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13051
p. 212-215
ARRESTS NOTABLES.
Début :
ARREST du Conseil d'Etat du Roi, Qui supprime des droits de péage qui étoient prétendus [...]
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texteReconnaissance textuelle : ARRESTS NOTABLES.
ARRESTS NOTABLES.
ARREST du Conseil d'Etat du Roi, Qui
supprime des droits de péage qui étoient prétendus
par le sieur de la Roche au lieu de Diane,
paroisse de Saint-Julien-des-Arrêts en Beaujolois,
Généralité de Lyon. Du 21 Février 1741.
Autre, qui permet au sieur Comte de Montri-
bloud de continuer de tenit un bac sut la riviere
de Saône, au port de Riottier, Généralité de
Lyon, du même jour.
Autre, qui permet au sieur de Talaru de Chal-
mazel de tenir un bac sur la riviére de Loire, au
port d'Epinay, Généralité de Lyon, du 2 Octobre
1742.
Autre, qui maintient le fieut de Feriol dans
un droit de péage par terre, au lieu de Bourg. Ar-
gental, Généralité de Lyon, du 5 Février 1743.
Autre, qui supprime la portion d'un droit de
péage prétendu par le sieur Foucaud, au lieu
d'Aippe, Généralité de Soissons, du 29 Mars
1746.
Autre, qui supprime un droit de péage qui étoit
prétendu par les Echevins & Habitans de Neuville-
aux Loges, Généralité d'Orleans; & déclare qu'il
n'a point été statué sur les droits d'octrois, du 27
Févriet 1750.
AVRIL. 1752.
213
Autre, qui maintient les représentans le sicur
Duc de Mazarin dans un droit de péage par eux
prétendu dans le Fauxbourg de Vaux-sous-Laon,
Génétalité de Soissons, du 17 Mars 1750.
Autre, qui maintient les représentans le fieur
Duc de Mazarin dans un droit de péage ou de
grand vinage par terre par eux prétendu au lieu
de Pont-à-Bucy, Généralité de Soissons; du mê-
me jour.
Autre, qui maintient les représentans le sieur
Duc de Mazarin dans un droit de péage sur la
chaussée de Robert-Bove, Généralité de Soissons;
du même jour.
Autre, Concernant les Rentes employées dans
les états des charges assignées sur les domaines des
Provinces de Flandres, Haynault & Artois; du
17 Mars 1751.
Autre, & Lettres Patentes sur icelui, qui ordon-
nent que ceux qui leveront aux revenus casuels de
Sa Majesté des offices de Notaires, Procureurs
Huissiers, Sergens & autres, compris dans les Dé-
clarations des 3 Décembre 1743. & 12. Janvier
1745, ausquels il n'a point encore été pourvu, en
jouiront héréditairement sans payer aucune tare
pour raison de l'hérédité, mais seulement le tiers
en sus de la finance à laquelle lesdits offices auront
été fixés, sur les avis des sieurs Intendans; du 5.
Septembre 1751. & régisirées en la Chambre des
Comptes le 16 Octobte.
Autre, portant réglement au sujet des cueilleurs
de Paillolles d'or & d'argent; & qui renouvelle la
disposition des anciennes Ordonnances à cet égard;
du 9 Novembre 1751.
214 MERCURE DEFRANCE
Autre, portant reglement pour la perception du
droit sur les Cartes, du même jour.
Autre, au sujet de la taxe des Lettres de Chan-
celerie; du 11 Novembre 1751.
Autre, qui proroge pour trois années, à comp-
ter du premier Janvier 1752, la perception du
droit d'un demi pour cent, ordonné par la Décla-
ration du 10 Novembre 1727, être levé sur les
marchandises venant des Isles Françoises de l'A-
mérique; du 13 Novembre 1751.
Autre qui proroge pour dix ans l'exemption des
droits d'entrée & de sortie sur les denrées & mar-
chandises que les Négocians François feront trans-
porter dans les Colonies de la Louisiane, &
l'exemption, pendant le même temps, de tous
droits d'entrée sur les marchandises & denrées du
crù & du commerce de ladite Colonie; du 30 No-
vembre 1751.
Autre, qui déclare que les propriétaires ou pos-
sesseurs de grands bois ou Forêts qui sont limi-
trophes de plusieurs paroisses, ne sont tenus de
contribuer aux frais de constructions, réparations
ou reconstructions, des Eglises paroissiales ou
présbyteres d'aucunes desdites paroisses, ou autres
charges de cette nature; du 30 Novembre 1751.
Autre, qui ordonne qu'il sera fait déduction
aux Propriétaires de fonds & héritages, maisons
& offices. compris dans les rôles arrêtés au Con-
seil, sur le vingtième de leurs revenus, du vingtié-
me des rentes ou autres redevances qu'ils pour-
roient devoir au Clergé de France; du 23 Décem-
bre 1751.
AVRIL.
1752.
215
Autre, qui homologue les deux délibérations
de la Compagnie des Indes, des 24. & 29 Décem-
bre 1751; en conséquence, autorise ladite Com-
pagnie d'emprunter à constitution de Rentes la
somine de dixthuit millions.
ARREST du Conseil d'Etat du Roi, Qui
supprime des droits de péage qui étoient prétendus
par le sieur de la Roche au lieu de Diane,
paroisse de Saint-Julien-des-Arrêts en Beaujolois,
Généralité de Lyon. Du 21 Février 1741.
Autre, qui permet au sieur Comte de Montri-
bloud de continuer de tenit un bac sut la riviere
de Saône, au port de Riottier, Généralité de
Lyon, du même jour.
Autre, qui permet au sieur de Talaru de Chal-
mazel de tenir un bac sur la riviére de Loire, au
port d'Epinay, Généralité de Lyon, du 2 Octobre
1742.
Autre, qui maintient le fieut de Feriol dans
un droit de péage par terre, au lieu de Bourg. Ar-
gental, Généralité de Lyon, du 5 Février 1743.
Autre, qui supprime la portion d'un droit de
péage prétendu par le sieur Foucaud, au lieu
d'Aippe, Généralité de Soissons, du 29 Mars
1746.
Autre, qui supprime un droit de péage qui étoit
prétendu par les Echevins & Habitans de Neuville-
aux Loges, Généralité d'Orleans; & déclare qu'il
n'a point été statué sur les droits d'octrois, du 27
Févriet 1750.
AVRIL. 1752.
213
Autre, qui maintient les représentans le sicur
Duc de Mazarin dans un droit de péage par eux
prétendu dans le Fauxbourg de Vaux-sous-Laon,
Génétalité de Soissons, du 17 Mars 1750.
Autre, qui maintient les représentans le fieur
Duc de Mazarin dans un droit de péage ou de
grand vinage par terre par eux prétendu au lieu
de Pont-à-Bucy, Généralité de Soissons; du mê-
me jour.
Autre, qui maintient les représentans le sieur
Duc de Mazarin dans un droit de péage sur la
chaussée de Robert-Bove, Généralité de Soissons;
du même jour.
Autre, Concernant les Rentes employées dans
les états des charges assignées sur les domaines des
Provinces de Flandres, Haynault & Artois; du
17 Mars 1751.
Autre, & Lettres Patentes sur icelui, qui ordon-
nent que ceux qui leveront aux revenus casuels de
Sa Majesté des offices de Notaires, Procureurs
Huissiers, Sergens & autres, compris dans les Dé-
clarations des 3 Décembre 1743. & 12. Janvier
1745, ausquels il n'a point encore été pourvu, en
jouiront héréditairement sans payer aucune tare
pour raison de l'hérédité, mais seulement le tiers
en sus de la finance à laquelle lesdits offices auront
été fixés, sur les avis des sieurs Intendans; du 5.
Septembre 1751. & régisirées en la Chambre des
Comptes le 16 Octobte.
Autre, portant réglement au sujet des cueilleurs
de Paillolles d'or & d'argent; & qui renouvelle la
disposition des anciennes Ordonnances à cet égard;
du 9 Novembre 1751.
214 MERCURE DEFRANCE
Autre, portant reglement pour la perception du
droit sur les Cartes, du même jour.
Autre, au sujet de la taxe des Lettres de Chan-
celerie; du 11 Novembre 1751.
Autre, qui proroge pour trois années, à comp-
ter du premier Janvier 1752, la perception du
droit d'un demi pour cent, ordonné par la Décla-
ration du 10 Novembre 1727, être levé sur les
marchandises venant des Isles Françoises de l'A-
mérique; du 13 Novembre 1751.
Autre qui proroge pour dix ans l'exemption des
droits d'entrée & de sortie sur les denrées & mar-
chandises que les Négocians François feront trans-
porter dans les Colonies de la Louisiane, &
l'exemption, pendant le même temps, de tous
droits d'entrée sur les marchandises & denrées du
crù & du commerce de ladite Colonie; du 30 No-
vembre 1751.
Autre, qui déclare que les propriétaires ou pos-
sesseurs de grands bois ou Forêts qui sont limi-
trophes de plusieurs paroisses, ne sont tenus de
contribuer aux frais de constructions, réparations
ou reconstructions, des Eglises paroissiales ou
présbyteres d'aucunes desdites paroisses, ou autres
charges de cette nature; du 30 Novembre 1751.
Autre, qui ordonne qu'il sera fait déduction
aux Propriétaires de fonds & héritages, maisons
& offices. compris dans les rôles arrêtés au Con-
seil, sur le vingtième de leurs revenus, du vingtié-
me des rentes ou autres redevances qu'ils pour-
roient devoir au Clergé de France; du 23 Décem-
bre 1751.
AVRIL.
1752.
215
Autre, qui homologue les deux délibérations
de la Compagnie des Indes, des 24. & 29 Décem-
bre 1751; en conséquence, autorise ladite Com-
pagnie d'emprunter à constitution de Rentes la
somine de dixthuit millions.
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Résumé : ARRESTS NOTABLES.
Le document expose diverses décisions et arrêts du Conseil d'État du Roi entre 1741 et 1752. En février 1741, les droits de péage au lieu de Diane, dans la paroisse de Saint-Julien-des-Arrêts, ont été supprimés, et des autorisations ont été délivrées pour l'exploitation de bacs sur les rivières de Saône et de Loire. En 1743, un droit de péage a été maintenu à Bourg-Argental. Les années suivantes ont vu la suppression des droits de péage à Aippe en 1746 et à Neuville-aux-Loges en 1750. En mars 1750, plusieurs droits de péage ont été conservés pour le Duc de Mazarin à Vaux-sous-Laon, Pont-à-Bucy, et sur la chaussée de Robert-Bove. En 1751, des règlements ont été établis concernant les rentes sur les domaines des provinces de Flandres, Hainaut et Artois, ainsi que les offices de notaires et procureurs. D'autres arrêts ont traité de la perception des droits sur les cartes, de la taxe des lettres de chancellerie, et de la prorogation des droits sur les marchandises des îles françaises d'Amérique et de la Louisiane. Des décisions ont également été prises concernant les contributions des propriétaires de grands bois, les déductions sur le vingtième des revenus, et l'homologation des délibérations de la Compagnie des Indes.
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13052
p. 215
APPROBATION.
Début :
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancecelier, le Mercure de France, du mois d'Avril. [...]
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texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancecelier,
le Mercure de France, du mois d'Avril.
A Paris, le 29 Mars 1752.
LAVIROTTE.
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancecelier,
le Mercure de France, du mois d'Avril.
A Paris, le 29 Mars 1752.
LAVIROTTE.
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13053
p. 215
AVIS
Début :
Mlle. Collet ; annoncée dans le premier Volume de Décembre 1751 pour la Pommade de sa [...]
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texteReconnaissance textuelle : AVIS
AVIS
Mlle. Collet ; annoncée dans le premier Volume
de Décembre 1751 pour la Pommade de sa
composition, pour la guérison des Hémoroides
tant internes qu'externes, demeure à présent rue
des petits Champs, vis- à-vis la petite porte S. Ho-
noré, chez M. Jolivet, Md. Papetier, à l'enseigne
de l'Esperance.
Mlle. Collet ; annoncée dans le premier Volume
de Décembre 1751 pour la Pommade de sa
composition, pour la guérison des Hémoroides
tant internes qu'externes, demeure à présent rue
des petits Champs, vis- à-vis la petite porte S. Ho-
noré, chez M. Jolivet, Md. Papetier, à l'enseigne
de l'Esperance.
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13054
p. 215
Faute à corriger dans ce Volume.
Début :
Page 90. Coulevrine de Nancy, qui a 25 pieds de long, lisez, qui a 22 pieds de [...]
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texteReconnaissance textuelle : Faute à corriger dans ce Volume.
Faute à corriger dans ce Volume.
Page 90. Coulevrine de Nancy, qui a 25
pieds de long, lisez, qui a 22 pieds de
long.
Page 90. Coulevrine de Nancy, qui a 25
pieds de long, lisez, qui a 22 pieds de
long.
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13055
p. 215-[216]
TABLE.
Début :
PIECES FUGITIVES en Vers & en Prose. Epître à un Ami, 3 [...]
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texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE.
PIECES FUGITIVES en Vers & en Prose.
Epître à un Ami, 3
196
Suite des Réflexions sur l'exil, écrites en Frantois
par Mylord Bolingbroxe
11
Epitre à Monsieur B. A. N.
34
La Gloire du Roi dans la derniere Guerre, & dans
la paix, Discours par A. M. Lot,
37
Eable nouvelle de M. Pessellier
Vers à Mlle*** Dont MM*** Pere & Fils sout
amoureux
60
Lettre à Monsieur de Vaucanson sur son nouveau
tour à filer la soie
Reponse de Monsieur de Vaucanson
71
Les Graces, à Madame la Comtesse d'A***
78
La Veille nouvelle. Vers à Ismene
81
Observations faites par M. de Saint-Auban, sur le
Memoite de la Theorie de l'Artillerie, &c. 83
Réponse de M le Chevalier d'Arcy aux observa-
tions de M. de Saint-Auban,
94
Discours en vers sur le plaisir d'aimer.
114
Mots des Enigmes & des Logogriphes du Mercure
de Mars,
122
Enigmes & Logogriphes.
123
Nouvelles Littéraires
128
Beaux--Arts,
152
Spectacles,
160
Nouvelles Etrangeres
190
France, nouvelles de la Cour, de Paris,
195
Benefices dounés,
208
Naissance, Mariages & Morts
ibid.
Arrêts notables,
212
Avis,
215
PIECES FUGITIVES en Vers & en Prose.
Epître à un Ami, 3
196
Suite des Réflexions sur l'exil, écrites en Frantois
par Mylord Bolingbroxe
11
Epitre à Monsieur B. A. N.
34
La Gloire du Roi dans la derniere Guerre, & dans
la paix, Discours par A. M. Lot,
37
Eable nouvelle de M. Pessellier
Vers à Mlle*** Dont MM*** Pere & Fils sout
amoureux
60
Lettre à Monsieur de Vaucanson sur son nouveau
tour à filer la soie
Reponse de Monsieur de Vaucanson
71
Les Graces, à Madame la Comtesse d'A***
78
La Veille nouvelle. Vers à Ismene
81
Observations faites par M. de Saint-Auban, sur le
Memoite de la Theorie de l'Artillerie, &c. 83
Réponse de M le Chevalier d'Arcy aux observa-
tions de M. de Saint-Auban,
94
Discours en vers sur le plaisir d'aimer.
114
Mots des Enigmes & des Logogriphes du Mercure
de Mars,
122
Enigmes & Logogriphes.
123
Nouvelles Littéraires
128
Beaux--Arts,
152
Spectacles,
160
Nouvelles Etrangeres
190
France, nouvelles de la Cour, de Paris,
195
Benefices dounés,
208
Naissance, Mariages & Morts
ibid.
Arrêts notables,
212
Avis,
215
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Résumé : TABLE.
Le document est une table des matières d'une publication regroupant divers écrits en vers et en prose. Les œuvres incluent des épîtres, des réflexions, des discours, des lettres, des poèmes et des observations. Parmi les contributions notables, on trouve 'Suite des Réflexions sur l'exil' de Mylord Bolingbroke et 'La Gloire du Roi dans la dernière Guerre, & dans la paix' par A. M. Lot. Le document contient également des échanges épistolaires avec Monsieur de Vaucanson au sujet de son tour à filer la soie. Il comprend des sections sur les arts, les spectacles, les nouvelles étrangères, les événements de la cour et de Paris, ainsi que des annonces de naissances, mariages, décès et arrêts notables. Les dernières pages sont réservées aux avis.
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13056
s. p.
« De l'Imprimerie de J. BULLOT. [...] »
Début :
De l'Imprimerie de J. BULLOT. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « De l'Imprimerie de J. BULLOT. [...] »
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
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13057
s. p.
« La Chanson notée doit regarder la page 160 [...] »
Début :
La Chanson notée doit regarder la page 160 [...]
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texteReconnaissance textuelle : « La Chanson notée doit regarder la page 160 [...] »
La Chanson notée doit regarder la page 160
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13058
s. p.
AVIS.
Début :
L'ADRESSE du Mercure est à M. MERIEN, Commis au Mercure, rue de l'Echelle Saint Honoré, [...]
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texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
L'ADRESSE du Mercure est à M. MERIEN,
Commis au Mercure, rue de l'Echelle Saint Honoré,
à l'Hotel de la Roche-sur-Ton, pour remettre à
M. l'Abbé Raynal.
Nous prions très-instamment ceux qui nous adresse-
ront des Paquets par la Poste, d'en affranchir le port
pour nous épargner le déplaisir de les rebuter, & a eux
celui de ne pas voir paroitre leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays Etrangers
qui souhaiteront avoir le Mercure de France de la pre-
miere main, & plus promptement, n'auront qu'à
écrire à l'adresse ci-dessus indiquée.
On l'envoye aussi par la Poste, aux personnes de Pro-
vince qui le desirent, les frais de la poste ne sont pas
consid erables.
On avertit aussi que ceux qui voudront qu'on le porte
chez eux à Paris chaque mois, n'ont qu'a faire scavoir
leurs intentions, leur nom & leur demeure audii sieur
Merien, Commis au Mercure; on leur portera le Mercure
très-exactement, moyennant 21 livres par an, qu'ils
payeront, scavoir, 10 liv.. 10s. en recevant le second
volume de Juin, & 10l. 10 s. en recevant le second
volume de Décembre. On les supplie instamment de
donner leurs ordres pour que ces payemens soient faits
dans leurs tems.
On prie aussi les personnes de Province, à qui on
onvoye le Mercure par la Poste, d'être exactes a faire
payer au Bureau du Mercure à la fin de chaque semes-
tre, sans cela on jeroit hors d'état de soutenir les
avances considérables qu'exige l'impression de cet
ouvrage.
On adresse la même priere aux Libraires de Province.
Les personnes qui voudront d'auties Mercures que
cux du mois courant, les trouveront chez la veuve
Pissot, Quæi de Conti.
PKIX XXX. SOLS.
L'ADRESSE du Mercure est à M. MERIEN,
Commis au Mercure, rue de l'Echelle Saint Honoré,
à l'Hotel de la Roche-sur-Ton, pour remettre à
M. l'Abbé Raynal.
Nous prions très-instamment ceux qui nous adresse-
ront des Paquets par la Poste, d'en affranchir le port
pour nous épargner le déplaisir de les rebuter, & a eux
celui de ne pas voir paroitre leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays Etrangers
qui souhaiteront avoir le Mercure de France de la pre-
miere main, & plus promptement, n'auront qu'à
écrire à l'adresse ci-dessus indiquée.
On l'envoye aussi par la Poste, aux personnes de Pro-
vince qui le desirent, les frais de la poste ne sont pas
consid erables.
On avertit aussi que ceux qui voudront qu'on le porte
chez eux à Paris chaque mois, n'ont qu'a faire scavoir
leurs intentions, leur nom & leur demeure audii sieur
Merien, Commis au Mercure; on leur portera le Mercure
très-exactement, moyennant 21 livres par an, qu'ils
payeront, scavoir, 10 liv.. 10s. en recevant le second
volume de Juin, & 10l. 10 s. en recevant le second
volume de Décembre. On les supplie instamment de
donner leurs ordres pour que ces payemens soient faits
dans leurs tems.
On prie aussi les personnes de Province, à qui on
onvoye le Mercure par la Poste, d'être exactes a faire
payer au Bureau du Mercure à la fin de chaque semes-
tre, sans cela on jeroit hors d'état de soutenir les
avances considérables qu'exige l'impression de cet
ouvrage.
On adresse la même priere aux Libraires de Province.
Les personnes qui voudront d'auties Mercures que
cux du mois courant, les trouveront chez la veuve
Pissot, Quæi de Conti.
PKIX XXX. SOLS.
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Résumé : AVIS.
Le document traite de la distribution et de l'abonnement au Mercure de France. Les correspondances doivent être adressées à M. Merien, situé rue de l'Échelle Saint-Honoré, à l'Hôtel de la Roche-sur-Ton. Les expéditeurs de paquets par la poste doivent affranchir le port pour éviter les refus. Les libraires des provinces ou des pays étrangers peuvent obtenir le Mercure directement en écrivant à l'adresse mentionnée. Le Mercure est également envoyé par la poste aux personnes de province moyennant des frais modiques. À Paris, le Mercure peut être livré mensuellement contre une somme annuelle de 21 livres, payable en deux versements de 10 livres 10 sous chacun, en juin et décembre. Les abonnés doivent indiquer leurs instructions pour ces paiements. Les frais d'impression doivent être réglés au bureau du Mercure à la fin de chaque semestre, y compris pour les libraires de province. Les numéros antérieurs du Mercure sont disponibles chez la veuve Pissot, quai de Conti, au prix de 9 sols.
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13059
p. 3-7
VERS Sur la Mort de S. A. S. Monseigneur le Duc d'Orléans Premier Prince du Sang. Multis ille honis ftebilis occidit. Horat. Liv. 1. Od. 24.
Début :
On peut mériter des lauriers [...]
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texteReconnaissance textuelle : VERS Sur la Mort de S. A. S. Monseigneur le Duc d'Orléans Premier Prince du Sang. Multis ille honis ftebilis occidit. Horat. Liv. 1. Od. 24.
VERS
Sur la Mort de S. A. S. Monseigneur le
Duc d'Orléans Premier Prince
du Sang.
Multis ille honis ftebilis occidit. Horat. Liv. 1. Od. 24.
On peut mériter des lauriers
Sans traînet après soi les horreurs de
la guerre.
Qu'on ne nous vante plus ces funestes
guerriers
Qui du sang des Mortels faisoient fumer la terre,
Aij
4 MERCURE DE FRANCE.
Ces Ministres sanglans des cruautés du sort,
Vouloient voir en tous lieux leur fureur assouvie;
Ils portoient dans leurs mains l'instrument de la
mort;
LOUIS portoit toujours le soutien de la vie,
Ce Héros de l'humanité
A fait voir au siécle où nous sommes,
Un exemple accompli. digne d'être imité
Par toute la postérité.
Les uns mettoient leur gloire à détruire les hom-
mes
Mais toi. qui sur leurs maux aimois à t'attendrir
Tu mis ta gloire à les nourrit.
Ta présence apportoit l'abondance & la jole;
A la cruelle faim tu dérobois sa proie;
Sans cesse on voyoit tes bienfaits
Et ta pieuse vigilance
Du vice sans pudeur arrêter les effets,
Ou prévenir, avec prudence,
Les perfides conseils qu'apptêtoit l'indigence,
Pour mieux faire tomber dans de honteux filets
La crédule & foible innocence.
Quelle foule de malheureux
Auroient longtems gémi sans tes soins généteux!
Objet de nos regrets sinceres
Tu mérites les pleurs des enfans & des peres.
Pleurez, pleurez sur son cercueil;
Votre Pere n'est plus, familles désolées;
MAI. 1752.
Jamais d'un aussi juste deuil
Vos ames n'ont été troublées;
Votre Pere n'est plus! il conservoit ses jours
Pour vous prodiguer ses secours:
Mais la Mort s'indignant de ses soins magnanimes,
A voulu d'un seul coup frapper mille victimes.
Cher Prince, dont le Ciel couronne les vertus
Hélas! combien ta Mort fait renaître d'allarmes !
Le pauvre & l'oiphelin ne te verront donc plus!
Quelles mains désormais vont sécher tantde larmest
La Pénitence & la douceur
Ont illustré David bien plus que sa valeur,
Et Salomon son Fils, consacrant sa richesse
A bâtir un Temple au Seigneur,
A d'immenses trésors préféra la Sagesse.
On sçait. de son esprit quelle fût la hauteur
Il connut les secrets de la nature entière;
Le Cédre du Liban & la simple Bruyere
De ce vaste Univers lui découvroient l'auteur.
LOUIS, formé sur ce modéle,
Vient de nous retracer son génie & son zèle.
Sa sainte obscurité fit toute sa splendeur,
Et dans l'abaissement il meitoit sa grandeur.
Aux pieds du Dieu vivant dont l'amour le dévore,
*Monseigneur lo Duc d'Orléans, ainsi que Salo-
mon, étoit fort versé dans la Botanique; il avoit un
Jardin qu'il prenoit plaisir à cultiver pour le soulage-
ment des Pauvres.
A iij
0
6 MERCUREDEFRANCE.
Confondu dans la foule en un temple écarté
Il cache ses verrus, il veut qu'on les ignore,
Mais ses rares vertus le trahissent encore,
Et quand il croit jouir de tant d'obscurité,
Il frappe tous les yeux par plus d'humilité.
Ange, qui dès long. tems avez marqué sa place,
Recevez l'ame de Louis;
Et vous saints Rois, Héros de cette Auguste Race,
Sur un Trône éternel contemplez votre Fils.
Comme vous sur la terre il aima la justice;
Il changea sa Pourpre en cilice;
La timide vertu l'approchoit sans rougir,
Lui parloit avec assurance,
Et contente de sa présence
Elle revenoit sans gémir.
Qu'il veille donc, ce Prince aimable
Sur ce Roi bien-aimé dont nous suivons les Loix
Qu'il demande au Seigneur une santé durable
Pour ce nouvel enfant le sang de tant de Rois:
Et toi, Prince son Fils, qui fermas sa paupiere
Toi, qui vins recueillir ses pieux sentimens,
Tu l'as vû s'attendrir à son heure derniere;
Il étoit toujours Pere en ces tristes momens.
Tel on voit le Soleil terminant sa carriére
Nous consoler encor par sa douce lumiere;
s'il paroît pour un tems s'éclipser à nos yeux,
Il brille toujours dans les Cieux
Et conserve pour nous sa chaleur toute entiere,
lized by Goc
MAI. 1752.
7
En un si grand sujet de pleurs,
Daigne agréer ces Vers que ma main te présente,
Pai une peinture touchante,
Prince, je n'ai pas craint d'augmenter tes dou-
leurs
Four un coeur aussi bon la douleur est bien che-
te...
Mais, ma lyre, suspends des sons trop affoiblis;
J'ai trop pleuté la mort du Pere.
Pour entreprendre encor de célebrer le Fils.
Inter honoratos excipietur Avos. Ovid.
Présentés à leurs Altesses Sérénissimes
Monseigneur le Duc & Madame la
Duchesse d'Orléans; pat leur très-
humble, très-obéissant & très-respec-
tueux serviteur, LE CLERC DE MONTMERCI.
MERCI.
Sur la Mort de S. A. S. Monseigneur le
Duc d'Orléans Premier Prince
du Sang.
Multis ille honis ftebilis occidit. Horat. Liv. 1. Od. 24.
On peut mériter des lauriers
Sans traînet après soi les horreurs de
la guerre.
Qu'on ne nous vante plus ces funestes
guerriers
Qui du sang des Mortels faisoient fumer la terre,
Aij
4 MERCURE DE FRANCE.
Ces Ministres sanglans des cruautés du sort,
Vouloient voir en tous lieux leur fureur assouvie;
Ils portoient dans leurs mains l'instrument de la
mort;
LOUIS portoit toujours le soutien de la vie,
Ce Héros de l'humanité
A fait voir au siécle où nous sommes,
Un exemple accompli. digne d'être imité
Par toute la postérité.
Les uns mettoient leur gloire à détruire les hom-
mes
Mais toi. qui sur leurs maux aimois à t'attendrir
Tu mis ta gloire à les nourrit.
Ta présence apportoit l'abondance & la jole;
A la cruelle faim tu dérobois sa proie;
Sans cesse on voyoit tes bienfaits
Et ta pieuse vigilance
Du vice sans pudeur arrêter les effets,
Ou prévenir, avec prudence,
Les perfides conseils qu'apptêtoit l'indigence,
Pour mieux faire tomber dans de honteux filets
La crédule & foible innocence.
Quelle foule de malheureux
Auroient longtems gémi sans tes soins généteux!
Objet de nos regrets sinceres
Tu mérites les pleurs des enfans & des peres.
Pleurez, pleurez sur son cercueil;
Votre Pere n'est plus, familles désolées;
MAI. 1752.
Jamais d'un aussi juste deuil
Vos ames n'ont été troublées;
Votre Pere n'est plus! il conservoit ses jours
Pour vous prodiguer ses secours:
Mais la Mort s'indignant de ses soins magnanimes,
A voulu d'un seul coup frapper mille victimes.
Cher Prince, dont le Ciel couronne les vertus
Hélas! combien ta Mort fait renaître d'allarmes !
Le pauvre & l'oiphelin ne te verront donc plus!
Quelles mains désormais vont sécher tantde larmest
La Pénitence & la douceur
Ont illustré David bien plus que sa valeur,
Et Salomon son Fils, consacrant sa richesse
A bâtir un Temple au Seigneur,
A d'immenses trésors préféra la Sagesse.
On sçait. de son esprit quelle fût la hauteur
Il connut les secrets de la nature entière;
Le Cédre du Liban & la simple Bruyere
De ce vaste Univers lui découvroient l'auteur.
LOUIS, formé sur ce modéle,
Vient de nous retracer son génie & son zèle.
Sa sainte obscurité fit toute sa splendeur,
Et dans l'abaissement il meitoit sa grandeur.
Aux pieds du Dieu vivant dont l'amour le dévore,
*Monseigneur lo Duc d'Orléans, ainsi que Salo-
mon, étoit fort versé dans la Botanique; il avoit un
Jardin qu'il prenoit plaisir à cultiver pour le soulage-
ment des Pauvres.
A iij
0
6 MERCUREDEFRANCE.
Confondu dans la foule en un temple écarté
Il cache ses verrus, il veut qu'on les ignore,
Mais ses rares vertus le trahissent encore,
Et quand il croit jouir de tant d'obscurité,
Il frappe tous les yeux par plus d'humilité.
Ange, qui dès long. tems avez marqué sa place,
Recevez l'ame de Louis;
Et vous saints Rois, Héros de cette Auguste Race,
Sur un Trône éternel contemplez votre Fils.
Comme vous sur la terre il aima la justice;
Il changea sa Pourpre en cilice;
La timide vertu l'approchoit sans rougir,
Lui parloit avec assurance,
Et contente de sa présence
Elle revenoit sans gémir.
Qu'il veille donc, ce Prince aimable
Sur ce Roi bien-aimé dont nous suivons les Loix
Qu'il demande au Seigneur une santé durable
Pour ce nouvel enfant le sang de tant de Rois:
Et toi, Prince son Fils, qui fermas sa paupiere
Toi, qui vins recueillir ses pieux sentimens,
Tu l'as vû s'attendrir à son heure derniere;
Il étoit toujours Pere en ces tristes momens.
Tel on voit le Soleil terminant sa carriére
Nous consoler encor par sa douce lumiere;
s'il paroît pour un tems s'éclipser à nos yeux,
Il brille toujours dans les Cieux
Et conserve pour nous sa chaleur toute entiere,
lized by Goc
MAI. 1752.
7
En un si grand sujet de pleurs,
Daigne agréer ces Vers que ma main te présente,
Pai une peinture touchante,
Prince, je n'ai pas craint d'augmenter tes dou-
leurs
Four un coeur aussi bon la douleur est bien che-
te...
Mais, ma lyre, suspends des sons trop affoiblis;
J'ai trop pleuté la mort du Pere.
Pour entreprendre encor de célebrer le Fils.
Inter honoratos excipietur Avos. Ovid.
Présentés à leurs Altesses Sérénissimes
Monseigneur le Duc & Madame la
Duchesse d'Orléans; pat leur très-
humble, très-obéissant & très-respec-
tueux serviteur, LE CLERC DE MONTMERCI.
MERCI.
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Résumé : VERS Sur la Mort de S. A. S. Monseigneur le Duc d'Orléans Premier Prince du Sang. Multis ille honis ftebilis occidit. Horat. Liv. 1. Od. 24.
Le poème rend hommage à Louis d'Orléans, duc d'Orléans et premier prince du sang, décédé en mai 1752. Il met en lumière ses vertus humanitaires et son dévouement envers les malheureux, contrastant avec les guerriers cruels du passé. Le duc est présenté comme un héros de l'humanité, apportant abondance et joie, et protégeant les innocents. Sa mort est vue comme une perte immense pour les familles et les pauvres, qui perdaient un protecteur bienveillant. Le poème compare Louis à des figures bibliques telles que David et Salomon, soulignant sa sagesse et sa piété. Il mentionne également son intérêt pour la botanique et son jardin cultivé pour aider les pauvres. Le duc est décrit comme un modèle de justice et de vertu, aimant la justice et se montrant humble malgré sa grandeur. Le poème se conclut par une prière pour la santé du nouveau roi et l'espoir que le fils du duc continue son œuvre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13060
p. 8-28
DISSERTATION Sur un Passage d'Herodote, qui sert d'autorité à de nouveaux systèmes.
Début :
Herodote, dans le second Livre de son Ouvrage, où il traite de l'Histoire [...]
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texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION Sur un Passage d'Herodote, qui sert d'autorité à de nouveaux systèmes.
DISSERTATION
Sur un Passage d'Herodote, qui sert d'autorité
à de nouveaux systèmes.
Herodote, dans le second Livre de
son Ouvrage, où il traite de l'Histoire
des anciens Egyptiens, commence
par indiquer les secours qu'il à trouvés
pour l'écrire. Instruit à Memphis par les
Prêtres de Vulcain, (a) il le fut encore par
les descendans des Grecs, que Plammeti-
chus avoit établi en Egypte, & qu'Amasis
rassembla dans cette Ville: pour ne rien
négliger de ce qui pouvoit donner plus
de poids à son Histoire, il passa à The-
bes & dans la Thebaïde, & de retour
en Basse Egypte, il alla à Héliopolis,
dont les Pretres passoient pour les plus
sçavans d'entre les Egyptiens.
C'est avoir pris les plus sûres précautions
pour être parfaitement instruit. Mais qui
ne sçait qu'Herodote ne négligeoit au-
cune des traditions qu'il pouvoit rassem-
bler, & que les Prêtres Egyptiens affec-
(a) Her. L. 2. C. 2. 3. 154.
1752.
MAI.
toient de grossit les objets, & de dé-
corer leurs relations de tout le merveil-
leux qu'ils imaginoient. Le passage qui
suit est une preuve convaincante de cette
exagération si familiere aux Egyptiens,
& qu'Herodote passe quelquefois les
bornes qu'un Historien exact devroit tou-
jours respecter.
Il dit avoit appris que, pendant le
regne de Ménès, le premier des Rois
Egyptiens, (b) a tout ce qui en Egypte n est
»point la Thebaide, étoit un Marais,
„ qu'il n'existoit rien de tous les pays
»qui sont actuellement au-dessus du Lac
„ Moeris, & qu en remontant de la Mer
»par le fleuve, l'espace de sept jour-
»nées, on navigeoit dans une espéce
» d'Etang. »
Ainsi ils prétendent qu'il n'existoit
rien en Egypte au-dessus du Lac Moeris,
& ils ajoutent cependant que tout co
qui n'est point la Thebaide, n'étoit qu'un
Marais. Il nya quune seule façon d'en-
tendre ce passage; tout ce qui n est point
la Thebaide, étoit marécageux & non
habité.
C'est néanmoins ce discours des Prê-
tres, qui détermine Herodote à se per-
suader & à nous dire, en exagerant en-
(b) Her. L. 2. C. 4.
A v
10 MERCUREDE FRANCE.
core sur ce qu'il avoit appris, que toute
la Basse-Egypte n'étoit qu un Golfe de la
Méditerrannée; qu'elle fut par succession
de tems formée d'un amas de vase, que
le Nil déposoit dans ses débordemens;
enfin que toute la Basse Egypte fut un
don du Nil.
Ce n est point pour diminuer l'auto-
rité de cette derniere opinion, qu'on
l'attribue ici à Herodote plutôt qu'aux
Prêtres Egyptiens. (c) Soit à dessein de s'en
*M. Fréret avoit lû en 1742. à l'Académie
des Inscriptions, un Mémoire, où il démontre
principalement que le Sol de l'Egypte n'a point
été élevé pat les couches de vase qu'on prétend
que le Nil y dépose. On y reconnoît un célé-
bre Académicien, qui joignoit aux connoissan-
ces approfondies de l'Histoire, de la Géogra-
phie, & de la Chronologie, toute la sagacité
du Physicien, qui sçait, en combinant les opé-
rations de la Nature, en découvrir la mécha-
nique. Cette Dissertation sut le quatriéme
Chapitre du second livre d'Herodote, étoit fai-
te avant que le Mémoire de M. Fréret fût
publié. On se borne à y faire voir que l'opi-
nion d'Herodote, qui prétend que la Basse-
Egypte est un don du Nil, est entièrement
détruite par la suite de son Histoire, & par
les traits historiques qu'il rapporte d'après les
Prêtres Egyp:iens.
(c) Her, L. 2. C. 99. 123. 147. L. 3. C.
9. &c.
MAI.
1752.
11
faire honneur, ou plutôt pour soutenit
ce caractère de franchise & de bonne
foi, qu'il montre en toute occasion,
(d) il avoue que les Prêtres ne lui ont point
dit que la Basse-Egypte fût un don du
Nil; mais qu'il en a jugé ainsi, sur tout,
dit-il, ayant remarqué qu'en haute Mer
à une journée près des côtes, la sonde
lapportoit de la vase.
Herodote de son propre aveu, ajoute
donc fa conjecture à ce que lui avoient
dit les Prêtres Egyptiens; (e) il fait plus
il s'en sert par la suite comme d'un fait
certam.
Pour rendre plus fensible ce passage
d'Herodote, & faire mieux juger ce qu'on
en doit penser, il est à propos de don-
ner une sorte de description de l'Egypte.
Elle a en diverses circonstances, été mon-
trée sous différentes divisions; mais elle
ne sera considérée ici, que comme dans
les premiers tems sous celle de Haute &
de Basse-Egypte.
Le Nil apres avoir franchi ses dernieres
cataractes, pour se joindre à la Médi-
terrannée, coule presque en droite ligne
du Midi au Septentrion, l'espace d'en-
viron deux cens lieues, qui compren
(d) Her. L. 2. C. 5.
(*) Her. L. 2. C. 10.
A vj
12 MERCUREDE FRANCE.
nent la longueur de toute l'Egypté: Les
terres les plus élévées, les premières que
ce fleuve arrose, forment ce qu'on ap-
pelle la Thebaide, ou la Haute-Egypte.
(f) Cette Province, resserrée entre deux
chaînes de Montagnes, na en plusieurs
endroits que quatre à cinq lieues de
largeur, elle nen a dans aucune partie
plus de quinze. Sa longueur en droite
ligne est de douze à quatorze journées
de chemin, & elle confine au Pays de
Memphis, (g) l'une des pafties com-
prises sous le nom général de la Basse-
Egypte. (h
Le Pays de Memphis est resserré entre
les mêmes chaînes de Montagnes qui bor-
nent la Thebaide; mais ces Montagnes
ne se prolongent que jusqu'à quelques
distances au-dessus de l'endroit ou le Nil
se partageant en plufieurs Canaux, en-
ferme ce qu'on appelle le Delta. Dans
certe partie la Basse- Egypte commence à
s'élargir, & elle occupe près de cent
lieues sur les Côtes de la Mer, sa lon-
gueur, en remontant le Nil jusqu'aux
Confins de la Thebaide, est d'environ
(f) Str. L. 17. p. 789.
(g) Ptol. Tab. 3. p. 107.
(h) Str. L. 17. p. 813.
MAI. 1752.
13
sept journées; & C est toute cette secon-
de partie de l'Egypte qu'Herodote pré-
tend avoir été un Golse de la Méditer-
tanée.
Après cette Description, l'opinion
d'Herodote, ne peut paroître qu un Pa-
radoxe. Mais cette même Description
rend très vraisemblable ce que les Prê-
tres disoient de la Basse-Egypte. Cette
Province environnée de toutes parts de
Terrains plus elévés, se termine à la Mer;
elle est coupée par un Fleuve dont les
débordemens reguliers durent, avec une
surprenante abondance d'eau, l'espace de
trois à quatre mois, en sorte qu'elle de-
voit naturellement, pendant une grande
partie de l'année, ressembler à un Ma-
1ais.
Tel a du être l'état de la Basse Egy-
pte, lorsque Ménès & les premiers Egy-
ptiens se fixérent dans la Haute. La Na-
tion ne pouvoit alors être assez nom-
breuse, pour que la seule Thebaide ne
leur suffit pas; en sorte qu'ils ne culti-
voient ni n'habitoient point la Basse-
Egypte. C'est-là, comme il a déja été
remarqué, ce qu'Herodote devoit con-
clure du discours des Prêtres, lorsqu'au
contraire il jugea qu'il n'existoit rien de
tout ce qui est au-dessus de l'Etang de
14 MERCUREDE FRANCE.
Moris jusqu'à la Thebaide.
Que ce discours des Prêtres ait trom-
pé un Voyageur ordinaire, il n'y auroit
point à s'en étonner; mais Herodote ne
peut éviter le reproche de n'en avoir
point fenti toute T'exagération, & moins
encore de l'avoit trouvé fuffisant pout
l'autoriser à parler de ce Pays maréca-
geux, de ce Pays plus aquatique que la
Thébaide comme d'un Golfe de la Mé-
diterranée.
S'il n'avoit point eu autant de goût
pour le merveilleux, il eût remarqué que
les Prêtres reconnoissoient que tout le
Terrain de la Basse-Egypte existoit pen-
dant le Regne de Ménès. (i) « En remon-
»tant, disoient-ils, de la Mer par le
»Nil l'espace de sept journées, on na-
„vigeoit dans une espéce d'Etang. »
Comment auroient-ils pu compter sept
journées de navigation par le Nil, de-
puis la Mer jusqu'à la Thébaide, si le
Fleuve neût pas coulé dans un Terrain
où il avoit un lit & des bords fixes.
Ce Terrain de sept journées que par-
courroit le Nil, étoit alors ce qui com-
prend encore aujourd'hui toute la Basse-
Egypte. Il est donc bien certain que les
Prêtres ne prétendoient pas dire à He-
(i) Her. L. 2. C. 4.
MAI. 1752.
15
rodote que l'emplacement de la Basse-
Egypte n'existoit point; & que son opi-
nion est combattue par le sentiment des
mêmes Prêtres dont il s'appuie.
Il faut encore remarquer que dans la
suite de son Histoire, il se contredit lui-
même en une infinité de circonstances;
mais sans s'attacher à le fuivre par toui,
il suffira d'en citer un exemple, qui
prouvera plus clairement que les Prêtres
nont point prétendu lui faire juger que
la Basse-Egypte fût un Golfe de la Mé-
diterranée.
(6) IIs lui apprirent que Ménès leur pre-
mier Roi, construisit à Memphis un Pont
sur le Nil; qu'il avoit creusé pour ce
Fleuve un nouveau Canal de près de
quatre lieues, dans l'iniention de le
faire couler plus en drorte ligne: que
ce fut fur le Terrain de l'ancien lit qu'il
avoit comblé, qu'il fonda la Ville de
Memphis; & que près des murs de cette
Ville, il forma un grand Etang, qu'il
remplit des eaux de cette Riviere.
Si toute la Basse-Egypte eût été, avant
le Regne de Ménès, comme le pré-
tend Herodote, un Golfe de la Médi-
terranée, il devroit convenir que pen-
dant environ les trente premieres an-
(k) Her. L. 2. C. 99.
16 MERCURE DEFRANCE
nées du Regne de ce premier Roi, (l) qui
dura soixante-deux ans, le Nil avoit
comblé au moins la moitié de ce Gol-
fe, puisqu'il a pu construire une Ville
dans le centre de ce qui en faisoit l'em-
placement. Cette conséquence ne s'accor-
deroit point avec ses opinions: il pré-
tend que ce Golfe ne fut comblé que
dans tout l'espace de dix mille ans, qui
avoient précédé le siècle où il vivoit.
Quand il seroit arrivé, par un éve-
nement surnaturel, que ce Golfe eût été
en partie comblé dans ces trente années,
est il vraisemblable que la vase qui l'eût
rempli, eût pû être assez consolidée pour
que Ménès y eût fait tous les travaux
qu'on lui attribue?
Dailleurs, ce seroit vouloir se faire
illusion que de ne point sentir, par le
détail & l'espéce des travaux attribués
à Ménès, que les Prêtres ne parloient
de la Basse-Egypte que comme d'un Pays
marécageux. Ce premiet Roi y creufa
un Canal où il rassembla les eaux du
Nil; & à quel usage eût pû être ce grand
Etang, à côté de sa nouvelle Ville, si
ce n'est pour en déssécher les environs.
Ses Successeurs travaillerent dans les mê-
mes vûës, aussi souvent, que le peuple
(1) Afr. lus. erat. Syn. p. 14. 55. 91.
joogle
MAI.
17
1752.
s'étant multiplié, il fut nécessaire d'éten-
dre les habitations.
Sésostris, * qui regna sept cens ans
après Ménès, à son retour de la Con-
quêtede l'Asie, (m) d'où il amena un nom-
bre prodigieuxde prisonniers, (n) se trou-
va dans la même nécessité. Il occupa ces
prisonniers à élever des Digues, & à
creufer des Canaux, qui rendoient ha-
bitables des Terrains jusques- là restés
incultes: & c'est le succès de ces en-
treprises, dont l'Auteur de l'Inscription
tracée sur le grand Obélisque de Thè-
bes, (o) cherche à éterniser la mémoire,
lorsqu'il fait dire au Soleil, avec toute
l'emphase Egyptienne, que Sésostris avoit
achevé de fonder le monde.
Les anciens Rois Egyptiens usoient en
Basse-Egypte des mêmes précautions dont
on s'est toujours servi depuis, & dont on
se sert encore en pareille circonstance;
ils creuserent des Canaux, ils éleverent
des Digues: cependant ils n'étendirent
* Sésostris est le Fils de Pharaon Améno-
phis qui périt dans la Mer rouge, à la pour-
suite des Israëlites.
(m) Her. L. 2. C: 103.
(n) Diod. L. 1. sect. 2. p. 52.
(o) Am. mar. L. 17. C. 4.
18 MERCURE DE FRANCE.
point ce travail à toutes les parties de
la Basse Egypte.
En effet, (p) Anisis chassé du Trône par
Sabacon, demeura pendant cinquante ans
caché dans des Marais. (9) Plammetichus
l'un des douze Rois qui, sur la fin du
premier Empire, gouvernerent l'Egypte
en commun, devenu suspect à ses Col-
légues, fut relégué dans les Marais: &
l'Histoire, ancienne ne parle que des
fruits & des légumes que les Egyptiens
y recueilloient avec abondance. La Basse-
Egypte, comme le disoient les Prêtres, fut
donc toujours naturellement marécageuse.
Plusieurs des anciens Historiens &
Géographes, Diodore, Strabon, Pline,
Plutarque, &c. parlent, à la vérité,
des prétendus accroissemens de l'Egypte;
mais non comme d'un fait dont ils eus-
sent connoifsance, & ce n'est jamais que
d'après Herodote, dont ils s'appuient.
Sans doute que ce judicieux Ecrivain
quoiqu'il laisse appercevoir en une infi-
nité d'occasions un goût décidé pour
le merveilleux, n'eût pas donné dans
une méprise aussi grossiére, s'il ne se
fût mal-à-propos laissé éblouir par cette
fabuleuse antiquité, que les Prêtres cher-
(p) Her. L. 2. C. 137. 140. 151.
(4) Diod. L. 1. fect 2. p. 60. 40.
MAI. 1752.
1
choient tant à persuader.
Ils lui firent entendre qu'il s'étoit
écoulé dix mille ans depuis le Regne de
Ménès, jusqu'au tems où ils lui parloient;
en sorte qu'il ne pouvoit juger de ce
que son opinion avoit de déraisonnable:
il s'en seroit apperçû d'abord, s'il eût
sçû que le Regne de Ménès ne put être si,
xé qu'a l'an 1816; (r) c'est-à-dire, enviton
dix-sept Siécles avant son Voyage en
Egypte. Avec les connoissances que nous
avons, nous ne pouvons comme lui,
sans dessein prémédité, donner dans cet-
te supercherie des Prêtres.
Mais le desir d'enfanter des systèmes
singuliers, qui se trouve encore excité
aujourd'hui par le succès qui accompa-
gne fouvent les plus audacieux, enga-
ge les Auteurs à chercher de spécieuses
conséquences dans le désordre, où les
anciens Egyptiens avoient affecté de met.
tre leur Chronologie. Néanmoins ces
systèmes ne persuaderont jamais que ceux
qui voudront bien être trompés. Ce qui
reste de l'Histoire Egyptienne, sufsit pout
prouver la certitude de l'époque donnée
ici au Regne de Ménès, & pour dé-
montrer que le premier Empire des Egy-
(r) Art. Leg. vulg. 2188.
70 MERCURE DE FRANCE.
ptiens, (/) détruit par la Conquête de
Cambises, n'a duré que l'espace de sei-
ze-cens soixante-deux ans.
L'époque du Regne de Ménès une
fois établie, si on compare l'état où He-
rodote a vû ce Pays, avec ce qu'il a
toujours été depuis, on y trouvera en-
core une preuve invincible contre son
opinion.
Il prétend que du Regne de Ménès
au tems de son Voyage, le Nil avoit
reculé les bornes de l'Egypte, depuis
les Confins de la Thebaide, jusqu'à la
Mer, l'espace de sept journées de che-
min; il ajoute qu'il vit alors le Fleuve
se joindre à la Mer par sept Embou-
chures, () par deux entr'autres qu'il dési-
gne sous les noms de deux Villes bâties
alors très - près de ces deux Embouchu-
res; sçavoir, Peluse, située au Levant
du Delta, & Canope au Couchant.
Si le Nil, durant les dix-sept Sié-
cles qui ont précédé le Voyage d'He-
rodote en Egypte, avoit prolongé sur
l'emplacement de la Mer, les terres de
l'Egypte l'espace de sept journées de che-
min, comme il y a plus de deux mille
ans qu'il y a un Peluse & un Canope
(/) Du monde 3478. Art. Leg. vulg. 526.
(t) Her. L. 2. C. 15. 159.
MAI. 1752.
21
sur les bords de la Mer, les ruines de
Peluse & la Ville de Bochir ou Bequir
construite sur l'emplacement de Canope
devroient être actuellement dans les ter-
res à plus de huit journées de la Mer;
cependant elles en sont toujours aussi près
qu'il les y a vû.
En supposant même pour un moment,
ces tems immenses, dont parloient les
Egyptiens, & que cet accroissement de
sept journées de chemin à la Basse-Egy-
pte, eût été l'effet du débordement du
Nil, pendant dix mille ans, cette mê-
me partie de l'Egypte devroit, dans l'es-
pace de deux mille ans qui se sont écou-
lés, depuis le Siécle d'Herodote, avoir
été allongée par les mêmes débordemens,
d'environ une journée & demie de che-
min, ce qui surement n'est point arri-
vé: Elle a encore les bornes qu'Hero-
dote dit lui avoir vû, & que les Géo-
graphes qui ont écrit depuis & en dif-
térens Siècles, lui ont reconnu.
Il est donc bien constant, soit en
adoptant la fabuleuse Chronologie des
Egyptiens, ou en se reglant sur les tems
certains & connus, quon ne peut ap-
perce voit aucune apparence d'augmenta-
tion dans les terres de l'Egypte. Cette
question avoit déja été traitée, & il eût
12 MERCURE DE FRANCE.
été inutile de l'examiner plus à fond,
si après les premieres objections, on n'eût
de nouveau tiré de fausses conséquen-
ces de ce Passage d'Herodote; pour lui
donner plus de force, on l'appuie de
l'autorité d'Homere, qui néanmoins ne
paroît nulle part, avoir crû que la Basse-
Egypte fût un don du Nil. Cette ima-
gination conçuë par Herodote, est bien
moins ancienne qu'Homere, qui n'eût
point négligé d'orner son Poëme d'un
si surprenant évenement, s'il en eût eû
connoissance; (u) il est vrai qu'il fait dire
à Ménélas que l'Isse de Phare est éloi-
gnée de l'une des deux embouchures du
Nil, (x) d'autant de chemin qu'un Vaisseau,
avec un vent favorable, peut en faire
en un jour; il est encore vrai que plu-
sieurs des Anciens avoient regardé ce
Passage, comparé avec celui d'Herodote,
comme une preuve de l'accroissement du
Continent de l'Egypte.
Mais peut- on en inférer que dans
l'espace des quatre Siécles qui ont pré-
cédé Herodote, (y) tems qui s'est écoulé
entre Homere & lui, les terres de l'E-
(u) Hom. Odis. L. 4.
x) Str. L. 12. P. 536.
(y) Her. L. 2. C. 53.
MAI.
1752
23
gypte se soient prolongées jusques près
de l'Isse de Phare. Homere ne parle point
de la distance de cette Isse, à la rade
Rhacotis, qui y est opposée, & qui n'en
est qu'à huit à neuf cens pas, il dit que
pour arriver de l'lsse de Phare à une
embouchure du Nil, il falloit naviger
tout un jour; & il est aisé de montrer
par T'Histoire que Ménélas & tous ceux
qui vouloient aborder de cette Isse en Egy-
pte, étoient forcés de faire ce grand
détour, quoiqu'il n'y eût pat terre
que quatre lieues de l'Isse de Phare à
l'embouchure Canopique qui en est la
plus voisine.
(z) Les Anciens Egyptiens fermoient très-
exactement l'entrée de leur Pays, à tous
lesEtrangers; (a) & comme ils reconnurent
que la rade Rhacotis pouvoit faciliter
des descentes, ils en confiérent la garde
à des Bouviers, (b) qui par leur état, ne
quittoient jamais les bords de la Mer,
& qui devoient artaquer indistinctement
tous ceux qui prenoient terre sur certe
rade. Comme tout le butin restoit à
leur profit, ils remplissoient leur charge
(z) Her. L. 2 C. 91. 179.
(a) Diod. L. 1. sect. 2. p. 61.
(6) Str. L. 17. p. 792. 802.
24 MERCURE DE FRANCE.
avec une telle exactitude, & même avec
tant de cruauté, qu'aucun Voyageur
n'osoit en approcher.
Vers la fin du premier Empire, (c)
quelque tems avant la Conquête de Cam-
bises, les Egyptiens (d) permirent l'abord
de l'Egypte aux Etrangers; mais dans la
crainte de laisser prendre connoissance
de leurs usages, & pour être instruits
de tout ce qui entroit chez eux, ils ne
souffrirent point quon abordât ailleurs
que dans certains Ports, & la rade Rha-
cotis fut toujours gardée de la niême
taçon.
En sorte que tous les Vaisseaux étran-
gers, pour éviter la fureur des Bouviers,
gagnoient les embouchures du Nil: &
pour arriver de l'Isse de Phare à l'em-
bouchure Canopique, (e) il falloit, à cau-
se des rochers & des bancs de sable, qui
bordent la Côte, faire ce grand détour
dont parle Ménélas.
(f) Pline cite le passage d'Homere, & lui
fait dire qu'il y avoit vingt quatre heu-
res de navigation depuis l'Isse de Phare
(c) Diod. L. 1. sect. 2. p. 61.
(d) Her. L. 2. C. 154. & 178. &c.
e) Diod. L. 1. sect. 1. p. 27.
f) Plin. L. 2. C. 85. L. 5. C. 31. L. 13.
C 11.
jusqu'a
MAI.
1752.
25
jusqu'à Alexandrie; c'est-à- dire jusqu'à
la rade Rhacotis. Il est constant que ce
n'est point là le sens d'Homere. Pline
le fait parler comme il lui convient;
infidélité dont les citations de tous les
tems ne montrent que trop d'exemples.
Alexandrie dans l'état actuel de ses en-
virons, sembleroit plutôt donner quel-
que autorité à ceux qui veulent bien se
laisser tromper sur l'autorité d'Hero-
dote.
Cette Ville fut bâtie par Alexandre,
plus de cinq Siécles après Homere; elle
embrassoit tout le terrain qui se trouvoit
entre le Marais Mareotis & la Mer, en
y comprenant la rade Rhacotis. Les rui-
nes de cette ancienne Ville subsistent
encore aujourd'hui, mais elles sont à
quelque distance de la Mer, & les Nou-
veaux Habitans de cette Contrée ont
bâti une Ville sur ce terrain que la Mé-
diterranée couvroit du tems d'Alexan-
dre.
Il est nécessaire de remarquer que cet
accroissement des terres de l'Egypte ne
peut avoir été occasionné par la vase que
les inondations déposent. Si elles en
avoient été le principe, l'accroissement
devroit être bien plus sensible vers l'an-
cienne Canope, & sur toute la Côte du
26 MERCURE DE FRANCE.
Delta, par où les inondations s'écoulent
bien plus abondamment; cependant il
ny en a aucune trace.
Ce nouveau terrain, dont Alexandrie
s'est accrue, est l'effet de la dégradation
des travaux entrepris pour former les
deux Ports de cette Ville. Ils étoient
entre l'Isse de Phare & la rade Rhaco-
tis, (a) qui bordoit le Continent, & sé-
parés par une Digue, qui conduisoit
de l'Isse à la terre ferme. Cette Digue
pour laisser un libre passage aux eaux,
& les moyens de communiquer d'un Port
à l'autre, fut percée de deux Ponts;
mais ce monument digne des anciens Egy-
ptiens, fut en partie détruit lorsqu'Au-
guste, après la défaite d'Antoine, prit
Alexandrie; les sables s'étant depuis in-
sensiblement rassemblés contre cette Di-
gue, ont comblé une grande partie des
Ports, & formé l'emplacement où est
bâtie la Nouvelle Alexandrie.
C'est la seule augmentation qu'il y
ait au Sol de l'Egypte depuis le Siécle
d'Herodote, & encore elle n'est point
un don du Nil. Les autres Ports comblés,
& particulierement celui de Suès, nont
pû l'être par un effet du débordement,
(a) Str. L. 17. p. 792.
MAI.
1752.
27
mais par une suite de la négligence des
Egyptiens Modernes.
Ceux de nos Ports qui ne sont point
traversés par des Rivieres, n'ont-ils pas
continuellement besoin d'entretien? Ne
convient-on pas que si l'on négligeoit
celui de Marseille, il seroit bientot com-
blé ? Cependant il ne viendra pas dans
l'idée que notre Continent gagne sur
l'emplacement de la Mer.
Elle a toujours conservé les mêmes
bornes que la nature lui a données; si
quelquefois elle semble les changer, si dans
des momens d'excessive agitation elle les
couvre d'amas de sable, cen est que pour
un tems, bientôt de plus grandes ma-
rées, ou de violentes tempêtes remettent
toutes choses dans le premier état; & si
l'on apperçoit quelques changemens, ils
sont plutôt en diminution de la terre.
Le terrain de l'ancienne Carthage est sub-
mergé, parce que les travaux qu'on y avoit
fait, facilitoient l'entrée des eaux, &
il y a long-tems que la Hollande le se-
roit en grande partie sans les Digues,
& le travail assidu que ses Habitans oppo-
sent aux efforts des eaux.
Ainsi l'opinion d'Herodote est égale-
ment combattue, tant parce que les Prê-
tres lui disoient de l'ancien état de la
B ij
28 MERCURE DEFRANCE.
Basse Egypte, & par les traits historiques
qu'il rapporte lui-même, que par la com-
paraison de ce qui a dû à cet égard arri-
ver avant lui, avec ce qui s'est passé de-
puis; & enfin par l'examen de l'état des
lieux: de sorte que quand même il nen
conviendroit point, il ne seroit pas pos-
sible de douter que son opinion ne soit
entierement & uniquement à lui. Mais
il voudroit persuader que les Prêtres la
lui ont fait naître: C'est là ce qu'en bon-
ne critique on doit particulierement lui
reprocher, bien loin de se servir de cette
opinion si visiblement fausse, comme si
elle tiroit toure sa force des anciens E-
gyptiens; & cet apparent prodige, réduit
a sa juste valeur, ne peut donner aucu-
ne autorité aux systèmes qu'on a préten-
du en être la consequence.
Sur un Passage d'Herodote, qui sert d'autorité
à de nouveaux systèmes.
Herodote, dans le second Livre de
son Ouvrage, où il traite de l'Histoire
des anciens Egyptiens, commence
par indiquer les secours qu'il à trouvés
pour l'écrire. Instruit à Memphis par les
Prêtres de Vulcain, (a) il le fut encore par
les descendans des Grecs, que Plammeti-
chus avoit établi en Egypte, & qu'Amasis
rassembla dans cette Ville: pour ne rien
négliger de ce qui pouvoit donner plus
de poids à son Histoire, il passa à The-
bes & dans la Thebaïde, & de retour
en Basse Egypte, il alla à Héliopolis,
dont les Pretres passoient pour les plus
sçavans d'entre les Egyptiens.
C'est avoir pris les plus sûres précautions
pour être parfaitement instruit. Mais qui
ne sçait qu'Herodote ne négligeoit au-
cune des traditions qu'il pouvoit rassem-
bler, & que les Prêtres Egyptiens affec-
(a) Her. L. 2. C. 2. 3. 154.
1752.
MAI.
toient de grossit les objets, & de dé-
corer leurs relations de tout le merveil-
leux qu'ils imaginoient. Le passage qui
suit est une preuve convaincante de cette
exagération si familiere aux Egyptiens,
& qu'Herodote passe quelquefois les
bornes qu'un Historien exact devroit tou-
jours respecter.
Il dit avoit appris que, pendant le
regne de Ménès, le premier des Rois
Egyptiens, (b) a tout ce qui en Egypte n est
»point la Thebaide, étoit un Marais,
„ qu'il n'existoit rien de tous les pays
»qui sont actuellement au-dessus du Lac
„ Moeris, & qu en remontant de la Mer
»par le fleuve, l'espace de sept jour-
»nées, on navigeoit dans une espéce
» d'Etang. »
Ainsi ils prétendent qu'il n'existoit
rien en Egypte au-dessus du Lac Moeris,
& ils ajoutent cependant que tout co
qui n'est point la Thebaide, n'étoit qu'un
Marais. Il nya quune seule façon d'en-
tendre ce passage; tout ce qui n est point
la Thebaide, étoit marécageux & non
habité.
C'est néanmoins ce discours des Prê-
tres, qui détermine Herodote à se per-
suader & à nous dire, en exagerant en-
(b) Her. L. 2. C. 4.
A v
10 MERCUREDE FRANCE.
core sur ce qu'il avoit appris, que toute
la Basse-Egypte n'étoit qu un Golfe de la
Méditerrannée; qu'elle fut par succession
de tems formée d'un amas de vase, que
le Nil déposoit dans ses débordemens;
enfin que toute la Basse Egypte fut un
don du Nil.
Ce n est point pour diminuer l'auto-
rité de cette derniere opinion, qu'on
l'attribue ici à Herodote plutôt qu'aux
Prêtres Egyptiens. (c) Soit à dessein de s'en
*M. Fréret avoit lû en 1742. à l'Académie
des Inscriptions, un Mémoire, où il démontre
principalement que le Sol de l'Egypte n'a point
été élevé pat les couches de vase qu'on prétend
que le Nil y dépose. On y reconnoît un célé-
bre Académicien, qui joignoit aux connoissan-
ces approfondies de l'Histoire, de la Géogra-
phie, & de la Chronologie, toute la sagacité
du Physicien, qui sçait, en combinant les opé-
rations de la Nature, en découvrir la mécha-
nique. Cette Dissertation sut le quatriéme
Chapitre du second livre d'Herodote, étoit fai-
te avant que le Mémoire de M. Fréret fût
publié. On se borne à y faire voir que l'opi-
nion d'Herodote, qui prétend que la Basse-
Egypte est un don du Nil, est entièrement
détruite par la suite de son Histoire, & par
les traits historiques qu'il rapporte d'après les
Prêtres Egyp:iens.
(c) Her, L. 2. C. 99. 123. 147. L. 3. C.
9. &c.
MAI.
1752.
11
faire honneur, ou plutôt pour soutenit
ce caractère de franchise & de bonne
foi, qu'il montre en toute occasion,
(d) il avoue que les Prêtres ne lui ont point
dit que la Basse-Egypte fût un don du
Nil; mais qu'il en a jugé ainsi, sur tout,
dit-il, ayant remarqué qu'en haute Mer
à une journée près des côtes, la sonde
lapportoit de la vase.
Herodote de son propre aveu, ajoute
donc fa conjecture à ce que lui avoient
dit les Prêtres Egyptiens; (e) il fait plus
il s'en sert par la suite comme d'un fait
certam.
Pour rendre plus fensible ce passage
d'Herodote, & faire mieux juger ce qu'on
en doit penser, il est à propos de don-
ner une sorte de description de l'Egypte.
Elle a en diverses circonstances, été mon-
trée sous différentes divisions; mais elle
ne sera considérée ici, que comme dans
les premiers tems sous celle de Haute &
de Basse-Egypte.
Le Nil apres avoir franchi ses dernieres
cataractes, pour se joindre à la Médi-
terrannée, coule presque en droite ligne
du Midi au Septentrion, l'espace d'en-
viron deux cens lieues, qui compren
(d) Her. L. 2. C. 5.
(*) Her. L. 2. C. 10.
A vj
12 MERCUREDE FRANCE.
nent la longueur de toute l'Egypté: Les
terres les plus élévées, les premières que
ce fleuve arrose, forment ce qu'on ap-
pelle la Thebaide, ou la Haute-Egypte.
(f) Cette Province, resserrée entre deux
chaînes de Montagnes, na en plusieurs
endroits que quatre à cinq lieues de
largeur, elle nen a dans aucune partie
plus de quinze. Sa longueur en droite
ligne est de douze à quatorze journées
de chemin, & elle confine au Pays de
Memphis, (g) l'une des pafties com-
prises sous le nom général de la Basse-
Egypte. (h
Le Pays de Memphis est resserré entre
les mêmes chaînes de Montagnes qui bor-
nent la Thebaide; mais ces Montagnes
ne se prolongent que jusqu'à quelques
distances au-dessus de l'endroit ou le Nil
se partageant en plufieurs Canaux, en-
ferme ce qu'on appelle le Delta. Dans
certe partie la Basse- Egypte commence à
s'élargir, & elle occupe près de cent
lieues sur les Côtes de la Mer, sa lon-
gueur, en remontant le Nil jusqu'aux
Confins de la Thebaide, est d'environ
(f) Str. L. 17. p. 789.
(g) Ptol. Tab. 3. p. 107.
(h) Str. L. 17. p. 813.
MAI. 1752.
13
sept journées; & C est toute cette secon-
de partie de l'Egypte qu'Herodote pré-
tend avoir été un Golse de la Méditer-
tanée.
Après cette Description, l'opinion
d'Herodote, ne peut paroître qu un Pa-
radoxe. Mais cette même Description
rend très vraisemblable ce que les Prê-
tres disoient de la Basse-Egypte. Cette
Province environnée de toutes parts de
Terrains plus elévés, se termine à la Mer;
elle est coupée par un Fleuve dont les
débordemens reguliers durent, avec une
surprenante abondance d'eau, l'espace de
trois à quatre mois, en sorte qu'elle de-
voit naturellement, pendant une grande
partie de l'année, ressembler à un Ma-
1ais.
Tel a du être l'état de la Basse Egy-
pte, lorsque Ménès & les premiers Egy-
ptiens se fixérent dans la Haute. La Na-
tion ne pouvoit alors être assez nom-
breuse, pour que la seule Thebaide ne
leur suffit pas; en sorte qu'ils ne culti-
voient ni n'habitoient point la Basse-
Egypte. C'est-là, comme il a déja été
remarqué, ce qu'Herodote devoit con-
clure du discours des Prêtres, lorsqu'au
contraire il jugea qu'il n'existoit rien de
tout ce qui est au-dessus de l'Etang de
14 MERCUREDE FRANCE.
Moris jusqu'à la Thebaide.
Que ce discours des Prêtres ait trom-
pé un Voyageur ordinaire, il n'y auroit
point à s'en étonner; mais Herodote ne
peut éviter le reproche de n'en avoir
point fenti toute T'exagération, & moins
encore de l'avoit trouvé fuffisant pout
l'autoriser à parler de ce Pays maréca-
geux, de ce Pays plus aquatique que la
Thébaide comme d'un Golfe de la Mé-
diterranée.
S'il n'avoit point eu autant de goût
pour le merveilleux, il eût remarqué que
les Prêtres reconnoissoient que tout le
Terrain de la Basse-Egypte existoit pen-
dant le Regne de Ménès. (i) « En remon-
»tant, disoient-ils, de la Mer par le
»Nil l'espace de sept journées, on na-
„vigeoit dans une espéce d'Etang. »
Comment auroient-ils pu compter sept
journées de navigation par le Nil, de-
puis la Mer jusqu'à la Thébaide, si le
Fleuve neût pas coulé dans un Terrain
où il avoit un lit & des bords fixes.
Ce Terrain de sept journées que par-
courroit le Nil, étoit alors ce qui com-
prend encore aujourd'hui toute la Basse-
Egypte. Il est donc bien certain que les
Prêtres ne prétendoient pas dire à He-
(i) Her. L. 2. C. 4.
MAI. 1752.
15
rodote que l'emplacement de la Basse-
Egypte n'existoit point; & que son opi-
nion est combattue par le sentiment des
mêmes Prêtres dont il s'appuie.
Il faut encore remarquer que dans la
suite de son Histoire, il se contredit lui-
même en une infinité de circonstances;
mais sans s'attacher à le fuivre par toui,
il suffira d'en citer un exemple, qui
prouvera plus clairement que les Prêtres
nont point prétendu lui faire juger que
la Basse-Egypte fût un Golfe de la Mé-
diterranée.
(6) IIs lui apprirent que Ménès leur pre-
mier Roi, construisit à Memphis un Pont
sur le Nil; qu'il avoit creusé pour ce
Fleuve un nouveau Canal de près de
quatre lieues, dans l'iniention de le
faire couler plus en drorte ligne: que
ce fut fur le Terrain de l'ancien lit qu'il
avoit comblé, qu'il fonda la Ville de
Memphis; & que près des murs de cette
Ville, il forma un grand Etang, qu'il
remplit des eaux de cette Riviere.
Si toute la Basse-Egypte eût été, avant
le Regne de Ménès, comme le pré-
tend Herodote, un Golfe de la Médi-
terranée, il devroit convenir que pen-
dant environ les trente premieres an-
(k) Her. L. 2. C. 99.
16 MERCURE DEFRANCE
nées du Regne de ce premier Roi, (l) qui
dura soixante-deux ans, le Nil avoit
comblé au moins la moitié de ce Gol-
fe, puisqu'il a pu construire une Ville
dans le centre de ce qui en faisoit l'em-
placement. Cette conséquence ne s'accor-
deroit point avec ses opinions: il pré-
tend que ce Golfe ne fut comblé que
dans tout l'espace de dix mille ans, qui
avoient précédé le siècle où il vivoit.
Quand il seroit arrivé, par un éve-
nement surnaturel, que ce Golfe eût été
en partie comblé dans ces trente années,
est il vraisemblable que la vase qui l'eût
rempli, eût pû être assez consolidée pour
que Ménès y eût fait tous les travaux
qu'on lui attribue?
Dailleurs, ce seroit vouloir se faire
illusion que de ne point sentir, par le
détail & l'espéce des travaux attribués
à Ménès, que les Prêtres ne parloient
de la Basse-Egypte que comme d'un Pays
marécageux. Ce premiet Roi y creufa
un Canal où il rassembla les eaux du
Nil; & à quel usage eût pû être ce grand
Etang, à côté de sa nouvelle Ville, si
ce n'est pour en déssécher les environs.
Ses Successeurs travaillerent dans les mê-
mes vûës, aussi souvent, que le peuple
(1) Afr. lus. erat. Syn. p. 14. 55. 91.
joogle
MAI.
17
1752.
s'étant multiplié, il fut nécessaire d'éten-
dre les habitations.
Sésostris, * qui regna sept cens ans
après Ménès, à son retour de la Con-
quêtede l'Asie, (m) d'où il amena un nom-
bre prodigieuxde prisonniers, (n) se trou-
va dans la même nécessité. Il occupa ces
prisonniers à élever des Digues, & à
creufer des Canaux, qui rendoient ha-
bitables des Terrains jusques- là restés
incultes: & c'est le succès de ces en-
treprises, dont l'Auteur de l'Inscription
tracée sur le grand Obélisque de Thè-
bes, (o) cherche à éterniser la mémoire,
lorsqu'il fait dire au Soleil, avec toute
l'emphase Egyptienne, que Sésostris avoit
achevé de fonder le monde.
Les anciens Rois Egyptiens usoient en
Basse-Egypte des mêmes précautions dont
on s'est toujours servi depuis, & dont on
se sert encore en pareille circonstance;
ils creuserent des Canaux, ils éleverent
des Digues: cependant ils n'étendirent
* Sésostris est le Fils de Pharaon Améno-
phis qui périt dans la Mer rouge, à la pour-
suite des Israëlites.
(m) Her. L. 2. C: 103.
(n) Diod. L. 1. sect. 2. p. 52.
(o) Am. mar. L. 17. C. 4.
18 MERCURE DE FRANCE.
point ce travail à toutes les parties de
la Basse Egypte.
En effet, (p) Anisis chassé du Trône par
Sabacon, demeura pendant cinquante ans
caché dans des Marais. (9) Plammetichus
l'un des douze Rois qui, sur la fin du
premier Empire, gouvernerent l'Egypte
en commun, devenu suspect à ses Col-
légues, fut relégué dans les Marais: &
l'Histoire, ancienne ne parle que des
fruits & des légumes que les Egyptiens
y recueilloient avec abondance. La Basse-
Egypte, comme le disoient les Prêtres, fut
donc toujours naturellement marécageuse.
Plusieurs des anciens Historiens &
Géographes, Diodore, Strabon, Pline,
Plutarque, &c. parlent, à la vérité,
des prétendus accroissemens de l'Egypte;
mais non comme d'un fait dont ils eus-
sent connoifsance, & ce n'est jamais que
d'après Herodote, dont ils s'appuient.
Sans doute que ce judicieux Ecrivain
quoiqu'il laisse appercevoir en une infi-
nité d'occasions un goût décidé pour
le merveilleux, n'eût pas donné dans
une méprise aussi grossiére, s'il ne se
fût mal-à-propos laissé éblouir par cette
fabuleuse antiquité, que les Prêtres cher-
(p) Her. L. 2. C. 137. 140. 151.
(4) Diod. L. 1. fect 2. p. 60. 40.
MAI. 1752.
1
choient tant à persuader.
Ils lui firent entendre qu'il s'étoit
écoulé dix mille ans depuis le Regne de
Ménès, jusqu'au tems où ils lui parloient;
en sorte qu'il ne pouvoit juger de ce
que son opinion avoit de déraisonnable:
il s'en seroit apperçû d'abord, s'il eût
sçû que le Regne de Ménès ne put être si,
xé qu'a l'an 1816; (r) c'est-à-dire, enviton
dix-sept Siécles avant son Voyage en
Egypte. Avec les connoissances que nous
avons, nous ne pouvons comme lui,
sans dessein prémédité, donner dans cet-
te supercherie des Prêtres.
Mais le desir d'enfanter des systèmes
singuliers, qui se trouve encore excité
aujourd'hui par le succès qui accompa-
gne fouvent les plus audacieux, enga-
ge les Auteurs à chercher de spécieuses
conséquences dans le désordre, où les
anciens Egyptiens avoient affecté de met.
tre leur Chronologie. Néanmoins ces
systèmes ne persuaderont jamais que ceux
qui voudront bien être trompés. Ce qui
reste de l'Histoire Egyptienne, sufsit pout
prouver la certitude de l'époque donnée
ici au Regne de Ménès, & pour dé-
montrer que le premier Empire des Egy-
(r) Art. Leg. vulg. 2188.
70 MERCURE DE FRANCE.
ptiens, (/) détruit par la Conquête de
Cambises, n'a duré que l'espace de sei-
ze-cens soixante-deux ans.
L'époque du Regne de Ménès une
fois établie, si on compare l'état où He-
rodote a vû ce Pays, avec ce qu'il a
toujours été depuis, on y trouvera en-
core une preuve invincible contre son
opinion.
Il prétend que du Regne de Ménès
au tems de son Voyage, le Nil avoit
reculé les bornes de l'Egypte, depuis
les Confins de la Thebaide, jusqu'à la
Mer, l'espace de sept journées de che-
min; il ajoute qu'il vit alors le Fleuve
se joindre à la Mer par sept Embou-
chures, () par deux entr'autres qu'il dési-
gne sous les noms de deux Villes bâties
alors très - près de ces deux Embouchu-
res; sçavoir, Peluse, située au Levant
du Delta, & Canope au Couchant.
Si le Nil, durant les dix-sept Sié-
cles qui ont précédé le Voyage d'He-
rodote en Egypte, avoit prolongé sur
l'emplacement de la Mer, les terres de
l'Egypte l'espace de sept journées de che-
min, comme il y a plus de deux mille
ans qu'il y a un Peluse & un Canope
(/) Du monde 3478. Art. Leg. vulg. 526.
(t) Her. L. 2. C. 15. 159.
MAI. 1752.
21
sur les bords de la Mer, les ruines de
Peluse & la Ville de Bochir ou Bequir
construite sur l'emplacement de Canope
devroient être actuellement dans les ter-
res à plus de huit journées de la Mer;
cependant elles en sont toujours aussi près
qu'il les y a vû.
En supposant même pour un moment,
ces tems immenses, dont parloient les
Egyptiens, & que cet accroissement de
sept journées de chemin à la Basse-Egy-
pte, eût été l'effet du débordement du
Nil, pendant dix mille ans, cette mê-
me partie de l'Egypte devroit, dans l'es-
pace de deux mille ans qui se sont écou-
lés, depuis le Siécle d'Herodote, avoir
été allongée par les mêmes débordemens,
d'environ une journée & demie de che-
min, ce qui surement n'est point arri-
vé: Elle a encore les bornes qu'Hero-
dote dit lui avoir vû, & que les Géo-
graphes qui ont écrit depuis & en dif-
térens Siècles, lui ont reconnu.
Il est donc bien constant, soit en
adoptant la fabuleuse Chronologie des
Egyptiens, ou en se reglant sur les tems
certains & connus, quon ne peut ap-
perce voit aucune apparence d'augmenta-
tion dans les terres de l'Egypte. Cette
question avoit déja été traitée, & il eût
12 MERCURE DE FRANCE.
été inutile de l'examiner plus à fond,
si après les premieres objections, on n'eût
de nouveau tiré de fausses conséquen-
ces de ce Passage d'Herodote; pour lui
donner plus de force, on l'appuie de
l'autorité d'Homere, qui néanmoins ne
paroît nulle part, avoir crû que la Basse-
Egypte fût un don du Nil. Cette ima-
gination conçuë par Herodote, est bien
moins ancienne qu'Homere, qui n'eût
point négligé d'orner son Poëme d'un
si surprenant évenement, s'il en eût eû
connoissance; (u) il est vrai qu'il fait dire
à Ménélas que l'Isse de Phare est éloi-
gnée de l'une des deux embouchures du
Nil, (x) d'autant de chemin qu'un Vaisseau,
avec un vent favorable, peut en faire
en un jour; il est encore vrai que plu-
sieurs des Anciens avoient regardé ce
Passage, comparé avec celui d'Herodote,
comme une preuve de l'accroissement du
Continent de l'Egypte.
Mais peut- on en inférer que dans
l'espace des quatre Siécles qui ont pré-
cédé Herodote, (y) tems qui s'est écoulé
entre Homere & lui, les terres de l'E-
(u) Hom. Odis. L. 4.
x) Str. L. 12. P. 536.
(y) Her. L. 2. C. 53.
MAI.
1752
23
gypte se soient prolongées jusques près
de l'Isse de Phare. Homere ne parle point
de la distance de cette Isse, à la rade
Rhacotis, qui y est opposée, & qui n'en
est qu'à huit à neuf cens pas, il dit que
pour arriver de l'lsse de Phare à une
embouchure du Nil, il falloit naviger
tout un jour; & il est aisé de montrer
par T'Histoire que Ménélas & tous ceux
qui vouloient aborder de cette Isse en Egy-
pte, étoient forcés de faire ce grand
détour, quoiqu'il n'y eût pat terre
que quatre lieues de l'Isse de Phare à
l'embouchure Canopique qui en est la
plus voisine.
(z) Les Anciens Egyptiens fermoient très-
exactement l'entrée de leur Pays, à tous
lesEtrangers; (a) & comme ils reconnurent
que la rade Rhacotis pouvoit faciliter
des descentes, ils en confiérent la garde
à des Bouviers, (b) qui par leur état, ne
quittoient jamais les bords de la Mer,
& qui devoient artaquer indistinctement
tous ceux qui prenoient terre sur certe
rade. Comme tout le butin restoit à
leur profit, ils remplissoient leur charge
(z) Her. L. 2 C. 91. 179.
(a) Diod. L. 1. sect. 2. p. 61.
(6) Str. L. 17. p. 792. 802.
24 MERCURE DE FRANCE.
avec une telle exactitude, & même avec
tant de cruauté, qu'aucun Voyageur
n'osoit en approcher.
Vers la fin du premier Empire, (c)
quelque tems avant la Conquête de Cam-
bises, les Egyptiens (d) permirent l'abord
de l'Egypte aux Etrangers; mais dans la
crainte de laisser prendre connoissance
de leurs usages, & pour être instruits
de tout ce qui entroit chez eux, ils ne
souffrirent point quon abordât ailleurs
que dans certains Ports, & la rade Rha-
cotis fut toujours gardée de la niême
taçon.
En sorte que tous les Vaisseaux étran-
gers, pour éviter la fureur des Bouviers,
gagnoient les embouchures du Nil: &
pour arriver de l'Isse de Phare à l'em-
bouchure Canopique, (e) il falloit, à cau-
se des rochers & des bancs de sable, qui
bordent la Côte, faire ce grand détour
dont parle Ménélas.
(f) Pline cite le passage d'Homere, & lui
fait dire qu'il y avoit vingt quatre heu-
res de navigation depuis l'Isse de Phare
(c) Diod. L. 1. sect. 2. p. 61.
(d) Her. L. 2. C. 154. & 178. &c.
e) Diod. L. 1. sect. 1. p. 27.
f) Plin. L. 2. C. 85. L. 5. C. 31. L. 13.
C 11.
jusqu'a
MAI.
1752.
25
jusqu'à Alexandrie; c'est-à- dire jusqu'à
la rade Rhacotis. Il est constant que ce
n'est point là le sens d'Homere. Pline
le fait parler comme il lui convient;
infidélité dont les citations de tous les
tems ne montrent que trop d'exemples.
Alexandrie dans l'état actuel de ses en-
virons, sembleroit plutôt donner quel-
que autorité à ceux qui veulent bien se
laisser tromper sur l'autorité d'Hero-
dote.
Cette Ville fut bâtie par Alexandre,
plus de cinq Siécles après Homere; elle
embrassoit tout le terrain qui se trouvoit
entre le Marais Mareotis & la Mer, en
y comprenant la rade Rhacotis. Les rui-
nes de cette ancienne Ville subsistent
encore aujourd'hui, mais elles sont à
quelque distance de la Mer, & les Nou-
veaux Habitans de cette Contrée ont
bâti une Ville sur ce terrain que la Mé-
diterranée couvroit du tems d'Alexan-
dre.
Il est nécessaire de remarquer que cet
accroissement des terres de l'Egypte ne
peut avoir été occasionné par la vase que
les inondations déposent. Si elles en
avoient été le principe, l'accroissement
devroit être bien plus sensible vers l'an-
cienne Canope, & sur toute la Côte du
26 MERCURE DE FRANCE.
Delta, par où les inondations s'écoulent
bien plus abondamment; cependant il
ny en a aucune trace.
Ce nouveau terrain, dont Alexandrie
s'est accrue, est l'effet de la dégradation
des travaux entrepris pour former les
deux Ports de cette Ville. Ils étoient
entre l'Isse de Phare & la rade Rhaco-
tis, (a) qui bordoit le Continent, & sé-
parés par une Digue, qui conduisoit
de l'Isse à la terre ferme. Cette Digue
pour laisser un libre passage aux eaux,
& les moyens de communiquer d'un Port
à l'autre, fut percée de deux Ponts;
mais ce monument digne des anciens Egy-
ptiens, fut en partie détruit lorsqu'Au-
guste, après la défaite d'Antoine, prit
Alexandrie; les sables s'étant depuis in-
sensiblement rassemblés contre cette Di-
gue, ont comblé une grande partie des
Ports, & formé l'emplacement où est
bâtie la Nouvelle Alexandrie.
C'est la seule augmentation qu'il y
ait au Sol de l'Egypte depuis le Siécle
d'Herodote, & encore elle n'est point
un don du Nil. Les autres Ports comblés,
& particulierement celui de Suès, nont
pû l'être par un effet du débordement,
(a) Str. L. 17. p. 792.
MAI.
1752.
27
mais par une suite de la négligence des
Egyptiens Modernes.
Ceux de nos Ports qui ne sont point
traversés par des Rivieres, n'ont-ils pas
continuellement besoin d'entretien? Ne
convient-on pas que si l'on négligeoit
celui de Marseille, il seroit bientot com-
blé ? Cependant il ne viendra pas dans
l'idée que notre Continent gagne sur
l'emplacement de la Mer.
Elle a toujours conservé les mêmes
bornes que la nature lui a données; si
quelquefois elle semble les changer, si dans
des momens d'excessive agitation elle les
couvre d'amas de sable, cen est que pour
un tems, bientôt de plus grandes ma-
rées, ou de violentes tempêtes remettent
toutes choses dans le premier état; & si
l'on apperçoit quelques changemens, ils
sont plutôt en diminution de la terre.
Le terrain de l'ancienne Carthage est sub-
mergé, parce que les travaux qu'on y avoit
fait, facilitoient l'entrée des eaux, &
il y a long-tems que la Hollande le se-
roit en grande partie sans les Digues,
& le travail assidu que ses Habitans oppo-
sent aux efforts des eaux.
Ainsi l'opinion d'Herodote est égale-
ment combattue, tant parce que les Prê-
tres lui disoient de l'ancien état de la
B ij
28 MERCURE DEFRANCE.
Basse Egypte, & par les traits historiques
qu'il rapporte lui-même, que par la com-
paraison de ce qui a dû à cet égard arri-
ver avant lui, avec ce qui s'est passé de-
puis; & enfin par l'examen de l'état des
lieux: de sorte que quand même il nen
conviendroit point, il ne seroit pas pos-
sible de douter que son opinion ne soit
entierement & uniquement à lui. Mais
il voudroit persuader que les Prêtres la
lui ont fait naître: C'est là ce qu'en bon-
ne critique on doit particulierement lui
reprocher, bien loin de se servir de cette
opinion si visiblement fausse, comme si
elle tiroit toure sa force des anciens E-
gyptiens; & cet apparent prodige, réduit
a sa juste valeur, ne peut donner aucu-
ne autorité aux systèmes qu'on a préten-
du en être la consequence.
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Résumé : DISSERTATION Sur un Passage d'Herodote, qui sert d'autorité à de nouveaux systèmes.
Hérodote, dans son second livre, décrit l'histoire des anciens Égyptiens en s'appuyant sur diverses sources, notamment des prêtres et des descendants de Grecs. Ses récits incluent des exagérations et des éléments merveilleux influencés par les traditions égyptiennes. Selon les prêtres de Memphis, la Basse-Égypte était un marais durant le règne de Ménès, à l'exception de la Thébaïde. Hérodote affirme que la Basse-Égypte était autrefois un golfe de la Méditerranée, formé par les dépôts de vase du Nil, une théorie critiquée pour sa contradiction avec les descriptions géographiques. Les prêtres égyptiens décrivaient la Basse-Égypte comme une région marécageuse traversée par le Nil, qui débordait régulièrement. Hérodote a mal interprété ces propos, affirmant que la Basse-Égypte était un golfe avant l'époque de Ménès. Les travaux de Ménès et de ses successeurs, comme Sésostris, montrent que la Basse-Égypte nécessitait des aménagements pour être habitée. La chronologie d'Hérodote, estimant dix mille ans entre Ménès et son époque, est contestée. Les historiens anciens comme Diodore et Strabon se basent sur Hérodote, mais l'état de l'Égypte observée par Hérodote n'a pas significativement changé, contredisant l'idée d'un recul du Nil. La région d'Alexandrie et la rade de Rhacotis étaient surveillées strictement par les Égyptiens. Les vaisseaux étrangers évitaient cette rade en raison des dangers marins. L'accroissement des terres en Égypte est attribué à la destruction des infrastructures portuaires plutôt qu'aux sédiments du Nil. Les ports, comme celui de Suès, sont comblés par la négligence humaine, nécessitant un entretien constant pour éviter d'être comblés. L'auteur critique la méthode employée par Hérodote pour former une opinion historique, basée sur les traits historiques personnels, la comparaison d'événements antérieurs et postérieurs, et l'analyse de l'état des lieux. Cette opinion est jugée non convaincante et fausse, ne trouvant pas de validation auprès des anciens Égyptiens.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13061
p. 29-30
LA RECRUE DE CUPIDON. VERS à Mesdemoiselles B**.
Début :
AMOUR voulant un jour lever Milice, [...]
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texteReconnaissance textuelle : LA RECRUE DE CUPIDON. VERS à Mesdemoiselles B**.
LA RECRUE DE CUPIDON.
VERS
à Mesdemoiselles B**.
AMOUR voulant un jour lever Milice,
Pour reussir s'y prit adtoitement.
Deux soeurs étoient, couple jeune & charmant,
L'aimable Laure & la fine Clarice.
Esprit, beauté, douceur, grace, enjouement,
Avoient toujours été leur appanage,
Et ne pouvez nommer quelque agrément
Qu'une des deux n'eût avec avantage.
Bon, dit l'Amour, de notre Regiment
Sans différer faisons-les Capitaines,
Et nous verrons avec empressement,
Cœurs à l'envi se soumettre à nos chaînes.
Que deux beautés ont de puissans attraits !
(Amour parloit en sage politique)
A leur aspect mille & mille Sujets
Viennent grossir la tendre Republique.
Si que leurs yeux firent plus de progrès
En un seul jour, qu'Amour avec ses traits
N'en auroit fait en dix ans de Recruë:
Avec plaisir le Dieu fait sa revuen
Et s'applaudit d'un si brillant succès.
Puis désirant assurer sa Conquête,
B iij
Digsinediv 200
30 MERCURE DE FRANCE.
Il les appelle, & renforçant sa voix,
Enfans, dit-il, écoutez bien mes loix,
Et qu'à les suivre, avec zéle on s'apprêto.
Laure & Clarice iront à votre tête
Et l'Espérance au front gay les suivra,
Vif enjouement les accompagnera.
Aux jeux, aux ris pour présenter requête,
Tout mécontent d'abord s'adressera,
Aree grand soin chacun éloignera
Libres discours ou propos malhonnete;
Soins & soupirs seront de cette fête
Tendre desir après eux marchera,
C'est du pla sic le fidéle interpréte,
A les goûter il vous enseignera,
Et le respect les assaisonnera.
Pour moi, toujours vous me verrez paroître
Aux lieux où Laure & Clarice seront,
Et dans les cœurs qui les approcheront,
Sans y manquer je me rendrai le maître,
Sur un point seul je me retrancherai;
Mon nom souvent effarouche une Belle,
Les approchant alors j'en changerai
Et tendre estime enfin me nommerai.
Mes loix pourtant n'en seront différentes
Sous autre nom le même je serai,
Perdrai le titre & jouirai des rentes.
L. DUTEMS, de Tours.
VERS
à Mesdemoiselles B**.
AMOUR voulant un jour lever Milice,
Pour reussir s'y prit adtoitement.
Deux soeurs étoient, couple jeune & charmant,
L'aimable Laure & la fine Clarice.
Esprit, beauté, douceur, grace, enjouement,
Avoient toujours été leur appanage,
Et ne pouvez nommer quelque agrément
Qu'une des deux n'eût avec avantage.
Bon, dit l'Amour, de notre Regiment
Sans différer faisons-les Capitaines,
Et nous verrons avec empressement,
Cœurs à l'envi se soumettre à nos chaînes.
Que deux beautés ont de puissans attraits !
(Amour parloit en sage politique)
A leur aspect mille & mille Sujets
Viennent grossir la tendre Republique.
Si que leurs yeux firent plus de progrès
En un seul jour, qu'Amour avec ses traits
N'en auroit fait en dix ans de Recruë:
Avec plaisir le Dieu fait sa revuen
Et s'applaudit d'un si brillant succès.
Puis désirant assurer sa Conquête,
B iij
Digsinediv 200
30 MERCURE DE FRANCE.
Il les appelle, & renforçant sa voix,
Enfans, dit-il, écoutez bien mes loix,
Et qu'à les suivre, avec zéle on s'apprêto.
Laure & Clarice iront à votre tête
Et l'Espérance au front gay les suivra,
Vif enjouement les accompagnera.
Aux jeux, aux ris pour présenter requête,
Tout mécontent d'abord s'adressera,
Aree grand soin chacun éloignera
Libres discours ou propos malhonnete;
Soins & soupirs seront de cette fête
Tendre desir après eux marchera,
C'est du pla sic le fidéle interpréte,
A les goûter il vous enseignera,
Et le respect les assaisonnera.
Pour moi, toujours vous me verrez paroître
Aux lieux où Laure & Clarice seront,
Et dans les cœurs qui les approcheront,
Sans y manquer je me rendrai le maître,
Sur un point seul je me retrancherai;
Mon nom souvent effarouche une Belle,
Les approchant alors j'en changerai
Et tendre estime enfin me nommerai.
Mes loix pourtant n'en seront différentes
Sous autre nom le même je serai,
Perdrai le titre & jouirai des rentes.
L. DUTEMS, de Tours.
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Résumé : LA RECRUE DE CUPIDON. VERS à Mesdemoiselles B**.
Le poème 'La Recrue de Cupidon' est dédié à Laure et Clarice, célèbres pour leur esprit, beauté, douceur, grâce et enjouement. Amour, désirant renforcer sa milice, les nomme capitaines pour attirer plus de sujets. Leur influence est si puissante qu'elles réalisent en un jour ce qu'Amour mettrait dix ans à accomplir. Amour leur dicte ses lois : elles dirigeront ses troupes avec l'Espérance et l'enjouement. Les mécontents devront se tourner vers elles pour les jeux et les rires, tandis que les discours malhonnêtes seront exclus. Les soins, les soupirs et le désir tendre seront interprétés par le plaisir, et le respect accompagnera ces sentiments. Amour promet de toujours être présent là où se trouvent Laure et Clarice, ainsi que dans les cœurs qui les approchent. Pour ne pas les effrayer, il changera son nom en 'tendre estime', tout en conservant ses lois et ses effets.
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13062
p. 31-48
MEMOIRE Adressé a l'Auteur du Mercure par l'Inventeur du Lithotome caché.
Début :
L'ANONYME qui a proposé le Lithotome caché ci-devant dans plusieurs [...]
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texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE Adressé a l'Auteur du Mercure par l'Inventeur du Lithotome caché.
MEMOIRE
Adressé a l'Auteur du Mercure par
l'Inventeur du Lithotome caché.
L'ANONYME qui a proposé le Lithotome
caché ci-devant dans plusieurs
occasions pour l'opération de la taille,
ayant promis aussi dans le Recueil* qu'il
a publié de toutes les pièces concernant
l'avantage de cet insttument pour la tail-
le, qu' il instruiroit le Public des évene-
mens & des progrès qui parviendroient
à sa connoissance fur cette matiere,
donne ici la seconde Liste des Malades
qui ont été taillés, depuis la pre-
miere qu'il a publiée dans le Mercure
de France 1751.
1. Le fils de Maître Pavillon, Mar-
chand Bonnetier à Ligny en Barois
Province de Lorraine, âgé de cinq ans
a été taillé le 10. Mars 1751, &
gueri.
2. Le fils de Maître Noel, Marchand
* Page 98. ce Recueil se vend chez d'Hloury
fils, Libraire, tue de la Bouclerie, à Paris.
B iiij
Digirzes beOO
32 MERCURE DEFRANCE.
Pelletier à Ligny en Barois, âgé d'en-
viron cinq ans, a été taillé le 10. du
mois d'Avril 1751, & gueri.
3. M. Desert, Prêtre, on n'a point
marqué son âge, natif du Bourg de Void,
à 3. lieues de Ligny en Barois, a été,
taillé au même lieu le 26. du mois de
Mai 1751. Ce malade se trouva gueri
de son opération vers le huitième jouc
après : Le Chirurgien lui ayant permis de
se levet, il passa & demeura plusieurs
heures dans une chambre froide & hu-
mide; ce séjour lui donna un frisson qui
fut suivi de plusieurs autres qui dégéné-
rerent en fluxion de poitrine avec cra-
chement de sang, ce qui le conduisit au
tombeau en 6. ou 7. jours, malgré tous
les secours qu'on y apporta. La mort de
ce malade n'a aucune relation à son opé-
ration, dont il étoit déja gueri & cicatri-
sé, suivant le certificat du Chirurgien
qui avoit été chargé de son pansement.
4. Clande Morillot âgé de 13. ans,
Habitant natif du Village de Naix, à
quelques lieues de Ligny en Barois.
Charles l'Héricot âgé de 5. ans,
du Village de Vélaine', près Ligny en
Parois.
6°. Antoine Dusau de la Ville de Li-
gny en Barois, (l'âge de celui-ci n'est
MAI.
1752.
33.
point marqué) ont été taillés tous les
trois le 13. Juillet 1751. à Ligny, &
gueris.
7°. Marguerite Bertrand âgée de dix
ans, fille de Mr. Bertrand, Chapelier
à Ligny en Barois, a été taillée le 10.
du mois d'Août, & guerie aussi Ces 7.
ont été taillés par M. Cambone, Chirur-
gien major du Regiment de Caraman
Dragons; cet habile Chirurgien est pré-
sentement à la suite de son Regiment.
8°. Bernard Christophe âgé de 4. ans,
fils de Jean Christophe, Brasseur à- Saint
Michel ou Saint Miel en Lorraine, a été-
taillé le 28. Août 1751. par Monsieur
Dezoteux, Chirurgien major du Regiment
du Monstier Cavalerie, en garnison au-
même endroit.
Tous ces huit ont été taillés dans la
situation horisontale, prescrite dans le
Recueil ci dessus, chez d'Houry 1751.
9. Maurice Lavillier, âgé de 15. ans,
a été taillé le 20. Mai 1751, dans l'Hô-
pital de la Charité à Paris, & fut gueri
en huit jours par M. Lesne, Substitut
du Chirurgien major du même Hôpital:
Ce célebre Chirurgien assûre dans une
lertre qu'ilnous a fait l'honneur de nous
ecrire sur ce sujet, qu'il se détermina à
se servir du Lithotome caché; pour sa-
Bv.
34 MERCURE DEFRANCE.
tisfaire au desir de M. de la Martiniere,
premier Chirurgien du Roi, qui étoit
présent, & qui avoit conçu beaucoup d'es-
time pour cet Instrument aussi-bien que
lui-même.
10°. M. Lesne tailla encore quelques
jours après dans le même Hôpital Mre.
Nicolas Cuquias Curé de Saint Maurice
au Diocèse de Sens, âgé de 60. ans. Ce
malade mourut dix-huit jours après son
opération. M. Lesne marque dans sa lettre
citée ci-dessus, que la pierre qu'il tira,
étoit d'un volume considérable, que néan-
moins il la tira aisément. Ce malade eut
pour accident une hemoragie produite
par une branche de la honteuse interne
plus grosse dans ce sujet qu'elle ne se
trouve ordinairement. La cause de sa
mort ne fut cependant qu'un gros rhûme
avec beaucoup de fièvre qui lui survint
neuf jours après l'opération. M. Lesne ou-
vrit son Cadavre, & reconnut par le
mauvais état du Poumon, qu'il étoit mort
d'une fluxion de Poitrine; n'ayant rien
trouvé du côté de l'opération, qui ne fût
en très-bon état. Quoiqu'il en soit, ajoûte
M. Lesne dans sa lettre citée ci-dessus,
cet evenement ne diminue rien en moi de
ta bonne opinion que pai du Lithotome ta-
che.
MAI. 1752.
35.
11°. Baptiste Forêt, âgé de 18. ans,
du Pays de Bresse, a eté taillé à l'Hô-
tel-Dieu de Lyon, dans le mois de Mai
1751. & gueri.
12. Joseph Perset âgé de 28. ans,
du Village de Brignais dans le Lyonnois
a été taillé dans le mois de Mai, à l'Hô-
tel-Dieu de Lyon. Cette opération fut
fuivie d'une grande hémoragie que le
Chirurgien attribue à la section d'une
artere qu'il nomme Bulbo caverneuse. Il
fit usage des moyens qui lui étoient con-
nus pour s'opposer à cet accident; mais
ces moyens ne lui ayant point reussi,
il eut recous au Bourdonnet trempé dans
le bûcre d'Antimoine qu'il porta sur le
vaisseau ouvert, à la faveur de la goû-
tiere d'un gorgeret; cet expédient lui
téussit; mais il causa des accidens qui pen-
ferent faire perir le malade, tels qu une
grande inflammation, hoquet, délire,
& c Ce malade néanmoins surmonta tout,
& sortit de l'Hôtel-Dieu en bonne santé
excepté que sa playe resta fistuleuse. M.
Ponteau Chirurgien major de la Maison,
qui a taillé aussi le précédent, & qui jouit
à Lyon d'une grande réputation, ajoûte
dans un détail qu'il nous en a donné
par une lettre, qu'il lui est arrivé pa-
reille hémoragie dans plusieurs autres oc-
B. vi
Digisteres vOO
36 MERCURE DE FRANCE.
casions, par sa méthode particuliere,
qu'il les avoit arrêtées par le même re-
mede, sans que les malades fussent res-
tés fistuleux, & qu'il n attribue cet ac-
cident, dans le cas dont il s'agit, qu'aux
aspérités fort longues, dont la surface
d'une grosse pierre qu'il lui tira étoit hé-
rissée; qu'au surplus, il n'attribue point
l'accident de l'hémoragie comme propre
au Lithotome caché dont il s'est servi,
parce qu'elle lui est arrivée de même d'au-
trefois pat une autre méthode.
13. Ce même Chirurgien a taillé dans
le mois de Septembre suivant dans le mê-
me Hôtel-Dieu, la fille d'un Pêcheur
de Mâcon, âgée de 12. ans, & guerie
aussi.
14. Nicolas Buzé âgé de 22. ans, a
été taillé à Reims le 15. du mois de Juin
1751, par M. Muzeux, Lieutenant du
premier Chirurgien du Roi, & Chirur-
gien major de l'Hôtel-Dieu de la même
Ville; cet habile Chirurgien affure que,
quoique ce malade fût d'un fort mauvais
temperamment, il est parfaitement gueri
sans aucun accident.
15°. M. Muzeux a encore taillé le 4.
du mois de Janvier 1752, dans la mê-
me Ville de Reims, lo nommé Herbé,
Jardinior, âgé de 28. ans, souffrant de-
MAI.
1752.
37
puis 20, ans; la pierre étoit fort grosse;
le malade a été gueri dans 23. jours, mal-
gré l'état d'astrophie, où les excessives
douleurs l'avoient réduit. On voit par cet
Article, que le choix des saisons n est pas
nécessaire à cette méthode, on n'a point
marqué dans quelle situation on a taillé
ces sept derniers.
16°. Denis Fleuret âgé de 25. ans, a
été taillé chez lui, au Village de Bessan-
court, dans la Vallée d'Anguin, le 21.
du mois de Mai 1751.
17. Agnan Petit, Vigneron, âgé de
42. aus, a été taillé le 20. du mois d'Oc-
tobre 1751, à Villiers dans la Brie, à
une lieue de Saint Maur, & parfaite-
ment gueri sans aucun accident ni pan-
sement.
18°. Le fils de Louis Cordier, Vi-
gneron au Village d'Anery près Pontoise,
agé de onze ans, a été taillé le 13. du
mois de Septembre 1751. gueri sans au-
cun pansement ni accident.
19. Le fils de François Tellier, du-
Village d'Orimaux, à trois lieues d'Amiens-
en Picardie, âgé de six ans, a été taillé
au Fauxbourg de Laumône à Pontoise
le 13. Septembre 1751, gueri sans pan-
tement ni accident. Il fut en état de re-
Digires bOO
38 MERCURE DE FRANCE.
tourner dans son Pays le 29. du même
mois.
20. Tartarin, Vigneron au Bourg d'Ar-
genteuil près Paris, âgé de 52. ans, a été
taillé le 5 du mois de Novembre 1751,
gueri sans pansenient ni accident.
21. Le fils d'Angot, Vigneron au
Bourg d'Argenteuil, agé de 4. ans, a
été taillé le 15. de Mars 1751, & gueri
sans aucun pansement ni accident.
220. Le fils de Demay, Vigneron au
Village d'Auvers près Pontoise, âgé de
23. ans, a été taillé le 3. du mois de
Février 1752. gueri.
23°. Le fils de Philipes Jupin, Vigne-
ron au Faubourg Notre- Dame à Pon-
toise, âgé de 4. ans, a été taillé le 4.
du mois de Février 1752, & gueri sans,
pansement ni accident.
Ces huit derniers ont tous été taillés-
dans la situation horisontale.
Nous observons encore ici qu'outre
les huit derniers de cette Liste qui sont
bien gueris sans aucun pansement, il y
en a aussi cinq dans la premiere Liste,,
qui a été publiée dans le Journal des Sça-
vans du mois de Janvier 1751, qui étoient
gueris sans aucun pansement. Voyez les-
NS. L. 2. 3. 5. & 6. de cette Liste,
MAI.
1752. | 39
Elle se trouve aussi dans le Mercure de
Février de la même année; ce qui fait
en tout le nombre de treixe.
Dans la Liste du Mercure ci-dessus,
on y indiqua aussi les Chirurgiens de dif-
férens endroits qui se servent du Litho-
tome caché; il ny avoit pour Paris en-
core alors que M. la Roche, mais M.
Lesne en a augmenté le nombre.
Nous ajoûtons pour la Ville d'Angers,
Messieurs Mopilliers qui sont deux fre-
res d'un grand mérite, tant pour la taillo
que pour toutes les autres opérations de
la Chirurgie les plus délicates, & les plus
difficiles.
Le même Anonyme qui a fourni ces
deux Listes, s'est engagé dans la première,
Journal des Sçavans, Janvier 1751,
pag. 42. in.4. qu'il donneroit des Ob-
servations dans la suite, pour prouver
qu'il étoit plus avantageux de ne point
panser les malades opérés avec le Litho-
tome caché, que de les panser. Voicy
ses Observations.
On doit considérer l'opération de la
taille faite avec le Lithotome ci-dessus,
comme une playe simple aussi-tôt après
Pextraction de la pierre hors de la vessie;
ainsi cette playe n'a plus d'autre indica-
ton curative que celle de la réunion.
40 MERCURE DEERANCE.
Ce Principe incontestable une fors
établi, on va prouver par plusieurs faits
& par quelques courtes réflexions, qu'il.
qu'il n'est pas nécessaire de panser la
playe des malades qu'on a taillés avec.
le Lithotome caché; mais même que le
pansement s'oppose à leur guerison. Voi-
ci les faits.
Un Chirurgien s'étant transporté à la-
campagne pour y tailler trois malades à
un mois ou environ de distance les uns
des autres, à des lieux différens, ne pou-
vant panser par lui-même ses malades,
fut obligé d'en remettre le soin au Chi-
rurgien du lieu le plus voisin de chaque
malade. Ces trois malades furent pansés
par un Chirurgien différent chacun; &
tous les. trois furent près de deux mois
sans être finis de guerir, quoiqu'il ny
eût eû aucun accident à la suite de l'opé-
ration: on suivoit pour les pansemens,
la maniere ordinaire avec le double T.
Plumaceau garni de supuratif, Compres-
ses unissantos, & les Chirurgiens rendoient
compte chacun de leur côté par lettres à
celui qui avoit taillé les malades, & sui-
voient exactement ce qu'il leur prescri-
voit par ses réponses; malgré l'exactitude
dont on usoit de part & d'autre, la fin
de la guerison n arrivoit point, & Lun-
MAI.
1752. 41
des trois fut plus de deux mois avant
d'être entierement gueri.
Ces évenemens qui par leur longueur
étoient devenus fatiguans & desagréables
pour le Chirurgien qui avoit taillé les
malades, d'autant plus qu'ils étoient tous
pauvres, & hors d'état de subvenir aux
besoins les plus essentiels, le porterent
à refléchir sur ce qui pouvoit être la vé-
ritable cause qui avoit ainsi retardé la
guerison de ses malades.
Il imagina que le séjour seul des uri-
nes dans tout le trajet de la playe pou-
voit fort bien produire cet effet, & que
ce séjour étoit occasionné par l'appareil
qu'on mettoit sur la playe, qui soutenu
pat le bandage ordinaire, retenoit toujours
une partie de l'urine dans cette playe; que
cette urine retenue délayoit par son séjour
la viscosité des sucs nourriciers qui étoient
destinés à la réunion de la playe.
Cette idée sur le mauvais effet du sé-
jour des urines dans la playe de la tail-
le se fortifia encore en lui, en se rap-
pellant qu'il avoit vû autrefois en tra-
vaillant à l'Hôtel-Dieu de Paris, qu'il
s'y rencontroit des malades après l'opéra-
tion de la taille, dont les urines étoient
si âcres, qu'elles excorioient les bords de
la playe, les environs, & même tout son
Digires baOO
42 MERCUREDE FRANCE.
trajet, jusques dans la vessie; que ces ma-
lades ne guerissant point à la suite de plu-
sieurs mois de pansement, quoique sou-
vent leur santé parût meilleure d'ailleurs,
on se détermina à abandonner la guerison
de leur playe à la nature seule, en cessant
de les panser: On voyoit ensuite les playes
de ces malades, après quelques jours d'a-
bandon, qui commençoient à devenis
mieux, & qui guerissoient peu à peu, &
souvent douze ou quinze jours suffisoient
pour terminer leur guerison.
Toutes ces réflexions lui ayant paru
bien fondées, lui firent prendre la résolu-
tion de ne point panser les malades qu'il
pouvoit avoir occasion de tailler dans la
suite. Enfin ces occasions s'étant présen-
tées, il exécuta fon projet, & il eut la
satisfaction de le voir reussir. Le premier
à qui il fit l'opération, fut gueri en moins
de vingt jours sans aucun pansement. Cet
heureux succès qui suivit le premier essai,
l'enhardit pour l'avenit; de sorte qu'il n'a
point hésité pour tenir la même conduite
sur treize de suite, sans égard aux saisons
ni aux différens âges; dans ce nombre il
y en a depuis deux ans & demi, jusqu'à
cinquante-deux ans, ainsi qu'on le
peut voir dans la Liste.
Les urines de tous ces malades sans
Digsiued vdO
MAI. 1752.
43
exception, ont cessé de passer par la playe
au-dessous du vingrième jour après l'opé-
ration, & même à la plupart au-dessous
du quinziéme.
Il est à propos de remarquer en passant
que les succès prompts & heureux de ces
treize malades, ne sçauroient être attri-
bués ni à l'exactitude des soins qu'on leur
donnoit, ni à leur opulence. Tous étoient
pauvres, mal couchés, & excepté quel-
ques uns, ils manquoient presque du né-
cessaire.
Aucun de tous ces malades na étê sai-
gné avant ni après l'opération. On ne s'est
point servi d'embrocation, ni de fomen-
tation; on les a seulement tous purgés,
excepré un qui ne l'a point été du tout:
la veille de l'opération on leur a aussi don-
né quelquefois des lavemens.
Le regime qu'on leur a fait obferver
pendant les deux ou trois premiers jours,
consistoit à boire beaucoup d'eau de grai-
ne de lin; & pour toute nourriture, une
eau legere avec le veau, dont ils prenoient
comme un bouillon ordinaire de quatre en
quatre heures. Après ces premiers jours,
on augmentoit peu-à-peu la force de ce
bouillon, & on diminuoit à proportion
la quantité de la boisson.
Après l'exposition simple qu'on vient
MeN VO
44 MERCURE DE FRANCE.
de mettre sous les yeux des Lecteurs, de
seize malades qui ont été taillés avec le
Lithotome cache par un seul Chirurgien,
nous croyons indispensable d'y ajoûter les
réflexions suivantes.
Tous les seize malades ont gueri sans au-
cun des accidens qui ont coutume d'arriver
dans la plûpart des autres méthodes ordi-
naires de tailler; mais les trois premiers ont
été seulement long-tems à guerir, & on
les pansoit: les treize derniers sont gueris-
promptement, on ne les a point pansés;
Iun de ces treizé a été taillé pour la fe-
conde fois, & est un des trois premiers
qui fut le plus long à guerir lorsqu'il fut
taillé la première fois. L'uniformité dans
la promptitude de la guérison de treize
malades de suite sans pansement, compa-
rée à celle de trois qui les ont précédés
avec pansement, ne peut être attribuée
au hazard: car si cela étoit, il n'y auroit
1 en dans la vie qu'on n'y dût rapporter.
Ils ont tous été opérés de la même façon,
tous ont été exempts d'accidens, mais
lè pansement seul y a mis de la différence;
donc que le pansement est plus con-
traire à la guerison qu'il n'y est néces-
saire.
Nous avons déja fait remarquer que
nous croyons que le séjour de l'urine dans
MAI.
1752.
45
de trajet de la playe, étoit la véritable
cause qui s'opposoit à sa réunion: Nous
ajoûrerons ici que nous considérons l'uri-
ne dans la playe de la taille, à titre de
corps étranger, mais plus ou moins nui-
sible, suivant qu'elle est plus ou moins
âcre. Suivant cette idée déja confirmée par
ce succès, nous ne faisons aucune diffi-
culté d'attribuer la longueur de la gueri-
son des trois premiers, aux seuls panse-
mens, & nous croyons en même tems
être autorisés à proposer cet exemple pour
regle de ne point panser.
Au surplus nous déclarons en même
tems que nous n'entendons point parler
des inconvéniens des pansemens à la suite
de l'opération de la taille, que de celle
qui se fait avec le Lithotome caché.
De plus nous estimons qu'indépendam-
ment d'un grand nombre d'inconvéniens
qui résultent des embarras de deux & quel-
quefois trois pansemens par chaque jour,
à la suite de cette opération, & dont
nous ne parlerons point ici; celui de re-
tenir toujours une partie des urines dans
le trajet de la playe, est le plus grand :
car la vessie, quoique malade, conserve
toujours l'urine pendant un certain tems
plus ou moins long, avant de l'expulser
au dehors, & quoique cette urine soit
46 MERCURE DE FRANCE.
obligée de passer par tout le trajet de la
playe, elle n'y séjourne cependant point,
si elle ne s'y trouve retenue.
Or c'est précisément ce que le pan-
sement qu'on a coutume de faire à cette
playe, fait en s'opposant directement à sa
sortie.
Outre cet inconvénient inévitable que
le pansement produit, il est encore la
cauie d'un autre qui mérite beaucoup d'at-
tention; c'est l'écartement que les urines
causent aux levres de la playe par la re-
sistance que l'appareil du pansement opose
à leur sortie, lorsque les ressorts de la
vessie les pousse au dehors. On conçoit
aisément que ce dernier accident ne peut
manquer d'atriver, lorsqu'on sçait que les
fluides font un effort égal en tous sens,
dans les capacités qui les compriment de
toute part.
De ces deux inconvéniens purement
méchaniques que les pansemens produi-
sent toujours, que n'arrivera-t. il pas tou-
tes les fois qu'ils se trouveront associés
avec un troisieme qui ne mérite pas moins
d'attention, & qui est souvent la vérita-
ble cause des fistules qui succedent à cette
opération: c'est l'âcreté & la corrosion
des urines qui rongent & ulcerent, non
seulement la playe, mais même toute la
MAI. 1752.
4
peau au dehors, pendant que l'appareil
des pansemens les y retient, ainsi que
nous l'avons déja remarqué dans les Hô-
pitaux.
Nous ajoûterons encore ici qu'il est
à présumer que dans toutes les méthodes
de tailler qui se pratiquent, par le col
de la vessie, on a eû pour but princi-
pal dans le pansement, de s'opposer à la
sortie de l'urine par la partie de la playe
qui regne depuis l'uretre jusqu au dehors,
en l'obligeant de reprendre sa route na-
turelle, & procurer par ce moyen, une
réunion plus prompte de cette partie de la
playe, que si l'urine avoit la liberté d'y
passer sans aucune resistance.
Nous ne nous attacherons point ici à
résoudre un problême qui est de sçavoir
s'il est aussi avantageux dans d'autres mé-
thodes que dans la nôtre, de faire effort
pour procurer promptement le passage des
urines par la voye ordinaire, en com-
primant la playe extérieure par un appa-
reil; & s'il n'est pas aussi dangereux de
retenir toujours par cette compression une
partie de l'urine, qui ne peut être expul-
sée dans le trajet de la playe, qui regne
depuis la vessie jusqu'à l'endroit de la
courbure de l'uretre où elle finit. Nous
nous bornerons à notre objet à cet égard,
48 MERCURE DE FRANCE.
puisqu'il est démontré par les preuves que
nous venons de donner, que dans celle
que l'on fait avec le Lithotome caché, il est
préférable de laisser libre l'écoulement des
urines par la playe chaque fois que la vel-
sie s'en décharge, afin que cette playe
demeure ensuite à sec, pendant l'inter-
valle d'un passage à l'autre.
La comparaison des trois premiers qui
ont été pansés, avec les treize qui ne l'ont
pas été, ne laisse rien à désirer sur ce
sujet.
Nous ne disons rien pour le cas où
la playe se trouveroit compliquée, aucun
de ces cas n'étant point arrivé encore
en notre présence: D'ailleurs ces com-
plications, quand elles se rencontrent
ne peuvent avoir rien qui ne soit com-
mun à toutes les méthodes de tailler;
ce qui a donné lieu aux grands Maîtres
de traiter ces cas à fond dans leurs Ou-
vrages.
Adressé a l'Auteur du Mercure par
l'Inventeur du Lithotome caché.
L'ANONYME qui a proposé le Lithotome
caché ci-devant dans plusieurs
occasions pour l'opération de la taille,
ayant promis aussi dans le Recueil* qu'il
a publié de toutes les pièces concernant
l'avantage de cet insttument pour la tail-
le, qu' il instruiroit le Public des évene-
mens & des progrès qui parviendroient
à sa connoissance fur cette matiere,
donne ici la seconde Liste des Malades
qui ont été taillés, depuis la pre-
miere qu'il a publiée dans le Mercure
de France 1751.
1. Le fils de Maître Pavillon, Mar-
chand Bonnetier à Ligny en Barois
Province de Lorraine, âgé de cinq ans
a été taillé le 10. Mars 1751, &
gueri.
2. Le fils de Maître Noel, Marchand
* Page 98. ce Recueil se vend chez d'Hloury
fils, Libraire, tue de la Bouclerie, à Paris.
B iiij
Digirzes beOO
32 MERCURE DEFRANCE.
Pelletier à Ligny en Barois, âgé d'en-
viron cinq ans, a été taillé le 10. du
mois d'Avril 1751, & gueri.
3. M. Desert, Prêtre, on n'a point
marqué son âge, natif du Bourg de Void,
à 3. lieues de Ligny en Barois, a été,
taillé au même lieu le 26. du mois de
Mai 1751. Ce malade se trouva gueri
de son opération vers le huitième jouc
après : Le Chirurgien lui ayant permis de
se levet, il passa & demeura plusieurs
heures dans une chambre froide & hu-
mide; ce séjour lui donna un frisson qui
fut suivi de plusieurs autres qui dégéné-
rerent en fluxion de poitrine avec cra-
chement de sang, ce qui le conduisit au
tombeau en 6. ou 7. jours, malgré tous
les secours qu'on y apporta. La mort de
ce malade n'a aucune relation à son opé-
ration, dont il étoit déja gueri & cicatri-
sé, suivant le certificat du Chirurgien
qui avoit été chargé de son pansement.
4. Clande Morillot âgé de 13. ans,
Habitant natif du Village de Naix, à
quelques lieues de Ligny en Barois.
Charles l'Héricot âgé de 5. ans,
du Village de Vélaine', près Ligny en
Parois.
6°. Antoine Dusau de la Ville de Li-
gny en Barois, (l'âge de celui-ci n'est
MAI.
1752.
33.
point marqué) ont été taillés tous les
trois le 13. Juillet 1751. à Ligny, &
gueris.
7°. Marguerite Bertrand âgée de dix
ans, fille de Mr. Bertrand, Chapelier
à Ligny en Barois, a été taillée le 10.
du mois d'Août, & guerie aussi Ces 7.
ont été taillés par M. Cambone, Chirur-
gien major du Regiment de Caraman
Dragons; cet habile Chirurgien est pré-
sentement à la suite de son Regiment.
8°. Bernard Christophe âgé de 4. ans,
fils de Jean Christophe, Brasseur à- Saint
Michel ou Saint Miel en Lorraine, a été-
taillé le 28. Août 1751. par Monsieur
Dezoteux, Chirurgien major du Regiment
du Monstier Cavalerie, en garnison au-
même endroit.
Tous ces huit ont été taillés dans la
situation horisontale, prescrite dans le
Recueil ci dessus, chez d'Houry 1751.
9. Maurice Lavillier, âgé de 15. ans,
a été taillé le 20. Mai 1751, dans l'Hô-
pital de la Charité à Paris, & fut gueri
en huit jours par M. Lesne, Substitut
du Chirurgien major du même Hôpital:
Ce célebre Chirurgien assûre dans une
lertre qu'ilnous a fait l'honneur de nous
ecrire sur ce sujet, qu'il se détermina à
se servir du Lithotome caché; pour sa-
Bv.
34 MERCURE DEFRANCE.
tisfaire au desir de M. de la Martiniere,
premier Chirurgien du Roi, qui étoit
présent, & qui avoit conçu beaucoup d'es-
time pour cet Instrument aussi-bien que
lui-même.
10°. M. Lesne tailla encore quelques
jours après dans le même Hôpital Mre.
Nicolas Cuquias Curé de Saint Maurice
au Diocèse de Sens, âgé de 60. ans. Ce
malade mourut dix-huit jours après son
opération. M. Lesne marque dans sa lettre
citée ci-dessus, que la pierre qu'il tira,
étoit d'un volume considérable, que néan-
moins il la tira aisément. Ce malade eut
pour accident une hemoragie produite
par une branche de la honteuse interne
plus grosse dans ce sujet qu'elle ne se
trouve ordinairement. La cause de sa
mort ne fut cependant qu'un gros rhûme
avec beaucoup de fièvre qui lui survint
neuf jours après l'opération. M. Lesne ou-
vrit son Cadavre, & reconnut par le
mauvais état du Poumon, qu'il étoit mort
d'une fluxion de Poitrine; n'ayant rien
trouvé du côté de l'opération, qui ne fût
en très-bon état. Quoiqu'il en soit, ajoûte
M. Lesne dans sa lettre citée ci-dessus,
cet evenement ne diminue rien en moi de
ta bonne opinion que pai du Lithotome ta-
che.
MAI. 1752.
35.
11°. Baptiste Forêt, âgé de 18. ans,
du Pays de Bresse, a eté taillé à l'Hô-
tel-Dieu de Lyon, dans le mois de Mai
1751. & gueri.
12. Joseph Perset âgé de 28. ans,
du Village de Brignais dans le Lyonnois
a été taillé dans le mois de Mai, à l'Hô-
tel-Dieu de Lyon. Cette opération fut
fuivie d'une grande hémoragie que le
Chirurgien attribue à la section d'une
artere qu'il nomme Bulbo caverneuse. Il
fit usage des moyens qui lui étoient con-
nus pour s'opposer à cet accident; mais
ces moyens ne lui ayant point reussi,
il eut recous au Bourdonnet trempé dans
le bûcre d'Antimoine qu'il porta sur le
vaisseau ouvert, à la faveur de la goû-
tiere d'un gorgeret; cet expédient lui
téussit; mais il causa des accidens qui pen-
ferent faire perir le malade, tels qu une
grande inflammation, hoquet, délire,
& c Ce malade néanmoins surmonta tout,
& sortit de l'Hôtel-Dieu en bonne santé
excepté que sa playe resta fistuleuse. M.
Ponteau Chirurgien major de la Maison,
qui a taillé aussi le précédent, & qui jouit
à Lyon d'une grande réputation, ajoûte
dans un détail qu'il nous en a donné
par une lettre, qu'il lui est arrivé pa-
reille hémoragie dans plusieurs autres oc-
B. vi
Digisteres vOO
36 MERCURE DE FRANCE.
casions, par sa méthode particuliere,
qu'il les avoit arrêtées par le même re-
mede, sans que les malades fussent res-
tés fistuleux, & qu'il n attribue cet ac-
cident, dans le cas dont il s'agit, qu'aux
aspérités fort longues, dont la surface
d'une grosse pierre qu'il lui tira étoit hé-
rissée; qu'au surplus, il n'attribue point
l'accident de l'hémoragie comme propre
au Lithotome caché dont il s'est servi,
parce qu'elle lui est arrivée de même d'au-
trefois pat une autre méthode.
13. Ce même Chirurgien a taillé dans
le mois de Septembre suivant dans le mê-
me Hôtel-Dieu, la fille d'un Pêcheur
de Mâcon, âgée de 12. ans, & guerie
aussi.
14. Nicolas Buzé âgé de 22. ans, a
été taillé à Reims le 15. du mois de Juin
1751, par M. Muzeux, Lieutenant du
premier Chirurgien du Roi, & Chirur-
gien major de l'Hôtel-Dieu de la même
Ville; cet habile Chirurgien affure que,
quoique ce malade fût d'un fort mauvais
temperamment, il est parfaitement gueri
sans aucun accident.
15°. M. Muzeux a encore taillé le 4.
du mois de Janvier 1752, dans la mê-
me Ville de Reims, lo nommé Herbé,
Jardinior, âgé de 28. ans, souffrant de-
MAI.
1752.
37
puis 20, ans; la pierre étoit fort grosse;
le malade a été gueri dans 23. jours, mal-
gré l'état d'astrophie, où les excessives
douleurs l'avoient réduit. On voit par cet
Article, que le choix des saisons n est pas
nécessaire à cette méthode, on n'a point
marqué dans quelle situation on a taillé
ces sept derniers.
16°. Denis Fleuret âgé de 25. ans, a
été taillé chez lui, au Village de Bessan-
court, dans la Vallée d'Anguin, le 21.
du mois de Mai 1751.
17. Agnan Petit, Vigneron, âgé de
42. aus, a été taillé le 20. du mois d'Oc-
tobre 1751, à Villiers dans la Brie, à
une lieue de Saint Maur, & parfaite-
ment gueri sans aucun accident ni pan-
sement.
18°. Le fils de Louis Cordier, Vi-
gneron au Village d'Anery près Pontoise,
agé de onze ans, a été taillé le 13. du
mois de Septembre 1751. gueri sans au-
cun pansement ni accident.
19. Le fils de François Tellier, du-
Village d'Orimaux, à trois lieues d'Amiens-
en Picardie, âgé de six ans, a été taillé
au Fauxbourg de Laumône à Pontoise
le 13. Septembre 1751, gueri sans pan-
tement ni accident. Il fut en état de re-
Digires bOO
38 MERCURE DE FRANCE.
tourner dans son Pays le 29. du même
mois.
20. Tartarin, Vigneron au Bourg d'Ar-
genteuil près Paris, âgé de 52. ans, a été
taillé le 5 du mois de Novembre 1751,
gueri sans pansenient ni accident.
21. Le fils d'Angot, Vigneron au
Bourg d'Argenteuil, agé de 4. ans, a
été taillé le 15. de Mars 1751, & gueri
sans aucun pansement ni accident.
220. Le fils de Demay, Vigneron au
Village d'Auvers près Pontoise, âgé de
23. ans, a été taillé le 3. du mois de
Février 1752. gueri.
23°. Le fils de Philipes Jupin, Vigne-
ron au Faubourg Notre- Dame à Pon-
toise, âgé de 4. ans, a été taillé le 4.
du mois de Février 1752, & gueri sans,
pansement ni accident.
Ces huit derniers ont tous été taillés-
dans la situation horisontale.
Nous observons encore ici qu'outre
les huit derniers de cette Liste qui sont
bien gueris sans aucun pansement, il y
en a aussi cinq dans la premiere Liste,,
qui a été publiée dans le Journal des Sça-
vans du mois de Janvier 1751, qui étoient
gueris sans aucun pansement. Voyez les-
NS. L. 2. 3. 5. & 6. de cette Liste,
MAI.
1752. | 39
Elle se trouve aussi dans le Mercure de
Février de la même année; ce qui fait
en tout le nombre de treixe.
Dans la Liste du Mercure ci-dessus,
on y indiqua aussi les Chirurgiens de dif-
férens endroits qui se servent du Litho-
tome caché; il ny avoit pour Paris en-
core alors que M. la Roche, mais M.
Lesne en a augmenté le nombre.
Nous ajoûtons pour la Ville d'Angers,
Messieurs Mopilliers qui sont deux fre-
res d'un grand mérite, tant pour la taillo
que pour toutes les autres opérations de
la Chirurgie les plus délicates, & les plus
difficiles.
Le même Anonyme qui a fourni ces
deux Listes, s'est engagé dans la première,
Journal des Sçavans, Janvier 1751,
pag. 42. in.4. qu'il donneroit des Ob-
servations dans la suite, pour prouver
qu'il étoit plus avantageux de ne point
panser les malades opérés avec le Litho-
tome caché, que de les panser. Voicy
ses Observations.
On doit considérer l'opération de la
taille faite avec le Lithotome ci-dessus,
comme une playe simple aussi-tôt après
Pextraction de la pierre hors de la vessie;
ainsi cette playe n'a plus d'autre indica-
ton curative que celle de la réunion.
40 MERCURE DEERANCE.
Ce Principe incontestable une fors
établi, on va prouver par plusieurs faits
& par quelques courtes réflexions, qu'il.
qu'il n'est pas nécessaire de panser la
playe des malades qu'on a taillés avec.
le Lithotome caché; mais même que le
pansement s'oppose à leur guerison. Voi-
ci les faits.
Un Chirurgien s'étant transporté à la-
campagne pour y tailler trois malades à
un mois ou environ de distance les uns
des autres, à des lieux différens, ne pou-
vant panser par lui-même ses malades,
fut obligé d'en remettre le soin au Chi-
rurgien du lieu le plus voisin de chaque
malade. Ces trois malades furent pansés
par un Chirurgien différent chacun; &
tous les. trois furent près de deux mois
sans être finis de guerir, quoiqu'il ny
eût eû aucun accident à la suite de l'opé-
ration: on suivoit pour les pansemens,
la maniere ordinaire avec le double T.
Plumaceau garni de supuratif, Compres-
ses unissantos, & les Chirurgiens rendoient
compte chacun de leur côté par lettres à
celui qui avoit taillé les malades, & sui-
voient exactement ce qu'il leur prescri-
voit par ses réponses; malgré l'exactitude
dont on usoit de part & d'autre, la fin
de la guerison n arrivoit point, & Lun-
MAI.
1752. 41
des trois fut plus de deux mois avant
d'être entierement gueri.
Ces évenemens qui par leur longueur
étoient devenus fatiguans & desagréables
pour le Chirurgien qui avoit taillé les
malades, d'autant plus qu'ils étoient tous
pauvres, & hors d'état de subvenir aux
besoins les plus essentiels, le porterent
à refléchir sur ce qui pouvoit être la vé-
ritable cause qui avoit ainsi retardé la
guerison de ses malades.
Il imagina que le séjour seul des uri-
nes dans tout le trajet de la playe pou-
voit fort bien produire cet effet, & que
ce séjour étoit occasionné par l'appareil
qu'on mettoit sur la playe, qui soutenu
pat le bandage ordinaire, retenoit toujours
une partie de l'urine dans cette playe; que
cette urine retenue délayoit par son séjour
la viscosité des sucs nourriciers qui étoient
destinés à la réunion de la playe.
Cette idée sur le mauvais effet du sé-
jour des urines dans la playe de la tail-
le se fortifia encore en lui, en se rap-
pellant qu'il avoit vû autrefois en tra-
vaillant à l'Hôtel-Dieu de Paris, qu'il
s'y rencontroit des malades après l'opéra-
tion de la taille, dont les urines étoient
si âcres, qu'elles excorioient les bords de
la playe, les environs, & même tout son
Digires baOO
42 MERCUREDE FRANCE.
trajet, jusques dans la vessie; que ces ma-
lades ne guerissant point à la suite de plu-
sieurs mois de pansement, quoique sou-
vent leur santé parût meilleure d'ailleurs,
on se détermina à abandonner la guerison
de leur playe à la nature seule, en cessant
de les panser: On voyoit ensuite les playes
de ces malades, après quelques jours d'a-
bandon, qui commençoient à devenis
mieux, & qui guerissoient peu à peu, &
souvent douze ou quinze jours suffisoient
pour terminer leur guerison.
Toutes ces réflexions lui ayant paru
bien fondées, lui firent prendre la résolu-
tion de ne point panser les malades qu'il
pouvoit avoir occasion de tailler dans la
suite. Enfin ces occasions s'étant présen-
tées, il exécuta fon projet, & il eut la
satisfaction de le voir reussir. Le premier
à qui il fit l'opération, fut gueri en moins
de vingt jours sans aucun pansement. Cet
heureux succès qui suivit le premier essai,
l'enhardit pour l'avenit; de sorte qu'il n'a
point hésité pour tenir la même conduite
sur treize de suite, sans égard aux saisons
ni aux différens âges; dans ce nombre il
y en a depuis deux ans & demi, jusqu'à
cinquante-deux ans, ainsi qu'on le
peut voir dans la Liste.
Les urines de tous ces malades sans
Digsiued vdO
MAI. 1752.
43
exception, ont cessé de passer par la playe
au-dessous du vingrième jour après l'opé-
ration, & même à la plupart au-dessous
du quinziéme.
Il est à propos de remarquer en passant
que les succès prompts & heureux de ces
treize malades, ne sçauroient être attri-
bués ni à l'exactitude des soins qu'on leur
donnoit, ni à leur opulence. Tous étoient
pauvres, mal couchés, & excepté quel-
ques uns, ils manquoient presque du né-
cessaire.
Aucun de tous ces malades na étê sai-
gné avant ni après l'opération. On ne s'est
point servi d'embrocation, ni de fomen-
tation; on les a seulement tous purgés,
excepré un qui ne l'a point été du tout:
la veille de l'opération on leur a aussi don-
né quelquefois des lavemens.
Le regime qu'on leur a fait obferver
pendant les deux ou trois premiers jours,
consistoit à boire beaucoup d'eau de grai-
ne de lin; & pour toute nourriture, une
eau legere avec le veau, dont ils prenoient
comme un bouillon ordinaire de quatre en
quatre heures. Après ces premiers jours,
on augmentoit peu-à-peu la force de ce
bouillon, & on diminuoit à proportion
la quantité de la boisson.
Après l'exposition simple qu'on vient
MeN VO
44 MERCURE DE FRANCE.
de mettre sous les yeux des Lecteurs, de
seize malades qui ont été taillés avec le
Lithotome cache par un seul Chirurgien,
nous croyons indispensable d'y ajoûter les
réflexions suivantes.
Tous les seize malades ont gueri sans au-
cun des accidens qui ont coutume d'arriver
dans la plûpart des autres méthodes ordi-
naires de tailler; mais les trois premiers ont
été seulement long-tems à guerir, & on
les pansoit: les treize derniers sont gueris-
promptement, on ne les a point pansés;
Iun de ces treizé a été taillé pour la fe-
conde fois, & est un des trois premiers
qui fut le plus long à guerir lorsqu'il fut
taillé la première fois. L'uniformité dans
la promptitude de la guérison de treize
malades de suite sans pansement, compa-
rée à celle de trois qui les ont précédés
avec pansement, ne peut être attribuée
au hazard: car si cela étoit, il n'y auroit
1 en dans la vie qu'on n'y dût rapporter.
Ils ont tous été opérés de la même façon,
tous ont été exempts d'accidens, mais
lè pansement seul y a mis de la différence;
donc que le pansement est plus con-
traire à la guerison qu'il n'y est néces-
saire.
Nous avons déja fait remarquer que
nous croyons que le séjour de l'urine dans
MAI.
1752.
45
de trajet de la playe, étoit la véritable
cause qui s'opposoit à sa réunion: Nous
ajoûrerons ici que nous considérons l'uri-
ne dans la playe de la taille, à titre de
corps étranger, mais plus ou moins nui-
sible, suivant qu'elle est plus ou moins
âcre. Suivant cette idée déja confirmée par
ce succès, nous ne faisons aucune diffi-
culté d'attribuer la longueur de la gueri-
son des trois premiers, aux seuls panse-
mens, & nous croyons en même tems
être autorisés à proposer cet exemple pour
regle de ne point panser.
Au surplus nous déclarons en même
tems que nous n'entendons point parler
des inconvéniens des pansemens à la suite
de l'opération de la taille, que de celle
qui se fait avec le Lithotome caché.
De plus nous estimons qu'indépendam-
ment d'un grand nombre d'inconvéniens
qui résultent des embarras de deux & quel-
quefois trois pansemens par chaque jour,
à la suite de cette opération, & dont
nous ne parlerons point ici; celui de re-
tenir toujours une partie des urines dans
le trajet de la playe, est le plus grand :
car la vessie, quoique malade, conserve
toujours l'urine pendant un certain tems
plus ou moins long, avant de l'expulser
au dehors, & quoique cette urine soit
46 MERCURE DE FRANCE.
obligée de passer par tout le trajet de la
playe, elle n'y séjourne cependant point,
si elle ne s'y trouve retenue.
Or c'est précisément ce que le pan-
sement qu'on a coutume de faire à cette
playe, fait en s'opposant directement à sa
sortie.
Outre cet inconvénient inévitable que
le pansement produit, il est encore la
cauie d'un autre qui mérite beaucoup d'at-
tention; c'est l'écartement que les urines
causent aux levres de la playe par la re-
sistance que l'appareil du pansement opose
à leur sortie, lorsque les ressorts de la
vessie les pousse au dehors. On conçoit
aisément que ce dernier accident ne peut
manquer d'atriver, lorsqu'on sçait que les
fluides font un effort égal en tous sens,
dans les capacités qui les compriment de
toute part.
De ces deux inconvéniens purement
méchaniques que les pansemens produi-
sent toujours, que n'arrivera-t. il pas tou-
tes les fois qu'ils se trouveront associés
avec un troisieme qui ne mérite pas moins
d'attention, & qui est souvent la vérita-
ble cause des fistules qui succedent à cette
opération: c'est l'âcreté & la corrosion
des urines qui rongent & ulcerent, non
seulement la playe, mais même toute la
MAI. 1752.
4
peau au dehors, pendant que l'appareil
des pansemens les y retient, ainsi que
nous l'avons déja remarqué dans les Hô-
pitaux.
Nous ajoûterons encore ici qu'il est
à présumer que dans toutes les méthodes
de tailler qui se pratiquent, par le col
de la vessie, on a eû pour but princi-
pal dans le pansement, de s'opposer à la
sortie de l'urine par la partie de la playe
qui regne depuis l'uretre jusqu au dehors,
en l'obligeant de reprendre sa route na-
turelle, & procurer par ce moyen, une
réunion plus prompte de cette partie de la
playe, que si l'urine avoit la liberté d'y
passer sans aucune resistance.
Nous ne nous attacherons point ici à
résoudre un problême qui est de sçavoir
s'il est aussi avantageux dans d'autres mé-
thodes que dans la nôtre, de faire effort
pour procurer promptement le passage des
urines par la voye ordinaire, en com-
primant la playe extérieure par un appa-
reil; & s'il n'est pas aussi dangereux de
retenir toujours par cette compression une
partie de l'urine, qui ne peut être expul-
sée dans le trajet de la playe, qui regne
depuis la vessie jusqu'à l'endroit de la
courbure de l'uretre où elle finit. Nous
nous bornerons à notre objet à cet égard,
48 MERCURE DE FRANCE.
puisqu'il est démontré par les preuves que
nous venons de donner, que dans celle
que l'on fait avec le Lithotome caché, il est
préférable de laisser libre l'écoulement des
urines par la playe chaque fois que la vel-
sie s'en décharge, afin que cette playe
demeure ensuite à sec, pendant l'inter-
valle d'un passage à l'autre.
La comparaison des trois premiers qui
ont été pansés, avec les treize qui ne l'ont
pas été, ne laisse rien à désirer sur ce
sujet.
Nous ne disons rien pour le cas où
la playe se trouveroit compliquée, aucun
de ces cas n'étant point arrivé encore
en notre présence: D'ailleurs ces com-
plications, quand elles se rencontrent
ne peuvent avoir rien qui ne soit com-
mun à toutes les méthodes de tailler;
ce qui a donné lieu aux grands Maîtres
de traiter ces cas à fond dans leurs Ou-
vrages.
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Résumé : MEMOIRE Adressé a l'Auteur du Mercure par l'Inventeur du Lithotome caché.
Le document décrit les résultats des opérations de lithotomie effectuées avec un lithotome caché entre mars 1751 et 1752. Plusieurs patients, y compris des enfants et des adultes comme le fils de Maître Pavillon, Claude Morillot, et Marguerite Bertrand, ont été opérés avec succès. Cependant, certains cas se sont avérés plus complexes, notamment ceux de M. Desert, prêtre, et M. Nicolas Cuquias, curé, qui sont décédés après des opérations réussies en raison de complications pulmonaires. À Lyon, Baptiste Forêt et Joseph Perset ont été opérés à l'Hôtel-Dieu, ce dernier ayant survécu malgré une hémorragie sévère. Les opérations étaient réalisées en position horizontale, conformément aux prescriptions de d'Houry, par des chirurgiens tels que M. Cambone et M. Lesne. Les certificats et lettres des chirurgiens attestent de l'efficacité du lithotome caché. Des interventions ont également eu lieu à Reims et Mâcon, où des patients comme Nicolas Buzé et Agnan Petit ont été guéris sans incident. Treize patients ont été guéris sans pansement, démontrant l'efficacité de cette approche. Les chirurgiens soulignent que les pansements peuvent retarder la guérison en retenant les urines dans la plaie, provoquant ainsi des irritations et des infections. Ils concluent donc qu'il est préférable de laisser la plaie à sec pour favoriser une guérison rapide.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13063
p. 49
MADRIGAL. A Mlle la Comtesse de Poninska l'ainée.
Début :
VA, dit un jour Venus à son fils infidéle, [...]
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texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL. A Mlle la Comtesse de Poninska l'ainée.
MADRIGAL.
A Mlle la Comtesse de Poninska
l'ainée.
VA, dit un jour Venus à son fils infidéle,
Va, préfére à Cypris une simple mortelle,
A ta légereté je laisse un libre cours
Cypris est sans doute moins belle
Que le nouvel objet de tes tendres amours-
Vous êtes, répondit-il avec un doux sourire,
Plus belle mille sois; mais maman, mais Themire
N'est belle que depuis deux jours.
A Berlin, ce 1. Mars.
L. B.
A Mlle la Comtesse de Poninska
l'ainée.
VA, dit un jour Venus à son fils infidéle,
Va, préfére à Cypris une simple mortelle,
A ta légereté je laisse un libre cours
Cypris est sans doute moins belle
Que le nouvel objet de tes tendres amours-
Vous êtes, répondit-il avec un doux sourire,
Plus belle mille sois; mais maman, mais Themire
N'est belle que depuis deux jours.
A Berlin, ce 1. Mars.
L. B.
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13064
p. 50-63
PREMIERE LETTRE Sur le goût des Français en matiére de Litterature. Par M. Gaillard Avocat au Parlement.
Début :
Qu'est-ce que le Goût ? Je n'en sçais rien, & si je le sçavois, je ne le [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PREMIERE LETTRE Sur le goût des Français en matiére de Litterature. Par M. Gaillard Avocat au Parlement.
PREMIERE LETTRE
Sur le goût des Français en matiére
de Litterature. Par M. Gaillard
Avocat au Parlement.
Qu'est-ce que le Goût ? Je n'en sçais
rien, & si je le sçavois, je ne le
dirois pas: Trop de gens ont intérêt
que les idées de l'esprit & du goût ne
soient jamais fixées.
Autre question. Y a-t il quelque chose
qu'on puisse appeller le Goût génétal d'u-
ne Nation en matiére de litterature? Par
exemple; voit-on sur le mérite des pro-
ductions de l'esprit, une réunion de suf-
frages, qui annonce dans tous les Fran-
çais instruits & bien élevés, la même
maniere à peu près de penser, de sentir
& de juger? J'ose trouver la chose pro-
blematique.
Je sçais bien qu'il y a des Ouvrages
dont la céputation est consommée & ne
peut jamais être attaquée avec succès, je
sçais qu'il n'est plus question aujourd'hui
d'examiner si l'lliade, si l'Encide sont
MAI.
1752.
des chefs-d'œeuvre; le tems a mis le sceau
à leut gloire, il impose un silence éter-
nel au Goût séditieux, qui voudroit sé-
couer le joug d'une admiration devenue
nécessaire. Mais ces exemples ne me per-
suadent pas. Je ne reconnois plus le Goût
dès qu'il n est pas libre, dès qu'il ne pro-
nonce pas de son chef, & qu'il ne fait
que répéter. D'ailleurs tous ces Ouvrages
si reverés, ont un malheur; c'est qu'ils
sont aussi négligés qu'ils sont vantés; il
semble qu'on craigne de leur manquer de
respect en les lisant, ou qu'on veuille,
en ne les lisant point, se vanger de la né-
cessité de les admirer.
Si l'Iliade, si l'Odissée paroissoient au-
jourd'hui pour la premiere fois, je vois
déja nos femmes dégoûtées les rejetter
avec dédain; nos Petits-Maîtres s'épuiser
en bons mots sur la force grossière d'Ajax,
sur la légereté du pied d'Achille, sur les
gigots & la marmite de Patrocle, sur la
lessive de la Princesse Nausicaa, & nos
Beaux-esprits ne trouvant dans ces deux
Poëmes, ni finesse d'allusion, ni déli-
catesse de sentimens, décider qu'ils sont
les Ouvrages d'un sot qui avoit du génie.
L'Eneide ne seroit pas plus respectée.
C'est, diroit-on, une fable mal tissue,
pompeusement & tristement versifiée, dé
C ij
52 MERCURE DE FRANCE.
figurée par des caracteres communs &
manqués: Ascagne paroîtroit un sot en-
fant: Monsieur son pere seroit trouvé
médiocrement brave à Troye, fort de-
vot sur mer, un peu libertin. à Cartha-
ge, & souverainement malencontreux en
Italie.
Mais comme le moins vieux de ces
Ouvrages jouit d'environ 18. fiécles de
gloire & de mérite reconnu, on n'ose ni
les juger ni les lire, on se contente d'a-
voir pour eux les mêmes sentimens qu'on
a pour la Venus d'Appelle, pour les écrits
de Varron, & pour les plaidoyers d'Hor-
tensius, ce fameux rival de Ciceron, qu'on
estime tant fur la foi de l'Antiquite, &
dont il ne nous reste rien.
Je dis à peu près la même chose de
tous les Ouvrages dont les Auteurs ne sont
ni nos compatriotes, ni nos contempo-
rains; plus ils s'éloignent de nous, moins
on les lit & plus on les admire; & cela
est bien naturel. La lecture établit entre
l'Auteur & le Lecteur une espéce de fa-
miliarité qui tourne au détriment de l'esti-
me dûe aux Ouvrages; le respect que les
hommes conçoivent pour leurs sembla-
bles, est presque toujours fondé sur ce
qu'ils imaginent, rarement sur ce qu'ils
voyent. On connoît trop M. de Voltaire,
d by Goog
MAI. 1752. 53
M. de Fontenelle, M. Gresset, on vit
avec eux, on voit que ce sont des hom-
mes; on ne connoit point du tout Ho-
mere, Virgile, Corneille, Moliére,
on ne les a pas vu, vivre, on croit que
ce sont des Dieux.
C'est donc dans le succès des Ouvra-
ges nouveaux seulement qu'il faut cher-
cher le goût public, s'il y en a un.
De tous les Tribunaux où ce Juge
peut dicter ses Oracles, le Théatre est le
plus éclatant & le plus respectable; c'est-
là que le coeur prononce sur le raport du
sentiment; c'est-la, dit M. Gresset, qu'on
entend le cri de la Nature; Mais ny en-
tend-on pas trop souvent le cri de la ca-
bale & de la confusion? Aujourd'hui un
informe avorton meurt en naissant au
bruit des sifflets; croyez vous pour cela
pouvoir prendre le public au mot? De-
main il prodiguera les honneurs suprê-
mes à un monstre cent fois plus hideux,
tandis qu'il laissera expirer un chef-d'œeu-
yre sous la rage de l'envie. De deux Ou-
vrages médiocres l'un est applaudi, l'autre
siffle, selon le tems & les circonstances.
Quel oeil assez. subtil pourra à travers ce
cahos de jugemens opposés, démêler les
traces insensibles d'un goût invariable?
S'agit- il de principes ? C'est l'unanimité
C iij
54 MERCURE DEFRANCE.
la plus parfaite. Vient-on à l'application?
C'est la varieté la plus immense.
Si donc je voulois, à quelque prix que
ce fût, trouver un Goût-général dans
la Nation Française, voici comme je m'y
prendrois. Je renoncerois d'abord à le
trouver unanime, je renoncerois aussi à
le trouver constant; j'avouerois de bonne
foi qu'il change & qu'il passe comme
nos modes & nos caprices, & pour par-
venir à m'en former une juste idée, je
raisonnerois ainii:
„Il faut supposer qu'ordinairement
„les hommes sont assez éclairés sur leurs
„propres intérêts. L'intérêt des Auteurs
„ est de plaire au Public, du moins d'en
»être lûs. Feuilletons-donc les Annales
„de la Litterature; consultons les Au-
„teurs de tous les tems, voyons quels
„ont été dans les différens siècles, les
»genres les plus cultivés, & concluons
„ qu infailliblement ils étoient aussi les
„plus goûtés. La multitude des Ouvrages
„bons ou mauvais dans un même genre,
„ prouve au moins que ce genre est à la
»mode.
Sur ce principe, je me dispenserai de
vous dire quel etoit le Goût des Français
sous les Rois barbares ou imbécilles de la
premiere Race; je crois qu'on n'en avoit
MAI.
1752.
55
point; on étoit occupé d'affaires plus im-
portantes, on s'égorgeoit, on s empoi-
sonnoit, on n'avoit pas le tems de s'in-
struire ni d'instruire les autres.
Quand Pepin le Bref eut ôté la cou-
ronne au foible Childeric; quand par sa
puissance & par ses vertus il eut affermi
son trône usurpé, Charles I. son fils, ce
grand homme, ce grand Roi, si supé-
rieur à son Pere & au reste du monde,
voulut que les Lettres & les Loix triom-
phassent de la barbarie, comme ses armes
triomphoient des Saxons & des Maures;
ses trésors appellerent les talens & les arts-
des extrêmites de l'Univers, il les cultiva
avec ardeur, il les protégea avec magni-
ficence; il fut tout a la fois le plus habi-
le Capitaine, le plus brave & le plus ro-
buste soldat, le plus puissant Monarque,
le plux sage Legislateur, lhomme le plus
éclaité & le plu éloquent de son siécle;
il préféra avec raison cette derniere gloi-
re à toutes les autres; on dut lui pardon-
ner de conquérir, parce qu'il étoit digne
de gouverner, & que sa valeur ne nuisoit
ni à son humanité ni à sa justice.
Ses successeurs furent peu jaloux de mar-
cher sur ses traces, les fruits de ses tra-
vaux sublimes furent séchés presque dans
leur fleur; la barbarie regagna ce qu'elle
.. .
CIIII
Mustnen O
56 MERCURE DE FRANCE.
avoit perdu, l'ignorance rentra dans son.
domaine; on n eut plus de talens, ou on
en fit un ridicule usage. Un mauvais Poë-
te faisoit des Vers à la louange d'un mau-
vais Prince, & se croyoit obligé de se ser-
vir de tous mots qui commençassent
par la lettre C, parce que ce Prince se
nommoit Charles, ou parce qu'il étoit
chauve.
C'est cette même manie de rendre dif-
ficiles des choses inutiles & ennuyeuses,
qui nous a valu dans des siécles bien pos-
terieurs, ces Acrostiches, ces Rondeaux,
ces Ballades, ces Triolets, ces Enigmes,
ces Logogriphes, froides délices de nos
Ayeux, justement méprisées de notre sié-
cle. Quelqu un trouvoit mauvais visage
au bon-homme Cornelli (il avoit cent
ans alors) il est bien question, dit-il, de
bon visage, c'est beaucoup d'en avoir un à
mon âge. Ces mauvais faiseurs de sottises
laborieuses avoient à peu près la même
excuse à donner à ceux qui n'approuvoient
pas leurs ouvrages; il est bien question, di-
soient ils, de faire un bon ouvrage, c'est
beauçoup de l'avoir fait, voyez les difficul-
tès qu'il a fallu vaincre. Nous leur répon-
drions aujourd'hui: De toutes ces difficultés-
là, il ne falloit combattre & vaincre que
celle qui se trouve naturellement à bien faire.
MAI. 1752.
57
Les progrès de l'esprit ne furent pas
fort rapides dans les premiers siécles de la
troisième Race; mais si on n'avançoit, gué-
res, du moins on ne reculoit pas, & il
me semble que malgré toutes les varia-
tions du goût, on marcha toujours pésam-
ment, mais directement vers la perfec-
tion.
Je ne sçais si dans le onzième siécle, les-
Homélies étoient bien généralement goû-
tées; mais on conviendra qu'il falloit les
aimer beaucoup pour en acheter un re-
cueil, moyennant 200 brebis, un muid-
de froment, un muid de seigle, un muid.
de millet & un grand nombre de peaux de
Martres. C'est ce que fit Grécie, Com-
tesse d'Anjou.
Les Lettres trouverent dans ce meme
siècle deux Protecteurs; Guillaume le
Conquerant & le pieux. Roi Robert: co
dernier fit plus que les protéger, il les-
cultiva lui-même, & donna à son peuple
l'exemple des talens comme celui des ver-
tus.
Les guerres intestines qui ravagerent la
Erance, les guerres étrangeres & lointaines
qui l'épuiserent, furent fatales aux progrès
des. Arts. Cependant l'Université alors trop
redoutable produisit des Scavans & des
Disputeurs qui trouverent bien le secret
Cv.
58 MERCURE DE FRANCE.
d'intéresser les Puissances dans leurs gran-
des querelles: les Nominaux & les Rea-
listes, après avoit sans fruit épuisé de part
& d'autre les argumens les plus convain-
cans, curent recours aux armes, comme de
raison; j'ai oublié quel parti triompha;
toutes ces affaires pouvoient être alors fort
importantes pour l'Etat; mais elles l'é-
toient assez peu pour les Lettres.
Quel étoit le Goût des Français? Vous
le voyez. Le pedantisme le plus grossier,
le respect le plus superstitieux; mais pour
les rêveries d'Aristote, c'étoit déja beau-
coup d'être superstitieux & pedant: toutes
ces épreuves étoient nécessaires, il falloit
passer par le regne des mois avant d'arri-
ver à celui des choses.
Il est certain qu'avant François I. on ne
cultivoit point les Arts agréables, du
moins on ne les cultivoit pas avec succès:
ce n'est pas que le Président Fauchet ne
nous donne une Liste de 127 Poëtes, qui
rous ont écrit avant la fin du 13e siécle;
ce n'est pas que dès le 12 un Moine ne
nous eût donné la premiere idée du Théa-
tre, par les représentations qu'il faisoit
faire à ses Disciples des Miracles de sainte
Catherine; mais je ne vois pas qu'il y eût
la dequoi faire compliment aux Muses ni
aux Lettres.
MAI 1752.
59
Plasieurs mains assez mal-adroites s'é-
toient mêlées d'écrire l'Histoire; Egin-
hard & Philippe de Comines furent goû-
tés, faute de mieux; on a même encore au-
jourd'hui la fureur de les lire sansles enten-
dre, ou de les estimer sans les lire.
François I. combla les Lettres de fa-
veurs, & les Lettres répandirent sur son
regne un éclat qui n'a pu être terni par le
supplicè de Semblançai, & par toutes les
autres fautes que fit ce Prince contre la
Justice & contre la Politique. On com-
mença sous lui à connoître l'Univers; le
Commerce & la Navigation prirent naif-
sance; Marot rondit la Poësie aimable,
on goûte encore sa naiveté, dont une
partie cependant appartient à la langue de
son tems; la Science sur tout fût cultivée,
& tout le seizième siécle fut un siécle d'é-
rudition; mais qu'étoit ce encore que cet-
te érudition? Et combien peu contribuoit-
elle à éclaiter l'esprit: On scavoit tout ce
qu avoient pensé les hommes de tous les
tems, quidquid deliraverat antiquitas, mais
on ignoroit ce qu'on devoit penser soi-mê-
me; on n'argumentoit point, on citoit,
& ce goût pedantesque infectoit tous
les ecrits, même les plus frivoles; les
têntes sçavantes subjuguées par l'autori-
té, n9 se doutoient pas qu il y eût une
G vi
60 MERCUREDE FRANCE.
raison, quand Descartes vint le leur ap-
prendre. Cet homme singulier déchira d'u-
ne main hardie le voile qui couvroit les
veux d'une Nation digne d'être éclairée;
il fit perdre aux erreurs le respect que leur
vieillesse leur attiroit; on comprit enfin
co mbien la Philosophie abrège le chemin
de la science, l'art de douter se perfec-
tionna, tout fut soumis à l'examen; tout,
ce qui, en matiére d'Histoire ou de Phy-
sique, s'écarta des loix ordinaires de la
Nature, parut suspect; on ne reconnut
point d'effet dont on ne pût expliquer la
cause d'une maniere au moins vrai- sem-
blable, & les armes dont Descartes avoit
montré l'usage, servirent quelquefois à le
combattre lui-même.
Cet esprit de liberté, de méthode & de
lumiere, portem dans toutes les facultés de
l'esprit, nous a produit ce beau siécle de
Louis XIV. égal pour les talens, supé-
rieur pour les lumieres au siécle d'Auguste;
alors le goût fut excellent, alors on aima.
tout ce qui étoit beau, tout ce qui étoit
bon, conforme à la nature, à la rai-
son, à la vérité; Corneille & Bossuet
éleverent l'ame, Racine l'attendrit, Pas-
cal l'éclaira: Bourdalouem fit la guerre aux
vices, Moliére aux ridicules, Despréaux
aux mauvais Auteurs & quelquefois, aux.
1752.
MAI.
61
bons. Un des progrès de l'esprit Philoso-
phique dans le dix-huitième siécle est de
n'en pas toujours croire Despréaux sur
sa parole; mais devons-nous croire davan-
tage cette voix qui nous crie sans cesse; le
gout tombe, les talens degénérent, le bei-esprit
a tout perdu; les beauxe jours des Lettres sont-
passes, les Plines nouveauxe corrompent l'elo-
quence, les Annéens la Poesie? La Posté-
rité décidera si ces reproches sont fondés,
& si nos bons Auteurs prodiguent l'esprit
& le déplacent, comme faisoient sous
Louis XIII. les Voitures, les Balzacs: di-
fons le mot, comme a fait Corneille lui-
même dans presque tous ses Ouvrages;
elle jugera si les Théâtres de Messieurs de
Crebillon & de Voltaire, si tant d'Ouvra-
ges délicicux de M. de Fontenelle, de
M. Gresset, &c. foutiennent le parallele
avec les chef-d'œuvres du dix septième
siécle.
Le Poëme Epique est un objet à part;
il,s.agissoit d'en donner un à la France,
asin qu'elle n'eût plus rien à envier à l'An-
tiquité ni à ses voisins; les le Moine, les.
Desmarêts, les Cassaigne, les le Labou-
reurs, les-Chapelains eurent du moins
l'honneur de l'avoir entrepris; quelques-
uus d'eux parvintent même à tracer des
plans assez reguliers & assez ingenieux;
62 MERCURE DEFRANCE.
mais le style est la partie essentielle de
l'épopée, & ces Messieurs ne fachant point
écrire, on leur fit la justice de ne les point
lire. L'imitation d'Homere & de Virgile,
au lieu d'échauffer & d'embellit leur gé-
nie, les gâta, parce qu'ils manquoient de
goût; Chapelain ayant remarquê qu'Ho-
mere en parlant des blessures de ses Heros,
faisoit quelquefois une description anato-
mique, mais Poëtique, de la partie blessée,
se crut autorisé à mettre ce jargon barbare-
dans la bouche de son Héroine.
Pour toi, puissai je avoir une mortelle pointe
Vers où l'épaule gauche à la droite est con-
jointe, &c.
L'honneur de la France demandoit qu'elle
eût un Poëme épique, l'honneur de l'E-
popée vouloit qu'il fût l'Ouvrage d'un Gé-
nie qui excellât dans tous les genres. Gette
gloite étoit réservée à M. de Voltaire.
Ne foyons pourtant pas eblouis de nos
arantages au pomt de ne convenir d'aucun
des défauts qu'on impute à notre fiècle. Il
se pent faire que par un abus de cet esprit
philosophique qui a pénétré par tout, on
affecte dans l'expression & dans les pen-
sées, un excès de précision qui méne quel-
quefois à l'obscurité; l'envie de prodiguet-
MAI. 1752.
63.
le sens & de compter les paroles, peut in-
troduire naturellement les antithéses trop
fréquentes, les énigmes, le précieux qui
ne nous déplaisent peut- être pas assez.
Nous sommes en général trop subtils rai-
sonneurs sur les questions Métaphysiques,
trop raffinés dans quelques uns de nos sen-
timens, sur tout trop délicats sur les ridi-
cules, dont l'idée est: devenue trop vague
& trop dépendante du caprice. C'est: là ce
qui caracterise particulierement aujour-
d'hui le génie Français; depuis que la
Bruyere & Moliére ont appliqué à la con-
noissance des hommes, les lumieres que
Descartes avoit employées à la connois-
sance de la Nature, le Goût des Français
s'est entierement tourné de ce côté-là; au-
cun ridicule n'échappe à leurs yeux péné-
trans, mais ils le vorent souvent où il
n'est pos; nos livres, nos brochures, nos
conversations, tout est plein de Tableaux
critiques des moeurs; on rit de tout, on
ne corrige rien, mais on plaît, on s'a-
mule, & c'est tout ce qu'on veut.
Sur le goût des Français en matiére
de Litterature. Par M. Gaillard
Avocat au Parlement.
Qu'est-ce que le Goût ? Je n'en sçais
rien, & si je le sçavois, je ne le
dirois pas: Trop de gens ont intérêt
que les idées de l'esprit & du goût ne
soient jamais fixées.
Autre question. Y a-t il quelque chose
qu'on puisse appeller le Goût génétal d'u-
ne Nation en matiére de litterature? Par
exemple; voit-on sur le mérite des pro-
ductions de l'esprit, une réunion de suf-
frages, qui annonce dans tous les Fran-
çais instruits & bien élevés, la même
maniere à peu près de penser, de sentir
& de juger? J'ose trouver la chose pro-
blematique.
Je sçais bien qu'il y a des Ouvrages
dont la céputation est consommée & ne
peut jamais être attaquée avec succès, je
sçais qu'il n'est plus question aujourd'hui
d'examiner si l'lliade, si l'Encide sont
MAI.
1752.
des chefs-d'œeuvre; le tems a mis le sceau
à leut gloire, il impose un silence éter-
nel au Goût séditieux, qui voudroit sé-
couer le joug d'une admiration devenue
nécessaire. Mais ces exemples ne me per-
suadent pas. Je ne reconnois plus le Goût
dès qu'il n est pas libre, dès qu'il ne pro-
nonce pas de son chef, & qu'il ne fait
que répéter. D'ailleurs tous ces Ouvrages
si reverés, ont un malheur; c'est qu'ils
sont aussi négligés qu'ils sont vantés; il
semble qu'on craigne de leur manquer de
respect en les lisant, ou qu'on veuille,
en ne les lisant point, se vanger de la né-
cessité de les admirer.
Si l'Iliade, si l'Odissée paroissoient au-
jourd'hui pour la premiere fois, je vois
déja nos femmes dégoûtées les rejetter
avec dédain; nos Petits-Maîtres s'épuiser
en bons mots sur la force grossière d'Ajax,
sur la légereté du pied d'Achille, sur les
gigots & la marmite de Patrocle, sur la
lessive de la Princesse Nausicaa, & nos
Beaux-esprits ne trouvant dans ces deux
Poëmes, ni finesse d'allusion, ni déli-
catesse de sentimens, décider qu'ils sont
les Ouvrages d'un sot qui avoit du génie.
L'Eneide ne seroit pas plus respectée.
C'est, diroit-on, une fable mal tissue,
pompeusement & tristement versifiée, dé
C ij
52 MERCURE DE FRANCE.
figurée par des caracteres communs &
manqués: Ascagne paroîtroit un sot en-
fant: Monsieur son pere seroit trouvé
médiocrement brave à Troye, fort de-
vot sur mer, un peu libertin. à Cartha-
ge, & souverainement malencontreux en
Italie.
Mais comme le moins vieux de ces
Ouvrages jouit d'environ 18. fiécles de
gloire & de mérite reconnu, on n'ose ni
les juger ni les lire, on se contente d'a-
voir pour eux les mêmes sentimens qu'on
a pour la Venus d'Appelle, pour les écrits
de Varron, & pour les plaidoyers d'Hor-
tensius, ce fameux rival de Ciceron, qu'on
estime tant fur la foi de l'Antiquite, &
dont il ne nous reste rien.
Je dis à peu près la même chose de
tous les Ouvrages dont les Auteurs ne sont
ni nos compatriotes, ni nos contempo-
rains; plus ils s'éloignent de nous, moins
on les lit & plus on les admire; & cela
est bien naturel. La lecture établit entre
l'Auteur & le Lecteur une espéce de fa-
miliarité qui tourne au détriment de l'esti-
me dûe aux Ouvrages; le respect que les
hommes conçoivent pour leurs sembla-
bles, est presque toujours fondé sur ce
qu'ils imaginent, rarement sur ce qu'ils
voyent. On connoît trop M. de Voltaire,
d by Goog
MAI. 1752. 53
M. de Fontenelle, M. Gresset, on vit
avec eux, on voit que ce sont des hom-
mes; on ne connoit point du tout Ho-
mere, Virgile, Corneille, Moliére,
on ne les a pas vu, vivre, on croit que
ce sont des Dieux.
C'est donc dans le succès des Ouvra-
ges nouveaux seulement qu'il faut cher-
cher le goût public, s'il y en a un.
De tous les Tribunaux où ce Juge
peut dicter ses Oracles, le Théatre est le
plus éclatant & le plus respectable; c'est-
là que le coeur prononce sur le raport du
sentiment; c'est-la, dit M. Gresset, qu'on
entend le cri de la Nature; Mais ny en-
tend-on pas trop souvent le cri de la ca-
bale & de la confusion? Aujourd'hui un
informe avorton meurt en naissant au
bruit des sifflets; croyez vous pour cela
pouvoir prendre le public au mot? De-
main il prodiguera les honneurs suprê-
mes à un monstre cent fois plus hideux,
tandis qu'il laissera expirer un chef-d'œeu-
yre sous la rage de l'envie. De deux Ou-
vrages médiocres l'un est applaudi, l'autre
siffle, selon le tems & les circonstances.
Quel oeil assez. subtil pourra à travers ce
cahos de jugemens opposés, démêler les
traces insensibles d'un goût invariable?
S'agit- il de principes ? C'est l'unanimité
C iij
54 MERCURE DEFRANCE.
la plus parfaite. Vient-on à l'application?
C'est la varieté la plus immense.
Si donc je voulois, à quelque prix que
ce fût, trouver un Goût-général dans
la Nation Française, voici comme je m'y
prendrois. Je renoncerois d'abord à le
trouver unanime, je renoncerois aussi à
le trouver constant; j'avouerois de bonne
foi qu'il change & qu'il passe comme
nos modes & nos caprices, & pour par-
venir à m'en former une juste idée, je
raisonnerois ainii:
„Il faut supposer qu'ordinairement
„les hommes sont assez éclairés sur leurs
„propres intérêts. L'intérêt des Auteurs
„ est de plaire au Public, du moins d'en
»être lûs. Feuilletons-donc les Annales
„de la Litterature; consultons les Au-
„teurs de tous les tems, voyons quels
„ont été dans les différens siècles, les
»genres les plus cultivés, & concluons
„ qu infailliblement ils étoient aussi les
„plus goûtés. La multitude des Ouvrages
„bons ou mauvais dans un même genre,
„ prouve au moins que ce genre est à la
»mode.
Sur ce principe, je me dispenserai de
vous dire quel etoit le Goût des Français
sous les Rois barbares ou imbécilles de la
premiere Race; je crois qu'on n'en avoit
MAI.
1752.
55
point; on étoit occupé d'affaires plus im-
portantes, on s'égorgeoit, on s empoi-
sonnoit, on n'avoit pas le tems de s'in-
struire ni d'instruire les autres.
Quand Pepin le Bref eut ôté la cou-
ronne au foible Childeric; quand par sa
puissance & par ses vertus il eut affermi
son trône usurpé, Charles I. son fils, ce
grand homme, ce grand Roi, si supé-
rieur à son Pere & au reste du monde,
voulut que les Lettres & les Loix triom-
phassent de la barbarie, comme ses armes
triomphoient des Saxons & des Maures;
ses trésors appellerent les talens & les arts-
des extrêmites de l'Univers, il les cultiva
avec ardeur, il les protégea avec magni-
ficence; il fut tout a la fois le plus habi-
le Capitaine, le plus brave & le plus ro-
buste soldat, le plus puissant Monarque,
le plux sage Legislateur, lhomme le plus
éclaité & le plu éloquent de son siécle;
il préféra avec raison cette derniere gloi-
re à toutes les autres; on dut lui pardon-
ner de conquérir, parce qu'il étoit digne
de gouverner, & que sa valeur ne nuisoit
ni à son humanité ni à sa justice.
Ses successeurs furent peu jaloux de mar-
cher sur ses traces, les fruits de ses tra-
vaux sublimes furent séchés presque dans
leur fleur; la barbarie regagna ce qu'elle
.. .
CIIII
Mustnen O
56 MERCURE DE FRANCE.
avoit perdu, l'ignorance rentra dans son.
domaine; on n eut plus de talens, ou on
en fit un ridicule usage. Un mauvais Poë-
te faisoit des Vers à la louange d'un mau-
vais Prince, & se croyoit obligé de se ser-
vir de tous mots qui commençassent
par la lettre C, parce que ce Prince se
nommoit Charles, ou parce qu'il étoit
chauve.
C'est cette même manie de rendre dif-
ficiles des choses inutiles & ennuyeuses,
qui nous a valu dans des siécles bien pos-
terieurs, ces Acrostiches, ces Rondeaux,
ces Ballades, ces Triolets, ces Enigmes,
ces Logogriphes, froides délices de nos
Ayeux, justement méprisées de notre sié-
cle. Quelqu un trouvoit mauvais visage
au bon-homme Cornelli (il avoit cent
ans alors) il est bien question, dit-il, de
bon visage, c'est beaucoup d'en avoir un à
mon âge. Ces mauvais faiseurs de sottises
laborieuses avoient à peu près la même
excuse à donner à ceux qui n'approuvoient
pas leurs ouvrages; il est bien question, di-
soient ils, de faire un bon ouvrage, c'est
beauçoup de l'avoir fait, voyez les difficul-
tès qu'il a fallu vaincre. Nous leur répon-
drions aujourd'hui: De toutes ces difficultés-
là, il ne falloit combattre & vaincre que
celle qui se trouve naturellement à bien faire.
MAI. 1752.
57
Les progrès de l'esprit ne furent pas
fort rapides dans les premiers siécles de la
troisième Race; mais si on n'avançoit, gué-
res, du moins on ne reculoit pas, & il
me semble que malgré toutes les varia-
tions du goût, on marcha toujours pésam-
ment, mais directement vers la perfec-
tion.
Je ne sçais si dans le onzième siécle, les-
Homélies étoient bien généralement goû-
tées; mais on conviendra qu'il falloit les
aimer beaucoup pour en acheter un re-
cueil, moyennant 200 brebis, un muid-
de froment, un muid de seigle, un muid.
de millet & un grand nombre de peaux de
Martres. C'est ce que fit Grécie, Com-
tesse d'Anjou.
Les Lettres trouverent dans ce meme
siècle deux Protecteurs; Guillaume le
Conquerant & le pieux. Roi Robert: co
dernier fit plus que les protéger, il les-
cultiva lui-même, & donna à son peuple
l'exemple des talens comme celui des ver-
tus.
Les guerres intestines qui ravagerent la
Erance, les guerres étrangeres & lointaines
qui l'épuiserent, furent fatales aux progrès
des. Arts. Cependant l'Université alors trop
redoutable produisit des Scavans & des
Disputeurs qui trouverent bien le secret
Cv.
58 MERCURE DE FRANCE.
d'intéresser les Puissances dans leurs gran-
des querelles: les Nominaux & les Rea-
listes, après avoit sans fruit épuisé de part
& d'autre les argumens les plus convain-
cans, curent recours aux armes, comme de
raison; j'ai oublié quel parti triompha;
toutes ces affaires pouvoient être alors fort
importantes pour l'Etat; mais elles l'é-
toient assez peu pour les Lettres.
Quel étoit le Goût des Français? Vous
le voyez. Le pedantisme le plus grossier,
le respect le plus superstitieux; mais pour
les rêveries d'Aristote, c'étoit déja beau-
coup d'être superstitieux & pedant: toutes
ces épreuves étoient nécessaires, il falloit
passer par le regne des mois avant d'arri-
ver à celui des choses.
Il est certain qu'avant François I. on ne
cultivoit point les Arts agréables, du
moins on ne les cultivoit pas avec succès:
ce n'est pas que le Président Fauchet ne
nous donne une Liste de 127 Poëtes, qui
rous ont écrit avant la fin du 13e siécle;
ce n'est pas que dès le 12 un Moine ne
nous eût donné la premiere idée du Théa-
tre, par les représentations qu'il faisoit
faire à ses Disciples des Miracles de sainte
Catherine; mais je ne vois pas qu'il y eût
la dequoi faire compliment aux Muses ni
aux Lettres.
MAI 1752.
59
Plasieurs mains assez mal-adroites s'é-
toient mêlées d'écrire l'Histoire; Egin-
hard & Philippe de Comines furent goû-
tés, faute de mieux; on a même encore au-
jourd'hui la fureur de les lire sansles enten-
dre, ou de les estimer sans les lire.
François I. combla les Lettres de fa-
veurs, & les Lettres répandirent sur son
regne un éclat qui n'a pu être terni par le
supplicè de Semblançai, & par toutes les
autres fautes que fit ce Prince contre la
Justice & contre la Politique. On com-
mença sous lui à connoître l'Univers; le
Commerce & la Navigation prirent naif-
sance; Marot rondit la Poësie aimable,
on goûte encore sa naiveté, dont une
partie cependant appartient à la langue de
son tems; la Science sur tout fût cultivée,
& tout le seizième siécle fut un siécle d'é-
rudition; mais qu'étoit ce encore que cet-
te érudition? Et combien peu contribuoit-
elle à éclaiter l'esprit: On scavoit tout ce
qu avoient pensé les hommes de tous les
tems, quidquid deliraverat antiquitas, mais
on ignoroit ce qu'on devoit penser soi-mê-
me; on n'argumentoit point, on citoit,
& ce goût pedantesque infectoit tous
les ecrits, même les plus frivoles; les
têntes sçavantes subjuguées par l'autori-
té, n9 se doutoient pas qu il y eût une
G vi
60 MERCUREDE FRANCE.
raison, quand Descartes vint le leur ap-
prendre. Cet homme singulier déchira d'u-
ne main hardie le voile qui couvroit les
veux d'une Nation digne d'être éclairée;
il fit perdre aux erreurs le respect que leur
vieillesse leur attiroit; on comprit enfin
co mbien la Philosophie abrège le chemin
de la science, l'art de douter se perfec-
tionna, tout fut soumis à l'examen; tout,
ce qui, en matiére d'Histoire ou de Phy-
sique, s'écarta des loix ordinaires de la
Nature, parut suspect; on ne reconnut
point d'effet dont on ne pût expliquer la
cause d'une maniere au moins vrai- sem-
blable, & les armes dont Descartes avoit
montré l'usage, servirent quelquefois à le
combattre lui-même.
Cet esprit de liberté, de méthode & de
lumiere, portem dans toutes les facultés de
l'esprit, nous a produit ce beau siécle de
Louis XIV. égal pour les talens, supé-
rieur pour les lumieres au siécle d'Auguste;
alors le goût fut excellent, alors on aima.
tout ce qui étoit beau, tout ce qui étoit
bon, conforme à la nature, à la rai-
son, à la vérité; Corneille & Bossuet
éleverent l'ame, Racine l'attendrit, Pas-
cal l'éclaira: Bourdalouem fit la guerre aux
vices, Moliére aux ridicules, Despréaux
aux mauvais Auteurs & quelquefois, aux.
1752.
MAI.
61
bons. Un des progrès de l'esprit Philoso-
phique dans le dix-huitième siécle est de
n'en pas toujours croire Despréaux sur
sa parole; mais devons-nous croire davan-
tage cette voix qui nous crie sans cesse; le
gout tombe, les talens degénérent, le bei-esprit
a tout perdu; les beauxe jours des Lettres sont-
passes, les Plines nouveauxe corrompent l'elo-
quence, les Annéens la Poesie? La Posté-
rité décidera si ces reproches sont fondés,
& si nos bons Auteurs prodiguent l'esprit
& le déplacent, comme faisoient sous
Louis XIII. les Voitures, les Balzacs: di-
fons le mot, comme a fait Corneille lui-
même dans presque tous ses Ouvrages;
elle jugera si les Théâtres de Messieurs de
Crebillon & de Voltaire, si tant d'Ouvra-
ges délicicux de M. de Fontenelle, de
M. Gresset, &c. foutiennent le parallele
avec les chef-d'œuvres du dix septième
siécle.
Le Poëme Epique est un objet à part;
il,s.agissoit d'en donner un à la France,
asin qu'elle n'eût plus rien à envier à l'An-
tiquité ni à ses voisins; les le Moine, les.
Desmarêts, les Cassaigne, les le Labou-
reurs, les-Chapelains eurent du moins
l'honneur de l'avoir entrepris; quelques-
uus d'eux parvintent même à tracer des
plans assez reguliers & assez ingenieux;
62 MERCURE DEFRANCE.
mais le style est la partie essentielle de
l'épopée, & ces Messieurs ne fachant point
écrire, on leur fit la justice de ne les point
lire. L'imitation d'Homere & de Virgile,
au lieu d'échauffer & d'embellit leur gé-
nie, les gâta, parce qu'ils manquoient de
goût; Chapelain ayant remarquê qu'Ho-
mere en parlant des blessures de ses Heros,
faisoit quelquefois une description anato-
mique, mais Poëtique, de la partie blessée,
se crut autorisé à mettre ce jargon barbare-
dans la bouche de son Héroine.
Pour toi, puissai je avoir une mortelle pointe
Vers où l'épaule gauche à la droite est con-
jointe, &c.
L'honneur de la France demandoit qu'elle
eût un Poëme épique, l'honneur de l'E-
popée vouloit qu'il fût l'Ouvrage d'un Gé-
nie qui excellât dans tous les genres. Gette
gloite étoit réservée à M. de Voltaire.
Ne foyons pourtant pas eblouis de nos
arantages au pomt de ne convenir d'aucun
des défauts qu'on impute à notre fiècle. Il
se pent faire que par un abus de cet esprit
philosophique qui a pénétré par tout, on
affecte dans l'expression & dans les pen-
sées, un excès de précision qui méne quel-
quefois à l'obscurité; l'envie de prodiguet-
MAI. 1752.
63.
le sens & de compter les paroles, peut in-
troduire naturellement les antithéses trop
fréquentes, les énigmes, le précieux qui
ne nous déplaisent peut- être pas assez.
Nous sommes en général trop subtils rai-
sonneurs sur les questions Métaphysiques,
trop raffinés dans quelques uns de nos sen-
timens, sur tout trop délicats sur les ridi-
cules, dont l'idée est: devenue trop vague
& trop dépendante du caprice. C'est: là ce
qui caracterise particulierement aujour-
d'hui le génie Français; depuis que la
Bruyere & Moliére ont appliqué à la con-
noissance des hommes, les lumieres que
Descartes avoit employées à la connois-
sance de la Nature, le Goût des Français
s'est entierement tourné de ce côté-là; au-
cun ridicule n'échappe à leurs yeux péné-
trans, mais ils le vorent souvent où il
n'est pos; nos livres, nos brochures, nos
conversations, tout est plein de Tableaux
critiques des moeurs; on rit de tout, on
ne corrige rien, mais on plaît, on s'a-
mule, & c'est tout ce qu'on veut.
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Résumé : PREMIERE LETTRE Sur le goût des Français en matiére de Litterature. Par M. Gaillard Avocat au Parlement.
Dans 'Sur le goût des Français en matière de Littérature', M. Gaillard, avocat au Parlement, explore la notion de goût littéraire et la possibilité d'un goût général partagé par les Français. Il exprime son scepticisme quant à l'existence d'un goût uniforme, notant que les œuvres classiques comme l'Iliade et l'Énéide sont admirées par habitude. Les œuvres anciennes sont moins lues mais plus admirées, tandis que les auteurs contemporains, mieux connus, sont jugés plus sévèrement. Le théâtre est considéré comme l'indicateur principal du goût public, bien que les jugements y soient souvent influencés par des facteurs extérieurs. Gaillard propose d'analyser les genres littéraires les plus cultivés à travers les époques pour identifier le goût général. Il observe que les périodes de troubles politiques, comme celles des rois barbares, n'étaient pas propices au développement du goût littéraire. En mai 1752, le texte mentionne une période où les préoccupations étaient tournées vers des affaires plus urgentes que l'éducation et la culture. Après que Pepin le Bref eut consolidé son pouvoir, son fils Charles Ier, décrit comme un grand homme, chercha à promouvoir les lettres et les lois pour vaincre la barbarie. Cependant, ses successeurs ne suivirent pas son exemple, et la barbarie et l'ignorance reprirent le dessus. Au fil des siècles, les progrès intellectuels furent lents mais constants. Au XIe siècle, les homélies étaient appréciées. Les lettres trouvèrent des protecteurs en la personne de Guillaume le Conquérant et du roi Robert. Les guerres freinèrent les progrès des arts, mais l'Université produisit des savants. Le goût des Français était marqué par un pédantisme grossier et une superstition excessive pour les idées d'Aristote. Avant François Ier, les arts agréables n'étaient pas cultivés avec succès. François Ier favorisa les lettres, apportant un éclat à son règne. Le XVIe siècle fut un siècle d'érudition, bien que stérile. René Descartes introduisit une nouvelle méthode philosophique, transformant les sciences et les lettres. Le XVIIe siècle, marqué par Louis XIV, vit l'épanouissement des arts et des lettres avec des figures comme Corneille, Racine, Bossuet, Pascal, Molière et Boileau. Le XVIIIe siècle, influencé par l'esprit philosophique, vit des progrès significatifs mais aussi des critiques sur la dégénérescence des talents et la corruption des lettres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13065
p. 64-66
ODE D'ORACE, A L'EMPEREUR AUGUSTE, Livre 4. Ode 5. Par M. de Lafargue, Auteur de l'Ode du Mercure de Septembre, & des Morceaux du premier volume de Décembre 1751.
Début :
Protecteur des Romains, Prince du sang des Dieux, [...]
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texteReconnaissance textuelle : ODE D'ORACE, A L'EMPEREUR AUGUSTE, Livre 4. Ode 5. Par M. de Lafargue, Auteur de l'Ode du Mercure de Septembre, & des Morceaux du premier volume de Décembre 1751.
ODE D'ORACE,
A L'EMPEREUR AUGUSTE,
Livre 4. Ode 5.
Par M. de Lafargue, Auteur de l'Ode du
Mercure de Septembre, & des Morceaux
du premier volume de Décembre 1751.
Protecteur des Romains, Prince du sang des
Dieux,
Trop long. tems votre absence a fait gémir ces
lieux.
Retournez promptement, rappellant la promesse-
Qu'à l'auguste Sénat en fit votre tendresse.
Malheureuse sans vous, Rome est dans la douleura
Votre retour peut seul la rendre à son bonheur.
Votre séjour à Rome est un primtems pour elle:
Les Cieux sont peints alors d'une couleur plus
belle :
Les jours sont plus brillans: on goûte des plaisirs :
Où le Prince paroît, finissent les désirs.
Comme une mere, en pleurs, attend sur le rivage-
Un fils, cher à son coeur, qu'un trop constant.
orage
Au-delà de la Mer, retient doin de ses yeux,
Fnisant des voux au Ciel pour l'obtenit des-
Dieux:
MAI 1752:
55
Aptès son Empereur ainsi Rome soupire.
Venez, Prince: regnez. Le boeuf, sous votro
Empire,
Sans être, comme ailleurs, pressé d'un aiguillon;
Trace paisiblement son pénible sillon.
Qui peut peindre vos dons, votre magnificence?
On voit regner partout une aimable abondance.
Tranquille, promenant ses regards dans les airs,
Le Pilote aujourd'hui court sans crainte les mers.
L'honneur parle, il sufsit, sa loi n'est point frivole;
On ose rarement manquer à sa parole;
L'épouse, à son époux sidéle en son ardeur
D'un amour étranger ne souille point son cœuf;
Ses crimes, à leur suite amenant l'infamie,
Respectent de vos loix la sagesse infinie.
Une mere triomphe, & son sort est trop doux,
En voyant que son fils ressemble à son époux.
La honte d'une femme est constamment punie.
Quand vos jours sont sereins, tranquille sur sa vie,
Un Romain fur ses pas ne voit point de danger.
Votre gloire, son cœur, lui rendent tout léger-
On lit dans ses regards, où la valeur est peinte,
Qu'il auroit ignoré jusqu'au nom de la crainte,
Si, plein d'amour pour vous, un souvenir cruel
Ne lui rappelloit pas que vous êtes mortel.
Triomphant dans la paix, saus redouter la guerre,
Rome fait aujourd'hui le destin de la Terre.
Les Romains sont heureux! chacun, sur son co-
tean,
66 MERCURE DEFRANCE.
S'occupe à marier la vigne avec l'Ormeau;
Et, sur la fin du jour, une épouse attentive,
Connoissant le moment où son époux arrive,
Lui prépare un repas où leuts cours généreux,
Adorant votre nom, vous adressent leurs vœux.
Avec les autres Dieux, sur la fin, on vous nomme:
Ainsi qu'Hercule en Gréce, on vous invoque à
Rome.
Cher Prince, éternisez ce repos, ces plaisits:
En tout tems, en tout lieu, nous formons cel
désirs.
A L'EMPEREUR AUGUSTE,
Livre 4. Ode 5.
Par M. de Lafargue, Auteur de l'Ode du
Mercure de Septembre, & des Morceaux
du premier volume de Décembre 1751.
Protecteur des Romains, Prince du sang des
Dieux,
Trop long. tems votre absence a fait gémir ces
lieux.
Retournez promptement, rappellant la promesse-
Qu'à l'auguste Sénat en fit votre tendresse.
Malheureuse sans vous, Rome est dans la douleura
Votre retour peut seul la rendre à son bonheur.
Votre séjour à Rome est un primtems pour elle:
Les Cieux sont peints alors d'une couleur plus
belle :
Les jours sont plus brillans: on goûte des plaisirs :
Où le Prince paroît, finissent les désirs.
Comme une mere, en pleurs, attend sur le rivage-
Un fils, cher à son coeur, qu'un trop constant.
orage
Au-delà de la Mer, retient doin de ses yeux,
Fnisant des voux au Ciel pour l'obtenit des-
Dieux:
MAI 1752:
55
Aptès son Empereur ainsi Rome soupire.
Venez, Prince: regnez. Le boeuf, sous votro
Empire,
Sans être, comme ailleurs, pressé d'un aiguillon;
Trace paisiblement son pénible sillon.
Qui peut peindre vos dons, votre magnificence?
On voit regner partout une aimable abondance.
Tranquille, promenant ses regards dans les airs,
Le Pilote aujourd'hui court sans crainte les mers.
L'honneur parle, il sufsit, sa loi n'est point frivole;
On ose rarement manquer à sa parole;
L'épouse, à son époux sidéle en son ardeur
D'un amour étranger ne souille point son cœuf;
Ses crimes, à leur suite amenant l'infamie,
Respectent de vos loix la sagesse infinie.
Une mere triomphe, & son sort est trop doux,
En voyant que son fils ressemble à son époux.
La honte d'une femme est constamment punie.
Quand vos jours sont sereins, tranquille sur sa vie,
Un Romain fur ses pas ne voit point de danger.
Votre gloire, son cœur, lui rendent tout léger-
On lit dans ses regards, où la valeur est peinte,
Qu'il auroit ignoré jusqu'au nom de la crainte,
Si, plein d'amour pour vous, un souvenir cruel
Ne lui rappelloit pas que vous êtes mortel.
Triomphant dans la paix, saus redouter la guerre,
Rome fait aujourd'hui le destin de la Terre.
Les Romains sont heureux! chacun, sur son co-
tean,
66 MERCURE DEFRANCE.
S'occupe à marier la vigne avec l'Ormeau;
Et, sur la fin du jour, une épouse attentive,
Connoissant le moment où son époux arrive,
Lui prépare un repas où leuts cours généreux,
Adorant votre nom, vous adressent leurs vœux.
Avec les autres Dieux, sur la fin, on vous nomme:
Ainsi qu'Hercule en Gréce, on vous invoque à
Rome.
Cher Prince, éternisez ce repos, ces plaisits:
En tout tems, en tout lieu, nous formons cel
désirs.
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Résumé : ODE D'ORACE, A L'EMPEREUR AUGUSTE, Livre 4. Ode 5. Par M. de Lafargue, Auteur de l'Ode du Mercure de Septembre, & des Morceaux du premier volume de Décembre 1751.
L'ode d'Horace à l'empereur Auguste, traduite par M. de Lafargue, exprime le souhait des Romains de voir Auguste revenir à Rome après une longue absence. Rome est présentée comme malheureuse et douloureuse sans lui, car sa présence apporte bonheur et prospérité. Son retour est comparé à un printemps, illuminant les cieux et apportant des plaisirs. Sous son règne, la nature et les hommes vivent en harmonie : les bœufs labourent sans contrainte, les marins naviguent sans peur, et la justice prévaut. Les citoyens respectent les lois et les valeurs familiales, et les mères sont fières de voir leurs fils imiter Auguste. La paix et la sécurité règnent, permettant aux Romains de se consacrer à leurs activités quotidiennes. L'ode se conclut par un vœu pour que cette paix et ces plaisirs durent éternellement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13066
p. 66
« La Lettre suivante est d'un Suédois qui écrit comme s'il étoit né en France. L'idée [...] »
Début :
La Lettre suivante est d'un Suédois qui écrit comme s'il étoit né en France. L'idée [...]
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texteReconnaissance textuelle : « La Lettre suivante est d'un Suédois qui écrit comme s'il étoit né en France. L'idée [...] »
La Lettre suivante est d'un Suédois qui
écrit comme s'il étoit né en France. L'idée
qu'il donne de Charles XII. m'a paru
après plusicurs lectures & bien des ré-
flexions plus que vraisemblable. S'il réus-
sit à l'établir, comme je l'espére, & com-
me tout le monde doit le souhaiter, on-
lui devra le plus beau caractere que four-
nisse l'Histoire.
écrit comme s'il étoit né en France. L'idée
qu'il donne de Charles XII. m'a paru
après plusicurs lectures & bien des ré-
flexions plus que vraisemblable. S'il réus-
sit à l'établir, comme je l'espére, & com-
me tout le monde doit le souhaiter, on-
lui devra le plus beau caractere que four-
nisse l'Histoire.
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13067
p. 67-70
Lettre à Monsieur l'Abbé Raynal. A Stokolm le 6 Mars 1752.
Début :
Je remarque, Monsieur, avec beaucoup de peine que les plus éclairés & les plus [...]
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texteReconnaissance textuelle : Lettre à Monsieur l'Abbé Raynal. A Stokolm le 6 Mars 1752.
Lettre à Monsieur l'Abbé Raynal.
A Stokolm le 6 Mars 1752.
Je remarque, Monsieur, avec beaucoup
de peine que les plus éclairés & les plus
judicieux de vos écrivains parlent souvent
de Charles XII. sans avoir de justes idées
du caractere ni de la vie de ce Monarque.
Tout nouvellement encore, je viens de
lire le jugement qu'en porte l'Auteur du-
beau Parallele d'Alexandre & de Thamas
Kouli-Kan. C'est, dit-il, l'exemple d'Ale-
xandre qui fortifia l'amour des conquêntes dans
ce Prince singulier, que l'Europe a vu de nos
jours dépeupler son Royaume pour ravager les
Etats voisins, & que ses Panégyristes & set
censeurs ont également appellè l'Alexandre
du Nord.
Ce n'est point pour vous adresser des
plaintes que j'ai l'honneur de vous écrire
cette Lettre. J'avoue volontiers que M. de
Bougainville na aucun tort en jugeant le
Roi de Suede d'après les Historiens les
plus célebtes de notre siécle. Mais je dois
pour l'amour de la vérité vous observer
que ces Historiens, surtout celui qui par
les charmes de son style mérite si bien de
donner le ton aux autres, ont répandu dans,
Digitiresd vLOO
68 MERCUREDEFRANCE
le monde une opinion de Charles XIL.
que toute la Suede, & tous ceux qui ont
véritablement connu ce grand Roi, sont
obligés de désavouer.
Nous foutenons, Monsieur, qu'il n'est
nullement vrai, que Charles XII. ait dé-
peuplé son Royaume pour ravager les Etats
voisins; que l'amour des conquetes na ja-
mais eu d'empire fur lui, & que les Pané-
gyristes qui sur ce point se sont avisés de le
comparer à Alexandre ne sont au fonds
que d'injustes censeurs. Nous pensons
ainsi, parce que nous sçavons que ce
Prince n a jamais commencé aucune guer-
re dans la vue de conquérir. Il n'a pris les
armes que pour se defendre; & depuis ce
moment jusqu'à celui de sa mort il ne s'est
proposé d'autre objet que de conclure la
paix en conservant tout ce qu'il possedoit
avant la guerre. Nous ne voyons dans ce
plan que de la sagesse & de la justice, &
non cette passion immodérée pour la gloire,
à laquelle ses Historiens lui font sacrifier
sans cesse le repos de ses peuples & les vé-
ritables intérêts de sa Couronne.
Il est bien vrai, & nous n'en disconve-
nons pas, que la Suede s'est trouvée épui-
sée d'hommes & d'argent à la mort de son
Roi. Mais quel Etat dans le monde ne s'é-
puiseroit pas à soutenir sans aucun Allié
MAI.
1752.
69
& sans aucun secours une guerre de dix-
huit ans contre les forces réunies de tous
ses voisins? Il faudroit donc pour accuser
Chatles XII. de la ruine de son Royaume,
l'accuser aussi du commencement ou de la
continuation de la guerre; deux points
sur lesquels sa justification nous est dé-
montrée jusqu'à l'evidence.
Cependant vous n'êtes pas obligé, Mon-
sieur, à nous en croire sur notre parole. Il
faut des preuves pour établir une opinion;
il en faut de plus fortes encore pour dé-
truire une opinion reçue. Aussi mon in-
tention n'est-elle pas de détromper ici
ceux qui condamnent Charles XII. sur la
foi de ses Historiens. Ce que j'aurois à dire
passeroit les bornes d'une Lettre. Je veux
seulement annoncer à ceux qui s'interes-
sent à la vérité, qu'on travaille actuelle-
ment en Suede à des observations sur la
vie de Charles XII. qui feront connoître
les vues de ce Monarque, d'après les ino-
numens qui en restent dans les archives du
Royaume; monumens qui nous le mon-
trent bien different de ce qu'il est dans
tous vos écrits.
On trouvera, quand ces observations
auront paru, que Charles XII. étoit bon
Politique autant que grand Guerrier; qu'il
ne cherchoit qu'à defendre ses Etats, &
iuas hdO
70 MERCURE DE FRANCE.
nullement à envahir ceux d'autrui; que la
seule sorte de gloire qui l'animoit, étoit
celle de ne faire, ni souffrir jamais aucun
tort; que l'esprit de vangeance qu'on lui
attribue à un si haut degré, n'a jamais
dicté la moindre de ses démarches; que la
justice & l'interêt de son Etat ont seuls
presidé à toutes ses résolutions, & que ses
défauts (car nous ne dissimulerons pas
ceux qu'il avoit) n'étoient pas du moins
la cruauté & le mépris pour la vie de ses
sujets, dont on l'accuse avec si peu de fon-
dement.
Que si avec toutes ces grandes qualités,
avec des motifs si purs, avec des projets
si bien concertés il a néanmoins éprouvé
des revers qui ont fait douter de sa sagesse
& de sa bonne conduite, nous esperons
prouver que ces revers doivent être mis
au nombre des événemens que la sagesse
humaine ne sçauroit ni prévoit ni prévenir.
Nous tâcherons même de faire voir autant
qu'il est possible, que s'il n'avoit pas plû
à la Providence de trancher ses jours à la
sleur de son âge, son courage invincible
& sa bonne conduite l'eussent rendu su-
perieur à tous les événemens, & la Suede
plus redoutable qu'elle ne l'avoit encore
été.
J'ai l'honneur d'être, &c.
A Stokolm le 6 Mars 1752.
Je remarque, Monsieur, avec beaucoup
de peine que les plus éclairés & les plus
judicieux de vos écrivains parlent souvent
de Charles XII. sans avoir de justes idées
du caractere ni de la vie de ce Monarque.
Tout nouvellement encore, je viens de
lire le jugement qu'en porte l'Auteur du-
beau Parallele d'Alexandre & de Thamas
Kouli-Kan. C'est, dit-il, l'exemple d'Ale-
xandre qui fortifia l'amour des conquêntes dans
ce Prince singulier, que l'Europe a vu de nos
jours dépeupler son Royaume pour ravager les
Etats voisins, & que ses Panégyristes & set
censeurs ont également appellè l'Alexandre
du Nord.
Ce n'est point pour vous adresser des
plaintes que j'ai l'honneur de vous écrire
cette Lettre. J'avoue volontiers que M. de
Bougainville na aucun tort en jugeant le
Roi de Suede d'après les Historiens les
plus célebtes de notre siécle. Mais je dois
pour l'amour de la vérité vous observer
que ces Historiens, surtout celui qui par
les charmes de son style mérite si bien de
donner le ton aux autres, ont répandu dans,
Digitiresd vLOO
68 MERCUREDEFRANCE
le monde une opinion de Charles XIL.
que toute la Suede, & tous ceux qui ont
véritablement connu ce grand Roi, sont
obligés de désavouer.
Nous foutenons, Monsieur, qu'il n'est
nullement vrai, que Charles XII. ait dé-
peuplé son Royaume pour ravager les Etats
voisins; que l'amour des conquetes na ja-
mais eu d'empire fur lui, & que les Pané-
gyristes qui sur ce point se sont avisés de le
comparer à Alexandre ne sont au fonds
que d'injustes censeurs. Nous pensons
ainsi, parce que nous sçavons que ce
Prince n a jamais commencé aucune guer-
re dans la vue de conquérir. Il n'a pris les
armes que pour se defendre; & depuis ce
moment jusqu'à celui de sa mort il ne s'est
proposé d'autre objet que de conclure la
paix en conservant tout ce qu'il possedoit
avant la guerre. Nous ne voyons dans ce
plan que de la sagesse & de la justice, &
non cette passion immodérée pour la gloire,
à laquelle ses Historiens lui font sacrifier
sans cesse le repos de ses peuples & les vé-
ritables intérêts de sa Couronne.
Il est bien vrai, & nous n'en disconve-
nons pas, que la Suede s'est trouvée épui-
sée d'hommes & d'argent à la mort de son
Roi. Mais quel Etat dans le monde ne s'é-
puiseroit pas à soutenir sans aucun Allié
MAI.
1752.
69
& sans aucun secours une guerre de dix-
huit ans contre les forces réunies de tous
ses voisins? Il faudroit donc pour accuser
Chatles XII. de la ruine de son Royaume,
l'accuser aussi du commencement ou de la
continuation de la guerre; deux points
sur lesquels sa justification nous est dé-
montrée jusqu'à l'evidence.
Cependant vous n'êtes pas obligé, Mon-
sieur, à nous en croire sur notre parole. Il
faut des preuves pour établir une opinion;
il en faut de plus fortes encore pour dé-
truire une opinion reçue. Aussi mon in-
tention n'est-elle pas de détromper ici
ceux qui condamnent Charles XII. sur la
foi de ses Historiens. Ce que j'aurois à dire
passeroit les bornes d'une Lettre. Je veux
seulement annoncer à ceux qui s'interes-
sent à la vérité, qu'on travaille actuelle-
ment en Suede à des observations sur la
vie de Charles XII. qui feront connoître
les vues de ce Monarque, d'après les ino-
numens qui en restent dans les archives du
Royaume; monumens qui nous le mon-
trent bien different de ce qu'il est dans
tous vos écrits.
On trouvera, quand ces observations
auront paru, que Charles XII. étoit bon
Politique autant que grand Guerrier; qu'il
ne cherchoit qu'à defendre ses Etats, &
iuas hdO
70 MERCURE DE FRANCE.
nullement à envahir ceux d'autrui; que la
seule sorte de gloire qui l'animoit, étoit
celle de ne faire, ni souffrir jamais aucun
tort; que l'esprit de vangeance qu'on lui
attribue à un si haut degré, n'a jamais
dicté la moindre de ses démarches; que la
justice & l'interêt de son Etat ont seuls
presidé à toutes ses résolutions, & que ses
défauts (car nous ne dissimulerons pas
ceux qu'il avoit) n'étoient pas du moins
la cruauté & le mépris pour la vie de ses
sujets, dont on l'accuse avec si peu de fon-
dement.
Que si avec toutes ces grandes qualités,
avec des motifs si purs, avec des projets
si bien concertés il a néanmoins éprouvé
des revers qui ont fait douter de sa sagesse
& de sa bonne conduite, nous esperons
prouver que ces revers doivent être mis
au nombre des événemens que la sagesse
humaine ne sçauroit ni prévoit ni prévenir.
Nous tâcherons même de faire voir autant
qu'il est possible, que s'il n'avoit pas plû
à la Providence de trancher ses jours à la
sleur de son âge, son courage invincible
& sa bonne conduite l'eussent rendu su-
perieur à tous les événemens, & la Suede
plus redoutable qu'elle ne l'avoit encore
été.
J'ai l'honneur d'être, &c.
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Résumé : Lettre à Monsieur l'Abbé Raynal. A Stokolm le 6 Mars 1752.
Dans une lettre datée du 6 mars 1752, l'auteur exprime sa déception face aux perceptions erronées de Charles XII de Suède parmi les écrivains français. Il critique particulièrement un auteur qui compare Charles XII à Alexandre le Grand, le décrivant comme un conquérant ayant dépeuplé son royaume pour ravager les États voisins. L'auteur réfute cette vision, affirmant que Charles XII n'a jamais cherché à conquérir mais seulement à défendre son royaume. Il souligne que la Suède était épuisée après une guerre de dix-huit ans contre ses voisins, mais que cet état de fait ne peut être attribué à une passion pour la conquête. L'auteur mentionne que des observations sur la vie de Charles XII sont en cours en Suède, basées sur des documents archivés. Ces observations devraient présenter un portrait différent du roi, le montrant comme un bon politique et un grand guerrier, motivé par la défense de ses États et la justice, et non par la vengeance ou la cruauté. L'auteur espère prouver que les revers subis par Charles XII étaient des événements imprévus et que, sans sa mort prématurée, il aurait pu surmonter ces défis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13068
p. 71-74
SUR LA CROIX DE SAINT LOUIS.
Début :
Avant que j'obtinsse la marque [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LA CROIX DE SAINT LOUIS.
SUR LA CROIX DE SAINT LOUIS.
Avant que j'obtinsse la marque
Dont notre équitable Monarque
Décore ses braves sujets,
Je formois mille vœux pour elle,
Mais que nos voeux sont indiscrets:
Qui diable autoit pensé jamais
Qu'une distinction si belle
Fût une source de regrets:
La chose n' est que trop réelle;
Elle m'avertit durement
Que les heures incessamment
Vont frapper mon septième lustre,
J'entens ce Pédagogue illustrę
Me répeter à tout moment:
Garde-toi de te laisser prendre
Au frivole appas des hooneurs,
Leur clinquant ne sçauroit te rendre
Ces beaux jours, ces brillantes fleun
Dont ta jeunesse étoit parée
Une Automne prématurée
En teruit déja les couleurs:
Son aspect me décontenance,
Sans cesle il vient me présager
Une prochaine décadence.
72 MERCURE DE FRANCE.
D'un pas encor ferme & léger
A la Déesse de la danse
Si j'offre un tribut passager,
Soudain la Croix persécutrice
Me représente avec malice
Qu'à mon âge il est probibé
De paroître daus une lice
Qui n'est faite, en bonne police,
Que pour les favoris d'Hébé:
A la critique qui l'écoute
La cruelle se fait un jeu
D'apprendre que longue est la route
Entr'elle & la Croix de par Dieu.
A cette remontrance insigne
Exhalant un profond soupir
J'apperçois que ce grave signe
Verse souvent sur le plaisir
L'influence la plus maligne.
Qu'est devenu ce tems serein
Où, sans veilles & sans chagrin,
J'obtenois ces Croix pacisiques
Que donnent les Princes classiques
Aux Héros du pays Latin:
Elles pouvoient me rendre aimable
Aux yeux d'un maître complaisant
Celle que je potte à présent
Me rend tout au plus vénérable,
Et ce titre un peu séduisant
Auprès d'un objet adorable,
Dès
MAI.
1752. 73
Dès qu'un Guerrier tient de la Cour
Ce prix des ames intrépides,
On s'imagine dès ce jour
Qu'il est réformé par l'amour,
Et marqué pour les Invalides.
Il est sur, & j'en fais l'aveu
Il est sûr que ce jeune Dieu
N'admet guere dans ses recrues
De ces personnages croisés
Qui pour la plupart sont sensés
Peu proptes à remplir ses vues.
Il bannit de son Régiment
Ces perruques qui dans les nôtres
Narguent celles du Parlement,
Ces vieux diseurs de patenotres,
Tristes de la gayeté des autres
Qu'ils censurent amerement.
La décoration guerriere
L'ordre enfin dont je suis paré
N'est pas chose qu'on y révere;
Dans la Milice de Cithere
Il n'est d'autre ordre toléré
Que celui de la Jarretiere.
Mais quelle soudaine lumiere
Vient frapper mes yeux éblouis!
Croix célebre! Croix Militaire
Qui porte le nom de Louis!
D
74 MERCURE DEFRANCE.
A tort ma bouche téméraire
Osa t'imputer des défauts
Je commence, loin du vulgaire,
A connoître ce que tu vaux:
Amis, que sa morale est belle!
Heureux qui sçait en prositer!
La Croix que nous portons est telle
Que souvent elle nous rappelle
Acelle que l'on doit porter.
Le Chevalier DE PIERRES de Fontenailles,
Capitaine au Régiment de Poitou.
Avant que j'obtinsse la marque
Dont notre équitable Monarque
Décore ses braves sujets,
Je formois mille vœux pour elle,
Mais que nos voeux sont indiscrets:
Qui diable autoit pensé jamais
Qu'une distinction si belle
Fût une source de regrets:
La chose n' est que trop réelle;
Elle m'avertit durement
Que les heures incessamment
Vont frapper mon septième lustre,
J'entens ce Pédagogue illustrę
Me répeter à tout moment:
Garde-toi de te laisser prendre
Au frivole appas des hooneurs,
Leur clinquant ne sçauroit te rendre
Ces beaux jours, ces brillantes fleun
Dont ta jeunesse étoit parée
Une Automne prématurée
En teruit déja les couleurs:
Son aspect me décontenance,
Sans cesle il vient me présager
Une prochaine décadence.
72 MERCURE DE FRANCE.
D'un pas encor ferme & léger
A la Déesse de la danse
Si j'offre un tribut passager,
Soudain la Croix persécutrice
Me représente avec malice
Qu'à mon âge il est probibé
De paroître daus une lice
Qui n'est faite, en bonne police,
Que pour les favoris d'Hébé:
A la critique qui l'écoute
La cruelle se fait un jeu
D'apprendre que longue est la route
Entr'elle & la Croix de par Dieu.
A cette remontrance insigne
Exhalant un profond soupir
J'apperçois que ce grave signe
Verse souvent sur le plaisir
L'influence la plus maligne.
Qu'est devenu ce tems serein
Où, sans veilles & sans chagrin,
J'obtenois ces Croix pacisiques
Que donnent les Princes classiques
Aux Héros du pays Latin:
Elles pouvoient me rendre aimable
Aux yeux d'un maître complaisant
Celle que je potte à présent
Me rend tout au plus vénérable,
Et ce titre un peu séduisant
Auprès d'un objet adorable,
Dès
MAI.
1752. 73
Dès qu'un Guerrier tient de la Cour
Ce prix des ames intrépides,
On s'imagine dès ce jour
Qu'il est réformé par l'amour,
Et marqué pour les Invalides.
Il est sur, & j'en fais l'aveu
Il est sûr que ce jeune Dieu
N'admet guere dans ses recrues
De ces personnages croisés
Qui pour la plupart sont sensés
Peu proptes à remplir ses vues.
Il bannit de son Régiment
Ces perruques qui dans les nôtres
Narguent celles du Parlement,
Ces vieux diseurs de patenotres,
Tristes de la gayeté des autres
Qu'ils censurent amerement.
La décoration guerriere
L'ordre enfin dont je suis paré
N'est pas chose qu'on y révere;
Dans la Milice de Cithere
Il n'est d'autre ordre toléré
Que celui de la Jarretiere.
Mais quelle soudaine lumiere
Vient frapper mes yeux éblouis!
Croix célebre! Croix Militaire
Qui porte le nom de Louis!
D
74 MERCURE DEFRANCE.
A tort ma bouche téméraire
Osa t'imputer des défauts
Je commence, loin du vulgaire,
A connoître ce que tu vaux:
Amis, que sa morale est belle!
Heureux qui sçait en prositer!
La Croix que nous portons est telle
Que souvent elle nous rappelle
Acelle que l'on doit porter.
Le Chevalier DE PIERRES de Fontenailles,
Capitaine au Régiment de Poitou.
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Résumé : SUR LA CROIX DE SAINT LOUIS.
Le poème 'Sur la croix de Saint-Louis' du Chevalier de Pierres de Fontenailles, capitaine au Régiment de Poitou, exprime les regrets de l'auteur après avoir reçu la Croix de Saint-Louis. Cette distinction lui rappelle l'approche de ses 35 ans et la fin de sa jeunesse, symbolisant pour lui un 'automne prématuré' et une décadence imminente. La croix l'empêche de jouir pleinement des plaisirs de la vie, comme la danse, en lui rappelant son âge avancé. Il compare cette croix aux distinctions classiques des héros latins, qu'il trouve plus agréables. La Croix de Saint-Louis, bien qu'honorifique, le rend 'vénérable' plutôt qu''aimable'. Dans le domaine amoureux, elle est perçue négativement, associée à des personnes âgées et peu aptes à l'amour. Cependant, l'auteur reconnaît finalement la valeur morale de cette croix, qui rappelle aux porteurs leurs devoirs et responsabilités.
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13069
p. 75-77
LETTRE De M. Rameau à l'Auteur du Mercure.
Début :
Permettez-moi, Monsieur, d'insérer dans votre Journal mes remercimens [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE De M. Rameau à l'Auteur du Mercure.
LETTRE
De M. Rameau à l'Auteur du Mercure.
Permettez-moi, Monsieur, d'insérer
dans votre Journal mes remercimens
à Monsieur d'Alembert, pour la marque
d'estime qu'il vient de me donner en pu-
bliant ses élémens de Musique théorique
& pratique, suivant mes principes. Quel-
que publicité que je donne aux témoigna-
ges de ma vive reconnoissance, ils seront
toujours moins éclatans que l'honneur que
je reçois.
Les progrès de mon art ont été pour
moi le premier objet de mes veilles. La ré-
compense la plus flatteuse que je me sois
proposée, c'est le suffrage & l'estime des
scçavans.
Il s'est trouvé heureusement pour moi,
dans les Académies les plus célèbres, de
ces hommes éclairés & justes que leurs lu-
mières mettent au-dessus de la prévention,
& leur mérite au-dessus de l'envie. J'ay eu
le bonheur d'obtenir leurs suffrages, &
seurs sustrages ont entraîné ceux de la mul-
titude.
Parmi ces Sçavans, que je fais gloire
DI
76 MERCURE DE FRANCE.
d'appeller mes Juges & mes Maitres, il en
est un que la simplicité de ses mœeurs, l'é-
lévation de ses sentimens, & l'étendue de
ses connoissances me rendent singuliere-
ment respectable. C'est de lui, Monsieur,
que je reçois le témoignage le plus glotieux
auquel l'ambition d'un Auteur puisse ja-
mais aspirer. Quelques Ecrivains ont es-
sayé de se faire connoître tantôt en défi-
gurant mes principes, tantôt en m'en dis-
putant la découverte, tantôt en imaginant
des difficultés dont ils croyoient les obscur-
cir. Ils n ont rien fait ni pour leut réputa-
tion, ni contre la mienne; ils n ont rien
ajouté ni retranché à mes découvertes, &
l'art n'a retité aucun fruit du mal qu'ils
ont voulu me faire. Que c'est peu connoître
l'intérêt de sa propre gloire, que de préten-
dre l'établir sur les ruines de celle d'autrui!
L'homme illustre à qui s'adresse ma recon-
noissance, a cherché dans mes ouvrages
non des défauts à reprendre, mais des vé-
rités à analyser, à simplifier, à rendre
plus familières, plus lumineuses, & par
conséquent plus utiles au grand nombre.
par cet esprit de netteté, d'ordre & de pré-
cision qui caractérise ses ouvrages. Il na
pas dédaigné de se mettre à la portée mê-
me des enfans, par la force de ce génie
qui plie, maîtrise & modifie à son gré
Digsiues vOO
1751.
MAI.
97
toutes les matiéres qu'il traite. Enfin il m'a
donné à moi même la consolation de voir
ajoûter à la solidité de mes principes, une
simplicité dont je les sentois susceptibles,
mais que je ne leur aurois donné qu'avec
beaucoup plus de peine, & peut etre moins
heureusement que lui.
C'est ainsi, Monsieur, que les Scien-
ces & les Arts se prêtant des lumieres mu-
tuelles, hâteroient réciproquement leurs
progrès, si tous les Auteurs, préférant
lintérêt de la vérité à celui de l'amour
propre, les uns avoient la modestie d'ac-
cepter des secours, les autres la généro-
sité d'en offrir. J'ai l'honneur d'être,
RAMEAU.
De M. Rameau à l'Auteur du Mercure.
Permettez-moi, Monsieur, d'insérer
dans votre Journal mes remercimens
à Monsieur d'Alembert, pour la marque
d'estime qu'il vient de me donner en pu-
bliant ses élémens de Musique théorique
& pratique, suivant mes principes. Quel-
que publicité que je donne aux témoigna-
ges de ma vive reconnoissance, ils seront
toujours moins éclatans que l'honneur que
je reçois.
Les progrès de mon art ont été pour
moi le premier objet de mes veilles. La ré-
compense la plus flatteuse que je me sois
proposée, c'est le suffrage & l'estime des
scçavans.
Il s'est trouvé heureusement pour moi,
dans les Académies les plus célèbres, de
ces hommes éclairés & justes que leurs lu-
mières mettent au-dessus de la prévention,
& leur mérite au-dessus de l'envie. J'ay eu
le bonheur d'obtenir leurs suffrages, &
seurs sustrages ont entraîné ceux de la mul-
titude.
Parmi ces Sçavans, que je fais gloire
DI
76 MERCURE DE FRANCE.
d'appeller mes Juges & mes Maitres, il en
est un que la simplicité de ses mœeurs, l'é-
lévation de ses sentimens, & l'étendue de
ses connoissances me rendent singuliere-
ment respectable. C'est de lui, Monsieur,
que je reçois le témoignage le plus glotieux
auquel l'ambition d'un Auteur puisse ja-
mais aspirer. Quelques Ecrivains ont es-
sayé de se faire connoître tantôt en défi-
gurant mes principes, tantôt en m'en dis-
putant la découverte, tantôt en imaginant
des difficultés dont ils croyoient les obscur-
cir. Ils n ont rien fait ni pour leut réputa-
tion, ni contre la mienne; ils n ont rien
ajouté ni retranché à mes découvertes, &
l'art n'a retité aucun fruit du mal qu'ils
ont voulu me faire. Que c'est peu connoître
l'intérêt de sa propre gloire, que de préten-
dre l'établir sur les ruines de celle d'autrui!
L'homme illustre à qui s'adresse ma recon-
noissance, a cherché dans mes ouvrages
non des défauts à reprendre, mais des vé-
rités à analyser, à simplifier, à rendre
plus familières, plus lumineuses, & par
conséquent plus utiles au grand nombre.
par cet esprit de netteté, d'ordre & de pré-
cision qui caractérise ses ouvrages. Il na
pas dédaigné de se mettre à la portée mê-
me des enfans, par la force de ce génie
qui plie, maîtrise & modifie à son gré
Digsiues vOO
1751.
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toutes les matiéres qu'il traite. Enfin il m'a
donné à moi même la consolation de voir
ajoûter à la solidité de mes principes, une
simplicité dont je les sentois susceptibles,
mais que je ne leur aurois donné qu'avec
beaucoup plus de peine, & peut etre moins
heureusement que lui.
C'est ainsi, Monsieur, que les Scien-
ces & les Arts se prêtant des lumieres mu-
tuelles, hâteroient réciproquement leurs
progrès, si tous les Auteurs, préférant
lintérêt de la vérité à celui de l'amour
propre, les uns avoient la modestie d'ac-
cepter des secours, les autres la généro-
sité d'en offrir. J'ai l'honneur d'être,
RAMEAU.
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Résumé : LETTRE De M. Rameau à l'Auteur du Mercure.
Dans une lettre, Jean-Philippe Rameau remercie Jean Le Rond d'Alembert pour la publication de ses 'Éléments de musique théorique et pratique'. Rameau apprécie davantage l'honneur personnel que la reconnaissance publique. Il considère les progrès de son art et l'estime des savants comme ses principales récompenses. Ses travaux ont été reconnus par plusieurs académies prestigieuses, gagnant ainsi l'approbation du public. Rameau admire d'Alembert pour sa simplicité, ses sentiments élevés et ses vastes connaissances. Il note que certains écrivains ont tenté de discréditer ses principes sans succès. En revanche, d'Alembert a analysé, simplifié et rendu ses idées plus accessibles, démontrant ainsi un esprit de clarté et de précision. Rameau conclut en soulignant l'importance de la collaboration et de la modestie entre auteurs pour favoriser les progrès mutuels des sciences et des arts.
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13070
p. 78-80
ANDROMEDE. CANTATE.
Début :
Dans ces climats brûlans où le pere du jour, [...]
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texteReconnaissance textuelle : ANDROMEDE. CANTATE.
ANDROMEDE.
CANTATE.
Dans ces climats brûlans où le pere du jour,
Après avoir fourni sa pénible carriere
Ranime de ses feux la mourante lumiere
Dans le se in de Thetis au flambeau de l'amour;
De la fiere Junon la colere implacable
Contre une beauté trop aimable.
Armoit par ces discours de jalouses fureurs;
Et d'un oeil enflammé marquoit pour sa victime
Sa rivale dont tout le crime
Fut l'heureux don de plaire & de gagner les cœurs.
Accourrez, filles de Nerée,
Venez jeunes Divinités
Une mortelle est préférée
A vos immortellq, beautés.
Ma gloire veut qu'elle périsse,
Et je l'immole à ce devoit;
Hâtez-vous, & que son supplice
Signale tout notre pouvoir.
Sauvez nous d'un sanglant outrage,
Nymphes, vengez moi, vengez-vous;
La beauté fut notre partage
Et ce doux Empire est à nous.
MAI. 1752.
Accourrez, filles de Nerée
Venez jeunes Divinités
Une mortelle est préférée
A vos immortelles beautés.
A ces mots, la troupe homicide
Pleine du transport qui la guide,
Destine Andromede à la mort.
Junon parle, & la mort vomit un monstre hor-
rible
Sur un affreux rocher quel appareil terrible:
Princesse, quelle horreur termine votre sort!
Toi, qu'intéresse une si belle vie
Amour, souffriras- tu ce sacrilège effort:
Faut-il que de ces maux la beauté soit suivie?
Cessez de craindre pour vos jours,
Rassurez-vous, Princesse infortunée;
Le Dieu lui-même des amours,
Veille du haut des cieux sur votre destinée.
Envain d'un Dieu fier & jalo ux,
L'impuissante colere
S'allume contre nous;
Si le jeune Dieu de Cythere
Nous défend de ses coups.
Cessez de craindre pour vos jours,
Rassurez-vous, Princesse infortunée;
Le Dieu lui-même des amours
Veille du haut des cieux sur votre destinée.
Sur les aîles des vents, un Heros intrepide
DuI)
300
SO MERCUREDE FRANCE.
Suivi de la victoire accourr d'un vol rapide;
L'amour est dans son cœur, la foudre est dans
ses yeux;
Déja le monstre furieux
Succombe sous l'effort de sa main vengeresse,
La fille de Cephée est libre.... mais son cois
Peut il se refuser à la vive tendresse
Du Heros son amant & son liberateur.
Quand avec le devoir l'amour d'intelligence
Nous inspire un tendre desir
Qu'il est doux de donner à la reconnoissance
Ce que le cœur donne au plaisit !
uoique tout charme & tout engage
Dans l'Empire amoureux
Un cœeur né fier & généreux
Sçait se soustraire à l'esclavage,
En fermant l'oreille a l'hommage
D'un amant dangereux.
Mais lorsque le devoir, l'amout d'intelligence
Inspirent un tendre desir;
Qu'il est doux de donner à la reconnoissance
Ce que le cœur donne au plaisir !
C. D. F.
CANTATE.
Dans ces climats brûlans où le pere du jour,
Après avoir fourni sa pénible carriere
Ranime de ses feux la mourante lumiere
Dans le se in de Thetis au flambeau de l'amour;
De la fiere Junon la colere implacable
Contre une beauté trop aimable.
Armoit par ces discours de jalouses fureurs;
Et d'un oeil enflammé marquoit pour sa victime
Sa rivale dont tout le crime
Fut l'heureux don de plaire & de gagner les cœurs.
Accourrez, filles de Nerée,
Venez jeunes Divinités
Une mortelle est préférée
A vos immortellq, beautés.
Ma gloire veut qu'elle périsse,
Et je l'immole à ce devoit;
Hâtez-vous, & que son supplice
Signale tout notre pouvoir.
Sauvez nous d'un sanglant outrage,
Nymphes, vengez moi, vengez-vous;
La beauté fut notre partage
Et ce doux Empire est à nous.
MAI. 1752.
Accourrez, filles de Nerée
Venez jeunes Divinités
Une mortelle est préférée
A vos immortelles beautés.
A ces mots, la troupe homicide
Pleine du transport qui la guide,
Destine Andromede à la mort.
Junon parle, & la mort vomit un monstre hor-
rible
Sur un affreux rocher quel appareil terrible:
Princesse, quelle horreur termine votre sort!
Toi, qu'intéresse une si belle vie
Amour, souffriras- tu ce sacrilège effort:
Faut-il que de ces maux la beauté soit suivie?
Cessez de craindre pour vos jours,
Rassurez-vous, Princesse infortunée;
Le Dieu lui-même des amours,
Veille du haut des cieux sur votre destinée.
Envain d'un Dieu fier & jalo ux,
L'impuissante colere
S'allume contre nous;
Si le jeune Dieu de Cythere
Nous défend de ses coups.
Cessez de craindre pour vos jours,
Rassurez-vous, Princesse infortunée;
Le Dieu lui-même des amours
Veille du haut des cieux sur votre destinée.
Sur les aîles des vents, un Heros intrepide
DuI)
300
SO MERCUREDE FRANCE.
Suivi de la victoire accourr d'un vol rapide;
L'amour est dans son cœur, la foudre est dans
ses yeux;
Déja le monstre furieux
Succombe sous l'effort de sa main vengeresse,
La fille de Cephée est libre.... mais son cois
Peut il se refuser à la vive tendresse
Du Heros son amant & son liberateur.
Quand avec le devoir l'amour d'intelligence
Nous inspire un tendre desir
Qu'il est doux de donner à la reconnoissance
Ce que le cœur donne au plaisit !
uoique tout charme & tout engage
Dans l'Empire amoureux
Un cœeur né fier & généreux
Sçait se soustraire à l'esclavage,
En fermant l'oreille a l'hommage
D'un amant dangereux.
Mais lorsque le devoir, l'amout d'intelligence
Inspirent un tendre desir;
Qu'il est doux de donner à la reconnoissance
Ce que le cœur donne au plaisir !
C. D. F.
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Résumé : ANDROMEDE. CANTATE.
La cantate 'Andromède' raconte la colère de Junon envers Andromède, une mortelle préférée aux Néréides. Jalouse, Junon condamne Andromède à être sacrifiée à un monstre marin. Les Néréides, offensées, réclament vengeance. L'Amour intervient alors pour protéger Andromède. Persée, un héros courageux, arrive et tue le monstre, sauvant ainsi la princesse. Andromède doit ensuite concilier son devoir et son amour pour son libérateur. Le texte met en lumière le conflit entre devoir et désir, ainsi que la capacité d'un cœur noble à résister à l'esclavage amoureux tout en honorant la reconnaissance et le plaisir.
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13071
p. 81-85
PORTRAIT DE LA REINE CHRISTINE.
Début :
Je vais faire le portrait de Christine : Je l'ai assez étudiée pout me flatter de [...]
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texteReconnaissance textuelle : PORTRAIT DE LA REINE CHRISTINE.
PORTRAIT
DE LA REINE CHRISTINE.
Je vais faire le portrait de Christine :
Je l'ai assez étudiée pout me flatter de
le faire vrai, s'il n'étoit pas si difficile de
ne se pas passionner pour elle, & de le fai-
re beau, s'il étoit aisé d'avoir le pinceau
de l'Auteur du Stathouderat.
La jeunesse de Christine annonça la
supériorité de son esprit & la grandeur de
sou ame; mille talens naquirent avec elle,
& presque autant de foiblesses.
Un certain caractère d'anthousiasme
qui paroît être le sceau de l'heroisme, se
manifesta de bonne heure dans toutes
ses démarches & jusques dans ses pa-
roles.
Pour les plus grandes Princesses la toi-
lette est une occupation, la parure est un
plaisir & le fard peut être un besoin.
Christine ne sçavoit pas être aimable, dé-
daignoit de l'être, ou ne vouloit l'être
qu'à sa maniere. Cette fille étoit toujours
un homme public.
Cesar versa des larmes où le Heros
DV
82 MERCURE DE FRANCE.
se peignoit vivement à la vûë d'un ta-
bleau d'Alexandre: tout ce qui peut éle-
ver la nature humaine au- dessus d'el-
le-même, enlevoit Christine d'admira-
tion.
Son ame la portoit toujours au grand,
mais son imagination trop capable de for-
tes impressions, lui faisoit prendre quel-
quefois l'apparence de la grandeur pour la
grandeur meme.
Extraordinaire en tout, elle ne vou-
loit se distinguer que par de grandes ac-
tions, & ne dédaignoit pas assez de se sin-
gulariser par de petites.
Les Sçavans qui embellissent quelque-
sois l'esprit & qui le gâtent encore plus
souvent, eurent peut-être dans sa jeu-
nesse trop d'empire sur son goût & sur
ses sentimens.
Elle aimoit les Sciences avec passion,
les cultivoit avec un succès qui ne tenoit
rien de son rang, vouloit tout connoître,
tout approfondir.
Infatigable dans le travail, assidue aux
affaires, exécutant ses desseins avec plus
de fermeté que de prudence, incapable
de révoquer une résolution qu'elle avoit
prise, elle ne vouloit gouverner que par
elle-même.
Quel plaisir pour une jeune fille de do-
83
MAI.
1752.
miner par la force de son genie dans un
Conseil composé de vieillards qui à toute
la sagesse de l'expérience, en joignoient
toute la présomption !
Dans son esprit la mollesse étoit un
vice, & la lâcheté un crime.
Avec le goût le plus vif pour les plai-
sirs, elle fuit toujours le mariage, par-
ce qu'elle craignoit d'y en trouver qui
l'asservissent à quelqu un.
Quoique sur le trône, elle connut l'a-
mitié & son coeut n'étoit point incapa-
ble de tendresse, mais toutes ses pas-
sions étoient subordonnées à l'amour de
la gloire.
Cette passion qui ne porte pas toujours
les grandes ames au meilporte pas toujours
à l'extrême, c'est le poleur, mais souvent
qu el roule toute sa vie. int d'appui sur le-
Elle descendit du trône par dégoût, di-
sent quelques-uns, par politique, disent
quelques-autres, & par libertinage, s'il
en faut croire les libertins; pour moi je
pense que l'envie de faire une action uni-
que, fut le plus puissant ressort de son
abdication. Elle voyoit Sylla à mille
lieues d'elle.
Alexandre auroit voulu conquérir tout
l'Univers, Christine en eût voulu abdi-
quer l'Empire.
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
Après avoir donné ce spectacle surpre-
nant à l'Europe, elle lui en donna un
moins frappant à la verité, mais aussi ex-
traordinaire que le premier, en abjurant la
foi de ses Peres.
C'étoit autant par coquetterie que par
curiolité, qu'elle voyageoit dans les Pays
Etrangers.
En Suéde dépendante des Loix, elle
nen connut plus aucunes, dès qu'elle
n'eut plus le pouvoir d'en donner.
Monaldeschi fut moins immolé à sa
gloire qu'à la difficulté de la vengeance,
& peut-être au plaisir de faire le plus grand
acte d'autorité dans le palais du Prince le
plus jaloux de son autorité.
Par tout elle pensoit, elle agissoit en
Reine, ne pouvoit souffrit qu'on respec-
tât moins sa personne que sa dignité, &
ne croyoit pas le pouvoir nécessaire pour
se faire obéir.
Les revers qui prenent tant fur la fierté
des hommes, ajoûtoient à la sienne; elle
les supportoit avec autant d'insensibilité,
qu'elle avoit eu de mépris pour les gran-
deurs.
Le Prince qui recueillit le fruit de son
abdication, l'en fit repentir; mais ce re-
Pentir, il falloit le deviner.
Il y a dans son caractere un contraste
MAI.
1752. 85
& des traits impossibles à concilier, comme
dans les caracteres de la plûpart des He-
ros: Les grands hommes ne sont point
des Dieux, mais seulement de grands hom-
mes.
A Berlin ce 3 Mars 1752.
F. G. de B****.
DE LA REINE CHRISTINE.
Je vais faire le portrait de Christine :
Je l'ai assez étudiée pout me flatter de
le faire vrai, s'il n'étoit pas si difficile de
ne se pas passionner pour elle, & de le fai-
re beau, s'il étoit aisé d'avoir le pinceau
de l'Auteur du Stathouderat.
La jeunesse de Christine annonça la
supériorité de son esprit & la grandeur de
sou ame; mille talens naquirent avec elle,
& presque autant de foiblesses.
Un certain caractère d'anthousiasme
qui paroît être le sceau de l'heroisme, se
manifesta de bonne heure dans toutes
ses démarches & jusques dans ses pa-
roles.
Pour les plus grandes Princesses la toi-
lette est une occupation, la parure est un
plaisir & le fard peut être un besoin.
Christine ne sçavoit pas être aimable, dé-
daignoit de l'être, ou ne vouloit l'être
qu'à sa maniere. Cette fille étoit toujours
un homme public.
Cesar versa des larmes où le Heros
DV
82 MERCURE DE FRANCE.
se peignoit vivement à la vûë d'un ta-
bleau d'Alexandre: tout ce qui peut éle-
ver la nature humaine au- dessus d'el-
le-même, enlevoit Christine d'admira-
tion.
Son ame la portoit toujours au grand,
mais son imagination trop capable de for-
tes impressions, lui faisoit prendre quel-
quefois l'apparence de la grandeur pour la
grandeur meme.
Extraordinaire en tout, elle ne vou-
loit se distinguer que par de grandes ac-
tions, & ne dédaignoit pas assez de se sin-
gulariser par de petites.
Les Sçavans qui embellissent quelque-
sois l'esprit & qui le gâtent encore plus
souvent, eurent peut-être dans sa jeu-
nesse trop d'empire sur son goût & sur
ses sentimens.
Elle aimoit les Sciences avec passion,
les cultivoit avec un succès qui ne tenoit
rien de son rang, vouloit tout connoître,
tout approfondir.
Infatigable dans le travail, assidue aux
affaires, exécutant ses desseins avec plus
de fermeté que de prudence, incapable
de révoquer une résolution qu'elle avoit
prise, elle ne vouloit gouverner que par
elle-même.
Quel plaisir pour une jeune fille de do-
83
MAI.
1752.
miner par la force de son genie dans un
Conseil composé de vieillards qui à toute
la sagesse de l'expérience, en joignoient
toute la présomption !
Dans son esprit la mollesse étoit un
vice, & la lâcheté un crime.
Avec le goût le plus vif pour les plai-
sirs, elle fuit toujours le mariage, par-
ce qu'elle craignoit d'y en trouver qui
l'asservissent à quelqu un.
Quoique sur le trône, elle connut l'a-
mitié & son coeut n'étoit point incapa-
ble de tendresse, mais toutes ses pas-
sions étoient subordonnées à l'amour de
la gloire.
Cette passion qui ne porte pas toujours
les grandes ames au meilporte pas toujours
à l'extrême, c'est le poleur, mais souvent
qu el roule toute sa vie. int d'appui sur le-
Elle descendit du trône par dégoût, di-
sent quelques-uns, par politique, disent
quelques-autres, & par libertinage, s'il
en faut croire les libertins; pour moi je
pense que l'envie de faire une action uni-
que, fut le plus puissant ressort de son
abdication. Elle voyoit Sylla à mille
lieues d'elle.
Alexandre auroit voulu conquérir tout
l'Univers, Christine en eût voulu abdi-
quer l'Empire.
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
Après avoir donné ce spectacle surpre-
nant à l'Europe, elle lui en donna un
moins frappant à la verité, mais aussi ex-
traordinaire que le premier, en abjurant la
foi de ses Peres.
C'étoit autant par coquetterie que par
curiolité, qu'elle voyageoit dans les Pays
Etrangers.
En Suéde dépendante des Loix, elle
nen connut plus aucunes, dès qu'elle
n'eut plus le pouvoir d'en donner.
Monaldeschi fut moins immolé à sa
gloire qu'à la difficulté de la vengeance,
& peut-être au plaisir de faire le plus grand
acte d'autorité dans le palais du Prince le
plus jaloux de son autorité.
Par tout elle pensoit, elle agissoit en
Reine, ne pouvoit souffrit qu'on respec-
tât moins sa personne que sa dignité, &
ne croyoit pas le pouvoir nécessaire pour
se faire obéir.
Les revers qui prenent tant fur la fierté
des hommes, ajoûtoient à la sienne; elle
les supportoit avec autant d'insensibilité,
qu'elle avoit eu de mépris pour les gran-
deurs.
Le Prince qui recueillit le fruit de son
abdication, l'en fit repentir; mais ce re-
Pentir, il falloit le deviner.
Il y a dans son caractere un contraste
MAI.
1752. 85
& des traits impossibles à concilier, comme
dans les caracteres de la plûpart des He-
ros: Les grands hommes ne sont point
des Dieux, mais seulement de grands hom-
mes.
A Berlin ce 3 Mars 1752.
F. G. de B****.
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Résumé : PORTRAIT DE LA REINE CHRISTINE.
Le texte décrit la reine Christine de Suède, connue dès son jeune âge pour son intelligence exceptionnelle et son esprit héroïque. Elle se distinguait par ses nombreux talents ainsi que par certaines faiblesses. Christine préférait l'admiration pour les grandes actions aux plaisirs superficiels et cultivait les sciences avec passion et rigueur, cherchant constamment à approfondir ses connaissances. Son tempérament l'incitait à gouverner seule, avec fermeté et sans compromis. Christine évitait le mariage par peur de perdre sa liberté, bien qu'elle connût l'amitié et la tendresse. Son amour pour la gloire surpassait toutes ses autres passions. Elle abdiqua le trône non par dégoût ou raisons politiques, mais par le désir d'accomplir une action unique. Après son abdication, elle continua de voyager et de se comporter en reine, respectant toujours sa dignité et son autorité. Son caractère contrasté, typique des héros, révèle qu'elle n'était pas exemptée de défauts malgré ses grandes qualités. Le texte se conclut par une réflexion sur la complexité des grands hommes, soulignant qu'ils ne sont pas des dieux mais des êtres humains avec leurs contradictions.
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13072
p. 85-106
Suite du Mémoire de M. D'ANVILLE, sur la premiere partie de sa Carte d'Asie.
Début :
A l'Asie-Mineure je fais succeder la Syrie. Quelqu'étendue que j'aie [...]
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texteReconnaissance textuelle : Suite du Mémoire de M. D'ANVILLE, sur la premiere partie de sa Carte d'Asie.
Suite du Mémoire de M. D'ANVILLE,
sur la premiere partie de sa Carte d'Asie.
A l'Asie-Mineure je fais succeder
la Syrie. Quelqu'étendue que j'aie
donné à la Carte d'Asie, qui dans ses
trois divisions occupera six grandes feuil-
les, il y a néanmoins des parties de ce
Contineni dont la connoissance est de
telle importance qu'on pourroit n'être
pas satisfait de les voir trop réduites. Mais,
ia Syrie est une de ces contrées Asiatiques
que la Carte d'Europe me donnera lieu de
traiter beaucoup plus amplement, en ren-
fermant ces contrées dans son quarté, com-
me je l'ai dit au sujet de l'Asie-Mineure.
Pour écrire le nom de Sham, que les
Orientaux ont donné à la Syrie, j'ai cru
86 MERCURE DE FRANCE.
devoir employer une manière d'orthogra-
phier, qui est plus propre à la langue
Angloise qu'à la nôtre. Car écrivant par
Ch, j'avois lieu de craindre qu'on ne pro-
nonçât ce nom selon que l'usage, bien
que contraire à la regle de notre orthogra-
phe, a maintenu parmi nous celui d'un
des enfans de Noë. Les Maronites qui ont
traduit en latin la Géographie de l'Edrisi,
ont écrit Sciam, & Sciamiin, en parlant
de la Syrie & des Syriens. Mais cette or-
thographe a l'inconvénient de faire deux
syl'abes d'un mot qui n'en renferme qu'u-
ne. En général, il peut y avoir des per-
sonnes, surtout parmi les étrangers, qui
dans des noms peu familiers, ou de pro-
nonciation inconnue, prennent le ch, se-
lon la force du K; au lieu qu'il est pres-
que impossible de vouloir prononcer sh.
sans approcher beaucoup, ou sans rendre
même la prononciation convenable. Ecri-
re sch, c'est multiplier les lettres, ce qu'on
est plus obligé d'éviter dans le grand dé-
tail d'une Carte Géographique que pat
tout ailleurs. C'est par cette raison, qué
dans les noms Arabes, Turcs, Persans,
dont la finale s'écrit communément ch
pour exprimer un son très-ouvert, je me
suis contenté de l'ê surmonté d'un accent
de cette manière, en sorte qu'il susfira
37
MAI. 1752.
d'en être averti, ou que ceux qui sont
instruits le reconnoissent.
Quand on songe que la Syrie renferme
diverses contrées fort célebres, l'ancienne
Phénicie, la Palestine, les bords d'une
partie de l'Euphrate, on doit être persua-
dé que ce pays a mérité une étude parti-
culiere de la part de ceux qui se livrent
à la Géographie. Le public est à portée
de juger de l'application que j'y ai don-
née, par deux morceaux qui ont paru de-
puis peu de tems; l'un représentant la Sy-
rie entiere dans son état actuel, & qui ac-
compagne une sçavante dissertation de M.
Falconet dans le Tome XVII. des Mémoi-
res de l'Académie des Belles-Lettres; l'au-
tre qui ne concerne que la Palestine, mais
fort en détail, & que M. Crévier a in-
séré dans un des derniers volumes de son
Histoire des Empereurs Romains. On re-
marquera dans le morceau de la Palestine,
l'emploi que j'ai fait d'un vuide de cette
Carte, pour donnet la détermination d'un
assez grand nombre de positions principa-
les, en vertu des distances que j'ai recuel-
lies d'une position à l'autre; ce qui forme
un tel enchainement, que la correspon-
dance établie de cette maniere dans les in-
tervalles de ces positions, suppose néces-
sairement quelque justesse. Je n'ai point
Digstines vOO
88 MERCURE DE FRANCE.
borné mes recherches sur ce sujet aux Ecri-
vains de l'Antiquité: Ceux des Croisades
s'y sont joints, ainsi que les Ecrivains Ara-
bes; & la discussion de tout ce que j'ai
fait servir à composer la Palestine, & le
reste de la Syrie, seroit la matière d'une
Ouvrage assez confidérable. Mais, après
un travail si recherché pour des morceaux
suffisamment circonstanciés, la réduction
de ces mêmes morceaux dans la Carte
d'Asie, a dû, ce semble, mettre de la pré-
cision en cette partie.
La longitude convenable à la Syrie est
fixée dans sa partie septentrionale par les
déterminations d'Alexandrette & d'Halep.
C'est ainsi qu'il faut écrire le dernier de
ces noms, plutôt qu'Alep, selon l'usage
commun, par la raison que la premiere
lettre est un hha, qui est l'aspirée la plus
rude; d'où vient que les Syriens, à re-
monter jusques dans l'antiquité, ont écrit
Khalyb, & que dans quelques Historiens
des guerres saintes, on lit Galapia. Cette
remarque faite comme en passant, peut
fervir à prévenir en général, que les noms
qu'on trouvera écrits d'une maniere un
peu différente des Cartes ordinaires, sont
en cela plus corrects, quoique je ne veuil-
le pas me flater d'avoir mis en tous une
égale correction, faute de les emprun-
89
MAI.
1752.
ter tous également des Ecrivains Orien-
taux les plus corrects sur cet article. Ceux
qui connoissent Abulfeda, sçavent la pré-
caution qu'il a jugée nécessaire en bien des
noms propres, de spécifier les lettres par les-
quelles ils doivent s'écrire & se ponctuer.
Nous n'avons point de détermination
Astronomique aussi précise pour la partie
méridionale de la Syrie. Mais je suis per-
suadé que la longitude observée d'Alexan-
drie, d'Egypte & du Caire, y influe sen-
siblement, par le moyen de diverses dis-
tances ou mesures d'espace, tant ancien-
nes que modernes, qui se combinent avec
grande apparence de justesse les unes avec
les autres, & se portent sur Gaza, Jafa,
Jerusalem. Il y a une suite itineraire de
distances sans interruption, dans la partie
maritime, depuis Alexandrette, & Anta-
kia ou Antioche, jusqu'à Acre & Césa-
rée de Palestine. Ces derniers points se lient
avec celui de Jerusalem; & la latitude qui en
a resulté, n est pas précisément celle de 31
degrés 50 minutes, que les Tables des
Orientaux fournissent, & qui a été adop-
tée dans la Connoissance des tems, mais
elle nen differe que de quelques deux mi-
nutes vers le Sud. De maniere qu'en par-
tant de la hauteur bien déterminée d'Ale-
xandrette, 35 dégrés 36 minutes, l'usa-
VigstradbL0O
90 MERCUREDE FRANCE.
ge des mesures itineraires dans un espace
qui court du Nord au Sud, & qui vaut
près de 5 degrés de laritude, conduit avec
grande sureté. Un pareil avantage ne met-
il pas en droit de présumer, qu'il en est de
meme de cet autre espace, qui s'appuyant
sur les points d'Alexandrie & du Caire,
& prenant son étendue sur la longitude,
donne lieu de conclure celle qui convient
aux parties de la Syrie reculées vers le
midi?
Par une autre route on parcourt route
l'étendue de la Syrie dans les terres depuis
Jerusalem jusqu'à Halep, & jusqu'à l'Eu-
phrate, par Damas, par Hamah, & autres
licux. La latitude de Damas tirée des meil-
leures Tables Orientales, paroît en lieu
convenable, selon la proportion des dis-
tances données sur cette route. Nous pou-
vons prendre confiance en celle de Hamah
marquée par Abulfeda, puisque cette Ville
étoit la résidence de ce Prince, qui occupe
une place distinguée parmi les Géogra-
phes. Halep a été observée par M. de Cha-
zelle; & quoique cette position soit no-
tablement plus Sud qu'Antioche, on la
voit plus au Nord dans la Carte de Syrie
du voyage du Docteur Anglois Richard
Pocoke, comme si la disette où l'on est le
plus souvent des moyens suffisans pour
MAI.
1752. 91
dresser des Cartes, souffroit qu'on né-
gligeât ceux qui nous sont donnés. J'ajoû-
terai qu'il y a des traverses étudiées entre
certains lieux de la route maritime & de
cette derniere; d'Halep à Alexandrette &
à Ladikie, de Damas à Tripoli & à Sei-
de. Je ne puis entrer dans un plus grand
détail; la brieveté de ce Mémoire ne le
comporte pas.
Quoique l'Egypte ne fasse point par-
tie de l'Asie, j'observerai néanmoins qu'el-
le est ici plus travaillée, de même qu'un peu
plus ample par le point d'Echelle, que dans
la Carte d'Afrique qui a précédé celle-ci.
La raison est qu'en 1750 jai composé une
grande Carte particuliere de l'Egypte seu-
le, que je n'ai point rendue publique, mais
dont la Carte d'Asie donne une reduction
très précise; ce qui doit bien convaincre
qu'on ne peut s'assurer de la précision
dans les Cartes les plus générales, qu'au-
tant qu'elles résulteront des études & des
travaux recherchés dans le plus grand dé-
tail des circonstances, & que ce qu'on
croit suffisant pour des représentations as-
sez succintes & bornées, ne l'est pas jus-
qu'à un certain point.
Le Golfe Arabique, ou la mer rouge,
est une des parties de la Carte que je re-
garde comme plus perfectionnée, eu égard
92 MERCURE DE FRANCE.
aux Cartes précédentes, & le détail qu'on
y remarquera doit le faire présumer. C'est
le racourci d'un ouvrage particulier, que
le mérite des matériaux que j'ai rassemblés
sur ce sujet m'a invité de faire en 1746.
J'ai même discuté dans un écrit, les moyens
qui me servirent alors à composer une
grande Carte de cette Mer, dans laquelle
les positions de l'ancienne Géographie sont
admises avec les modernes & actuelles.
L'écrit dont je parle me donnoit occasion
d'exposer les preuves qui déterminoient
ces lieux anciens. J'avois même dessein en
publiant la Carte avec son analyse, de
joindre à cette analyse avec quelques rou-
tiers modernes, & entre autres celui du
Portugais Don Jean de Castro, l'ancienne
Description d'Agatharchide. J'aurois satis-
fait au désir de quelques Sçavans de mes
amis, en mettant au jour cet ouvrage, si
les choses du genre simplement utile,
étoient à peu près autant accueillies, que
celles qui ont l'avantage d'être agréables,
& d'amuser, si j'ose le dire, plutôt que
d'instruire.
Entre les piéces manuscrites dont j'ai
fait usage ou tité du secours, il y en a une
dressée sur les galeres Turques du Suez,
qui donne un fort grand détail de la côte
orientale du Golfe Arabique jusqu'à Gid-
MAI. 1752.
93
dah, port de la Mekke. Je la tiens d'un
ancien & illustre ami, feu M. l'Abbé de
Longuerue. Le reste du Golfe est aussi com-
pris dans la même Carte, mais beaucop
plus imparfaitement, cette partiè n'étant
pas aussi fréquentée par les Turcs. Ce défaut
a été réparé par deux autres Cartes pareil-
ment manuscrites, qui s'étendent depuis
Giddah jusquau Détroit que les Arabes
ont nommé Ba bel-mandeb, pour signifier
Porta luctus, sive moeroris. Dans ces deux
Cartes, la conte Afriquaine est moins bien
traitée que l'Arabique; mais en revanche,
j'ai acquis une Carte Françoise fort cir-
constanciée, qui depuis le port de Bailul
du rivage Abissin, remonte jusqu'à Mazua.
Les environs du Détroit, depuis Moca &
en dehors jusqu'à Aden, me sont donnés
par deux Cartes Portugaises particulieres.
Enfin presque tous les ports de la côte
Afriquaine ont leurs plans, que je présu-
me avoir été levés par Jean de Castro, ou
pendant la navigation d'Etienne de Gama,
lesquels plans ont autrefois appartenu à
Melchisedec Thevenot, dont la curiosité
pour tout ce qui intéressoit les voyages est
assez connue. Et si cette partie Afriquaine
est moins bien donnée dans les Cartes que
la partie Arabique, c'est par une espéce de
dédommagement qu ayant été rasée de plus
94 MERCURE DE FRANCE.
près par la flotte de Gama, où Jean de
Castro montoit un bâtiment, elle est plus
particulierement décrite dans le journal
de ce Portugais, qui étoit homme de grand
mérite, & qui a gouverné à Goa en qua-
lité de Viceroi.
Je n'ai rien eu plus en recommanda-
tion, lorsque j'ai dressé la Carte particu-
liere du Golfe Arabique, que de recher-
cher son véritable gissement dans la manie-
re oblique dont il s'étend. Cette circons-
tance n'étoit pas moins' importante que
délicate. M. de l'Isse a varié considera-
blement sur cet article: car, entre sa Carte
intitulée Egypte, Nubie, Abissinie, publiée
en 1707, & les Cartes d'Asie & d'A-
frique qu'il renouvella en 1722 & 23,
il y a trois à quatre dégrés de différence,
dont la longitude de Bab-el-mandeb est
plus orientale dans les dernieres Cartes
de ce Géographe que dans la première.
Cependant, je pense que le gissement du
Suez au détroit en son total, est pré-
férable dans celles- ci, & sur ce point
je nen différe pas considérablement, en
conséquence de l'étude particulière que
j'en ai faite. J'ai néanmoins pénétré, que
M. de l'Isse avoit ses raisons pour croire
devoir écarter davantage le débouque-
ment de la Mer rouge. C'est qu'il avoit
I.
M
1752.
95
appris que l'estime des Navigateurs ne
permet pas autant d'espace entre Goa &
Bab-el mandeb, que d'abord il en admet-
toit. Dans un mémoire où il rend compte
de la détermination qu'il a donnée à diffé-
rentes parties de la Terre, il dit qu'un
très-habile Pilote Diépois, nommé le Tel-
lier, n a trouvé que 20 dégrés & demi,
(de la longitude ordinaire) entre Goa &
l'aterrage au Cap Guardafui. Ce qui résulte
de l'estime de ce Pilote est même confirmé
par beaucoup d'autres, sur quoi on peut
recourir à la préface de M. Daprès de son
Routier des Indes Orientales, où on trou-
vera le résultat de plusieurs traversées
de Cochin, du Mont-delli, de Bombay,
au même Cap Guardafui. Or en partant de
la longitude de Goa, comme étant déter-
minée par observation; ce qu'il y a d'es-
pace à retrancher entre ce point & le Dé-
troit de la Mer rouge, on croit pouvoir le
reprendre sur cette Mer, & l'attribuer à
une plus grande obliquité dans son gisse-
ment, Mais outre qu'elle ne le souffre pas,
à ce qu'il m'a bien paru; j'ai l'expérience
que les difficultés de cette espéce, s offrent
fréquemment dans la construction des Car-
res, ce qui me persuade qu'il faut d'autant
moins oser y donner plus d'étendue aux
espaces, qu'ils n'en prennent par la mesu-
96 MERCURE DE FRANCE.
re qui se montre propre & convenable à
chacun en particulier.
L'écrit par lequel j'ai discuté la compo-
sition de la Carte du Golfe Arabique,
mettroit en évidence, que j'ai pris à tâche
de donner plus que moins d'obliquité à son
gissement, & que si la précision absolue
peut y manquer, il nadmet pas une aug.
mentation qui seroit très considérable.
Mais c est un détail de discussion, qui ne
sçauroit trouver place dans un mémoire
abregé comme celui ci. Je crois qu'on a
fort exageré sur la largeur de ce Golfe,
& il y a des endroits ou la Carte de M.
de l'Isse prend se doubse de celle que j'ai
employée. La latitude du Détroit, ou de
Bab- el mandeb, est devenue plus Sud de 30
à 40 minutes qu'elle ne paroît dans le Pi-
lote Anglois, & dans un autre ouvrage de
Marine, où on l'a suivi sur cet article.
Les raisons qui mont autorisé sur ce point,
comme sur plusieurs autres que je suppri-
me ici, ne sont point omises dans l'écrit
dont je viens de parser.
Quant aux terres de l'Arabe qui s'é-
tendent le long du Golfe, on ne tiroit
précédemment de lumieres sur ce Pays-là,
que de l'Edrisi & d'Abulfeda. Mais les Turcs,
auxquels la conquête de l'Egypté a donné
lieu de faire celle de l'lémen, qu'ils n ont
pas
Digitnes eLOO
MAI. 1752.
97
pas néanmoins conservé, ont procuré des
connoissances locales quon navoit pas.
Leur expédition se trouve écrite en Arabe
comme en Turc, dans la Bibliotheque du
Roi. Notre Carte fournit, non seulement
dans l'étendue de l'lémen, mais encore
dans une partie qui est sensée de l'Arabie
déserte, un grand nombre de positions qui
sont tout-à-fait neuves pour la Géogra-
phie. Deux voyages de négocians François
& Anglois à Sanaa, & celui de Bartema
qui est dans la collection de Ramusio, ont
en même tems servi à ce qui concerne l'Ié-
men. Ce qu on a de mieux pour la côte
méridionale de l'Arabie, on le doit au Pi-
lote Anglois, quoique M. Daprès ait re-
marqué quelque défaut dans la latitude.
J'ai tiré des Portugais la représentation de
Socotora, qui dépend du Sultan de Ke-
sem ou de Fartach dans le continent de
l'Arabie; & la latitude par laquelle j'ai
rangé cette Isse plus au nord que dans les
Cartes marines ordinaires, est assujettie à
la hauteur observée par un Navigateur An-
glois, dans une relâche à la Baye Delicia.
La description bien circonstanciée de la cônte
Afriquaine entre le Cap Guardafui & Zei-
la, que M. Daprès a insérée das son rou-
tier, est plus exactement rendue par notre
Carte que par toute autre, où elle se trou-
98 MERCURE DE FRANCE.
ve allongée au-delà de ce que prescrit le
détail positif des instructions données. Que
si l'on fait suivre cela du résultat de diver-
ses routes, dont on a des estimes réiterées
entre le Cap Guardafui & plusieurs points
de la côte de l'Inde, selon ce que j'en ai
touché ci-dessus; on franchira de cette ma-
niere tout l'espace jusquaux terres de
l'Inde, par une voie que la Mer Rou-
ge nous a ouverte.
Je reviens maintenant vors la Syrie,
pour parcourir les pays voisins de l'Eu-
phrate & du Tigre; sçavoir, Algezire
Irak des Arabes, & Kurdistan. Le bien du
public exige qu'on releve le défaut de con-
noissance des Géographes, au sujet du nom
de Diarbek, quils donnent à l'ancienne
Mésopotamie. Les Arabes l'appellent cons-
tamment Al-gezira, l'Isse ou la presqu'isse,
nayant point dans leur langue de terme
particulier pour désigner ce qui est pres-
qu'isse plutôt qu'Isse. Dans l'étendue de ce
Pays, les Arabes distinguent trois contrées;
Diar-Bekr, Diar-Modzar, Diar-Rabiaa;
la premiere, tournée vers le nord, & dont
le nom s'est communiqué à la ville princi-
pale de la contrée; sçavoir, Diarbekir,
bien que le nom propre de cette ville soit
Kara-Amid; la seconde, qui s'étend le long
de l'Euphrate en descendant depuis l'au-
*
MAI. 1752.
99
tienne Edesse ou Roha; la troisiéme, le long
du Tigre aux environs de Nisibe & de Sin-
jar. Il falloit du moins que les Géographes
écrivissent correctement le nom de Diar-
Bekr. Diar signifie district, Bekr est le
nom d'un chef Arabe, que l'on croit avoir
précédé l'établissement du Mahométisme
en ce pays. Si les contrées d'Algezire dont
je viens de parler, ne sont point inscrites
sur la Carte, ni le nom de Kara-Amid,
joint à celui de Diarbekir, qui est plus
commun dans l'usage, on verra bien que
c'est faute de place.
Le cours de l'Euphrate & celui du Ti-
gre sont certainement tracés d'une manié-
re beaucoup plus travaillée que dans au-
cune autre Carte. On regarde communé-
ment les deux rivières qui passent aux en-
virons d'Arz-roum, conime celles qui
forment l'Euphrate, quoique la branche
nommée Murad-Shai, ou l'eau desirée,
vienne de beaucoup plus loin. La position
d'Arz-roum est en rapport immédiat avec
Trébisonde, laquelle est une suite des me-
sures propres au rivage méridional de la
Mer Noire en particulier. Mais en même
tems, cette position d'Arz-roum ma paru
se rapporter à la distance qui lui convient
à l'égard de Tocat & d'Amasie. Et la po-
sition d'Amasie, outre son lieu con venable
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
à l'égard de la Mer Noire, est conclue in-
dépendamment des melures de cette Mer,
d'une suite de route directe par les terres à
rétrograder jusqu'à Constantinople. Cette
correspondance d'espace par des voyes dif-
féreutes, mérite considération, & fait
présumer favorablement des positions qui
en résultent.
En descendant ensuite l'Euphrate, on
ne sçauroit douter qu'il ne décrive une
grande courbure entre Malatia & Samo-
sate, quand on compare dans les an-
ciens itinéraires la mesure directe entre
ces points, avec celle qui suit le rivage
du fleuve par des lieux qui le bordent. Au-
dessous de Samosate, il est bien vrai que
l'Euphrate coule, généralement parlant,
entre l'Orient & le Midi; mais pourtant
avec des replis ou des circuits très-consi-
dérables, qu'aucune carte ne représente.
Après avoir passé devant Belés, le fleuve
remonte vers le Nord pour baigner Racca;
& il est assez étonnant que les Géographes
n'ayent pas sçu que la latitude de ce lieu,
par les observations d'Al-battani (*) célé-
bre Astronome vers l'an 300 de l'Hégire,
est déterminée à 36 degrés, ausquels Ebn-
Shatir ajoute une minute, & Ebn Junis
trois, ce qui prouve la précision qu'on a
(*) Vulgò Albategni.
1752.
MAI.
101
étudiée en certe hauteur: au lieu que vous
trouverez Racca d'un dégré tout entier
plus Sud dans les Cartes précédentes. Al-
battani, qui a rapporté ses Tables Astro-
nomiques à la position de cette ville,
où quelques Khalifes ont fait leur demeu-
re, la détermine plus orientale qu'Ale-
xandrie d'Egypte de 40 minutes de tems;
& en effet la construction de ma Carte y
fait entrer dix degrés de longitude, sans
autre diversité que d'une fraction de de-
gré. Ce n'est pourtant pas l'assujetisse-
ment immédiat à la détermination d'Al-
battani, qui donne cette con venance dans
la Carte: c'est la distance que j'ai jugée
con venable avec le point d'Halep, que l'on
voit être très à portée, & qui a sa longi-
tude déterminée de nos jours, ainsi que
celle d'Alexandrie. Dans les Cartes où l'on
a déplacé Racca de sa latitude, si on ré-
formoit cette position en la pottant à un
dégré plus au Nord, il ne resteroit pas
un dégré de différence dans ces Cartes en-
tre Racca & Diarbekir, pat la raison que
Diarbekir y est placé au dessous de 37 dé-
grés, au lieu de 37 & environ 50 minu-
tes, qui est la hauteur convenable. La dis-
tance qui sépare Racca de la position de
Roha, & celle qu'il faut employer entre
Roha & Diarbekir, ne se renferment
E iij.
102. MERCUREDE FRANCE.
point dans l'espace de moins d'un dégré.
On jugera de l'effet de ces déplacemens
dę liea sur toutes les parties qui leur sont
adhérentes. Diarbekir baissé d'un degré,
en fait trouver trois au lieu de deux entre
Arz-roum & Diarbekir; d'un autre côté,
Mosul est entraîné dans le Sud par une sui-
te de son rapport avec Diarbekir. D'où il
suit, que, pour composer une nouvelle
Carte, il y avoit autant à travailler sur la
disposition la plus générale des licux, que
sur la teprésentation du détail.
La distance à laquelle je devois reculer
Bagdad a été l'objet d'une étude toute par-
ticuliere. Entre les voyages modernes, ce
que je connois de plus direct, de mieux
suivi & circonstancié, est la route de Te-
xeira, Portugais, écrite en Espagnol. Ce
voyageur ayant d'abord passé de Basra à
Bagdad, la réduction & l'estime que je
devois faire de sa marche m'étoit indiquée
par la différence des latitudes de Basra &
de Bagdad, & même d'un point inter-
médiairę qui est Kufa, dont les vestiges
sont peu distans de Mesghid-Ali, où Te-
xeira a passé. La hauteur qu'un Officier de
la Compagnie des Indes (*) qui a fait à
Bafra la fonction de Consul, m'a donnée
de cette ville, ne différe que d'une minu-
(*) M. Gosse.
MAI.
103
1752.
te ou deux, de celle que Pietro della Valie
a observée. Par dessus cela, j'ai trouvé un
objet de comparaison, pour la route de
Texeira, dans la partie d'entre Bagdad &
Halep précisément, & pour ce qu'il y a
de distance depuis Bagdad jusqu'à Anah:
car les Géographes orientaux en fournis-
sent un détail circonstancié, par Anbar,
Hit & autres lieux. Cet espace vallant
plus que le tiers de la distance entre Halep
& Bagdad, ce n'est pas juger d'une trop
grande partie par une qui soit trop petite
en proportion. Mais, ce qui ma confirmé
dans le juste éloignement de Bagdad, c'est
de le voir convenir avec précision à la dis-
tance indiquée par Pline entre Damas &
Palmyre, & entre Palmyre & Seleucie sur
le Tigre, dont la position s'éloigne peu
de Bagdad, & se fixe même sur ce que les
Orientaux disent d'Al-Modain, par où ils
désignent ce qui reste des villes de Seleu-
cie & de Ctesiphon. Le détail de ce que
j'expose ici d'une maniere fort abrégée sur
cette distance entre Halep & Bagdad, est
le sujet d'un écrit particulier dans mes pa-
piers. J'y ai discuté spécialement & par
des moyens presque Geométriques, la po-
sition qu'il convient de donner à Tadmor
ou Palmire, que les Cartes n'écartent pas
assez des villes ou lieux habités de la Syrie.
E iiij
Dustrad v00
104 MERCURE DE FRANCE.
Une partie de cet écrit concerne l'inter-
valle & la position respective de Bagdad
& de Basra. Elle renferme un objet très- in-
teressant par rapport à l'ancienne Géogra-
phie, qui est la recherche du lieu précisé-
ment qu occupoit Babylone; & ce qu'on
doit croire de ce que cette ville avoit d'é-
tendue y est développé. Une navigation
de l'Euphrate par deux Vénitiens, depuis
le Bir vis-à-vis d'Halep, jusqu'auprès de
Bagdad, & qui fournit un grand détail de
lieux, na été mise en œeuvre, quoiqu'im-
primée, par aucun Géographe. Dans l'étude
que j'ai faite du cours de ce fleuve, je n'ai
négligé, ni Xenophon dans la marche des
dix mille, ni l'expédition de l'Empereur
Julien rapportée par Ammien-Marcellin
& par Zosime. On ne peut-être assuré de
la justesse des circonstances locales, si on
ne les trouve d'accord avec tous les faits
qui y ont quelque rapport.
Je passe au Kurdistan, qui renferme
l'ancienne Assyrie. Quoique ce nom s'écri-
ve par un Kiaf, & qu'on pût vouloir écrire
Kiurd, cependant il m a semblé que l'ufa-
ge & la prononciation ordinaire devoient
prévaloir. Ce pays sur lequel toutes les
Cartes ont été très-maigres de détail, est
un de ceux où il abonde davantage dans
la nouvelle. Il compose la frontiere de
MAI. 1752.
105.
l'Empire Ottoman du côté de la Perse, &
sa partie montueuse est occupée par de pe-
tits Princes particuliers, à peu près indé-
pendans. De-là vient que ce pays est dé-
crit d'une maniere tout autrement circons-
tanciée par le Géographe Turc, que dans
les autres Géographies Orientales. Mais,
jo ne puis dire l'application qu'il a falsu
donner, pour bien entendre ou concevott
se Geographe que je cite, pour fixer par
la combinaison de ce qu'il rapporte avec
les instructions empruntées d'ailleurs, la-
représentation du local en tous ses points,
positions de Villes & de Châteaux, cours
de riviéres, emplacement des Montagnes.
Il est vrai, que le fruit de cette applica-
tior a été, que ces différentes rivieres que
l'on voit concourir à former le Tigre, ique
le cours du Zab, surtout en sa partie supé-
rieure, que beaucoup de lieux, n'ont jus-
qu'à présent paru ainsi dans aucune Carte.
M. de l'Isse, qui dans les premières de sa
composition avoit bien connu la distinc-
tion qu'il faut faire entre le Lac de Van &.
celui d'Urmia, les aejoints, ou simplement
diviso comme par un pont, dans sa carte
de la Perse, ce que néanmoins beancoup
d'instructions antérieures contredisoient
formellement. La ville de Van, en cette
Carte est transportée au côté occidental-
E
106 MERCURE DE FRANCE.
du grand Lac qui en tire son nom, lors-
que sa vraie situation est au côté Oriental:
la ville d'Ouroumi, la même qu'Urmia,
s'y voit attachée au rivage du même Lac,
quoiqu'elle en soit éloignée d'une distance
à estimer de quarante lieues Françoises,
avec de très-hautes montagnes dans l'in-
tervalle, qui n'ont jamais permis de com-
munication entre les Lacs dont ou vient
de parler. Ces circonstances ne seront pas
jugées assez indifférentes, pour qu'il soit
permis de les dissimuler, lorsqu'il est ques-
tion de servir le Public, en lui rendant
compte d'un nouvel ouvrage qu'on lui met
entre les mains.
Il faut maintenant revenit au point
d'Arz-roum, pour passet en Armenie, &c.
La suite dans d'auires Mercures.
sur la premiere partie de sa Carte d'Asie.
A l'Asie-Mineure je fais succeder
la Syrie. Quelqu'étendue que j'aie
donné à la Carte d'Asie, qui dans ses
trois divisions occupera six grandes feuil-
les, il y a néanmoins des parties de ce
Contineni dont la connoissance est de
telle importance qu'on pourroit n'être
pas satisfait de les voir trop réduites. Mais,
ia Syrie est une de ces contrées Asiatiques
que la Carte d'Europe me donnera lieu de
traiter beaucoup plus amplement, en ren-
fermant ces contrées dans son quarté, com-
me je l'ai dit au sujet de l'Asie-Mineure.
Pour écrire le nom de Sham, que les
Orientaux ont donné à la Syrie, j'ai cru
86 MERCURE DE FRANCE.
devoir employer une manière d'orthogra-
phier, qui est plus propre à la langue
Angloise qu'à la nôtre. Car écrivant par
Ch, j'avois lieu de craindre qu'on ne pro-
nonçât ce nom selon que l'usage, bien
que contraire à la regle de notre orthogra-
phe, a maintenu parmi nous celui d'un
des enfans de Noë. Les Maronites qui ont
traduit en latin la Géographie de l'Edrisi,
ont écrit Sciam, & Sciamiin, en parlant
de la Syrie & des Syriens. Mais cette or-
thographe a l'inconvénient de faire deux
syl'abes d'un mot qui n'en renferme qu'u-
ne. En général, il peut y avoir des per-
sonnes, surtout parmi les étrangers, qui
dans des noms peu familiers, ou de pro-
nonciation inconnue, prennent le ch, se-
lon la force du K; au lieu qu'il est pres-
que impossible de vouloir prononcer sh.
sans approcher beaucoup, ou sans rendre
même la prononciation convenable. Ecri-
re sch, c'est multiplier les lettres, ce qu'on
est plus obligé d'éviter dans le grand dé-
tail d'une Carte Géographique que pat
tout ailleurs. C'est par cette raison, qué
dans les noms Arabes, Turcs, Persans,
dont la finale s'écrit communément ch
pour exprimer un son très-ouvert, je me
suis contenté de l'ê surmonté d'un accent
de cette manière, en sorte qu'il susfira
37
MAI. 1752.
d'en être averti, ou que ceux qui sont
instruits le reconnoissent.
Quand on songe que la Syrie renferme
diverses contrées fort célebres, l'ancienne
Phénicie, la Palestine, les bords d'une
partie de l'Euphrate, on doit être persua-
dé que ce pays a mérité une étude parti-
culiere de la part de ceux qui se livrent
à la Géographie. Le public est à portée
de juger de l'application que j'y ai don-
née, par deux morceaux qui ont paru de-
puis peu de tems; l'un représentant la Sy-
rie entiere dans son état actuel, & qui ac-
compagne une sçavante dissertation de M.
Falconet dans le Tome XVII. des Mémoi-
res de l'Académie des Belles-Lettres; l'au-
tre qui ne concerne que la Palestine, mais
fort en détail, & que M. Crévier a in-
séré dans un des derniers volumes de son
Histoire des Empereurs Romains. On re-
marquera dans le morceau de la Palestine,
l'emploi que j'ai fait d'un vuide de cette
Carte, pour donnet la détermination d'un
assez grand nombre de positions principa-
les, en vertu des distances que j'ai recuel-
lies d'une position à l'autre; ce qui forme
un tel enchainement, que la correspon-
dance établie de cette maniere dans les in-
tervalles de ces positions, suppose néces-
sairement quelque justesse. Je n'ai point
Digstines vOO
88 MERCURE DE FRANCE.
borné mes recherches sur ce sujet aux Ecri-
vains de l'Antiquité: Ceux des Croisades
s'y sont joints, ainsi que les Ecrivains Ara-
bes; & la discussion de tout ce que j'ai
fait servir à composer la Palestine, & le
reste de la Syrie, seroit la matière d'une
Ouvrage assez confidérable. Mais, après
un travail si recherché pour des morceaux
suffisamment circonstanciés, la réduction
de ces mêmes morceaux dans la Carte
d'Asie, a dû, ce semble, mettre de la pré-
cision en cette partie.
La longitude convenable à la Syrie est
fixée dans sa partie septentrionale par les
déterminations d'Alexandrette & d'Halep.
C'est ainsi qu'il faut écrire le dernier de
ces noms, plutôt qu'Alep, selon l'usage
commun, par la raison que la premiere
lettre est un hha, qui est l'aspirée la plus
rude; d'où vient que les Syriens, à re-
monter jusques dans l'antiquité, ont écrit
Khalyb, & que dans quelques Historiens
des guerres saintes, on lit Galapia. Cette
remarque faite comme en passant, peut
fervir à prévenir en général, que les noms
qu'on trouvera écrits d'une maniere un
peu différente des Cartes ordinaires, sont
en cela plus corrects, quoique je ne veuil-
le pas me flater d'avoir mis en tous une
égale correction, faute de les emprun-
89
MAI.
1752.
ter tous également des Ecrivains Orien-
taux les plus corrects sur cet article. Ceux
qui connoissent Abulfeda, sçavent la pré-
caution qu'il a jugée nécessaire en bien des
noms propres, de spécifier les lettres par les-
quelles ils doivent s'écrire & se ponctuer.
Nous n'avons point de détermination
Astronomique aussi précise pour la partie
méridionale de la Syrie. Mais je suis per-
suadé que la longitude observée d'Alexan-
drie, d'Egypte & du Caire, y influe sen-
siblement, par le moyen de diverses dis-
tances ou mesures d'espace, tant ancien-
nes que modernes, qui se combinent avec
grande apparence de justesse les unes avec
les autres, & se portent sur Gaza, Jafa,
Jerusalem. Il y a une suite itineraire de
distances sans interruption, dans la partie
maritime, depuis Alexandrette, & Anta-
kia ou Antioche, jusqu'à Acre & Césa-
rée de Palestine. Ces derniers points se lient
avec celui de Jerusalem; & la latitude qui en
a resulté, n est pas précisément celle de 31
degrés 50 minutes, que les Tables des
Orientaux fournissent, & qui a été adop-
tée dans la Connoissance des tems, mais
elle nen differe que de quelques deux mi-
nutes vers le Sud. De maniere qu'en par-
tant de la hauteur bien déterminée d'Ale-
xandrette, 35 dégrés 36 minutes, l'usa-
VigstradbL0O
90 MERCUREDE FRANCE.
ge des mesures itineraires dans un espace
qui court du Nord au Sud, & qui vaut
près de 5 degrés de laritude, conduit avec
grande sureté. Un pareil avantage ne met-
il pas en droit de présumer, qu'il en est de
meme de cet autre espace, qui s'appuyant
sur les points d'Alexandrie & du Caire,
& prenant son étendue sur la longitude,
donne lieu de conclure celle qui convient
aux parties de la Syrie reculées vers le
midi?
Par une autre route on parcourt route
l'étendue de la Syrie dans les terres depuis
Jerusalem jusqu'à Halep, & jusqu'à l'Eu-
phrate, par Damas, par Hamah, & autres
licux. La latitude de Damas tirée des meil-
leures Tables Orientales, paroît en lieu
convenable, selon la proportion des dis-
tances données sur cette route. Nous pou-
vons prendre confiance en celle de Hamah
marquée par Abulfeda, puisque cette Ville
étoit la résidence de ce Prince, qui occupe
une place distinguée parmi les Géogra-
phes. Halep a été observée par M. de Cha-
zelle; & quoique cette position soit no-
tablement plus Sud qu'Antioche, on la
voit plus au Nord dans la Carte de Syrie
du voyage du Docteur Anglois Richard
Pocoke, comme si la disette où l'on est le
plus souvent des moyens suffisans pour
MAI.
1752. 91
dresser des Cartes, souffroit qu'on né-
gligeât ceux qui nous sont donnés. J'ajoû-
terai qu'il y a des traverses étudiées entre
certains lieux de la route maritime & de
cette derniere; d'Halep à Alexandrette &
à Ladikie, de Damas à Tripoli & à Sei-
de. Je ne puis entrer dans un plus grand
détail; la brieveté de ce Mémoire ne le
comporte pas.
Quoique l'Egypte ne fasse point par-
tie de l'Asie, j'observerai néanmoins qu'el-
le est ici plus travaillée, de même qu'un peu
plus ample par le point d'Echelle, que dans
la Carte d'Afrique qui a précédé celle-ci.
La raison est qu'en 1750 jai composé une
grande Carte particuliere de l'Egypte seu-
le, que je n'ai point rendue publique, mais
dont la Carte d'Asie donne une reduction
très précise; ce qui doit bien convaincre
qu'on ne peut s'assurer de la précision
dans les Cartes les plus générales, qu'au-
tant qu'elles résulteront des études & des
travaux recherchés dans le plus grand dé-
tail des circonstances, & que ce qu'on
croit suffisant pour des représentations as-
sez succintes & bornées, ne l'est pas jus-
qu'à un certain point.
Le Golfe Arabique, ou la mer rouge,
est une des parties de la Carte que je re-
garde comme plus perfectionnée, eu égard
92 MERCURE DE FRANCE.
aux Cartes précédentes, & le détail qu'on
y remarquera doit le faire présumer. C'est
le racourci d'un ouvrage particulier, que
le mérite des matériaux que j'ai rassemblés
sur ce sujet m'a invité de faire en 1746.
J'ai même discuté dans un écrit, les moyens
qui me servirent alors à composer une
grande Carte de cette Mer, dans laquelle
les positions de l'ancienne Géographie sont
admises avec les modernes & actuelles.
L'écrit dont je parle me donnoit occasion
d'exposer les preuves qui déterminoient
ces lieux anciens. J'avois même dessein en
publiant la Carte avec son analyse, de
joindre à cette analyse avec quelques rou-
tiers modernes, & entre autres celui du
Portugais Don Jean de Castro, l'ancienne
Description d'Agatharchide. J'aurois satis-
fait au désir de quelques Sçavans de mes
amis, en mettant au jour cet ouvrage, si
les choses du genre simplement utile,
étoient à peu près autant accueillies, que
celles qui ont l'avantage d'être agréables,
& d'amuser, si j'ose le dire, plutôt que
d'instruire.
Entre les piéces manuscrites dont j'ai
fait usage ou tité du secours, il y en a une
dressée sur les galeres Turques du Suez,
qui donne un fort grand détail de la côte
orientale du Golfe Arabique jusqu'à Gid-
MAI. 1752.
93
dah, port de la Mekke. Je la tiens d'un
ancien & illustre ami, feu M. l'Abbé de
Longuerue. Le reste du Golfe est aussi com-
pris dans la même Carte, mais beaucop
plus imparfaitement, cette partiè n'étant
pas aussi fréquentée par les Turcs. Ce défaut
a été réparé par deux autres Cartes pareil-
ment manuscrites, qui s'étendent depuis
Giddah jusquau Détroit que les Arabes
ont nommé Ba bel-mandeb, pour signifier
Porta luctus, sive moeroris. Dans ces deux
Cartes, la conte Afriquaine est moins bien
traitée que l'Arabique; mais en revanche,
j'ai acquis une Carte Françoise fort cir-
constanciée, qui depuis le port de Bailul
du rivage Abissin, remonte jusqu'à Mazua.
Les environs du Détroit, depuis Moca &
en dehors jusqu'à Aden, me sont donnés
par deux Cartes Portugaises particulieres.
Enfin presque tous les ports de la côte
Afriquaine ont leurs plans, que je présu-
me avoir été levés par Jean de Castro, ou
pendant la navigation d'Etienne de Gama,
lesquels plans ont autrefois appartenu à
Melchisedec Thevenot, dont la curiosité
pour tout ce qui intéressoit les voyages est
assez connue. Et si cette partie Afriquaine
est moins bien donnée dans les Cartes que
la partie Arabique, c'est par une espéce de
dédommagement qu ayant été rasée de plus
94 MERCURE DE FRANCE.
près par la flotte de Gama, où Jean de
Castro montoit un bâtiment, elle est plus
particulierement décrite dans le journal
de ce Portugais, qui étoit homme de grand
mérite, & qui a gouverné à Goa en qua-
lité de Viceroi.
Je n'ai rien eu plus en recommanda-
tion, lorsque j'ai dressé la Carte particu-
liere du Golfe Arabique, que de recher-
cher son véritable gissement dans la manie-
re oblique dont il s'étend. Cette circons-
tance n'étoit pas moins' importante que
délicate. M. de l'Isse a varié considera-
blement sur cet article: car, entre sa Carte
intitulée Egypte, Nubie, Abissinie, publiée
en 1707, & les Cartes d'Asie & d'A-
frique qu'il renouvella en 1722 & 23,
il y a trois à quatre dégrés de différence,
dont la longitude de Bab-el-mandeb est
plus orientale dans les dernieres Cartes
de ce Géographe que dans la première.
Cependant, je pense que le gissement du
Suez au détroit en son total, est pré-
férable dans celles- ci, & sur ce point
je nen différe pas considérablement, en
conséquence de l'étude particulière que
j'en ai faite. J'ai néanmoins pénétré, que
M. de l'Isse avoit ses raisons pour croire
devoir écarter davantage le débouque-
ment de la Mer rouge. C'est qu'il avoit
I.
M
1752.
95
appris que l'estime des Navigateurs ne
permet pas autant d'espace entre Goa &
Bab-el mandeb, que d'abord il en admet-
toit. Dans un mémoire où il rend compte
de la détermination qu'il a donnée à diffé-
rentes parties de la Terre, il dit qu'un
très-habile Pilote Diépois, nommé le Tel-
lier, n a trouvé que 20 dégrés & demi,
(de la longitude ordinaire) entre Goa &
l'aterrage au Cap Guardafui. Ce qui résulte
de l'estime de ce Pilote est même confirmé
par beaucoup d'autres, sur quoi on peut
recourir à la préface de M. Daprès de son
Routier des Indes Orientales, où on trou-
vera le résultat de plusieurs traversées
de Cochin, du Mont-delli, de Bombay,
au même Cap Guardafui. Or en partant de
la longitude de Goa, comme étant déter-
minée par observation; ce qu'il y a d'es-
pace à retrancher entre ce point & le Dé-
troit de la Mer rouge, on croit pouvoir le
reprendre sur cette Mer, & l'attribuer à
une plus grande obliquité dans son gisse-
ment, Mais outre qu'elle ne le souffre pas,
à ce qu'il m'a bien paru; j'ai l'expérience
que les difficultés de cette espéce, s offrent
fréquemment dans la construction des Car-
res, ce qui me persuade qu'il faut d'autant
moins oser y donner plus d'étendue aux
espaces, qu'ils n'en prennent par la mesu-
96 MERCURE DE FRANCE.
re qui se montre propre & convenable à
chacun en particulier.
L'écrit par lequel j'ai discuté la compo-
sition de la Carte du Golfe Arabique,
mettroit en évidence, que j'ai pris à tâche
de donner plus que moins d'obliquité à son
gissement, & que si la précision absolue
peut y manquer, il nadmet pas une aug.
mentation qui seroit très considérable.
Mais c est un détail de discussion, qui ne
sçauroit trouver place dans un mémoire
abregé comme celui ci. Je crois qu'on a
fort exageré sur la largeur de ce Golfe,
& il y a des endroits ou la Carte de M.
de l'Isse prend se doubse de celle que j'ai
employée. La latitude du Détroit, ou de
Bab- el mandeb, est devenue plus Sud de 30
à 40 minutes qu'elle ne paroît dans le Pi-
lote Anglois, & dans un autre ouvrage de
Marine, où on l'a suivi sur cet article.
Les raisons qui mont autorisé sur ce point,
comme sur plusieurs autres que je suppri-
me ici, ne sont point omises dans l'écrit
dont je viens de parser.
Quant aux terres de l'Arabe qui s'é-
tendent le long du Golfe, on ne tiroit
précédemment de lumieres sur ce Pays-là,
que de l'Edrisi & d'Abulfeda. Mais les Turcs,
auxquels la conquête de l'Egypté a donné
lieu de faire celle de l'lémen, qu'ils n ont
pas
Digitnes eLOO
MAI. 1752.
97
pas néanmoins conservé, ont procuré des
connoissances locales quon navoit pas.
Leur expédition se trouve écrite en Arabe
comme en Turc, dans la Bibliotheque du
Roi. Notre Carte fournit, non seulement
dans l'étendue de l'lémen, mais encore
dans une partie qui est sensée de l'Arabie
déserte, un grand nombre de positions qui
sont tout-à-fait neuves pour la Géogra-
phie. Deux voyages de négocians François
& Anglois à Sanaa, & celui de Bartema
qui est dans la collection de Ramusio, ont
en même tems servi à ce qui concerne l'Ié-
men. Ce qu on a de mieux pour la côte
méridionale de l'Arabie, on le doit au Pi-
lote Anglois, quoique M. Daprès ait re-
marqué quelque défaut dans la latitude.
J'ai tiré des Portugais la représentation de
Socotora, qui dépend du Sultan de Ke-
sem ou de Fartach dans le continent de
l'Arabie; & la latitude par laquelle j'ai
rangé cette Isse plus au nord que dans les
Cartes marines ordinaires, est assujettie à
la hauteur observée par un Navigateur An-
glois, dans une relâche à la Baye Delicia.
La description bien circonstanciée de la cônte
Afriquaine entre le Cap Guardafui & Zei-
la, que M. Daprès a insérée das son rou-
tier, est plus exactement rendue par notre
Carte que par toute autre, où elle se trou-
98 MERCURE DE FRANCE.
ve allongée au-delà de ce que prescrit le
détail positif des instructions données. Que
si l'on fait suivre cela du résultat de diver-
ses routes, dont on a des estimes réiterées
entre le Cap Guardafui & plusieurs points
de la côte de l'Inde, selon ce que j'en ai
touché ci-dessus; on franchira de cette ma-
niere tout l'espace jusquaux terres de
l'Inde, par une voie que la Mer Rou-
ge nous a ouverte.
Je reviens maintenant vors la Syrie,
pour parcourir les pays voisins de l'Eu-
phrate & du Tigre; sçavoir, Algezire
Irak des Arabes, & Kurdistan. Le bien du
public exige qu'on releve le défaut de con-
noissance des Géographes, au sujet du nom
de Diarbek, quils donnent à l'ancienne
Mésopotamie. Les Arabes l'appellent cons-
tamment Al-gezira, l'Isse ou la presqu'isse,
nayant point dans leur langue de terme
particulier pour désigner ce qui est pres-
qu'isse plutôt qu'Isse. Dans l'étendue de ce
Pays, les Arabes distinguent trois contrées;
Diar-Bekr, Diar-Modzar, Diar-Rabiaa;
la premiere, tournée vers le nord, & dont
le nom s'est communiqué à la ville princi-
pale de la contrée; sçavoir, Diarbekir,
bien que le nom propre de cette ville soit
Kara-Amid; la seconde, qui s'étend le long
de l'Euphrate en descendant depuis l'au-
*
MAI. 1752.
99
tienne Edesse ou Roha; la troisiéme, le long
du Tigre aux environs de Nisibe & de Sin-
jar. Il falloit du moins que les Géographes
écrivissent correctement le nom de Diar-
Bekr. Diar signifie district, Bekr est le
nom d'un chef Arabe, que l'on croit avoir
précédé l'établissement du Mahométisme
en ce pays. Si les contrées d'Algezire dont
je viens de parler, ne sont point inscrites
sur la Carte, ni le nom de Kara-Amid,
joint à celui de Diarbekir, qui est plus
commun dans l'usage, on verra bien que
c'est faute de place.
Le cours de l'Euphrate & celui du Ti-
gre sont certainement tracés d'une manié-
re beaucoup plus travaillée que dans au-
cune autre Carte. On regarde communé-
ment les deux rivières qui passent aux en-
virons d'Arz-roum, conime celles qui
forment l'Euphrate, quoique la branche
nommée Murad-Shai, ou l'eau desirée,
vienne de beaucoup plus loin. La position
d'Arz-roum est en rapport immédiat avec
Trébisonde, laquelle est une suite des me-
sures propres au rivage méridional de la
Mer Noire en particulier. Mais en même
tems, cette position d'Arz-roum ma paru
se rapporter à la distance qui lui convient
à l'égard de Tocat & d'Amasie. Et la po-
sition d'Amasie, outre son lieu con venable
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
à l'égard de la Mer Noire, est conclue in-
dépendamment des melures de cette Mer,
d'une suite de route directe par les terres à
rétrograder jusqu'à Constantinople. Cette
correspondance d'espace par des voyes dif-
féreutes, mérite considération, & fait
présumer favorablement des positions qui
en résultent.
En descendant ensuite l'Euphrate, on
ne sçauroit douter qu'il ne décrive une
grande courbure entre Malatia & Samo-
sate, quand on compare dans les an-
ciens itinéraires la mesure directe entre
ces points, avec celle qui suit le rivage
du fleuve par des lieux qui le bordent. Au-
dessous de Samosate, il est bien vrai que
l'Euphrate coule, généralement parlant,
entre l'Orient & le Midi; mais pourtant
avec des replis ou des circuits très-consi-
dérables, qu'aucune carte ne représente.
Après avoir passé devant Belés, le fleuve
remonte vers le Nord pour baigner Racca;
& il est assez étonnant que les Géographes
n'ayent pas sçu que la latitude de ce lieu,
par les observations d'Al-battani (*) célé-
bre Astronome vers l'an 300 de l'Hégire,
est déterminée à 36 degrés, ausquels Ebn-
Shatir ajoute une minute, & Ebn Junis
trois, ce qui prouve la précision qu'on a
(*) Vulgò Albategni.
1752.
MAI.
101
étudiée en certe hauteur: au lieu que vous
trouverez Racca d'un dégré tout entier
plus Sud dans les Cartes précédentes. Al-
battani, qui a rapporté ses Tables Astro-
nomiques à la position de cette ville,
où quelques Khalifes ont fait leur demeu-
re, la détermine plus orientale qu'Ale-
xandrie d'Egypte de 40 minutes de tems;
& en effet la construction de ma Carte y
fait entrer dix degrés de longitude, sans
autre diversité que d'une fraction de de-
gré. Ce n'est pourtant pas l'assujetisse-
ment immédiat à la détermination d'Al-
battani, qui donne cette con venance dans
la Carte: c'est la distance que j'ai jugée
con venable avec le point d'Halep, que l'on
voit être très à portée, & qui a sa longi-
tude déterminée de nos jours, ainsi que
celle d'Alexandrie. Dans les Cartes où l'on
a déplacé Racca de sa latitude, si on ré-
formoit cette position en la pottant à un
dégré plus au Nord, il ne resteroit pas
un dégré de différence dans ces Cartes en-
tre Racca & Diarbekir, pat la raison que
Diarbekir y est placé au dessous de 37 dé-
grés, au lieu de 37 & environ 50 minu-
tes, qui est la hauteur convenable. La dis-
tance qui sépare Racca de la position de
Roha, & celle qu'il faut employer entre
Roha & Diarbekir, ne se renferment
E iij.
102. MERCUREDE FRANCE.
point dans l'espace de moins d'un dégré.
On jugera de l'effet de ces déplacemens
dę liea sur toutes les parties qui leur sont
adhérentes. Diarbekir baissé d'un degré,
en fait trouver trois au lieu de deux entre
Arz-roum & Diarbekir; d'un autre côté,
Mosul est entraîné dans le Sud par une sui-
te de son rapport avec Diarbekir. D'où il
suit, que, pour composer une nouvelle
Carte, il y avoit autant à travailler sur la
disposition la plus générale des licux, que
sur la teprésentation du détail.
La distance à laquelle je devois reculer
Bagdad a été l'objet d'une étude toute par-
ticuliere. Entre les voyages modernes, ce
que je connois de plus direct, de mieux
suivi & circonstancié, est la route de Te-
xeira, Portugais, écrite en Espagnol. Ce
voyageur ayant d'abord passé de Basra à
Bagdad, la réduction & l'estime que je
devois faire de sa marche m'étoit indiquée
par la différence des latitudes de Basra &
de Bagdad, & même d'un point inter-
médiairę qui est Kufa, dont les vestiges
sont peu distans de Mesghid-Ali, où Te-
xeira a passé. La hauteur qu'un Officier de
la Compagnie des Indes (*) qui a fait à
Bafra la fonction de Consul, m'a donnée
de cette ville, ne différe que d'une minu-
(*) M. Gosse.
MAI.
103
1752.
te ou deux, de celle que Pietro della Valie
a observée. Par dessus cela, j'ai trouvé un
objet de comparaison, pour la route de
Texeira, dans la partie d'entre Bagdad &
Halep précisément, & pour ce qu'il y a
de distance depuis Bagdad jusqu'à Anah:
car les Géographes orientaux en fournis-
sent un détail circonstancié, par Anbar,
Hit & autres lieux. Cet espace vallant
plus que le tiers de la distance entre Halep
& Bagdad, ce n'est pas juger d'une trop
grande partie par une qui soit trop petite
en proportion. Mais, ce qui ma confirmé
dans le juste éloignement de Bagdad, c'est
de le voir convenir avec précision à la dis-
tance indiquée par Pline entre Damas &
Palmyre, & entre Palmyre & Seleucie sur
le Tigre, dont la position s'éloigne peu
de Bagdad, & se fixe même sur ce que les
Orientaux disent d'Al-Modain, par où ils
désignent ce qui reste des villes de Seleu-
cie & de Ctesiphon. Le détail de ce que
j'expose ici d'une maniere fort abrégée sur
cette distance entre Halep & Bagdad, est
le sujet d'un écrit particulier dans mes pa-
piers. J'y ai discuté spécialement & par
des moyens presque Geométriques, la po-
sition qu'il convient de donner à Tadmor
ou Palmire, que les Cartes n'écartent pas
assez des villes ou lieux habités de la Syrie.
E iiij
Dustrad v00
104 MERCURE DE FRANCE.
Une partie de cet écrit concerne l'inter-
valle & la position respective de Bagdad
& de Basra. Elle renferme un objet très- in-
teressant par rapport à l'ancienne Géogra-
phie, qui est la recherche du lieu précisé-
ment qu occupoit Babylone; & ce qu'on
doit croire de ce que cette ville avoit d'é-
tendue y est développé. Une navigation
de l'Euphrate par deux Vénitiens, depuis
le Bir vis-à-vis d'Halep, jusqu'auprès de
Bagdad, & qui fournit un grand détail de
lieux, na été mise en œeuvre, quoiqu'im-
primée, par aucun Géographe. Dans l'étude
que j'ai faite du cours de ce fleuve, je n'ai
négligé, ni Xenophon dans la marche des
dix mille, ni l'expédition de l'Empereur
Julien rapportée par Ammien-Marcellin
& par Zosime. On ne peut-être assuré de
la justesse des circonstances locales, si on
ne les trouve d'accord avec tous les faits
qui y ont quelque rapport.
Je passe au Kurdistan, qui renferme
l'ancienne Assyrie. Quoique ce nom s'écri-
ve par un Kiaf, & qu'on pût vouloir écrire
Kiurd, cependant il m a semblé que l'ufa-
ge & la prononciation ordinaire devoient
prévaloir. Ce pays sur lequel toutes les
Cartes ont été très-maigres de détail, est
un de ceux où il abonde davantage dans
la nouvelle. Il compose la frontiere de
MAI. 1752.
105.
l'Empire Ottoman du côté de la Perse, &
sa partie montueuse est occupée par de pe-
tits Princes particuliers, à peu près indé-
pendans. De-là vient que ce pays est dé-
crit d'une maniere tout autrement circons-
tanciée par le Géographe Turc, que dans
les autres Géographies Orientales. Mais,
jo ne puis dire l'application qu'il a falsu
donner, pour bien entendre ou concevott
se Geographe que je cite, pour fixer par
la combinaison de ce qu'il rapporte avec
les instructions empruntées d'ailleurs, la-
représentation du local en tous ses points,
positions de Villes & de Châteaux, cours
de riviéres, emplacement des Montagnes.
Il est vrai, que le fruit de cette applica-
tior a été, que ces différentes rivieres que
l'on voit concourir à former le Tigre, ique
le cours du Zab, surtout en sa partie supé-
rieure, que beaucoup de lieux, n'ont jus-
qu'à présent paru ainsi dans aucune Carte.
M. de l'Isse, qui dans les premières de sa
composition avoit bien connu la distinc-
tion qu'il faut faire entre le Lac de Van &.
celui d'Urmia, les aejoints, ou simplement
diviso comme par un pont, dans sa carte
de la Perse, ce que néanmoins beancoup
d'instructions antérieures contredisoient
formellement. La ville de Van, en cette
Carte est transportée au côté occidental-
E
106 MERCURE DE FRANCE.
du grand Lac qui en tire son nom, lors-
que sa vraie situation est au côté Oriental:
la ville d'Ouroumi, la même qu'Urmia,
s'y voit attachée au rivage du même Lac,
quoiqu'elle en soit éloignée d'une distance
à estimer de quarante lieues Françoises,
avec de très-hautes montagnes dans l'in-
tervalle, qui n'ont jamais permis de com-
munication entre les Lacs dont ou vient
de parler. Ces circonstances ne seront pas
jugées assez indifférentes, pour qu'il soit
permis de les dissimuler, lorsqu'il est ques-
tion de servir le Public, en lui rendant
compte d'un nouvel ouvrage qu'on lui met
entre les mains.
Il faut maintenant revenit au point
d'Arz-roum, pour passet en Armenie, &c.
La suite dans d'auires Mercures.
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Résumé : Suite du Mémoire de M. D'ANVILLE, sur la premiere partie de sa Carte d'Asie.
Dans son mémoire, M. d'Anville traite de la cartographie de la Syrie, qu'il désigne sous le nom de 'Sham'. Cette région inclut la Phénicie, la Palestine et une partie de l'Euphrate. Il se réfère à deux publications récentes : une carte de la Syrie par M. Falconet et une carte détaillée de la Palestine par M. Crévier. Pour établir les positions géographiques, il combine des sources antiques, médiévales et arabes, ainsi que des distances entre divers points. La longitude de la Syrie septentrionale est déterminée par les observations d'Alexandrette et d'Alep, tandis que pour la partie méridionale, il utilise les longitudes observées d'Alexandrie, de l'Égypte et du Caire, ainsi que des distances itinéraires. La latitude de Jérusalem est légèrement ajustée par rapport aux tables orientales. L'auteur aborde également la cartographie du Golfe Arabique, soulignant la fiabilité des latitudes de Damas et Hamah, basées sur des sources géographiques orientales et des observations d'explorateurs. Il critique certaines cartes existantes pour leurs inexactitudes, comme la position d'Alep sur la carte de Richard Pocoke. Concernant l'Égypte, bien qu'elle ne fasse pas partie de l'Asie, elle est mieux représentée grâce à une étude détaillée réalisée en 1750. Le Golfe Arabique est présenté comme une des parties les plus précises de la carte, fondée sur des travaux antérieurs et des sources variées. M. d'Anville mentionne diverses sources manuscrites et cartes utilisées pour améliorer la précision, notamment des documents sur les galères turques et des cartes portugaises. Il insiste sur l'importance de la précision dans la représentation des côtes et des ports, notant que certaines parties de la côte africaine sont mieux décrites dans les journaux de voyageurs comme Jean de Castro et Étienne de Gama. Il évoque également les différences de longitude et de latitude dans les cartes géographiques de l'Égypte, de la Nubie, de l'Abyssinie, ainsi que de l'Asie et de l'Afrique, publiées entre 1707 et 1723. Il observe une variation de trois à quatre degrés de longitude, notamment concernant Bab-el-Mandeb.
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13073
p. 107
Mots des Enigmes & des Logogriphes du Mercure d'Avril, [titre d'après la table]
Début :
Le mot de la premiere Enigme du Mercure d'Avril est Aiguille. Celui de la seconde [...]
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texteReconnaissance textuelle : Mots des Enigmes & des Logogriphes du Mercure d'Avril, [titre d'après la table]
Le mot de la premiere Enigme du Mercure
d'Avril est Aiguille. Celui de la seconde
est Cloche. Celui du premier Logogri-
phe est Papillote, dans sequel on trouve
Poppé, Pope, Lote poisson, lait, pet, pie,
papille, Pilote poisson, Loi, Apt ville,
aile, Pape, toile, Lot riviére, laie, palet,
& Pilote d'un vaisseau. Celui du second,
est Epigramme, dans lequel on trouve ame,
arme, magie, Mage, Ega, Egra riviére,
Epi, Pirame, rame, pré, pie, air, rape, rage,
re, mi, Parme, Marie, rime, gamme, ma-
ri, Empire, mire, Sanglier, Mare, Pigée,
rami, piège, & Page.
d'Avril est Aiguille. Celui de la seconde
est Cloche. Celui du premier Logogri-
phe est Papillote, dans sequel on trouve
Poppé, Pope, Lote poisson, lait, pet, pie,
papille, Pilote poisson, Loi, Apt ville,
aile, Pape, toile, Lot riviére, laie, palet,
& Pilote d'un vaisseau. Celui du second,
est Epigramme, dans lequel on trouve ame,
arme, magie, Mage, Ega, Egra riviére,
Epi, Pirame, rame, pré, pie, air, rape, rage,
re, mi, Parme, Marie, rime, gamme, ma-
ri, Empire, mire, Sanglier, Mare, Pigée,
rami, piège, & Page.
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Résumé : Mots des Enigmes & des Logogriphes du Mercure d'Avril, [titre d'après la table]
Le texte présente deux énigmes et leurs solutions : 'Aiguille' et 'Cloche'. Il mentionne également deux logogriphes. Le premier a pour solution 'Papillote', permettant de former des mots comme 'Poppé', 'Pape' et 'Lait'. Le second logogriphe a pour solution 'Epigramme', permettant de former des mots comme 'Âme', 'Arme' et 'Magie'.
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13074
p. 108
ENIGME.
Début :
Quoique faite pour le repos, [...]
Mots clefs :
Bière
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIG ME.
Quoique faite pour le repos ' ,
Je n'annonce que les allarmes ;
Pour quelqu'un aurois-je des charmes
On me hait autant qu'Atropos .
Mon féjour fait verfer des larmes ,
Bien qu'il mette à l'abri des maux.
Frêle réduit d'un infenfible
Helas ! une mere inflexible ,
Dont je fuis le trifte produit ,
Nous reçoit & puis nous détruit.
Edipe c'eft affez , devine ,
Daigne me fcruter bien à fond ;
Mais tu me fçais , je te chagrine ,
Et mon fouvenir te confond .
Quoique faite pour le repos ' ,
Je n'annonce que les allarmes ;
Pour quelqu'un aurois-je des charmes
On me hait autant qu'Atropos .
Mon féjour fait verfer des larmes ,
Bien qu'il mette à l'abri des maux.
Frêle réduit d'un infenfible
Helas ! une mere inflexible ,
Dont je fuis le trifte produit ,
Nous reçoit & puis nous détruit.
Edipe c'eft affez , devine ,
Daigne me fcruter bien à fond ;
Mais tu me fçais , je te chagrine ,
Et mon fouvenir te confond .
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13075
p. 108-109
AUTRE.
Début :
Point chair ne suis, quoique couvert de peau ; [...]
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Saule
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Point chair ne fuis , quoique couvert de peau
Poiflon non plus , je vis ponstant dans l'eau ;
Exempt de peine affez fouvent je pleure ;
Mais mon oeil féche avant ma derniere heure.
Lors je jaunis , & changeant de couleur ,
Tout fouffre en moi , pied , tête , bras & con
Sans fentiment je brule comme méche
M A I. 1752 109:
Devine-moi , qu'eft- ce qui t'en empêche a
Veux-tu , lecteur , plus d'éclairciffement ,,
Allons , je vais t'obéïr promptement.
Ma mince taille eft preſque giganteſque ;
Ma chevelure eft tant foit peu burlesque ,
Vieille au- deffous , & fort jeune au - deffus
Au grand beſoin je ne la retiens plus ,
Je la revois ma chere chevelure
Elle revient & me fert de parure,
De joie alors, je pleure de nouveau.
Pour mon afpect il n'eft ni laid ' ni beau
Je fais pourtant fort bien mon perfonnage ,
Au bord fur tout de quelque frais rivage ;
Je ne dis rien de mes plus doux attraits ,
Tu dois , lecteur , me connoître à ces traits.
CAPRIS DE BEAUVESER
Cuers en Provence , ce 5 Janvier 175.2.
Point chair ne fuis , quoique couvert de peau
Poiflon non plus , je vis ponstant dans l'eau ;
Exempt de peine affez fouvent je pleure ;
Mais mon oeil féche avant ma derniere heure.
Lors je jaunis , & changeant de couleur ,
Tout fouffre en moi , pied , tête , bras & con
Sans fentiment je brule comme méche
M A I. 1752 109:
Devine-moi , qu'eft- ce qui t'en empêche a
Veux-tu , lecteur , plus d'éclairciffement ,,
Allons , je vais t'obéïr promptement.
Ma mince taille eft preſque giganteſque ;
Ma chevelure eft tant foit peu burlesque ,
Vieille au- deffous , & fort jeune au - deffus
Au grand beſoin je ne la retiens plus ,
Je la revois ma chere chevelure
Elle revient & me fert de parure,
De joie alors, je pleure de nouveau.
Pour mon afpect il n'eft ni laid ' ni beau
Je fais pourtant fort bien mon perfonnage ,
Au bord fur tout de quelque frais rivage ;
Je ne dis rien de mes plus doux attraits ,
Tu dois , lecteur , me connoître à ces traits.
CAPRIS DE BEAUVESER
Cuers en Provence , ce 5 Janvier 175.2.
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13076
p. 109-110
LOGOGRIPHE.
Début :
Tu me connois, lecteur, je suis à ton usage, [...]
Mots clefs :
Écriture
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LOGO GRIP HE.
Tu me connois , lecteur , je fuis à ton ufage' ;
Je fers à ton plaifir , toujours à ton ménage ;
Les grands & les petits , tous ont recours à moi ,
Je cimente la paix , je divulgue la loi.
Combine maintenant, lecteur , mon affemblage ,
Huit membres font mon tout , mais tu me tiens)
jgage
&
ito MERCURE DE FRANCE.
Primò , mon cher lecteur , pour entrer en dé
tail ,
D'un infecte connu je nomme le travail ;
Doot retranchant ma tête , à l'inftant il te refte
Ce qui pour plus d'un homme eft fouvent très
funefte.
Pourfuis , tu trouveras un peuple du Levant ;
Deux notes de Mufique , un folide élement ;
Ce qu'on perd à regret , fur tout dans le grand
monde
D'un animal impur la femelle féconde.
Je te préfente encor dans ma diſſection ,
Ce qui dans bien des gens eft ſouvent paffion }
Ce qui chaffe toujours toute mélancolie ,
Et le nom d'une Ville en Baffe -Normandie,
Pour t'éviter enfin davantage à chercher,
Je me montre à tes yeux en voulant me cacher
Par M. CASTAING fils , à Alençone
Tu me connois , lecteur , je fuis à ton ufage' ;
Je fers à ton plaifir , toujours à ton ménage ;
Les grands & les petits , tous ont recours à moi ,
Je cimente la paix , je divulgue la loi.
Combine maintenant, lecteur , mon affemblage ,
Huit membres font mon tout , mais tu me tiens)
jgage
&
ito MERCURE DE FRANCE.
Primò , mon cher lecteur , pour entrer en dé
tail ,
D'un infecte connu je nomme le travail ;
Doot retranchant ma tête , à l'inftant il te refte
Ce qui pour plus d'un homme eft fouvent très
funefte.
Pourfuis , tu trouveras un peuple du Levant ;
Deux notes de Mufique , un folide élement ;
Ce qu'on perd à regret , fur tout dans le grand
monde
D'un animal impur la femelle féconde.
Je te préfente encor dans ma diſſection ,
Ce qui dans bien des gens eft ſouvent paffion }
Ce qui chaffe toujours toute mélancolie ,
Et le nom d'une Ville en Baffe -Normandie,
Pour t'éviter enfin davantage à chercher,
Je me montre à tes yeux en voulant me cacher
Par M. CASTAING fils , à Alençone
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13077
p. 110-111
AUTRE.
Début :
Très-aisément, ami, tu pourras me connoître, [...]
Mots clefs :
Mercure
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
TRès- aifément ,
Rès-aifément , ami, tu pourras me connoître,
En te difant d'abord que l'on me voit paroître
Ainfi qu'une coquette , où l'art étudié
Te préfente à la fois plus d'un trait varié.
Je puis auffi comme elle avoir le droit de plaire
Je cheris l'inconftance , & je fuis fans myftere ;
MA I 17527 III
Mais pour me dévoiler tout-à-fait à tes yeux ,
Mes fept pieds combinés , t'inftruiront encor
mieux.
Je te nomme d'abord ce qu'un fils d'Hypo
crate
Cherche , mais que fouvent fon ignorance rate,
Et je fuis fi tu veux m'expliqer autrement ,
Place très-difficile à remplir dignement.
Tu trouves dans mon fein une Piéce de France ;
Joins-y deux pieds , Venus doit à moi ſa naifs
fance ;
Mais combine autrement , je te dis à ton tour ,
Le nom tendre & cheri de qui tu tiens le jour.
Ce n'eft pas tout , pourfuis , je fuis pour l'ordi
naire ,
'A la bonté d'un fruit , un point très- néceffaire,
Je fuis un mal commun ; je te nomme un Comté
Une note dans mi fa fol la fi ut re ,
Le chemin que l'on prend pour aller dans les
Ifles..
Si tu ne me tiens pas pour le coup , que ſçait - on ; '
Moi même je pourrois te dire enfin mon nom.
Par le même.
TRès- aifément ,
Rès-aifément , ami, tu pourras me connoître,
En te difant d'abord que l'on me voit paroître
Ainfi qu'une coquette , où l'art étudié
Te préfente à la fois plus d'un trait varié.
Je puis auffi comme elle avoir le droit de plaire
Je cheris l'inconftance , & je fuis fans myftere ;
MA I 17527 III
Mais pour me dévoiler tout-à-fait à tes yeux ,
Mes fept pieds combinés , t'inftruiront encor
mieux.
Je te nomme d'abord ce qu'un fils d'Hypo
crate
Cherche , mais que fouvent fon ignorance rate,
Et je fuis fi tu veux m'expliqer autrement ,
Place très-difficile à remplir dignement.
Tu trouves dans mon fein une Piéce de France ;
Joins-y deux pieds , Venus doit à moi ſa naifs
fance ;
Mais combine autrement , je te dis à ton tour ,
Le nom tendre & cheri de qui tu tiens le jour.
Ce n'eft pas tout , pourfuis , je fuis pour l'ordi
naire ,
'A la bonté d'un fruit , un point très- néceffaire,
Je fuis un mal commun ; je te nomme un Comté
Une note dans mi fa fol la fi ut re ,
Le chemin que l'on prend pour aller dans les
Ifles..
Si tu ne me tiens pas pour le coup , que ſçait - on ; '
Moi même je pourrois te dire enfin mon nom.
Par le même.
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13078
p. 112-114
« PLAN du Dictionnaire Universel de Mathématique & de Physique, par [...] »
Début :
PLAN du Dictionnaire Universel de Mathématique & de Physique, par [...]
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texteReconnaissance textuelle : « PLAN du Dictionnaire Universel de Mathématique & de Physique, par [...] »
PLAN du Dictionnaire Universel de
Mathématique & de Physique, par
M. Saverien, de la Société Royale de
Lyon, &c.
Ceci nous annonce que le grand Ou-
vrage de M. Saverien est enfin fini, &
quil ne tardera pas à paroître. C'est pour
en instruire le Public, que les Libraires-
associés, Jombert & Rollin, distribuent
aux Curieux le Plan, qui sert de Préface
au Dictionnaire Universel de Mathémati-
que. M. Saverien rend d'abord raison des
motifs, qui l'ont déterminé à composer
un pareil Dictionnaire, dans lequel on
trouvera les plus belles découvertes qui-
ont été faites jusques à ce jour dans la Ma-
thématique & dans la Physique, & l'histoi-
re générale & particulière de ces deux
sciences; ces motifs sont l'importance d'a-
voir sous un même point de vue les riches-
ses, dont nous sommes en possession. Com-
me ces découvertes & ces richesses sont ici
ctès-abondantes. M. Saverien s'est attaché
dans son Plan à les distinguer dans les clas-
ses, ausquelles elles appartiennent. Il fait
MAT.
1752.
113
voir que les unes dépendent de l'imagina-
tion; ce sont les Mathématiques pures.
D'autres font le fruit de l'usage des sens,
telles que les expériences, les observations
& en général la Physique, & enfin les
dernieres, produites par le jugement for-
ment la science des causes, annexées avec
les sciences Physico-Mathématiques. Sui-
vant ces trois divisions, l'Auteur déploye
tout le fond de la Mathématique & de la
Physique. Il forme un tableau ou une es-
pece de Mappemonde Mathématique où
l'on découvre d'un mêmè coup d'œeil les
objeis généraux des Mathématiques dans
leur véritable place; de sorte qu'on distin-
gue leur liaison & leur dépendance l'une
de l'autre. Rien n'est plus riche, plus
grand que cet assemblage; & de toutes les
connoissances, il nen est point, qui fasse
plus d'honneur à l'homme. L'Entendement,
dit M. Saverien, est là à découvert, & le
sujet de son attention paroit fort au-dessus de
sa portée.
L'Auteur expose après cela les précau-
tions qu'il a prises, pour mettre cette gran-
de entreptise à execution. Les productions
de l'imagination forment une branche de
son ouvrage; celles des sens la seconde y
& les œeuvres du jugement la troisiome.
De ces trois branches, M. Saverien com-
114MERCUREDE FRANCE.
pose l'Arbre Mathématique, dont les ra-
meaux sont les articles que contient son
Dictionnaire. On sent bien que les carac-
reres des Rameaux doivent faire le fond
des articles, & leur dépendance avec les
autres rameaux, les renvois & les liaisons
de ces mêmes articles. Aussi c'est l'atten-
tion qu'a continuellement l'Auteur en dé-
coupant ces Rameaux, pour en former son
Ouvrage. Le travail auquel M. Saverien
a été obligé de se livrer pour l'exécuter est
prodigieux. Il cite quelques-uns des livres
principaux, qui lui ont servi particuliére-
ment, & il avoue que son Dictionnaire est
le fruit de ses travaux continuels sur la
Mathématique & la Physique, commencés
dès l'âge le plus tendre. Le Plan est termi-
ne par un bel éloge des Mathématiques. M.
Saverien prouve là d'une façon nouvelle
qu'aucune science ne contribue peut-être
plus à épurer les moeurs; parce qu elle rend
l'esprit attentif & qu'elle apprend à apper-
cevoir clairement & distinctement les ob-
jets. C'est une chose à voir que le dévelop-
pement de cette preuve.
Nous ne manquerons pas de rendre
compte du Dictionnaire lorsqu'il paroîtra.
Mathématique & de Physique, par
M. Saverien, de la Société Royale de
Lyon, &c.
Ceci nous annonce que le grand Ou-
vrage de M. Saverien est enfin fini, &
quil ne tardera pas à paroître. C'est pour
en instruire le Public, que les Libraires-
associés, Jombert & Rollin, distribuent
aux Curieux le Plan, qui sert de Préface
au Dictionnaire Universel de Mathémati-
que. M. Saverien rend d'abord raison des
motifs, qui l'ont déterminé à composer
un pareil Dictionnaire, dans lequel on
trouvera les plus belles découvertes qui-
ont été faites jusques à ce jour dans la Ma-
thématique & dans la Physique, & l'histoi-
re générale & particulière de ces deux
sciences; ces motifs sont l'importance d'a-
voir sous un même point de vue les riches-
ses, dont nous sommes en possession. Com-
me ces découvertes & ces richesses sont ici
ctès-abondantes. M. Saverien s'est attaché
dans son Plan à les distinguer dans les clas-
ses, ausquelles elles appartiennent. Il fait
MAT.
1752.
113
voir que les unes dépendent de l'imagina-
tion; ce sont les Mathématiques pures.
D'autres font le fruit de l'usage des sens,
telles que les expériences, les observations
& en général la Physique, & enfin les
dernieres, produites par le jugement for-
ment la science des causes, annexées avec
les sciences Physico-Mathématiques. Sui-
vant ces trois divisions, l'Auteur déploye
tout le fond de la Mathématique & de la
Physique. Il forme un tableau ou une es-
pece de Mappemonde Mathématique où
l'on découvre d'un mêmè coup d'œeil les
objeis généraux des Mathématiques dans
leur véritable place; de sorte qu'on distin-
gue leur liaison & leur dépendance l'une
de l'autre. Rien n'est plus riche, plus
grand que cet assemblage; & de toutes les
connoissances, il nen est point, qui fasse
plus d'honneur à l'homme. L'Entendement,
dit M. Saverien, est là à découvert, & le
sujet de son attention paroit fort au-dessus de
sa portée.
L'Auteur expose après cela les précau-
tions qu'il a prises, pour mettre cette gran-
de entreptise à execution. Les productions
de l'imagination forment une branche de
son ouvrage; celles des sens la seconde y
& les œeuvres du jugement la troisiome.
De ces trois branches, M. Saverien com-
114MERCUREDE FRANCE.
pose l'Arbre Mathématique, dont les ra-
meaux sont les articles que contient son
Dictionnaire. On sent bien que les carac-
reres des Rameaux doivent faire le fond
des articles, & leur dépendance avec les
autres rameaux, les renvois & les liaisons
de ces mêmes articles. Aussi c'est l'atten-
tion qu'a continuellement l'Auteur en dé-
coupant ces Rameaux, pour en former son
Ouvrage. Le travail auquel M. Saverien
a été obligé de se livrer pour l'exécuter est
prodigieux. Il cite quelques-uns des livres
principaux, qui lui ont servi particuliére-
ment, & il avoue que son Dictionnaire est
le fruit de ses travaux continuels sur la
Mathématique & la Physique, commencés
dès l'âge le plus tendre. Le Plan est termi-
ne par un bel éloge des Mathématiques. M.
Saverien prouve là d'une façon nouvelle
qu'aucune science ne contribue peut-être
plus à épurer les moeurs; parce qu elle rend
l'esprit attentif & qu'elle apprend à apper-
cevoir clairement & distinctement les ob-
jets. C'est une chose à voir que le dévelop-
pement de cette preuve.
Nous ne manquerons pas de rendre
compte du Dictionnaire lorsqu'il paroîtra.
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Résumé : « PLAN du Dictionnaire Universel de Mathématique & de Physique, par [...] »
M. Saverien, membre de la Société Royale de Lyon, annonce la publication prochaine du 'Dictionnaire Universel de Mathématique & de Physique'. Cet ouvrage vise à compiler les principales découvertes en mathématiques et en physique, ainsi que leur histoire. Saverien explique la nécessité de centraliser les connaissances existantes. Les découvertes sont classées en trois catégories : les mathématiques pures, issues de l'imagination ; les expériences et observations, issues des sens ; et les sciences des causes, issues du jugement. Le dictionnaire est organisé comme un arbre mathématique, avec des articles formant les rameaux, chacun ayant des caractéristiques spécifiques et des liens avec d'autres articles. Saverien met en avant le travail considérable réalisé pour cet ouvrage, basé sur des années de recherches et de lectures. Le plan se termine par un éloge des mathématiques, soulignant leur rôle dans l'épuration des mœurs et le développement de l'esprit critique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13079
p. 114-118
« LETTRE sur le progrès des Sciences, par M. de Maupertuis 1752, se trouve à [...] »
Début :
LETTRE sur le progrès des Sciences, par M. de Maupertuis 1752, se trouve à [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LETTRE sur le progrès des Sciences, par M. de Maupertuis 1752, se trouve à [...] »
LETTRE sur le progrès des Sciences,
par M. de Maupertuis 1752, se trouve à
MAI.
1752. 115
Paris chez différens Libraires.
Cette Lettre est proprement la conver-
sation d'un homme d'esprit qui a de la
Philosophie & des connoissances. Nous
allons rapporter quelques-unes des vues
qui nous ont pu le plus frapper.
J'aimerois mieux que les Rois d'Egypte
eussent employé ces millions d'hommesqui
ont élevé les pyramides dans les airs, à
creuser dans la terre des cavités, dont la
profondeur répondit à ce que les ouvrages
de ces Princes avoient de gigantesque.
Nous ne connoissons rien de la terre inté-
rieure; nos plus profondes ruines enta-
ment à peine sa premiere écorse: si l'on
pou voit parvenir au noyau, il est à croire
qu on trouveroit des matieres fort dif-
ferentes de celles que nous connoissons,
& des Phenomenes bien singuliers.
Nous ne pouvons gueres douter que
plusieurs Nations des plus éloignées
n.ayent bien des connoissances qui nous
seroient utiles. Quand on considere cette
longue suite de siécles pendant lesquels
les Chinois, les Indiens, les Egyptiens,
ont cultivé les Sciences, & les ouvrages
de l'Art qui nous viennent de leur Pays;
on ne peut s'empêcher de regretter qu'il
ny ait pas plus de communication entre
eux & nous. Un College où l'on trouve-
116 MERCURE DEFRANCE.
roit rassemblés des hommes de ces Na-
tions, bien instruits dans les Sciences de
leur Pays, & qu'on instruiroit dans la
langue du nôtre, seroit sans doute un
bel établissement, qui ne feroit pas fort
difficile; peut être n'en faudroit-il pas.
exclure les Nations les plus sauvages.
Toutes les Nations de leur gré convien-
nent de la nécessité de cultiver une Langue,
qui, quoique morte depuis longtems, se
trouve encore aujourd'hui la Langue de
toutes la plus universelle; mais qu'il faut
aller chercher le plus souvent, chez un
Prêtte ou chez un Medecin. Si quelque
Prince vouloit, il lui seroit facile de la
faire revivre: il ne faudroit que confiner
dans une même Ville tout le Latin de son
Pays, ordonner qu'on ne prêchât, qu'on
n'y plaidât, qu'on n'y jouât la Comedie
qu'en Latin. je crois bien que le Latin
qu'on n'y parleroit, ne seroit pas celui
de la Cour d'Auguste, mais aussi ce ne se-
roit pas celui des Polonois; & la jeunesse
qui viendroit de bien des Pays de l'Europe
dans cette Ville, y apprendroit en un an
plus de Latin, qu'elle n'en apprend en
cinque ou six ans dans les Colleges.
C'est une chose qu'on a déja souvent
proposée, qui a eu même l'approbation
de quelques Souverains, qui cependant
* .*
MAI.
1752. 117
est toujours restée sans exécution: que
dans le châtiment des criminels, dont
l'objet jusqu'ici n'est que de rendre les
hommes meilleurs, ou peut-être seule-
ment plus soumis aux Loix, on se propo-
sât encore des utilités d'un autre genre;
ce ne ne seroit que remplir plus com-
plettement l'objet de ces châtimens qui
est le bien de la societé. On pourroit par
là s'instruire sur la possibilité ou l'impossi-
bilité de plusieurs operations que l'Art
nose entreprendre: & de quelle utilité
n'est pas la découverte d'une operation,
qui sauve toute une espece d'hommes a-
bandonnés sans ésperance à de longues
douleurs & à la mort? pour toutes ces
nouvelles opérations, il faudroit que le
criminel en preférât l'expérience au genre
de mort qu il auroit mérité: il paroitroit
juste d'acorder la grace à celui qui y sur-
vivroit, son crime étant en quelque fa-
çon expié par l'utilité qu'il auroit pro-
curée.
On reproche souvent aux Medecins
d'être trop témeraires; moi, je leur re-
proche de manquer de hardiesse: ils ne
sortent point assez d'un petit cercle de
médicamens qui n'ont point les vertus
qu'ils leur supposent, & n en éprou-
vent jamais d'autres, qui peut- être les au-
118 MERCUREDEFRANCE.
roient. C'est au hazard & aux Nations
Sauvages qu'on doit les seuls spécisiques
qui soient connus; nous nen devons pas
un seul à la Science des Medecins.
Je croirois fort avantageux que chaque
espece de maladie fût assignée à certains
Medecins qui ne s'occupassent que de celle-
là. Chaque partie de nos besoins les plus
grossiers, à un certain nombre d'ouvriers
qui ne travaillent que pour elle: la con-
servation & le rétablissement de nos corps
dépendent d'un Art plus difficile & plus
compliqué que ne le sont ensemble tous
les autres Arts; & toutes les parties en
sont confiées à un seul !
Le sommeil est une partie de notre êtrè
le plus souvent en pure perte pour nous;
quelquefois pourtant les songes ren-
dent le sommeil aussi vif que la veille. Ne
pourroit-on point trouver l'Art de procu-
rer de ces songes? L'opium remplit d'or-
dinaire l'esprit d'images agreables: on
raconte de plus grandes merveilles encore
de certains breuvages des Indes: ne pour-
roit-on pas faire sur cela des expériences?
N'y auroit il pas encore d'autres moyens
de modifier l'ame?
par M. de Maupertuis 1752, se trouve à
MAI.
1752. 115
Paris chez différens Libraires.
Cette Lettre est proprement la conver-
sation d'un homme d'esprit qui a de la
Philosophie & des connoissances. Nous
allons rapporter quelques-unes des vues
qui nous ont pu le plus frapper.
J'aimerois mieux que les Rois d'Egypte
eussent employé ces millions d'hommesqui
ont élevé les pyramides dans les airs, à
creuser dans la terre des cavités, dont la
profondeur répondit à ce que les ouvrages
de ces Princes avoient de gigantesque.
Nous ne connoissons rien de la terre inté-
rieure; nos plus profondes ruines enta-
ment à peine sa premiere écorse: si l'on
pou voit parvenir au noyau, il est à croire
qu on trouveroit des matieres fort dif-
ferentes de celles que nous connoissons,
& des Phenomenes bien singuliers.
Nous ne pouvons gueres douter que
plusieurs Nations des plus éloignées
n.ayent bien des connoissances qui nous
seroient utiles. Quand on considere cette
longue suite de siécles pendant lesquels
les Chinois, les Indiens, les Egyptiens,
ont cultivé les Sciences, & les ouvrages
de l'Art qui nous viennent de leur Pays;
on ne peut s'empêcher de regretter qu'il
ny ait pas plus de communication entre
eux & nous. Un College où l'on trouve-
116 MERCURE DEFRANCE.
roit rassemblés des hommes de ces Na-
tions, bien instruits dans les Sciences de
leur Pays, & qu'on instruiroit dans la
langue du nôtre, seroit sans doute un
bel établissement, qui ne feroit pas fort
difficile; peut être n'en faudroit-il pas.
exclure les Nations les plus sauvages.
Toutes les Nations de leur gré convien-
nent de la nécessité de cultiver une Langue,
qui, quoique morte depuis longtems, se
trouve encore aujourd'hui la Langue de
toutes la plus universelle; mais qu'il faut
aller chercher le plus souvent, chez un
Prêtte ou chez un Medecin. Si quelque
Prince vouloit, il lui seroit facile de la
faire revivre: il ne faudroit que confiner
dans une même Ville tout le Latin de son
Pays, ordonner qu'on ne prêchât, qu'on
n'y plaidât, qu'on n'y jouât la Comedie
qu'en Latin. je crois bien que le Latin
qu'on n'y parleroit, ne seroit pas celui
de la Cour d'Auguste, mais aussi ce ne se-
roit pas celui des Polonois; & la jeunesse
qui viendroit de bien des Pays de l'Europe
dans cette Ville, y apprendroit en un an
plus de Latin, qu'elle n'en apprend en
cinque ou six ans dans les Colleges.
C'est une chose qu'on a déja souvent
proposée, qui a eu même l'approbation
de quelques Souverains, qui cependant
* .*
MAI.
1752. 117
est toujours restée sans exécution: que
dans le châtiment des criminels, dont
l'objet jusqu'ici n'est que de rendre les
hommes meilleurs, ou peut-être seule-
ment plus soumis aux Loix, on se propo-
sât encore des utilités d'un autre genre;
ce ne ne seroit que remplir plus com-
plettement l'objet de ces châtimens qui
est le bien de la societé. On pourroit par
là s'instruire sur la possibilité ou l'impossi-
bilité de plusieurs operations que l'Art
nose entreprendre: & de quelle utilité
n'est pas la découverte d'une operation,
qui sauve toute une espece d'hommes a-
bandonnés sans ésperance à de longues
douleurs & à la mort? pour toutes ces
nouvelles opérations, il faudroit que le
criminel en preférât l'expérience au genre
de mort qu il auroit mérité: il paroitroit
juste d'acorder la grace à celui qui y sur-
vivroit, son crime étant en quelque fa-
çon expié par l'utilité qu'il auroit pro-
curée.
On reproche souvent aux Medecins
d'être trop témeraires; moi, je leur re-
proche de manquer de hardiesse: ils ne
sortent point assez d'un petit cercle de
médicamens qui n'ont point les vertus
qu'ils leur supposent, & n en éprou-
vent jamais d'autres, qui peut- être les au-
118 MERCUREDEFRANCE.
roient. C'est au hazard & aux Nations
Sauvages qu'on doit les seuls spécisiques
qui soient connus; nous nen devons pas
un seul à la Science des Medecins.
Je croirois fort avantageux que chaque
espece de maladie fût assignée à certains
Medecins qui ne s'occupassent que de celle-
là. Chaque partie de nos besoins les plus
grossiers, à un certain nombre d'ouvriers
qui ne travaillent que pour elle: la con-
servation & le rétablissement de nos corps
dépendent d'un Art plus difficile & plus
compliqué que ne le sont ensemble tous
les autres Arts; & toutes les parties en
sont confiées à un seul !
Le sommeil est une partie de notre êtrè
le plus souvent en pure perte pour nous;
quelquefois pourtant les songes ren-
dent le sommeil aussi vif que la veille. Ne
pourroit-on point trouver l'Art de procu-
rer de ces songes? L'opium remplit d'or-
dinaire l'esprit d'images agreables: on
raconte de plus grandes merveilles encore
de certains breuvages des Indes: ne pour-
roit-on pas faire sur cela des expériences?
N'y auroit il pas encore d'autres moyens
de modifier l'ame?
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Résumé : « LETTRE sur le progrès des Sciences, par M. de Maupertuis 1752, se trouve à [...] »
Dans sa lettre publiée en mai 1752, M. de Maupertuis discute du progrès des sciences et propose plusieurs idées innovantes. Il suggère que les ressources humaines consacrées à des projets monumentaux comme les pyramides auraient pu être mieux utilisées pour explorer l'intérieur de la Terre, un domaine encore largement méconnu. Il déplore le manque de collaboration scientifique entre les nations et propose la création d'un collège international pour faciliter l'échange de connaissances. De plus, il plaide pour la revitalisation du latin comme langue universelle afin de favoriser cette communication. Maupertuis aborde également la question des expérimentations médicales, proposant d'utiliser les châtiments des criminels pour des expériences scientifiques, ce qui pourrait offrir une utilité sociale supplémentaire. Il critique les médecins pour leur manque d'audace et recommande de spécialiser les praticiens en fonction des types de maladies, afin d'améliorer l'efficacité des traitements. Enfin, il s'interroge sur la possibilité de contrôler les rêves et les états de conscience modifiés, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles recherches dans ce domaine. En somme, la lettre de M. de Maupertuis est un appel à une meilleure utilisation des ressources humaines et à une plus grande collaboration internationale dans le domaine scientifique, tout en proposant des réformes dans les pratiques médicales et en explorant de nouvelles avenues de recherche.
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13080
p. 118-119
« ADAM & EVE Tragedie dediée à l'Académie Françoise, nouvelle édition [...] »
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ADAM & EVE Tragedie dediée à l'Académie Françoise, nouvelle édition [...]
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texteReconnaissance textuelle : « ADAM & EVE Tragedie dediée à l'Académie Françoise, nouvelle édition [...] »
ADAM & EVE Tragedie dediée à
l'Académie Françoise, nouvelle édition
MAI. 1752.
119
revue corrigée par l'Auteur. A Paris, chez
Garnier rue de la Harpe 1752.
On a du rendre compte de cet Ouvrage
de M. Tanevot lorsqu'il a paru; la nou-
velle édition est fort superieure à la pre-
miere, & beaucoup plus digne de l'estime
du Public.
l'Académie Françoise, nouvelle édition
MAI. 1752.
119
revue corrigée par l'Auteur. A Paris, chez
Garnier rue de la Harpe 1752.
On a du rendre compte de cet Ouvrage
de M. Tanevot lorsqu'il a paru; la nou-
velle édition est fort superieure à la pre-
miere, & beaucoup plus digne de l'estime
du Public.
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13081
p. 119
« ANECDOTES de la Cour de Bonhommie, à Londres, chez Jean Nourse, & se [...] »
Début :
ANECDOTES de la Cour de Bonhommie, à Londres, chez Jean Nourse, & se [...]
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texteReconnaissance textuelle : « ANECDOTES de la Cour de Bonhommie, à Londres, chez Jean Nourse, & se [...] »
ANECDOTES de la Cour de Bonhommie,
à Londres, chez Jean Nourse, & se
trouvent à Paris chez Rollin, Quay des Au-
gustins, 1752 in- 12 deux volumes.
C'est un nouveau Roman de Monsieur
de la Solle, Auteur des Memoires de Ver-
sorand. On y trouvera des avantures plai-
samment imaginées & contées facilement,
mais quelquefois trop libres: elles sont
enchalsées dans une féerie dont on se se-
roit bien passé.
à Londres, chez Jean Nourse, & se
trouvent à Paris chez Rollin, Quay des Au-
gustins, 1752 in- 12 deux volumes.
C'est un nouveau Roman de Monsieur
de la Solle, Auteur des Memoires de Ver-
sorand. On y trouvera des avantures plai-
samment imaginées & contées facilement,
mais quelquefois trop libres: elles sont
enchalsées dans une féerie dont on se se-
roit bien passé.
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13082
p. 119-122
« ORAISON funebre de très-haut, très-puissant, & très-excellent Prince Louis [...] »
Début :
ORAISON funebre de très-haut, très-puissant, & très-excellent Prince Louis [...]
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texteReconnaissance textuelle : « ORAISON funebre de très-haut, très-puissant, & très-excellent Prince Louis [...] »
ORAISON funebre de très-haut, très-puissant,
& très-excellent Prince Louis
dOrléans, Duc d'Orléans, premier Prince
du Sang, prononcée dans l'Eglise de l'Ab-
baye Royale de Sainte Geneviéve le 23
Mars 1752 par le P. Bernard, Chanoine
Regulier de ladite Abbaye. A Paris chez
Simon, tue de la Harpe 1752 in-4. 59
pages.
» Comme les Grands du monde, dit
120 MERCURE DE FRANCE.
„ le P. Bernard dans son Exorde, ont plus
Ȉ perdre que les autres hommes, &
„ qu ils sont plus jaloux de leur gloire; la
»mort a aussi quelque chose de plus re-
„doutable pour eux. Elle les dépouille
ntoujours personellement, elle flétrit
o souvent leur mémoire. Le Prince dont
»j'entreprends l'Eloge, a sçu prévenir
n ces deux effets sinistres. La mort ne le
» dépouille point: il avoit sacrifié volon-
„tairement tout ce que la mort peut en-
»lever. La mort ne le dégrade point dans
» l'estime des hommes; il s'est acquis une
n gloire que la mort ne peut obscurcir „.
Tel est le plan du discours. Ce que l'Ora-
teur dit de la retraite du Prince, nous a
paru le meilleur morceau de l'Ouvrage.
„J'avoue, Messieurs, que le moyen
„ de sanctification le plus ordinaire pour
„un Prince né dans la pourpre, & à
„ l'ombre du Trône, est de demeurer dans
»son état, d'en éviter les écueils & d'en
„ pratiquer les devoirs. Il a y des graces
npour le Ministre qui gouverne, comme
»pour le Solitaire qui prie. Ce seroit
„dégrader notre Religion, que de la
»croire incompatible avec les places émi-
»nentes; & de s'imaginet que pour ê-
»tre Chrétien, il faille de nécessité ces-
»ser d'être Grand. Elle ne trouble point
l'ordre
MAI. 1752.
121
vLordre des Conditions, elle en rectifie
nl'usage. Que les Princes remplissent les
»obligations qui leur sont propres, &
»ils trouveroient le salut au milieu du
u tumulte & des écueils de la Cour. Tel
„. est l'otdre general, mais qui osera con-
„tester au Très haut le droit d'affranchir
„ des régles communes? La grace n'a-t-elle
„ pas differentes formes? Elle a sanctifié
„Louis IX. sur le Trône; il lui a plù de
„ne sanctifier le Duc d'Orléans que dans
»le silence de la retraite. Elle a inspiré à
»l'un plus de courage, à l'autre une crain-
nte plus vive; l'un a plus compté sur les
»secours divins, l'autre s'est plus défié de
»lui-même; l'un na pas rougi d'allier les
„ opprobres de la croix avec l'éclat du dia-
„dême, l'autre n'a point voulu de parta-
„ge, & s'est enfin chargé seulement de la
„ Croix. Il a été dit à l'un comme à Moy-
nse: Allez je vous envoye, soyez le Chef
„de mon Peuple; l'autre a pris pour lui
„ ces paroles de l'Ange au juste Loth: Sau-
„vez-vous sur la montagne, de peur que
„vous ne périssiez avec les autres. S. Louis
„a fait cesser les abominations de Baby-
„ lone, le Duc d'Orléans en a redouté la
ncontagion & les anathêmes. Tous deux
„dignes de notre vénération, tous deux
Heros dans le Christian isme; puisqu'il
Diggires bLO
122 MERCURE DE. FRANCE.
„ ne faut pas moins de force, pour aban-
„donner tout ce qui peut séduire, que
pour vivre au milieu des prestiges de la
„vanité, sans en être ébloui.
L'Orateur a soutenu dans certe Oraison
Funébre la réputation que lui avoient faite
ses sermons.
& très-excellent Prince Louis
dOrléans, Duc d'Orléans, premier Prince
du Sang, prononcée dans l'Eglise de l'Ab-
baye Royale de Sainte Geneviéve le 23
Mars 1752 par le P. Bernard, Chanoine
Regulier de ladite Abbaye. A Paris chez
Simon, tue de la Harpe 1752 in-4. 59
pages.
» Comme les Grands du monde, dit
120 MERCURE DE FRANCE.
„ le P. Bernard dans son Exorde, ont plus
Ȉ perdre que les autres hommes, &
„ qu ils sont plus jaloux de leur gloire; la
»mort a aussi quelque chose de plus re-
„doutable pour eux. Elle les dépouille
ntoujours personellement, elle flétrit
o souvent leur mémoire. Le Prince dont
»j'entreprends l'Eloge, a sçu prévenir
n ces deux effets sinistres. La mort ne le
» dépouille point: il avoit sacrifié volon-
„tairement tout ce que la mort peut en-
»lever. La mort ne le dégrade point dans
» l'estime des hommes; il s'est acquis une
n gloire que la mort ne peut obscurcir „.
Tel est le plan du discours. Ce que l'Ora-
teur dit de la retraite du Prince, nous a
paru le meilleur morceau de l'Ouvrage.
„J'avoue, Messieurs, que le moyen
„ de sanctification le plus ordinaire pour
„un Prince né dans la pourpre, & à
„ l'ombre du Trône, est de demeurer dans
»son état, d'en éviter les écueils & d'en
„ pratiquer les devoirs. Il a y des graces
npour le Ministre qui gouverne, comme
»pour le Solitaire qui prie. Ce seroit
„dégrader notre Religion, que de la
»croire incompatible avec les places émi-
»nentes; & de s'imaginet que pour ê-
»tre Chrétien, il faille de nécessité ces-
»ser d'être Grand. Elle ne trouble point
l'ordre
MAI. 1752.
121
vLordre des Conditions, elle en rectifie
nl'usage. Que les Princes remplissent les
»obligations qui leur sont propres, &
»ils trouveroient le salut au milieu du
u tumulte & des écueils de la Cour. Tel
„. est l'otdre general, mais qui osera con-
„tester au Très haut le droit d'affranchir
„ des régles communes? La grace n'a-t-elle
„ pas differentes formes? Elle a sanctifié
„Louis IX. sur le Trône; il lui a plù de
„ne sanctifier le Duc d'Orléans que dans
»le silence de la retraite. Elle a inspiré à
»l'un plus de courage, à l'autre une crain-
nte plus vive; l'un a plus compté sur les
»secours divins, l'autre s'est plus défié de
»lui-même; l'un na pas rougi d'allier les
„ opprobres de la croix avec l'éclat du dia-
„dême, l'autre n'a point voulu de parta-
„ge, & s'est enfin chargé seulement de la
„ Croix. Il a été dit à l'un comme à Moy-
nse: Allez je vous envoye, soyez le Chef
„de mon Peuple; l'autre a pris pour lui
„ ces paroles de l'Ange au juste Loth: Sau-
„vez-vous sur la montagne, de peur que
„vous ne périssiez avec les autres. S. Louis
„a fait cesser les abominations de Baby-
„ lone, le Duc d'Orléans en a redouté la
ncontagion & les anathêmes. Tous deux
„dignes de notre vénération, tous deux
Heros dans le Christian isme; puisqu'il
Diggires bLO
122 MERCURE DE. FRANCE.
„ ne faut pas moins de force, pour aban-
„donner tout ce qui peut séduire, que
pour vivre au milieu des prestiges de la
„vanité, sans en être ébloui.
L'Orateur a soutenu dans certe Oraison
Funébre la réputation que lui avoient faite
ses sermons.
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Résumé : « ORAISON funebre de très-haut, très-puissant, & très-excellent Prince Louis [...] »
L'oraison funèbre du Duc d'Orléans, prononcée par le Père Bernard le 23 mars 1752, examine l'impact de la mort sur les grands personnages. Le Père Bernard souligne que le Duc d'Orléans a anticipé les effets négatifs de la mort en sacrifiant volontairement ce qu'elle aurait pu lui enlever, acquérant ainsi une gloire immuable. Le discours met en lumière la retraite du Prince comme point culminant de sa vie. Le Père Bernard explique que la sanctification d'un prince peut se réaliser soit en restant dans son état et en accomplissant ses devoirs, soit en se retirant. Il note que la grâce divine peut se manifester de diverses manières et que le Duc d'Orléans a opté pour la retraite pour se sanctifier. Il compare le Duc d'Orléans à Saint Louis, chacun ayant emprunté un chemin distinct mais tout aussi méritoire vers la sainteté. L'orateur souligne que le Duc d'Orléans a préféré éviter les dangers de la cour, choisissant la voie de la crainte de Dieu et de la retraite, tout en restant digne de vénération. Cette oraison funèbre confirme la réputation oratoire du Père Bernard, déjà établie par ses sermons précédents.
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13083
p. 122-124
« THEORIE des Tourbillons Cartésiens, avec des Réflexions sur l'attraction, chez [...] »
Début :
THEORIE des Tourbillons Cartésiens, avec des Réflexions sur l'attraction, chez [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « THEORIE des Tourbillons Cartésiens, avec des Réflexions sur l'attraction, chez [...] »
THEORIE des Tourbillons Cartésiens,
avec des Réflexions sur l'attraction, chez
Guerin, in- 12. 1752.
Rien n'est plus glorieux au Cartésianis-
me que de trouver des défenseurs illustres
qui s'attachent à repousser les traits qu'on
cherche à lui porter aujourd'hui de toutes
parts. Cet ouvrage composé par un hom-
me célébre, dont la réputation dans tous
les genres de litterature est consacrée de
puis long. tems par la voix publique, nous
paroît devoir servir de modéle à ceux qui
entreprendront désormais de soutenir la
cause des Tourbillons. Les bornes que
nous sommes forcés de nous prescrire, &
sa nature de cet ouvrage périodique, ne
nous permettent pas de donner un Extrait
détaillé de ce livre si interessant pour les
Physiciens; ce seroit d'ailleurs lui faire
tort que de vouloit resserrer dans un ex-
trait des idées que l'Auteur a développées
d'une maniere tout à la fois si heureuse &
MAI.
1752.
123
si précise. Chaque chose y est tellement
à sa place, chaque preuve y est si bien pré-
sentée, & si bien liée avec celles qui la
précédent & qui la suivent, que nous ne
scaurions trop exhorter nos lecteurs à fe
procuret par eux-mêmes une lecture si ins-
tructive, nous pouvons ajoûter, si agréa-
ble.
Nous ne craignons point de les assurer
d'avance qu'ils trouveront dans cet ou-
vrage la méthode, la netteté, l'élegance
même que l'illustre Auteur sçait répandre
sur les matières qui en paroissent le moins
susceptibles. Il ne nous appartient pas de
prononcer sur le fonds du sujet; mais
nous ne doutons pas que les Neutoniens
même les plus décidés ne rendent justice
à la forcè des preuves que l'Auteur apporte
en faveur des tourbillons, & des argumens
même par lesquels il attaque le sisteme de
l'attraction. Cette Théorie est précedée
d'une Préface qui pour être d'une autre
main, n en paroît pas moins digne d'être
à la tête de l'Ouvrage; elle est remplie de
vues très-Philosophiques exposées avec
beaucoup de force & de netteté; on y re-
marque une connoissance très- éclairée dę
la Physique ancienne & moderne, & l'on
y verra avec plaisir les témoignages que
plusieurs Sçavans consultés sur l'ouvrag
Fi
Vigsiures bO
224 MERCURE DEFRANCE.
dont il s'agit, ont cru devoir lui rendre.
avec des Réflexions sur l'attraction, chez
Guerin, in- 12. 1752.
Rien n'est plus glorieux au Cartésianis-
me que de trouver des défenseurs illustres
qui s'attachent à repousser les traits qu'on
cherche à lui porter aujourd'hui de toutes
parts. Cet ouvrage composé par un hom-
me célébre, dont la réputation dans tous
les genres de litterature est consacrée de
puis long. tems par la voix publique, nous
paroît devoir servir de modéle à ceux qui
entreprendront désormais de soutenir la
cause des Tourbillons. Les bornes que
nous sommes forcés de nous prescrire, &
sa nature de cet ouvrage périodique, ne
nous permettent pas de donner un Extrait
détaillé de ce livre si interessant pour les
Physiciens; ce seroit d'ailleurs lui faire
tort que de vouloit resserrer dans un ex-
trait des idées que l'Auteur a développées
d'une maniere tout à la fois si heureuse &
MAI.
1752.
123
si précise. Chaque chose y est tellement
à sa place, chaque preuve y est si bien pré-
sentée, & si bien liée avec celles qui la
précédent & qui la suivent, que nous ne
scaurions trop exhorter nos lecteurs à fe
procuret par eux-mêmes une lecture si ins-
tructive, nous pouvons ajoûter, si agréa-
ble.
Nous ne craignons point de les assurer
d'avance qu'ils trouveront dans cet ou-
vrage la méthode, la netteté, l'élegance
même que l'illustre Auteur sçait répandre
sur les matières qui en paroissent le moins
susceptibles. Il ne nous appartient pas de
prononcer sur le fonds du sujet; mais
nous ne doutons pas que les Neutoniens
même les plus décidés ne rendent justice
à la forcè des preuves que l'Auteur apporte
en faveur des tourbillons, & des argumens
même par lesquels il attaque le sisteme de
l'attraction. Cette Théorie est précedée
d'une Préface qui pour être d'une autre
main, n en paroît pas moins digne d'être
à la tête de l'Ouvrage; elle est remplie de
vues très-Philosophiques exposées avec
beaucoup de force & de netteté; on y re-
marque une connoissance très- éclairée dę
la Physique ancienne & moderne, & l'on
y verra avec plaisir les témoignages que
plusieurs Sçavans consultés sur l'ouvrag
Fi
Vigsiures bO
224 MERCURE DEFRANCE.
dont il s'agit, ont cru devoir lui rendre.
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Résumé : « THEORIE des Tourbillons Cartésiens, avec des Réflexions sur l'attraction, chez [...] »
Le texte présente l'ouvrage 'Théorie des Tourbillons Cartésiens', publié en 1752 par Guerin. L'auteur est reconnu pour ses contributions dans divers domaines littéraires. Le livre est loué pour sa méthode, sa clarté et son élégance dans l'exposition des idées sur les tourbillons cartésiens. La préface, écrite par une autre personne, montre une maîtrise de la physique ancienne et moderne et inclut des témoignages de savants ayant examiné l'ouvrage. Le texte incite les lecteurs à lire l'ouvrage en entier pour comprendre pleinement les arguments en faveur des tourbillons et contre le système de l'attraction.
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13084
p. 124
« OBSERVATIONS sur l'Histoire Naturelle, sur la Physique & sur la Peinture [...] »
Début :
OBSERVATIONS sur l'Histoire Naturelle, sur la Physique & sur la Peinture [...]
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texteReconnaissance textuelle : « OBSERVATIONS sur l'Histoire Naturelle, sur la Physique & sur la Peinture [...] »
OBSERVATIONS sur l'Histoire Naturelle,
sur la Physique & sur la Peinture
avec des planches imprimées en couleur.
Tome premier, II. Partie. A Paris, chez
Drlaguetie, rue S. Jacques à l'Olivier.
M. Gautier, si célebre par ses planches
Anatomiques en couleur, a cru avoir des
expériences propres à renverser le sistême
de Newton sur les couleurs, & il les a pu-
bliées. Après cet ouvrage, il a entrepris
celui que nous annonçons & qui doit for-
mer quatre-vingr volumes & peut-être da-
vantage. On trouvera dans les deux pre-
miers, outre de nouvelles objections con-
tre le Philosophe Anglois, quelques ob-
servations très-intéressantes. Nous avons
été plus frappés de celles qui roulent sur
les hermaphrodites, & sur les animaux
qui engendrent sans femelles.
sur la Physique & sur la Peinture
avec des planches imprimées en couleur.
Tome premier, II. Partie. A Paris, chez
Drlaguetie, rue S. Jacques à l'Olivier.
M. Gautier, si célebre par ses planches
Anatomiques en couleur, a cru avoir des
expériences propres à renverser le sistême
de Newton sur les couleurs, & il les a pu-
bliées. Après cet ouvrage, il a entrepris
celui que nous annonçons & qui doit for-
mer quatre-vingr volumes & peut-être da-
vantage. On trouvera dans les deux pre-
miers, outre de nouvelles objections con-
tre le Philosophe Anglois, quelques ob-
servations très-intéressantes. Nous avons
été plus frappés de celles qui roulent sur
les hermaphrodites, & sur les animaux
qui engendrent sans femelles.
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Résumé : « OBSERVATIONS sur l'Histoire Naturelle, sur la Physique & sur la Peinture [...] »
L'œuvre 'Observations sur l'Histoire Naturelle, sur la Physique & sur la Peinture' de M. Gautier, éditée à Paris chez Drlaguetie, inclut des expériences contestant le système de Newton sur les couleurs. Gautier prévoit une série de quatre-vingts volumes. Les deux premiers volumes présentent des objections contre Newton et des observations sur les hermaphrodites et les animaux se reproduisant sans femelles.
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13085
p. 124-125
« EXTRAIT de la premiere partie de l'art de la Guerre, de M. le Maréchal de Puysegur, [...] »
Début :
EXTRAIT de la premiere partie de l'art de la Guerre, de M. le Maréchal de Puysegur, [...]
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texteReconnaissance textuelle : « EXTRAIT de la premiere partie de l'art de la Guerre, de M. le Maréchal de Puysegur, [...] »
EXTRAIT de la premiere partie de l'art
de la Guerre, de M. le Maréchal de Puysegur,
avec des Observations & des Ré-
flexions traitées en abregé. Par M. le Ba-
ron de Traverse, Chevalier de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis, Capitaine
au Regiment des Gardes Suisses, & Briga-
dier des Armées du Roi. A Paris, chez
MAI. 1752. 125
Jomber:, rue Dauphine, & Hochereau l'ai-
né, quai de Conti.
de la Guerre, de M. le Maréchal de Puysegur,
avec des Observations & des Ré-
flexions traitées en abregé. Par M. le Ba-
ron de Traverse, Chevalier de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis, Capitaine
au Regiment des Gardes Suisses, & Briga-
dier des Armées du Roi. A Paris, chez
MAI. 1752. 125
Jomber:, rue Dauphine, & Hochereau l'ai-
né, quai de Conti.
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13086
p. 125
« Tout le monde se souvient encore des observations sur l'Esprit des Loix, Par M. [...] »
Début :
Tout le monde se souvient encore des observations sur l'Esprit des Loix, Par M. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Tout le monde se souvient encore des observations sur l'Esprit des Loix, Par M. [...] »
Tout le monde se souvient encore des
observations sur l'Esprit des Loix, Par M.
l'Abbé de la Porte; elles rouloient sur la
Religion, la Motale, la Politique, la Ju-
risprudence & le commerce. Nous venons
de recevoir de Province une réponse à ces
observations. Elle est sans nom de Ville &
d'Imprimeur. L'Auteur qu on nous assure
être un jeune Négociant a bien de la net-
teté, beaucoup de sagacité & une très-
bonne Métaphysique. Nous croyons que
le sublime & profond Auteur de l'Esprit
des Loix ne désavouera pas, un Apologiste
aussi éclairé & aussi sage.
observations sur l'Esprit des Loix, Par M.
l'Abbé de la Porte; elles rouloient sur la
Religion, la Motale, la Politique, la Ju-
risprudence & le commerce. Nous venons
de recevoir de Province une réponse à ces
observations. Elle est sans nom de Ville &
d'Imprimeur. L'Auteur qu on nous assure
être un jeune Négociant a bien de la net-
teté, beaucoup de sagacité & une très-
bonne Métaphysique. Nous croyons que
le sublime & profond Auteur de l'Esprit
des Loix ne désavouera pas, un Apologiste
aussi éclairé & aussi sage.
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Résumé : « Tout le monde se souvient encore des observations sur l'Esprit des Loix, Par M. [...] »
L'Abbé de la Porte critique 'L'Esprit des Lois'. Une réponse anonyme, attribuée à un jeune négociant, est saluée pour sa clarté et sa sagesse. L'auteur de 'L'Esprit des Lois' pourrait approuver ce défenseur éclairé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13087
p. 125-127
« LETTRES sur la Mineralogie & la Métallurgie pratiques, traduites de Langlois [sic] [...] »
Début :
LETTRES sur la Mineralogie & la Métallurgie pratiques, traduites de Langlois [sic] [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LETTRES sur la Mineralogie & la Métallurgie pratiques, traduites de Langlois [sic] [...] »
LETTRES sur la Mineralogie & la Métallurgie
pratiques, traduites de Langlois [sic]
de M. Diederick-Wessel-Linden. A Paris,
chez Durand, & Pissot, 1752. 1 vol. in-11.
La premiere Lettre roule sur les con-
noissances préliminaires que doivent ac-
querir ceux qui se destinent à la conduite
& à la fouille des mines, telles entr'autres
que celles qui résultent de l'examen com-
paré de toutes les matières minerales quol-
les qu'elles soient, & des essais docimasti-
ques. La Geographie souterraine n est pas
Fiij
126 MERCUREDEFRAMCE.
moins nécessaire: c'est, pour ains. parles,
l'Anatomie de la terre qui fait découvrur
les veines, les rameaux & les lits métalli-
ques. L'Auteur passe de là à l'usage de la
baguette, non de celle dont la puissance &
les vertus sont si décriées, mais à l'usage
d'une autre baguette dont la composition
minerale & végétale tout ensemble indi-
quera les métaux: cette composition doit
etre appelléo, aimani métallique, & pent
servir à indiquer tel ou tel métal parti-
culier.
La seconde Lettre donne des préceptes
excellens, sur la conduite du feu, de l'air,
& de leur agens utiles ou dangereux, fui-
vant l'habileté de la main qui les régit. On.
y trouve ensuito des observations interes-
santes sur la réduction des métaux en
chaux, & la réduction de leur chaux en
métal. La théorie de l'Architecture des
fourneaux, la docimacie, la précipitation,
le départ & un nombre d'autres opérations
sur les matières dont on tire les métaux,
& sur les métaux eux mêmes sont expli-
quées coincidemment dans les principes
de Hahl de Kunkel & d'autres Chymistes
distingués; dont il paroît que l'Auteur a
fait une étude approfondie.
La troisiéme Lettre roule sur la maniere
de réduire en fistême raifonné la Minera-
MAI.
127
1752.
logie & la Métallurgie, & sur les difficul-
tés qui s'y opposent.
On trouve dans la quatrième un détail
d'expériences sur la découverte du moyen
que l'Auteur propose pour préserver les
vaisseaux des vers qui les rongent. Les in-
sectes transplantés des Mers de l'nde dans
nos climats y causent des ravages si affreux
qu on ne doit rien négliger pour les ex-
terminer. Les Hollandois y sont plus in-
terressés que toutes les autres nations;
mais toutes les puissances maritimes y ont
un très grand intérêt.
L'ouvrage dont nous venons de don-
ner une idée, est bien fait, sans verbiage,
& sans écarts. Le traducteur l'a rendu d'un
stile facile & avec l'élégance que compor-
tent les matieres de Physique. Il nest
point de François un peu instruit qui ne
scache à quel point nous avons besoin des
lumieres des etrangers en fait de Minera-
logie & de Métallurgie, & qui ne doive
recevoir avec reconnoissance le present
que nous annonçons.
pratiques, traduites de Langlois [sic]
de M. Diederick-Wessel-Linden. A Paris,
chez Durand, & Pissot, 1752. 1 vol. in-11.
La premiere Lettre roule sur les con-
noissances préliminaires que doivent ac-
querir ceux qui se destinent à la conduite
& à la fouille des mines, telles entr'autres
que celles qui résultent de l'examen com-
paré de toutes les matières minerales quol-
les qu'elles soient, & des essais docimasti-
ques. La Geographie souterraine n est pas
Fiij
126 MERCUREDEFRAMCE.
moins nécessaire: c'est, pour ains. parles,
l'Anatomie de la terre qui fait découvrur
les veines, les rameaux & les lits métalli-
ques. L'Auteur passe de là à l'usage de la
baguette, non de celle dont la puissance &
les vertus sont si décriées, mais à l'usage
d'une autre baguette dont la composition
minerale & végétale tout ensemble indi-
quera les métaux: cette composition doit
etre appelléo, aimani métallique, & pent
servir à indiquer tel ou tel métal parti-
culier.
La seconde Lettre donne des préceptes
excellens, sur la conduite du feu, de l'air,
& de leur agens utiles ou dangereux, fui-
vant l'habileté de la main qui les régit. On.
y trouve ensuito des observations interes-
santes sur la réduction des métaux en
chaux, & la réduction de leur chaux en
métal. La théorie de l'Architecture des
fourneaux, la docimacie, la précipitation,
le départ & un nombre d'autres opérations
sur les matières dont on tire les métaux,
& sur les métaux eux mêmes sont expli-
quées coincidemment dans les principes
de Hahl de Kunkel & d'autres Chymistes
distingués; dont il paroît que l'Auteur a
fait une étude approfondie.
La troisiéme Lettre roule sur la maniere
de réduire en fistême raifonné la Minera-
MAI.
127
1752.
logie & la Métallurgie, & sur les difficul-
tés qui s'y opposent.
On trouve dans la quatrième un détail
d'expériences sur la découverte du moyen
que l'Auteur propose pour préserver les
vaisseaux des vers qui les rongent. Les in-
sectes transplantés des Mers de l'nde dans
nos climats y causent des ravages si affreux
qu on ne doit rien négliger pour les ex-
terminer. Les Hollandois y sont plus in-
terressés que toutes les autres nations;
mais toutes les puissances maritimes y ont
un très grand intérêt.
L'ouvrage dont nous venons de don-
ner une idée, est bien fait, sans verbiage,
& sans écarts. Le traducteur l'a rendu d'un
stile facile & avec l'élégance que compor-
tent les matieres de Physique. Il nest
point de François un peu instruit qui ne
scache à quel point nous avons besoin des
lumieres des etrangers en fait de Minera-
logie & de Métallurgie, & qui ne doive
recevoir avec reconnoissance le present
que nous annonçons.
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Résumé : « LETTRES sur la Mineralogie & la Métallurgie pratiques, traduites de Langlois [sic] [...] »
L'ouvrage 'Lettres sur la Minéralogie & la Métallurgie pratiques' a été traduit par Diederick-Wessel-Linden et publié à Paris en 1752. La première lettre explore les compétences requises pour l'exploitation des mines, y compris l'analyse des matières minérales et les essais docimastiques. Elle compare la géographie souterraine à l'anatomie de la terre et mentionne l'utilisation d'une baguette pour détecter les métaux. La deuxième lettre fournit des directives sur la gestion du feu et de l'air dans les processus métallurgiques, ainsi que des observations sur la réduction des métaux en chaux et vice versa, en s'appuyant sur les travaux de chimistes comme Hahl et Kunkel. La troisième lettre aborde la structuration rationnelle de la minéralogie et de la métallurgie, ainsi que les défis associés. La quatrième lettre décrit des expériences pour protéger les vaisseaux des vers marins, un problème crucial pour les puissances maritimes. L'ouvrage est loué pour sa clarté et son style élégant, visant à informer les lecteurs français sur des sujets de minéralogie et de métallurgie où les connaissances étrangères sont précieuses.
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13088
p. 127-129
« MOURAT & Turquia, Histoire Afriquaine par Mademoiselle de L***. à [...] »
Début :
MOURAT & Turquia, Histoire Afriquaine par Mademoiselle de L***. à [...]
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texteReconnaissance textuelle : « MOURAT & Turquia, Histoire Afriquaine par Mademoiselle de L***. à [...] »
MOURAT & Turquia, Histoire Afriquaine
par Mademoiselle de L***. à
Londres chez Clement, & se trouve à Paris
chez Duchesne, rue S. Jacques.
Ce sont quatre ou cinqe nouvelles, dé-
F 1ij
128 MERCURE DE FRANCE.
centes, assez bien imaginées, sagement
écrites. L'Histoire de Sophie nous a paru
la plus intéressante. Nous allons transcrire
l'Epitre dédicatoire.
A la plus belle.
Allez, mon livre, allez dans les plus belles mains,
Celle à qui je vous offre est aisée à connoître;
Chez elle, à chaque instant, on voit les Graces
naître,
Et s'il vous faut des signes plus certains,
Elle a l'air séduisant & tendre
Une taille de Nimphe, un souris enchanteur.
Un regard.. quel regard! il porte droit au cœur
Allez, vous ne sçauriez à présent vous méprendre-
Si jadis, dans l'antiquité
Le nom flatteur de la plus belle
Divisa la troupe immortelle:
Ici, le prix de la beauté
Ne pourroit être disputé.
Que votre empressement à mon zèle réponde
Partez, prenez un noble essor. . . ..
Vous allez donc fixer les plus beaux yeux du
monde
Que de Mortels enviroient votre sort!
Mais briguez, s'il se peut, un plus raré avantage,
De son goût délicat demandez le suffrage:
Plus par des sentimens que par des tours heureux,
MAI.
1752.
129
Peignez-lui les douleurs d'un cour tendre & sin-
cere:
Ah! Si vous obtenez le bonheur de lui plaire,
Ce succès comblera votre gloire & mes voeux.
par Mademoiselle de L***. à
Londres chez Clement, & se trouve à Paris
chez Duchesne, rue S. Jacques.
Ce sont quatre ou cinqe nouvelles, dé-
F 1ij
128 MERCURE DE FRANCE.
centes, assez bien imaginées, sagement
écrites. L'Histoire de Sophie nous a paru
la plus intéressante. Nous allons transcrire
l'Epitre dédicatoire.
A la plus belle.
Allez, mon livre, allez dans les plus belles mains,
Celle à qui je vous offre est aisée à connoître;
Chez elle, à chaque instant, on voit les Graces
naître,
Et s'il vous faut des signes plus certains,
Elle a l'air séduisant & tendre
Une taille de Nimphe, un souris enchanteur.
Un regard.. quel regard! il porte droit au cœur
Allez, vous ne sçauriez à présent vous méprendre-
Si jadis, dans l'antiquité
Le nom flatteur de la plus belle
Divisa la troupe immortelle:
Ici, le prix de la beauté
Ne pourroit être disputé.
Que votre empressement à mon zèle réponde
Partez, prenez un noble essor. . . ..
Vous allez donc fixer les plus beaux yeux du
monde
Que de Mortels enviroient votre sort!
Mais briguez, s'il se peut, un plus raré avantage,
De son goût délicat demandez le suffrage:
Plus par des sentimens que par des tours heureux,
MAI.
1752.
129
Peignez-lui les douleurs d'un cour tendre & sin-
cere:
Ah! Si vous obtenez le bonheur de lui plaire,
Ce succès comblera votre gloire & mes voeux.
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Résumé : « MOURAT & Turquia, Histoire Afriquaine par Mademoiselle de L***. à [...] »
Le texte présente l'œuvre 'Mourat & Turquie, Histoire Afriquaine' rédigée par Mademoiselle de L***. Cet ouvrage est disponible à Londres chez Clement et à Paris chez Duchesne, rue Saint-Jacques. Il comprend quatre ou cinq nouvelles, bien imaginées et sagement écrites. L'histoire de Sophie est particulièrement soulignée comme étant la plus intéressante. Le livre inclut également une épître dédicatoire adressée à une femme décrite comme la plus belle. Cette épître met en avant les charmes et les qualités de la dédicataire, soulignant sa beauté, son air séduisant et tendre, ainsi que son regard captivant. L'auteur exprime le souhait que son livre soit apprécié par cette femme, espérant que ses sentiments sincères trouveront grâce à ses yeux. L'épître est datée de mai 1752.
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13089
p. 129
« LETTRE d'un Curé de Paris à un de ses amis sur la suppression des bancs dans les [...] »
Début :
LETTRE d'un Curé de Paris à un de ses amis sur la suppression des bancs dans les [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LETTRE d'un Curé de Paris à un de ses amis sur la suppression des bancs dans les [...] »
LETTRE d'un Curé de Paris à un de ses
amis sur la suppression des bancs dans les
Eglises Paroissiales. A Paris chez Desprez,
& Cavelier, 1752. Brochure in-4 de 12-
pages.
L'Auteur de cette Leitre, dit pour la
conservation des bancs dans les Paroistes,
des choses qui nous ont paru très-fensées;
ce qu'il ajoute contre le trasic qu'on fait
des chaises dans les Eglises nous paroît si-
évident que nous ne doutons pas que le
Magistrat ne réprime un jout un abus qui
devient tous les jours plus criant. Un des
plus célèbres Prédicateurs de Paris n'a ja-
mais voulû permettre qu'on abusât de sa-
réputation pour encherir les places dans les
lieux où il prêchoit: il est honteux pour le
fiecle, qu on soit réduit à remarques certe-
pratique. comme une singularité.
amis sur la suppression des bancs dans les
Eglises Paroissiales. A Paris chez Desprez,
& Cavelier, 1752. Brochure in-4 de 12-
pages.
L'Auteur de cette Leitre, dit pour la
conservation des bancs dans les Paroistes,
des choses qui nous ont paru très-fensées;
ce qu'il ajoute contre le trasic qu'on fait
des chaises dans les Eglises nous paroît si-
évident que nous ne doutons pas que le
Magistrat ne réprime un jout un abus qui
devient tous les jours plus criant. Un des
plus célèbres Prédicateurs de Paris n'a ja-
mais voulû permettre qu'on abusât de sa-
réputation pour encherir les places dans les
lieux où il prêchoit: il est honteux pour le
fiecle, qu on soit réduit à remarques certe-
pratique. comme une singularité.
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Résumé : « LETTRE d'un Curé de Paris à un de ses amis sur la suppression des bancs dans les [...] »
En 1752, un curé parisien publie une brochure défendant les bancs dans les églises paroissiales. Il critique la vente abusive de chaises et loue un prédicateur ayant refusé que sa réputation augmente les prix des places. Il déplore que cette attitude soit exceptionnelle.
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13090
p. 129-131
« MEMOIRE sur les Manuscrits de M. Ducange. in 4o. 30 pages. [...] »
Début :
MEMOIRE sur les Manuscrits de M. Ducange. in 4o. 30 pages. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « MEMOIRE sur les Manuscrits de M. Ducange. in 4o. 30 pages. [...] »
MEMOIRE sur les Manuscrits de M. Ducange.
in 4o. 30 pages.
M. Ducange a été regarde jusqu'ici par
toute l'Eutopo comme un Historien cou-
F.
130 MERCURE DE FRANCE.
ronné, un Geographe exact, un Juriscon-
sulte profond, un Généalogiste éclairé,
un critique sage, un antiquaire scavant &
pleinement versé dans la connoisiance des
Médailles & des Inscriptions. Il scavoi:
presque toures les langues; il possedoit à
fond les Belles-Lertres, & il avoit puisé
dans un nombre infini de Manuscrits &
de piéces originales des connoissances sur
les moeurs & sur les usages des siecles les
plus obscurs. Les doctes préfaces de ses
Glossaires paro issoient une preuve de son-
génie Philosophique, & ce qu'on pouvoit
lire en leur genre de plus beau pour le
fond & pour le stile.
Lorsqu on portoit un jugement si favora-
ble du sçavoir de M. Ducange, on ne con-
noissoit peut-être que la moindre partie de
ses travaux. M. d'Aubigni, son neveu, à
force de dépenses, de soins & d'applica-
tion, est parvenu à rassembler les Manus-
crits épars de cet homme illustre & à les
mettre en ordre. Les titres seuls de ces
Manuscrits remplissent le Mémoire que
nous annonçons. S'ils n'étoient pas écrits
de la main même de l'Auteur, on ne pour-
roit pas se persuader qu'ils fussent de lui,
quoiqu'il y regne une érudition variée &
choisie qui ne pourroit pas être aisément.
d'un autit.
MAI. 1732.
131
Ces trésors sont heureusement tombés
dans des mains capables d'en rendre un bon
compte au public. C'est une nouvelle que
nous annonçons avec plaifir aux sçavans
de toutes les nations, aux François sur-
tout qui y ont un intérent particulier: pres-
que tous les Manuscrits de M. Ducange
ont pour objet l'Histoire de France.
in 4o. 30 pages.
M. Ducange a été regarde jusqu'ici par
toute l'Eutopo comme un Historien cou-
F.
130 MERCURE DE FRANCE.
ronné, un Geographe exact, un Juriscon-
sulte profond, un Généalogiste éclairé,
un critique sage, un antiquaire scavant &
pleinement versé dans la connoisiance des
Médailles & des Inscriptions. Il scavoi:
presque toures les langues; il possedoit à
fond les Belles-Lertres, & il avoit puisé
dans un nombre infini de Manuscrits &
de piéces originales des connoissances sur
les moeurs & sur les usages des siecles les
plus obscurs. Les doctes préfaces de ses
Glossaires paro issoient une preuve de son-
génie Philosophique, & ce qu'on pouvoit
lire en leur genre de plus beau pour le
fond & pour le stile.
Lorsqu on portoit un jugement si favora-
ble du sçavoir de M. Ducange, on ne con-
noissoit peut-être que la moindre partie de
ses travaux. M. d'Aubigni, son neveu, à
force de dépenses, de soins & d'applica-
tion, est parvenu à rassembler les Manus-
crits épars de cet homme illustre & à les
mettre en ordre. Les titres seuls de ces
Manuscrits remplissent le Mémoire que
nous annonçons. S'ils n'étoient pas écrits
de la main même de l'Auteur, on ne pour-
roit pas se persuader qu'ils fussent de lui,
quoiqu'il y regne une érudition variée &
choisie qui ne pourroit pas être aisément.
d'un autit.
MAI. 1732.
131
Ces trésors sont heureusement tombés
dans des mains capables d'en rendre un bon
compte au public. C'est une nouvelle que
nous annonçons avec plaifir aux sçavans
de toutes les nations, aux François sur-
tout qui y ont un intérent particulier: pres-
que tous les Manuscrits de M. Ducange
ont pour objet l'Histoire de France.
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Résumé : « MEMOIRE sur les Manuscrits de M. Ducange. in 4o. 30 pages. [...] »
Le mémoire sur les manuscrits de M. Ducange, publié en format in-4° et comptant 30 pages, met en lumière ses multiples compétences : historien, géographe, juriste, généalogiste, critique et antiquaire. Ducange maîtrisait plusieurs langues, possédait une vaste culture littéraire et des connaissances approfondies sur les mœurs et usages des siècles obscurs grâce à l'étude de nombreux manuscrits originaux. Ses préfaces de glossaires étaient reconnues pour leur profondeur philosophique et leur excellence stylistique. Jusqu'alors, seuls certains aspects de ses travaux étaient connus. Son neveu, M. d'Aubigny, a rassemblé et organisé ses manuscrits dispersés, révélant ainsi une érudition variée et choisie. Le mémoire liste les titres de ces manuscrits, principalement axés sur l'histoire de France, suscitant un grand intérêt parmi les savants de toutes les nations, notamment les Français.
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13091
p. 131
« On écrit de Berlin qu'on y imprime environ trois cens lettres de Madame de Maintenon. [...] »
Début :
On écrit de Berlin qu'on y imprime environ trois cens lettres de Madame de Maintenon. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « On écrit de Berlin qu'on y imprime environ trois cens lettres de Madame de Maintenon. [...] »
On écrit de Berlin qu'on y imprime environ
trois cens lettres de Madame de Maintenon.
Ce recueil sera surement curicux
par la matiere & par la forme. Il y a appa-
rence que l'Editeur constatera l'autenticité
de son Manuscrit, & qu'il ne laissera sur
un point aussi important aucun nuage.
trois cens lettres de Madame de Maintenon.
Ce recueil sera surement curicux
par la matiere & par la forme. Il y a appa-
rence que l'Editeur constatera l'autenticité
de son Manuscrit, & qu'il ne laissera sur
un point aussi important aucun nuage.
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13092
p. 131
« ABAILARD & ELOISE, Pièce dramatique en vers libres & en cinq actes. Par M. [...] »
Début :
ABAILARD & ELOISE, Pièce dramatique en vers libres & en cinq actes. Par M. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « ABAILARD & ELOISE, Pièce dramatique en vers libres & en cinq actes. Par M. [...] »
ABAILARD & ELOISE, Pièce dramatique
en vers libres & en cinq actes. Par M.
Guis. A Londres, & se trouve à Paris 1752.
en vers libres & en cinq actes. Par M.
Guis. A Londres, & se trouve à Paris 1752.
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13093
p. 131-132
« DISCOURS sur les avantages des Sciences & des Arts, prononcé dans l'assemblée [...] »
Début :
DISCOURS sur les avantages des Sciences & des Arts, prononcé dans l'assemblée [...]
Mots clefs :
Sciences, Lyon, Genève, Jean-Jacques Rousseau
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texteReconnaissance textuelle : « DISCOURS sur les avantages des Sciences & des Arts, prononcé dans l'assemblée [...] »
DISCOURS fur les avantages des Sciences
& des Arts , prononcé dans l'affemblée
publique de l'Académie des Sciences &
Belles Lettres de Lyon, le 22 Juin 1751 , -
avec la réponse de Jean J. Rouleau , citoyen
de Geneve . A Geneve chez Barillot
82 fils ,- 1732 , in 8 °. 130. pag. -
་་ ་
Le difcours Iu à Lyon a paru pour
premiere fois dans le Mercure il y a plu
ไม่
F: vi
ijź MERCURE DEFRANCE.
fieurs mois , & nous avons dit fans flatterie
l'impreffion qu'il avoit faite dans le
public. La réponſe de M. Rouffeau nous
paroît fupérieure à tout ce qu'il a écrit fur
l'importante queftion qui l'occupe depuis
long-tems : fes expreffions font , à ce que
nous croyons , plus énergiques , fes images
plus vives , fes raifonnemens plus preffans,
Les principes plus dévelopés . Le tableau
qu'il trace de nos meurs eft affreux ; s'il
n'eft pas reffemblant , l'accufation eft on
ne peut pas plus odieuſe ; mais s'il l'eft nous
fommes bien corrompus. Le caractere de
M. Rouffeau donne malheureuſement du
poids à la fatyre : c'eſt un homme vrai &
éclairé.
& des Arts , prononcé dans l'affemblée
publique de l'Académie des Sciences &
Belles Lettres de Lyon, le 22 Juin 1751 , -
avec la réponse de Jean J. Rouleau , citoyen
de Geneve . A Geneve chez Barillot
82 fils ,- 1732 , in 8 °. 130. pag. -
་་ ་
Le difcours Iu à Lyon a paru pour
premiere fois dans le Mercure il y a plu
ไม่
F: vi
ijź MERCURE DEFRANCE.
fieurs mois , & nous avons dit fans flatterie
l'impreffion qu'il avoit faite dans le
public. La réponſe de M. Rouffeau nous
paroît fupérieure à tout ce qu'il a écrit fur
l'importante queftion qui l'occupe depuis
long-tems : fes expreffions font , à ce que
nous croyons , plus énergiques , fes images
plus vives , fes raifonnemens plus preffans,
Les principes plus dévelopés . Le tableau
qu'il trace de nos meurs eft affreux ; s'il
n'eft pas reffemblant , l'accufation eft on
ne peut pas plus odieuſe ; mais s'il l'eft nous
fommes bien corrompus. Le caractere de
M. Rouffeau donne malheureuſement du
poids à la fatyre : c'eſt un homme vrai &
éclairé.
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Résumé : « DISCOURS sur les avantages des Sciences & des Arts, prononcé dans l'assemblée [...] »
Le discours sur les avantages des Sciences et des Arts, prononcé par Jean-Jacques Rousseau à l'Académie des Sciences et Belles Lettres de Lyon le 22 juin 1751, avait été publié précédemment dans le Mercure de France et avait reçu un accueil favorable. Rousseau, citoyen de Genève, y explore une question importante qu'il étudie depuis longtemps. Sa réponse est saluée pour ses expressions énergiques, ses images vives, ses raisonnements persuasifs et ses principes bien développés. Dans ce texte, Rousseau décrit les mœurs contemporaines de manière critique, les qualifiant d'affreuses. Si son tableau ne reflète pas la réalité, l'accusation reste grave ; sinon, cela indique une corruption profonde de la société. Le caractère authentique et éclairé de Rousseau renforce la crédibilité de sa satire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13094
p. 132
« DISSERTATION sur l'origine de la maladie vénérienne, pour prouver que le [...] »
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DISSERTATION sur l'origine de la maladie vénérienne, pour prouver que le [...]
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texteReconnaissance textuelle : « DISSERTATION sur l'origine de la maladie vénérienne, pour prouver que le [...] »
DISSERTATION sur l'origine de la maladie
vénérienne, pour prouver que le
mal n est pas venu d'Amérique, mais qu'il
a commencé en Europe par une Epidemie.
A Paris, chez Durand & Pissat. fils 17521
in 12. 110. pag.
vénérienne, pour prouver que le
mal n est pas venu d'Amérique, mais qu'il
a commencé en Europe par une Epidemie.
A Paris, chez Durand & Pissat. fils 17521
in 12. 110. pag.
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13095
p. 132-133
« LETTRES de Ninon de Lenclos au Marquis de Sevigné, augmentées de sa vie [...] »
Début :
LETTRES de Ninon de Lenclos au Marquis de Sevigné, augmentées de sa vie [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRES de Ninon de Lenclos au Marquis de Sevigné, augmentées de sa vie [...] »
LETTRES de Ninon de Lenclos au Marquis
de Sevigné, augmentées de sa vie
& de 43. lettres. AAAmsterdam, chez Fran-
cois Joli- 1752, deux volumes in 16.
La nouvelle Edition des Lettres de Mlle-
da Lenelos commence par un avertiste-
MAI.
1752.
13.3
ment fort sage & fort modeste: l'Auteur
avoue qu'il a mérité quelques-uns des re-
proches qu'on lui a faits, il ne les mérite
plus, & il se justisie très-bien sur les autres.
La Préface est suivie d'une vie de Mlle de
Lenclos: on ne dit pas tout ce qu'on scait
de cette femme illustre; mais on y dit tout
ce qui mérite d'être dit, où il doit être dit,
& comme il doit être dit. Plusieurs des Let-
tres qui se trouvent dans les premieres Edi-
tions, ont été racourcies, allongées, sup-
primées, transposéès. Les nouvelles lettres.
sont la 8. 20. 32. 35. 41. 44. 45. 48. 49.
59. 60. 61. 62. 65. 66. & depuis la 74 jus-
qu'à la derniere. Ceux qui voudroient ju-
ger l'ouvrage tel qu'il est aujourd'hui par-
idée qu'ilss'en sont formée d'abord, ne lui-
rendroient pas justice; les idées en sont
maintenant mieux. liées, les sentimens plus,
voluptueux., les expresssons. plus justes &
plus correctes, & le dénouement plus-
heureux.
de Sevigné, augmentées de sa vie
& de 43. lettres. AAAmsterdam, chez Fran-
cois Joli- 1752, deux volumes in 16.
La nouvelle Edition des Lettres de Mlle-
da Lenelos commence par un avertiste-
MAI.
1752.
13.3
ment fort sage & fort modeste: l'Auteur
avoue qu'il a mérité quelques-uns des re-
proches qu'on lui a faits, il ne les mérite
plus, & il se justisie très-bien sur les autres.
La Préface est suivie d'une vie de Mlle de
Lenclos: on ne dit pas tout ce qu'on scait
de cette femme illustre; mais on y dit tout
ce qui mérite d'être dit, où il doit être dit,
& comme il doit être dit. Plusieurs des Let-
tres qui se trouvent dans les premieres Edi-
tions, ont été racourcies, allongées, sup-
primées, transposéès. Les nouvelles lettres.
sont la 8. 20. 32. 35. 41. 44. 45. 48. 49.
59. 60. 61. 62. 65. 66. & depuis la 74 jus-
qu'à la derniere. Ceux qui voudroient ju-
ger l'ouvrage tel qu'il est aujourd'hui par-
idée qu'ilss'en sont formée d'abord, ne lui-
rendroient pas justice; les idées en sont
maintenant mieux. liées, les sentimens plus,
voluptueux., les expresssons. plus justes &
plus correctes, & le dénouement plus-
heureux.
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Résumé : « LETTRES de Ninon de Lenclos au Marquis de Sevigné, augmentées de sa vie [...] »
Le document traite d'une édition de 1752 des 'Lettres de Ninon de Lenclos au Marquis de Sévigné', publiée à Amsterdam par François Joli. Cette édition comprend la vie de Ninon de Lenclos et 43 lettres supplémentaires. L'ouvrage s'ouvre par un avertissement où l'auteur répond à certains reproches et se justifie sur d'autres points. La préface est suivie d'une biographie de Ninon de Lenclos, qui se concentre uniquement sur les aspects pertinents de sa vie. Par rapport aux éditions précédentes, plusieurs lettres ont été modifiées, raccourcies, supprimées ou réorganisées. Les nouvelles lettres ajoutées portent les numéros 8, 20, 32, 35, 41, 44, 45, 48, 49, 59, 60, 61, 62, 65, 66 et de la 74 à la dernière. Les lecteurs sont invités à évaluer l'ouvrage dans son état actuel pour apprécier les améliorations apportées, telles qu'une meilleure cohérence des idées, des sentiments plus voluptueux, des expressions plus justes et un dénouement plus heureux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13096
p. 133-134
« HISTOIRE de Maurice Comte de Saxe, Maréchal-Général des Camps & Armées [...] »
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HISTOIRE de Maurice Comte de Saxe, Maréchal-Général des Camps & Armées [...]
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texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE de Maurice Comte de Saxe, Maréchal-Général des Camps & Armées [...] »
HISTOIRE de Maurice Comte de Saxe,
Maréchal-Général des Camps & Armées
de Sa Majesté Très-Chrétienne, Duc élu
de Curlande & de Semigalle, Chevalier-
des Ordres de Pologne & de Saxe. A
Aittan. 1752, trois volumes in 12..
Dinjies hiO
134 MERCUREDEFRANCE.
Les Lecteurs qui ne sont pas disposés à
se contenter d'une compilation de Gazet-
tes, de Déclarations, de Manifestes, & c.
peuvent se dispenser de lire l'Ouvrage que
nous annonçons; il paroit que cen est pas
pour eux que l'Auteur a écrit.
Maréchal-Général des Camps & Armées
de Sa Majesté Très-Chrétienne, Duc élu
de Curlande & de Semigalle, Chevalier-
des Ordres de Pologne & de Saxe. A
Aittan. 1752, trois volumes in 12..
Dinjies hiO
134 MERCUREDEFRANCE.
Les Lecteurs qui ne sont pas disposés à
se contenter d'une compilation de Gazet-
tes, de Déclarations, de Manifestes, & c.
peuvent se dispenser de lire l'Ouvrage que
nous annonçons; il paroit que cen est pas
pour eux que l'Auteur a écrit.
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Résumé : « HISTOIRE de Maurice Comte de Saxe, Maréchal-Général des Camps & Armées [...] »
L'ouvrage 'Histoire de Maurice Comte de Saxe', publié en 1752 en trois volumes, est dédié à Maurice de Saxe, Maréchal-Général des armées du roi de France, Duc élu de Courlande et de Semigalle, et Chevalier des Ordres de Pologne et de Saxe. Il ne vise pas les lecteurs intéressés par les compilations de gazettes et manifestes.
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13097
p. 134
« OEUVRES de feu M. Cochin, Ecuyer, Avocat au Parlement, contenant le recueil [...] »
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OEUVRES de feu M. Cochin, Ecuyer, Avocat au Parlement, contenant le recueil [...]
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texteReconnaissance textuelle : « OEUVRES de feu M. Cochin, Ecuyer, Avocat au Parlement, contenant le recueil [...] »
OEUVRES de feu M. Cochin, Ecuyer,
Avocat au Parlement, contenant le recueil
de ses Mémoires & Consultations,
Tome II. A Paris, chez de Nully, Li-
braire, Grande Salle du Palais, du côté
de la Cour des Aydes, à l'Ecu de France.
& à la Palme 1752. Vol. in-4°. qui se
vend relié en veau 10 liv. ainsi que le 1er
Tome.
On a joint à la fin de ce second Volu-
me les décisions de la plus grande partie
des affaires contenues dans les Tomes i & z
de ces Ouvrages; ce qui les fera rechercher
de plus en plus, ce nouveau Volume con-
tient de très-belles causes & un nombre de-
Gonsultations fort scavantes, le 3e Tome
est sous la Presse.
Avocat au Parlement, contenant le recueil
de ses Mémoires & Consultations,
Tome II. A Paris, chez de Nully, Li-
braire, Grande Salle du Palais, du côté
de la Cour des Aydes, à l'Ecu de France.
& à la Palme 1752. Vol. in-4°. qui se
vend relié en veau 10 liv. ainsi que le 1er
Tome.
On a joint à la fin de ce second Volu-
me les décisions de la plus grande partie
des affaires contenues dans les Tomes i & z
de ces Ouvrages; ce qui les fera rechercher
de plus en plus, ce nouveau Volume con-
tient de très-belles causes & un nombre de-
Gonsultations fort scavantes, le 3e Tome
est sous la Presse.
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Résumé : « OEUVRES de feu M. Cochin, Ecuyer, Avocat au Parlement, contenant le recueil [...] »
Le document présente les œuvres posthumes de M. Cochin, avocat au Parlement, publiées en 1752 à Paris par de Nully. Elles comprennent des mémoires et consultations juridiques en plusieurs tomes. Le deuxième tome, en format in-4°, est vendu relié en veau pour dix livres. Il inclut des décisions sur les affaires des deux premiers tomes, des causes remarquables et des consultations savantes. Le troisième tome est en cours d'impression.
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13098
p. 134-135
« TRAITÉ de la vente des immeubles par décret, avec un recueil des Edits, [...] »
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TRAITÉ de la vente des immeubles par décret, avec un recueil des Edits, [...]
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texteReconnaissance textuelle : « TRAITÉ de la vente des immeubles par décret, avec un recueil des Edits, [...] »
TRAITÉ de la vente des immeubles
par décret, avec un recueil des Edits,
Déclarations & Reglemens des Couis-
souveraines sur ce sujet. Nouvelle Edi-
tion, revûë, corrigée & augmeniée,
PAL. M. Louis. de Hericourt, Avocat
MAI. 1752. 135
au Parlement. A Paris, chez la Veuve Ca-
velter, rue Saint Jacques, au Lys d'or,
& au Palais chez de Nully, à l'Ecu de
France & à. la Palme, 1752, Volume
in-4°. relié en veau 12. liv.
par décret, avec un recueil des Edits,
Déclarations & Reglemens des Couis-
souveraines sur ce sujet. Nouvelle Edi-
tion, revûë, corrigée & augmeniée,
PAL. M. Louis. de Hericourt, Avocat
MAI. 1752. 135
au Parlement. A Paris, chez la Veuve Ca-
velter, rue Saint Jacques, au Lys d'or,
& au Palais chez de Nully, à l'Ecu de
France & à. la Palme, 1752, Volume
in-4°. relié en veau 12. liv.
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13099
p. 135
« TRAITÉ du pouvoir du Magistrat politique concernant les choses sacrées, traduit [...] »
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TRAITÉ du pouvoir du Magistrat politique concernant les choses sacrées, traduit [...]
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texteReconnaissance textuelle : « TRAITÉ du pouvoir du Magistrat politique concernant les choses sacrées, traduit [...] »
TRAITÉ du pouvoir du Magistrat politique
concernant les choses sacrées, traduit
du latin de Grotius; Vol. in- 12 im-
primé à Londres, & se trouve à Paris,
chez G. Martin, Libraire rue S. Jacques.
C'est un Ouvrage important dont nous ren-
drons compte quelque jour.
concernant les choses sacrées, traduit
du latin de Grotius; Vol. in- 12 im-
primé à Londres, & se trouve à Paris,
chez G. Martin, Libraire rue S. Jacques.
C'est un Ouvrage important dont nous ren-
drons compte quelque jour.
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13100
p. 135
« HISTOIRE Navale d'Angleterre, traduite de l'Anglois de Lediart. 3 Volumes [...] »
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HISTOIRE Navale d'Angleterre, traduite de l'Anglois de Lediart. 3 Volumes [...]
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texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE Navale d'Angleterre, traduite de l'Anglois de Lediart. 3 Volumes [...] »
HISTOIRE Navale d'Angleterre, traduite
de l'Anglois de Lediart. 3 Volumes
in. - 4. chez le même Libraire.
de l'Anglois de Lediart. 3 Volumes
in. - 4. chez le même Libraire.
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