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7301
p. 1790-1791
« L'Enigme du mois dernier a dû être expliquée par le Chant, & le Logogryphe [...] »
Début :
L'Enigme du mois dernier a dû être expliquée par le Chant, & le Logogryphe [...]
Mots clefs :
Chant, Tombeau
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texteReconnaissance textuelle : « L'Enigme du mois dernier a dû être expliquée par le Chant, & le Logogryphe [...] »
L'Enigme du mois dernier a dû être
expliquée par le Chant , & le Logogryphe
par
AOUST. 1730. 1791
par Tombeau , dans lequel on trouve tombe
, beau , eau , mot , baume , ame.
expliquée par le Chant , & le Logogryphe
par
AOUST. 1730. 1791
par Tombeau , dans lequel on trouve tombe
, beau , eau , mot , baume , ame.
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7302
p. 1791
ENIGME.
Début :
Nous sommes trois Freres en France ; [...]
Mots clefs :
Accents aigu, grave et circonflexe
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
fommes trois Freres en France;
L'un de nous trois felon certains Sçavans',
En Grece a reçu la naiſſance ;
Mais on ne convient pàs du tems.
Par droit d'extenſion , au défaut d'une abfente
Deux de nous réunis préfident aux Forêts ;
L'un des deux , mis avec excès ,
Produit une voix moins fonante ;
Le troifiéme eft plus uſité ;
Il regne à la fin de l'Eté.
Lecteur , fi ta recherche eſt vaine ,
Ne t'en prends pas à nous ; ton defir curieux
Peut être fatisfait ſans peine :
Tu nous as tous trois fous les yeux .
fommes trois Freres en France;
L'un de nous trois felon certains Sçavans',
En Grece a reçu la naiſſance ;
Mais on ne convient pàs du tems.
Par droit d'extenſion , au défaut d'une abfente
Deux de nous réunis préfident aux Forêts ;
L'un des deux , mis avec excès ,
Produit une voix moins fonante ;
Le troifiéme eft plus uſité ;
Il regne à la fin de l'Eté.
Lecteur , fi ta recherche eſt vaine ,
Ne t'en prends pas à nous ; ton defir curieux
Peut être fatisfait ſans peine :
Tu nous as tous trois fous les yeux .
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7303
p. 1791-1793
LOGOGRIPHE.
Début :
Vil & commun débris d'une matiere utile, [...]
Mots clefs :
Charpie
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRIPHE.
LOGO GRIP HE.
Vil & commun débris d'unè matiere utile ;
Quoique mon corps foit en lambeaux ,
Je donne des fecours tant aux Champs qu'à la
Ville ,
Et l'on fait cas de moi dans des Hôtels Royaux ,
E iiij, Où
1792 MERCURE DE FRANCE
Où l'on me tient fouvent dans des Tonneaux.
J'ai trois fillabes en partage ;
Deux nomment un Oiſeau , qui fuivant ſon ramage
,
De la femme , dit- on , n'eft gueres different ;
L'autre , un Trône roulant , fait pour le Conque.
rant.
Mon chef à bas , autre Oifeau de la Fable ;
Qtez encor mon membre avant dernier ,
Je fuis un Inftrument à l'oreille agréable.
En cet état retranchez mon premier ,
Et replacez ma tête délaiffée ,
Je fuis alors poiffon d'eau douce & non falée.
Tout de fuite enlevez ma Lettre du milieu ,
Aux deux fexes en tems & lieu ,
Je puis rendre divers fervices ;
Soit que de miftere il s'agiffe ,
Ou qu'on trouve d'autres raiſons
Dans le caprice des Saiſons.
Ma feconde du tout qu'à l'écart on a miſe ;
Réunie ici dans fon
rang ,
Je deviens ornement d'Egliſe.
Si ce n'eft pas affez , qu'on m'anagrammatife ;
L'on trouvera dequoi tirer au blanc ;
Plus un terrain fermé d'une enceinte mouvante
1
Ou bâti plus folidement..
Chofe encore bien differente ,>
Et qui mord affez rudement .
Machine qui jadis fut fur les eaux flotante ;
Ou
A O UST. 1730. 1793.
Ou , prife tout differement ,
Dans mes jambes je fais paffage ,
Tandis qu'en même-tems on marche fur mon dos
Mais il eft tems de finir ce propos ;
Je n'en dirai pas davantage.
Vil & commun débris d'unè matiere utile ;
Quoique mon corps foit en lambeaux ,
Je donne des fecours tant aux Champs qu'à la
Ville ,
Et l'on fait cas de moi dans des Hôtels Royaux ,
E iiij, Où
1792 MERCURE DE FRANCE
Où l'on me tient fouvent dans des Tonneaux.
J'ai trois fillabes en partage ;
Deux nomment un Oiſeau , qui fuivant ſon ramage
,
De la femme , dit- on , n'eft gueres different ;
L'autre , un Trône roulant , fait pour le Conque.
rant.
Mon chef à bas , autre Oifeau de la Fable ;
Qtez encor mon membre avant dernier ,
Je fuis un Inftrument à l'oreille agréable.
En cet état retranchez mon premier ,
Et replacez ma tête délaiffée ,
Je fuis alors poiffon d'eau douce & non falée.
Tout de fuite enlevez ma Lettre du milieu ,
Aux deux fexes en tems & lieu ,
Je puis rendre divers fervices ;
Soit que de miftere il s'agiffe ,
Ou qu'on trouve d'autres raiſons
Dans le caprice des Saiſons.
Ma feconde du tout qu'à l'écart on a miſe ;
Réunie ici dans fon
rang ,
Je deviens ornement d'Egliſe.
Si ce n'eft pas affez , qu'on m'anagrammatife ;
L'on trouvera dequoi tirer au blanc ;
Plus un terrain fermé d'une enceinte mouvante
1
Ou bâti plus folidement..
Chofe encore bien differente ,>
Et qui mord affez rudement .
Machine qui jadis fut fur les eaux flotante ;
Ou
A O UST. 1730. 1793.
Ou , prife tout differement ,
Dans mes jambes je fais paffage ,
Tandis qu'en même-tems on marche fur mon dos
Mais il eft tems de finir ce propos ;
Je n'en dirai pas davantage.
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7304
p. 1793-1794
Acta Eruditorum, &c. [titre d'après la table]
Début :
ACTA ERUDITORUM, anno M. DCC. XX. publicata, cum [...]
Mots clefs :
Savants, Journaux latins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Acta Eruditorum, &c. [titre d'après la table]
ACTA ERUDITORUM ,
anno
M. DCC. XX. publicata , cum
S. Cæfareæ Majeftatis & Regis Pol . atque
Electoris Saxoniæ Privilegiis . LYPSIE ,
proftant apud Johan . Graffii hæredes ,
Joh . Frid . Gleditfchii B. Fil . & Thomam
Fritschium , typis Bernhardi- Chriftoph.
Breitkopfii. A. 1720. C'est-à-dire , LES
ACTES DES SCAVANS , publiez à
Lypfic , en l'année 1720. &c. 1. vol. in 4.
de 549. pages , fans les Tables ,
Le Projet dont nous avons parle dans
l'Avertiffement qui eft à la tête d'un
de nos Journaux , ne nous permet pas
d'omettre un Journal qui tient un rang
fi confiderable dans la République des
Lettres. C'est le premier & le plus eftimé
de tous les Journaux Latins . Il continue
fans interruption depuis le mois de Janvier
1794 MERCURE DE FRANCE
>
vier de l'année 1681. Son commencement
eft dû à Othon Menkenius & fa continuation
à un nombre de Sçavans choifis ,
à la tête defquels eft M. Jean Burcard
Menkenius , Confeiller de la Cour du
Roi de Pologne , Electeur de Saxe . Le
fuccès de ce Journal eft toûjours égal , &
c'eft fans fondement qu'on a publié dans
des Nouvelles Litteraires qu'il alloit être
diſcontinué , ou du moins qu'il ne feroit
plus compofé en Langue Latine , mais en
Allemand. Il ne faut pas omettre. que lès
Auteurs ont donné des Supplemens & des
Tables generales de dix en dix ans. Nous
ne croyons pas qu'on puiffe trouver des
Sçavans plus infatigables & plus dévouez
à l'avancement des Lettres.
anno
M. DCC. XX. publicata , cum
S. Cæfareæ Majeftatis & Regis Pol . atque
Electoris Saxoniæ Privilegiis . LYPSIE ,
proftant apud Johan . Graffii hæredes ,
Joh . Frid . Gleditfchii B. Fil . & Thomam
Fritschium , typis Bernhardi- Chriftoph.
Breitkopfii. A. 1720. C'est-à-dire , LES
ACTES DES SCAVANS , publiez à
Lypfic , en l'année 1720. &c. 1. vol. in 4.
de 549. pages , fans les Tables ,
Le Projet dont nous avons parle dans
l'Avertiffement qui eft à la tête d'un
de nos Journaux , ne nous permet pas
d'omettre un Journal qui tient un rang
fi confiderable dans la République des
Lettres. C'est le premier & le plus eftimé
de tous les Journaux Latins . Il continue
fans interruption depuis le mois de Janvier
1794 MERCURE DE FRANCE
>
vier de l'année 1681. Son commencement
eft dû à Othon Menkenius & fa continuation
à un nombre de Sçavans choifis ,
à la tête defquels eft M. Jean Burcard
Menkenius , Confeiller de la Cour du
Roi de Pologne , Electeur de Saxe . Le
fuccès de ce Journal eft toûjours égal , &
c'eft fans fondement qu'on a publié dans
des Nouvelles Litteraires qu'il alloit être
diſcontinué , ou du moins qu'il ne feroit
plus compofé en Langue Latine , mais en
Allemand. Il ne faut pas omettre. que lès
Auteurs ont donné des Supplemens & des
Tables generales de dix en dix ans. Nous
ne croyons pas qu'on puiffe trouver des
Sçavans plus infatigables & plus dévouez
à l'avancement des Lettres.
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Résumé : Acta Eruditorum, &c. [titre d'après la table]
Le texte décrit les 'Acta Eruditorum', un journal savant publié à Leipzig depuis 1720. Connu sous le nom de 'Les Actes des Savants', il est le premier et le plus respecté des journaux en latin. Fondé en janvier 1681 par Othon Menkenius, il est actuellement dirigé par Jean Burcard Menkenius, conseiller de la cour du Roi de Pologne et Électeur de Saxe. Le journal est publié sans interruption et connaît un succès continu. Contrairement à certaines rumeurs, il n'est pas discontinué et reste en langue latine. Les auteurs publient des suppléments et des tables générales tous les dix ans, témoignant de leur engagement pour l'avancement des lettres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7305
p. 1794-1800
« MONUMENTI AElia Laelia Crispis, sive celeberrimi AEnigmatis Bononiensis, [...] »
Début :
MONUMENTI AElia Laelia Crispis, sive celeberrimi AEnigmatis Bononiensis, [...]
Mots clefs :
Épitaphe, Tombeau, Monument, Pyramide, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « MONUMENTI AElia Laelia Crispis, sive celeberrimi AEnigmatis Bononiensis, [...] »
MONUMENTI Elia Lælia Crifpis ,.
five celeberrimi Enigmatis Bononienfis ,
Hiftorica Explicatio , Fragmentum Anti--
quum incerti Auctoris Bononiæ Senatui :
FRANCISCUS MASTRIUS . Additis
aliquibus Notis D. D. D. Bononiæ , typis
Conftantini Pifarri , vol . in- 4. 1717. C'eſtà-
dire ,, EXPLICATION hiftorique de las
fameufe Epitaphe énigmatique de Boulogne ,
&c. dédiée au Sénat de cette Ville, parFrançois
Mafirius, & c..
+
Comme ces Sçavans Journaliſtes onts.
parlé de ce Livre en l'année 1706. à l'oc--
afion
AOUST. 1730. 1793
cafion de la premiere Edition qui en fut
faite à Veniſe en 1702. & que dès l'année
1684. ils avoient auffi parlé dans leur
Journal de l'Ouvrage compofé fur le même
fujet par le Docteur Charles- CefarMalvafia
, celebre Jurifconfulte & Profeffeur
en Droit à Boulogne , ils ont eftimé
inutile de donner deux Extraits de la Differtation
de Maftrius ; mais le Public doit
leur fçavoir gré de produire ici , au lieu
d'une répetition , l'Explication de la même
Enigme , donnée par M. Heuman ,
leur Collegue , dans une Differtation imprimée
en 1706. & réimprimée deux ans
après fous ce titre , De Fato Uxoris Loti.
Car ce Sçavant croit , & il eft étonnant ,
difent nos Journaliſtes , que cette penſée
ne foit encore venue à perfonne ; il croit ,
dis- je , que l'Auteur du Monument énigmatique
de Boulogne , n'a eu d'autre intention,
en le compofant ,que d'écrire d'u
ne maniere ingénieufe & obfcure , le
malheur arrivé à la femme de Lor . Mais
avant que de voir l'application qu'il fait
dés termes de l'Infcription au fujer que
nous venons de dire , il eft bon de rap
porter cette Infcription dans fon entier ,
& telle que Maftrius l'a donnée plus ré--
cemment dans la feconde Edition de fon
Ouvrage , faite , comme nous l'avons dit ,
à Boulogne même en l'année 1717.
E vj DI.
(1796 MERCURE DE FRANCE
D. M.
Alia Lalia Crifpis
Nec Vir Nec Mulier
Nec Androgyna
Nec Puella nec Juvenis
Nec Anus
Nec cafta nec Meretrix
Nec Pudica
Sed omnia
Sublata
Neque fame neque ferro
Neque Veneno
Sed omnibus
Nec Colo nec Terris
Nec Aquis
Sed Ubique jacet.
Lucius Agatho Prifcius
Nec Maritus nec Amator
Nec Neceffarius
Neque Moerens neque gaudens
Neque Flens
Hanc
Nec Molem nec Pyramidem
Nec
Sepulcrum
Sed omnia
Scit & nefcit cui Pofuerit.
Nous la donnerons auffi en François , afin
que tous nos Lecteurs puiffent l'entendre
juger de l'interpretation de M. Heuman ,
& ufer auffi du droit que tout le Monde
AOUST . 1730. 1797
a de s'exercer fur cette fameufe Enigme ;
dans un temps , fur tout,où les fujets énigmatiques
paroiffent devenir du gout du
Public.
AUX DIEUX MANE S.
Alia , Lalia Crifpis , qui n'eft ni Hom
me , ni Femme , ni Hermaphrodite , ni Fille,
nijeune , ni vieille , ni chafte , ni prostituée,
ni pudique, mais tout cela enfemble : qui n'eft
ni morte de faim , qui n'a été tuée ni par
le fer , ni par le poifon ; mais par ces trois
chofes ensemble : n'eft ni au Ciel , ni dans
Peau , ni dans la terre ; mais eft par tout.
Lucius Agathon Prifcius , qui n'eft ni fon
mari , ni fon amant , ni fon parent ; ni trifte
ni joyeux , ni pleurant ; fçait & ne sçait pas
pour qui il a pofé ceci , qui n'est ni Monument
, ni Pyramide , ni Tombeau.
Voici quelles font les penfées de M.Heuman.
La femme de Lot , dit- il , changée ,
felon la plus commune opinion , en Statuë
de Sel , n'étoit plus ni homme , ni femme
, ni hermaphrodite , ni rien de tout
ce que marquent les premieres lignes de
l'Epitaphe , cependant elle avoit été tout
cela enfemble. Car elle a été femme & vieille
, & d'elle ont pû fortir un homme , un
Hermaphrodite , une fille , &c. deforte qu'étant
, pour ainfi- dire , la matiere premiere
de
1798 MERCURE DE FRANCE
de toutes ces chofes , on peut dire avec
raifon qu'elle a été tout cela.
Ce qui fuit marque encore mieux fon
deftin , & convient parfaitement à la fenime
de Lot ; car elle n'a péri ni par la faim,
ni par le fer , ni par le poifon ; quoiqu'on
puiffe dire que ces trois chofes enfemble lui
ont ôté la vie. 1º . Elle avala un mortel
poifon répandu dans l'air par la pluye de
fouffre qui tomboit alors du Ciel. 2º . Elle
fouffrit une faim fpirituelle par le regret
qu'elle eut en regardant Sodome , aux
biens qu'elle y laiffoit , dont le defir &
la convoitife la devoroient , regret & faim -
dans lefquels elle ceffa de vivre. 3 ° . J'avouë
, continue M. Heuman , que le fer
m'embarraffe un peu ; peut-être l'Auteur
de l'Epitaphe a- t- il eu en vûe le récit de
quelques Voyageurs , qui content que
cette Statue de Sel eft fouvent mutilée
par ceux qui én coupent des morceauxavec
un couteau ou autre inftrument der
fer , ajoûtant que ce qu'ils en enlevent
eft auffi- tôt reproduit , enforte que la Sta--
tuë ne paroît preſque jamais défectueuſe,
ce que notre Interprete eftime fabuleux.-
Au refte , il est très - vrai de dire que
la femme de Loth n'eft ni au Ciel , ni dans
Les eaux , ni fur la terre , c'est-à - dire fépa--
rément, & cependant elle eſt partout. Car
elle eft fituée comme dans l'air , par con--
Lequenes
AOUST. 1730. 1799
fequent on peut dire qu'elle eft au Ciel ,
elle n'eft pas moins tout enſemble dans
·les eaux lorfqu'il pleut , & fur la terre
puifqu'elle eft pofée deffus .
L'Auteur de ce Monument eft Dieu.
même , ainfi il eft appellé très- à propos
Lucius , car il eft la lumiere , le Pere des
lumieres , qui habite dans une lumiere
inacceffible , &c. Le nom d'Agatho lui
convient auffi parfaitement , car nul n'eft
parfaitement bon , fi ce n'eft Dieu . Enfin ›
ce n'eſt pas fans raifon que Prifcius eft à·
la fuite de ces deux noms , c'eft en effet
ce Vieillard reſpectable qui eft ainfi repré--
fenté par le Prophete Daniel. On peut
bien dire auffi de Dieu , que ce neft ni
le Mari, ni l'Amant , ni le parent de la
femme de Loth , ainfi il n'eft pas éton--
nant qu'en dreffant ce Monument
il
n'ait été ni trifte , ni joyeux , ni en état de
verfer des larmes.
.
,
Si quelqu'un regarde ce Monument
comme une Piramide , un Sépulchre , & c . il·
s'écartera de la maniere ordinaire de par--
ler. Cependant on peut dire que la Statue
de Sel femble avoir été tout cela. En effet
elle a été tout enfemble & Monument &
Pyramide , s'élevant en l'air à la maniere
des Pyramides , elle a été auffi un Séput--
chre , qui contient une perfonne fans vie..
Enfin Dieu fait , fans doute , ce qu'il a :
Rosé,
1800 MERCURE DE FRANCE
pofé , mais on peut dire , en un lens , qu'il
nefçait pas fi c'eft là un Monument ou une
Pyramide , ou un Tombeau , car Dieu n'a
voulu faire aucune de ces trois choſes.
D'autres finiffent l'Epitaphe par ces paroles.
C'est ici un Tombeau qui ne renferme
point de Cadavre , c'eft un Cadavre qui n'a
point de Tombeau , mais c'eft un Cadavre
qui eft lui-même fon Tombeau. Ces paroles
font fi claires , dit M.Heuman , en finiffant
fon Interpretation , & s'appliquent fi parfaitement
à la femme de Loth , que ce
feror perdre le temps que d'en ajoûter ici
l'explication
five celeberrimi Enigmatis Bononienfis ,
Hiftorica Explicatio , Fragmentum Anti--
quum incerti Auctoris Bononiæ Senatui :
FRANCISCUS MASTRIUS . Additis
aliquibus Notis D. D. D. Bononiæ , typis
Conftantini Pifarri , vol . in- 4. 1717. C'eſtà-
dire ,, EXPLICATION hiftorique de las
fameufe Epitaphe énigmatique de Boulogne ,
&c. dédiée au Sénat de cette Ville, parFrançois
Mafirius, & c..
+
Comme ces Sçavans Journaliſtes onts.
parlé de ce Livre en l'année 1706. à l'oc--
afion
AOUST. 1730. 1793
cafion de la premiere Edition qui en fut
faite à Veniſe en 1702. & que dès l'année
1684. ils avoient auffi parlé dans leur
Journal de l'Ouvrage compofé fur le même
fujet par le Docteur Charles- CefarMalvafia
, celebre Jurifconfulte & Profeffeur
en Droit à Boulogne , ils ont eftimé
inutile de donner deux Extraits de la Differtation
de Maftrius ; mais le Public doit
leur fçavoir gré de produire ici , au lieu
d'une répetition , l'Explication de la même
Enigme , donnée par M. Heuman ,
leur Collegue , dans une Differtation imprimée
en 1706. & réimprimée deux ans
après fous ce titre , De Fato Uxoris Loti.
Car ce Sçavant croit , & il eft étonnant ,
difent nos Journaliſtes , que cette penſée
ne foit encore venue à perfonne ; il croit ,
dis- je , que l'Auteur du Monument énigmatique
de Boulogne , n'a eu d'autre intention,
en le compofant ,que d'écrire d'u
ne maniere ingénieufe & obfcure , le
malheur arrivé à la femme de Lor . Mais
avant que de voir l'application qu'il fait
dés termes de l'Infcription au fujer que
nous venons de dire , il eft bon de rap
porter cette Infcription dans fon entier ,
& telle que Maftrius l'a donnée plus ré--
cemment dans la feconde Edition de fon
Ouvrage , faite , comme nous l'avons dit ,
à Boulogne même en l'année 1717.
E vj DI.
(1796 MERCURE DE FRANCE
D. M.
Alia Lalia Crifpis
Nec Vir Nec Mulier
Nec Androgyna
Nec Puella nec Juvenis
Nec Anus
Nec cafta nec Meretrix
Nec Pudica
Sed omnia
Sublata
Neque fame neque ferro
Neque Veneno
Sed omnibus
Nec Colo nec Terris
Nec Aquis
Sed Ubique jacet.
Lucius Agatho Prifcius
Nec Maritus nec Amator
Nec Neceffarius
Neque Moerens neque gaudens
Neque Flens
Hanc
Nec Molem nec Pyramidem
Nec
Sepulcrum
Sed omnia
Scit & nefcit cui Pofuerit.
Nous la donnerons auffi en François , afin
que tous nos Lecteurs puiffent l'entendre
juger de l'interpretation de M. Heuman ,
& ufer auffi du droit que tout le Monde
AOUST . 1730. 1797
a de s'exercer fur cette fameufe Enigme ;
dans un temps , fur tout,où les fujets énigmatiques
paroiffent devenir du gout du
Public.
AUX DIEUX MANE S.
Alia , Lalia Crifpis , qui n'eft ni Hom
me , ni Femme , ni Hermaphrodite , ni Fille,
nijeune , ni vieille , ni chafte , ni prostituée,
ni pudique, mais tout cela enfemble : qui n'eft
ni morte de faim , qui n'a été tuée ni par
le fer , ni par le poifon ; mais par ces trois
chofes ensemble : n'eft ni au Ciel , ni dans
Peau , ni dans la terre ; mais eft par tout.
Lucius Agathon Prifcius , qui n'eft ni fon
mari , ni fon amant , ni fon parent ; ni trifte
ni joyeux , ni pleurant ; fçait & ne sçait pas
pour qui il a pofé ceci , qui n'est ni Monument
, ni Pyramide , ni Tombeau.
Voici quelles font les penfées de M.Heuman.
La femme de Lot , dit- il , changée ,
felon la plus commune opinion , en Statuë
de Sel , n'étoit plus ni homme , ni femme
, ni hermaphrodite , ni rien de tout
ce que marquent les premieres lignes de
l'Epitaphe , cependant elle avoit été tout
cela enfemble. Car elle a été femme & vieille
, & d'elle ont pû fortir un homme , un
Hermaphrodite , une fille , &c. deforte qu'étant
, pour ainfi- dire , la matiere premiere
de
1798 MERCURE DE FRANCE
de toutes ces chofes , on peut dire avec
raifon qu'elle a été tout cela.
Ce qui fuit marque encore mieux fon
deftin , & convient parfaitement à la fenime
de Lot ; car elle n'a péri ni par la faim,
ni par le fer , ni par le poifon ; quoiqu'on
puiffe dire que ces trois chofes enfemble lui
ont ôté la vie. 1º . Elle avala un mortel
poifon répandu dans l'air par la pluye de
fouffre qui tomboit alors du Ciel. 2º . Elle
fouffrit une faim fpirituelle par le regret
qu'elle eut en regardant Sodome , aux
biens qu'elle y laiffoit , dont le defir &
la convoitife la devoroient , regret & faim -
dans lefquels elle ceffa de vivre. 3 ° . J'avouë
, continue M. Heuman , que le fer
m'embarraffe un peu ; peut-être l'Auteur
de l'Epitaphe a- t- il eu en vûe le récit de
quelques Voyageurs , qui content que
cette Statue de Sel eft fouvent mutilée
par ceux qui én coupent des morceauxavec
un couteau ou autre inftrument der
fer , ajoûtant que ce qu'ils en enlevent
eft auffi- tôt reproduit , enforte que la Sta--
tuë ne paroît preſque jamais défectueuſe,
ce que notre Interprete eftime fabuleux.-
Au refte , il est très - vrai de dire que
la femme de Loth n'eft ni au Ciel , ni dans
Les eaux , ni fur la terre , c'est-à - dire fépa--
rément, & cependant elle eſt partout. Car
elle eft fituée comme dans l'air , par con--
Lequenes
AOUST. 1730. 1799
fequent on peut dire qu'elle eft au Ciel ,
elle n'eft pas moins tout enſemble dans
·les eaux lorfqu'il pleut , & fur la terre
puifqu'elle eft pofée deffus .
L'Auteur de ce Monument eft Dieu.
même , ainfi il eft appellé très- à propos
Lucius , car il eft la lumiere , le Pere des
lumieres , qui habite dans une lumiere
inacceffible , &c. Le nom d'Agatho lui
convient auffi parfaitement , car nul n'eft
parfaitement bon , fi ce n'eft Dieu . Enfin ›
ce n'eſt pas fans raifon que Prifcius eft à·
la fuite de ces deux noms , c'eft en effet
ce Vieillard reſpectable qui eft ainfi repré--
fenté par le Prophete Daniel. On peut
bien dire auffi de Dieu , que ce neft ni
le Mari, ni l'Amant , ni le parent de la
femme de Loth , ainfi il n'eft pas éton--
nant qu'en dreffant ce Monument
il
n'ait été ni trifte , ni joyeux , ni en état de
verfer des larmes.
.
,
Si quelqu'un regarde ce Monument
comme une Piramide , un Sépulchre , & c . il·
s'écartera de la maniere ordinaire de par--
ler. Cependant on peut dire que la Statue
de Sel femble avoir été tout cela. En effet
elle a été tout enfemble & Monument &
Pyramide , s'élevant en l'air à la maniere
des Pyramides , elle a été auffi un Séput--
chre , qui contient une perfonne fans vie..
Enfin Dieu fait , fans doute , ce qu'il a :
Rosé,
1800 MERCURE DE FRANCE
pofé , mais on peut dire , en un lens , qu'il
nefçait pas fi c'eft là un Monument ou une
Pyramide , ou un Tombeau , car Dieu n'a
voulu faire aucune de ces trois choſes.
D'autres finiffent l'Epitaphe par ces paroles.
C'est ici un Tombeau qui ne renferme
point de Cadavre , c'eft un Cadavre qui n'a
point de Tombeau , mais c'eft un Cadavre
qui eft lui-même fon Tombeau. Ces paroles
font fi claires , dit M.Heuman , en finiffant
fon Interpretation , & s'appliquent fi parfaitement
à la femme de Loth , que ce
feror perdre le temps que d'en ajoûter ici
l'explication
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Résumé : « MONUMENTI AElia Laelia Crispis, sive celeberrimi AEnigmatis Bononiensis, [...] »
Le texte traite de l'explication historique d'une épitaphe énigmatique de Boulogne, dédiée au Sénat de cette ville par François Mastrius en 1717. Cette épitaphe a été mentionnée dans des journaux savants dès 1706 et 1684, où ils parlaient également d'un ouvrage similaire du Docteur Charles-César Malvasia. Les journalistes ont choisi de ne pas reproduire deux extraits de la dissertation de Mastrius, mais ont présenté l'explication de l'énigme par M. Heuman, publiée en 1706 et réimprimée en 1708. M. Heuman propose que l'épigramme énigmatique de Boulogne fait référence à la femme de Lot, transformée en statue de sel. Il explique que cette femme n'était plus ni homme, ni femme, ni hermaphrodite, mais avait été tout cela ensemble. Elle n'est morte ni de faim, ni par le fer, ni par le poison, mais par une combinaison de ces éléments. Heuman interprète également que la femme de Lot n'est ni au ciel, ni dans les eaux, ni sur la terre, mais partout à la fois. L'auteur du monument est identifié comme étant Dieu, représenté sous le nom de Lucius Agatho Prifcius. Dieu n'est ni le mari, ni l'amant, ni le parent de la femme de Lot, et n'a pas de sentiments humains. L'épigramme est vue comme une métaphore complexe de la condition de la femme de Lot, transformée en statue de sel.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7306
p. 1800-1802
« SPECIMEN LINGUAE PUNICAE in hodierna Melitensium superstitis orbi erudito [...] »
Début :
SPECIMEN LINGUAE PUNICAE in hodierna Melitensium superstitis orbi erudito [...]
Mots clefs :
Langue punique, Malte, Langue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « SPECIMEN LINGUAE PUNICAE in hodierna Melitensium superstitis orbi erudito [...] »
SPECIMEN LINGUE PUNICA in
hodierna Melitenfium fuperftitis orbi erudito
offert Jo. Henr. Majus Antiquit.
Græc. & OO. LL. Profeffor Gieffenfis ,
Marburgi Cattorum . Vol. in 8. 1718. C'està-
dire , Effay fur la Langue Punique qui
fubfifte encore aujourd'hui dans celle des Maltois
prefenté aux Sçavans , par Jean- Henry
Majus , Profeffeur des Antiquitez Grecques
&des Langues Orientales, à Gieſſen. 1. vol.
in 8. à Marpurg. 1718.
Pour prouver ce que M. Majus entreprend
de foutenir dans fa Differtation ,
il établit d'abord que le Peuple de l'Ifle
de Malthe , eft Phénicien d'origine. Les
Phéniciens , dit-il , du moins les Carthaginois
A O UST. 1730. 1801
ginois , leurs defcendans , y envoyerent
une Colonie à caufe de la commodité de
fa fituation entre l'Affrique & la Sicile ,
& de la fureté de fes Ports ; ils lui donnerent
le nom qu'elle porte encore aujourd'hui
, nom qui n'eft pas fans myftere
, & qui s'accorde parfaitement avec
tout ce qui convient à l'ancienne Malthe.
Cette origine eft d'ailleurs confirmée par
le culte commun que les Maltois , les Phé-
Iniciens & les Cartaginois ont rendu particulierement
à deux Divinitez , fçavoir ,
Junon & Hercules. De plus les Habitans
de Malthe ont de tout temps excellé comme
les Phéniciens , dans l'art de faire des
Robbes de pourpre , des Toiles , des Tapis
, &c d'une fabrique particuliere &
très - eftimée par tout où ils portoient leur
commerce. M. Majus venant enfuite au
point principal , rapporte une quantité
de termes très-ufitez dans la Langue des
Maltois d'aujourd'hui , qu'il prétend avoir
une affinité manifefte avec la Lanque Punique
, fans oublier la maniere d'exprimer
, & de tracer les principaux nombres
qui eft , felon lui toute Phénicienne , ce
qui acheve de prouver l'origine du Peuple
dont nous parlons. Le Sçavant Auteur
a mis à la fin de fa Piece l'Oraifon
Dominicale en Langue Maltoife , & il
prétend que les termes & les differentes
"
expreffions
1802 MERCURE DE FRANCE
expreffions qu'on y trouve fentent routà
- fait la Langue Punique.
Quoique M. Majus femble avoir épuifé
fon fujet. On peut affurer qu'il n'a pas
tout dit & que la preuve la plus décifive
lui eft échappée il l'auroit trouvée
dans les Hiftoriens , qui à l'occafion de
la Tranflation de l'Ordre des Chevaliers
de S. Jean de Jerufalem , * à Malthe , ont
parlé hiftoriquement de cette Ifle.M.l'Abbé
de Vertot , Commandeur de Santeni
qui vient d'écrire avec tant de force &
de dignité , l'Hiftoire entiere de cet Ordre
, nous la fournit dans fon troifiéme
Tome, Liv. 9. pag. 522. de l'Edition in 12.
1727. Nous l'emprunterons de cet illuftre
Auteur , perfuadez qu'elle fera plaifir à
M. Majus , & qu'il nous en fçaura gré.
Dans le temps que les Chevaliers de S. Fean
s'en mirent en poffeffion , on y trouvoit encore
fur des morceaux de Marbre & des Colomnes
brifées , des Infcriptions en Langue
Punique. Les Romains , pendant les guerres
de Sicile, en chafferent les Carthaginois, & c.
hodierna Melitenfium fuperftitis orbi erudito
offert Jo. Henr. Majus Antiquit.
Græc. & OO. LL. Profeffor Gieffenfis ,
Marburgi Cattorum . Vol. in 8. 1718. C'està-
dire , Effay fur la Langue Punique qui
fubfifte encore aujourd'hui dans celle des Maltois
prefenté aux Sçavans , par Jean- Henry
Majus , Profeffeur des Antiquitez Grecques
&des Langues Orientales, à Gieſſen. 1. vol.
in 8. à Marpurg. 1718.
Pour prouver ce que M. Majus entreprend
de foutenir dans fa Differtation ,
il établit d'abord que le Peuple de l'Ifle
de Malthe , eft Phénicien d'origine. Les
Phéniciens , dit-il , du moins les Carthaginois
A O UST. 1730. 1801
ginois , leurs defcendans , y envoyerent
une Colonie à caufe de la commodité de
fa fituation entre l'Affrique & la Sicile ,
& de la fureté de fes Ports ; ils lui donnerent
le nom qu'elle porte encore aujourd'hui
, nom qui n'eft pas fans myftere
, & qui s'accorde parfaitement avec
tout ce qui convient à l'ancienne Malthe.
Cette origine eft d'ailleurs confirmée par
le culte commun que les Maltois , les Phé-
Iniciens & les Cartaginois ont rendu particulierement
à deux Divinitez , fçavoir ,
Junon & Hercules. De plus les Habitans
de Malthe ont de tout temps excellé comme
les Phéniciens , dans l'art de faire des
Robbes de pourpre , des Toiles , des Tapis
, &c d'une fabrique particuliere &
très - eftimée par tout où ils portoient leur
commerce. M. Majus venant enfuite au
point principal , rapporte une quantité
de termes très-ufitez dans la Langue des
Maltois d'aujourd'hui , qu'il prétend avoir
une affinité manifefte avec la Lanque Punique
, fans oublier la maniere d'exprimer
, & de tracer les principaux nombres
qui eft , felon lui toute Phénicienne , ce
qui acheve de prouver l'origine du Peuple
dont nous parlons. Le Sçavant Auteur
a mis à la fin de fa Piece l'Oraifon
Dominicale en Langue Maltoife , & il
prétend que les termes & les differentes
"
expreffions
1802 MERCURE DE FRANCE
expreffions qu'on y trouve fentent routà
- fait la Langue Punique.
Quoique M. Majus femble avoir épuifé
fon fujet. On peut affurer qu'il n'a pas
tout dit & que la preuve la plus décifive
lui eft échappée il l'auroit trouvée
dans les Hiftoriens , qui à l'occafion de
la Tranflation de l'Ordre des Chevaliers
de S. Jean de Jerufalem , * à Malthe , ont
parlé hiftoriquement de cette Ifle.M.l'Abbé
de Vertot , Commandeur de Santeni
qui vient d'écrire avec tant de force &
de dignité , l'Hiftoire entiere de cet Ordre
, nous la fournit dans fon troifiéme
Tome, Liv. 9. pag. 522. de l'Edition in 12.
1727. Nous l'emprunterons de cet illuftre
Auteur , perfuadez qu'elle fera plaifir à
M. Majus , & qu'il nous en fçaura gré.
Dans le temps que les Chevaliers de S. Fean
s'en mirent en poffeffion , on y trouvoit encore
fur des morceaux de Marbre & des Colomnes
brifées , des Infcriptions en Langue
Punique. Les Romains , pendant les guerres
de Sicile, en chafferent les Carthaginois, & c.
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Résumé : « SPECIMEN LINGUAE PUNICAE in hodierna Melitensium superstitis orbi erudito [...] »
En 1718, Jean-Henry Majus, professeur des Antiquités Grecques et des Langues Orientales à Giessen, publie 'Specimen Lingue Punicae'. Cet ouvrage examine la persistance de la langue punique dans la langue maltaise contemporaine. Majus affirme que les Maltais sont d'origine phénicienne, les Carthaginois ayant fondé une colonie à Malte en raison de sa position stratégique entre l'Afrique et la Sicile. Cette origine est corroborée par le culte partagé de Junon et Hercule, ainsi que par l'expertise maltaise dans la fabrication de robes de pourpre, de toiles et de tapis, similaire à celle des Phéniciens. Majus identifie plusieurs termes maltais actuels qui montrent une affinité avec la langue punique, notamment dans l'expression et la notation des nombres. Il inclut l'Oraison Dominicale en maltais pour illustrer cette similitude linguistique. Cependant, le texte mentionne que Majus a omis de discuter des inscriptions puniques trouvées sur des morceaux de marbre et des colonnes brisées à Malte, preuves citées par des historiens comme l'Abbé de Vertot lors de la translation de l'Ordre des Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem.
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7307
p. 1802-1804
« WERNERI JACOBI CLAUSII, Angelus Politianus, sive de ejus vitâ, Scriptis [...] »
Début :
WERNERI JACOBI CLAUSII, Angelus Politianus, sive de ejus vitâ, Scriptis [...]
Mots clefs :
Écrivains grecs, Ange Politien
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « WERNERI JACOBI CLAUSII, Angelus Politianus, sive de ejus vitâ, Scriptis [...] »
WERNERI JACOBI CLAUSII , Angelus
Politianus , five de ejus vitâ , Scripris
& Moribus Liber. Magdeburgi , typis
Viduæ Chrift. Salfeldii , 1718. C'eftà-
dire , Differtation de M. Werner , fur
* Cela arriva le 26. Octobre 1$ 30.
la
A O UST. 1730. 1803
fur la Vie , les Ouvrages & les Moeurs de
Politien. A Magdebourg , vol. in- 8 . 1718 .
Le nom de Politien eft fi connu dansla
République des Lettres , qu'il eft inutile
de s'étendre ici fur ce fujet. Nous dirons
feulement que M. Werner a entrepris de
le deffendre contre toutes les accufations
qui lui ont été intentées par plufieurs Sçavans
, principalement contre celle qui eft
la plus grave & la plus dehonorante ,
fçavoir , l'Athéïfme.
JOH. ALBERTI FABRICII , SS.
Th. D. & Prof. publici , Bibliothecæ Græ
cæ Volumen IX. feu Libri V. Pars V. &
ultima.Hamburgi , fumptu Chriftiani Lie
bezeit , 1719. in - 4. C'est - à- dire , neuviéme
Volume , ou cinquième & derniere Partie
du cinquième Livre de la Biblioteque Grecque
de M. Fabricius , vol. in 4. A Hambourg
, 1719.
Entre tous les Ecrivains Grecs dont il
eft parlé dans ce IX Tome , & qui font
la matiere d'un long Extrait dans le Journal
de Lipfic , nous choifirons Pallade ,
Auteur du IV. fiecle , pour donner un
échantillon du grand Ouvrage entrepris
par M. Fabrice. Pallade , originaire de
Galatie, & Difciple d'Evagre de Pont, fut
Evêque d'Helenopolis en Bithynie ; nous
avons de lui une Hiftoire parfaitement
bien
1804 MERCURE DE FRANCE
1
bien écrite , des Moines & des femmes
retirées du monde , qui sétoient rendues
recommandables par la fainteté de leur
vie. Elle eft intitulée Xavsand , ou Hif
toire Laufiaque. Ce nom n'eft pas pris du
fond de fon fujet , mais de celui de Laufus,
Gouverneur de Cappadoce , Chambellan
de l'Empereur Théodofe le jeune,
à qui l'Ouvrage eft adreffé. Cette Hiftoire
également curieufe & édifiante , fut d'abord
donnée en Grec par Meurfius , &
imprimée à Amfterdam en 1619. on la
trouve auffi dans la Bibliotheque des Peres
, Édition de 1680. Ceux qui voudront
être inftruits plus à fond fur cet Auteur
& fur fes Ecrits , pourront confulter au
deffaut de la Bibliotheque Grecque de
M. Fabricius , qui n'eft pas entre les mains
de tout le monde , celles de M. Dupin
& de M. Cave , fçavant Anglois . Nous
nous contenterons d'ajoûter que Dom
Jean-Baptifte Bonnaud , Marfeillois , Benedictin
de la Congrégation de S. Maur,
a entrepris une nouvelle Edition , du même
Auteur, où fera non- feulement le Texte
Grec de Pallade , revû furdes Manufcrits
autentiques , -mais encore une Verfion Latine
& des Notes de fa façon , fans compter
la Vie de Pallade , l'Hiftoire & la Critique
de fes Ouvrages , &c.
Politianus , five de ejus vitâ , Scripris
& Moribus Liber. Magdeburgi , typis
Viduæ Chrift. Salfeldii , 1718. C'eftà-
dire , Differtation de M. Werner , fur
* Cela arriva le 26. Octobre 1$ 30.
la
A O UST. 1730. 1803
fur la Vie , les Ouvrages & les Moeurs de
Politien. A Magdebourg , vol. in- 8 . 1718 .
Le nom de Politien eft fi connu dansla
République des Lettres , qu'il eft inutile
de s'étendre ici fur ce fujet. Nous dirons
feulement que M. Werner a entrepris de
le deffendre contre toutes les accufations
qui lui ont été intentées par plufieurs Sçavans
, principalement contre celle qui eft
la plus grave & la plus dehonorante ,
fçavoir , l'Athéïfme.
JOH. ALBERTI FABRICII , SS.
Th. D. & Prof. publici , Bibliothecæ Græ
cæ Volumen IX. feu Libri V. Pars V. &
ultima.Hamburgi , fumptu Chriftiani Lie
bezeit , 1719. in - 4. C'est - à- dire , neuviéme
Volume , ou cinquième & derniere Partie
du cinquième Livre de la Biblioteque Grecque
de M. Fabricius , vol. in 4. A Hambourg
, 1719.
Entre tous les Ecrivains Grecs dont il
eft parlé dans ce IX Tome , & qui font
la matiere d'un long Extrait dans le Journal
de Lipfic , nous choifirons Pallade ,
Auteur du IV. fiecle , pour donner un
échantillon du grand Ouvrage entrepris
par M. Fabrice. Pallade , originaire de
Galatie, & Difciple d'Evagre de Pont, fut
Evêque d'Helenopolis en Bithynie ; nous
avons de lui une Hiftoire parfaitement
bien
1804 MERCURE DE FRANCE
1
bien écrite , des Moines & des femmes
retirées du monde , qui sétoient rendues
recommandables par la fainteté de leur
vie. Elle eft intitulée Xavsand , ou Hif
toire Laufiaque. Ce nom n'eft pas pris du
fond de fon fujet , mais de celui de Laufus,
Gouverneur de Cappadoce , Chambellan
de l'Empereur Théodofe le jeune,
à qui l'Ouvrage eft adreffé. Cette Hiftoire
également curieufe & édifiante , fut d'abord
donnée en Grec par Meurfius , &
imprimée à Amfterdam en 1619. on la
trouve auffi dans la Bibliotheque des Peres
, Édition de 1680. Ceux qui voudront
être inftruits plus à fond fur cet Auteur
& fur fes Ecrits , pourront confulter au
deffaut de la Bibliotheque Grecque de
M. Fabricius , qui n'eft pas entre les mains
de tout le monde , celles de M. Dupin
& de M. Cave , fçavant Anglois . Nous
nous contenterons d'ajoûter que Dom
Jean-Baptifte Bonnaud , Marfeillois , Benedictin
de la Congrégation de S. Maur,
a entrepris une nouvelle Edition , du même
Auteur, où fera non- feulement le Texte
Grec de Pallade , revû furdes Manufcrits
autentiques , -mais encore une Verfion Latine
& des Notes de fa façon , fans compter
la Vie de Pallade , l'Hiftoire & la Critique
de fes Ouvrages , &c.
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Résumé : « WERNERI JACOBI CLAUSII, Angelus Politianus, sive de ejus vitâ, Scriptis [...] »
Le texte présente deux ouvrages historiques et leurs auteurs. Le premier est une 'Dissertation de M. Werner' sur la vie, les œuvres et les mœurs de Politien, publiée à Magdebourg en 1718. Werner défend Politien contre diverses accusations, notamment celle d'athéisme. Le second ouvrage est le neuvième volume de la 'Bibliothèque Grecque' de JOH. ALBERTI FABRICII, publié à Hambourg en 1719. Ce volume discute de Pallade, un auteur du IVe siècle, originaire de Galatie et disciple d'Evagre de Pont. Pallade fut évêque d'Helenopolis en Bithynie et est connu pour son œuvre 'Xavsand, ou Histoire Lausiaque', une histoire des moines et des femmes retirées du monde. Cette œuvre fut d'abord publiée en grec par Meursius à Amsterdam en 1619 et est également disponible dans la Bibliothèque des Pères (édition de 1680). Dom Jean-Baptiste Bonnaud, un bénédictin, a entrepris une nouvelle édition de l'œuvre de Pallade, incluant le texte grec révisé, une version latine et des notes.
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7308
p. 1805-1810
« J. G. ECCARDI Observatio de Nummis ATTILAE Hunnorum Regis. Remarques [...] »
Début :
J. G. ECCARDI Observatio de Nummis ATTILAE Hunnorum Regis. Remarques [...]
Mots clefs :
Attila, Roi des Huns, Médaille, Cheval, Légende, Goths, Prince
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texteReconnaissance textuelle : « J. G. ECCARDI Observatio de Nummis ATTILAE Hunnorum Regis. Remarques [...] »
J. G. ECCARDI Obfervatio de Nummis
ATTILE Hunnorum Regis . Remarques
de Jean- George Eccard ,fur les Medailles
d'Attila Roi des Huns .
Une Médaille d'Attila rapportée par le
P. Bandouri , Benedictin , dans fon bas Empire
, a donné lieu à M. Eccard , Hiftoriographe
& Bibliotequaire du Roi George
d'Angleterre , Electeur d'Hanover , & c.
de faire les Remarques dont il s'agit ici.
>
•
Il obferve d'abord que c'eft mal à propos
que quelques Auteurs , & furtout les
plus modernes , ont dépeint Attila avec
de noires couleurs ; felon eux ce Conquerant
étoit feroce ,-barbare , & extrê
mement cruel . Un Ecrivain ancien & contemporain
nous le repréfente , au contraire
comme un Prince d'un naturel doux
& de très - bonnes moeurs . Il eft vrai , dit
M. Eccard , que les Romains l'ayant extrêmement
irrité, & lui ayant fouvent tendu
des embuches , Attila mit tout en ufage,
pour le venger & c'eft cette vengeance
pouffée un peu loin qui lui a acquis la mauvaife
réputation dont notre Auteur tâche
de le laver. Il aura peut- être de la peine à
réuffit ; car il faut avouer que le préjugé
eft grand & déja ancien au fujet de ce
Prince. Un habile Hiſtorien ( M. l'Abbé
de Vertot, Hift. de Malte , Liv. VI. ) pour
nous donner une jufte idée du fameux
у
Ta1806
MERCURE DE FRANCE
Tamerlan , dit qu'on peut regarder ce
Conquerant Tartare comme un autre Attila,
comme un fleau de Dieu & c.
Quoiqu'il en foit , cette idée de ferocité
& de barbarie qu'on s'eft faite de la
perfonne d'Attila , a paffé jufques fur fes
Médailles ; ce qui paroît qui paroît principalement
fur celle du Cabinet de Jean André Bofius
, grand bronze , où l'on voit d'un
côté la tête de ce Prince reprefenté vultu
truculento , comme parle notre Auteur , &
la barbe fort longue , avec cette Legen
de, ATTILA REX , & fur le Revers la
Ville d'Aquilée avec fon nom AQUILEIA.
Mais M. Eccard foutient que les meilleurs
Antiquaires ont toujours crû cette
Médaille fauffe & fuppofée.
Il parle enfuite de deux autres Médailles
prétendues d'Attila par J.Jacques Chiflet
, & par lui rapportées , comme ayant
été trouvées dans la terre à Besançon ;
elles font d'argent : d'un côté on voit le
bufte d'un Prince encore jeune , ayant
des aîles aux épaules ; & pour Legende
ATEULA. Au Revers un Cheval, la tête
levée , avec une corne au milieu ; fur le
dos un Bâton augural , & entre les pieds
du Cheval un Pentagone : dans l'Exergue
la Lune dans fon décours , avec ce
mot VLATOS .
Notre Antiquaire fait mention d'une .
troiAOUST.
1730. 1807
rroifiéme Médaille prefque femblable
qui lui a été communiquée par un Sçavant
de fes amis ( Reverendiſſ. Abbas Lucenfis
Gerhardus ) dont la Legende de la
Tête eft AT IU LA, & il n'oublie pas celle
que rapporte le P. Bandouri , dont la Legende
eft ATEUL. ayant fur le Revers
un Cheval fans corne & fans lituus , avec
ce mot , comme à celles de Befançon
VLATOS.
Du Cange & Mezabarbe en ont donné
une autre de bronze , où l'on voit d'un côté
la tête nuë d'un jeune homme avec ce
mot ATILA. Au Revers un Lion , fans.
Legende. Mezabarbe affure en avoir vû
une autre auffi de bronze , où du côté de
la Tête on lifoit ATHIL. au Revers un
Cheval fans Legende.
Si on en croit le P. Bandouri , toutes
ces Médailles font du fameux Attila ; Beger
, au contraire , les attribue à Vlacus .
Ateulus , Prince Celte ; mais fes preuves
ont paru foibles à M. Eccard , qui croit
avec Cambden qu'elles ont été frappées
pour un Prince Breton , fentiment fuivi
Gibſon dans fes Additions à l'Ouvra
de Cambden fur la Grande Bretagne,
& confirmé par de pareilles Médailles qui
ont été trouvées dans le même Pays : outre
que l'argent pur dont -elles font fabriquées
ne convient point au fiecle de
par
gc
barbaric
1808 MERCURE DE FRANCE
barbarie du Vainqueur des Romains
tems auquel on fe fervoit d'une matiere
bien inferieure pour la fabrique des Monnoyes.
Nous ne ferons qu'efleurer les autres
preuves qui concourent à donner ces Médailles
au Prince Breton ; le Pentagone
qu'on y voit êtoit une figure facrée chez
les Celtes , & le fimbole du bonheur
d'où vient qu'encore aujourd'hui dans la
haute Allemagne on appelle cette Figure
mifterieufe Druttenfuſſ. c'eſt- à - dire , Pied
des Druides ou des Prêtres Celtiques. L'épi
qu'on voit fur les Médailles de Cambden
& de Gibfon font un fimbole de la Grande
Bretagne , qui fe trouve auffi fur pluſieurs
Médailles de Cunobellinus , Roi Breton
ainfi que la Lune , autre figne de bonheurs
le Lituus , ou Bâton augural défigne
la Religion , & on trouve le Cheval
prefque fur toutes les Médailles Celtiques
& Britanniques , parcequ'on en nouriffoit
beaucoup dans l'un & dans l'autre Pays.
A l'égard de la Figure aîlée , elle convient
parfaitement , & s'accorde avec la Figure
de la Victoire Britannique VICTORIA
BRITANNICA , fi connue par les Médailles
d'Antonin Pie , de Commode , de
Severe , de Geta & c . Dion dans la Vie de
Neron remarque d'ailleurs que la Victoire
étoit particulierement adorée chez les
Brea
A O UST. 1730. 1809
·
Bretons fous le nom d'Adrafte ; il rapporte
même une Priere addreffée à cette Divinité
par Boodix ou Bundovix , Amazone
* Britannique . Cette derniere preuve
eft fort étendue dans notre Auteur ; mais
en voilà affez pour appuyer un fentiment
qui eft avancé avec beaucoup d'apparence
& de folidité.
M. Eccard après avoir exercé fa critique
fur des Médailles trop legerement
attribuées à Attila , en produit une de ce
Conquerant tirée de fon Cabinet dont il
nous garantit la verité en ces termes :
Attila Numus fi unquamgenuinus extitit ,
nos poffidere certum eft . Elle eft de petit
bronze ; d'un côté ce Prince eft repréfenté
fans barbe avec un air & un regard fort
doux , la tête couverte d'une efpece de
Thiare , qui eft un peu défigurée ſur la
Médaille ; ce qui paroît du corps eft habillé
d'une maniere barbare , corpus paludamento
barbarico veftitum eft ; fur le Re-
* Nous avons employé le terme d'Amazonne
Britannique après M. Eccardo M M. de Lipfic.
Ce terme qui a quelque chofe d'extraordinaire
n'eft point dans le Grec de Dion.ni dans la vers
fion de Xilandre que nous avons confultés; mais
l'Héroïne dont il eft ici queftion le méritoit fans
doute : fon avanture fait un des plus beaux
morceaux de l'Hiftorien Grec
propofons de la prefenter unur à nos Lecteurs
nous nous
F vers
1810 MERCURE DE FRANCE
vers il n'y a autre chofe que ces deux
mots en caracteres fort nets & bien confervés
, A DULA (REX ; ils font enfermés
, auffi bien que la Figure du premier
côté de la Médaille,dans une couronne de
laurier. A bien confiderer l'image & l'ha
billement de ce Prince , on y trouve quelchofe
de reffemblant à Baduila ou Toque
tila , Roi des Goths ; mais cela n'empê
che pas M. Eccard de foûtenir que la Médaille
eft veritablement d'Attilla . Cette
reffemblance , dit- il , vient de l'ufage
dans lequel étoit ce Frince , qui aimoit
les moeurs & la Langue des Goths , de
s'habiller à la Gothique , trouvant cette
manieré plus commode , & fi l'on veut
plus galante , elegantiùs , que celle de fon
Pays , comme les Goths eux - mêmes
avoient emprunté l'habit des Getes après
leur avoir fuccedé , en les chaffant des
Regions qu'ils avoient occupées fur le Danube
, ainfi que M. Eccard s'engage de
le faire voir ailleurs.
ATTILE Hunnorum Regis . Remarques
de Jean- George Eccard ,fur les Medailles
d'Attila Roi des Huns .
Une Médaille d'Attila rapportée par le
P. Bandouri , Benedictin , dans fon bas Empire
, a donné lieu à M. Eccard , Hiftoriographe
& Bibliotequaire du Roi George
d'Angleterre , Electeur d'Hanover , & c.
de faire les Remarques dont il s'agit ici.
>
•
Il obferve d'abord que c'eft mal à propos
que quelques Auteurs , & furtout les
plus modernes , ont dépeint Attila avec
de noires couleurs ; felon eux ce Conquerant
étoit feroce ,-barbare , & extrê
mement cruel . Un Ecrivain ancien & contemporain
nous le repréfente , au contraire
comme un Prince d'un naturel doux
& de très - bonnes moeurs . Il eft vrai , dit
M. Eccard , que les Romains l'ayant extrêmement
irrité, & lui ayant fouvent tendu
des embuches , Attila mit tout en ufage,
pour le venger & c'eft cette vengeance
pouffée un peu loin qui lui a acquis la mauvaife
réputation dont notre Auteur tâche
de le laver. Il aura peut- être de la peine à
réuffit ; car il faut avouer que le préjugé
eft grand & déja ancien au fujet de ce
Prince. Un habile Hiſtorien ( M. l'Abbé
de Vertot, Hift. de Malte , Liv. VI. ) pour
nous donner une jufte idée du fameux
у
Ta1806
MERCURE DE FRANCE
Tamerlan , dit qu'on peut regarder ce
Conquerant Tartare comme un autre Attila,
comme un fleau de Dieu & c.
Quoiqu'il en foit , cette idée de ferocité
& de barbarie qu'on s'eft faite de la
perfonne d'Attila , a paffé jufques fur fes
Médailles ; ce qui paroît qui paroît principalement
fur celle du Cabinet de Jean André Bofius
, grand bronze , où l'on voit d'un
côté la tête de ce Prince reprefenté vultu
truculento , comme parle notre Auteur , &
la barbe fort longue , avec cette Legen
de, ATTILA REX , & fur le Revers la
Ville d'Aquilée avec fon nom AQUILEIA.
Mais M. Eccard foutient que les meilleurs
Antiquaires ont toujours crû cette
Médaille fauffe & fuppofée.
Il parle enfuite de deux autres Médailles
prétendues d'Attila par J.Jacques Chiflet
, & par lui rapportées , comme ayant
été trouvées dans la terre à Besançon ;
elles font d'argent : d'un côté on voit le
bufte d'un Prince encore jeune , ayant
des aîles aux épaules ; & pour Legende
ATEULA. Au Revers un Cheval, la tête
levée , avec une corne au milieu ; fur le
dos un Bâton augural , & entre les pieds
du Cheval un Pentagone : dans l'Exergue
la Lune dans fon décours , avec ce
mot VLATOS .
Notre Antiquaire fait mention d'une .
troiAOUST.
1730. 1807
rroifiéme Médaille prefque femblable
qui lui a été communiquée par un Sçavant
de fes amis ( Reverendiſſ. Abbas Lucenfis
Gerhardus ) dont la Legende de la
Tête eft AT IU LA, & il n'oublie pas celle
que rapporte le P. Bandouri , dont la Legende
eft ATEUL. ayant fur le Revers
un Cheval fans corne & fans lituus , avec
ce mot , comme à celles de Befançon
VLATOS.
Du Cange & Mezabarbe en ont donné
une autre de bronze , où l'on voit d'un côté
la tête nuë d'un jeune homme avec ce
mot ATILA. Au Revers un Lion , fans.
Legende. Mezabarbe affure en avoir vû
une autre auffi de bronze , où du côté de
la Tête on lifoit ATHIL. au Revers un
Cheval fans Legende.
Si on en croit le P. Bandouri , toutes
ces Médailles font du fameux Attila ; Beger
, au contraire , les attribue à Vlacus .
Ateulus , Prince Celte ; mais fes preuves
ont paru foibles à M. Eccard , qui croit
avec Cambden qu'elles ont été frappées
pour un Prince Breton , fentiment fuivi
Gibſon dans fes Additions à l'Ouvra
de Cambden fur la Grande Bretagne,
& confirmé par de pareilles Médailles qui
ont été trouvées dans le même Pays : outre
que l'argent pur dont -elles font fabriquées
ne convient point au fiecle de
par
gc
barbaric
1808 MERCURE DE FRANCE
barbarie du Vainqueur des Romains
tems auquel on fe fervoit d'une matiere
bien inferieure pour la fabrique des Monnoyes.
Nous ne ferons qu'efleurer les autres
preuves qui concourent à donner ces Médailles
au Prince Breton ; le Pentagone
qu'on y voit êtoit une figure facrée chez
les Celtes , & le fimbole du bonheur
d'où vient qu'encore aujourd'hui dans la
haute Allemagne on appelle cette Figure
mifterieufe Druttenfuſſ. c'eſt- à - dire , Pied
des Druides ou des Prêtres Celtiques. L'épi
qu'on voit fur les Médailles de Cambden
& de Gibfon font un fimbole de la Grande
Bretagne , qui fe trouve auffi fur pluſieurs
Médailles de Cunobellinus , Roi Breton
ainfi que la Lune , autre figne de bonheurs
le Lituus , ou Bâton augural défigne
la Religion , & on trouve le Cheval
prefque fur toutes les Médailles Celtiques
& Britanniques , parcequ'on en nouriffoit
beaucoup dans l'un & dans l'autre Pays.
A l'égard de la Figure aîlée , elle convient
parfaitement , & s'accorde avec la Figure
de la Victoire Britannique VICTORIA
BRITANNICA , fi connue par les Médailles
d'Antonin Pie , de Commode , de
Severe , de Geta & c . Dion dans la Vie de
Neron remarque d'ailleurs que la Victoire
étoit particulierement adorée chez les
Brea
A O UST. 1730. 1809
·
Bretons fous le nom d'Adrafte ; il rapporte
même une Priere addreffée à cette Divinité
par Boodix ou Bundovix , Amazone
* Britannique . Cette derniere preuve
eft fort étendue dans notre Auteur ; mais
en voilà affez pour appuyer un fentiment
qui eft avancé avec beaucoup d'apparence
& de folidité.
M. Eccard après avoir exercé fa critique
fur des Médailles trop legerement
attribuées à Attila , en produit une de ce
Conquerant tirée de fon Cabinet dont il
nous garantit la verité en ces termes :
Attila Numus fi unquamgenuinus extitit ,
nos poffidere certum eft . Elle eft de petit
bronze ; d'un côté ce Prince eft repréfenté
fans barbe avec un air & un regard fort
doux , la tête couverte d'une efpece de
Thiare , qui eft un peu défigurée ſur la
Médaille ; ce qui paroît du corps eft habillé
d'une maniere barbare , corpus paludamento
barbarico veftitum eft ; fur le Re-
* Nous avons employé le terme d'Amazonne
Britannique après M. Eccardo M M. de Lipfic.
Ce terme qui a quelque chofe d'extraordinaire
n'eft point dans le Grec de Dion.ni dans la vers
fion de Xilandre que nous avons confultés; mais
l'Héroïne dont il eft ici queftion le méritoit fans
doute : fon avanture fait un des plus beaux
morceaux de l'Hiftorien Grec
propofons de la prefenter unur à nos Lecteurs
nous nous
F vers
1810 MERCURE DE FRANCE
vers il n'y a autre chofe que ces deux
mots en caracteres fort nets & bien confervés
, A DULA (REX ; ils font enfermés
, auffi bien que la Figure du premier
côté de la Médaille,dans une couronne de
laurier. A bien confiderer l'image & l'ha
billement de ce Prince , on y trouve quelchofe
de reffemblant à Baduila ou Toque
tila , Roi des Goths ; mais cela n'empê
che pas M. Eccard de foûtenir que la Médaille
eft veritablement d'Attilla . Cette
reffemblance , dit- il , vient de l'ufage
dans lequel étoit ce Frince , qui aimoit
les moeurs & la Langue des Goths , de
s'habiller à la Gothique , trouvant cette
manieré plus commode , & fi l'on veut
plus galante , elegantiùs , que celle de fon
Pays , comme les Goths eux - mêmes
avoient emprunté l'habit des Getes après
leur avoir fuccedé , en les chaffant des
Regions qu'ils avoient occupées fur le Danube
, ainfi que M. Eccard s'engage de
le faire voir ailleurs.
Fermer
Résumé : « J. G. ECCARDI Observatio de Nummis ATTILAE Hunnorum Regis. Remarques [...] »
Le texte 'Obfervatio de Nummis' de Jean-George Eccard aborde les médailles attribuées à Attila, roi des Huns. Eccard conteste la vision moderne d'Attila comme un conquérant féroce et barbare, préférant suivre les descriptions des écrivains anciens qui le présentent comme un prince doux et de bonnes mœurs. Cette réputation négative serait le résultat de la vengeance d'Attila contre les Romains, qui lui tendaient souvent des pièges. Eccard analyse plusieurs médailles prétendument d'Attila. La première, en bronze, montre Attila avec une barbe longue et est considérée comme fausse par les antiquaires. Deux autres médailles, en argent et trouvées à Besançon, représentent un prince jeune avec des ailes et un cheval avec une corne. D'autres médailles portent des légendes variées comme 'ATEULA' ou 'ATILA'. Le texte discute des attributions de ces médailles, certaines étant attribuées à Vlacus Ateulus, un prince celte, tandis qu'Eccard les attribue à un prince breton. Les symboles sur les médailles, comme le pentagone et le cheval, sont des figures sacrées chez les Celtes. Eccard conclut en présentant une médaille d'Attila en petit bronze, où le roi est représenté sans barbe et avec un regard doux, habillé à la manière gothique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7309
p. 1810-1816
« GEMMARUM affabrè sculptarum Thesaurus, quem suis sumptibus collegit J. [...] »
Début :
GEMMARUM affabrè sculptarum Thesaurus, quem suis sumptibus collegit J. [...]
Mots clefs :
Pierres précieuses, Marbre antique, Dissertation, Marbre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « GEMMARUM affabrè sculptarum Thesaurus, quem suis sumptibus collegit J. [...] »
GEMMARUM affabrè fculptarum Thefaurus
, quem fuis fumptibus collegit J.
Mart. ab Ebermayer Norimbergenfis ,
Digeffit & recenfuit J. Jacobus Baierus
Ph . & Med. Doctor hujufque in Acad .
Altorfina Profeffor Primarius . Noribergæ
1. vol. in fol. 1720. &c. C'eſt - à-dire 9
Trefor
A O UST . 1730. 181 1
Trefor de Pierres précieufes excellemment gravées
, recueilli par Jean Martin d'Ebermayer
de Nuremberg , mis en ordre & expliqué
parJean Jacques Bayer , Docteur &
Premier Profeffeur en Medecine de l'Univerfité
d'Altor . 1. Vol. in fol. à Nuremberg,
1720. chez l'Auteur du Recueil.
M. d'Ebermayer eft un riche Marchand
de Nuremberg , qui poffede un fort beau
Cabinet , dont les Pierres gravées font la
plus belle & la principale partie . Les Antiquaires
lui doivent le foin qu'il a pris,
de les amaffer à grands frais , & ils doi
vent à M. Bayer la peine qu'il s'eft donnée
de les examiner & de les expliquer. Parmi
les Piéces les plus rares & les plus curieufes
de ce Tréfor , reprefenté dans le Livre
en 30. Planches , d'une très-belle gravure,
on diftingue la Déeffe Flore, l'Enlevement
de Proferpine , le Triomphe de Bacchus
& d'Adiadne , un double Sacrifice à Diane
, le Jugement de Pâris , fur une trèsbelle
Calcedoine ; l'Enlevement des Sabines
le Jugement d'Horace & l'Action
Héroïque de Scevola , divers Empereurs
Romains , le Triomphe de Tite , enfin
plufieurs Divinités & plufieurs Mifteres
de la Théologie Payenne , fur lefquels ,
M. Bayer fait paroître beaucoup d'érudition.
Fij COR
1812 MERCURE DE FRANCE
CORNELII VAN BYNKERSHOEK ,
& Senatoris opufculum de jure occidendi ,
vendendi & exponendi liberos apud veteres
Romanos. Lugduni Batav . 1719. in
4. c'est à dire , Opufcule de Corneille Van
Bynkershoek , Furifconfulte & Senateur , fur
le droit de faire mourir , de vendre & d'expofer
les enfans chez les anciens Romains.
A Leyde, vol . in 4. 1719.
Si nous jugeons de cet Ouvrage par
l'Extrait qu'en ont fait M M. du Journal
de Lipfic , il doit être fort étendu , & le.
Titre d'Opufcule eft un peu trop modefte .
Pour le fonds dans lequel nous nous dif-.
penfons d'entrer , il nous a paru que c'eft
une matiere plus curieufe qu'utile & intereffante
, & qui repreſente parfaitement
bien le génie de domination , la ferocité
& la dureté naturelle des anciensRomains.
ΠΕΡΙ ΤΩΝ ΚΑΘΗΚΟΝΤΩΝ BIBAO
& c. c'est-à-dire , Traité des Offices
ou des Devoirs de la Vi : Civile , écrit par le
Prince Jean Nicolas , Fils d'Alexandre
Maurocordato , Vaivode , & Seigneur de
toute la Valachie & c.1.vol. in 4. à Buchereft
1719 .
Parmi les Princes qui fe font appliqués
à l'étude des Lettres , on en compte plufieurs
qui ont laiffé à la pofterité des Monumens
refpectables de cette application,
&
Á O UST. 1730. 1813
que
>
& dans ce nombre on diftingue particulierement
ceux qui nous ont laiffé des
Traités de Morale ; tels font Marc- Aurele
, Empereur Romain , Leon le Philo
fophe , Bazile & Conftantin , Empereurs
Grecs , Jacques I. Roi d'Angleterre , &
voici le Sereniffime Prince Jean Nicolas
Maurocordato , qui de nos jours , en fuivant
les traces de ces Grands Hommes , à
l'honneur des Lettres & des Lettres
Grecques , dont on peut dire qu'il eft le
Reftaurateur & le Mecéne , nous donne
auffi un Ouvrage de Morale écrit en
Grec , avec autant d'élegance & de politeffe
de folidité ; il eft intitulé nel
Twv xaðnнóvTWV , ou des Devoirs qui conviennent
à la Vie Civile , en commençant
par la Religion , & traittant en particulier
des devoirs du Prince à cet égard . L'illuſtre
Auteur , outre l'Ecriture , les Peres & les
meilleurs Auteurs Ecclefiaftiqnes , n'oublie
pas ce que les Ecrivains Prophanes
ont dit de bon fur la Morale , appuyé
particulierement de l'autorité de S. Bafile
le Grand , qui a fait un excellent Traité
de l'utilité qu'on peut tirer des Ecrits des
Auteurs Prophanes. Nous fommes fâchés
de ne pouvoir pas entrer dans le détail
de cet Ouvrage ; M M. de Lipfic y ont
fuppléé en nous faifant connoître un bon
Livre , imprimé dans le fond de la Vala-
F iij chic
1814 MERCURE DE FRANCE
chie , qui fans eux feroit ignoré dans plu
fieurs Contrées de l'Europe Sçavante.
JOANNIS OLIVE RHODIGINI ,
in marmor Ifiacum Romæ nuper effoffum ,
Exercitationes ad Reverendiffimum Patrem
Magiftrum F. ANTONIUM CLOCHE
, totius Dominicanæ Familiæ Generalem.
1. vol. in 8. Romæ , apud Joannem
Mariam Salvioni , Typographus Vaticuni
, in Archigymnafio Sapientiæ 1719 ..
c'eft à- dire , Differtation de Jean Oliva
fur un marbre antique confacré à la Déeffe
Ifis , découvert depuis peu à Rome , addref
fée au R. P. Antoine Cloche , General des
Dominicains. A Rome vol . in 8. 1719 .
Il y a environ dix ans que les Religieux
de l'Ordre de S. Dominique , du Convent
de la Minerve , en faiſant creufer les fondemens
de quelques nouveaux Edifices ,
pour procurer principalement un eſpace
plus convenable à la fameufe Bibliotheque
du Cardinal Cafenate , trouverent un
Marbre antique , orné de Figures en bas
reliefs, d'une fculpture exquife fur fes
tre faces , bas reliefs qui charmerent les
Connoiffeurs , & qui les déterminerent à
juger que ce marbre a été un Monument
confacré au culte de la Déeffe Ifis . Peu
de tems aprés cette découverte , le fçayant
M. Oliva fe trouvant à Rome étudia ce
qua-
Monu
A O UST. 1730. 1815'
*
Monument, & prononça là deffus un Diſcours
dans la Bibliotheque dont nous venons
de parler. Il fut depuis invité par
les deux habiles hommes qui préſident à
cette Bibliotheque , de publier fon fentiment
, & de faire connoître à tout le mon
de fçavant ce qu'il penfe du Monument
dont il s'agit , ce que M. Oliva ne pût refufer
, & ce qui donna lieu à une Differtation
dont M M. de Lipfic ont fait un
Extrait qui fait honneur à leur goût & à
P'habileté de l'Auteur.
Cet Extrait eft fuivi d'une autre Differtation
fur le même fujet , imprimée toute
entiere dans le même Journal , laquelle
porte pour titre In idem illud marmor
Ifiacum GEORGII CHRISTIANI GEBAVERI,
Vratislavienfis Exercitatio . Ce
fecond Antiquaire fait paroître auffi beaucoup
d'érudition ; mais il n'eft pas du fentiment
de M. Oliva en expliquant les fimboles
qui fe trouvent fur ce marbre Egyptien.
Ils conviennent encore moins du nom
qu'il faut lui donner ; étoit-ce un Autel ?
la Bafe ou le Piédeftal d'une Statuë ? d'une
Colomne ou fimplement une Pierre Votive
&c. c'est ce qu'il n'eft pas aifé de déterminer.
Nous ren voyons les Curieux
aux Recherches de ces M M. & au deffein
parfaitement bien gravé des Bas - Reliefs
en queftion , qui fe trouve auffi dans
F iiij
le
#1816 MERCURE DE FRANCE
le Journal de Lipfic , page 394. de la même
année 1720 .
, quem fuis fumptibus collegit J.
Mart. ab Ebermayer Norimbergenfis ,
Digeffit & recenfuit J. Jacobus Baierus
Ph . & Med. Doctor hujufque in Acad .
Altorfina Profeffor Primarius . Noribergæ
1. vol. in fol. 1720. &c. C'eſt - à-dire 9
Trefor
A O UST . 1730. 181 1
Trefor de Pierres précieufes excellemment gravées
, recueilli par Jean Martin d'Ebermayer
de Nuremberg , mis en ordre & expliqué
parJean Jacques Bayer , Docteur &
Premier Profeffeur en Medecine de l'Univerfité
d'Altor . 1. Vol. in fol. à Nuremberg,
1720. chez l'Auteur du Recueil.
M. d'Ebermayer eft un riche Marchand
de Nuremberg , qui poffede un fort beau
Cabinet , dont les Pierres gravées font la
plus belle & la principale partie . Les Antiquaires
lui doivent le foin qu'il a pris,
de les amaffer à grands frais , & ils doi
vent à M. Bayer la peine qu'il s'eft donnée
de les examiner & de les expliquer. Parmi
les Piéces les plus rares & les plus curieufes
de ce Tréfor , reprefenté dans le Livre
en 30. Planches , d'une très-belle gravure,
on diftingue la Déeffe Flore, l'Enlevement
de Proferpine , le Triomphe de Bacchus
& d'Adiadne , un double Sacrifice à Diane
, le Jugement de Pâris , fur une trèsbelle
Calcedoine ; l'Enlevement des Sabines
le Jugement d'Horace & l'Action
Héroïque de Scevola , divers Empereurs
Romains , le Triomphe de Tite , enfin
plufieurs Divinités & plufieurs Mifteres
de la Théologie Payenne , fur lefquels ,
M. Bayer fait paroître beaucoup d'érudition.
Fij COR
1812 MERCURE DE FRANCE
CORNELII VAN BYNKERSHOEK ,
& Senatoris opufculum de jure occidendi ,
vendendi & exponendi liberos apud veteres
Romanos. Lugduni Batav . 1719. in
4. c'est à dire , Opufcule de Corneille Van
Bynkershoek , Furifconfulte & Senateur , fur
le droit de faire mourir , de vendre & d'expofer
les enfans chez les anciens Romains.
A Leyde, vol . in 4. 1719.
Si nous jugeons de cet Ouvrage par
l'Extrait qu'en ont fait M M. du Journal
de Lipfic , il doit être fort étendu , & le.
Titre d'Opufcule eft un peu trop modefte .
Pour le fonds dans lequel nous nous dif-.
penfons d'entrer , il nous a paru que c'eft
une matiere plus curieufe qu'utile & intereffante
, & qui repreſente parfaitement
bien le génie de domination , la ferocité
& la dureté naturelle des anciensRomains.
ΠΕΡΙ ΤΩΝ ΚΑΘΗΚΟΝΤΩΝ BIBAO
& c. c'est-à-dire , Traité des Offices
ou des Devoirs de la Vi : Civile , écrit par le
Prince Jean Nicolas , Fils d'Alexandre
Maurocordato , Vaivode , & Seigneur de
toute la Valachie & c.1.vol. in 4. à Buchereft
1719 .
Parmi les Princes qui fe font appliqués
à l'étude des Lettres , on en compte plufieurs
qui ont laiffé à la pofterité des Monumens
refpectables de cette application,
&
Á O UST. 1730. 1813
que
>
& dans ce nombre on diftingue particulierement
ceux qui nous ont laiffé des
Traités de Morale ; tels font Marc- Aurele
, Empereur Romain , Leon le Philo
fophe , Bazile & Conftantin , Empereurs
Grecs , Jacques I. Roi d'Angleterre , &
voici le Sereniffime Prince Jean Nicolas
Maurocordato , qui de nos jours , en fuivant
les traces de ces Grands Hommes , à
l'honneur des Lettres & des Lettres
Grecques , dont on peut dire qu'il eft le
Reftaurateur & le Mecéne , nous donne
auffi un Ouvrage de Morale écrit en
Grec , avec autant d'élegance & de politeffe
de folidité ; il eft intitulé nel
Twv xaðnнóvTWV , ou des Devoirs qui conviennent
à la Vie Civile , en commençant
par la Religion , & traittant en particulier
des devoirs du Prince à cet égard . L'illuſtre
Auteur , outre l'Ecriture , les Peres & les
meilleurs Auteurs Ecclefiaftiqnes , n'oublie
pas ce que les Ecrivains Prophanes
ont dit de bon fur la Morale , appuyé
particulierement de l'autorité de S. Bafile
le Grand , qui a fait un excellent Traité
de l'utilité qu'on peut tirer des Ecrits des
Auteurs Prophanes. Nous fommes fâchés
de ne pouvoir pas entrer dans le détail
de cet Ouvrage ; M M. de Lipfic y ont
fuppléé en nous faifant connoître un bon
Livre , imprimé dans le fond de la Vala-
F iij chic
1814 MERCURE DE FRANCE
chie , qui fans eux feroit ignoré dans plu
fieurs Contrées de l'Europe Sçavante.
JOANNIS OLIVE RHODIGINI ,
in marmor Ifiacum Romæ nuper effoffum ,
Exercitationes ad Reverendiffimum Patrem
Magiftrum F. ANTONIUM CLOCHE
, totius Dominicanæ Familiæ Generalem.
1. vol. in 8. Romæ , apud Joannem
Mariam Salvioni , Typographus Vaticuni
, in Archigymnafio Sapientiæ 1719 ..
c'eft à- dire , Differtation de Jean Oliva
fur un marbre antique confacré à la Déeffe
Ifis , découvert depuis peu à Rome , addref
fée au R. P. Antoine Cloche , General des
Dominicains. A Rome vol . in 8. 1719 .
Il y a environ dix ans que les Religieux
de l'Ordre de S. Dominique , du Convent
de la Minerve , en faiſant creufer les fondemens
de quelques nouveaux Edifices ,
pour procurer principalement un eſpace
plus convenable à la fameufe Bibliotheque
du Cardinal Cafenate , trouverent un
Marbre antique , orné de Figures en bas
reliefs, d'une fculpture exquife fur fes
tre faces , bas reliefs qui charmerent les
Connoiffeurs , & qui les déterminerent à
juger que ce marbre a été un Monument
confacré au culte de la Déeffe Ifis . Peu
de tems aprés cette découverte , le fçayant
M. Oliva fe trouvant à Rome étudia ce
qua-
Monu
A O UST. 1730. 1815'
*
Monument, & prononça là deffus un Diſcours
dans la Bibliotheque dont nous venons
de parler. Il fut depuis invité par
les deux habiles hommes qui préſident à
cette Bibliotheque , de publier fon fentiment
, & de faire connoître à tout le mon
de fçavant ce qu'il penfe du Monument
dont il s'agit , ce que M. Oliva ne pût refufer
, & ce qui donna lieu à une Differtation
dont M M. de Lipfic ont fait un
Extrait qui fait honneur à leur goût & à
P'habileté de l'Auteur.
Cet Extrait eft fuivi d'une autre Differtation
fur le même fujet , imprimée toute
entiere dans le même Journal , laquelle
porte pour titre In idem illud marmor
Ifiacum GEORGII CHRISTIANI GEBAVERI,
Vratislavienfis Exercitatio . Ce
fecond Antiquaire fait paroître auffi beaucoup
d'érudition ; mais il n'eft pas du fentiment
de M. Oliva en expliquant les fimboles
qui fe trouvent fur ce marbre Egyptien.
Ils conviennent encore moins du nom
qu'il faut lui donner ; étoit-ce un Autel ?
la Bafe ou le Piédeftal d'une Statuë ? d'une
Colomne ou fimplement une Pierre Votive
&c. c'est ce qu'il n'eft pas aifé de déterminer.
Nous ren voyons les Curieux
aux Recherches de ces M M. & au deffein
parfaitement bien gravé des Bas - Reliefs
en queftion , qui fe trouve auffi dans
F iiij
le
#1816 MERCURE DE FRANCE
le Journal de Lipfic , page 394. de la même
année 1720 .
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Résumé : « GEMMARUM affabrè sculptarum Thesaurus, quem suis sumptibus collegit J. [...] »
Le texte présente plusieurs ouvrages et découvertes historiques. Jean Martin d'Ebermayer, un riche marchand de Nuremberg, a compilé un recueil de pierres précieuses gravées intitulé 'GEMMARUM affabre fculptarum Thefaurus'. Cet ouvrage, publié en 1720, contient 30 planches de gravures représentant des scènes mythologiques et historiques, telles que 'La Déeffe Flore', 'L'Enlevement de Proserpine', et divers empereurs romains. Les explications des gravures ont été fournies par Jean Jacques Bayer, professeur de médecine à l'Université d'Altorf. Corneille Van Bynkershoek, juriste et sénateur, a publié en 1719 à Leyde un ouvrage sur le droit de faire mourir, de vendre et d'exposer les enfants chez les anciens Romains. Le prince Jean Nicolas Maurocordato, vaivode de Valachie, a écrit un traité de morale intitulé 'ΠΕΡΙ ΤΩΝ ΚΑΘΗΚΟΝΤΩΝ BIBAO' ou 'Traité des Offices ou des Devoirs de la Vie Civile'. Publié à Bucarest en 1719, cet ouvrage traite des devoirs civiques et religieux, s'appuyant sur des sources ecclésiastiques et profanes. Enfin, le texte mentionne la découverte d'un marbre antique consacré à la déesse Isis, trouvé à Rome par des dominicains. Jean Oliva et Georg Christian Gebauer ont publié des dissertations sur ce monument, chacune offrant des interprétations différentes des symboles et de la fonction du marbre. Ces dissertations ont été publiées à Rome en 1719 et dans le Journal de Lipfic.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7310
p. 1816-1818
L'Art d'enseigner le Latin aux enfans en les divertissant & sans qu'ils s'en apperçoivent, [titre d'après la table]
Début :
L'ART D'ENSEIGNER LE LATIN aux petits enfans en les divertissant & sans [...]
Mots clefs :
Latin, Enfants, Éducation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Art d'enseigner le Latin aux enfans en les divertissant & sans qu'ils s'en apperçoivent, [titre d'après la table]
L'ART D'ENSEIGNER LE LATIN aux
petits enfans en les divertiffant & fans
qu'ils s'en aperçoivent. Dépendance de
L'Art d'élever la jeuneffe , felon la difference
des âges , du fexe & des conditions;
par M. de Vallanges . A Paris , Quay des
Auguftins & rue S. Jacques , chez Gandouin
& Laifnel , 1730.
M. de Vallanges ne fe dément point ;
continuellement animé d'un zele ardent
pour le bien public en general , & pour
l'avancement des Lettres & l'éducation
des enfans , defcend dans ce petit ouvrage
jufques dans les moindres détails ,
fur tout ce qu'il croit pouvoir être utile
à tous les vaftes projets. Quand on joindra
le Latin aux Arts & aux Sciences , dit il ,
on ne verra plus gueres de Faineans , qui
font les Chenilles , les Sauterelles & les
Hannetons de chaque Etat.... Outre les
avantages de la nouvelle Méthode , j'ajouterai
que l'on enfeigne le Latin à peu
de frais , parce qu'on n'eft pas long temps
à l'apprendre, & que l'on n'ufe ni encre ,
ni plumes , ni papier ; par ce moyen les
enfans ne tâcheront ni leur linge, ni leurs
habits , & ils ne gâteront pas leurs mains,
comme ils font à prefent en grifonant
leurs
A O UST. 1730. 1817
leurs Thémes. . . Et comme il n'y
a point de Thémes à compofer , on épargne
auffi les Verges & les Férules , inftrumens
qu'on ne connoît point du tout
dans mon fyftême d'étude .
Il prend la précaution à la page 16 ;
de prier le Lecteur d'excufer fes naïvetez
, les entretiens familiers ne demandant
pas tant de régularité . Je ne parle
point icy en Académicien , dit-il.
Dans l'art d'élever les enfans qui font à la
mammelle, l'Auteur ne veut point que les
enfans connoiffent leurs nourrices. On
peut tirer de tres- grands avantages de
cette pratique , pourfuit- il . Le commerce
d'entretien d'un enfant avec fa nourrice
ne peut être que très
préjudiciable
aux enfans , ainfi je ne le fouffrirois
point
du tout.Vous en verrez la raifon dans mon
Art d'élever
les enfans
à la mammelle
.
Dans ce qui regarde
l'éducation
de la
jeuneffe
, je vous confeille
de tout changer;
j'offre de fournir
dans tres- peu de
temps un tres- grand nombre
de Gouvernantes
& de Promeneufes
, & de Remueufes
Latiniftes
; il ne faudroit
pas un an
pour en fournir
tout Paris , toutes les
Villes de Province
, & tout les Païs Etrangers.
Une Chandelle
allumée
en allume
bien vîte dix autres , les dix autres
en allument
chacune
, &c. & ainfi dans peu de
F v A
(1818 MERCURE DE FRANCE .
temps toute la Terre feroit latine.
A la page 68 , & fuivantes, M. de Vallanges
, donne des idées generales d'Academies
inftructives
, propres
aux garçons
&
aux filles de differens états. N'oublions
pas
cette circonftance
: Je donnerai
le moyen
inceffamment
, dit- il , que cette éducation
ne coute rien du tout aux parens .
le
C'eft par le miniftere des filles , pourfuit
l'Auteur , que l'on donnera la forme
à tous les enfans des deux fexes , de quelques
conditions qu'ils foient . C'eſt par
moyen de ces filles que l'on enfeignera
les Langues , les Sciences , les Arts , les
Hiftoires & même les exercices du corps;
en plaifantera qui voudra , je fçai à quoi
m'en tenir.
petits enfans en les divertiffant & fans
qu'ils s'en aperçoivent. Dépendance de
L'Art d'élever la jeuneffe , felon la difference
des âges , du fexe & des conditions;
par M. de Vallanges . A Paris , Quay des
Auguftins & rue S. Jacques , chez Gandouin
& Laifnel , 1730.
M. de Vallanges ne fe dément point ;
continuellement animé d'un zele ardent
pour le bien public en general , & pour
l'avancement des Lettres & l'éducation
des enfans , defcend dans ce petit ouvrage
jufques dans les moindres détails ,
fur tout ce qu'il croit pouvoir être utile
à tous les vaftes projets. Quand on joindra
le Latin aux Arts & aux Sciences , dit il ,
on ne verra plus gueres de Faineans , qui
font les Chenilles , les Sauterelles & les
Hannetons de chaque Etat.... Outre les
avantages de la nouvelle Méthode , j'ajouterai
que l'on enfeigne le Latin à peu
de frais , parce qu'on n'eft pas long temps
à l'apprendre, & que l'on n'ufe ni encre ,
ni plumes , ni papier ; par ce moyen les
enfans ne tâcheront ni leur linge, ni leurs
habits , & ils ne gâteront pas leurs mains,
comme ils font à prefent en grifonant
leurs
A O UST. 1730. 1817
leurs Thémes. . . Et comme il n'y
a point de Thémes à compofer , on épargne
auffi les Verges & les Férules , inftrumens
qu'on ne connoît point du tout
dans mon fyftême d'étude .
Il prend la précaution à la page 16 ;
de prier le Lecteur d'excufer fes naïvetez
, les entretiens familiers ne demandant
pas tant de régularité . Je ne parle
point icy en Académicien , dit-il.
Dans l'art d'élever les enfans qui font à la
mammelle, l'Auteur ne veut point que les
enfans connoiffent leurs nourrices. On
peut tirer de tres- grands avantages de
cette pratique , pourfuit- il . Le commerce
d'entretien d'un enfant avec fa nourrice
ne peut être que très
préjudiciable
aux enfans , ainfi je ne le fouffrirois
point
du tout.Vous en verrez la raifon dans mon
Art d'élever
les enfans
à la mammelle
.
Dans ce qui regarde
l'éducation
de la
jeuneffe
, je vous confeille
de tout changer;
j'offre de fournir
dans tres- peu de
temps un tres- grand nombre
de Gouvernantes
& de Promeneufes
, & de Remueufes
Latiniftes
; il ne faudroit
pas un an
pour en fournir
tout Paris , toutes les
Villes de Province
, & tout les Païs Etrangers.
Une Chandelle
allumée
en allume
bien vîte dix autres , les dix autres
en allument
chacune
, &c. & ainfi dans peu de
F v A
(1818 MERCURE DE FRANCE .
temps toute la Terre feroit latine.
A la page 68 , & fuivantes, M. de Vallanges
, donne des idées generales d'Academies
inftructives
, propres
aux garçons
&
aux filles de differens états. N'oublions
pas
cette circonftance
: Je donnerai
le moyen
inceffamment
, dit- il , que cette éducation
ne coute rien du tout aux parens .
le
C'eft par le miniftere des filles , pourfuit
l'Auteur , que l'on donnera la forme
à tous les enfans des deux fexes , de quelques
conditions qu'ils foient . C'eſt par
moyen de ces filles que l'on enfeignera
les Langues , les Sciences , les Arts , les
Hiftoires & même les exercices du corps;
en plaifantera qui voudra , je fçai à quoi
m'en tenir.
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Résumé : L'Art d'enseigner le Latin aux enfans en les divertissant & sans qu'ils s'en apperçoivent, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'L'Art d'enseigner le latin aux petits enfans en les divertissant & sans qu'ils s'en aperçoivent' de M. de Vallanges, publié à Paris en 1730, présente une méthode innovante pour l'apprentissage du latin chez les enfants. Vallanges vise à combiner l'enseignement du latin avec les arts et les sciences pour réduire l'oisiveté. Sa méthode permet un apprentissage rapide et économique, sans matériel coûteux, et évite de salir les vêtements et les mains des enfants, tout en supprimant les punitions corporelles. Vallanges recommande également que les nourrissons ne connaissent pas leurs nourrices pour éviter des influences négatives. Pour l'éducation des jeunes filles, il propose de former rapidement des gouvernantes et des promeneuses latinisantes afin de diffuser l'apprentissage du latin à Paris, en province et à l'étranger. L'auteur suggère la création d'académies instructives pour les garçons et les filles de différents milieux sociaux, financées par le ministère des filles, offrant une éducation gratuite en langues, sciences, arts, histoire et exercices physiques.
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7311
p. 1818-1822
Recueil de Têtes de Caracteres de Leonard de Vinci, [titre d'après la table]
Début :
RECUEIL de Têtes de Caractere & de Charges, dessinées par Léonard de Vinci, [...]
Mots clefs :
Léonard de Vinci, Estampes, Dessins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Recueil de Têtes de Caracteres de Leonard de Vinci, [titre d'après la table]
RECUEIL de Têtes de Caractere & de
Charges , deffinées par Léonard de Vinci,
Florentin , & gravées par M. le C. de C ..
1730. A Paris , rue S. Jacques , aux Colonnes
d'Hercule , chez J. Mariette . Petit
in folio.
Il n'y a perfonne , pour peu qu'il foit
verfé dans la connoiffance des beaux
Arts , qui ne reconnoiffe Leonard de Vinci
pour un Peintre du premier ordre . Ceux
qui ont entrepris d'écrire fa vie , l'ont remplie
des Eloges les plus flateurs. Eh quelles
louanges , en effet , ne font pas dues à
celui
AOUST . 1730. 1819
celui qu'on peut regarder comme le Ref
taurateur de la Peinture & le modele fur
lequel fe font formez les deux plus excellens
Artiftes d'entre les modernes , Raphaël
& Michel-Ange ? Mais il reftoit encore
à prefenter au public quelque Corps.
d'ouvrage de ce fçavant Peintre , capable
de donner une idée plus complette
de fon mérite. Le Recueil de Deffeins qui
vient d'être mis au jour , y paroît trespropre.
L'application & la lagacité de
Léonard à bien exprimer la diverfité des
caracteres , s'y manifeſtent dans toute leur
étendue , & par là on peut juger des foins
qu'il s'eft donné pour approfondir les autres
parties de fon Art. La Nature qui fut
toujours le principal objet de fes études ,
s'y prefente avec cette naïveté qui en
fait toute la beauté. On y retrouve avec
plaifir ces Phyfionomies fingulieres & variées
que nous rencontrons tous les jours,
mais qui frappent davantage dans les deffeins
de Leonard ; parce que pour fe les
fixer lui- même dans la mémoire avec des.
caracteres plus durables , il les a chargées ,
c'est-à- dire, qu'en s'attachant à imiter les
traits du vilage de fes modeles , dans la
vûe d'en faire des Portraits reffemblans
il a groffi ou diminué certaines parties où
la nature fembloit s'être jouée avec plus
de bifarrerie ; & profitant avec adreffe de
Cep
1820 MERCURE DE FRANCE
cet avantage , il a fçû rendre les reffemblances
plus piquantes , & faire en quelque
forte oublier que les formes avoient
fouffert entre fes mains une altération.
Le talent de Léonard de Vinci pour
deffiner de ces fortes de Charges , étoit
furprenant ; & celles -cy font exécutées
avec un efprit , une légereté , une correction
& un fçavoir dignes de lui. On y
trouve dans un tres-petit efpace , la même
étude , & les mêmes détails qu'on
pourroit défirer dans une Tête de grandeur
naturelle , & le travail y eft diftribué
fi à propos , y eft fi bien ménagé ,
qu'il fait fon effet , fans qu'il y paroiſſe
de l'affectation. Telle eft l'idée qu'on peut
donner de ces rares deffeins de Léonard
de Vinci , qui font paflez depuis peu de
Londres à Paris.
·
Les Estampes qu'on en a gravées les
feront encore mieux connoître , puifqu'elles
font gravées avec beaucoup
d'exactitude & de précifion . Elles font
au nombre de foixante , qui reprefentent
toutes des Têtes de caractere , en
y comprenant celle qui eft à la fin du
livre , & qui eft d'après Louis Cigoli , excellent
Peintre Florentin. Quelques -unes
de cesTêtes avoient été gravées cy - devant
par Vencefis Hollar , Graveur de réputation
, fans doute lorfque les deffeins étoient
entre les mains du Comte d'Arundel , faA
O UST. 1730. 1821
meux curieux ; mais ce qu'il a fait , paroitra
tres- peu fidele , fi on le compare avec
ce qui vient d'être gravé.
Le Frontifpice de ce Recueil de Têtes
répond à la beauté des deffeins de Léonard
, il vient d'après un excellent def
fein d'Auguftin Carrache , qu'on a gràvé
dans la maniere appellée Clairobfcur
pour mieux imiter l'original qui eft lavé
d'Aquarelle.
Une Lettre de 22 pages fuit ce Frontif
pice. Léonard de Vinci , & en particulier
les deffeins dont on vient de parler en
font le fujet ; l'on s'y étend principalement
fur la maniere de penfer & d'operer
de ce grand homme.On s'eft même moins
appliqué à rapporter les faits de fa vie,qu'à
entrer dans le détail de l'Art ; l'un avoit
déja été fait par Vafari & par d'autres
Ecrivains ; l'autre maniere de traiter fon
Hiftoire a paru plus curieufe & peut- être
deviendra t -elle plus inftructive.C'eft dans
cette vûë qu'on y a relevé plufieurs fentimens
qui font particuliers à Léonard .
On n'y donne rien qui ne foit tiré de fes
propres Ecrits, ou de ceux d'Auteurs connus
qu'on a eu la précaution de citer.
L'Hiftoire de ce qui fe paffa à l'occafion dufameux
Tableau de la Cêne, que Léonard
peignit dans le Réfectoire du Monaſtere
de fainte Marie des Graces à Milan , y eſt
rapportée
1822 MERCURE DE FRANCE
rapportée dans un très-grand détail , autfi
étoit-elle néceffaire pour développer &
mettre dans tout fon jour la façon de
penfer ; la plupart des circonstances dont
elle eft chargée , avoient échappé à Vafari
, & ne contribuent pas peu à la rendre
intereffante . Cette Lettre eft encore
accompagnée de plufieurs Notes Hiftoriques
, qui roulent fur la Peinture , & qui
ont prefque toutes le mérite de la nouveauté.
On a auffi crû neceffaire d'ajoûter
à la fin de la Lettre un Catalogue détaillé
de tout ce qu'on fçait avoir été gravé d'après
les Tableaux ou Deffeins de Leonard.
Il ne feroit , fans doute , pas inutile que
quelqu'un prît la peine d'en donner autant
fur les autres Maitres.
Charges , deffinées par Léonard de Vinci,
Florentin , & gravées par M. le C. de C ..
1730. A Paris , rue S. Jacques , aux Colonnes
d'Hercule , chez J. Mariette . Petit
in folio.
Il n'y a perfonne , pour peu qu'il foit
verfé dans la connoiffance des beaux
Arts , qui ne reconnoiffe Leonard de Vinci
pour un Peintre du premier ordre . Ceux
qui ont entrepris d'écrire fa vie , l'ont remplie
des Eloges les plus flateurs. Eh quelles
louanges , en effet , ne font pas dues à
celui
AOUST . 1730. 1819
celui qu'on peut regarder comme le Ref
taurateur de la Peinture & le modele fur
lequel fe font formez les deux plus excellens
Artiftes d'entre les modernes , Raphaël
& Michel-Ange ? Mais il reftoit encore
à prefenter au public quelque Corps.
d'ouvrage de ce fçavant Peintre , capable
de donner une idée plus complette
de fon mérite. Le Recueil de Deffeins qui
vient d'être mis au jour , y paroît trespropre.
L'application & la lagacité de
Léonard à bien exprimer la diverfité des
caracteres , s'y manifeſtent dans toute leur
étendue , & par là on peut juger des foins
qu'il s'eft donné pour approfondir les autres
parties de fon Art. La Nature qui fut
toujours le principal objet de fes études ,
s'y prefente avec cette naïveté qui en
fait toute la beauté. On y retrouve avec
plaifir ces Phyfionomies fingulieres & variées
que nous rencontrons tous les jours,
mais qui frappent davantage dans les deffeins
de Leonard ; parce que pour fe les
fixer lui- même dans la mémoire avec des.
caracteres plus durables , il les a chargées ,
c'est-à- dire, qu'en s'attachant à imiter les
traits du vilage de fes modeles , dans la
vûe d'en faire des Portraits reffemblans
il a groffi ou diminué certaines parties où
la nature fembloit s'être jouée avec plus
de bifarrerie ; & profitant avec adreffe de
Cep
1820 MERCURE DE FRANCE
cet avantage , il a fçû rendre les reffemblances
plus piquantes , & faire en quelque
forte oublier que les formes avoient
fouffert entre fes mains une altération.
Le talent de Léonard de Vinci pour
deffiner de ces fortes de Charges , étoit
furprenant ; & celles -cy font exécutées
avec un efprit , une légereté , une correction
& un fçavoir dignes de lui. On y
trouve dans un tres-petit efpace , la même
étude , & les mêmes détails qu'on
pourroit défirer dans une Tête de grandeur
naturelle , & le travail y eft diftribué
fi à propos , y eft fi bien ménagé ,
qu'il fait fon effet , fans qu'il y paroiſſe
de l'affectation. Telle eft l'idée qu'on peut
donner de ces rares deffeins de Léonard
de Vinci , qui font paflez depuis peu de
Londres à Paris.
·
Les Estampes qu'on en a gravées les
feront encore mieux connoître , puifqu'elles
font gravées avec beaucoup
d'exactitude & de précifion . Elles font
au nombre de foixante , qui reprefentent
toutes des Têtes de caractere , en
y comprenant celle qui eft à la fin du
livre , & qui eft d'après Louis Cigoli , excellent
Peintre Florentin. Quelques -unes
de cesTêtes avoient été gravées cy - devant
par Vencefis Hollar , Graveur de réputation
, fans doute lorfque les deffeins étoient
entre les mains du Comte d'Arundel , faA
O UST. 1730. 1821
meux curieux ; mais ce qu'il a fait , paroitra
tres- peu fidele , fi on le compare avec
ce qui vient d'être gravé.
Le Frontifpice de ce Recueil de Têtes
répond à la beauté des deffeins de Léonard
, il vient d'après un excellent def
fein d'Auguftin Carrache , qu'on a gràvé
dans la maniere appellée Clairobfcur
pour mieux imiter l'original qui eft lavé
d'Aquarelle.
Une Lettre de 22 pages fuit ce Frontif
pice. Léonard de Vinci , & en particulier
les deffeins dont on vient de parler en
font le fujet ; l'on s'y étend principalement
fur la maniere de penfer & d'operer
de ce grand homme.On s'eft même moins
appliqué à rapporter les faits de fa vie,qu'à
entrer dans le détail de l'Art ; l'un avoit
déja été fait par Vafari & par d'autres
Ecrivains ; l'autre maniere de traiter fon
Hiftoire a paru plus curieufe & peut- être
deviendra t -elle plus inftructive.C'eft dans
cette vûë qu'on y a relevé plufieurs fentimens
qui font particuliers à Léonard .
On n'y donne rien qui ne foit tiré de fes
propres Ecrits, ou de ceux d'Auteurs connus
qu'on a eu la précaution de citer.
L'Hiftoire de ce qui fe paffa à l'occafion dufameux
Tableau de la Cêne, que Léonard
peignit dans le Réfectoire du Monaſtere
de fainte Marie des Graces à Milan , y eſt
rapportée
1822 MERCURE DE FRANCE
rapportée dans un très-grand détail , autfi
étoit-elle néceffaire pour développer &
mettre dans tout fon jour la façon de
penfer ; la plupart des circonstances dont
elle eft chargée , avoient échappé à Vafari
, & ne contribuent pas peu à la rendre
intereffante . Cette Lettre eft encore
accompagnée de plufieurs Notes Hiftoriques
, qui roulent fur la Peinture , & qui
ont prefque toutes le mérite de la nouveauté.
On a auffi crû neceffaire d'ajoûter
à la fin de la Lettre un Catalogue détaillé
de tout ce qu'on fçait avoir été gravé d'après
les Tableaux ou Deffeins de Leonard.
Il ne feroit , fans doute , pas inutile que
quelqu'un prît la peine d'en donner autant
fur les autres Maitres.
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Résumé : Recueil de Têtes de Caracteres de Leonard de Vinci, [titre d'après la table]
Le document présente un recueil de dessins et de charges réalisés par Léonard de Vinci et gravés par M. le C. de C., publié à Paris en 1730. Léonard de Vinci est reconnu pour son talent exceptionnel en tant que peintre, capable d'exprimer la diversité des caractères. Le recueil, intitulé 'Recueil de Têtes de Caractere & de Charges', met en évidence l'application et la sagacité de Léonard dans l'art de la définition. Les dessins capturent la nature avec une simplicité qui en accentue la beauté et représentent des physionomies singulières et variées avec précision. Léonard de Vinci avait l'habitude de mettre en relief certaines parties des visages pour accentuer les ressemblances. Son talent pour définir ces charges est remarquable, et les dessins sont exécutés avec esprit, légèreté, correction et savoir. Les estampes, au nombre de soixante, sont gravées avec exactitude et précision et représentent des têtes de caractère, dont une d'après Louis Cigoli. Le recueil inclut également une lettre de 22 pages sur Léonard de Vinci et ses définitions, se concentrant sur sa manière de penser et d'opérer. Cette lettre détaille l'histoire du célèbre tableau de la Cène, peint par Léonard dans le réfectoire du monastère de Sainte-Marie des Grâces à Milan, et inclut des notes historiques sur la peinture. Un catalogue détaillé des œuvres gravées d'après les tableaux ou définitions de Léonard est fourni à la fin de la lettre.
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7312
p. 1822-1826
« MEDITATIONS pour tous les jours de l'année, tirées des Evangiles qui se lisent [...] »
Début :
MEDITATIONS pour tous les jours de l'année, tirées des Evangiles qui se lisent [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « MEDITATIONS pour tous les jours de l'année, tirées des Evangiles qui se lisent [...] »
MEDITATIONS pour tous les jours
de l'année , tirées des Evangiles qui fe lifent
à la Meffe , & pour les Fêtes principales
des S S. avec leurs Octaves , par
Dom Jean - Firmin Rainffant , Benedictin ,
&c. quatriéme Edition . A Paris , ruë
S. Jacques , chez G. Martin , in 4.
MEDITATION s fur la Regle de faint
Benoît . Par M. A. J. le B. de Rancé
Abbé de la Trape . Troifiéme Edition
augmentée de la veritable préparation à
la mort. In 12. 5o . fols. Chez le même.
MB
>>
"A O UST . 1730. 1823
MEMOIRES du Comte de Buffi
Rabutin . Deuxième Edition . A Paris ,
idem. 3. vol . in 12. 7. liv . 10. fols.
DISCOURS du Comte de Buffi à fes:
Enfans , fur le bon ufage des adverfitez
& des divers évenemens de fa Vie. Troifiéme
Edition , in 12. 50. fols . Chez le
même.
HISTOIRE des Plantes qui naiffent
aux environs de Paris , avec leur ufage
dans la Médecine . Par M. de Tournefort ,
de l'Académie Royale des Sciences . Troifiéme
Edition , augmentée par M. Bernard'
de Juffieu , de la même Académie. Chez.
le même. 2. vol . in 12. 5. livres
ABREGE' DES MEDITATION.S
fur la Vie de J. C. pour tous les jours
de l'année , & pour les Fêtes des Saints ,.
divifées felon les quatre faifons de l'année
; avec celles pour les Retraites . Part
le P. Haynenfve , de la Compagnie de Je
fus. Chez le même. huitiéme Edition . 4.
vol. in 12. 8. livres..
COURS DES SCIENCES fur des principes
nouveaux & fimples pour former le
Langage , l'efprit & le coeur , dans l'ufage
ordinaire de la vie. Par le R..P. Buffiers
Do
1824 MERCURE DE FRANCE
D. L. C. D. J. A Paris , rue S. Jacques
chez Cavelier & chez Giffaut , in folio de
8. à 900. pages, à deux colonnes . Caractere
de S. Auguftin .
ELEMENS HISTORIQUES , ou Méthode
courte & facile pour apprendre
l'Hiftoire aux enfans. Dédiez à S. A. S.
M. le Duc de Chartres. A Paris , ruë de la
vieille Bouclerie & rue du Foin , che J. B.
Lamefle, & la veuve de P. de Lormel ,
1730. 2. vol. in 12 .
LE TRIOMPHE DE L'ELOQUENCE,
dédié à M" de l'Académie Françoiſe . Par
Madame de Gomez. Quai des Auguftins,
& Quai de Gefures , chez le Clerc , Saugrain
& Prault , 1730. brochure in 12 .
de 86. pages.
LES REGLES DU DROIT FRAN
çois , par M. Claude Pocquet de la Livoniere
, A Paris , chez J. B. Coignard ,
ruë S. Jacques , 1730. in 12 .
COMMENTAIRE fur la Géométrie de
Defcantes , par le R. P. Robuel , de la Compagnie
de Jefus. A Lion , ruë Merciere ,
chez Marcellin Duplain , 1733. in 4. de
590. pages,
MIAOUST.
1730. 1825
MEDICINA MUSICA , &c. par M. Richard
Browne. A Londres , chez les Knaptons.
C'eft un Effai dans lequel on examine
l'effet que le Chant ou la Danfe , ou
la Mufique doit faire fur le corps humain ,
fuivant les loix de la Méchanique. On y
a joint un Traité fur la nature des Maladies
de la Rate & des Vapeurs , & fur
les manieres de les guérir.
SENATUS - CONSULTI DE BA CCHANALIBUS
, &c. Explication du
Senatus- Confulte , ou de l'Arrêt du Sénat
concernant les Bacchanales, gravé fur une
ancienne Table d'airain , confervé à Vienne
dans le Cabinet de l'Empereur , par
Mathieu Egittio . A Naples , chez Felix
Mufca , 1729. in folio de 221. pages . 2 .
Planches.
L'ETAT ET LES DELICES DE LA
SUISSE , en forme de Relation critique
, par plufieurs Auteurs celebres , enrichi
de Figures en Taille- douce , defſi- .
nées fur les lieux , & des Cartes Géographiques.
très- exactes. Amfterdam , chez les
Wefteins & Smith , 1730. 4. vol . in 12.
On apprend de Londres , que le Docteur Arthur
Bedford , a prefenté depuis peu au Roi , àla
Reine & au Prince de Galles , fon Livre intitulé,
Chronologie de la Sainte Ecriture , démontrée
par des Calculs Aftronomiques,
1826 MERCURE DE FRANCE
On apprend auffi de Londres , que M. Pope
a mis à la tête des OEuvres de Shakespear , dans
l'Edition nouvelle qu'il en a faite , une Préface
contre laquelle un Auteur , qui fe dit Comédien
de Campagne , a pris la deffenfe des Acteurs qui
ont autrefois repréſenté les Pieces de ce Poëte.
Il éclaircit en même-temps quelques points
de la Vie de Shakeſpear , & de l'Hiftoire du
Théatre de ce temps- là.
de l'année , tirées des Evangiles qui fe lifent
à la Meffe , & pour les Fêtes principales
des S S. avec leurs Octaves , par
Dom Jean - Firmin Rainffant , Benedictin ,
&c. quatriéme Edition . A Paris , ruë
S. Jacques , chez G. Martin , in 4.
MEDITATION s fur la Regle de faint
Benoît . Par M. A. J. le B. de Rancé
Abbé de la Trape . Troifiéme Edition
augmentée de la veritable préparation à
la mort. In 12. 5o . fols. Chez le même.
MB
>>
"A O UST . 1730. 1823
MEMOIRES du Comte de Buffi
Rabutin . Deuxième Edition . A Paris ,
idem. 3. vol . in 12. 7. liv . 10. fols.
DISCOURS du Comte de Buffi à fes:
Enfans , fur le bon ufage des adverfitez
& des divers évenemens de fa Vie. Troifiéme
Edition , in 12. 50. fols . Chez le
même.
HISTOIRE des Plantes qui naiffent
aux environs de Paris , avec leur ufage
dans la Médecine . Par M. de Tournefort ,
de l'Académie Royale des Sciences . Troifiéme
Edition , augmentée par M. Bernard'
de Juffieu , de la même Académie. Chez.
le même. 2. vol . in 12. 5. livres
ABREGE' DES MEDITATION.S
fur la Vie de J. C. pour tous les jours
de l'année , & pour les Fêtes des Saints ,.
divifées felon les quatre faifons de l'année
; avec celles pour les Retraites . Part
le P. Haynenfve , de la Compagnie de Je
fus. Chez le même. huitiéme Edition . 4.
vol. in 12. 8. livres..
COURS DES SCIENCES fur des principes
nouveaux & fimples pour former le
Langage , l'efprit & le coeur , dans l'ufage
ordinaire de la vie. Par le R..P. Buffiers
Do
1824 MERCURE DE FRANCE
D. L. C. D. J. A Paris , rue S. Jacques
chez Cavelier & chez Giffaut , in folio de
8. à 900. pages, à deux colonnes . Caractere
de S. Auguftin .
ELEMENS HISTORIQUES , ou Méthode
courte & facile pour apprendre
l'Hiftoire aux enfans. Dédiez à S. A. S.
M. le Duc de Chartres. A Paris , ruë de la
vieille Bouclerie & rue du Foin , che J. B.
Lamefle, & la veuve de P. de Lormel ,
1730. 2. vol. in 12 .
LE TRIOMPHE DE L'ELOQUENCE,
dédié à M" de l'Académie Françoiſe . Par
Madame de Gomez. Quai des Auguftins,
& Quai de Gefures , chez le Clerc , Saugrain
& Prault , 1730. brochure in 12 .
de 86. pages.
LES REGLES DU DROIT FRAN
çois , par M. Claude Pocquet de la Livoniere
, A Paris , chez J. B. Coignard ,
ruë S. Jacques , 1730. in 12 .
COMMENTAIRE fur la Géométrie de
Defcantes , par le R. P. Robuel , de la Compagnie
de Jefus. A Lion , ruë Merciere ,
chez Marcellin Duplain , 1733. in 4. de
590. pages,
MIAOUST.
1730. 1825
MEDICINA MUSICA , &c. par M. Richard
Browne. A Londres , chez les Knaptons.
C'eft un Effai dans lequel on examine
l'effet que le Chant ou la Danfe , ou
la Mufique doit faire fur le corps humain ,
fuivant les loix de la Méchanique. On y
a joint un Traité fur la nature des Maladies
de la Rate & des Vapeurs , & fur
les manieres de les guérir.
SENATUS - CONSULTI DE BA CCHANALIBUS
, &c. Explication du
Senatus- Confulte , ou de l'Arrêt du Sénat
concernant les Bacchanales, gravé fur une
ancienne Table d'airain , confervé à Vienne
dans le Cabinet de l'Empereur , par
Mathieu Egittio . A Naples , chez Felix
Mufca , 1729. in folio de 221. pages . 2 .
Planches.
L'ETAT ET LES DELICES DE LA
SUISSE , en forme de Relation critique
, par plufieurs Auteurs celebres , enrichi
de Figures en Taille- douce , defſi- .
nées fur les lieux , & des Cartes Géographiques.
très- exactes. Amfterdam , chez les
Wefteins & Smith , 1730. 4. vol . in 12.
On apprend de Londres , que le Docteur Arthur
Bedford , a prefenté depuis peu au Roi , àla
Reine & au Prince de Galles , fon Livre intitulé,
Chronologie de la Sainte Ecriture , démontrée
par des Calculs Aftronomiques,
1826 MERCURE DE FRANCE
On apprend auffi de Londres , que M. Pope
a mis à la tête des OEuvres de Shakespear , dans
l'Edition nouvelle qu'il en a faite , une Préface
contre laquelle un Auteur , qui fe dit Comédien
de Campagne , a pris la deffenfe des Acteurs qui
ont autrefois repréſenté les Pieces de ce Poëte.
Il éclaircit en même-temps quelques points
de la Vie de Shakeſpear , & de l'Hiftoire du
Théatre de ce temps- là.
Fermer
Résumé : « MEDITATIONS pour tous les jours de l'année, tirées des Evangiles qui se lisent [...] »
Le document présente une liste de publications diverses parues entre 1729 et 1826. Parmi les ouvrages mentionnés, on trouve des méditations religieuses, telles que les 'Méditations pour tous les jours de l'année' de Dom Jean-Firmin Rainffant et les 'Méditations sur la Règle de saint Benoît' de l'Abbé de Rancé. Les 'Mémoires du Comte de Buffi Rabutin' et ses 'Discours' sont également cités, ainsi qu'une 'Histoire des Plantes' de M. de Tournefort, augmentée par M. Bernard de Jussieu. D'autres publications incluent un 'Abrégé des Méditations' du Père Haynenfve, un 'Cours des Sciences' du Père Buffiers, et des 'Éléments Historiques' dédiés au Duc de Chartres. Le document mentionne aussi des œuvres littéraires et scientifiques, comme 'Le Triomphe de l'Éloquence' de Madame de Gomez, les 'Règles du Droit Français' de M. Claude Pocquet de la Livoniere, et un 'Commentaire sur la Géométrie' du Père Robuel. Des traités médicaux et musicaux, tels que 'Medicina Musica' de Richard Browne, et des ouvrages historiques comme 'L'État et les Délices de la Suisse' sont également listés. Enfin, le document rapporte des nouvelles littéraires concernant des publications récentes à Londres, notamment une 'Chronologie de la Sainte Écriture' du Docteur Arthur Bedford et une nouvelle édition des œuvres de Shakespeare avec une préface controversée de M. Pope.
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7313
p. 1826-1829
LETTRE de M. Morand, Chirurgien, à M. Falconet le fils, Docteur en Medecine, de l'Académie des Belles-Lettres, &c.
Début :
MONSIEUR, Démontrer par le raisonnement qu'une découverte peut être bonne, c'est une façon de mettre [...]
Mots clefs :
Pierre, Opération, Malade, Guérison, Opération de la taille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Morand, Chirurgien, à M. Falconet le fils, Docteur en Medecine, de l'Académie des Belles-Lettres, &c.
LETTRE de M. Morand , Chirurgien , à
M. Falconet le fils , Docteur en Medecine
, de l'Académie des Belles - Lettres
, &c.
MONSIEUR ;
Démontrer par le raifonnement qu'une décou
verte peut être bonne , c'eſt une façon de mettre
les connoiffeurs en état de juger du merite de
la choſe , mais elle ne perfuade pas tout le monde.
Prouver par des Experiences que la pratique
en eft utile , c'eſt une façon sûre de convaincre
les incrédules , & de ruiner les préjugés:appuyer
enfin cette découverte fur le raifonnement &
Pexperience en même- tems , n'est- ce pas remplir
tout ce que l'on peut exiger de celui qui la
propofe
>
Je n'examine point ici , Monfieur,fi la Méthode
de tailler de la Pierre par l'appareil lateral
que quelques - uns ont nommé à l'Angloife , eft
une opération nouvelle ou non , cela fera difcuzé
ailleurs ; il me fuffit de la propofer comme
une opération excellente , à laquelle on peut appliquer
A O UST . 1730. 1827
pliquer ce que je viens de dire fur une découverte
en general.
>
Tout ce qui regarde la théorie de cette opération
a été parfaitement traité , Monfieur , dans
votre fçavante Thefe : An , educendo calculo ,
cateris anteferendus Apparatus lateralis . Une
érudition recherchée , une Logique judicieufe ,
un parallele exact de cette Méthode avec les
autres en établiffent le mérite , mais il falloit
des faits , & les plus pénetrés de la verité de la
Thefe fe difoient mutuellement , il ne manque
plus que de mettre l'opération en pratique. Permettez
donc , Monfieur , que je vous adreffe
l'Argument victorieux de votre Theſe , c'eft ainfi
que je nomme la Lifte vraye de ceux qui ont
été taillés à Paris par l'Appareil latéral. /
1. Claude Mony , âgé de 8 ans , taillé chez,
une garde , dans la rue Jacob , le 7 Septembre
1729. par M. Perchet , guéri.
2. M. l'Abbé Lambert ; Curé de Sercey , Diocèfe
de Langres , âgé de 61 ans , je l'ai taillé le 9
mai 1730. je lui ai tiré cinq pierres groffes comme
des maffepains , guéri.
3. Pierre la Chapelle , âgé de 9 ans , je l'ai
taillé le 9. Mai : je lui ai tiré deux petites pierres
, guéri.
4. Louis - Martin Caillau , âgé de 8 aus ; je
l'ai taillé le 9 May : je lui ai tiré une pierre
groffe comme un gros Abricot , guéri.
f . Louis Durié , âgé de 7 ans : je l'ai taillé le
13 May , je lui ai tiré une petite pierre , guéri.
6 Louis - Jofeph Coquo , âgé de 9 ans : je l'ai
taillé le 13 May , jè lui ai tiré une groffe pierre ,
guéri.
7. Nicolas Desjardins , âgé de 26 ans , je l'ai
taillé le 23 May : je lui ai tiré une pierre murale
, pleine d'afperités , mort.
8.
1828 MERCURE DE FRANCE
8. Claude Barbereau , âgé de 22 ans : Je l'ai
taillé le 23 May ; je lui ai tiré une très- groffe
pierre , chargée de trois pointes , guéri.
9. Pierre Goupy , âgé de cinq ans , taillé par
M. Perchet le 9 May : la pierre étoit petite ,
guéri.
10. Jean- Noël Sellier , âgé de 5 ans , taillé
par M. Perchet , le 9 May : il avoit deux petites
pierres , mort.
11. Edme Fievet , âgé de 6 ans , taillé pár
M. Perchet le 13 May : la pierre étoit petite ,
guéri.
12. Jacques Defroſiers , âgé de 7 ans , taillé
par M. Perchet le 13 May : il avoit deux petites
pierres , guéri.
13. Louis Moutier , âgé de 12 ans
taillé pár
M. Perchet le 24 May , la pierre étoit groffe
comme un petit oeuf, guéri.
14. M. l'Abbé Turcan , âgé de 40 ans , taillé
le 16 May par M. Perchet ; la pierre étoit petite ,
guéri.
15. M. Le Muet , Marchand de Troyes , âgé de
55 ans ; je l'ai taillé le 30 Juillet dernier , malgré
la chaleur , attendu qu'il étoit en danger par
les grandes douleurs qu'il fouffroit de la pierre ,
je lui en ai tiré une affez groffe.
Voilà , Monfieur , quinze Malades taillés par
l'Appareil latéral , dont deux font morts , douze
font gueris & le dernier le fera inceffamment
>
Vous imagineriez
des gens
-
>
vous bien , Monfieur
affez déraisonnables pour nier ces faits
dans desAffemblées refpectables , & vouloir affoiblir
des témoignages vivans que Mr de l'Académie
Royale des Sciences ont vus avec plaifir, & que
les Curieux & les bons Citoyens , ont épluchés
eux-mêmes,pour rendre hommage à la verité, Oui,
Monfieur, il y a de ces gens déraisonnables; mais
ce
A O UST . 1730. 1329
ce qu'il y a de monftrueux , c'eft qu'il s'en trouve
parmi mes Confreres . En verité , tel qui jouit
de la réputation de bon Chirurgien , devroit
bien fe menager celle de veridique . C'est au Public.
équitable à juger d'un procedé pareil ; pour
moi je ne fouhaite rien tant que l'examen
des faits que j'avance , les Regiftres de l'Hôpital
de la Charité en prouveront douze , & rien n'eſt
plus facile à verifier que les trois autres. J'ay
T'honneur d'être , & c.
7
A Paris , ce 24 Août 1730.
M. Falconet le fils , Docteur en Medecine
, de l'Académie des Belles - Lettres
, &c.
MONSIEUR ;
Démontrer par le raifonnement qu'une décou
verte peut être bonne , c'eſt une façon de mettre
les connoiffeurs en état de juger du merite de
la choſe , mais elle ne perfuade pas tout le monde.
Prouver par des Experiences que la pratique
en eft utile , c'eſt une façon sûre de convaincre
les incrédules , & de ruiner les préjugés:appuyer
enfin cette découverte fur le raifonnement &
Pexperience en même- tems , n'est- ce pas remplir
tout ce que l'on peut exiger de celui qui la
propofe
>
Je n'examine point ici , Monfieur,fi la Méthode
de tailler de la Pierre par l'appareil lateral
que quelques - uns ont nommé à l'Angloife , eft
une opération nouvelle ou non , cela fera difcuzé
ailleurs ; il me fuffit de la propofer comme
une opération excellente , à laquelle on peut appliquer
A O UST . 1730. 1827
pliquer ce que je viens de dire fur une découverte
en general.
>
Tout ce qui regarde la théorie de cette opération
a été parfaitement traité , Monfieur , dans
votre fçavante Thefe : An , educendo calculo ,
cateris anteferendus Apparatus lateralis . Une
érudition recherchée , une Logique judicieufe ,
un parallele exact de cette Méthode avec les
autres en établiffent le mérite , mais il falloit
des faits , & les plus pénetrés de la verité de la
Thefe fe difoient mutuellement , il ne manque
plus que de mettre l'opération en pratique. Permettez
donc , Monfieur , que je vous adreffe
l'Argument victorieux de votre Theſe , c'eft ainfi
que je nomme la Lifte vraye de ceux qui ont
été taillés à Paris par l'Appareil latéral. /
1. Claude Mony , âgé de 8 ans , taillé chez,
une garde , dans la rue Jacob , le 7 Septembre
1729. par M. Perchet , guéri.
2. M. l'Abbé Lambert ; Curé de Sercey , Diocèfe
de Langres , âgé de 61 ans , je l'ai taillé le 9
mai 1730. je lui ai tiré cinq pierres groffes comme
des maffepains , guéri.
3. Pierre la Chapelle , âgé de 9 ans , je l'ai
taillé le 9. Mai : je lui ai tiré deux petites pierres
, guéri.
4. Louis - Martin Caillau , âgé de 8 aus ; je
l'ai taillé le 9 May : je lui ai tiré une pierre
groffe comme un gros Abricot , guéri.
f . Louis Durié , âgé de 7 ans : je l'ai taillé le
13 May , je lui ai tiré une petite pierre , guéri.
6 Louis - Jofeph Coquo , âgé de 9 ans : je l'ai
taillé le 13 May , jè lui ai tiré une groffe pierre ,
guéri.
7. Nicolas Desjardins , âgé de 26 ans , je l'ai
taillé le 23 May : je lui ai tiré une pierre murale
, pleine d'afperités , mort.
8.
1828 MERCURE DE FRANCE
8. Claude Barbereau , âgé de 22 ans : Je l'ai
taillé le 23 May ; je lui ai tiré une très- groffe
pierre , chargée de trois pointes , guéri.
9. Pierre Goupy , âgé de cinq ans , taillé par
M. Perchet le 9 May : la pierre étoit petite ,
guéri.
10. Jean- Noël Sellier , âgé de 5 ans , taillé
par M. Perchet , le 9 May : il avoit deux petites
pierres , mort.
11. Edme Fievet , âgé de 6 ans , taillé pár
M. Perchet le 13 May : la pierre étoit petite ,
guéri.
12. Jacques Defroſiers , âgé de 7 ans , taillé
par M. Perchet le 13 May : il avoit deux petites
pierres , guéri.
13. Louis Moutier , âgé de 12 ans
taillé pár
M. Perchet le 24 May , la pierre étoit groffe
comme un petit oeuf, guéri.
14. M. l'Abbé Turcan , âgé de 40 ans , taillé
le 16 May par M. Perchet ; la pierre étoit petite ,
guéri.
15. M. Le Muet , Marchand de Troyes , âgé de
55 ans ; je l'ai taillé le 30 Juillet dernier , malgré
la chaleur , attendu qu'il étoit en danger par
les grandes douleurs qu'il fouffroit de la pierre ,
je lui en ai tiré une affez groffe.
Voilà , Monfieur , quinze Malades taillés par
l'Appareil latéral , dont deux font morts , douze
font gueris & le dernier le fera inceffamment
>
Vous imagineriez
des gens
-
>
vous bien , Monfieur
affez déraisonnables pour nier ces faits
dans desAffemblées refpectables , & vouloir affoiblir
des témoignages vivans que Mr de l'Académie
Royale des Sciences ont vus avec plaifir, & que
les Curieux & les bons Citoyens , ont épluchés
eux-mêmes,pour rendre hommage à la verité, Oui,
Monfieur, il y a de ces gens déraisonnables; mais
ce
A O UST . 1730. 1329
ce qu'il y a de monftrueux , c'eft qu'il s'en trouve
parmi mes Confreres . En verité , tel qui jouit
de la réputation de bon Chirurgien , devroit
bien fe menager celle de veridique . C'est au Public.
équitable à juger d'un procedé pareil ; pour
moi je ne fouhaite rien tant que l'examen
des faits que j'avance , les Regiftres de l'Hôpital
de la Charité en prouveront douze , & rien n'eſt
plus facile à verifier que les trois autres. J'ay
T'honneur d'être , & c.
7
A Paris , ce 24 Août 1730.
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Résumé : LETTRE de M. Morand, Chirurgien, à M. Falconet le fils, Docteur en Medecine, de l'Académie des Belles-Lettres, &c.
La lettre de M. Morand, Chirurgien, adressée à M. Falconet, Docteur en Médecine, traite de la méthode de taille de la pierre par l'appareil latéral, une technique chirurgicale. Morand insiste sur l'importance de démontrer la valeur d'une découverte par le raisonnement et l'expérience pour convaincre les sceptiques et ruiner les préjugés. Il présente cette méthode comme excellente, sans se prononcer sur son caractère novateur. La théorie de cette opération a été abordée dans la thèse de Falconet, mais des faits concrets sont nécessaires pour prouver son efficacité. Morand fournit une liste de quinze patients opérés avec succès par l'appareil latéral, dont douze guéris et deux décédés. Les cas incluent des personnes de différents âges et conditions, opérées par Morand ou M. Perchet. Morand défie ceux qui nient ces faits, notamment certains de ses confrères, et invite à examiner les registres de l'Hôpital de la Charité pour vérifier les résultats. Il exprime son souhait que les faits soient examinés et jugés équitablement par le public. La lettre se conclut par l'expression de son honneur et de sa disponibilité à fournir des preuves supplémentaires.
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7314
p. 1829-1830
EXTRAIT d'une Lettre de Marseille du 24 Juillet, sur une Machine singuliere & utile.
Début :
Il y a ici une Eglise assez jolie, où s'assemblent les Pénitens de la Rédemption des Esclaves [...]
Mots clefs :
Machine, Voûte, Machiniste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre de Marseille du 24 Juillet, sur une Machine singuliere & utile.
EXTRAIT d'une Lettre de Marseille du
24 Juillet ,fur une Machinefinguliere
& utile .
a ici une Eglife affez jolie , où s'affem-
I blent les Pénitens de la Rédemption des Efclaves
;
teur ,
>
cette Eglife a 17 toifes de longueur , & 4
toifes & demi de largeur dans oeuvre La voute
eft foutenue par deux murailles , l'une de 8 toifes
& demi , & l'autre de 7 toifes & demi de haucette
inégalité vient de l'inégalité du terrain.
La pouffée de la voute demandoit toute
l'épaiffeur du mur mais on n'avoit pas donné
à la terre toute la pouffée qui lui étoit neceffaire
pour l'empêcher de s'étendre ; cette inégalité de
terrain , & ce défaut de pouffée avoit caufé un
élargiffement de dix - huit pouces par le haut
& la voute s'étoit abaiffée de huit ou dix pieds
elle s'étoit même fendue par le milieu dans toute
fa longueur , tout l'édifice menaçoit ruine , on
craignoit qu'il ne vint à crouler tout à coup , on
fe difpofoit à le démolir entierement pour le reprendre
dès les fondemens. Un Machiniſte nommé
Pierre Veran de Vaux , s'offrit au commencement
>
18 30 MERCURE DE FRANCE
cement de cette année , de remettre l'Eglife en
fon premier état , de rapprocher les murailles, &
de relever la voute , on lui promit quinze cent
livres , s'il venoit à bout de fon deffein , il entreprit
ce grand ouvrage quinze jours avant Pâques
, il ne fe fervit que de fimples Leviers de
bois , de plufieurs cordages , & d'un Cabeſtan
la voute à été relevée , les murailles fe font approchées
, les fentes ont difparu , l'Eglife eft en
meilleur état qu'auparavant , & à préſent on y
fait l'Office Divin , au grand étonnement de
tous ceux qui avoient vû il y a quelques mois en
quel état étoit pour lors cette Eglife.
24 Juillet ,fur une Machinefinguliere
& utile .
a ici une Eglife affez jolie , où s'affem-
I blent les Pénitens de la Rédemption des Efclaves
;
teur ,
>
cette Eglife a 17 toifes de longueur , & 4
toifes & demi de largeur dans oeuvre La voute
eft foutenue par deux murailles , l'une de 8 toifes
& demi , & l'autre de 7 toifes & demi de haucette
inégalité vient de l'inégalité du terrain.
La pouffée de la voute demandoit toute
l'épaiffeur du mur mais on n'avoit pas donné
à la terre toute la pouffée qui lui étoit neceffaire
pour l'empêcher de s'étendre ; cette inégalité de
terrain , & ce défaut de pouffée avoit caufé un
élargiffement de dix - huit pouces par le haut
& la voute s'étoit abaiffée de huit ou dix pieds
elle s'étoit même fendue par le milieu dans toute
fa longueur , tout l'édifice menaçoit ruine , on
craignoit qu'il ne vint à crouler tout à coup , on
fe difpofoit à le démolir entierement pour le reprendre
dès les fondemens. Un Machiniſte nommé
Pierre Veran de Vaux , s'offrit au commencement
>
18 30 MERCURE DE FRANCE
cement de cette année , de remettre l'Eglife en
fon premier état , de rapprocher les murailles, &
de relever la voute , on lui promit quinze cent
livres , s'il venoit à bout de fon deffein , il entreprit
ce grand ouvrage quinze jours avant Pâques
, il ne fe fervit que de fimples Leviers de
bois , de plufieurs cordages , & d'un Cabeſtan
la voute à été relevée , les murailles fe font approchées
, les fentes ont difparu , l'Eglife eft en
meilleur état qu'auparavant , & à préſent on y
fait l'Office Divin , au grand étonnement de
tous ceux qui avoient vû il y a quelques mois en
quel état étoit pour lors cette Eglife.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre de Marseille du 24 Juillet, sur une Machine singuliere & utile.
Une lettre de Marseille datée du 24 juillet décrit une église fréquentée par les Pénitents de la Rédemption des Esclaves. L'église mesure 17 toises de longueur et 4 toises et demi de largeur. Sa voûte, soutenue par deux murailles inégales en hauteur, a subi des dommages en raison de l'inégalité du terrain et d'un manque de pression sur la terre. Ces problèmes ont causé un élargissement et un abaissement de la voûte, ainsi qu'une fissure sur toute sa longueur, menaçant l'effondrement de l'édifice. Pierre Veran de Vaux, un machiniste, a proposé de restaurer l'église au début de l'année. Quinze jours avant Pâques, il a utilisé des leviers de bois, des cordages et un cabestan pour relever la voûte, rapprocher les murailles et réparer les fissures. L'église est désormais en meilleur état qu'auparavant, permettant la reprise des offices divins, au grand étonnement de tous.
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7315
p. 1830-1831
« On nous écrit de Caën que le 12 du mois de Juillet dernier, il se fit un exercice public au [...] »
Début :
On nous écrit de Caën que le 12 du mois de Juillet dernier, il se fit un exercice public au [...]
Mots clefs :
Carte de l'Europe, Collège, Estampes, Antoine Watteau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On nous écrit de Caën que le 12 du mois de Juillet dernier, il se fit un exercice public au [...] »
On nous écrit de Caen que le 12 du mois de
Juillet dernier il fe fit un exercice public au
College du Bois , fur toute l'Andrienne de Terence
; on ouvrit l'Exercice par la récitation du fixiéme
Livre de Telemaque , traduit en Vers Latins
, comme nous l'avons dit dans un de nos
Journaux , par M. Heurtauld , Profeffeur dans
le même College.
Le 21 du même mois il y eut dans le même
College un autre Exercice fur les trois premiers
Livres de Quint- Curce ; on devoit ouvrir cet
Exercice par la récitation du feptiéme & du huitiéme
Livre de Telemaque , traduits par le même
Auteur qui a entrepris le Poeme entier , mais
l'indifpofition d'un Ecolier en empêcha l'éxecution.
L'Affemblée étoit confiderable , & compofée
de perfonnes de diftinction & de fçavoir , qui
ne font pas en petit nombre dans cette Ville.
Le fieur Guillaume Danet , vient de mettre
au jour une nouvelle Carte de l Europe , dreffée
fur les dernieres Obfervations Aftronomiques
, & fur les Itineraires anciens & modernes
;
A O UST. 1730. 1831
nes ; divifée en fes principales parties , exactement
conforme aux poffeffions des Rois & Prinornée
outre cela d'une Bor- ces d'aujourd'hui ;
dure d'un pouce de large , utile & curieuſe , reprefentant
les Armoiries des Royaumes , Républiques
ou Cantons , & autres Etats Souverains,
Cette Carte eft de la derniere utilité pour toutes
fortes de perfonnes , & particulierement
pour le
foulagement de la mémoire des jeunes perfonnes
qu'on veut inftruire dans la Géographie ou dans
la connoiffance de l'ufage de la Carte. Elle fe
Pont Novend
à Paris , chez ledit fieur Danet ,
tre-Dame , à la Sphere Royale,
Il vient de paroître deux nouvelles Eſtampes
en large , de Watteau , d'une compofition admirable
, & toujours d'un gout noble & galand.
Elles fe vendent chez Chereau , rue S. Jacque s ,
& Surugue , rue des Noyers , fous le titre de
Pifle de Cythere , & les Charmes de la vie.
> a ac-
M. de Maifons , Prefident à Mortier
quis depuis peu une très-belle Antique , repre- fentant l'Amour . On a mis au bas ces deux Vers
de M. de Voltaire.
Qui que tu fois , voici ton Maître.
Il l'eft , ou le fut , on doit l'être.
Le 4 Juillet dernier , le Roy fit choix du fieur
Godin pour remplir la place d'Aftronome
affocié
de l'Académie Royale des Sciences , vacante par la promotion du fieur Lieutaud , à celle d'Aftronome-
Penfionnaire
.
Juillet dernier il fe fit un exercice public au
College du Bois , fur toute l'Andrienne de Terence
; on ouvrit l'Exercice par la récitation du fixiéme
Livre de Telemaque , traduit en Vers Latins
, comme nous l'avons dit dans un de nos
Journaux , par M. Heurtauld , Profeffeur dans
le même College.
Le 21 du même mois il y eut dans le même
College un autre Exercice fur les trois premiers
Livres de Quint- Curce ; on devoit ouvrir cet
Exercice par la récitation du feptiéme & du huitiéme
Livre de Telemaque , traduits par le même
Auteur qui a entrepris le Poeme entier , mais
l'indifpofition d'un Ecolier en empêcha l'éxecution.
L'Affemblée étoit confiderable , & compofée
de perfonnes de diftinction & de fçavoir , qui
ne font pas en petit nombre dans cette Ville.
Le fieur Guillaume Danet , vient de mettre
au jour une nouvelle Carte de l Europe , dreffée
fur les dernieres Obfervations Aftronomiques
, & fur les Itineraires anciens & modernes
;
A O UST. 1730. 1831
nes ; divifée en fes principales parties , exactement
conforme aux poffeffions des Rois & Prinornée
outre cela d'une Bor- ces d'aujourd'hui ;
dure d'un pouce de large , utile & curieuſe , reprefentant
les Armoiries des Royaumes , Républiques
ou Cantons , & autres Etats Souverains,
Cette Carte eft de la derniere utilité pour toutes
fortes de perfonnes , & particulierement
pour le
foulagement de la mémoire des jeunes perfonnes
qu'on veut inftruire dans la Géographie ou dans
la connoiffance de l'ufage de la Carte. Elle fe
Pont Novend
à Paris , chez ledit fieur Danet ,
tre-Dame , à la Sphere Royale,
Il vient de paroître deux nouvelles Eſtampes
en large , de Watteau , d'une compofition admirable
, & toujours d'un gout noble & galand.
Elles fe vendent chez Chereau , rue S. Jacque s ,
& Surugue , rue des Noyers , fous le titre de
Pifle de Cythere , & les Charmes de la vie.
> a ac-
M. de Maifons , Prefident à Mortier
quis depuis peu une très-belle Antique , repre- fentant l'Amour . On a mis au bas ces deux Vers
de M. de Voltaire.
Qui que tu fois , voici ton Maître.
Il l'eft , ou le fut , on doit l'être.
Le 4 Juillet dernier , le Roy fit choix du fieur
Godin pour remplir la place d'Aftronome
affocié
de l'Académie Royale des Sciences , vacante par la promotion du fieur Lieutaud , à celle d'Aftronome-
Penfionnaire
.
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Résumé : « On nous écrit de Caën que le 12 du mois de Juillet dernier, il se fit un exercice public au [...] »
Le 12 juillet, le Collège du Bois à Caen a présenté l'intégralité de l'*Andria* de Térence. L'événement a commencé avec la récitation du sixième livre des *Aventures de Télémaque*, traduit en vers latins par M. Heurtauld. Le 21 juillet, un autre exercice sur les trois premiers livres de Quintus Curcius a été organisé, mais a été perturbé par l'indisposition d'un élève. Les événements ont attiré des personnalités distinguées et savantes de la ville. Guillaume Danet a publié une nouvelle carte de l'Europe, utile pour l'instruction géographique, disponible à Paris. Deux estampes de Jean-Antoine Watteau, *Pilgrimage to Cythera* et *Les Charms of Life*, sont en vente chez Chereau et Surugue. M. de Maisons a acquis une antiquité représentant l'Amour, accompagnée de vers de M. de Voltaire. Le 4 juillet, le roi a nommé M. Godin astronome associé à l'Académie Royale des Sciences.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7316
p. *1832-1832
AIR.
Début :
Quels affreux tourbillons ! quels éclairs ! quel tonnerre ! [...]
Mots clefs :
Dieux
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texteReconnaissance textuelle : AIR.
AIR.
Uels affreux tourbillons ! quels éclairs !
quel tonnerre !
Quel débris ! Dieux ! que d'abîmes ouverts ?
Ah! C'en eft fait , les Elémens en guerre ,
Vont bientôt m'engloutir fous l'Empire des
Mers.
Le trépas n'a rien qui m'étonne ;
L'on defcend tôt ou tard dans la nuit du Tombeau.
Mais qu'un Buveur , qu'un enfant de la
Tonne ...
O défefpoir ! ah ! j'en friffonne.
Faudra-t-il , juftes Dieux , que je meure dans
l'eau !
Uels affreux tourbillons ! quels éclairs !
quel tonnerre !
Quel débris ! Dieux ! que d'abîmes ouverts ?
Ah! C'en eft fait , les Elémens en guerre ,
Vont bientôt m'engloutir fous l'Empire des
Mers.
Le trépas n'a rien qui m'étonne ;
L'on defcend tôt ou tard dans la nuit du Tombeau.
Mais qu'un Buveur , qu'un enfant de la
Tonne ...
O défefpoir ! ah ! j'en friffonne.
Faudra-t-il , juftes Dieux , que je meure dans
l'eau !
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7317
p. 1832-1853
Tragedie d'Absalon, [titre d'après la table]
Début :
Nous aurions plutôt donné un Extrait de la Tragédie d'Absalon, si les [...]
Mots clefs :
Absalon, Tragédie, Yeux, Mort, Académie royale des inscriptions et belles-lettres
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texteReconnaissance textuelle : Tragedie d'Absalon, [titre d'après la table]
SPECTACLES.
Ous aurions plutôt donné un Extrait
de la Tragédie d'Abfalon , fi les
repréſentations de cette excellente Piéce
n'avoient été interrompuës par l'indifpotion
de la Dlle du Freſne , qui y jouë trèsbien
le Rôle de Tharés ; cette interruption
a empeché de recueillir les fentimens
mens des Connoiffeurs ; les obfervations
critiques ne fe manifeftent pas tout à
coup , & ce n'eft que dans une plus longue
fuite de Repréſentations , que les découvertes
fe multiplient , & qu'on eft en
état d'en faire un jufte choix . Nous commencerons
par la fimple marche de l'action
, & nous finirons par les refléxions
qui font venues jufqu'à nous.
M. Duché , de l'Académie Royale des
Infcriptions & Belles-Lettres , eft l'Auteur
d'Abfalon, Tragedie tirée de l'Ecritu
re Sainte . Il excufe dans fa Préface la liberté
qu'il a prife d'adoucir le caractere d'Abfalon
pour le rendre moins odieux ; voici
la raifon qu'il en donne : Un Caractere fi
odieux ne pouvoit être celui d'un Heros de
Tragédie , &c. fon ambition le rend aſſez
criminel pour meriter la mort ; mais il ne l'eft
pas affez pour ne point infpirer quelque
regret quand on le voit mourir ; ainfi en excitant
la pitié , il jette dans le coeur cette
crainte falutaire qui nous fait appréhender.
que de pareilles foibleffes ne nousjettent dans
d'auffi grands malheurs : Cette raiſon eft
d'autant plus fpécieuſe , qu'elle eft fondée
fur les régles prefcrites par Ariftote , qui
veut qu'un Heros de Tragédie ne foit
ni tout-à- fait vertueux , ni tout-à - fait
vicieux ; c'eſt-là ce qui a déterminé M. de
Racine à rendre Phedre moins criminelle
G &
1834 MERCURE DE FRANCE
& Hippolite moins vertueux ; cette régle
n'eft pourtant pas fi fcrupuleufement obfervée
par le grand Corneille dans fa Rodogune
, & l'on ne peut pas dire que la
méchanceté de Cléopatre y foit adoucie.
و
Le fecond fcrupule de M. Duché , c'eſt
d'avoir fait quelque changement auTexte
facré par raport à la mort d'Abfalon ; fcrupule,
dit-il qui fut levé par des perfonnes
refpectables par leur rang & par leur fçavoir.
Ce n'eft pas ici le lieu d'examiner
fi l'Apologie eft recevable ou non ; il finit
fa Préface par ces mots : Voilà les Objections
principales que l'on me pourroit faire ,
on yen pourroit ajouter d'autres , aufquelles
je ne puis répondre d'avance , ne pouvant
Les prévoir. On les fait aujourd'hui ces
Objections , peut-être font elles d'une
nature à ne pouvoir y répondre que foiblement
; peut- être auffi la Critique qu'on
en fait eft -elle trop fevere ; car on n'a jamais
exercé la cenfure avec tant de rigueur.
On a beau dire qu'il y a plus de
Critiques dans ce fiécle qu'il n'y a de
bons Auteurs ; cela n'empêche pas que
la cenfure n'aille toujours fon train. Le
Lecteur jugera fi les nouvelles objections
que M. Duché n'avoit pû prévoir font
bien ou mal fondées.
Au premier Acte , Abfalon ouvre la
Scene avec Achitophel , l'un des Miniftres
A OUST. 1730. 1835
tres de David. Ce fils rebele à fon Pere
& à fon Roy , ſemble d'abord n'en vouloir
qu'à Joab , General des Armées de
David ; il le foupçonne de vouloir faire
paffer le Sceptre d'Ifraël entre les mains
d'Adonias , fon frere cadet ; on expoſe
la naiffance & les progrès de la révolte
qui a obligé le Roy à fortir de Jerufalem ,
pour chercher un azile dans Manhaïm
lieu de la Scene. David arrive ; Achitophel
prie Abfalon de contraindre fon
courroux contre Joab.
David n'oublie rien pour réconcilier Ab.
falon avec Joab , en difant à fon fils que
le péril qui les menace doit les réunir
contre Amafa , Chef de la révolte ; ce
qui donne lieu à continuer l'expofition .
On apprend dans cette feconde Scene
qu'Amala s'avance avec l'Armée rebelle ;
David craint qu'on n'ait déja donné la
mort à fon fils Adonias , il ne tremble
pas moins pour Maacha , fa femme , &
pour Thares , épouse d'Abfalon qu'il
a remifes entre les mains du fidele Cifai.
Joab le raffure fur le fort d'Adonias , &
lui dit que toute la Tribu de Juda a
pris les armes pour le deffendre. Abfalon
tâche de rendre Joab fufpect à David.
Joab fe juftifie ; il avoue que voyant que
tous leurs fecrets étoient revelez à leurs
Gij com
1836 MERCURE DE FRANCE
communs ennemis , il lui eft échappé de
dire que le Prince auroit pû en avoir fait
confidence à quelque traître dont il ne
s'eft pas défié. David ordonne à Abfalon
d'embraffer Joab , ce qu'il fait avec contrainte.
Abfalon reffent quelques remords
qu'Achitophel prend foin d'étouffer
dans leur naiflance.
Zamri , Confident d'Achitophel , vient
annoncer à Abfalon que la Tribu d'Ephraim
, qui fembloit ne vouloir prendre
aucun parti , vient enfin de fe déclarer
pour lui ; il ajoûte que Cifaï , dont David
a déja parlé comme d'un de fes plus
fideles fujets , conduit un renfort de Soldats
auprès du Roi , & qu'il eft arrivé au
Camp avec la Reine , fa mere , fon époufe
& fa fille. Cette derniere nouvelle
trouble Abfalon ; Achitophel lui recommande
de cacher avec foin fon fecret à
Tharés , malgré tout l'amour qu'il a
pour elle. Abfalon fe retire après avoir
dit à Achitophel qu'il s'abandonne
à lui .
Achitophel ouvre fon coeur à Zamri ;
il lui apprend que tout va lui fucceder ;
Voici comment il s'explique.
Je fçais quel eft ton zele & ta fidelité ;
J'en ai befoin , apprends ce que j'ai projetté.
Dès qu'en ces lieux la nuit fera prête à defcendre
,
A O UST. 1730. 1837
Les Troupes d'Amafa doivent ici fe rendre ;
Et le fignal donné des murs de Manahïm ;
Séba doit foulever les Soldats d'Ephraïm :
1
La garde de David , victime de leur rage ,
Laiffera par fa perte un champ libre au car
nage :
Là , mes yeux de plaifir & de haine enyvrez
Du fang de mes Rivaux feront défalterez.
Tel eft le Plan de la confpiration d'Achitophel
; David feul eft excepté ; on
n'en veut qu'à fon Trône , où l'on veut
placer Abfalon . Zamri craint qu'Abfalon
ne condamne cette entrepriſe par
un refte de vertu . Voici la réponſe d'Achitophel
:
Un Trône acquis ainfi le doit épouventer ,
Et qui le lui donna le lui pourroit ôter.
Le fecond Acte qu'on a jugé un des
plus beaux de la Piece eft commencé par
Abfalon , Tharés & Thamar. Tharés fe
plaint à fon Epoux du peu de joye
qu'il témoigne à fa vûë qui lui étoit autrefois
fi chere ; elle lui reproche fon peu
de confiance , & lui dit qu'il reffent quelque
ennui fecret qu'il n'ofe lui réveler.
Abfalon lui avoue qu'il n'eft pas tranquille
, & la prie de lui permettre de garder
le filence, & de partir d'un féjour où tout
Giij ne
1
1738 MERCURE DE FRANCE
ne refpire qu'horreur ; Tharés lui répond
tendrement :
Que je m'éloigne ainfi de ce que j'aime !
Que ma fuite honteuſe aille juſtifier ,
Ce que vos ennemis ont ofé publier .
Ces paroles étonnent Abfalon , il en
'demande l'explication à Tharés ; elle lui
dit qu'on lui impute la confpiration ;
qu'un inconnu qui l'a abordée dans le
Palais , lui a parlé ainſi :
Zamri vient d'arriver en ces lieux ;
Si le Ciel vous permet de rejoindre mon Maître,
Dites-lui qu'il s'affure au plutôt de ce traitre !
Il fçaura des Hebreux le complot criminel ;
Enfin qu'il craigne tout & même Achitophel
Abfalon allarmé de ce qu'il vient d'entendre
, l'eft bien plus encore quand Tharés
lui dit qu'elle va reveler cet important
fecret , afin qu'on arrête Zamri , &
qu'on le force à tout découvrir au milieu
des fupplices . Cette derniere réfolution
de Tharés détermine Abfalon à lui
faire part de fon fecret ; il fait éloigner
Thamar.
A peine Abfalon a- t- il fait connoître
à Tharés qu'il eft de la confpiration ,
qu'elle l'interrompt par ces mots :
Ah !
AOUST. 1730. 1839
Ah ! je vois tout , Seigneur ,
Epargnez-vous l'horreur de me dire le refte ;
O de mes noirs foupçons , fource affreufe & funeſte
, & c.
Voyant qu'il ne peut renoncer au defir
de regner , elle tâche à le ramener à fon
devoir par ces belles paroles :
Duffiez-vous , moins chéri d'un pere qui vous
aime,
Renoncer fans retour à Sceptre , à Diadême ,
Quels maux, quelles horreurs pouvez - vous com
parer ,
Aux malheurs où ce jour est prêt à vous livrer e
Je veux que tout fuccede au gré de votre envie
Quelle honte à jamais va noircir votre vie a
Que n'ofera-t- on point contre vous publier ?
Le Trône a-t-il des droits pour vous juftifier !
Vous chercherez en vain vous même à vous féduire
Vous verrez quels chemins ont fçû vous y conduire
:
La vertu , le devoir , devenus vos bourreaux,
Au fond de votre coeur porteront leurs flambeaux:
La crainte & les remords vous fuivront fur le
Trône ;
Eh ! quoi , pour être heureux , faut -il une Couronne
?
Eft-ce un affront pour vous de ne la point porter 2
Vos vertus feulement doivent la mériter.
Giiij Rien
1840 MERCURE DE FRANCE
que
Rien n'eft plus pathétique que tout ce
Tharés dit dans cette Scene , mais
voyant que fon Epoux eft inflexible , elle
forme un deffein qui va éclater & qui fait
un des plus grands coups de Théatre
qu'on ait jamais vû.
}
David apprend à Abfalon , que les ennemis
viennent fondre fur fa foible armée;
il ajoûte qu'on a répandu dans fon Camp
un bruit injurieux qu'il traite d'impofture
, n'ofant croire que fon propre Fils
confpire contre lui ; Abſalon ouvre à peine
la bouche pour fe juftifier , que Tharés
dit à David :
Et moi , je crois , Seigneur , ne devoir point vous
taire ,
Que ces bruits font peut - être un avis falutaire ;
Je fçais , je vois quel eft le coeur de mon Epoux :
Mais fçait-on s'il n'eft point de traitre parmi
vous ?
-Sçait-on fi dans ce Camp quelque fecret coupable
,
N'a point pour ſe cacher divulgué cette Fable !
M'en croirez -vous , Seigneur qu'un ferment
folemnel ,
Faffe trembler ici quiconque eft criminel.
Le Ciel , votre péril , ma gloire intereffée..
De ce jufte projet m'inſpire la penſée ,
Atteftez l'Eternel qu'avant la fin du jour ,
Si des traîtres cachez par un jufte retour
'N'obAOUST.
1730. 1841+
N'obtiennent le pardon accordé pour leurs crimes
,
Leurs femmes , leurs enfans , en feront les victimes
:
Que dans le même inftant qu'ils feront décou
verts 1
Leurs parens , dévouez à cent tourmens divers ,
Déchirez par le fer , au feu livrez en proye ,
Payeront tous les maux que le Ciel vous envoye!
Ce ferment fait frémir Abfalon ; David
s'y lie & le confirme ; Tharés le prie
de permettre qu'elle commence toute la
premiere à montrer l'exemple en fe mettant
entre les mains de Joab, pour fervir
d'ôtage de la fidelité de fon Epoux ; elle
s'explique ainfi :
Il faut , Seigneur , que mon exemple étonne ,
Et montre qu'il n'eft point de pardon pour per
fonne.
David confent à ce que Tharés lui propoſe
, &c. Ce bel Acte finit par un court
Monologue que fait Abfalon éperdu . En
voici les deux derniers Vers :
Ah ! que j'éprouve bien en ce fatal moment ,
Que le crime avec ſoi porte fon châtiment !
Le troifiéme Acte a paru chargé de trop
d'actions coup fur coup , & c'eft peut-
Gv être
1842 MERCURE DE FRANCE
être ce qui l'a rendu deffectueux aux yeux
des Spectateurs. Voici dequoi il s'agit.
Achitophel apprend à Zamri que Seba ,
Chef de la Tribu d'Ephraïm doit enlever
Tharés & l'arracher à Joab , pour
calmer la frayeur dont fon ferment indifcret
à rempli Abfalon. Zamri lui parle
d'une Lettre qu ' Amafa vouloit lui écrire,
& lui dit que ce Chef des Rebelles en
ayant été détourné par un tumulte foudain
qui eft arrivé dans l'Armée , il la
remettra peut être en d'autres mains .
L'Auteur fait annoncer cette Lettre , parce
qu'elle doit avoir fon utilité dans la
Piece.
Abſalon veut renoncer à ſon entrepriſe ;
Achitophel le raffure en lui apprenant que
Séba doit enlever Thares & Thamar. Abfalon
raffuré , fe réfout à achever fon
projet.
Tharés vient annoncer à fon Epoux que
le Camp ennemi l'ayant proclamé Roi des
Hebreux , on doit s'affurer de fa perfonne
par l'ordre de Davids elle le preffe de
fuir ; Abfalon la prie de fuivre fes pas.
Tharés fe refufe aux inftances qu'il lui en
fait d'autant plus qu'elle eft prifonniere
& obfervée, Abfalon réduit à s'enfuir
fans Tharés , lui protefte qu'il viendra
bien tôt la demander à Joab avec cent
mille bras , & fe retire,
Un
A O UST. 1730. 1843
3
Un Ifraëlite chargé d'une Lettre pour
Abfalon , la remet entre les mains de
Tharés , qui l'ayant lûë tout bas , témoigne
fa furprife par une exclamation.
David furvient avec la Reine ; il n'ofe
encore foupçonner fon fils de trahiſon , &
dit qu'il veut l'entendre en prefence du
fage Achitophel.
Joab arrive tout confterné ; il apprend
à David qu'il n'eft que trop certain qu'Ab
falon eft coupable. Il le prouve par une
lettre qu'on a furprife , & qui vient du
Camp des Révoltez : En voici le contenu .
Ne craignez point un changement funefte ;
Que tous vos conjurez fe repofent fur moi :
Vos Rivaux périront ; Abfalon fera Roy ;
Donnez-nous le fignal , je vous réponds da
refte.
David ne peut plus douter de la perfidie
de fon Fils. Là Reine rejette tout le
crime fur Tharés , qu'elle accable d'injures
, elle impute à feinte la vertų
qu'elle a fait éclater par un ferment , dont
elle prévoyoit bien, dit - elle , qu'on viendroit
la fauver. Tharés ne répond à ces accufations
que par un nouvel effort de
vertu ; elle donne à David la Lettre qu'el
le n'avoit fait que lire tout bas quand un
Ifraëlite l'a lui a remiſe entre les mains
G vj pour
1844 MERCURE DE FRANCE
pour la rendre à Abfalon : Voici ce qui eft
tracé dans cette Lettre.
Le tems me force à vous écrire ,
A vous entretenir je n'ofe m'expofer.
Pour vous affurer cet Empire ,
Les Soldats d'Ephraïm font prêts à tout ofer.
Le fort menace en vain votre augufte famille ;
Kien ne traverfera vos voeux & nos deffeins ,
Et dans une heure au plus je remets en vos mains
Et votre Epoufe & votre Fille.
Après cette lecture , Tharés juftifie Abfalon
autant qu'elle peut , & rejette fa
faute fur les confeils pernicieux d'Achitophel
. Elle fe retire .
David frappé du foupçon que Tharés
fui a donné fur Achitophel , prie la Reine
de la fuivre , & de tâcher de la faire
parler en employant la douceur,
,
Cifai vient apprendre à David que le
Soldat qu'on a pris , venant du Camp des
rebelles , a parlé à l'afpect des Supplices ,
qu'il a révélé tous les complices, dont Achitophel
eft le Chef. David ordonne à
Joab d'aller s'affurer de la perfonne de ce
perfide Miniftre . Cifaï lui dit qu'il s'eft
fauvé;que Seba même s'eft ouvert un chemin
à la fuite , foûtenu des Soldats d'Ephraim
; il ajoute qu'Amafa fait mine de
s'avan
A O UST. 1730. 1845
s'avancer.Joab raffure David étonné d'une
révolte prefque generale; il ne refpire que
le fang , & veut commencer par le Sacrifice
de Tharés. David condamne ce tranfport
, fur tout par rapport à Tharés dont
la vertu la rend refpectable ; il ordonne à
Joab d'aller tout préparer pour faire une
feure retraite , & à Cifaï d'aller joindre
Abfalon & de le menacer de la mort de
fon époufe s'il ne vient implorer pour
elle la clémence de fon pere ; il permet
qu'Abfalon amene à fa fuite deux mille
hommes , s'en réfervant autant pour la
feureté de cette entrevûë , dont il efpere
un grand fuccès .
Le quatrième Acte difpute de beauté
avec le fecond. Le Lecteur en va juger.
Nous fupprimons les trois premieres Scenes
, pour ne pas allonger cet extrait par
des fuperfluitez. Dans la quatriéme Scene.
David reproche à Abfalon fa perfidie envers
fon Pere & fon Roy, Voici comment
il commence.
Enfin nous voilà feuls , je puis joüir fans peine
Du funefte plaifir de confondre ta haine ,
T'inſpirer de toi-même une équitable horreur ,
Et voir au moins ta honte égaler ta fureur,
Car enfin je connois tes complots homicides ;
Te yoilà dans le rang de ces fameux perfides ,
Dont
1846 MERCURE DE FRANCE
Dont les crimes font feuls la honteufe fplendeur
୮
Et qui fur leurs forfaits bâtiffent leur grandeur ,
&c.
Envain ton naturel altier , audacieux ,
Combattoit dans mon coeur le plaifir de mes
yeux ;
Mon amour l'emportoit , je fentois ma foibleffe:
Que n'a point fait pour toi cette indigne tendreffe
?
Je t'ai vâ fans refpect ni des Loix , ni du fang ›
D'Amnon mon fucceffeur ofer percer le flanc ,
Moins pour venger l'honneur d'une foeur éperduë
,
Que pour perdre un Rival qui te bleffoit la vue ;
Ifrael de ce coup fut long- tems confterné ;
Je devois t'en punir , je te l'ai pardonné.
Abfalon voulant rejetter fon crime fur
Joab qui l'y a forcé par fes fecretes
menées , en faveur d'Adonias fon frere ,
David l'interrompt par ces vers :
Foible & honteux détour !
Ceffe de m'accufer de la lâche injuftice
De fuivre d'un fujer la haine ou le caprice ,
Tu veux me détrôner , tu veux trancher mes
jours.
Abfalon veut en vain le nier, il le conpar
ce qui fuit :
fond
Ouy'
AOUST. 1730.
1847.
Oui , tu le veux , perfide.
Ofes-tu me nier ton deffein parricide ?
Ces Gardes , ces Soldats , qui comblant tes fouhaits
,
Devoient dés cette nuit couronner tes forfaits ,
Qui dépofoient mon Sceptre en ta 'main fangui
naire ,
Traître , le pouvoient - ils , fans la mort de ton
pere ?
Tiens , prends , lis ...
Il lui donne le Billet qui a été furpris
entre les mains d'un Soldat. Abfalon à
cette lecture demeure interdit , & voit
bien qu'Achitophel la conduit plus loin
qu'il ne croyoit , & qu'il ne vouloit.David
continue ainfi :
Moi- même en te parlant , faifi d'un jufte ef
froy ,
Mon trouble & ma douleur m'emportent loin de
moi.
Grand Dieu , voilà ce Fils qu'aveugle en mes demandes
,
Ont obtenu de toi , mes voeux & mes offrandes ,
Je le voi ; tu punis mes defirs indifcrets ;
Eh ! bien , Dieu d'Ifrael , accomplis tes décrets.
Confens-tu qu'à fon gré fa rage fe déploye ?
Yeux-tu que dans mon fang ce perfide le noye ?
J'y
1848 MERCURE DE FRANCE
1
J'y foufcris ; à Abfalon , Ouy , barbare accomplis
ton deffein ;
Aux dernieres horreurs ofe en hardir ta main ; &c
Miniftre criminel de fes juftes vengeances ,
Remplis-les par ma mort; couronne tes offenfes,
Frappe , &c.
Abfalon fe jette tremblant & repentant
aux genoux de fon Pere , qui lui pardonne ,
il exige de lui qu'il nommera tous les
con: lices ; Abfalon y confent dans la Scene
fuivante; il réfifte à Achitophel qui veut
le rembarquer dans la révolte , mais apprenant
de Cifaï que Joab , contre la foy
du Traité entre fon pere & lui , vient de
repouffer Amafa ; fa haine pour Joab fe
reveille & le fait courir aux armes une feconde
fois ; un refte de vertu fait qu'il dit
à Achitophel que ce ne font point ſes
perfides confeils qui le déterminent en ce
moment , & lui deffend de le fuivre .
Achitophel s'affermit dans le crime
& termine cet Acte par un court Monologue
, qui finit par ces Vers :
Tous les Chefs font pour moi , même interêt
les guide :
Marchons , & qu'un combat de notre fort décide.
Si nous ſommes Vainqueurs , Abſalon malgré lui
Se trouvera forcé de payer mon apui :
Si,plus puiffant que nous, l'Enemi nous furmonte,
11
AOUST. 1730. 1849
Il eft un fûr moyen d'enſevelir ma honte ;
Et tout homme à fon gré peut défier le fort
Quand il voit d'un même oeil , & la vie & la mort.'
Nous ne nous arrêterons pas long- tems
fur le dernier Acte . Voici la diftribution
des Scenes qui le compofent . Ciſaï fait
efperer la paix à Thamar , fans qu'on voye
fur quel fondement , puifque les deux
Armées font aux mains.
Tharés vient détruire une efperance fi
équivoque , & l'exhorte à fouffrir avec
conftance la mort , où le Peuple en furie
pourra la condamner , après l'avoir immolée
la premiere. David augmente leur
frayeur ; & croyant que tout eft perdu ,
leur dit qu'il ne vient que pour leur ouvrir
un chemin à la fuite ; il fait entendre
qu'il croit pouvoir les fauver malgré fon
ferment , puifqu'Abfalon en a rempli les
conditions par fon repentir.
Cifaï vient annoncer la victoire à David
, & la mort funefte d'Achitophel qui
s'eft étranglé , voyant que tout étoit perdu
: il ajoute qu'Abfalon à la tête des Rebelles
a refté fufpendu par fes cheveux à
un chêne ; mais que Joab prêt à le fecou-"
rir l'a envoyé vers lui pour lui dire qu'il
le remettroit bientôt entre fes mains & c.
David rend graces au Seigneur de fa victoire
&c. Abfalon mourant fe préfente
aux
1850 MERCURE DE FRANCE
aux yeux
de fon pere , & lui raconte ainfi
fon malheur.
Calmez la douleur qui vous preſſe.
Indigne de vos pleurs & de votre tendreffe ,
Mes odieux complots vous ont trop outragé :
Je meurs ; le Ciel eft juſte , & vous êtes vengé &c.
Les mutins ranimés ont voulu , pleins d'audace,
Rompre les noeuds cruels , auteurs de ma dif
grace ,
Et d'un trait qu'en fureur Joab avoit lancé
Votre malheureux Fils en leurs mains eſt percé.
Il recommande ſa femme & fa fille à
David , & meurt.
Voici les Obfervations critiques dont
nous avons été inftruits.
On a trouvé de beaux Vers dans la
Piéce ; mais le ftile n'y eft pas également
foutenu : l'éloquence y regne plus que l'élegance.
La Verfification a paru fur tout
negligée dans tout ce qui eft expofition .
Le fecond Acte & le quatrième l'emportent
infiniment fur les trois autres , & ont
fait le fuccés de la Piéce. Joab & Achitophel
font les deux perfonnages qui agiffent
le plus ; l'un conduit Abfalon & le
tourne comme il lui plaît , l'autre combat
pour David , qui ne fe détermine à
aller aux Ennemis que lorfqu'il apprend
que tout eft perdu . Abfalon agit un peu
plu
A O UST. 1730. 185 1
plus ; mais il paffe trop legerement du repentir
à la rechute : la haine pour Joab
ne paroît point affez fondée dans le plan.
de l'Auteur ; elle l'eft encore moins dans
le Texte Sacré; on y lit au contraire que ce
fut à Joab qu'il dut fon rappel &fa grace
après le meurtre de fon frere Amnon ."
Pour Joab , dont il n'a tenu qu'à l'Auteur
de faire un vrai Heros , on a trouvé
qu'il étoit injufte & fanguinaire dans le
quatrième Acte , quand il a confeillé à
David de faire périr tous les
parens des
Rebelles , & même Tharés dont la vertu
venoit d'éclater àfes yeux. Voici comment
l'Auteur l'a fait parler.
Marchons ; mais que Tharés accompagne mes
pas :
Que tous ceux que le fang unit à des perfides
Soyent remis en mes mains fous de fideles guides.
Allons , & preſentons à nos féditieux
L'Epouſe d'Abfalon immolée à leurs yeux ;
Faifons faire du refte un horrible carnage &c.
David fent bien lui- même que ce grand
homme dément fon caractere ; il le fait
connoître par cette Réponſe :
Non , Joab , fufpendons un Arrêt fanguinaire:
La vertu de Tharés vaut bien qu'on le differe.
Un Roi, quoiqu'un Sujet ait fait pour l'outrager,
Doit
1852 MERCURE DE FRANCE
Doit fçavoir le punir & non pas fe venger ;
Périffons fans foüiller mon rang ni ma memoire,
Et s'il faut fuccomber, fuccombons avec gloire.
Cette petite réprimande de David ,
juftifie la Critique du Public. La vertu
de Tharés eft celle qui fe foutient avec
le plus de vigueur ; quant à Thamar
on n'a trouvé à dire d'elle ni beaucoup
de bien , ni beaucoup de mal , ainfi on
l'a mife au rang des perfonnages inutiles
Le Rôle de la Reine , outre qu'il n'eft
pas plus utile que celui de Thamar , eft
d'autant plus à retrancher , qu'il eft toutà-
fait odieux par l'injuftice du motif qui
la fait agit. C'eft une haîne de belle- mère
qui fe manifefte à tout propos; fon repentir
guere mieux fondé que fes fautes, elle
dit au cinquiéme Acte, parlant à cette même
Tharés , fi injuftement perfecutée :
n'eft
Dans un temps plus heureux , vous connoîtrez ,
Madame ,
>
Ce que le repentir peut produire en une ame ;
Mes yeux fur vos vertus enfin fe font ouverts.
On ne fçait ce qui a pu occafionner ce
changement de volonté , ce qui eft abfolument
contre les regles. Voilà à peu près
ce que nous avons recueilli du jugement
du Public fur la Tragédie d'Abfalon. Ces
petites taches ne terniffent pas l'éclat de
cette
A O UST . 1730. 185 3
cette Piece , qu'on voit toûjours avec plaifir
, & qui a aujourd'hui un fuccès infini.
Elle eft très - bien repréfentée. Les Rôles de
David , d'Abfalon , d'Achitophel, de Joab ,
&c. y font remplis par les fieurs Sarrazin,
Dufresne , le Grand , du Breuil , &c .
La Dlle Du Frefne réüffit beaucoup dans.
celui de Tharés.
Ous aurions plutôt donné un Extrait
de la Tragédie d'Abfalon , fi les
repréſentations de cette excellente Piéce
n'avoient été interrompuës par l'indifpotion
de la Dlle du Freſne , qui y jouë trèsbien
le Rôle de Tharés ; cette interruption
a empeché de recueillir les fentimens
mens des Connoiffeurs ; les obfervations
critiques ne fe manifeftent pas tout à
coup , & ce n'eft que dans une plus longue
fuite de Repréſentations , que les découvertes
fe multiplient , & qu'on eft en
état d'en faire un jufte choix . Nous commencerons
par la fimple marche de l'action
, & nous finirons par les refléxions
qui font venues jufqu'à nous.
M. Duché , de l'Académie Royale des
Infcriptions & Belles-Lettres , eft l'Auteur
d'Abfalon, Tragedie tirée de l'Ecritu
re Sainte . Il excufe dans fa Préface la liberté
qu'il a prife d'adoucir le caractere d'Abfalon
pour le rendre moins odieux ; voici
la raifon qu'il en donne : Un Caractere fi
odieux ne pouvoit être celui d'un Heros de
Tragédie , &c. fon ambition le rend aſſez
criminel pour meriter la mort ; mais il ne l'eft
pas affez pour ne point infpirer quelque
regret quand on le voit mourir ; ainfi en excitant
la pitié , il jette dans le coeur cette
crainte falutaire qui nous fait appréhender.
que de pareilles foibleffes ne nousjettent dans
d'auffi grands malheurs : Cette raiſon eft
d'autant plus fpécieuſe , qu'elle eft fondée
fur les régles prefcrites par Ariftote , qui
veut qu'un Heros de Tragédie ne foit
ni tout-à- fait vertueux , ni tout-à - fait
vicieux ; c'eſt-là ce qui a déterminé M. de
Racine à rendre Phedre moins criminelle
G &
1834 MERCURE DE FRANCE
& Hippolite moins vertueux ; cette régle
n'eft pourtant pas fi fcrupuleufement obfervée
par le grand Corneille dans fa Rodogune
, & l'on ne peut pas dire que la
méchanceté de Cléopatre y foit adoucie.
و
Le fecond fcrupule de M. Duché , c'eſt
d'avoir fait quelque changement auTexte
facré par raport à la mort d'Abfalon ; fcrupule,
dit-il qui fut levé par des perfonnes
refpectables par leur rang & par leur fçavoir.
Ce n'eft pas ici le lieu d'examiner
fi l'Apologie eft recevable ou non ; il finit
fa Préface par ces mots : Voilà les Objections
principales que l'on me pourroit faire ,
on yen pourroit ajouter d'autres , aufquelles
je ne puis répondre d'avance , ne pouvant
Les prévoir. On les fait aujourd'hui ces
Objections , peut-être font elles d'une
nature à ne pouvoir y répondre que foiblement
; peut- être auffi la Critique qu'on
en fait eft -elle trop fevere ; car on n'a jamais
exercé la cenfure avec tant de rigueur.
On a beau dire qu'il y a plus de
Critiques dans ce fiécle qu'il n'y a de
bons Auteurs ; cela n'empêche pas que
la cenfure n'aille toujours fon train. Le
Lecteur jugera fi les nouvelles objections
que M. Duché n'avoit pû prévoir font
bien ou mal fondées.
Au premier Acte , Abfalon ouvre la
Scene avec Achitophel , l'un des Miniftres
A OUST. 1730. 1835
tres de David. Ce fils rebele à fon Pere
& à fon Roy , ſemble d'abord n'en vouloir
qu'à Joab , General des Armées de
David ; il le foupçonne de vouloir faire
paffer le Sceptre d'Ifraël entre les mains
d'Adonias , fon frere cadet ; on expoſe
la naiffance & les progrès de la révolte
qui a obligé le Roy à fortir de Jerufalem ,
pour chercher un azile dans Manhaïm
lieu de la Scene. David arrive ; Achitophel
prie Abfalon de contraindre fon
courroux contre Joab.
David n'oublie rien pour réconcilier Ab.
falon avec Joab , en difant à fon fils que
le péril qui les menace doit les réunir
contre Amafa , Chef de la révolte ; ce
qui donne lieu à continuer l'expofition .
On apprend dans cette feconde Scene
qu'Amala s'avance avec l'Armée rebelle ;
David craint qu'on n'ait déja donné la
mort à fon fils Adonias , il ne tremble
pas moins pour Maacha , fa femme , &
pour Thares , épouse d'Abfalon qu'il
a remifes entre les mains du fidele Cifai.
Joab le raffure fur le fort d'Adonias , &
lui dit que toute la Tribu de Juda a
pris les armes pour le deffendre. Abfalon
tâche de rendre Joab fufpect à David.
Joab fe juftifie ; il avoue que voyant que
tous leurs fecrets étoient revelez à leurs
Gij com
1836 MERCURE DE FRANCE
communs ennemis , il lui eft échappé de
dire que le Prince auroit pû en avoir fait
confidence à quelque traître dont il ne
s'eft pas défié. David ordonne à Abfalon
d'embraffer Joab , ce qu'il fait avec contrainte.
Abfalon reffent quelques remords
qu'Achitophel prend foin d'étouffer
dans leur naiflance.
Zamri , Confident d'Achitophel , vient
annoncer à Abfalon que la Tribu d'Ephraim
, qui fembloit ne vouloir prendre
aucun parti , vient enfin de fe déclarer
pour lui ; il ajoûte que Cifaï , dont David
a déja parlé comme d'un de fes plus
fideles fujets , conduit un renfort de Soldats
auprès du Roi , & qu'il eft arrivé au
Camp avec la Reine , fa mere , fon époufe
& fa fille. Cette derniere nouvelle
trouble Abfalon ; Achitophel lui recommande
de cacher avec foin fon fecret à
Tharés , malgré tout l'amour qu'il a
pour elle. Abfalon fe retire après avoir
dit à Achitophel qu'il s'abandonne
à lui .
Achitophel ouvre fon coeur à Zamri ;
il lui apprend que tout va lui fucceder ;
Voici comment il s'explique.
Je fçais quel eft ton zele & ta fidelité ;
J'en ai befoin , apprends ce que j'ai projetté.
Dès qu'en ces lieux la nuit fera prête à defcendre
,
A O UST. 1730. 1837
Les Troupes d'Amafa doivent ici fe rendre ;
Et le fignal donné des murs de Manahïm ;
Séba doit foulever les Soldats d'Ephraïm :
1
La garde de David , victime de leur rage ,
Laiffera par fa perte un champ libre au car
nage :
Là , mes yeux de plaifir & de haine enyvrez
Du fang de mes Rivaux feront défalterez.
Tel eft le Plan de la confpiration d'Achitophel
; David feul eft excepté ; on
n'en veut qu'à fon Trône , où l'on veut
placer Abfalon . Zamri craint qu'Abfalon
ne condamne cette entrepriſe par
un refte de vertu . Voici la réponſe d'Achitophel
:
Un Trône acquis ainfi le doit épouventer ,
Et qui le lui donna le lui pourroit ôter.
Le fecond Acte qu'on a jugé un des
plus beaux de la Piece eft commencé par
Abfalon , Tharés & Thamar. Tharés fe
plaint à fon Epoux du peu de joye
qu'il témoigne à fa vûë qui lui étoit autrefois
fi chere ; elle lui reproche fon peu
de confiance , & lui dit qu'il reffent quelque
ennui fecret qu'il n'ofe lui réveler.
Abfalon lui avoue qu'il n'eft pas tranquille
, & la prie de lui permettre de garder
le filence, & de partir d'un féjour où tout
Giij ne
1
1738 MERCURE DE FRANCE
ne refpire qu'horreur ; Tharés lui répond
tendrement :
Que je m'éloigne ainfi de ce que j'aime !
Que ma fuite honteuſe aille juſtifier ,
Ce que vos ennemis ont ofé publier .
Ces paroles étonnent Abfalon , il en
'demande l'explication à Tharés ; elle lui
dit qu'on lui impute la confpiration ;
qu'un inconnu qui l'a abordée dans le
Palais , lui a parlé ainſi :
Zamri vient d'arriver en ces lieux ;
Si le Ciel vous permet de rejoindre mon Maître,
Dites-lui qu'il s'affure au plutôt de ce traitre !
Il fçaura des Hebreux le complot criminel ;
Enfin qu'il craigne tout & même Achitophel
Abfalon allarmé de ce qu'il vient d'entendre
, l'eft bien plus encore quand Tharés
lui dit qu'elle va reveler cet important
fecret , afin qu'on arrête Zamri , &
qu'on le force à tout découvrir au milieu
des fupplices . Cette derniere réfolution
de Tharés détermine Abfalon à lui
faire part de fon fecret ; il fait éloigner
Thamar.
A peine Abfalon a- t- il fait connoître
à Tharés qu'il eft de la confpiration ,
qu'elle l'interrompt par ces mots :
Ah !
AOUST. 1730. 1839
Ah ! je vois tout , Seigneur ,
Epargnez-vous l'horreur de me dire le refte ;
O de mes noirs foupçons , fource affreufe & funeſte
, & c.
Voyant qu'il ne peut renoncer au defir
de regner , elle tâche à le ramener à fon
devoir par ces belles paroles :
Duffiez-vous , moins chéri d'un pere qui vous
aime,
Renoncer fans retour à Sceptre , à Diadême ,
Quels maux, quelles horreurs pouvez - vous com
parer ,
Aux malheurs où ce jour est prêt à vous livrer e
Je veux que tout fuccede au gré de votre envie
Quelle honte à jamais va noircir votre vie a
Que n'ofera-t- on point contre vous publier ?
Le Trône a-t-il des droits pour vous juftifier !
Vous chercherez en vain vous même à vous féduire
Vous verrez quels chemins ont fçû vous y conduire
:
La vertu , le devoir , devenus vos bourreaux,
Au fond de votre coeur porteront leurs flambeaux:
La crainte & les remords vous fuivront fur le
Trône ;
Eh ! quoi , pour être heureux , faut -il une Couronne
?
Eft-ce un affront pour vous de ne la point porter 2
Vos vertus feulement doivent la mériter.
Giiij Rien
1840 MERCURE DE FRANCE
que
Rien n'eft plus pathétique que tout ce
Tharés dit dans cette Scene , mais
voyant que fon Epoux eft inflexible , elle
forme un deffein qui va éclater & qui fait
un des plus grands coups de Théatre
qu'on ait jamais vû.
}
David apprend à Abfalon , que les ennemis
viennent fondre fur fa foible armée;
il ajoûte qu'on a répandu dans fon Camp
un bruit injurieux qu'il traite d'impofture
, n'ofant croire que fon propre Fils
confpire contre lui ; Abſalon ouvre à peine
la bouche pour fe juftifier , que Tharés
dit à David :
Et moi , je crois , Seigneur , ne devoir point vous
taire ,
Que ces bruits font peut - être un avis falutaire ;
Je fçais , je vois quel eft le coeur de mon Epoux :
Mais fçait-on s'il n'eft point de traitre parmi
vous ?
-Sçait-on fi dans ce Camp quelque fecret coupable
,
N'a point pour ſe cacher divulgué cette Fable !
M'en croirez -vous , Seigneur qu'un ferment
folemnel ,
Faffe trembler ici quiconque eft criminel.
Le Ciel , votre péril , ma gloire intereffée..
De ce jufte projet m'inſpire la penſée ,
Atteftez l'Eternel qu'avant la fin du jour ,
Si des traîtres cachez par un jufte retour
'N'obAOUST.
1730. 1841+
N'obtiennent le pardon accordé pour leurs crimes
,
Leurs femmes , leurs enfans , en feront les victimes
:
Que dans le même inftant qu'ils feront décou
verts 1
Leurs parens , dévouez à cent tourmens divers ,
Déchirez par le fer , au feu livrez en proye ,
Payeront tous les maux que le Ciel vous envoye!
Ce ferment fait frémir Abfalon ; David
s'y lie & le confirme ; Tharés le prie
de permettre qu'elle commence toute la
premiere à montrer l'exemple en fe mettant
entre les mains de Joab, pour fervir
d'ôtage de la fidelité de fon Epoux ; elle
s'explique ainfi :
Il faut , Seigneur , que mon exemple étonne ,
Et montre qu'il n'eft point de pardon pour per
fonne.
David confent à ce que Tharés lui propoſe
, &c. Ce bel Acte finit par un court
Monologue que fait Abfalon éperdu . En
voici les deux derniers Vers :
Ah ! que j'éprouve bien en ce fatal moment ,
Que le crime avec ſoi porte fon châtiment !
Le troifiéme Acte a paru chargé de trop
d'actions coup fur coup , & c'eft peut-
Gv être
1842 MERCURE DE FRANCE
être ce qui l'a rendu deffectueux aux yeux
des Spectateurs. Voici dequoi il s'agit.
Achitophel apprend à Zamri que Seba ,
Chef de la Tribu d'Ephraïm doit enlever
Tharés & l'arracher à Joab , pour
calmer la frayeur dont fon ferment indifcret
à rempli Abfalon. Zamri lui parle
d'une Lettre qu ' Amafa vouloit lui écrire,
& lui dit que ce Chef des Rebelles en
ayant été détourné par un tumulte foudain
qui eft arrivé dans l'Armée , il la
remettra peut être en d'autres mains .
L'Auteur fait annoncer cette Lettre , parce
qu'elle doit avoir fon utilité dans la
Piece.
Abſalon veut renoncer à ſon entrepriſe ;
Achitophel le raffure en lui apprenant que
Séba doit enlever Thares & Thamar. Abfalon
raffuré , fe réfout à achever fon
projet.
Tharés vient annoncer à fon Epoux que
le Camp ennemi l'ayant proclamé Roi des
Hebreux , on doit s'affurer de fa perfonne
par l'ordre de Davids elle le preffe de
fuir ; Abfalon la prie de fuivre fes pas.
Tharés fe refufe aux inftances qu'il lui en
fait d'autant plus qu'elle eft prifonniere
& obfervée, Abfalon réduit à s'enfuir
fans Tharés , lui protefte qu'il viendra
bien tôt la demander à Joab avec cent
mille bras , & fe retire,
Un
A O UST. 1730. 1843
3
Un Ifraëlite chargé d'une Lettre pour
Abfalon , la remet entre les mains de
Tharés , qui l'ayant lûë tout bas , témoigne
fa furprife par une exclamation.
David furvient avec la Reine ; il n'ofe
encore foupçonner fon fils de trahiſon , &
dit qu'il veut l'entendre en prefence du
fage Achitophel.
Joab arrive tout confterné ; il apprend
à David qu'il n'eft que trop certain qu'Ab
falon eft coupable. Il le prouve par une
lettre qu'on a furprife , & qui vient du
Camp des Révoltez : En voici le contenu .
Ne craignez point un changement funefte ;
Que tous vos conjurez fe repofent fur moi :
Vos Rivaux périront ; Abfalon fera Roy ;
Donnez-nous le fignal , je vous réponds da
refte.
David ne peut plus douter de la perfidie
de fon Fils. Là Reine rejette tout le
crime fur Tharés , qu'elle accable d'injures
, elle impute à feinte la vertų
qu'elle a fait éclater par un ferment , dont
elle prévoyoit bien, dit - elle , qu'on viendroit
la fauver. Tharés ne répond à ces accufations
que par un nouvel effort de
vertu ; elle donne à David la Lettre qu'el
le n'avoit fait que lire tout bas quand un
Ifraëlite l'a lui a remiſe entre les mains
G vj pour
1844 MERCURE DE FRANCE
pour la rendre à Abfalon : Voici ce qui eft
tracé dans cette Lettre.
Le tems me force à vous écrire ,
A vous entretenir je n'ofe m'expofer.
Pour vous affurer cet Empire ,
Les Soldats d'Ephraïm font prêts à tout ofer.
Le fort menace en vain votre augufte famille ;
Kien ne traverfera vos voeux & nos deffeins ,
Et dans une heure au plus je remets en vos mains
Et votre Epoufe & votre Fille.
Après cette lecture , Tharés juftifie Abfalon
autant qu'elle peut , & rejette fa
faute fur les confeils pernicieux d'Achitophel
. Elle fe retire .
David frappé du foupçon que Tharés
fui a donné fur Achitophel , prie la Reine
de la fuivre , & de tâcher de la faire
parler en employant la douceur,
,
Cifai vient apprendre à David que le
Soldat qu'on a pris , venant du Camp des
rebelles , a parlé à l'afpect des Supplices ,
qu'il a révélé tous les complices, dont Achitophel
eft le Chef. David ordonne à
Joab d'aller s'affurer de la perfonne de ce
perfide Miniftre . Cifaï lui dit qu'il s'eft
fauvé;que Seba même s'eft ouvert un chemin
à la fuite , foûtenu des Soldats d'Ephraim
; il ajoute qu'Amafa fait mine de
s'avan
A O UST. 1730. 1845
s'avancer.Joab raffure David étonné d'une
révolte prefque generale; il ne refpire que
le fang , & veut commencer par le Sacrifice
de Tharés. David condamne ce tranfport
, fur tout par rapport à Tharés dont
la vertu la rend refpectable ; il ordonne à
Joab d'aller tout préparer pour faire une
feure retraite , & à Cifaï d'aller joindre
Abfalon & de le menacer de la mort de
fon époufe s'il ne vient implorer pour
elle la clémence de fon pere ; il permet
qu'Abfalon amene à fa fuite deux mille
hommes , s'en réfervant autant pour la
feureté de cette entrevûë , dont il efpere
un grand fuccès .
Le quatrième Acte difpute de beauté
avec le fecond. Le Lecteur en va juger.
Nous fupprimons les trois premieres Scenes
, pour ne pas allonger cet extrait par
des fuperfluitez. Dans la quatriéme Scene.
David reproche à Abfalon fa perfidie envers
fon Pere & fon Roy, Voici comment
il commence.
Enfin nous voilà feuls , je puis joüir fans peine
Du funefte plaifir de confondre ta haine ,
T'inſpirer de toi-même une équitable horreur ,
Et voir au moins ta honte égaler ta fureur,
Car enfin je connois tes complots homicides ;
Te yoilà dans le rang de ces fameux perfides ,
Dont
1846 MERCURE DE FRANCE
Dont les crimes font feuls la honteufe fplendeur
୮
Et qui fur leurs forfaits bâtiffent leur grandeur ,
&c.
Envain ton naturel altier , audacieux ,
Combattoit dans mon coeur le plaifir de mes
yeux ;
Mon amour l'emportoit , je fentois ma foibleffe:
Que n'a point fait pour toi cette indigne tendreffe
?
Je t'ai vâ fans refpect ni des Loix , ni du fang ›
D'Amnon mon fucceffeur ofer percer le flanc ,
Moins pour venger l'honneur d'une foeur éperduë
,
Que pour perdre un Rival qui te bleffoit la vue ;
Ifrael de ce coup fut long- tems confterné ;
Je devois t'en punir , je te l'ai pardonné.
Abfalon voulant rejetter fon crime fur
Joab qui l'y a forcé par fes fecretes
menées , en faveur d'Adonias fon frere ,
David l'interrompt par ces vers :
Foible & honteux détour !
Ceffe de m'accufer de la lâche injuftice
De fuivre d'un fujer la haine ou le caprice ,
Tu veux me détrôner , tu veux trancher mes
jours.
Abfalon veut en vain le nier, il le conpar
ce qui fuit :
fond
Ouy'
AOUST. 1730.
1847.
Oui , tu le veux , perfide.
Ofes-tu me nier ton deffein parricide ?
Ces Gardes , ces Soldats , qui comblant tes fouhaits
,
Devoient dés cette nuit couronner tes forfaits ,
Qui dépofoient mon Sceptre en ta 'main fangui
naire ,
Traître , le pouvoient - ils , fans la mort de ton
pere ?
Tiens , prends , lis ...
Il lui donne le Billet qui a été furpris
entre les mains d'un Soldat. Abfalon à
cette lecture demeure interdit , & voit
bien qu'Achitophel la conduit plus loin
qu'il ne croyoit , & qu'il ne vouloit.David
continue ainfi :
Moi- même en te parlant , faifi d'un jufte ef
froy ,
Mon trouble & ma douleur m'emportent loin de
moi.
Grand Dieu , voilà ce Fils qu'aveugle en mes demandes
,
Ont obtenu de toi , mes voeux & mes offrandes ,
Je le voi ; tu punis mes defirs indifcrets ;
Eh ! bien , Dieu d'Ifrael , accomplis tes décrets.
Confens-tu qu'à fon gré fa rage fe déploye ?
Yeux-tu que dans mon fang ce perfide le noye ?
J'y
1848 MERCURE DE FRANCE
1
J'y foufcris ; à Abfalon , Ouy , barbare accomplis
ton deffein ;
Aux dernieres horreurs ofe en hardir ta main ; &c
Miniftre criminel de fes juftes vengeances ,
Remplis-les par ma mort; couronne tes offenfes,
Frappe , &c.
Abfalon fe jette tremblant & repentant
aux genoux de fon Pere , qui lui pardonne ,
il exige de lui qu'il nommera tous les
con: lices ; Abfalon y confent dans la Scene
fuivante; il réfifte à Achitophel qui veut
le rembarquer dans la révolte , mais apprenant
de Cifaï que Joab , contre la foy
du Traité entre fon pere & lui , vient de
repouffer Amafa ; fa haine pour Joab fe
reveille & le fait courir aux armes une feconde
fois ; un refte de vertu fait qu'il dit
à Achitophel que ce ne font point ſes
perfides confeils qui le déterminent en ce
moment , & lui deffend de le fuivre .
Achitophel s'affermit dans le crime
& termine cet Acte par un court Monologue
, qui finit par ces Vers :
Tous les Chefs font pour moi , même interêt
les guide :
Marchons , & qu'un combat de notre fort décide.
Si nous ſommes Vainqueurs , Abſalon malgré lui
Se trouvera forcé de payer mon apui :
Si,plus puiffant que nous, l'Enemi nous furmonte,
11
AOUST. 1730. 1849
Il eft un fûr moyen d'enſevelir ma honte ;
Et tout homme à fon gré peut défier le fort
Quand il voit d'un même oeil , & la vie & la mort.'
Nous ne nous arrêterons pas long- tems
fur le dernier Acte . Voici la diftribution
des Scenes qui le compofent . Ciſaï fait
efperer la paix à Thamar , fans qu'on voye
fur quel fondement , puifque les deux
Armées font aux mains.
Tharés vient détruire une efperance fi
équivoque , & l'exhorte à fouffrir avec
conftance la mort , où le Peuple en furie
pourra la condamner , après l'avoir immolée
la premiere. David augmente leur
frayeur ; & croyant que tout eft perdu ,
leur dit qu'il ne vient que pour leur ouvrir
un chemin à la fuite ; il fait entendre
qu'il croit pouvoir les fauver malgré fon
ferment , puifqu'Abfalon en a rempli les
conditions par fon repentir.
Cifaï vient annoncer la victoire à David
, & la mort funefte d'Achitophel qui
s'eft étranglé , voyant que tout étoit perdu
: il ajoute qu'Abfalon à la tête des Rebelles
a refté fufpendu par fes cheveux à
un chêne ; mais que Joab prêt à le fecou-"
rir l'a envoyé vers lui pour lui dire qu'il
le remettroit bientôt entre fes mains & c.
David rend graces au Seigneur de fa victoire
&c. Abfalon mourant fe préfente
aux
1850 MERCURE DE FRANCE
aux yeux
de fon pere , & lui raconte ainfi
fon malheur.
Calmez la douleur qui vous preſſe.
Indigne de vos pleurs & de votre tendreffe ,
Mes odieux complots vous ont trop outragé :
Je meurs ; le Ciel eft juſte , & vous êtes vengé &c.
Les mutins ranimés ont voulu , pleins d'audace,
Rompre les noeuds cruels , auteurs de ma dif
grace ,
Et d'un trait qu'en fureur Joab avoit lancé
Votre malheureux Fils en leurs mains eſt percé.
Il recommande ſa femme & fa fille à
David , & meurt.
Voici les Obfervations critiques dont
nous avons été inftruits.
On a trouvé de beaux Vers dans la
Piéce ; mais le ftile n'y eft pas également
foutenu : l'éloquence y regne plus que l'élegance.
La Verfification a paru fur tout
negligée dans tout ce qui eft expofition .
Le fecond Acte & le quatrième l'emportent
infiniment fur les trois autres , & ont
fait le fuccés de la Piéce. Joab & Achitophel
font les deux perfonnages qui agiffent
le plus ; l'un conduit Abfalon & le
tourne comme il lui plaît , l'autre combat
pour David , qui ne fe détermine à
aller aux Ennemis que lorfqu'il apprend
que tout eft perdu . Abfalon agit un peu
plu
A O UST. 1730. 185 1
plus ; mais il paffe trop legerement du repentir
à la rechute : la haine pour Joab
ne paroît point affez fondée dans le plan.
de l'Auteur ; elle l'eft encore moins dans
le Texte Sacré; on y lit au contraire que ce
fut à Joab qu'il dut fon rappel &fa grace
après le meurtre de fon frere Amnon ."
Pour Joab , dont il n'a tenu qu'à l'Auteur
de faire un vrai Heros , on a trouvé
qu'il étoit injufte & fanguinaire dans le
quatrième Acte , quand il a confeillé à
David de faire périr tous les
parens des
Rebelles , & même Tharés dont la vertu
venoit d'éclater àfes yeux. Voici comment
l'Auteur l'a fait parler.
Marchons ; mais que Tharés accompagne mes
pas :
Que tous ceux que le fang unit à des perfides
Soyent remis en mes mains fous de fideles guides.
Allons , & preſentons à nos féditieux
L'Epouſe d'Abfalon immolée à leurs yeux ;
Faifons faire du refte un horrible carnage &c.
David fent bien lui- même que ce grand
homme dément fon caractere ; il le fait
connoître par cette Réponſe :
Non , Joab , fufpendons un Arrêt fanguinaire:
La vertu de Tharés vaut bien qu'on le differe.
Un Roi, quoiqu'un Sujet ait fait pour l'outrager,
Doit
1852 MERCURE DE FRANCE
Doit fçavoir le punir & non pas fe venger ;
Périffons fans foüiller mon rang ni ma memoire,
Et s'il faut fuccomber, fuccombons avec gloire.
Cette petite réprimande de David ,
juftifie la Critique du Public. La vertu
de Tharés eft celle qui fe foutient avec
le plus de vigueur ; quant à Thamar
on n'a trouvé à dire d'elle ni beaucoup
de bien , ni beaucoup de mal , ainfi on
l'a mife au rang des perfonnages inutiles
Le Rôle de la Reine , outre qu'il n'eft
pas plus utile que celui de Thamar , eft
d'autant plus à retrancher , qu'il eft toutà-
fait odieux par l'injuftice du motif qui
la fait agit. C'eft une haîne de belle- mère
qui fe manifefte à tout propos; fon repentir
guere mieux fondé que fes fautes, elle
dit au cinquiéme Acte, parlant à cette même
Tharés , fi injuftement perfecutée :
n'eft
Dans un temps plus heureux , vous connoîtrez ,
Madame ,
>
Ce que le repentir peut produire en une ame ;
Mes yeux fur vos vertus enfin fe font ouverts.
On ne fçait ce qui a pu occafionner ce
changement de volonté , ce qui eft abfolument
contre les regles. Voilà à peu près
ce que nous avons recueilli du jugement
du Public fur la Tragédie d'Abfalon. Ces
petites taches ne terniffent pas l'éclat de
cette
A O UST . 1730. 185 3
cette Piece , qu'on voit toûjours avec plaifir
, & qui a aujourd'hui un fuccès infini.
Elle eft très - bien repréfentée. Les Rôles de
David , d'Abfalon , d'Achitophel, de Joab ,
&c. y font remplis par les fieurs Sarrazin,
Dufresne , le Grand , du Breuil , &c .
La Dlle Du Frefne réüffit beaucoup dans.
celui de Tharés.
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Résumé : Tragedie d'Absalon, [titre d'après la table]
Le texte présente une critique de la tragédie 'Abfalon' de M. Duché, membre de l'Académie Royale des Inscriptions & Belles-Lettres. L'auteur justifie dans sa préface les libertés prises pour adoucir le caractère d'Abfalon, afin de le rendre moins odieux et de susciter la pitié du public, conformément aux règles aristotéliciennes. Il mentionne également des changements apportés au texte sacré concernant la mort d'Abfalon, justifiés par des personnes respectables. La pièce commence avec Abfalon et Achitophel, ministre de David. Abfalon, rebelle à son père et roi, soupçonne Joab, général des armées de David, de vouloir transférer le sceptre à Adonias, son frère cadet. David tente de réconcilier Abfalon avec Joab, mais Abfalon essaie de semer la discorde. Achitophel et Zamri, son confident, préparent une conspiration pour placer Abfalon sur le trône. Tharés, épouse d'Abfalon, découvre la conspiration et tente de le dissuader, mais il reste déterminé. Dans le deuxième acte, Tharés apprend à Abfalon qu'elle est au courant de la conspiration et menace de révéler le secret. Abfalon lui avoue alors sa participation. Tharés propose un serment pour démasquer les traîtres et se livre elle-même à Joab en otage de la fidélité de son époux. Abfalon est troublé par cette situation. Le troisième acte est jugé trop chargé en actions. Achitophel rassure Abfalon en lui annonçant l'enlèvement de Tharés et Thamar par Séba. Tharés informe Abfalon qu'il a été proclamé roi par le camp ennemi et le presse de fuir. Abfalon s'enfuit après avoir promis de revenir chercher Tharés. David découvre la trahison d'Abfalon grâce à une lettre interceptée et accuse Tharés de complicité, mais elle maintient sa vertu. Dans le quatrième acte, David reproche à Abfalon sa perfidie et révèle les complots homicides. Abfalon tente de rejeter la faute sur Joab, mais David le confronte avec des preuves. Abfalon se repent et nomme les complices, mais se révolte à nouveau après l'attaque de Joab contre Amaasa. Achitophel incite à la révolte. Dans le dernier acte, Cisaï espère la paix, mais Tharés exhorte à souffrir la mort avec confiance. David annonce un chemin de fuite et Cifaï annonce la victoire et la mort d'Achitophel et d'Absalon. Abfalon, mourant, se présente à David et recommande sa femme et sa fille avant de mourir. La critique mentionne que la pièce contient de beaux vers mais un style inégal, avec des personnages comme Joab et Achitophel particulièrement marquants. La vertu de Tharés est soulignée, tandis que les rôles de Thamar et de la Reine sont jugés inutiles ou odieux. La pièce est bien représentée et appréciée du public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7318
p. 1853-1856
La Réünion forcée, Comédie, &c. [titre d'après la table]
Début :
Les Comédiens Italiens donnerent la premiere Représentation d'une petite Comédie [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Comtesse, Procureur, Maître
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La Réünion forcée, Comédie, &c. [titre d'après la table]
Les Comédiens Italiens donnerent la
premiere Repréfentation d'une petite Comédie
en Profe, en un Acte , avec un Divertiffement
; elle a pour titre la Réunion
forcée. Cette Piece ne promet pas un grand
fuccès , le Lecteur en va juger par la legere
idée que nous en allons donner.
Une Comteffe fur le retour , ayant
époufé un jeune Cavalier appellé Damon ,
qui n'a pas pour elle les égards qu'elle s'en
étoit promis , veut fe venger de lui par
le divorce ; elle ouvre la Scene avec fa
fuivante Finette , qui la flatte d'un fort
plus heureux qui fuivra le gain de fon
procès. M.du Doffier, fon Procureur , vient
lui annoncer un triomphe prématuré ,
qui n'exifte que dans fon imagination , &
qu'il dit infaillible
P'heureuſe difpofition
qu'il dit avoir mife dans ce Procès.
Sur cette frivole efperance , il ofe parler
d'Amour & d'Hymen à la Comteffe , qui
reçoit fa déclaration avec fierté , attendu
par
l'inegalté
1854 MERCURE DE FRANCE
l'inegalité des conditions. Du Doſſier a
recours à Finette ; & pour la mettre dans
fes interêts , il lui promet de lui faire
époufer l'Avenir , fon Maître Clerc, Finette
, non moins fiere que fa Maîtreffe ,
ne veut pas d'un Clerc de Procureur pour
Mari. Du Doffier lui promet de le mettre
en poffeffion d'une belle & bonne Charge
d'Huiffier à Verge. Finette l'accepte à ce
prix , mais elle doute que fa Maîtreſſe
puiffe fe réfoudre à époufer un Procureur ;
elle dit à du Doffier que le gout de la
Comteffe feroit plutôt pour un Financier,
ce qui détermine du Doffier à revenir ſe
prefenter à elle fous le nom & l'habit
d'un frere qu'il a dans la Finance , appellé
M. du Zero. Il execute fon projet ,
& fous le nom de Financier il eft parfaitement
bien reçû de la Comteffe . Damon
fon jeune mary , vient troubler leur naiffante
intelligence ; il demande à la Comteffe
cent piftoles dont il a befoin , &
qu'il veut avoir fur le champ ; les injures
ne font épargnées de part & d'autre ;
M.du Zero , pour faire fa cour à la Comteffe
, donne un billet au porteur de mille
francs , que Finette reçoit malgré fa Maîtreffe.
Oronte , pere de Damon , vient annoncer
à la Comteffe fa Bru , qu'elle a perdu
fon Procès tout au long , & qu'on vient
de
A O UST. 1730. 1855
de la déclarer non - recevable ; elle ſe plaint
de l'injustice de fes premiers Juges, & dit
qu'elle en veut appeller. Damon fait le
doucereux auprès d'elle & la détermine
à fe réconcilier avec lui ; elle y confent ;
le faux du Zero redemande fon Billet à
Finette, qui le garde comme étant de bonne
prife ; l'Avenir reconnoît fon Maître
du Doffier , fous les habits de du Zero. La
Piece finit par un Divertiffement qu'on
trouvé trop bien amené ; cette
Fête a été préparée par l'étourdi Damon ;
c'eſt à proprement parler une nouvelle
infulte qu'il fait à la Comteſſe ſa femme ;
on en peut juger par ce premier Air
qu'on chante :
n'a
pas
Au premier âge ,
On méprifoit les biens ;
L'Amour feul formoit les liens ,
D'un heureux mariage :
Plutus ne regnoit point encor ;
Ce Dieu , Maître à prefent de notre destinée ,
Nous vend au poids de l'or ,
Le plus trifte Hymenée,
Le Vaudeville eft fur le même ton ;
en voici deux Couplets .
Femme riche & fur le retour ,
Voit croître les Amans près d'elle ;
Filla
1856 MERCURE DE FRANCE
Fille fans biens , mais jeune & belle ,
Les voit déferter de la Cour ,
Point d'argent , point de mariage ;
Argent & vieilleffe , on dit bon ;
Sans argent , jeuneſſe , on dit non :
C'eſt aujourd'hui l'uſage.
Arlequin au Parterre.
"
Si chacun de vous eft content ;
Qu'aujourd'hui l'on vous ait fait rire ,
Oh ! Meffieurs , vous n'avez qu'à dire ;
Apportez-nous bien de l'argent :
Point d'argent , adieu le courage ;
Quand j'en vois beaucoup , je dis bon ;
Mais quand j'en vois peu , je dis non :
Je fuis dans cet uſage.
La Mufique du Divertiſſement eſt toûjours
de M. Mouret.
premiere Repréfentation d'une petite Comédie
en Profe, en un Acte , avec un Divertiffement
; elle a pour titre la Réunion
forcée. Cette Piece ne promet pas un grand
fuccès , le Lecteur en va juger par la legere
idée que nous en allons donner.
Une Comteffe fur le retour , ayant
époufé un jeune Cavalier appellé Damon ,
qui n'a pas pour elle les égards qu'elle s'en
étoit promis , veut fe venger de lui par
le divorce ; elle ouvre la Scene avec fa
fuivante Finette , qui la flatte d'un fort
plus heureux qui fuivra le gain de fon
procès. M.du Doffier, fon Procureur , vient
lui annoncer un triomphe prématuré ,
qui n'exifte que dans fon imagination , &
qu'il dit infaillible
P'heureuſe difpofition
qu'il dit avoir mife dans ce Procès.
Sur cette frivole efperance , il ofe parler
d'Amour & d'Hymen à la Comteffe , qui
reçoit fa déclaration avec fierté , attendu
par
l'inegalté
1854 MERCURE DE FRANCE
l'inegalité des conditions. Du Doſſier a
recours à Finette ; & pour la mettre dans
fes interêts , il lui promet de lui faire
époufer l'Avenir , fon Maître Clerc, Finette
, non moins fiere que fa Maîtreffe ,
ne veut pas d'un Clerc de Procureur pour
Mari. Du Doffier lui promet de le mettre
en poffeffion d'une belle & bonne Charge
d'Huiffier à Verge. Finette l'accepte à ce
prix , mais elle doute que fa Maîtreſſe
puiffe fe réfoudre à époufer un Procureur ;
elle dit à du Doffier que le gout de la
Comteffe feroit plutôt pour un Financier,
ce qui détermine du Doffier à revenir ſe
prefenter à elle fous le nom & l'habit
d'un frere qu'il a dans la Finance , appellé
M. du Zero. Il execute fon projet ,
& fous le nom de Financier il eft parfaitement
bien reçû de la Comteffe . Damon
fon jeune mary , vient troubler leur naiffante
intelligence ; il demande à la Comteffe
cent piftoles dont il a befoin , &
qu'il veut avoir fur le champ ; les injures
ne font épargnées de part & d'autre ;
M.du Zero , pour faire fa cour à la Comteffe
, donne un billet au porteur de mille
francs , que Finette reçoit malgré fa Maîtreffe.
Oronte , pere de Damon , vient annoncer
à la Comteffe fa Bru , qu'elle a perdu
fon Procès tout au long , & qu'on vient
de
A O UST. 1730. 1855
de la déclarer non - recevable ; elle ſe plaint
de l'injustice de fes premiers Juges, & dit
qu'elle en veut appeller. Damon fait le
doucereux auprès d'elle & la détermine
à fe réconcilier avec lui ; elle y confent ;
le faux du Zero redemande fon Billet à
Finette, qui le garde comme étant de bonne
prife ; l'Avenir reconnoît fon Maître
du Doffier , fous les habits de du Zero. La
Piece finit par un Divertiffement qu'on
trouvé trop bien amené ; cette
Fête a été préparée par l'étourdi Damon ;
c'eſt à proprement parler une nouvelle
infulte qu'il fait à la Comteſſe ſa femme ;
on en peut juger par ce premier Air
qu'on chante :
n'a
pas
Au premier âge ,
On méprifoit les biens ;
L'Amour feul formoit les liens ,
D'un heureux mariage :
Plutus ne regnoit point encor ;
Ce Dieu , Maître à prefent de notre destinée ,
Nous vend au poids de l'or ,
Le plus trifte Hymenée,
Le Vaudeville eft fur le même ton ;
en voici deux Couplets .
Femme riche & fur le retour ,
Voit croître les Amans près d'elle ;
Filla
1856 MERCURE DE FRANCE
Fille fans biens , mais jeune & belle ,
Les voit déferter de la Cour ,
Point d'argent , point de mariage ;
Argent & vieilleffe , on dit bon ;
Sans argent , jeuneſſe , on dit non :
C'eſt aujourd'hui l'uſage.
Arlequin au Parterre.
"
Si chacun de vous eft content ;
Qu'aujourd'hui l'on vous ait fait rire ,
Oh ! Meffieurs , vous n'avez qu'à dire ;
Apportez-nous bien de l'argent :
Point d'argent , adieu le courage ;
Quand j'en vois beaucoup , je dis bon ;
Mais quand j'en vois peu , je dis non :
Je fuis dans cet uſage.
La Mufique du Divertiſſement eſt toûjours
de M. Mouret.
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Résumé : La Réünion forcée, Comédie, &c. [titre d'après la table]
Le texte relate la première représentation de 'La Réunion forcée', une comédie en prose des Comédiens Italiens. La pièce, en un acte, raconte l'histoire d'une comtesse souhaitant divorcer de son mari, Damon, en raison de son manque de respect. Encouragée par sa servante, Finette, et son procureur, M. du Dossier, elle refuse les avances de ce dernier en raison de la différence de leurs conditions sociales. M. du Dossier, se faisant passer pour un financier, M. du Zero, tente de séduire la comtesse. Damon interrompt leur entretien en réclamant de l'argent, ce qui provoque des échanges tendus. M. du Zero offre un billet de mille francs à la comtesse via Finette. Oronte, le père de Damon, annonce que la comtesse a perdu son procès. Damon convainc alors la comtesse de se réconcilier. M. du Zero réclame son billet, mais Finette le garde. La pièce se conclut par un divertissement organisé par Damon, incluant des airs et des couplets sur l'amour et l'argent, avec une musique de M. Mouret.
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7319
p. 1856-1864
La Tragédie de Maurice, &c. & Ballet, [titre d'après la table]
Début :
Le 2 Août, on representa au College de Louis le Grand, pour la Distribution [...]
Mots clefs :
Théâtre, Ballet, Ridicule, Dieu, Armée, Mort, Collège de Louis le Grand, Histoire, Tyran, Prince, Tragédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La Tragédie de Maurice, &c. & Ballet, [titre d'après la table]
Le 2 Août , on reprefenta au College
de Louis le Grand , pour la Diftribution
des Prix , fondé par S. M. la Tragédie
de Maurice , Empereur d'Orient cette
Tragédie fut fuivie d'un Ballet . Nous allons
donner de l'une & de l'autre un Extrait
le plus fuccinct qu'il nous fera
poffible.
Argument de la Tragédie.
Maurice
AOUST. 1730. 1857
Maurice agité de remords pour avoir
laiffé périr dans les fers un nombre confiderable
de fes fujets , qu'il n'avoit tenu
qu'à lui de racheter , fe reconnoît coupable
devant Dieu , & le prie de lui faire
expier fon crime dans ce monde plutôt
que dans l'autre. Sa priere eft exaucée ;
Dieu lui fait voir fon châtiment en fonge ;
il confeffe humblement qu'il l'a merité.
Il est déthrôné par Phocas ; & prêt à
mourir il prononce fouvent ces paroles ,
qui furent les dernieres de ſa vie : Vous
êtes jufte , Seigneur , & votre Jugement eft
équitable.
La Scene eft à Conftantinople , dans le
Palais Imperial.
ACTE I.
Maurice avoit fait arrêter Germain , Beau
Pere de fon fils Theodore , fur une Lettre anonyme
, par laquelle on lui offroit l'Empire ; mais
ayant vú en fonge un ufurpateur qui vouloit lui
arracher le Sceptre , & la lettre Ph. étant
gravée fur le front du coupable , fes foupçons
tombent fur Philipiccus , fon beau- frere ; il fait
remettre Germain en liberté , & ordonne qu'on
lui amene Philipiccus ; celui- ci fe contente de
faire parler fon innocence dans le tems que Mau
rice l'accable de fanglans reproches . Ce dernier
accufé eft encore juftifié par la nouvelle que
PEmpereur apprend de la révolte de Phocas , l'un
des Officiers Generaux de fon Armée. Il veug
aller
H
1858 MERCURE DE FRANCE
aller reprimer les Rebelles ; Philippicus l'en détourne
, en lui reprefentant le danger évident
où il s'expoferoit ; cependant il va raffembler ce
qui refte de fujets fideles à Maurice pour le mettre
en état de diffiper les Factieux . Maurice effrayé
du fonge qu'il a fait ; & voyant bien que
Dieu eft prêt à le punir de fon crime , fonge
plutôt à fauver fes Enfans qu'à fe fauver lui-même
; il leur ordonne d'aller chercher un azile fous
la conduite de Prifcus , Gouverneur de Juftin ,
fon fils. Theodofe , fon autre fils , refuſe d'obéïr
, & veut périr en deffendant le Trône & la
vie de fon Pere ; l'Empereur confie à Prifcus le
fecond de fes Enfans , & va fe mettre à la tête
de quelques Troupes que Philippicus à ramaffées
pour combattre les révoltez .
ACTE I I..
Maurice ayant été lâchement abandonné des
Troupes qu'il croyoit lui être fideles , Germain
irrité de fon emprifonnement , fe flate que Phocas
n'a confpiré que pour le mettre fur le Trône
; il introduit ce traître dans le Palais . Alcime ,
Officier de l'Armée , & Confident de Phocas
vient annoncer à Germain la défaite & la prife
de Maurice & de Theodore , fon fils aîné. Germain
voudroit qu'on leur eut laiffé la liberté de
fuïr ; il craint que leur préfence n'intereffe les
Peuples en leur faveur ; Alcime ſoutient au contraire
que
la fuite les auroit pû mettre en état
de remonter fur le Trône. On préfente à Phocas
Maurice chargé de fers ; Germain , par un reſte
de vertu , ne peut en foûtenir la vûë , & fe reti
re. Phocas s'efforce envain d'engager Maurice à
lui livrer fon fecond fils Juftin , fous prétexte.
de le mettre à couvert de la fureur du peuple ; co
pere
A O UST . 1730. 1859
ce
Pere infortuné ne donne pas dans un piége fi
groffier ; on amene Theodore à Phocas
Prince fier & intrépide détefte la perfidie de Ger
main , & reproche à Phocas d'avoir confpiré
pour le mettre fur le Trône. Phocas lui fait entendre
en termes équivoques , qu'il n'ôtera jamais
la Couronne à Maurice , pour la mettre
fur la tête d'un autre. L'Empereur & fon fils
s'étant retirez , il ouvre fon coeur à Alcime , &
lui déclare qu'il n'a travaillé que pour lui - mêil
l'envoye recevoir en fon nom le ferment
de l'Armée , & fort pour aller donner ordre à
la recherche de Juftin , frere de Theodore.
me ;
ACTE I I I..
pour faire rentrer Philippicus n'oublie rien
Germain dans fon devoir ; ce dernier offre le
Trône Imperial à fon Gendre Theodore , qui le
refufe genereufement comme appartenant à fon
pere ; il fait entendre à Germain que Phocas ne
l'a ufurpé que pour lui - même. Germain ne le
peut croire ; cependant il fort avec Philippicus
pour penetrer avec lui un deffein dont il commence
à fe défier. Prifcus , dont Phocas a enfin
découvert la retraite , eft amené au Palais , avec
fon fils Heraclius , à qui il a donné le nom &
l'habit de Juftin , pour fauver ce jeune Prince
aux dépens de la vie de fon propre fils . Les difcours
du faux Juftin épouventent Phocas , qu'on
fuppofe n'avoir jamais vu le fecond fils de Maurice
; il efpere abbattre ce noble orgüeil , en luž
montrant Maurice chargé de fers ; Prifcus tâ
che envain de détourner une entr'vûë qui doit
trahir fon fecret. Heureufement pour lui Phocas
fe retire , & ce n'eft qu'en fon abfence que
Murice reconnoît le genereux artifice de Prif-
Hij cus i
1860 MERCURE DE FRANCE
cus ; il veut genereulement en avertir Phocas ;
mais l'un & l'autre le prient fi ardemment de
laiffer le Tyran dans l'erreur , qu'il y confent ,
dans la crainte d'expofer infructueufement Heraclius
au reffentiment de Phocas , qui ne manqueroit
pas de fe venger fur le Pere & fur le Fils
d'un fi genereux artifice. Prifcus ordonne qu'on
enferme fon fils , & va retrouver le veritable
Justin,
ACTE I V,
Germain ne doutant plus que Phocas ne
yeuille s'emparer du Trône au lieu de lui , fe
réfout à le perdre ; il a un entretien avec cet
ambitieux concurrent , où ce dernier s'explique
affez ouvertement, Germain s'emporte , & fort
pour courir à la vengeance , en fe joignant à
Philippicus. Alcime confeille à Phocas de le faire
obferver & arrêter s'il fe peut ; mais Phocas occupé
des frayeurs que la fierté d'Heraclius lui a
infpirée, le veut entretenir ; il croit le faire trembler
, & tremble lui -même ; il fe réfout à le
faire périr , mais Heraclius furvenant , lui déclare
qu'il n'eft point fon fils. Phocas ordonne
qu'on cherche le vrai Juftin. Ce dernier s'étant
échappé des mains de Prifcus , vient redemander
fon Pere & reprendre fon nom qu'Heraclius lui
a dérobé. Tout femble flatter la fureur de Phocas
, lorfqu'il apprend que Theodore a briſé ſes
fers ; il veut s'en venger par la mort de Juftin ;
mais l'avis foudain qu'il reçoit , que Germain
foutenu de Philippicus & de Prifcus a foulevé le
peuple , & vient l'inveſtir dans le Palais , l'oblige
fufpendre fa fanglante execution,
ACTE
A OUST . 1730. 1861
ACTE V..
Phocas triomphant de Germain , qui vient
d'être tué , & de Theodore qui a été bleffé , veut
faire périr Philippicus & Prifcus ; mais comme
ces deux Generaux font refpectés de l'Armée ;
Alcime lui fait voir à quel danger il s'expoferoit
s'il leur faifoit donner la mort . Phocas ordonne
qu'on les amene devant lui avec Heraclius ; il fe
réfout à facrifier à fa sûreté Maurice & fes
deux enfans . Philippicus , Prifcus , & Heraclius
paroiffent devant Phocas ; ils ne daignent pas
écouter les flatteufes promeffes qu'il leur fait , &
demandent pour toute grace qu'on leur faffe
voir leur Empereur. Phocas y confent , & fort
pour aller entretenir les Chefs de l'Armée , qui
fe font affemblés , & qui lui demandent la grace
de ces trois Prifonniers ; Maurice eft amené
chargé de fers ; quel fpectacle pour ces trois fideles
fujets ! le fon de la Trompette leur annonce
la proclamation de Phocas ; on les fépare de
Maurice ; ce déplorable Prince demeure feul . On
aporte leTrône Imperial où Phocas fe doit placer
à fes yeux ; Maurice s'humilie devant Dieu ,
confeffe qu'il a merité le fort dont la justice Paccable
; il demande au Ciel vengeur , pour toute
grace , que fes Enfans ne foyent pas enveloppés
dans fa ruïne. Phocas n'eft pas plutôt affis fur le
Trône , qu'il commande qu'on enleve Theodore
& Juftin pour leur donner la mort. Theodore
déja bleffé expire aux yeux de fon malheureux
Pere , Juftin eft arraché d'entre les bras de Maurice,
Le Tyran envoye Maurice à la mort , quoique
le Peuple & l'Armée lui laiffent la liberté de
vivre ; le Heros allant à la mort , prédit à Phocas
le châtiment que le Ciel vengeur réſerve à
Hiij tous
& -
1862 MERCURE DE FRANCE
tous fes crimes. L'ufurpateur en eft fi épouvanté
, que le Sceptre lui tombe des mains , c'eft
ainfi qu'il commence à recevoir la peine dûë à
fon parricide. Le Théatre fut fermé par un éloge
du Roy.
Cette Tragédie fut fuivie du Ballet
dont nous allons parler. Le ridicule
des hommes en fit le fujet : en voici la
Divifion. Ce ridicule , exprimé par la
Danfe , fe fait connoître dans le Balet en
quatre manieres , qui en font le partage.
1º . Dans leurs Caracteres . 2 ° . Dans leurs
Entreprises. 3. Dans leurs Déguisemens.
4 Dans leurs Amuſemens. Ce ridicule a
trop d'étenduë pour pouvoir être contenu
dans un feul Ballet ; on s'eft contenté
de le borner à ces quatre parties ; la Fable
& l'Hiftoire y ont été employées avec
beaucoup d'art.
Minerve defcend du Ciel avec plufieurs Génies
férieux pour corriger les deffauts des hommes
; elle n'y réuffit prefque point , ce qui l'oblige
de ceder la place à Momus. Ce dernier
contrefait le ridicule de plufieurs perfonnes qui
commencent à fe corriger. Ce premier fuccès enhardit
ce Dieu de la cenfure , & lui fait former
le deffein de donner le ridicule des hommes en
fpectacle.
Les Amateurs d'eux - mêmes font la premiere
Entrée ; la feconde eft compofée des foupçonneux
, & la troifiéme des préfomptueux. La Fable
de Narciffe fonde la premiere. Denis le Tyran
AOUST. 1730. 1863
ran de Siracuſe , amene la feconde , & Mydas ,
Roi de Phrigie , eft à la tête des préfomptueux ,
pour avoir préferé la Flute de Pan à la Lyre
d'Apollon.
Anthée voulant éprouver les forces contre le
fils de Jupiter , fonde la premiere Entrée de la
feconde Partie , fçavoir , l'Entreprife au- deffus
des forces. L'Entreprise au- deffus des moyens
fait la feconde Entrée , l'Hiftoire qui y donne
lieu , eft celle de Pyrrhus , Roy d'Epire , qui for
me le deffein de conftruire un Pont d'environ
dix-fept lieuës fur la Mer Adriatique . Bavins ,
Mavius , & autres Poëtes femblables , font plufieurs
tentatives pour occuper le Parnaffe ; ce qui
amene la troifiéme Entrée , qui a pour
treprise au- deffus des talens .
titre : Enveut
Pâris , qui , couvert d'une peau de Lion ,
combattre Menelas , à qui il n'échappe que par
une honteuſe fuite , établit la premiere Entrée ,
qui a pour titre la Lâcheté mafquée . La feconde
qui eft la Fidelité fimulée , eft marquée par un
Monument élevé à la memoire de Nabopharzan,
par ordre de fon Epouſe qui ne l'avoit jamais
aimé. La troifiéme Entrée , qui eft la Débauche
cachée , eft peinte par ce trait d'Hiftoire des
Etruciens paroiffent accompagnez des Vertus pendant
le jour , l'Abftinence & la Temperance leur
fervent un repas frugal , fur le modele de celui
du fameux Curius ; mais à peine la nuit eft - elle
arrivée que ces faux Curius font une Bacchanale,
dans laquelle les Vices danfent à la place des
Vertus.
:
La vaine Parure , la Curiofité frivole & les
Idées chimériques , forment les trois Entrées de
cette derniere Partie. De jeunes Sibarites établiffent
la premiere. Des Athéniens , qui s'étant affemblez
pour entendre difcourir leurs plus cele-
Hij bres
1864 MERCURE DE FRANCE
bres Orateurs fur des affaires importantes , les
quittent pour voir des Joueurs de Gobelets , fondent
la feconde. Quelques traits bizarrès du fameux
Chevalier de la Manche , donnent lieu à la
troifléme , &c. Minerve voyant l'utilité des leçons
de Momus , fe réconcilie avee lui ; ce qui
fait le Balet general & l'Epilogue du deffein .
de Louis le Grand , pour la Diftribution
des Prix , fondé par S. M. la Tragédie
de Maurice , Empereur d'Orient cette
Tragédie fut fuivie d'un Ballet . Nous allons
donner de l'une & de l'autre un Extrait
le plus fuccinct qu'il nous fera
poffible.
Argument de la Tragédie.
Maurice
AOUST. 1730. 1857
Maurice agité de remords pour avoir
laiffé périr dans les fers un nombre confiderable
de fes fujets , qu'il n'avoit tenu
qu'à lui de racheter , fe reconnoît coupable
devant Dieu , & le prie de lui faire
expier fon crime dans ce monde plutôt
que dans l'autre. Sa priere eft exaucée ;
Dieu lui fait voir fon châtiment en fonge ;
il confeffe humblement qu'il l'a merité.
Il est déthrôné par Phocas ; & prêt à
mourir il prononce fouvent ces paroles ,
qui furent les dernieres de ſa vie : Vous
êtes jufte , Seigneur , & votre Jugement eft
équitable.
La Scene eft à Conftantinople , dans le
Palais Imperial.
ACTE I.
Maurice avoit fait arrêter Germain , Beau
Pere de fon fils Theodore , fur une Lettre anonyme
, par laquelle on lui offroit l'Empire ; mais
ayant vú en fonge un ufurpateur qui vouloit lui
arracher le Sceptre , & la lettre Ph. étant
gravée fur le front du coupable , fes foupçons
tombent fur Philipiccus , fon beau- frere ; il fait
remettre Germain en liberté , & ordonne qu'on
lui amene Philipiccus ; celui- ci fe contente de
faire parler fon innocence dans le tems que Mau
rice l'accable de fanglans reproches . Ce dernier
accufé eft encore juftifié par la nouvelle que
PEmpereur apprend de la révolte de Phocas , l'un
des Officiers Generaux de fon Armée. Il veug
aller
H
1858 MERCURE DE FRANCE
aller reprimer les Rebelles ; Philippicus l'en détourne
, en lui reprefentant le danger évident
où il s'expoferoit ; cependant il va raffembler ce
qui refte de fujets fideles à Maurice pour le mettre
en état de diffiper les Factieux . Maurice effrayé
du fonge qu'il a fait ; & voyant bien que
Dieu eft prêt à le punir de fon crime , fonge
plutôt à fauver fes Enfans qu'à fe fauver lui-même
; il leur ordonne d'aller chercher un azile fous
la conduite de Prifcus , Gouverneur de Juftin ,
fon fils. Theodofe , fon autre fils , refuſe d'obéïr
, & veut périr en deffendant le Trône & la
vie de fon Pere ; l'Empereur confie à Prifcus le
fecond de fes Enfans , & va fe mettre à la tête
de quelques Troupes que Philippicus à ramaffées
pour combattre les révoltez .
ACTE I I..
Maurice ayant été lâchement abandonné des
Troupes qu'il croyoit lui être fideles , Germain
irrité de fon emprifonnement , fe flate que Phocas
n'a confpiré que pour le mettre fur le Trône
; il introduit ce traître dans le Palais . Alcime ,
Officier de l'Armée , & Confident de Phocas
vient annoncer à Germain la défaite & la prife
de Maurice & de Theodore , fon fils aîné. Germain
voudroit qu'on leur eut laiffé la liberté de
fuïr ; il craint que leur préfence n'intereffe les
Peuples en leur faveur ; Alcime ſoutient au contraire
que
la fuite les auroit pû mettre en état
de remonter fur le Trône. On préfente à Phocas
Maurice chargé de fers ; Germain , par un reſte
de vertu , ne peut en foûtenir la vûë , & fe reti
re. Phocas s'efforce envain d'engager Maurice à
lui livrer fon fecond fils Juftin , fous prétexte.
de le mettre à couvert de la fureur du peuple ; co
pere
A O UST . 1730. 1859
ce
Pere infortuné ne donne pas dans un piége fi
groffier ; on amene Theodore à Phocas
Prince fier & intrépide détefte la perfidie de Ger
main , & reproche à Phocas d'avoir confpiré
pour le mettre fur le Trône. Phocas lui fait entendre
en termes équivoques , qu'il n'ôtera jamais
la Couronne à Maurice , pour la mettre
fur la tête d'un autre. L'Empereur & fon fils
s'étant retirez , il ouvre fon coeur à Alcime , &
lui déclare qu'il n'a travaillé que pour lui - mêil
l'envoye recevoir en fon nom le ferment
de l'Armée , & fort pour aller donner ordre à
la recherche de Juftin , frere de Theodore.
me ;
ACTE I I I..
pour faire rentrer Philippicus n'oublie rien
Germain dans fon devoir ; ce dernier offre le
Trône Imperial à fon Gendre Theodore , qui le
refufe genereufement comme appartenant à fon
pere ; il fait entendre à Germain que Phocas ne
l'a ufurpé que pour lui - même. Germain ne le
peut croire ; cependant il fort avec Philippicus
pour penetrer avec lui un deffein dont il commence
à fe défier. Prifcus , dont Phocas a enfin
découvert la retraite , eft amené au Palais , avec
fon fils Heraclius , à qui il a donné le nom &
l'habit de Juftin , pour fauver ce jeune Prince
aux dépens de la vie de fon propre fils . Les difcours
du faux Juftin épouventent Phocas , qu'on
fuppofe n'avoir jamais vu le fecond fils de Maurice
; il efpere abbattre ce noble orgüeil , en luž
montrant Maurice chargé de fers ; Prifcus tâ
che envain de détourner une entr'vûë qui doit
trahir fon fecret. Heureufement pour lui Phocas
fe retire , & ce n'eft qu'en fon abfence que
Murice reconnoît le genereux artifice de Prif-
Hij cus i
1860 MERCURE DE FRANCE
cus ; il veut genereulement en avertir Phocas ;
mais l'un & l'autre le prient fi ardemment de
laiffer le Tyran dans l'erreur , qu'il y confent ,
dans la crainte d'expofer infructueufement Heraclius
au reffentiment de Phocas , qui ne manqueroit
pas de fe venger fur le Pere & fur le Fils
d'un fi genereux artifice. Prifcus ordonne qu'on
enferme fon fils , & va retrouver le veritable
Justin,
ACTE I V,
Germain ne doutant plus que Phocas ne
yeuille s'emparer du Trône au lieu de lui , fe
réfout à le perdre ; il a un entretien avec cet
ambitieux concurrent , où ce dernier s'explique
affez ouvertement, Germain s'emporte , & fort
pour courir à la vengeance , en fe joignant à
Philippicus. Alcime confeille à Phocas de le faire
obferver & arrêter s'il fe peut ; mais Phocas occupé
des frayeurs que la fierté d'Heraclius lui a
infpirée, le veut entretenir ; il croit le faire trembler
, & tremble lui -même ; il fe réfout à le
faire périr , mais Heraclius furvenant , lui déclare
qu'il n'eft point fon fils. Phocas ordonne
qu'on cherche le vrai Juftin. Ce dernier s'étant
échappé des mains de Prifcus , vient redemander
fon Pere & reprendre fon nom qu'Heraclius lui
a dérobé. Tout femble flatter la fureur de Phocas
, lorfqu'il apprend que Theodore a briſé ſes
fers ; il veut s'en venger par la mort de Juftin ;
mais l'avis foudain qu'il reçoit , que Germain
foutenu de Philippicus & de Prifcus a foulevé le
peuple , & vient l'inveſtir dans le Palais , l'oblige
fufpendre fa fanglante execution,
ACTE
A OUST . 1730. 1861
ACTE V..
Phocas triomphant de Germain , qui vient
d'être tué , & de Theodore qui a été bleffé , veut
faire périr Philippicus & Prifcus ; mais comme
ces deux Generaux font refpectés de l'Armée ;
Alcime lui fait voir à quel danger il s'expoferoit
s'il leur faifoit donner la mort . Phocas ordonne
qu'on les amene devant lui avec Heraclius ; il fe
réfout à facrifier à fa sûreté Maurice & fes
deux enfans . Philippicus , Prifcus , & Heraclius
paroiffent devant Phocas ; ils ne daignent pas
écouter les flatteufes promeffes qu'il leur fait , &
demandent pour toute grace qu'on leur faffe
voir leur Empereur. Phocas y confent , & fort
pour aller entretenir les Chefs de l'Armée , qui
fe font affemblés , & qui lui demandent la grace
de ces trois Prifonniers ; Maurice eft amené
chargé de fers ; quel fpectacle pour ces trois fideles
fujets ! le fon de la Trompette leur annonce
la proclamation de Phocas ; on les fépare de
Maurice ; ce déplorable Prince demeure feul . On
aporte leTrône Imperial où Phocas fe doit placer
à fes yeux ; Maurice s'humilie devant Dieu ,
confeffe qu'il a merité le fort dont la justice Paccable
; il demande au Ciel vengeur , pour toute
grace , que fes Enfans ne foyent pas enveloppés
dans fa ruïne. Phocas n'eft pas plutôt affis fur le
Trône , qu'il commande qu'on enleve Theodore
& Juftin pour leur donner la mort. Theodore
déja bleffé expire aux yeux de fon malheureux
Pere , Juftin eft arraché d'entre les bras de Maurice,
Le Tyran envoye Maurice à la mort , quoique
le Peuple & l'Armée lui laiffent la liberté de
vivre ; le Heros allant à la mort , prédit à Phocas
le châtiment que le Ciel vengeur réſerve à
Hiij tous
& -
1862 MERCURE DE FRANCE
tous fes crimes. L'ufurpateur en eft fi épouvanté
, que le Sceptre lui tombe des mains , c'eft
ainfi qu'il commence à recevoir la peine dûë à
fon parricide. Le Théatre fut fermé par un éloge
du Roy.
Cette Tragédie fut fuivie du Ballet
dont nous allons parler. Le ridicule
des hommes en fit le fujet : en voici la
Divifion. Ce ridicule , exprimé par la
Danfe , fe fait connoître dans le Balet en
quatre manieres , qui en font le partage.
1º . Dans leurs Caracteres . 2 ° . Dans leurs
Entreprises. 3. Dans leurs Déguisemens.
4 Dans leurs Amuſemens. Ce ridicule a
trop d'étenduë pour pouvoir être contenu
dans un feul Ballet ; on s'eft contenté
de le borner à ces quatre parties ; la Fable
& l'Hiftoire y ont été employées avec
beaucoup d'art.
Minerve defcend du Ciel avec plufieurs Génies
férieux pour corriger les deffauts des hommes
; elle n'y réuffit prefque point , ce qui l'oblige
de ceder la place à Momus. Ce dernier
contrefait le ridicule de plufieurs perfonnes qui
commencent à fe corriger. Ce premier fuccès enhardit
ce Dieu de la cenfure , & lui fait former
le deffein de donner le ridicule des hommes en
fpectacle.
Les Amateurs d'eux - mêmes font la premiere
Entrée ; la feconde eft compofée des foupçonneux
, & la troifiéme des préfomptueux. La Fable
de Narciffe fonde la premiere. Denis le Tyran
AOUST. 1730. 1863
ran de Siracuſe , amene la feconde , & Mydas ,
Roi de Phrigie , eft à la tête des préfomptueux ,
pour avoir préferé la Flute de Pan à la Lyre
d'Apollon.
Anthée voulant éprouver les forces contre le
fils de Jupiter , fonde la premiere Entrée de la
feconde Partie , fçavoir , l'Entreprife au- deffus
des forces. L'Entreprise au- deffus des moyens
fait la feconde Entrée , l'Hiftoire qui y donne
lieu , eft celle de Pyrrhus , Roy d'Epire , qui for
me le deffein de conftruire un Pont d'environ
dix-fept lieuës fur la Mer Adriatique . Bavins ,
Mavius , & autres Poëtes femblables , font plufieurs
tentatives pour occuper le Parnaffe ; ce qui
amene la troifiéme Entrée , qui a pour
treprise au- deffus des talens .
titre : Enveut
Pâris , qui , couvert d'une peau de Lion ,
combattre Menelas , à qui il n'échappe que par
une honteuſe fuite , établit la premiere Entrée ,
qui a pour titre la Lâcheté mafquée . La feconde
qui eft la Fidelité fimulée , eft marquée par un
Monument élevé à la memoire de Nabopharzan,
par ordre de fon Epouſe qui ne l'avoit jamais
aimé. La troifiéme Entrée , qui eft la Débauche
cachée , eft peinte par ce trait d'Hiftoire des
Etruciens paroiffent accompagnez des Vertus pendant
le jour , l'Abftinence & la Temperance leur
fervent un repas frugal , fur le modele de celui
du fameux Curius ; mais à peine la nuit eft - elle
arrivée que ces faux Curius font une Bacchanale,
dans laquelle les Vices danfent à la place des
Vertus.
:
La vaine Parure , la Curiofité frivole & les
Idées chimériques , forment les trois Entrées de
cette derniere Partie. De jeunes Sibarites établiffent
la premiere. Des Athéniens , qui s'étant affemblez
pour entendre difcourir leurs plus cele-
Hij bres
1864 MERCURE DE FRANCE
bres Orateurs fur des affaires importantes , les
quittent pour voir des Joueurs de Gobelets , fondent
la feconde. Quelques traits bizarrès du fameux
Chevalier de la Manche , donnent lieu à la
troifléme , &c. Minerve voyant l'utilité des leçons
de Momus , fe réconcilie avee lui ; ce qui
fait le Balet general & l'Epilogue du deffein .
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Résumé : La Tragédie de Maurice, &c. & Ballet, [titre d'après la table]
Le 2 août 1730, la tragédie 'Maurice, Empereur d'Orient' a été représentée au Collège de Louis le Grand pour la distribution des prix. Cette tragédie, suivie d'un ballet, raconte l'histoire de Maurice, empereur de Constantinople, tourmenté par des remords pour avoir laissé périr de nombreux sujets qu'il aurait pu sauver. Il prie Dieu de lui faire expier son crime dans ce monde plutôt que dans l'autre. Sa prière est exaucée, et il est déchu de son trône par Phocas, qui le fait emprisonner. Maurice meurt en confessant la justice de Dieu. L'intrigue se déroule en cinq actes. Dans le premier acte, Maurice, après avoir fait arrêter Germain, le beau-père de son fils Theodore, sur la base d'une lettre anonyme, découvre que Philippicus, son beau-frère, est le véritable coupable. Il libère Germain et prépare une armée pour réprimer la révolte de Phocas. Maurice, effrayé par un songe, décide de sauver ses enfants plutôt que lui-même. Theodore refuse de fuir et veut défendre le trône. Dans le deuxième acte, Maurice est abandonné par ses troupes et capturé par Phocas. Germain, irrité par son emprisonnement, introduit Phocas dans le palais. Alcime, confident de Phocas, annonce la défaite de Maurice et de Theodore. Phocas tente de faire livrer Justin, le fils cadet de Maurice, mais ce dernier refuse de tomber dans le piège. Dans le troisième acte, Philippicus et Germain découvrent les intentions de Phocas. Priscus, gouverneur de Justin, sauve le jeune prince en le faisant passer pour son propre fils, Heraclius. Phocas, trompé, ne reconnaît pas Justin. Dans le quatrième acte, Germain, réalisant les ambitions de Phocas, se joint à Philippicus pour le combattre. Phocas, effrayé par la fierté d'Heraclius, décide de le faire périr. Justin, échappant à Priscus, réclame son père et son nom. Phocas, apprenant la révolte de Germain soutenue par Philippicus et Priscus, suspend l'exécution de Justin. Dans le cinquième et dernier acte, Phocas triomphe de Germain et de Theodore, mais épargne Philippicus et Priscus en raison de leur respect au sein de l'armée. Maurice, amené chargé de fers, confesse ses fautes et demande que ses enfants soient épargnés. Phocas fait exécuter Theodore et Justin sous les yeux de Maurice, qui prédit à Phocas un châtiment divin. Le théâtre se ferme par un éloge du roi. La tragédie est suivie d'un ballet satirique sur le ridicule des hommes, divisé en quatre parties : leurs caractères, leurs entreprises, leurs déguisements et leurs amusements. Minerve et Momus tentent de corriger les défauts humains, mais sans grand succès. Le ballet se conclut par une réconciliation entre Minerve et Momus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7320
p. 1864
« Les Comédiens François représenterent le 5. Août, la Tragédie du Cid, telle [...] »
Début :
Les Comédiens François représenterent le 5. Août, la Tragédie du Cid, telle [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Le Cid
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François représenterent le 5. Août, la Tragédie du Cid, telle [...] »
Les Comédiens François repréfenterent
le 5. Août , la Tragédie du Cid , telle
que M. Rouffeau l'avoit fait jouer & imprimer
à Bruxelles. On en a retranché
quelques Rôles inutiles , comme celui de
FInfante. Ce changement a paru raiſonnable
; il n'en a coûté que fort peu de
Vers au Réformateur , pour faire les liaifons
neceffaires
le 5. Août , la Tragédie du Cid , telle
que M. Rouffeau l'avoit fait jouer & imprimer
à Bruxelles. On en a retranché
quelques Rôles inutiles , comme celui de
FInfante. Ce changement a paru raiſonnable
; il n'en a coûté que fort peu de
Vers au Réformateur , pour faire les liaifons
neceffaires
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7321
p. 1864-1868
Les deux Suivantes, Comédie, [titre d'après la table]
Début :
Le 20. Juillet, l'Opera Comique de la Foire S. Laurent, donna la premiere Représentation de [...]
Mots clefs :
Opéra-Comique, Foire Saint-Laurent, Vaudeville, Coeur, Cavalier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les deux Suivantes, Comédie, [titre d'après la table]
Le 20. Juillet , l'Opera Comique de la Foire
S. Laurent , donna la premiere Repréſentation de
la Piece nouvelle , Les deux Suivantes , dont voici
en peu de mots le Sujet.
Lucinde a une fille fort aimable , qu'elle doit
marier à M. Orgon , Gentilhomme de Province
lequel doit arriver inceffamment chez fa future
Belle- mere pour finir ce Mariage. Ce Gentilhomme
n'a qu'un fils nommé Leandre , qui a quitté
la Maifon de fon pere pour voyager , & dont
ce pere eft fort en peine , n'ayant eu aucune de fes
nouvelles depuis qu'il eft parti ; c'eft ce qui lui
fait prendre la réfolution de fe remarier , croyant
d'avoir perdu le feul fils qu'il avoit. Le hazard
fait que Leandre fe trouve dans un Bal avec la
fille de Lucinde , nommée Flavie , accompagnée
de fa Suivante Lifette ; ils ne font pas long- tems
A O UST. 1730. 1865
à faire connoiffance , & ne fe féparent qu'à regret
à la fin du Bal. Léandre , qui eft fort en peine de
revoir Flavie , trouve le moyen de parler à Liſette
pour l'engager de le fervir auprès de fa Maîtreffe;
cette Suivante promet à Leandre de le fervir dans
fes amours , & l'expedient qu'elle trouve eft de
feindre de vouloir quitter fa Maîtreffe fous prétexte
qu'elle va fe marier , & de donner une autre
Suivante de fa main à Flavie . C'est justement
Léandre qu'elle fait traveftir en Suivante , & la
préfente à Lucinde & à fa fille. La fauffe Suivante
fous le nom de Clarice , eſt reçûë avec toute forte
d'agrémens dans la maiſon , comme venant
de la main de Lifette , qu'on eft bien fâché de
perdre , Flavie , fur tout , trouve cette nouvelle
Suivante fort à fon gré , ayant , dit-elle , beaucoup
de l'air & des manieres d'un Cavalier qu'elle
a vû depuis peu au Bal. Cependant Léandre a
tout le temps d'entretenir fa belle Maîtreffe , quoique
celle-ci ne le connoiffe pas encore pour
´P'homme du Bal ; mais Lifette qui furvient , &
qui craint à tous momens que cette fauffe Suivante
ne foit découverte , déclare à Flavie le traveſtiſſement
, & lui apprend que c'eſt Léandte.
Lucinde n'est détrompée de la fourberie qu'à
l'arrivée d'Orgon , qui ayant defcendu chez Lucinde
, a trouvé dans le jardin Flavie, tête- à- tête
avec un Cavalier , c'est justement Clarice qui
avoit quitté l'habit de Suivante pour reprendre
le fien on fait entendre à la mere que Clarice s'eft
déguifée en Cavalier pour réjouir fa jeune Maîtreffe
; on dit la même chofe à Orgon , qui eft
fort irrité d'avoir trouvé Flavie avec un Cavalier ;
on lui prefente enfin la fauffe Suivante, mais il eſt
bien étonné de trouver en elle Léandre fon fils ,
qu'il croyoit perdu. Lifette vient découvrir la
fourberie dont elle s'eft mêlée , & on n'eſt pas
Hv long1866
MERCURE
DE FRANCE
Jong -temps à conclure le Mariage de ces deux
Amans , qui font enfin parvenus à s'époufer par
cette Métamorphofe amoureufe . La Piece finit
par un Divertiffement qui eft terminé par un
Vaudeville de la compofition de M. Gilliers. En
yoici quelques Couplets .
VAUDEVILLE
.
Quar
Uand de fes feux unjeune coeur ,
D'un ton flateur
Nous affure ,
Croyez-moi , répondons toujours ,
A fes difcours ,
Turelure .
Mettez -vous bien cela ,
La ;
Jeunes Fillettes ,
Songez que tout Amant ;
Ment ,
Dans fes fleuretes.
Ton petit minois fans deffaut ,
M'a rendu chaud
Comme braife ;
Toujours brulant pour tes appas
Guillot n'eft pas
A fon aife.
Je mourrai de fouci ,
Si
Ta
A O UST . 1730. 1767
Ta rigueur dure ,
De ton coeur fais-moi donc
Don ,
Je t'en conjure.
Pour moi ton coeur n'eft point ingrat
Mais fans Contrat ,
Point d'affaire ;
C'est un trompeur que Cupidon ,
Et la Raifon ,
Me függere
Qu'on n'a de ce vaurien
Rien ,
Quand la Bérgere ,
Donne à quelque garçon ,
Son
Coeur fans Notaire.
Maître d'un joli Jardinet,
f
Lucas y fait
Peu d'ouvrage ,
7
Et quand quelqu'un veut ſe mêler
D'y travailler ,
Il fait rage ,
N'a-t-il pas , ce Butord
Tort ,
Quand il nous prive
D'un bien que ce Balourd ,
H vj
Lourd
1
1868 MERCURE DE FRANCE
C
Lourt
Très-mal cultive.
Pour nous aimer , trinquons fouvent }
L'amour ſe prend
Dans le verre ;
Les coeurs forment des noeuds en vain
Si le bon vin
Ne les ferre ,
Cela ne tient jamais
Mais ,
La fimpatie ,
Quand Bacchus l'entretient ;
Tient
Toute la vie.
Maris , voulez-vous fuir l'affront ;
Qu'à votre front ,
On peut faire ;
Au logis ne léfinez point ,
C'eft - là le point
Neceffaire ;
On eft pour vous conſtant
Tant ,
Que rien ne chomme ;
Qui ménage l'argent ,
Jean
Bien- tôt fe nomme.
S. Laurent , donna la premiere Repréſentation de
la Piece nouvelle , Les deux Suivantes , dont voici
en peu de mots le Sujet.
Lucinde a une fille fort aimable , qu'elle doit
marier à M. Orgon , Gentilhomme de Province
lequel doit arriver inceffamment chez fa future
Belle- mere pour finir ce Mariage. Ce Gentilhomme
n'a qu'un fils nommé Leandre , qui a quitté
la Maifon de fon pere pour voyager , & dont
ce pere eft fort en peine , n'ayant eu aucune de fes
nouvelles depuis qu'il eft parti ; c'eft ce qui lui
fait prendre la réfolution de fe remarier , croyant
d'avoir perdu le feul fils qu'il avoit. Le hazard
fait que Leandre fe trouve dans un Bal avec la
fille de Lucinde , nommée Flavie , accompagnée
de fa Suivante Lifette ; ils ne font pas long- tems
A O UST. 1730. 1865
à faire connoiffance , & ne fe féparent qu'à regret
à la fin du Bal. Léandre , qui eft fort en peine de
revoir Flavie , trouve le moyen de parler à Liſette
pour l'engager de le fervir auprès de fa Maîtreffe;
cette Suivante promet à Leandre de le fervir dans
fes amours , & l'expedient qu'elle trouve eft de
feindre de vouloir quitter fa Maîtreffe fous prétexte
qu'elle va fe marier , & de donner une autre
Suivante de fa main à Flavie . C'est justement
Léandre qu'elle fait traveftir en Suivante , & la
préfente à Lucinde & à fa fille. La fauffe Suivante
fous le nom de Clarice , eſt reçûë avec toute forte
d'agrémens dans la maiſon , comme venant
de la main de Lifette , qu'on eft bien fâché de
perdre , Flavie , fur tout , trouve cette nouvelle
Suivante fort à fon gré , ayant , dit-elle , beaucoup
de l'air & des manieres d'un Cavalier qu'elle
a vû depuis peu au Bal. Cependant Léandre a
tout le temps d'entretenir fa belle Maîtreffe , quoique
celle-ci ne le connoiffe pas encore pour
´P'homme du Bal ; mais Lifette qui furvient , &
qui craint à tous momens que cette fauffe Suivante
ne foit découverte , déclare à Flavie le traveſtiſſement
, & lui apprend que c'eſt Léandte.
Lucinde n'est détrompée de la fourberie qu'à
l'arrivée d'Orgon , qui ayant defcendu chez Lucinde
, a trouvé dans le jardin Flavie, tête- à- tête
avec un Cavalier , c'est justement Clarice qui
avoit quitté l'habit de Suivante pour reprendre
le fien on fait entendre à la mere que Clarice s'eft
déguifée en Cavalier pour réjouir fa jeune Maîtreffe
; on dit la même chofe à Orgon , qui eft
fort irrité d'avoir trouvé Flavie avec un Cavalier ;
on lui prefente enfin la fauffe Suivante, mais il eſt
bien étonné de trouver en elle Léandre fon fils ,
qu'il croyoit perdu. Lifette vient découvrir la
fourberie dont elle s'eft mêlée , & on n'eſt pas
Hv long1866
MERCURE
DE FRANCE
Jong -temps à conclure le Mariage de ces deux
Amans , qui font enfin parvenus à s'époufer par
cette Métamorphofe amoureufe . La Piece finit
par un Divertiffement qui eft terminé par un
Vaudeville de la compofition de M. Gilliers. En
yoici quelques Couplets .
VAUDEVILLE
.
Quar
Uand de fes feux unjeune coeur ,
D'un ton flateur
Nous affure ,
Croyez-moi , répondons toujours ,
A fes difcours ,
Turelure .
Mettez -vous bien cela ,
La ;
Jeunes Fillettes ,
Songez que tout Amant ;
Ment ,
Dans fes fleuretes.
Ton petit minois fans deffaut ,
M'a rendu chaud
Comme braife ;
Toujours brulant pour tes appas
Guillot n'eft pas
A fon aife.
Je mourrai de fouci ,
Si
Ta
A O UST . 1730. 1767
Ta rigueur dure ,
De ton coeur fais-moi donc
Don ,
Je t'en conjure.
Pour moi ton coeur n'eft point ingrat
Mais fans Contrat ,
Point d'affaire ;
C'est un trompeur que Cupidon ,
Et la Raifon ,
Me függere
Qu'on n'a de ce vaurien
Rien ,
Quand la Bérgere ,
Donne à quelque garçon ,
Son
Coeur fans Notaire.
Maître d'un joli Jardinet,
f
Lucas y fait
Peu d'ouvrage ,
7
Et quand quelqu'un veut ſe mêler
D'y travailler ,
Il fait rage ,
N'a-t-il pas , ce Butord
Tort ,
Quand il nous prive
D'un bien que ce Balourd ,
H vj
Lourd
1
1868 MERCURE DE FRANCE
C
Lourt
Très-mal cultive.
Pour nous aimer , trinquons fouvent }
L'amour ſe prend
Dans le verre ;
Les coeurs forment des noeuds en vain
Si le bon vin
Ne les ferre ,
Cela ne tient jamais
Mais ,
La fimpatie ,
Quand Bacchus l'entretient ;
Tient
Toute la vie.
Maris , voulez-vous fuir l'affront ;
Qu'à votre front ,
On peut faire ;
Au logis ne léfinez point ,
C'eft - là le point
Neceffaire ;
On eft pour vous conſtant
Tant ,
Que rien ne chomme ;
Qui ménage l'argent ,
Jean
Bien- tôt fe nomme.
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Résumé : Les deux Suivantes, Comédie, [titre d'après la table]
Le 20 juillet 1730, l'Opéra Comique de la Foire Saint-Laurent a présenté pour la première fois la pièce 'Les deux Suivantes'. L'intrigue se concentre sur Lucinde, qui organise le mariage de sa fille Flavie avec M. Orgon, un gentilhomme de province. Orgon a un fils, Léandre, parti en voyage, dont il est sans nouvelles, ce qui le pousse à envisager de se remarier. Par hasard, Léandre rencontre Flavie lors d'un bal et en tombe amoureux. Pour la revoir, il convainc Lisette, la suivante de Flavie, de l'aider en se déguisant en suivante. Lisette présente Léandre, déguisé en Clarice, à Lucinde et Flavie. Flavie trouve Clarice charmante et remarque qu'elle ressemble à un cavalier rencontré au bal. Lisette révèle finalement à Flavie la véritable identité de Clarice. Lorsque Orgon arrive, il découvre Flavie en compagnie de Léandre, déguisé en cavalier. Lisette avoue alors son rôle dans la supercherie. Orgon, irrité, reconnaît finalement Léandre comme son fils. La pièce se conclut par le mariage de Léandre et Flavie, suivi d'un divertissement et d'un vaudeville composé par M. Gilliers.
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7322
p. 1868
« On trouvera l'Air noté avec la Chanson, page 1831. [...] »
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On trouvera l'Air noté avec la Chanson, page 1831. [...]
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7323
p. 1869-1870
D'AFRIQUE, TURQUIE ET PERSE.
Début :
La nouvelle de la mort de Muley Abdallah, Roi de Maroc, ne s'est pas confirmée, & les [...]
Mots clefs :
Roi du Maroc, Roi de Perse, Perse, Afrique, Turquie
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texteReconnaissance textuelle : D'AFRIQUE, TURQUIE ET PERSE.
D'AFRIQUE , TURQUIE ET PERSE.
A nouvelle de la mort de Muley Abdallah ;
LRoi de Maroc , ne s'eft pas confirmée , or les
Lettres de Tetuan , du 15. Juin dernier , portent
que ce Prince marchoit contre les Rebelles , à la
tête d'une puiffante armée , & que Lotabi , l'un
des Chefs du Parti contraire , qui commandoit
un Corps d'armée de 12 à 15000. hommes , s'étoit
foumis avec toutes fes Troupes .
Les Lettres de Ceuta du 20. Juin , portent que
le Pacha- Hamet , Gouverneur de Tétouan , avoit
été difgracié , que fon Agent auprès du Roi de
Maroc avoit été condamné à mort ; qu'en atten-,
dant l'execution , il étoit aux chaînes , & qu'on
le mettoit tous les jours à differentes tortures ,
pour lui faire avouer en quel lieu fon Maître &
lui avoient caché les fommes exorbitantes qu'on
les accufe d'avoir détournées ; que l'Alcade noir
qui commandoit les Troupes de ce Pacha ,
avoit
été mandé en Cour pour rendre compte de fa
conduite.
On mande de Conftantinople , qu'on avoit ap
porté au Divan affemblé , les têtes des cinq plus
fameux Rebelles d'Egypte, qui avoient été miſes
à prix , entr'autres celles des Chefs Zulficar &
Cherchis , dont l'armée avoit été battuë en trois
occafions differentes par le Pacha Kupruli .
On a appris d'Ifpaham , que le Roi de Perfe
étoit prefentement maître de toute la Province de
Candahar , & de la Ville capitale de cette Proyince,
où le Gouverneur avoitintroduit les Troupes
1870 MERCURE DE FRANCE
pes de ce Prince , lequel tint prifonnier à
A nouvelle de la mort de Muley Abdallah ;
LRoi de Maroc , ne s'eft pas confirmée , or les
Lettres de Tetuan , du 15. Juin dernier , portent
que ce Prince marchoit contre les Rebelles , à la
tête d'une puiffante armée , & que Lotabi , l'un
des Chefs du Parti contraire , qui commandoit
un Corps d'armée de 12 à 15000. hommes , s'étoit
foumis avec toutes fes Troupes .
Les Lettres de Ceuta du 20. Juin , portent que
le Pacha- Hamet , Gouverneur de Tétouan , avoit
été difgracié , que fon Agent auprès du Roi de
Maroc avoit été condamné à mort ; qu'en atten-,
dant l'execution , il étoit aux chaînes , & qu'on
le mettoit tous les jours à differentes tortures ,
pour lui faire avouer en quel lieu fon Maître &
lui avoient caché les fommes exorbitantes qu'on
les accufe d'avoir détournées ; que l'Alcade noir
qui commandoit les Troupes de ce Pacha ,
avoit
été mandé en Cour pour rendre compte de fa
conduite.
On mande de Conftantinople , qu'on avoit ap
porté au Divan affemblé , les têtes des cinq plus
fameux Rebelles d'Egypte, qui avoient été miſes
à prix , entr'autres celles des Chefs Zulficar &
Cherchis , dont l'armée avoit été battuë en trois
occafions differentes par le Pacha Kupruli .
On a appris d'Ifpaham , que le Roi de Perfe
étoit prefentement maître de toute la Province de
Candahar , & de la Ville capitale de cette Proyince,
où le Gouverneur avoitintroduit les Troupes
1870 MERCURE DE FRANCE
pes de ce Prince , lequel tint prifonnier à
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Résumé : D'AFRIQUE, TURQUIE ET PERSE.
Le texte relate divers événements politiques et militaires en Afrique, en Turquie et en Perse. Au Maroc, la mort du roi Muley Abdallah n'est pas confirmée. Des lettres de Tétouan du 15 juin indiquent que le roi menait une armée contre les rebelles, dont Lotabi, chef rebelle avec 12 000 à 15 000 hommes, qui s'est soumis. À Ceuta, le 20 juin, le pacha Hamet de Tétouan a été disgracié et son agent condamné à mort pour détournement de fonds. L'alcade noir commandant les troupes du pacha a été convoqué à la cour. À Constantinople, les têtes de cinq rebelles égyptiens, dont Zulficar et Cherchis, ont été présentées au Divan après avoir été vaincus par le pacha Kupruli. En Perse, le roi contrôle la province de Candahar et sa capitale, où le gouverneur a introduit les troupes du prince, qui détient un prisonnier.
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7324
p. 1870
RUSSIE.
Début :
L'Infant Don Emanuel de Portugal, qui étoit arrivé de Padoüe à Warsovie le 19. du mois [...]
Mots clefs :
Russie, Chine, Tsarine
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texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
'Infant Don Emanuel de Portugal , qui étoit
arrivé de Padoie à Warſovie le 19. du mois
dernier , accompagné d'un Chevalier de Malte &
de quelques Domeftiques , & qui en étoit parti lé
méme jour pour Mofcou , y étoit attendu à la
fin du même mois.
Mirfai-Ibrahim , Envoyê Extraordinaire du
Roi de Perfe , eut le 10. Juillet fa derniere Audience
du Roi , du Grand- Chancelier , qui lui
remit fes Lettres de récreance & fes Paffeports ,
ainſi qu'à Aintz - Baki , Miniftre du Kan de Bukars
& à Zoiromtzoff ; Miniftre du Camp des
Tartares Kalmoucs , qui doivent partir pour retourner
dans leur Pays .
Par une Ordonnance de la Czarine , qu'on a
publiée , tous les Archevêques & autres Prélats ,
font obligez de fe rendre à Mofcou dans le cou
rant du mois de Novembre prochain , pour tra
vailler à la réformation des abus qui fe font introduits
dans les Ceremonies Ecclefiftaftiques .
Par une autre Ordonnance de S.M.Cz.les Officiers
des Régimens feront tenus à l'avenir de réparer
ou payer les dommages que les Soldats feront, tant
dans leurs routes que dans leurs Quartiers.
Il eft arrivé à Mofcou trois Envoyez de l'Empereur
de la Chine , avec des inftructions pour
l'établiffement du Commerce entre les Sujets des
deux Etats ; & comme on a confideré qu'on pou- ,
voit faire venir avec facilité par la Perfe , toutes
fortes de Marchandifes de la Chine , avec autant
de fureté que par les Caravanes . on ne croit pas
que celle qui devoit s'affembler cette année en
Siberie , obtienne la permiffion de pártir.
'Infant Don Emanuel de Portugal , qui étoit
arrivé de Padoie à Warſovie le 19. du mois
dernier , accompagné d'un Chevalier de Malte &
de quelques Domeftiques , & qui en étoit parti lé
méme jour pour Mofcou , y étoit attendu à la
fin du même mois.
Mirfai-Ibrahim , Envoyê Extraordinaire du
Roi de Perfe , eut le 10. Juillet fa derniere Audience
du Roi , du Grand- Chancelier , qui lui
remit fes Lettres de récreance & fes Paffeports ,
ainſi qu'à Aintz - Baki , Miniftre du Kan de Bukars
& à Zoiromtzoff ; Miniftre du Camp des
Tartares Kalmoucs , qui doivent partir pour retourner
dans leur Pays .
Par une Ordonnance de la Czarine , qu'on a
publiée , tous les Archevêques & autres Prélats ,
font obligez de fe rendre à Mofcou dans le cou
rant du mois de Novembre prochain , pour tra
vailler à la réformation des abus qui fe font introduits
dans les Ceremonies Ecclefiftaftiques .
Par une autre Ordonnance de S.M.Cz.les Officiers
des Régimens feront tenus à l'avenir de réparer
ou payer les dommages que les Soldats feront, tant
dans leurs routes que dans leurs Quartiers.
Il eft arrivé à Mofcou trois Envoyez de l'Empereur
de la Chine , avec des inftructions pour
l'établiffement du Commerce entre les Sujets des
deux Etats ; & comme on a confideré qu'on pou- ,
voit faire venir avec facilité par la Perfe , toutes
fortes de Marchandifes de la Chine , avec autant
de fureté que par les Caravanes . on ne croit pas
que celle qui devoit s'affembler cette année en
Siberie , obtienne la permiffion de pártir.
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Résumé : RUSSIE.
Le texte relate divers événements en Russie. L'Infant Don Emanuel de Portugal est arrivé à Varsovie le 19 du mois précédent, accompagné d'un Chevalier de Malte et de quelques domestiques, avant de partir pour Moscou le même jour. Mirfai-Ibrahim, Envoyé Extraordinaire du Roi de Perse, a eu sa dernière audience avec le Roi et le Grand-Chancelier le 10 juillet, recevant ses lettres de récréance et ses passeports. Aintz-Baki, Ministre du Khan de Bukhar, et Zoïromtzoff, Ministre du Camp des Tartares Kalmouks, doivent également retourner dans leurs pays respectifs. Une ordonnance de la Czarine exige que tous les Archevêques et autres Prélats se rendent à Moscou en novembre pour réformer les abus dans les cérémonies ecclésiastiques. Une autre ordonnance impose aux officiers des régiments de réparer ou payer les dommages causés par les soldats. Trois envoyés de l'Empereur de la Chine sont arrivés à Moscou avec des instructions pour établir le commerce entre les sujets des deux États. La facilité d'importer des marchandises de la Chine par la Perse pourrait empêcher la caravane prévue en Sibérie d'obtenir la permission de partir.
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7325
p. 1871
POLOGNE.
Début :
On mande de Lantiezow, que les Vassaux de la Palatine Doüairiere de Mazovie, voyant [...]
Mots clefs :
Pologne
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texteReconnaissance textuelle : POLOGNE.
POLOGNE.
N mande de Lantiezow , que les Vaſſaux
de la Palatine Douairiere de Mazovie,voyant
avec chagrin que les Juifs établis dans cette petite
Ville , étoient plus riches qu'eux , avoient pris le
parti de les maffacrer fans épargner hi les femmes,
ni Vieillards , ni enfans. Ils ont porté même leur
fureur fi loin , qu'après ce maffacre horrible , ils
ont mis le feu à leurs maiſons , & auroient fait
périr leur Infpecteur , quoique Polonois , s'il ne
fe fût fauvé. On a été obligé d'envoyer contre
eux des Troupes reglées pour les faire rentrer
dans leur devoir,& pour arrêter les plus coupables.
La récolte du Bled en cette année fi abondante
dans tout le Royaume , que le prix du pain eft
plus bas qu'on ne l'a jamais . La Diette generale
fera ouverte à Grodno le 2. du mois prochain.
N mande de Lantiezow , que les Vaſſaux
de la Palatine Douairiere de Mazovie,voyant
avec chagrin que les Juifs établis dans cette petite
Ville , étoient plus riches qu'eux , avoient pris le
parti de les maffacrer fans épargner hi les femmes,
ni Vieillards , ni enfans. Ils ont porté même leur
fureur fi loin , qu'après ce maffacre horrible , ils
ont mis le feu à leurs maiſons , & auroient fait
périr leur Infpecteur , quoique Polonois , s'il ne
fe fût fauvé. On a été obligé d'envoyer contre
eux des Troupes reglées pour les faire rentrer
dans leur devoir,& pour arrêter les plus coupables.
La récolte du Bled en cette année fi abondante
dans tout le Royaume , que le prix du pain eft
plus bas qu'on ne l'a jamais . La Diette generale
fera ouverte à Grodno le 2. du mois prochain.
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Résumé : POLOGNE.
En Pologne, des vassaux de la Palatine Douairière de Mazovie ont massacré les Juifs d'une petite ville, y compris femmes, vieillards et enfants, puis incendié leurs maisons. L'inspecteur polonais a échappé au massacre. Des troupes ont été envoyées pour rétablir l'ordre. La récolte de blé a été abondante, baissant le prix du pain. La Diète générale se réunira à Grodno le 2 du mois prochain.
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7326
p. 1871
SUEDE.
Début :
Le Roi a nommé le Prince Guillaume, son frere, pour commander en Chef les Troupes [...]
Mots clefs :
Troupes, Roi de Suède, Suède, Chaleur
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texteReconnaissance textuelle : SUEDE.
SUEDE.
E Roi a nommé le Prince Guillaume , fon
Frere, our commander en Chefles Trous
pes de Heffe- Caffel , mais on dit que ce Prince
ne prendra pas le titre de Generaliffime , parce
qu'il feroit obligé de quitter celui de General
des Troupes de la République d'Hollande , & de
Gouverneur de Maeftrecht.
Les Lettres de Stokolm de la fin du mois der
nier portent , qu'on reffentoit depuis peu dans
prefque toute la Suede , une chaleur fi exceffive ,
qu'on ne la pouvoit comparer qu'à celle de
1719 ; que le Ciel étoit toujours couvert d'un
brouillard d'une odeur fulphureufe , & qu'on
trouvoit tous les jours fur les bords de la plupart
des Lacs & des Etangs , une quantité confiderable
de Poiffons morts.
E Roi a nommé le Prince Guillaume , fon
Frere, our commander en Chefles Trous
pes de Heffe- Caffel , mais on dit que ce Prince
ne prendra pas le titre de Generaliffime , parce
qu'il feroit obligé de quitter celui de General
des Troupes de la République d'Hollande , & de
Gouverneur de Maeftrecht.
Les Lettres de Stokolm de la fin du mois der
nier portent , qu'on reffentoit depuis peu dans
prefque toute la Suede , une chaleur fi exceffive ,
qu'on ne la pouvoit comparer qu'à celle de
1719 ; que le Ciel étoit toujours couvert d'un
brouillard d'une odeur fulphureufe , & qu'on
trouvoit tous les jours fur les bords de la plupart
des Lacs & des Etangs , une quantité confiderable
de Poiffons morts.
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Résumé : SUEDE.
Le roi de Suède a nommé le Prince Guillaume, frère du souverain, commandant en chef des troupes de Heffe-Caffel. Le prince conserve ses fonctions de général des troupes de la République d'Hollande et de gouverneur de Maestricht. Des lettres de Stockholm signalent une chaleur excessive et un brouillard sulfurique, avec des poissons morts retrouvés sur les rives des lacs et des étangs.
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7327
p. 1872
ALLEMAGNE.
Début :
On mande de la nouvelle Marche & de la Wandalie, Brandebourgeoise & Saxone, [...]
Mots clefs :
Allemagne
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texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
N mande de la nouvelle Marche & de la
Wandalie , Brandebourgeoife & Saxone ,
que toute la récolte de ces Provinces avoit été
très - endommagée par les Sauterelles jufqu'à
trois lieues de Wufter-Haufen , Maifon de plaifance
du Roi de Pruffe , mais qu'on efperoit que
ces infectes feroient détruits par les pluyes
abondantes qui tomboient depuis quelques jours
dans le païs.
>
On affure que les Députez des cinq Cercles
Affociez n'ont voulu prendre aucune réfolution
au fujet des affaires de la Conjoncture préfente ,
& l'on croit qu'ils ne fourniront aucun contingent
à l'Empereur , en cas qu'il y ait Guerre ,
que de l'avis de la Diette generale de l'Empire.
N mande de la nouvelle Marche & de la
Wandalie , Brandebourgeoife & Saxone ,
que toute la récolte de ces Provinces avoit été
très - endommagée par les Sauterelles jufqu'à
trois lieues de Wufter-Haufen , Maifon de plaifance
du Roi de Pruffe , mais qu'on efperoit que
ces infectes feroient détruits par les pluyes
abondantes qui tomboient depuis quelques jours
dans le païs.
>
On affure que les Députez des cinq Cercles
Affociez n'ont voulu prendre aucune réfolution
au fujet des affaires de la Conjoncture préfente ,
& l'on croit qu'ils ne fourniront aucun contingent
à l'Empereur , en cas qu'il y ait Guerre ,
que de l'avis de la Diette generale de l'Empire.
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Résumé : ALLEMAGNE.
En Allemagne, des sauterelles ont causé des dommages dans plusieurs provinces, affectant la récolte jusqu'à trois lieues de Wufter-Haufen. Des pluies récentes offrent l'espoir de détruire ces insectes. Les députés des cinq Cercles Associés n'ont pas pris de décision sur les affaires actuelles et refusent de fournir des contingents à l'Empereur sans l'avis de la Diète générale.
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7328
p. 1872-1879
ITALIE.
Début :
Le Pape a confirmé M. Spinola dans les fonctions de sa Charge de Gouverneur de la Ville [...]
Mots clefs :
Pape, Cardinal, Cardinaux, Église, Cérémonies, Florence, Rebelles, Armes, Chevaliers, Hommes
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texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
Ltions de la Charge de Gouverneur de la Ville
E Pape a confirmé M. Spinola dans les foncde
Rome. S. S. a choifi pour fes Chapelains fecrets
Mrs Riverfini & Panizzi. Elle a rétabli la
Charge de Capitaine de l'Antichambre, qui avoit
été fupprimée par le feu Pape ; & Elle a nommé
Gentils -hommes ou Chevaliers d'honeur de Cape
& d'Epée le Marquis del Bufalo, & Mrs Gazati ',
Ghifiliere , Albani , Gotifredi , Tarrugi , Patti ,
Oligiati , & quelques autres.
Le Comte Capranica a eu la Charge de Commandant
du Capitole.
Le Pape a deffendu à fes anciens Officiers &
Domeftiques qui le fervoient dans le temps qu'il
étoit Cardinal , de lui prefenter aucun Mémoire
en faveur de qui que ce foit, à peine d'ètre privez
des récompenfes que S. S. leur a promiles.
Le 1s du mois dernier, on chanta le Te Deum
dans
AOUST. 1730. 1873
dans toutes les Eglifes de Rome , par ordre du
Cardinal Marefofchi , Vicaire Général de S. S.
& on diftribua , felon la coutume , aux Pauvres
qui s'étoient rendus en foule dans la Cour du Belvedere
, quatre mille écus en Paoles neufs , que le
Cardinal Camerlingue avoit fait frapper pendant
la vacance du S. Siège. L'après midi , on publia
un Decret du Cardinal Vicaire , par lequel le
Pape accordoit une Indulgence pléniere à tous
ceux qui s'étant confeffez & ayant communié
affifteroient à la Meffe folemnelle que S.S. devoit
celebrer le jour de fon Couronnement , ou qui
recevroient fa benediction à la grande Loge du
Portail de l'Eglife de S. Pierre .
Le 16 , les Cardinaux fe rendirent à la Salle
des Paremens , fuivant l'invitation de M. Gambarrucci
, premier Maître des Ceremonies , & le
Pape y étant arrivé, accompagné d'un nombreux
cortege de Prince Romains , de Prelats , & de
Nobleffe fut revêtu de > y fes Ornemens Pontificaux
par les deux premiers Cardinaux Diacres.
Tout étant prêt pour la cérémonie du Couronnement
, la Proceffion fe mit en marche ; les Prélats
en Rochet & en Chapes violettes , marchant
à la tête , étoient fuivis des Cardinaux en Rochet
& en Chapes rouges. Le Pape étoit porté dans
une Chaife découverte .
Tout le Cortege étant defcendu par le grand
Efcalier de Conftantin , fe rendit fous le Portique
de l'Eglife de S. Pierre , qui étoit orné de Tapifferies
magnifiques. Le Pape s'y plaça fur un Trône
, qui avoit été élevé à côté de la Porte Sainte,
& les Cardinaux prirent leurs places ordinaires.
Le Cardinal Annibal - Albani , Camerlingue &
Archiprêtre de l'Eglife S.Pierre, fe tenant debout
& découvert à la gauche du Trône , complimen
ta le Pape fur fon Election , enfuite s'étant mis à
genoux
1874 MERCURE DE FRANCE
genoux , il baifa les pieds & la main droite de
S. S, après quoi il l'embraffa ; le priant de vouloir
bien admettre au baiſement des pieds les Chanoines
& les Officiers de l'Eglife. Cette Ceremonie
fe paffa pendant que les Cardinaux & les Prélats
entroient proceffionnellement dans l'Eglife.
Le Pape fut porté enfuite dans la Chapelle de
la fainte Trinité , ou ayant quitté fa Mitre , il fit
fa Priére devant le S. Sacrement. Après quoi il
alla dans le même ordre à la Chapelle Clémen→
tine , où étant monté fur fon Trône , les Cardinaux
vinrent lui baiſer la main , ainfi que les Patriarches
, les Archevêques, les Evêques , le Connétable
Colonne , les autres Princes du Trône
les Confervateurs & le Prieur du Peuple Romain.
Cette Ceremonie finie , le Pape fut revêtu de fa
Chape & de fa Mitre de toile d'argent , & enton
na l'Office de Tierce, qui fut chanté par les Muficiens
de la Chapelle Pontificale. A la fin de l'Office
, S. S. prit fes Ornemens pour celebrer la
Meffe , & s'étant mis en marche pour fe rendre
au premier Autel , dit de la Confeffion des Apôtres
, un Maître des Ceremonies brûla par trois
fois , devant le Pape , des Etoupes , en chantant à
chaque fois Pater Sancte , fic tranfit gloria
mundi.
S. S. eut pour Affiftans à l'Autel les Cardia
naux Barberin , Ottoboni , Colonne & M.Crefcenzi
: Elle y reçut le Pallium des mains du Cardinal
Altieri , premier Diacre. Pendant que les
Muficiens chantoient l'Introit , le Pape remonta
fir fon Trône , & les Cardinaux vinrent à l'Obédience
& baiſerent les pieds , les genoux, la main
& la jouë de S. S. Les Archevêques & Evêques
lui baiferent le pied & le genou , & les Pénitenciers
, le pied feulement.
Enfuite le Pape entonna le Gloria in excelfis ,
AOUST. 1730. 1875
à la fin duquel il retourna à l'Autel pour achever
la Meffe. Lorfqu'elle fut finie, S.S. reçut du Chapitre
de l'Eglife la retribution de 25 Jules de
Monnoye ancienne ; enfuite elle fut portée à la
grande Loge du Portail , où pendant que les Muficiens
chantoient l'Hymne : Corona aurea fuper
caput ejus , le Cardinal Colonne ôta la Mitre de
S. S. & le Cardinal Altieri , premier Diacre , lui
mit la Thiare fur la tête.
Le Pape donna alors fa benediction au peuple
au bruit d'une Salve generale de l'Artillerie du
Château S. Ange & au fon de toutes les Cloches
de la Ville.
Les deux Cardinaux Diacres publierent une In
dulgence pléniere en forme de Jubilé , & S. S.
donna au Peuple deux autres benedictions : Elle
retourna enfuite à la Salle des Paremens , où elle
fut complimentée fur fon Couronnement , par
le Cardinal Barberin , au nom du Sacré College.
Le 19 , le Prince Dom Barthelemi Corfini ,
l'aîné des Neveux du Pape, qui étoit arrivé la furveille
de Florence , eut audience de S. S. qui lui
donna la Charge de Capitaine des Chevaux Le
de fa Garde.
gers
Le 24, le Pape qui avoit donné la veille le Rochet
de Protonotaire Apoftolique , participant
furnumeraire au Marquis Neri - Corfini , fon
neveu , tint un Confiftoire , dans lequel S.S. fit
aux Cardinaux un Difcours tres -éloquent pour
les remercier de fon élection , &c. Le Cardinal
Ottoboni , Protecteur des affaires de France , y
propofa la Coadjutorerie de l'Evêché de Quebec
pour M. Boufquet , Evêque titulaire de Samos.
Enfuite il préconifa le P. Feydeau , pour l'Evêché
de Digne ; l'Abbé de Bezons pour celui de
Carcaffonne , & le P. Boyer pour celui de Mirepoíx.
Le
1876 MERCURE DE FRANCE
Le Patron d'une Barque revenu de Nettuno á
Livorne , a rapporté que le Chevalier Guarnieri,
Capitaine d'une des Galeres du Pape , étant förti
du Port de Nettuno avec fa Galere , pour aller
croifer contre les Corfaires de Barbarie , avoit
manqué d'être affaffiné avec tous les Officiers ,
par les Forçats & les Soldats de l'Equipage qui
avoient réfolu de faire échouer la Galere fur un
Banc de Sable , pour mieux executer leur projet :
mais que ce complot ayant été découvert
par des
Forçats Turcs , le Chevalier Buffi & un autre
Capitaine de Galere , étoient venus au fecours du
Chevalier Guarnieri ,au fignal qui leur fut donné,
& qu'on s'étoit faifi des plus coupables qui
avoient été punis fur le champ.
Le 1s du mois dernier , on publia à Florence
un Decret du Grand Duc , par lequel il étoit ordonné
de celebrer l'Election du Pape avec les
mêmes ceremonies qu'on obferva en 1623. pour
l'Election du Pape Urbain VIII . qui étoit de la
Maifon des Barberins de Florence. Le foir on
commença cette Fête par le fon des Cloches de la
Ville. Le 16 , vers les neuf heures du matin , les
Sénateurs & les Magiftrats fe rendirent en Cortége
à l'Eglife Métropolitaine , où ils entendirent
la Meffe , célébrée pontificalement par l'Archevêque
, & enfuite le Te Deum. Le 17 au foir,on
fit une Salve generale de l'Artillerie des deux Crtadelles
; on tira un Feu d'artifice fur la Tour du
vieux Palais. Tous les Palais furent illuminez , &
il y eut des Feux de joye & des réjouiſſances dans
toutes les rues.
' Les Rebelles de l'Ile de Corſe s'étant rendus
maîtres des Poſtes les plus avantageux de cette
Ifle , ont fait remettre à M. Venerofo un Mémoire
par lequel ils déclarent que fi dans fix femaines
la République ne les fatisfait pas fur toutes
AO UST. 1730. 1877
tes leurs demandes , ils feront des courfes dans
toute l'Ifle , & biûleront les Maifons & les Fermes
de tous les habitans qui ne voudront pas fuivre
leur parti. Comme on eft perfuadé qu'ils ne
feroient pas affez témeraires pour faire de pareilles
menaces, s'ils n'étoient pas aflurés de la protection
fecrete de quelque Puiflance Etrangere , pour croit
que la République leur accordera tout ce qu'ils
demandent pour éviter les fuites fâcheufes de leur
Rebellion .
On a appris en dernier lieu que leur Camp eft
préfentement de 20000, hommes , fans compter
les habitans de 14. Villages fitués dans le Détroit
d'Acia qui fe font joints à eux , & qui leur ont
prêté ferment de fidelité . Ils ont publié un Manifefte
par lequel ils déclarent qu'ils n'ont pris le
parti de fe revolter que parce qu'étant nés libres
la République & le Sénat les ont toujours tenus
dans la fervitude , en leur faifant payer des impofitions
beaucoup plus onereufes qu'aux autres
Sujets de la République . Ils demandent qu'ayant
que d'entrer dans aucun accommodement , on
les rétabliffe dans leurs anciens Privileges , qu'on
fupprime tous les impôts extraordinaires qu'ils
ont payés depuis 1715. qu'on leur remette entre
les mains ceux qui ont été la cauſe de leur oppreffion
; qu'on leur cede en toute Souveraineté
le Territoire qui eft entre les Rivieres de Liemone
& de Tavigniano , & qu'on retire toutes les Gar
nifons du Pays. Comme ces Rebelles prévoyent
que la République pourroit emprunter des fecours
étrangers pour les foumettre , ils fe font pourvûs
d'armes , & ils ont enlevé toutes les munitions de
guerre qu'ils ont trouvées dans les Arfenaux de
Saint Florent , de Calvi , de Curfe & de Saint
Boniface ; ils ont fondu les Cloches de ces Villes
pour en faire du Canon , & ils ont fait un Retranchement
1878 MERCURE DE FRANCE
tranchement avec des Redoutes le long des côtes
de l'Ifle , où l'on pourroit faire une defcente. Les
Corps de Garde qu'ils ont placés dans differens
endroits avec de l'artillerie , ont ordre de tirer
fur tous les Bâtimens Genois qui voudroient tenter
d'aborder dans l'Ile. Leur principal Chef , qui
fe nomme Pampliani , eft un Gentilhomme qui a
fervi avec diftinction dans les Troupes Etrangeres
; ce Chef a fait afficher dans differens endroits
de l'Ile que les Mécontens en prenant les armes
n'ont jamais eu intention de piller ni d'infulter
aucun de leurs freres opprimés ; mais de conferver
les Privileges & la liberté de la Nation : ils
font même fi attentifs à prévenir tous les défordres
que ceux de leur Parti pourroient caufer ,
qu'ils en ont fait pendre quinze qui étoient fortis
du Camp pour aller voler dans le Village d'Ajaccio.
Un de leurs Détachemens étant allé il y a
quelque tems à Alleria pour s'emparer de cette
petite Ville , les habitans tirerent fur les Mécontens
pour les obliger à fe retirer ; mais ayant attaqué
la Ville avec beaucoup de vigueur , ils la
prirent par efcalade , & pafferent au fil de l'épée
la Garnifon & tous ceux qui avoient pris les armes.
Le bruit court que la République a raffemblé
6 à 7000 hommes , avec lefquels elle efpere
de foumettre les Rebelles. M. François Marie
Spinola s'eft nouvellement embarqué pour San-
Remo , en qualité de Commiffaire de la République
, & avec des inftructions pour prévenir la
révolte des peuples qui ont déja donné des marques
de leur mécontentement .
il a
Le Cardinal de Rohan eft parti de Rome ,
pris la route d'Orviette ; & après avoir paffé
quelques jours dans la Maifon de Campagne du
feu Cardinal Gualterio , il arriva à Venife le 4.
Août, & alla defcendre au Palais du Cardinal Otthoboni
'A OUS T. 1730. 1879
thoboni ; il a dû partir quelques jours après pour
-retourner en France .
Ltions de la Charge de Gouverneur de la Ville
E Pape a confirmé M. Spinola dans les foncde
Rome. S. S. a choifi pour fes Chapelains fecrets
Mrs Riverfini & Panizzi. Elle a rétabli la
Charge de Capitaine de l'Antichambre, qui avoit
été fupprimée par le feu Pape ; & Elle a nommé
Gentils -hommes ou Chevaliers d'honeur de Cape
& d'Epée le Marquis del Bufalo, & Mrs Gazati ',
Ghifiliere , Albani , Gotifredi , Tarrugi , Patti ,
Oligiati , & quelques autres.
Le Comte Capranica a eu la Charge de Commandant
du Capitole.
Le Pape a deffendu à fes anciens Officiers &
Domeftiques qui le fervoient dans le temps qu'il
étoit Cardinal , de lui prefenter aucun Mémoire
en faveur de qui que ce foit, à peine d'ètre privez
des récompenfes que S. S. leur a promiles.
Le 1s du mois dernier, on chanta le Te Deum
dans
AOUST. 1730. 1873
dans toutes les Eglifes de Rome , par ordre du
Cardinal Marefofchi , Vicaire Général de S. S.
& on diftribua , felon la coutume , aux Pauvres
qui s'étoient rendus en foule dans la Cour du Belvedere
, quatre mille écus en Paoles neufs , que le
Cardinal Camerlingue avoit fait frapper pendant
la vacance du S. Siège. L'après midi , on publia
un Decret du Cardinal Vicaire , par lequel le
Pape accordoit une Indulgence pléniere à tous
ceux qui s'étant confeffez & ayant communié
affifteroient à la Meffe folemnelle que S.S. devoit
celebrer le jour de fon Couronnement , ou qui
recevroient fa benediction à la grande Loge du
Portail de l'Eglife de S. Pierre .
Le 16 , les Cardinaux fe rendirent à la Salle
des Paremens , fuivant l'invitation de M. Gambarrucci
, premier Maître des Ceremonies , & le
Pape y étant arrivé, accompagné d'un nombreux
cortege de Prince Romains , de Prelats , & de
Nobleffe fut revêtu de > y fes Ornemens Pontificaux
par les deux premiers Cardinaux Diacres.
Tout étant prêt pour la cérémonie du Couronnement
, la Proceffion fe mit en marche ; les Prélats
en Rochet & en Chapes violettes , marchant
à la tête , étoient fuivis des Cardinaux en Rochet
& en Chapes rouges. Le Pape étoit porté dans
une Chaife découverte .
Tout le Cortege étant defcendu par le grand
Efcalier de Conftantin , fe rendit fous le Portique
de l'Eglife de S. Pierre , qui étoit orné de Tapifferies
magnifiques. Le Pape s'y plaça fur un Trône
, qui avoit été élevé à côté de la Porte Sainte,
& les Cardinaux prirent leurs places ordinaires.
Le Cardinal Annibal - Albani , Camerlingue &
Archiprêtre de l'Eglife S.Pierre, fe tenant debout
& découvert à la gauche du Trône , complimen
ta le Pape fur fon Election , enfuite s'étant mis à
genoux
1874 MERCURE DE FRANCE
genoux , il baifa les pieds & la main droite de
S. S, après quoi il l'embraffa ; le priant de vouloir
bien admettre au baiſement des pieds les Chanoines
& les Officiers de l'Eglife. Cette Ceremonie
fe paffa pendant que les Cardinaux & les Prélats
entroient proceffionnellement dans l'Eglife.
Le Pape fut porté enfuite dans la Chapelle de
la fainte Trinité , ou ayant quitté fa Mitre , il fit
fa Priére devant le S. Sacrement. Après quoi il
alla dans le même ordre à la Chapelle Clémen→
tine , où étant monté fur fon Trône , les Cardinaux
vinrent lui baiſer la main , ainfi que les Patriarches
, les Archevêques, les Evêques , le Connétable
Colonne , les autres Princes du Trône
les Confervateurs & le Prieur du Peuple Romain.
Cette Ceremonie finie , le Pape fut revêtu de fa
Chape & de fa Mitre de toile d'argent , & enton
na l'Office de Tierce, qui fut chanté par les Muficiens
de la Chapelle Pontificale. A la fin de l'Office
, S. S. prit fes Ornemens pour celebrer la
Meffe , & s'étant mis en marche pour fe rendre
au premier Autel , dit de la Confeffion des Apôtres
, un Maître des Ceremonies brûla par trois
fois , devant le Pape , des Etoupes , en chantant à
chaque fois Pater Sancte , fic tranfit gloria
mundi.
S. S. eut pour Affiftans à l'Autel les Cardia
naux Barberin , Ottoboni , Colonne & M.Crefcenzi
: Elle y reçut le Pallium des mains du Cardinal
Altieri , premier Diacre. Pendant que les
Muficiens chantoient l'Introit , le Pape remonta
fir fon Trône , & les Cardinaux vinrent à l'Obédience
& baiſerent les pieds , les genoux, la main
& la jouë de S. S. Les Archevêques & Evêques
lui baiferent le pied & le genou , & les Pénitenciers
, le pied feulement.
Enfuite le Pape entonna le Gloria in excelfis ,
AOUST. 1730. 1875
à la fin duquel il retourna à l'Autel pour achever
la Meffe. Lorfqu'elle fut finie, S.S. reçut du Chapitre
de l'Eglife la retribution de 25 Jules de
Monnoye ancienne ; enfuite elle fut portée à la
grande Loge du Portail , où pendant que les Muficiens
chantoient l'Hymne : Corona aurea fuper
caput ejus , le Cardinal Colonne ôta la Mitre de
S. S. & le Cardinal Altieri , premier Diacre , lui
mit la Thiare fur la tête.
Le Pape donna alors fa benediction au peuple
au bruit d'une Salve generale de l'Artillerie du
Château S. Ange & au fon de toutes les Cloches
de la Ville.
Les deux Cardinaux Diacres publierent une In
dulgence pléniere en forme de Jubilé , & S. S.
donna au Peuple deux autres benedictions : Elle
retourna enfuite à la Salle des Paremens , où elle
fut complimentée fur fon Couronnement , par
le Cardinal Barberin , au nom du Sacré College.
Le 19 , le Prince Dom Barthelemi Corfini ,
l'aîné des Neveux du Pape, qui étoit arrivé la furveille
de Florence , eut audience de S. S. qui lui
donna la Charge de Capitaine des Chevaux Le
de fa Garde.
gers
Le 24, le Pape qui avoit donné la veille le Rochet
de Protonotaire Apoftolique , participant
furnumeraire au Marquis Neri - Corfini , fon
neveu , tint un Confiftoire , dans lequel S.S. fit
aux Cardinaux un Difcours tres -éloquent pour
les remercier de fon élection , &c. Le Cardinal
Ottoboni , Protecteur des affaires de France , y
propofa la Coadjutorerie de l'Evêché de Quebec
pour M. Boufquet , Evêque titulaire de Samos.
Enfuite il préconifa le P. Feydeau , pour l'Evêché
de Digne ; l'Abbé de Bezons pour celui de
Carcaffonne , & le P. Boyer pour celui de Mirepoíx.
Le
1876 MERCURE DE FRANCE
Le Patron d'une Barque revenu de Nettuno á
Livorne , a rapporté que le Chevalier Guarnieri,
Capitaine d'une des Galeres du Pape , étant förti
du Port de Nettuno avec fa Galere , pour aller
croifer contre les Corfaires de Barbarie , avoit
manqué d'être affaffiné avec tous les Officiers ,
par les Forçats & les Soldats de l'Equipage qui
avoient réfolu de faire échouer la Galere fur un
Banc de Sable , pour mieux executer leur projet :
mais que ce complot ayant été découvert
par des
Forçats Turcs , le Chevalier Buffi & un autre
Capitaine de Galere , étoient venus au fecours du
Chevalier Guarnieri ,au fignal qui leur fut donné,
& qu'on s'étoit faifi des plus coupables qui
avoient été punis fur le champ.
Le 1s du mois dernier , on publia à Florence
un Decret du Grand Duc , par lequel il étoit ordonné
de celebrer l'Election du Pape avec les
mêmes ceremonies qu'on obferva en 1623. pour
l'Election du Pape Urbain VIII . qui étoit de la
Maifon des Barberins de Florence. Le foir on
commença cette Fête par le fon des Cloches de la
Ville. Le 16 , vers les neuf heures du matin , les
Sénateurs & les Magiftrats fe rendirent en Cortége
à l'Eglife Métropolitaine , où ils entendirent
la Meffe , célébrée pontificalement par l'Archevêque
, & enfuite le Te Deum. Le 17 au foir,on
fit une Salve generale de l'Artillerie des deux Crtadelles
; on tira un Feu d'artifice fur la Tour du
vieux Palais. Tous les Palais furent illuminez , &
il y eut des Feux de joye & des réjouiſſances dans
toutes les rues.
' Les Rebelles de l'Ile de Corſe s'étant rendus
maîtres des Poſtes les plus avantageux de cette
Ifle , ont fait remettre à M. Venerofo un Mémoire
par lequel ils déclarent que fi dans fix femaines
la République ne les fatisfait pas fur toutes
AO UST. 1730. 1877
tes leurs demandes , ils feront des courfes dans
toute l'Ifle , & biûleront les Maifons & les Fermes
de tous les habitans qui ne voudront pas fuivre
leur parti. Comme on eft perfuadé qu'ils ne
feroient pas affez témeraires pour faire de pareilles
menaces, s'ils n'étoient pas aflurés de la protection
fecrete de quelque Puiflance Etrangere , pour croit
que la République leur accordera tout ce qu'ils
demandent pour éviter les fuites fâcheufes de leur
Rebellion .
On a appris en dernier lieu que leur Camp eft
préfentement de 20000, hommes , fans compter
les habitans de 14. Villages fitués dans le Détroit
d'Acia qui fe font joints à eux , & qui leur ont
prêté ferment de fidelité . Ils ont publié un Manifefte
par lequel ils déclarent qu'ils n'ont pris le
parti de fe revolter que parce qu'étant nés libres
la République & le Sénat les ont toujours tenus
dans la fervitude , en leur faifant payer des impofitions
beaucoup plus onereufes qu'aux autres
Sujets de la République . Ils demandent qu'ayant
que d'entrer dans aucun accommodement , on
les rétabliffe dans leurs anciens Privileges , qu'on
fupprime tous les impôts extraordinaires qu'ils
ont payés depuis 1715. qu'on leur remette entre
les mains ceux qui ont été la cauſe de leur oppreffion
; qu'on leur cede en toute Souveraineté
le Territoire qui eft entre les Rivieres de Liemone
& de Tavigniano , & qu'on retire toutes les Gar
nifons du Pays. Comme ces Rebelles prévoyent
que la République pourroit emprunter des fecours
étrangers pour les foumettre , ils fe font pourvûs
d'armes , & ils ont enlevé toutes les munitions de
guerre qu'ils ont trouvées dans les Arfenaux de
Saint Florent , de Calvi , de Curfe & de Saint
Boniface ; ils ont fondu les Cloches de ces Villes
pour en faire du Canon , & ils ont fait un Retranchement
1878 MERCURE DE FRANCE
tranchement avec des Redoutes le long des côtes
de l'Ifle , où l'on pourroit faire une defcente. Les
Corps de Garde qu'ils ont placés dans differens
endroits avec de l'artillerie , ont ordre de tirer
fur tous les Bâtimens Genois qui voudroient tenter
d'aborder dans l'Ile. Leur principal Chef , qui
fe nomme Pampliani , eft un Gentilhomme qui a
fervi avec diftinction dans les Troupes Etrangeres
; ce Chef a fait afficher dans differens endroits
de l'Ile que les Mécontens en prenant les armes
n'ont jamais eu intention de piller ni d'infulter
aucun de leurs freres opprimés ; mais de conferver
les Privileges & la liberté de la Nation : ils
font même fi attentifs à prévenir tous les défordres
que ceux de leur Parti pourroient caufer ,
qu'ils en ont fait pendre quinze qui étoient fortis
du Camp pour aller voler dans le Village d'Ajaccio.
Un de leurs Détachemens étant allé il y a
quelque tems à Alleria pour s'emparer de cette
petite Ville , les habitans tirerent fur les Mécontens
pour les obliger à fe retirer ; mais ayant attaqué
la Ville avec beaucoup de vigueur , ils la
prirent par efcalade , & pafferent au fil de l'épée
la Garnifon & tous ceux qui avoient pris les armes.
Le bruit court que la République a raffemblé
6 à 7000 hommes , avec lefquels elle efpere
de foumettre les Rebelles. M. François Marie
Spinola s'eft nouvellement embarqué pour San-
Remo , en qualité de Commiffaire de la République
, & avec des inftructions pour prévenir la
révolte des peuples qui ont déja donné des marques
de leur mécontentement .
il a
Le Cardinal de Rohan eft parti de Rome ,
pris la route d'Orviette ; & après avoir paffé
quelques jours dans la Maifon de Campagne du
feu Cardinal Gualterio , il arriva à Venife le 4.
Août, & alla defcendre au Palais du Cardinal Otthoboni
'A OUS T. 1730. 1879
thoboni ; il a dû partir quelques jours après pour
-retourner en France .
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Résumé : ITALIE.
En août 1730, plusieurs événements et nominations ont marqué la scène romaine et italienne. À Rome, le Pape a confirmé M. Spinola dans ses fonctions et nommé divers chapelains secrets, gentilshommes et chevaliers d'honneur. Le Comte Capranica a été désigné Commandant du Capitole. Le Pape a également interdit à ses anciens officiers de présenter des mémoires en faveur de quiconque. Le 1er août, un Te Deum a été chanté dans toutes les églises de Rome, et une indulgence plénière a été accordée à ceux qui assisteraient à la messe solennelle du couronnement papal. Le 16 août, la cérémonie de couronnement du Pape s'est déroulée avec une procession solennelle et diverses bénédictions. Le Pape a nommé son neveu, le Prince Dom Barthélemi Corsini, Capitaine des Chevaux Légers de sa Garde. Le 24 août, un consistoire a été tenu lors duquel plusieurs évêques ont été nommés. Par ailleurs, un complot contre un capitaine de galère du Pape a été déjoué. À Florence, des célébrations ont eu lieu pour l'élection du Pape. En Corse, des rebelles ont menacé de faire des incursions dans l'île si leurs demandes n'étaient pas satisfaites et se sont préparés militairement. La République de Gênes a rassemblé des troupes pour les soumettre. De plus, le Cardinal de Rohan a quitté Rome pour la France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7329
p. 1879-1880
GRANDE BRETAGNE.
Début :
On a publié à Gibraltar le nouveau Traité de Pacification que M. Jean Russel, Ministre [...]
Mots clefs :
Roi d'Angleterre, Traité de paix, Commerce, Roi du Maroc
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE.
Na publié à Gibraltar le nouveau Traité de
Pacification que M. Jean Ruffel , Miniftre
Plenipotentiaire du Roi d'Angleterre , a conclu
avec le Roi de Maroc depuis quelques mois ; il
eft ftipulé par les principaux Articles de ce Traité
que tous les Maures ou Juifs , Sujets du Roi de
Maroc , auront la liberté de commercer dans la
Ville de Gibraltar & dans l'Ile de Minorque ;
qu'il leur fera permis d'y féjourner pendant 30.
jours toutes les fois qu'ils y apporteront des Marchandifes
de leur Pays, ou qu'ils viendront ache
ter de celles de l'Europe ; que les Sujets du Roi
d'Angleterre qui pour leur commerce feront
obligés de féjourner dans les Villes de la dépendance
du Royaume de Maroc , ne feront pas
contraints , en cas de conteftation avec les habitans
de ces Villes , de comparoître devant le Cadi
, ou Juge du lieu , & qu'il ne fera permis qu'au
Gouverneur de la Ville & au Conful de la Nation
Angloife de connoître de ces differends ;
que tous les Sujets de S. M. Brit . tant Anglois
qu'Hannoveriens qui feront pris par les mateurs
du Roi de Maroc fur quelque Vaiffeau
ce puiffe être , feront mis en liberté & renvoyés
à Gibraltar ; qu'il fera permis aux Commiffaires
Anglois d'acheter des provifions & tout ce qui
leur fera neceffaire , tant pour les Vaiffeaux de
Guerre du Roi d'Angleterre que pour la Garnifon
de Gibraltar dans tous les Ports du Roi de
Maroc , au prix courant du marché , & que ces
provifions feront portées à bord des Vaiffeaux
Anglois fans payer aucun droit de fortie. Tous
les autres Articles de ce Traité confirment celui
que
qui
1880 MERCURE DE FRANCE
qui fut conclu il y a quelques années entre le feu
Roi d'Angleterre George I. & le feu Roi de Maroc
, pere de celui qui regne aujourd'hui.
On apprend de Londres que le Prince Guillaume
, Vaiffeau de la Compagnie de la Mer du
Sud , étant entierement chargé pour Cartagene
& Porto- Bello , a defcendu la Riviere jufqu'à
Long-Reach , au - deffus de Gravefend ; & perfonne
ne s'étant prefenté de la part du Roi
d'Efpagne pour le jauger & le meſurer , conformément
au Traité de l'Affiente , les Directeurs
l'ont fait jauger par quatre perfonnes dignes de
foi , aufquelles on a fait prêter ferment , & on
croit que leur Certificat fera fuffifant s'il ne fe
préfente aucun Agent de S. M. Cath. après un
délai raifonnable .
Les fept Chefs des Nations Indiennes dont
nous avons parlé , qui étoient à Windfor depuis
quelque tems , ayant pris congé de L. M. font
allés à Londres pour voir ce qu'il y a de plus
curieux dans cette Ville , en attendant qu'il y ait
un Vaiffeau prêt à partir pour les tranfporter
dans leur Pays.
Cinq Voleurs arrêtés à Londres au commencement
de ce mois , ont déclaré dans leur Interrogatoire
qu'ils avoient formé le deffein de voler
le Roi & la Reine lorfque L. M. iroient le matin
fe promener à pied , fans Gardes , dans le Parc
de Windfor..
Na publié à Gibraltar le nouveau Traité de
Pacification que M. Jean Ruffel , Miniftre
Plenipotentiaire du Roi d'Angleterre , a conclu
avec le Roi de Maroc depuis quelques mois ; il
eft ftipulé par les principaux Articles de ce Traité
que tous les Maures ou Juifs , Sujets du Roi de
Maroc , auront la liberté de commercer dans la
Ville de Gibraltar & dans l'Ile de Minorque ;
qu'il leur fera permis d'y féjourner pendant 30.
jours toutes les fois qu'ils y apporteront des Marchandifes
de leur Pays, ou qu'ils viendront ache
ter de celles de l'Europe ; que les Sujets du Roi
d'Angleterre qui pour leur commerce feront
obligés de féjourner dans les Villes de la dépendance
du Royaume de Maroc , ne feront pas
contraints , en cas de conteftation avec les habitans
de ces Villes , de comparoître devant le Cadi
, ou Juge du lieu , & qu'il ne fera permis qu'au
Gouverneur de la Ville & au Conful de la Nation
Angloife de connoître de ces differends ;
que tous les Sujets de S. M. Brit . tant Anglois
qu'Hannoveriens qui feront pris par les mateurs
du Roi de Maroc fur quelque Vaiffeau
ce puiffe être , feront mis en liberté & renvoyés
à Gibraltar ; qu'il fera permis aux Commiffaires
Anglois d'acheter des provifions & tout ce qui
leur fera neceffaire , tant pour les Vaiffeaux de
Guerre du Roi d'Angleterre que pour la Garnifon
de Gibraltar dans tous les Ports du Roi de
Maroc , au prix courant du marché , & que ces
provifions feront portées à bord des Vaiffeaux
Anglois fans payer aucun droit de fortie. Tous
les autres Articles de ce Traité confirment celui
que
qui
1880 MERCURE DE FRANCE
qui fut conclu il y a quelques années entre le feu
Roi d'Angleterre George I. & le feu Roi de Maroc
, pere de celui qui regne aujourd'hui.
On apprend de Londres que le Prince Guillaume
, Vaiffeau de la Compagnie de la Mer du
Sud , étant entierement chargé pour Cartagene
& Porto- Bello , a defcendu la Riviere jufqu'à
Long-Reach , au - deffus de Gravefend ; & perfonne
ne s'étant prefenté de la part du Roi
d'Efpagne pour le jauger & le meſurer , conformément
au Traité de l'Affiente , les Directeurs
l'ont fait jauger par quatre perfonnes dignes de
foi , aufquelles on a fait prêter ferment , & on
croit que leur Certificat fera fuffifant s'il ne fe
préfente aucun Agent de S. M. Cath. après un
délai raifonnable .
Les fept Chefs des Nations Indiennes dont
nous avons parlé , qui étoient à Windfor depuis
quelque tems , ayant pris congé de L. M. font
allés à Londres pour voir ce qu'il y a de plus
curieux dans cette Ville , en attendant qu'il y ait
un Vaiffeau prêt à partir pour les tranfporter
dans leur Pays.
Cinq Voleurs arrêtés à Londres au commencement
de ce mois , ont déclaré dans leur Interrogatoire
qu'ils avoient formé le deffein de voler
le Roi & la Reine lorfque L. M. iroient le matin
fe promener à pied , fans Gardes , dans le Parc
de Windfor..
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Résumé : GRANDE BRETAGNE.
Le texte évoque plusieurs accords et événements impliquant la Grande-Bretagne. Un nouveau traité de pacification entre le Royaume-Uni et le Maroc a été publié à Gibraltar. Ce traité autorise les sujets marocains, qu'ils soient Maures ou Juifs, à commercer et séjourner à Gibraltar et à Minorque pendant 30 jours. Les sujets britanniques au Maroc sont exemptés de la juridiction locale en cas de litige, les différends étant résolus par le gouverneur de la ville et le consul britannique. Les Britanniques capturés par des navires marocains doivent être libérés et renvoyés à Gibraltar. Les commissaires britanniques peuvent acheter des provisions dans les ports marocains sans droits de sortie. Ce traité confirme un accord antérieur entre le roi George I et le père du roi marocain actuel. Par ailleurs, le prince Guillaume a descendu la rivière jusqu'à Long-Reach à bord d'un vaisseau de la Compagnie de la Mer du Sud, en direction de Carthagène et Porto-Bello. En l'absence d'agents espagnols, les directeurs ont fait jauger le vaisseau par des personnes dignes de foi. Enfin, sept chefs indiens, ayant pris congé du roi à Windsor, attendent à Londres un vaisseau pour retourner dans leur pays. Cinq voleurs arrêtés à Londres ont avoué avoir projeté de voler le roi et la reine lors de leurs promenades à pied et sans gardes au parc de Windsor.
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7330
p. 1880-1881
HOLLANDE, PAYS-BAS.
Début :
Les Etats Generaux ont prolongé jusqu'au 31. Decembre 1760. le Privilege de la Compagnie [...]
Mots clefs :
Compagnie des Indes orientales
7331
p. 1881-1888
« Le 20. du mois dernier, M. d'Angervilliers, Ministre & Secretaire d'Etat de la Guerre, [...] »
Début :
Le 20. du mois dernier, M. d'Angervilliers, Ministre & Secretaire d'Etat de la Guerre, [...]
Mots clefs :
Artillerie, Canon, Roi, Cérémonies, Concert, Musique, Chasse, Académies, Ministre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 20. du mois dernier, M. d'Angervilliers, Ministre & Secretaire d'Etat de la Guerre, [...] »
E 20. du mois dernier , M. d'Angervilliers ,
Miniftre & Secretaire d'Etat de la Guerre ,
accompagné du Comte de Saint Florentin & du
Marquis de Pezé , Colonel , Meftre de Camp du
Régiment du Roi , fe rendit de Compiegne à la
Fere , pour voir le fiege auquel l'Ecole de l'Artillerie
, établie dans cette Ville fous les ordres du
Chevalier d'Abouville , eft actuellement occupée.
Le 21 , M. de Valliere , Maréchal de Camp ,
Directeur & Infpecteur General des mêmes
Ecoles , conduifit ce Miniftre à un demi quart de
lieuë de la Ville , pour lui faire voir differentes
manoeuvres ; & après que le Bataillon de M. de
la Perelle, du Régiment Royal Artillerie, & celui
de Pequigny , eurent paffé en revûë devant M.
d'Angervilliers , on jetta un Pont fur la Riviere
d'Oife , avec la même promptitude que lorfqu'il
s'agit de faire paffer une Armée. On fe rendit
enfuite à la Batterie , où on fit l'exercice du Canon.
M. d'Angervilliers parut fort fatisfait de l'adreffe
des Canoniers. Vers les neuf heures , les
Troupes deftinées à la défenfe du Fort fe rendi-
I rent
1882 MERCURE DE FRANCE
-
?
rent à leurs poftes fous les ordres de M. Lucas ,
Capitaine dans Royal Artillerie , qui commande
en chef dans la Place. Dès que les Afliegeans
monterent la tranchée , on fit fur eux un grand
feu du Canon & de la Moufqueterie de la Place;
les Affiegeans étoient logés fur la Contrefcarpe ,
où ils avoient établi le jour précedent huit Batteries
de Canon pour battre les dehors & le corps
de la Place . La principale action de cette journée
fut la prife de deux Tenaillons,conftruits fur une
Demi-Lune. Après bien des forties & des chicanes
de guerre de part & d'autre , toutes fort fingulieres
, ceux de la Place firent fauter , à l'attaque
de la droite , par les Mines , une Batterie de
Canon des Ennemis fur le chemin couvert.
A une heure après midi , M. de Valliere qui
commandoit en chef la Tranchée, y fit fervir un
magnifique diner. Indépendamment de la Table
du Miniftre , il y en avoit d'autres pour plus de
300. perfonnes.
A trois heures le feu recommença plus vivement
que jamais , & la Batterie qu'on avoit fait
fauter le matin fe trouva rétablie par les Affiegeans
en moins de deux heures & demie. Dès
qu'on y eut fait conduire le Canon , les Affiegés
la firent fauter pour la feconde fois . Le Canon &
les affuts furent jettés vers les foffés de la Place ,
ainfi que M. d'Antonnazzi , Capitaine des Mineurs,
fe l'étoit propofé , ce qui lui attira, auffibien
qu'aux autres Officiers de fa Compagnie ,
l'applaudiffement du Miniftre. Peu de tems après
on donna le fignal pour faire jouer les Mines que
les Affiegeans avoient faites fous les Tenaillons
dès qu'ils furent ouverts par deux breches , les
Grenadiers , fuivis des Ingenieurs avec les Travailleurs
deftinés à la prife de ces Ouvrages ,
monterent à l'affaut
à l'affaut pour ſe loger fur le haut des
breches
A O
UST .
1730. 1883
breches : ce fut alors qu'on vit une image bien
naturelle de la Guerre & des Sieges .
Les fix Chiens de Chaffe & les Oiseaux de
proye que l'Abbé de S. Hubert eft obligé d'envoyer
tous les ans au Roi , furent prefentés à
S. M. à Compiegne au commencement de ce
mois .
La Meute que le Roi a préfentement à Compiegne
est de 250. Chiens ; fçavoir , 143. pour
le Cerf, 60. pour le Chevreuil & 47. pour le
Sanglier , fans y comprendre la Meute du Loup,
qui eft reftée à Verſailles. On renouvelle tous les
fix mois trente Chiens de la Meute de S. M. qui
en donne les vieux à des Seigneurs qui ont des
équipages de chaffe . On a fait depuis peu des
couvertures & des houffes neuves de drap bleu
brodées d'un nouveau deffein
pour les Chevaux
de Chaffe.
Sur la fin du mois dernier , le Roi chaffa un
Cerftout gris dans la Forêt de Compiegne , qu'on
fut obligé d'abandonner aprés l'avoir pourfuivi
fix ou fept lieues. On affure que le même Cerf
fut auffi chaffé inutilement plufieurs fois l'année
derniere ; on ajoûte qu'il a 200. ans , & qu'il a
été chaffé par Louis XIII. & par Louis XIV .
Le 15 de ce mois , Fête de l'Affomption de la
Sainte Vierge , le Roi , accompagné du Duc
d'Orleans , du Comte d'Eu , & du Comte de
Toulouſe , fe rendit à l'Eglife de la Paroiffe du
Château , où S. M. entendit la Grand' - Meffe
célebrée pontificalement par l'Evêque de Soiffons.
L'après - midi le Roi alla entendre les Vêpres
dans l'Eglife de l'Abbaye Royale de S. Corneille
: S. M. y aſſiſta à la Proceſſion & au Salut¸
où le même Prélat officia
Į įj
Lc
1884 MERCURE DE FRANCE
Le même jour , la Proceffion folemnelle de
Eglife Métropolitaine , qui fe fait tous les ans
à pareil jour , en execution du Vou de Louis
XIII. fe fit à Paris avec les cérémonies accoutumées.
L'Archevêque de Paris y officia , & le Parlement
, la Chambre des Comptes , la Cour des
Aydes & le Corps de Ville y affifterent fuivant
la coutume.
Le 21. vers les 8. heures du foir , le Roi arriva
du Château de Compiegne à Versailles .
Il a été fondu à Paris depuis peu par le fieur
Martin , deux très - grandes Coches , & quatre
beaucoup moindres pour le Roi de Portugal
qu'on va voir fur le Port S Nicolas par curiofité
, Pouvrage ayant parfaitement réuffi . On a
appris de Gennes qu'on y avoit auffi fondu huit
groffes Cloches pour le Roi de Portugal , qu'on
devoit embarquer pour Lisbonne.
M. L'Abbé Sevin eft de retour de Conſtantinople
depuis le commencement de ce mois. Il a
rapporté quantité de Manufcrits en diverfes
Langues Orientales pour la Bibliotheque du
Roy.
;
>
Le 15 , Fête de l'Aſſomption de la Vierge , il
y eut Concert Spirituel au Château des Tuilleries
M. Mouret fit chanter le Benedi&us , Motet
de M. de la Lande , dont l'éxecution fut parfaite.
Les Diles Erremens, Le Maure , & Petitpas ,
chanterent differens Motets à une & à deux voix ,
avec fimphonie,qui furent très - applaudis par une
très- nombreufe Affemblée , de même que les
Srs Blavet & Madonis dans l'éxecution de deux
Concerto fur la Flute & le Violon. Le Concert
fut
A O UST . 1730. 1885
fut terminé par Dominús regnavit , autre Moter
de M. de la Lande.
Dans l'Affemblée Generale du Corps de Ville ,
tenue le 16 de ce mois , le Prefident Turgot fut
continué Prevoft des Marchands , & les nouveaux
Echevins furent élus à l'ordinaire. On
fçait qu'il y a toujours quatre Echevins en fonction
; que les deux plus anciens fortent tous les
ans d'Echevinage , & que l'on en choifit deux
nouveaux pour remplir leur place . Au refte , ces
places ne font remplies que par des perfonnes
d'une probité reconnue ; les Statuts font trèsrigoureux
là deffus : un homme qui auroit été
arrêté prifonnier , quoi qu'injuftement , ne peut
être élu Echevin. On doit avant que d'y parvenir
avoir paffé par beaucoup d'Emplois , qui
font connoître le merite & la droiture des
Sujets .
>
Le 23 , le Corps de Ville , le Duc de Gevres.
Gouverneur de Paris , étant à la tête , enc
Verfailles Audience du Roy , avec les cerémonies
accoutumées. Il fut préfenté à S. M. par
le Comte de Maurepas , Secretaire d'Etat , &
conduit par le Marquis de Dreux , Grand-Maître
des Cerémonies , & par M. Defgranges, Maître
des Cerémonies . Ms Roffignol & Lagnau ,
nouveaux Echevins , prêterent entre les mains
du Roy le Serment de fidelité , dont le Comte
de Maurepas Secretaire d'Etat , fit la lecture ;
le Scrutin ayant été préſenté par M. Bignon ,
Avocat General du Grand Confeil , qui fit un
Difcours très -éloquent. Le même jour , le Corps
de Ville rendit fes refpects à Monfeigneur le
Dauphin , & à Mefdames de France.
I iij
Le
1886 MERCURE DE FRANCE
Le 25 , Fête de S. Louis , la Proceffion des
Carmes du Grand Convent , à laquelle le Corps
de Ville affifta , alla , fuivant la coûtume , à la
Chapelle du Château des Tuilleries , où ces Religieux
celébrerent la Meffe , pendant laquelle le
Duc de Gêvres , Gouverneur de Paris , fit rendre
les Pains- Benis , avec les cerémonies accoutumées.
Le même jour , l'Académie Françoiſe celébra
la Fête de S. Louis dans la Chapelle du Louvre.
On chanta pendant la Meffe un très -beau Motet
en Mufique , de la compofition de M. Dornel
après laquelle l'Abbé Ragon , Chapelain du Duc
d'Orleans , prononça le Panegyrique du Saint.
Le même jour , l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles - Lettres , & celle des Sciences ,
celébrerent la même Fête dans l'Eglife des Peres
de l'Oratoire ; on y chanta auffi un Motet en
Mufique pendant la Meffe de la compofition de
M. du Bouffet , & le Panegyrique de S. Louis
fut prononcé par Dom Léandre Pertuiſet , Religieux
Reformé de l'Ordre de Clugny , qui a
prêché avec fuccès dans plufieurs Eglifes de
Paris.
Le Concert d'Inftrumens que l'Académie
Royale de Mufique donne tous les ans au Château
des Tuilleries , à l'occafion de la Fête du
Roi , a été executé le 25 par un grand nombre
d'excellens Simphoniſtes de la même Académie ,
qui jouerent differens beaux morceaux de Mufique
de M. de Lully & de M. Rebel.
Le 3 Juillet , M. de Blamont , Sur-Intendant
de la Mufique du Roi , de Semeftre , fit chanter
devant
"
AOUST . 1730. 1887
devant la Reine , le Prologue & le premier Acte
de l'Opera de Roland , dans lequel la D'le Du- ,
clos & le fieur Godonnefche chanterent les
principaux Rôles dans le Prologue , & ceux de
la Piéce furent remplis par la Die Lenner &
par les Sieurs Guedon & Chaffé .
,
Le , on chanta le fecond & le troifiéme
Acte du même Opera , qu'on continua le ro
& qu'on finit le 12. La Die Duclos chanta dans
le dernier Acte le Rôle de Logistille .
Le 17 ว on executa avec un applaudiffement
general , l'Impromptu de Labyrinte de Verfailles
, de la compofition de M. de Blamont.
Le 24 , on chanta chez la Reine le Prologue
& le premier Acte de Bellerophon.
>
Le 27 , la Reine voulut entendre , à Trianon ,
le dernier Divertiffement de M. de Blamont
fait à l'occafion de la Naiffance de Monfeigneur
le Dauphin. C'eft le même qui fut executé l'année
derniere au Soupé de L. M. & enfuite dans
les grands Appartemens. Les Dite. Erremens ,
& le Maure , & le fieur d'Angerville , chanterent
les principaux Rôies .
Le 31. on continua Bellerophon , & on le finit
le 2 Août. La Dle Antier chanta le Rôle de
Stenobée , la D'te Lenner celui de Philonoé , &
le fieur Chaffé celui d'Amifodar.
Le 7
>
& le 21 Août , on chanta Amadis de
Gaule. La Dlle Pithron & le fieur d'Angerville
chanterent les principaux Rôles du Prologue
& dans la Piéce , la Dle Antier chanta le Rôle
d'Arcabone , la Dile Pichou celui de Corifande
, le fieur Godennefche celui de Floreftan , &
le fieur d'Angerville celui d'Arcelaus . La D'le
Antier chanta enfuite la Nymphe de la Seine ,
Cantate de M. de Blamont.
Le 25 , le même Auteur fit executer par les
I j 24
1888 MERCURE DE FRANCE
24 Violons du Roy , plufieurs Piéces de Simphonie
de fa compofition pendant le dîné de
S. M.
Le 26. la Lotterie de la Compagnie des Indes
pour le rembourſement des Actions , fut tirée en
la maniere accoûtumée , à l'Hôtel de la Compagnie ;
on a publié la Lifte des Numeros des Actions &
Dixièmes d'Actions , qui feront rembourſés , faifant
en tout le nombre de 300. Actions .
Le 21. Juillet, le Duc de Lorraine alla voir le
Camp de la Meufe , le Comte de Bellifle donna
à S. A. R. un repas où fe trouverent 93. perſonnes
en quatre tables , fervies avec toute la délicateffe
poffible; & après le repas il fit faire à la
Cavalerie toutes les évolutions en preſence de ce
Prince , qui admira l'adreffe & la belle taille des
Cavaliers , ainfi que la beauté des Chevaux.
Miniftre & Secretaire d'Etat de la Guerre ,
accompagné du Comte de Saint Florentin & du
Marquis de Pezé , Colonel , Meftre de Camp du
Régiment du Roi , fe rendit de Compiegne à la
Fere , pour voir le fiege auquel l'Ecole de l'Artillerie
, établie dans cette Ville fous les ordres du
Chevalier d'Abouville , eft actuellement occupée.
Le 21 , M. de Valliere , Maréchal de Camp ,
Directeur & Infpecteur General des mêmes
Ecoles , conduifit ce Miniftre à un demi quart de
lieuë de la Ville , pour lui faire voir differentes
manoeuvres ; & après que le Bataillon de M. de
la Perelle, du Régiment Royal Artillerie, & celui
de Pequigny , eurent paffé en revûë devant M.
d'Angervilliers , on jetta un Pont fur la Riviere
d'Oife , avec la même promptitude que lorfqu'il
s'agit de faire paffer une Armée. On fe rendit
enfuite à la Batterie , où on fit l'exercice du Canon.
M. d'Angervilliers parut fort fatisfait de l'adreffe
des Canoniers. Vers les neuf heures , les
Troupes deftinées à la défenfe du Fort fe rendi-
I rent
1882 MERCURE DE FRANCE
-
?
rent à leurs poftes fous les ordres de M. Lucas ,
Capitaine dans Royal Artillerie , qui commande
en chef dans la Place. Dès que les Afliegeans
monterent la tranchée , on fit fur eux un grand
feu du Canon & de la Moufqueterie de la Place;
les Affiegeans étoient logés fur la Contrefcarpe ,
où ils avoient établi le jour précedent huit Batteries
de Canon pour battre les dehors & le corps
de la Place . La principale action de cette journée
fut la prife de deux Tenaillons,conftruits fur une
Demi-Lune. Après bien des forties & des chicanes
de guerre de part & d'autre , toutes fort fingulieres
, ceux de la Place firent fauter , à l'attaque
de la droite , par les Mines , une Batterie de
Canon des Ennemis fur le chemin couvert.
A une heure après midi , M. de Valliere qui
commandoit en chef la Tranchée, y fit fervir un
magnifique diner. Indépendamment de la Table
du Miniftre , il y en avoit d'autres pour plus de
300. perfonnes.
A trois heures le feu recommença plus vivement
que jamais , & la Batterie qu'on avoit fait
fauter le matin fe trouva rétablie par les Affiegeans
en moins de deux heures & demie. Dès
qu'on y eut fait conduire le Canon , les Affiegés
la firent fauter pour la feconde fois . Le Canon &
les affuts furent jettés vers les foffés de la Place ,
ainfi que M. d'Antonnazzi , Capitaine des Mineurs,
fe l'étoit propofé , ce qui lui attira, auffibien
qu'aux autres Officiers de fa Compagnie ,
l'applaudiffement du Miniftre. Peu de tems après
on donna le fignal pour faire jouer les Mines que
les Affiegeans avoient faites fous les Tenaillons
dès qu'ils furent ouverts par deux breches , les
Grenadiers , fuivis des Ingenieurs avec les Travailleurs
deftinés à la prife de ces Ouvrages ,
monterent à l'affaut
à l'affaut pour ſe loger fur le haut des
breches
A O
UST .
1730. 1883
breches : ce fut alors qu'on vit une image bien
naturelle de la Guerre & des Sieges .
Les fix Chiens de Chaffe & les Oiseaux de
proye que l'Abbé de S. Hubert eft obligé d'envoyer
tous les ans au Roi , furent prefentés à
S. M. à Compiegne au commencement de ce
mois .
La Meute que le Roi a préfentement à Compiegne
est de 250. Chiens ; fçavoir , 143. pour
le Cerf, 60. pour le Chevreuil & 47. pour le
Sanglier , fans y comprendre la Meute du Loup,
qui eft reftée à Verſailles. On renouvelle tous les
fix mois trente Chiens de la Meute de S. M. qui
en donne les vieux à des Seigneurs qui ont des
équipages de chaffe . On a fait depuis peu des
couvertures & des houffes neuves de drap bleu
brodées d'un nouveau deffein
pour les Chevaux
de Chaffe.
Sur la fin du mois dernier , le Roi chaffa un
Cerftout gris dans la Forêt de Compiegne , qu'on
fut obligé d'abandonner aprés l'avoir pourfuivi
fix ou fept lieues. On affure que le même Cerf
fut auffi chaffé inutilement plufieurs fois l'année
derniere ; on ajoûte qu'il a 200. ans , & qu'il a
été chaffé par Louis XIII. & par Louis XIV .
Le 15 de ce mois , Fête de l'Affomption de la
Sainte Vierge , le Roi , accompagné du Duc
d'Orleans , du Comte d'Eu , & du Comte de
Toulouſe , fe rendit à l'Eglife de la Paroiffe du
Château , où S. M. entendit la Grand' - Meffe
célebrée pontificalement par l'Evêque de Soiffons.
L'après - midi le Roi alla entendre les Vêpres
dans l'Eglife de l'Abbaye Royale de S. Corneille
: S. M. y aſſiſta à la Proceſſion & au Salut¸
où le même Prélat officia
Į įj
Lc
1884 MERCURE DE FRANCE
Le même jour , la Proceffion folemnelle de
Eglife Métropolitaine , qui fe fait tous les ans
à pareil jour , en execution du Vou de Louis
XIII. fe fit à Paris avec les cérémonies accoutumées.
L'Archevêque de Paris y officia , & le Parlement
, la Chambre des Comptes , la Cour des
Aydes & le Corps de Ville y affifterent fuivant
la coutume.
Le 21. vers les 8. heures du foir , le Roi arriva
du Château de Compiegne à Versailles .
Il a été fondu à Paris depuis peu par le fieur
Martin , deux très - grandes Coches , & quatre
beaucoup moindres pour le Roi de Portugal
qu'on va voir fur le Port S Nicolas par curiofité
, Pouvrage ayant parfaitement réuffi . On a
appris de Gennes qu'on y avoit auffi fondu huit
groffes Cloches pour le Roi de Portugal , qu'on
devoit embarquer pour Lisbonne.
M. L'Abbé Sevin eft de retour de Conſtantinople
depuis le commencement de ce mois. Il a
rapporté quantité de Manufcrits en diverfes
Langues Orientales pour la Bibliotheque du
Roy.
;
>
Le 15 , Fête de l'Aſſomption de la Vierge , il
y eut Concert Spirituel au Château des Tuilleries
M. Mouret fit chanter le Benedi&us , Motet
de M. de la Lande , dont l'éxecution fut parfaite.
Les Diles Erremens, Le Maure , & Petitpas ,
chanterent differens Motets à une & à deux voix ,
avec fimphonie,qui furent très - applaudis par une
très- nombreufe Affemblée , de même que les
Srs Blavet & Madonis dans l'éxecution de deux
Concerto fur la Flute & le Violon. Le Concert
fut
A O UST . 1730. 1885
fut terminé par Dominús regnavit , autre Moter
de M. de la Lande.
Dans l'Affemblée Generale du Corps de Ville ,
tenue le 16 de ce mois , le Prefident Turgot fut
continué Prevoft des Marchands , & les nouveaux
Echevins furent élus à l'ordinaire. On
fçait qu'il y a toujours quatre Echevins en fonction
; que les deux plus anciens fortent tous les
ans d'Echevinage , & que l'on en choifit deux
nouveaux pour remplir leur place . Au refte , ces
places ne font remplies que par des perfonnes
d'une probité reconnue ; les Statuts font trèsrigoureux
là deffus : un homme qui auroit été
arrêté prifonnier , quoi qu'injuftement , ne peut
être élu Echevin. On doit avant que d'y parvenir
avoir paffé par beaucoup d'Emplois , qui
font connoître le merite & la droiture des
Sujets .
>
Le 23 , le Corps de Ville , le Duc de Gevres.
Gouverneur de Paris , étant à la tête , enc
Verfailles Audience du Roy , avec les cerémonies
accoutumées. Il fut préfenté à S. M. par
le Comte de Maurepas , Secretaire d'Etat , &
conduit par le Marquis de Dreux , Grand-Maître
des Cerémonies , & par M. Defgranges, Maître
des Cerémonies . Ms Roffignol & Lagnau ,
nouveaux Echevins , prêterent entre les mains
du Roy le Serment de fidelité , dont le Comte
de Maurepas Secretaire d'Etat , fit la lecture ;
le Scrutin ayant été préſenté par M. Bignon ,
Avocat General du Grand Confeil , qui fit un
Difcours très -éloquent. Le même jour , le Corps
de Ville rendit fes refpects à Monfeigneur le
Dauphin , & à Mefdames de France.
I iij
Le
1886 MERCURE DE FRANCE
Le 25 , Fête de S. Louis , la Proceffion des
Carmes du Grand Convent , à laquelle le Corps
de Ville affifta , alla , fuivant la coûtume , à la
Chapelle du Château des Tuilleries , où ces Religieux
celébrerent la Meffe , pendant laquelle le
Duc de Gêvres , Gouverneur de Paris , fit rendre
les Pains- Benis , avec les cerémonies accoutumées.
Le même jour , l'Académie Françoiſe celébra
la Fête de S. Louis dans la Chapelle du Louvre.
On chanta pendant la Meffe un très -beau Motet
en Mufique , de la compofition de M. Dornel
après laquelle l'Abbé Ragon , Chapelain du Duc
d'Orleans , prononça le Panegyrique du Saint.
Le même jour , l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles - Lettres , & celle des Sciences ,
celébrerent la même Fête dans l'Eglife des Peres
de l'Oratoire ; on y chanta auffi un Motet en
Mufique pendant la Meffe de la compofition de
M. du Bouffet , & le Panegyrique de S. Louis
fut prononcé par Dom Léandre Pertuiſet , Religieux
Reformé de l'Ordre de Clugny , qui a
prêché avec fuccès dans plufieurs Eglifes de
Paris.
Le Concert d'Inftrumens que l'Académie
Royale de Mufique donne tous les ans au Château
des Tuilleries , à l'occafion de la Fête du
Roi , a été executé le 25 par un grand nombre
d'excellens Simphoniſtes de la même Académie ,
qui jouerent differens beaux morceaux de Mufique
de M. de Lully & de M. Rebel.
Le 3 Juillet , M. de Blamont , Sur-Intendant
de la Mufique du Roi , de Semeftre , fit chanter
devant
"
AOUST . 1730. 1887
devant la Reine , le Prologue & le premier Acte
de l'Opera de Roland , dans lequel la D'le Du- ,
clos & le fieur Godonnefche chanterent les
principaux Rôles dans le Prologue , & ceux de
la Piéce furent remplis par la Die Lenner &
par les Sieurs Guedon & Chaffé .
,
Le , on chanta le fecond & le troifiéme
Acte du même Opera , qu'on continua le ro
& qu'on finit le 12. La Die Duclos chanta dans
le dernier Acte le Rôle de Logistille .
Le 17 ว on executa avec un applaudiffement
general , l'Impromptu de Labyrinte de Verfailles
, de la compofition de M. de Blamont.
Le 24 , on chanta chez la Reine le Prologue
& le premier Acte de Bellerophon.
>
Le 27 , la Reine voulut entendre , à Trianon ,
le dernier Divertiffement de M. de Blamont
fait à l'occafion de la Naiffance de Monfeigneur
le Dauphin. C'eft le même qui fut executé l'année
derniere au Soupé de L. M. & enfuite dans
les grands Appartemens. Les Dite. Erremens ,
& le Maure , & le fieur d'Angerville , chanterent
les principaux Rôies .
Le 31. on continua Bellerophon , & on le finit
le 2 Août. La Dle Antier chanta le Rôle de
Stenobée , la D'te Lenner celui de Philonoé , &
le fieur Chaffé celui d'Amifodar.
Le 7
>
& le 21 Août , on chanta Amadis de
Gaule. La Dlle Pithron & le fieur d'Angerville
chanterent les principaux Rôles du Prologue
& dans la Piéce , la Dle Antier chanta le Rôle
d'Arcabone , la Dile Pichou celui de Corifande
, le fieur Godennefche celui de Floreftan , &
le fieur d'Angerville celui d'Arcelaus . La D'le
Antier chanta enfuite la Nymphe de la Seine ,
Cantate de M. de Blamont.
Le 25 , le même Auteur fit executer par les
I j 24
1888 MERCURE DE FRANCE
24 Violons du Roy , plufieurs Piéces de Simphonie
de fa compofition pendant le dîné de
S. M.
Le 26. la Lotterie de la Compagnie des Indes
pour le rembourſement des Actions , fut tirée en
la maniere accoûtumée , à l'Hôtel de la Compagnie ;
on a publié la Lifte des Numeros des Actions &
Dixièmes d'Actions , qui feront rembourſés , faifant
en tout le nombre de 300. Actions .
Le 21. Juillet, le Duc de Lorraine alla voir le
Camp de la Meufe , le Comte de Bellifle donna
à S. A. R. un repas où fe trouverent 93. perſonnes
en quatre tables , fervies avec toute la délicateffe
poffible; & après le repas il fit faire à la
Cavalerie toutes les évolutions en preſence de ce
Prince , qui admira l'adreffe & la belle taille des
Cavaliers , ainfi que la beauté des Chevaux.
Fermer
Résumé : « Le 20. du mois dernier, M. d'Angervilliers, Ministre & Secretaire d'Etat de la Guerre, [...] »
Le 20 du mois dernier, M. d'Angervilliers, ministre et secrétaire d'État de la Guerre, accompagné du Comte de Saint Florentin et du Marquis de Pezé, inspecta l'École de l'Artillerie à La Fère, dirigée par le Chevalier d'Abouville. Le lendemain, M. de Valliere, Maréchal de Camp et Directeur Général des Écoles, guida M. d'Angervilliers pour observer diverses manœuvres, incluant des revues de bataillons et la construction rapide d'un pont sur la rivière d'Oise. Les exercices de canonnerie impressionnèrent M. d'Angervilliers. Les troupes, sous les ordres de M. Lucas, se préparèrent à défendre le fort face aux assiégeants, qui établirent huit batteries de canon. La principale action de la journée fut la prise de deux tenaillons. Après des escarmouches, les défenseurs firent sauter une batterie ennemie. Un dîner somptueux fut offert dans la tranchée par M. de Valliere. Les combats reprirent, et une batterie ennemie fut détruite à plusieurs reprises. Les grenadiers montèrent à l'assaut des brèches. À Compiègne, les chiens de chasse et les oiseaux de proie envoyés par l'Abbé de Saint-Hubert furent présentés au Roi. La meute royale, comptant 250 chiens, participa à une chasse au cerf. Le 15 du mois, le Roi assista à la grand-messe à l'église paroissiale du Château et aux vêpres à l'Abbaye Royale de Saint-Corneille. Une procession solennelle eut lieu à Paris. Le 21, le Roi se rendit à Versailles. Deux grandes coches et quatre plus petites furent fondues pour le Roi de Portugal. L'Abbé Sevin revint de Constantinople avec des manuscrits orientaux pour la bibliothèque du Roi. Un concert spirituel eut lieu aux Tuileries. Le 23, le Corps de Ville rendit audience au Roi à Versailles. Le 25, à la fête de Saint Louis, diverses processions et messes furent célébrées, et l'Académie Française prononça un panégyrique. Des concerts et des opéras furent exécutés en l'honneur du Roi. Le 26, la loterie de la Compagnie des Indes fut tirée. Le 21 juillet, le Duc de Lorraine visita le camp de la Meuse et admira les évolutions de la cavalerie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7332
p. 1888-1890
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Mets, le 6 Aoust 1730.
Début :
Le Duc de Coaslin, Evêque de Mets, apprit le 31 du mois dernier que L. A. R. de Loraine [...]
Mots clefs :
Princesses, Princes, Repas, Metz
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Mets, le 6 Aoust 1730.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de
Mets , le 6. Aoust 1730.
LE
E Duc de Coaflin , Evêque de Mets, apprit le
31 du mois dernier que L. A. R. de Loraine
, le Prince Charles , les Princeffes fes Soeurs &
la plus grande partie de cette Cour devoient venir
exprès à Frefcati pour le voir, & lui demander
à dîner , le Jeudi fuivant 3 Aouft. Ce Prélat
dans ce peu de tems fe prépara le mieux qu'il
put à recevoir cette illuftre Compagnie.
>
L. A. R. & toute la Cour arriverent de Frouard
où elles avoient_couché , à une heure & demie
dans cinq Caroffes , accompagnez de leurs Officiers
& de Pages à Cheval . M. de Mets les reçut
à la Portiere de leur Caroffe , accompagné de
Meſdames de Bellifle & de Montholon , Premiere
PreAOUST
. 1730. 1889
Prefidente ; des Comtes de Baviere , de Bethune ,
de Bellifle , de Beuvron ; de Mrs de Brezé , de
la Valliere , d'Armenonville , de Stueffe , de Verfeille
; des Marquis de Lifle , de Guftine , de
Conche , de S. Vallier , de Bellefond , de Livry ,
de Montholon , Premier Prefident , de Creil, Intendant
& de Roche- Colombe.
On fe promena quelque tems fur la Terraffe ,
& bientôt après on avertit que le dîné étoit fervi.
L. A. R. & toute la fuite allerent dans l'Orangerie,
où le Repas étoit préparé. Ce lieu étoit
orné magnifiquement & également . Il y avoit
deux Tables de 25 Couverts chacune , avec des
Eftrades aux deux bouts , où étoient d'un coté la
Mufique , & de l'autre des Haut-bois . Au dehors
il y avoit 18 Pieces de Canon , des Timbales & des
Trompettes.Le tout fut tres - bien exécuté ; le Repas
fut tres - bon & tres - délicat,&fervi avec beaucoup
d'ordre..
Après le Repas , qui dura environ deux heures
S. A. R. Madame , monta dans une Caléche avec
la Princeffe de Craon & M. de Mets , pour fe
promener dans les Jardins ; le Prince & toute fa
fuite fe promenerent à pied jufqu'à 5 heures &
demie que l'on rentra dans le Château , où on
trouva beaucoup de Rafraîchiffemens. L.A.R.partirent
à fix heures pour aller coucher à Frouard ,
qui eft à fept lieues de Frefcaty.
On ne peut rien ajouter aux manieres gracieufes
de L. A. R. pour M. de Mets , & au contentement
qu'Elles marquerent de tout ce qui s'étoit
paffé . Elles ont trouvé la Maiſon tres - belle & les
Jardins fort gracieux.
Les Seigneurs & Dames qui ont fuivi L. A. R.
à Erefcaty , font le Prince Charles & les Princeffes
fes Soeurs, Les Princes & les Princeffes de Lixin
& de Craon. Mrs de Spada , de Stinville , de
I. v Lunati
1890 MERCURE DE FRANCE
Lunati , de Quinick, d'Alteim, d'Ogara , l'Abbé
de Lozandiere , M de de Lenoncourt , M elles de
Spada , de Lunati & de Martini.
Mets , le 6. Aoust 1730.
LE
E Duc de Coaflin , Evêque de Mets, apprit le
31 du mois dernier que L. A. R. de Loraine
, le Prince Charles , les Princeffes fes Soeurs &
la plus grande partie de cette Cour devoient venir
exprès à Frefcati pour le voir, & lui demander
à dîner , le Jeudi fuivant 3 Aouft. Ce Prélat
dans ce peu de tems fe prépara le mieux qu'il
put à recevoir cette illuftre Compagnie.
>
L. A. R. & toute la Cour arriverent de Frouard
où elles avoient_couché , à une heure & demie
dans cinq Caroffes , accompagnez de leurs Officiers
& de Pages à Cheval . M. de Mets les reçut
à la Portiere de leur Caroffe , accompagné de
Meſdames de Bellifle & de Montholon , Premiere
PreAOUST
. 1730. 1889
Prefidente ; des Comtes de Baviere , de Bethune ,
de Bellifle , de Beuvron ; de Mrs de Brezé , de
la Valliere , d'Armenonville , de Stueffe , de Verfeille
; des Marquis de Lifle , de Guftine , de
Conche , de S. Vallier , de Bellefond , de Livry ,
de Montholon , Premier Prefident , de Creil, Intendant
& de Roche- Colombe.
On fe promena quelque tems fur la Terraffe ,
& bientôt après on avertit que le dîné étoit fervi.
L. A. R. & toute la fuite allerent dans l'Orangerie,
où le Repas étoit préparé. Ce lieu étoit
orné magnifiquement & également . Il y avoit
deux Tables de 25 Couverts chacune , avec des
Eftrades aux deux bouts , où étoient d'un coté la
Mufique , & de l'autre des Haut-bois . Au dehors
il y avoit 18 Pieces de Canon , des Timbales & des
Trompettes.Le tout fut tres - bien exécuté ; le Repas
fut tres - bon & tres - délicat,&fervi avec beaucoup
d'ordre..
Après le Repas , qui dura environ deux heures
S. A. R. Madame , monta dans une Caléche avec
la Princeffe de Craon & M. de Mets , pour fe
promener dans les Jardins ; le Prince & toute fa
fuite fe promenerent à pied jufqu'à 5 heures &
demie que l'on rentra dans le Château , où on
trouva beaucoup de Rafraîchiffemens. L.A.R.partirent
à fix heures pour aller coucher à Frouard ,
qui eft à fept lieues de Frefcaty.
On ne peut rien ajouter aux manieres gracieufes
de L. A. R. pour M. de Mets , & au contentement
qu'Elles marquerent de tout ce qui s'étoit
paffé . Elles ont trouvé la Maiſon tres - belle & les
Jardins fort gracieux.
Les Seigneurs & Dames qui ont fuivi L. A. R.
à Erefcaty , font le Prince Charles & les Princeffes
fes Soeurs, Les Princes & les Princeffes de Lixin
& de Craon. Mrs de Spada , de Stinville , de
I. v Lunati
1890 MERCURE DE FRANCE
Lunati , de Quinick, d'Alteim, d'Ogara , l'Abbé
de Lozandiere , M de de Lenoncourt , M elles de
Spada , de Lunati & de Martini.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Mets, le 6 Aoust 1730.
Le 6 août 1730, l'évêque de Metz, le Duc de Coaflin, reçut la visite du Prince Charles de Lorraine, de ses sœurs et de la majeure partie de la cour lorraine à Frescati. Informé le 31 juillet précédent, il se prépara à accueillir cette illustre compagnie. Le 3 août, le Prince Charles, les princesses et la cour arrivèrent de Frouard en cinq carrosses, accompagnés de leurs officiers et pages à cheval. L'évêque de Metz les accueillit à la portière de leur carrosse, accompagné de plusieurs nobles et dignitaires. Après une promenade sur la terrasse, le dîner fut servi dans l'orangerie, magnifiquement décorée. Deux tables de 25 couverts chacune étaient dressées, avec des estrades pour la musique et les hautbois. À l'extérieur, 18 pièces de canon, des timbales et des trompettes ajoutaient à la solennité. Le repas, d'une durée de deux heures, fut jugé excellent et servi avec ordre. Après le dîner, la princesse Madame se promena en calèche avec la princesse de Craon et l'évêque de Metz, tandis que le prince et sa suite se promenèrent à pied jusqu'à 17h30. Ils rentrèrent ensuite au château où des rafraîchissements étaient préparés. La cour repartit à 18 heures pour Frouard, à sept lieues de Frescati. Les manières gracieuses du Prince Charles et son contentement furent notés, ainsi que la beauté de la maison et la grâce des jardins. Les seigneurs et dames accompagnant le Prince Charles incluaient les princes et princesses de Lixin et de Craon, ainsi que plusieurs autres nobles et dignitaires.
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7333
p. 1890-1892
CEREMONIE de la prise de Bonnet de Docteur, par M. l'Archevêque de Paris.
Début :
La Faculté de Théologie de Paris, après avoir presenté les Actes & les Décrets sur la Constiution [...]
Mots clefs :
Archevêque de Paris, Docteur, Chevalier, Faculté de théologie, Docteur
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texteReconnaissance textuelle : CEREMONIE de la prise de Bonnet de Docteur, par M. l'Archevêque de Paris.
CEREMONIE de la prife de Bonnet de
Docteur , parM.l'Archevêque de Paris.
A Faculté de Théologie de Paris, après avoir
Lprefènié les Actes & les Décrets fur la Conftitution
Unigenitus , au Roy , à la Reine & aux
autres Seigneurs,à Fontaibleau , le 18 May 1730.
cvût qu'elle devoit auffi preſenter les mêmes Actes
à M. l'Archevêque de Paris. Elle nomma pour
cela M. Lullier Doyen, M. de Romigny Syndic,
& les fix plus anciens Docteurs , aufquels elle recommanda
de fupplier M. l'Archevêque de vouloir
prendre le Bonnet de Docteur. Ce Prélat
avoit fait fa Licence dans les années 1706. &
1707. Mais après avoir obtenu le dégré de Licentié
, ayant été nommé fucceffivement Evêque
de Marfeille , & Archevêque d'Aix , il n'avoit
pas pris le Bonnet ,
cela étoit arri- que
vé à M. de Harlay Archevêque de Rouen , &
enfuite Archevêque de Paris , qui après ſa Licence
ne prit le Bonnet de Docteur qu'après avoir
été nommé Archevêque de Paris.
ainfi
M. l'Archevêque de Paris fut donc prié par
la Faculté de fuivre l'exemple de M. de Harlay
& à cette occafion le Doyen accompagné du
Syndic & des autres Députez , lui fit un fort
beau Difcours le 23 May dernier.
On fera peut- être bien -aiſe d'être inftruit de
ce qui s'obſerve quand les Archevêques de Paris
prennent le Bonnet . Ordinairement le Licencié
eft tenu qui doit prendre le Bonnet de Docteur ,
de foutenir quelques jours auparavant une Theſe.
nommée Vefperie , & un des jours fuivans il fe
rend
AOUST. 1730. 1891
rend dans la grande Sale de l'Archevéché , ou
dans la Chapelle interieure qui eft au bout de la
Sale , avec fon Grand-Maître d'Etude , où il a
prié quelques jours auparavant le Chancelier de
Notre-Dame de fe trouver. Il y a trois Chaifes
difpofées , le dos tourné à l'Autel. Si la cerenonie
fe fait dans la Chapelle de l'Archevêché ou
dans la Grande Sale même , le Licencié prend la
place du milieu ; à fa droite eft ie Chancelier , &
à fa gauche fon Grand - Maître d'Etude. La ceremonie
commence par un Difcours Latin que fait
le Chancelier fur quelque fujet d'érudition ou de
piété , fur l'importance de la ceremonie ; &c,
Enfuite le Licencié fe met à genoux devant le
Chancelier , qui lui fait faire les fermens accoutumez.
Le nouveau Docteur remercie le Chan→
celier , & fon Grand - Maître d'Etude. Enfuite il
préfide à une Thefe , nommée Aulique.
Après que le nouveau Docteur à difputé fur
trois Medium , ainfi que le Grand-Maître d'Etude
& le Chancelier , le Chancelier le conduit à
Notre- Dame , lui fait faire le ferment fur l'Autel
des Martyrs de foutenir la verité , enſeignée par
l'Eglife Catholique , Apoftolique & Romaine
toute la vie ; jufqu'à répandre fon ſang pour la
défenfe de ces mêmes véritez.
Mais quand un Archevêque de Paris , nommé
& facré , prend le Bonnet de Docteur , prefque
toutes ces ceremonies font obmiſes. Il n'y a ní
Vefperie , ni Aulique , ni Difcours par le Chancelier
, ou par le nouveau Docteur , ni fermens à
exiger de lui. L'Archevêque étant à genoux vis - àvis
l'Autel de la Chapelle intérieure de l'Archevêché
, ayant à fa droitele Chancelier , & le Doyen
de la Faculté à fa gauche , le Chancelier fe leve
donner & prononce la Formule ordinaire, pour
par l'autorité & la Benediction Apoftolique , le
dégre I vj
1892 MERCURE DE FRANCE
-
dégré de Docteur. Il met en même temps le
Bonnet de Docteur fur la tête de l'Archevêque
aiafi finit la ceremonie. C'est ce qui s'eſt obſervé
en 1671. quand M. de Harlay , Archevêque de
Paris , reçût le Bonnet de Docteur. Et c'eft auffi
ce qui s'eft paffé le 24 May 1730. à la cérémonie
de M. de Vintimille du Luc , en preſence
d'un grand nombre de Docteurs. Ce Prélat fit
l'honneur au Chancelier , au Doyen , au Syndic
& aux autres Docteurs de les retenir à dîner. Il
s'y trouva auffi quelques Prélats.
La Faculté prefenta auffi les Actes , dont il eſt
parlé au commencement de ce Mémoire , à l'Aſfemblée
du Clergé , le 10 Juillet dernier , ayant
nommé pour cela les mêmes Députez , lefquels
furent reçûs par les Agens Generaux,qui les conduifirent
dans la Sale des Affemblées . M. Luillier
Doyen , y fit un Difcours latin tres - éloquent
qui fe trouve dans le Recueil des mêmes Actes ,
donnésdepuis peu au Public.
Docteur , parM.l'Archevêque de Paris.
A Faculté de Théologie de Paris, après avoir
Lprefènié les Actes & les Décrets fur la Conftitution
Unigenitus , au Roy , à la Reine & aux
autres Seigneurs,à Fontaibleau , le 18 May 1730.
cvût qu'elle devoit auffi preſenter les mêmes Actes
à M. l'Archevêque de Paris. Elle nomma pour
cela M. Lullier Doyen, M. de Romigny Syndic,
& les fix plus anciens Docteurs , aufquels elle recommanda
de fupplier M. l'Archevêque de vouloir
prendre le Bonnet de Docteur. Ce Prélat
avoit fait fa Licence dans les années 1706. &
1707. Mais après avoir obtenu le dégré de Licentié
, ayant été nommé fucceffivement Evêque
de Marfeille , & Archevêque d'Aix , il n'avoit
pas pris le Bonnet ,
cela étoit arri- que
vé à M. de Harlay Archevêque de Rouen , &
enfuite Archevêque de Paris , qui après ſa Licence
ne prit le Bonnet de Docteur qu'après avoir
été nommé Archevêque de Paris.
ainfi
M. l'Archevêque de Paris fut donc prié par
la Faculté de fuivre l'exemple de M. de Harlay
& à cette occafion le Doyen accompagné du
Syndic & des autres Députez , lui fit un fort
beau Difcours le 23 May dernier.
On fera peut- être bien -aiſe d'être inftruit de
ce qui s'obſerve quand les Archevêques de Paris
prennent le Bonnet . Ordinairement le Licencié
eft tenu qui doit prendre le Bonnet de Docteur ,
de foutenir quelques jours auparavant une Theſe.
nommée Vefperie , & un des jours fuivans il fe
rend
AOUST. 1730. 1891
rend dans la grande Sale de l'Archevéché , ou
dans la Chapelle interieure qui eft au bout de la
Sale , avec fon Grand-Maître d'Etude , où il a
prié quelques jours auparavant le Chancelier de
Notre-Dame de fe trouver. Il y a trois Chaifes
difpofées , le dos tourné à l'Autel. Si la cerenonie
fe fait dans la Chapelle de l'Archevêché ou
dans la Grande Sale même , le Licencié prend la
place du milieu ; à fa droite eft ie Chancelier , &
à fa gauche fon Grand - Maître d'Etude. La ceremonie
commence par un Difcours Latin que fait
le Chancelier fur quelque fujet d'érudition ou de
piété , fur l'importance de la ceremonie ; &c,
Enfuite le Licencié fe met à genoux devant le
Chancelier , qui lui fait faire les fermens accoutumez.
Le nouveau Docteur remercie le Chan→
celier , & fon Grand - Maître d'Etude. Enfuite il
préfide à une Thefe , nommée Aulique.
Après que le nouveau Docteur à difputé fur
trois Medium , ainfi que le Grand-Maître d'Etude
& le Chancelier , le Chancelier le conduit à
Notre- Dame , lui fait faire le ferment fur l'Autel
des Martyrs de foutenir la verité , enſeignée par
l'Eglife Catholique , Apoftolique & Romaine
toute la vie ; jufqu'à répandre fon ſang pour la
défenfe de ces mêmes véritez.
Mais quand un Archevêque de Paris , nommé
& facré , prend le Bonnet de Docteur , prefque
toutes ces ceremonies font obmiſes. Il n'y a ní
Vefperie , ni Aulique , ni Difcours par le Chancelier
, ou par le nouveau Docteur , ni fermens à
exiger de lui. L'Archevêque étant à genoux vis - àvis
l'Autel de la Chapelle intérieure de l'Archevêché
, ayant à fa droitele Chancelier , & le Doyen
de la Faculté à fa gauche , le Chancelier fe leve
donner & prononce la Formule ordinaire, pour
par l'autorité & la Benediction Apoftolique , le
dégre I vj
1892 MERCURE DE FRANCE
-
dégré de Docteur. Il met en même temps le
Bonnet de Docteur fur la tête de l'Archevêque
aiafi finit la ceremonie. C'est ce qui s'eſt obſervé
en 1671. quand M. de Harlay , Archevêque de
Paris , reçût le Bonnet de Docteur. Et c'eft auffi
ce qui s'eft paffé le 24 May 1730. à la cérémonie
de M. de Vintimille du Luc , en preſence
d'un grand nombre de Docteurs. Ce Prélat fit
l'honneur au Chancelier , au Doyen , au Syndic
& aux autres Docteurs de les retenir à dîner. Il
s'y trouva auffi quelques Prélats.
La Faculté prefenta auffi les Actes , dont il eſt
parlé au commencement de ce Mémoire , à l'Aſfemblée
du Clergé , le 10 Juillet dernier , ayant
nommé pour cela les mêmes Députez , lefquels
furent reçûs par les Agens Generaux,qui les conduifirent
dans la Sale des Affemblées . M. Luillier
Doyen , y fit un Difcours latin tres - éloquent
qui fe trouve dans le Recueil des mêmes Actes ,
donnésdepuis peu au Public.
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Résumé : CEREMONIE de la prise de Bonnet de Docteur, par M. l'Archevêque de Paris.
En mai 1730, la Faculté de Théologie de Paris a organisé une cérémonie pour la prise de bonnet de docteur par l'Archevêque de Paris. Après avoir présenté les Actes et les Décrets sur la Constitution Unigenitus au roi et à la reine à Fontainebleau le 18 mai 1730, la Faculté a demandé à l'Archevêque de prendre le bonnet de docteur. Bien que l'Archevêque ait obtenu sa licence en 1706 et 1707 et ait été nommé évêque de Marseille puis archevêque d'Aix, il n'avait pas encore effectué cette cérémonie. La Faculté a désigné M. Lullier, Doyen, M. de Romigny, Syndic, et les docteurs les plus anciens pour supplier l'Archevêque de suivre l'exemple de M. de Harlay, ancien archevêque de Rouen et de Paris. Le 23 mai, le Doyen, accompagné du Syndic et des autres députés, a prononcé un discours à cette occasion. La cérémonie du 24 mai a différé des pratiques habituelles, où le licencié doit soutenir deux thèses et prêter serment. Pour un archevêque, ces étapes sont omises. L'Archevêque, à genoux devant l'autel de la chapelle intérieure de l'archevêché, a reçu le bonnet de docteur du chancelier, qui a prononcé la formule ordinaire. Cette cérémonie avait déjà été observée en 1671 pour M. de Harlay. Par ailleurs, la Faculté a présenté les Actes à l'Assemblée du Clergé le 10 juillet, avec les mêmes députés. Ils ont été reçus par les Agents Généraux, et M. Lullier, Doyen, a prononcé un discours latin éloquent lors de cette présentation.
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7334
p. 1892-1894
Ordonnance de l'Archevêque de Paris, portant révocation de toutes les Permissions, &c. [titre d'après la table]
Début :
ORDONNANCE de M. l'Archevêque de Paris, du 23. Aoust, portant révocation de [...]
Mots clefs :
Archevêque de Paris, Chapelles, Ordonnance, Prêtres, Permission
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texteReconnaissance textuelle : Ordonnance de l'Archevêque de Paris, portant révocation de toutes les Permissions, &c. [titre d'après la table]
ORDONNANCE de M. l'Archevêque
de Paris , du 23. Aouft , portant révocation de
toutes les Permiffions verbales pour les Chapelles
domestiques.
-
Charles Gafpar - Guillaume de Vintimille.
&c. Sur ce qui nous a été repreſenté par notre
Promoteur General , que quelques Prêtres
peu attentifs aux regles de leur Miniftere , célébrent
la fainte Meffe dans des Chapelles domeftiques
, dont on ne rapporte d'autre conceffion
que des permiffions verbales que l'on fuppofe
données par nos Prédéceffeurs ou par Nous,quoique
felon la Difcipline de ce Diocéfe & l'Ordonnance
de Monfeigneur le Cardinal de Noailles
notre Prédéceffeur , fur la vénération dúë aux
Eglifes , & fur l'ufage des Chapelles domeftiques
; en datte du 20 Decembre 1696. toutes les
Y
A O UST . 1730. 1893
permiflions de Chapelles domestiques doivent
être expediées par écrits ; que d'autres Prêtres
portent l'efprit d'independance & de fingularité ,
jufqu'à offrir le Sacrifice dans des lieux profanes,
& qui n'ont été ni deſtinez , ni benis par l'autorité
Epifcopale , pour fervir de Chapelles domef
tiques , & que pour juftifier une contravention fi
manifefte aux Regles de l'Eglife , ils alleguent
qu'ils avoient obtenu cy-devant des Permiflions
verbales de dire la Meffe dans tous les lieux ou
ils demeureroient , & qu'en confequence ils ont
fait conftruire un Autel & célébré les faints Myfteres
, fans que lefdits lieux ayent été ni vifitez
ni benis , s'attribuant ainfi un privilege contraire
à toutes les Regles, qu'il n'eft point d'uſage d'accorder
à aucun particulier , & qui pourroit être
une fource d'abus & d'irréverence pour ce qu'il
y a de plus augufte dans la Religion . Nous requerant
ledit Promoteur de pourvoir à ces défordres.
A. ces cauſes , Nous , faifant droit fur le requifitoire
de notre Promoteur , voulant arrêter le
cours d'abus fi vifibles , maintenir dans ce Diocèſe
les Loix de la Difcipline , & nous oppofer à
tout ce qui peut les renverfer , nous révoquons
par la préfenteOrdonnance,jufq ' à ce qu'il en ait
été par Nous autrement ordonné, toutes les Permiffions
verbales feulement , qui auroient pû cydevant
être accordées , foit pour établir des Chapelles
domeftiques , foit pour permettre à des
particuliers de dire la Meffe dans des Maifons
où il n'y auroit point de Chapelles . Déclarant
que huit jours après la publication de notre
prefente Ordonnance , lefdites Chapelles demeureront
interdites , & que toutes les permiffions
pour des Chapelles , conformément à l'Ordonnance
de notre Prédeceffeur , du 20 Decembre
1696
1894 MERCURE DE FRANCE J
ac-
1696. ne feront accordées que par écrit , après
un Examen & vifite faits par notre ordre , pour
nous afsûrer de la décence des lieux , & des raifons
légitimes qui pourront nous engager
à
corder lefdites Chapelles avec les claufes & reftrictions
canoniques que le bon ordre demande.
Détendons , comme il eft porté par ladite Ordonnance
de Monfeigneur le Cardinal de Noailles
, à tous Prêtres Séculiers & Réguliers , fous
peine de fufpenfe , de célébrer la Mofle dans les
Chapelles domestiques dont on ne leur reprefentera
pas un titre ou permiffion de Nous , ou de
notre Prédeceffeur , expedié par écrit . Défendons
en outre à tous Prêtres Séculiers ou Réguliers ,
fous peine de fufpenfe encourue par le feul fait ,
de dire la Meffe dans des lieux qui n'auroient pas
été vifitez & benis par notre ordre , & approuvez
par Nous , pour fervir de Chapelles domestiques.
Si Mandons , & c.
de Paris , du 23. Aouft , portant révocation de
toutes les Permiffions verbales pour les Chapelles
domestiques.
-
Charles Gafpar - Guillaume de Vintimille.
&c. Sur ce qui nous a été repreſenté par notre
Promoteur General , que quelques Prêtres
peu attentifs aux regles de leur Miniftere , célébrent
la fainte Meffe dans des Chapelles domeftiques
, dont on ne rapporte d'autre conceffion
que des permiffions verbales que l'on fuppofe
données par nos Prédéceffeurs ou par Nous,quoique
felon la Difcipline de ce Diocéfe & l'Ordonnance
de Monfeigneur le Cardinal de Noailles
notre Prédéceffeur , fur la vénération dúë aux
Eglifes , & fur l'ufage des Chapelles domeftiques
; en datte du 20 Decembre 1696. toutes les
Y
A O UST . 1730. 1893
permiflions de Chapelles domestiques doivent
être expediées par écrits ; que d'autres Prêtres
portent l'efprit d'independance & de fingularité ,
jufqu'à offrir le Sacrifice dans des lieux profanes,
& qui n'ont été ni deſtinez , ni benis par l'autorité
Epifcopale , pour fervir de Chapelles domef
tiques , & que pour juftifier une contravention fi
manifefte aux Regles de l'Eglife , ils alleguent
qu'ils avoient obtenu cy-devant des Permiflions
verbales de dire la Meffe dans tous les lieux ou
ils demeureroient , & qu'en confequence ils ont
fait conftruire un Autel & célébré les faints Myfteres
, fans que lefdits lieux ayent été ni vifitez
ni benis , s'attribuant ainfi un privilege contraire
à toutes les Regles, qu'il n'eft point d'uſage d'accorder
à aucun particulier , & qui pourroit être
une fource d'abus & d'irréverence pour ce qu'il
y a de plus augufte dans la Religion . Nous requerant
ledit Promoteur de pourvoir à ces défordres.
A. ces cauſes , Nous , faifant droit fur le requifitoire
de notre Promoteur , voulant arrêter le
cours d'abus fi vifibles , maintenir dans ce Diocèſe
les Loix de la Difcipline , & nous oppofer à
tout ce qui peut les renverfer , nous révoquons
par la préfenteOrdonnance,jufq ' à ce qu'il en ait
été par Nous autrement ordonné, toutes les Permiffions
verbales feulement , qui auroient pû cydevant
être accordées , foit pour établir des Chapelles
domeftiques , foit pour permettre à des
particuliers de dire la Meffe dans des Maifons
où il n'y auroit point de Chapelles . Déclarant
que huit jours après la publication de notre
prefente Ordonnance , lefdites Chapelles demeureront
interdites , & que toutes les permiffions
pour des Chapelles , conformément à l'Ordonnance
de notre Prédeceffeur , du 20 Decembre
1696
1894 MERCURE DE FRANCE J
ac-
1696. ne feront accordées que par écrit , après
un Examen & vifite faits par notre ordre , pour
nous afsûrer de la décence des lieux , & des raifons
légitimes qui pourront nous engager
à
corder lefdites Chapelles avec les claufes & reftrictions
canoniques que le bon ordre demande.
Détendons , comme il eft porté par ladite Ordonnance
de Monfeigneur le Cardinal de Noailles
, à tous Prêtres Séculiers & Réguliers , fous
peine de fufpenfe , de célébrer la Mofle dans les
Chapelles domestiques dont on ne leur reprefentera
pas un titre ou permiffion de Nous , ou de
notre Prédeceffeur , expedié par écrit . Défendons
en outre à tous Prêtres Séculiers ou Réguliers ,
fous peine de fufpenfe encourue par le feul fait ,
de dire la Meffe dans des lieux qui n'auroient pas
été vifitez & benis par notre ordre , & approuvez
par Nous , pour fervir de Chapelles domestiques.
Si Mandons , & c.
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Résumé : Ordonnance de l'Archevêque de Paris, portant révocation de toutes les Permissions, &c. [titre d'après la table]
En 1730, l'archevêque de Paris, Charles Gaspard Guillaume de Vintimille, a publié une ordonnance le 23 août pour révoquer toutes les permissions verbales accordées pour les chapelles domestiques. Cette mesure répond à des rapports signalant des célébrations de messe dans des chapelles sans autorisation écrite, contrairement aux règles diocésaines et à une ordonnance précédente du cardinal de Noailles de 1696. L'ordonnance stipule que les permissions doivent être délivrées par écrit après une visite et un examen des lieux pour assurer leur décence et leur légitimité. Elle interdit également aux prêtres de célébrer la messe dans des lieux non visités et bénis par l'autorité épiscopale. Les chapelles sans titre écrit seront interdites huit jours après la publication de l'ordonnance, et les prêtres contrevenants seront sanctionnés.
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7335
p. 1894
Mandement du même, sur la grossesse de la Reine, [titre d'après la table]
Début :
Dès le 12. Août, M. l'Archevêque de Paris donna un Mandement pour ordonner des Prieres [...]
Mots clefs :
Reine, Accouchement, Archevêque de Paris, Prières, Dauphin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mandement du même, sur la grossesse de la Reine, [titre d'après la table]
Dès le 12. Août , M. l'Archevêque de Paris
donna un Mandement pour ordonner des Prieres
dans tout fon Diocèfe pour P'heureux accouchement
de la Reine. Il eft conçû en ces termes.
Charles , & c. La pieté du Roi qui lui infpire
dans tous les évenemens , de recourir à celui par
qui les Rois regnent , lui a fait défirer que nous
ordonnaffions des Prieres pour l'heureuſe délivrance
& pour la fanté de la Reine , qui eft fort
avancée dans fa groffeffe . Entrez avec nous dans
les intentions de Sa Majefté , pour demander à
Dieu la confervation d'une augufte Reine , que
fes vertus rendent fi refpectabie à tout le Royaume
, auquel elle a déja donné un Dauphin , &
celle du précieux fruit qui eft l'objet de nos efperances
& de nos voeux.
A CES CAUSâs , nous ordonnons , &c.
donna un Mandement pour ordonner des Prieres
dans tout fon Diocèfe pour P'heureux accouchement
de la Reine. Il eft conçû en ces termes.
Charles , & c. La pieté du Roi qui lui infpire
dans tous les évenemens , de recourir à celui par
qui les Rois regnent , lui a fait défirer que nous
ordonnaffions des Prieres pour l'heureuſe délivrance
& pour la fanté de la Reine , qui eft fort
avancée dans fa groffeffe . Entrez avec nous dans
les intentions de Sa Majefté , pour demander à
Dieu la confervation d'une augufte Reine , que
fes vertus rendent fi refpectabie à tout le Royaume
, auquel elle a déja donné un Dauphin , &
celle du précieux fruit qui eft l'objet de nos efperances
& de nos voeux.
A CES CAUSâs , nous ordonnons , &c.
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Résumé : Mandement du même, sur la grossesse de la Reine, [titre d'après la table]
Le 12 août, l'Archevêque de Paris a ordonné des prières pour l'accouchement de la Reine, avancée dans sa grossesse. Le roi exprime sa piété et son recours à Dieu. Les prières visent la santé de la Reine, respectée pour ses vertus et ayant déjà donné un Dauphin, et du futur enfant.
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7336
p. 1895-1896
Autre sur le même sujet du Grand-Prieur de l'Abbaye S. Germain, [titre d'après la table]
Début :
Le 14. du même mois, le R. P. Grand Prieur de l'Abbaye de S. Germain, donna aussi un Mandement [...]
Mots clefs :
Prince, Princesse, Dauphin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre sur le même sujet du Grand-Prieur de l'Abbaye S. Germain, [titre d'après la table]
Le 14. du même mois , le R. P. Grand - Prieur
de l'Abbaye de S. Germain , donna auffi un Mandement
digue de la grandur du ' Sujet & de fa
pieté. En voici la teneur :
CLAUDE DU PRE' , Grand - Prieur de
l'Abbaye Royale de S. Germain des Prez , immédiate
au S. Siege , & Vicaire General de S. B.
M. le Cardinal de Biffy , Evêque de Meaux
Commandeur de l'Ordre du S. Efprit , Abbé
Commandataire de cette l'Abaye , & c.
La Race fainte fe multiplie , la Pofterité nombreuſe
du Jufte eft un gage de la protection du
Tout- Puiffant , une récompenfe rendue à la vertu ,
de celui qui le craint & qui le fert avec fidelité .
Verité juftifiée par l'évenement. Elle s'accomplit
dans la Perfonne facrée du grand & Religieux
Monarque qui nous gouverne. Le Seigneur a beni
les premieres années de fon Alliance glorieufe.
Nous avons renconnu dans la Naiffance des trois
auguftes Princeffes , plus encore dans celle de
Monfeigneur LE DAUPHIN , les preuves
les plus marquées d'une Providence infiniment attentive
aux voeux du Roy , de la Reine , de toute
la Nation ; aujourd'hui nous voyons avec la joye
la plus vive , que le Seigneur mefurant fes faveurs
fur la pieté & la Religion de ce grand Prince ,
continue à le combler de nouvelles benedictions .
Le bonheur des Peuples qui rend S M. fenfible à
de tels bienfaits , nous engage à redoubler nos
voeux & nos prieres. L'augufte & vertueuſe Princeffe
, qui par l'affemblage des dons les plus précieux
de la Nature & de la grace , concourt à
rendre notre felicité durable & conſtante , mérite
ce jufte tribut. Prions pour la confervation d'une
fanté fi chere à la France , prions pour le fuccès
de fon heureufe délivrance . Puiffe -t- elle à jamais
être l'objet de l'amour & de la veneration des
Peuples
1896 MERCURE DE FRANCE
Peuples. , croître en mille mille generation .
Puiffe fa glorieufe Pofterité , fi fainte dans fa
Souche , fi augufte dans fa Tige , fi féconde en
Heros & en Maîtres du Monde dans fon étenduë
, n'avoir d'autre terme , que la fin des temps.
A CES CAUSES , en conformité des intentions
de Sa Majeſté , &c.
de l'Abbaye de S. Germain , donna auffi un Mandement
digue de la grandur du ' Sujet & de fa
pieté. En voici la teneur :
CLAUDE DU PRE' , Grand - Prieur de
l'Abbaye Royale de S. Germain des Prez , immédiate
au S. Siege , & Vicaire General de S. B.
M. le Cardinal de Biffy , Evêque de Meaux
Commandeur de l'Ordre du S. Efprit , Abbé
Commandataire de cette l'Abaye , & c.
La Race fainte fe multiplie , la Pofterité nombreuſe
du Jufte eft un gage de la protection du
Tout- Puiffant , une récompenfe rendue à la vertu ,
de celui qui le craint & qui le fert avec fidelité .
Verité juftifiée par l'évenement. Elle s'accomplit
dans la Perfonne facrée du grand & Religieux
Monarque qui nous gouverne. Le Seigneur a beni
les premieres années de fon Alliance glorieufe.
Nous avons renconnu dans la Naiffance des trois
auguftes Princeffes , plus encore dans celle de
Monfeigneur LE DAUPHIN , les preuves
les plus marquées d'une Providence infiniment attentive
aux voeux du Roy , de la Reine , de toute
la Nation ; aujourd'hui nous voyons avec la joye
la plus vive , que le Seigneur mefurant fes faveurs
fur la pieté & la Religion de ce grand Prince ,
continue à le combler de nouvelles benedictions .
Le bonheur des Peuples qui rend S M. fenfible à
de tels bienfaits , nous engage à redoubler nos
voeux & nos prieres. L'augufte & vertueuſe Princeffe
, qui par l'affemblage des dons les plus précieux
de la Nature & de la grace , concourt à
rendre notre felicité durable & conſtante , mérite
ce jufte tribut. Prions pour la confervation d'une
fanté fi chere à la France , prions pour le fuccès
de fon heureufe délivrance . Puiffe -t- elle à jamais
être l'objet de l'amour & de la veneration des
Peuples
1896 MERCURE DE FRANCE
Peuples. , croître en mille mille generation .
Puiffe fa glorieufe Pofterité , fi fainte dans fa
Souche , fi augufte dans fa Tige , fi féconde en
Heros & en Maîtres du Monde dans fon étenduë
, n'avoir d'autre terme , que la fin des temps.
A CES CAUSES , en conformité des intentions
de Sa Majeſté , &c.
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Résumé : Autre sur le même sujet du Grand-Prieur de l'Abbaye S. Germain, [titre d'après la table]
Le 14 du même mois, Claude du Pré, Grand-Prieur de l'Abbaye Royale de Saint-Germain-des-Prés, Vicaire Général du Cardinal de Bissy, Évêque de Meaux, et Commandeur de l'Ordre du Saint-Esprit, a émis un mandement. Ce document souligne la grandeur et la piété du sujet, en mettant en avant la multiplication de la race sainte comme signe de la protection divine et récompense de la vertu. Le monarque régnant illustre cette vérité par la naissance de trois princesses et du Dauphin au début de son règne, preuves de la Providence divine. Le bonheur des peuples, sensible aux bienfaits du roi, incite à redoubler les vœux et les prières. La princesse, par ses dons naturels et spirituels, contribue à la félicité durable de la nation. Les prières visent la conservation de sa santé et le succès de son heureuse délivrance. On souhaite que sa postérité soit sainte, auguste et féconde en héros et maîtres du monde, jusqu'à la fin des temps. Ce mandement est émis en conformité avec les intentions de Sa Majesté.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7337
p. 1896
« Le 30, les Députez des Etats de Languedoc eurent Audience du Roy. Ils y furent présentés [...] »
Début :
Le 30, les Députez des Etats de Languedoc eurent Audience du Roy. Ils y furent présentés [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 30, les Députez des Etats de Languedoc eurent Audience du Roy. Ils y furent présentés [...] »
Le 30 , les Députez des Etats de Languedoc
eurent Audience du Roy. Ils y furent préſentés
par le Duc du Maine , Gouverneur de la Province
, & par le Comte de S Florentin , Secretaire
d'Etat , & conduits en la maniere accoutumée
par le Marquis de Dreux Grand- Maître des
Cerémonies , & par M. Defgranges , Maître des
Cerémonies La députation étoit compofée de
l'Evêque de Viviers , pour le Clergé , qui porta
la parole ; du Marquis d'Ambres , pour la Nobleffe
; de Mrs Bains & Gayac , pour le Tiers-
Etat ; & de M. de Montferier , Syndic General
de la Province Ils rendirent enfuite leurs refpects
à Monfeigneur le Dauphin , à Monſeigneur
le Duc d'Anjou , & à Mefdames de France.
eurent Audience du Roy. Ils y furent préſentés
par le Duc du Maine , Gouverneur de la Province
, & par le Comte de S Florentin , Secretaire
d'Etat , & conduits en la maniere accoutumée
par le Marquis de Dreux Grand- Maître des
Cerémonies , & par M. Defgranges , Maître des
Cerémonies La députation étoit compofée de
l'Evêque de Viviers , pour le Clergé , qui porta
la parole ; du Marquis d'Ambres , pour la Nobleffe
; de Mrs Bains & Gayac , pour le Tiers-
Etat ; & de M. de Montferier , Syndic General
de la Province Ils rendirent enfuite leurs refpects
à Monfeigneur le Dauphin , à Monſeigneur
le Duc d'Anjou , & à Mefdames de France.
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Résumé : « Le 30, les Députez des Etats de Languedoc eurent Audience du Roy. Ils y furent présentés [...] »
Le 30, les députés des États de Languedoc furent reçus par le roi. Présentés par le duc du Maine et le comte de Saint-Florentin, ils incluaient l'évêque de Viviers pour le clergé, le marquis d'Ambres pour la noblesse, messieurs Bains et Gayac pour le tiers-état, et M. de Montferier. Ils rendirent ensuite hommage au dauphin, au duc d'Anjou et à Mesdames de France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7338
p. 1896-1902
MORTS NAISSANCES,
Début :
Michel Poncet de la Riviere, Evêque d'Angers, Abbé des Abbayes de Vierson, Diocèse [...]
Mots clefs :
Duc d'Anjou, Duchesse de Brunswick, Bénédicte-Henriette du Palatinat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS NAISSANCES,
MORTS NAISSANCES,
Michel Poncet de la Riviere , Evêque d'An-
.cèle de Bourges, de Noailles, Diocèfe de Poitiers
& de S. Florent lès Saumurs , Diocèle d'Angers,
P'un des Quarante de l'Académie Françoiſe
mourut dans fon Diocèſe le 2. de ce mois , âgé
d'environ 58. ans.
Le même jour , Dame Marie - Magdelaine Pa
rent, Epoufe de M. Louis le Boulanger , Cheva-"
"
lier
A O UST. 1730. 1897
valier Seigneur d'Hacqueville , Maître des Requêtes
, mourut à Paris , âgé d'environ 42. ans.
M. Vabere de Sailly , Chevalier , Capitaine au
Régiment de Navarre , decedé le même jour ,
âgé d'environ 50. ans.
Le Comte d'Alais , Prince du Sang , frere du
Prince de Conty , mourut à Paris le 7. de ce
mois , dans la neuvième année de fon âge , étant
né le s . Février 1722. Le Roi en prit le deuil
le 12. & le quitta le 24.
M.François de Murard, Confeiller en la Grande
Chambre du Parlement , mourut le 11. Août ,
dans la 62 ~ anné de ſon âge .
Benedictine Henriette , Philippe , Comteffe Palatine
du Rhin , veuve de Jean - Frederic de Brunfwick
, Duc d'Hanover , mort à Ausbourg le 27.
Décembre 1679. mourut fubitement à midi le
12. de ce mois à fa Maifon de Campagne du
Village d'Anieres , âgée de 78. & 20. jours ;
étant née le 23.Juillet 16 52. Cette Princeffe étoit
fille d'Edouard , Prince Palatin du Rhin , mort à
Paris le 10. Mars 1663. & d'Anne de Gonzague
de Mantoie , morte le 6. Juillet 1684. Elle avoit
eu de fon Mariage Charlote- Felicité , née le 8 .
Mars 1671. marié le 18. Novembre au Duc de
Modene , & morte en couches le 26. Septembre
1710. Marie- Jofephe , née le 29. Mars 1672 .
morte le 4. Septembre 1687. & Willelmine Amelie
, veuve de l'Empereur Jofeph , auquel elle fut
mariée le 15. Janvier 1699. Elle étoit foeur de la
Princeffe Anne , veuve d'Henry- Jules de Bourbon
, Prince de Condé , Premier Prince du Sang ,
morte le 23. Fevrier 1723.
L'inftant d'avant fa mort , cette Princeffe paroiffoit
en bonne fanté , & fe felicitoit de fon
état ; elle s'étoit levée à ſon heure ordinaire
avoit été à la Meſſe , qu'elle avoit entenduë toute
entiere ,
>
1898 MERCURE DE FRANCE
2
entiere, fans aucune apparence d'incommodité, &
au fortir de laquelle ayant fenti quelque mouvement
dans le ventre , elle entra d'un pas ferme &
affuré dans fa Garderobe , fans avoir befoin de
perfonne pour la foutenir , & à peine fut - elle fur
fa chaife qu'elle tomba morte par terre fans
donner depuis cet inftant aucun figne de vie.
>
Parmi les differentes caufes de mort , décou
vertes à l'ouverture de fon corps , & qui ne s'étoient
manifeftées pendant fa vie par aucun figne
particulier qui les dénotât , il s'en eft trouvé une
dans le coeur, auffi rare , auffi finguliere, & auffi
difficile , pour ne pas dire auffi impoffible à prévoir
qu'à détruire. Cette caufe qui peut être regardée
comme la principale , ou pour mieux dire,
l'unique de la mort fubite de cette Princeffe
c'étoit un trou ou une espece de finus qu'une humeur
faline & penétrante avoit creufé petit à petit
& obliquement dans la parois du ventricule
droit du coeur , ce finus s'ouvrant d'un coté dans
la cavité du ventricule , & de l'autre dans celle du
pericarde , perçoit de part en part l'épaiffeur de
la parois de ce ventricule , & ayant permis au
fang de ce ventricule de s'infinuer dans le pericarde
& de fe détourner par là de fa route naturelie
du coté de l'artere du poumon , avoit donné
lieu à une interruption formelle de la circulation ,
à un affaiflemen: & une concidence fubite des parois
des vaiffeaux & à la mort précipitée de
cette Princeffe.
Il y avoit fix onces de fang caillé dans le pericarde
, fans compter la férofité de ce fang qui y
étoit aufli. On n'en a pas trouvé dans le ventricule
droit du coeur , parceque celui qu'il auroit
dû contenir s'étoit totalement écoulé dans le
pericarde ; mais le ventricule gauche qui n'étoit
point percé de même , contenoit la quantité de
fang
A OUST. 1730. 1899
fang caillé qui a coutume de s'y rencontrer après
la mort.
Dame Claude Emée Defpinay , veuve de M.
Geofroy Dominique de Bragelone , Chevalier ,
Seigneur de Lonny , Deville , Cliron & c. Maître
des Requêtes , mourut le 13. Août , agée d'environ
80. ans.
Charles Boucher d'Orçay , Maître des Requê
tes Honoraire & Intendant de la Generalité de
Limoges , mourut à Paris , le 14. de ce mois ,
dans la 56me année de fon âge. M. de Tourni ,
Maître des Requêtes, a été nommé à l'intendan
ce de Limoges.
Le 18. Juillet , Dame Marie Anne Hiacinthe
Vis-de- Lou , Epoufe de Louis Engelbert , Comte
de la Marck , Marquis de Wardes , Colonel d'un
Regiment d'Infanterie Allemande , au fervice du
Roi , accoucha d'une fille qui fut tenuë fur les
Fonts le 18. Août , & nommée Louife Marguerite
par Louis Pierre , Comte de la Marck & de
Schleiden , Chevalier des Ordres du Roi, Lieutenant
General des Armées de S.M. & c. & par Dame
Marguerite Iris de Poix, Epoufe de Jean Baptifte,
Marquis de Monteflon , Brigadier des Armées du
Roi , Sous- Lieutenant des Gendarmes Dauphins.
Le 16. Août , M. le Curé de S. Sulpice adminiftra
dans fon Eglife le Sacrement de Baptême à
une fille agée de 25. ans , née & élevée dans la
Religion Judaïque dont elle avoit fait volontairement
abjuration . Elle fut nommée Marie Magdelaine
Sara par M. René Herault , Conſeiller
d'Etat , Lieutenant General de Police , & par Dame
Diane Magdelaine de Bautru - Vaubrun , Ducheffe
d'Etrées.
Le lendemain le même Pafteur adminiftra auffi
le Sacrement de Baptême à la Mere de cette fille,
nommée Rachel Mendoza , veuve d'Abraham Gavet
,
1900 MERCURE DE FRANCE
vet , âgée de cinquante ans & auffi élevée dans
la Religion Judaïque , qu'elle a pareillement abjurée.
Elle eut pour Parrain Mr Nicolas Profper
Bauyn d'Angervilliers , Miniftre & Secretaire
d'Etat de la Guerre , & pour Marraine Dame
Marie Brulart , veuve de Jofeph de Bethune ,"
Marquis de Charoft , Brigadier des Armées du
Roi &c. Cette mere & cette fille font originaires
de la Ville de Nice , Capitale du Comté de ce
nom , dans les Etats du Roi de Sardaigne.
Dame Françoife Aubery de Vaftan , Epoufe
d'Armand de Bethune , Comte d'Orval &c. accoucha
le 18. Août d'un fils , qui fut nommé ‹
Maximilien Antoine Armand , par M. Antoine
Portail , Premier Préſident du Parlement , & par
Dame Marie Therefe Martin , veuve de Louis ,
Marquis de Bethune , Marquis de Chabris &c.
Le 30 de ce mois , la Reine fentit à fix heures
du matin quelques douleurs , & vers les neuf
heures S. M. accoucha heureufement d'un Prince
, que le Roi a nommé Duc d'Anjou. Dès que
ce Prince fut né , il fut ondoyé par l'Abbé de
Choifeul , Aumônier du Roi en quartier , en préfence
du Curé de la Paroiffe de Verſailles . Le
Roi affifta à cette Cerémonie , ainfi que les Princes
& Princeffes du fang qui étoient à Verſailles,
le Cardinal de Fleuri , le Chancelier de France &
le Garde des Sceaux. Lorfque la Ducheffe de
Ventadour , Gouvernante des Enfans de France ,
cut porté Monfeigneur le Duc d'Anjou dans
l'Appartement qui lui avoit été preparé , le Marquis
de Breteuil , Commandeur- Prevôt & Maître
des Cerémonies des Ordres du Roi , porta à ce
Prince le Cordon & la Croix de l'Ordre du Saint
Efprit ; il fit cette fonction à cauſe de l'abſence
du Grand Tréforier des Ordres. Le Roi qui s'étoit
AOUST. 1730. 1901
toit rendu auprès de la Reine dans le tems qu'elle
avoit commencé à fentir des douleurs , étant rentré
dans fon Appartement , envoya M. de Lugat,
l'un de fes Gentilshommes ordinaires , à Chambord
, porter au Roi Staniſlas & à la Reine fon
Epoufe la nouvelle de l'heureux Accouchement de
la Reine & de la Naiffance de Monfeigneur le
Duc d'Anjou , & le Garde des Sceaux , Miniftre
& Secretaire d'Etat , ayant le département des
affaires Etrangeres , depêcha dans le même tems
des Couriers Extraordinaires aux Ambaſſadeurs
& aux Miniftres du Roi dans les Cours Etrangeres
, pour leur annoncer cette nouvelle . Aufli tôt
qu'on cut appris que la Reine étoit accouchée
d'un Prince , les Princes du Sang , les Seigneurs
de la Cour , les Chefs des Compagnies Superieures
& les perfonnes de confideration , s'emprefferent
d'aller à cette occafion rendre leurs refpects
au Roi , & S. M. qui parut très fenfible à
leur zele reçût avec bonté les témoignages de
leur joye,
Le Roi alla à midi entendre la Meffe , pendant
laquelle on chanta le Te Deum , en actions de
graces de l'heureux accouchement de la Reine &
de la Naiffance de Monfeigneur le Duc d'Anjou.
L'après midi , le Roi reçut les complimens des
Princeffes du Sang & des Dames de la Cour ,
& il vit les Ambaffadeurs & les Miniftres Etrangers
qui s'étoient rendus à Verſailles avec beau
coup d'empreffement pour complimenter S. M.
Après le fouper du Roi , on tira dans l'Efplanade
qui eft entre la grande Grille & les Ecuries , des
Fufées & un Feu d'artifice , & il y eut dans
toutes les rues des Illuminations, des Feux & toutes
les autres marques de réjouiffance.
La Reine & Monfeigneur le Duc d'Anjou , ſe
portent auffi-bien qu'on puiffe le fouhaiter.
Le
1902 MERCURE DE FRANCE
•
Le même jour 30 Août , les Prévôt des Marchands
& Echevins qui s'étoient affemblez à l'Hôtel
de Ville , auffi -tôt qu'ils eurent appris que la
Reine avoit fenti quelques douleurs , reçurent la
nouvelle de fon heureux Accouchement & de la
Naiffance de Monfeigneur le Duc d'Anjou , par le .
Chevalier de S. André , Enfeigne des Gardes du
Corps , qui fert actuellement auprès de la Reine
& que le Roi avoit envoyé pour en donner part au
Corps de Ville. Il arriva à l'Hôtel de Ville vers
les onze heures & demie du matin, & dans le moment
les Prévôt des Marchands & Echevins firent
annoncer cette heureufe nouvelle à toute la
Ville par le bruit du Canon & par la Cloche de
l'Hôtel de Ville. Le foir on tira le Canon , il у
eut un grand Feu , accompagné de Fufées , dans
la Place de l'Hôtel de Ville , qui fut illuminé , &
la joye publique éclata par les acclamations du
Peuple & par les Feux qui furent faits devant toutes
les Maiſons .
Michel Poncet de la Riviere , Evêque d'An-
.cèle de Bourges, de Noailles, Diocèfe de Poitiers
& de S. Florent lès Saumurs , Diocèle d'Angers,
P'un des Quarante de l'Académie Françoiſe
mourut dans fon Diocèſe le 2. de ce mois , âgé
d'environ 58. ans.
Le même jour , Dame Marie - Magdelaine Pa
rent, Epoufe de M. Louis le Boulanger , Cheva-"
"
lier
A O UST. 1730. 1897
valier Seigneur d'Hacqueville , Maître des Requêtes
, mourut à Paris , âgé d'environ 42. ans.
M. Vabere de Sailly , Chevalier , Capitaine au
Régiment de Navarre , decedé le même jour ,
âgé d'environ 50. ans.
Le Comte d'Alais , Prince du Sang , frere du
Prince de Conty , mourut à Paris le 7. de ce
mois , dans la neuvième année de fon âge , étant
né le s . Février 1722. Le Roi en prit le deuil
le 12. & le quitta le 24.
M.François de Murard, Confeiller en la Grande
Chambre du Parlement , mourut le 11. Août ,
dans la 62 ~ anné de ſon âge .
Benedictine Henriette , Philippe , Comteffe Palatine
du Rhin , veuve de Jean - Frederic de Brunfwick
, Duc d'Hanover , mort à Ausbourg le 27.
Décembre 1679. mourut fubitement à midi le
12. de ce mois à fa Maifon de Campagne du
Village d'Anieres , âgée de 78. & 20. jours ;
étant née le 23.Juillet 16 52. Cette Princeffe étoit
fille d'Edouard , Prince Palatin du Rhin , mort à
Paris le 10. Mars 1663. & d'Anne de Gonzague
de Mantoie , morte le 6. Juillet 1684. Elle avoit
eu de fon Mariage Charlote- Felicité , née le 8 .
Mars 1671. marié le 18. Novembre au Duc de
Modene , & morte en couches le 26. Septembre
1710. Marie- Jofephe , née le 29. Mars 1672 .
morte le 4. Septembre 1687. & Willelmine Amelie
, veuve de l'Empereur Jofeph , auquel elle fut
mariée le 15. Janvier 1699. Elle étoit foeur de la
Princeffe Anne , veuve d'Henry- Jules de Bourbon
, Prince de Condé , Premier Prince du Sang ,
morte le 23. Fevrier 1723.
L'inftant d'avant fa mort , cette Princeffe paroiffoit
en bonne fanté , & fe felicitoit de fon
état ; elle s'étoit levée à ſon heure ordinaire
avoit été à la Meſſe , qu'elle avoit entenduë toute
entiere ,
>
1898 MERCURE DE FRANCE
2
entiere, fans aucune apparence d'incommodité, &
au fortir de laquelle ayant fenti quelque mouvement
dans le ventre , elle entra d'un pas ferme &
affuré dans fa Garderobe , fans avoir befoin de
perfonne pour la foutenir , & à peine fut - elle fur
fa chaife qu'elle tomba morte par terre fans
donner depuis cet inftant aucun figne de vie.
>
Parmi les differentes caufes de mort , décou
vertes à l'ouverture de fon corps , & qui ne s'étoient
manifeftées pendant fa vie par aucun figne
particulier qui les dénotât , il s'en eft trouvé une
dans le coeur, auffi rare , auffi finguliere, & auffi
difficile , pour ne pas dire auffi impoffible à prévoir
qu'à détruire. Cette caufe qui peut être regardée
comme la principale , ou pour mieux dire,
l'unique de la mort fubite de cette Princeffe
c'étoit un trou ou une espece de finus qu'une humeur
faline & penétrante avoit creufé petit à petit
& obliquement dans la parois du ventricule
droit du coeur , ce finus s'ouvrant d'un coté dans
la cavité du ventricule , & de l'autre dans celle du
pericarde , perçoit de part en part l'épaiffeur de
la parois de ce ventricule , & ayant permis au
fang de ce ventricule de s'infinuer dans le pericarde
& de fe détourner par là de fa route naturelie
du coté de l'artere du poumon , avoit donné
lieu à une interruption formelle de la circulation ,
à un affaiflemen: & une concidence fubite des parois
des vaiffeaux & à la mort précipitée de
cette Princeffe.
Il y avoit fix onces de fang caillé dans le pericarde
, fans compter la férofité de ce fang qui y
étoit aufli. On n'en a pas trouvé dans le ventricule
droit du coeur , parceque celui qu'il auroit
dû contenir s'étoit totalement écoulé dans le
pericarde ; mais le ventricule gauche qui n'étoit
point percé de même , contenoit la quantité de
fang
A OUST. 1730. 1899
fang caillé qui a coutume de s'y rencontrer après
la mort.
Dame Claude Emée Defpinay , veuve de M.
Geofroy Dominique de Bragelone , Chevalier ,
Seigneur de Lonny , Deville , Cliron & c. Maître
des Requêtes , mourut le 13. Août , agée d'environ
80. ans.
Charles Boucher d'Orçay , Maître des Requê
tes Honoraire & Intendant de la Generalité de
Limoges , mourut à Paris , le 14. de ce mois ,
dans la 56me année de fon âge. M. de Tourni ,
Maître des Requêtes, a été nommé à l'intendan
ce de Limoges.
Le 18. Juillet , Dame Marie Anne Hiacinthe
Vis-de- Lou , Epoufe de Louis Engelbert , Comte
de la Marck , Marquis de Wardes , Colonel d'un
Regiment d'Infanterie Allemande , au fervice du
Roi , accoucha d'une fille qui fut tenuë fur les
Fonts le 18. Août , & nommée Louife Marguerite
par Louis Pierre , Comte de la Marck & de
Schleiden , Chevalier des Ordres du Roi, Lieutenant
General des Armées de S.M. & c. & par Dame
Marguerite Iris de Poix, Epoufe de Jean Baptifte,
Marquis de Monteflon , Brigadier des Armées du
Roi , Sous- Lieutenant des Gendarmes Dauphins.
Le 16. Août , M. le Curé de S. Sulpice adminiftra
dans fon Eglife le Sacrement de Baptême à
une fille agée de 25. ans , née & élevée dans la
Religion Judaïque dont elle avoit fait volontairement
abjuration . Elle fut nommée Marie Magdelaine
Sara par M. René Herault , Conſeiller
d'Etat , Lieutenant General de Police , & par Dame
Diane Magdelaine de Bautru - Vaubrun , Ducheffe
d'Etrées.
Le lendemain le même Pafteur adminiftra auffi
le Sacrement de Baptême à la Mere de cette fille,
nommée Rachel Mendoza , veuve d'Abraham Gavet
,
1900 MERCURE DE FRANCE
vet , âgée de cinquante ans & auffi élevée dans
la Religion Judaïque , qu'elle a pareillement abjurée.
Elle eut pour Parrain Mr Nicolas Profper
Bauyn d'Angervilliers , Miniftre & Secretaire
d'Etat de la Guerre , & pour Marraine Dame
Marie Brulart , veuve de Jofeph de Bethune ,"
Marquis de Charoft , Brigadier des Armées du
Roi &c. Cette mere & cette fille font originaires
de la Ville de Nice , Capitale du Comté de ce
nom , dans les Etats du Roi de Sardaigne.
Dame Françoife Aubery de Vaftan , Epoufe
d'Armand de Bethune , Comte d'Orval &c. accoucha
le 18. Août d'un fils , qui fut nommé ‹
Maximilien Antoine Armand , par M. Antoine
Portail , Premier Préſident du Parlement , & par
Dame Marie Therefe Martin , veuve de Louis ,
Marquis de Bethune , Marquis de Chabris &c.
Le 30 de ce mois , la Reine fentit à fix heures
du matin quelques douleurs , & vers les neuf
heures S. M. accoucha heureufement d'un Prince
, que le Roi a nommé Duc d'Anjou. Dès que
ce Prince fut né , il fut ondoyé par l'Abbé de
Choifeul , Aumônier du Roi en quartier , en préfence
du Curé de la Paroiffe de Verſailles . Le
Roi affifta à cette Cerémonie , ainfi que les Princes
& Princeffes du fang qui étoient à Verſailles,
le Cardinal de Fleuri , le Chancelier de France &
le Garde des Sceaux. Lorfque la Ducheffe de
Ventadour , Gouvernante des Enfans de France ,
cut porté Monfeigneur le Duc d'Anjou dans
l'Appartement qui lui avoit été preparé , le Marquis
de Breteuil , Commandeur- Prevôt & Maître
des Cerémonies des Ordres du Roi , porta à ce
Prince le Cordon & la Croix de l'Ordre du Saint
Efprit ; il fit cette fonction à cauſe de l'abſence
du Grand Tréforier des Ordres. Le Roi qui s'étoit
AOUST. 1730. 1901
toit rendu auprès de la Reine dans le tems qu'elle
avoit commencé à fentir des douleurs , étant rentré
dans fon Appartement , envoya M. de Lugat,
l'un de fes Gentilshommes ordinaires , à Chambord
, porter au Roi Staniſlas & à la Reine fon
Epoufe la nouvelle de l'heureux Accouchement de
la Reine & de la Naiffance de Monfeigneur le
Duc d'Anjou , & le Garde des Sceaux , Miniftre
& Secretaire d'Etat , ayant le département des
affaires Etrangeres , depêcha dans le même tems
des Couriers Extraordinaires aux Ambaſſadeurs
& aux Miniftres du Roi dans les Cours Etrangeres
, pour leur annoncer cette nouvelle . Aufli tôt
qu'on cut appris que la Reine étoit accouchée
d'un Prince , les Princes du Sang , les Seigneurs
de la Cour , les Chefs des Compagnies Superieures
& les perfonnes de confideration , s'emprefferent
d'aller à cette occafion rendre leurs refpects
au Roi , & S. M. qui parut très fenfible à
leur zele reçût avec bonté les témoignages de
leur joye,
Le Roi alla à midi entendre la Meffe , pendant
laquelle on chanta le Te Deum , en actions de
graces de l'heureux accouchement de la Reine &
de la Naiffance de Monfeigneur le Duc d'Anjou.
L'après midi , le Roi reçut les complimens des
Princeffes du Sang & des Dames de la Cour ,
& il vit les Ambaffadeurs & les Miniftres Etrangers
qui s'étoient rendus à Verſailles avec beau
coup d'empreffement pour complimenter S. M.
Après le fouper du Roi , on tira dans l'Efplanade
qui eft entre la grande Grille & les Ecuries , des
Fufées & un Feu d'artifice , & il y eut dans
toutes les rues des Illuminations, des Feux & toutes
les autres marques de réjouiffance.
La Reine & Monfeigneur le Duc d'Anjou , ſe
portent auffi-bien qu'on puiffe le fouhaiter.
Le
1902 MERCURE DE FRANCE
•
Le même jour 30 Août , les Prévôt des Marchands
& Echevins qui s'étoient affemblez à l'Hôtel
de Ville , auffi -tôt qu'ils eurent appris que la
Reine avoit fenti quelques douleurs , reçurent la
nouvelle de fon heureux Accouchement & de la
Naiffance de Monfeigneur le Duc d'Anjou , par le .
Chevalier de S. André , Enfeigne des Gardes du
Corps , qui fert actuellement auprès de la Reine
& que le Roi avoit envoyé pour en donner part au
Corps de Ville. Il arriva à l'Hôtel de Ville vers
les onze heures & demie du matin, & dans le moment
les Prévôt des Marchands & Echevins firent
annoncer cette heureufe nouvelle à toute la
Ville par le bruit du Canon & par la Cloche de
l'Hôtel de Ville. Le foir on tira le Canon , il у
eut un grand Feu , accompagné de Fufées , dans
la Place de l'Hôtel de Ville , qui fut illuminé , &
la joye publique éclata par les acclamations du
Peuple & par les Feux qui furent faits devant toutes
les Maiſons .
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Résumé : MORTS NAISSANCES,
En août 1730, plusieurs décès notables ont été enregistrés. Michel Poncet de la Rivière, évêque de Bourges, de Noailles, de Poitiers et de Saint-Florent-lès-Saumur, et membre des Quarante de l'Académie Française, est décédé dans son diocèse à l'âge d'environ 58 ans. Le même jour, Dame Marie-Magdeleine Parent, épouse de Louis le Boulanger, chevalier et seigneur d'Hacqueville, est morte à Paris à l'âge d'environ 42 ans. M. Vabere de Sailly, chevalier et capitaine au régiment de Navarre, est également décédé le même jour à l'âge d'environ 50 ans. Le comte d'Alais, prince du sang et frère du prince de Conti, est mort à Paris à l'âge de 9 ans. M. François de Murard, conseiller à la Grande Chambre du Parlement, est décédé le 11 août à l'âge de 62 ans. La comtesse palatine Henriette, veuve de Jean-Frédéric de Brunswick, duc d'Hanover, est morte subitement le 12 août à l'âge de 78 ans et 20 jours, victime d'une anomalie cardiaque rare. Dame Claude Emée Despinay, veuve de Geoffroy Dominique de Bragelonne, est décédée le 13 août à l'âge d'environ 80 ans. Charles Boucher d'Orçay, maître des requêtes honoraire et intendant de la généralité de Limoges, est mort à Paris le 14 août à l'âge de 56 ans. Plusieurs naissances et baptêmes ont également marqué ce mois. Le 18 juillet, Dame Marie Anne Hiacinthe Vis-de-Lou, épouse de Louis Engelbert, comte de la Marck, a accouché d'une fille nommée Louise Marguerite. Le 16 août, une femme de 25 ans, née dans la religion judaïque, a été baptisée et nommée Marie Magdeleine Sara. Le lendemain, sa mère, Rachel Mendoza, âgée de 50 ans, a également été baptisée après avoir abjuré le judaïsme. Dame Françoise Aubery de Vastan, épouse d'Armand de Bethune, comte d'Orval, a accouché le 18 août d'un fils nommé Maximilien Antoine Armand. Le 30 août, la reine a accouché d'un prince, le duc d'Anjou, en présence de plusieurs dignitaires et membres de la famille royale. La nouvelle de la naissance a été annoncée par des salves de canon et des illuminations à Versailles et dans Paris.
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7339
p. 1902
APPROBATION.
Début :
J'ay lû par ordre de Monseigneur le Garde des Sceaux, le Mercure de France du Mois [...]
7340
s. p.
TABLE.
Début :
Pieces Fugitives. Idille, 1691 Troisiéme Lettre sur la Biblioteque des Enfans, 1696 [...]
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texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE.
P
Ieces Fugitives. Idille 1691
Troifiéme Lettre fur la Biblioteque des Enfans
,
Le Moucheron qui picque Lycoris , & c.
Réponſe fur la qualité de l'Eau de vie ,
Bouquet , &c.
1696
1718
172 1
1730
Lettie fur l'ufage interieur de l'Eau de vie , 1732
Epitre fur le retour d'un Voyage , 1739
Suite des Memoires fur la Ville d'Eu , &c. 1742
Les Miracles , Ode , 1752
Fête & Chaffe de S. Hubert à Entrevaux , 1756
A la Déeffe Lucine , Vers , 1757
Couplets , &c. 1768
Réponse à la Queftion , fi la gloire des Orateurs
eft préferable à celle des Poëtes ,
Epitre en Vers à Me
1773
1881
Lettre fur une Infcription de la Fontaine de Juvifi
, &c .
Divers Morceaux de Poëfie , &c.
Enigme , Logogryphe ,
1783
1786
1791
1793
NOUVELLES LITTERAIRES . A&a Eruditorum,
& c.
L'Art d'enfeigner le Latin aux enfans en les divertiffant
& fans qu'ils s'en apperçoivent, 1816
Recueil de Têtes de Caracteres de Leonard de
Vinci , 1818
Lettre fur la Taille de la Pierre, dite à l'Angloife,
1826
Lettre fur une Machine finguliere , 1829
Air noté , & c. 1832
Spectacles. Tragedie d'Abfalon , Ibid.
La Réunion forcée, Comédie , &c.
La Tragédie de Maurice , &c. & Ballet , 1856
Les
1852
1864
1869
Les deux Suivantes , Comédie ,
Nouvelles Etrangeres . D'Afrique , Turquie &
Perfe ,
De Ruffie , Pologne , Suede & Allemagne , 1870
1872 D'Italie , Grande Bretagne & Pays - Bas ,
France, Nouvelles de la Cour , de Paris, &c . 1881
Extrait d'une Lettre écrite de Metz ,
1888
1890 Prife de Bonnet de Docteur ,
Ordonnance de l'Archevêque de Paris , portant
révocation de toutes les Permiffions, &C. 1892
Mandement du même,fur la groffeffe de la Reine,
1894
Autre fur le même fujet du Grand-Prieur de l'Ab-
Morts , Naiffances , & c .
1895 baye S. Germain ,
1896 ..
Mort de la Ducheffe de Brunfwick , 1897
Naiflance du Duc d'Anjou , 1900
P
Ieces Fugitives. Idille 1691
Troifiéme Lettre fur la Biblioteque des Enfans
,
Le Moucheron qui picque Lycoris , & c.
Réponſe fur la qualité de l'Eau de vie ,
Bouquet , &c.
1696
1718
172 1
1730
Lettie fur l'ufage interieur de l'Eau de vie , 1732
Epitre fur le retour d'un Voyage , 1739
Suite des Memoires fur la Ville d'Eu , &c. 1742
Les Miracles , Ode , 1752
Fête & Chaffe de S. Hubert à Entrevaux , 1756
A la Déeffe Lucine , Vers , 1757
Couplets , &c. 1768
Réponse à la Queftion , fi la gloire des Orateurs
eft préferable à celle des Poëtes ,
Epitre en Vers à Me
1773
1881
Lettre fur une Infcription de la Fontaine de Juvifi
, &c .
Divers Morceaux de Poëfie , &c.
Enigme , Logogryphe ,
1783
1786
1791
1793
NOUVELLES LITTERAIRES . A&a Eruditorum,
& c.
L'Art d'enfeigner le Latin aux enfans en les divertiffant
& fans qu'ils s'en apperçoivent, 1816
Recueil de Têtes de Caracteres de Leonard de
Vinci , 1818
Lettre fur la Taille de la Pierre, dite à l'Angloife,
1826
Lettre fur une Machine finguliere , 1829
Air noté , & c. 1832
Spectacles. Tragedie d'Abfalon , Ibid.
La Réunion forcée, Comédie , &c.
La Tragédie de Maurice , &c. & Ballet , 1856
Les
1852
1864
1869
Les deux Suivantes , Comédie ,
Nouvelles Etrangeres . D'Afrique , Turquie &
Perfe ,
De Ruffie , Pologne , Suede & Allemagne , 1870
1872 D'Italie , Grande Bretagne & Pays - Bas ,
France, Nouvelles de la Cour , de Paris, &c . 1881
Extrait d'une Lettre écrite de Metz ,
1888
1890 Prife de Bonnet de Docteur ,
Ordonnance de l'Archevêque de Paris , portant
révocation de toutes les Permiffions, &C. 1892
Mandement du même,fur la groffeffe de la Reine,
1894
Autre fur le même fujet du Grand-Prieur de l'Ab-
Morts , Naiffances , & c .
1895 baye S. Germain ,
1896 ..
Mort de la Ducheffe de Brunfwick , 1897
Naiflance du Duc d'Anjou , 1900
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Résumé : TABLE.
Le document présente une liste chronologique d'œuvres littéraires et d'événements historiques entre 1691 et 1900. Les entrées incluent des poèmes, des lettres, des mémoires, des pièces de théâtre, des nouvelles et des documents administratifs. Parmi les œuvres notables figurent 'Idille' (1691), 'Réponse fur la qualité de l'Eau de vie' (1696), 'Epitre fur le retour d'un Voyage' (1739), 'Les Miracles' (1752) et 'La Tragédie de Maurice' (1856). Le texte mentionne également des publications sur divers sujets, comme l'enseignement du latin aux enfants (1816) et des recueils de caractères de Léonard de Vinci (1818). Des nouvelles étrangères provenant de l'Afrique, de la Turquie et de l'Italie sont également rapportées. Des événements marquants incluent la mort de la Duchesse de Brunswick (1897) et la naissance du Duc d'Anjou (1900). Le document comprend aussi des ordonnances et mandements de l'Archevêque de Paris et du Grand-Prieur de l'Abbaye Saint-Germain.
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7341
s. p.
Errata de Juillet.
Début :
Page 1517. ligne 1. M. DCC, lisez, M. DC. [...]
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texteReconnaissance textuelle : Errata de Juillet.
Errata de Juillet.
Page 1517. ligne 1. M. DCC, ¡iſez , M. DC .
Page 1517. ligne 1. M. DCC, ¡iſez , M. DC .
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7342
s. p.
Fautes à corriger dans ce Livre.
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Page 1747. ligne 25. sieger, lisez, assieger. [...]
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Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 1747. ligne 25. fieger , lifex , affieger.
Age 1747. ligne 25. fieger , lifex , affieger.
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7343
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7344
s. p.
AVIS.
Début :
L'ADRESSE generale est à Monsieur MOREAU, Commis au [...]
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texteReconnaissance textuelle : AVIS.
A VIS .
' ADRESSE generale est à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure vis - à - vis la Comedie Fran-
Coife , à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très -inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter fur
Pheure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'on
lui indiquera .
PRIX XX X. SOLS.
' ADRESSE generale est à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure vis - à - vis la Comedie Fran-
Coife , à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très -inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter fur
Pheure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'on
lui indiquera .
PRIX XX X. SOLS.
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Résumé : AVIS.
Le Mercure de France peut être adressé à Monsieur Moreau, commis au Mercure, situé vis-à-vis la Comédie Française à Paris. Pour simplifier l'envoi des paquets, les expéditeurs peuvent les confier aux libraires parisiens qui vendent le Mercure. Il est impératif d'affranchir les lettres ou paquets envoyés par la poste afin d'éviter leur rejet et la perte des ouvrages. Les libraires des provinces et des pays étrangers, ainsi que les particuliers désirant recevoir rapidement le Mercure, doivent fournir leurs adresses à Monsieur Moreau. Ce dernier se chargera de préparer et d'expédier les paquets sans délai, soit par la poste, soit par les messageries indiquées. Le coût de cette prestation est de vingt sols.
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7345
p. [1903]-1912
PORTRAIT DE L'HOMME.
Début :
Las de perdre le tems à lire des Volumes, [...]
Mots clefs :
Homme, Repos, Âme, Coeur, Yeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PORTRAIT DE L'HOMME.
PORTRAIT,
ZOON
DE L'HOMME.
As de perdre le tems à lire des Volu
mes ,
Et de gâter fans fin du papier & desi
plumes ,
Pour conferver les yeux que le Ciel t'a donnés
Abandonne , Daphnis , tęs travaux obftinés.
Il vaut mieux déformais embraffer une étude
Qui donne plus de fruit & moins d'inquiétude
A ij Les
1904 MERCURE DE FRANCE
Les Auteurs ont des fens où l'on ne peut entrer
Et des nuits que l'efprit ne fçauroit penetrer ;
Plus on devient fçavant , plus on eft plein de
doutes ;
On s'égare enchemin , pour avoir tro p de routes
Et loin de parvenir jufqu'à la verité ,
On s'éloigne , on fe perd à force de clarté.
Permets que l'homme feul foit l'objet de tes veilles
;
Contemple la Nature , admires ſes merveilles
Et comparant enſemble & fes biens & ſes maux
Juge de fa grandeur même par fes défauts.
Je vais , pour applanir cette rude carriere ,
T'ébaucher de mes Vers l'importante matiere,
L'homme eft un noeud fubtil , dont fans un grand
Lecours ,
€
On ne peut demêler les plis & les detours ;;
On ne fçauroit à fond tracer fon caractere ;
Tout au dedans eft nuit , tout au dehors mistere;
Il fe cherche , il s'évite , il s'aime , il fe deplaît ,
Et lorfqu'il s'examine , il ne fçait ce qu'il eft.
Il fent bien toutes fois que dans fon ame impure
It conferve l'inftinct d'une heureuſe nature >
fes momens reveillent tous dans fon coeur
que
Les reftes d'un état qui fut plein de bonheur.
Rien ne peut arracher du ſein de fa mémoire
Les marques du débris de fa premiere gloire ;
Un veftige leger , un fillon délicat
Lui préfente toujours l'ombre de cet étag ;
Et
Ses
SEPTEMBRE. 1730. 1905
Ses fens ingénieux à réparer fa perte
Font paffer mille objets dans fon ame deferte
Joindre à fon Etre feul tous les Etres divers ,
Et dans ce petit monde entrer tout l'Univers .
Mais par Les
propres fens , fon ame mal fervic
Ne trouve point de bien qui borne ſon envie.
Ils ont beau fe charger de la Terre & des Cieux
Pour tâcher de remplir ce vuide ſpacieux ,
Tout ce qui n'eft pas Dieu la laiffe toujours vuide
,
Et n'éteint point l'ardeur de fon défir avide :
Cette foif l'accompagne en tous lieux , en tous
tems
Et fes vaftes fouhaits ne font jamais contens.
Cependant, engagé dans une erreur extrême ,
Il fe croit tout rempli quand il l'eft de lui -même,'
Et que fa vanité par un foin decevant
Le fait grand à fes yeux & le groffit de vent.
Les Titres faftueux qu'il ente fur fon Etre
Lui cachent fa nature & le font méconnoître ;
C'eſt un maſque trompeur dont il fe contrefait ,
Et ce mafque eft pourtant ce qui le fatisfait.
On le voit quelquefois , erigeant fon idole ,
Promener fes grands noms de l'un à l'autre Pole
Et fans nul autre droit vouloir être adoré
De quiconque à fes yeux n'en eft pas honoré.
Mais qu'il tranche du grand , & qu'il faffe l'habile
,
D'abaiffer fa hauteur il n'eft que trop facile.
A j Qu'il
1906 MERCURE DE FRANCE
Qu'il porte fes regards dans cette immenſe Tour
Que le Soleil décrit en nous donnant le jour ;
Qu'il meſure des yeux ces machines roulantes
Qu'un luftre mandié rend claires & brillantes ,
Et qu'il compare enfin fous des yeux mieux ouverts
Ce qu'il a de matiere avec tout l'Univers ,
Que pourra - t'il alors à lui-même paroître
Qu'un âtome englouti dans l'ocean de l'être ?
Et qu'un ciron flottant entre le rien & Dieu
Dont la bonté l'a mis dans ce vafte milieu ?
Cet atôme orgueilleux , aidé d'autres atomes
Peut changer , dira-t'on , la face des Royaumes ,
Et quand rien ne s'oppofe à fon defir altier
On le voit décider du fort du monde entier.
Oui ; mais que fon pouvoir eft leger & fragile !
Un petit grain de fable , une vapeur fubtile ,
Que les yeux les plus fins ont peine à demêler ,
L'abat en un inftant , ou le fait chanceler.
C'eft en vain qu'élevé dans une haute place
Il brave des Deftins la fecrette menace ;
Une grimace , un mot le peut à tout propos
Enlever aux douceurs du plus profond repos.
Un fot que la Fortune a tiré de la bouë ,
Pour le faire monter au plus haut de ſa Rouë
Jure qu'il peut aller , fans changer de couleur ,
Du faîte de la gloire au comble du malheur ;
Mais fide l'embraffer la Fortune fe laffe ,
S'il
SEPTEMBRE. 1730. 1907
S'il fe voit accueilli de la moind re difgrace ,
Sa conftance peu propre à fouffrir un revers
Met fon coeur à la gêne , & ſa tête à l'envers. !
De quelque fermeté que l'homme foit capable
Un foufle le remuë , un accident l'accable ;
Il ne paroît conſtant dans ſa force d'efprit
Que dans des tems heureux , & lorfque tout lu
rit.
Pour fufpendre l'effort du plus rare génie ,
Je ne demande pas une force infinie ;
Tout ce qui vient heurter à la porte des fens
Peut rendre fes travaux ou vains ou languiffans;
Le voilà fur le point d'enfanter un miracle ;
Eh bien ! un Moucheron fans peine y met obſtacle
,
Et fon bourdonnement démontant fa raifon
L'oblige de quitter fa plume & fa maiſon .
Une ombre qui fuccede au faux jour qui l'éclaire
Le privant de l'aſpect de l'étoile Polaire ,
Il ne va qu'à tatons dans ſes raiſonnemens ;
L'amour propre toujours regle fes fentimens ;
Loin qu'un plaifir extrême arrête ſa pourſuite ,
Au lieu de s'y fixer , il en aime la fuite ,
Et les Jeux & les Ris ne lui font de beaux jours
Que parceque leur tems ne dure pas toujours.
Quand la douceur chez lui fans intervale abonde
,
Il ne fent point de gout au Nectar qui l'inonde
Un éclat vif & long importune fes yeux ,
A iiij
Un
1908 MERCURE DE FRANCE
Un chemin tout uni lui devient ennuyeux ;
Il veut trouver du haut & du bas dans la vie ;
Il veut que la clarté foit des ombres ſuivie ;
Et qu'un peu de travail ſe mêle à ſes plaifirs
,
Pour ranimer l'ardeur de fes mourans défirs.
Son coeur dans le repos ne trouve point de charmes
>
S'il n'eft le fruit tardif du trouble & des allarmes
,
Et la gloire pour lui ne peut avoir d'appas ,
S'il ne la voit briller au milieu des Combats.
Plus vite qu'un éclair , fans ceffe il paffe , il
erre ,
Du fouhait au dégoût , de la paix à la guerre ,
Le moindre paffe- temps étourdit fes regrets ,
Et le plus foible ennui rend fes plaifirs muets.
Un abord imprévu le releve ou l'opprime ;
Un trait inopiné le tue ou le ranime ;
Sa joye & fes plaifirs naiffent prefque de rien ,
peu de chofe fait ou fon mal ou fon bien .
Le jeune Licidas , vient de perdre ſa mere ;
Cette perte lui caufe une douleur amere :
Il eſt pâle , défait , il pouffe des fanglots ,
Et répand jour & nuit des larmes à grands
Et
flots ;
Si bien - tôt le hazard excite une cohuë
Qui l'oblige en paffant de détourner la vuë.
Ce foible amuſement fait taire fa douleur
Et
SEPTEMBRE. 1730. 1909
Et redonne à fon teint fa premiere couleur.
L'homme en fes changemens eft plus prompt
que la flamme ;
Il ne faut que toucher un reffort de fon ame ;
A cette heure'il eft doux , à cette autre il s'aid
grit ,
D'où lui vient cette humeur ? d'un petit tour
d'eſprit ;
Une fombre penfée , un bizare caprice ,
Altere fon vifage & le met au fupplice ;
Il n'eft point de penfée , il n'eft point de def
fein ,
Qu'un ombrage leger ne dérange foudain .
Il a beau confulter une glace polie ,
Il ne s'y voit jamais fans trouble & fans fo
lie
›
Et s'il découvre en lui quelqu'infenfible trait ,
D'une haute fageffe & d'un repos parfait ,
Sa raison dont la vuë en mille lieux guidée ,
Ne trouve point d'état fortable à cette idée ,
Reconnoît que fon coeur , dans les plus heureux
temps , (
Jouit d'une fortune expofées à equs vens.
Mais fon orgueil dément par fa délicateffe
L'aveu de fa raifon fur fa propre foibleffe
2
Et faſcinant les yeux par un charme trom
peur ,
Lui déguiſe un phantofme en folide bonheur,
Pour faire évanouir cette vaine chimere ,
A v E&
1910 MERCURE DE FRANCE
Et rendre à fes regards l'horreur de fa mifere
;
Il n'a qu'à rappeller la fuite de les jours ,
Et fe fuivre lui même en leur rapide cours ,
Il n'apporte en naiffant ni force ni fcience ,
Et fans en acquerir , il paffe fon enfance ;
La jeuneffe les livre à cent tyrans divers ,
Dont l'adreffe s'applique à lui cacher fes fers ;
Dans cet état fleuri fon coeur , fans le cons
noîrre ,
Change infenfiblement de prifon & de Maître
,
Et ne pouvant fouffrir qu'on lui faffe la Loi ,
Il obéït toujours , & n'eſt jamais à ſoi.
La colere l'émeût , le plaifir le chatouille ;
La vanité le flatte , & l'intrigue le broüille ;
Il s'éleve , il defcend , il s'écarte , il revient ;
A peine en même affiete uue heure le contient ;
Par la rapidité d'une invincible pente ;
Il fe laiffe entraîner vers l'objet qui le tente
Et donnant tout aux fens qu'il nourrit de
poiſon ,
Il prend ce qu'il lui plaît pour la droite raifon.
Que de faux préjugez , dans fon ame fé
duite ,
S'érigent fierement en régles de conduite !
Que d'épaiffes erreurs , & que d'entêtemens
Dérobent fa défaite aux plus forts argumens !
Il marche fans repos dans une nuit profonde ;
Il
SEPTEMBRE . 1730. 1911
Il flotte au gré des vens dans la Mer de ce
mónde
;
Tout eft écueil pour lui , tout lui fait avoüer
Qu'au moindre fort contraire il eft prêt d'é
chotier.
Quand il eft parvenu dans l'extrême vieilleffe ,
Ses défirs impuiffans atteſtent ſa foibleffe ;
Et de leurs doux objets ſe ſentant déſunir ;
Il s'y rattache encor par le reffouvenir.
Mais la Parque s'apprête à lever la barriere ;
Elle lui vient ouvrir une obfcure carriere ,
Dont l'immenſe étendue eft une éternité ,
Ou de malheurs affreux , ou de felicité.
Comment , regarde- t'il eft dangereux paffage
?
Quels Dieux invoque-t-il pour détourner l'orage
?
Helas prefque toujours on voit qu'en
étourdi ,
>
Faifant contre le Ciel le brave & le hardi ,
Et s'étant raffuré par ce vain artifice ,
La main devant les yeux , il court au préci
pice ,
Et d'un air intrépide , & fans étonnement ,
Va tenter le hazard de cet évenement.
C'eft de cette façon que l'homme Philofo
phe ,
Des malheurs de fa vie ourdit la Cataftrophe
,
Et que fans redouter fon Auteur ni fa fin ,
A vj
Il
1912 MERCURE DE FRANCE
Il fe livre aux rigueurs de fon dernier deftin.
Crains , Daphnis , d'encourir ce terrible défaſtre
;
La foi pour l'éviter nous fert de Phare &
d'Aftre ,
Elle démafqué l'homme & fon divin pinceau ,
Lui fait de fa nature un fidele Tableau.
Je devois l'emprunter pour t'en tracer l'image
;
Mais à ce foible effai , je borne mon ouvrage
,
Et je laiffe à ta main capable de travail ,
Le foin d'entrer un jour dans un plus long
détail.
Androl. Celeftin , âge de 87. ans.
ZOON
DE L'HOMME.
As de perdre le tems à lire des Volu
mes ,
Et de gâter fans fin du papier & desi
plumes ,
Pour conferver les yeux que le Ciel t'a donnés
Abandonne , Daphnis , tęs travaux obftinés.
Il vaut mieux déformais embraffer une étude
Qui donne plus de fruit & moins d'inquiétude
A ij Les
1904 MERCURE DE FRANCE
Les Auteurs ont des fens où l'on ne peut entrer
Et des nuits que l'efprit ne fçauroit penetrer ;
Plus on devient fçavant , plus on eft plein de
doutes ;
On s'égare enchemin , pour avoir tro p de routes
Et loin de parvenir jufqu'à la verité ,
On s'éloigne , on fe perd à force de clarté.
Permets que l'homme feul foit l'objet de tes veilles
;
Contemple la Nature , admires ſes merveilles
Et comparant enſemble & fes biens & ſes maux
Juge de fa grandeur même par fes défauts.
Je vais , pour applanir cette rude carriere ,
T'ébaucher de mes Vers l'importante matiere,
L'homme eft un noeud fubtil , dont fans un grand
Lecours ,
€
On ne peut demêler les plis & les detours ;;
On ne fçauroit à fond tracer fon caractere ;
Tout au dedans eft nuit , tout au dehors mistere;
Il fe cherche , il s'évite , il s'aime , il fe deplaît ,
Et lorfqu'il s'examine , il ne fçait ce qu'il eft.
Il fent bien toutes fois que dans fon ame impure
It conferve l'inftinct d'une heureuſe nature >
fes momens reveillent tous dans fon coeur
que
Les reftes d'un état qui fut plein de bonheur.
Rien ne peut arracher du ſein de fa mémoire
Les marques du débris de fa premiere gloire ;
Un veftige leger , un fillon délicat
Lui préfente toujours l'ombre de cet étag ;
Et
Ses
SEPTEMBRE. 1730. 1905
Ses fens ingénieux à réparer fa perte
Font paffer mille objets dans fon ame deferte
Joindre à fon Etre feul tous les Etres divers ,
Et dans ce petit monde entrer tout l'Univers .
Mais par Les
propres fens , fon ame mal fervic
Ne trouve point de bien qui borne ſon envie.
Ils ont beau fe charger de la Terre & des Cieux
Pour tâcher de remplir ce vuide ſpacieux ,
Tout ce qui n'eft pas Dieu la laiffe toujours vuide
,
Et n'éteint point l'ardeur de fon défir avide :
Cette foif l'accompagne en tous lieux , en tous
tems
Et fes vaftes fouhaits ne font jamais contens.
Cependant, engagé dans une erreur extrême ,
Il fe croit tout rempli quand il l'eft de lui -même,'
Et que fa vanité par un foin decevant
Le fait grand à fes yeux & le groffit de vent.
Les Titres faftueux qu'il ente fur fon Etre
Lui cachent fa nature & le font méconnoître ;
C'eſt un maſque trompeur dont il fe contrefait ,
Et ce mafque eft pourtant ce qui le fatisfait.
On le voit quelquefois , erigeant fon idole ,
Promener fes grands noms de l'un à l'autre Pole
Et fans nul autre droit vouloir être adoré
De quiconque à fes yeux n'en eft pas honoré.
Mais qu'il tranche du grand , & qu'il faffe l'habile
,
D'abaiffer fa hauteur il n'eft que trop facile.
A j Qu'il
1906 MERCURE DE FRANCE
Qu'il porte fes regards dans cette immenſe Tour
Que le Soleil décrit en nous donnant le jour ;
Qu'il meſure des yeux ces machines roulantes
Qu'un luftre mandié rend claires & brillantes ,
Et qu'il compare enfin fous des yeux mieux ouverts
Ce qu'il a de matiere avec tout l'Univers ,
Que pourra - t'il alors à lui-même paroître
Qu'un âtome englouti dans l'ocean de l'être ?
Et qu'un ciron flottant entre le rien & Dieu
Dont la bonté l'a mis dans ce vafte milieu ?
Cet atôme orgueilleux , aidé d'autres atomes
Peut changer , dira-t'on , la face des Royaumes ,
Et quand rien ne s'oppofe à fon defir altier
On le voit décider du fort du monde entier.
Oui ; mais que fon pouvoir eft leger & fragile !
Un petit grain de fable , une vapeur fubtile ,
Que les yeux les plus fins ont peine à demêler ,
L'abat en un inftant , ou le fait chanceler.
C'eft en vain qu'élevé dans une haute place
Il brave des Deftins la fecrette menace ;
Une grimace , un mot le peut à tout propos
Enlever aux douceurs du plus profond repos.
Un fot que la Fortune a tiré de la bouë ,
Pour le faire monter au plus haut de ſa Rouë
Jure qu'il peut aller , fans changer de couleur ,
Du faîte de la gloire au comble du malheur ;
Mais fide l'embraffer la Fortune fe laffe ,
S'il
SEPTEMBRE. 1730. 1907
S'il fe voit accueilli de la moind re difgrace ,
Sa conftance peu propre à fouffrir un revers
Met fon coeur à la gêne , & ſa tête à l'envers. !
De quelque fermeté que l'homme foit capable
Un foufle le remuë , un accident l'accable ;
Il ne paroît conſtant dans ſa force d'efprit
Que dans des tems heureux , & lorfque tout lu
rit.
Pour fufpendre l'effort du plus rare génie ,
Je ne demande pas une force infinie ;
Tout ce qui vient heurter à la porte des fens
Peut rendre fes travaux ou vains ou languiffans;
Le voilà fur le point d'enfanter un miracle ;
Eh bien ! un Moucheron fans peine y met obſtacle
,
Et fon bourdonnement démontant fa raifon
L'oblige de quitter fa plume & fa maiſon .
Une ombre qui fuccede au faux jour qui l'éclaire
Le privant de l'aſpect de l'étoile Polaire ,
Il ne va qu'à tatons dans ſes raiſonnemens ;
L'amour propre toujours regle fes fentimens ;
Loin qu'un plaifir extrême arrête ſa pourſuite ,
Au lieu de s'y fixer , il en aime la fuite ,
Et les Jeux & les Ris ne lui font de beaux jours
Que parceque leur tems ne dure pas toujours.
Quand la douceur chez lui fans intervale abonde
,
Il ne fent point de gout au Nectar qui l'inonde
Un éclat vif & long importune fes yeux ,
A iiij
Un
1908 MERCURE DE FRANCE
Un chemin tout uni lui devient ennuyeux ;
Il veut trouver du haut & du bas dans la vie ;
Il veut que la clarté foit des ombres ſuivie ;
Et qu'un peu de travail ſe mêle à ſes plaifirs
,
Pour ranimer l'ardeur de fes mourans défirs.
Son coeur dans le repos ne trouve point de charmes
>
S'il n'eft le fruit tardif du trouble & des allarmes
,
Et la gloire pour lui ne peut avoir d'appas ,
S'il ne la voit briller au milieu des Combats.
Plus vite qu'un éclair , fans ceffe il paffe , il
erre ,
Du fouhait au dégoût , de la paix à la guerre ,
Le moindre paffe- temps étourdit fes regrets ,
Et le plus foible ennui rend fes plaifirs muets.
Un abord imprévu le releve ou l'opprime ;
Un trait inopiné le tue ou le ranime ;
Sa joye & fes plaifirs naiffent prefque de rien ,
peu de chofe fait ou fon mal ou fon bien .
Le jeune Licidas , vient de perdre ſa mere ;
Cette perte lui caufe une douleur amere :
Il eſt pâle , défait , il pouffe des fanglots ,
Et répand jour & nuit des larmes à grands
Et
flots ;
Si bien - tôt le hazard excite une cohuë
Qui l'oblige en paffant de détourner la vuë.
Ce foible amuſement fait taire fa douleur
Et
SEPTEMBRE. 1730. 1909
Et redonne à fon teint fa premiere couleur.
L'homme en fes changemens eft plus prompt
que la flamme ;
Il ne faut que toucher un reffort de fon ame ;
A cette heure'il eft doux , à cette autre il s'aid
grit ,
D'où lui vient cette humeur ? d'un petit tour
d'eſprit ;
Une fombre penfée , un bizare caprice ,
Altere fon vifage & le met au fupplice ;
Il n'eft point de penfée , il n'eft point de def
fein ,
Qu'un ombrage leger ne dérange foudain .
Il a beau confulter une glace polie ,
Il ne s'y voit jamais fans trouble & fans fo
lie
›
Et s'il découvre en lui quelqu'infenfible trait ,
D'une haute fageffe & d'un repos parfait ,
Sa raison dont la vuë en mille lieux guidée ,
Ne trouve point d'état fortable à cette idée ,
Reconnoît que fon coeur , dans les plus heureux
temps , (
Jouit d'une fortune expofées à equs vens.
Mais fon orgueil dément par fa délicateffe
L'aveu de fa raifon fur fa propre foibleffe
2
Et faſcinant les yeux par un charme trom
peur ,
Lui déguiſe un phantofme en folide bonheur,
Pour faire évanouir cette vaine chimere ,
A v E&
1910 MERCURE DE FRANCE
Et rendre à fes regards l'horreur de fa mifere
;
Il n'a qu'à rappeller la fuite de les jours ,
Et fe fuivre lui même en leur rapide cours ,
Il n'apporte en naiffant ni force ni fcience ,
Et fans en acquerir , il paffe fon enfance ;
La jeuneffe les livre à cent tyrans divers ,
Dont l'adreffe s'applique à lui cacher fes fers ;
Dans cet état fleuri fon coeur , fans le cons
noîrre ,
Change infenfiblement de prifon & de Maître
,
Et ne pouvant fouffrir qu'on lui faffe la Loi ,
Il obéït toujours , & n'eſt jamais à ſoi.
La colere l'émeût , le plaifir le chatouille ;
La vanité le flatte , & l'intrigue le broüille ;
Il s'éleve , il defcend , il s'écarte , il revient ;
A peine en même affiete uue heure le contient ;
Par la rapidité d'une invincible pente ;
Il fe laiffe entraîner vers l'objet qui le tente
Et donnant tout aux fens qu'il nourrit de
poiſon ,
Il prend ce qu'il lui plaît pour la droite raifon.
Que de faux préjugez , dans fon ame fé
duite ,
S'érigent fierement en régles de conduite !
Que d'épaiffes erreurs , & que d'entêtemens
Dérobent fa défaite aux plus forts argumens !
Il marche fans repos dans une nuit profonde ;
Il
SEPTEMBRE . 1730. 1911
Il flotte au gré des vens dans la Mer de ce
mónde
;
Tout eft écueil pour lui , tout lui fait avoüer
Qu'au moindre fort contraire il eft prêt d'é
chotier.
Quand il eft parvenu dans l'extrême vieilleffe ,
Ses défirs impuiffans atteſtent ſa foibleffe ;
Et de leurs doux objets ſe ſentant déſunir ;
Il s'y rattache encor par le reffouvenir.
Mais la Parque s'apprête à lever la barriere ;
Elle lui vient ouvrir une obfcure carriere ,
Dont l'immenſe étendue eft une éternité ,
Ou de malheurs affreux , ou de felicité.
Comment , regarde- t'il eft dangereux paffage
?
Quels Dieux invoque-t-il pour détourner l'orage
?
Helas prefque toujours on voit qu'en
étourdi ,
>
Faifant contre le Ciel le brave & le hardi ,
Et s'étant raffuré par ce vain artifice ,
La main devant les yeux , il court au préci
pice ,
Et d'un air intrépide , & fans étonnement ,
Va tenter le hazard de cet évenement.
C'eft de cette façon que l'homme Philofo
phe ,
Des malheurs de fa vie ourdit la Cataftrophe
,
Et que fans redouter fon Auteur ni fa fin ,
A vj
Il
1912 MERCURE DE FRANCE
Il fe livre aux rigueurs de fon dernier deftin.
Crains , Daphnis , d'encourir ce terrible défaſtre
;
La foi pour l'éviter nous fert de Phare &
d'Aftre ,
Elle démafqué l'homme & fon divin pinceau ,
Lui fait de fa nature un fidele Tableau.
Je devois l'emprunter pour t'en tracer l'image
;
Mais à ce foible effai , je borne mon ouvrage
,
Et je laiffe à ta main capable de travail ,
Le foin d'entrer un jour dans un plus long
détail.
Androl. Celeftin , âge de 87. ans.
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Résumé : PORTRAIT DE L'HOMME.
Le texte 'Portrait, Zoön de l'Homme' examine la nature humaine complexe et contradictoire. L'auteur suggère de se concentrer sur l'étude de l'homme plutôt que de lire des ouvrages inutiles. Il observe que plus on acquiert de connaissances, plus on est rempli de doutes et on risque de s'égarer. L'homme est comparé à un nœud subtil, difficile à démêler, se cherchant et s'évitant à la fois. Il est sujet à des sentiments contradictoires, s'aimant et se déplaisant, et ignorant sa propre nature lorsqu'il s'examine. L'homme conserve un instinct de nature heureuse, mais ses sens ingénieux ne trouvent pas de bien qui satisfait son envie. Il est perpétuellement insatisfait et trompé par sa vanité. Il se croit grand et utilise des masques trompeurs pour se contrefaire. Bien qu'il puisse influencer le sort du monde, son pouvoir est fragile et peut être renversé par des accidents mineurs. L'homme est inconstant et changeant, passant rapidement du bonheur au malheur. Il est sujet à des humeurs capricieuses et trouve du charme dans le trouble et les alarmes. Sa raison est souvent troublée par des pensées légères. L'auteur conclut en recommandant la foi comme moyen d'éviter les malheurs de la vie et de tracer un portrait fidèle de la nature humaine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7346
p. 1912-1935
QUATRIÉME LETRE Sur l'usage du bureau Tipografique.
Début :
Il ne faut pas douter, Monsieur, que l'exercice du bureau tipografique n'amuse [...]
Mots clefs :
Enfants, Cartes, Méthode, Exercice, Coeur, Combinaison, Esprit, Apprentissage, Français, Latin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUATRIÉME LETRE Sur l'usage du bureau Tipografique.
QUATRI E'M E
Sur Pufage dubureau Tipografique .
L ne faut pas douter , Monfieur , que
l'exercice du bureau tipografique n'amufe
& n'inftruise l'enfant , si les maitres
ont beaucoup de douceur & de patiance
en lui fefant dire les letres , les filabes
les mots et les lignes , qu'il doit pren- ,
dre dans fa caffette pour les compofer &
décompofer fur la table de fon bureau
en començant par les combinaifons elemaenSEPTEMBRE
. 1730. 1913
•
bro ,
› mentaires. Ab , eb ib , ob , ub , &c.
Ba , be , bi , bo , bu , & c. mises sur les
cartes dont l'enfant a déja joué , où sur
d'autres , en continuant par les combinaiſons
bla , ble , bli , blo , blu , & c. bra ,
bre , bri , bru , &c. fuivant l'ordre
doné pour la feuille de la caffere.
On peut ensuite faire lire l'enfant sur
des cartes , dont on fera des jeux come
l'on avoit déja fait en montrant à conoitre
les letres : le premier jeu eft pour le
Ab , eb , ib , ob , ub , & c. le fegond
pour le Ba , be , bi , bo bu , &c. le troifiéme
, pour le Bla , ble,bli , blo , blu, &c.
Le quatrième , pour le Bra , bre , bri
bro , bru. Il faut obferver de ne metre
qu'une ou deux lignes sur une carte à
mesure que l'enfant fe familiarife avec les
lignes plus ou moins chargées de filabes
ou de confones combinées avec les cinq
voyeles . Aiant mis à la premiere ligne
le Ba , be , bi , bo , bu , on poura metre à
la fegonde ligne les combinaifons du P ,
letre forte de la letre foible B. Exemples :
1. en deux lignes horizontales , felon la
maniere ordinaire d'écrire ; 2º . ou en
deux lignes perpendiculaires , pour renger
les cartes vis- à - vis les célules de leurs
letres B P , &c. 3 ° . ou en employant
les quatre coins & le milieu des cartes ,
>
come
)
1714 MERCURE DE FRANCE
come on l'a fait ci- devant pour le jeu des
cinq voyèles.
Pa, pe, pi, po, pu..}
Ba pa
be pe
ba
bez
bi >& c.
bu.
Ba, be, bi, bo, bu. } oubi pi
youbo
bo po
bu
pu
L'on combinera de même les letres liquides
l , m , n , r, et les letres doubles
x , y , &c. fans oublier la letre h , & c.
ainfi qu'on l'a fait pour les combinaiſons
de la caffete , et qu'on poura copier en
long & en large fur autant de cartes que
l'on voudra , pour former des jeux abecediques.
En voilà bien affes pour metre au
fait de cete métode. La pratique la fera
paroitre encore plus ingenieufe , fi l'on
étudie l'enfant , et qu'on l'observe bien.
L'on doit peu peu se servir des letres
italiques , et des letres d'écriture : on en a
fait l'experience avec un enfant de trois ans
qui en peu de tems conut tous les diferens
abc , et se servit avec fuccès de plus de
cent celules diferentes , où il tenoit les
letres & les caracteres fimples ou combinés
pour composer ou imprimer sur son
bureau , ce qu'on lui dictoit , ou ce qu'on
lui donoit écrit fur une carte.
à
Quand l'enfant fait composer ou décomSEPTEMBRE.
1730. 1915
composer fur son bureau tous les tèmes
ordinaires & domeftiques , on doit lui en
fournir tous les jours de nouveaux , prenant
d'abord préferablement pour sujet
les parens , les amis , les persones & les
faits dont l'enfant a conoissance , & lui
en donant enfuite en latin & en françois
de deux , trois , et quatre lignes fur la
longueur d'une carte , et d'un caractere
gros , diftinct , à proportion du favoir &
des forces de l'enfant. Après avoir doné
des tèmes fur toutes les perfones , et fur
les faits journaliers que l'enfant conoit
on poura lui en doner fur le Saint du
jour , et sur des fuites hiftoriques , come
109 tèmes fur les 109 époques du jeu hiſto-.
rique du R. P. Buffier ; & semblables sur
l'hiftorique saint ou profane,sur laMitologie,
fur la géografie, &c . On peut aussi doner
une suite de rimes abecediques , &c.
Tous ces tèmes lus & relus devienent une
espece de livre , plus agréable, plus amusant
, et plus utile , que les livres ordinaires
dont on s'eft servi jusques ici.
On poura aussi doner sur des cartes les
terminaisons des declinaifons , et des
conjugaisons , parce que l'enfant se fortifie
à lire le caractere manuscrit ; et qu'il
fe degoute moins d'avoir une ou deux
cartes pour le singulier & le pluriel d'un
nom , d'un pronom , et d'un tems de
yerbe ,
1916 MERCURE DE FRANCE
verbe , que de lire toujours dans un rudiment
odieux . On metra en noir sur
des cartes les adverbes & les prépofitions
du françois , et en rouge les mèmes mots
du latin ; ce qui dans la suite sera tresutile.
Les ouvrages de M. du Marfais , et
le latin construit & expliqué mot à mot
selon fa métode , pouront ètre mis entre
les mains d'un enfant qui comence à lire ,
et qui eft deja en état de faire provifion
de mots , et d'acoutumer son oreille aus
terminaisons des noms declinés & des
verbes conjugués. On trouvera ces noms
declinés , et ces verbes conjugués dans
les cartes ou dans les leçons du rudiment
pratique , qu'on pouroit même doner à
l'enfant , le premier jour de l'exercice
du bureau tipografique.
Dès que l'enfant aura decomposé son
dernier tème , et qu'il en aura fait un
nouveau de quatre ou cinq lignes de bureau
, on poura , pour varier le jeu , le
faire lire quelquefois dans un livre , quelquefois
dans un autre choisi ou fait exprès.
On poura aussi lui redoner de tems
en tenis ses premiers tèmes , ses cartons ,
et tout fon atirail literaire pour badiner
come sa premiere cassete , le casseau portarif
de six celules , le porte tème , de peits
porte- feuilles , un petit sac , & semblables
meubles propres à tenir des ima-
;
ges,
SEPTEMBRE . 1730. 1917
ges , les jeus de cartes , et les tèmes favoris
qui l'amusent & l'instruisent. Il sera
bon surtout de lui faire revoir le samedi
quelques tèmes de la semaine , et du
mois c'est dans ce retour periodique
qu'il sera aisé de juger des progrès de
l'enfant , et de comparer les avantages
de cete metode avec ceux de la metode
vulgaire.
>
Dans les grandes viles , surtout à Paris
, on poura metre à profit le chois de
tous ces imprimés & feuilles volantes qué
l'on crie dans les rues : de même que les
adresses & les enseignes des marchands &
des ouvriers ; outre les images , on trouve
dans ces enseignes des mots dificiles à lire ,
et qui par leur nouveauté donent lieu à
inftruire l'enfant , très sensible à l'aquisition
de tous ces petits éfets literaires , dignes
de sa cassete ; il comence de bone
heure à gouter la proprieté des chofes ; il
est donc bon de lui en montrer l'usage
un petit enfant qui se trouve seul & désocupé
, s'ennuie , il devient souvent à
charge aus autres , au lieu que cete cassete
l'amuse , étant pour lui une maison où
l'ouvrage ne manque jamais : il faut se
preter à l'enfance , si l'on veut réussir
dans l'éducation .
Pendant l'exercice literaire il ne faut
pas negliger de metre l'enfant en état de
badi1918
MERCURE DE FRANCE
badiner avec des jeus de cartes numeriques
;il se familiarisera avec les nombres ,
dont on poura ensuite lui montrer à lire
& à faire les premieres regles , à mesure
qu'il concevra plus facilement les choses.
Si l'on n'a pas des chifres de cuivre & à
jour , pour imprimer les nombres sur
des cartes , on les fera à la main , ainsi
qu'il a été dit en parlant des letres. Après
avoir fait lire à l'enfant les leçons sur les
nombres , on poura lui faire faire de petites
regles fur la table du bureau ; un
peu d'exercice chaque jour fur les nombres
, rendra dans peu l'enfant plus grand
aritmeticien qu'on ne l'eft ordinairement
à cet age là.
Quand un enfant a composé sur son
bureau le françois & le latin de fon tème
, il doit après cela lire tout de suite
& à haute vois , 1º . tout le françois , 2º .
tout le latin , 3 °. chaque mot latin après
le mot françois , 4 ° . chaque mot françois
après le mot latin ; voilà donc quatre
lectures. Cet exercice varié & continué
pendant quelques anées rend un enfant
plus savant qu'on ne l'auroit esperé :
on en sera cependant moins surpris , fi
l'on veut bien faire atention qu'un enfant
en composant ce tème , le lit en
détail plus de cent fois , sans croire l'avoir
lu une seule fois ; c'est ainsi qu'il
aprend
1
SEPTEMBRE . 1730. 1919
ge des
des
aprend par une espece de pratique l'usades
sons , des des letres , des mots ,
parties d'oraison , des terminaisons ,
declinaisons , et des conjugaisons. Ce .
mouvement continuel pour chercher les
cartes dont il a befoin , foit de l'imprimerie
, du rudiment pratique , ou du
dictionaire , entretient le corps en santé ,
et done à l'esprit la meilleure culture
possible .
Pour bien faire pratiquer la métode du
Bureau tipografique , on doit donc acoutumer
l'enfant à metre fur fon Bureau
la copie du tème qu'on lui done , foit de
verfion ou de compofition ; foit en une ,
en deux , ou en trois langues , les unes
fous les autres ; en forte que les deux ou
les trois mots fignifiant la mème choſe ',
foient mis en colone' , l'enfant lira & expliquera
avec plaifir les lignes de ces petitis
tèmes ; cela l'obligera ou lui permet
tra de travailler feul ; ce qui eft un des
plus grands points ; car d'ordinaire les
enfans ne travaillent que par force ou à
l'euil et rarement par gout , fur tout
en l'abſence des autres . Quand le maitre
ne poura pas etre prefent , le premier
venu poura aider à l'exercice du Bureau,
meme un domeftique.
,
On poura doner à l'enfant des temes.
latins , dont la construction soit parfaite,
selon
(
1920 MERCURE DE FRANCE
selon l'ingenieuse & judicieuse métode
de M. du Marsais ; ou des tèmes dont la
construction foit chifrée & numerotée ,
c'eft-à -dire , dont la fuite des mots soit
marquée par la fuite naturele des nombres
, come on l'a pratiqué fur le texte
de Phedre ; ou enfin l'on poura doner
tout de fuite le latin melé avec le fran-
>
çois , si le latin trop fort ne permet pas
l'interlinaire
. On doit essayer de tout ,
et varier toutes les manieres ; cete diversité
eloigne l'ennui & le degout , article
essentiel & sur lequel on ne sauroit faire
trop d'atention . Pour varier encore d'avantage
l'exercice du bureau , on poura
quelquefois doner à ranger sur la table
des vers françois , pour former à la rime
P'oreille de l'enfant , et des vers latins
avec la quantité , pour lui faire voir ,
conoitre & sentir de bone heure les voyeles
longues & les voyeles breves de la langue
latine. On pouroit meme marquer
toujours la quantité en profe come en
vers , si l'on souhaitoit voir de plus grans
progrès dans l'étude de la profodie latine
, pour l'intelligence
de laquele il feroit
bon d'avoir dans quelque logete des
cartes marquées avec les piés des vers ,
qu'on pouroit apeler , cartes spondées
cartes dactiles , & c, pour indiquer le
le pié de deux silabes longues , celui
d'une
SEPTEMBRE . 1730. 1921
d'une longue & de deux breves , & c .
Si l'enfant prend du gout à ces petits
jeus , on poura lui montrer auffi celui
des anagrames , en prenant les letres qu
les cartes des noms & des mots fur lesquels
on veut travailler ; on combine ces
cartes de tant de manieres , que l'enfant
s'en amuse agréablement , sur tout si l'on
a soin de fournir des mots fécons en rencontres
hureuses & agréables , come la
plupart des logogrifes qu'on trouve dans
le Mercure de France ou ailleurs . Si l'enfant
a de l'oreille , on peut lui montrer
les notes de la mufique & essayer avec
des cartes de lui faire folfier les intervales
convenables à sa petite voix . Bien
des gens croiront ces exercices au dessus
de la portée des enfans , mais l'experience
les désabusera , s'il veulent bien en
faire l'essai .
Lorsque l'enfant est fort sur la composition
du bureau , et que les tèmes sont
un peu lons , il prend moins de plaisir
à les décomposet , c'est - à - dire à distribuer
& à remetre les cartes en leurs
cassetins , qu'il n'en a eu en les composant
, cet exercice est plus pénible qu'agréable
, c'est pourquoi il eft bon que de
tems en tems quelcun viene aider à distribuer
les cartes des letres & des fons
dans leurs logetes ; car pour les cartes de
l'arti
7922 MERCURE DE FRANCE.
l'article françois , des noms , des pronoms
, des verbes & de leurs terminaifons
; de meme que pour tous les mots
du dictionaire ; il eft mieux que l'enfant
les passe & repasse lui- meme en revue ,
pour aprendre à les bien conoitre & à les
retenir par coeur à force de les voir , et
de les lire à haute voix come dans la
composition. Il faut que l'euil & l'oreille
soient de la partie; un autre enfant , frere,
soeur , parent , ami , ou voifin , moins
fort fur l'exercice du bureau , s'estimera
hureux de pouvoir etre employé à distribuer
les letres du tème , composé par
le petit docteur.
L'enfant qui comance d'aprendre à
écrire , doit toujours continuer l'exercice
du bureau , afin de ne pas se gate la
main en écrivant des tèmes ou d'autres
chofes que ses exemples. La pratique du
bureau est si aisée & si utile , que l'enfant
doit y travailler jusqu'à ce qu'il puisse
écrire passablement & sans degout les
petits tèmes & les petites versions qu'on
Îui donera à faire ; quand le bureau ne
seroit plus necessaire pour le latin , il le
seroit pour le grec, l'ébreu & l'arabe, pour
l'histoire , la fable , la cronologie , la géografie
, les généalogies ; pour le blason
pour les médailles , et enfin pour les arts
& les siences , puisque ce bureau doit
tenig
"
"
SEPTEMBRE. 1730. 1723
tenir lieu de biblioteque en feuilles ou en
cartes. On ose meme assurer que quand
on doneroit à l'enfant plusieurs bureaux,
soit pour les langues , soit pour les sien-
'ces , il n'en aprendroit que mieux ; il auroit
des idées claires & distinctes des chofes
; l'ordre lui deviendroit insensiblement
familier , & l'on éviteroit par là
cete espece de confusion qui paroit dans
les logetes où l'enfant est obligé de tenir
les letres de plusieurs langues , en noir
& en rouge ; quoique separées par des
cartes doubles ou triples , en petits cartons
, plus courts que les autres cartes.
Un bureau historique metroit l'enfant
au large ; il auroit des logetes diferentes
pour la fable & pour l'histoire ;
cer idées bien ordonées , doneroient à l'enfant
un gout merveilleux pour la meilleure
métode d'aprendre les choses peu à
peu;sans sortir de son cabinet, il parcoureroit
tous les siecles & toute la terre ; il
auroit des suites numerotées des patriarches
, des juges , des rois , des pontifes , des
profetes , du peuple ébreu ; les successions
des souverains du monde ; des listes des
homes illustres dans la fable , dans l'histoire,
dans les arts & dans les siences ; les images
, les medailles y trouveroient leurs placesson
y distingueroit toujours le sacré &
leprofane , l'ancien & le moderne; en un
met
1924 MERCURE DE FRANCE
mot les murailles du cabinet de l'enfapt ne
devroient etre ornées & tapissées que
d'objets amusans & instructifs , àproportion
des facultés des parens , et des vues
qu'ils ont pour l'établissement ou ce qu'on
apelle dans le monde la fortune honorable
d'un enfant.
Pour finir cet article , on peut dire que
le grand segret , après celui de la metode,
c'est de n'exiger d'un enfant qu'une atention
proportionée à fon age & à fa foiblesse
; de faire aimer l'exercice du bureau
, et de rendre ce jeu aussi agréable
qu'il est utile & instructif ; mais sur tout
travailler souvent avec l'enfant , c'est
là un point essentiel , dont trop de maitres
fe difpensent ; et si l'enfant ne travaile
pas , il sera bon de faire travailler
avec lui quelque autre persone qui lui
soit agréable. Il en faut bien etudier le
fort & le foible , lui inspirer le gout de
bones choses , et le desir de pratiquer.
tous ses petits exercices literaires . On ne
doit jamais fraper ni batre l'enfant ¿ que
pour la rechute volontaire dans des fautes
morales d'esprit & de coeur , encore fautil
bien etudier la maniere de punir , et de
rendre la corection utile & eficace , de
quelque nature qu'elle puisse etre , soit
qu'on le prive de quelque chose , soit
qu'on le mortifie par quelque endroit , la
douceur
SEPTEMBRE. 1730. 1925
douceur , la patience , la clemence , ne
doivent jamais quiter un bon maitre qui
étudie l'esprit , le coeur , le naturel & les
inclinations de l'enfant .
On peut, s'il eft necessaire , faire semblant
d'etre en colere au milieu d'un sens
froid , on peut meme entrer dans la colere
, mais toujours avec moderation , maitre
des premiers momens ou mouvemens
d'impatience ; en un mot , la colere doit
etre feinte & teatrale , on doit conserver
la raison & la liberté necessaire à un juge
équitable en faveur de la justice & du criminel
. Bien des maitres fe passionent &
s'aveuglent contre de pauvres enfans ;
l'ignorance , une mauvaise éducation , des
moeurs équivoques , peu d'atachement,un
esprit mercenaire , tout cela contribue à
former des ames feroces & brutales, c'est
aus parens à prendre garde au chois qu'ils
font des maitres.
On ne doit donc avoir recours aus verges
que lorsque l'enfant coupable , impenitent
, indocile, desobéissant , &c. méprise
les remontrances ; mais on ne doit jamais
employer les coups pour l'étude des langues
, à moins qu'on n'ût le malheur de
ne pouvoir mieux faire , chargé d'un indigne
sujet que les parens auroient condané
aux études , plutot que de l'apliquer
aus arts & aus metiers les plus convena-
B bles
1926 MERCURE DE FRANCE
bles à son gout , ou les plus utiles à l'état.
On poura lire , à l'ocasion des chatimens
, le livre de M. Rollin , et une brochure
intitulée : Guillelmi Ricelli Disser
tatio medica adversus ferularum , alaperum ,
et verberum usum in castigandis pueris , nec
non aurium tractionem , &c. ad sanitatis tutulam
, &c. Lipfiæ , 1722 .
Nous voici , Monsieur , à l'article des
tèmes de lecture sientifique , fur lequel
vous avés demandé quelque éclaircissement.
On apèle tèmes sientifiques , les cartes,
au dos desqueles on écrit une ou plufieurs
lignes de françois avec toute l'exactitude
possible sur les accens , sur les sons
de la langue , et sur la veritable ortografe
, en sorte que l'enfant puisse pratiquer
les principes de lecture qu'on lui a donés ,
et qu'il ne soit jamais induit en erreur,
Il n'y a aucun livre qui ait cete exactitude
, et peu de maitres sont au fait de toutes
les minuties qui regardent les sons &
la vraie ortografe de notre langue . Il est
donc bon au comancement de se servir
de ces sortes de cartes , pour avoir un texte
corect & conforme à la doctrine des sons
employés pour bien montrer à lire à un
petit enfant ; et l'on peut faire entrer dans
ces tèmes sientifiques toutes les dificultés
de la prononciation françoise , par raport
à la vieille & à la nouvele ortografe , ainfi
qu'on
SEPTEMBRE.1730 . 1927
qu'on a taché de le faire dans les cinquan-,
te-sept petits articles de la leçon 101 de
PA, B , C , françois.
L'enfant qui aprend à lire ces sortes de
tèmes, lit plutot, plus facilement, et beaucoup
mieux dans les manuscrits que les
autres enfans ne lisent dans les livres ; et
pour rendre l'enfant encore plus habile ,
il faudra lui ramasser des cartes sur lesqueles
on aura fait écrire diverses persones
, ou bien lui faire adresser de petites
épitres de la part des parens , des amis &
des voisins , qui voudront bien se preter
& contribuer de leur part à l'éducation
d'un digne enfants pour lors chacun sera
surpris de voir le grand succès de ce petit
artifice . De la lecture de ces tèmes , de
ces cartes ou de ces épitres , on passe facilement
à cele des livres imprimés en caractere
romain ou italique ; mais il eft bon
au comancement de chercher de beles
éditions corectes & d'un gros caractere ;
après quoi l'on doit peu à peu metre l'enfant
sur toute sorte de livres , et lui faire
remarquer les défauts & les fautes de chaque
ortografe des bones & des mauvaises
éditions , depuis l'anée courante jusques
au tems que l'on comança d'imprimer.Les
abreviations ne doivent pas faire de pei-
, elles fourniront d'autres jeux literaires
; il n'eft pas mal en aprenant à lire ,
Bij
d'a1928
MERCURE DE FRANCE
d'aprendre quelque autre chole de plus.
S'il y avoit quelque livre imprimé corectement
, selon l'ortografe de l'oreille
ou des sons de la langue , il feroit presque
inutile d'épeler ; mais la vieille & la fausse
ortografe, ou la cacografie , exigent que
l'on fasse epeler de tems en tems certains
mots ; en atendant ce livre corect que
nous n'avons pas , l'A B C DE CANDIAC
poura etre de quelque secours pour les
enfans , et pour les maitres dociles , non
prevenus ; car pour les autres il faut les
laisser faire à leur fantaisie , les abandoner
à la vieille ortografe, à la vieille géografie,
aux vieilles grammaires , aus vieilles metodes,
et meme à l'écriture gotique , si elle
est de leur gout , et du gout des parens qui
livrent leurs enfans à de tels guides dans
la republique des letres.
L'heureuse experience des temes sientifiques
donés sur des cartes fit en meme
tems croire qu'un enfant aprendroit
plus facilement de cete maniere , que
dans aucun livre tout ce qu'on souhaiteroit
qu'il aprit , parce qu'à force de manier
, de lire , et de ranger les cartes nu
merotées qu'il voit preparer pour lui , il
sait d'abord par coeur ce qui eft écrit sur
ces cartes ; il se plait d'ailleurs à ce jeu
autant qu'il s'ennuie à feuilleter les li-
VICs donés par les métodes vulgaires. La
revue
།
SEPTEMBRE. 1730. 1929)
revue & la revision de tous ces jeus de
cartes font plus d'impression sur l'esprit
de l'enfant , , que les
livre.
pages
odieuses d'un
Les temes sientifiques de la langue fran
çoise feront ensuite place aus temes la
latis , aus cartes en grec , en ebreu , en
arabe , &c. sans trop multiplier d'abord
les cartes de l'imprimerie , on poura montrer
à un enfant en peu de jours l'A B C
grec & l'ABC ebreu , qu'on metra à
côté des letres & des sons de la langue
françoise ; le meme nom , la meme carte,
serviront pour les trois langues , et l'enfant
qui trouvera l'aleph , ( 2) et l'alpha
(a) sur la carte de notre a , leur donera
la meme denomination , et aprendra tout
seul à les distinguer les uns des autres .
On donera ensuite des mots , des racines,
et des lignes en grec & en ebreu , afin
que l'enfant aprene à composer ces lignes
sur la table de son bureau tipografique ,
de la meme maniere qu'il y aura composé
des lignes enfrançois & en latin . Cet exercice
sera infailliblement du gout de l'enfant
, sur tout si auparavant l'on a eu soin.
de lui doner des letres , des mots , .et
des lignes , qui imitent la casse des imprimeurs
, &c.
Il est aisé de voir que par cet exercice
un enfant peut facilement entretenir la
Bij lecture
1930 MERCURE DE FRANCE
lecture des quatre langues . Cete imprimerie
compofée de tant de petits volumes
ou de feuilles volantes isolées & detachées.
a une aparence de jeu qui porte l'enfant ,
au badinage instructif. On peut alonger,
renouveler , et varier ce jeu de tant de
manieres , et sur tant de matieres diferentes
, qu'il ne paroit pas qu'en fait de
téorie ou de pratique , on puisse inventer
une métode plus au gout , et plus à
la portée des enfans , que cele du bureau
tipografique , soit pour la santé du corps,
soit pour la premiere culture de l'esprit.
On ne sauroit trouver une métode' generale
, qui en si peu de tems puisse produire
d'aussi grans & d'aussi surprenans
efets. Cependant ceus qui feront atention
à la force de l'habitude ou des actes reiterés
unc infinité de fois , concevront sans
peine la verité de ce que l'on dit ici ; et
les persones qui ont vu & admiré le savoir
du petit CANDIAC à Montpellier,
à Nimes , à Grenoble , à Lion , à Villefranche
& à Paris , ne refuseront jamais le
témoignage du à cete meme verité.
Ceux qui voudront faire aprendre par
coeur les principales regles de la métode
de P.R. come celes de la sintaxe, & c. pouront
les doner à l'enfant sur des cartes
numerotées avec des exemples & des lis
tes de mots au dos de ces mèmes cartes :
mais
SEPTEMBRE. 1730. 1931
}
mais on doute qu'il soit necessaire d'aprendre
ces regles pat coeur il sufit de
les faire lire & relire , et de les expliquer
souvent à mesure que les tèmes donés l'exigeront.
Les auteurs de ces regles condanant
l'uſage & la pratique des maitres
qui donoient les regles en vers latins
ont cru qu'en les metant en vers françois
, il n'y avoit presque plus rien à desirer.
En cela l'on a jugé trop favorablement
des enfans : aprendre une regle par
coeur , c'eft l'operation d'un peroquet ,
d'un enfant , et de la memoire ; savoir
faire l'aplication de cete regle, c'est l'efort
de l'esprit humain. Bien des gens aprenent
les quatre regles d'aritmetique , qui jamais
ne peuvent résoudre le moindre problème.
Ceux qui savent par coeur les regles
de logique , ne sont pas toujours ceux
qui raisonent le mieux : on doit donc bien
distinguer la téorie de la pratique , et ne
pas confondre l'articulation des principes
ou l'étude aveugle des principes apris par
coeur sans les comprendre , selon la métode
vulgaire , avec l'étude pratique & de
sentiment , selon la métode du bureau
tipografique , qui fait marcher en mème
tems la pratique & la téorie , sans qu'il
soit besoin d'atendre qu'un enfant sache
écrire ; avantage inexprimable , et ignoré
jusqu'ici dans toutes les écoles d'Europe.
B iiij On
1932 MERCURE DE FRANCE
On continuera cete matière dans les reflexions
preliminaires du rudiment pratique .
la
Il semble, dira quelcun , qu'on veuille
réduire les premiers exercices literaires
d'un enfant à de simples jeus & amusemens
de cartes , afin qu'il puisse jouer seul
ou avec d'autres. Il eft vrai qu'on souhaiteroit
de donner à l'enfant des roses sans
épines ; et que les maitres & les maitresses
à force de soin , de travail , et d'assiduité,
voulussent bien aprendre leur metier, et à
se faire aimer des enfans plutot que de s'en
faire haïr; efet ataché à l'ignorante & mauvaise
métode vulgaire : au lieu
que par
tode du bureau tipografique , l'enfant se
livre d'abord avec plaisir au jeu instructif
des cartes abecediques , dès qu'il sait articuler
quelques silabes , et qu'il a l'usage
de ses doits & de ses mains pour manier
& ranger des cartes sur la table de son
bureau. On ne parle point ici de ces jeus
en feuilles qui demandent de l'atention ;
une petite societé , et souvent par malheur
, un esprit d'interèt , qui d'accessoire
devient principal , et qu'il n'est pas
toujours aisé de bien diriger. On en par
lera ailleurs.
Malgré tout le bien & tous les avantages
atribués à ces jeux abecediques , on
doit cependant metre les enfans le plus
tot qu'il sera possible dans le gout de lire
les
SEPTEMBRE. 1730. 1933
les bons livres , et dans l'usage de parcourir
les tables des matieres qu'ils con--
tienent : on ne l'entend gueres que des
livres historiques ou à la portée des enfans
, car pour les livres moraux , ils ennuient
&dégoutent l'enfance ; l'instruction
morale se doit doner de vive voix & dans
toutes les ocasions favorables pour faire
plus d'impression sur l'enfant : agir autrement
, c'est perdre sa peine & détruire
dans un sens l'édifice déja comencé ; l'experience
journaliere ne permet pas de le
penser autrement .
J'aurois du , Monsieur , vous dire quelque
chose sur la cassete abecedique , puisque
c'est le premier meuble literaire qu'il
faudroit livrer à un enfant de deux à
trois ans. Cere cassete est habillée ou couverte
des premieres combinaisons élementaires
; la feuille de ces combinaisons est
l'abregé de l'A B C latin & françois , et
l'on ne sauroit y tenir un enfant trop
lontems , pourvu qu'on ait soin de lui
faire dire sur la cassete les combinaisons
non- seulement de gauche à droite , mais
encore de droite à gauche , de haut en
bas & de bas en haut , ou en colones ,
c'est- à-dire en ligne horisontale , et en
ligne perpendiculaire .
Le premier des deux petits cotés à droi
te , contient N. 1. les letres du grand
By A
++
1934 MERCURE DE FRANCE
1
ABC latin avec leur dénomination , ou
le nom doné et preté à chaque consone
pour rendre selon cete nouvele métode
l'art de lire plus aisé.
Le segond des deux petits cotés de la
cassete à gauche , contient , No. 2. le petit
a , b, c, à coté du grand , letre à letre,
afin que l'enfant qui conoit bien les grandes
letres , puisse facilement & presque
de lui-même aprendre ensuite à distinguer
les petites.
La premiere des grandes faces de la cassete
, et sur le devant , contient N ° . 3 .
en deux colones les combinaisons élementaires
du Ab , eb , ib , ob , ub , &c.
Le deriere de la cassete, contient N ° . 4.
et en deux colones , les combinaisons du
Ba , be , bi , bo , bu , &c. dans lesqueles
on fera remarquer les changemens que
l'auteur a cru necessaires pour doner de
bons principes sur les combinaisons Ca,
se , si , co , cu ; Ga , je , ji , go , gu , ; Ja ,
ge , gi , jo , ju ; Sa , ce , ci , so , su ; Ta ,
te , ti- ci , to , tu , &c.
Le dessus du couvercle de la cassete ,
contient No. 5. N° . 6. les combinaisons
du Blà , ble , bli , blo , blu , &c. et celles du
Bra, bre , bri , bro , bru , & c . . . .. . N ° . 7.
les combinaisons des quatre petites letres
ressemblantes b , d, p ,q , combinées avec
leurs quatre capitales , et ensuite avec les
cinq
SETEMBRE. 1730. 1935
cinq voyeles , come Bb , Dd , Pp , Qq,
&c , Ba , de , pi , qu , bo , &c. .... N. 8.
des sons particuliers à la langue françoise.
?
Cete cassete servira à faire dire la leçon
en badinant , et à tenir les cartons &
les jeus de cartes abecediques , qui ont
servi de premiers amusemens à l'enfant.
On trouvera de ces cassetes , de ces cartons
, et de ces cartes abecediques chés
P. Witte, Libraire , rue S. Jacques, à l'Ange
Gardien , vis- à- vis la rue de la Parcheminerie.
Sur Pufage dubureau Tipografique .
L ne faut pas douter , Monfieur , que
l'exercice du bureau tipografique n'amufe
& n'inftruise l'enfant , si les maitres
ont beaucoup de douceur & de patiance
en lui fefant dire les letres , les filabes
les mots et les lignes , qu'il doit pren- ,
dre dans fa caffette pour les compofer &
décompofer fur la table de fon bureau
en començant par les combinaifons elemaenSEPTEMBRE
. 1730. 1913
•
bro ,
› mentaires. Ab , eb ib , ob , ub , &c.
Ba , be , bi , bo , bu , & c. mises sur les
cartes dont l'enfant a déja joué , où sur
d'autres , en continuant par les combinaiſons
bla , ble , bli , blo , blu , & c. bra ,
bre , bri , bru , &c. fuivant l'ordre
doné pour la feuille de la caffere.
On peut ensuite faire lire l'enfant sur
des cartes , dont on fera des jeux come
l'on avoit déja fait en montrant à conoitre
les letres : le premier jeu eft pour le
Ab , eb , ib , ob , ub , & c. le fegond
pour le Ba , be , bi , bo bu , &c. le troifiéme
, pour le Bla , ble,bli , blo , blu, &c.
Le quatrième , pour le Bra , bre , bri
bro , bru. Il faut obferver de ne metre
qu'une ou deux lignes sur une carte à
mesure que l'enfant fe familiarife avec les
lignes plus ou moins chargées de filabes
ou de confones combinées avec les cinq
voyeles . Aiant mis à la premiere ligne
le Ba , be , bi , bo , bu , on poura metre à
la fegonde ligne les combinaifons du P ,
letre forte de la letre foible B. Exemples :
1. en deux lignes horizontales , felon la
maniere ordinaire d'écrire ; 2º . ou en
deux lignes perpendiculaires , pour renger
les cartes vis- à - vis les célules de leurs
letres B P , &c. 3 ° . ou en employant
les quatre coins & le milieu des cartes ,
>
come
)
1714 MERCURE DE FRANCE
come on l'a fait ci- devant pour le jeu des
cinq voyèles.
Pa, pe, pi, po, pu..}
Ba pa
be pe
ba
bez
bi >& c.
bu.
Ba, be, bi, bo, bu. } oubi pi
youbo
bo po
bu
pu
L'on combinera de même les letres liquides
l , m , n , r, et les letres doubles
x , y , &c. fans oublier la letre h , & c.
ainfi qu'on l'a fait pour les combinaiſons
de la caffete , et qu'on poura copier en
long & en large fur autant de cartes que
l'on voudra , pour former des jeux abecediques.
En voilà bien affes pour metre au
fait de cete métode. La pratique la fera
paroitre encore plus ingenieufe , fi l'on
étudie l'enfant , et qu'on l'observe bien.
L'on doit peu peu se servir des letres
italiques , et des letres d'écriture : on en a
fait l'experience avec un enfant de trois ans
qui en peu de tems conut tous les diferens
abc , et se servit avec fuccès de plus de
cent celules diferentes , où il tenoit les
letres & les caracteres fimples ou combinés
pour composer ou imprimer sur son
bureau , ce qu'on lui dictoit , ou ce qu'on
lui donoit écrit fur une carte.
à
Quand l'enfant fait composer ou décomSEPTEMBRE.
1730. 1915
composer fur son bureau tous les tèmes
ordinaires & domeftiques , on doit lui en
fournir tous les jours de nouveaux , prenant
d'abord préferablement pour sujet
les parens , les amis , les persones & les
faits dont l'enfant a conoissance , & lui
en donant enfuite en latin & en françois
de deux , trois , et quatre lignes fur la
longueur d'une carte , et d'un caractere
gros , diftinct , à proportion du favoir &
des forces de l'enfant. Après avoir doné
des tèmes fur toutes les perfones , et fur
les faits journaliers que l'enfant conoit
on poura lui en doner fur le Saint du
jour , et sur des fuites hiftoriques , come
109 tèmes fur les 109 époques du jeu hiſto-.
rique du R. P. Buffier ; & semblables sur
l'hiftorique saint ou profane,sur laMitologie,
fur la géografie, &c . On peut aussi doner
une suite de rimes abecediques , &c.
Tous ces tèmes lus & relus devienent une
espece de livre , plus agréable, plus amusant
, et plus utile , que les livres ordinaires
dont on s'eft servi jusques ici.
On poura aussi doner sur des cartes les
terminaisons des declinaifons , et des
conjugaisons , parce que l'enfant se fortifie
à lire le caractere manuscrit ; et qu'il
fe degoute moins d'avoir une ou deux
cartes pour le singulier & le pluriel d'un
nom , d'un pronom , et d'un tems de
yerbe ,
1916 MERCURE DE FRANCE
verbe , que de lire toujours dans un rudiment
odieux . On metra en noir sur
des cartes les adverbes & les prépofitions
du françois , et en rouge les mèmes mots
du latin ; ce qui dans la suite sera tresutile.
Les ouvrages de M. du Marfais , et
le latin construit & expliqué mot à mot
selon fa métode , pouront ètre mis entre
les mains d'un enfant qui comence à lire ,
et qui eft deja en état de faire provifion
de mots , et d'acoutumer son oreille aus
terminaisons des noms declinés & des
verbes conjugués. On trouvera ces noms
declinés , et ces verbes conjugués dans
les cartes ou dans les leçons du rudiment
pratique , qu'on pouroit même doner à
l'enfant , le premier jour de l'exercice
du bureau tipografique.
Dès que l'enfant aura decomposé son
dernier tème , et qu'il en aura fait un
nouveau de quatre ou cinq lignes de bureau
, on poura , pour varier le jeu , le
faire lire quelquefois dans un livre , quelquefois
dans un autre choisi ou fait exprès.
On poura aussi lui redoner de tems
en tenis ses premiers tèmes , ses cartons ,
et tout fon atirail literaire pour badiner
come sa premiere cassete , le casseau portarif
de six celules , le porte tème , de peits
porte- feuilles , un petit sac , & semblables
meubles propres à tenir des ima-
;
ges,
SEPTEMBRE . 1730. 1917
ges , les jeus de cartes , et les tèmes favoris
qui l'amusent & l'instruisent. Il sera
bon surtout de lui faire revoir le samedi
quelques tèmes de la semaine , et du
mois c'est dans ce retour periodique
qu'il sera aisé de juger des progrès de
l'enfant , et de comparer les avantages
de cete metode avec ceux de la metode
vulgaire.
>
Dans les grandes viles , surtout à Paris
, on poura metre à profit le chois de
tous ces imprimés & feuilles volantes qué
l'on crie dans les rues : de même que les
adresses & les enseignes des marchands &
des ouvriers ; outre les images , on trouve
dans ces enseignes des mots dificiles à lire ,
et qui par leur nouveauté donent lieu à
inftruire l'enfant , très sensible à l'aquisition
de tous ces petits éfets literaires , dignes
de sa cassete ; il comence de bone
heure à gouter la proprieté des chofes ; il
est donc bon de lui en montrer l'usage
un petit enfant qui se trouve seul & désocupé
, s'ennuie , il devient souvent à
charge aus autres , au lieu que cete cassete
l'amuse , étant pour lui une maison où
l'ouvrage ne manque jamais : il faut se
preter à l'enfance , si l'on veut réussir
dans l'éducation .
Pendant l'exercice literaire il ne faut
pas negliger de metre l'enfant en état de
badi1918
MERCURE DE FRANCE
badiner avec des jeus de cartes numeriques
;il se familiarisera avec les nombres ,
dont on poura ensuite lui montrer à lire
& à faire les premieres regles , à mesure
qu'il concevra plus facilement les choses.
Si l'on n'a pas des chifres de cuivre & à
jour , pour imprimer les nombres sur
des cartes , on les fera à la main , ainsi
qu'il a été dit en parlant des letres. Après
avoir fait lire à l'enfant les leçons sur les
nombres , on poura lui faire faire de petites
regles fur la table du bureau ; un
peu d'exercice chaque jour fur les nombres
, rendra dans peu l'enfant plus grand
aritmeticien qu'on ne l'eft ordinairement
à cet age là.
Quand un enfant a composé sur son
bureau le françois & le latin de fon tème
, il doit après cela lire tout de suite
& à haute vois , 1º . tout le françois , 2º .
tout le latin , 3 °. chaque mot latin après
le mot françois , 4 ° . chaque mot françois
après le mot latin ; voilà donc quatre
lectures. Cet exercice varié & continué
pendant quelques anées rend un enfant
plus savant qu'on ne l'auroit esperé :
on en sera cependant moins surpris , fi
l'on veut bien faire atention qu'un enfant
en composant ce tème , le lit en
détail plus de cent fois , sans croire l'avoir
lu une seule fois ; c'est ainsi qu'il
aprend
1
SEPTEMBRE . 1730. 1919
ge des
des
aprend par une espece de pratique l'usades
sons , des des letres , des mots ,
parties d'oraison , des terminaisons ,
declinaisons , et des conjugaisons. Ce .
mouvement continuel pour chercher les
cartes dont il a befoin , foit de l'imprimerie
, du rudiment pratique , ou du
dictionaire , entretient le corps en santé ,
et done à l'esprit la meilleure culture
possible .
Pour bien faire pratiquer la métode du
Bureau tipografique , on doit donc acoutumer
l'enfant à metre fur fon Bureau
la copie du tème qu'on lui done , foit de
verfion ou de compofition ; foit en une ,
en deux , ou en trois langues , les unes
fous les autres ; en forte que les deux ou
les trois mots fignifiant la mème choſe ',
foient mis en colone' , l'enfant lira & expliquera
avec plaifir les lignes de ces petitis
tèmes ; cela l'obligera ou lui permet
tra de travailler feul ; ce qui eft un des
plus grands points ; car d'ordinaire les
enfans ne travaillent que par force ou à
l'euil et rarement par gout , fur tout
en l'abſence des autres . Quand le maitre
ne poura pas etre prefent , le premier
venu poura aider à l'exercice du Bureau,
meme un domeftique.
,
On poura doner à l'enfant des temes.
latins , dont la construction soit parfaite,
selon
(
1920 MERCURE DE FRANCE
selon l'ingenieuse & judicieuse métode
de M. du Marsais ; ou des tèmes dont la
construction foit chifrée & numerotée ,
c'eft-à -dire , dont la fuite des mots soit
marquée par la fuite naturele des nombres
, come on l'a pratiqué fur le texte
de Phedre ; ou enfin l'on poura doner
tout de fuite le latin melé avec le fran-
>
çois , si le latin trop fort ne permet pas
l'interlinaire
. On doit essayer de tout ,
et varier toutes les manieres ; cete diversité
eloigne l'ennui & le degout , article
essentiel & sur lequel on ne sauroit faire
trop d'atention . Pour varier encore d'avantage
l'exercice du bureau , on poura
quelquefois doner à ranger sur la table
des vers françois , pour former à la rime
P'oreille de l'enfant , et des vers latins
avec la quantité , pour lui faire voir ,
conoitre & sentir de bone heure les voyeles
longues & les voyeles breves de la langue
latine. On pouroit meme marquer
toujours la quantité en profe come en
vers , si l'on souhaitoit voir de plus grans
progrès dans l'étude de la profodie latine
, pour l'intelligence
de laquele il feroit
bon d'avoir dans quelque logete des
cartes marquées avec les piés des vers ,
qu'on pouroit apeler , cartes spondées
cartes dactiles , & c, pour indiquer le
le pié de deux silabes longues , celui
d'une
SEPTEMBRE . 1730. 1921
d'une longue & de deux breves , & c .
Si l'enfant prend du gout à ces petits
jeus , on poura lui montrer auffi celui
des anagrames , en prenant les letres qu
les cartes des noms & des mots fur lesquels
on veut travailler ; on combine ces
cartes de tant de manieres , que l'enfant
s'en amuse agréablement , sur tout si l'on
a soin de fournir des mots fécons en rencontres
hureuses & agréables , come la
plupart des logogrifes qu'on trouve dans
le Mercure de France ou ailleurs . Si l'enfant
a de l'oreille , on peut lui montrer
les notes de la mufique & essayer avec
des cartes de lui faire folfier les intervales
convenables à sa petite voix . Bien
des gens croiront ces exercices au dessus
de la portée des enfans , mais l'experience
les désabusera , s'il veulent bien en
faire l'essai .
Lorsque l'enfant est fort sur la composition
du bureau , et que les tèmes sont
un peu lons , il prend moins de plaisir
à les décomposet , c'est - à - dire à distribuer
& à remetre les cartes en leurs
cassetins , qu'il n'en a eu en les composant
, cet exercice est plus pénible qu'agréable
, c'est pourquoi il eft bon que de
tems en tems quelcun viene aider à distribuer
les cartes des letres & des fons
dans leurs logetes ; car pour les cartes de
l'arti
7922 MERCURE DE FRANCE.
l'article françois , des noms , des pronoms
, des verbes & de leurs terminaifons
; de meme que pour tous les mots
du dictionaire ; il eft mieux que l'enfant
les passe & repasse lui- meme en revue ,
pour aprendre à les bien conoitre & à les
retenir par coeur à force de les voir , et
de les lire à haute voix come dans la
composition. Il faut que l'euil & l'oreille
soient de la partie; un autre enfant , frere,
soeur , parent , ami , ou voifin , moins
fort fur l'exercice du bureau , s'estimera
hureux de pouvoir etre employé à distribuer
les letres du tème , composé par
le petit docteur.
L'enfant qui comance d'aprendre à
écrire , doit toujours continuer l'exercice
du bureau , afin de ne pas se gate la
main en écrivant des tèmes ou d'autres
chofes que ses exemples. La pratique du
bureau est si aisée & si utile , que l'enfant
doit y travailler jusqu'à ce qu'il puisse
écrire passablement & sans degout les
petits tèmes & les petites versions qu'on
Îui donera à faire ; quand le bureau ne
seroit plus necessaire pour le latin , il le
seroit pour le grec, l'ébreu & l'arabe, pour
l'histoire , la fable , la cronologie , la géografie
, les généalogies ; pour le blason
pour les médailles , et enfin pour les arts
& les siences , puisque ce bureau doit
tenig
"
"
SEPTEMBRE. 1730. 1723
tenir lieu de biblioteque en feuilles ou en
cartes. On ose meme assurer que quand
on doneroit à l'enfant plusieurs bureaux,
soit pour les langues , soit pour les sien-
'ces , il n'en aprendroit que mieux ; il auroit
des idées claires & distinctes des chofes
; l'ordre lui deviendroit insensiblement
familier , & l'on éviteroit par là
cete espece de confusion qui paroit dans
les logetes où l'enfant est obligé de tenir
les letres de plusieurs langues , en noir
& en rouge ; quoique separées par des
cartes doubles ou triples , en petits cartons
, plus courts que les autres cartes.
Un bureau historique metroit l'enfant
au large ; il auroit des logetes diferentes
pour la fable & pour l'histoire ;
cer idées bien ordonées , doneroient à l'enfant
un gout merveilleux pour la meilleure
métode d'aprendre les choses peu à
peu;sans sortir de son cabinet, il parcoureroit
tous les siecles & toute la terre ; il
auroit des suites numerotées des patriarches
, des juges , des rois , des pontifes , des
profetes , du peuple ébreu ; les successions
des souverains du monde ; des listes des
homes illustres dans la fable , dans l'histoire,
dans les arts & dans les siences ; les images
, les medailles y trouveroient leurs placesson
y distingueroit toujours le sacré &
leprofane , l'ancien & le moderne; en un
met
1924 MERCURE DE FRANCE
mot les murailles du cabinet de l'enfapt ne
devroient etre ornées & tapissées que
d'objets amusans & instructifs , àproportion
des facultés des parens , et des vues
qu'ils ont pour l'établissement ou ce qu'on
apelle dans le monde la fortune honorable
d'un enfant.
Pour finir cet article , on peut dire que
le grand segret , après celui de la metode,
c'est de n'exiger d'un enfant qu'une atention
proportionée à fon age & à fa foiblesse
; de faire aimer l'exercice du bureau
, et de rendre ce jeu aussi agréable
qu'il est utile & instructif ; mais sur tout
travailler souvent avec l'enfant , c'est
là un point essentiel , dont trop de maitres
fe difpensent ; et si l'enfant ne travaile
pas , il sera bon de faire travailler
avec lui quelque autre persone qui lui
soit agréable. Il en faut bien etudier le
fort & le foible , lui inspirer le gout de
bones choses , et le desir de pratiquer.
tous ses petits exercices literaires . On ne
doit jamais fraper ni batre l'enfant ¿ que
pour la rechute volontaire dans des fautes
morales d'esprit & de coeur , encore fautil
bien etudier la maniere de punir , et de
rendre la corection utile & eficace , de
quelque nature qu'elle puisse etre , soit
qu'on le prive de quelque chose , soit
qu'on le mortifie par quelque endroit , la
douceur
SEPTEMBRE. 1730. 1925
douceur , la patience , la clemence , ne
doivent jamais quiter un bon maitre qui
étudie l'esprit , le coeur , le naturel & les
inclinations de l'enfant .
On peut, s'il eft necessaire , faire semblant
d'etre en colere au milieu d'un sens
froid , on peut meme entrer dans la colere
, mais toujours avec moderation , maitre
des premiers momens ou mouvemens
d'impatience ; en un mot , la colere doit
etre feinte & teatrale , on doit conserver
la raison & la liberté necessaire à un juge
équitable en faveur de la justice & du criminel
. Bien des maitres fe passionent &
s'aveuglent contre de pauvres enfans ;
l'ignorance , une mauvaise éducation , des
moeurs équivoques , peu d'atachement,un
esprit mercenaire , tout cela contribue à
former des ames feroces & brutales, c'est
aus parens à prendre garde au chois qu'ils
font des maitres.
On ne doit donc avoir recours aus verges
que lorsque l'enfant coupable , impenitent
, indocile, desobéissant , &c. méprise
les remontrances ; mais on ne doit jamais
employer les coups pour l'étude des langues
, à moins qu'on n'ût le malheur de
ne pouvoir mieux faire , chargé d'un indigne
sujet que les parens auroient condané
aux études , plutot que de l'apliquer
aus arts & aus metiers les plus convena-
B bles
1926 MERCURE DE FRANCE
bles à son gout , ou les plus utiles à l'état.
On poura lire , à l'ocasion des chatimens
, le livre de M. Rollin , et une brochure
intitulée : Guillelmi Ricelli Disser
tatio medica adversus ferularum , alaperum ,
et verberum usum in castigandis pueris , nec
non aurium tractionem , &c. ad sanitatis tutulam
, &c. Lipfiæ , 1722 .
Nous voici , Monsieur , à l'article des
tèmes de lecture sientifique , fur lequel
vous avés demandé quelque éclaircissement.
On apèle tèmes sientifiques , les cartes,
au dos desqueles on écrit une ou plufieurs
lignes de françois avec toute l'exactitude
possible sur les accens , sur les sons
de la langue , et sur la veritable ortografe
, en sorte que l'enfant puisse pratiquer
les principes de lecture qu'on lui a donés ,
et qu'il ne soit jamais induit en erreur,
Il n'y a aucun livre qui ait cete exactitude
, et peu de maitres sont au fait de toutes
les minuties qui regardent les sons &
la vraie ortografe de notre langue . Il est
donc bon au comancement de se servir
de ces sortes de cartes , pour avoir un texte
corect & conforme à la doctrine des sons
employés pour bien montrer à lire à un
petit enfant ; et l'on peut faire entrer dans
ces tèmes sientifiques toutes les dificultés
de la prononciation françoise , par raport
à la vieille & à la nouvele ortografe , ainfi
qu'on
SEPTEMBRE.1730 . 1927
qu'on a taché de le faire dans les cinquan-,
te-sept petits articles de la leçon 101 de
PA, B , C , françois.
L'enfant qui aprend à lire ces sortes de
tèmes, lit plutot, plus facilement, et beaucoup
mieux dans les manuscrits que les
autres enfans ne lisent dans les livres ; et
pour rendre l'enfant encore plus habile ,
il faudra lui ramasser des cartes sur lesqueles
on aura fait écrire diverses persones
, ou bien lui faire adresser de petites
épitres de la part des parens , des amis &
des voisins , qui voudront bien se preter
& contribuer de leur part à l'éducation
d'un digne enfants pour lors chacun sera
surpris de voir le grand succès de ce petit
artifice . De la lecture de ces tèmes , de
ces cartes ou de ces épitres , on passe facilement
à cele des livres imprimés en caractere
romain ou italique ; mais il eft bon
au comancement de chercher de beles
éditions corectes & d'un gros caractere ;
après quoi l'on doit peu à peu metre l'enfant
sur toute sorte de livres , et lui faire
remarquer les défauts & les fautes de chaque
ortografe des bones & des mauvaises
éditions , depuis l'anée courante jusques
au tems que l'on comança d'imprimer.Les
abreviations ne doivent pas faire de pei-
, elles fourniront d'autres jeux literaires
; il n'eft pas mal en aprenant à lire ,
Bij
d'a1928
MERCURE DE FRANCE
d'aprendre quelque autre chole de plus.
S'il y avoit quelque livre imprimé corectement
, selon l'ortografe de l'oreille
ou des sons de la langue , il feroit presque
inutile d'épeler ; mais la vieille & la fausse
ortografe, ou la cacografie , exigent que
l'on fasse epeler de tems en tems certains
mots ; en atendant ce livre corect que
nous n'avons pas , l'A B C DE CANDIAC
poura etre de quelque secours pour les
enfans , et pour les maitres dociles , non
prevenus ; car pour les autres il faut les
laisser faire à leur fantaisie , les abandoner
à la vieille ortografe, à la vieille géografie,
aux vieilles grammaires , aus vieilles metodes,
et meme à l'écriture gotique , si elle
est de leur gout , et du gout des parens qui
livrent leurs enfans à de tels guides dans
la republique des letres.
L'heureuse experience des temes sientifiques
donés sur des cartes fit en meme
tems croire qu'un enfant aprendroit
plus facilement de cete maniere , que
dans aucun livre tout ce qu'on souhaiteroit
qu'il aprit , parce qu'à force de manier
, de lire , et de ranger les cartes nu
merotées qu'il voit preparer pour lui , il
sait d'abord par coeur ce qui eft écrit sur
ces cartes ; il se plait d'ailleurs à ce jeu
autant qu'il s'ennuie à feuilleter les li-
VICs donés par les métodes vulgaires. La
revue
།
SEPTEMBRE. 1730. 1929)
revue & la revision de tous ces jeus de
cartes font plus d'impression sur l'esprit
de l'enfant , , que les
livre.
pages
odieuses d'un
Les temes sientifiques de la langue fran
çoise feront ensuite place aus temes la
latis , aus cartes en grec , en ebreu , en
arabe , &c. sans trop multiplier d'abord
les cartes de l'imprimerie , on poura montrer
à un enfant en peu de jours l'A B C
grec & l'ABC ebreu , qu'on metra à
côté des letres & des sons de la langue
françoise ; le meme nom , la meme carte,
serviront pour les trois langues , et l'enfant
qui trouvera l'aleph , ( 2) et l'alpha
(a) sur la carte de notre a , leur donera
la meme denomination , et aprendra tout
seul à les distinguer les uns des autres .
On donera ensuite des mots , des racines,
et des lignes en grec & en ebreu , afin
que l'enfant aprene à composer ces lignes
sur la table de son bureau tipografique ,
de la meme maniere qu'il y aura composé
des lignes enfrançois & en latin . Cet exercice
sera infailliblement du gout de l'enfant
, sur tout si auparavant l'on a eu soin.
de lui doner des letres , des mots , .et
des lignes , qui imitent la casse des imprimeurs
, &c.
Il est aisé de voir que par cet exercice
un enfant peut facilement entretenir la
Bij lecture
1930 MERCURE DE FRANCE
lecture des quatre langues . Cete imprimerie
compofée de tant de petits volumes
ou de feuilles volantes isolées & detachées.
a une aparence de jeu qui porte l'enfant ,
au badinage instructif. On peut alonger,
renouveler , et varier ce jeu de tant de
manieres , et sur tant de matieres diferentes
, qu'il ne paroit pas qu'en fait de
téorie ou de pratique , on puisse inventer
une métode plus au gout , et plus à
la portée des enfans , que cele du bureau
tipografique , soit pour la santé du corps,
soit pour la premiere culture de l'esprit.
On ne sauroit trouver une métode' generale
, qui en si peu de tems puisse produire
d'aussi grans & d'aussi surprenans
efets. Cependant ceus qui feront atention
à la force de l'habitude ou des actes reiterés
unc infinité de fois , concevront sans
peine la verité de ce que l'on dit ici ; et
les persones qui ont vu & admiré le savoir
du petit CANDIAC à Montpellier,
à Nimes , à Grenoble , à Lion , à Villefranche
& à Paris , ne refuseront jamais le
témoignage du à cete meme verité.
Ceux qui voudront faire aprendre par
coeur les principales regles de la métode
de P.R. come celes de la sintaxe, & c. pouront
les doner à l'enfant sur des cartes
numerotées avec des exemples & des lis
tes de mots au dos de ces mèmes cartes :
mais
SEPTEMBRE. 1730. 1931
}
mais on doute qu'il soit necessaire d'aprendre
ces regles pat coeur il sufit de
les faire lire & relire , et de les expliquer
souvent à mesure que les tèmes donés l'exigeront.
Les auteurs de ces regles condanant
l'uſage & la pratique des maitres
qui donoient les regles en vers latins
ont cru qu'en les metant en vers françois
, il n'y avoit presque plus rien à desirer.
En cela l'on a jugé trop favorablement
des enfans : aprendre une regle par
coeur , c'eft l'operation d'un peroquet ,
d'un enfant , et de la memoire ; savoir
faire l'aplication de cete regle, c'est l'efort
de l'esprit humain. Bien des gens aprenent
les quatre regles d'aritmetique , qui jamais
ne peuvent résoudre le moindre problème.
Ceux qui savent par coeur les regles
de logique , ne sont pas toujours ceux
qui raisonent le mieux : on doit donc bien
distinguer la téorie de la pratique , et ne
pas confondre l'articulation des principes
ou l'étude aveugle des principes apris par
coeur sans les comprendre , selon la métode
vulgaire , avec l'étude pratique & de
sentiment , selon la métode du bureau
tipografique , qui fait marcher en mème
tems la pratique & la téorie , sans qu'il
soit besoin d'atendre qu'un enfant sache
écrire ; avantage inexprimable , et ignoré
jusqu'ici dans toutes les écoles d'Europe.
B iiij On
1932 MERCURE DE FRANCE
On continuera cete matière dans les reflexions
preliminaires du rudiment pratique .
la
Il semble, dira quelcun , qu'on veuille
réduire les premiers exercices literaires
d'un enfant à de simples jeus & amusemens
de cartes , afin qu'il puisse jouer seul
ou avec d'autres. Il eft vrai qu'on souhaiteroit
de donner à l'enfant des roses sans
épines ; et que les maitres & les maitresses
à force de soin , de travail , et d'assiduité,
voulussent bien aprendre leur metier, et à
se faire aimer des enfans plutot que de s'en
faire haïr; efet ataché à l'ignorante & mauvaise
métode vulgaire : au lieu
que par
tode du bureau tipografique , l'enfant se
livre d'abord avec plaisir au jeu instructif
des cartes abecediques , dès qu'il sait articuler
quelques silabes , et qu'il a l'usage
de ses doits & de ses mains pour manier
& ranger des cartes sur la table de son
bureau. On ne parle point ici de ces jeus
en feuilles qui demandent de l'atention ;
une petite societé , et souvent par malheur
, un esprit d'interèt , qui d'accessoire
devient principal , et qu'il n'est pas
toujours aisé de bien diriger. On en par
lera ailleurs.
Malgré tout le bien & tous les avantages
atribués à ces jeux abecediques , on
doit cependant metre les enfans le plus
tot qu'il sera possible dans le gout de lire
les
SEPTEMBRE. 1730. 1933
les bons livres , et dans l'usage de parcourir
les tables des matieres qu'ils con--
tienent : on ne l'entend gueres que des
livres historiques ou à la portée des enfans
, car pour les livres moraux , ils ennuient
&dégoutent l'enfance ; l'instruction
morale se doit doner de vive voix & dans
toutes les ocasions favorables pour faire
plus d'impression sur l'enfant : agir autrement
, c'est perdre sa peine & détruire
dans un sens l'édifice déja comencé ; l'experience
journaliere ne permet pas de le
penser autrement .
J'aurois du , Monsieur , vous dire quelque
chose sur la cassete abecedique , puisque
c'est le premier meuble literaire qu'il
faudroit livrer à un enfant de deux à
trois ans. Cere cassete est habillée ou couverte
des premieres combinaisons élementaires
; la feuille de ces combinaisons est
l'abregé de l'A B C latin & françois , et
l'on ne sauroit y tenir un enfant trop
lontems , pourvu qu'on ait soin de lui
faire dire sur la cassete les combinaisons
non- seulement de gauche à droite , mais
encore de droite à gauche , de haut en
bas & de bas en haut , ou en colones ,
c'est- à-dire en ligne horisontale , et en
ligne perpendiculaire .
Le premier des deux petits cotés à droi
te , contient N. 1. les letres du grand
By A
++
1934 MERCURE DE FRANCE
1
ABC latin avec leur dénomination , ou
le nom doné et preté à chaque consone
pour rendre selon cete nouvele métode
l'art de lire plus aisé.
Le segond des deux petits cotés de la
cassete à gauche , contient , No. 2. le petit
a , b, c, à coté du grand , letre à letre,
afin que l'enfant qui conoit bien les grandes
letres , puisse facilement & presque
de lui-même aprendre ensuite à distinguer
les petites.
La premiere des grandes faces de la cassete
, et sur le devant , contient N ° . 3 .
en deux colones les combinaisons élementaires
du Ab , eb , ib , ob , ub , &c.
Le deriere de la cassete, contient N ° . 4.
et en deux colones , les combinaisons du
Ba , be , bi , bo , bu , &c. dans lesqueles
on fera remarquer les changemens que
l'auteur a cru necessaires pour doner de
bons principes sur les combinaisons Ca,
se , si , co , cu ; Ga , je , ji , go , gu , ; Ja ,
ge , gi , jo , ju ; Sa , ce , ci , so , su ; Ta ,
te , ti- ci , to , tu , &c.
Le dessus du couvercle de la cassete ,
contient No. 5. N° . 6. les combinaisons
du Blà , ble , bli , blo , blu , &c. et celles du
Bra, bre , bri , bro , bru , & c . . . .. . N ° . 7.
les combinaisons des quatre petites letres
ressemblantes b , d, p ,q , combinées avec
leurs quatre capitales , et ensuite avec les
cinq
SETEMBRE. 1730. 1935
cinq voyeles , come Bb , Dd , Pp , Qq,
&c , Ba , de , pi , qu , bo , &c. .... N. 8.
des sons particuliers à la langue françoise.
?
Cete cassete servira à faire dire la leçon
en badinant , et à tenir les cartons &
les jeus de cartes abecediques , qui ont
servi de premiers amusemens à l'enfant.
On trouvera de ces cassetes , de ces cartons
, et de ces cartes abecediques chés
P. Witte, Libraire , rue S. Jacques, à l'Ange
Gardien , vis- à- vis la rue de la Parcheminerie.
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Résumé : QUATRIÉME LETRE Sur l'usage du bureau Tipografique.
Le texte présente une méthode pédagogique appelée 'bureau typographique' visant à instruire et amuser les enfants. Cette méthode consiste à apprendre aux enfants les lettres, les syllabes, les mots et les lignes en les composant et décomposant sur une table de bureau. Les maîtres doivent faire preuve de douceur et de patience. Les enfants utilisent des cartes pour jouer avec les lettres et les combinaisons de syllabes, commençant par des combinaisons élémentaires comme 'ab, eb, ib, ob, ub' et progressant vers des combinaisons plus complexes. Les cartes sont utilisées pour des jeux éducatifs, où les enfants apprennent à lire et à reconnaître les lettres. Les thèmes abordés commencent par des sujets familiers aux enfants, comme les parents et les amis, et progressent vers des sujets plus complexes comme l'histoire, la mythologie et la géographie. Les cartes peuvent également contenir des terminaisons de déclinaisons et de conjugaisons, ainsi que des adverbes et des prépositions en français et en latin. La méthode encourage l'enfant à lire à haute voix et à pratiquer régulièrement. Elle inclut également des exercices numériques pour familiariser l'enfant avec les nombres. L'enfant doit composer et décomposer des thèmes sur son bureau, ce qui lui permet d'apprendre par la pratique. La méthode est conçue pour être variée et amusante, évitant ainsi l'ennui et le dégoût. Elle peut être adaptée pour inclure des jeux d'anagrammes, de musique et d'autres activités éducatives. Le texte souligne l'importance de la pratique continue et de la variété dans les exercices pour maintenir l'intérêt de l'enfant. La méthode est également adaptable à différentes langues et disciplines, comme le grec, l'hébreu, l'arabe, l'histoire, la géographie, et les arts. Les enfants doivent disposer de plusieurs bureaux pour différentes matières, comme les langues ou les sciences. Un bureau historique, par exemple, permettrait à l'enfant de structurer ses connaissances et de développer un goût pour la méthode d'apprentissage. Les cartes et les objets amusants et instructifs doivent orner les murs du cabinet de l'enfant, adaptés à ses capacités et aux aspirations de ses parents. L'article insiste sur l'importance de la méthode et de l'attention proportionnée à l'âge de l'enfant. Il recommande de rendre les exercices agréables et instructifs, et de travailler souvent avec l'enfant. Les maîtres doivent éviter de frapper ou de battre les enfants, sauf en cas de fautes morales volontaires, et toujours avec modération. La douceur, la patience et la clémence sont essentielles. Pour l'apprentissage de la lecture, les thèmes scientifiques (cartes avec des lignes de français exactes) sont préférés aux livres, car ils permettent une pratique plus précise des sons et de l'orthographe. L'enfant apprend ainsi à lire plus facilement et plus correctement. Les cartes peuvent ensuite être utilisées pour d'autres langues, comme le grec ou l'hébreu, facilitant l'apprentissage de plusieurs langues simultanément. Le texte critique les méthodes traditionnelles qui se contentent de faire apprendre des règles par cœur sans les comprendre. Il prône une méthode pratique et intuitive, où la théorie et la pratique avancent de concert. Les jeux abécédiques sont introduits dès que l'enfant sait articuler quelques syllabes, rendant l'apprentissage ludique et efficace. Le document mentionne également une cassette abécédique, un outil littéraire destiné aux enfants de deux à trois ans. Cette cassette contient diverses combinaisons de lettres et de sons pour faciliter l'apprentissage de la lecture. Elle est organisée de manière à permettre à l'enfant de pratiquer les combinaisons dans différentes directions. Les différents côtés et faces de la cassette contiennent des lettres latines et françaises, des combinaisons élémentaires, et des distinctions entre grandes et petites lettres. Le dessus du couvercle inclut des combinaisons spécifiques et des sons particuliers à la langue française. La cassette sert à rendre l'apprentissage ludique et à conserver les cartes et jeux de cartes abécédiques utilisés comme premiers amusements pour l'enfant. Ces cassettes, ainsi que les cartons et cartes abécédiques, sont disponibles chez P. Witte, libraire rue S. Jacques, à l'Ange Gardien.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7347
p. 1935-1930
ODE SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DAUPHIN. Presentée à l'Académie des Jeux Floraux.
Début :
Quelle est cette nouvelle aimable, [...]
Mots clefs :
Naissance du Dauphin, Dauphin, Terre, Académie des Jeux floraux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DAUPHIN. Presentée à l'Académie des Jeux Floraux.
O DE
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
Prefentée à l'Académie des Jeux Floraux.
QU
>
Uelle eft cette nouvelle aimable ,
Qu'annonce le Courier des Cieux !
D'où naît ce Spectacle agréable
Qui par tout s'étale à mes yeux ?
O puiffans Dieux ! que de merveilles !
Que de voix frappent mes oreilles
B vj
Da
1936 MERCURE DE FRANCE
Devos éloges immortels !
Quel don fi grand fait à la France ,
L'oblige par reconnoiffance ,
A charger d'encens vos Autels ?
Mais que vois -je ? Eft- ce vous , Aftrée ,
Qui defcendez vers les François ?
Peuples ; cette Vierge facrée ,
Vient faire refleurir fes Loix..
J'apperçois marcher fur ces traces ,
Précedé des trois jeunes Graces , *
Un enfant plein de majeſté .
Mon coeur ſent déja ſa puiſſance ,
Et fous le voile de l'enfance
Découvre fa Divinité .
Hâte-toi pour voir ce Miracle ,
Soleil , quitte le fein des Mers ,
Mais où fuit ce divin fpectacle ?
Quel nuage obfcurcit les Airs ?
Un vent impetueux fe leve ,
Son fouffe rapide m'enleve ,
Jufques dans le féjour des Dieux.
Dois -je m'expliquer
ou me taire ?
Dois -je publier le myftere ,
Qui ſe développe à mes yeux.
* Mefdames de Frances
f
Fran
SEPTEMBRE. 1730. 1937
François , voici l'heure fatale ,
Qui doit terminer tous vos maux .
Pour terraffer l'Hydre infernale ,
Le Ciel vous accorde un Heros.
倉
Je la voi ; cette Hydre indomptable ,
En vain à ce coup qui l'accable ,
S'arme de toute la fureur.
LOUIS naiffant , lance fa foudre ,
Ses têtes réduites en poudre ,
Ne font plus qu'un objet d'horreur.
Toi qui pour un Dauphin paifible ,
Formois tous les jours mille voeux ,
Fleury , s'il paroît fi terrible ,
<
Ce n'eft que pour nous rendre heureux.
S'il paroît armé d'un Tonnerre ,
Ce n'eft que pour purger la Terre ,
Des Monitres qui troublent la Paix.
Bientôt fa main prendra la Lyre ,
Et la douceur de fon Empire ,
Surpaffera tous nos fouhaits.
M
Puiffe cet Enfant adorable ,
Croiffant tous les jours en fplendeur ,
A toute la terre habitable ,
Faire refpecter fa grandeur,
Le Janfenifme,
Puiffent
1938 MERCURE DE FRANCE
Puiffent les fages Deſtinées ,
D'une longue fuite d'années ,
Orner fes paifibles vertus ;
Et de cette Tige féconde ,
Faire
pour
le bonheur du Monde ,
Sortir mille nouveaux Titus.
Ainfi dans une Forêt fombre ,
On voit le Cedre précieux ,
Couvrir la Terre de fon ombre ,
Et lever fon front jufqu'aux Cieux.
Ainfi dans de vaftes Campagnes ,
Un Fleuve du haut des Montagnes ,
Roule avec majeſté ſes Flots ,
Et dans fon cours formant cent Iſles ,
Va porter dans toutes les Villes ,
La fécondité de les Eaux.
Mais quelles pompeufes images ,
Viennent encor frapper mes fens ?
Jupiter ( quels heureux préſages )
Admire fes charmes naiffans.
Bacchus , Cerés , Pomone & Flore ,
Courent vers ceete jeune Aurore ,
Mettre leurs prefens à fes pieds,
Cybele offre fon Diadême ,
Neptune , fon pouvoir fuprême ,
Et Phebus fes nobles Lauriers.
DAUSEPTEMBRE.
1730. 1939
de naître , DAUPHIN , tu ne fais que
Et tout reconnoît ton pouvoir ,
Le Heros qui t'a donné l'être ,
Sur toi fonde tout fon eſpoir ,
Voi comme l'Univers s'empreſſe ,
Par mille marques d'allegreſſe ,
De te témoigner ſes tranfports.
Pour en tracer une peinture ,
Voi comme l'Art & la Nature ,
Semblent épuifer leurs tréfois.
Venez , volez, Troupe * immortelle
Venez voir cet Amour nouveau ,
Venez pour marquer votre zele ,
Couvrir de vos fleurs fon Berceau .
Qu'on n'entende plus les Trompettes ;
Bergers , que vos tendres Mufettes ,
Animent feules nos Concerts.
LOUIS a triomphé des vices :
La Paix va faire fes délices ,
Et lui celles de l'Univers.
ร
Pacatum reget patris virtutibus orbem.
* Meffieurs de l'Académie.
L'Abbé LAVIT , d'Agde:
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
Prefentée à l'Académie des Jeux Floraux.
QU
>
Uelle eft cette nouvelle aimable ,
Qu'annonce le Courier des Cieux !
D'où naît ce Spectacle agréable
Qui par tout s'étale à mes yeux ?
O puiffans Dieux ! que de merveilles !
Que de voix frappent mes oreilles
B vj
Da
1936 MERCURE DE FRANCE
Devos éloges immortels !
Quel don fi grand fait à la France ,
L'oblige par reconnoiffance ,
A charger d'encens vos Autels ?
Mais que vois -je ? Eft- ce vous , Aftrée ,
Qui defcendez vers les François ?
Peuples ; cette Vierge facrée ,
Vient faire refleurir fes Loix..
J'apperçois marcher fur ces traces ,
Précedé des trois jeunes Graces , *
Un enfant plein de majeſté .
Mon coeur ſent déja ſa puiſſance ,
Et fous le voile de l'enfance
Découvre fa Divinité .
Hâte-toi pour voir ce Miracle ,
Soleil , quitte le fein des Mers ,
Mais où fuit ce divin fpectacle ?
Quel nuage obfcurcit les Airs ?
Un vent impetueux fe leve ,
Son fouffe rapide m'enleve ,
Jufques dans le féjour des Dieux.
Dois -je m'expliquer
ou me taire ?
Dois -je publier le myftere ,
Qui ſe développe à mes yeux.
* Mefdames de Frances
f
Fran
SEPTEMBRE. 1730. 1937
François , voici l'heure fatale ,
Qui doit terminer tous vos maux .
Pour terraffer l'Hydre infernale ,
Le Ciel vous accorde un Heros.
倉
Je la voi ; cette Hydre indomptable ,
En vain à ce coup qui l'accable ,
S'arme de toute la fureur.
LOUIS naiffant , lance fa foudre ,
Ses têtes réduites en poudre ,
Ne font plus qu'un objet d'horreur.
Toi qui pour un Dauphin paifible ,
Formois tous les jours mille voeux ,
Fleury , s'il paroît fi terrible ,
<
Ce n'eft que pour nous rendre heureux.
S'il paroît armé d'un Tonnerre ,
Ce n'eft que pour purger la Terre ,
Des Monitres qui troublent la Paix.
Bientôt fa main prendra la Lyre ,
Et la douceur de fon Empire ,
Surpaffera tous nos fouhaits.
M
Puiffe cet Enfant adorable ,
Croiffant tous les jours en fplendeur ,
A toute la terre habitable ,
Faire refpecter fa grandeur,
Le Janfenifme,
Puiffent
1938 MERCURE DE FRANCE
Puiffent les fages Deſtinées ,
D'une longue fuite d'années ,
Orner fes paifibles vertus ;
Et de cette Tige féconde ,
Faire
pour
le bonheur du Monde ,
Sortir mille nouveaux Titus.
Ainfi dans une Forêt fombre ,
On voit le Cedre précieux ,
Couvrir la Terre de fon ombre ,
Et lever fon front jufqu'aux Cieux.
Ainfi dans de vaftes Campagnes ,
Un Fleuve du haut des Montagnes ,
Roule avec majeſté ſes Flots ,
Et dans fon cours formant cent Iſles ,
Va porter dans toutes les Villes ,
La fécondité de les Eaux.
Mais quelles pompeufes images ,
Viennent encor frapper mes fens ?
Jupiter ( quels heureux préſages )
Admire fes charmes naiffans.
Bacchus , Cerés , Pomone & Flore ,
Courent vers ceete jeune Aurore ,
Mettre leurs prefens à fes pieds,
Cybele offre fon Diadême ,
Neptune , fon pouvoir fuprême ,
Et Phebus fes nobles Lauriers.
DAUSEPTEMBRE.
1730. 1939
de naître , DAUPHIN , tu ne fais que
Et tout reconnoît ton pouvoir ,
Le Heros qui t'a donné l'être ,
Sur toi fonde tout fon eſpoir ,
Voi comme l'Univers s'empreſſe ,
Par mille marques d'allegreſſe ,
De te témoigner ſes tranfports.
Pour en tracer une peinture ,
Voi comme l'Art & la Nature ,
Semblent épuifer leurs tréfois.
Venez , volez, Troupe * immortelle
Venez voir cet Amour nouveau ,
Venez pour marquer votre zele ,
Couvrir de vos fleurs fon Berceau .
Qu'on n'entende plus les Trompettes ;
Bergers , que vos tendres Mufettes ,
Animent feules nos Concerts.
LOUIS a triomphé des vices :
La Paix va faire fes délices ,
Et lui celles de l'Univers.
ร
Pacatum reget patris virtutibus orbem.
* Meffieurs de l'Académie.
L'Abbé LAVIT , d'Agde:
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Résumé : ODE SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DAUPHIN. Presentée à l'Académie des Jeux Floraux.
Le poème célèbre la naissance du Dauphin, futur Louis XV, présentée à l'Académie des Jeux Floraux. L'auteur exprime sa joie et son émerveillement, y voyant un signe divin. Il décrit une scène céleste où des dieux comme Jupiter, Bacchus, Cérès, Pomone, Flore, Cybèle, Neptune et Phébus honorent le nouveau-né. Le poème évoque la victoire du Dauphin sur l'Hydre infernale, symbolisant les maux et les troubles, et prédit un règne de paix et de douceur. L'auteur souhaite une longue vie au Dauphin, comparant sa future grandeur à celle d'un cèdre ou d'un fleuve majestueux. Il appelle les membres de l'Académie à célébrer cet événement avec des fleurs et des musiques douces, marquant la fin des vices et l'avènement de la paix. Le poème se conclut par une citation latine soulignant le règne pacifique du Dauphin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7348
p. 1940-1942
LETTRE de M. L. C. S... à M. de B. Brigadier des Armées du Roy, & Colonel d'un Régiment Suisse au Service de Sa Majesté.
Début :
MONSIEUR, Quoique Suisse, j'ai le coeur assez François pour me joindre aux Concerts universels [...]
Mots clefs :
Naissance du Dauphin, Dauphin, Lausanne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. L. C. S... à M. de B. Brigadier des Armées du Roy, & Colonel d'un Régiment Suisse au Service de Sa Majesté.
LETTRE de M. L.C. S... à M. de
B. Brigadier des Armées du Roy , &
Colonel d'un Régiment Suiffe au Service
de Sa Majesté.
6
MONSIEU SIEUR ,
Quoique Suiffe , j'ai le coeur affez François
pour me joindre aux Concerts unìverfels
de la France ; & à ce titre , je me
réjouis veritablement du fujet de fes vives
acclamations , mais ne fut- ce qu'en
qualité d'homme , je fuis charmé d'un
évenement qui affermit fi generalement
la Paix . C'eſt fans doute le plus grand fruit
de la Naiffance de Monfeigneur le Dauphin
, & dès - là ce Prince doit être reçû
avec empreffement de toute l'Europe.
Je rêvois dernierement au bonheur
qu'un feul homme affure à tant d'autres,
lorfqu'une des Mufes parut devant moi.
Je jugeai que c'en étoit une à fa démarche
noble & mefurée , & à un éclat qui furpaffoit
celui des plus blelles fleurs .
Elle avoit certain air de douce complaifance ,
wx
Que lui donnoit cette Naiffance ,
Et fembloit renoncer à la ſeverité ,
Qu'éloigné la Profperité.
Je
SEPTEMBRE. 1730. 1941
Je me tirai à l'écart rempli de reſpect ,
perfuadé que je ne pouvois rien avoir à
démêler avec une Immortelle que je n'ofois
pas même adorer. Quelle fut ma furprife
, lorfqu'elle m'adreffa ainfi la parole !
O vous , Mortel , qui que vous foyez ,
qui croupiffez dans une molle indolence,
mon infpiration ne fçauroit- elle aller jufqu'à
vous ? mon audace lyrique ne
pourroit-elle vous échauffer ? Un demi
Dieu qui vient de naître , n'eft- il pas un
affez grand fujet pour exciter votre émulation
? Trop grand mille fois ( lui répon
dis- je ) à peine ofai- je chanter le repos que
je goute & le loifir dont je joüis , mes Airs
ne roulent que fur des fujets fimples &
champêtres ; une Mufette eft le feul Inftrument
que je connois , & la Lyre majeftueufe
tomberoit infailliblement de mes
mains.
Prenez -la fans confequence ( pourfuivit-
elle. ) Il y en a trop ( lui répartis-je )
à méconnoître fes talens . Je vous aiderai
( ajoûta- t - elle . ) Ah ! mon incapacité , lui
dis -je , eft au - deffus de votre pouvoir ;
allez donc , reprit-elle d'un air courroucé,
allez begaïer à l'avanture ; mais du moins
femez quelques fleurs fur le Berceau du
nouveau né. Elle part , & je fors de ma
rêverie : de toute cette apparition il ne me
refte que de l'ardeur.Un zele vif mais mal
foute1942
MERCURE DE FRANCE
foutenu , fut tout ce que la Mufe divine
ine laiffe en partage , cependant :,
Je parcourus nos Montagnes ,
Je courus dans nos Campagnes ,
Pour faire de tout mon coeur ,
Un Bouquet à Monfeigneur ,
S'il peche dans l'Ordonnance ,
Ou s'il manque d'agrement ,
C'est qu'on dit ce que l'on penſe ,
Et non pas ce que l'on fent.
Voilà , Monfieur , tout ce qui m'eſt
arrivé , & il ne me faloit pas moins qu'un
Brigadier des plus zelez qu'ait notre Nation
au fervice de la France , pour Confident
de mon zele & mes legers travaux.
Ce ne fera , fi vous voulez , qu'un Fufée
entre mille autres , ou même qu'une fleur
fur tout un Parterre ; mais ce fera affez
de cette fleur , fi l'augufte nom dont elle
fe couvre peut en faire une IMMORTELLE.
J'ai l'honneur d'être , & c.
A Lauzanne ce 1. Octobre 1729.
Nous n'avons reçû cette Lettre qui
contenoit auffi l'Ode qui fuit , que le 28.
Août.
B. Brigadier des Armées du Roy , &
Colonel d'un Régiment Suiffe au Service
de Sa Majesté.
6
MONSIEU SIEUR ,
Quoique Suiffe , j'ai le coeur affez François
pour me joindre aux Concerts unìverfels
de la France ; & à ce titre , je me
réjouis veritablement du fujet de fes vives
acclamations , mais ne fut- ce qu'en
qualité d'homme , je fuis charmé d'un
évenement qui affermit fi generalement
la Paix . C'eſt fans doute le plus grand fruit
de la Naiffance de Monfeigneur le Dauphin
, & dès - là ce Prince doit être reçû
avec empreffement de toute l'Europe.
Je rêvois dernierement au bonheur
qu'un feul homme affure à tant d'autres,
lorfqu'une des Mufes parut devant moi.
Je jugeai que c'en étoit une à fa démarche
noble & mefurée , & à un éclat qui furpaffoit
celui des plus blelles fleurs .
Elle avoit certain air de douce complaifance ,
wx
Que lui donnoit cette Naiffance ,
Et fembloit renoncer à la ſeverité ,
Qu'éloigné la Profperité.
Je
SEPTEMBRE. 1730. 1941
Je me tirai à l'écart rempli de reſpect ,
perfuadé que je ne pouvois rien avoir à
démêler avec une Immortelle que je n'ofois
pas même adorer. Quelle fut ma furprife
, lorfqu'elle m'adreffa ainfi la parole !
O vous , Mortel , qui que vous foyez ,
qui croupiffez dans une molle indolence,
mon infpiration ne fçauroit- elle aller jufqu'à
vous ? mon audace lyrique ne
pourroit-elle vous échauffer ? Un demi
Dieu qui vient de naître , n'eft- il pas un
affez grand fujet pour exciter votre émulation
? Trop grand mille fois ( lui répon
dis- je ) à peine ofai- je chanter le repos que
je goute & le loifir dont je joüis , mes Airs
ne roulent que fur des fujets fimples &
champêtres ; une Mufette eft le feul Inftrument
que je connois , & la Lyre majeftueufe
tomberoit infailliblement de mes
mains.
Prenez -la fans confequence ( pourfuivit-
elle. ) Il y en a trop ( lui répartis-je )
à méconnoître fes talens . Je vous aiderai
( ajoûta- t - elle . ) Ah ! mon incapacité , lui
dis -je , eft au - deffus de votre pouvoir ;
allez donc , reprit-elle d'un air courroucé,
allez begaïer à l'avanture ; mais du moins
femez quelques fleurs fur le Berceau du
nouveau né. Elle part , & je fors de ma
rêverie : de toute cette apparition il ne me
refte que de l'ardeur.Un zele vif mais mal
foute1942
MERCURE DE FRANCE
foutenu , fut tout ce que la Mufe divine
ine laiffe en partage , cependant :,
Je parcourus nos Montagnes ,
Je courus dans nos Campagnes ,
Pour faire de tout mon coeur ,
Un Bouquet à Monfeigneur ,
S'il peche dans l'Ordonnance ,
Ou s'il manque d'agrement ,
C'est qu'on dit ce que l'on penſe ,
Et non pas ce que l'on fent.
Voilà , Monfieur , tout ce qui m'eſt
arrivé , & il ne me faloit pas moins qu'un
Brigadier des plus zelez qu'ait notre Nation
au fervice de la France , pour Confident
de mon zele & mes legers travaux.
Ce ne fera , fi vous voulez , qu'un Fufée
entre mille autres , ou même qu'une fleur
fur tout un Parterre ; mais ce fera affez
de cette fleur , fi l'augufte nom dont elle
fe couvre peut en faire une IMMORTELLE.
J'ai l'honneur d'être , & c.
A Lauzanne ce 1. Octobre 1729.
Nous n'avons reçû cette Lettre qui
contenoit auffi l'Ode qui fuit , que le 28.
Août.
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Résumé : LETTRE de M. L. C. S... à M. de B. Brigadier des Armées du Roy, & Colonel d'un Régiment Suisse au Service de Sa Majesté.
La lettre de M. L.C. S... à M. de B., Brigadier des Armées du Roy et Colonel d'un Régiment Suisse, exprime la joie de l'auteur pour la naissance du Dauphin, qui consolide la paix en Europe. Bien que Suisse, l'auteur se réjouit des acclamations en France et admire la paix résultant de cet événement. Dans un rêve, une Muse lui apparaît et le pousse à célébrer la naissance du Dauphin. Initialement réticent, l'auteur accepte de composer un poème en l'honneur du nouveau-né. La Muse disparaît, laissant l'auteur rempli d'ardeur et de zèle. Il parcourt montagnes et campagnes pour composer un bouquet poétique en l'honneur du Dauphin, reconnaissant que son œuvre est modeste mais sincère. La lettre se conclut par l'envoi de cette ode à M. de B., espérant qu'elle puisse être considérée comme une œuvre immortelle. La lettre est datée du 1er octobre 1729 et a été reçue le 28 août.
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7349
p. 1943-1945
ODE SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
Début :
Redoublez l'éclat de vos Fêtes, [...]
Mots clefs :
Naissance du Dauphin, Dauphin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
ODE
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN,
Redoublez l'éclat de vos Fêtes ,
France , un nouvel Aftre vous luit.
Quel préfage pour vos conquêtes ,
Que le bonheur qui le conduit !
Un jeune Alcide vient de naître ,
Il fort des BOURBONS & doit être
Un jour pere de fes Sujets ;
Que de merveilles j'en augure !
Heureuſe la Race future ,
Qui doit jouir de ſes bienfaits !
Tel qu'un Phénix qui de fa cendre ,
Sort plus brillant , plus glorieux ,
Tel lorfqu'on devoit moins l'attendre ,
LOUIS renaît de fes Ayeux .
En vain la Parque meurtriere ,
Veut précipiter la carriere ,'
Des Princes , * vos tendres amours ;
* Les Princes morts en 1712.
En
1944 MERCURE DE FRANCE
En vain la mort cruelle frappe ,
A fes coups le plus foible échappe
Elle ne peut rien fur les jours.
Les plus auguftes Deſtinées ,
Veillent fur fon facré Berceau ;
Elles refervent fes années ,
Pour quelque Miracle nouveau.
Pallas le couvrant de l'Egide ,
En Philippe lui donné un guide ,
Sçavant dans l'art de bien regner ,
Et dans la plus tendre jeuneffe
Fleury vient graver la fageffe ,
Dans fon coeur qu'il fçut lui gagner.
M
Mais encor trop frêle efperance ,
Dont l'objet peut fi -tôt finir !
Lui feul nourrit la confiance ,
Mais peut-il feul la foutenir ?
Quelle joye il fe multiplie :
Une double chaîne vous lie ,
A votre aimable Souverain ;
Et pour prix de vos voeux finceres
François , le Ciel ne tarde gueres ,
A vous accorder un DAUPHIN,
M
C'en eft fait, vos craintes finiffent;
11
SEPTEMBRE . 1730. 1945
Il affermit votre repos :
Déja vos ennemis frémiffent ,
De voir s'augmenter vos Heros :
La Paix regne dans leur Empire ;
La Diſcorde en fureur , foupire ,
Des Traits qui lui font arrachez,
En attendant que la Victoire ,
Ecrive au Temple de memoire
Des Exploits qui nous font cachez.
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN,
Redoublez l'éclat de vos Fêtes ,
France , un nouvel Aftre vous luit.
Quel préfage pour vos conquêtes ,
Que le bonheur qui le conduit !
Un jeune Alcide vient de naître ,
Il fort des BOURBONS & doit être
Un jour pere de fes Sujets ;
Que de merveilles j'en augure !
Heureuſe la Race future ,
Qui doit jouir de ſes bienfaits !
Tel qu'un Phénix qui de fa cendre ,
Sort plus brillant , plus glorieux ,
Tel lorfqu'on devoit moins l'attendre ,
LOUIS renaît de fes Ayeux .
En vain la Parque meurtriere ,
Veut précipiter la carriere ,'
Des Princes , * vos tendres amours ;
* Les Princes morts en 1712.
En
1944 MERCURE DE FRANCE
En vain la mort cruelle frappe ,
A fes coups le plus foible échappe
Elle ne peut rien fur les jours.
Les plus auguftes Deſtinées ,
Veillent fur fon facré Berceau ;
Elles refervent fes années ,
Pour quelque Miracle nouveau.
Pallas le couvrant de l'Egide ,
En Philippe lui donné un guide ,
Sçavant dans l'art de bien regner ,
Et dans la plus tendre jeuneffe
Fleury vient graver la fageffe ,
Dans fon coeur qu'il fçut lui gagner.
M
Mais encor trop frêle efperance ,
Dont l'objet peut fi -tôt finir !
Lui feul nourrit la confiance ,
Mais peut-il feul la foutenir ?
Quelle joye il fe multiplie :
Une double chaîne vous lie ,
A votre aimable Souverain ;
Et pour prix de vos voeux finceres
François , le Ciel ne tarde gueres ,
A vous accorder un DAUPHIN,
M
C'en eft fait, vos craintes finiffent;
11
SEPTEMBRE . 1730. 1945
Il affermit votre repos :
Déja vos ennemis frémiffent ,
De voir s'augmenter vos Heros :
La Paix regne dans leur Empire ;
La Diſcorde en fureur , foupire ,
Des Traits qui lui font arrachez,
En attendant que la Victoire ,
Ecrive au Temple de memoire
Des Exploits qui nous font cachez.
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Résumé : ODE SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
Le poème célèbre la naissance du Dauphin, héritier du trône de France, en exprimant la joie et l'espoir qu'elle suscite. L'enfant est vu comme un futur grand roi, comparable à Louis XIV. Le texte évoque la protection divine et la sagesse qui guideront le Dauphin, comparé à Hercule pour sa force et à un phénix pour sa renaissance glorieuse. La mort est décrite comme impuissante face à sa destinée exceptionnelle, protégé qu'il est par les dieux et entouré de guides sages comme Philippe et Fleury. La naissance du Dauphin est perçue comme un signe de prospérité et de paix pour la France, inspirant la crainte des ennemis et la joie du peuple. Le poème se conclut par l'annonce de la fin des craintes et l'affirmation de la paix dans l'empire, en attendant de futures victoires.
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7350
p. 1945
PRIERE, Pour Monseigneur LE DAUPHIN.
Début :
O Ciel ! fais qu'en naissant il aime la justice, [...]
Mots clefs :
Naissance du Dauphin, Dauphin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRIERE, Pour Monseigneur LE DAUPHIN.
PRIERE 2
Pour Monfeigneur LE DAUPHIN,
Ciel ! fais qu'en naiffant il aime la juſtice ,
Qu'à fes Sujets futurs ramenant l'âge d'or ,
Il joigne , s'il fe peut , la fageffe d'Uliffe ,
A la vieilleffe de Neftor.
Pour Monfeigneur LE DAUPHIN,
Ciel ! fais qu'en naiffant il aime la juſtice ,
Qu'à fes Sujets futurs ramenant l'âge d'or ,
Il joigne , s'il fe peut , la fageffe d'Uliffe ,
A la vieilleffe de Neftor.
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