies réussissent prodigieusement, & nous avons
ontre nos mains des certificats bien forts & bien
—
MAI.
1752.
215
raisonnés en leur faveur. Le public ne peut trop
encourager un aussi habile homme que M. Thil-
laye. Tout ce qu'il propose merite au moins
d'être yû.
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Résumé : AUTRE AVIS. POMPES de puits de nouvelle invention, proposees au Public par le sieur N. Thillaye, Pompier du Roi, demeurant à Rouen.
Nicolas Thillaye, pompier du Roi résidant à Rouen, a mis au point de nouvelles pompes pour extraire l'eau des puits. Ces pompes offrent une meilleure utilisation et une plus grande quantité d'eau. Il existe deux types de pompes : la première, aspirante, convient aux puits jusqu'à trente pieds de profondeur ; la seconde, aspirante et foulante, permet de puiser l'eau des puits très profonds avec une force minimale, adaptée pour alimenter des terrasses ou des réservoirs. Cette dernière peut aussi être utilisée pour éteindre des incendies après quelques ajustements. Elle est esthétique et peut orner une basse-cour. Thillaye organise des démonstrations de ses pompes chez les Révérends Pères Feuillans, rue Saint-Honoré à Paris, durant le mois de mai, de 15h à 19h, avec des expériences spécifiques les samedis à 18h. Les pompes sont également utiles pour arroser les jardins, traiter les arbres fruitiers et fournir de l'eau pour les bains. Après mai, les intéressés peuvent contacter Thillaye à Rouen ou son commissionnaire, le sieur Barbier, rue des Vieux Augustins à Paris. Les pompes à incendie de Thillaye sont reconnues pour leur efficacité, et le public est encouragé à soutenir cet inventeur.
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13136
p. 215
ERRATA.
Début :
Page 8. ligne 7. Plammetichus, lisez Psammetichus. P. 16. citat. [...]
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texteReconnaissance textuelle : ERRATA.
ERRATA.
Page 8. ligne 7. Plammetichus, lisez Psammetichus.
P. 16. citat. lig. 30. Afr. Lus. lis. Afr. Eus.
Page 19 ligne 8. ne put, lisez ne peut.
ligne 30 citation, Art. Leg. lis. Av. Ler.
Page 20. ligne 28. qu'il y a un Peluse & un
Canope, lisez qu'il y a vu
Peluse & Canope.
lig. 29 citat. Art. Leg. lis. Av. Ler.
Pag. 25. lig. 10. sur l'autorite. lisez sur l'o-
pinion.
Page 8. ligne 7. Plammetichus, lisez Psammetichus.
P. 16. citat. lig. 30. Afr. Lus. lis. Afr. Eus.
Page 19 ligne 8. ne put, lisez ne peut.
ligne 30 citation, Art. Leg. lis. Av. Ler.
Page 20. ligne 28. qu'il y a un Peluse & un
Canope, lisez qu'il y a vu
Peluse & Canope.
lig. 29 citat. Art. Leg. lis. Av. Ler.
Pag. 25. lig. 10. sur l'autorite. lisez sur l'o-
pinion.
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13137
p. 215
APPROBATION.
Début :
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure de France, du mois de Mai. [...]
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texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier,
le Mercure de France, du mois de Mai.
A Paris, le 29 Avril 1752.
LAVIROTTE.
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier,
le Mercure de France, du mois de Mai.
A Paris, le 29 Avril 1752.
LAVIROTTE.
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13138
p. 216
TABLE.
Début :
PIECES FUGITIVES en Vers & en Prose. Vers sur la mort de S. A[.] S. Monseigneur le [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE.
PIECES FUGITIVES en Vers & en Prose.
Vers sur la mort de S. A[.] S. Monseigneur le
Duc d'Orléans,
Dissertation sur un passage d'Herodote & c.
La Recrue de Cupidon, Vers à Mlles Br
29
Memoire addressé à l'Auteur du Mercure
Madrigal à Mlle la Comtesse de Poninsxa L.
Premiere Lettre sur le goût des François
Ode d'Horace à l'Empereur Auguste,
64
Lettre d'un Suédois à M. l'Abbé Raynal,
67
Vers sur la Croix de S. Louis,
71
Lettre de M. Rameau à l'Auteur du Mercure
75
Andromede. Cantate
Portrait de la Reine Chiistine
81
Suite du Mémoire de M. d'Anville, sur la premiere
partie de sa Carte d'Asie
85
Mots des Enigmes & des Logogriphes du Mercure
d'Avril
107
108
Enigmes & Logogriphes,
112
Nouvelles Littéraires
137
Beaux-Arts
150
Devises des jettons de l'annee 1752,
Spectacles
163
Concert spirituel,
166
187
Lettre de Monsieur Grimim.
Nouvelles Etrangeres
192
200
France nouvelles de la Cour, de Paris,
208
Mariage
Avis
212
PIECES FUGITIVES en Vers & en Prose.
Vers sur la mort de S. A[.] S. Monseigneur le
Duc d'Orléans,
Dissertation sur un passage d'Herodote & c.
La Recrue de Cupidon, Vers à Mlles Br
29
Memoire addressé à l'Auteur du Mercure
Madrigal à Mlle la Comtesse de Poninsxa L.
Premiere Lettre sur le goût des François
Ode d'Horace à l'Empereur Auguste,
64
Lettre d'un Suédois à M. l'Abbé Raynal,
67
Vers sur la Croix de S. Louis,
71
Lettre de M. Rameau à l'Auteur du Mercure
75
Andromede. Cantate
Portrait de la Reine Chiistine
81
Suite du Mémoire de M. d'Anville, sur la premiere
partie de sa Carte d'Asie
85
Mots des Enigmes & des Logogriphes du Mercure
d'Avril
107
108
Enigmes & Logogriphes,
112
Nouvelles Littéraires
137
Beaux-Arts
150
Devises des jettons de l'annee 1752,
Spectacles
163
Concert spirituel,
166
187
Lettre de Monsieur Grimim.
Nouvelles Etrangeres
192
200
France nouvelles de la Cour, de Paris,
208
Mariage
Avis
212
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Résumé : TABLE.
Le document est une table des matières d'une publication incluant poèmes, lettres, dissertations, mémoires, cantates et articles. Il contient des œuvres sur la mort du Duc d'Orléans, une dissertation sur Hérodote, des lettres à l'Abbé Raynal et à l'auteur du Mercure, ainsi que des suites de mémoires de M. d'Anville. On y trouve aussi des énigmes, des logogriphes, des nouvelles littéraires, des sections sur les beaux-arts, les spectacles, et des devises de jetons de 1752. Des nouvelles étrangères et des avis sur des événements récents, comme des mariages, sont également présents.
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13139
p. 216
« De l'Imprimerie de J. BULLOT. [...] »
Début :
De l'Imprimerie de J. BULLOT. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « De l'Imprimerie de J. BULLOT. [...] »
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
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13143
p. 111-112
AUTRE.
Début :
En trois mots différens mon corps est divisé, [...]
Mots clefs :
Arc-en-ciel
13146
p. 167-168
LOGOGRIPHE.
Début :
Je suis un ornement, que le bon goût produit ; [...]
Mots clefs :
Compartiment
13147
p. 171
« REFUTATION du discours du Citoyen de Genéve qui a remporté le prix de l'Académie de [...] »
Début :
REFUTATION du discours du Citoyen de Genéve qui a remporté le prix de l'Académie de [...]
Mots clefs :
Réfutation, Discours, Jean-Jacques Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « REFUTATION du discours du Citoyen de Genéve qui a remporté le prix de l'Académie de [...] »
REFUTATION du difcours du Citoyen de
Genéve qui a remporté le prix de l'Académie de
Dijon en l'année 1750 , par un Académicien de
la même Ville . A Londres , & le trouve à Paris
chez plufieurs Libraires.
C'estun écrit à deux colonnes ; on voit le difcours
d'un côté & la réfutation de l'autre . De tou
tes les Critiques qu'on a faites de l'ouvrage de M.
Roufleau , c'est la plus détaillée , & la plus propre
par la méthode qui y eft obfervée à faire décou
vrir la vérité . Ceux qui s'occupent de cette importante
controverſe , doivent joindre à la lecture de
l'ouvrage que nous leur annonçons la réponſe de
cinq ou fix pages qu'y a fait M. Rouffeau & qui fe
trouve chez Piffot : C'est toujours le même courage
, la même force & la même véhémence .
Genéve qui a remporté le prix de l'Académie de
Dijon en l'année 1750 , par un Académicien de
la même Ville . A Londres , & le trouve à Paris
chez plufieurs Libraires.
C'estun écrit à deux colonnes ; on voit le difcours
d'un côté & la réfutation de l'autre . De tou
tes les Critiques qu'on a faites de l'ouvrage de M.
Roufleau , c'est la plus détaillée , & la plus propre
par la méthode qui y eft obfervée à faire décou
vrir la vérité . Ceux qui s'occupent de cette importante
controverſe , doivent joindre à la lecture de
l'ouvrage que nous leur annonçons la réponſe de
cinq ou fix pages qu'y a fait M. Rouffeau & qui fe
trouve chez Piffot : C'est toujours le même courage
, la même force & la même véhémence .
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Résumé : « REFUTATION du discours du Citoyen de Genéve qui a remporté le prix de l'Académie de [...] »
Un académicien de Dijon a publié à Londres une réfutation détaillée du discours de Rousseau, primé en 1750. L'ouvrage oppose les textes originaux et les critiques. Pour comprendre la controverse, il est conseillé de lire la réponse de Rousseau, disponible chez Piffot, marquée par son courage et sa véhémence.
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13148
p. 80-102
DISCOURS Qui a été lû dans une Séance de l'Académie des Jeux-Floraux, tenuë le 21 Mars 1752. pour la réception de M. Basin, Conseiller au Parlement ; par M. de Ponsan, Trésorier de France, un des Académiciens.
Début :
MESSIEURS, Il n'est rien de si généralement reconnu que [...]
Mots clefs :
Académie des Jeux floraux, Lettres, Compagnie, Qualités, Académies, Esprit, Moeurs, Homme, Mérite, Académie, Confrères, Sujet, Compagnies littéraires, Homme sociable, Avantages, Honneur, Égards, Offenses, Paroles, Belles-lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS Qui a été lû dans une Séance de l'Académie des Jeux-Floraux, tenuë le 21 Mars 1752. pour la réception de M. Basin, Conseiller au Parlement ; par M. de Ponsan, Trésorier de France, un des Académiciens.
DISCOURS
Qui a été lû dans une Séance de l'Académie
des Jeux Floraux, tenuë le 2 1 Mars 1752.
pour la réception de M. Rafin , Confeiller
au Parlement ; par M. de Ponfan , Tréſorier
de France , un des Académiciens.
MESSIEURS ,
Il n'eft rien de fi géneralement reconnu
que l'utilité des Académies ; on a fait voir
dans plufieurs Ouvrages que les Corps Litteraires
procurent de grands avantages à
l'Empire des Lettres , & ce qu'on a dit fur
ce fujet fe juftifie tous les jours par autant
d'experiences qu'il y a d'Académies . Mais
plus l'utilité des Académies eft démontrée,
plus il importe de foutenir les exercices
d'où naiffent tous ces avantages.
Pour y parvenir dans cette Compagnie,
il faut fur-tout s'attacher à réparer folidement
nos trop fréquentes pertes. Il n'eft
rien de plus effentiel pour maintenir l'ancien
éclat de cette Académie , que de nommer
des fujets dignes de fuccéder aux Confreres
qu'elle a le malheur de perdre ; fans
cette attention tout ce qu'on pourroit faire
JUILLET. 1752. 8 &
à fon avantage feroit entierement inutile ;
fe négliger fur cet article important , c'eft
anéantir ce Corps litteraire & le faper par
les fondemens.
Ces réflexions m'ont déterminé d'examiner
aujourd'hui quelles font les qualités
que doivent avoir les fujets propres à remplir
les places de Mainteneurs.
Je me flate , Meffieurs , de mériter votre
attention par l'importance & la nouveauté
de cette matiere ; perfonne que je fçache
ne l'a encore traitée.
Si l'Académie pouvoit efperer d'être auffi
heureufe à l'avenir fur le choix de fes
Confreres qu'elle l'a été jufqu'à préfent ,
rien ne feroit plus évidemment inutile que
de parler fur ce fujer. Les dernieres nominations
fourniffent de nouvelles preuves de
fon extrême bonheur dans les élections .
Le génie qui depuis plus de quatre fiécles
foutient avec honneur cette célébre
Compagnie , ne l'abandonne jamais dans
ces occafions importantes ; il a toujours
écarté malgré les follicitations & les brigues
tout ce qui auroit pû ternir fa gloire.
Nous éprouvons en ce jour les utiles , les
agréables effets de fa favorable protection ;
en fournirois avec plaifir des preuves
victorieufes s'il m'étoit permis d'empiétes
fur les droits de M. le Modérateur.
D.Y
82 MERCURE DE FRANCE.
Continuons , Meffieurs , de faire de bons
choix , il importe beaucoup de ne pas nous.
laiffer furprendre par des apparences quelquefois
trompeufes , les méprifes font fur
cette matiere d'une grande conféquence
elles deviennent irréparables.
Aucune confidération ne doit nous empêcher
d'examiner fi les Prétendans ont
toutes les qualités néceffaires pour être
admis dans cette Compagnie.
Mais , me dira-t'on , quelles font ces
qualités ne fuffit- il pas d'avoir cultivé
les Belles Lettres & de les aimer ?
Non , Meffieurs , cela ne fuffit pas ; vous
fçavez mieux que moi qu'il faut encore
avoir des moeurs douces & faciles , & polféder
ce qu'on appelle dans le monde le
fçavoir vivres fcience rare , plus difficile
à acquerir & tout au moins auffi néceffaire
dans les Compagnies académiques
que le bon goût & les connoiffances hu
maines.
On peut à tout âge fe perfectionner
dans l'étude des Belles- Lettres ; mais la
politeffe ne s'acquiert gueres que dans la
jeuneffe , c'est le fruit d'une heureuſe naiffance
, accompagnée d'une excellente édu
cation , bien difficile à prendre fi l'on ne
fréquente un peu jeune les, bonnes compagnies.
JUILLET.
1732 83:
Ce n'eſt
que par l'ufage du monde qu'on
peut acquerir des manieres de vivre , d'a
gir & de parler , civiles , polies & honnê
tes ; fans ce fecours on conferve prefque
Foujours des moeurs rudes & groffieres ,
on manque aux égards & aux bienséances ;,
on s'oublie jufqu'à tenir à fes confreres
des difcours defobligeans , qui les déterminent
quelquefois à s'éloigner de nos
affemblées .
Les perfonnes les mieux élevées font:
fouvent peu endurantes ; remplies d'atten
tions envers tout le monde , elles ont droit
d'être plus fenfibles quand on les offenſe .
Il faut remarquer , Meffieurs , qu'aucun
motif intéreffant n'engage à l'affiduité dans
les Académies ; de là vient qu'on prend
aifément le parti de fair les occafions d'ef
fuyer des propos impolis : un homme
fage & délicat ne veut s'expofer ni à les
fouffrir , ni à la néceffité de les repouffer .
Cet objet a paru fi important à notre
fage Légiflateur , dont la bonté , la douceur
&la politeffe faifoit le caractere dominant ,
qu'il a jugé néceffaire d'établir une Loi
bien rigoureufe. Voici comment il s'explique
à l'article 22 des Statuts qu'il a dreffés
pour cette Compagnie , & que Louis XIV.
a autorifés par fes Lettres Patentes.
Si quelqu'un de ce Corps offenfe le Chan-
Dvj.
84 MERCURE DE FRANCE.
celier ou un des Mainteneurs ou des Maîtres,
il pourra être exclu du Corps.
Vous voyez , Meffieurs , que pour des
paroles outrageufes on encourt une peine
des plus griéves , que feroit- ce fi cette of
fenfe étoit fous les yeux du Public ?
M. de Laloubere n'a pas prévu ce cas ,
il a cru fans doute qu'il n'étoit pas poffible
qu'un Membre de cette Compagnie pût jamais
être Auteur d'un Ecrit injurieux , it
n'a craint que ce qui peut quelquefois
échaper dans la vivacité & le feu de la
difpute.
Le prudent Réformateur de nos Jeux a
cru également inutile d'exclure du nombre
des Propofés pour remplir une place vacante
, tous ceux qui auroient eu la témérité
de parler ou d'écrire contre la Compagnie
ou contre quelqu'un de ceux qui
la compofent ; il a fans doute jugé que
la fage Loi qui exclut du Corps celui qui
offenfe le Chancelier ou un des Mainteneurs
, en interdit l'entrée à toutes les perfonnes
qui feroient tombées dans un des
cas que je viens d'expofer. Pourroit- on
penfer d'y admettre un fujet qui devroit en
être exclu s'il en étoit ?
Mais fi l'Anteur d'une offenfe publique
contre une Académie ou quelqu'un des
Académiciens.ofoit y folliciter une place,
JUILLET. 1752. 85
he feroit-on pas bien furpris de fon au
dace ? Tous les Membres de cette Compagnie
fe croiroient fans doute obligés d'en
défendre les intérêts , & d'époufer ceux
d'un Confrere offenfé ; ils feroient fes vengeurs
s'il avoit la générofité d'étouffer fon
jufte reffentiment.
L'honneur du Corps & les égards que ſe
doivent les Particuliers qui le compofent,.
fuffiroient non feulement pour refufer les
fuffrages à ce téméraire Prétendant , mais.
pour l'exclure à jamais du nombre des
Propofés.
Etre en pareil cas favorable à l'offenfeur,
ce feroit lui applaudir & fe déclarer complice
de fa faute , ce feroit lui accorder
une grace dans le tems qu'il mériteroit
répréhension , ce feroit faire une nouvelle
injure à un Confrere à laquelle il devroit
être plus fenfible qu'à la premiere , & qui
le banniroir fans doute pour toujours des
Séances Académiques.
Gardons- nous , Meffieurs , de donner entrée
dans cette Compagnie à des Sujets
qui puiffent être incompatibles avec quel
qu'un ou plufieurs de nous. En acquerant
de nouveaux Mainteneurs , ne manquons
jamais à ce qui eft dû aux anciens; évitons
avec foin de multiplier les moyens de perdre
nos. Confreres ; ne nous privons pas.
86 MERCURE DE FRANCE.
de leur préfence, tandis que nous pouvons
enjouir, l'inexorable mort doit feule nous .
en féparer.
Pour prévenir les divifions dans les
Corps Littéraires , on doit être extrêmement
attentif à n'y donner entrée qu'à des
Sujets dont l'efprit foit d'un bon caractere,
& qui aient des moeurs faciles & agréables ; -
ees précieufes qualités font dans toutes les
Académies auffi effentielles que les talens.
Aucun motif ne doit engager d'intro--
duire dans ces afyles de la douceur & de
la paix , ni les faifeurs de Libelles , ni ces›
perfonnes dont les propos indifcrets &
hardis peuvent faire craindre de voir naî→
tre des diffentions & des troubles ; la faute
la plus legere doit allarmer ; tour peut être
en ce genre fuffifant pour donner l'exclufron.
Y a- t'il rien à ménager pour ne pas
courir le rifque de fe trouver un jour
dans la cruelle néceffité de procéder extraor
dinairement contre un Confrere ?
$
Il eft de la prudence des Académies de
n'expofer pas à ce danger ces efprits critiques
& malins ; c'eft un bonheur pour
eux & pour toutes les Sociétés Littéraires
qu'ils ayent fait connoître leur caractere.
avant d'y être reçus. Il vaut bien mieux
n'être pas admis dans un Corps que d'en
être retranché , car fuivant la penſée d'Q--
vide ,
JUILLET. 87 1752 1952 .
Turpiùs ejicitur quàm non admittitur hofpes..
Pour fixer nos idées d'une maniere exacte
& préciſe fur tout ce que nous devons
confiderer dans le choix de nos Confreres,,
il faut faire attention à ce qui nous a été
preferit fur ce fujet important dans l'arti
cle 26 de nos Statuts , il s'explique en ces
termes ::
La place d'un Mainteneur doit être remplie
par un homme de mérite , fociable
aimant les Lettres.
Ce peu de paroles renferment un grand
fens ; elles comprennent tout ce qu'on..
peut defirer dans un excellent Académi
cien , il ne faut qu'en pénétrer toute l'étenduë
Un homme de mérite digne d'occuper:
une place dans cette Compagnie , eft un
homme qui poffède un heureux affemblage..
des principales qualités naturelles & ac-.
quifes de l'efprit & du coeur.
Cette définition renferme tout ce qu'on
doit entendre par un homme de mérite
relativement à tous les Corps Académiques.
Il y a des qualités qui font un riche pré
fent de la Nature , & que nous tenons de
fa liberalité ; il en eft d'autres dont nous
fommes redevables au travail & à l'étude ; ,
88 MERCURE DE FRANCE.
elles fe prêtent toutes de mutuels fecours
l'art perfectionne les qualités naturelles
mais fes préceptes feroient vains & inutiles
s'ils n'étoient pas fecondés par d'heureufes
difpofitions. L'efprit eft une pierre
précieufe qui a befoin de la main du Lapidaire
pour jetter tout fon feu.
Ce que je dis des qualités de l'efprit , on
peut le dire également de celles du coeur ,
les unes & les autres doivent être mifes
en oeuvre pour briller de tout fon éclat.
C'est le concours & l'affemblage de tout
tes ces qualités bien cultivées qui forment
cet homme de mérite , propre à remplir
la place d'un Mainteneur , & c'eft ce qui
doit déterminer les fuffrages dans tous
les Corps Littéraires pour en réparer dignement
les pertes.
Notre Législateur ajoûte que cet homme
de mérite doit être fociable , qualité qui
en fuppofe un grand nombre d'autres.
Pour être fociable dans une Académie ib
faut fur-tout avoir des moeurs , c'eft le premier
fondement de toute fociété parmi les
honnêtes gens. Il faut avoir les inclinations
bierifaifantes , une humeur affable , un ef◄
prit doux , un naturel facile & complai
fant, qui tend toujours d'un bon & agréas
ble commerce.
Un homme fociable eft celui qui pofléde
JUILLET. 1752. 89
le précieux fecret de fçavoir vivre avec
les perfonnes qui ne le font pas , & de ſe
ménager avec toutes fortes de caracteres ;
fes manieres font toujours accompagnées
d'égards , & les difcours remplis de politeffe
.
Il fçait combattre le fentiment de fes
Confreres fans altercation ; il eft auffi fatisfait
de fe rendre à leur avis que de les
ramener au fien , la vérité ne l'offenfe
jamais , il l'écoute toujours avec plaifir ,
elle lui eft également précieufe , foit qu'on
la lui faffe connoître , foit qu'il la découvre
; il l'embraffe avec le même empreffement
d'où qu'elle parte ; il ne difpute que
pour l'éclaircir & la faire briller de tout
fon éclat.
Un homme fociable eft fur- tout l'ennemi
juré de toutes fortes de malignité , il détefte
la médiſance & la calomnie , jamais
il ne lui échape ni dans fes paroles ni
dans les écrits des traits piquans & injurieux.
La qualité d'homme fociable ne fçauroit
compâtir avec les vices qui troublent
le repos public , & dont la peine eft d'être
banni de la fociété.
Enfin , Meffieurs , cet homme de mérite
fociable , pour être digne d'occuper une
place dans cette Compagnie , doit aimer
les Lettres.
90 MERCURE DE FRANCE.
Quoique ce goût bien cultivé foit ef
fentiellement ce qui conftitue un véritable
Académicien , il faut remarquer que c'eſt
néanmoins la derniere chofe dont il eft
ici parlé.
Notre Légiflateur plein de droiture &
de probité , a eu l'attention de placer les
qualités de l'ame à la tête du portrait qu'il
nous a tracé d'un Mainteneur digne de
ce titre ; il a voulu fans doute nous faire
entendre par là qu'elles doivent tenir par
tout le premier rang , & que dans nos
élections l'amour & la connoiffance des
Lettres ne peuvent fixer notre choix que
lorfque ces avantages fe trouvent heureutement
raffemblés dans le même fujet avec
les vertus de l'ame & les qualités du
coeur.
Je ne puis , Meffieurs , me difpenfer pour
l'honneur de toutes les Académies de rapporter
ici ce qu'a dit à leur avantage l'Au
teur du Difcours couronné à Dijon l'année
derniere.
Ce bel efprit qui a répandu & prodigué
tant d'éloquence pour décrier les Sciences,
a fait voir feulement d'une maniere brillante
qu'on peut abufer des meilleures cho-.
fes. Mais voulant rendre juftice aux Compagnies
Académiques , il s'eft expliqué en
Ces termes..
JUILLET. 1752. 9%
Les Sociétés Littéraires , dit- il , font
chargées à la fois du dangereux dépôt
» des connoiffances humaines & du dépôt
» facré des moeurs ; elles ont attention d'en
» maintenir chez elles toute la pureté , &
» de l'exiger dans les Membres qu'elles,
» reçoivent.
"
»
» Ces fages inftitutions , ajoûte-t'il , fervent
de frein aux gens de lettres ; afpirant
tous à l'honneur d'être admis dans.
les Académies , ils veilleront fur eux-
» mêmes , & tâcheront de s'en rendre di
» gnes par des ouvrages utiles , & furtout
par des moeurs irréprochables.
M. Rouffeau malgré fon déchaînement
contre les Arts & les Sciences , a épargné
les Corps Littéraires , en faveur de leur
utilité pour les bonnes moeurs ; ſes ménagemens
& les égards pour les Académies
ne pouvoient pas avoir une caufe ni plus:
honorable ni plus glorieufe.
N'oublions donc jamais , Meffieurs , en
nommant aux places. vacantes , que nous
#devons conferver avec foin ce dépôt facré
des moeurs dont nous fommes dépofitaires
, ne le confions qu'en de mains fûres ,
évitons de nous relâcher fur cet article
capital .
3
La crainte d'émouffer ce précieux frein
qui contient les Gens de fettres ,, & qui
92 MERCURE DE FRANCE...
les oblige de veiller fur eux- mêmes, doit
exciter toute notre attention pour refufer
conftamment l'entrée de cette Compagnie
à tous les Sujets que ce puiffant frein n'a
pas été capable de contenir .
Ne perdons jamais de vûë , que les con
noiffances humaines ne peuvent mériter
notre attention qu'autant qu'elles fe trouvent
réunies avec des moeurs irréprocha
bles , avec beaucoup de prudence , de difcrétion
& de fagetle dans les écrits , dans
les paroles & dans les actions.
Ces maximes ont toujours été inviolables
dans toutes les Académies , elles en
ont exclu de nos jours un Littérateur périodique,
de beaucoup de mérite , mais noté
par fon indifcrétion & fa malignité.
Ce petit épiſode ne me fait pas oublier,
Meffieurs , qu'il me reste à vous parler de
cette partie effentielle d'un Académicien,
qui confifte à fe connoître en Eloquence
& en Poëfie.
M. de Laloubere s'eft contenté de dire
que pour mériter une place de Mainteneur
il faut aimer les Lettres. Ce peu de
paroles lui ont paru fuffifantes , parce qu'il
n'ignotoit pas que quand on aime ces précieux
Arts , il n'eft rien de plus attrayant
que le plaifir de les cultiver , & que cette
culture dirigée par de bonnes études , eft
JUILLET. 1752. .9 $
E rarement infructueufe ; les vrais amateurs
des Lettres font toujours d'excellens Académiciens.
ད་
Cette inclination eft ordinairement accompagnée
des talens néceffaires pour faire
de grands progrès dans les Sciences ; ces
progrès donnent de nouvelles forces à ce
noble penchant , on s'attache malgré foi
à ce que l'on entend , on n'abandonne jamais
ce que l'on aime.
pour N'apréhendons pas que l'affection
les Belles -Lettres foit volage & paffagere
chez les perfonnes de goût & de génie ,
il feroit plutôt à craindre qu'elles s'y adonnaffent
avec trop d'ardeur , & jufqu'à négliger
les Sciences de leur état.
Tout ce que notre Législateur nous à
preferit fur le choix d'un Mainteneur at
toujours été très- fidelement obfervé dans
cette Compagnie , nous n'aurions rien à
défirer fi nous pouvions jouir de tous nos
Confreres , mais nous voyons avec regret
que quelques- uns ne font par leur abfence
utiles à l'Académie que pour décorer fa
lifte , & lui faire honneur dans les villes
où ils ont fixé leur féjour. Plufieurs autres
que nous voyons rarement o nt de très- légitimes
excufes , les raifons qui nous privent
de leur préfence font des éloges pour:
sux ; les fonctions de leurs charges rem96
MERCURE DEFRANCE.
guliere érudition que par leur profond fça
voir dans la ſcience du Droit & de la Ju
risprudence.
Les noms des Minuts , des Dufaurs , des
Bertiers , des Catels , des Fieubets , & d'un
grand nombre d'autres font gravés dans le
Temple de Mémoire , ils ont été célébrés
par tous les Auteurs qui ont élevé des
monumens à la gloire des amateurs des
Lettres.
Ces refpectables & fçavans Magiftrats qui
étoient des Aigles aauu PPaallaaiiss ,, auroient pû
être en même tems des ornemens de l'A-
- cadémie Françoife , ils auroient tenu leur
place avec diftinction & dans l'Areopage
& fur le Parnaffe. Themis & les Mufes les
occupoient tour à tour dès leurs plus tendres
années .
Car , Meffieurs, l'étude des Belles Lettres
dans laquelle on peut toujours le perfectionner,
ne sçauroit être commencée dans
cet âge fait pour jouir des avantages qu'elle
procure ; il faut en avoir pris dans la jeuneffe
le goût & les principes , il feroit fans,
cela bien difficile d'y faire des progrès dans
un âge un peu avancé , l'ignorance déter- .
mine alors à regarder comme peu néceffaire
un art dont on ignore les premiers
élemens. On fait ordinairement peu de cas
des Sciences pour lesquelles on ne fe fent
aucune
JUILLET.
17528 97
aucune difpofition ni aptitude , & dont
on n'a aucune teinture.
•
Mais le don de la parole , l'art d'écrire
avec quelque pureté de ftile & de diction
feroient des avantages vains , quelquefois
dangereux , s'ils n'étoient pas accompagnés
de beaucoup de capacité ; les armes trèsnéceffaires
pour combattre font d'un foible
fecours fans la force & le courage.
>
J'ajoute , Meffieurs , que le profond fçavoir
fourniroit des alimens à l'erreur , s'il
n'étoit pas dirigé par la jufteffe de l'efptit.
Cette précieufe qualité eft plus rare que
les talens , il eft plus difficile de l'acquerir
que les connoiffances , c'eft un riche préfent
de la Nature dont elle n'eft pas prodigue.
Tout le monde croit le poffeder
parce que perfonne n'en peut fentir la
privation. L'efprit faux ne fe connoit pas
lui - même s'il fe connoiffoit , il cefferoit
d'être faux , fes lumieres font trop
bornées ou trop vaftes , le jour ne l'éclaire
pas , ou il l'offufque & l'éblouit , la lenteur
& la fougue de l'efprit égarent également,
l'un n'arrive pas au terme , l'autre va audelà
, & lorſqu'on paffe le but , dit Montagne
, on y touche auffi peu , que quand
on n'y arrive pas .
Ce défaut eft la fource d'une infinité de
défordres dans la fociété , il fe fair princi-
E
98 MERCURE DE FRANCE.
palement fentir dans les corps , & plus ils
font nombreux ,plus il y devient dominant .
C'eft la fauffeté de l'efprit qui fait fourmiller
les procès , & qui fournit du travail
à toutes les Jurifdictions , ce défaut
eft caule qu'on foutient les droits les plus
injuftes , & que les Arrêts juftifient fouvent
la témérité des plaideurs.
Dans toutes les Compagnies quelquesuns
des Membres , faute de juſteſſe , n'en
connoiffent pas les véritables intérêts ,
quelques autres en les connoiffant les facrifient
à des intérêts particuliers . Ceux
qui ont de bonnes vues & une volonté
conftante de les fuivre fe trouvant en petit
nombre , on ne doit pas être furpris que
les corps prennent rarement le bon parti
dans leurs délibérations ; de- là vient que.
la République Romaine dans les tems les
plus difficiles remettoit toute l'autorité
entre les mains d'un Dictateur.
Quand on a reçu de la Nature ce précieux
fondement de toute forte de connoiffances
, qui confifte dans la jufſteſſe de
l'efprit , on ne doit rien négliger pour entretenir
& fortifier cette heureufe difpofition.
Il feroit aifé de faire voir combien les
Belles - Lettres peuvent être utiles à cet
ufage ; on s'accoutume en les cultivant à >
JUILLET. 1752. 99
former des raifonnemens qui faffenr fenur
la jufte liaifon que les conféquences ont
avec les principes : ce n'eft pas là ou les
termes de l'art peuvent tenir lieu de preuves
, il n'eft pas permis de s'envelopper
dans de mifterieufes obfcurités. La clarté
& l'évidence eft ce qu'on exige principalement
dans les ouvrages d'efprit & de
littérature , tout ce qui manque de cette
qualité effentielle eft toujours réprouvé.
J'abandonne brufquement cette matiére
qu'il feroit très important d'approfondir
pour l'avantage de ces perfonnes que leur
mérite rend très- dignes d'être défabufées
de leurs préventions ; mais ce fujet mêneroit
aujourd'hui trop loin , & je ne puis
me difpenfer de dire encore un mot de nos
élections qui font mon principal objet
dans cette féance .
J'ai parlé , Meffieurs , des qualités néceffaires
pour être admis dans les Académies,
& de celles qui en doivent exclure , j'ajoute
qu'aucun de nous ne devroit le déterminer
fur le choix d'un fujet & prendre
à coeur fon élection , fans être affuré
que ce fujet eft en général agréable & à la
Compagnie & à celui qui en remplit la
premiere place . Conviendroit-il à un particulier
d'entreprendre de nous donner un
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
Confrere fans avoir pris cette fage précaution.
Permettez moi , Meffieurs , d'obferver
encore que quand on nomme dans un jour
d'élection les afpirans à une place vacante,
on ne parle que de leurs bonnes qualités ,
mille confidérations engagent alors à garder
le filence fur tout ce qui ne feroit pas
à leur avantage
.
Les circonfpections & les égards ont
fait des progrès dans nos moeurs , à mefure
que les chofes dignes de blâme le font
multipliées ; à proportion qu'il y a eu à cacher,
on a étendu les bienféances de déguifer
& de fe taire , ce qu'on condamne en
fecret eft fouvent la matiére des éloges
publics.
•
De- là vient , Meffieurs , que nous ne devons
pas nous attendre un jour d'élection
d'être informés de ce qu'il conviendroit
de fçavoir fur les fujets propofés. C'eſt à
chacun de nous en particulier de découvrir
à l'avance par des informations fecrettes
leurs inclinations & leur caractere , tâchons
de les connoître avant de les nommer.
Gardons-nous fur tout , je le répete encore
une fois , gardons- nous , Meffieurs , de
nous laiffer impofer par les qualités de
JUILLET . 1752. ΤΟΥ
l'efprit , par les lumieres & les connoiffan
ces , n'héfitons pas de compter pour rien
tous ces avantages quand ils ne contribuent
pas à la beauté de l'ame..N'oublions jamais
que dans tous les Corps l'enquête de vie &
moeurs précede toujours l'examen du réci
piendaire.
Les Compagnies littéraires , fur tout
celles qui ont les mêmes occupations que
l'Académie Françoife , ont toujours été expofées
aux railleries indifcretes & aux
iniques improbations. Sur cet article la.
Province & la Capitale éprouvent le même
fort , nous ne pouvons éviter , autant
qu'il eft poffible , la cenfure du Public
qu'en nommant aux places vacantes des
perfonnes dignes de l'eftime publique &
par leurs vertus & par leurs talens .
Les Académies qui fe multiplient tous
les jours au grand avantage des lettres , ſont
les feuls Corps dans lefquels la vénalité ne
s'eft pas encore introduite ; ils ont par là
un grand avantage pour
être bien compofés
, & s'ils ne l'étoient pas , ils ne pourroient
l'imputer qu'à eux mêmes , & en
cela le blâme & la critique du Public ne
feroient pas injuftes à leur égard .
Pour rappeller en finiffant toutes nos
obligations fur le choix d'un Académicien
digne de ce titre , il fuffit de dire que nous
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
devons avoir une grande attention d'élire
des Sujets que la Nature ait favorisés des
biens de l'efprit , mais furtout des biens de
l'ame , & qui ayent donné avec fuccès tous
leurs foins à cultiver ces précieux biens.
C'eft la Loi qu'on doit fuivre dans toutes
les Académies ; elle a été obſervée juſqu'au
jour prefent avec beaucoup d'exactitude
dans cette Compagnie. Vous en
fourniffez , Meffieurs, les preuves victorieufes
, & je fournis l'exception qui confirme
cette belle régle.
Qui a été lû dans une Séance de l'Académie
des Jeux Floraux, tenuë le 2 1 Mars 1752.
pour la réception de M. Rafin , Confeiller
au Parlement ; par M. de Ponfan , Tréſorier
de France , un des Académiciens.
MESSIEURS ,
Il n'eft rien de fi géneralement reconnu
que l'utilité des Académies ; on a fait voir
dans plufieurs Ouvrages que les Corps Litteraires
procurent de grands avantages à
l'Empire des Lettres , & ce qu'on a dit fur
ce fujet fe juftifie tous les jours par autant
d'experiences qu'il y a d'Académies . Mais
plus l'utilité des Académies eft démontrée,
plus il importe de foutenir les exercices
d'où naiffent tous ces avantages.
Pour y parvenir dans cette Compagnie,
il faut fur-tout s'attacher à réparer folidement
nos trop fréquentes pertes. Il n'eft
rien de plus effentiel pour maintenir l'ancien
éclat de cette Académie , que de nommer
des fujets dignes de fuccéder aux Confreres
qu'elle a le malheur de perdre ; fans
cette attention tout ce qu'on pourroit faire
JUILLET. 1752. 8 &
à fon avantage feroit entierement inutile ;
fe négliger fur cet article important , c'eft
anéantir ce Corps litteraire & le faper par
les fondemens.
Ces réflexions m'ont déterminé d'examiner
aujourd'hui quelles font les qualités
que doivent avoir les fujets propres à remplir
les places de Mainteneurs.
Je me flate , Meffieurs , de mériter votre
attention par l'importance & la nouveauté
de cette matiere ; perfonne que je fçache
ne l'a encore traitée.
Si l'Académie pouvoit efperer d'être auffi
heureufe à l'avenir fur le choix de fes
Confreres qu'elle l'a été jufqu'à préfent ,
rien ne feroit plus évidemment inutile que
de parler fur ce fujer. Les dernieres nominations
fourniffent de nouvelles preuves de
fon extrême bonheur dans les élections .
Le génie qui depuis plus de quatre fiécles
foutient avec honneur cette célébre
Compagnie , ne l'abandonne jamais dans
ces occafions importantes ; il a toujours
écarté malgré les follicitations & les brigues
tout ce qui auroit pû ternir fa gloire.
Nous éprouvons en ce jour les utiles , les
agréables effets de fa favorable protection ;
en fournirois avec plaifir des preuves
victorieufes s'il m'étoit permis d'empiétes
fur les droits de M. le Modérateur.
D.Y
82 MERCURE DE FRANCE.
Continuons , Meffieurs , de faire de bons
choix , il importe beaucoup de ne pas nous.
laiffer furprendre par des apparences quelquefois
trompeufes , les méprifes font fur
cette matiere d'une grande conféquence
elles deviennent irréparables.
Aucune confidération ne doit nous empêcher
d'examiner fi les Prétendans ont
toutes les qualités néceffaires pour être
admis dans cette Compagnie.
Mais , me dira-t'on , quelles font ces
qualités ne fuffit- il pas d'avoir cultivé
les Belles Lettres & de les aimer ?
Non , Meffieurs , cela ne fuffit pas ; vous
fçavez mieux que moi qu'il faut encore
avoir des moeurs douces & faciles , & polféder
ce qu'on appelle dans le monde le
fçavoir vivres fcience rare , plus difficile
à acquerir & tout au moins auffi néceffaire
dans les Compagnies académiques
que le bon goût & les connoiffances hu
maines.
On peut à tout âge fe perfectionner
dans l'étude des Belles- Lettres ; mais la
politeffe ne s'acquiert gueres que dans la
jeuneffe , c'est le fruit d'une heureuſe naiffance
, accompagnée d'une excellente édu
cation , bien difficile à prendre fi l'on ne
fréquente un peu jeune les, bonnes compagnies.
JUILLET.
1732 83:
Ce n'eſt
que par l'ufage du monde qu'on
peut acquerir des manieres de vivre , d'a
gir & de parler , civiles , polies & honnê
tes ; fans ce fecours on conferve prefque
Foujours des moeurs rudes & groffieres ,
on manque aux égards & aux bienséances ;,
on s'oublie jufqu'à tenir à fes confreres
des difcours defobligeans , qui les déterminent
quelquefois à s'éloigner de nos
affemblées .
Les perfonnes les mieux élevées font:
fouvent peu endurantes ; remplies d'atten
tions envers tout le monde , elles ont droit
d'être plus fenfibles quand on les offenſe .
Il faut remarquer , Meffieurs , qu'aucun
motif intéreffant n'engage à l'affiduité dans
les Académies ; de là vient qu'on prend
aifément le parti de fair les occafions d'ef
fuyer des propos impolis : un homme
fage & délicat ne veut s'expofer ni à les
fouffrir , ni à la néceffité de les repouffer .
Cet objet a paru fi important à notre
fage Légiflateur , dont la bonté , la douceur
&la politeffe faifoit le caractere dominant ,
qu'il a jugé néceffaire d'établir une Loi
bien rigoureufe. Voici comment il s'explique
à l'article 22 des Statuts qu'il a dreffés
pour cette Compagnie , & que Louis XIV.
a autorifés par fes Lettres Patentes.
Si quelqu'un de ce Corps offenfe le Chan-
Dvj.
84 MERCURE DE FRANCE.
celier ou un des Mainteneurs ou des Maîtres,
il pourra être exclu du Corps.
Vous voyez , Meffieurs , que pour des
paroles outrageufes on encourt une peine
des plus griéves , que feroit- ce fi cette of
fenfe étoit fous les yeux du Public ?
M. de Laloubere n'a pas prévu ce cas ,
il a cru fans doute qu'il n'étoit pas poffible
qu'un Membre de cette Compagnie pût jamais
être Auteur d'un Ecrit injurieux , it
n'a craint que ce qui peut quelquefois
échaper dans la vivacité & le feu de la
difpute.
Le prudent Réformateur de nos Jeux a
cru également inutile d'exclure du nombre
des Propofés pour remplir une place vacante
, tous ceux qui auroient eu la témérité
de parler ou d'écrire contre la Compagnie
ou contre quelqu'un de ceux qui
la compofent ; il a fans doute jugé que
la fage Loi qui exclut du Corps celui qui
offenfe le Chancelier ou un des Mainteneurs
, en interdit l'entrée à toutes les perfonnes
qui feroient tombées dans un des
cas que je viens d'expofer. Pourroit- on
penfer d'y admettre un fujet qui devroit en
être exclu s'il en étoit ?
Mais fi l'Anteur d'une offenfe publique
contre une Académie ou quelqu'un des
Académiciens.ofoit y folliciter une place,
JUILLET. 1752. 85
he feroit-on pas bien furpris de fon au
dace ? Tous les Membres de cette Compagnie
fe croiroient fans doute obligés d'en
défendre les intérêts , & d'époufer ceux
d'un Confrere offenfé ; ils feroient fes vengeurs
s'il avoit la générofité d'étouffer fon
jufte reffentiment.
L'honneur du Corps & les égards que ſe
doivent les Particuliers qui le compofent,.
fuffiroient non feulement pour refufer les
fuffrages à ce téméraire Prétendant , mais.
pour l'exclure à jamais du nombre des
Propofés.
Etre en pareil cas favorable à l'offenfeur,
ce feroit lui applaudir & fe déclarer complice
de fa faute , ce feroit lui accorder
une grace dans le tems qu'il mériteroit
répréhension , ce feroit faire une nouvelle
injure à un Confrere à laquelle il devroit
être plus fenfible qu'à la premiere , & qui
le banniroir fans doute pour toujours des
Séances Académiques.
Gardons- nous , Meffieurs , de donner entrée
dans cette Compagnie à des Sujets
qui puiffent être incompatibles avec quel
qu'un ou plufieurs de nous. En acquerant
de nouveaux Mainteneurs , ne manquons
jamais à ce qui eft dû aux anciens; évitons
avec foin de multiplier les moyens de perdre
nos. Confreres ; ne nous privons pas.
86 MERCURE DE FRANCE.
de leur préfence, tandis que nous pouvons
enjouir, l'inexorable mort doit feule nous .
en féparer.
Pour prévenir les divifions dans les
Corps Littéraires , on doit être extrêmement
attentif à n'y donner entrée qu'à des
Sujets dont l'efprit foit d'un bon caractere,
& qui aient des moeurs faciles & agréables ; -
ees précieufes qualités font dans toutes les
Académies auffi effentielles que les talens.
Aucun motif ne doit engager d'intro--
duire dans ces afyles de la douceur & de
la paix , ni les faifeurs de Libelles , ni ces›
perfonnes dont les propos indifcrets &
hardis peuvent faire craindre de voir naî→
tre des diffentions & des troubles ; la faute
la plus legere doit allarmer ; tour peut être
en ce genre fuffifant pour donner l'exclufron.
Y a- t'il rien à ménager pour ne pas
courir le rifque de fe trouver un jour
dans la cruelle néceffité de procéder extraor
dinairement contre un Confrere ?
$
Il eft de la prudence des Académies de
n'expofer pas à ce danger ces efprits critiques
& malins ; c'eft un bonheur pour
eux & pour toutes les Sociétés Littéraires
qu'ils ayent fait connoître leur caractere.
avant d'y être reçus. Il vaut bien mieux
n'être pas admis dans un Corps que d'en
être retranché , car fuivant la penſée d'Q--
vide ,
JUILLET. 87 1752 1952 .
Turpiùs ejicitur quàm non admittitur hofpes..
Pour fixer nos idées d'une maniere exacte
& préciſe fur tout ce que nous devons
confiderer dans le choix de nos Confreres,,
il faut faire attention à ce qui nous a été
preferit fur ce fujet important dans l'arti
cle 26 de nos Statuts , il s'explique en ces
termes ::
La place d'un Mainteneur doit être remplie
par un homme de mérite , fociable
aimant les Lettres.
Ce peu de paroles renferment un grand
fens ; elles comprennent tout ce qu'on..
peut defirer dans un excellent Académi
cien , il ne faut qu'en pénétrer toute l'étenduë
Un homme de mérite digne d'occuper:
une place dans cette Compagnie , eft un
homme qui poffède un heureux affemblage..
des principales qualités naturelles & ac-.
quifes de l'efprit & du coeur.
Cette définition renferme tout ce qu'on
doit entendre par un homme de mérite
relativement à tous les Corps Académiques.
Il y a des qualités qui font un riche pré
fent de la Nature , & que nous tenons de
fa liberalité ; il en eft d'autres dont nous
fommes redevables au travail & à l'étude ; ,
88 MERCURE DE FRANCE.
elles fe prêtent toutes de mutuels fecours
l'art perfectionne les qualités naturelles
mais fes préceptes feroient vains & inutiles
s'ils n'étoient pas fecondés par d'heureufes
difpofitions. L'efprit eft une pierre
précieufe qui a befoin de la main du Lapidaire
pour jetter tout fon feu.
Ce que je dis des qualités de l'efprit , on
peut le dire également de celles du coeur ,
les unes & les autres doivent être mifes
en oeuvre pour briller de tout fon éclat.
C'est le concours & l'affemblage de tout
tes ces qualités bien cultivées qui forment
cet homme de mérite , propre à remplir
la place d'un Mainteneur , & c'eft ce qui
doit déterminer les fuffrages dans tous
les Corps Littéraires pour en réparer dignement
les pertes.
Notre Législateur ajoûte que cet homme
de mérite doit être fociable , qualité qui
en fuppofe un grand nombre d'autres.
Pour être fociable dans une Académie ib
faut fur-tout avoir des moeurs , c'eft le premier
fondement de toute fociété parmi les
honnêtes gens. Il faut avoir les inclinations
bierifaifantes , une humeur affable , un ef◄
prit doux , un naturel facile & complai
fant, qui tend toujours d'un bon & agréas
ble commerce.
Un homme fociable eft celui qui pofléde
JUILLET. 1752. 89
le précieux fecret de fçavoir vivre avec
les perfonnes qui ne le font pas , & de ſe
ménager avec toutes fortes de caracteres ;
fes manieres font toujours accompagnées
d'égards , & les difcours remplis de politeffe
.
Il fçait combattre le fentiment de fes
Confreres fans altercation ; il eft auffi fatisfait
de fe rendre à leur avis que de les
ramener au fien , la vérité ne l'offenfe
jamais , il l'écoute toujours avec plaifir ,
elle lui eft également précieufe , foit qu'on
la lui faffe connoître , foit qu'il la découvre
; il l'embraffe avec le même empreffement
d'où qu'elle parte ; il ne difpute que
pour l'éclaircir & la faire briller de tout
fon éclat.
Un homme fociable eft fur- tout l'ennemi
juré de toutes fortes de malignité , il détefte
la médiſance & la calomnie , jamais
il ne lui échape ni dans fes paroles ni
dans les écrits des traits piquans & injurieux.
La qualité d'homme fociable ne fçauroit
compâtir avec les vices qui troublent
le repos public , & dont la peine eft d'être
banni de la fociété.
Enfin , Meffieurs , cet homme de mérite
fociable , pour être digne d'occuper une
place dans cette Compagnie , doit aimer
les Lettres.
90 MERCURE DE FRANCE.
Quoique ce goût bien cultivé foit ef
fentiellement ce qui conftitue un véritable
Académicien , il faut remarquer que c'eſt
néanmoins la derniere chofe dont il eft
ici parlé.
Notre Légiflateur plein de droiture &
de probité , a eu l'attention de placer les
qualités de l'ame à la tête du portrait qu'il
nous a tracé d'un Mainteneur digne de
ce titre ; il a voulu fans doute nous faire
entendre par là qu'elles doivent tenir par
tout le premier rang , & que dans nos
élections l'amour & la connoiffance des
Lettres ne peuvent fixer notre choix que
lorfque ces avantages fe trouvent heureutement
raffemblés dans le même fujet avec
les vertus de l'ame & les qualités du
coeur.
Je ne puis , Meffieurs , me difpenfer pour
l'honneur de toutes les Académies de rapporter
ici ce qu'a dit à leur avantage l'Au
teur du Difcours couronné à Dijon l'année
derniere.
Ce bel efprit qui a répandu & prodigué
tant d'éloquence pour décrier les Sciences,
a fait voir feulement d'une maniere brillante
qu'on peut abufer des meilleures cho-.
fes. Mais voulant rendre juftice aux Compagnies
Académiques , il s'eft expliqué en
Ces termes..
JUILLET. 1752. 9%
Les Sociétés Littéraires , dit- il , font
chargées à la fois du dangereux dépôt
» des connoiffances humaines & du dépôt
» facré des moeurs ; elles ont attention d'en
» maintenir chez elles toute la pureté , &
» de l'exiger dans les Membres qu'elles,
» reçoivent.
"
»
» Ces fages inftitutions , ajoûte-t'il , fervent
de frein aux gens de lettres ; afpirant
tous à l'honneur d'être admis dans.
les Académies , ils veilleront fur eux-
» mêmes , & tâcheront de s'en rendre di
» gnes par des ouvrages utiles , & furtout
par des moeurs irréprochables.
M. Rouffeau malgré fon déchaînement
contre les Arts & les Sciences , a épargné
les Corps Littéraires , en faveur de leur
utilité pour les bonnes moeurs ; ſes ménagemens
& les égards pour les Académies
ne pouvoient pas avoir une caufe ni plus:
honorable ni plus glorieufe.
N'oublions donc jamais , Meffieurs , en
nommant aux places. vacantes , que nous
#devons conferver avec foin ce dépôt facré
des moeurs dont nous fommes dépofitaires
, ne le confions qu'en de mains fûres ,
évitons de nous relâcher fur cet article
capital .
3
La crainte d'émouffer ce précieux frein
qui contient les Gens de fettres ,, & qui
92 MERCURE DE FRANCE...
les oblige de veiller fur eux- mêmes, doit
exciter toute notre attention pour refufer
conftamment l'entrée de cette Compagnie
à tous les Sujets que ce puiffant frein n'a
pas été capable de contenir .
Ne perdons jamais de vûë , que les con
noiffances humaines ne peuvent mériter
notre attention qu'autant qu'elles fe trouvent
réunies avec des moeurs irréprocha
bles , avec beaucoup de prudence , de difcrétion
& de fagetle dans les écrits , dans
les paroles & dans les actions.
Ces maximes ont toujours été inviolables
dans toutes les Académies , elles en
ont exclu de nos jours un Littérateur périodique,
de beaucoup de mérite , mais noté
par fon indifcrétion & fa malignité.
Ce petit épiſode ne me fait pas oublier,
Meffieurs , qu'il me reste à vous parler de
cette partie effentielle d'un Académicien,
qui confifte à fe connoître en Eloquence
& en Poëfie.
M. de Laloubere s'eft contenté de dire
que pour mériter une place de Mainteneur
il faut aimer les Lettres. Ce peu de
paroles lui ont paru fuffifantes , parce qu'il
n'ignotoit pas que quand on aime ces précieux
Arts , il n'eft rien de plus attrayant
que le plaifir de les cultiver , & que cette
culture dirigée par de bonnes études , eft
JUILLET. 1752. .9 $
E rarement infructueufe ; les vrais amateurs
des Lettres font toujours d'excellens Académiciens.
ད་
Cette inclination eft ordinairement accompagnée
des talens néceffaires pour faire
de grands progrès dans les Sciences ; ces
progrès donnent de nouvelles forces à ce
noble penchant , on s'attache malgré foi
à ce que l'on entend , on n'abandonne jamais
ce que l'on aime.
pour N'apréhendons pas que l'affection
les Belles -Lettres foit volage & paffagere
chez les perfonnes de goût & de génie ,
il feroit plutôt à craindre qu'elles s'y adonnaffent
avec trop d'ardeur , & jufqu'à négliger
les Sciences de leur état.
Tout ce que notre Législateur nous à
preferit fur le choix d'un Mainteneur at
toujours été très- fidelement obfervé dans
cette Compagnie , nous n'aurions rien à
défirer fi nous pouvions jouir de tous nos
Confreres , mais nous voyons avec regret
que quelques- uns ne font par leur abfence
utiles à l'Académie que pour décorer fa
lifte , & lui faire honneur dans les villes
où ils ont fixé leur féjour. Plufieurs autres
que nous voyons rarement o nt de très- légitimes
excufes , les raifons qui nous privent
de leur préfence font des éloges pour:
sux ; les fonctions de leurs charges rem96
MERCURE DEFRANCE.
guliere érudition que par leur profond fça
voir dans la ſcience du Droit & de la Ju
risprudence.
Les noms des Minuts , des Dufaurs , des
Bertiers , des Catels , des Fieubets , & d'un
grand nombre d'autres font gravés dans le
Temple de Mémoire , ils ont été célébrés
par tous les Auteurs qui ont élevé des
monumens à la gloire des amateurs des
Lettres.
Ces refpectables & fçavans Magiftrats qui
étoient des Aigles aauu PPaallaaiiss ,, auroient pû
être en même tems des ornemens de l'A-
- cadémie Françoife , ils auroient tenu leur
place avec diftinction & dans l'Areopage
& fur le Parnaffe. Themis & les Mufes les
occupoient tour à tour dès leurs plus tendres
années .
Car , Meffieurs, l'étude des Belles Lettres
dans laquelle on peut toujours le perfectionner,
ne sçauroit être commencée dans
cet âge fait pour jouir des avantages qu'elle
procure ; il faut en avoir pris dans la jeuneffe
le goût & les principes , il feroit fans,
cela bien difficile d'y faire des progrès dans
un âge un peu avancé , l'ignorance déter- .
mine alors à regarder comme peu néceffaire
un art dont on ignore les premiers
élemens. On fait ordinairement peu de cas
des Sciences pour lesquelles on ne fe fent
aucune
JUILLET.
17528 97
aucune difpofition ni aptitude , & dont
on n'a aucune teinture.
•
Mais le don de la parole , l'art d'écrire
avec quelque pureté de ftile & de diction
feroient des avantages vains , quelquefois
dangereux , s'ils n'étoient pas accompagnés
de beaucoup de capacité ; les armes trèsnéceffaires
pour combattre font d'un foible
fecours fans la force & le courage.
>
J'ajoute , Meffieurs , que le profond fçavoir
fourniroit des alimens à l'erreur , s'il
n'étoit pas dirigé par la jufteffe de l'efptit.
Cette précieufe qualité eft plus rare que
les talens , il eft plus difficile de l'acquerir
que les connoiffances , c'eft un riche préfent
de la Nature dont elle n'eft pas prodigue.
Tout le monde croit le poffeder
parce que perfonne n'en peut fentir la
privation. L'efprit faux ne fe connoit pas
lui - même s'il fe connoiffoit , il cefferoit
d'être faux , fes lumieres font trop
bornées ou trop vaftes , le jour ne l'éclaire
pas , ou il l'offufque & l'éblouit , la lenteur
& la fougue de l'efprit égarent également,
l'un n'arrive pas au terme , l'autre va audelà
, & lorſqu'on paffe le but , dit Montagne
, on y touche auffi peu , que quand
on n'y arrive pas .
Ce défaut eft la fource d'une infinité de
défordres dans la fociété , il fe fair princi-
E
98 MERCURE DE FRANCE.
palement fentir dans les corps , & plus ils
font nombreux ,plus il y devient dominant .
C'eft la fauffeté de l'efprit qui fait fourmiller
les procès , & qui fournit du travail
à toutes les Jurifdictions , ce défaut
eft caule qu'on foutient les droits les plus
injuftes , & que les Arrêts juftifient fouvent
la témérité des plaideurs.
Dans toutes les Compagnies quelquesuns
des Membres , faute de juſteſſe , n'en
connoiffent pas les véritables intérêts ,
quelques autres en les connoiffant les facrifient
à des intérêts particuliers . Ceux
qui ont de bonnes vues & une volonté
conftante de les fuivre fe trouvant en petit
nombre , on ne doit pas être furpris que
les corps prennent rarement le bon parti
dans leurs délibérations ; de- là vient que.
la République Romaine dans les tems les
plus difficiles remettoit toute l'autorité
entre les mains d'un Dictateur.
Quand on a reçu de la Nature ce précieux
fondement de toute forte de connoiffances
, qui confifte dans la jufſteſſe de
l'efprit , on ne doit rien négliger pour entretenir
& fortifier cette heureufe difpofition.
Il feroit aifé de faire voir combien les
Belles - Lettres peuvent être utiles à cet
ufage ; on s'accoutume en les cultivant à >
JUILLET. 1752. 99
former des raifonnemens qui faffenr fenur
la jufte liaifon que les conféquences ont
avec les principes : ce n'eft pas là ou les
termes de l'art peuvent tenir lieu de preuves
, il n'eft pas permis de s'envelopper
dans de mifterieufes obfcurités. La clarté
& l'évidence eft ce qu'on exige principalement
dans les ouvrages d'efprit & de
littérature , tout ce qui manque de cette
qualité effentielle eft toujours réprouvé.
J'abandonne brufquement cette matiére
qu'il feroit très important d'approfondir
pour l'avantage de ces perfonnes que leur
mérite rend très- dignes d'être défabufées
de leurs préventions ; mais ce fujet mêneroit
aujourd'hui trop loin , & je ne puis
me difpenfer de dire encore un mot de nos
élections qui font mon principal objet
dans cette féance .
J'ai parlé , Meffieurs , des qualités néceffaires
pour être admis dans les Académies,
& de celles qui en doivent exclure , j'ajoute
qu'aucun de nous ne devroit le déterminer
fur le choix d'un fujet & prendre
à coeur fon élection , fans être affuré
que ce fujet eft en général agréable & à la
Compagnie & à celui qui en remplit la
premiere place . Conviendroit-il à un particulier
d'entreprendre de nous donner un
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
Confrere fans avoir pris cette fage précaution.
Permettez moi , Meffieurs , d'obferver
encore que quand on nomme dans un jour
d'élection les afpirans à une place vacante,
on ne parle que de leurs bonnes qualités ,
mille confidérations engagent alors à garder
le filence fur tout ce qui ne feroit pas
à leur avantage
.
Les circonfpections & les égards ont
fait des progrès dans nos moeurs , à mefure
que les chofes dignes de blâme le font
multipliées ; à proportion qu'il y a eu à cacher,
on a étendu les bienféances de déguifer
& de fe taire , ce qu'on condamne en
fecret eft fouvent la matiére des éloges
publics.
•
De- là vient , Meffieurs , que nous ne devons
pas nous attendre un jour d'élection
d'être informés de ce qu'il conviendroit
de fçavoir fur les fujets propofés. C'eſt à
chacun de nous en particulier de découvrir
à l'avance par des informations fecrettes
leurs inclinations & leur caractere , tâchons
de les connoître avant de les nommer.
Gardons-nous fur tout , je le répete encore
une fois , gardons- nous , Meffieurs , de
nous laiffer impofer par les qualités de
JUILLET . 1752. ΤΟΥ
l'efprit , par les lumieres & les connoiffan
ces , n'héfitons pas de compter pour rien
tous ces avantages quand ils ne contribuent
pas à la beauté de l'ame..N'oublions jamais
que dans tous les Corps l'enquête de vie &
moeurs précede toujours l'examen du réci
piendaire.
Les Compagnies littéraires , fur tout
celles qui ont les mêmes occupations que
l'Académie Françoife , ont toujours été expofées
aux railleries indifcretes & aux
iniques improbations. Sur cet article la.
Province & la Capitale éprouvent le même
fort , nous ne pouvons éviter , autant
qu'il eft poffible , la cenfure du Public
qu'en nommant aux places vacantes des
perfonnes dignes de l'eftime publique &
par leurs vertus & par leurs talens .
Les Académies qui fe multiplient tous
les jours au grand avantage des lettres , ſont
les feuls Corps dans lefquels la vénalité ne
s'eft pas encore introduite ; ils ont par là
un grand avantage pour
être bien compofés
, & s'ils ne l'étoient pas , ils ne pourroient
l'imputer qu'à eux mêmes , & en
cela le blâme & la critique du Public ne
feroient pas injuftes à leur égard .
Pour rappeller en finiffant toutes nos
obligations fur le choix d'un Académicien
digne de ce titre , il fuffit de dire que nous
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
devons avoir une grande attention d'élire
des Sujets que la Nature ait favorisés des
biens de l'efprit , mais furtout des biens de
l'ame , & qui ayent donné avec fuccès tous
leurs foins à cultiver ces précieux biens.
C'eft la Loi qu'on doit fuivre dans toutes
les Académies ; elle a été obſervée juſqu'au
jour prefent avec beaucoup d'exactitude
dans cette Compagnie. Vous en
fourniffez , Meffieurs, les preuves victorieufes
, & je fournis l'exception qui confirme
cette belle régle.
Fermer
Résumé : DISCOURS Qui a été lû dans une Séance de l'Académie des Jeux-Floraux, tenuë le 21 Mars 1752. pour la réception de M. Basin, Conseiller au Parlement ; par M. de Ponsan, Trésorier de France, un des Académiciens.
Le discours de M. de Ponfan, Trésorier de France, prononcé à l'Académie des Jeux Floraux le 21 mars 1752, met en lumière l'importance des académies et la nécessité de maintenir leur excellence. Les académies apportent de grands avantages à l'Empire des Lettres, et leur utilité est régulièrement confirmée par les expériences. Pour préserver cet éclat, il est crucial de remplacer dignement les membres décédés par des successeurs compétents, dotés de compétences littéraires, de mœurs douces et d'un savoir-vivre. M. de Ponfan insiste sur la sélection de candidats possédant des qualités morales essentielles, développées durant la jeunesse grâce à une bonne éducation et à la fréquentation de bonnes compagnies. Une loi rigoureuse, approuvée par Louis XIV, prévoit l'exclusion des membres offensants pour garantir le respect et la politesse au sein de l'académie. Les critères de sélection mettent en avant la protection de l'honneur et de la paix au sein de l'institution. Les talents seuls ne suffisent pas ; les qualités morales, telles que la sociabilité, la bienveillance et la douceur, sont essentielles. Les statuts de l'Académie stipulent que les membres doivent être des hommes de mérite, sociables et aimant les lettres. Le texte souligne également l'importance de la probité, de la sociabilité et de l'amour des lettres. Les sociétés littéraires doivent maintenir la pureté des connaissances humaines et des mœurs, incitant les littérateurs à produire des œuvres utiles et à avoir des mœurs irréprochables. Les élections académiques doivent privilégier la beauté de l'âme et la moralité des candidats. Le texte aborde les défis rencontrés par les compagnies littéraires et les académies face aux moqueries et aux critiques injustifiées. Pour éviter la censure publique, il est essentiel de désigner des personnes dignes et talentueuses pour occuper les postes disponibles. Les académies, bien que nombreuses et bénéfiques pour les lettres, doivent rester exemptes de corruption afin de préserver leur intégrité. Leur composition repose sur leur propre vigilance, et toute critique publique serait légitime en cas de mauvais choix.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13150
p. 104-105
LOGOGRIPHE.
Début :
Je devrois être juste, & cependant j'avoue [...]
Mots clefs :
Censure