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7351
p. 1082-1115
DISSERTATION sur l'Origine du Papier et Parchemin timbré, les Lieux où cette Formalité est établie, son Objet, ses Effets, et diverses questions auxquelles elle peut donner lieu. Par M. A. G. Boucher d'Argis, Avocat au Parlement.
Début :
Quoique l'établissement du Papier et Parchemin timbré en France ne [...]
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texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION sur l'Origine du Papier et Parchemin timbré, les Lieux où cette Formalité est établie, son Objet, ses Effets, et diverses questions auxquelles elle peut donner lieu. Par M. A. G. Boucher d'Argis, Avocat au Parlement.
DISSERTATION sur l'Origine du
Papier et Parchemin timbré, les Lieux
où cette Formalité est établie, son Objet,
ses Effets, et diverses questions auxquelles
elle peut donner lieu. Par M. A. G.
Boucher d'Argis, Avocat au Parlement.
Quoique l'établissement du Papier
et Parchemin timbré en France ne
Q
remonte guere qu'à 60. et quelques an
I Vol.
2
nées
JUIN.
1737.
1033
nées, et que cette matiere semble d'abord
être purement de Finance , la formalité
du Timbre en général , ne laisse pas d'ê-
tre fort ancienne , et de faire naître di-
verses questions , dont la décision dé-
pend des principes du Droit et de l'é-
quité naturelle.
C'est sous ce point de vûë que l'on se
propose de discuter ici cette matiere , et
seulement en ce qui est du Ressort de la
Jurisprudence .
19. Il paroîtra peut- être singulier que
l'on fasse remonter l'origine du Papier
timbré jusqu'au temps des Romains : ce-
pendant il est constant que cette forma-
lité ne leur étoit pas totalement incon-
nuë.
En effet , l'Empereur Justinien , con-
siderant le grand nombre d'Actes que les
Tabellions de Constantinople recevoient
journellement , et voulant prévenir cer-
taines faussetés qui pouvoient s'y glis-
ser , par sa Novelle 44. publiée l'an 537.
suivant les Fastes Consulaires ch. 2.
* Novella 44. de Tabellionibus , et ut Protoco-
la dimittant in
chartis. Imperator Justinianus
August. Joanni Prafect.Prator. iterùm Exconsuli et
Patricio. Litem , &c. Cap. II .
Illud quoque prasenti adjicimus Legi , ut Ta-
beliones non in aliâ charta purafcribant documen
ta , nisi in illâ qua in initio ( quod vocatur Proto-
I.Vol.
donna
7084 MERCURE DE FRANCE
donna que ces Tabellions ne pouroient
recevoir les Originaux des Actes de leur
ministere que sur du Papier en tête du-
quel (ce qu'on apelloit le Protocole ) se-
roit marqué le nom de l'Intendant des
Finances qui seroit alors en place , le
temps auquel auroit été fabriqué le pa-
pier, et les autres chosesque l'on avoit coû
tume de mettre en tête de ces papiers des-
colum per tempora gloriosissimi Comitis sacrarum
nostrarum largitionum habeat appellationem , et
tempus quo Charta facta est , et quacumque in ta-
libus scribuntur , et ut Protocolum non incidant
sed insertum relinquant. Novimus enim multas
falsitates ex talibus chartis ostensas et priùs et nunc;
ideóque licet aliqua sit charta ( nam et hoc san-
cimus ) habens Protocolum non ita conscriptum
sed aliam quandam scripturam gerens , neque il-
lam suscipiant , tanquam adulteram , et ad talia'.
non opportunam: sed in sola ali chartâ qualem du-
dum diximus,documenta scribant: hoc itaque qua de
qualitate talium chartarum à nobis decreta sunt ,
et de incisione eorum qua vocantur Protocola ,
lere in hac felicissimâ solùm Civitate volumus, ubi
plurima quidem contrahentium multitudo , multa
quoque chartarum abundantia est ,
modo interesse negotiis ,
X1 x. Kalend. Septembris
1. Vol.
va-
et licet legali´
et non dare occasionem
quibufdam falsitatem committere : cui se obnoxios
existere demonstrabunt , qui prater hac aliquid'
agere prasumpserint : que igitur placuerunt nobis
et per hanc sanctam declarata sunt Legem : tua
eelsitudo operi effectuique tradere festinet. Datum
tinés
1. Vol.
JUIN.
1737.
1085
tinés à écrire les Originaux des Actes que
recevoient les Tabellions de Constanti-
nople , ce que l'on apelloit , suivant la
Glose et les Interprétes , Imbreviaturam
totius contractus; c'est-à dire un Titre qui
annonçoit sommairement la qualité et
substance de l'Acte.
Par cette même Novelle l'Empereur
défendoit aussi aux Tabellions de Cons-
tantinople de couper ces marques et ti-
tres qui devoient être en tête de leurs-
Actes : il leur enjoignoit de les laisser
sans aucune altération , et défendoit aux
Juges d'avoir égard aux Actes écrits sur
du papier qui ne seroit pas revêtu en tê-
te de ces marques , quelques autres ti
tres ou Protocoles qui y fussent écrits.
Cette origine des Papiers et Parche
mins timbrés a été remarquée par M.de
Bâville , Intendant de Languedoc , dans
les Mémoires ( a ) qu'il a fait pour ser-
vir à l'Histoire de cette Province , dans
lesquels , en parlant du Domaine , il dit
que comme il y a deux Généralités (b )
( a )Ces Mémoiresfurent faits pour l'instruction
de M. le Duc de Bourgogne en l'année 1697. On
les a imprimé depuis sous le nom fent d'Amster-
dam 1734. mais le vrai lieu de cette Edition est
Marseille.
( b) Il n'y avoit alors dans le Languedoc que
dans
1086 MERCURE DE FRANCE
dans leLanguedoc, il y a aussi deux Sous-
Fernres du Domaine ; l'une pour la Gé-
néralité de Toulouse , l'autre pour la Gé-
néralité de Montpellier , et que dans ces
Sous-Fermes sont compris le Papier tim-
bré , les Fórmules et le Contrôle des
Exploits , et à ce propos il remarque, en
passant , que le Papier timbré n'a pas été
inconnu aux Romains , puisqu'on voiť
par la Novelle 44. qu'ils avoient une es-
pece particuliere de papier pour écrire
les Originaux des Actes des Notaires ,
lequel portoit la marque que l'Intendant
des Finances vouloit y faire aposer , et
la date du temps auquel il avoit été
fait.
On ne peut donc pas disconvenir que
la formalité du papier timbré étoit déja
en quelque usage chés les Romains , puis-
que les titres,dates et autres marques qui
devoient être aposées en tête du papier des-
tiné à écrire les Actes originaux des Ta-
bellions de Constantinople , étoient une
espece de Timbre qui avoit le même ob-
jet que ceux qui sont aujourd'hui usités
en France et dans plusieurs autres Pays.
II. Mais il est vrai qu'à l'exception
de la Ville de Constantinople , où cette
ces deux Généralités , aujourd'hui il y en a trois
sçavoir , Toulouse , Montpellier et Montauban.
1. Vol.
formalité
JUIN.
1087
1737.
formalité étoit établie , et pour les Actes
des Tabellions seulement , les Grecs , les
Romains et les autres Nations ne se ser-
voient point anciennement de papier et
Parchemin timbré : il n'y avoit alors au-
cune marque sur les Actes publics qui
les distinguât des écritures privées , car
les Grecs et les Romains n'avoient point
de Sceaux publics , ils n'avoient que des
Sceaux particuliers , ou plûtôt de simples
Cachets qu'ils aposoient aux Actes, au
Heu de signature , comme cela s'est pra-
tiqué long- tems dans plusieurs Pays , et
même autrefois en France , à cause qu'il
y avoit alors peu de personnes qui sçûs-
:
lesquels Sccaux particuliers
sent écrire
n'avoient aucun raport avec les Timbres
dont nous parlons.
III. On tient communément que le
Papier et le Parchemin timbré commen-
cerent à être établis en Espagne et en
Hollande vers l'an 1555.
IV. Ils le furent ensuite en Allema-
gne et dans les Pays-Bas de la Domina-
tion Impériale je n'ai pas trouvé l'Epo-
que précise du temps auquel ils com-
mencerent à y être en usage
mais
je puis assurer qu'il y en avoit du-
moins dès 1668. car j'ai vu un Acte reçû
par des Notaires à Bruxelles daté du 20 .
Février
L.Vol.
088 MERCURE DE FRANCE
Février 1668. qui étoit sur du papier
timbré.
J'ai remarqué deux choses particulie
res au Timbre qui est usité dans ces
Pays.
La premiere, est qu'ils ne sont point
frapés avec un Poinçon , comme ceux
qui sont usités en France et dans plusieurs
autres endroits , mais imprimés avec une
planche de cuivre, comme les Estampes.
La seconde , est que lorsqu'un Acte est
composé de plusieurs feuilles , il suffit
que la premiere soit de Papier timbré, les
autres que l'on insere au dedans peuvent
être de papier commun , au lieu qu'en
France et dans la plupart des autres en-
droits , où les Papiers et Parchemins tim-
brés sont établis, il fautque chaque feüil-
le employée aux Actes publics porte son
timbre.
V. On se sert aussi de papiers et par-
chemins timbrés pour les Actes publics
dans toute l'Angleterre , l'Ecosse et l'Ir-
lande : le Timbre que l'on y apose est
frapé avec un Poinçon , mais il n'y a
point d'encre ni aucune autre couleur
dans le Poinçon , ensorte que le Timbre
qu'il imprime ne paroît que parce qu'il
y a un peu de relief.
Ce Timbre d'Angleterre ne contient
I. Vol.
poinc
JUIN.
1737
1089
point les Armes du Roy , comme la plû-
part des autres Timbres : il est composé
de trois especes d'Ecussons accollés , char-
gés chacun d'une Rose , au tour de la-
quelle sont écrits ces mots : Honny soit
qui mal y pense , qui sont le cri des Ar
mes d'Angleterre.
VI. Les Papiers et Parchemins tim-
brés sont aussi en usage en Lorraine et
dans le Barrois , en Italie , dans le Com-
tat d'Avignon , et dans plusieurs autres
Etats de l'Europe.
VII. Pour ce qui est de la France ,
Louis XIV . étant lors à Paris, donna un
Edit au mois de Mars 1655. portant éta-
blissement d'une Marque sur le Papier et
le Parchemin pour la validité de tous les
Actes qui s'expedieroient dans le Royau-
me. Cet Edit fut enregistré en Parlement,
en la Chambre des Comptes , et en la
Cour des Aydes le 20. du même mois . Il
est à la Chambre des Comptes au je Vo-
lume des Ordonnances de Louis XI V.
coté 3. n. folio 69. et il en est fait men-
tion dans le Recueil des Ordonnances
Edits , &c. par M. Blanchart : mais cet
Edit n'eut pour lors aucune execution.
Ce ne fut qu'en 1673. qu'on ordon-
na de nouveau l'usage des Papiers et Par-
chemins timbrés , à l'occasion des For-
1. Vol.
mules
1090 MERCURE DE FRANCE
mules qui devoient être dressées pour
tous les Actes publics ; le Roy ayant re-
glé la forme de la procédure , tant au
Civil qu'au Criminel , par ses Ordon-
nances de 1.667. et 1670. et ordonné que
cette nouvelle forme de proceder seroit
suivie dans tout son Royame , pour faci-
liter l'execution de ses Reglemens , et
faire cesser les divers stiles particuliers
qui s'observoient dans chaque Tribunal ,
donna une Déclaration le 19. Mars 1673 .
par laquelle il ordonna qu'il seroit dres-
sé un Recueil de Formules , tant des Ac-
tes Judiciaires que des Actes des Notai-
res , pour y avoir recours au besoin , et
que sur ces Formules il seroit imprimé
des Exemplaires de chaque nature d'Ac-
tes , lesquels seroient marqués en tête d'u-
ne Fleur-de- lys , et timbrés de la qualité et
substance des Actes , comme aussi du Droit
qui seroit perçu pour chaque Acre , sui-
vant la Taxe qui en seroit faite au Con..
seil.
Les Formules d'Actes ordonnées par
cette Déclaration n'ont jamais eu lieu ,
parce que l'on y trouva trop de difficulté
et d'inconveniens : mais le Roy donna
une autre Déclaration au mois de Juillet
1673. registrée au Parlement le 10. du
même mois , par laquelle , en attendant
I. Vol.
que
JUIN.
1737.
1091
que les Formules fussent perfectionnées,il
ordonna queles Actes publics ne pouroient
être écrits que sur du papier et parche-
min timbré , comme ils devoient l'être
pour les Formules , avec cette difference
seulement , que le corps de l'Acte seroit
entierement écrit à la main.
Depuis ce Reglement on commença
à écrire les Actes publics sur du papier et
parchemin timbré
,
et on a toujours
continué jusqu'à present ; il y a scule-
ment eu des augmentations et diminu-
tions de Droits sur ces papiers , et divers
changemens dans la Formule des Tim-
bres mais l'objet de cette Dissertation
n'est pas de raporter ici tous ces Regle-
mens , encore moins d'entrer dans le dé-
tail des peines pecuniaires pronon-
cées contre ceux qui commettent à cet
égard quelque contravention ; cette pa : 3
tie qui ne concerne que la Finance
a été traitée par le Sr Deniset , Inte-
ressé dans les Fermes du Roy , lequel en
1715. a donné au Public un Volume in-
12. sous le titre de Recueil des Formules
des Papiers et Parchemins timbrés , & c.
dans lequel il a raporté les divers Regle
mens faits sur ce sujet, même les. Tarifs
des Droits , et les Baux faits aux Adju-
›
dicataires de cette Ferme, avec des Ob-
1. Vol.
C servations
1092 MERCURE DE FRANCE
servations sur la perception de ces Droits,
sur les Fonctions des Préposés et Com-
mis , &c. Ceux qui voudront en voir
davantage à cet égard , peuvent avoir re-
cours à ce Recučil.
VIII. J'observerai seulement que
depuis 1715. date de l'Edition de ce Re-
cueil , il est survenu deux Déclarations
au sujet des Papiers et Parchemins tim
brés.
Par la premiere , qui est du 7. Déa
cembre 1723. registrée en Parlement le
22. du même mois, le Roy en suprimant
la Formalité du Controlle des Actes des
Notaires au Châtelet de Paris , avoit éta-
bli divers Timbres particuliers , qui de-
voient être aposés sur les Actes qu'ils
recevroient , outre le Timbre ordinaire
de la Ferme , sçavoir un Timbre parti-
culier pour
les Actes de la premiere classe
qui y étoient détaillés , un pour les Ac-
tes de la seconde classe , un pour les pre-
mieres feuilles d'Expeditions,un autre pour
les secondesfeuilles.
Toutes ces differentes Formules ont
été suprimées par la seconde Déclaration
qui est du 5. Décembre 1730. par la-
quelle il est ordonné qu'à compter du
premier Janvier 1731. les Notaires de
Paris écriront tous leurs Actes sur du
1. Vol.
papier
JUIN.
1737.
103
papier timbré du Timbreord.naire des Fer
mes du Roy et outre cela d'un Timbre
particulier , intitulé Acres des Notaires de
Paris. Laquelle Formule sera uniforme
pour toute sorte d'Actes .
Tel est le dernier état des Reglemens
faits en France sur cette matiere.
IX.
Il y a quelques Provinces qui
n'ayant été réunies à la France qu'à la
charge d'être maintenues dans leurs Im-
munités et Privileges , n'ont point été
assujetties à la formalité des Timbres
parce qu'ils n'y étoient pas établis aupa-
ravant : Telles sont la Flandre, l'Artois,
Charleville et son Territoire , l'Alsace et
le Roussillon.
X. Il y a aussi deux Principautés
clavées dans la France ; sçavoir celle de
Dombes et celle d'Orange , et encore la
Principauté d'Henrichemont et Bois Belle
en Berry, dans lesquelles on ne se sert pas
non plus de papier timbré.
XI. Les Timbres que l'on apose en
France aux papiers et parchemins desti-
nés à écrire les Actes publics , sont im-
primés avec un Poinçon , et representent
les Armes du Prince, ou son Chiffre , ou
quelqu'autre marque par lui ordonnée ,
selon la nature des Actes , car il y a non
seulement un Timbre particulier pour
1.Vo!
ċij
chaque
1094 MERCUREDE FRANCE
chaque Généralité, mais il y a aussi dans
une même Généralité divers Timbres ,
>
selon la nature des Actes. On garde à
Paris dans l'Hôtel de Charny tous les
Poinçons des Timbres de toutes les Gé-
néralités , et c'est là que se timbrent les
papiers et parchemins pour tout
Royaume.
le
XII. Nos Timbres ont quelque ra
port avec les Sceaux publics , en ce que
les uns et les autres sont ordinairement
une empreinte des Armes du Prince , et
qu'ils s'aposent également aux Actes pu-
blics , et les distinguent des Actes sous
signature privée ; il ne faut pourtant pas
confondre ces deux Formalités , y ayant
entr'elles deux differences essentielles.
La premiere est que les Sceaux publics
tels que ceux du Roy, des Chancelleries,
des Jurisdictions , des Villes , des Uni-
versités , et autres semblables s'apliquent
en relief sur une forme de cire , ou
de quelqu'autre matiere propre à en rece-
voir l'empreinte: il y en aque l'on aplique
sur l'Acte même , d'autres qui sont à dou-
ble face , et qui ne sont attachés à l'Acte
que par des Lacs : au lieu que les Tim-
bres ne sont qu'une marque imprimée
au haut du papier ou parchemin ; lequel
nom de Timbre paroît avoir été emprun-
I. Vol.
té
JUIN.
1737.
1055
té du Blazon , & tirer son étimologie de
ce que le Timbre des papiers et parche-
mins s'imprime au haut de chaque feüil-
le , comme le casque ou autre couron-
nement que l'on nomme aussi Timbre ,
en termes de Blazon , se met au dessus
de l'Ecu.
La seconde difference eft que les Sceaux
que l'on apose aux Actes reçûs par des
Officiers publics, sont la marque de l'au
torité dont ils sont revêtus ; non- scule-
ment ils donnent à l'Acte un caractere
de publicité , mais en quelques endroits
comme à Paris , ils lui donnent aussi le
droit d'éxecution parée , tellement que
si un Acte public n'y étoit pas revêtu du
Sceau qu'il doit avoir pour être execu-
toire , il ne pouroit être mis à execu-
tion , quand même il seroit d'ailleurs re-
vêtu de toutes les autres formalités neces-
;
saires au lieu que le Timbre ne sert qu'à
donner à l'Acte une forme publique et
autentique , et ne lui donne en aucun
Pays le droit d'éxecution parée.
XIII. Quoique la formalité du Tim-
bre semble n'avoir été établie que pour
la finance qui en revient au Roy , elle ne
laisse pas d'être utile d'ailleurs.
En effet , le Timbre sert , 19. à distin-
guer à l'inspection seule du haut de la
1. Vol.
Cij fülle
1096 MERCURE DE FRANCE
feuille sur laquelle l'Acte est écrit, si c'est
un Acte émané d'un Officier public , ou
si ce n'est qu'une Ecriture privée.
2°. Le Timbre sert à faire respecter et
conserver les Affiches , Publications et
autres Actes que l'on attache exterieure-
ment aux portes de certaines Maisons ,
ou dans les Places publiques , en cas de
Decret , Licitation , Adjudication , ou
autre Publication : car dans ces sortes
d'Affiches , il n'y a proprement que le
Timbre qui fasse connoître que ce sont
des Actes émanés de l'autorité publique,
et sans cette formalité ils pouroient être
regardés comme des Ecrits privés, d'au-
tant plus que ces sortes d'Actes ne sont
point scellés , et qu'il n'y a que le Tim-
bre qui les distingue des Ecritures pri-
vées..
3. Le Timbre sert aussi à prévenir
certaines antidates et faussetés que l'on
pouroit plus facilement commettre ,
si
cette formalité n'étoit pas établie : car
comme il y a un Timbre particulier pour
chaque Pays , et même en France pour
chaque Province, que ces Timbres ont
été changés en divers temps , et que l'on
ne peut écrire les Actes publics que sur
du papier ou parchemin timbré du Tim-
bre actuellement autorisé dans le temps
I. Vol
et
JUIN.
1737.
1097
et le lieu où se passe l'Acte , ceux qui
écrivent un Acte sur du papier marqué
du Timbre actuel d'un certain Pays , ne
peuvent pas impunément le dater d'un
temps ni d'un lieu auquel il y auroit eut
un autre Timbre , parce que le Timbre
aposé à l'Acte démentiroit ces dates , et
en feroit connoître la fausseté.
4. Le principal effet des Timbres
( du moins que les Reglemens leur ont
attribué ) est qu'ils sont une des forma-
lités nécessaires pour donner l'authenti-
cité et le caractere de publicité aux Actes
reçûs par des Officiers publics : tellement
que sans cette formalité ces Actes ne pro-
duiroient point d'hypoteque , et ne se-
roient pas authentiques ni exécutoires :
ils ne seroient au plus considerés que
comme des Ecritures privées, et dans cer-
tains cas , ils seroient absolument nuls ,
ainsi que nous l'expliquerons dans un
moment ; ce qui a ainsi lieu , quand mê
me ces Actes seroient d'ailleurs revêtus
de toutes les autres formalités nécessaires
pour produire leur effet.
XIV. L'observation de cette forma
lité est d'autant plus importante , que
les Reglemens qui la prescrivent ne sont
pas des Loix seulement comminatoires ,
elles prononcent formellement la peine
I. Vol.
Ciiij.
de
1098 MERCURE DE FRANCE
de nullité contre les Actes publics qui
ne seront pas sur papier timbré : ensorte
que l'on ne pouroit pas rendre valable
un Acte public écrit sur du papier com-
mun , en le faisant timbrer après coup ,
même en payant aux Fermiers les Droits
et les Amendes , parce que le Fermier ne
peut pas remettre la peine de nullité :
dès qu'elle est encouruë , le droit d'opo-
ser la nullité de l'Acte est acquis.à tous
ceux qui pouroient avoir interêt d'en.
contester la validité ; et comme c'est une
maxime certaine que l'on ne peut pré-
judicier au droit acquis à un Tiers , le
Fermier ne peut remettre la peine de
nullité une fois encourue par l'omission
de la formalité du Timbre.
XV . Pour déterminer si un Acte public
doit , pour être valable , être écrit sur
du papier ou parchemin timbré , ou s'il
peut être écrit sur du papier ou parche-
min commun, on ne doit considerer que
l'usage du Lieu où se passe l'Acte. Si les
papiers et parchemins timbrés y sont éta-
blis , on doit s'en servir à peine de nulli-
té de l'Acte : si au contraire ils n'y sont
point établis , comme dans quelques
Pays et Provinces que nous avons ci- de-
vant remarqué , en ce cas , on n'est pas
obligé de s'en servir , quand même l'Of-
1. Vol.
ficier
JUIN.
17378
formalité des Timbres ést établie.
1099
ficier public , qui reçoit l'Acte , auroit
sa résidence ordinaire dans un lieu où la
Le principe par lequel se décide cette
question, est que tout ce qui ne concer-
ne que les formalités extérieures des
Actes, se regle par l'usage du Lieu où ils
se passent , suivant la maxime Locus re-
git actum. Or certainement il n'y a rien
qui soit plus de la forme extérieure des
Actes que le papier ou le parchemin sur
Fequel ils doivent être écrits ,
et le
Timbre qui y doit être aposé ; ainsi les
Ordonnances , Edits et Déclarations qui
ont établi les papiers et parchemins tim-
Brés , n'ayant pour objet que d'assujettir
les Actes publics à une formalité exté-
rieure , et qui ne concerne absolument
que
la forme , ne doivent être observés
"
que pour les Actes qui se passent dans
fes Pays où ces Loix sont établies.
En effet , quoiqu'il soit enjoint aux
Officiers publics de se servir de papiers
et parchemins timbrés dans le lieu où ils
sont établis , cette disposition n'est pas
un Statut personnel qui les assujettisse à
Suivre sa disposition , en quelque lieu
qu'ils se trouvent ; ce n'est qu'un Statut
réel et local , fait pour regler la formet
extérieure des Actes , et qui par conse
J. Vol
Gy
quent
1098 MERCURE DE FRANCE
de nullité contre les Actes publics qui
ne seront pas sur papier timbré : ensorte
que l'on ne pouroit pas rendre valable
un Acte public écrit sur du papier com-
mun , en le faisant timbrer après coup ,
même en payant aux Fermiers les Droits
et les Amendes , parce que le Fermier ne
peut pas remettre la peine de nullité :
dès qu'elle est encouruë , le droit d'opo-
ser la nullité de l'Acte est acquis à tous
ceux qui pouroient avoir interêt d'en.
contester la validité ; et comme c'est une
maxime certaine que l'on ne peut pré-
judicier au droit acquis à un Tiers , le
Fermier ne peut remettre la peine de
nullité une fois encourue par l'omission
de la formalité du Timbre.
XV. Pour déterminer si un Acte public
doit , pour être valable , être écrit sur
du papier ou parchemin timbré , ou s'il
peut être écrit sur du papier ou parche-
min commun, on ne doit considerer que
l'usage du Lieu où se passe l'Acte. Si les
papiers et parchemins timbrés y sont éta-
blis , on doit s'en servir à peine de nulli-
té de l'Acte : si au contraire ils n'y sont
point établis , comme dans quelques
Pays et Provinces que nous avons ci-de-
vant remarqué , en ce cas , on n'est pas
obligé de s'en servir , quand même l'Òf-
1. Vol.
ficier
JUIN.
17378
formalité des Timbres ést établie.
1099
ficier public , qui reçoit l'Acte , auroit
sa résidence ordinaire dans un lieu où la
Le principe par lequel se décide cette
question , est que tout ce qui ne concer
ne que les formalités extérieures des
Actes, se regle par l'usage du Lieu où ils
se passent , suivant la maxime Locus re-
git actum. Or certainement il n'y a rien
qui soit plus de la forme extérieure des
Actes que le papier ou le parchemin sur
Fequel ils doivent être écrits ,
et le
Timbre qui y doit être aposé ; ainsi les
Ordonnances , Edits et Déclarations qui
ont établi les papiers et parchemins tim-
Brés , n'ayant pour objet que d'assujettir
les Actes publics à une formalité exté-
rieure , et qui ne concerne absolument
que la forme , ne doivent être observés
que pour les Actes qui se passent dans
fes Pays où ces Loix sont établies.
En effet , quoiqu'il soit enjoint au
Officiers publics de se servir de papiers
et parchemins timbrés dans le lieu où ils
sont établis , cette disposition n'est pas
un Statut personnel qui les assujettisse à
suivre sa disposition , en quelque lieu
qu'ils se trouvent ; ce n'est qu'un Statut
réel et local , fait pour regler la forme
extérieure des Actes , et qui par conse
J.Vol
Gy
quent
Troo MERCURE DE FRANCE
quent ne regle que la forme de ceux qui'
se passent dans le lieu où ce Statut est
observé.
Il est vrai qu'il arrive rarement qu'il
se forme un combat sur ce Point entre
deux Statuts oposés , parce qu'il faut
pour cela que l'Officier public , qui a sa
residence dans un lieu dans lequel le pa
pier et le parchemin timbré sont établis,
ait été recevoir un Acte dans un lieu où
les Actes même publics s'écrivent sur du
papier commun , ou bien vice versâ, que
I'Officier public , qui auroit sa residence
dans un lieu où il n'y auroit point de
papier timbré , ait été recevoir un Acte
dans un lieu où la formalité du Timbre
seroit établie, ce qui n'est pas ordinaire,
la plupart des Officiers publics , n'ayant
droit d'instrumenter que dans le lieu de
leur residence:
Néanmoins ces sortes de cas peuvent
arriver , et arrivent en effet quelquefois
Par exemple , les Huissiers au Châte-
let de Paris ont droit d'exploiter par tout
le Royaume. Un de ces Huissiers qui a sa
residence ordinaire à Paris , est obligé de
se servir de papier timbré pour les Ex-
ploits qu'il y feroit , parce que cette for-
malité y est établies mais si , en vertu
du privilege qu'il a d'exploiter par tout
Mr.Vol.
le
JUIN.
1737
ΥΙΟΙ
le Royaume , I alloit faire quelque Ex-
ploit dans une Province où le papier et le
parchemin timbré n'est pas établi , telle
que Charleville , Henrichemont et autres
semblables , il ne seroit pas obligé de se
servir de papier timbré pour les Exploits
qu'il feroit dans ces Provinces , parce
que la Loy particuliere de chaque Pays
regle la forme extérieure des Actes qui
s'y passent , et que dans ce cas le papier
timbré n'est pas nécessaire , puisque la
Loy du Pays ne l'ordonne point.
Il en est de même à l'égard des No-
taires au Châtelet de Paris , qui ont leur
residence à Paris, et y font ordinairement
leurs fonctions ; ils sont obligés pour les
Actes qu'ils y reçoivent de se servir de
papier ou parchemin timbré, selon la na-
ture des Actes ; mais comme ils ont droit
d'instrumenter par tout le Royaume,
Hs peuvent aller recevoir des Actes
dans quelqu'autre Province dans laquelle
le papier timbré n'a pas lieu , et dans cet
cas ils ne seront pas obligés d'écrire leurs
Actes sur du papier ou parchemin tim-
bré , il suffira qu'ils les écrivent sur du
papier commun , suivant l'usage du lieu
où se passent les Actes.
De même encore un Conseiller au Par
lement de Paris , qui seroit commis par
J Vol.
Cvj
sa
Tro2 MERCURE DE FRANCE
sa Compagnie pour aller faire quelque
Enquête , Information , Visite ou autre
Procès verbal dans un lieu du Ressort où
le papier timbré n'est pas établi, comme
en Artois , ne seroit pas obligé de s'en
servir pour écrire les Actes qu'il feroit
dans ce lieu .
Et par une suite nécessaire du même
principe que la Loy du lieu où se passent
les Actes , regle tout ce qui est de la for-
me extérieure , un Officier public , éta-
bli dans un lieu où l'on se sert de papier
timbré , lequel , en vertu de quelque
Privilege ou Commission , iroit instru
menter dans un lieu où le papier timbré
seroit pareillement établi , mais dont le
Timbre seroit different , ne pouroit pas
dans ce lieu se servir de papier marqué
du Timbre autorisé dans le lieu de sa re-
sidence , il seroit tenu de se servir de
papier timbré pour le lieu où il passeroit
Acte
ensorte que les Notaires au Châ-
telet de Paris , qui par la Déclaration du
7. Septembre 1723. ont été affranchis de
la formalité du Controlle , au moyen
d'un Timbre particulier qui a été ajoûté
au papier dont ils se servent , ne pou
roient pas se servir de ce papier dans une
autre Généralité où il y auroit un Tim-
bre different , ils seroient obligés de se:
I.Vol
servig
JUIN.
1737.
F103
servir de papier timbré pour le lieu où
ils passeroient l'Acte , et il y a lieu de
croire que les Actes ainsi reçûs par des
Notaires de Paris , seroient sujets au Con
trolle comme tous les autres Actes qui
se passent dans les lieux où le Roy n'a
point établi le Timbre particulier , au
moyen duquel il a affranchi les Notaires
de Paris de la formalité du Controlle
parce que , comme on l'a déja observé, la
forme des Actes se reglant par la Loy dư
lieu où ils se passent les Actes reçûs par
des Notaires de Paris dans une autre Géné-
ralité , où le Controlle est établi, et où il
il
y a un Timbre different de celui de Pa-
ris , ne doivent point être reçûs selon la
forme usitée à Paris , mais suivant celle
qui est usitée dans le lieu où ils se passent,
et par consequent doivent être controllés
et écrits sur du papier timbré exprès pour
le lieu de la passation , puisque ce sont là
les formalités prescrites pour ce lieu.
XVI. Quoique par plusieurs Ordon
nances , Edits et Déclarations , le Roy
ait distingué les Actes qui doivent être
écrits en parchemin timbré, de ceux qu'il
suffit d'écrire sur du papier timbré ; un
Acte qui doit être en parchemin timbré
ne seroit pas nul , sous prétexte qu'il ne
seroit qu'en papier timbré
Val
parce que
1104 MERCURE DE FRANCE
le Roy a bien ordonné sous peine de nul-
lité d'écrire les Actes publics sur du papier
ou parchemin timbré , mais lorsqu'il a
distingué les Actes qui doivent être en
parchemin d'avec ceux qui doivent être
en papier, il n'a pas prononcé la peine de
nullité contre les Actes où ces distinc-
tions n'auroient pas été observées : en-
sorte qu'en cas de contravention à ces
distinctions, les Officiers publics sont
seulement sujets aux peines pecuniaires
prononcées par les Reglemens.
XVII. Il y auroit seulement plus de
difficulté, si un Acte d'une certaine nature
étoit écrit sur du papier ou parchemin
destiné à des Actes totalement differens:
Par exemple , si un Notaire écrivoit ses
Actes sur du papier ou parchemin des-
tiné pour les Expeditions des Greffiers ,
et vice versa. Dans ces cas la contradic-
tion qui se trouveroit entre l'intitulé du
Timbre, et la qualité de l'Acte, pouroic
faire foupçonner qu'il y auroit eu quel-
que surprise , et qu'on auroit fait signer
aux Parties un Acte pour un autre , ou
dumoins feroit rejeter l'Acte comme
étant absolument informe.
De même s'il arrivoit qu'un Acte pas
sé dans une Généralité fût écrit sur du
I. Vol.
...
papier
JUIN.
1737-
1105
papier ou parchemin timbré du Timbre
d'une autre Généralité , il y a lieu de
croire qu'un tel Acte seroit declaré nul ,
parce que ce seroit aux Parties à s'im-
puter d'avoir fair écrire leur Acte sur du
papier qui ne pouvoit absolument ycon-
venir , et qu'ils ne pouvoient ignorer
être d'une autre Généralité , puisque le
nom de chaque Généralité est gravé dans
chaque Timbre qui lui est particulier.
Mais si un Acte qu'il suffit d'écrire
sur du papier timbré étoit écrit sur du
parchemin timbré ; ou bien si un Acte-
que l'on peut mettre sur du papier ou
parchemin commun étoit écrit sur du
papier ou parchemin timbré , un tel Ac-
re ne seroit pas pour cela nul , parce que
ce qui abonde ne vicie point.
XVIII. En France , depuis quelques.
années , on a établi une Fabrique par-
ticuliere pour lespapiers que l'on destine
à être timbrés , dans le corps desquels au
licu de la Marque ou Enseigne du Fabri
quant , il y a au milieu de chaque feüil-
let une impression du Tinibre qui y doir
être aposé en tête.
Selon l'usage,ce Timbre interieur ne pa
roît pas être absolument de l'essence de la
formalité , et à la rigueur il suffit que le
papiersur lequel est écritl'Acte public soit
LiseVol
timbré
1105 MERCURE DE FRANCE
timbré au haut de chaque feuille du Tim
bre extérieur qui s'imprime avec un
Poinçon et en effet les Officiers publics
écrivent quelquefois leurs Actes sur du
papier commun , et font ensuite timbrer
chaque feuille avant de signer et de faire
signer l'Acte.
Il seroit néanmoins à propos que les
Officiers publics ne pussent se servir que
de papier timbré , tant du Timbre inté-
rieur que du Timbre extérieur ; carloin
que cette repetition du Timbre soit inu-
tile , chacun de ces deux Timbres a son
atilité particuliere.
Le Timbre imprimé au haut de cha-
que
feüille sert à faire connoître à l'ins-
pection seule d'un Acte, s'il est public ou
privé.
Le Timbre qui est dans le corps du
papier et fait en même temps que le pa-
pier , sert à assurer que le papier étoit
timbré lorsque l'Acte y a été écrit , et
qu'il n'a pas été timbré après coup : en
quoi ce dernier Timbre est un garand
plus sûr de la forme de l'Acte que le
Timbre extérieur , qui pouroit être apli
qué après coup , pour faire valoir un Ac-
re auquel manqueroit cette formalité.
Ce Timbre intérieur pouroit aussi ser-
vir à supléer le Timbre imprimé s'il se
J. Fol
trouvoit
JUIN.
1737.
1107
trouvoit effacé , ou si le haut de la page
sur lequel il est aposé étoit déchiré : sur
quoi il faut remarquer , en passant , que
les Officiers publics devroient toûjours
avoir l'attention de disposer leurs Actes
de maniere qu'on ne puisse en suprimer
le Timbre sans alterer le corps de l'Ac-
te, ce que néanmoins quelques uns n'ob-
servent pas, ne commençant à écrire leurs
Actes qu'au-dessous du Timbre.
Pour revenir au double Timbre , je
dis
que le Timbre intérieur qui est fait
avec le papier est utile pour assurer que
l'Acte a été écrit sur du papier qui étoit
déja timbré : ce qui ne laisse pas d'être
important ; car puisqu'il est ordonné à
peine de nullité que les Actes reçûs par
des Officiers publics soient écrits sur du
papier timbré , ceux qui sont Déposi-
taires des Poinçons du Timbre ne doi-
vent pas timbrer un Acte écrit sur du
papier commun , lorsqu'il est déja signé
et parfait comme écriture privée , pour
le faire valoir après coup , comme Ecri-
tare publique :
si on tolere que le Tim-
bre soit aposé sur un Acte déja écrit , ce
ne doit être que sur un Acte qui ne soit
pas encore signé : c'est pourquoi il se-
roit à propos d'assujettir tous les Officiers
publics à n'écrire les Actes qu'ils reçoi-
1. Vol.
vent
1108 MERCURE DE FRANCE
vent que sur du papier timbré des deux
Timbres ; c'est-à-dire , du Timbre qui
est marqué dans le corps du papier , er
fait avec le papier même , et de celui qui
s'imprime au haut de la feüille avec un
Poinçon , parce que le concours de ces
deux Timbres rempliroit tous les objets
que l'on peut avoir eu en vûë dans
P'établissement de cette formalité ; et let
Timbre intérieur écarteroit tout soup-
çon , en constatant que
le papier
étoit
déja timbré lorsque l'Acte y a été écrit.
Mais cette double précaution ne pou-
roit servir que pour les Actes qui s'écri-
vent sur du papier , et non pour ceux
qui s'écrivent en parchemin ; parce que
le parchemin n'étant pas fait de miin
d'homme , on ne peut pas y inserer de
Timbre intérieur comme dans le papier ,
dont le Timbre intérieur se fait en mê-
temps que le papier même. Aussi y a t- il
beaucoup plus d'inconveniens à se servir
de parchemin que de papier , parce que
non seulement la destination du parche-
min ne peut pas être constatée d'une ma-
niere aussi sûre que le papier ; mais ou-
tre cela le parchemin est plus facile à al-
térer que le papier , ensorte que pour
mieux assurer la verité des Actes , il se-
roit à souhaiter que l'on ne se servit que
de papier.
XIX.
JUIN.
1737.
1109
XIX. Pour entendre quel est l'effet
de la peine de nullité prononcée par les
Edits et Déclarations du Roy contre
les
Actes reçûs par des Officiers publics ,
lorsqu'ils ne sont pas écrits sur du papier
ou parchemin timbré, ou qu'ils sont écrits
sur du papier ou parchemin timbré du
Timbre d'un autre lieu que celui où est
passé l'Acte , ou d'un Timbre qui est
d'une destination si oposée à la nature de
l'Acte , qu'il ne peut absolument y con
venir , il faut distinguer entre les Actes
publics ceux qui ne sont obligatoires que'
d'une part , d'avec ceux qui sont sinal-
lagmatiques ; c'est- à-dire, qui sont res-
pectivement obligatoires à l'égard de tou
tes les Parties contractantes.
Les Actes qui ne sont obligatoires que
d'une part , comme une obligation , une
quittance , et les Actes qui ne forment
point de convention , tels que les Décla-
rations , les Certificats et autres Actes
de cette nature , ne sont pas
I. Vol.
absolument
nuls à tous égards , lorsqu'il leur manque
la formalité du Timbre : toute la peine
de nullité , à l'égard de ces sortes d'Ac-
tes , est qu'ils ne sont pas valables con
me Actes publics , et qu'ils n'ont aucun
des effets attachés à la publicité des Ac-
tes , tels que l'authenticité et l'hypote-
que
1108 MERCURE DE FRANCE
vent que sur du papier timbré des deux
Timbres ; c'est- à-dire , du Timbre qui
est marqué dans le corps du papier , et
fait avec le papier même , et de celui qui
s'imprime au haut de la feuille avec un
Poinçon , parce que le concours de ces
deux Timbres rempliroit tous les objets
que l'on peut avoir eu en vûë dans
l'établissement de cette formalité ; et le
Timbre intérieur écarteroit tout soup
çon , en constatant que le papier étoit
déja timbré lorsque l'Acte y a été écrit.
Mais cette double précaution ne pou-
roit servir que pour les Actes qui s'écri
vent sur du papier , et non pour ceux
qui s'écrivent en parchemin ; parce que
le parchemin n'étant pas fait de miin
d'homme , on ne peut pas y inserer de
Timbre intérieur comme dans le papier,
dont le Timbre intérieur se fait en mê
temps que le papier même. Aussi y a t- il
beaucoup plus d'inconveniens à se servir
de parchemin que de papier , parce que
non seulement la destination du parche-
min ne peut pas être constatée d'une ma
niere aussi sûre que le papier ; mais ou-
tre cela le parchemin est plus facile à al-
térer que le papier , ensorte que pour
mieux assurer la verité des Actes ,
roit à souhaiter que l'on ne se servît que
de papier.
il se-
XIX.
JUIN.
1737.
1109
XIX. Pour entendre quel est l'effet
de la peine de nullité prononcée par les
Edits et Déclarations du Roy contre les
Actes reçûs par des Officiers publics ,
lorsqu'ils ne sont pas écrits sur du papier
ou parchemin timbré , ou qu'ils sont écrits
sur du papier ou parchemin timbré du
Timbre d'un autre lieu que celui où est
passé l'Acte , ou d'un Timbre qui est
d'une destination si oposée à la nature de
l'Acte , qu'il ne peut absolument y con
venir , il faut distinguer entre les Actes
publics ceux qui ne sont obligatoires que'
d'une part , d'avec ceux qui sont sinal-
lagmatiques ; c'est- à-dire, qui sont res-
pectivement obligatoires à l'égard de tou
tes les Parties contractantes.
Les Actes qui ne sont obligatoires que
d'une part , comme une obligation , une
quittance , et les Actes qui ne forment
point de convention , tels que les Décla-
rations , les Certificats et autres Actes
de cette nature , ne sont pas absolument
nuls à tous égards, lorsqu'il leur manque
la formalité du Timbre : toute la peine
de nullité , à l'égard de ces sortes d'Ac-
tes , est qu'ils ne sont pas valables con
me Actes publics , et qu'ils n'ont aucun
des effets attachés à la publicité des Ac-
tes , tels que l'authenticité et l'hypote-
I. Vol.
que
1170 MERCURE DE FRANCE
que mais ils sont quelquefois valables
comme Ecriture privée.
En effet , lorsque l'on y a observé la
forme prescrite pour les Ecritures pri-
vées , ils sont valables en cette derniere
qualité, quoiqu'ils eussent été faits pour
valoir comme Actes publics.
Mais si ayant été faits pour valoir
comme Actes publics , ils ne peuvent va-
loir en cette qualité faute de Timbre , ou
à cause de quelque défaut essentiel dans
l'observation de cette formalité ; et que
d'un autre côté ces Actes ne soient pas
dans une forme telle qu'ils puissent va-
loir comme Ecriture privée, c'est alors un
des cas où ils sont absolument nuls aux
termes des Reglemens.
Par exemple , si un Notaire reçoit un
Testament sur du papier commun dans
un lieu où il devoit l'écrire sur du papier
timbré , ce Testament sera absolument
nul, et ne vaudra pas même comme Tes-
tament Olographe's parce que , pour être
valable en cette qualité , il faudroit qu'il
fût entierement écrit et signé de la main
du Testateur , auau lieu qu'ayant été reçû
par un Notaire , ce sera le Notaire qui
l'aura écrit ,
De même si un Notaire reçoit une
Obligation sur du papier commun , tan-
1. Vol.
dis
JUIN;
1737.
IIII
dis qu'elle devoit être sur du papier tim-
bré , elle ne sera pas valable , même
comme promesse sous signature privée ,
parce qu'aux termes de la Déclaration
du Roy du 22. Septembre 1733. regis-
trée en Parlement le 14. Octobre suivant
et le 20, Janvier 1734. Tous Billets sous
signature privée , au Porteur , à ordre , on
autrement, causés pour valeur en argent, sont
nuls , si le corps du Billet n'est écrit de la
main de celui qui l'a signé , ou du moins si
la somme portée au Billet n'est reconnuë par
une aprobation écrite en toutes lettres aussi
de sa main.
Cette Déclaration excepte seulement
les Billets sous signature privée , faits par
des Banquiers , Négocians , Marchands ,
Manufacturiers , Artisans , Fermiers, La-
boureurs , Vignerons , Manouvriers et au-
tres de pareille qualité , à l'égard desquels
elle n'exige pas que le corps de leurs
Billets soit entierement écrit de leur
main ensorte que les Obligations pas-
sées devant Notaires par ces sortes de
personnes , et reçûës sur du papier com-
mun lorsqu'elles devoient l'être sur pa-
pier timbré , pouroient valoir comme
Billets sous signature privée , pourvû
que l'Acte fût signé de l'Obligé.
Pour ce qui est des Actes que les Par-
1. Vol
ties
112 MERCURE DE FRANCE
ties n'ont pû signer , faute de sçavoir
écrire , ou pour quelqu'autre empêche-
ment , ils sont absolument nuls à tous
égards , lorsque les Officiers publics de-
voient les recevoir sur du papier timbré,
et qu'ils les ont reçûs sur du papier com-
mun , et ne peuvent valoir même com-
me Ecriture privée , parce que les Actes
sous seing privé ne sont parfaits que par
la signature des Parties.
A l'égard des Actes sinallagmatiques
tels que les Contrats de vente , d'échan-
ge , de societé , les baux et autres Actes
semblables , qui obligent respectivement
les Parties contractantes à remplir cha-
cun de leur part certains engagemens ,
lorsqu'ils sont reçûs par des Officiers pu-
blics sur du papier commun , dans un
lieu où ils devoient être sur papier tim-
bré , ils sont aussi absolument nuls à
tous égards, et ne peuvent valoir même
comme Ecriture privée , quand même
les Parties contractantes les auroient si-
gné , parce que pour former un Acte
obligatoire , sinallagmatique , sous seing
privé ,
il faut qu'il soit fait double , tri-
ple ou quadruple , & c. selon le nombre
des Contractans , afin que chacun d'eux
puisse en avoir un pardevers soi , ce que
fon apelle en Bretagne , un autant ; et
1. Vol
qu'il
JUIN
1737.
1113
qu'il soit fait mention dans chaque ex-
pédition que l'Acte a été fait double
triple ou quadruple , ce qui est tellement
de rigueur que l'omission de cette men-
tion suffit seule pour annuller la conven-
tion
cette regle est for dée sur le prin-
cipe qu'une convention ne peut pas être
valable , à moins que chaque Contrac-
tant ne puisse contraindre les autres à
exécuter leurs engagemens , comme il
peut être contraint de remplir les siens:
pour mettre les Contractans en état d'o-
bliger les autres d'executer leurs enga-
gemens , il faut
il faut que chacun d'eux ait en
main , pardevers soi un titre contre les
autres ; car un Acte sinallagmatique sous
seing privé qui seroit simple , ne forme-
roit pas un titre commun , quoiqu'il fût
signé de tous les Contractans , puisque
chacun d'eux ne pouroit pas l'avoir , et
que celui qui l'auroit, pouroit le faire
paroître ou le suprimer , selon son in-
terêt
3
au préjudice des autres Contrac-
tans , qui ne pouroient pas s'en aider.
Or lorsqu'un Acte sinallagmatique a
été reçû par un Officier public , pour
valoir comme Acte public ; et que néan,
moins il ne l'a reçû que sur papier com-
mun , soit par impéritie ou autrement,
quoiqu'il dût le recevoir sur du papier
J Vol.
timbré
1114 MERCURE DE FRANCE
timbré , cet Acte ne peut valoir comme
Ecriture privée , parce qu'il n'a point
été fait double , triple ou quadruple ,
& c. selon le nombre des Contractans , et
que par conséquent il n'y est pas fait
mention qu'il ait été fait double ou tri
ple , &c. d'où il s'ensuit qu'il ne peut
etre sinallagmatique , et qu'il est abso-
lument nul.
En vain prétendroit- on que la minu
te de cet Acte sinallagmatique devient
un titre commun dont chaque Contrac
tant peut ensuite lever des expéditions
et par- là se procurer un titre pour obli-
ger
les autres Parties à executer l'Acte
de leur part : dès que l'Acte sinallagma
tique n'a pas été reçû par l'Officier pu-
blic sur du papier timbré , comme il le
devoit , et que par l'omission de cette
formalité l'Acte ne peut valoir comme
Acte public , l'original de cet Acte que
l'Officier public a retenu pardevers lui ,
ne peut être considéré comme une vraie
minute , qui soit un titre commun dont
on puisse lever des expéditions , qui ser-
vent de titre à chacun des Contractans,
parce que l'original n'étant pas un Acte
public , mais seulement un Acte privé
simple, il pouvoit être suprimé par ceux
entre les mains desquels il étoit , et par
1. Vol.
conséquent
JUIN 17370
ITTS
conséquent n'étoit pas obligatoire , le
dépôt qui en a été fait chés un Officier
public , ne peut pas réparer ce vice pri-
mordial , ni faire que les expéditions
qu'en délivreroit l'Officier public , ser-
vent de titre à chacun des Contractans,
parce que l'Acte étant nul dans le prin-
cipe ne peut être réhabilité par la quali-
té du Lieu où il est placé.
Il faut néanmoins excepter de cette
regle certains Actes que les Notaires
peuvent recevoir en Brevet ; car si ces
Actes ont été faits doubles ou triples ,
selon le nombre des Parties contractan-
tes , ainsi que cela se pratique ordinaire-
ment, et que chaque double soit signé de
la Partie qu'il oblige, ces Actes qui ne se-
roient pas valables comme Actes publics,
s'ils étoient écrits sur du papier ou par-
chemin commun , dans un Lieu où ils
devoient l'être sur du papier ou parche-
min timbré , vaudroient du moins com-
me Ecritures privées , parce qu'ils au-
roient en eux toutes les conditions né
cessaires pour valoir en cette qualité.
Papier et Parchemin timbré, les Lieux
où cette Formalité est établie, son Objet,
ses Effets, et diverses questions auxquelles
elle peut donner lieu. Par M. A. G.
Boucher d'Argis, Avocat au Parlement.
Quoique l'établissement du Papier
et Parchemin timbré en France ne
Q
remonte guere qu'à 60. et quelques an
I Vol.
2
nées
JUIN.
1737.
1033
nées, et que cette matiere semble d'abord
être purement de Finance , la formalité
du Timbre en général , ne laisse pas d'ê-
tre fort ancienne , et de faire naître di-
verses questions , dont la décision dé-
pend des principes du Droit et de l'é-
quité naturelle.
C'est sous ce point de vûë que l'on se
propose de discuter ici cette matiere , et
seulement en ce qui est du Ressort de la
Jurisprudence .
19. Il paroîtra peut- être singulier que
l'on fasse remonter l'origine du Papier
timbré jusqu'au temps des Romains : ce-
pendant il est constant que cette forma-
lité ne leur étoit pas totalement incon-
nuë.
En effet , l'Empereur Justinien , con-
siderant le grand nombre d'Actes que les
Tabellions de Constantinople recevoient
journellement , et voulant prévenir cer-
taines faussetés qui pouvoient s'y glis-
ser , par sa Novelle 44. publiée l'an 537.
suivant les Fastes Consulaires ch. 2.
* Novella 44. de Tabellionibus , et ut Protoco-
la dimittant in
chartis. Imperator Justinianus
August. Joanni Prafect.Prator. iterùm Exconsuli et
Patricio. Litem , &c. Cap. II .
Illud quoque prasenti adjicimus Legi , ut Ta-
beliones non in aliâ charta purafcribant documen
ta , nisi in illâ qua in initio ( quod vocatur Proto-
I.Vol.
donna
7084 MERCURE DE FRANCE
donna que ces Tabellions ne pouroient
recevoir les Originaux des Actes de leur
ministere que sur du Papier en tête du-
quel (ce qu'on apelloit le Protocole ) se-
roit marqué le nom de l'Intendant des
Finances qui seroit alors en place , le
temps auquel auroit été fabriqué le pa-
pier, et les autres chosesque l'on avoit coû
tume de mettre en tête de ces papiers des-
colum per tempora gloriosissimi Comitis sacrarum
nostrarum largitionum habeat appellationem , et
tempus quo Charta facta est , et quacumque in ta-
libus scribuntur , et ut Protocolum non incidant
sed insertum relinquant. Novimus enim multas
falsitates ex talibus chartis ostensas et priùs et nunc;
ideóque licet aliqua sit charta ( nam et hoc san-
cimus ) habens Protocolum non ita conscriptum
sed aliam quandam scripturam gerens , neque il-
lam suscipiant , tanquam adulteram , et ad talia'.
non opportunam: sed in sola ali chartâ qualem du-
dum diximus,documenta scribant: hoc itaque qua de
qualitate talium chartarum à nobis decreta sunt ,
et de incisione eorum qua vocantur Protocola ,
lere in hac felicissimâ solùm Civitate volumus, ubi
plurima quidem contrahentium multitudo , multa
quoque chartarum abundantia est ,
modo interesse negotiis ,
X1 x. Kalend. Septembris
1. Vol.
va-
et licet legali´
et non dare occasionem
quibufdam falsitatem committere : cui se obnoxios
existere demonstrabunt , qui prater hac aliquid'
agere prasumpserint : que igitur placuerunt nobis
et per hanc sanctam declarata sunt Legem : tua
eelsitudo operi effectuique tradere festinet. Datum
tinés
1. Vol.
JUIN.
1737.
1085
tinés à écrire les Originaux des Actes que
recevoient les Tabellions de Constanti-
nople , ce que l'on apelloit , suivant la
Glose et les Interprétes , Imbreviaturam
totius contractus; c'est-à dire un Titre qui
annonçoit sommairement la qualité et
substance de l'Acte.
Par cette même Novelle l'Empereur
défendoit aussi aux Tabellions de Cons-
tantinople de couper ces marques et ti-
tres qui devoient être en tête de leurs-
Actes : il leur enjoignoit de les laisser
sans aucune altération , et défendoit aux
Juges d'avoir égard aux Actes écrits sur
du papier qui ne seroit pas revêtu en tê-
te de ces marques , quelques autres ti
tres ou Protocoles qui y fussent écrits.
Cette origine des Papiers et Parche
mins timbrés a été remarquée par M.de
Bâville , Intendant de Languedoc , dans
les Mémoires ( a ) qu'il a fait pour ser-
vir à l'Histoire de cette Province , dans
lesquels , en parlant du Domaine , il dit
que comme il y a deux Généralités (b )
( a )Ces Mémoiresfurent faits pour l'instruction
de M. le Duc de Bourgogne en l'année 1697. On
les a imprimé depuis sous le nom fent d'Amster-
dam 1734. mais le vrai lieu de cette Edition est
Marseille.
( b) Il n'y avoit alors dans le Languedoc que
dans
1086 MERCURE DE FRANCE
dans leLanguedoc, il y a aussi deux Sous-
Fernres du Domaine ; l'une pour la Gé-
néralité de Toulouse , l'autre pour la Gé-
néralité de Montpellier , et que dans ces
Sous-Fermes sont compris le Papier tim-
bré , les Fórmules et le Contrôle des
Exploits , et à ce propos il remarque, en
passant , que le Papier timbré n'a pas été
inconnu aux Romains , puisqu'on voiť
par la Novelle 44. qu'ils avoient une es-
pece particuliere de papier pour écrire
les Originaux des Actes des Notaires ,
lequel portoit la marque que l'Intendant
des Finances vouloit y faire aposer , et
la date du temps auquel il avoit été
fait.
On ne peut donc pas disconvenir que
la formalité du papier timbré étoit déja
en quelque usage chés les Romains , puis-
que les titres,dates et autres marques qui
devoient être aposées en tête du papier des-
tiné à écrire les Actes originaux des Ta-
bellions de Constantinople , étoient une
espece de Timbre qui avoit le même ob-
jet que ceux qui sont aujourd'hui usités
en France et dans plusieurs autres Pays.
II. Mais il est vrai qu'à l'exception
de la Ville de Constantinople , où cette
ces deux Généralités , aujourd'hui il y en a trois
sçavoir , Toulouse , Montpellier et Montauban.
1. Vol.
formalité
JUIN.
1087
1737.
formalité étoit établie , et pour les Actes
des Tabellions seulement , les Grecs , les
Romains et les autres Nations ne se ser-
voient point anciennement de papier et
Parchemin timbré : il n'y avoit alors au-
cune marque sur les Actes publics qui
les distinguât des écritures privées , car
les Grecs et les Romains n'avoient point
de Sceaux publics , ils n'avoient que des
Sceaux particuliers , ou plûtôt de simples
Cachets qu'ils aposoient aux Actes, au
Heu de signature , comme cela s'est pra-
tiqué long- tems dans plusieurs Pays , et
même autrefois en France , à cause qu'il
y avoit alors peu de personnes qui sçûs-
:
lesquels Sccaux particuliers
sent écrire
n'avoient aucun raport avec les Timbres
dont nous parlons.
III. On tient communément que le
Papier et le Parchemin timbré commen-
cerent à être établis en Espagne et en
Hollande vers l'an 1555.
IV. Ils le furent ensuite en Allema-
gne et dans les Pays-Bas de la Domina-
tion Impériale je n'ai pas trouvé l'Epo-
que précise du temps auquel ils com-
mencerent à y être en usage
mais
je puis assurer qu'il y en avoit du-
moins dès 1668. car j'ai vu un Acte reçû
par des Notaires à Bruxelles daté du 20 .
Février
L.Vol.
088 MERCURE DE FRANCE
Février 1668. qui étoit sur du papier
timbré.
J'ai remarqué deux choses particulie
res au Timbre qui est usité dans ces
Pays.
La premiere, est qu'ils ne sont point
frapés avec un Poinçon , comme ceux
qui sont usités en France et dans plusieurs
autres endroits , mais imprimés avec une
planche de cuivre, comme les Estampes.
La seconde , est que lorsqu'un Acte est
composé de plusieurs feuilles , il suffit
que la premiere soit de Papier timbré, les
autres que l'on insere au dedans peuvent
être de papier commun , au lieu qu'en
France et dans la plupart des autres en-
droits , où les Papiers et Parchemins tim-
brés sont établis, il fautque chaque feüil-
le employée aux Actes publics porte son
timbre.
V. On se sert aussi de papiers et par-
chemins timbrés pour les Actes publics
dans toute l'Angleterre , l'Ecosse et l'Ir-
lande : le Timbre que l'on y apose est
frapé avec un Poinçon , mais il n'y a
point d'encre ni aucune autre couleur
dans le Poinçon , ensorte que le Timbre
qu'il imprime ne paroît que parce qu'il
y a un peu de relief.
Ce Timbre d'Angleterre ne contient
I. Vol.
poinc
JUIN.
1737
1089
point les Armes du Roy , comme la plû-
part des autres Timbres : il est composé
de trois especes d'Ecussons accollés , char-
gés chacun d'une Rose , au tour de la-
quelle sont écrits ces mots : Honny soit
qui mal y pense , qui sont le cri des Ar
mes d'Angleterre.
VI. Les Papiers et Parchemins tim-
brés sont aussi en usage en Lorraine et
dans le Barrois , en Italie , dans le Com-
tat d'Avignon , et dans plusieurs autres
Etats de l'Europe.
VII. Pour ce qui est de la France ,
Louis XIV . étant lors à Paris, donna un
Edit au mois de Mars 1655. portant éta-
blissement d'une Marque sur le Papier et
le Parchemin pour la validité de tous les
Actes qui s'expedieroient dans le Royau-
me. Cet Edit fut enregistré en Parlement,
en la Chambre des Comptes , et en la
Cour des Aydes le 20. du même mois . Il
est à la Chambre des Comptes au je Vo-
lume des Ordonnances de Louis XI V.
coté 3. n. folio 69. et il en est fait men-
tion dans le Recueil des Ordonnances
Edits , &c. par M. Blanchart : mais cet
Edit n'eut pour lors aucune execution.
Ce ne fut qu'en 1673. qu'on ordon-
na de nouveau l'usage des Papiers et Par-
chemins timbrés , à l'occasion des For-
1. Vol.
mules
1090 MERCURE DE FRANCE
mules qui devoient être dressées pour
tous les Actes publics ; le Roy ayant re-
glé la forme de la procédure , tant au
Civil qu'au Criminel , par ses Ordon-
nances de 1.667. et 1670. et ordonné que
cette nouvelle forme de proceder seroit
suivie dans tout son Royame , pour faci-
liter l'execution de ses Reglemens , et
faire cesser les divers stiles particuliers
qui s'observoient dans chaque Tribunal ,
donna une Déclaration le 19. Mars 1673 .
par laquelle il ordonna qu'il seroit dres-
sé un Recueil de Formules , tant des Ac-
tes Judiciaires que des Actes des Notai-
res , pour y avoir recours au besoin , et
que sur ces Formules il seroit imprimé
des Exemplaires de chaque nature d'Ac-
tes , lesquels seroient marqués en tête d'u-
ne Fleur-de- lys , et timbrés de la qualité et
substance des Actes , comme aussi du Droit
qui seroit perçu pour chaque Acre , sui-
vant la Taxe qui en seroit faite au Con..
seil.
Les Formules d'Actes ordonnées par
cette Déclaration n'ont jamais eu lieu ,
parce que l'on y trouva trop de difficulté
et d'inconveniens : mais le Roy donna
une autre Déclaration au mois de Juillet
1673. registrée au Parlement le 10. du
même mois , par laquelle , en attendant
I. Vol.
que
JUIN.
1737.
1091
que les Formules fussent perfectionnées,il
ordonna queles Actes publics ne pouroient
être écrits que sur du papier et parche-
min timbré , comme ils devoient l'être
pour les Formules , avec cette difference
seulement , que le corps de l'Acte seroit
entierement écrit à la main.
Depuis ce Reglement on commença
à écrire les Actes publics sur du papier et
parchemin timbré
,
et on a toujours
continué jusqu'à present ; il y a scule-
ment eu des augmentations et diminu-
tions de Droits sur ces papiers , et divers
changemens dans la Formule des Tim-
bres mais l'objet de cette Dissertation
n'est pas de raporter ici tous ces Regle-
mens , encore moins d'entrer dans le dé-
tail des peines pecuniaires pronon-
cées contre ceux qui commettent à cet
égard quelque contravention ; cette pa : 3
tie qui ne concerne que la Finance
a été traitée par le Sr Deniset , Inte-
ressé dans les Fermes du Roy , lequel en
1715. a donné au Public un Volume in-
12. sous le titre de Recueil des Formules
des Papiers et Parchemins timbrés , & c.
dans lequel il a raporté les divers Regle
mens faits sur ce sujet, même les. Tarifs
des Droits , et les Baux faits aux Adju-
›
dicataires de cette Ferme, avec des Ob-
1. Vol.
C servations
1092 MERCURE DE FRANCE
servations sur la perception de ces Droits,
sur les Fonctions des Préposés et Com-
mis , &c. Ceux qui voudront en voir
davantage à cet égard , peuvent avoir re-
cours à ce Recučil.
VIII. J'observerai seulement que
depuis 1715. date de l'Edition de ce Re-
cueil , il est survenu deux Déclarations
au sujet des Papiers et Parchemins tim
brés.
Par la premiere , qui est du 7. Déa
cembre 1723. registrée en Parlement le
22. du même mois, le Roy en suprimant
la Formalité du Controlle des Actes des
Notaires au Châtelet de Paris , avoit éta-
bli divers Timbres particuliers , qui de-
voient être aposés sur les Actes qu'ils
recevroient , outre le Timbre ordinaire
de la Ferme , sçavoir un Timbre parti-
culier pour
les Actes de la premiere classe
qui y étoient détaillés , un pour les Ac-
tes de la seconde classe , un pour les pre-
mieres feuilles d'Expeditions,un autre pour
les secondesfeuilles.
Toutes ces differentes Formules ont
été suprimées par la seconde Déclaration
qui est du 5. Décembre 1730. par la-
quelle il est ordonné qu'à compter du
premier Janvier 1731. les Notaires de
Paris écriront tous leurs Actes sur du
1. Vol.
papier
JUIN.
1737.
103
papier timbré du Timbreord.naire des Fer
mes du Roy et outre cela d'un Timbre
particulier , intitulé Acres des Notaires de
Paris. Laquelle Formule sera uniforme
pour toute sorte d'Actes .
Tel est le dernier état des Reglemens
faits en France sur cette matiere.
IX.
Il y a quelques Provinces qui
n'ayant été réunies à la France qu'à la
charge d'être maintenues dans leurs Im-
munités et Privileges , n'ont point été
assujetties à la formalité des Timbres
parce qu'ils n'y étoient pas établis aupa-
ravant : Telles sont la Flandre, l'Artois,
Charleville et son Territoire , l'Alsace et
le Roussillon.
X. Il y a aussi deux Principautés
clavées dans la France ; sçavoir celle de
Dombes et celle d'Orange , et encore la
Principauté d'Henrichemont et Bois Belle
en Berry, dans lesquelles on ne se sert pas
non plus de papier timbré.
XI. Les Timbres que l'on apose en
France aux papiers et parchemins desti-
nés à écrire les Actes publics , sont im-
primés avec un Poinçon , et representent
les Armes du Prince, ou son Chiffre , ou
quelqu'autre marque par lui ordonnée ,
selon la nature des Actes , car il y a non
seulement un Timbre particulier pour
1.Vo!
ċij
chaque
1094 MERCUREDE FRANCE
chaque Généralité, mais il y a aussi dans
une même Généralité divers Timbres ,
>
selon la nature des Actes. On garde à
Paris dans l'Hôtel de Charny tous les
Poinçons des Timbres de toutes les Gé-
néralités , et c'est là que se timbrent les
papiers et parchemins pour tout
Royaume.
le
XII. Nos Timbres ont quelque ra
port avec les Sceaux publics , en ce que
les uns et les autres sont ordinairement
une empreinte des Armes du Prince , et
qu'ils s'aposent également aux Actes pu-
blics , et les distinguent des Actes sous
signature privée ; il ne faut pourtant pas
confondre ces deux Formalités , y ayant
entr'elles deux differences essentielles.
La premiere est que les Sceaux publics
tels que ceux du Roy, des Chancelleries,
des Jurisdictions , des Villes , des Uni-
versités , et autres semblables s'apliquent
en relief sur une forme de cire , ou
de quelqu'autre matiere propre à en rece-
voir l'empreinte: il y en aque l'on aplique
sur l'Acte même , d'autres qui sont à dou-
ble face , et qui ne sont attachés à l'Acte
que par des Lacs : au lieu que les Tim-
bres ne sont qu'une marque imprimée
au haut du papier ou parchemin ; lequel
nom de Timbre paroît avoir été emprun-
I. Vol.
té
JUIN.
1737.
1055
té du Blazon , & tirer son étimologie de
ce que le Timbre des papiers et parche-
mins s'imprime au haut de chaque feüil-
le , comme le casque ou autre couron-
nement que l'on nomme aussi Timbre ,
en termes de Blazon , se met au dessus
de l'Ecu.
La seconde difference eft que les Sceaux
que l'on apose aux Actes reçûs par des
Officiers publics, sont la marque de l'au
torité dont ils sont revêtus ; non- scule-
ment ils donnent à l'Acte un caractere
de publicité , mais en quelques endroits
comme à Paris , ils lui donnent aussi le
droit d'éxecution parée , tellement que
si un Acte public n'y étoit pas revêtu du
Sceau qu'il doit avoir pour être execu-
toire , il ne pouroit être mis à execu-
tion , quand même il seroit d'ailleurs re-
vêtu de toutes les autres formalités neces-
;
saires au lieu que le Timbre ne sert qu'à
donner à l'Acte une forme publique et
autentique , et ne lui donne en aucun
Pays le droit d'éxecution parée.
XIII. Quoique la formalité du Tim-
bre semble n'avoir été établie que pour
la finance qui en revient au Roy , elle ne
laisse pas d'être utile d'ailleurs.
En effet , le Timbre sert , 19. à distin-
guer à l'inspection seule du haut de la
1. Vol.
Cij fülle
1096 MERCURE DE FRANCE
feuille sur laquelle l'Acte est écrit, si c'est
un Acte émané d'un Officier public , ou
si ce n'est qu'une Ecriture privée.
2°. Le Timbre sert à faire respecter et
conserver les Affiches , Publications et
autres Actes que l'on attache exterieure-
ment aux portes de certaines Maisons ,
ou dans les Places publiques , en cas de
Decret , Licitation , Adjudication , ou
autre Publication : car dans ces sortes
d'Affiches , il n'y a proprement que le
Timbre qui fasse connoître que ce sont
des Actes émanés de l'autorité publique,
et sans cette formalité ils pouroient être
regardés comme des Ecrits privés, d'au-
tant plus que ces sortes d'Actes ne sont
point scellés , et qu'il n'y a que le Tim-
bre qui les distingue des Ecritures pri-
vées..
3. Le Timbre sert aussi à prévenir
certaines antidates et faussetés que l'on
pouroit plus facilement commettre ,
si
cette formalité n'étoit pas établie : car
comme il y a un Timbre particulier pour
chaque Pays , et même en France pour
chaque Province, que ces Timbres ont
été changés en divers temps , et que l'on
ne peut écrire les Actes publics que sur
du papier ou parchemin timbré du Tim-
bre actuellement autorisé dans le temps
I. Vol
et
JUIN.
1737.
1097
et le lieu où se passe l'Acte , ceux qui
écrivent un Acte sur du papier marqué
du Timbre actuel d'un certain Pays , ne
peuvent pas impunément le dater d'un
temps ni d'un lieu auquel il y auroit eut
un autre Timbre , parce que le Timbre
aposé à l'Acte démentiroit ces dates , et
en feroit connoître la fausseté.
4. Le principal effet des Timbres
( du moins que les Reglemens leur ont
attribué ) est qu'ils sont une des forma-
lités nécessaires pour donner l'authenti-
cité et le caractere de publicité aux Actes
reçûs par des Officiers publics : tellement
que sans cette formalité ces Actes ne pro-
duiroient point d'hypoteque , et ne se-
roient pas authentiques ni exécutoires :
ils ne seroient au plus considerés que
comme des Ecritures privées, et dans cer-
tains cas , ils seroient absolument nuls ,
ainsi que nous l'expliquerons dans un
moment ; ce qui a ainsi lieu , quand mê
me ces Actes seroient d'ailleurs revêtus
de toutes les autres formalités nécessaires
pour produire leur effet.
XIV. L'observation de cette forma
lité est d'autant plus importante , que
les Reglemens qui la prescrivent ne sont
pas des Loix seulement comminatoires ,
elles prononcent formellement la peine
I. Vol.
Ciiij.
de
1098 MERCURE DE FRANCE
de nullité contre les Actes publics qui
ne seront pas sur papier timbré : ensorte
que l'on ne pouroit pas rendre valable
un Acte public écrit sur du papier com-
mun , en le faisant timbrer après coup ,
même en payant aux Fermiers les Droits
et les Amendes , parce que le Fermier ne
peut pas remettre la peine de nullité :
dès qu'elle est encouruë , le droit d'opo-
ser la nullité de l'Acte est acquis.à tous
ceux qui pouroient avoir interêt d'en.
contester la validité ; et comme c'est une
maxime certaine que l'on ne peut pré-
judicier au droit acquis à un Tiers , le
Fermier ne peut remettre la peine de
nullité une fois encourue par l'omission
de la formalité du Timbre.
XV . Pour déterminer si un Acte public
doit , pour être valable , être écrit sur
du papier ou parchemin timbré , ou s'il
peut être écrit sur du papier ou parche-
min commun, on ne doit considerer que
l'usage du Lieu où se passe l'Acte. Si les
papiers et parchemins timbrés y sont éta-
blis , on doit s'en servir à peine de nulli-
té de l'Acte : si au contraire ils n'y sont
point établis , comme dans quelques
Pays et Provinces que nous avons ci- de-
vant remarqué , en ce cas , on n'est pas
obligé de s'en servir , quand même l'Of-
1. Vol.
ficier
JUIN.
17378
formalité des Timbres ést établie.
1099
ficier public , qui reçoit l'Acte , auroit
sa résidence ordinaire dans un lieu où la
Le principe par lequel se décide cette
question, est que tout ce qui ne concer-
ne que les formalités extérieures des
Actes, se regle par l'usage du Lieu où ils
se passent , suivant la maxime Locus re-
git actum. Or certainement il n'y a rien
qui soit plus de la forme extérieure des
Actes que le papier ou le parchemin sur
Fequel ils doivent être écrits ,
et le
Timbre qui y doit être aposé ; ainsi les
Ordonnances , Edits et Déclarations qui
ont établi les papiers et parchemins tim-
Brés , n'ayant pour objet que d'assujettir
les Actes publics à une formalité exté-
rieure , et qui ne concerne absolument
que
la forme , ne doivent être observés
"
que pour les Actes qui se passent dans
fes Pays où ces Loix sont établies.
En effet , quoiqu'il soit enjoint aux
Officiers publics de se servir de papiers
et parchemins timbrés dans le lieu où ils
sont établis , cette disposition n'est pas
un Statut personnel qui les assujettisse à
Suivre sa disposition , en quelque lieu
qu'ils se trouvent ; ce n'est qu'un Statut
réel et local , fait pour regler la formet
extérieure des Actes , et qui par conse
J. Vol
Gy
quent
1098 MERCURE DE FRANCE
de nullité contre les Actes publics qui
ne seront pas sur papier timbré : ensorte
que l'on ne pouroit pas rendre valable
un Acte public écrit sur du papier com-
mun , en le faisant timbrer après coup ,
même en payant aux Fermiers les Droits
et les Amendes , parce que le Fermier ne
peut pas remettre la peine de nullité :
dès qu'elle est encouruë , le droit d'opo-
ser la nullité de l'Acte est acquis à tous
ceux qui pouroient avoir interêt d'en.
contester la validité ; et comme c'est une
maxime certaine que l'on ne peut pré-
judicier au droit acquis à un Tiers , le
Fermier ne peut remettre la peine de
nullité une fois encourue par l'omission
de la formalité du Timbre.
XV. Pour déterminer si un Acte public
doit , pour être valable , être écrit sur
du papier ou parchemin timbré , ou s'il
peut être écrit sur du papier ou parche-
min commun, on ne doit considerer que
l'usage du Lieu où se passe l'Acte. Si les
papiers et parchemins timbrés y sont éta-
blis , on doit s'en servir à peine de nulli-
té de l'Acte : si au contraire ils n'y sont
point établis , comme dans quelques
Pays et Provinces que nous avons ci-de-
vant remarqué , en ce cas , on n'est pas
obligé de s'en servir , quand même l'Òf-
1. Vol.
ficier
JUIN.
17378
formalité des Timbres ést établie.
1099
ficier public , qui reçoit l'Acte , auroit
sa résidence ordinaire dans un lieu où la
Le principe par lequel se décide cette
question , est que tout ce qui ne concer
ne que les formalités extérieures des
Actes, se regle par l'usage du Lieu où ils
se passent , suivant la maxime Locus re-
git actum. Or certainement il n'y a rien
qui soit plus de la forme extérieure des
Actes que le papier ou le parchemin sur
Fequel ils doivent être écrits ,
et le
Timbre qui y doit être aposé ; ainsi les
Ordonnances , Edits et Déclarations qui
ont établi les papiers et parchemins tim-
Brés , n'ayant pour objet que d'assujettir
les Actes publics à une formalité exté-
rieure , et qui ne concerne absolument
que la forme , ne doivent être observés
que pour les Actes qui se passent dans
fes Pays où ces Loix sont établies.
En effet , quoiqu'il soit enjoint au
Officiers publics de se servir de papiers
et parchemins timbrés dans le lieu où ils
sont établis , cette disposition n'est pas
un Statut personnel qui les assujettisse à
suivre sa disposition , en quelque lieu
qu'ils se trouvent ; ce n'est qu'un Statut
réel et local , fait pour regler la forme
extérieure des Actes , et qui par conse
J.Vol
Gy
quent
Troo MERCURE DE FRANCE
quent ne regle que la forme de ceux qui'
se passent dans le lieu où ce Statut est
observé.
Il est vrai qu'il arrive rarement qu'il
se forme un combat sur ce Point entre
deux Statuts oposés , parce qu'il faut
pour cela que l'Officier public , qui a sa
residence dans un lieu dans lequel le pa
pier et le parchemin timbré sont établis,
ait été recevoir un Acte dans un lieu où
les Actes même publics s'écrivent sur du
papier commun , ou bien vice versâ, que
I'Officier public , qui auroit sa residence
dans un lieu où il n'y auroit point de
papier timbré , ait été recevoir un Acte
dans un lieu où la formalité du Timbre
seroit établie, ce qui n'est pas ordinaire,
la plupart des Officiers publics , n'ayant
droit d'instrumenter que dans le lieu de
leur residence:
Néanmoins ces sortes de cas peuvent
arriver , et arrivent en effet quelquefois
Par exemple , les Huissiers au Châte-
let de Paris ont droit d'exploiter par tout
le Royaume. Un de ces Huissiers qui a sa
residence ordinaire à Paris , est obligé de
se servir de papier timbré pour les Ex-
ploits qu'il y feroit , parce que cette for-
malité y est établies mais si , en vertu
du privilege qu'il a d'exploiter par tout
Mr.Vol.
le
JUIN.
1737
ΥΙΟΙ
le Royaume , I alloit faire quelque Ex-
ploit dans une Province où le papier et le
parchemin timbré n'est pas établi , telle
que Charleville , Henrichemont et autres
semblables , il ne seroit pas obligé de se
servir de papier timbré pour les Exploits
qu'il feroit dans ces Provinces , parce
que la Loy particuliere de chaque Pays
regle la forme extérieure des Actes qui
s'y passent , et que dans ce cas le papier
timbré n'est pas nécessaire , puisque la
Loy du Pays ne l'ordonne point.
Il en est de même à l'égard des No-
taires au Châtelet de Paris , qui ont leur
residence à Paris, et y font ordinairement
leurs fonctions ; ils sont obligés pour les
Actes qu'ils y reçoivent de se servir de
papier ou parchemin timbré, selon la na-
ture des Actes ; mais comme ils ont droit
d'instrumenter par tout le Royaume,
Hs peuvent aller recevoir des Actes
dans quelqu'autre Province dans laquelle
le papier timbré n'a pas lieu , et dans cet
cas ils ne seront pas obligés d'écrire leurs
Actes sur du papier ou parchemin tim-
bré , il suffira qu'ils les écrivent sur du
papier commun , suivant l'usage du lieu
où se passent les Actes.
De même encore un Conseiller au Par
lement de Paris , qui seroit commis par
J Vol.
Cvj
sa
Tro2 MERCURE DE FRANCE
sa Compagnie pour aller faire quelque
Enquête , Information , Visite ou autre
Procès verbal dans un lieu du Ressort où
le papier timbré n'est pas établi, comme
en Artois , ne seroit pas obligé de s'en
servir pour écrire les Actes qu'il feroit
dans ce lieu .
Et par une suite nécessaire du même
principe que la Loy du lieu où se passent
les Actes , regle tout ce qui est de la for-
me extérieure , un Officier public , éta-
bli dans un lieu où l'on se sert de papier
timbré , lequel , en vertu de quelque
Privilege ou Commission , iroit instru
menter dans un lieu où le papier timbré
seroit pareillement établi , mais dont le
Timbre seroit different , ne pouroit pas
dans ce lieu se servir de papier marqué
du Timbre autorisé dans le lieu de sa re-
sidence , il seroit tenu de se servir de
papier timbré pour le lieu où il passeroit
Acte
ensorte que les Notaires au Châ-
telet de Paris , qui par la Déclaration du
7. Septembre 1723. ont été affranchis de
la formalité du Controlle , au moyen
d'un Timbre particulier qui a été ajoûté
au papier dont ils se servent , ne pou
roient pas se servir de ce papier dans une
autre Généralité où il y auroit un Tim-
bre different , ils seroient obligés de se:
I.Vol
servig
JUIN.
1737.
F103
servir de papier timbré pour le lieu où
ils passeroient l'Acte , et il y a lieu de
croire que les Actes ainsi reçûs par des
Notaires de Paris , seroient sujets au Con
trolle comme tous les autres Actes qui
se passent dans les lieux où le Roy n'a
point établi le Timbre particulier , au
moyen duquel il a affranchi les Notaires
de Paris de la formalité du Controlle
parce que , comme on l'a déja observé, la
forme des Actes se reglant par la Loy dư
lieu où ils se passent les Actes reçûs par
des Notaires de Paris dans une autre Géné-
ralité , où le Controlle est établi, et où il
il
y a un Timbre different de celui de Pa-
ris , ne doivent point être reçûs selon la
forme usitée à Paris , mais suivant celle
qui est usitée dans le lieu où ils se passent,
et par consequent doivent être controllés
et écrits sur du papier timbré exprès pour
le lieu de la passation , puisque ce sont là
les formalités prescrites pour ce lieu.
XVI. Quoique par plusieurs Ordon
nances , Edits et Déclarations , le Roy
ait distingué les Actes qui doivent être
écrits en parchemin timbré, de ceux qu'il
suffit d'écrire sur du papier timbré ; un
Acte qui doit être en parchemin timbré
ne seroit pas nul , sous prétexte qu'il ne
seroit qu'en papier timbré
Val
parce que
1104 MERCURE DE FRANCE
le Roy a bien ordonné sous peine de nul-
lité d'écrire les Actes publics sur du papier
ou parchemin timbré , mais lorsqu'il a
distingué les Actes qui doivent être en
parchemin d'avec ceux qui doivent être
en papier, il n'a pas prononcé la peine de
nullité contre les Actes où ces distinc-
tions n'auroient pas été observées : en-
sorte qu'en cas de contravention à ces
distinctions, les Officiers publics sont
seulement sujets aux peines pecuniaires
prononcées par les Reglemens.
XVII. Il y auroit seulement plus de
difficulté, si un Acte d'une certaine nature
étoit écrit sur du papier ou parchemin
destiné à des Actes totalement differens:
Par exemple , si un Notaire écrivoit ses
Actes sur du papier ou parchemin des-
tiné pour les Expeditions des Greffiers ,
et vice versa. Dans ces cas la contradic-
tion qui se trouveroit entre l'intitulé du
Timbre, et la qualité de l'Acte, pouroic
faire foupçonner qu'il y auroit eu quel-
que surprise , et qu'on auroit fait signer
aux Parties un Acte pour un autre , ou
dumoins feroit rejeter l'Acte comme
étant absolument informe.
De même s'il arrivoit qu'un Acte pas
sé dans une Généralité fût écrit sur du
I. Vol.
...
papier
JUIN.
1737-
1105
papier ou parchemin timbré du Timbre
d'une autre Généralité , il y a lieu de
croire qu'un tel Acte seroit declaré nul ,
parce que ce seroit aux Parties à s'im-
puter d'avoir fair écrire leur Acte sur du
papier qui ne pouvoit absolument ycon-
venir , et qu'ils ne pouvoient ignorer
être d'une autre Généralité , puisque le
nom de chaque Généralité est gravé dans
chaque Timbre qui lui est particulier.
Mais si un Acte qu'il suffit d'écrire
sur du papier timbré étoit écrit sur du
parchemin timbré ; ou bien si un Acte-
que l'on peut mettre sur du papier ou
parchemin commun étoit écrit sur du
papier ou parchemin timbré , un tel Ac-
re ne seroit pas pour cela nul , parce que
ce qui abonde ne vicie point.
XVIII. En France , depuis quelques.
années , on a établi une Fabrique par-
ticuliere pour lespapiers que l'on destine
à être timbrés , dans le corps desquels au
licu de la Marque ou Enseigne du Fabri
quant , il y a au milieu de chaque feüil-
let une impression du Tinibre qui y doir
être aposé en tête.
Selon l'usage,ce Timbre interieur ne pa
roît pas être absolument de l'essence de la
formalité , et à la rigueur il suffit que le
papiersur lequel est écritl'Acte public soit
LiseVol
timbré
1105 MERCURE DE FRANCE
timbré au haut de chaque feuille du Tim
bre extérieur qui s'imprime avec un
Poinçon et en effet les Officiers publics
écrivent quelquefois leurs Actes sur du
papier commun , et font ensuite timbrer
chaque feuille avant de signer et de faire
signer l'Acte.
Il seroit néanmoins à propos que les
Officiers publics ne pussent se servir que
de papier timbré , tant du Timbre inté-
rieur que du Timbre extérieur ; carloin
que cette repetition du Timbre soit inu-
tile , chacun de ces deux Timbres a son
atilité particuliere.
Le Timbre imprimé au haut de cha-
que
feüille sert à faire connoître à l'ins-
pection seule d'un Acte, s'il est public ou
privé.
Le Timbre qui est dans le corps du
papier et fait en même temps que le pa-
pier , sert à assurer que le papier étoit
timbré lorsque l'Acte y a été écrit , et
qu'il n'a pas été timbré après coup : en
quoi ce dernier Timbre est un garand
plus sûr de la forme de l'Acte que le
Timbre extérieur , qui pouroit être apli
qué après coup , pour faire valoir un Ac-
re auquel manqueroit cette formalité.
Ce Timbre intérieur pouroit aussi ser-
vir à supléer le Timbre imprimé s'il se
J. Fol
trouvoit
JUIN.
1737.
1107
trouvoit effacé , ou si le haut de la page
sur lequel il est aposé étoit déchiré : sur
quoi il faut remarquer , en passant , que
les Officiers publics devroient toûjours
avoir l'attention de disposer leurs Actes
de maniere qu'on ne puisse en suprimer
le Timbre sans alterer le corps de l'Ac-
te, ce que néanmoins quelques uns n'ob-
servent pas, ne commençant à écrire leurs
Actes qu'au-dessous du Timbre.
Pour revenir au double Timbre , je
dis
que le Timbre intérieur qui est fait
avec le papier est utile pour assurer que
l'Acte a été écrit sur du papier qui étoit
déja timbré : ce qui ne laisse pas d'être
important ; car puisqu'il est ordonné à
peine de nullité que les Actes reçûs par
des Officiers publics soient écrits sur du
papier timbré , ceux qui sont Déposi-
taires des Poinçons du Timbre ne doi-
vent pas timbrer un Acte écrit sur du
papier commun , lorsqu'il est déja signé
et parfait comme écriture privée , pour
le faire valoir après coup , comme Ecri-
tare publique :
si on tolere que le Tim-
bre soit aposé sur un Acte déja écrit , ce
ne doit être que sur un Acte qui ne soit
pas encore signé : c'est pourquoi il se-
roit à propos d'assujettir tous les Officiers
publics à n'écrire les Actes qu'ils reçoi-
1. Vol.
vent
1108 MERCURE DE FRANCE
vent que sur du papier timbré des deux
Timbres ; c'est-à-dire , du Timbre qui
est marqué dans le corps du papier , er
fait avec le papier même , et de celui qui
s'imprime au haut de la feüille avec un
Poinçon , parce que le concours de ces
deux Timbres rempliroit tous les objets
que l'on peut avoir eu en vûë dans
P'établissement de cette formalité ; et let
Timbre intérieur écarteroit tout soup-
çon , en constatant que
le papier
étoit
déja timbré lorsque l'Acte y a été écrit.
Mais cette double précaution ne pou-
roit servir que pour les Actes qui s'écri-
vent sur du papier , et non pour ceux
qui s'écrivent en parchemin ; parce que
le parchemin n'étant pas fait de miin
d'homme , on ne peut pas y inserer de
Timbre intérieur comme dans le papier ,
dont le Timbre intérieur se fait en mê-
temps que le papier même. Aussi y a t- il
beaucoup plus d'inconveniens à se servir
de parchemin que de papier , parce que
non seulement la destination du parche-
min ne peut pas être constatée d'une ma-
niere aussi sûre que le papier ; mais ou-
tre cela le parchemin est plus facile à al-
térer que le papier , ensorte que pour
mieux assurer la verité des Actes , il se-
roit à souhaiter que l'on ne se servit que
de papier.
XIX.
JUIN.
1737.
1109
XIX. Pour entendre quel est l'effet
de la peine de nullité prononcée par les
Edits et Déclarations du Roy contre
les
Actes reçûs par des Officiers publics ,
lorsqu'ils ne sont pas écrits sur du papier
ou parchemin timbré, ou qu'ils sont écrits
sur du papier ou parchemin timbré du
Timbre d'un autre lieu que celui où est
passé l'Acte , ou d'un Timbre qui est
d'une destination si oposée à la nature de
l'Acte , qu'il ne peut absolument y con
venir , il faut distinguer entre les Actes
publics ceux qui ne sont obligatoires que'
d'une part , d'avec ceux qui sont sinal-
lagmatiques ; c'est- à-dire, qui sont res-
pectivement obligatoires à l'égard de tou
tes les Parties contractantes.
Les Actes qui ne sont obligatoires que
d'une part , comme une obligation , une
quittance , et les Actes qui ne forment
point de convention , tels que les Décla-
rations , les Certificats et autres Actes
de cette nature , ne sont pas
I. Vol.
absolument
nuls à tous égards , lorsqu'il leur manque
la formalité du Timbre : toute la peine
de nullité , à l'égard de ces sortes d'Ac-
tes , est qu'ils ne sont pas valables con
me Actes publics , et qu'ils n'ont aucun
des effets attachés à la publicité des Ac-
tes , tels que l'authenticité et l'hypote-
que
1108 MERCURE DE FRANCE
vent que sur du papier timbré des deux
Timbres ; c'est- à-dire , du Timbre qui
est marqué dans le corps du papier , et
fait avec le papier même , et de celui qui
s'imprime au haut de la feuille avec un
Poinçon , parce que le concours de ces
deux Timbres rempliroit tous les objets
que l'on peut avoir eu en vûë dans
l'établissement de cette formalité ; et le
Timbre intérieur écarteroit tout soup
çon , en constatant que le papier étoit
déja timbré lorsque l'Acte y a été écrit.
Mais cette double précaution ne pou-
roit servir que pour les Actes qui s'écri
vent sur du papier , et non pour ceux
qui s'écrivent en parchemin ; parce que
le parchemin n'étant pas fait de miin
d'homme , on ne peut pas y inserer de
Timbre intérieur comme dans le papier,
dont le Timbre intérieur se fait en mê
temps que le papier même. Aussi y a t- il
beaucoup plus d'inconveniens à se servir
de parchemin que de papier , parce que
non seulement la destination du parche-
min ne peut pas être constatée d'une ma
niere aussi sûre que le papier ; mais ou-
tre cela le parchemin est plus facile à al-
térer que le papier , ensorte que pour
mieux assurer la verité des Actes ,
roit à souhaiter que l'on ne se servît que
de papier.
il se-
XIX.
JUIN.
1737.
1109
XIX. Pour entendre quel est l'effet
de la peine de nullité prononcée par les
Edits et Déclarations du Roy contre les
Actes reçûs par des Officiers publics ,
lorsqu'ils ne sont pas écrits sur du papier
ou parchemin timbré , ou qu'ils sont écrits
sur du papier ou parchemin timbré du
Timbre d'un autre lieu que celui où est
passé l'Acte , ou d'un Timbre qui est
d'une destination si oposée à la nature de
l'Acte , qu'il ne peut absolument y con
venir , il faut distinguer entre les Actes
publics ceux qui ne sont obligatoires que'
d'une part , d'avec ceux qui sont sinal-
lagmatiques ; c'est- à-dire, qui sont res-
pectivement obligatoires à l'égard de tou
tes les Parties contractantes.
Les Actes qui ne sont obligatoires que
d'une part , comme une obligation , une
quittance , et les Actes qui ne forment
point de convention , tels que les Décla-
rations , les Certificats et autres Actes
de cette nature , ne sont pas absolument
nuls à tous égards, lorsqu'il leur manque
la formalité du Timbre : toute la peine
de nullité , à l'égard de ces sortes d'Ac-
tes , est qu'ils ne sont pas valables con
me Actes publics , et qu'ils n'ont aucun
des effets attachés à la publicité des Ac-
tes , tels que l'authenticité et l'hypote-
I. Vol.
que
1170 MERCURE DE FRANCE
que mais ils sont quelquefois valables
comme Ecriture privée.
En effet , lorsque l'on y a observé la
forme prescrite pour les Ecritures pri-
vées , ils sont valables en cette derniere
qualité, quoiqu'ils eussent été faits pour
valoir comme Actes publics.
Mais si ayant été faits pour valoir
comme Actes publics , ils ne peuvent va-
loir en cette qualité faute de Timbre , ou
à cause de quelque défaut essentiel dans
l'observation de cette formalité ; et que
d'un autre côté ces Actes ne soient pas
dans une forme telle qu'ils puissent va-
loir comme Ecriture privée, c'est alors un
des cas où ils sont absolument nuls aux
termes des Reglemens.
Par exemple , si un Notaire reçoit un
Testament sur du papier commun dans
un lieu où il devoit l'écrire sur du papier
timbré , ce Testament sera absolument
nul, et ne vaudra pas même comme Tes-
tament Olographe's parce que , pour être
valable en cette qualité , il faudroit qu'il
fût entierement écrit et signé de la main
du Testateur , auau lieu qu'ayant été reçû
par un Notaire , ce sera le Notaire qui
l'aura écrit ,
De même si un Notaire reçoit une
Obligation sur du papier commun , tan-
1. Vol.
dis
JUIN;
1737.
IIII
dis qu'elle devoit être sur du papier tim-
bré , elle ne sera pas valable , même
comme promesse sous signature privée ,
parce qu'aux termes de la Déclaration
du Roy du 22. Septembre 1733. regis-
trée en Parlement le 14. Octobre suivant
et le 20, Janvier 1734. Tous Billets sous
signature privée , au Porteur , à ordre , on
autrement, causés pour valeur en argent, sont
nuls , si le corps du Billet n'est écrit de la
main de celui qui l'a signé , ou du moins si
la somme portée au Billet n'est reconnuë par
une aprobation écrite en toutes lettres aussi
de sa main.
Cette Déclaration excepte seulement
les Billets sous signature privée , faits par
des Banquiers , Négocians , Marchands ,
Manufacturiers , Artisans , Fermiers, La-
boureurs , Vignerons , Manouvriers et au-
tres de pareille qualité , à l'égard desquels
elle n'exige pas que le corps de leurs
Billets soit entierement écrit de leur
main ensorte que les Obligations pas-
sées devant Notaires par ces sortes de
personnes , et reçûës sur du papier com-
mun lorsqu'elles devoient l'être sur pa-
pier timbré , pouroient valoir comme
Billets sous signature privée , pourvû
que l'Acte fût signé de l'Obligé.
Pour ce qui est des Actes que les Par-
1. Vol
ties
112 MERCURE DE FRANCE
ties n'ont pû signer , faute de sçavoir
écrire , ou pour quelqu'autre empêche-
ment , ils sont absolument nuls à tous
égards , lorsque les Officiers publics de-
voient les recevoir sur du papier timbré,
et qu'ils les ont reçûs sur du papier com-
mun , et ne peuvent valoir même com-
me Ecriture privée , parce que les Actes
sous seing privé ne sont parfaits que par
la signature des Parties.
A l'égard des Actes sinallagmatiques
tels que les Contrats de vente , d'échan-
ge , de societé , les baux et autres Actes
semblables , qui obligent respectivement
les Parties contractantes à remplir cha-
cun de leur part certains engagemens ,
lorsqu'ils sont reçûs par des Officiers pu-
blics sur du papier commun , dans un
lieu où ils devoient être sur papier tim-
bré , ils sont aussi absolument nuls à
tous égards, et ne peuvent valoir même
comme Ecriture privée , quand même
les Parties contractantes les auroient si-
gné , parce que pour former un Acte
obligatoire , sinallagmatique , sous seing
privé ,
il faut qu'il soit fait double , tri-
ple ou quadruple , & c. selon le nombre
des Contractans , afin que chacun d'eux
puisse en avoir un pardevers soi , ce que
fon apelle en Bretagne , un autant ; et
1. Vol
qu'il
JUIN
1737.
1113
qu'il soit fait mention dans chaque ex-
pédition que l'Acte a été fait double
triple ou quadruple , ce qui est tellement
de rigueur que l'omission de cette men-
tion suffit seule pour annuller la conven-
tion
cette regle est for dée sur le prin-
cipe qu'une convention ne peut pas être
valable , à moins que chaque Contrac-
tant ne puisse contraindre les autres à
exécuter leurs engagemens , comme il
peut être contraint de remplir les siens:
pour mettre les Contractans en état d'o-
bliger les autres d'executer leurs enga-
gemens , il faut
il faut que chacun d'eux ait en
main , pardevers soi un titre contre les
autres ; car un Acte sinallagmatique sous
seing privé qui seroit simple , ne forme-
roit pas un titre commun , quoiqu'il fût
signé de tous les Contractans , puisque
chacun d'eux ne pouroit pas l'avoir , et
que celui qui l'auroit, pouroit le faire
paroître ou le suprimer , selon son in-
terêt
3
au préjudice des autres Contrac-
tans , qui ne pouroient pas s'en aider.
Or lorsqu'un Acte sinallagmatique a
été reçû par un Officier public , pour
valoir comme Acte public ; et que néan,
moins il ne l'a reçû que sur papier com-
mun , soit par impéritie ou autrement,
quoiqu'il dût le recevoir sur du papier
J Vol.
timbré
1114 MERCURE DE FRANCE
timbré , cet Acte ne peut valoir comme
Ecriture privée , parce qu'il n'a point
été fait double , triple ou quadruple ,
& c. selon le nombre des Contractans , et
que par conséquent il n'y est pas fait
mention qu'il ait été fait double ou tri
ple , &c. d'où il s'ensuit qu'il ne peut
etre sinallagmatique , et qu'il est abso-
lument nul.
En vain prétendroit- on que la minu
te de cet Acte sinallagmatique devient
un titre commun dont chaque Contrac
tant peut ensuite lever des expéditions
et par- là se procurer un titre pour obli-
ger
les autres Parties à executer l'Acte
de leur part : dès que l'Acte sinallagma
tique n'a pas été reçû par l'Officier pu-
blic sur du papier timbré , comme il le
devoit , et que par l'omission de cette
formalité l'Acte ne peut valoir comme
Acte public , l'original de cet Acte que
l'Officier public a retenu pardevers lui ,
ne peut être considéré comme une vraie
minute , qui soit un titre commun dont
on puisse lever des expéditions , qui ser-
vent de titre à chacun des Contractans,
parce que l'original n'étant pas un Acte
public , mais seulement un Acte privé
simple, il pouvoit être suprimé par ceux
entre les mains desquels il étoit , et par
1. Vol.
conséquent
JUIN 17370
ITTS
conséquent n'étoit pas obligatoire , le
dépôt qui en a été fait chés un Officier
public , ne peut pas réparer ce vice pri-
mordial , ni faire que les expéditions
qu'en délivreroit l'Officier public , ser-
vent de titre à chacun des Contractans,
parce que l'Acte étant nul dans le prin-
cipe ne peut être réhabilité par la quali-
té du Lieu où il est placé.
Il faut néanmoins excepter de cette
regle certains Actes que les Notaires
peuvent recevoir en Brevet ; car si ces
Actes ont été faits doubles ou triples ,
selon le nombre des Parties contractan-
tes , ainsi que cela se pratique ordinaire-
ment, et que chaque double soit signé de
la Partie qu'il oblige, ces Actes qui ne se-
roient pas valables comme Actes publics,
s'ils étoient écrits sur du papier ou par-
chemin commun , dans un Lieu où ils
devoient l'être sur du papier ou parche-
min timbré , vaudroient du moins com-
me Ecritures privées , parce qu'ils au-
roient en eux toutes les conditions né
cessaires pour valoir en cette qualité.
Fermer
7352
p. 1125-1129
LETTRE de M. Mazure, Maître ès Arts dans l'Université de Paris, & Maître de Mathématiques à Rennes, à M. Bardon.
Début :
On trouve tant d'avantage dans les conversations que l'on peut se ménager [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Mazure, Maître ès Arts dans l'Université de Paris, & Maître de Mathématiques à Rennes, à M. Bardon.
LETTRE de M. Mazure, Maître ès
Arts dans l'Université de Paris, &
Maître de Mathématiques à Rennes, à
M. Bardon.
Ο
On trouve tant d'avantage dans les
conversations que l'on peut se ménager
avec vous , Monsieur , qu'on ne
pouroit , sans ingratitude , se dispenser
de vous en faire un hommage. Vous con-
duisez l'esprit avec tant de méthode
qu'il s'emble que vous ne fassiez naître des
doutes , que pour procurer la satisfaction
de les dissiper soi même. Voici le fruit
de mes réfléxions sur la question que
nous agitâmes dernierement. Il s'agissoit
de sçavoir si la matiere actuellement
existente est infinie ou finie en étendue.
Descartes paroît avoir été pour le
premier sentiment ; mais en verité il y a
tant et de si fortes objections à faire , aux-
quelles on ne voit aucune réponse rai-
sonnable qu'on ne peut guere se dé-
terminer à l'embrasser . Contre le dernier,
dans le Systême des Tourbillons plus pe-
tits , et plus petits , qui paroît le seul rai-
sonnable , la plus forte objection que
Fon ait faite jusqu'ici , c'est que, selon
B. Fol.
D vj
les
I 26 MERCURE DE FRANCE
les Loix du mouvement , les petits Tour-
billons qui seroient à l'extrémité , c'est-
à- dire , aux dernieres couches de l'Uni-
vers , devroient s'en aller par des tangen
tes , et tout cet Univers se détruire. Ce-
pendant il se conserve cet Univers , donc
Dieu le conserve par une volonté parti-
culiere ; mais cette conséquence met ma-
nifestement des bornes à la sagesse de
Dieu , qui n'a pû lui dicter des Loix ,
pour ainsi dire , assés fécondes pour con-
server l'Univers. Je ne crois pas que
consultant l'idée de l'Etre infiniment
parfait , et connoissant combien il est ja
loux de l'Attribut de sa Sagesse , on
puisse admettre une pareille conséquence.
Comment donc se tirer de ces embarras ?
Voilà où nous en restâmes , M. et voici
ce qui m'est venu depuis dans l'esprit à
ce sujet:
Je dis qu'on peut regarder tout cet
Univers comme un Tourbillon qui en
renferme d'autres plus petits ; ceux- ci
d'autres , plus petits encore , et ainsi de
suite ( je ne sçai si on ne pouroit pas dire
à l'infini ) de sorte que ces derniers petits
Tourbillons , dont j'ai parlé , participent
à tous les mouvemens de tous les Tour-
billons dont ils sont parties prochaines
ou éloignées ; donc ils reçoivent des im--
1 Vol .
2
pressions>
JULN.
La Violi
1737.
1127
pressions des forces centrales et centrifu-
ges du premier Tourbillon total , ot de
tous les intermédiaires , ils ont eux-mê-
mes des forces centrales et centrifuges ,
qui leur sont propres. Or toutes ces for-
ces centrales et centrifuges , ont des dé
terminations différentes ; donc ces der
nieres parties de l'Univers sont poussées
suivant un nombre immense de déter
minations.
Mais par la Loy des mouvemens com-
posés , un corps poussé suivant différen-
tes déterminations , qui ne sont point
diamétralement oposées , n'en suit au-
cune , mais décrit une ligne par laquelle
il satisfait à toutes ces déterminations ;
donc chacune de ces dernieres parties, ne
suivra aucune de ces déterminations ,
mais elle décrira une ligne par laquelle
elle satisfera à toutes ; or non seulement
il ne répugne point , mais même il est
très -conforme à la Sagesse infinie de l'E-
tre infiniment parfait , que toutes ces +
différentes déterminations fissent entre-
3
elles des angles tels que la ligne , que
chaque petit Tourbillon devra décrire
soit précisément celle où il sera conservé
et retenu dans les bornes de l'Univers.
Donc cet Univers doit se conserver part
lës Loix des mouvemens , et sans volon
ré
128 MERCURE DE FRANCE
té particuliere ; ce qui porte le caracte-
re d'une sagesse infinie et d'une Provi
dence sans bornes.
Mais , M. ce qui me confirme encore
dans cette opinion , c'est que par ce Sys-
tême, je crois trouver une analogie entre
le physique et le moral, laquelle exprime
parfaitement la simplicité de la conduite
de Dieu, qui par la nécessité de son Etre,
ne peut agir que pour faire porter à son
Ouvrage le caractere de ses Attributs, de
la maniere la plus capable de procurer sa
gloire , qui seule peut être la fin , com-
me le seul amour , qu'il se porte à lui-
même , peut être le motif de son action
En effet , M. comme Habitans de l'Uni-
vers entier , nous avons certaines impres-
sions : comme Européens , nous en avons
d'autres ; comme François , d'autres ; de
différentes comme Bretons.L'Habitant de
Rennes a les siennes ,comme Pere ou par-
tie d'une certaine famille , il en a qui lui
sont particulieres ; et enfin , par un res-
sort et par une combinaison que nous ne
sçaurions assés admirer , toutes ces diffé
rentes impressions , dont chacune en
particulier tendroit au renversement de
la societé , prises toutes ensemble , en
operent la conservation et le bien. Voilà,
M. ce que j'ai pû recueillir de mes médi-
1. Vol.
mations
JUIN.
1737.
F129
tations. Je connois votre sincerité , com-
me vous connoissez mon désintéresse-
ment sur mes sentimens philosophiques,
lorsqu'il ne m'est pas clair que j'en doi-
ve compte à la vérité. J'attends vos avis ,
bien résolu d'en profiter , comme d'être
toute ma vie avec une sincere amitié,
M. Votre , &c.
Arts dans l'Université de Paris, &
Maître de Mathématiques à Rennes, à
M. Bardon.
Ο
On trouve tant d'avantage dans les
conversations que l'on peut se ménager
avec vous , Monsieur , qu'on ne
pouroit , sans ingratitude , se dispenser
de vous en faire un hommage. Vous con-
duisez l'esprit avec tant de méthode
qu'il s'emble que vous ne fassiez naître des
doutes , que pour procurer la satisfaction
de les dissiper soi même. Voici le fruit
de mes réfléxions sur la question que
nous agitâmes dernierement. Il s'agissoit
de sçavoir si la matiere actuellement
existente est infinie ou finie en étendue.
Descartes paroît avoir été pour le
premier sentiment ; mais en verité il y a
tant et de si fortes objections à faire , aux-
quelles on ne voit aucune réponse rai-
sonnable qu'on ne peut guere se dé-
terminer à l'embrasser . Contre le dernier,
dans le Systême des Tourbillons plus pe-
tits , et plus petits , qui paroît le seul rai-
sonnable , la plus forte objection que
Fon ait faite jusqu'ici , c'est que, selon
B. Fol.
D vj
les
I 26 MERCURE DE FRANCE
les Loix du mouvement , les petits Tour-
billons qui seroient à l'extrémité , c'est-
à- dire , aux dernieres couches de l'Uni-
vers , devroient s'en aller par des tangen
tes , et tout cet Univers se détruire. Ce-
pendant il se conserve cet Univers , donc
Dieu le conserve par une volonté parti-
culiere ; mais cette conséquence met ma-
nifestement des bornes à la sagesse de
Dieu , qui n'a pû lui dicter des Loix ,
pour ainsi dire , assés fécondes pour con-
server l'Univers. Je ne crois pas que
consultant l'idée de l'Etre infiniment
parfait , et connoissant combien il est ja
loux de l'Attribut de sa Sagesse , on
puisse admettre une pareille conséquence.
Comment donc se tirer de ces embarras ?
Voilà où nous en restâmes , M. et voici
ce qui m'est venu depuis dans l'esprit à
ce sujet:
Je dis qu'on peut regarder tout cet
Univers comme un Tourbillon qui en
renferme d'autres plus petits ; ceux- ci
d'autres , plus petits encore , et ainsi de
suite ( je ne sçai si on ne pouroit pas dire
à l'infini ) de sorte que ces derniers petits
Tourbillons , dont j'ai parlé , participent
à tous les mouvemens de tous les Tour-
billons dont ils sont parties prochaines
ou éloignées ; donc ils reçoivent des im--
1 Vol .
2
pressions>
JULN.
La Violi
1737.
1127
pressions des forces centrales et centrifu-
ges du premier Tourbillon total , ot de
tous les intermédiaires , ils ont eux-mê-
mes des forces centrales et centrifuges ,
qui leur sont propres. Or toutes ces for-
ces centrales et centrifuges , ont des dé
terminations différentes ; donc ces der
nieres parties de l'Univers sont poussées
suivant un nombre immense de déter
minations.
Mais par la Loy des mouvemens com-
posés , un corps poussé suivant différen-
tes déterminations , qui ne sont point
diamétralement oposées , n'en suit au-
cune , mais décrit une ligne par laquelle
il satisfait à toutes ces déterminations ;
donc chacune de ces dernieres parties, ne
suivra aucune de ces déterminations ,
mais elle décrira une ligne par laquelle
elle satisfera à toutes ; or non seulement
il ne répugne point , mais même il est
très -conforme à la Sagesse infinie de l'E-
tre infiniment parfait , que toutes ces +
différentes déterminations fissent entre-
3
elles des angles tels que la ligne , que
chaque petit Tourbillon devra décrire
soit précisément celle où il sera conservé
et retenu dans les bornes de l'Univers.
Donc cet Univers doit se conserver part
lës Loix des mouvemens , et sans volon
ré
128 MERCURE DE FRANCE
té particuliere ; ce qui porte le caracte-
re d'une sagesse infinie et d'une Provi
dence sans bornes.
Mais , M. ce qui me confirme encore
dans cette opinion , c'est que par ce Sys-
tême, je crois trouver une analogie entre
le physique et le moral, laquelle exprime
parfaitement la simplicité de la conduite
de Dieu, qui par la nécessité de son Etre,
ne peut agir que pour faire porter à son
Ouvrage le caractere de ses Attributs, de
la maniere la plus capable de procurer sa
gloire , qui seule peut être la fin , com-
me le seul amour , qu'il se porte à lui-
même , peut être le motif de son action
En effet , M. comme Habitans de l'Uni-
vers entier , nous avons certaines impres-
sions : comme Européens , nous en avons
d'autres ; comme François , d'autres ; de
différentes comme Bretons.L'Habitant de
Rennes a les siennes ,comme Pere ou par-
tie d'une certaine famille , il en a qui lui
sont particulieres ; et enfin , par un res-
sort et par une combinaison que nous ne
sçaurions assés admirer , toutes ces diffé
rentes impressions , dont chacune en
particulier tendroit au renversement de
la societé , prises toutes ensemble , en
operent la conservation et le bien. Voilà,
M. ce que j'ai pû recueillir de mes médi-
1. Vol.
mations
JUIN.
1737.
F129
tations. Je connois votre sincerité , com-
me vous connoissez mon désintéresse-
ment sur mes sentimens philosophiques,
lorsqu'il ne m'est pas clair que j'en doi-
ve compte à la vérité. J'attends vos avis ,
bien résolu d'en profiter , comme d'être
toute ma vie avec une sincere amitié,
M. Votre , &c.
Fermer
7353
p. 1137-1146
ASSEMBLÉE Publique de l'Académie Royale des Sciences, du ....
Début :
Monsieur de M. y lût un Discours sur la Propagation du Son dans les [...]
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texteReconnaissance textuelle : ASSEMBLÉE Publique de l'Académie Royale des Sciences, du ....
ASSEMBLÉE Publique de l'Académie
Royale des Sciences, du ....
Monsieur de M. y lût un Discours
sur la Propagation du Son dans les
differensTons qui le modifient . Il considere le
Son dans quatre sujets differens ; dans le
Corps sonore qui enfait le sujet immédiat par
ses vibrations ; dans l'air , qui en est
le milieu , en tant que susceptible des vi-
brations du corps sonore dans l'organe de
Louie , ébranlé par les vibrations de l'air z
et enfin dans le sentiment que l'ame en re-
çoit . De ces quatre Parties de la ques-
tion du Son , qui se lient et s'éclairent
1. Vol.
A
mutuel.
13 MERCURE DE FRANCE
mutuellement
M. de M. n'a pris à
tâche d'aprofondir que la seconde ,
sçavoir la maniere dont le son est pro-
duit dans l'air , et il ne s'arrête même
dans celle- ci qu'au son modifié en tel ou
tel Ton, aigu ou grave, haut ou bas; en
un mot aux differens Tons qui font l'ob
jet de la Musique. Cependant , à cause
de la liaison de cette Partie avec les trois
autres , il les parcourt toutes dans l'or
dre que nous les avons énoncées, et il en
tire des preuves ou des éclaircissemens
curieux par raport à son hypothese sur
la seconde.
Cette hypothese consiste à admettre
dans l'air autant de particules de diffe-
rente élasticité , et capables par là de vi-
brations d'autant de differentes durées ,
qu'il y a de Tons differens dans les corps
sonores , ou que nous avons de percep-
tions en vertu des differens Tons qui fra-
pent notfe organe : l'ébranlement total
où les vibrations de toutes ces particules
ensemble produisent le Son en géneral
ou le bruit.
M. de M. avoit communiqué son idée
à l'Académie sur ce sujet , il y a plus de
dix- sept ans , car il en est fait mention
dans le Volume des Mémoires de cette
Compagnie de 1720. Il l'avoit même ex-
1. Vol.
pliquée
JUI N.
1737.
1139
pliquée depuis à plusieurs Personnes ,
soit de vive voix , soit par écrit. Aussi
quelques Sçavans s'en étoient-ils déja
servi dans leurs Ouvrages ; mais de ma-
niere
jour
sans doute , que l'Auteur a crû
devoir la mettre lui- même dans tout son
et c'est ce qu'il execute ici . Il se
fait gloire de dire que son systême sur la
Propagation du Son
9
et des differens
Tons , est une imitation de celui de M.
Nevvton sur la lumiere et les couleurs,
L'on voit en effet d'un côté autant d'espe
ces de corpuscules lumineux de differente
refrangibilité , que de couleurs ; de l'autre .
autant de particules sonores d'air de diffe-
rente élasticité, que de Tons : Là le mêlange
de tous les corpuscules lumineux et colorés
produit la lumiere ; ici le fremissement de
toutes les particules sonores et toniques forme
le bruit.
Ce qui a conduit l'Auteur à admet
tre dans l'air cette diversité de parties
intégrantes susceptibles de vibrations de
differente durée , et capables par- là de re-
tenir et de transmettre jusqu'à l'oreille
tous les Tons du corps sonore ,c'est l'im-
possibilité où l'on se trouve, sans cela , de
concevoir comment plusieurs Tons diffe-
rens peuvent se faire entendre à la fois ;
par exemple , plusieurs Parties chantan-
1. Vol.
E
tes
1140 MERCURE DE FRANCE
tes , ou les Tons differens de plusieurs
cordes d'Instrument. Car la difference
méchanique des Tons , ne consistant que
dans le nombre de vibrations que don-
nent les differens corps sonores en temps
égal, comment la même masse d'air peute
elle frémir en même temps avec differen-
tes vîtesses , comme ut , par exemple , et
comme sol , et faire trois vibrations dans
le même instant qu'elle n'en fait que
deux ? On sçait que 2. et 3. forment
le raport numerique des vibrations de la
quinte à celles du Ton fondamental ,
comme 1. et 2. celui de l'Octave ,
5. celui de la Tierce majeure , & c.
4. et
En vain croit- on répondre à la diffi-
culté par la comparaison des ondes que
produisent plusieurs pierres jettées en
même tems sur la surface d'une eau tran-
quille. M. de M.... fait voir combien
cette comparaison ,
si rebatuë , et adop-
tée par des Personnes d'ailleurs très - ha-
biles , est défectueuse , et capable d'in-
duire en erreur. Une des principales dif
ferences entre les Ondes et les Sons , est
que les Ondes resultent du mouvement
de masses d'eau plus ou moins grandes ,
et les Sons , au contraire , ne sont pro-
duits que par les vibrations des parties
insensibles ou intégrantes de l'air. Aussi
1. Vol.
la
JUIN.
1737.
1141
la vitesse du progrès des Ondes peut elle
être plus ou moins grande, selon la gran-
deur , ou , comme on dit , la latitude des
Ondes ; mais la propagation du Son ,
fort ou foible, dans un air calme ou agité,
est toujours la même , parce que la con-
traction
,
ou la dilatation des ressorts, en
quoi consiste le Son , se fait toujours en
temps égal. C'est pourquoi le bruit du
Canon , qui va plus loir. , et qui se sou-
tient plus long - temps que celui du Mous-
quet , ne va pas plus vite , et va aussi
vîte à la fin qu'au commencement ; l'un
et l'autre parcourant également environ
180. toises par seconde. Ainsi il est très-
possible que differentes portions d'eau
s'élevent et s'abaissent alternativement à
sa surface avec differentes vîtesses , quel
qu'uniforme que soit l'eau dans ses par-
ties insensibles. Mais il n'est pas possible
que les parties insensibles de l'air frémis-
sent avec differentes vîtesses , à moins
qu'on ne les supose de differente élasti-
cité les unes à l'égard des autres.
M. de M. se fait encore cette difficulté:
Comment les vibrations ou les frémisse-
mens du corps sonore de tel ou tel Ton
vont- ils ébranler , entre les particules
d'air qui l'environnent précisément
celles qui répondent à ce Ton , par pré-
I. Vol.
E ij
férence
1142 MERCURE DE FRANCE
férence à toutes les autres ? A quoi il ré-
pond par le Phenomene connu de deux
Instrumens accordés à l'Unisson , et dont
l'un répete , comme une espece d'Echo
les airs que l'on joue sur l'autre ; tout de
même le corps sonore par ses vibrations
et ses frémissemens ébranle , sans dis-
tinction , toutes les parties du milieu qui
l'environnent ; mais les vibrations com-
muniquées par lui à ce milieu , ne se sou-
tiennent, et ne deviennentsensibles par des
secousses réiterées , que dans les particu
les Isochrones ; c'est-à- dire , dont les vi
brations sont de la même durée.
Ilraporte ensuite une experience moins
connue , quoique très ancienne , et très-
certaine ; c'est celle d'une corde touchée
à vuide , et qui rend avec le Son fonda-
mental, qui est de beaucoup le plus fort,
la plupart de ses Sons harmoniques , sa
Tierce majeure, sa Quinte , &c. ou leurs
Octaves.Et il fait voir que ce Phénomene
est inexplicable par tout autre hypothe
se que par celle des differentes élastici-
tés ou frequences de vibration , que les
particules de l'air ont entr'elles. Voilà ,
ajoûte- t il , les principales Loix de l'Har-
monie , diciées par la nature même , l'accord
parfaitfondé sur la correspondance que les
particules harmoniques de l'air ont entr'ele
1.fol.
les,
JUIN.
1737
1143
les , et une source féconde de regles que l'art
et le calcul peuvent étendre , et que la Phi-
losophie poura avomer. Il se dispense
d'entrer là- dessus dans aucun détail , en
avertissant qu'un célébre Musicien de
nos jours , à qui ces idées , et cette hy-
pothese ne sont pas inconnuës , va faire
paroître un Traité de Musique qui porte
sur cette même Théorie. Il n'est Person-
ne qui n'ait reconnu ici M. Rameau, qui
a presenté et dédié à l'Académie des
Sciences un Traité des Générations Har
moniques , qu'on imprime actuellement
où il a adopté l'hypothese de M. de M.
sur la Propagation du Son.
Le reste du Discours , qui en fait peut-
être la partie la plus curieuse , et la plus
interessante, est en même temps la moins-
susceptible d'extrait, ou demanderoit un
extrait d'une toute autre étenduë que cel-
le que nous avons résolu de donner à ce-
lui- ci. Nous ne ferons donc qu'en indi-
quer succinctement la teneur.
Il s'agit de la relation que les fibres de
FOrgane de l'Oüie ont avec les differen-
tes vibrations de l'air , et dé ses diverses
,
particules toniques ; de l'Origine du sen-
timent confus , mais invariable de l'Har-
monie , commun aux Hommes de tous
les temps et de tous les Pays ; et enfin
I. Vol.
E iij
de
144 MERCURE DE FRANCE
de la source du plaisir attaché au senti-
ment de l'Harmonie et des Consonnan-
ces , en oposition à la douleur , ou à l'es-
pece d'inquiétude que causent les mau-
vais accords.
L'Organe immédiat de l'Oüie est se-
lon M. de M. qui suit en ceci l'opinion
des plus fameux Anatomistes , un veri-
table Instrument de Musique , comme
l'œil est une vraie lunette d'aproche.C'est
une espece de Clavecin , où se trouvent
une infinité de cordes de differente lon-
gueur , et de differente tension , qui ré-
pondent à toutes les vibrations de l'air.
Il donne une description du Limaçon ,
qu'on sçait qui termine l'oreille interne,
et de la Lame spirale qui partage le Li-
maçon en deux rampes , pour preuve et
pour exemple de ce raport , qui est en
effet surprenant.
Le sentiment naturel de l'Harmonie
est attribué à cette correspondance des
ébranlemens des fibres de l'organe avec
ceux de l'air et du corps sonore , dont
nous éprouvons les effets depuis notre
naissance , et d'où s'est formé ce senti-
ment par une habitude nécessaire et in-
volontaire,
L'Auteur rapelle à cette occasion la
guérison de deux maladies extraordinai-
I. Vol.
res,
JUIN.
1737.
1145
res , accompagnées de délire et de con-
vulsions,dont il est parlé dans les Mémoi
res de l'Académie , et qui , après avoir
resisté à tous les remedes communément
reçûs , céderent enfin aux douces im
pressions de l'Harmonie. Il n'est point
en effet d'organe , dont les ébranlemens
se communiquent plus promptement à
tout le genre nerveux que ceux de l'or-
gane de l'ouie. C'étoient aussi des Musi-
ciens , sur qui ces guerisons furent opé-
rées , c'est- à- dire des sujets en qui l'ha-
bitude de sentir l'Harmonie se trouvoit
la plus forte.
Quant à la sensation délicieuse que
cause l'harmonie , et la peine secrete , ou
même la douleur que produisent les Sons
discordans , M. de M.... n'hésite pas à
leur donner pour cause la conservation
de l'organe favorisée dans un cas , et sa
destruction prochaine , ou commencée
dans l'autre
organes.
;
et c'est- là , dit il , en effet
et en général , la source de tous les plai-
sirs des sens , ou de la douleur que nous
›
éprouvons par leur moyen , en consé-
quence des loix de l'union de l'ame à ses
Il répond à quelques exceptions, qu'on
pouroit alleguer contre cette Théorie ; et
il finit par une Experience remarquable
1. Vol.
E iiij.
qu'il
146 MERCURE DE FRANCE
qu'il fit à Beziers en 1723. et qui tend à
prouver que, malgré la Propagation uni-
forme du Son en général , les differens
Tons qui le modifient pouroient bien
souffrir quelque difference dans les vî-
tesses de leurs Propagations particulieres ,
comme la lumiere hétérogene des diffe
rentes couleurs souffre differentes réfrac-
tions , quoique la lumiere en général, su-
posée homogene, se rompe toujours éga-
lement, en traversant les mêmes milieux.
L'aparell de cette Experience, qui est dé-
ja fort abregé dans le Discours de l'Au-
teur , ne nous permet pas de la raporter.
M. de M... s'est aussi reservé d'éclaircir
quelques autres points de cette matiere ,
dans des Remarques qu'il y ajoûtera , et
qui ne sont destinées que pour les As-
semblées particulieres de l'Académie.
Royale des Sciences, du ....
Monsieur de M. y lût un Discours
sur la Propagation du Son dans les
differensTons qui le modifient . Il considere le
Son dans quatre sujets differens ; dans le
Corps sonore qui enfait le sujet immédiat par
ses vibrations ; dans l'air , qui en est
le milieu , en tant que susceptible des vi-
brations du corps sonore dans l'organe de
Louie , ébranlé par les vibrations de l'air z
et enfin dans le sentiment que l'ame en re-
çoit . De ces quatre Parties de la ques-
tion du Son , qui se lient et s'éclairent
1. Vol.
A
mutuel.
13 MERCURE DE FRANCE
mutuellement
M. de M. n'a pris à
tâche d'aprofondir que la seconde ,
sçavoir la maniere dont le son est pro-
duit dans l'air , et il ne s'arrête même
dans celle- ci qu'au son modifié en tel ou
tel Ton, aigu ou grave, haut ou bas; en
un mot aux differens Tons qui font l'ob
jet de la Musique. Cependant , à cause
de la liaison de cette Partie avec les trois
autres , il les parcourt toutes dans l'or
dre que nous les avons énoncées, et il en
tire des preuves ou des éclaircissemens
curieux par raport à son hypothese sur
la seconde.
Cette hypothese consiste à admettre
dans l'air autant de particules de diffe-
rente élasticité , et capables par là de vi-
brations d'autant de differentes durées ,
qu'il y a de Tons differens dans les corps
sonores , ou que nous avons de percep-
tions en vertu des differens Tons qui fra-
pent notfe organe : l'ébranlement total
où les vibrations de toutes ces particules
ensemble produisent le Son en géneral
ou le bruit.
M. de M. avoit communiqué son idée
à l'Académie sur ce sujet , il y a plus de
dix- sept ans , car il en est fait mention
dans le Volume des Mémoires de cette
Compagnie de 1720. Il l'avoit même ex-
1. Vol.
pliquée
JUI N.
1737.
1139
pliquée depuis à plusieurs Personnes ,
soit de vive voix , soit par écrit. Aussi
quelques Sçavans s'en étoient-ils déja
servi dans leurs Ouvrages ; mais de ma-
niere
jour
sans doute , que l'Auteur a crû
devoir la mettre lui- même dans tout son
et c'est ce qu'il execute ici . Il se
fait gloire de dire que son systême sur la
Propagation du Son
9
et des differens
Tons , est une imitation de celui de M.
Nevvton sur la lumiere et les couleurs,
L'on voit en effet d'un côté autant d'espe
ces de corpuscules lumineux de differente
refrangibilité , que de couleurs ; de l'autre .
autant de particules sonores d'air de diffe-
rente élasticité, que de Tons : Là le mêlange
de tous les corpuscules lumineux et colorés
produit la lumiere ; ici le fremissement de
toutes les particules sonores et toniques forme
le bruit.
Ce qui a conduit l'Auteur à admet
tre dans l'air cette diversité de parties
intégrantes susceptibles de vibrations de
differente durée , et capables par- là de re-
tenir et de transmettre jusqu'à l'oreille
tous les Tons du corps sonore ,c'est l'im-
possibilité où l'on se trouve, sans cela , de
concevoir comment plusieurs Tons diffe-
rens peuvent se faire entendre à la fois ;
par exemple , plusieurs Parties chantan-
1. Vol.
E
tes
1140 MERCURE DE FRANCE
tes , ou les Tons differens de plusieurs
cordes d'Instrument. Car la difference
méchanique des Tons , ne consistant que
dans le nombre de vibrations que don-
nent les differens corps sonores en temps
égal, comment la même masse d'air peute
elle frémir en même temps avec differen-
tes vîtesses , comme ut , par exemple , et
comme sol , et faire trois vibrations dans
le même instant qu'elle n'en fait que
deux ? On sçait que 2. et 3. forment
le raport numerique des vibrations de la
quinte à celles du Ton fondamental ,
comme 1. et 2. celui de l'Octave ,
5. celui de la Tierce majeure , & c.
4. et
En vain croit- on répondre à la diffi-
culté par la comparaison des ondes que
produisent plusieurs pierres jettées en
même tems sur la surface d'une eau tran-
quille. M. de M.... fait voir combien
cette comparaison ,
si rebatuë , et adop-
tée par des Personnes d'ailleurs très - ha-
biles , est défectueuse , et capable d'in-
duire en erreur. Une des principales dif
ferences entre les Ondes et les Sons , est
que les Ondes resultent du mouvement
de masses d'eau plus ou moins grandes ,
et les Sons , au contraire , ne sont pro-
duits que par les vibrations des parties
insensibles ou intégrantes de l'air. Aussi
1. Vol.
la
JUIN.
1737.
1141
la vitesse du progrès des Ondes peut elle
être plus ou moins grande, selon la gran-
deur , ou , comme on dit , la latitude des
Ondes ; mais la propagation du Son ,
fort ou foible, dans un air calme ou agité,
est toujours la même , parce que la con-
traction
,
ou la dilatation des ressorts, en
quoi consiste le Son , se fait toujours en
temps égal. C'est pourquoi le bruit du
Canon , qui va plus loir. , et qui se sou-
tient plus long - temps que celui du Mous-
quet , ne va pas plus vite , et va aussi
vîte à la fin qu'au commencement ; l'un
et l'autre parcourant également environ
180. toises par seconde. Ainsi il est très-
possible que differentes portions d'eau
s'élevent et s'abaissent alternativement à
sa surface avec differentes vîtesses , quel
qu'uniforme que soit l'eau dans ses par-
ties insensibles. Mais il n'est pas possible
que les parties insensibles de l'air frémis-
sent avec differentes vîtesses , à moins
qu'on ne les supose de differente élasti-
cité les unes à l'égard des autres.
M. de M. se fait encore cette difficulté:
Comment les vibrations ou les frémisse-
mens du corps sonore de tel ou tel Ton
vont- ils ébranler , entre les particules
d'air qui l'environnent précisément
celles qui répondent à ce Ton , par pré-
I. Vol.
E ij
férence
1142 MERCURE DE FRANCE
férence à toutes les autres ? A quoi il ré-
pond par le Phenomene connu de deux
Instrumens accordés à l'Unisson , et dont
l'un répete , comme une espece d'Echo
les airs que l'on joue sur l'autre ; tout de
même le corps sonore par ses vibrations
et ses frémissemens ébranle , sans dis-
tinction , toutes les parties du milieu qui
l'environnent ; mais les vibrations com-
muniquées par lui à ce milieu , ne se sou-
tiennent, et ne deviennentsensibles par des
secousses réiterées , que dans les particu
les Isochrones ; c'est-à- dire , dont les vi
brations sont de la même durée.
Ilraporte ensuite une experience moins
connue , quoique très ancienne , et très-
certaine ; c'est celle d'une corde touchée
à vuide , et qui rend avec le Son fonda-
mental, qui est de beaucoup le plus fort,
la plupart de ses Sons harmoniques , sa
Tierce majeure, sa Quinte , &c. ou leurs
Octaves.Et il fait voir que ce Phénomene
est inexplicable par tout autre hypothe
se que par celle des differentes élastici-
tés ou frequences de vibration , que les
particules de l'air ont entr'elles. Voilà ,
ajoûte- t il , les principales Loix de l'Har-
monie , diciées par la nature même , l'accord
parfaitfondé sur la correspondance que les
particules harmoniques de l'air ont entr'ele
1.fol.
les,
JUIN.
1737
1143
les , et une source féconde de regles que l'art
et le calcul peuvent étendre , et que la Phi-
losophie poura avomer. Il se dispense
d'entrer là- dessus dans aucun détail , en
avertissant qu'un célébre Musicien de
nos jours , à qui ces idées , et cette hy-
pothese ne sont pas inconnuës , va faire
paroître un Traité de Musique qui porte
sur cette même Théorie. Il n'est Person-
ne qui n'ait reconnu ici M. Rameau, qui
a presenté et dédié à l'Académie des
Sciences un Traité des Générations Har
moniques , qu'on imprime actuellement
où il a adopté l'hypothese de M. de M.
sur la Propagation du Son.
Le reste du Discours , qui en fait peut-
être la partie la plus curieuse , et la plus
interessante, est en même temps la moins-
susceptible d'extrait, ou demanderoit un
extrait d'une toute autre étenduë que cel-
le que nous avons résolu de donner à ce-
lui- ci. Nous ne ferons donc qu'en indi-
quer succinctement la teneur.
Il s'agit de la relation que les fibres de
FOrgane de l'Oüie ont avec les differen-
tes vibrations de l'air , et dé ses diverses
,
particules toniques ; de l'Origine du sen-
timent confus , mais invariable de l'Har-
monie , commun aux Hommes de tous
les temps et de tous les Pays ; et enfin
I. Vol.
E iij
de
144 MERCURE DE FRANCE
de la source du plaisir attaché au senti-
ment de l'Harmonie et des Consonnan-
ces , en oposition à la douleur , ou à l'es-
pece d'inquiétude que causent les mau-
vais accords.
L'Organe immédiat de l'Oüie est se-
lon M. de M. qui suit en ceci l'opinion
des plus fameux Anatomistes , un veri-
table Instrument de Musique , comme
l'œil est une vraie lunette d'aproche.C'est
une espece de Clavecin , où se trouvent
une infinité de cordes de differente lon-
gueur , et de differente tension , qui ré-
pondent à toutes les vibrations de l'air.
Il donne une description du Limaçon ,
qu'on sçait qui termine l'oreille interne,
et de la Lame spirale qui partage le Li-
maçon en deux rampes , pour preuve et
pour exemple de ce raport , qui est en
effet surprenant.
Le sentiment naturel de l'Harmonie
est attribué à cette correspondance des
ébranlemens des fibres de l'organe avec
ceux de l'air et du corps sonore , dont
nous éprouvons les effets depuis notre
naissance , et d'où s'est formé ce senti-
ment par une habitude nécessaire et in-
volontaire,
L'Auteur rapelle à cette occasion la
guérison de deux maladies extraordinai-
I. Vol.
res,
JUIN.
1737.
1145
res , accompagnées de délire et de con-
vulsions,dont il est parlé dans les Mémoi
res de l'Académie , et qui , après avoir
resisté à tous les remedes communément
reçûs , céderent enfin aux douces im
pressions de l'Harmonie. Il n'est point
en effet d'organe , dont les ébranlemens
se communiquent plus promptement à
tout le genre nerveux que ceux de l'or-
gane de l'ouie. C'étoient aussi des Musi-
ciens , sur qui ces guerisons furent opé-
rées , c'est- à- dire des sujets en qui l'ha-
bitude de sentir l'Harmonie se trouvoit
la plus forte.
Quant à la sensation délicieuse que
cause l'harmonie , et la peine secrete , ou
même la douleur que produisent les Sons
discordans , M. de M.... n'hésite pas à
leur donner pour cause la conservation
de l'organe favorisée dans un cas , et sa
destruction prochaine , ou commencée
dans l'autre
organes.
;
et c'est- là , dit il , en effet
et en général , la source de tous les plai-
sirs des sens , ou de la douleur que nous
›
éprouvons par leur moyen , en consé-
quence des loix de l'union de l'ame à ses
Il répond à quelques exceptions, qu'on
pouroit alleguer contre cette Théorie ; et
il finit par une Experience remarquable
1. Vol.
E iiij.
qu'il
146 MERCURE DE FRANCE
qu'il fit à Beziers en 1723. et qui tend à
prouver que, malgré la Propagation uni-
forme du Son en général , les differens
Tons qui le modifient pouroient bien
souffrir quelque difference dans les vî-
tesses de leurs Propagations particulieres ,
comme la lumiere hétérogene des diffe
rentes couleurs souffre differentes réfrac-
tions , quoique la lumiere en général, su-
posée homogene, se rompe toujours éga-
lement, en traversant les mêmes milieux.
L'aparell de cette Experience, qui est dé-
ja fort abregé dans le Discours de l'Au-
teur , ne nous permet pas de la raporter.
M. de M... s'est aussi reservé d'éclaircir
quelques autres points de cette matiere ,
dans des Remarques qu'il y ajoûtera , et
qui ne sont destinées que pour les As-
semblées particulieres de l'Académie.
Fermer
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p. 1146
« Les mots de l'Enigme et des Logogryphes du Mercure de May, sont : le [...] »
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Les mots de l'Enigme et des Logogryphes du Mercure de May, sont : le [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Les mots de l'Enigme et des Logogryphes du Mercure de May, sont : le [...] »
Les mots de l'Enigme et des Logogryphes
du Mercure de May, sont : le
le
Papier , Opera , et Feuille.On trouve dans
le premier Logogryphe , O , ope , Pera ,
et Pareo. Dans le second : Feu, Fille, Fil,
Eiel , Vie , Elie , Lie , Levi , et Vielle.
du Mercure de May, sont : le
le
Papier , Opera , et Feuille.On trouve dans
le premier Logogryphe , O , ope , Pera ,
et Pareo. Dans le second : Feu, Fille, Fil,
Eiel , Vie , Elie , Lie , Levi , et Vielle.
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7355
p. 1149-1157
La Religion ou Théologie des Turcs, [titre d'après la table]
Début :
GANNEAU débite un Livre intitulé la Religion ou Théologie des [...]
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texteReconnaissance textuelle : La Religion ou Théologie des Turcs, [titre d'après la table]
GANNEAU débite un Livre intitulé
la Religion ou Théologie des
Turcs , par Echialle Moufti , avec la Pro-
fession de Foy de Mahomet , Fils de Pir
Ali, en deux Volumes in- 12 . A Bruxelles,
chés François Foppens. M. DCC. IV.
Cet Ouvrage est divisé en trois Par-
ties ; les deux premieres ne contiennent
que des Traditions extravagantes de dif-
ferens Docteurs Mahometans sur l'état
de l'Homme à l'agonie , après la mort
jusqr ' au Jugement dernier , et au Ju-
gement dernier; des Descriptions imagi-
naires de ce redoutable jour , du Para-
dis et de l'Enfer ; le tout composé à des-
sein d'épouvanter les Pécheurs , et prin-
1. Vol.
Evi
cipalement
(1150 MERCURE DE FRANCE
cipalement les Peuples qui ne sont pas
soumis à l'Alcoran , qui seuls sont me-
nacés de peines éternelles , desquelles
tous les Mahometans sont exempts par
le privilege de leur Religion . La Traduc-
tion en est assés exacte , à cela près que
le Traducteur a un peu adouci les ex-
travagances les plus outrées de l'original,
qui multiplie tous les biens et les maux
par le nombre de 70000. qui lui est fá-
vori. Par exemple ,
il y a des endroits
dans ce Livre , où , en faisant la descrip
tion de certains Anges , l'Auteur dit que
leurs têtes touchent le Ciel Empirée , et
de leurs pieds est à l'Orient du Ciel ,
l'autre à son Occident ; que du bout
2
leurs pieds le centre de la Terre ; qu'un *
d'une de leurs aîles à celui de l'autre il y
x
2-7000 . années de chemin ; qu'ils ont
76000. têtes ; à chaque rête 70000. bou--
chés dans chaque bouche 70000. lan-
gues
;
que toutes ces langues ne sont
occupées nuit et jour qu'à louer leur
Créateur , et que chacune de ces langues
rend à Dieu autant de louange à chaque
instant , que tous les Peuples de la terre -
lui en poutoient rendre en 70000. an
nées.s
Toutes ces Opinions ; au reste
I -Vol
ne
sont point de foy chés les Mahometans ;
elles
JUIN.
1737.
HIST
elles sont reçûës du plus grand nombre,
mais les Sçavans de cette Religion les re-
jettent , parce qu'elles ne sont pas fon
dées sur l'Alcoran , et ce n'est pas un pè-
ché de n'y point ajoûter foy,
Ce que tous les Mahometans sont obli-
gés en conscience de croire , est renfer-
mé dans la troisiéme Partie de cet Ou-
vrage , qui est le Testament de Maho-
met , Fils de Pir Ali , qui contient sa
+
Profession de Foy en abregé , dans la
quelle il n'a obmis aucun point essentiel
de la Foy Mahometane. Il la commence
comme tout Traité de Théologie , par
l'idée de Dieu en 7. Chapitres. Il pro-
fesse son Unité , et pour détruire la Tri-
nité , il soûtient dans le premier Chap
que Dieu n'a point de Compagnon , et
pour nier la Divinité de J. C. il professe
que Dieu n'a ni engendré ,
"
ni été en-
gendré. Au reste il a de l'Etre supréme
à peu près la même idée que nous.
De l'idée de Dieu , l'Auteur, Chapitre
VIII. passe aux Anges, qu'il croit com-
posés de matiere subtile. Il reconnoît
104. Livres Divins publiés dans le Monde
par differens Prophetes , mais il n'en
nomme que quatre, Chap. I X sçavoir ;
Vol
43
l'Ancien Testament les Pseaumes , l'E-
vangile et l'Alcoran , le dernier de tous
ว
152 MERCURE DE FRANCE
et le plus parfait ; il assure même , Ch.
VI. que ce Livre est incrée et éternel .
L'Auteur traite de la Prédestination
dans plusieurs differens Chapitres de son
Ouvrage; mais tout ce qu'il en raporte est
toujours fondé sur le même principe ,
qui est que Dieu est Auteur du bien et
du mal , Chap. IV. Dieu a créé , dit-il ,
Chap. VII. les bonnes œuvres et les pe-
chés , le bien et le mal. Dieu a créé tous
les pechés et les crimes , et les a inscrits
dans le Livre du Destin , Chap . XXII.
parce que , dit-il tout de suite, Dieu fait
ce qu'il veut , et agit selon ses Decrets ,
et il ne se passe rien qui ne soit entiere-
ment conforme à ses Decrets et Volonté.
De-là , Ch. IV. il tire des conséquences
nécessaires ; c'est que Dieu n'a point sou
haité le salut des Réprouvés; qu'il ne peut
être offensé , Chap. I. par les crimes , ni
glorifié par les bonnes œuvres , d'autant
que c'est lui , dit-il, Ch. VII. qui a créé les
bonnes œuvres et les pechés ,le bien er le
mal. On doit conclure de cette Doctrine,
que l'Homme ne peut ni mériter , ni dé-
mériter ; aussi Dieu , Chap. XVIII . dis-
posera- t-il , à sa volonté , des actions des
Hommes au jour du Jugement , ôtant
aux Réprouvés leurs bonnes œuvres ,
pour les donner aux Elûs , et rendant en
I. V
échange
JUIN.
'1737.
1153
échange aux Reprouvés les pechés que
les Elûs auront commis. Pour les Elûs
,
ils sont aisés à connoître ; ce sont les
Mahometans , car il n'y a point de pe-
ché irrémissible , Chap. XXVIII. que
celui de ne pas croire à Mahomet ; et
pourvû qu'il reste à un Mahometan à la
mort autant de foy qu'un atôme , fut il
d'ailleurs coupable d'un nombre infini
de crimes les plus atroces , il souffrira
tout au plus en Enfer une espace de temps
proportionné à ses pechés , et à la fin
Il sera sauvé, Chap . XIX. L'Auteur se
reprend même un peu après , Chapitre
XXVI. et paroît douter que les Maho-
metans soient punis dans l'autre monde
des pechés dont ils n'auront paspas fait
pe-
nitence. Au reste la penitence des Ma-
hometans n'a rien de difficile , elle con-
siste seulement , Chap. L X. à se repen-
tir des pechés qu'ils ont commis , parce
qu'ils ont mérité les peines de l'Enfer.
L'Auteur traite des Prophetes , et en
particulier de Mahomet, de ses Miracles,
de sa Naissance et de sa Mort ; des trois
premiers Caliphes qui lui ont succedé ;
ensuite il passe aux Quatre Fins de
l'Homme , et vient à la Foy Mahome-
tane , qui consiste à croire en Dieu seul
et à Mahomet, Pour ce qui est de la Re-
I. Vol.
ligion
154 MERCURE DE FRANCE
ligion , il suffit de la sçavoir en abregé
Chap. XXIV . sans en raisonner ni
chercher à en donner de preuve claire
et évidente. Ce n'est pas en faire l'élo-
ge;
l'Auteur en reduit les devoirs essen-
tiels à six ; sçavoir , Recevoir l'Alcoran;
-P
Reciter tous les jours la Profession de
Foy; ( Il n'y a point de Dieu que Dieu ;
Mahomet est son Prophete ) et faire les
cinq Prieres ; Observer les Ablutions ;
Jeûner la Lune du Ramazan ; donner
aux Pauvres la Dixme de son revenu ;
et faire le Pèlerinage de la Mecque, Chap.
XXXVIII Mais de ces six Devoirs l'Au
teur paroît donner la préference à l'Ablu-
tion , en disant: L'essentiel du Mahome-
tisme consiste principalement dans la pu
reté du Corps. Chap. LXXXV.Les Sçavans,
sans mépriser ce point de la Loy , le font
consister dans la pureté de l'Ame : mais
c'est ici l'opinion commune. Cet Auteur,
en parlant de l'Ablution
LXXXVIII.
•
Chapitre
établit les mérites ou
démérites des Femmes , ce qui supose
nécessairement leur salut ou leur dam
nation , et qui détruit l'opinion qu'on a
en Europe,que les Mahometans excluent
les Femmes du Paradis. Un Mahometan
peut apostasier sans renier formellement
sa Religion; on apelle cela tomber dans
I¿Vol .
l'infidelité
#
JUIN
1737
Iss
Finfidelité ; c'est, comme nous dirions,
devenir Payen , être excommunié. Ea
cet état ses exercices de Religion sont
sans mérite ; son mariage est nul ; le de-
voir en est illicite; il n'est pas permis à
un autre de manger d'un animal que cet
Apostat auroit égorgé; toutes ses bonnes
euvres passées sont détruites , et pour
comble de maux , il est permis de le tuer.
L'Apostat , Chap: LXVI. en est quitte
cependant pour demander pardon à Dieu
de son Apostasie, et reciter la Profession
de Foy ; après quoi il se remarie avec sa
Femme , ou avec ses Femmes , s'il ena
plusieurs , et recommence le Pelerinage
de la Mecque , quoiqu'il l'eût déja fait.
L'Auteur cite 51. façons d'apostasier
ainsi ; et entr'autres nier la Prédestina-
tion formelle , c'est apostasier ; douter
de la verité d'un passage de l'Alcoran ,
c'est apostasier ; dire , en parlant de
Dieu , le Dieu qui est au Ciel, c'est apos
tasier. Mais ce qui paroît singulier , c'est
que , Chap. LXVII. dire que les Juifs
sont meilleurs que les Chrétiens
c'est
apostasier ; parce qu'un Juif a plus de
malice que tous les Chrétiens ensem-
ble. On trouve dans tout l'Ouvrage de
beaux principes de Morale , et un en-
trautres bien surprenant dans un Turt,
I. Vol.
Chap .
1156 MERCURE DE FRANCE
Chap. XXXIV. c'est qu'il est défendu
de tirer l'épée contre son Prince légiti
me, quelque cruel et Tyran qu'il puisse
être. Il dit aussi , Chap. XXIX. qu'il ne
faut décider du bon ni du mauvais sort
d'aucune Personne morte, excepté des Pro-
phetes, et de certains fameux Reprouvés,
desquels il donne pour exemple , deux
Persecuteurs de Mahomet. L'Auteur avan-
ce aussi plusieurs autres principes de Mo-
rale qui ne sont pas à suivre. Il prétend,
par exemple , Chap. L. qu'il est permis
de desirer les biens et les dignités que
possedent les gens qui en font mauvais
usage.
Il avance aussi , Chap. LII. qu'on
peut hair non seulement le peché , mais
encore le Pecheur à cause de ses pechés.
Au reste l'Auteur adopte les rêveries
des autres Mahometans à la lettre. Il
prétend Chap. XI que l'Antechrist est
venu du temps de Mahomet , qui l'a
fait releguer dans un desert à l'extrémité
du Monde, où il doit rester lié jusqu'au
jour du Jugement qu'il reparoîtra pour
être tué par J. C.
L'Auteur ordonne de son enterrement,
les cérémonies qu'il veut qu'on y obser
ve , et les aumônes qu'il veut qu'on y
fasse ; il donne ensuite des Regles pour
1.Vola
JUIN.
1737.
1157
la Priere en général , et l'explication des
principales Prieres ; et finit par recom-
mander à ses Enfans et à ses Freres d'at-
tendre leur fortune de Dieu , et de ne la
jamais acheter par des bassesses.
Cette troisiéme Partie mérite d'être
lûë par les Personnes qui veulent con-
noître la Religion Mahometane ; le Tex-
te en est correct , mais on se croit obligé
d'avertir que les Notes n'en sont pas
exactes ; le Traducteur paroît avoir tra-
vaillé sur un sujet dans lequel il n'étoit
pas si bien versé que dans la connoissan-
ce de la Langue.
la Religion ou Théologie des
Turcs , par Echialle Moufti , avec la Pro-
fession de Foy de Mahomet , Fils de Pir
Ali, en deux Volumes in- 12 . A Bruxelles,
chés François Foppens. M. DCC. IV.
Cet Ouvrage est divisé en trois Par-
ties ; les deux premieres ne contiennent
que des Traditions extravagantes de dif-
ferens Docteurs Mahometans sur l'état
de l'Homme à l'agonie , après la mort
jusqr ' au Jugement dernier , et au Ju-
gement dernier; des Descriptions imagi-
naires de ce redoutable jour , du Para-
dis et de l'Enfer ; le tout composé à des-
sein d'épouvanter les Pécheurs , et prin-
1. Vol.
Evi
cipalement
(1150 MERCURE DE FRANCE
cipalement les Peuples qui ne sont pas
soumis à l'Alcoran , qui seuls sont me-
nacés de peines éternelles , desquelles
tous les Mahometans sont exempts par
le privilege de leur Religion . La Traduc-
tion en est assés exacte , à cela près que
le Traducteur a un peu adouci les ex-
travagances les plus outrées de l'original,
qui multiplie tous les biens et les maux
par le nombre de 70000. qui lui est fá-
vori. Par exemple ,
il y a des endroits
dans ce Livre , où , en faisant la descrip
tion de certains Anges , l'Auteur dit que
leurs têtes touchent le Ciel Empirée , et
de leurs pieds est à l'Orient du Ciel ,
l'autre à son Occident ; que du bout
2
leurs pieds le centre de la Terre ; qu'un *
d'une de leurs aîles à celui de l'autre il y
x
2-7000 . années de chemin ; qu'ils ont
76000. têtes ; à chaque rête 70000. bou--
chés dans chaque bouche 70000. lan-
gues
;
que toutes ces langues ne sont
occupées nuit et jour qu'à louer leur
Créateur , et que chacune de ces langues
rend à Dieu autant de louange à chaque
instant , que tous les Peuples de la terre -
lui en poutoient rendre en 70000. an
nées.s
Toutes ces Opinions ; au reste
I -Vol
ne
sont point de foy chés les Mahometans ;
elles
JUIN.
1737.
HIST
elles sont reçûës du plus grand nombre,
mais les Sçavans de cette Religion les re-
jettent , parce qu'elles ne sont pas fon
dées sur l'Alcoran , et ce n'est pas un pè-
ché de n'y point ajoûter foy,
Ce que tous les Mahometans sont obli-
gés en conscience de croire , est renfer-
mé dans la troisiéme Partie de cet Ou-
vrage , qui est le Testament de Maho-
met , Fils de Pir Ali , qui contient sa
+
Profession de Foy en abregé , dans la
quelle il n'a obmis aucun point essentiel
de la Foy Mahometane. Il la commence
comme tout Traité de Théologie , par
l'idée de Dieu en 7. Chapitres. Il pro-
fesse son Unité , et pour détruire la Tri-
nité , il soûtient dans le premier Chap
que Dieu n'a point de Compagnon , et
pour nier la Divinité de J. C. il professe
que Dieu n'a ni engendré ,
"
ni été en-
gendré. Au reste il a de l'Etre supréme
à peu près la même idée que nous.
De l'idée de Dieu , l'Auteur, Chapitre
VIII. passe aux Anges, qu'il croit com-
posés de matiere subtile. Il reconnoît
104. Livres Divins publiés dans le Monde
par differens Prophetes , mais il n'en
nomme que quatre, Chap. I X sçavoir ;
Vol
43
l'Ancien Testament les Pseaumes , l'E-
vangile et l'Alcoran , le dernier de tous
ว
152 MERCURE DE FRANCE
et le plus parfait ; il assure même , Ch.
VI. que ce Livre est incrée et éternel .
L'Auteur traite de la Prédestination
dans plusieurs differens Chapitres de son
Ouvrage; mais tout ce qu'il en raporte est
toujours fondé sur le même principe ,
qui est que Dieu est Auteur du bien et
du mal , Chap. IV. Dieu a créé , dit-il ,
Chap. VII. les bonnes œuvres et les pe-
chés , le bien et le mal. Dieu a créé tous
les pechés et les crimes , et les a inscrits
dans le Livre du Destin , Chap . XXII.
parce que , dit-il tout de suite, Dieu fait
ce qu'il veut , et agit selon ses Decrets ,
et il ne se passe rien qui ne soit entiere-
ment conforme à ses Decrets et Volonté.
De-là , Ch. IV. il tire des conséquences
nécessaires ; c'est que Dieu n'a point sou
haité le salut des Réprouvés; qu'il ne peut
être offensé , Chap. I. par les crimes , ni
glorifié par les bonnes œuvres , d'autant
que c'est lui , dit-il, Ch. VII. qui a créé les
bonnes œuvres et les pechés ,le bien er le
mal. On doit conclure de cette Doctrine,
que l'Homme ne peut ni mériter , ni dé-
mériter ; aussi Dieu , Chap. XVIII . dis-
posera- t-il , à sa volonté , des actions des
Hommes au jour du Jugement , ôtant
aux Réprouvés leurs bonnes œuvres ,
pour les donner aux Elûs , et rendant en
I. V
échange
JUIN.
'1737.
1153
échange aux Reprouvés les pechés que
les Elûs auront commis. Pour les Elûs
,
ils sont aisés à connoître ; ce sont les
Mahometans , car il n'y a point de pe-
ché irrémissible , Chap. XXVIII. que
celui de ne pas croire à Mahomet ; et
pourvû qu'il reste à un Mahometan à la
mort autant de foy qu'un atôme , fut il
d'ailleurs coupable d'un nombre infini
de crimes les plus atroces , il souffrira
tout au plus en Enfer une espace de temps
proportionné à ses pechés , et à la fin
Il sera sauvé, Chap . XIX. L'Auteur se
reprend même un peu après , Chapitre
XXVI. et paroît douter que les Maho-
metans soient punis dans l'autre monde
des pechés dont ils n'auront paspas fait
pe-
nitence. Au reste la penitence des Ma-
hometans n'a rien de difficile , elle con-
siste seulement , Chap. L X. à se repen-
tir des pechés qu'ils ont commis , parce
qu'ils ont mérité les peines de l'Enfer.
L'Auteur traite des Prophetes , et en
particulier de Mahomet, de ses Miracles,
de sa Naissance et de sa Mort ; des trois
premiers Caliphes qui lui ont succedé ;
ensuite il passe aux Quatre Fins de
l'Homme , et vient à la Foy Mahome-
tane , qui consiste à croire en Dieu seul
et à Mahomet, Pour ce qui est de la Re-
I. Vol.
ligion
154 MERCURE DE FRANCE
ligion , il suffit de la sçavoir en abregé
Chap. XXIV . sans en raisonner ni
chercher à en donner de preuve claire
et évidente. Ce n'est pas en faire l'élo-
ge;
l'Auteur en reduit les devoirs essen-
tiels à six ; sçavoir , Recevoir l'Alcoran;
-P
Reciter tous les jours la Profession de
Foy; ( Il n'y a point de Dieu que Dieu ;
Mahomet est son Prophete ) et faire les
cinq Prieres ; Observer les Ablutions ;
Jeûner la Lune du Ramazan ; donner
aux Pauvres la Dixme de son revenu ;
et faire le Pèlerinage de la Mecque, Chap.
XXXVIII Mais de ces six Devoirs l'Au
teur paroît donner la préference à l'Ablu-
tion , en disant: L'essentiel du Mahome-
tisme consiste principalement dans la pu
reté du Corps. Chap. LXXXV.Les Sçavans,
sans mépriser ce point de la Loy , le font
consister dans la pureté de l'Ame : mais
c'est ici l'opinion commune. Cet Auteur,
en parlant de l'Ablution
LXXXVIII.
•
Chapitre
établit les mérites ou
démérites des Femmes , ce qui supose
nécessairement leur salut ou leur dam
nation , et qui détruit l'opinion qu'on a
en Europe,que les Mahometans excluent
les Femmes du Paradis. Un Mahometan
peut apostasier sans renier formellement
sa Religion; on apelle cela tomber dans
I¿Vol .
l'infidelité
#
JUIN
1737
Iss
Finfidelité ; c'est, comme nous dirions,
devenir Payen , être excommunié. Ea
cet état ses exercices de Religion sont
sans mérite ; son mariage est nul ; le de-
voir en est illicite; il n'est pas permis à
un autre de manger d'un animal que cet
Apostat auroit égorgé; toutes ses bonnes
euvres passées sont détruites , et pour
comble de maux , il est permis de le tuer.
L'Apostat , Chap: LXVI. en est quitte
cependant pour demander pardon à Dieu
de son Apostasie, et reciter la Profession
de Foy ; après quoi il se remarie avec sa
Femme , ou avec ses Femmes , s'il ena
plusieurs , et recommence le Pelerinage
de la Mecque , quoiqu'il l'eût déja fait.
L'Auteur cite 51. façons d'apostasier
ainsi ; et entr'autres nier la Prédestina-
tion formelle , c'est apostasier ; douter
de la verité d'un passage de l'Alcoran ,
c'est apostasier ; dire , en parlant de
Dieu , le Dieu qui est au Ciel, c'est apos
tasier. Mais ce qui paroît singulier , c'est
que , Chap. LXVII. dire que les Juifs
sont meilleurs que les Chrétiens
c'est
apostasier ; parce qu'un Juif a plus de
malice que tous les Chrétiens ensem-
ble. On trouve dans tout l'Ouvrage de
beaux principes de Morale , et un en-
trautres bien surprenant dans un Turt,
I. Vol.
Chap .
1156 MERCURE DE FRANCE
Chap. XXXIV. c'est qu'il est défendu
de tirer l'épée contre son Prince légiti
me, quelque cruel et Tyran qu'il puisse
être. Il dit aussi , Chap. XXIX. qu'il ne
faut décider du bon ni du mauvais sort
d'aucune Personne morte, excepté des Pro-
phetes, et de certains fameux Reprouvés,
desquels il donne pour exemple , deux
Persecuteurs de Mahomet. L'Auteur avan-
ce aussi plusieurs autres principes de Mo-
rale qui ne sont pas à suivre. Il prétend,
par exemple , Chap. L. qu'il est permis
de desirer les biens et les dignités que
possedent les gens qui en font mauvais
usage.
Il avance aussi , Chap. LII. qu'on
peut hair non seulement le peché , mais
encore le Pecheur à cause de ses pechés.
Au reste l'Auteur adopte les rêveries
des autres Mahometans à la lettre. Il
prétend Chap. XI que l'Antechrist est
venu du temps de Mahomet , qui l'a
fait releguer dans un desert à l'extrémité
du Monde, où il doit rester lié jusqu'au
jour du Jugement qu'il reparoîtra pour
être tué par J. C.
L'Auteur ordonne de son enterrement,
les cérémonies qu'il veut qu'on y obser
ve , et les aumônes qu'il veut qu'on y
fasse ; il donne ensuite des Regles pour
1.Vola
JUIN.
1737.
1157
la Priere en général , et l'explication des
principales Prieres ; et finit par recom-
mander à ses Enfans et à ses Freres d'at-
tendre leur fortune de Dieu , et de ne la
jamais acheter par des bassesses.
Cette troisiéme Partie mérite d'être
lûë par les Personnes qui veulent con-
noître la Religion Mahometane ; le Tex-
te en est correct , mais on se croit obligé
d'avertir que les Notes n'en sont pas
exactes ; le Traducteur paroît avoir tra-
vaillé sur un sujet dans lequel il n'étoit
pas si bien versé que dans la connoissan-
ce de la Langue.
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7356
p. 1158
[Texte sans titre]
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texteReconnaissance textuelle : [Texte sans titre]
DISSERTATION sur une fille de Greno-
ble , qui , depuis près de quatre ans , ne
boit ni ne mange. Par M. Charles Fonte-
nettes , Conseiller du Roy , Docteur Re-
gent de la Faculté de Medecine de l'Uni-
versité de Poitiers. A Poitiers
, 1737
Brochure in 4. de 8. pages ; il y en a un
Extrait dans le Journal des Sçavans.
ble , qui , depuis près de quatre ans , ne
boit ni ne mange. Par M. Charles Fonte-
nettes , Conseiller du Roy , Docteur Re-
gent de la Faculté de Medecine de l'Uni-
versité de Poitiers. A Poitiers
, 1737
Brochure in 4. de 8. pages ; il y en a un
Extrait dans le Journal des Sçavans.
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7357
p. 1158
« LETTRES de M. B....... sur differens sujets de Morale et de Pieté. A [...] »
Début :
LETTRES de M. B....... sur differens sujets de Morale et de Pieté. A [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LETTRES de M. B....... sur differens sujets de Morale et de Pieté. A [...] »
LETTRES de M. B....... sur differens
sujets de Morale et de Pieté. A
Paris , chés Charles Osmont , ruë Saint
Jacques , à l'Olivier , 1737. in 12.
sujets de Morale et de Pieté. A
Paris , chés Charles Osmont , ruë Saint
Jacques , à l'Olivier , 1737. in 12.
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7358
p. 1158
[Texte sans titre]
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texteReconnaissance textuelle : [Texte sans titre]
COMPLIMENS Composés pour la clôtu
re et pour l'ouverture du Theatre Ita-
lien , par le sieur Sticotti , l'un des Co-
mediens du Roy , prononcés par lui mê-
me les 6. et 29. Avril. A Paris , chés la
Veuve Delormel , rue du Foin à Sainte
Genevieve, petite Brochure de 8 pp. 1737.
re et pour l'ouverture du Theatre Ita-
lien , par le sieur Sticotti , l'un des Co-
mediens du Roy , prononcés par lui mê-
me les 6. et 29. Avril. A Paris , chés la
Veuve Delormel , rue du Foin à Sainte
Genevieve, petite Brochure de 8 pp. 1737.
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7359
p. 1158-1159
Ordonnances des Rois de France, &c. [titre d'après la table]
Début :
ORDONNANCES des Rois de France, de la troisiéme Race, recueillies par Ordre [...]
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texteReconnaissance textuelle : Ordonnances des Rois de France, &c. [titre d'après la table]
ORDONNANCES des Rois de France, de
la troisiéme Race, recueillies par Ordre
Chronologique , quatrième Volume , con-
tenant les Ordonnances de CHARLES V.
données depuis le commencement de
l'année 1367. jusqu'à la fin de l'année
1373. par M. SECOUSSE , ancien Avocat
L
au Parlement, et Associé à l'Academie
Is Vol
Royale
JUIN.
1737.
1159
Royale des Inscriptions , et Belles- Let
tres. In folio , à Paris de l'Imprimerie Roya
le M. DCC. XXXVII . pp. 724. sans la
Preface et les Tables.
Le merite de cette grande Compilation
et la capacité de l'Editeur sont si connus
du Public , qu'il est inutile d'ajouter ici
quelque chose à ce qui en a été dit lors-
qu'on a rendu compte des precedents
Volumes. Les matieres principales que
celui- ci embrasse et qui font l'objet des
Ordonnances rapportées , sont les Guer-
res privées , les Etats generaux & particu
liers & les Monnoyes. Par tout il y a à
aprendre et à profiter , sur tout par le
grand nombre de Notes , dont le Texte
des Ordonnances se trouve enrichi.
la troisiéme Race, recueillies par Ordre
Chronologique , quatrième Volume , con-
tenant les Ordonnances de CHARLES V.
données depuis le commencement de
l'année 1367. jusqu'à la fin de l'année
1373. par M. SECOUSSE , ancien Avocat
L
au Parlement, et Associé à l'Academie
Is Vol
Royale
JUIN.
1737.
1159
Royale des Inscriptions , et Belles- Let
tres. In folio , à Paris de l'Imprimerie Roya
le M. DCC. XXXVII . pp. 724. sans la
Preface et les Tables.
Le merite de cette grande Compilation
et la capacité de l'Editeur sont si connus
du Public , qu'il est inutile d'ajouter ici
quelque chose à ce qui en a été dit lors-
qu'on a rendu compte des precedents
Volumes. Les matieres principales que
celui- ci embrasse et qui font l'objet des
Ordonnances rapportées , sont les Guer-
res privées , les Etats generaux & particu
liers & les Monnoyes. Par tout il y a à
aprendre et à profiter , sur tout par le
grand nombre de Notes , dont le Texte
des Ordonnances se trouve enrichi.
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7360
p. 1159-1162
Principes de l'Histoire pour l'Education de la Jeunesse, &c. [titre d'après la table]
Début :
PRINCIPES DE L'HISTOIRE pour l'éducation de la Jeunesse, quatriéme année, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Principes de l'Histoire pour l'Education de la Jeunesse, &c. [titre d'après la table]
PRINCIPES DE L'HISTOIRE pour l'éducation
de la Jeunesse, quatriéme année,
qui contient l'Histoire generale et parti-
culiere de France, Par M. l'Abbé Len-
glet du Fresnoy, in 12. à Paris , chés De
bure l'Aîné 1737.
Ce nouveau Volume des Principes de
l'Histoire est plus détaillé et plus inte-
ressant que les autres , il est vrai que ce
Volume renferme l'Histoire de notre
Nation , qui doit nous toucher beaucoup
plus que l'Histoire Etrangere. M. l'Ab-
1. Vol.
bé
1160 MERCURE DE FRANCE
bé Lenglet ne s'en tient point à une His
toire seche de nos Rois , on y trouve
encore des Principes de conduite et de
politique par le jour sous lequel il fait
paroître tous les grands Evenemens ; et
l'on peut dire que celui qui sçauroit bien
ce Volume, pouroit parler pertinemment
quoique sobrement sur l'Histoire de nos
Rois.
Leurs caracteres y sont marqués, non
par
des flatteries, ou des censures outrées;
mais par des Faits qui les peignent au na-
turel.
L'Histoire de la premiereRace n'occu-
pe pas plus de seize Leçons , dans les deux
premieres desquelles, l'Auteur traite des
Gaules avant l'irruption des Francs ou
François, et la seconde parle de ces mêmes
François depuis qu'ils sont connus dans
l'Histoire jusqu'à ce qu'ils se sont fixés
dans les Gaules . Après cette premiere Ra-
ce suit une Instruction très curieuse sur
la maniere de l'étudier succinctement, et
l'on a soin d'en marquer le caractere ge-
neral tiré d'après les actions même de
nos premiers Rois. Mais l'Auteur ne veut
que des abregés pour les Gens du Mon-
de. Il laisse aux Sçavans les Livres qui
entrent dans un grand détail.
L'Histoire de la seconde Race contient
I. Vol
les
JUIN.
1737
1161
les treize Leçons suivantes. Elle dura
moins que la premiere, mais elle fut beau-
coup plus distinguée par son amour pour
la Religion , et par la Dignité Imperiale
dont elle a joui. Il est vrai qu'elle dége-
nera : mais elle ne tarda guere à être ré
parée par une Race de benediction qui
subsiste encore aujourd'hui , et qui a
produit des Heros en tout genre.
C'est donc à la troisiéme Race que l'on
voit renaître toute la gloire de la Monar-
chie Françoise. Hugues Capet qui a com-
mencé cette Race , s'est moins distingué
par les armes que par la prudence et la
politique , Robert par sa Religion; mais
Henri et Philippe son Fils reprirent le
caractere martial qui convenoit à la Dig-
nité de la Nation ; Philippe Auguste fut
un modele de conduite et de coura-
ge , Louis IX. en fut un de Sainteté et
de valeur. L'Auteur marquè donc en
peu de mots le caractere des Regnes sui-
vans , qui n'ont pas laissé d'être exposés
à quelques revolutions , dont la plus
dangereuse fut apaisée moins par Char-
les VII. que par la sage conduite de ses
Generaux .
M. l'Abbé Lenglet fait connoître en-
suite que Louis XI . presente une toute
autre maniere de gouverner ; quoique le
1. Vol.
Royaume
2 MERCURE DE FRANCE
Royaume dût- être tranquille par l'auto-
rité legitime que ce Roy avoir sçû re-
prendre, cependant plein de petites four-
beries , dont souvent il étoit le premier
la victime,
il pensa , dit l'Auteur , red
plonger la France dans de nouveaux trou-
bles. Les caracteres des autres Rois sont
temperés par de justes loüanges ; mais
où leurs défauts ne sont pas entiere-
ment deguisés.
Une autre nature d'Histoire commen-
ce à la Leçon 87. de ce Volume , c'est
celle des grands Fiefs de la Couronne ,
qui n'avoit encore été traitée en aucun
abregé. On apelle grands Fiefs , les
Provinces du Royaume que les Seigneurs
usurperent sur la fin de la seconde Race
de nos Rois , qu'ils tenoient cependant
avec dépendance de la Couronne. L'Au-
teur fait voir le tems de leur séparation et
celui de leur réunion. Cette matiere qui
est curieuse n'y est pas traitée moins suc-
cinctement que celles des grandes Char-
ges. Enfin outre la Preface où l'on donne
des remarques solides sur la maniere d'é-
tudier notre Histoire , on y trouve enco-
re une Liste des Livres que l'Auteur croit
les plus necessaires.
de la Jeunesse, quatriéme année,
qui contient l'Histoire generale et parti-
culiere de France, Par M. l'Abbé Len-
glet du Fresnoy, in 12. à Paris , chés De
bure l'Aîné 1737.
Ce nouveau Volume des Principes de
l'Histoire est plus détaillé et plus inte-
ressant que les autres , il est vrai que ce
Volume renferme l'Histoire de notre
Nation , qui doit nous toucher beaucoup
plus que l'Histoire Etrangere. M. l'Ab-
1. Vol.
bé
1160 MERCURE DE FRANCE
bé Lenglet ne s'en tient point à une His
toire seche de nos Rois , on y trouve
encore des Principes de conduite et de
politique par le jour sous lequel il fait
paroître tous les grands Evenemens ; et
l'on peut dire que celui qui sçauroit bien
ce Volume, pouroit parler pertinemment
quoique sobrement sur l'Histoire de nos
Rois.
Leurs caracteres y sont marqués, non
par
des flatteries, ou des censures outrées;
mais par des Faits qui les peignent au na-
turel.
L'Histoire de la premiereRace n'occu-
pe pas plus de seize Leçons , dans les deux
premieres desquelles, l'Auteur traite des
Gaules avant l'irruption des Francs ou
François, et la seconde parle de ces mêmes
François depuis qu'ils sont connus dans
l'Histoire jusqu'à ce qu'ils se sont fixés
dans les Gaules . Après cette premiere Ra-
ce suit une Instruction très curieuse sur
la maniere de l'étudier succinctement, et
l'on a soin d'en marquer le caractere ge-
neral tiré d'après les actions même de
nos premiers Rois. Mais l'Auteur ne veut
que des abregés pour les Gens du Mon-
de. Il laisse aux Sçavans les Livres qui
entrent dans un grand détail.
L'Histoire de la seconde Race contient
I. Vol
les
JUIN.
1737
1161
les treize Leçons suivantes. Elle dura
moins que la premiere, mais elle fut beau-
coup plus distinguée par son amour pour
la Religion , et par la Dignité Imperiale
dont elle a joui. Il est vrai qu'elle dége-
nera : mais elle ne tarda guere à être ré
parée par une Race de benediction qui
subsiste encore aujourd'hui , et qui a
produit des Heros en tout genre.
C'est donc à la troisiéme Race que l'on
voit renaître toute la gloire de la Monar-
chie Françoise. Hugues Capet qui a com-
mencé cette Race , s'est moins distingué
par les armes que par la prudence et la
politique , Robert par sa Religion; mais
Henri et Philippe son Fils reprirent le
caractere martial qui convenoit à la Dig-
nité de la Nation ; Philippe Auguste fut
un modele de conduite et de coura-
ge , Louis IX. en fut un de Sainteté et
de valeur. L'Auteur marquè donc en
peu de mots le caractere des Regnes sui-
vans , qui n'ont pas laissé d'être exposés
à quelques revolutions , dont la plus
dangereuse fut apaisée moins par Char-
les VII. que par la sage conduite de ses
Generaux .
M. l'Abbé Lenglet fait connoître en-
suite que Louis XI . presente une toute
autre maniere de gouverner ; quoique le
1. Vol.
Royaume
2 MERCURE DE FRANCE
Royaume dût- être tranquille par l'auto-
rité legitime que ce Roy avoir sçû re-
prendre, cependant plein de petites four-
beries , dont souvent il étoit le premier
la victime,
il pensa , dit l'Auteur , red
plonger la France dans de nouveaux trou-
bles. Les caracteres des autres Rois sont
temperés par de justes loüanges ; mais
où leurs défauts ne sont pas entiere-
ment deguisés.
Une autre nature d'Histoire commen-
ce à la Leçon 87. de ce Volume , c'est
celle des grands Fiefs de la Couronne ,
qui n'avoit encore été traitée en aucun
abregé. On apelle grands Fiefs , les
Provinces du Royaume que les Seigneurs
usurperent sur la fin de la seconde Race
de nos Rois , qu'ils tenoient cependant
avec dépendance de la Couronne. L'Au-
teur fait voir le tems de leur séparation et
celui de leur réunion. Cette matiere qui
est curieuse n'y est pas traitée moins suc-
cinctement que celles des grandes Char-
ges. Enfin outre la Preface où l'on donne
des remarques solides sur la maniere d'é-
tudier notre Histoire , on y trouve enco-
re une Liste des Livres que l'Auteur croit
les plus necessaires.
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7361
p. 1162-1167
« HISTOIRES du Comté d'Oxfort, de Miledy d'Herby, d'Eustache de Saint [...] »
Début :
HISTOIRES du Comté d'Oxfort, de Miledy d'Herby, d'Eustache de Saint [...]
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texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRES du Comté d'Oxfort, de Miledy d'Herby, d'Eustache de Saint [...] »
HISTOIRES du Comté d'Oxfort, de Miledy d'Herby, d'Eustache de Saint
I. Vol.
de
JUIN.
1737
1168
Pierre , et de Beatrix de Guinés , au Sie-
ge de Calais
sous le Regne de Philipe
de Valois , Roy de France. Par Madame
de Gomez. A Paris , chés de Poilly , Li-
braire , Quay de Conty , au coin de la
ruë Guenegault , aux Armes d'Angleter-
se , 1737. in 12.
PHILOCTETE, ou Voyage instructif
et amusant, avec des Refléxions Politiques,
Militaires et Morales. Par M. An-
sart , Lieutenant de Dragons ; enrichi de
figures en Taille douce. A Paris, chés le
même Libraire , 1737. in 12.
LA PRETENDUE VEUVE, ou l'Epoux
Magicien, Comédie en cinq Actes, traduite
de l'Anglois de feu M. Adisson , et
mise en Vers par M.Descazeaux Desgran-
•
ges. A Paris , chés Bauche et le Breton,
Quay des Augustins , Gissey , ruë de la
vieille Bouclerie, Briasson, rue S. Jacques,
et Debats , Grand'Salle du Palais , in 12.
1737. Prix 30. sols.
DISCOURS SUR L'HARMONIE.
A Paris, au Palais, chés Jacques-Nicolas
le Clerc , 1737. pages 89.e
REMARQUES Chronologiques sur l'Ancien Testament, proposées à l'examen
1. Vol
F
l'Ancien
1164 MERCURE DE FRANCE
des Sçavans , avec le Plan d'une
Explication des saintes Ecritures. A Pa
ris , chés Kollin , fils , 1737. in 8 .
NOUVEAU COURS de Chymie,
suivant les principes de Newton et de
Sthall . Avec un Discours Historique sur
l'origine et les progrès de la Chymie.
Nouvelle Edition , revûë et corrigée. A
Paris , chés Jacques Vincent , ruë S. Se-
verin , 1737. in 12. deux Parties.
LA VIE de S. Thomas d'Aquin, de
l'Ordre des Freres Prêcheurs, Docteur
de l'Eglise, Avec un Exposé de sa Doc-
trine et de ses Ouvrages. Par le P. A.
Touron , du même Ordre. A Paris ,
bre de Jessé , 1737. vol. in 4.e
chés
Gissey , ruë de la vieille Bouclerie , à l'Ar-
MEMOIRES de M. de la Colonie,
Maréchal de Camp des Armées de l'Electeur
de Baviere , contenant les Eve-
nemens de la guerre depuis le Siege de
Namur en 1692. jusqu'à la Bataille de
Bellegrade en 1717. Les motifs qui enga-
gerent l'Electeur de Baviere a prendre le
parti de la France contre l'Empereur en
1701. La description circonstanciée des
1. Vol
Batailles
JUI N.
1737.
1165
Batailles et des Sieges en Allemagne , en
Flandres, en Espagne, &c. avec les Avan-
tures et les Combats particuliers l'Au-
teur. A Bruxelles , 1737. deux vol. in 12 .
MEMOIRES POSTHUMES du Com
te de D ... B ... avant son retour à Dieu,
fondé sur l'expérience des vanités humai-
nes. Par M. le Chevalier de Mouby , troi-
siéme Partic. A Paris , au Palais , chés
Gregoire- Antoine Dupuis, au cinquième
Pilier de la Grand'Salle , au S. Esprit ,
1737. in 12.
MEMOIRES de Milord *** , Tra-
duits de l'Anglois par M. D. L. P. A
Paris , chés Prault, Pere , Quay de Gê
vres , au Paradis , 1737. in 12.
DISSERTATION sur la Pierre des
Reins et de la Vessie , avec une Méthode
simple et facile pour la dissoudre sans
endommager les organes de l'urine ; avec
la réponse à certains traits de Critique
de M. Astruc , contre la Dissertation de
M. de Sault , sur la Maladie Venerienne,
lesquels se trouvent dans le Livre du mê
me M. Astruc de Morbis Venereis. A Pa-
ris , chés Jacques Guerin , Libraire - Im-
primeur, Quay des Augustins, 1736. vol,
in 12. de 307. pages.
I. Vol.
Fij
SUPLE-
1166 MERCURE DE FRANCE
SUPLEMENT au Glossaire du Roman
de la Rose , contenant des Notes Criti-
ques, Historiques et Grammaticales. Une
Dissertation sur les Auteurs de ce Ro-
man. L'Analyse de ce Poëme. Un Dis
cours sur l'utilité des Glossaires . Les Va-
riantes restituées sur un Manuscrit de
M. le Président Bouhier de Savigny , et
une Table des Auteurs cités dans cet Ou-
vrage.
Multa renascentur qua jam cecidere, cadentque
Qua nunc sunt in honore vocabula.
Q. Horatii , de Arte Poëtica. Lib.
A Dijon , chés J. Sirot , Imprimeurs
Libraire , Place S. Etienne , 1737. vol. in
12. de 344. pages , sans la Table des
Auteurs.
L'ANATOMIE d'Oribase , tirée des
Livres de Galien , avec la Version Latinę
de J. B. Rasario , et les Notes de Guil
laume Dundass , qui a pris soin de cette
Edition . A Leyde , chés Jean Arn. Lans
gerack , 1735. in 4. de 287. pages , sans la
Table et les Additions.
LOGIQUE , ou Systême abregé de Re-
fléxions qui peuvent contribuer à la net-
teté et à l'étendue de nos connoissances,
I. Vol
Par
JUIN.
1737.
1167
Par M. de Crousaz. Seconde Edition , re-
vûë et corrigée par l'Auteur . A Amster
dam , chés Chatelain , 1736. 2. vol. in 8 .
LA GEOGRAPHIE Moderne , Na-
turelle , Historique et Politique , dans
une Méthode nouvelle et aisée. par M.
Abraham Dubois , Géographe ; divisée
en 4. Tomes , avec plusieurs Cartes et
une Table des Matieres . A la Haye chés
Jacques Vanden Kieboom et Gerard Block,
1736. in 4.
RECUEIL des Lettres de Madame la
Marquise de Sévigné, à Mad. la Comtesse
de Grignan , sa fille , Tomes V. et VI.
A Paris , chés Rollin , fils , Quay des
Augustins , 1737, in 12.
LETTRE Critique et Historique à
Auteur de la Vie de Pierre Gassendi. A
Paris, chés F. Herissant, ruë neuve N. D.
à la Providence , 1737. in 12.
I. Vol.
de
JUIN.
1737
1168
Pierre , et de Beatrix de Guinés , au Sie-
ge de Calais
sous le Regne de Philipe
de Valois , Roy de France. Par Madame
de Gomez. A Paris , chés de Poilly , Li-
braire , Quay de Conty , au coin de la
ruë Guenegault , aux Armes d'Angleter-
se , 1737. in 12.
PHILOCTETE, ou Voyage instructif
et amusant, avec des Refléxions Politiques,
Militaires et Morales. Par M. An-
sart , Lieutenant de Dragons ; enrichi de
figures en Taille douce. A Paris, chés le
même Libraire , 1737. in 12.
LA PRETENDUE VEUVE, ou l'Epoux
Magicien, Comédie en cinq Actes, traduite
de l'Anglois de feu M. Adisson , et
mise en Vers par M.Descazeaux Desgran-
•
ges. A Paris , chés Bauche et le Breton,
Quay des Augustins , Gissey , ruë de la
vieille Bouclerie, Briasson, rue S. Jacques,
et Debats , Grand'Salle du Palais , in 12.
1737. Prix 30. sols.
DISCOURS SUR L'HARMONIE.
A Paris, au Palais, chés Jacques-Nicolas
le Clerc , 1737. pages 89.e
REMARQUES Chronologiques sur l'Ancien Testament, proposées à l'examen
1. Vol
F
l'Ancien
1164 MERCURE DE FRANCE
des Sçavans , avec le Plan d'une
Explication des saintes Ecritures. A Pa
ris , chés Kollin , fils , 1737. in 8 .
NOUVEAU COURS de Chymie,
suivant les principes de Newton et de
Sthall . Avec un Discours Historique sur
l'origine et les progrès de la Chymie.
Nouvelle Edition , revûë et corrigée. A
Paris , chés Jacques Vincent , ruë S. Se-
verin , 1737. in 12. deux Parties.
LA VIE de S. Thomas d'Aquin, de
l'Ordre des Freres Prêcheurs, Docteur
de l'Eglise, Avec un Exposé de sa Doc-
trine et de ses Ouvrages. Par le P. A.
Touron , du même Ordre. A Paris ,
bre de Jessé , 1737. vol. in 4.e
chés
Gissey , ruë de la vieille Bouclerie , à l'Ar-
MEMOIRES de M. de la Colonie,
Maréchal de Camp des Armées de l'Electeur
de Baviere , contenant les Eve-
nemens de la guerre depuis le Siege de
Namur en 1692. jusqu'à la Bataille de
Bellegrade en 1717. Les motifs qui enga-
gerent l'Electeur de Baviere a prendre le
parti de la France contre l'Empereur en
1701. La description circonstanciée des
1. Vol
Batailles
JUI N.
1737.
1165
Batailles et des Sieges en Allemagne , en
Flandres, en Espagne, &c. avec les Avan-
tures et les Combats particuliers l'Au-
teur. A Bruxelles , 1737. deux vol. in 12 .
MEMOIRES POSTHUMES du Com
te de D ... B ... avant son retour à Dieu,
fondé sur l'expérience des vanités humai-
nes. Par M. le Chevalier de Mouby , troi-
siéme Partic. A Paris , au Palais , chés
Gregoire- Antoine Dupuis, au cinquième
Pilier de la Grand'Salle , au S. Esprit ,
1737. in 12.
MEMOIRES de Milord *** , Tra-
duits de l'Anglois par M. D. L. P. A
Paris , chés Prault, Pere , Quay de Gê
vres , au Paradis , 1737. in 12.
DISSERTATION sur la Pierre des
Reins et de la Vessie , avec une Méthode
simple et facile pour la dissoudre sans
endommager les organes de l'urine ; avec
la réponse à certains traits de Critique
de M. Astruc , contre la Dissertation de
M. de Sault , sur la Maladie Venerienne,
lesquels se trouvent dans le Livre du mê
me M. Astruc de Morbis Venereis. A Pa-
ris , chés Jacques Guerin , Libraire - Im-
primeur, Quay des Augustins, 1736. vol,
in 12. de 307. pages.
I. Vol.
Fij
SUPLE-
1166 MERCURE DE FRANCE
SUPLEMENT au Glossaire du Roman
de la Rose , contenant des Notes Criti-
ques, Historiques et Grammaticales. Une
Dissertation sur les Auteurs de ce Ro-
man. L'Analyse de ce Poëme. Un Dis
cours sur l'utilité des Glossaires . Les Va-
riantes restituées sur un Manuscrit de
M. le Président Bouhier de Savigny , et
une Table des Auteurs cités dans cet Ou-
vrage.
Multa renascentur qua jam cecidere, cadentque
Qua nunc sunt in honore vocabula.
Q. Horatii , de Arte Poëtica. Lib.
A Dijon , chés J. Sirot , Imprimeurs
Libraire , Place S. Etienne , 1737. vol. in
12. de 344. pages , sans la Table des
Auteurs.
L'ANATOMIE d'Oribase , tirée des
Livres de Galien , avec la Version Latinę
de J. B. Rasario , et les Notes de Guil
laume Dundass , qui a pris soin de cette
Edition . A Leyde , chés Jean Arn. Lans
gerack , 1735. in 4. de 287. pages , sans la
Table et les Additions.
LOGIQUE , ou Systême abregé de Re-
fléxions qui peuvent contribuer à la net-
teté et à l'étendue de nos connoissances,
I. Vol
Par
JUIN.
1737.
1167
Par M. de Crousaz. Seconde Edition , re-
vûë et corrigée par l'Auteur . A Amster
dam , chés Chatelain , 1736. 2. vol. in 8 .
LA GEOGRAPHIE Moderne , Na-
turelle , Historique et Politique , dans
une Méthode nouvelle et aisée. par M.
Abraham Dubois , Géographe ; divisée
en 4. Tomes , avec plusieurs Cartes et
une Table des Matieres . A la Haye chés
Jacques Vanden Kieboom et Gerard Block,
1736. in 4.
RECUEIL des Lettres de Madame la
Marquise de Sévigné, à Mad. la Comtesse
de Grignan , sa fille , Tomes V. et VI.
A Paris , chés Rollin , fils , Quay des
Augustins , 1737, in 12.
LETTRE Critique et Historique à
Auteur de la Vie de Pierre Gassendi. A
Paris, chés F. Herissant, ruë neuve N. D.
à la Providence , 1737. in 12.
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7362
p. 1167-1169
« CAVELIER, Libraire, rue S. Jacques, à Paris, vient d'achever d'imprimer tout nouvellement : [...] »
Début :
CAVELIER, Libraire, rue S. Jacques, à Paris, vient d'achever d'imprimer tout nouvellement : [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « CAVELIER, Libraire, rue S. Jacques, à Paris, vient d'achever d'imprimer tout nouvellement : [...] »
CAVELIER, Libraire, rue S. Jacques, à
Paris, vient d'achever d'imprimer tout nouvellement :
Memoires pour l'Histoire Naturelle de la Pro-
vince de Languedoc , divisés en trois Parties , or
nés de figures et de Cartes en Taille- douce
in 4. Paris , 1737. contenant 630, pages
compris la Préface et la Table des Chap
I. Vol.
F iij
1168 MERCURE DE FRANCE
Le même Cavelier a reçû des Pays Etrangers
les Livres suivans :
Le Febure ( Jo. ) de Usu Missionis sanguinis
ac aliarum artificialium sanguinis Evacuationum
et Cautionum in abusum ; accessit Tractatus de
natura , usu et abusu Caffé , Thé , Chocolatæ et
Tabaci , &c. 2. vol. in 4. cum figuris. Vesun-
tione , 1737.
Plateri ( Felicis ) Praxos Medica , novis Ob-
servationibus et Remediis locuplet. IV. Editio.
cum Præfatione Koericq , 3. vol. in 4. Basilea ,
1736.
Gaveti ( Jac. ) nova Febris idea
12 Geneva , 1700.
,
seu novæ
Conjectura Phisicæ circa Febris Naturam , in
Cope (Henr. ) Démonstratio Medico-Practi-
ca Prognosticorum Hippocratis , cum Ægrota-
rum Historia Gr. Lat. in 8. Dublinia , 1736.
Heisteri ( Frid. ) Apologia pro Medicis quo
eorum depellitur Cavillatio , in 8. Amst. 1736.
Bibliotheque Germanique , Tome 35. pour
l'année 1736. in 8. Amst. 1736.
Bibliotheque Raisonnée, pour les mois d'Avril ,
May , Juin , faisant Tome XV I. seconde
Partie , in 8. Amst. 1736.
La même , Tome XVII . premiere Partie ,
Juillet , Août et Septembre 1736. in 8. Amst.
Acta Eruditorum , 1736. in 4. Lipsia.
La Fisica de Peripatetici Cartesiani , al para-
gone della vera Fisica d'Aristotele , del Padre
Pace 3. vol. in 12. Venezia , 1728. fig.
Hagen ( Gof. ) Meditationes Philosophica de
Methodo Mathematica , cum Præfatione Wolfii,
in 8. Norimberga , 1734.
Miscellanea Duisburgensia Edita , inedita ad
incrementum Rei Litterariæ omnis , præcipue
I. Vol.
Eruditionis
JUIN.
7737-
1169
Eruditionis Theologica Fassiculi VIII. in 8.
Duisburgi , 1735.
Vvagenscilii (Jo. ) Sota, hoc est Liber Mischni
cis de uxore Adulteri suspecta , Hebr. Lat. in 4.
Altoorf , 1674.
Fabricii ( Jo, Alb. ) Bibliotheca Latina ined.
et infimæ Aetatis volumen quintum M. N. O,
P. Liber 12. 13. 14. et 15. in 8. Hamburgi 1736.
Bruckmanni ( Fr. ) Epistolæ 37. ad 48. inclus.
de fossilibus Metallicis Lapidibus, &c. in 4. cum
figuris. Vvolffembufiella , 1735. et 1736,
Apini ( Jac. ) Dissertatio ex jure Naturæ an
Liceat Brutorum corpora mutilare, in 4. Al-
torphii , 1732.
Redekeri ( Fr. ) de Causa Gravitatis , in 8. fig.
Semgovia, 1736.
Menschenii ( Jo. ) Vitæ Summorum dignitate
et eruditione Virorum Literato O. bi restituræ,
2. vol. in 4. Coburgi , 1735 .
Golhardi ( Jo. ) Regis Francorum Merovin
gici , in 4. Luneburgi , 1736.
Paris, vient d'achever d'imprimer tout nouvellement :
Memoires pour l'Histoire Naturelle de la Pro-
vince de Languedoc , divisés en trois Parties , or
nés de figures et de Cartes en Taille- douce
in 4. Paris , 1737. contenant 630, pages
compris la Préface et la Table des Chap
I. Vol.
F iij
1168 MERCURE DE FRANCE
Le même Cavelier a reçû des Pays Etrangers
les Livres suivans :
Le Febure ( Jo. ) de Usu Missionis sanguinis
ac aliarum artificialium sanguinis Evacuationum
et Cautionum in abusum ; accessit Tractatus de
natura , usu et abusu Caffé , Thé , Chocolatæ et
Tabaci , &c. 2. vol. in 4. cum figuris. Vesun-
tione , 1737.
Plateri ( Felicis ) Praxos Medica , novis Ob-
servationibus et Remediis locuplet. IV. Editio.
cum Præfatione Koericq , 3. vol. in 4. Basilea ,
1736.
Gaveti ( Jac. ) nova Febris idea
12 Geneva , 1700.
,
seu novæ
Conjectura Phisicæ circa Febris Naturam , in
Cope (Henr. ) Démonstratio Medico-Practi-
ca Prognosticorum Hippocratis , cum Ægrota-
rum Historia Gr. Lat. in 8. Dublinia , 1736.
Heisteri ( Frid. ) Apologia pro Medicis quo
eorum depellitur Cavillatio , in 8. Amst. 1736.
Bibliotheque Germanique , Tome 35. pour
l'année 1736. in 8. Amst. 1736.
Bibliotheque Raisonnée, pour les mois d'Avril ,
May , Juin , faisant Tome XV I. seconde
Partie , in 8. Amst. 1736.
La même , Tome XVII . premiere Partie ,
Juillet , Août et Septembre 1736. in 8. Amst.
Acta Eruditorum , 1736. in 4. Lipsia.
La Fisica de Peripatetici Cartesiani , al para-
gone della vera Fisica d'Aristotele , del Padre
Pace 3. vol. in 12. Venezia , 1728. fig.
Hagen ( Gof. ) Meditationes Philosophica de
Methodo Mathematica , cum Præfatione Wolfii,
in 8. Norimberga , 1734.
Miscellanea Duisburgensia Edita , inedita ad
incrementum Rei Litterariæ omnis , præcipue
I. Vol.
Eruditionis
JUIN.
7737-
1169
Eruditionis Theologica Fassiculi VIII. in 8.
Duisburgi , 1735.
Vvagenscilii (Jo. ) Sota, hoc est Liber Mischni
cis de uxore Adulteri suspecta , Hebr. Lat. in 4.
Altoorf , 1674.
Fabricii ( Jo, Alb. ) Bibliotheca Latina ined.
et infimæ Aetatis volumen quintum M. N. O,
P. Liber 12. 13. 14. et 15. in 8. Hamburgi 1736.
Bruckmanni ( Fr. ) Epistolæ 37. ad 48. inclus.
de fossilibus Metallicis Lapidibus, &c. in 4. cum
figuris. Vvolffembufiella , 1735. et 1736,
Apini ( Jac. ) Dissertatio ex jure Naturæ an
Liceat Brutorum corpora mutilare, in 4. Al-
torphii , 1732.
Redekeri ( Fr. ) de Causa Gravitatis , in 8. fig.
Semgovia, 1736.
Menschenii ( Jo. ) Vitæ Summorum dignitate
et eruditione Virorum Literato O. bi restituræ,
2. vol. in 4. Coburgi , 1735 .
Golhardi ( Jo. ) Regis Francorum Merovin
gici , in 4. Luneburgi , 1736.
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7363
p. 1169
« Montalant, Libraire, Quay des Augustins à Paris, donne avis qu'il a reçû d'Hollande le [...] »
Début :
Montalant, Libraire, Quay des Augustins à Paris, donne avis qu'il a reçû d'Hollande le [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Montalant, Libraire, Quay des Augustins à Paris, donne avis qu'il a reçû d'Hollande le [...] »
Montalant, Libraire, Quay des Augustins à
Paris, donne avis qu'il a reçû d'Hollande le
nouveau et huitiéme volume du Grand Dictio
naire Géographique , Historique et Critique de
Bruzen de la Martiniere; ce volume contient les
Lettres Q. R. S. et son prix est de 24. livres.
On y trouve aussi des Exemplaires entiers, et les
Tomes séparés dont on peut avoir besoin. Il
distribuë en outre la nouvelle Histoire des Incas ,
Rois du Perou , en deux volumes in 4 avec les
figures dessinées par feu Bernard Picard. Prix
24. livres.
Paris, donne avis qu'il a reçû d'Hollande le
nouveau et huitiéme volume du Grand Dictio
naire Géographique , Historique et Critique de
Bruzen de la Martiniere; ce volume contient les
Lettres Q. R. S. et son prix est de 24. livres.
On y trouve aussi des Exemplaires entiers, et les
Tomes séparés dont on peut avoir besoin. Il
distribuë en outre la nouvelle Histoire des Incas ,
Rois du Perou , en deux volumes in 4 avec les
figures dessinées par feu Bernard Picard. Prix
24. livres.
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7364
p. 1169-1170
« On aprend de Lisbonne, que M, Frederic-Jacques Vveinholtz, G[e]ntilhomme Allemand, [...] »
Début :
On aprend de Lisbonne, que M, Frederic-Jacques Vveinholtz, G[e]ntilhomme Allemand, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On aprend de Lisbonne, que M, Frederic-Jacques Vveinholtz, G[e]ntilhomme Allemand, [...] »
On aprend de Lisbonne, que M, Frederic-Jacques Vveinholtz, G[e]ntilhomme Allemand,
1. Vol.
Fij
Jacques
110 MERCURE DE FRANCE
Sergent Major de Bataille dans les Troupes du
Roy de Portugal , a inventé une nouvelle espece
de Canon qui tire vingt coups en une minute.
1. Vol.
Fij
Jacques
110 MERCURE DE FRANCE
Sergent Major de Bataille dans les Troupes du
Roy de Portugal , a inventé une nouvelle espece
de Canon qui tire vingt coups en une minute.
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7365
p. 1170
« On écrit de Madrid, que les Académiciens de l'Académie Royale Espagnole, ayant à leur tête [...] »
Début :
On écrit de Madrid, que les Académiciens de l'Académie Royale Espagnole, ayant à leur tête [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On écrit de Madrid, que les Académiciens de l'Académie Royale Espagnole, ayant à leur tête [...] »
On écrit de Madrid, que les Académiciens de
l'Académie Royale Espagnole, ayant à leur tête
le Marquis de Villena , Directeur de la Compa-
gnie , présenterent le 22. du mois passé au Roy
le cinquiéme Tome du Dictionaire de la Langue
Castillane , et qu'ils eurent tous l'honneur de
baiser la main à S. M.
l'Académie Royale Espagnole, ayant à leur tête
le Marquis de Villena , Directeur de la Compa-
gnie , présenterent le 22. du mois passé au Roy
le cinquiéme Tome du Dictionaire de la Langue
Castillane , et qu'ils eurent tous l'honneur de
baiser la main à S. M.
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7366
p. 1170
« On a apris de Petersbourg, que l'Académie des Sciences, établie en cette Ville, a élû pour [...] »
Début :
On a apris de Petersbourg, que l'Académie des Sciences, établie en cette Ville, a élû pour [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On a apris de Petersbourg, que l'Académie des Sciences, établie en cette Ville, a élû pour [...] »
On a apris de Petersbourg, que l'Académie
des Sciences, établie en cette Ville, a élû pour
Associé Etranger M. Rousset , de l'Académie
des Sciences de Berlin.
des Sciences, établie en cette Ville, a élû pour
Associé Etranger M. Rousset , de l'Académie
des Sciences de Berlin.
Fermer
7367
p. 1170-1173
Prix de l'Académie, des Jeux Floraux, &c. et Prix réservés, [titre d'après la table]
Début :
L'Académie des Jeux Floraux distribuë tous les ans quatre Prix ou Fleurs. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prix de l'Académie, des Jeux Floraux, &c. et Prix réservés, [titre d'après la table]
L'Académie des Jeux Floraux distribuë tous
les ans quatre Prix ou Fleurs.
Le premier de ces Prix , destiné à une Ode
est une Amaranthe d'or de la valeur de quatre
cent livres.
Le second est une Violette d'argent de la va-
leur de deux cent cinquante livres. Ce Prix est
destiné à un Poëme de soixante Vers au moins
et de cent Vers au plus. Le Sujet de cette sorte
de Poëme doit être héroïque ou dans le genre
noble , et les Vers en doivent être Alexandrins.
a Le troisiéme Prix est une Eglantine d'argent
de la valeur de deux cent cinquante livres , qui
est destinée à un Piece de Prose d'un quart d'heu-
re ou d'une petite demie heure de lecture.
Le quatriéme Prix est un Souci d'argent de la
valeur de deux cent livres. Il est destiné à une
Elegie , à une Idyle ou à une Eglogue. Ces trois
I. Vol.
genres
I Val
JUI N. 1737.
1171
genres d'Ouvrages concourent ensemble pour ce
même Prix.
Le Sujet de tous les Ouvrages de Poësie est au
choix des Auteurs.
Les Ouvrages dans lesquels les Auteurs seront re-
connus plagiaires, les Ouvrages qui ne sont quedes
imitations ou des traductions , ceux qui ont parû
dans le Public , ou qui traitent de Sujets qui ont
été donnés par d'autres Académies , et les Cu-
vrages qui ont quelque chose de burlesque , d'in-
décent , de satyrique , de contraire aux bonnes
mœurs, n'entrent pas dans le concours pour les
Prix, non - plus que les Ouvrages dont les Auteurs'
sé font connoître avant le Jugement , ou pour
lesquels ils sollicitent ou font solliciter.
Les Auteurs qui traitent des Matieres Théolo-'
giques , doivent faire mettre au bas de leurs
Ouvrages l'Aprobation de deux Docteurs en
Théologie.
On remettra dans tout le mois dé Janvier de
Pannée 1738. à M. le Chevalier d'Aliés , Secre
taire Perpetuel de l'Académie des Jeux Floraux ,
demeurant dans la rue des Coûteliers à Toulou-
sé , trois Copies bien lisibles de chaque Ouvrage,
qui sera désigné seulement par une Devise ou
Sentence.
M. le Secretaire ne présentera pas à l'Acadé- '
mie les Ouvrages qu'on lui adressera par la Pos-
té en droiture, les Reglemens de cette Compagnie
le lui interdisant. On doit donc charger des Per-
sonnes domiciliées à Toulouse de lui remettre
les Ouvrages. Il en écrira devant eux la récep
tion dans son Registre , leur nom , leur qualité ,
leur demeure , et il leur expédiera les Récepissés
des Ouvrages.
Ceux qui auront remporté des Prix serent
Ey
obligés
1172 MERCURE DE FRANCE
obligés , s'ils sont à Toulouse , de venir les re-
cevoir eux-mêmes l'après midi du troisiéme
jour du mois de May , à l'Assemblée publique
de la Distribution des Prix , qui se fait dans le
grand Consistoire de l'Hôtel de Ville. S'ils sont
hors de portée de venir les recevoir eux- mêmes,
ils doivent envoyer une Procuration en bonne
forme à une Personne domicilée à Toulouse
pour les recevoir de M. le Secretaire , en lui re-
mettant les Procurations des Auteurs et les Ré-
cepissés des Ouvrages,
Après queles Auteurs se seront fait connoî→
tre , on leur donnera des Attestations portant
qu'un tel , une telle année , pour tel Ouvrage par
lui composé , a remporté un tel Prix ; et l'Ou-
vrage en Original sera attaché à ces Attestations,
sous le contre-scel des Jeux.
On ne peut remporter que trois fois en sa vie
chacun des Prix que l'Académie distribuë.
Ceux qui auront remporté trois Prix, l'un des-
quels sera l'Amarante , pouront obtenir des Let-
tres de Maître des Jeux Floraux. Ils seront du
Corps des Jeux , et auront droit d'assister et d'o-
piner commes Juges , avec le Chancelier , les
Mainteneurs ou Académiciens et les autres Maî-
tres , aux Assemblées particulieres et publiques
qui se font pour le Jugement des Ouvrages et
pour la distribution des Prix.
Jugement des Ouvrages présentés à
l'Académie l'année 1737.
L'Ode qui a pour titre , LA MORT , et pour
Devise , Pulvis es , et in pulverem reverteris , a
remporté le premier Prix .
Le Prix du Poëme a été réservé.
Le Discours qui a pour Devise , Pauci quos
I. Vol.
J
JUIN.
1737.
1173
@quus amavit Jupiter , a remporté le Prix de l'an-
née destiné à ce genre ; et un des Prix réservés
a été adjugé au Discours qui a pour Devise, Fa-
ma res quidem ardua.
L'Eglogue qui a pour Interlocuteurs , E GLE',
DAMON , et pour Devise , Quam durum dis-
jungere amantes , a remporté le Prix de ce genre.
On verra dans le Recueil de l'Académie le
nom des Auteurs de tous ces Ouvrages.
L'Académie a réservé deux Prix d'Ode ,
deux Prix de Poëme , un Prix de Discours
et deux Prix d'Eglogue ; ensorte qu'elle aura
à donner l'année prochaine trois Prix d'Ode ,
trois Prix de Poëme , deux Prix de Discours
et trois Prix d'Eglogue. Le Sujet du Discours
sera pour l'année 1738. Le Gouvernement Mo-
narchique est le meilleur de tous.
les ans quatre Prix ou Fleurs.
Le premier de ces Prix , destiné à une Ode
est une Amaranthe d'or de la valeur de quatre
cent livres.
Le second est une Violette d'argent de la va-
leur de deux cent cinquante livres. Ce Prix est
destiné à un Poëme de soixante Vers au moins
et de cent Vers au plus. Le Sujet de cette sorte
de Poëme doit être héroïque ou dans le genre
noble , et les Vers en doivent être Alexandrins.
a Le troisiéme Prix est une Eglantine d'argent
de la valeur de deux cent cinquante livres , qui
est destinée à un Piece de Prose d'un quart d'heu-
re ou d'une petite demie heure de lecture.
Le quatriéme Prix est un Souci d'argent de la
valeur de deux cent livres. Il est destiné à une
Elegie , à une Idyle ou à une Eglogue. Ces trois
I. Vol.
genres
I Val
JUI N. 1737.
1171
genres d'Ouvrages concourent ensemble pour ce
même Prix.
Le Sujet de tous les Ouvrages de Poësie est au
choix des Auteurs.
Les Ouvrages dans lesquels les Auteurs seront re-
connus plagiaires, les Ouvrages qui ne sont quedes
imitations ou des traductions , ceux qui ont parû
dans le Public , ou qui traitent de Sujets qui ont
été donnés par d'autres Académies , et les Cu-
vrages qui ont quelque chose de burlesque , d'in-
décent , de satyrique , de contraire aux bonnes
mœurs, n'entrent pas dans le concours pour les
Prix, non - plus que les Ouvrages dont les Auteurs'
sé font connoître avant le Jugement , ou pour
lesquels ils sollicitent ou font solliciter.
Les Auteurs qui traitent des Matieres Théolo-'
giques , doivent faire mettre au bas de leurs
Ouvrages l'Aprobation de deux Docteurs en
Théologie.
On remettra dans tout le mois dé Janvier de
Pannée 1738. à M. le Chevalier d'Aliés , Secre
taire Perpetuel de l'Académie des Jeux Floraux ,
demeurant dans la rue des Coûteliers à Toulou-
sé , trois Copies bien lisibles de chaque Ouvrage,
qui sera désigné seulement par une Devise ou
Sentence.
M. le Secretaire ne présentera pas à l'Acadé- '
mie les Ouvrages qu'on lui adressera par la Pos-
té en droiture, les Reglemens de cette Compagnie
le lui interdisant. On doit donc charger des Per-
sonnes domiciliées à Toulouse de lui remettre
les Ouvrages. Il en écrira devant eux la récep
tion dans son Registre , leur nom , leur qualité ,
leur demeure , et il leur expédiera les Récepissés
des Ouvrages.
Ceux qui auront remporté des Prix serent
Ey
obligés
1172 MERCURE DE FRANCE
obligés , s'ils sont à Toulouse , de venir les re-
cevoir eux-mêmes l'après midi du troisiéme
jour du mois de May , à l'Assemblée publique
de la Distribution des Prix , qui se fait dans le
grand Consistoire de l'Hôtel de Ville. S'ils sont
hors de portée de venir les recevoir eux- mêmes,
ils doivent envoyer une Procuration en bonne
forme à une Personne domicilée à Toulouse
pour les recevoir de M. le Secretaire , en lui re-
mettant les Procurations des Auteurs et les Ré-
cepissés des Ouvrages,
Après queles Auteurs se seront fait connoî→
tre , on leur donnera des Attestations portant
qu'un tel , une telle année , pour tel Ouvrage par
lui composé , a remporté un tel Prix ; et l'Ou-
vrage en Original sera attaché à ces Attestations,
sous le contre-scel des Jeux.
On ne peut remporter que trois fois en sa vie
chacun des Prix que l'Académie distribuë.
Ceux qui auront remporté trois Prix, l'un des-
quels sera l'Amarante , pouront obtenir des Let-
tres de Maître des Jeux Floraux. Ils seront du
Corps des Jeux , et auront droit d'assister et d'o-
piner commes Juges , avec le Chancelier , les
Mainteneurs ou Académiciens et les autres Maî-
tres , aux Assemblées particulieres et publiques
qui se font pour le Jugement des Ouvrages et
pour la distribution des Prix.
Jugement des Ouvrages présentés à
l'Académie l'année 1737.
L'Ode qui a pour titre , LA MORT , et pour
Devise , Pulvis es , et in pulverem reverteris , a
remporté le premier Prix .
Le Prix du Poëme a été réservé.
Le Discours qui a pour Devise , Pauci quos
I. Vol.
J
JUIN.
1737.
1173
@quus amavit Jupiter , a remporté le Prix de l'an-
née destiné à ce genre ; et un des Prix réservés
a été adjugé au Discours qui a pour Devise, Fa-
ma res quidem ardua.
L'Eglogue qui a pour Interlocuteurs , E GLE',
DAMON , et pour Devise , Quam durum dis-
jungere amantes , a remporté le Prix de ce genre.
On verra dans le Recueil de l'Académie le
nom des Auteurs de tous ces Ouvrages.
L'Académie a réservé deux Prix d'Ode ,
deux Prix de Poëme , un Prix de Discours
et deux Prix d'Eglogue ; ensorte qu'elle aura
à donner l'année prochaine trois Prix d'Ode ,
trois Prix de Poëme , deux Prix de Discours
et trois Prix d'Eglogue. Le Sujet du Discours
sera pour l'année 1738. Le Gouvernement Mo-
narchique est le meilleur de tous.
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7368
p. 1173-1175
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Constantinople le 24. Janvier 1737. sur la Mort d'un Peintre Flamand.
Début :
Je profite de cette occasion pour vous informer d'une perte que nous venons de faire ici ; [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Constantinople le 24. Janvier 1737. sur la Mort d'un Peintre Flamand.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de
Constantinople le 24. Janvier 1737. sur
la Mort d'un Peintre Flamand.
Je profite de cette occasion pour vous informer
d'une perte que nous venons de faire ici ;
c'est de M. Jean- Baptiste Van- Mour , Peintre
Flamand , Natif de Valenciennes , qui est décédé
le 22. de ce mois à Constantinople , dans la 66.
année de son âge. M. de Ferriol l'y avoit attiré
en 1699. pour lui faire peindre d'après nature ,
une Suite de Tableaux réprésentant les differentes
manieres dont s'habillent les Nations du Levant,
et principalement les Turcs ces Tableaux furent
poussés jusqu'au nombre de cent, et M.de Ferriol
à son retour à Paris , permit qu'on les y gravât,
quoiqu'il ne les cût fait faire que pour sa satis-
faction particuliere , l'aplaudissement que ce
I. Vol.
F vj
grands
1174 MERCURE DE FRANCE
grand et curieux Recueil eut à la Cour , à Paris,,
dans le Royaume et dans les Pays Etrangers, est
une preuve du bon goût de M. de Ferriol pour les
Beaux- Arts , et de l'habileté de M. Van- Mour.
Ce Peintre réussissoit également dans la Portrai
ture , les Tableaux d'Histoire , la Perspective ,
l'Architecture. Il avoit de très- bons principes de
coloris et de clair- obscur , ses Draperies sont
bien jettées , et ses Paysages sont d'un grand
goût , tant par la varieté des Plans et du choix .
des Arbres , que par la legereté de leurs touches. -
Comme il étoit fort laborieux et qu'il a peint
en petit , ces Tableaux , faciles à transporter , se
sont dispersés par toute l'Europe, n'y ayant point
tû d'Ambassadeurs et autres Ministres Chrétiens -
en cette Cour , qui n'ayent envoyé dans leur
Pays , ou emporté en y tetournant , des Ouvra
ges de sa main . M. Calkoën , Ambassadeur de
Hollande à la Porte , en a un très- grand nom
bre et des plus beaux.
M. Van-Mour donna encore des preuves de
son habileté et de son génie dans les Fêtes que
M.le Marquis de Villeneuve donna ici à l'oc-
casion de la Naissance de Monseigneur le Dau-
phin , dont il peignit les Arcs de Triomphe , les
Emblêmes, &c. et qui furent alors, et sont enco-
re admirés aujourd'hui des Connoisseurs.
Si M.. Van-Mour s'est rendu recommandable
par les talens qu'il avoit pour son Art , il l'étoit
encore plus par les vertus morales qu'il posse-
doit , il étoit bon ami , ennemi de la médisance
et de la flaterie , d'une humeur égale et gaye ,.
Ce qui le faisoit aimer et estimer de tout le Monde
t particulierement de tous les Ministres qui ré-
sient ici , qui Padmettoient souvent à leur table-
etalloient le voir travailler..
I. Vale.
MI
JUIN 1737.
I Vol
1175
M. l'Ambassadeur de France envoya toute sa
Maison à son Convoy funebre, où toute la Na-
tion Françone assista ; il fut enterré dans l'Eglise
des RR. PP. Jesuites à Galata , tout proche le
Tombeau de M. le Baron de Salagnac , Ambas--
sadeur de France , qui mourat ici en 1610.
Constantinople le 24. Janvier 1737. sur
la Mort d'un Peintre Flamand.
Je profite de cette occasion pour vous informer
d'une perte que nous venons de faire ici ;
c'est de M. Jean- Baptiste Van- Mour , Peintre
Flamand , Natif de Valenciennes , qui est décédé
le 22. de ce mois à Constantinople , dans la 66.
année de son âge. M. de Ferriol l'y avoit attiré
en 1699. pour lui faire peindre d'après nature ,
une Suite de Tableaux réprésentant les differentes
manieres dont s'habillent les Nations du Levant,
et principalement les Turcs ces Tableaux furent
poussés jusqu'au nombre de cent, et M.de Ferriol
à son retour à Paris , permit qu'on les y gravât,
quoiqu'il ne les cût fait faire que pour sa satis-
faction particuliere , l'aplaudissement que ce
I. Vol.
F vj
grands
1174 MERCURE DE FRANCE
grand et curieux Recueil eut à la Cour , à Paris,,
dans le Royaume et dans les Pays Etrangers, est
une preuve du bon goût de M. de Ferriol pour les
Beaux- Arts , et de l'habileté de M. Van- Mour.
Ce Peintre réussissoit également dans la Portrai
ture , les Tableaux d'Histoire , la Perspective ,
l'Architecture. Il avoit de très- bons principes de
coloris et de clair- obscur , ses Draperies sont
bien jettées , et ses Paysages sont d'un grand
goût , tant par la varieté des Plans et du choix .
des Arbres , que par la legereté de leurs touches. -
Comme il étoit fort laborieux et qu'il a peint
en petit , ces Tableaux , faciles à transporter , se
sont dispersés par toute l'Europe, n'y ayant point
tû d'Ambassadeurs et autres Ministres Chrétiens -
en cette Cour , qui n'ayent envoyé dans leur
Pays , ou emporté en y tetournant , des Ouvra
ges de sa main . M. Calkoën , Ambassadeur de
Hollande à la Porte , en a un très- grand nom
bre et des plus beaux.
M. Van-Mour donna encore des preuves de
son habileté et de son génie dans les Fêtes que
M.le Marquis de Villeneuve donna ici à l'oc-
casion de la Naissance de Monseigneur le Dau-
phin , dont il peignit les Arcs de Triomphe , les
Emblêmes, &c. et qui furent alors, et sont enco-
re admirés aujourd'hui des Connoisseurs.
Si M.. Van-Mour s'est rendu recommandable
par les talens qu'il avoit pour son Art , il l'étoit
encore plus par les vertus morales qu'il posse-
doit , il étoit bon ami , ennemi de la médisance
et de la flaterie , d'une humeur égale et gaye ,.
Ce qui le faisoit aimer et estimer de tout le Monde
t particulierement de tous les Ministres qui ré-
sient ici , qui Padmettoient souvent à leur table-
etalloient le voir travailler..
I. Vale.
MI
JUIN 1737.
I Vol
1175
M. l'Ambassadeur de France envoya toute sa
Maison à son Convoy funebre, où toute la Na-
tion Françone assista ; il fut enterré dans l'Eglise
des RR. PP. Jesuites à Galata , tout proche le
Tombeau de M. le Baron de Salagnac , Ambas--
sadeur de France , qui mourat ici en 1610.
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7369
p. 1175
« On nous a écrit depuis de Constantinople qu'il y a eu depuis peu plusieurs violentes secousses de [...] »
Début :
On nous a écrit depuis de Constantinople qu'il y a eu depuis peu plusieurs violentes secousses de [...]
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texteReconnaissance textuelle : « On nous a écrit depuis de Constantinople qu'il y a eu depuis peu plusieurs violentes secousses de [...] »
On nous a écrit depuis de Constantinople qu'il
y a eu depuis peu plusieurs violentes secousses de
tremblement de Terre , qu'un des Châteaux ´vis-
à-vis le Canal de Ronelie , a été renversé , et que
la terre s'étant entr'ouverte , il en est sorti une
telie quantité d'eau que plusieurs Villages des
environs ont été inondés.
y a eu depuis peu plusieurs violentes secousses de
tremblement de Terre , qu'un des Châteaux ´vis-
à-vis le Canal de Ronelie , a été renversé , et que
la terre s'étant entr'ouverte , il en est sorti une
telie quantité d'eau que plusieurs Villages des
environs ont été inondés.
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7370
p. 1175-1176
« Les Lettres de Naples du 20. May, portent que le Mont Vesuve vomit depuis le 19. May [...] »
Début :
Les Lettres de Naples du 20. May, portent que le Mont Vesuve vomit depuis le 19. May [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Lettres de Naples du 20. May, portent que le Mont Vesuve vomit depuis le 19. May [...] »
Les Lettres de Naples du 20. May, portent
que le Mont Vesuve vomit depuis le 19. May
dernier avec un bruit semblable à celui du Ton-
nerre , une si grande quantité de pierres et de
flammes , qu'aucun des Habitans de cette Ville
ne se souvient d'avoir vu une pareille éruption.
En 24 heures tout l'espace qui est depuis le
sommet de la Montagne jusqu'au bord de la
Mer et qui contient douze mille , a été entiere-
ment rempli de souffre et de bitume.Les Villages
et les Bourgades des environs ont été couverts
de cendres. Les pierres qui sortoient du gouffre
étoient d'une grosseur énorme , et en tombant
elles ont fait trembler toute la Ville. Pendant la
nuit , la Montagne ressembloit à un tourbillon?
de feu , et le jour il en sortoit une épaisse fumée
qui s'élevoit à une hauteur extraordinaire.
On a lieu de conjecturer que cette éruption at
préservé ce Pays de quelque grand tremblement.
de Terre , et que tant de matieres bitumineuses
et sulphureuses renfermées dans le sein de la
Terre ;
1176 MERCURE DE FRANCE
Terre , auroient pû causer de grands ravages , si
elles n'avoient pas trouvé quelque moyen de
s'échaper.
que le Mont Vesuve vomit depuis le 19. May
dernier avec un bruit semblable à celui du Ton-
nerre , une si grande quantité de pierres et de
flammes , qu'aucun des Habitans de cette Ville
ne se souvient d'avoir vu une pareille éruption.
En 24 heures tout l'espace qui est depuis le
sommet de la Montagne jusqu'au bord de la
Mer et qui contient douze mille , a été entiere-
ment rempli de souffre et de bitume.Les Villages
et les Bourgades des environs ont été couverts
de cendres. Les pierres qui sortoient du gouffre
étoient d'une grosseur énorme , et en tombant
elles ont fait trembler toute la Ville. Pendant la
nuit , la Montagne ressembloit à un tourbillon?
de feu , et le jour il en sortoit une épaisse fumée
qui s'élevoit à une hauteur extraordinaire.
On a lieu de conjecturer que cette éruption at
préservé ce Pays de quelque grand tremblement.
de Terre , et que tant de matieres bitumineuses
et sulphureuses renfermées dans le sein de la
Terre ;
1176 MERCURE DE FRANCE
Terre , auroient pû causer de grands ravages , si
elles n'avoient pas trouvé quelque moyen de
s'échaper.
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7371
p. 1176-1179
Estampes Nouvelles.
Début :
Le sieur J. Rigaud, de Marseille, Dessinateur et Graveur très-habile, qui a un talent particulier [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Estampes Nouvelles.
Estampes Nouvelles.
Le sieur J. Rigaud, de Marseille, Dessinateur
et Graveur très-habile, qui a un talent particulier
pour le Paysage et les Vues en Perspectives,
vient de mettre au jour six beaux Morceaux en
large , des diverses Vûës du Château de Sceaux
près Paris,apartenant au feu Duc du Maine, 1736.-
sçavoir , la Vue du côté de la grande Avenue ,
prise à la premiere Grille.
• Vûë du même Château et du petit Parterre
qui conduit à l'Orangerie.
Autre , prise du haut de l'Allée de Diane.
Vues des Parterres et du grand Canal dans
Péloignement.
Vue de la Cascade.
Autre Vue du Château , prise dans l'éloigne-
ment , en face du côté du Village de Chatenay.
Outre la justesse et la magnificence des Lieux
représentés et qu'on croit voir , on sçait encore
bon gré à l'Auteur de plusieurs Ornemens ,
Montagnes et Côteaux placés vers l'Horison
Bocages , Figures et Animaux , dont son génie
a enrichi sa composition.
Ces Estampes , qui ne sont pas moins recher-
chées que celles que nous avons déja annoncées,
des belles Maisons de Campagne des Environs de
Londres , se vendent chés l'Auteur , ruë S. Jac-
ques , vis-à-vis le College du Plessis.
Voici encore une nouvelle Estampe en large
d'aprè
vatteau , gravée par le sieur Ravenet
1. Vol.
qui
I. Vol.
JUIN.
1737.
1177
qui vient de paroître sous le titre de Départ de
Garnison. C'est une composition aussi riche que
pittoresque , et dont le sujet est traité et carac-
terisé parfaitement. Elle se vend chés le sieur
Gersaint , Marchand , Pont Notre Dame , et
chés le sieur Suruque , Graveur du Roy , rue
des Noyers.
Il paroît onze Estampes nouvelles de la gran-
deur de 18. pouces de haut , sur 14. de large ,
représentant la Vie du B. Vincent de Paule ,
d'après les Tableaux qui sont dans l'Eglise de
S. Lazare à Paris , peints par Mrs de Troy , Ga-
loche, Restout , le Frere André , & c. et dessinées
d'après les Originaux , par le sieur Bonnart ,
ancien Professeur de l'Académie Royale de saint
Luc , avec une grande précision et correction
ces onze Desseins sont gravés sous sa conduite
par differens Graveurs des plus habiles.
Ces Estampes se vendent à Paris , chés le sieur
Herisset , Graveur , ruë S. Jacques , vis- à- vis les
Jésuites.
On voit depuis peu du sieur Bonnart, une très-
belle Perspective à la Ménagerie de Clagny, peinte
à huile , ayant 14. pieds de large , sur 12. Elle
est située au bout d'une Allée , formée à droite
par un Jardin Fleuriste, et à gauche par un Bois-
L'ingénieux Artiste a représenté , à s'y tromper,
un Vestibule ouvert , à travers duquel on voit la
continuation du Jardin et du Bois de haute fu-
taye dont on vient de parler , et terminé dans le
lointain par un beau Pays de Chasse , où l'on voit
le Prince de Dombes chassant un Cerf. Aux deux
Côtés sur le devant du Vestibule , sont deux Ter-
mes d'un goût nouveau , représentant le Dieu
Pan et la Déesse Flore.
La
1178 MERCURE DE -FRANCE
La saire des Portraits des grands Hommes
et des Personnes illustres dans les Arts et dans
Ies Sciences , se continue avec succès , chés
Odieuvre , Marchand d'Estampes , sur le Quay
de l'Ecole. Il vient de faire paroître , et tou-
jours de la même grandeur :
LOUIS-ANTOINE CARDINAL DE NOAILLES,
Archevêque de Paris , né le 27. May 1651 .
mort le 4. May 1729. grávé par Ravenet.
LOUIS-HECTOR DUC DE VILLARS ,
Maréchal general des Camps et Armées du Roy,
baptisé à Moulins le 21. May 1653.mort à Tu-
rin le 17. Juin 1734. peint par Hiacinte Rigaud
gravé par G. F. Schmidt.
Jacob , Graveur, demeurant ruë S. Jacques chés
M. Armand, Libraire , attenant la rue du Plâtre;
vend tout nouvellement :
Le Portrait de Louis-Henry de Bourbon , Prin
cé de Condé, peint par M. Gobert , et gravé par
Jacob.
Celui de Caroline de Hesse- Rhinfels , Duchesse
de Bourbon , peint par M. Gober , et gravé par
Jacob.
La belle Cuisiniere , peinte par M. Boucher , et
gravée par le sieur Line.
Mlle Pélissier , peinte par M. Dronais, et grad
vée pa le sieur Daullé.
Charité Romaine , peinte par M. N. Coipel , et
gravée par le sieur Le Bas.
Venus avec l'Amour , sommeillant, peinte par
M. Boucher, et gravée par le sieur Aubert.
Printemps , peint par M. Boucher , et gravé˜
par le sieur Aveline.
Ceres , peinte par M. Boucher , et gravée par ·
Plicur Possud.
Fi Vol
Angdique
JUIN.
1737.
1179
Angelique et Medor , peints par M. Courtin ,
&c. et plusieurs autres Morceaux de dévotion
9
que le Sr Jacob vend avec Privilege du Roy.Il gra
ve les Pendants des Planches annoncées cy-dessus
et autres Morceaux dénommés dans son Pri-
vilege.
Le sieur J. Rigaud, de Marseille, Dessinateur
et Graveur très-habile, qui a un talent particulier
pour le Paysage et les Vues en Perspectives,
vient de mettre au jour six beaux Morceaux en
large , des diverses Vûës du Château de Sceaux
près Paris,apartenant au feu Duc du Maine, 1736.-
sçavoir , la Vue du côté de la grande Avenue ,
prise à la premiere Grille.
• Vûë du même Château et du petit Parterre
qui conduit à l'Orangerie.
Autre , prise du haut de l'Allée de Diane.
Vues des Parterres et du grand Canal dans
Péloignement.
Vue de la Cascade.
Autre Vue du Château , prise dans l'éloigne-
ment , en face du côté du Village de Chatenay.
Outre la justesse et la magnificence des Lieux
représentés et qu'on croit voir , on sçait encore
bon gré à l'Auteur de plusieurs Ornemens ,
Montagnes et Côteaux placés vers l'Horison
Bocages , Figures et Animaux , dont son génie
a enrichi sa composition.
Ces Estampes , qui ne sont pas moins recher-
chées que celles que nous avons déja annoncées,
des belles Maisons de Campagne des Environs de
Londres , se vendent chés l'Auteur , ruë S. Jac-
ques , vis-à-vis le College du Plessis.
Voici encore une nouvelle Estampe en large
d'aprè
vatteau , gravée par le sieur Ravenet
1. Vol.
qui
I. Vol.
JUIN.
1737.
1177
qui vient de paroître sous le titre de Départ de
Garnison. C'est une composition aussi riche que
pittoresque , et dont le sujet est traité et carac-
terisé parfaitement. Elle se vend chés le sieur
Gersaint , Marchand , Pont Notre Dame , et
chés le sieur Suruque , Graveur du Roy , rue
des Noyers.
Il paroît onze Estampes nouvelles de la gran-
deur de 18. pouces de haut , sur 14. de large ,
représentant la Vie du B. Vincent de Paule ,
d'après les Tableaux qui sont dans l'Eglise de
S. Lazare à Paris , peints par Mrs de Troy , Ga-
loche, Restout , le Frere André , & c. et dessinées
d'après les Originaux , par le sieur Bonnart ,
ancien Professeur de l'Académie Royale de saint
Luc , avec une grande précision et correction
ces onze Desseins sont gravés sous sa conduite
par differens Graveurs des plus habiles.
Ces Estampes se vendent à Paris , chés le sieur
Herisset , Graveur , ruë S. Jacques , vis- à- vis les
Jésuites.
On voit depuis peu du sieur Bonnart, une très-
belle Perspective à la Ménagerie de Clagny, peinte
à huile , ayant 14. pieds de large , sur 12. Elle
est située au bout d'une Allée , formée à droite
par un Jardin Fleuriste, et à gauche par un Bois-
L'ingénieux Artiste a représenté , à s'y tromper,
un Vestibule ouvert , à travers duquel on voit la
continuation du Jardin et du Bois de haute fu-
taye dont on vient de parler , et terminé dans le
lointain par un beau Pays de Chasse , où l'on voit
le Prince de Dombes chassant un Cerf. Aux deux
Côtés sur le devant du Vestibule , sont deux Ter-
mes d'un goût nouveau , représentant le Dieu
Pan et la Déesse Flore.
La
1178 MERCURE DE -FRANCE
La saire des Portraits des grands Hommes
et des Personnes illustres dans les Arts et dans
Ies Sciences , se continue avec succès , chés
Odieuvre , Marchand d'Estampes , sur le Quay
de l'Ecole. Il vient de faire paroître , et tou-
jours de la même grandeur :
LOUIS-ANTOINE CARDINAL DE NOAILLES,
Archevêque de Paris , né le 27. May 1651 .
mort le 4. May 1729. grávé par Ravenet.
LOUIS-HECTOR DUC DE VILLARS ,
Maréchal general des Camps et Armées du Roy,
baptisé à Moulins le 21. May 1653.mort à Tu-
rin le 17. Juin 1734. peint par Hiacinte Rigaud
gravé par G. F. Schmidt.
Jacob , Graveur, demeurant ruë S. Jacques chés
M. Armand, Libraire , attenant la rue du Plâtre;
vend tout nouvellement :
Le Portrait de Louis-Henry de Bourbon , Prin
cé de Condé, peint par M. Gobert , et gravé par
Jacob.
Celui de Caroline de Hesse- Rhinfels , Duchesse
de Bourbon , peint par M. Gober , et gravé par
Jacob.
La belle Cuisiniere , peinte par M. Boucher , et
gravée par le sieur Line.
Mlle Pélissier , peinte par M. Dronais, et grad
vée pa le sieur Daullé.
Charité Romaine , peinte par M. N. Coipel , et
gravée par le sieur Le Bas.
Venus avec l'Amour , sommeillant, peinte par
M. Boucher, et gravée par le sieur Aubert.
Printemps , peint par M. Boucher , et gravé˜
par le sieur Aveline.
Ceres , peinte par M. Boucher , et gravée par ·
Plicur Possud.
Fi Vol
Angdique
JUIN.
1737.
1179
Angelique et Medor , peints par M. Courtin ,
&c. et plusieurs autres Morceaux de dévotion
9
que le Sr Jacob vend avec Privilege du Roy.Il gra
ve les Pendants des Planches annoncées cy-dessus
et autres Morceaux dénommés dans son Pri-
vilege.
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7372
p. 1179
« Le Lecteur curieux qui a fait attention en lisant le Mercure de Décembre dernier, premier [...] »
Début :
Le Lecteur curieux qui a fait attention en lisant le Mercure de Décembre dernier, premier [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Lecteur curieux qui a fait attention en lisant le Mercure de Décembre dernier, premier [...] »
Le Lecteur curieux qui a fait attention en lisant
le Mercure de Décembre dernier, premier
volume , à l'idée avantageuse que nous avons
donnée de la grande Collection de Tableaux
des plus excellens Maîtres , de la Comtesse de
Verrue , seront , sans doute , bien aise d'apren
die que le goût pour la Peinture est en regne
plus que jamais , et que ce prodigieux Cabinet ,
dispersé dans Paris et ailleurs , a beaucoup aug-
menté les anciens , possedés par divers Particu
Hiers , et en a formé quantité de nouveaux.
Tous les Tableaux se sont vendus publique
ment au plus offrant , avec un très grand con-
cours de Curieux de distinction , et se sont très-
bien vendus. Il y en a peu qui ne soient mon-
tés à leur valeur , et quantité ont été bien au-
delà , par l'ardeur des Acquereurs , fondés sur
le goût exquis de l'illustre défunte.
Le Comte de Clermont , Prince du Sang
dont on connoît les grandes qualités et l'amour
déclaré qu'il a pour les Beaux Arts, qu'il honore
de sa protection , a acquis plusieurs Tableaux de
Vauvremens , de Berghem, de Vandermeulen , de
D. Teniers , de Skalken , & c. d'une rare beauté,
et qui forment déja un beau Cabinet.
Parmi les Tableaux de prix on en doit distin-
guer deux de Claude Lorrain , qui ont été ade
jugés à 8007. livres au sieur Godefroy , Peintre
4
Flamand et Marchand de Tableaux à Paris ,
Gloire S.-Germain l'Auxerrois,
le Mercure de Décembre dernier, premier
volume , à l'idée avantageuse que nous avons
donnée de la grande Collection de Tableaux
des plus excellens Maîtres , de la Comtesse de
Verrue , seront , sans doute , bien aise d'apren
die que le goût pour la Peinture est en regne
plus que jamais , et que ce prodigieux Cabinet ,
dispersé dans Paris et ailleurs , a beaucoup aug-
menté les anciens , possedés par divers Particu
Hiers , et en a formé quantité de nouveaux.
Tous les Tableaux se sont vendus publique
ment au plus offrant , avec un très grand con-
cours de Curieux de distinction , et se sont très-
bien vendus. Il y en a peu qui ne soient mon-
tés à leur valeur , et quantité ont été bien au-
delà , par l'ardeur des Acquereurs , fondés sur
le goût exquis de l'illustre défunte.
Le Comte de Clermont , Prince du Sang
dont on connoît les grandes qualités et l'amour
déclaré qu'il a pour les Beaux Arts, qu'il honore
de sa protection , a acquis plusieurs Tableaux de
Vauvremens , de Berghem, de Vandermeulen , de
D. Teniers , de Skalken , & c. d'une rare beauté,
et qui forment déja un beau Cabinet.
Parmi les Tableaux de prix on en doit distin-
guer deux de Claude Lorrain , qui ont été ade
jugés à 8007. livres au sieur Godefroy , Peintre
4
Flamand et Marchand de Tableaux à Paris ,
Gloire S.-Germain l'Auxerrois,
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7373
p. 1180
« L'Optique étant non-seulement une des plus sçavantes, mais encore une des plus agréables [...] »
Début :
L'Optique étant non-seulement une des plus sçavantes, mais encore une des plus agréables [...]
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texteReconnaissance textuelle : « L'Optique étant non-seulement une des plus sçavantes, mais encore une des plus agréables [...] »
L'Optique étant non-seulement une des plus
sçavantes, mais encore une des plus agréables
Parties des Mathématiques , on ne sçauroit être
trop reconnoissant envers ceux dont le génie
nous procure des instrumens propres à rectifier es
à aider la foiblesse de nos yeux . Le sieur Le Bas,
Ingenieur et Mathématicien du Roy, demeurant
aux Galeries du Louvre , est connu depuis long-
temps pour le premier entre ceux qui travaillent
auxVerres,Lunettes et Microscopes. Il s'est depuis
long temps et très assiduinent apliqué à porter
son Art à la perfection , s'en faisant moins un
métier qu'une étude sçavante ; ses peines ont
réussi , sur tout dans les Telescopes , étant par-
venu, après de longues épreuves, à en faire d'aus
si bons et aussi parfaits que ceux d'Angleterre ,
et même plus finis et travaillés avec plus de soin.
Les Connoisseurs qui les ont confrontés , don-
nent l'avantage aux siens , ainsi on croit faire
plaisir au Public de lui donner cet avis , par la
commodité qu'il aura de trouver à Paris encore
mieux que ce qu'il faisoit venir des Pays Etran-
gers.
sçavantes, mais encore une des plus agréables
Parties des Mathématiques , on ne sçauroit être
trop reconnoissant envers ceux dont le génie
nous procure des instrumens propres à rectifier es
à aider la foiblesse de nos yeux . Le sieur Le Bas,
Ingenieur et Mathématicien du Roy, demeurant
aux Galeries du Louvre , est connu depuis long-
temps pour le premier entre ceux qui travaillent
auxVerres,Lunettes et Microscopes. Il s'est depuis
long temps et très assiduinent apliqué à porter
son Art à la perfection , s'en faisant moins un
métier qu'une étude sçavante ; ses peines ont
réussi , sur tout dans les Telescopes , étant par-
venu, après de longues épreuves, à en faire d'aus
si bons et aussi parfaits que ceux d'Angleterre ,
et même plus finis et travaillés avec plus de soin.
Les Connoisseurs qui les ont confrontés , don-
nent l'avantage aux siens , ainsi on croit faire
plaisir au Public de lui donner cet avis , par la
commodité qu'il aura de trouver à Paris encore
mieux que ce qu'il faisoit venir des Pays Etran-
gers.
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7374
p. 1180-1181
« M. le Docteur Taylor, Oculiste du Roy de la Grande-Bretagne, est arrivé depuis peu à l'Hôtel [...] »
Début :
M. le Docteur Taylor, Oculiste du Roy de la Grande-Bretagne, est arrivé depuis peu à l'Hôtel [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. le Docteur Taylor, Oculiste du Roy de la Grande-Bretagne, est arrivé depuis peu à l'Hôtel [...] »
M. le Docteur Taylor, Oculiste du Roy de la
Grande-Bretagne, est arrivé depuis peu à l'Hôtel
de Londres , rue Dauphine à Paris , où il se
propose de rester jusqu'au commencement de
Juillet , après quoi il partira pour se rendre en
Espagne Il nous prie de publier les Découvertes
qu'il a faites de redresser les yeux des Louches
par une Opération prompte et presque sans dou
leur et sans crainte d'aucun accident ; de guérir
presque toutes les maladies du sac lacrimal , sans
Opération , et ôter les Cataractes en tout temps
et de toute espece , sans aucun danger. Il guérit
I. Vol
aussi
JUIN.
1737.
1181
sassi plusieurs especes de Gouttes Sereines, con-
formément à l'explication qu'il en a donnée
dans ses Ouvrages , ce qui a été accomagné de
tant de succès , qu'on voit tous les jours quan-
rité de personnes chercher auprès de lui du sou-
lagement pour ces sortes de maux.
Grande-Bretagne, est arrivé depuis peu à l'Hôtel
de Londres , rue Dauphine à Paris , où il se
propose de rester jusqu'au commencement de
Juillet , après quoi il partira pour se rendre en
Espagne Il nous prie de publier les Découvertes
qu'il a faites de redresser les yeux des Louches
par une Opération prompte et presque sans dou
leur et sans crainte d'aucun accident ; de guérir
presque toutes les maladies du sac lacrimal , sans
Opération , et ôter les Cataractes en tout temps
et de toute espece , sans aucun danger. Il guérit
I. Vol
aussi
JUIN.
1737.
1181
sassi plusieurs especes de Gouttes Sereines, con-
formément à l'explication qu'il en a donnée
dans ses Ouvrages , ce qui a été accomagné de
tant de succès , qu'on voit tous les jours quan-
rité de personnes chercher auprès de lui du sou-
lagement pour ces sortes de maux.
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7375
p. 1181-1182
« Le S. Fauchard, Chirurgien Dentiste, [barré : auprès de Paris], après avoir donné au Public des preuves [...] »
Début :
Le S. Fauchard, Chirurgien Dentiste, [barré : auprès de Paris], après avoir donné au Public des preuves [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Le S. Fauchard, Chirurgien Dentiste, [barré : auprès de Paris], après avoir donné au Public des preuves [...] »
Le S. Fauchard, Chirurgien Dentiste, [barré : auprès de Paris],
après avoir donné au Public des preuves
de son zele , en mettant au jour son Traité sur
les Dents , croit devoir lui renouveller les mar-
ques de son attention , en lui offrant une Eau
dont la vertu est souveraine contre les affections
scorbutiques des Gencives.
Cette Eau empêche que les Gencives ne se
gonflent et ne soient trop sujettes à saigner ai-
sément , ce qui prouve qu'elle les fortifie et les
consolide.
Elle empêche aussi que les dents ne soient
ébranlées avant le temps ; elle raffermit celles qui
ne sont pas considérablement déchaussées et
chancelanies ; elle les maintient dans leurs Alvéo-
les; et comme elle est propre à diminuer les âcre-
tés de la salive , qui produisent ordinairement la
carie , cette Eau prévient par conséquent ce qui
les peut gâter.
Elle ôte la mauvaise odeur de la bouche , elle
vivifie les gencives,et entretient les dents dans leur
propreté et leur blancheur naturelle ; elle calme
ou diminuë souvent la douleur des dents gâtées,
en mettant dans la cavité cariée un petit cotton
imbibé de cette Eau. Elle guérit les Aphtes ou
petits ulceres de la bouche , en les frottant sou-
vent avec cette même Liqueur. En un mot ce Re-
mede est le plus parfait qu'il ait encore trouvé
pour la conservation des dents et des gencives.
I. Fol.
Le
1182 MERCURE DE FRANCE
Le sieur Fauchard l'auroit distribué il y a plu
sieurs années , mais il ne vouloit rien donner
de défectueux et d'incertain
>
et il a jugé
qu'il étoit convenable à l'utilité publique et
à sa réputation , de s'assurer des bons effets de
cette Eau , par des experiences réïterées.
La demeure du sieur Fauchard est toujours à
Paris , vis - à- vis la Comédie Françoise.
Les Bouteilles de cette Eau sont de six livres
de trois livres et de trente 'sols ; on aura soin de
les tenir bien bouchées. Il donne un imprimé
qui instruit de la maniere de s'en servir.
après avoir donné au Public des preuves
de son zele , en mettant au jour son Traité sur
les Dents , croit devoir lui renouveller les mar-
ques de son attention , en lui offrant une Eau
dont la vertu est souveraine contre les affections
scorbutiques des Gencives.
Cette Eau empêche que les Gencives ne se
gonflent et ne soient trop sujettes à saigner ai-
sément , ce qui prouve qu'elle les fortifie et les
consolide.
Elle empêche aussi que les dents ne soient
ébranlées avant le temps ; elle raffermit celles qui
ne sont pas considérablement déchaussées et
chancelanies ; elle les maintient dans leurs Alvéo-
les; et comme elle est propre à diminuer les âcre-
tés de la salive , qui produisent ordinairement la
carie , cette Eau prévient par conséquent ce qui
les peut gâter.
Elle ôte la mauvaise odeur de la bouche , elle
vivifie les gencives,et entretient les dents dans leur
propreté et leur blancheur naturelle ; elle calme
ou diminuë souvent la douleur des dents gâtées,
en mettant dans la cavité cariée un petit cotton
imbibé de cette Eau. Elle guérit les Aphtes ou
petits ulceres de la bouche , en les frottant sou-
vent avec cette même Liqueur. En un mot ce Re-
mede est le plus parfait qu'il ait encore trouvé
pour la conservation des dents et des gencives.
I. Fol.
Le
1182 MERCURE DE FRANCE
Le sieur Fauchard l'auroit distribué il y a plu
sieurs années , mais il ne vouloit rien donner
de défectueux et d'incertain
>
et il a jugé
qu'il étoit convenable à l'utilité publique et
à sa réputation , de s'assurer des bons effets de
cette Eau , par des experiences réïterées.
La demeure du sieur Fauchard est toujours à
Paris , vis - à- vis la Comédie Françoise.
Les Bouteilles de cette Eau sont de six livres
de trois livres et de trente 'sols ; on aura soin de
les tenir bien bouchées. Il donne un imprimé
qui instruit de la maniere de s'en servir.
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7376
p. 1182-1183
« Le sieur Neilson, Chirurgien Ecossois, reçû à S. Côme, pour la guérison des Hernies ou Descentes, [...] »
Début :
Le sieur Neilson, Chirurgien Ecossois, reçû à S. Côme, pour la guérison des Hernies ou Descentes, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le sieur Neilson, Chirurgien Ecossois, reçû à S. Côme, pour la guérison des Hernies ou Descentes, [...] »
Le sieur Neilson, Chirurgien Ecossois, reçû à
S. Côme, pour la guérison des Hernies ou Descentes,
traite ces Maladies avec beaucoup de suc-
cès , par le secours des Bandages Élastiques, qu'il
a inventés pour les hommes , femmes et enfans;
ces Bandages sont fort aprouvés, non - seulement
à cause qu'ils sont très-legers et commodes à
porter jour et nuit , mais encore ils sont utiles
par raport à leur ressort qui comprime la par-
tie malade , ferme exactement l'ouverture qui a
permis la Descente et résiste aux impulsion's que
font les Parties intérieures, soit à cheval ou à pied
En envoyant la mesure , prise sur l'Os pubis ,
et marquant le côté malade , on est assuré de
les avoir justes. ; il donne son Avis ,
Maladies.
et se on
Page et le tempérament , il prépare des Remnedes
qui lui sont particuliers et convenables à ces
Attendu que les Chasseurs et ceux qui courent
à cheval ou en chaise , qui prêchent , chantent,
&c. sont continuellement exposés à ces Mala-
dies , il a aussi inventé des Bandages Elastiques,
très-légers , commodes à porter pendans ces
I. Vol.
exercices
JUIN.
qui arrivent souvent.
1737.
Cocq d'or, au premier Apartement.
1183
exercices , ou d'autres aussi violens , pour se ga
rantir des maux et prévenir les incommodités
Sa demeure est à Paris , rue Dauphine , au
payé.e
Il ne re-
çoit point de Lettres sans que le port en soit
S. Côme, pour la guérison des Hernies ou Descentes,
traite ces Maladies avec beaucoup de suc-
cès , par le secours des Bandages Élastiques, qu'il
a inventés pour les hommes , femmes et enfans;
ces Bandages sont fort aprouvés, non - seulement
à cause qu'ils sont très-legers et commodes à
porter jour et nuit , mais encore ils sont utiles
par raport à leur ressort qui comprime la par-
tie malade , ferme exactement l'ouverture qui a
permis la Descente et résiste aux impulsion's que
font les Parties intérieures, soit à cheval ou à pied
En envoyant la mesure , prise sur l'Os pubis ,
et marquant le côté malade , on est assuré de
les avoir justes. ; il donne son Avis ,
Maladies.
et se on
Page et le tempérament , il prépare des Remnedes
qui lui sont particuliers et convenables à ces
Attendu que les Chasseurs et ceux qui courent
à cheval ou en chaise , qui prêchent , chantent,
&c. sont continuellement exposés à ces Mala-
dies , il a aussi inventé des Bandages Elastiques,
très-légers , commodes à porter pendans ces
I. Vol.
exercices
JUIN.
qui arrivent souvent.
1737.
Cocq d'or, au premier Apartement.
1183
exercices , ou d'autres aussi violens , pour se ga
rantir des maux et prévenir les incommodités
Sa demeure est à Paris , rue Dauphine , au
payé.e
Il ne re-
çoit point de Lettres sans que le port en soit
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7377
p. 1182-1183
« Le sieur Aubert, Intendant de la Musique de S. A. S. M. le Duc, vient de donner au Public [...] »
Début :
Le sieur Aubert, Intendant de la Musique de S. A. S. M. le Duc, vient de donner au Public [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Le sieur Aubert, Intendant de la Musique de S. A. S. M. le Duc, vient de donner au Public [...] »
Le sieur Aubert, Intendant de la Musique de
S. A. S. M. le Duc, vient de donner au Public
la douzième Suite de ses Concerts de Sympho-
nie,les onze précedens ont cû un si grand succès,
qu'on est persuadé que cette dernière sera reçûë
avec plaisir
ces douze Suites forment un Re-
cueilunique en ce genre , composé de plus de deux
cent Morceaux d'une varieté infine , d'un tra-
vail agréable et d'une très - granae utilité pour les
Ecoliers , attendu que les traits , les coups d'ar-
chets, les differens tons er mouvemens , et géné-
ralement tout ce qui peut se pratiquer sans pré-
judicier au bon goût et à la beauté du Chant ,
est inseré dans cet Ouvrage qu'on peut apeller
l'Ecole du Violon et de tous les Instrumens.
L'Auteur donnera le mois prochain une ser
condle Edition de son deuxième Livre de Sona-
tes , dans le goût de celles qu'il a données l'an-
née derniere de son premier, corrigée , augmen-
tée , et toutes les Basses ajustées à la portée du
Violoncelle et du Basson , et chiffrée très-
exactement.
S. A. S. M. le Duc, vient de donner au Public
la douzième Suite de ses Concerts de Sympho-
nie,les onze précedens ont cû un si grand succès,
qu'on est persuadé que cette dernière sera reçûë
avec plaisir
ces douze Suites forment un Re-
cueilunique en ce genre , composé de plus de deux
cent Morceaux d'une varieté infine , d'un tra-
vail agréable et d'une très - granae utilité pour les
Ecoliers , attendu que les traits , les coups d'ar-
chets, les differens tons er mouvemens , et géné-
ralement tout ce qui peut se pratiquer sans pré-
judicier au bon goût et à la beauté du Chant ,
est inseré dans cet Ouvrage qu'on peut apeller
l'Ecole du Violon et de tous les Instrumens.
L'Auteur donnera le mois prochain une ser
condle Edition de son deuxième Livre de Sona-
tes , dans le goût de celles qu'il a données l'an-
née derniere de son premier, corrigée , augmen-
tée , et toutes les Basses ajustées à la portée du
Violoncelle et du Basson , et chiffrée très-
exactement.
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7378
p. 1183-1184
« M. Bouvard, vient de mettre au jour un nouveau Recueil de Musique, mêlé de Cantatille, [...] »
Début :
M. Bouvard, vient de mettre au jour un nouveau Recueil de Musique, mêlé de Cantatille, [...]
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texteReconnaissance textuelle : « M. Bouvard, vient de mettre au jour un nouveau Recueil de Musique, mêlé de Cantatille, [...] »
M. Bouvard, vient de mettre au jour un nouveau
Recueil de Musique, mêlé de Cantatille,
Fable , Ariettes , Airs sérieux et à boire , à une
et deux voix
:
Brunette et vaudeville , avec la
Basse-continue ; qu'il a dédié à S, A. Madame
Ja Princesse de Soubize.
Ce
1184 MERCURE DE FRANCE
Ce Recueil se vend 3. livres , chés la veuve
Boivin , rue S. Honoré , à la Regle d'or ; chés
le sieur le Clers , rue du Roule , à la Croix d'or,
et chés l'Auteur , Cour du Dragon sainte Mar-
gueritte, Carrefour S. Benoît , Faubourg saint
Germain.
Recueil de Musique, mêlé de Cantatille,
Fable , Ariettes , Airs sérieux et à boire , à une
et deux voix
:
Brunette et vaudeville , avec la
Basse-continue ; qu'il a dédié à S, A. Madame
Ja Princesse de Soubize.
Ce
1184 MERCURE DE FRANCE
Ce Recueil se vend 3. livres , chés la veuve
Boivin , rue S. Honoré , à la Regle d'or ; chés
le sieur le Clers , rue du Roule , à la Croix d'or,
et chés l'Auteur , Cour du Dragon sainte Mar-
gueritte, Carrefour S. Benoît , Faubourg saint
Germain.
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7379
p. 1185
« La premiere Representation de la Tragédie nouvelle de Lysimachus, que [...] »
Début :
La premiere Representation de la Tragédie nouvelle de Lysimachus, que [...]
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texteReconnaissance textuelle : « La premiere Representation de la Tragédie nouvelle de Lysimachus, que [...] »
La premiere Representation de la
Tragédie nouvelle de Lysimachus,
que nous avons annoncée dans le dernier
Journal, a été renvoyée à un autre temps.
On prétendoit que la premiere nouveauté
que les Comédiens François donneroient,
seroit une Comédie en Vers , et en cinq
Actes , de M. Destouches , sous le Titre
de l'Ambitieux. Et en effet ,
ils ont don
né cette Piece assés brusquement , sans
presque l'annoncer , le Vendredi 14. de
ce mois , avec une fort nombreuse As-
semblée ; elle a été parfaitement repre
sentée et fort aplaudie.Nous ne manque.
rons pas d'en parler plus aut long.
Tragédie nouvelle de Lysimachus,
que nous avons annoncée dans le dernier
Journal, a été renvoyée à un autre temps.
On prétendoit que la premiere nouveauté
que les Comédiens François donneroient,
seroit une Comédie en Vers , et en cinq
Actes , de M. Destouches , sous le Titre
de l'Ambitieux. Et en effet ,
ils ont don
né cette Piece assés brusquement , sans
presque l'annoncer , le Vendredi 14. de
ce mois , avec une fort nombreuse As-
semblée ; elle a été parfaitement repre
sentée et fort aplaudie.Nous ne manque.
rons pas d'en parler plus aut long.
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7380
p. 1185-1197
Le Jeudi 9. May on donna sur le Théatre de l'Opera la premiere Representation du Triomphe de l'Harmonie Ballet Héroïque, par Mrs L. et Grenet.
Début :
L'Auteur du Poëme a prétendu justifier le choix de son Sujet dans une [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Jeudi 9. May on donna sur le Théatre de l'Opera la premiere Representation du Triomphe de l'Harmonie Ballet Héroïque, par Mrs L. et Grenet.
Le Jeudi 9. May on donna sur le Théatre
de l'Opera la premiere Representation du
Triomphe de l'Harmonie Ballet Héroïque,
par Mrs L. et Grenet.
L'Auteur du Poëme a prétendu justifier
le choix de son Sujet dans une
Préface ; quelques Critiques , peut être
un peu trop séveres , ne sont pas con-
I, Vol.
venus
186 MERCURE DE FRANCE
venus de la bonté de ce choix. Les pre-
miers traits de la mauvaise humeur qu'u
ne nouveauté ne manque presque jamais
de mettre en jeu , sont tombés sur le Mu-
sicien , qui osoit apeller son Ouvrage
d'un Titre si présomptueux ; Critique
injuste , puisque c'étoit aux Chants d'Or-
phie et d'An phion , en non aux siens ,
que l'Auteur de cette Musique préten-
doit décerner l'honneur du Triomphe.
Revenons à la Préface par laquelle le
Poëte a prétendu élever son Sujet au-
dessus de la plupart des autres. Elle a
revolté bien des gens , même de ceux
qui n'avoient pas à défendre leur inte-
rêt personnel . Voici ce qui en est venu
à notre connoissance ; on a trouvé mau-
vais qu'un Auteur naissant ait osé dé-
crier le Théatre Lyrique , jusqu'à dire
sans restricton ; il n'est point fait pourla
vraisemblance ; et que , pour achever de
dégrader nos plus beaux Operas , qu'on
ne daigne pas apeller Poëmes , et aux-
quels on donne seulement le nom de
Paroles ; ce n'est pas à ce genre de Poë-
sie Dramatique qu'il faut apliquer le
precepte d'Horace :
Ficta voluptatis causâ sint proxima veris,
Cependant quels Ouvrages peuvent
1. Vol.
à plus
JUIN.
1737.
1187
à plus juste titre , être apellés : Ficta vo-
luptatis causâ , que les Operas tant an-
ciens que modernes ? Cette raison n'au-
roit elle pas dû suffire à ....... pour ne
leur pas refuser la vraisemblance , si né-
cessaire à tout Poëme Dramatique ? mais.
le sujet qu'il avoit à traiter en étoit si
peu susceptible , qu'il n'a pas cru pou-
voir autrementjustifier la prétendue bon-
té de son choix. En effet dans son Am-
phion , a -t-on dir , y a- t il seulement
une ombre de vraisemblance . On est
convenu sur le Théatre Lyrique , d'ac-
corder un pouvoir sans bornes à la Di-
vinité et à la Magie ; mais ce privilege
ne s'est jamais étendu jusqu'à l'Harmo-
nie ; on lui accorde une pleine victoire
sur tout ce qui est capable de sentiment,
mais on ne sçauroit porter la crédulité
jusqu'à convenir qu'elle puisse exercer
un souverain empire sur des Etres inani-
més , tels que les Pierres , les Rochers
et les Montagnes ; l'Auteur même de
ce Ballet convient qu'on ne doit pas
prendre à la lettre tout ce que les Poë-
tes ont dit pour relever la gloire de
l'Harmonie ; voici comme il s'explique
dans sa Préface. Fabius Paulinus , enpar-
lant de la Fable d' Amphion , s'est imagine
qu'on pouvoit bien la prendre à la lettre, et
1. Vol.
G
Pexpliquer
1188 MERCURE DE FRANCE
l'expliquer physiquement par les principes
des Platoniciens : il en fit l'essai , et prou-
va son raisonnement par sept raisons qu'il
croyoit bien convainquantes. Quel exemple
de la foiblesse et de l'extravagance du rai-
sonnement humain !
Il est surprenant , continë- t on , que
l'Auteur du Poëme en question , étant
dans ces principes , ose se vanter d'avoir
fait un bon choix.
Voilà ce qui nous est revenu des di
verses Critiques qu'on a faites sur le Bal-
let du Triomphe de l'Harmonie : comme
on a beaucoup moins critiqué l'Ouvrage
que la Préface , et que d'ailleurs il n'est
pas trop chargé d'action , nous n'en
donnerons qu'un Extrait des plus suc-
cincts.
Le Théatre represente au Prologue
une Campagne couverte de Trophées ,
de Pyramides , et d'Arcs de Triomphe.
La Paix descend du Ciel au bruit des
Timballes et des Trompettes.
Choeur de Peuples.
La Paix vient combler nos desirs ;
Quel bonheur pour nous ! quelle gloire
Elle ramene les plaisirs
Sur les aîles de la Victoire.
La Paix , après avoir fait entendre
1. Vol.
qu'ell
JUIN.
1737.
1189
qu'u'elle vient regner sur la terre , invite
l'Amour et l'Harmonie à descendre des
Cieux , par ces Vers :
Enfans de mes loisirs , acconrez l'un et l'autre ;
Et par mes sons j'inspire tour
;
Mere des doux accords, Dieu souverain des cœurs,
Rendez à ces Climats vos plaisirs enchanteurs &
Ces Lieux sont faits pour vous; mon Empire est
le vôtre.
L'Amour et l'Harmonie descendent
des Cieux dans un Nuage. Les Peuples
célebrent leur venuë par ces Vers :
Charmant Amour , & Divine Harmonie ,
Regnez sur nous ;
Vous faites de la vie
Les momeus les plus doux.
1
L'Harmonie exprime ainsi ses divers
caracteres :
Ma voix de la Nature est l'image naïve ,
Toujours touchante , toujours vive;
Je peins du cœur les secrets sentimens ,
Le trouble , les soupirs , les transports dos
Amans ;
Tremblante , furieuse , attendrie , inflexible ,.
J'épouvante un Ingrat , je touche un Insensible,
La crainte , la pitié , la terreur et l'amour.
Les Suivans de l'Amour et de l'Har-
1.Vol
Gij
à tour ,
monie
1190 MERCURE DE FRANCE
monie forment la Fête de ce Prologue.
ORPHE'E. Premiere Entrée.
Le Théatre represente les Enfers. Le
Dieu du Styx paroît panché sur son
Urne ; on voit dans le fond l'Antre où
Cerbere est enchaîné ; Pluton au milieu
des trois Juges Infernaux , occupe un
Thrône sur un des côtés du Théatre.
Pluton invite les Démons et les Furies
à tourmenter les Ombres criminelles ; il
leur parle ainsi :
Des Manes criminels redoublez les tourmens ;
Remplissez les Enfers d'une terreur nouvelle ;
Que ces Monstres cruels , que ces feux dévorans
Servent du Dieu des Morts la vengeance éter-
nelle !
Les Démons et les Furies témoignent
leur empressement à exécuter les ordres
de Pluton. On entend une douce Sym-
phonie ; on voit paroître Orphée. Plus
ton est aussi irrité que supris de voir un
Mortel descendre dans son Empire avant
que les Parques ayent terminé son sort.
La Symphonie mélodieuse continuë , et
empêche les Démons et les Furies de pu-
nir Orphée de sa témerité ; Pluton mê-
me en est attendri ; Orphée aproche , et
s'exprime ainsi en parlant à Pluton.
I. Vel
Arbit
JUIN.
17:7
Arbitre redouté des vertus et des crimes ,
frgi
Aprouvez d'un Amant les transports légitimes
Pour apaiser le Sort qui me poursuit
Jose porter mes pas sur les rivages sombres ;
C'est l'Amour qui me guide , et ses feux m'ont
conduit
Dans l'éternelle horreut du silence et des om
bres ;
Mon cœur , sans en être effrayé ,
Découvre à vos regards son projet témeraire ;
Je ne crains point d'armer votre colere ,
Si je ne puis toucher votre pitié.
Pluton ne montre d'abord que de la
colere a Orphée , mais desarmé , malgré
lui , par la douceur de ses sons , il dit :
Mais , quand je devrois le punir,
Quelle invisible main semble me retenir ?
Quel charme séduisant me force de l'entendre !
Acheve ; qu'oses-tu prétendre ?
Orphée lui expose la rigueur de son
sort ; la mort lui a arraché Euridice au
moment que l'Hymen venoit de l'unir
avec elle ; il aperçoit Euridice parmi
d'autres Ombres ; ils s'entretiennent en
presence de Pluton , qui dit dans un à
parte :
Que devient ma fureur ! Quoi la pitié l'en-
chaîne.
1. Vol.
G iij
Orphée
1192 MERCURE DE FRANCE
Orphée , s'adressant enfin à Pluton
lui dit :
Punissez mon audace , ou termincz ma peine ;
Dieu des Enfers , unissez- nous ;
Rendez-moi l'objet qui m'enchaîne.;
L'Amour forma nos cœurs pour ses nœuds les
plus doux ;
Si vous nous unissez , il a moins fait que vous.
Euridice joint sa voix à celle d'Or-
phée ; Pluton se rend à la douceur de
leurs accords harmonieux , et dit à Or-
phée :
>
A tes desirs tout est propice ;
Tes accords enchanteurs ont triomphé de moi;
Le sort se declare pour toi ,
Et du sein de la mort il te rend Euridice.
Pluton se retire. Le Théatre change ;
et represente les Champs Elisées ; les
Ombres heureuses célebrent par leurs
chants et par leurs danses la victoire
que l'Harmonie vient de remporter sur
le cœur du Maître des Enfers.
HYLAS. Deuxième Entrée.
Le Théatre represente une Campagne
ornée de Jardins et de Bosquets , cou-
pés par un Fleuve. Eglé , Divinité du
Fleuve , sur le bord duquel la Scene se
1. Vol.
passe
JUIN.
1737.
fait l'exposition du Sujet.
1193
passe , commence cette Entrée avec Do
ris , sa Confidente. Voici comment elle
Enfin voici le jour , où je pourai connoître
Du jeune Hylas les sentimens secrets ;
Je cherche mon malheur , je l'avance peut-être;
Doris, j'ai trop compté sur mes foibles attraits
Il me vit un moment sous ce feuillage épais :
J'évitai ses regards , je rentrai sous les ondes
Cependant ses soupirs font retentir ces Bois ,
Et dans le sein de nos Grotes profondes
L'Echo vient me porter sa voix.
Doris rassure Eglé contre la défianc.
où elle est du pouvoir de ses charmes.
Eglé fait entendre ce que son amour lui
a fait projeter pour s'assurer du cœur
d'Hylas , elle s'explique ainsi :
Hylas se plaît dans ces forêts ;
Tu sçais ce que mon cœur médite ,
Rentrons malgré moi je l'évite.
Que nos tendres accords secondent mes projets.
Hylas , séparé d'une Troupe de Chas-
seurs , expose à son tour ce qu'il a senti
à l'aspect d'une Nymphe dont la voix a
achevé de triompher de sa liberté ; il
ignore le nom de cette aimable Nymphe.
Il entend un Choeur de Nayades , et une
1. Vol.
Giiij
Sympho ,
194 MERCURE DE FRANCE
Symphonie dont la douceur l'invite à
goûter le charme du repos ; il se couche
sur un lit de gazon , les Zephirs l'enle-
vent , et se précipitent avec lui dans le
Fleave. Le Théatre change , et represen-
te le Palais des Nymphes des Eaux , dans
lequel Hylas vient d'être transporté ;
ane Troupe de Nayades danse autour,
de lui ; elles disparoissent à son réveil ;
it exprime une partie de ce qui s'est pas-
sé pendant son sommeil, par ces Vers :
Od suis-je ? Quels Concerts ! Erreur enchante-
resse !
J'aperçois l'objet de mes feux ;
L'éclat de ce séjour m'annonce une Déesse ;
Infortuné Mortel , où s'adressent tes vœux ?
Eglé,dont Hylas ignore et le nom et le
rang , lui annonce que la Souveraine de
ces lieux l'aime ; mais qu'elle ne veut pas
le contraindre , et que s'il n'est pas por-
té à répondre à son amour , les Zephirs
le transporteront où il voudra ; Hylas
consent à partir plûtôt que de renoncer
à un amour secret qu'il préfere aux offres
les plus brillantes. Voici comme il s'ex-
prime :
Que mon trouble est extréme !
En quittant ces beaux lieux , helas !
I. Vol.
Je
JUIN.
1737
Je fuis ce que je n'aime pas ;
Mais je m'arrache à ce que j'aime.
1195
Eglé , l'ayant pressé de s'expliquer ,
et cette explication étant telle qu'elle la
souhaite,elle se fait connoître à lui, et lui
offre sa main ; les Nayades célébrent cet
Hymen , et forment une Fête des plus
brillantes.
AMPHIO N. Troisiéme Entrée.
Le Théatre represente des Forêts, des
Cavernes , des Rochers ; un Camp de
Sauvages y est formé devant la Ville de
Thebes , qui paroît dans le fond à demi
ruinée. Niobe, Fille de Tantale, Roy d'un
Peuple Sauvage , commence cette der-
niere Entrée au Lever de l'Aurore ; elle
se plaint de ce que le jour qui va renaî--
tre sera le dernier d'Amphion qu'elle
aime.
Amphion vient pour chercher Niobe,
qu'il aime. Cette Princesse , après des re-
grets reciproques , lui fait connoître son
amour. Elle le quitte après un avey si
satisfaisant pour lui , et le prie de se dé-
rober à la colere de son Pere , dont elle
desavoue la cruauté. Amphion , charmé
de l'aveu qu'il vient d'entendre , fait un
Monologue dont la Musique et les Vers
I.Vol
Gy sont
1196 MERCURE DE FRANCE
sont généralement aplaudis. Voici quel-
ques-uns des Vers.
Niobe répond à ma flamme ;
Je goûte un sort digne des Dieux
Naissez des transports de mon ame
"
Naissez , Accords harmonieux , &c.
Formez-vous , Murs Thébains, naissez , fameux
Remparts ,
Nouveaux témoins de ma victoire ;
Aux Stécles à venir transmettez ma mémoires
D'un Ennemi barbare effrayez les regards.
Les vœux et l'espoir d'Amphion sont
comblés ; les Remparts de Thebes s'éle-
vent aux accents de sa Voix et de sa Ly-
re. Tantale en est si étonné qu'il vient
offrir la paix à un Roy qui semble com
mander à la Nature ; instruit de son
amour pour sa Fille ,
il consent que
Hymen soit le nœud de la paix ; les Sau-
vages et les Thébains se réunissent pour
célébrer cette heureuse Fête.
Ce Ballet a été très-bien reçû du Pu-
blic ; les suffrages ont paru plus réunis
en faveur de la Musique. On convient
pourtant que le Poëme est très- bien écrit,
on y auroit souhaité un peu plus d'inte-
rt ; mais il est très difficile d'en mettre
beaucoup dans un Ballet ; ce genre de
I. Vel
leur
Piece
pour
JUIN.
1737
1197
Piece semble plûtôt fait pour l'esprit que
le cœur , et d'ailleurs , les Danses
en occupent les deux tiers. Des trois En-
trées , la seconde a paru la plus inte
ressante du côté du Poëte , quoiqu'on
l'ait trouvée la moins convenable au Ti-
tre; la derniere a paru faire le plus d'hon-
neur au Musicien , et on peut
et on peut dire que
l'Harmonie y a été veritablement triom-
plante.
Le 16. Juin on donna la dix- septiéme
Representation de ce Ballet , et le 13.
on remit au Théatre celui des Amours
des Dieux, composé d'un Prologue et de
quatre Entrées , qu'on avoit donné pour
la premiere fois le 14. Septembre 1727.
et que le Public avoit reçû avec satisfac-
tion. Le Poëme est de M. Fuzelier , et la
Musique de M. Mouret. Cet Opera ,
qui est parfaitement bien remis , a été
reçû avec les mêmes aplaudissemens que
dans sa nouveauté ; nous nous dispen-
sons d'en donner un Extrait , l'ayant dé-
ja donné dans le Mercure de Septembre
1727. p. 2076.
de l'Opera la premiere Representation du
Triomphe de l'Harmonie Ballet Héroïque,
par Mrs L. et Grenet.
L'Auteur du Poëme a prétendu justifier
le choix de son Sujet dans une
Préface ; quelques Critiques , peut être
un peu trop séveres , ne sont pas con-
I, Vol.
venus
186 MERCURE DE FRANCE
venus de la bonté de ce choix. Les pre-
miers traits de la mauvaise humeur qu'u
ne nouveauté ne manque presque jamais
de mettre en jeu , sont tombés sur le Mu-
sicien , qui osoit apeller son Ouvrage
d'un Titre si présomptueux ; Critique
injuste , puisque c'étoit aux Chants d'Or-
phie et d'An phion , en non aux siens ,
que l'Auteur de cette Musique préten-
doit décerner l'honneur du Triomphe.
Revenons à la Préface par laquelle le
Poëte a prétendu élever son Sujet au-
dessus de la plupart des autres. Elle a
revolté bien des gens , même de ceux
qui n'avoient pas à défendre leur inte-
rêt personnel . Voici ce qui en est venu
à notre connoissance ; on a trouvé mau-
vais qu'un Auteur naissant ait osé dé-
crier le Théatre Lyrique , jusqu'à dire
sans restricton ; il n'est point fait pourla
vraisemblance ; et que , pour achever de
dégrader nos plus beaux Operas , qu'on
ne daigne pas apeller Poëmes , et aux-
quels on donne seulement le nom de
Paroles ; ce n'est pas à ce genre de Poë-
sie Dramatique qu'il faut apliquer le
precepte d'Horace :
Ficta voluptatis causâ sint proxima veris,
Cependant quels Ouvrages peuvent
1. Vol.
à plus
JUIN.
1737.
1187
à plus juste titre , être apellés : Ficta vo-
luptatis causâ , que les Operas tant an-
ciens que modernes ? Cette raison n'au-
roit elle pas dû suffire à ....... pour ne
leur pas refuser la vraisemblance , si né-
cessaire à tout Poëme Dramatique ? mais.
le sujet qu'il avoit à traiter en étoit si
peu susceptible , qu'il n'a pas cru pou-
voir autrementjustifier la prétendue bon-
té de son choix. En effet dans son Am-
phion , a -t-on dir , y a- t il seulement
une ombre de vraisemblance . On est
convenu sur le Théatre Lyrique , d'ac-
corder un pouvoir sans bornes à la Di-
vinité et à la Magie ; mais ce privilege
ne s'est jamais étendu jusqu'à l'Harmo-
nie ; on lui accorde une pleine victoire
sur tout ce qui est capable de sentiment,
mais on ne sçauroit porter la crédulité
jusqu'à convenir qu'elle puisse exercer
un souverain empire sur des Etres inani-
més , tels que les Pierres , les Rochers
et les Montagnes ; l'Auteur même de
ce Ballet convient qu'on ne doit pas
prendre à la lettre tout ce que les Poë-
tes ont dit pour relever la gloire de
l'Harmonie ; voici comme il s'explique
dans sa Préface. Fabius Paulinus , enpar-
lant de la Fable d' Amphion , s'est imagine
qu'on pouvoit bien la prendre à la lettre, et
1. Vol.
G
Pexpliquer
1188 MERCURE DE FRANCE
l'expliquer physiquement par les principes
des Platoniciens : il en fit l'essai , et prou-
va son raisonnement par sept raisons qu'il
croyoit bien convainquantes. Quel exemple
de la foiblesse et de l'extravagance du rai-
sonnement humain !
Il est surprenant , continë- t on , que
l'Auteur du Poëme en question , étant
dans ces principes , ose se vanter d'avoir
fait un bon choix.
Voilà ce qui nous est revenu des di
verses Critiques qu'on a faites sur le Bal-
let du Triomphe de l'Harmonie : comme
on a beaucoup moins critiqué l'Ouvrage
que la Préface , et que d'ailleurs il n'est
pas trop chargé d'action , nous n'en
donnerons qu'un Extrait des plus suc-
cincts.
Le Théatre represente au Prologue
une Campagne couverte de Trophées ,
de Pyramides , et d'Arcs de Triomphe.
La Paix descend du Ciel au bruit des
Timballes et des Trompettes.
Choeur de Peuples.
La Paix vient combler nos desirs ;
Quel bonheur pour nous ! quelle gloire
Elle ramene les plaisirs
Sur les aîles de la Victoire.
La Paix , après avoir fait entendre
1. Vol.
qu'ell
JUIN.
1737.
1189
qu'u'elle vient regner sur la terre , invite
l'Amour et l'Harmonie à descendre des
Cieux , par ces Vers :
Enfans de mes loisirs , acconrez l'un et l'autre ;
Et par mes sons j'inspire tour
;
Mere des doux accords, Dieu souverain des cœurs,
Rendez à ces Climats vos plaisirs enchanteurs &
Ces Lieux sont faits pour vous; mon Empire est
le vôtre.
L'Amour et l'Harmonie descendent
des Cieux dans un Nuage. Les Peuples
célebrent leur venuë par ces Vers :
Charmant Amour , & Divine Harmonie ,
Regnez sur nous ;
Vous faites de la vie
Les momeus les plus doux.
1
L'Harmonie exprime ainsi ses divers
caracteres :
Ma voix de la Nature est l'image naïve ,
Toujours touchante , toujours vive;
Je peins du cœur les secrets sentimens ,
Le trouble , les soupirs , les transports dos
Amans ;
Tremblante , furieuse , attendrie , inflexible ,.
J'épouvante un Ingrat , je touche un Insensible,
La crainte , la pitié , la terreur et l'amour.
Les Suivans de l'Amour et de l'Har-
1.Vol
Gij
à tour ,
monie
1190 MERCURE DE FRANCE
monie forment la Fête de ce Prologue.
ORPHE'E. Premiere Entrée.
Le Théatre represente les Enfers. Le
Dieu du Styx paroît panché sur son
Urne ; on voit dans le fond l'Antre où
Cerbere est enchaîné ; Pluton au milieu
des trois Juges Infernaux , occupe un
Thrône sur un des côtés du Théatre.
Pluton invite les Démons et les Furies
à tourmenter les Ombres criminelles ; il
leur parle ainsi :
Des Manes criminels redoublez les tourmens ;
Remplissez les Enfers d'une terreur nouvelle ;
Que ces Monstres cruels , que ces feux dévorans
Servent du Dieu des Morts la vengeance éter-
nelle !
Les Démons et les Furies témoignent
leur empressement à exécuter les ordres
de Pluton. On entend une douce Sym-
phonie ; on voit paroître Orphée. Plus
ton est aussi irrité que supris de voir un
Mortel descendre dans son Empire avant
que les Parques ayent terminé son sort.
La Symphonie mélodieuse continuë , et
empêche les Démons et les Furies de pu-
nir Orphée de sa témerité ; Pluton mê-
me en est attendri ; Orphée aproche , et
s'exprime ainsi en parlant à Pluton.
I. Vel
Arbit
JUIN.
17:7
Arbitre redouté des vertus et des crimes ,
frgi
Aprouvez d'un Amant les transports légitimes
Pour apaiser le Sort qui me poursuit
Jose porter mes pas sur les rivages sombres ;
C'est l'Amour qui me guide , et ses feux m'ont
conduit
Dans l'éternelle horreut du silence et des om
bres ;
Mon cœur , sans en être effrayé ,
Découvre à vos regards son projet témeraire ;
Je ne crains point d'armer votre colere ,
Si je ne puis toucher votre pitié.
Pluton ne montre d'abord que de la
colere a Orphée , mais desarmé , malgré
lui , par la douceur de ses sons , il dit :
Mais , quand je devrois le punir,
Quelle invisible main semble me retenir ?
Quel charme séduisant me force de l'entendre !
Acheve ; qu'oses-tu prétendre ?
Orphée lui expose la rigueur de son
sort ; la mort lui a arraché Euridice au
moment que l'Hymen venoit de l'unir
avec elle ; il aperçoit Euridice parmi
d'autres Ombres ; ils s'entretiennent en
presence de Pluton , qui dit dans un à
parte :
Que devient ma fureur ! Quoi la pitié l'en-
chaîne.
1. Vol.
G iij
Orphée
1192 MERCURE DE FRANCE
Orphée , s'adressant enfin à Pluton
lui dit :
Punissez mon audace , ou termincz ma peine ;
Dieu des Enfers , unissez- nous ;
Rendez-moi l'objet qui m'enchaîne.;
L'Amour forma nos cœurs pour ses nœuds les
plus doux ;
Si vous nous unissez , il a moins fait que vous.
Euridice joint sa voix à celle d'Or-
phée ; Pluton se rend à la douceur de
leurs accords harmonieux , et dit à Or-
phée :
>
A tes desirs tout est propice ;
Tes accords enchanteurs ont triomphé de moi;
Le sort se declare pour toi ,
Et du sein de la mort il te rend Euridice.
Pluton se retire. Le Théatre change ;
et represente les Champs Elisées ; les
Ombres heureuses célebrent par leurs
chants et par leurs danses la victoire
que l'Harmonie vient de remporter sur
le cœur du Maître des Enfers.
HYLAS. Deuxième Entrée.
Le Théatre represente une Campagne
ornée de Jardins et de Bosquets , cou-
pés par un Fleuve. Eglé , Divinité du
Fleuve , sur le bord duquel la Scene se
1. Vol.
passe
JUIN.
1737.
fait l'exposition du Sujet.
1193
passe , commence cette Entrée avec Do
ris , sa Confidente. Voici comment elle
Enfin voici le jour , où je pourai connoître
Du jeune Hylas les sentimens secrets ;
Je cherche mon malheur , je l'avance peut-être;
Doris, j'ai trop compté sur mes foibles attraits
Il me vit un moment sous ce feuillage épais :
J'évitai ses regards , je rentrai sous les ondes
Cependant ses soupirs font retentir ces Bois ,
Et dans le sein de nos Grotes profondes
L'Echo vient me porter sa voix.
Doris rassure Eglé contre la défianc.
où elle est du pouvoir de ses charmes.
Eglé fait entendre ce que son amour lui
a fait projeter pour s'assurer du cœur
d'Hylas , elle s'explique ainsi :
Hylas se plaît dans ces forêts ;
Tu sçais ce que mon cœur médite ,
Rentrons malgré moi je l'évite.
Que nos tendres accords secondent mes projets.
Hylas , séparé d'une Troupe de Chas-
seurs , expose à son tour ce qu'il a senti
à l'aspect d'une Nymphe dont la voix a
achevé de triompher de sa liberté ; il
ignore le nom de cette aimable Nymphe.
Il entend un Choeur de Nayades , et une
1. Vol.
Giiij
Sympho ,
194 MERCURE DE FRANCE
Symphonie dont la douceur l'invite à
goûter le charme du repos ; il se couche
sur un lit de gazon , les Zephirs l'enle-
vent , et se précipitent avec lui dans le
Fleave. Le Théatre change , et represen-
te le Palais des Nymphes des Eaux , dans
lequel Hylas vient d'être transporté ;
ane Troupe de Nayades danse autour,
de lui ; elles disparoissent à son réveil ;
it exprime une partie de ce qui s'est pas-
sé pendant son sommeil, par ces Vers :
Od suis-je ? Quels Concerts ! Erreur enchante-
resse !
J'aperçois l'objet de mes feux ;
L'éclat de ce séjour m'annonce une Déesse ;
Infortuné Mortel , où s'adressent tes vœux ?
Eglé,dont Hylas ignore et le nom et le
rang , lui annonce que la Souveraine de
ces lieux l'aime ; mais qu'elle ne veut pas
le contraindre , et que s'il n'est pas por-
té à répondre à son amour , les Zephirs
le transporteront où il voudra ; Hylas
consent à partir plûtôt que de renoncer
à un amour secret qu'il préfere aux offres
les plus brillantes. Voici comme il s'ex-
prime :
Que mon trouble est extréme !
En quittant ces beaux lieux , helas !
I. Vol.
Je
JUIN.
1737
Je fuis ce que je n'aime pas ;
Mais je m'arrache à ce que j'aime.
1195
Eglé , l'ayant pressé de s'expliquer ,
et cette explication étant telle qu'elle la
souhaite,elle se fait connoître à lui, et lui
offre sa main ; les Nayades célébrent cet
Hymen , et forment une Fête des plus
brillantes.
AMPHIO N. Troisiéme Entrée.
Le Théatre represente des Forêts, des
Cavernes , des Rochers ; un Camp de
Sauvages y est formé devant la Ville de
Thebes , qui paroît dans le fond à demi
ruinée. Niobe, Fille de Tantale, Roy d'un
Peuple Sauvage , commence cette der-
niere Entrée au Lever de l'Aurore ; elle
se plaint de ce que le jour qui va renaî--
tre sera le dernier d'Amphion qu'elle
aime.
Amphion vient pour chercher Niobe,
qu'il aime. Cette Princesse , après des re-
grets reciproques , lui fait connoître son
amour. Elle le quitte après un avey si
satisfaisant pour lui , et le prie de se dé-
rober à la colere de son Pere , dont elle
desavoue la cruauté. Amphion , charmé
de l'aveu qu'il vient d'entendre , fait un
Monologue dont la Musique et les Vers
I.Vol
Gy sont
1196 MERCURE DE FRANCE
sont généralement aplaudis. Voici quel-
ques-uns des Vers.
Niobe répond à ma flamme ;
Je goûte un sort digne des Dieux
Naissez des transports de mon ame
"
Naissez , Accords harmonieux , &c.
Formez-vous , Murs Thébains, naissez , fameux
Remparts ,
Nouveaux témoins de ma victoire ;
Aux Stécles à venir transmettez ma mémoires
D'un Ennemi barbare effrayez les regards.
Les vœux et l'espoir d'Amphion sont
comblés ; les Remparts de Thebes s'éle-
vent aux accents de sa Voix et de sa Ly-
re. Tantale en est si étonné qu'il vient
offrir la paix à un Roy qui semble com
mander à la Nature ; instruit de son
amour pour sa Fille ,
il consent que
Hymen soit le nœud de la paix ; les Sau-
vages et les Thébains se réunissent pour
célébrer cette heureuse Fête.
Ce Ballet a été très-bien reçû du Pu-
blic ; les suffrages ont paru plus réunis
en faveur de la Musique. On convient
pourtant que le Poëme est très- bien écrit,
on y auroit souhaité un peu plus d'inte-
rt ; mais il est très difficile d'en mettre
beaucoup dans un Ballet ; ce genre de
I. Vel
leur
Piece
pour
JUIN.
1737
1197
Piece semble plûtôt fait pour l'esprit que
le cœur , et d'ailleurs , les Danses
en occupent les deux tiers. Des trois En-
trées , la seconde a paru la plus inte
ressante du côté du Poëte , quoiqu'on
l'ait trouvée la moins convenable au Ti-
tre; la derniere a paru faire le plus d'hon-
neur au Musicien , et on peut
et on peut dire que
l'Harmonie y a été veritablement triom-
plante.
Le 16. Juin on donna la dix- septiéme
Representation de ce Ballet , et le 13.
on remit au Théatre celui des Amours
des Dieux, composé d'un Prologue et de
quatre Entrées , qu'on avoit donné pour
la premiere fois le 14. Septembre 1727.
et que le Public avoit reçû avec satisfac-
tion. Le Poëme est de M. Fuzelier , et la
Musique de M. Mouret. Cet Opera ,
qui est parfaitement bien remis , a été
reçû avec les mêmes aplaudissemens que
dans sa nouveauté ; nous nous dispen-
sons d'en donner un Extrait , l'ayant dé-
ja donné dans le Mercure de Septembre
1727. p. 2076.
Fermer
7381
p. 1198-1199
TURQUIE.
Début :
Les Lettres de Constantinople, du commencement d'Avril, portent que les difficultés survenuës [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TURQUIE.
TURQUIE.
Les Lettres de Constantinople, du commencement
d'Avril, portent que les difficultés survenuës
au sujet du lieu du Congrès,ayant été levées,
et que la Czarine qui avoit parû d'abord vouloir ·
exiger qu'il s'assemblât dans une Ville de ses Etats
ou sur les Terres d'une Puissance neutre , ayant
consenti enfin que les Conférences se tinssent à
Kudack , le Grand Seigneur a ordonné que le
Grand. Defterdar et les deux autres Ministres
Plénipotentiaires , chargés par sa Hautesse de
regler avec ceux de S. M. Cz . les conditions de
I. Paix, partissent de Constantinople le 15. Avril.
dernier.
Sa Hautesse a envoyé au Grand Visir les ins-
tructions qui lui sont nécessaires pour conduire
la négociation , et elle lui a mandé de se rendre-
Isaliska aussi- tôt après l'ouverture du Con-
grès , afin d'être à portée de diriger les démar-
ches des Ministres Plénipotentiaires de la Porte ,
at de lever les obstacles qui pouroient retarder
le succès des Conférences .
L'Ambassadeur de la République de Hollande,
lequel étoit resté à . Constantinople en attendant.
ie le Grand Seigneur prêt ses dernieres résolu-
ons par raport au projet d'accommodement
Doposé par l'Empereur, est allé joindre le G.V.
Babadagh.d'où il doit se rendre à Kudack,ainsi
que M. Dahlman , Ambassadeur et Ministre Plé-
1. Vols.
nipoten.
JUIN.
1737.
1199
nipotentiaire de l'Empereur,et lo Chevalier Faul-
kener , Ministre Plénipotentiaire du Roy de la
Grande- Bretagne , dès que les autres Ministres
qui doivent assister au Congrès, y seront arrivés.
Le départ de cet Ambassadeur et l'ordre don-
né
par le Grand Seigneur à ses Ministres Pléni-
potentiaires , ne laissent plus lieu de douter que
Sa Hautesse ne soit disposée à entrer en négo-
ciation avec la Czarine , et l'on assure que l'ou-
verture du Congrès se fera , quand même les
deux Puissances ne pouroient convenir d'aucune
condition préliminaire d'accommodement. On
craint cependant que malgré les dispositions du
Grand Seigneur à la Paix , elle ne soit difficile
à conclure , parce que la Czarine persiste dans le
dessein de ne point restituer Azoph,et que S.H.cn
cedant cette Place , court risque d'exciter le mé-
contentement de ses Sujets , et par cette raison
la Porte continue ses préparatifs de guerre avec
la même ardeur que si elle n'esperoit pas de pou-
voir terminer ses differens avec S. M. Cz.
Toutes les Troupes qui étoient en quartiers
dans la Natolie et dans d'autres Provinces d'A-
sie , sont en marche pour aller renforcer l'Ar-
mée commandée par le Grand Visir , et l'on
comptoit qu'elles arriveroient à Bender vers la
fin du mois passé. La Flore destinée pour la Mer.
Noire est composée de 200. Bâtimens , en y
comprenant six Caravelles et quinze Galeres.
Les Lettres de Constantinople, du commencement
d'Avril, portent que les difficultés survenuës
au sujet du lieu du Congrès,ayant été levées,
et que la Czarine qui avoit parû d'abord vouloir ·
exiger qu'il s'assemblât dans une Ville de ses Etats
ou sur les Terres d'une Puissance neutre , ayant
consenti enfin que les Conférences se tinssent à
Kudack , le Grand Seigneur a ordonné que le
Grand. Defterdar et les deux autres Ministres
Plénipotentiaires , chargés par sa Hautesse de
regler avec ceux de S. M. Cz . les conditions de
I. Paix, partissent de Constantinople le 15. Avril.
dernier.
Sa Hautesse a envoyé au Grand Visir les ins-
tructions qui lui sont nécessaires pour conduire
la négociation , et elle lui a mandé de se rendre-
Isaliska aussi- tôt après l'ouverture du Con-
grès , afin d'être à portée de diriger les démar-
ches des Ministres Plénipotentiaires de la Porte ,
at de lever les obstacles qui pouroient retarder
le succès des Conférences .
L'Ambassadeur de la République de Hollande,
lequel étoit resté à . Constantinople en attendant.
ie le Grand Seigneur prêt ses dernieres résolu-
ons par raport au projet d'accommodement
Doposé par l'Empereur, est allé joindre le G.V.
Babadagh.d'où il doit se rendre à Kudack,ainsi
que M. Dahlman , Ambassadeur et Ministre Plé-
1. Vols.
nipoten.
JUIN.
1737.
1199
nipotentiaire de l'Empereur,et lo Chevalier Faul-
kener , Ministre Plénipotentiaire du Roy de la
Grande- Bretagne , dès que les autres Ministres
qui doivent assister au Congrès, y seront arrivés.
Le départ de cet Ambassadeur et l'ordre don-
né
par le Grand Seigneur à ses Ministres Pléni-
potentiaires , ne laissent plus lieu de douter que
Sa Hautesse ne soit disposée à entrer en négo-
ciation avec la Czarine , et l'on assure que l'ou-
verture du Congrès se fera , quand même les
deux Puissances ne pouroient convenir d'aucune
condition préliminaire d'accommodement. On
craint cependant que malgré les dispositions du
Grand Seigneur à la Paix , elle ne soit difficile
à conclure , parce que la Czarine persiste dans le
dessein de ne point restituer Azoph,et que S.H.cn
cedant cette Place , court risque d'exciter le mé-
contentement de ses Sujets , et par cette raison
la Porte continue ses préparatifs de guerre avec
la même ardeur que si elle n'esperoit pas de pou-
voir terminer ses differens avec S. M. Cz.
Toutes les Troupes qui étoient en quartiers
dans la Natolie et dans d'autres Provinces d'A-
sie , sont en marche pour aller renforcer l'Ar-
mée commandée par le Grand Visir , et l'on
comptoit qu'elles arriveroient à Bender vers la
fin du mois passé. La Flore destinée pour la Mer.
Noire est composée de 200. Bâtimens , en y
comprenant six Caravelles et quinze Galeres.
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7382
p. 1199-1201
A Constantinople le 26. Mars 1737.
Début :
Les Ministres de Suede eurent le 16. Février une Audience du Kaïmakan, et le [...]
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texteReconnaissance textuelle : A Constantinople le 26. Mars 1737.
A Constantinople le 26. Mars 1737.
Les Ministres de Suede eurent le 16. Février
une Audience du Kaïmakan, et le
3
to
>
de ce mois ils furent admis à celle du Grand
Seigneur ; ils firent dans ces Audiences l'échan--
In Fols
gc.
1200 MERCURE DE FRANCE
ge du Traité de Commerce qu'ils ont conclu
entre la Porte et la Suede ; ces mêmes Ministres
eurent encore le 17. de ce mois une Audience
du Kaïmakan.
M. Faulkener , Ambassadeur d'Angleterre ,
partit d'ici le 26. Février pour se rendre au Camp
du Grand- Visir , il avoit cû le 21. une Audience
de congé du Kaïmakan.
M. Kaikoën , Ambassadeur de Hollande , cut
aussi le premier Mars son Audience de congé
du Kaimakan , et le f. celle du Grand Seigneurs
il fut revétu à celle du Kaimakan , d'une Pé-
lisse d'hermine , et à celle du Grand Seigneur ,
d'une Pélisse de Samour ; cet Ambassadeur par-
tit le 18. de ce mois pour Babadagh.
Le Marquis de Villeneuve , Ambassadeur de
France,eut le 11. Mars une Audience du Kaïma→
kan , dans un Palais situé dans le Canal de la
Mer Noire.
Le quatorze et le quinze on fit une déchar
ge de Canon du Serrail , de Top- Hana , & c. en
réjouissance des avantages remportés par les Taɛ-
tares en Ukraine ; voici comme on raconte cet
Evenement. On dit que le Kan des Tartares étant
entré à la tête d'une nombreuse armée dans le
Pays des Cosaques Berabach , dans l'intention
de piller et saccager les Peuples qui sont le
long des Rivieres Erighil , Holtova et Michali➡
ka , qui se jettent dans le Borysthene , les Trou
pes de la Garnison de Preposna , et celles qui
étoient en quartier d'hyver aux environs , sous
le commandement du General Lessin , le même
qui prit et démolit Kilbournou l'année derniere,
vinrent à la rencontre des Tartares en ordre de
bataille et avec de l'Artillerie , qu'il y eut une
action fort vive et fort sanglante, dans laquelle
I. Vol.
L
JUIN.
1737.
T201
le General Moscovite , à la tête de son Armée
2
donna de grandes marques de valeur et d'ha-
bileté , jusqu'à- ce qu'il fut tué par un Tartare
et sa tête portée au Kan , après quoi ce ne fut
plus qu'une déroute generale parmi ses Troupes,
qui furent toutes taillées en pieces ou faites Es-
claves ; les Tartares se sont rendus maîtres de 18
gros Canons et de toutes les munitions de guer-
re et de bouche. On fait monter le Corps de
Troupes Moscovites et Cosaques qui a été battu,
à 18. mille hommes , le nombre des Esclaves ,
parmi lesquels se trouve le fils du General Lessin,
est très-considérable ; on assure aussi que les
Tartares ont enlevé 100 mille Moutons et 125
mille Chevaux ou Bœufs.
L'Ambassadeur de Perse Baky Kan , qui par-
tit d'ici le 24. Novembre est arrivé à Bagdad ;
son Kiaya qui retourne à Constantinople avec les
présens que Thamas Kouli-Kan envoye au Grand
Segneur , est déja en-deçà de Tokat.
Le Capitan- Pacha doit partir après demain
pour la Mer Noire aves 4. Caravelles , 14. Ga◄
keres et zoo. Galiotes ou Brigantins.
Les Ministres de Suede eurent le 16. Février
une Audience du Kaïmakan, et le
3
to
>
de ce mois ils furent admis à celle du Grand
Seigneur ; ils firent dans ces Audiences l'échan--
In Fols
gc.
1200 MERCURE DE FRANCE
ge du Traité de Commerce qu'ils ont conclu
entre la Porte et la Suede ; ces mêmes Ministres
eurent encore le 17. de ce mois une Audience
du Kaïmakan.
M. Faulkener , Ambassadeur d'Angleterre ,
partit d'ici le 26. Février pour se rendre au Camp
du Grand- Visir , il avoit cû le 21. une Audience
de congé du Kaïmakan.
M. Kaikoën , Ambassadeur de Hollande , cut
aussi le premier Mars son Audience de congé
du Kaimakan , et le f. celle du Grand Seigneurs
il fut revétu à celle du Kaimakan , d'une Pé-
lisse d'hermine , et à celle du Grand Seigneur ,
d'une Pélisse de Samour ; cet Ambassadeur par-
tit le 18. de ce mois pour Babadagh.
Le Marquis de Villeneuve , Ambassadeur de
France,eut le 11. Mars une Audience du Kaïma→
kan , dans un Palais situé dans le Canal de la
Mer Noire.
Le quatorze et le quinze on fit une déchar
ge de Canon du Serrail , de Top- Hana , & c. en
réjouissance des avantages remportés par les Taɛ-
tares en Ukraine ; voici comme on raconte cet
Evenement. On dit que le Kan des Tartares étant
entré à la tête d'une nombreuse armée dans le
Pays des Cosaques Berabach , dans l'intention
de piller et saccager les Peuples qui sont le
long des Rivieres Erighil , Holtova et Michali➡
ka , qui se jettent dans le Borysthene , les Trou
pes de la Garnison de Preposna , et celles qui
étoient en quartier d'hyver aux environs , sous
le commandement du General Lessin , le même
qui prit et démolit Kilbournou l'année derniere,
vinrent à la rencontre des Tartares en ordre de
bataille et avec de l'Artillerie , qu'il y eut une
action fort vive et fort sanglante, dans laquelle
I. Vol.
L
JUIN.
1737.
T201
le General Moscovite , à la tête de son Armée
2
donna de grandes marques de valeur et d'ha-
bileté , jusqu'à- ce qu'il fut tué par un Tartare
et sa tête portée au Kan , après quoi ce ne fut
plus qu'une déroute generale parmi ses Troupes,
qui furent toutes taillées en pieces ou faites Es-
claves ; les Tartares se sont rendus maîtres de 18
gros Canons et de toutes les munitions de guer-
re et de bouche. On fait monter le Corps de
Troupes Moscovites et Cosaques qui a été battu,
à 18. mille hommes , le nombre des Esclaves ,
parmi lesquels se trouve le fils du General Lessin,
est très-considérable ; on assure aussi que les
Tartares ont enlevé 100 mille Moutons et 125
mille Chevaux ou Bœufs.
L'Ambassadeur de Perse Baky Kan , qui par-
tit d'ici le 24. Novembre est arrivé à Bagdad ;
son Kiaya qui retourne à Constantinople avec les
présens que Thamas Kouli-Kan envoye au Grand
Segneur , est déja en-deçà de Tokat.
Le Capitan- Pacha doit partir après demain
pour la Mer Noire aves 4. Caravelles , 14. Ga◄
keres et zoo. Galiotes ou Brigantins.
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7383
p. 1201-1202
RUSSIE.
Début :
Le Baron de Schaffirof et M. de Népi[?]f, Ministres Plénipotentiaires, nommés pour [...]
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texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
Le Baron de Schaffirof et M. de Népi[?]f,
Ministres Plénipotentiaires, nommés pour
assister au Congrès , sont partis pour Kudack ,
et la Czarine leur a fait délivrer 30 mille Rou-
bles à compte des dépenses qu'ils seront obligés
de faire , mais le Comte Wolinski , Grand-Ve-
neur,qui leur a été donné pourColiegue , ne devoit
se mettre en chemin pour s'y rendre , que quel-
ques jours après la célebration de l'Anniversaire
de la Naissance de S. M. Cz. Le bruit court que
I. l'el
la
T202 MERCURE DE FRANCE
la Czarine a chargé ses Ministres Plénipotentiai-
res de demander que le Congrès s'assemblat à
Bialacerkiew.
Le 30. du mois d'Avril dernier il arriva à Pé-
tersbourg un Courier par lequel le Comte de
Munich a envoyé à S. M. Cz. le projet d'une
Expedition qu'il médite.
Le General Lesci a mandé à la Czarine qu'il
avoit mis à la voile le 12. du même mois avec
la Flotte , dans le dessein d'aller s'emparer de
l'Isle de Tamerow , dont la conquête peut faci-
liter celle de la Crimée. Les dépêches de ce Ge-
neral portent que les fortifications de la Ville
d'Asoph , qui avoient été considérablement en-
dommagées par les bombes , étoient entierement
réparées , et que cette Place étoit à présent en
état de soutenir un long Siege.
Ce General ajoûte dans sa Lettre que la Flotte
Moscovite étoit composée de 160. Bâtimens ,
sans y comprendre les nouvelles Galiotes,et queles
Equipages de deux Frégates, qu'il avoit envoyées
à la découverte , avoient raporté que quelques
Bâtimens Turcs , qu'ils avoient rencontrés sur
les Côtes de la Crimée , s'étoient retirés à leur
aproche.
Le Baron de Schaffirof et M. de Népi[?]f,
Ministres Plénipotentiaires, nommés pour
assister au Congrès , sont partis pour Kudack ,
et la Czarine leur a fait délivrer 30 mille Rou-
bles à compte des dépenses qu'ils seront obligés
de faire , mais le Comte Wolinski , Grand-Ve-
neur,qui leur a été donné pourColiegue , ne devoit
se mettre en chemin pour s'y rendre , que quel-
ques jours après la célebration de l'Anniversaire
de la Naissance de S. M. Cz. Le bruit court que
I. l'el
la
T202 MERCURE DE FRANCE
la Czarine a chargé ses Ministres Plénipotentiai-
res de demander que le Congrès s'assemblat à
Bialacerkiew.
Le 30. du mois d'Avril dernier il arriva à Pé-
tersbourg un Courier par lequel le Comte de
Munich a envoyé à S. M. Cz. le projet d'une
Expedition qu'il médite.
Le General Lesci a mandé à la Czarine qu'il
avoit mis à la voile le 12. du même mois avec
la Flotte , dans le dessein d'aller s'emparer de
l'Isle de Tamerow , dont la conquête peut faci-
liter celle de la Crimée. Les dépêches de ce Ge-
neral portent que les fortifications de la Ville
d'Asoph , qui avoient été considérablement en-
dommagées par les bombes , étoient entierement
réparées , et que cette Place étoit à présent en
état de soutenir un long Siege.
Ce General ajoûte dans sa Lettre que la Flotte
Moscovite étoit composée de 160. Bâtimens ,
sans y comprendre les nouvelles Galiotes,et queles
Equipages de deux Frégates, qu'il avoit envoyées
à la découverte , avoient raporté que quelques
Bâtimens Turcs , qu'ils avoient rencontrés sur
les Côtes de la Crimée , s'étoient retirés à leur
aproche.
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7384
p. 1202-1203
ALLEMAGNE.
Début :
Quoique tout se dispose à l'ouverture du Congrès qui doit se tenir à Kudack, et que [...]
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texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
Quoique tout se dispose à l'ouverture du
Congrès qui doit se tenir à Kudack, et que
l'Empereur persiste dans la résolution d'y en-
voyer ses Ministres Plénipotentiaires , S. M. I.
paroît déterminée à commencer incessamment
les Actes d'Hostilité contre les Turcs , et on pu-
bliera le Manifeste par lequel l'Empereur déclare
la guerre au Grand Seigneur , aussi-tôr après le
retour du Courier qu'on a dépêché à Péters-
I. Vol.
bourg,
JUIN.
17378
7203
Sourg , pour le communiquer à la Czarine.
M. du Theil , Ministre Pléipotentiaire du Roy
de France , partit le 22. du mois passé de Vienne
pour retourner à Paris.
L'Empereur lui a fait présent de son Portrait
enrichi de diamans , et S. M. I, a déclaré qu'elle
avoit nommé son Ambassadeur auprès de S. M.
T. C. le Prince de Lichtenstein , à qui elle a con-
feré en même-temps l'Ordre de la Toison d'or.
Le 30. May l'Empereur déclara le Duc de
Lorraine Generalissime de ses Troupes , et ce
Prince devoit partir quelques jours après pour
se mettre à leur tête. S. M. I. lui a fait présent
e la magnifique Tente du Grand Visir qui com-
mandoit l'Armée Ottomane à la Bataille que les
Turcs perdirent en 1716.près de Peter -Waradin
Quoique tout se dispose à l'ouverture du
Congrès qui doit se tenir à Kudack, et que
l'Empereur persiste dans la résolution d'y en-
voyer ses Ministres Plénipotentiaires , S. M. I.
paroît déterminée à commencer incessamment
les Actes d'Hostilité contre les Turcs , et on pu-
bliera le Manifeste par lequel l'Empereur déclare
la guerre au Grand Seigneur , aussi-tôr après le
retour du Courier qu'on a dépêché à Péters-
I. Vol.
bourg,
JUIN.
17378
7203
Sourg , pour le communiquer à la Czarine.
M. du Theil , Ministre Pléipotentiaire du Roy
de France , partit le 22. du mois passé de Vienne
pour retourner à Paris.
L'Empereur lui a fait présent de son Portrait
enrichi de diamans , et S. M. I, a déclaré qu'elle
avoit nommé son Ambassadeur auprès de S. M.
T. C. le Prince de Lichtenstein , à qui elle a con-
feré en même-temps l'Ordre de la Toison d'or.
Le 30. May l'Empereur déclara le Duc de
Lorraine Generalissime de ses Troupes , et ce
Prince devoit partir quelques jours après pour
se mettre à leur tête. S. M. I. lui a fait présent
e la magnifique Tente du Grand Visir qui com-
mandoit l'Armée Ottomane à la Bataille que les
Turcs perdirent en 1716.près de Peter -Waradin
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7385
p. 1203-1208
ITALIE.
Début :
Le 5 du mois dernier, jour que le Pape avoit marqué pour la prise de possession de la dignité [...]
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texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
Le 5 du mois dernier, jour que le Pape avoit
marqué pour la prise de possession de la dignité
de Sénateur de Rome par le Comte de
Bielk , ce Comte revétu de son habit de Sénateur
qui consiste en une Soutane de Satin cramoisi
et une longue Robe de Brocard d'or , et accom-
pagné de M. Capograssi , son Maître de Cham-
bre , se rendit du Capitole au Palais du Quiri
nal dans un Carosse attelé de six chevaux et
suivi de deux autres Carosses. Ayant été reçu
avec les ceremonies accoûtumées par M. Lazare
Palavicini , Archevêque de Thebes , Maître de
Chambre de Sa Sainteté , il fut introduit dans la
chambre du Pape par Mrs Jean- Baptiste Gam-
barucci , Archevêque d'Amasie , et Ignace Reali ,
premiers Maîtres des Ceremonies ; et après qu'il
cut fait trois génuflexions et baisé les pieds de Sa
I. Vol.
Sainteté
1204 MERCURE DE FRANCE
Sainteté , il prêta le Serment de fidelité. Le Pape
mit ensuite un Sceptre d'yvoire entre les mains
du nouveau Sénateur en disant , Accipe Sceptrum
et esto Senator Urbis.
Le Comte de Bielk reçut la Benediction de Sa
Sainteté, et il se retira , étant reconduit par le
Maître de Chambre. Lorsqu'il fut dans la Cour
du Palais , le Marquis François Ortieri , Grand-
Ecuyer du Pape , lui présenta de la part de Sa
Sainte
un très- beau Cheval blanc , couvert
d'une Housse de velours cramoisi , relevée d'une
riche broderie d'or , avec les étriers d'argent
sur lequel le nouveau Sénateur monta pour
aller
à la Place Barberine , où l'attendoit sous les ar
mes la Milice Bourgeoise , composée de quator-
ze Compagnies chacune de quarante
hom-
mes , et d'où il continua sa marche dans l'ordre
suivant : Le Barigel du Capitole à cheval , à la
tête de ses Sbirres ; M. Felix Gama , Capitaine
des Connétables et des Milices des quartiers de
la Ville, suivi de deux Pages , qui portoient dea
Ecussons aux Armes du Comte de Bielk ; les 14.
Compagnies de la Milice Bourgeoise , précedées
chacune de ses Tambours et de son Enseigne , et
entre les sept premieres Compagnies et les sept
dernieres M. Antoine Gai portant l'Etendart du
Peuple Romain ; le Maître d'Hôtel et l'Ecuyer
du Sénateur ; vingt Mules avec des couvertures
à ses Armes et dix Chevaux de selle avec de ma-
gnifiques Housses , conduits chacun par un Pal-
frenier , portant sur sa Casaque et à son bonnes
les Armes de Bielk ; la Compagnie des Chevau
Legers de la Garde du Pape. Les Palfreniers des
Cardinaux , montés sur des Mules et portant les
chapeaux de leurs Maîtres attachés sur leurs
épaules ; les 14. Huissiers des Tribunaux Capi
I. Vol.
tolins ;
JUI N.
I. Val.
1737.
1205
tolins ; un grand nombre de Gentilshommes des
Cardinaux ; quatre tambours de la Livrée du
Peuple Romain , laquelle est d'écarlate avec des
galons d'or , et quatre Trompettes à cheval avec
la même Livrée. Ils étoient suivis par deux Pa-
ges , dont l'un portoit la Cornette du Peuple
Romain , et l'autre un Etendart aux Armes de
Bielk. Derriere eux marchoient les Caporioni ou
Chefs des Quartiers, précedés de deux Tambours
aux Livrées du Peuple Romain ; les Suisses de la
Garde du Pape , ayant à leur tête le Chevalier
Jean- François- Leopold Phiffer d'Althissoffen ,
Chevalier de l'Ordre de S. Jean de Jerusalem ,
leur Commandant ; deux Pages , dont celui qui
étoit à droite portoit l'épée haute , et celui qui
étoit à gauche avoit sur ses épaules le Chapeau
du Sénateur , couvert de Brocard d'or et doublé
de velours cramoisi ; les Palfreniers du Comte
de Bielk , vétus de Livrées d'écarlate avec des
galons d'or , et ayant des Plumets bleu et or
sur leurs chapeaux et les Serviteurs du Peuple
Romain , tenant en main des Piques dorées.
Le Comte de Bielk venoit ensuite, étant pré-
cedé de M. François Gaëtan Diversini , Maître-
des Céremonies , et suivi des deux Juges Collate-
raux , et de tous les Officiers des Tribunaux Ca-
pitolins. La marche étoit fermée par les trois
Carosses de ce Comte , et par un grand nombre
d'autres Carosses de Cortege , qui avoient été
envoyés par les Cardinaux , et par la plupart
des Personnes de distinction. "
Lorsque la Cavalcade entra dans le Cours , on
At une Salve generale de l'Artillerie du Château
Saint Ange , et en arrivant au Capitole , elle fut
saluée par une décharge generale de la Mous-
queterie de toute la Milice de la Ville : on tira
ausse
1206 MERCURE DE FRANCE
aussi un grand nombre de Boëtes , et les Clo-
ches de toutes les Eglises sonnerent.
Le nouveau Senateur, étant descendu de Che-
val à l'Eglise de Sainte Marie d'Ara Coeli , qui
apartient au Peuple Romain , fut réçû à ia porte
par les Superieurs de l'Ordre des Freres Mineurs
de l'Observance , et il alla faire sa priere devant
le Saint Sacrement , et baiser le Grand Autel.
Il se rendit ensuite au Capitole , ayant trou-
vé en chemin les Conservateurs
Prieur du Peuple Romain ,
et le
revétus de Robes
de brocard d'or , lesquels , après l'avoir com
plimenté , le conduisirent dans la grande Salle ,
qui étoit ornée avec beaucoup de magnificence.
Le Comte de Biex prit place à son Tribunal
ayant les Conservateurs et le Prieur du Peuple
Romain à ses côtés , et en face les Caporivons
et les autres Officiers du Capitole, et après avoir
remis au Marquis Emile Massimi, Premier Con-
servateur , le Bref de Sa Sainteté , lequel fut l
à haute voix par le Greffier du Senat , il jura de
faire observer les Statuts de Rome.
Il accompagna ensuite les Conservateurs jus-
qu'à la porte de la grand Salle , et quand il fus
tourné dans son Apartement, il reçut les com-
plimens accoûtumés de la part des Cardinaux
ainsi que de celle des Ministres Etrangers et de
la Noblesse.
Le Pape a accordé au Comte de Bielk la per-
mission d'avoir le Dais et la Cloche, même dans
les occasions où il ne sera pas accompagné par
les Conservateurs du Capitole , distinction dont
n'avoient point joüi ses Prédecesseurs.
On aprend de Rome que la corespondance est
entierement retablie entre les Ministres des Cours
de Vienne et de Madrid , et que le Cardinal
I. Vol.
Cienfuegos
JUIN.
ont rendu visite.
1737.
1207
Cienfuegos , ayant envoyé complimenter à ce
sujet les Cardinaux Belluga et Aquaviva , ils lui
On assure que le Roy des deux Siciles a accor
dé l'Exequatur des Bulles des Prelats nommés
par le Pape,ce qui donne lieu de regarder comme
Prochaine ia conclusion de l'accommodement
de leurs Majestés Catholique et Sicilienne avec
le Saint Siege.
Quelques Cardinaux ayant refusé d'accorder
au Comte de Bielk les honneurs du Dais et du
Son de la Cloche , quoiqu'il les eût reçûs chés
le Cardinal Doyen , ce Comte a discontinué de
rendre ses visites au Sacré College.
Le Cardinal Coscia a obtenu la permission
d'aller encore cette année prendre les Bains d'Is-
chia , et il est parti pour s'y rendre.
Le 11. May , le Pere I defonse de la Presenta-
tion , natif de Prague , fut élû Général de l'Or-
dre des Religieux Carmes Déchaussés dans le
Chapitre qu'ils tinrent dans leur Couvent de
Sainte Therese et de S. Jean de la Croix.
Les Clercs Réguliers de la Congregation de
la Divine Providence , ont élû le Pere André
Bolognetti pour leur Général.
Les Lettres de Genes de la fin du mois der-
nier portent que 13. Barques , à bord desquelles
étoient des Troupes et des Munitions , mirent au
même mois à la voile pour l'Isle de Corse
Į. Vol.
>
sous l'escorte de deux Galeres , qui , à leur re-
tour , devoient donner la chasse aux Corsaires
de Barbarie , dont un a enlevé , il y a quelque
temps , un Bâtiment chargé de 100. muids de
Farine
et qui étoit destiné pour la Bastie.
M. Rivarola a mandé au Senat que les Re-
belles ayant été avertis que le Gouverneur de
Calenzano
1208 MERCURE DE FRANCE
Calenzano devoit faire sortir un détachement de
la Garnison de cette Place , pour enlever des
Bestiaux qu'ils faisoient paître dans les prairies
voisines , ils avoient posté en embuscade 300.
Hommes qui avoient surpris ce détachement ,
et qu'il y avoit cu 60. Genois de tués ou faits
prisonniers en cette occasion.
On a apris en même temps qu'il y avoit eu
dans les environs de la Bastie , un violent oura-
gan , accompagné de grêle d'une telle grosseur,
que la plupart des Vignes avoient été ruinées, et
que plusieurs Bestiaux avoient été tués dans la
campagne.
Le 5 du mois dernier, jour que le Pape avoit
marqué pour la prise de possession de la dignité
de Sénateur de Rome par le Comte de
Bielk , ce Comte revétu de son habit de Sénateur
qui consiste en une Soutane de Satin cramoisi
et une longue Robe de Brocard d'or , et accom-
pagné de M. Capograssi , son Maître de Cham-
bre , se rendit du Capitole au Palais du Quiri
nal dans un Carosse attelé de six chevaux et
suivi de deux autres Carosses. Ayant été reçu
avec les ceremonies accoûtumées par M. Lazare
Palavicini , Archevêque de Thebes , Maître de
Chambre de Sa Sainteté , il fut introduit dans la
chambre du Pape par Mrs Jean- Baptiste Gam-
barucci , Archevêque d'Amasie , et Ignace Reali ,
premiers Maîtres des Ceremonies ; et après qu'il
cut fait trois génuflexions et baisé les pieds de Sa
I. Vol.
Sainteté
1204 MERCURE DE FRANCE
Sainteté , il prêta le Serment de fidelité. Le Pape
mit ensuite un Sceptre d'yvoire entre les mains
du nouveau Sénateur en disant , Accipe Sceptrum
et esto Senator Urbis.
Le Comte de Bielk reçut la Benediction de Sa
Sainteté, et il se retira , étant reconduit par le
Maître de Chambre. Lorsqu'il fut dans la Cour
du Palais , le Marquis François Ortieri , Grand-
Ecuyer du Pape , lui présenta de la part de Sa
Sainte
un très- beau Cheval blanc , couvert
d'une Housse de velours cramoisi , relevée d'une
riche broderie d'or , avec les étriers d'argent
sur lequel le nouveau Sénateur monta pour
aller
à la Place Barberine , où l'attendoit sous les ar
mes la Milice Bourgeoise , composée de quator-
ze Compagnies chacune de quarante
hom-
mes , et d'où il continua sa marche dans l'ordre
suivant : Le Barigel du Capitole à cheval , à la
tête de ses Sbirres ; M. Felix Gama , Capitaine
des Connétables et des Milices des quartiers de
la Ville, suivi de deux Pages , qui portoient dea
Ecussons aux Armes du Comte de Bielk ; les 14.
Compagnies de la Milice Bourgeoise , précedées
chacune de ses Tambours et de son Enseigne , et
entre les sept premieres Compagnies et les sept
dernieres M. Antoine Gai portant l'Etendart du
Peuple Romain ; le Maître d'Hôtel et l'Ecuyer
du Sénateur ; vingt Mules avec des couvertures
à ses Armes et dix Chevaux de selle avec de ma-
gnifiques Housses , conduits chacun par un Pal-
frenier , portant sur sa Casaque et à son bonnes
les Armes de Bielk ; la Compagnie des Chevau
Legers de la Garde du Pape. Les Palfreniers des
Cardinaux , montés sur des Mules et portant les
chapeaux de leurs Maîtres attachés sur leurs
épaules ; les 14. Huissiers des Tribunaux Capi
I. Vol.
tolins ;
JUI N.
I. Val.
1737.
1205
tolins ; un grand nombre de Gentilshommes des
Cardinaux ; quatre tambours de la Livrée du
Peuple Romain , laquelle est d'écarlate avec des
galons d'or , et quatre Trompettes à cheval avec
la même Livrée. Ils étoient suivis par deux Pa-
ges , dont l'un portoit la Cornette du Peuple
Romain , et l'autre un Etendart aux Armes de
Bielk. Derriere eux marchoient les Caporioni ou
Chefs des Quartiers, précedés de deux Tambours
aux Livrées du Peuple Romain ; les Suisses de la
Garde du Pape , ayant à leur tête le Chevalier
Jean- François- Leopold Phiffer d'Althissoffen ,
Chevalier de l'Ordre de S. Jean de Jerusalem ,
leur Commandant ; deux Pages , dont celui qui
étoit à droite portoit l'épée haute , et celui qui
étoit à gauche avoit sur ses épaules le Chapeau
du Sénateur , couvert de Brocard d'or et doublé
de velours cramoisi ; les Palfreniers du Comte
de Bielk , vétus de Livrées d'écarlate avec des
galons d'or , et ayant des Plumets bleu et or
sur leurs chapeaux et les Serviteurs du Peuple
Romain , tenant en main des Piques dorées.
Le Comte de Bielk venoit ensuite, étant pré-
cedé de M. François Gaëtan Diversini , Maître-
des Céremonies , et suivi des deux Juges Collate-
raux , et de tous les Officiers des Tribunaux Ca-
pitolins. La marche étoit fermée par les trois
Carosses de ce Comte , et par un grand nombre
d'autres Carosses de Cortege , qui avoient été
envoyés par les Cardinaux , et par la plupart
des Personnes de distinction. "
Lorsque la Cavalcade entra dans le Cours , on
At une Salve generale de l'Artillerie du Château
Saint Ange , et en arrivant au Capitole , elle fut
saluée par une décharge generale de la Mous-
queterie de toute la Milice de la Ville : on tira
ausse
1206 MERCURE DE FRANCE
aussi un grand nombre de Boëtes , et les Clo-
ches de toutes les Eglises sonnerent.
Le nouveau Senateur, étant descendu de Che-
val à l'Eglise de Sainte Marie d'Ara Coeli , qui
apartient au Peuple Romain , fut réçû à ia porte
par les Superieurs de l'Ordre des Freres Mineurs
de l'Observance , et il alla faire sa priere devant
le Saint Sacrement , et baiser le Grand Autel.
Il se rendit ensuite au Capitole , ayant trou-
vé en chemin les Conservateurs
Prieur du Peuple Romain ,
et le
revétus de Robes
de brocard d'or , lesquels , après l'avoir com
plimenté , le conduisirent dans la grande Salle ,
qui étoit ornée avec beaucoup de magnificence.
Le Comte de Biex prit place à son Tribunal
ayant les Conservateurs et le Prieur du Peuple
Romain à ses côtés , et en face les Caporivons
et les autres Officiers du Capitole, et après avoir
remis au Marquis Emile Massimi, Premier Con-
servateur , le Bref de Sa Sainteté , lequel fut l
à haute voix par le Greffier du Senat , il jura de
faire observer les Statuts de Rome.
Il accompagna ensuite les Conservateurs jus-
qu'à la porte de la grand Salle , et quand il fus
tourné dans son Apartement, il reçut les com-
plimens accoûtumés de la part des Cardinaux
ainsi que de celle des Ministres Etrangers et de
la Noblesse.
Le Pape a accordé au Comte de Bielk la per-
mission d'avoir le Dais et la Cloche, même dans
les occasions où il ne sera pas accompagné par
les Conservateurs du Capitole , distinction dont
n'avoient point joüi ses Prédecesseurs.
On aprend de Rome que la corespondance est
entierement retablie entre les Ministres des Cours
de Vienne et de Madrid , et que le Cardinal
I. Vol.
Cienfuegos
JUIN.
ont rendu visite.
1737.
1207
Cienfuegos , ayant envoyé complimenter à ce
sujet les Cardinaux Belluga et Aquaviva , ils lui
On assure que le Roy des deux Siciles a accor
dé l'Exequatur des Bulles des Prelats nommés
par le Pape,ce qui donne lieu de regarder comme
Prochaine ia conclusion de l'accommodement
de leurs Majestés Catholique et Sicilienne avec
le Saint Siege.
Quelques Cardinaux ayant refusé d'accorder
au Comte de Bielk les honneurs du Dais et du
Son de la Cloche , quoiqu'il les eût reçûs chés
le Cardinal Doyen , ce Comte a discontinué de
rendre ses visites au Sacré College.
Le Cardinal Coscia a obtenu la permission
d'aller encore cette année prendre les Bains d'Is-
chia , et il est parti pour s'y rendre.
Le 11. May , le Pere I defonse de la Presenta-
tion , natif de Prague , fut élû Général de l'Or-
dre des Religieux Carmes Déchaussés dans le
Chapitre qu'ils tinrent dans leur Couvent de
Sainte Therese et de S. Jean de la Croix.
Les Clercs Réguliers de la Congregation de
la Divine Providence , ont élû le Pere André
Bolognetti pour leur Général.
Les Lettres de Genes de la fin du mois der-
nier portent que 13. Barques , à bord desquelles
étoient des Troupes et des Munitions , mirent au
même mois à la voile pour l'Isle de Corse
Į. Vol.
>
sous l'escorte de deux Galeres , qui , à leur re-
tour , devoient donner la chasse aux Corsaires
de Barbarie , dont un a enlevé , il y a quelque
temps , un Bâtiment chargé de 100. muids de
Farine
et qui étoit destiné pour la Bastie.
M. Rivarola a mandé au Senat que les Re-
belles ayant été avertis que le Gouverneur de
Calenzano
1208 MERCURE DE FRANCE
Calenzano devoit faire sortir un détachement de
la Garnison de cette Place , pour enlever des
Bestiaux qu'ils faisoient paître dans les prairies
voisines , ils avoient posté en embuscade 300.
Hommes qui avoient surpris ce détachement ,
et qu'il y avoit cu 60. Genois de tués ou faits
prisonniers en cette occasion.
On a apris en même temps qu'il y avoit eu
dans les environs de la Bastie , un violent oura-
gan , accompagné de grêle d'une telle grosseur,
que la plupart des Vignes avoient été ruinées, et
que plusieurs Bestiaux avoient été tués dans la
campagne.
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7386
p. 1208-1217
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
SA MAJESTÉ a accordé au Marquis d'Havrincourt , Mestre de Camp-Lieutenant [...]
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
SA MAJESTÉ a accordé au Marquis
d'Havrincourt , Mestre de Camp-Lieutenant
du Régiment des Cuirassiers
du Roy , le Gouvernement d'Hesdin ,
vacant par la démission du Marquis
d'Havrincourt , son Pere.
M. de Chavigny , que le Roy a nom-
mé son Envoyé Extraordinaire auprès
du Roy de Dannemare , a pris congé de
S. M. et il est parti pour se rendre à
Coppenhague.
Le Marquis de Souvré , Maître de la
1. Vol.
Garde-
JUIN.
1737.
1209
Garde-Robe du Roy , et qui a été nom-
mê par S. M. pour aller à Luneville com-
plimenter le Roy de Pologne sur son ar-
rivée en Lorraine , s'est acquitté de cette
commission , et il a eu l'honneur d'en
rendre compte au Roy.
Le 29. Avril,il y eut Concert chés la Reine,M.
Destouches Sur-Intendant de la Musique du Roy,
y fit chanter le Prologue et le premier Acte de
son Opera de Callirhoé, qu'on continua le 6. et
le 8. May ; les principaux Rôlles furent exécu-
tés par les Diles d'Aigremont, Deschamps et Ma-
thieu , et par les sieurs d'Angerville et Jeliot.
Le 13. le 18. et le 20. on concerta l'Opera
d'Iphigenie, dont le premier Rôlle fut chanté par
la Dile d'Aigremont , et celui d'Electre par la
Dile Mathieu ; ceux d'Oreste , de Thoas et de
Pilade , par les sieurs d'Angerville , Petillot et
du Bourg .
Le 22. et le 27. on donna à la Reine l'Opera
d'Armide ; la Dlle Antier remplit parfaitement
bien le premier Rôlle , et les autres furent chan-
tés par les sieurs Petillot et d'Angerville , avec la
même précision.
Le 30. May , Fête de l'Ascension , il y eut
Concert Spirituel au Château des Tuilleries , ou
l'on chanta un très-beau Motet ( Diligam te )
de feu M. Gillet , Maître de Musique de la Ca-
thedrale de Toulouse ; il fut suivi d'une nou-
velle suite de Symphonie , du sieur Aubert, très-
bien executée et fort aplaudie. Le sieur Buffar-
ì
din de Marseille , Ordinaire de la Musique du
Roy de Pologne ,
pour
la
Electeur de Saxe
executa
premiere fois un Concerto de Flûte qui
1. Vol.
fur
1210 MERCURE DE FRANCE
fut generalement aplaudi. Le Concert fut termi-
né par le Cantate , Motet du sieur Cheron, Or-
dinaire de l'Académie Royale de Musique.
Le 9. Juin , Fête de la Pentecôte , on executa
au même Concert une autre suite de Sympho
nie du sieur Aubert , qui fut suivie d'un Moter
de M. Gervais , Maître de Musique de la Cha-
pelle du Roy. La Dile Hottererre joûa un Con-
certo avec les mêmes aplaudisssmens dont le Pu-
blic l'a déja honorée. Le Te Deum de M. de la
Lande ter mina le Concert.
Le 20 jour de la Fête Dieu , on chanta le
Pange lingua du même Auteur , qui fut suivi da
petit Motet O Jesu , de M. Destouches , Sur-In-
tendant de la Musique du Roy. Le sieur Angelo
Valoti , nouveau Violon Italien , executa un
Concerto au gré du Public , et la Dile Regnaut
chanta pour la première fois dans le dernier
Moret le Recit Qui annuntiat avec aplaudisse-
ment.
Le 23 , May, les Superieurs des Religieux Be-
nedictins de la Congregation de 5. Maur se ren-
dirent à l'Abbaye de S. Germain -des- Prés pour
l'élection du Superieur Général , et ouvrirent
le matin leur Assemblée par une Messe solem-
nelle du S. Esprit. L'après- dinée , sur les deux
heures , les mêmes Superieurs assemblés élûrent,
au premier Scrutin , pour Général ,
le R. P.
Dom René Laneau. Ce Religieux avoit été con-
secutivement Assistant de trois Généraux´, et
depuis la mort du R. P. Dom Claude Dupré ,
dernier Général , il gouvernoit la Congregation
sous le nom de Vicaire Général. La joye qui
étoit marquée sur tous les visages , pendant la
Cérémonie de la Proclamation ,
fir connoître à
seux du dehors , qui y ont assisté , que ce R,
I. Vol.
Pere
1
JUIN.
tous ses Confreres.
•
1737
1211
Pere a également les cœurs et la véneration de
Le Cardinal de Fleury alla le 3. Juin au Jar-
din Royal, accompagné du Comte de Maurepas
et de M. Orry , Controlleur Général des Finan
ces , pour voir les augmentations et , les repara-
sions faites et à faire. M. Dufay , Intendant de
ce Jardin , reçût S. E. qui parut trés-satisfaite
du bon ordre qu'elle y trouva , de la beauté des
Serres , et du nombre prodigieux de Plantes
étrangeres dont ce Jardin est presentement
xempli.
Le 8. Juin , veille de la Fête de la Pen
tecôte , le Roy revêtu du Grand Collier
de l'Ordre du S. Esprit , se rendit à la
Chapelle du Château de Versailles , où
S. M. communia par les mains de l'Ar-
chevêque de Vienne , Premier Aumô-
nier de S. M. Le Roy toucha ensuite un
grand nombre de Malades.
Pendant la Messe , que le Roy enten-
dit , après avoir communié , l'Evêque
d'Acqs prêta serment de fidelité entre
les mains de S. M. L'après-midi le Roy
assista aux premieres Vêpres.
Le 9. jour de la Fête , les Chevaliers ,
Commandeurs , et Officiers de l'Ordre
du S. Esprit , s'étant rendus vers les 11.
heures du matin dans le Cabinet du Roy,
S.M. tint un Chapitre,dans lequel le Prin-
ce Vaïny , qui avoit été proposé le 1. du
I.Vol.
H
mois
1212 MERCURE DE FRANCE
mois de Janvier dernier, pour être nom-
mé Chevalier, fut admis après que l'Ab..
bé de Pomponne , Chancelier des Ordres
du Roy , eut raporté qu'il avoit satisfait
à ce qui est porté par les Statuts. Le Cha-
pitre étant fini , le Roy se rendit à la
Chapelle du Château , étant précédé du
Duc d'Orleans , du Duc de Bourbon, du
Comte de Clermont , du Prince de Con-
ty , du Prince de Dombes , du Comte
d'Eu , et des Chevaliers, Commandeurs
et Officiers de l'Ordre. Le Roy, devant
lequel les deux Huissiers de la Chambre
portoient leurs Masses , étoit en Man-
reau , le Collier de l'Ordre par- dessus ,
ainsi
que
les Chevaliers. Le Cardinal de
Polignac et le Cardinal de Bissy mar-
choient derriere S. M. Le Roy entendi
la Grande Messe , chantée par la Musi-
que , à laquelle l'Archevêque de Vien-
ne ,
Prelat , Commandeur de l'Ordre du
Saint Esprit , officia Pontificalement.
La Reine , Monseigneur le Dauphin
et Mesdames de France , entendirent la
même Messe dans la Tribune.
L'après midi , le Roy entendit le Ser-
mon du Pere Dureau , Cordelier, et en-
suite les Vêpres , qui furent chantées par
la Musique , et auxquelles le même Pre-
lat officia. La Reine assista aux Vêpres
dans la Tribune,
Le
JUIN.
1737.
1213
Le 11. Don Louis d'Acunha, Ambassa
deur du Roy de Portugal, cut sa premiere
Audience particuliere du Roy. Il eut en-
suite Audience de la Reine , de Monsei
gneur le Dauphin et de Mesdames de
France , et il fut conduit à ces Audien-
ces par M. de Verneüil , Introducteur
des Ambassadeurs.
Le 10. les Députés des Etats de Bour-
gogne eurent Audience du Roy.Ils furent
presentés par le Duc de Bourbon, Gouver
neur de la Province , et par le Comte de
S. Florentin, Secretaire d'Etat, et conduits
en la maniere accoûtumée par le Marquis
de Dreux, Grand Maître des Cérémonies,
et par M.Desgranges Maître des Cérémo-
nies. La Députation étoit composée de
l'Abbé Gagne de Perigny,Abbé de Châtil-
lon sur Seine , pour le Clergé , qui por-
ta la parole; du Comte de la Tournelle, *
pour la Noblesse, de M.Pourcher, Dépu-
té du Tiers- Etat , et de M. Perchet , Sin-
dic Général de la Province. Ces Députés
eurent ensuite Audience de la Reine , de
Monseigneur le Dauphin et de Mesda-
mes de France.
Le 16. le Chevalier Venier , Ambas-
* Son Bisayeul a eu l'honneur de se trouver trois
fois à la tête de la Noblesse de cette Province en la
même qualité.
1. Vol.
Hij
sadeur
1214 MERCURE DE FRANCE
sadeur ordinaire de la Republique de
Venise , fit son Entrée publique en cette
Ville
le Maréchal de Biron et Mon-
sieur de Verneuil, Introducteur des Am-
bassadeurs , allerent le prendre dans les
Carosses de leurs Majestés au Convent
de Picpus , d'où la Marche se fit en cet
ordre. Le Carosse de l'Introducteur ;
ceux du Maréchal de Biron , précédés
de son Ecuyer et de deux Pages à che-
val; un Suisse de l'Ambassadeur à che
val , sa livrée à pied , quatre de ses Offi-
ciers , deux Ecuyers et six Pages à che-
val ; le Carosse du Roy , aux côtés du-
quel marchoient la livrée du Maréchal
de Biron et celle de M. de Verneü ; le
Carosse de la Reine ; celui de Madame
la Duchesse d'Orleans ; ceux du Duc
d'Orleans , de la Duchesse de Bourbon
Douairiere , du Duc et de la Duchesse de
Bourbon , du Comte de Charolois , du
Comte de Clermont , de la Princesse de
Conty, premiere Doüairiere , de la Prin-
cesse de Conty , seconde Doüairiere , du
Prince de Conty , de la Duchesse du
Maine, du Prince de Dombes, du Com-
te d'Eu , du Comte et de la Comtesse
de Toulouse , et celui de M. Amelot
Ministre et Secretaire d'Etat , ayant le
Département des Affaires étrangeres . Les
1. Vol.
quatro
JUIN.
1737.
1218
quatre Carosses de l'Ambassadeur mar
choient ensuite à une distance de trente
Ou quarante pas. Lorsque l'Ambassadeur
fut arrivé à son Hôtel , il fut compli-
menté de la part du Roy par le Duc de
Rochechouart , Premier Gentilhomme
de la Chambre de S. M. de la part de la
Reine , par le Comte de Tessé , son pre-
mier Ecuyer , et de la part de Madame la
Duchesse d'Orleans , par le Marquis de
Crevecœur , Premier Ecuyer de S. A. R.
Le 18. le Prince de Lambesc et M, de
Verneuil , Introducteur des Ambassa-
deur , allerent prendre l'Ambassadeur
en son Hôtel dans les Carosses du Roy
et de la Reine , et ils le conduisirent à
Versailles , où il eut sa premiere Au-
dience publique du Roy : il trouva àson
passage, dans l'Avant-cour du Château
les Compagnies des Gardes Françoises et
Suisses sous les Armes , les Tambours
apellant ; dans la Cour les Gardes de la
Porte et ceux de la Prevôté de l'Hôtel
sous les Armes à leurs postes ordinaires
et sur l'Escalier , les Cent - Suisses en ha
bits de cérémonie , la Hallebarde à la
main. Il fut reçû en dedans de la Sale
des Gardes par le Duc de Bethune , Ca
pitaine des Gardes du Corps , qui étoient
en haye et sous les Armes. Après l'Au-
I.Vol.
Hiij
dience
121 MERCURE DE FRANCE
dience du Roy , l'Ambassadeur fut con-
duit à l'Audience de la Reine et à celle
de Monseigneur le Dauphin par le Prin-
ce de Lambèse , et par M. de Verneuil
Introducteur des Ambassadeurs. Il fut
conduit ensuite à celle de Mesdames de
France ; et après avoir été traité par les
Officiers du Roy, il fut reconduit à Pa-
ris dans les Carosses de leurs Majestés
avec les cérémonies accoûtumées.
Le 20. Fête du S. Sacrement , le Roy
se rendit à l'Eglise de la Paroisse du Châ-
teau de Versailles , où S. M. entendit la
Grande Messe , après avoir assisté à la
Procession , qui , suivant l'usage , alla à
La Chapelle.
La Reine s'y rendit lorsque la Proces-
sion y arriva. Monseigneur le Dauphin
et Mesdames de France virent passer la
Procession.
Le 27. May , on chanta au Concert
de la Reine un Divertissement intitulé
le Triomphe de la Paix , dont les Paroles
sont de M. Morand , et la Musique de
M. Mathieu , Ordinaire de la Musique
du Roy. Il fut chanté par les Dlles Ma-
hieu , d'Aigremont et Deschamps , et reçut
beaucoup d'aplaudissement.
Le 29. May et le premier Juin , on
1. Vel.
chanta
JUIN.
1737.
1217
chanta devant la Reine le Ballet du Triom-
phe de l'Harmonie , dont on vient de don-
ner l'Extrait ; les Dlles Pellissier et Erre-
mens, et le sieur Chassé exécuterent avec
succès les Rôles qui les concernoient.
Les. et le 12 Juin S.M. entendit l'Opera
de Telemaque , mis en Musique par M.
Destouches , Sur- Intendant de la Musique
du Roy , les Diles Antier et Mathieu
chanterent les Rôles de Calypso et d'Eu
charis , avec autant de goût que de pré .
cision . Les sieurs Petillot et d'Angerville
remplirent ceux de Telemaque et d'Adras-
te. Le reste de l'Opera fut exécuté d'une
façon très-brillante. La Reine eut la bonté
d'en marquer sa satisfaction à l'Auteur.
Le 17. S. M. voulut entendre , pour
la seconde fois , le Divertissement du
Triopmhe de la Paix , et en parut aussi
contente que la premiere. On parlera
plus au long de ce Divertissement.
SA MAJESTÉ a accordé au Marquis
d'Havrincourt , Mestre de Camp-Lieutenant
du Régiment des Cuirassiers
du Roy , le Gouvernement d'Hesdin ,
vacant par la démission du Marquis
d'Havrincourt , son Pere.
M. de Chavigny , que le Roy a nom-
mé son Envoyé Extraordinaire auprès
du Roy de Dannemare , a pris congé de
S. M. et il est parti pour se rendre à
Coppenhague.
Le Marquis de Souvré , Maître de la
1. Vol.
Garde-
JUIN.
1737.
1209
Garde-Robe du Roy , et qui a été nom-
mê par S. M. pour aller à Luneville com-
plimenter le Roy de Pologne sur son ar-
rivée en Lorraine , s'est acquitté de cette
commission , et il a eu l'honneur d'en
rendre compte au Roy.
Le 29. Avril,il y eut Concert chés la Reine,M.
Destouches Sur-Intendant de la Musique du Roy,
y fit chanter le Prologue et le premier Acte de
son Opera de Callirhoé, qu'on continua le 6. et
le 8. May ; les principaux Rôlles furent exécu-
tés par les Diles d'Aigremont, Deschamps et Ma-
thieu , et par les sieurs d'Angerville et Jeliot.
Le 13. le 18. et le 20. on concerta l'Opera
d'Iphigenie, dont le premier Rôlle fut chanté par
la Dile d'Aigremont , et celui d'Electre par la
Dile Mathieu ; ceux d'Oreste , de Thoas et de
Pilade , par les sieurs d'Angerville , Petillot et
du Bourg .
Le 22. et le 27. on donna à la Reine l'Opera
d'Armide ; la Dlle Antier remplit parfaitement
bien le premier Rôlle , et les autres furent chan-
tés par les sieurs Petillot et d'Angerville , avec la
même précision.
Le 30. May , Fête de l'Ascension , il y eut
Concert Spirituel au Château des Tuilleries , ou
l'on chanta un très-beau Motet ( Diligam te )
de feu M. Gillet , Maître de Musique de la Ca-
thedrale de Toulouse ; il fut suivi d'une nou-
velle suite de Symphonie , du sieur Aubert, très-
bien executée et fort aplaudie. Le sieur Buffar-
ì
din de Marseille , Ordinaire de la Musique du
Roy de Pologne ,
pour
la
Electeur de Saxe
executa
premiere fois un Concerto de Flûte qui
1. Vol.
fur
1210 MERCURE DE FRANCE
fut generalement aplaudi. Le Concert fut termi-
né par le Cantate , Motet du sieur Cheron, Or-
dinaire de l'Académie Royale de Musique.
Le 9. Juin , Fête de la Pentecôte , on executa
au même Concert une autre suite de Sympho
nie du sieur Aubert , qui fut suivie d'un Moter
de M. Gervais , Maître de Musique de la Cha-
pelle du Roy. La Dile Hottererre joûa un Con-
certo avec les mêmes aplaudisssmens dont le Pu-
blic l'a déja honorée. Le Te Deum de M. de la
Lande ter mina le Concert.
Le 20 jour de la Fête Dieu , on chanta le
Pange lingua du même Auteur , qui fut suivi da
petit Motet O Jesu , de M. Destouches , Sur-In-
tendant de la Musique du Roy. Le sieur Angelo
Valoti , nouveau Violon Italien , executa un
Concerto au gré du Public , et la Dile Regnaut
chanta pour la première fois dans le dernier
Moret le Recit Qui annuntiat avec aplaudisse-
ment.
Le 23 , May, les Superieurs des Religieux Be-
nedictins de la Congregation de 5. Maur se ren-
dirent à l'Abbaye de S. Germain -des- Prés pour
l'élection du Superieur Général , et ouvrirent
le matin leur Assemblée par une Messe solem-
nelle du S. Esprit. L'après- dinée , sur les deux
heures , les mêmes Superieurs assemblés élûrent,
au premier Scrutin , pour Général ,
le R. P.
Dom René Laneau. Ce Religieux avoit été con-
secutivement Assistant de trois Généraux´, et
depuis la mort du R. P. Dom Claude Dupré ,
dernier Général , il gouvernoit la Congregation
sous le nom de Vicaire Général. La joye qui
étoit marquée sur tous les visages , pendant la
Cérémonie de la Proclamation ,
fir connoître à
seux du dehors , qui y ont assisté , que ce R,
I. Vol.
Pere
1
JUIN.
tous ses Confreres.
•
1737
1211
Pere a également les cœurs et la véneration de
Le Cardinal de Fleury alla le 3. Juin au Jar-
din Royal, accompagné du Comte de Maurepas
et de M. Orry , Controlleur Général des Finan
ces , pour voir les augmentations et , les repara-
sions faites et à faire. M. Dufay , Intendant de
ce Jardin , reçût S. E. qui parut trés-satisfaite
du bon ordre qu'elle y trouva , de la beauté des
Serres , et du nombre prodigieux de Plantes
étrangeres dont ce Jardin est presentement
xempli.
Le 8. Juin , veille de la Fête de la Pen
tecôte , le Roy revêtu du Grand Collier
de l'Ordre du S. Esprit , se rendit à la
Chapelle du Château de Versailles , où
S. M. communia par les mains de l'Ar-
chevêque de Vienne , Premier Aumô-
nier de S. M. Le Roy toucha ensuite un
grand nombre de Malades.
Pendant la Messe , que le Roy enten-
dit , après avoir communié , l'Evêque
d'Acqs prêta serment de fidelité entre
les mains de S. M. L'après-midi le Roy
assista aux premieres Vêpres.
Le 9. jour de la Fête , les Chevaliers ,
Commandeurs , et Officiers de l'Ordre
du S. Esprit , s'étant rendus vers les 11.
heures du matin dans le Cabinet du Roy,
S.M. tint un Chapitre,dans lequel le Prin-
ce Vaïny , qui avoit été proposé le 1. du
I.Vol.
H
mois
1212 MERCURE DE FRANCE
mois de Janvier dernier, pour être nom-
mé Chevalier, fut admis après que l'Ab..
bé de Pomponne , Chancelier des Ordres
du Roy , eut raporté qu'il avoit satisfait
à ce qui est porté par les Statuts. Le Cha-
pitre étant fini , le Roy se rendit à la
Chapelle du Château , étant précédé du
Duc d'Orleans , du Duc de Bourbon, du
Comte de Clermont , du Prince de Con-
ty , du Prince de Dombes , du Comte
d'Eu , et des Chevaliers, Commandeurs
et Officiers de l'Ordre. Le Roy, devant
lequel les deux Huissiers de la Chambre
portoient leurs Masses , étoit en Man-
reau , le Collier de l'Ordre par- dessus ,
ainsi
que
les Chevaliers. Le Cardinal de
Polignac et le Cardinal de Bissy mar-
choient derriere S. M. Le Roy entendi
la Grande Messe , chantée par la Musi-
que , à laquelle l'Archevêque de Vien-
ne ,
Prelat , Commandeur de l'Ordre du
Saint Esprit , officia Pontificalement.
La Reine , Monseigneur le Dauphin
et Mesdames de France , entendirent la
même Messe dans la Tribune.
L'après midi , le Roy entendit le Ser-
mon du Pere Dureau , Cordelier, et en-
suite les Vêpres , qui furent chantées par
la Musique , et auxquelles le même Pre-
lat officia. La Reine assista aux Vêpres
dans la Tribune,
Le
JUIN.
1737.
1213
Le 11. Don Louis d'Acunha, Ambassa
deur du Roy de Portugal, cut sa premiere
Audience particuliere du Roy. Il eut en-
suite Audience de la Reine , de Monsei
gneur le Dauphin et de Mesdames de
France , et il fut conduit à ces Audien-
ces par M. de Verneüil , Introducteur
des Ambassadeurs.
Le 10. les Députés des Etats de Bour-
gogne eurent Audience du Roy.Ils furent
presentés par le Duc de Bourbon, Gouver
neur de la Province , et par le Comte de
S. Florentin, Secretaire d'Etat, et conduits
en la maniere accoûtumée par le Marquis
de Dreux, Grand Maître des Cérémonies,
et par M.Desgranges Maître des Cérémo-
nies. La Députation étoit composée de
l'Abbé Gagne de Perigny,Abbé de Châtil-
lon sur Seine , pour le Clergé , qui por-
ta la parole; du Comte de la Tournelle, *
pour la Noblesse, de M.Pourcher, Dépu-
té du Tiers- Etat , et de M. Perchet , Sin-
dic Général de la Province. Ces Députés
eurent ensuite Audience de la Reine , de
Monseigneur le Dauphin et de Mesda-
mes de France.
Le 16. le Chevalier Venier , Ambas-
* Son Bisayeul a eu l'honneur de se trouver trois
fois à la tête de la Noblesse de cette Province en la
même qualité.
1. Vol.
Hij
sadeur
1214 MERCURE DE FRANCE
sadeur ordinaire de la Republique de
Venise , fit son Entrée publique en cette
Ville
le Maréchal de Biron et Mon-
sieur de Verneuil, Introducteur des Am-
bassadeurs , allerent le prendre dans les
Carosses de leurs Majestés au Convent
de Picpus , d'où la Marche se fit en cet
ordre. Le Carosse de l'Introducteur ;
ceux du Maréchal de Biron , précédés
de son Ecuyer et de deux Pages à che-
val; un Suisse de l'Ambassadeur à che
val , sa livrée à pied , quatre de ses Offi-
ciers , deux Ecuyers et six Pages à che-
val ; le Carosse du Roy , aux côtés du-
quel marchoient la livrée du Maréchal
de Biron et celle de M. de Verneü ; le
Carosse de la Reine ; celui de Madame
la Duchesse d'Orleans ; ceux du Duc
d'Orleans , de la Duchesse de Bourbon
Douairiere , du Duc et de la Duchesse de
Bourbon , du Comte de Charolois , du
Comte de Clermont , de la Princesse de
Conty, premiere Doüairiere , de la Prin-
cesse de Conty , seconde Doüairiere , du
Prince de Conty , de la Duchesse du
Maine, du Prince de Dombes, du Com-
te d'Eu , du Comte et de la Comtesse
de Toulouse , et celui de M. Amelot
Ministre et Secretaire d'Etat , ayant le
Département des Affaires étrangeres . Les
1. Vol.
quatro
JUIN.
1737.
1218
quatre Carosses de l'Ambassadeur mar
choient ensuite à une distance de trente
Ou quarante pas. Lorsque l'Ambassadeur
fut arrivé à son Hôtel , il fut compli-
menté de la part du Roy par le Duc de
Rochechouart , Premier Gentilhomme
de la Chambre de S. M. de la part de la
Reine , par le Comte de Tessé , son pre-
mier Ecuyer , et de la part de Madame la
Duchesse d'Orleans , par le Marquis de
Crevecœur , Premier Ecuyer de S. A. R.
Le 18. le Prince de Lambesc et M, de
Verneuil , Introducteur des Ambassa-
deur , allerent prendre l'Ambassadeur
en son Hôtel dans les Carosses du Roy
et de la Reine , et ils le conduisirent à
Versailles , où il eut sa premiere Au-
dience publique du Roy : il trouva àson
passage, dans l'Avant-cour du Château
les Compagnies des Gardes Françoises et
Suisses sous les Armes , les Tambours
apellant ; dans la Cour les Gardes de la
Porte et ceux de la Prevôté de l'Hôtel
sous les Armes à leurs postes ordinaires
et sur l'Escalier , les Cent - Suisses en ha
bits de cérémonie , la Hallebarde à la
main. Il fut reçû en dedans de la Sale
des Gardes par le Duc de Bethune , Ca
pitaine des Gardes du Corps , qui étoient
en haye et sous les Armes. Après l'Au-
I.Vol.
Hiij
dience
121 MERCURE DE FRANCE
dience du Roy , l'Ambassadeur fut con-
duit à l'Audience de la Reine et à celle
de Monseigneur le Dauphin par le Prin-
ce de Lambèse , et par M. de Verneuil
Introducteur des Ambassadeurs. Il fut
conduit ensuite à celle de Mesdames de
France ; et après avoir été traité par les
Officiers du Roy, il fut reconduit à Pa-
ris dans les Carosses de leurs Majestés
avec les cérémonies accoûtumées.
Le 20. Fête du S. Sacrement , le Roy
se rendit à l'Eglise de la Paroisse du Châ-
teau de Versailles , où S. M. entendit la
Grande Messe , après avoir assisté à la
Procession , qui , suivant l'usage , alla à
La Chapelle.
La Reine s'y rendit lorsque la Proces-
sion y arriva. Monseigneur le Dauphin
et Mesdames de France virent passer la
Procession.
Le 27. May , on chanta au Concert
de la Reine un Divertissement intitulé
le Triomphe de la Paix , dont les Paroles
sont de M. Morand , et la Musique de
M. Mathieu , Ordinaire de la Musique
du Roy. Il fut chanté par les Dlles Ma-
hieu , d'Aigremont et Deschamps , et reçut
beaucoup d'aplaudissement.
Le 29. May et le premier Juin , on
1. Vel.
chanta
JUIN.
1737.
1217
chanta devant la Reine le Ballet du Triom-
phe de l'Harmonie , dont on vient de don-
ner l'Extrait ; les Dlles Pellissier et Erre-
mens, et le sieur Chassé exécuterent avec
succès les Rôles qui les concernoient.
Les. et le 12 Juin S.M. entendit l'Opera
de Telemaque , mis en Musique par M.
Destouches , Sur- Intendant de la Musique
du Roy , les Diles Antier et Mathieu
chanterent les Rôles de Calypso et d'Eu
charis , avec autant de goût que de pré .
cision . Les sieurs Petillot et d'Angerville
remplirent ceux de Telemaque et d'Adras-
te. Le reste de l'Opera fut exécuté d'une
façon très-brillante. La Reine eut la bonté
d'en marquer sa satisfaction à l'Auteur.
Le 17. S. M. voulut entendre , pour
la seconde fois , le Divertissement du
Triopmhe de la Paix , et en parut aussi
contente que la premiere. On parlera
plus au long de ce Divertissement.
Fermer
7387
p. 1217-1237
MORTS, NAISSANCES, Et Mariages.
Début :
Le 28. Mars D. Henriette-Louise de Beauvau, veuve depuis le 10. Juin 1727. de Henri [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS, NAISSANCES, Et Mariages.
MORTS, NAISSANCES,
Et Mariages.
Le 28. Mars D. Henriette-Louise de Beauvau, veuve depuis le 10. Juin 1727. de Henri
de Choiseul-la Riviere , apellé le Marquis de
Choiseul , Comte de la Riviere , Chevigny ,
I. Vol .
Hiiij
1218 MERCURE DE FRANCE
et Couloutre , Vicomte de Bouconville , Ba
ron de Lux , Seigneur de Giry , Chassy , Briga-
dier des Armées du Roy, ancien Mestre de Camp
du Regiment de la Reine Cavalerie, avec lequet
elle avoit été mariée le 28. Avril 1711. mou-
rut à Paris , âgée d'environ 51. ans. Elle étoit
Fille puinée de Gabriel - Henri de Beauvau ,
Marquis de Montgauger , Comte de Crissé ,
ci- devant Capitaine des Gardes de feu Phi-
lipe , Fils de France , Duc d'Orleans , et de feuë
Marie- Angelique de Saint André , sa premiere
Femme. Elle laisse pour Fils unique César - Ga-
briel de Choiseul- la- Riviere, Comte de la Rivie-
re , apellé le Marquis de Choiseul , né le 14.
Août 1712. Mestre de Camp de Cavalerie, Sous-
Lieutenant de la Compagnie des Chevau Le-
gers Dauphins , du 25. Mars 1734. et aupara➡
vant Cornette de celle des Chevau - Legers de
Berri , dont le mariage avec Marie de Champa-
gne de Villaines est raporté dans le Mercure du
mois de May 1732. p. 1022.
Le 31. D. Louise - Henriette - Françoise de
Lorraine ,Duchesse Douairiere de Bouillon , Fille
aînée d'Anne- Marie- Joseph de Lorraine , Com .
re et Prince de Guise sur Moselle , et de feuë D.
Marie-Louise- Christine de Castille
·
Heritiere de Montjeu , morte le 11.Janv. 1736.
mourut à Paris , après une longue maladie de
poitrine , âgée de 30. ans. Elle avoit été mariée
le 21. Mars 1725. avec Emmanuel - Théodose
de la Tour , Duc de Bouillon , Vicomte de Tu-
renne, Duc d'Albret,et de Châteauthierry, Com-
te d'Auvergne , d'Evreux et du bas Armagnac ,
Baron de la Tour et de Mongaçon , &c. Pair ,
et ci -devant Grand Chambellan de France, Gou-
verneur et Lieutenant General du haut et bas
I. Vel,
Jeannin,
Auvergne
JUIN.
née le 20. Décembre 1728.
1737.
1219
Auvergne , mort le 17. May 1730. Elle étois
sa quatriéme Femme. Elle laisse de lui une Fille,
Le 1. Avril Jean- Luc, de Lauzieres, Marquis
deThemines- Cardailhac, Mestre de Camp de Ca-
valerie, par Brevet du premier Décembre 1718.
Gouverneur des Ville et Château de Dommes
en Perigord , par Provisions du 1. Juin 1721.
et Gentilhomme de la Chambre du Duc d'Or- .
leans , par autres Provisions du 5. Mars 1724.
mourut à Paris , âgé de 63. ans. Il avoit été
Chevalier de l'Ordre de S. Jean de Jerusalem ,
dont il quitta la Croix , lorsqu'il se maria le
13. Novembre 1730. avec Angelique - Sophie
d'Hautefort , Fille de feu Charles-Louis d'Hau-
tefort, Marquis de Surville , Lieutenant General
des Armées du Roy , et de Louise de Crevant-
d'Humieres. Le Duc d'Orleans lui accorda alors
une pension de 4000. livres pour le dédomma-
ger de la perte d'une de 3000. livres qui lui
avoit été accordée sur l'Evêché de Perigueux. le
11. Janvier 1721. Il étoit Fils puiné de feu
Henri de Lauzieres , Seigneur de Saint Beaulize,
et du Bosc , et de Marie de Nogaret de Tre-
lans. Le Duc d'Estrées , dernier mort , lui avoit
fait une donation entrevifs de plusieurs Terres
et Seigneuries provenantes de la Maison de Lau-
zieres-Themines , le 11. May 1721. Elles lai
furent disputées par les Soeurs du Donataire ,
mais il fut confirmé dans la proprieté , posses-
sion et jouissance de ces Terres , par Arrêt
contradictoire du Parlement de Toulouse du 29.
May 1728 .
Le 3. D. Cecile- Catherine de Falconis , Dame
d'Auvilliers , Veuve d'Antoine d'Amanzé, Com-
se de Choffailles en Mâconnois , Seigneur d'Ar-
I. Vel
Hr singes
1220 MERCURE DE FRANCE
singes , de Vize , de Ballemont , de Saint Ger-
main de la Montagne, &c. avec lequel elle avoit
été mariée le 17. Juin 1705. mourut à Paris ,
âgée d'environ fr. ans, laissant un Fils âgé de 20.
ans › et une Fille plus jeune. Elle étoit Fille de
Pierre -Louis de Falconis , Seigneur d'Auvilliers-
et de Lierval , mort le 17. Mars 1692. et d'Eli-
zabeth de Monthelon , morte au mois de Jan-
vier 1729.
Le 4. Leonor-Hubert de Grivel , Marquis
d'Ouroy , Colonel d'un Regiment d'Infanterie
de son nom , ci- devant de Vendôme par Com--
mission du 27. Juin 1726. Fils aîné de Paul
de Grivel
?
Comte d'Ouroüer , en
1
Berri
qu'on prononce Ouroy) de Grossauve, &c..
autrefois Mestre de Camp- Lieutenant du Regi-
ment d'Anjou Cavalerie , et de feuë Dame Mar-
guerite-Françoise le Bourgoing de Faulin , dont
on a annoncé la mort dans le Mercure du mois.
de May 1736. p. 1032. mourut à Paris , âgé
de 28. ans , et sans avoir été marié.
Le 9: Nicolas-Simon Arnauld , Marquis de
Pomponne , de Palaiseau et de Champlant , Bri--
gadier des Armées du Roy , ci- devant Lieute-
nant General , et Commandant pour S. M. au
Gouvernement de l'Isle de France et Soisson-
nois, mourut à Paris âgé de 74. ans ri. mois,
Son Corps fut aporté le 11. au soir de Saint Sul-
pice , sa Paroisse , à Saint Merry , où il a étés
inhumé dans la Chapelle de, sa Famille. Son
Coeur a été porté à Palaiseau . Il avoit été d'a→
bord Capitaine dans le Reginent du Roy. Il fut
fait ensuite Colonel de celui de Hainaut au mois
de Septembre 1684. H servit à la tête de ce Re-
giment en Savoye sous le Maréchal de Ca-
anat , et il se distingua à la Bataille de la Staf
I. Voli
-farde
JUIN.
1737.
1221
farde en Piémont le 18. Août 1690. Il eut le
Regiment d'Artois au mois de Septembre 1692
et il fut fait Brigadier d'Infanterie le 30. Mars
1693. Il alla au mois de Mars 1699. à Bruxel-
les , avec le caractere d'Envoyé Extraordinaire
du Roy vers le feu Electeur Duc de Baviere ,
pour le complimenter sur la mort du Prince
Electoral , son Fils. Il étoit Fils aîné de feu Si
mon Arnauld , Marquis de Pomponne , Minis-
tre d'Etat , et Sur- Intendant General des Postes
et Relais de France , ci-devant Secretaire d'Etat
ayant le Département des Affaires étrangeres ,
mort le 26. Septembre 1699: à l'âge de 81. ans,
et de Catherine- Renée Ladvocat , morte le 31.
Décembre 1711. à l'âge de 75. ans , Sœur aînée
de Charlote- Renée l'Advocat , Veuve du Mar
quis de Vins , actuellement vivante. Le Marquis
de Pomponne , qui vient de mourir , étoit Fre
re de l'Abbé de Pomponne , Conseiller d'Etat
Ordinaire , et Chancelier des Ordres du Roy ,
et de la Marquise de Torcy-Colbert ; il avoit
été marié le 11. Mars 1694 avec Constance de
Harville de Palaiseau , Fille de feu François de
Harville des Ursins , Marquis de Palaiseau , de
Doué et de Trainel, Chevalier de l'Ordre du Roi,
Maréchal de Cap de ses Armées, et Gouverneur
des Ville et Citadelle de Charleville,et de Monto-
himpe , mort le 12 Octobre 1701 et de feuë
Anne de Comans d'Astry , sa seconde Femme ,
morte au mois d'Août 1693. Il avoit eu d'elle
Henri Charles Arnauld , Comte de Pomponne ,
mort le trente Juillet 1711. âgé de quator-
ze ans ; Jean Baptiste - François - Felix Ar-
nauld de Pomponne, mort dans la 10. année de
son âge , le 22% Avril 1713 et Catherine- Cons "
tance-Emilie Arnauld de Pomponne , restée Fille
IA-Foto-
H-vj
miques
1220 MERCURE DE FRANCE
"
singes , de Vize , de Ballemont , de Saint Ger-
main de la Montagne, &c. avec lequel elle avoit
été mariée le 17. Juin 1705. mourut à Paris
âgée d'environ fr. ans,laissant un Fils âgé de 20.-
ans , et une Fille plus jeune. Elle étoit Fille de
Pierre-Louis de Falconis , Seigneur d'Auvilliers-
et de Lierval , mort le 17. Mars 1692. et d'Eli-
zabeth de Monthelon , morte au mois de Jan-
vier 1729.
Le 4. Leonor-Hubert de Grivel , Marquis
d'Ourey , Colonel d'un Regiment d'Infanterie
de son nom , ci- devant de Vendôme par Com--
mission du 27. Juin 1726. Fils aîné de Paui
de Grivel , Comte d'Ourouer
en
Berri 9
qu'on prononce Ouroy) de Grossauve, &c..
autrefois Mestre de Camp- Lieutenant du Regi-
ment d'Anjou Cavalerie , et de feue Dame Mar-
guerite -Françoise le Bourgoing de Faulin , dont
ön a annoncé la mort dans le Mercure du mois.
de May 1736. p. 1032. mourut à Paris , âgé
de 28. ans, et sans avoir été marié.
Le 9. Nicolas- Simon Arnauld , Marquis de
Pomponne , de Palaiseau et de Champlant , Bri--
gadier des Armées du Roy , ci-devant Lieute-
nant General , et Commandant pour S. M. au
Gouvernement de l'Isle de France et Soisson-
nois, mourut à Paris âgé de 74. ans ri. mois,
Son Corps fut aporté le 11. au soir de Saint Sul-
pice , sa Paroisse , à Saint Merry , où il a été
inhumé dans la Chapelle de, sa Famille. Son
Coeur a été porté à Palaiseau. Il avoit été d'a—
bord Capitaine dans le Reginent du Roy. Il fut
fait ensuite Colonel de celui de Hainaut au mois
de Septembre 1684. H servit à la tête de ce Re-
giment en Savoye sous le Maréchal de Ca-
nar , et il se distingua à la Bataille de la Staf-
I. Vali
farde
JUIN.
farde en Piémont le
1737.
1221
18. Août 1690. Il eut le
Regiment d'Artois au mois de Septembre 1692
et il fut fait Brigadier d'Infanterie le 30. Mars
1693. Il alla au mois de Mars 1699. à Bruxel
les , avec le caractere d'Envoyé Extraordinaire
du Roy vers le feu Electeur Duc de Baviere ,
pour le complimenter sur la mort du Prince
Electoral , son Fils. Il étoit Fils aîné de feu Si
mon Arnauld , Marquis de Pomponne , Minis-
tre d'Etat , et Sur - Intendant General des Postes
et Relais de France , ci-devant Secretaire d'Etat
ayant le Département des Affaires étrangeres ,
mort le 26. Septembre 1699 ; à l'âge de 81. ans,
et de Catherine- Renée Ladvocat , morte le 31.
Décembre 1711. à l'âge de 75. ans , Sœur aînée
de Charlote- Renée l'Advocat , Veuve du Mara
quis de Vins , actuellement vivante. Le Marquis
de Pomponne , qui vient de mourir , étoit Fre→
re de l'Abbé de Pomponne , Conseiller d'Etat
Ordinaire , et Chancelier des Ordres du Roy ,
et de la Marquise de Torcy-Colbert ; il avoit
été marié le 11. Mars 1694 avec Constance de
Harville de Palaiseau , Fille de feu François de
Harville des Ursins , Marquis de Palaiseau , de
Doué et de Trainel, Chevalier de l'Ordre du Roi,
Maréchal de Cainp de ses Armées, et Gouverneur
des Ville et Citadelle de Charleville,et de Monto-
himpe , mort le 12 Octobre 1701 et de feuë
Anne de Comans d'Astry , sa seconde Femme ,
morte au mois d'Août 1693. Il avoit eu d'elle
Henri Charles Arnauld , Comte de Pomponne ,
mort le trente Juillet 1711. âgé de quator-
·
ze ans ; Jean Baptiste - François- Felix Ar-
nauld de Pomponne, mort dans la 10. année de
son âge , le 22 Avril 17136 et-Catherine- Cons
tance- Emilie Arnauld de Pomponne , restée Fille
Is-Vols-
Hivj
miquet
1222 MERCURE DE FRANCE
unique, mariée le 25 Juin 1715. avec Jean-Joa-i
chim Rouault , Comte de Cayeu , aujourd'hu
Marquis de Gamaches, et Maréchal de Camp des
Armées du Roy.,
Le 12. Philipe Hecquet , Docteur-Regent, an-
cien Professeur , et ancien Doyen de la Faculté
de Médecine de Paris , connu par plusieurs Ou-
vrages de sa Profession , qu'il avoit rendus pu-
blics mourut âgé de 74. ans. Il avoit quité
•
depuis 1o. ans l'exercice de la Medecine , il s'é-
toit retiré dans l'Enclos du Convent des Car-
melites du Fauxbourg S. Jacques. On prétend
qu'il y avoit 30. ans qu'il n'avoit mangé de
viande , ni bû de vin .
Le 13. Nicolas Henin , Conseiller du Roy ea
son Grand Conseil , où il avoit été reçû le s .
May 1688. mourut après avoir été trois jours
entiers en apoplexie létargique.
Il étoit âgé de
82. ans 11. mois 10. jours , étant né le 3. May
1654. Il étoit veuf d'Anne- Henriette Brice
dont il laisse deux Fils et une Fille , ainsi qu'on
l'a raporté en annonçant la mort de cette Da-
me dans le Mercure du mois de Novembre
1734. P. 1530.
Le 26. Louis le Goux de la Berchere , Comte
de la Rochepot , Marquis de Santenay , Baron de
Thoisy, Seigneur de la Berchere , Conseiller d'E-
tat ordinaire , mourut à Paris subitement en alg
lant se mettre à table pour dîner. Il étoit dans la
61. année de son âge , étant né le 10. Octobre
1676. il avoit été successivement Conseiller au
Parlement de Paris le 14.Janvier 1699. Maître des
Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roy le 29
Juillet 1703. et Chancelier et Garde des. Sceaux
de Charles de France , Duc de Berri , le 11. Dé-
sembre 1710. Il perdit cette Charge à la mort de
1. Velo
JUIN.
1737.
1223
ce Prince , et ayant été fait Conseiller d'Etat au
mois de May 1715. il se démit de celle de Maî
tre des Requêtes , et obtint des Lettres d'Hono-
raire le 22. Juin de la même année. Il étoit veuf
sans enfans depuis le 16. Mars 1729. de Magde-
leine-Charlotte Voisin , fille aînée du feu Chan-
celier de France de ce nom , et fils de feu Urbain
le Goux de la Berchere , Marquis de Santenay ,
&c. Maître des RequêtesHonoraire de l'Hôtel du
Roy , ci-devant Intendant successivement à
Moulins , à Riom , à Montauban et à Rouen ,
mort le 30. Août 1721. à l'âge de 79. ans , es
d'Antoinette le Févre d'Eaubonne , morte le 29%
Décembre 1708. âgée de 17. ans.
Le 27. Jean- Baptiste Poncy de Neuville , Prê-
tre, mourut à Paris dans la 39. année de son
âge. Les heureux talens dont il étoit orné , le
font universellement regretter , comme un sujet
également utile à la Religion qu'il a défendue
avec un zele infatigable par ses éloquents et so
lides Sermons ; et à la République des Lettres ,
qu'il a enrichie de plusieurs Ouvrages poëtiques
qui ont mérité plus d'une fois d'être couronnés .
dans l'Académie des Jeux Floraux. Il étoit d'ail
leurs autant estimable par les qualités du cœur
que par celles de l'esprit. Il prononça l'année
derniere avec beaucoup de succès dans l'Eglise
des R R. PP. de l'Oratoire , le Panégyrique de
S. Louis , en présence de deux célebres Acadé
mies. Il a aussi prêché plusieurs Sermons dans
l'Eglise Paroissiale de S. Sulpice et dans d'autres
Eglises de la Ville . Un redoublement de zele
pour les devoirs de son Ministere dans les cir-
constances de la fin du Carême , lui a causé la
maladie qui l'a enlevé en très-peu de jours.
Le même jour D. Jeanne-Louise d'Herbouville
I. Vd.
épouse
1224 MERCURE DE FRANCE
épouse de Charles de Houdetot , dit le Comte de
Houdetot , Chevalier Seigneur de Fontaines-le-
Châtel , de S. Germain des Essours , des Autieux,
&c. son cousin paternel et maternel du 3. au 4.
mourut après une courte maladie d'un abcès dans
la tête , à Paris dans la 26. année de son âge ,
étant née le s. Décembre 1711. elle étoit fille
d'Adrien , Marquis d'Herbouville , Chevalier-
Seigneur de S. Jean du Cardonnay , la Cour-le-
Comte , la Gaillarde , le Bourgdun , Luneray ,
S Pierre le Vieux , Baron de Longueval , Lagny,
fe Marqué , Bellan , &c. ci - devant premier Ea-
seigne de la Compagnie des Gendarmes de la
Garde du Roy , Mestre de Camp de Cavalerie ,
er de D. Françoise- Chrétienne Dauvet des Ma-
rets ; elle laisse un garçon et une fille en bas àge,
n'ayant été mariée qu'au mois de Novembre
1731. c'étoit la cinquiéme alliance réciproque
que ces deux Maisons , qui sont d'une ancienne
Noblesse de Normandie , avoient faites entre-el-
les. La Généalogie de celle de Houdetot est rå-
portée dans le Tome VIII.des Grands Officiers de
la Couronne , au Chapitre des Grands-Maîtres
des Arbalêrriers , page 16. Ses Armes sont d'ar-
gent à une bande d'azur , chargée de trois anne
lets d'or remplis , celui du milieu d'un Lion ,
les deux autres d'une Aigle à deux têtes , et Dia-
prée d'or. Herbouville porte de gueules à une
Fleur de Lys d'or.
Le nommé Félix de la Mata , mourut le 28.
Avril à Pampelune , âgé de 125. ans ; il s'étoit
marié à l'âge de 110. ans pour la troisième fois,
et il a eu trois enfans de sa derniere femme.
et.
Le 29. Dile Marie Cousinet , Dame.de Boisro-
ger , fille de Robert Coasinet , Maître ordinaire
en-l Chambre des Compres de Paris , mort le
JUIN.
L. Vol
1737.
1225
36. Août 1701. et de Di Elizabeth-Catherine
Rousselet , morte le premier May 1694. mourut
d'une fluxion de poitrine à Paris , dans un âge
avancé , sans avoir été mariée..
Le même jour François Gacon , ancien Avocat
au Parlement de Paris , où il avoit été immatri-
culé le 4. Février 1698. et l'un des grands Con-
sultans du Palais , mourut âgé d'environ 63 ans.
Le même jour D. Jeanne-Margueritte de Bre-
han , veuve depuis le 27. Mars 1713. de Charles,
Marquis de Sévigné , Seigneur des Rochers ,
Lieutenant pour le Roy de la Ville de Nantes et
Comté Nantois, et auparavant Sous-Lieutenant
de la Compagnie des Gendarmes Dauphins, avec
lequel elle avoit été mariée au mois de Fevrier
1-684. mourut à Paris, sans enfans , âgée de 69.
ans. Elle étoit sœur de Jean- François Amalrie
de Bréhan , Comte de Mauron et de Plélo , Sei-
gueur de Galinée , ci-devant Conseiller au Par-
fement de Bretagne ; tous deux enfans de Mau-
rille de Breban , aussi Comte de Mauron et de
Plélo , et de D. Louise de Quelen. Feu Charles?
Marquis de Sévigné , étoit frere de feuë Fran-
go:se -Marguerite de Sévigné , troisiéme femme.
de François Adhemar de Monteil de Castelane ,
Comte de Grignan , Chevalier des Ordres du
Roy ,, et seul Lieutenant General au Gouverne
ment de Provence, morte le 13. Août 1705. tous
deux enfans de Henry , Marquis de Sévigné, Sei-
gneur des Rochers , Maréchal des Camps et Ar
mées du Roy, et Gouverneur de la Ville de Fou-
geres en Bretagne , qui fut tué en 1651. dans un
combat singulier contre le Chevalier d'Albret ,,
et de Marie de Rabutin de Chantal , morte au
mois de May 1696. après s'être renduë celebre
par son esprit et par ses Lettres à la Comtesse de
Grignan ,
1226 MERCURE DE FRANCE
Grignan , sa fille , dont on a donné un Recueil
au Public en 1734. en 6. vol. in 12.
Le 2. May Antoine- Simon le Courtois , Ecuyer
Seigneur d'Avery et de Chome , ci-devant Con
trôleur Géneral des Fermes de Languedoc , ze.
Fils de feu Pierre le Courtois , Ecuyer Conseil-
ler au Siege Présidial de Troyes , et de Margue-
ritte Laigneau , mourut à Paris , laissant de D.
Marthe Ricaud, sa femme, Jacques le Courtois
d'Averly , Conseiller en la Cour des Aydes de
Paris , où il a été reçû le 10. May 1735.
Le 3. mourut subitement à Paris à l'Hôtel de
la Bibliotheque du Roy , âgé de 78. ans , Louis
de Targny , Prêtre du Diocèse de Noyon , Doc-
teur en Théologie de la Faculté de Paris , du 22.
Septembre 1688. l'un des Gardes de la Biblio-
theque du Roy , depuis le mois de Janvier 1712.
et Abbé Commandataire de l'Abbaye de S. Lo ,
Ordre de S. Augustin , Diocèse de Coutances
qu'il avoit obtenuë le 13. May 1724. en remet-
tant celle de Sainte Marie d'Obasine , Ordre de
Citeaux , Diocèse de Limoges , qui lui avoit été
accordée le 17. Octobre . 1723. il s'étoit démis il
y avoit environ 18. mois de la Dignité de Chan-
tre de l'Eglise Métropolitaine de Rheims ,et avoit
été autrefois Principal du College de Dainville.
François Sévin , Pensionnaire depuis 1726. de
l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-
Lettres , dans laquelle il avoit été reçû Eleve dès
1711. et ensuite Associé en 1714. a cû la Place
de Garde de la Bibliotheque du Roy, vacante par
la mort de Louis de Targny ; il en faisoit les
fonctions depuis quelques années.
Le 3. Dom Etienne Richard , General de
l'Ordre des Chartreux , mourut à la grande Char-
treuse en Dauphiné, dans la 69. année de son
I. Val
âge,
JUIN 1737.
I. Vol.
1227
ge , et dans la 6. de son Géneralat , ayant été
élû le 3. Février 1732. il étoit alors Prieur de la
Chartreuse de Castres en Languedoc , et Visiteur
de la Province d'Aquitaine.Dom Michel de Lar-
nage Prieur de la Chartreuse de S. Hugon , a été
élu Géneral en son lieu et place.
Le 4. Ferdinand , Duc de Curlande , et de Se-
migalle , qui depuis deux à trois ans faisoit son
séjour le plus ordinaire à Dantzig , y mourut
dans la 82. année de son âge , étant né le 2. No-
vembre 1655. il étoit 4 fils de Jacques , Duc de
Curlande et de Semigalle , mort le 31. Décembre
1682.et de Louise-Charlotte de Brandebourg,
morte le 29. Août 1676. il avoit embrasse la
Religion Catholique en 1698. et il avoit été au-
trefois Lieutenant d'Artillerie des Troupes de
l'Electeur de Brandebourg et ensuite du Roy de
Pologne. Après la mort du Duc Frederic Casi-
mir , son frere aîné , arrivée le
22. Janvier .
1698. il eut la Régence et l'administration du
Duché de Curlande jusqu'en 1710. pendant la
minorité du Duc Frédéric Guillaume , son ne-
veu , qui mourut le 21. Janvier 1711. il devoit
être son successeur , étant le seul mâle qui restất
de sa Maison , mais Anne Juanowna , veuve de
son neveu , quoique sans enfans , garda ses Etats
jusqu'en 1730. qu'elle fut apellée au Trône de
la Monarchie de Russie ; ensorte qu'il ne reçut
l'investiture du Duché de Curlande et de ses dépen
dances du Roy de Pologne , que le 28. Février
1731. Il s'étoit marié le 25. Septembre 1730.
avec Jeanne- Magdelaine de Saxe , née le 17.
Mars 1708, fille de feu Jean- Georges , Duc de
Saxe-Weissenfels , et de Frederique- Elizabeth de
Saxe-Eysenach. Il n'en a point eû d'enfans , de-
sorte qu'en lui finit la Maison de Ketler , qui
avoit
1228 MERCURE DE FRANCE
avoit été investie du Duché de Curlande et de
Semigalle , le 5. Mars 1562. par Sigismond, Roy
de Pologne , en la personne de Gothard Ketler ,
Gentilhomme du Duché de Bergue , er dernier
Grand-Maître de l'Ordre des Chevaliers de Li-
vonie , Bisayeul du Duc qui vient de mourir.
Les Zacharie Morel, Seigneur de la Brosse en
Brie , et de S. Oüen , Conseiller et Doyen du
Parlement , et Doyen des Conseillers de la Ville
.de Paris , mourut dans la 84. année de son âge
et la sf . de sa Magistrature , ayant été reçû
Consciller au Parlement le 6. May 1682. il mon-
ta à la Grand'Chambre au mois de Novembre
1714. et en devint Doyen le 25. Avril 1735. I
étoit fils de Daniel Morel , Seigneur de Stain-
ville, Haussignemont, Courbevoye, & c. Conseil
ler-Secretaire du Roy et de ses Finances, et Maître
de la Chambre aux Deniers de S. M. mort le 12
Avril 1697. et d'Elisabeth Henryet, morte le 27
Décembre 1691. et il avoit épousé défunte Mi-
chelle-Angélique Titon , fille de feu Maximi-
lien Titon , Baron de Berre , Seigneur d'Ognon,
&c. aussi Secretaire du Roy , et de ses Finances ,
et Directeur General du Magazin des Armes de
S. M. et de feüe Marguerite Becaille. Il en laisse
un fils , qui a été ci- devant dans le Service Mi-
litaire , er deux filles , tous trois non mariés.
Le 6. D. Marie- Anne Boileau , veuve depuis le
20. Janvier 1710. de Philipe Gourdon , Consei
ler-Secretaire du Roy , Maison , Couronne de
France et de ses Finances, et Secretaire des Com-
mandemens de feue Dile Marie de Lorraine ,
Duchesse de Guise , mourut d'une fluxion de
poitrine , âgée d'environ 76. ans, laissant un fils.
Le 7. May , Jean-Baptiste-Jacques de Saint
Remy, Marquis de Cossé , Seigneur de la Motte-
L.Voli
Fouqué
JUIN.
1737.
1229
Fouqué de Montgoubert , &c. mourut en son
Château de la Motte , en Normandie , âgé d'en-
viron 67. ans. Il avoit épousé en 1700. Marie-
Therese-Nicole de Montgommery, fille de Fran-
çois , Comte de Montgommery , Chevalier de
l'Ordre du Roy, et de Marie- Louise de Grisson,
Dame de la Motte- Villebouzin , près de Long-
jumeau et du Mesnil. Elle mourut le 29. Mars
1733. il avoit eû d'elle deux enfans ; sçavoir,
Jean-Baptiste-François de S. Remy , mort le 25
Avril 1726. âgé de 23. ans , et Marie- Magde-
laine de S. Remy , aujourd'hui seule et unique
heritiere de sa Maison , qui fut mariée le 20
Décembre 1725. avec Guy- Antoine de S. Si-
mon, Marquis de Courtomer , Mestre de Camp
de Cavalerie , ci- devant Capitaine des Gardes
du Corps de feue la Duchesse de Berry , qui a été
dans sa jeunesse Chevalier de l'Ordre de S. Jean
de Jerusalem , et qui devint en 1724. l'aîné de
sa Maison par la mort sans enfans de Jacques-
Antoine de S. Simon , son frere , Marquis de
Courtomer , Comte de Montreuil , Colonel du
Régiment de Soissonnois,
Le 8. D. Marie- Madelaine- Therese - Gene-
viéve de Mouchy d'Hocquincourt , Veuve depuis
le 27. Janvier 1711. d'Antoine de Pas , Mar-
quis de Feuquieres , Lieutenant General des Ar
mées du Roy , Gouverneur des Ville et Cita-
delle de Verdun , et Païs Verdunois , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , et ancien Che-
valier d'Honneur du Parlement de Metz , avec
lequel elle avoit été mariée au mois de Janvier
1695. mourut à Paris dans le Monastere de
Port - Royal , âgée de 68. ans. Elle étoit Fille
de Georges de Mouchy , Marquis d'Hocquin-
Court , Chevalier des Ordres du Roy , Lieute
1. Val.
nang
*
1228 MERCURE DE FRANCE
avoit été investie du Duché de Curlande et de
Semigalle , le 5. Mars 1562. par Sigismond, Roy
de Pologne , en la personne de Gothard Ketler ,
Gentilhomme du Duché de Bergue , er dernier
Grand-Maître de l'Ordre des Chevaliers de Li-
vonie , Bisayeul du Duc qui vient de mourir.
Les Zacharie Morel, Seigneur de la Brosse en
Brie , et de S. Ouen , Conseiller et Doyen du
Parlement , et Doyen des Conseillers de la Ville
de Paris , mourut dans la 84. année de son âge ,
et la sf . de sa Magistrature , ayant été reçû
Conseiller au Parlement le 6. May 1682. il mon
ta à la Grand'Chambre au mois de Novembre
1714. et en devint Doyen le 25. Avril 1735. I
étoit fils de Daniel Morel , Seigneur de Stain-
ville, Haussignemont , Courbevoye, & c. Conseil
ler- Secretaire du Roy et de ses Finances, et Maître
de la Chambre aux Deniers de S. M. mort le 12
Avril 1697. et d'Elisabeth Henryet, morte le 27
Décembre 1691. et il avoit épousé défunte Mi-
chelle-Angélique Titon , fille de feu Maximi-
lien Titon , Baron de Berre , Seigneur d'Ognon,
&c. aussi Secretaire du Roy , et de ses Finances,
et Directeur General du Magazin des Armes de
S. M. et de feue Marguerite Becaille. Il en laisse
un fils , qui a été ci- devant dans le Service Mi-
litaire , er deux filles , tous trois non mariés.
Le 6. D. Marie- Anne Boileau , veuve depuis le
20. Janvier 1710. de Philipe Gourdon , Consei
ler-Secretaire du Roy , Maison , Couronne de
France et de ses Finances, et Secretaire des Com-
mandemens de feue Dile Marie de Lorraine ,
Duchesse de Guise , mourut d'une fluxion de
poitrine , âgée d'environ 76. ans, laissant un fils.
Le 7. May , Jean-Baptiste-Jacques de Saint
Remy, Marquis de Cossé , Seigneur de la Motte-
I Vol
Fouqué
JUIN.
1737.
1229
Fouqué de Montgoubert , &c. mourut en son
Château de la Motte , en Normandie , âgé d'en-
viron 67. ans. Il avoit épousé en 1700. Marie-
Therese-Nicole de Montgommery, fille de Fran-
çois , Comte de Montgommery , Chevalier de
P'Ordre du Roy, et de Marie- Louise de Grisson,
Dame de la Motte-Villebouzin , près de Long-
jumeau et du Mesnil. Elle mourut le 29. Mars
1733. il avoit cû d'elle deux enfans ; sçavoir
"
Jean- Baptiste-François de S. Remy , mort le 25
Avril 1726. âgé de 23. ans , et Marie- Magde-
Laine de S. Remy , aujourd'hui seule et unique
heritiere de sa Maison , qui fut mariée le 20
Décembre 1725. avec Guy- Antoine de S. Si-
mon, Marquis de Courtomer , Mestre de Camp
de Cavalerie , ci- devant Capitaine des Gardes
du Corps de feue la Duchesse de Berry , qui a été
dans sa jeunesse Chevalier de l'Ordre de S. Jean
de Jerusalem , et qui devint en 1724. l'aîné de
sa Maison par la mort sans enfans de Jacques-
Antoine de S. Simon , son frere , Marquis de
Courtomer , Comte de Montreuil , Colonel du
Régiment de Soissonnois,
Le 8. D. Marie- Madelaine- Therese Genc-
viéve de Mouchy d'Hocquincourt , Veuve depuis
le 27. Janvier 1711. d'Antoine de Pas , Mar-
quis de Feuquieres , Lieutenant General des Ar-
mées du Roy , Gouverneur des Ville et Cita-
delle de Verdun , et Païs Verdunois , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Loüis , et ancien Che-
valier d'Honneur du Parlement de Metz , avec
lequel elle avoit été mariée au mois de Janvier
1695. mourut à Paris dans le Monastere de
Port- Royal , âgée de 68. ans. Elle étoit Fille
de Georges de Mouchy , Marquis d'Hocquin-
Court , Chevalier des Ordres du Roy , Lieute
I. Val.
nang
230 MERCURE DE FRANCE
nant General de ses Armées , Grand-Bailly et
Gouverneur de Peronne , Montdidier et Roye ,
mort au mois de Décembre 1689. et de Dame
Marie Molé de Jusanvigny , morte le 21. Jan-
vier 1694. Il ne lui restoit plus qu'une Fille , qui
est D. Pauline- Corisande de Pas- Feuquieres ,
née le 19. Janvier 1704. et mariée le 30. Jan-
vier 1720. avec Joachim Adolphe de Seigliere
Marquis de Soyecourt , Chevalier de l'Ordre
Militaire de Saint Louis , Brigadier des Armées
du Roy , ci-devant Colonel du Regiment de
Bourgogne.
Le 9. Jean-Jacques du Bergier , Seigneur des
Salles , et de Montaumer , Gentilhomme Ore
dinaire du feu Duc d'Orleans , mourut à Paris
en la Maison des PP. de la Doctrine Chrétien-
ne , dans un âge fort avancé.
Il étoit Fils de
Jean-Jacques Bergier , Seigneur des Salles , et
de Marie de Machaut , et veuf de Marie Gene-
viéve Routtier, morte le 24. Janvier 1731. âgée
de 74. ans, Fille de Michel Routtier Payeur des
Rentes de l'Hôtel de Ville de Paris , et de Ge
nevieve Lalleman.
Le 11. Augustin de la lacquerie de Simphalle,
natif de Beauvais en Picardie , Chanoine-Dia-
cre de l'Eglise Métropolitaine de Paris,mourut âgé
de 84.ans comple:s moins un jour, étant né le 12.
May 1653. Il étoit petit Neveu du célebre Clau-
de Joly , Chantre , Chanoine et Official de Pa-
ris , mort le 16. Janvier 1700. dans la 94 an-
née de son âge , qui lui avoit resigné avant sa
mort son Canonicat , auquel il fut reçû le 25.
du même mois de Janvier. Il étoit auparavant
Chanoine et Théologal de l'Eglise de Tournay.
Claude Joly avoit succedé en 1631. dans ce Ca
nonicat à Gui Loysel , son Oncle ; celui- ci à
I. Vol.
Arnoul
JUIN.
17370
1231
Arnoul du Mesnil , son grand Oncle en 1590.
et ce dernier à Paul du Mesnil , son Frere , en
$ 178 . ainsi il y avoit 159. ans que ce Bénéfice
étoit dans cette Famille.
Le 12. D. Catherine Turgot de Saint Clair ;
Epouse de Claude-Charles Hatte de Chevilly
Brigadier des Armées du Roy , Chevalier de
l'Ordre Militaire de S. Louis , et ci-devant Ca-
pitaine au Regiment des Gardes Françoises , et
auparavant veuve de Gilles d'Aligre , Seigneur
de Boislandry et de Beauvoir , Conseiller au
Parlement de Paris , decédé le 12. Avril 1711 .
mourut à Paris après 6, mois d'une maladie de
langueur, âgée d'environ 65. ans , sans laisser
d'enfans. Elle étoit fille de feu Antoine Turgot ,
Seigneur de S, Clair , Lanteuil , le Ménil-Gon-
douin
Belon , Sainte Honorine , &c. mort
Sous-Doïen des Maîtres des Requêtes de l'Hôtel
du Roy , le 15. Février 1713. et de feuë D,
Jeanne du Tillet , morte le 12 May 1728,
Le 13. Sœur Angelique de Lanfernat , sur
nommée de Tous - les- Saints , Religieuse, Ursuli-
ne du Convent de Crevant , ou Cavant en Au-
xerrois, mourut dans ce Monastere, âgée de plus
d'un Siécle. Elle étoit fille afnée de Charles de
Lanfernat , Ecuyer , Seigneur de la Jaque mi-
niere , et des Bards , et de D. Claude-Marie du
Plessis de la Perrine , Dame d'Asnieres , quifu
rent mariés par Contrat du 28. Décembre 1635,
Elle fur ondoyée au Château de la Jacquemi-
niere au Perche , et baptisée peu de jours après
dans l'Eglise de Moncorbon , le jour de Noël
?
25. Décembre 1636. Elle avoit deux Sœurs ca-
dettes , Religieuses au Convent des Ursulines de
Crevant , où elles sont mortes en reputation de
Sainteté ,
gées de plus de 80. ans, Elle prit à
J. Vol.
Jeug
1232 MERCURE DE FRANCE
leur exemple le même parti ; et après son No-
viciat , elle fut admise à la Profession le s. No-
vembre 1662. Elle a édifié , pendant sa vie
1
toute la Communauté par ses vertus , et par sa
régularité à remplir les Observances de son état,
dont elle ne s'estjamais relâchée , même dans sa
vieillesse la plus avancée. Feu Edme de Lanfer-
nat , son frere , Seigneur de la Jacqueminiere et
d'Asnieres , mort au mois d'Octobre 1718. a
laissé de Catherine Sauvat , qu'il avoit épousée
Je 9. Juin 1676, et du chef de laquelle il étoit
devenu Seigneur de Villars , Paroisse de Cham-
pignelles près de S. Fargeau en Puisaye ; entre
autres Enfans , Jean
·
Baptiste de Lanfernat ,
Seigneur de Villars , marié avec Damoisel
le Guillaume de Marsangis , d'auprès de Sens ,
et Charlote de Lanfernat , mariée avec Joseph
de Montigny , Seigneur de Montigny- les-Has-
tes , Paroisse de Pereux. On a parlé de la Fa-
mille de Lanfernat dans le Mercure du mois
de Février 1731. p. 284 à l'occasion de la mort
de D. Louise- Marie de Lanfernat , Dame de
Courteilles- le-Guerin , du Teil , et de Cham-
moteux , Veuve de François de l'Osmone , Sei-
gneur du Bois-de- la-Pierre , Exempt des Gardes
du Corps du Roy , et Chevalier de l'Ordre de
S. Louis , laquelle s'étoit fait connoître par son
talent pour la Poësie , et par les Recherches et
Mémoires qu'elle avoit faites sur l'Histoire de
Normandie.
Le 14 May , Louis de Rochechouart, Seigneur
de Montigny et du Monceau , qui avoit servi
dans sa jeunesse en qualité d'Enseigne , et en-
suite de Lieutenant des Galeres , mourut dans
son Château de Montigny , dans la Forêt d'Or-
leans , âgé de 72. ans 10 mois. 11 étoit fils
I. Vol.
d'Isaac
du Roi.
JUIN.
1737.
1233
Isaac- Louis de Rochechouart , Seigneur de
Montigny, de la Brosse et du Monceau , Baron
de Loury dans la Forêt d'Orleans, mort en 1683.
et de Françoise le Conquerant , sa premiere fem-
me , et il avoit épousé en 1692. Elizabeth de
Cugnac , fille de Philipe de Cugnac , Baron de
Jouy en Beauce , et d'Elizabeth de Morain-
ville, Il en laisse Louis-Philipe-Esprit-Juvenal
de Rochechouart, Chevalier des Ordres de N.D.
du Mont Carmel , et de S. Lazare de Jerusalem,
Capitaine dans le Regiment de la Reine Infan-
terie; Pierre-Jules-César de Rochechouart, Evê-
que d'Evreux , sacré le 15. Février 1734. Jo-
seph de Rochechouart , et Louise Elisabeth de
Rochechouart , mariée le 10. Décembre 1731.
avec Henri Lambert d'Herbigny , Marquis de
Thibouville , ci-devant Mestre de Camp du Re-
giment de Dragons de la Reine.
Le 17. D. Marguerite de Lalive , veuve depuis
le 17. Juin 1731. de Jean Martial de Jaucen de
la Perriére, Seigneur de Crosne , et de Noisy sur
Seine,Conseiller-Secretaire du Roi, Maison,Cou-
ronne de France et de ses Finances , ancien Re-
ceveur general des Finances de Flandres , et an-
cien Fermier general , mourut en son Châ-
teau de Crosne , âgée d'environ 84. ans , lais-
sant 2. filles,qui sont D. Marie Anne de Jaucen,
veuve de Pierre Larcher , Marquis d'Arey , et
de Vindici, Seigneur d'Avrilly , Bailli d'Epée de
Vermandois , et Président en la Chambre des
Comptes de Paris , et D. Marguerite Françoise
de Jaucen, épouse de François- Louis - Martial de
Montiers , Comte de Merinville , Vicomte de
Brigueil , Baron de Montrocher , et de Château-
brun, Capitaine-Lieutenant de la Compagnie des
Gendarmes de la Reine , et Brigadier des Armées
Lo
234 MERCURE DE FRANCE
Le 27. La Dlle Lucas , fille aînée de feu An-
toine-Jean Lucas , Seigneur de Romeval , et de
Neuvirelle , Conseiller en la Grand'Chambre du
Parlement de Paris mort le 7. Décembre 1728.
et de D. Anne Magdelaine Loyseau , sa veuve ,
mourut
>
âgée de 21. ans ou environ .
Le 29. Alexis Paneau , Conseiller-Secretaire da
Roi,Maison,Couronne de France et de ses Finan.
ces, Honoraire , et ancien Directeur general des
Aydes et Entrées de la Ville de Paris, aussi ancien
Payeur des Rentes de l'Hôtel de Ville , mourut
dans la 100e. année de son âge , étant né au mois
de Juillet 1637. Il avoit été marié 1º. avec Vic-
toire Elian , Femme de Chambre des Enfans de
France , morte le 22. Septembre 1694. 2 ° avec
Jeanne- Angelique le Vaillant , sœur de François
le Vaillant , Conseiller au Grand Conseil. Il
laisse de celle-ci 2. filles qui ne sont point ma-
riées , et de la premiere un fils apellé le sieur
d'Arty, qui lui a succedé dans l'Emploi de Di-
recteur General des Aydes et Entrées de Paris ,
et qui a épousé une des filles de Louis Guillau-
me , Ecuier , Sieur de Fontaine, Commissaire et
Controlleur de la Marine au Département de
Flandres et de Picardie , et de Marie Armande
Carton.
Le premier Juin , D. Marie- Thérese Colbert ,
veuve depuis le 6. Novembre 1725. de Jacques
Eleonor Rouxel, Comte de Medavy et de Gran-
cey , Maréchal de France , Chevalier des Or-
dres du Roi , Gouverneur de la Ville et Princi-
pauté de Sedan, avec lequel elle avoit été mariée
le 12. Juin 1685. mourut à Paris , âgée de 68 .
ans , sans laisser d'enfans. Elle étoit fille d'E-
douard-François Colbert , Comte de Maulevrier,
Baron de la Frogerie &c. Chevalier des Ordres
da
I. Vol.
JUIN.
1737.
1235
du Roi , Lieutenant General de ses Armées , or
Gouverneur des Ville et Citadelle de Tournay
>
mort le 31. Mai 1693. et de Marie Magdelaine
Bautrude Serrant , morte le 10. Mars 1700.
Le même jour D. Louise - Emilie de la Tour
d'Auvergne, ancienne Abbesse de l'Abbaye Roya
ie de Montmartre-lès- Paris , mourut dans le
Monastere du Prieuré du Cherchemidi , où elle
s'étoit retirée, dans la 70. aunée de son âge . Elle
étoit Professe de l'Abbaye de N. D. de Soissons,
de l'Ordre de S. Benoît, elle fut nommée au mois
de Février 1707. Abbesse de S. Remy de Villers-
Côte-Rets , du même Ordre , Diocèse de Sois-
sons,d'où elle fut transferée au mois de Novem-
bre 1727. à celle de Montmartre , dont elle
donna sa démission au mois de Février 1735.
Elle étoit fille de Frédéric- Maurice de la Tour ,
Comte d'Auvergne et d'Oliergues , Marquis de
Lanquais, Colonel Général de la Cavalerie Lé
gere de France , Lieutenant Général des Armées
du Roy , Gouverneur et Sénéchal du haut et bas
Limosin , mort le 23. Novembre 1707. et de
Henriette- Françoise de Hohen- Zollern , Mar-
quise de Berg-op - Zoom , sa premiere femme
morte le 17. Octobre 1698.
Le 7. Avril , pâquit dans le Château de Wailly
Marie Anne Christiane Josephine, fille premiere
née de Louis Ferdinand Joseph de Croy , Duo
d'Havré , et de Croy , Prince du Saint Empire ,
Grand d'Espagne de la premiere Classe, Châtelain
heréditaire de Mons , Marquis de Thie-le Châ-
teau,&c. Colonel du Régiment de la Couronne,
et de D. Marie- Louise Cunegonde de Montmo-
rency-Luxembourg , mariés le 16. Janvier de
Pannée derniere 1736. elle fut baptisée le lende-
I
main
1236 MERCURE DE FRANCE
main 8. par l'Evêque d'Amiens dans l'Eglise pa,
roissiale de ce lieu au bruit de plusieurs déchar
ges de canon. Les Parain et Maraine furent
Louis Christian de Montmorency - Luxembourg,
Comte Souverain de Luxe , Comte de Beau-
mont , Seigneur de Dollor , Maréchal de France ,
Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant Gene
ral au Gouvernement de Flandres , et Gouver
neur de Valenciennes
la baptisée.
Ayeul maternel
"
et
D. Marie-Anne Cesarée Lanti, Duchesse Dožiai-
riere d'Havré , et de Croy , Ayeule paternelle de
Quelques semaines après cette cérémonie , il
y eut dans les Jardins du Château de Wailly un
fort -beau feu d'artifice , qui fut tiré entre 9. et
10. heures du soir avec beaucoup de succès. Il
fut accompagné d'une illumination d'environ
3000. lampions dont toutes les fenêtres du Châ-
teau étoient entourées ; quantité de piramides
sur les bords d'un Canal , qui passe au milieu
du jardin , étoient aussi garnies de lampions ,
et formoient par la reverberation de leur lumie
re dans le canal un objet fort charmant à la vûë,
Plusieurs personnes de la premiere distinction
de la Province , se trouverent à cette fête.
Le premier Avril dernier , D. Joachim- An
toine Ximenès , Marquis d'Ariza , et de la Guar-
dia , Amirante heréditaire du Royaume d'Arra-
gon , Grand d'Espagne de la premiere Classe ,
veuf de feie. D. Rose Perez de Gusman Bueno
Sylva et Mendoza , épousa dans la Chapelle
du Château de Wailly à 4. lieues d'Amiens en
Picardie , Dlle Marie Anne. Charlotte de Croy,
âgée d'environ 20. ans, seconde fille de feu Jean-
Baptiste Erançois Joseph.de Croy , Duc d'Ha
J Vol.
γκέ
JU IN.
1737.
1237
ré et de Croy , Marquis de Wailly , Prince de
l'Empire, Grand d'Espagne de la premiere Clas-
se , mort le 24. Mai 1727. et de D. Marie An-
ne Cesarée Lanti , sa veuve , Duchesse Douai-
riere d'Havré et de Croy. La cerémonie des Fian
çailles , et des Epousailles fut faite par Louis-
François d'Orleans de la Mothe , Evêque d'A-
miens.
Et Mariages.
Le 28. Mars D. Henriette-Louise de Beauvau, veuve depuis le 10. Juin 1727. de Henri
de Choiseul-la Riviere , apellé le Marquis de
Choiseul , Comte de la Riviere , Chevigny ,
I. Vol .
Hiiij
1218 MERCURE DE FRANCE
et Couloutre , Vicomte de Bouconville , Ba
ron de Lux , Seigneur de Giry , Chassy , Briga-
dier des Armées du Roy, ancien Mestre de Camp
du Regiment de la Reine Cavalerie, avec lequet
elle avoit été mariée le 28. Avril 1711. mou-
rut à Paris , âgée d'environ 51. ans. Elle étoit
Fille puinée de Gabriel - Henri de Beauvau ,
Marquis de Montgauger , Comte de Crissé ,
ci- devant Capitaine des Gardes de feu Phi-
lipe , Fils de France , Duc d'Orleans , et de feuë
Marie- Angelique de Saint André , sa premiere
Femme. Elle laisse pour Fils unique César - Ga-
briel de Choiseul- la- Riviere, Comte de la Rivie-
re , apellé le Marquis de Choiseul , né le 14.
Août 1712. Mestre de Camp de Cavalerie, Sous-
Lieutenant de la Compagnie des Chevau Le-
gers Dauphins , du 25. Mars 1734. et aupara➡
vant Cornette de celle des Chevau - Legers de
Berri , dont le mariage avec Marie de Champa-
gne de Villaines est raporté dans le Mercure du
mois de May 1732. p. 1022.
Le 31. D. Louise - Henriette - Françoise de
Lorraine ,Duchesse Douairiere de Bouillon , Fille
aînée d'Anne- Marie- Joseph de Lorraine , Com .
re et Prince de Guise sur Moselle , et de feuë D.
Marie-Louise- Christine de Castille
·
Heritiere de Montjeu , morte le 11.Janv. 1736.
mourut à Paris , après une longue maladie de
poitrine , âgée de 30. ans. Elle avoit été mariée
le 21. Mars 1725. avec Emmanuel - Théodose
de la Tour , Duc de Bouillon , Vicomte de Tu-
renne, Duc d'Albret,et de Châteauthierry, Com-
te d'Auvergne , d'Evreux et du bas Armagnac ,
Baron de la Tour et de Mongaçon , &c. Pair ,
et ci -devant Grand Chambellan de France, Gou-
verneur et Lieutenant General du haut et bas
I. Vel,
Jeannin,
Auvergne
JUIN.
née le 20. Décembre 1728.
1737.
1219
Auvergne , mort le 17. May 1730. Elle étois
sa quatriéme Femme. Elle laisse de lui une Fille,
Le 1. Avril Jean- Luc, de Lauzieres, Marquis
deThemines- Cardailhac, Mestre de Camp de Ca-
valerie, par Brevet du premier Décembre 1718.
Gouverneur des Ville et Château de Dommes
en Perigord , par Provisions du 1. Juin 1721.
et Gentilhomme de la Chambre du Duc d'Or- .
leans , par autres Provisions du 5. Mars 1724.
mourut à Paris , âgé de 63. ans. Il avoit été
Chevalier de l'Ordre de S. Jean de Jerusalem ,
dont il quitta la Croix , lorsqu'il se maria le
13. Novembre 1730. avec Angelique - Sophie
d'Hautefort , Fille de feu Charles-Louis d'Hau-
tefort, Marquis de Surville , Lieutenant General
des Armées du Roy , et de Louise de Crevant-
d'Humieres. Le Duc d'Orleans lui accorda alors
une pension de 4000. livres pour le dédomma-
ger de la perte d'une de 3000. livres qui lui
avoit été accordée sur l'Evêché de Perigueux. le
11. Janvier 1721. Il étoit Fils puiné de feu
Henri de Lauzieres , Seigneur de Saint Beaulize,
et du Bosc , et de Marie de Nogaret de Tre-
lans. Le Duc d'Estrées , dernier mort , lui avoit
fait une donation entrevifs de plusieurs Terres
et Seigneuries provenantes de la Maison de Lau-
zieres-Themines , le 11. May 1721. Elles lai
furent disputées par les Soeurs du Donataire ,
mais il fut confirmé dans la proprieté , posses-
sion et jouissance de ces Terres , par Arrêt
contradictoire du Parlement de Toulouse du 29.
May 1728 .
Le 3. D. Cecile- Catherine de Falconis , Dame
d'Auvilliers , Veuve d'Antoine d'Amanzé, Com-
se de Choffailles en Mâconnois , Seigneur d'Ar-
I. Vel
Hr singes
1220 MERCURE DE FRANCE
singes , de Vize , de Ballemont , de Saint Ger-
main de la Montagne, &c. avec lequel elle avoit
été mariée le 17. Juin 1705. mourut à Paris ,
âgée d'environ fr. ans, laissant un Fils âgé de 20.
ans › et une Fille plus jeune. Elle étoit Fille de
Pierre -Louis de Falconis , Seigneur d'Auvilliers-
et de Lierval , mort le 17. Mars 1692. et d'Eli-
zabeth de Monthelon , morte au mois de Jan-
vier 1729.
Le 4. Leonor-Hubert de Grivel , Marquis
d'Ouroy , Colonel d'un Regiment d'Infanterie
de son nom , ci- devant de Vendôme par Com--
mission du 27. Juin 1726. Fils aîné de Paul
de Grivel
?
Comte d'Ouroüer , en
1
Berri
qu'on prononce Ouroy) de Grossauve, &c..
autrefois Mestre de Camp- Lieutenant du Regi-
ment d'Anjou Cavalerie , et de feuë Dame Mar-
guerite-Françoise le Bourgoing de Faulin , dont
on a annoncé la mort dans le Mercure du mois.
de May 1736. p. 1032. mourut à Paris , âgé
de 28. ans , et sans avoir été marié.
Le 9: Nicolas-Simon Arnauld , Marquis de
Pomponne , de Palaiseau et de Champlant , Bri--
gadier des Armées du Roy , ci- devant Lieute-
nant General , et Commandant pour S. M. au
Gouvernement de l'Isle de France et Soisson-
nois, mourut à Paris âgé de 74. ans ri. mois,
Son Corps fut aporté le 11. au soir de Saint Sul-
pice , sa Paroisse , à Saint Merry , où il a étés
inhumé dans la Chapelle de, sa Famille. Son
Coeur a été porté à Palaiseau . Il avoit été d'a→
bord Capitaine dans le Reginent du Roy. Il fut
fait ensuite Colonel de celui de Hainaut au mois
de Septembre 1684. H servit à la tête de ce Re-
giment en Savoye sous le Maréchal de Ca-
anat , et il se distingua à la Bataille de la Staf
I. Voli
-farde
JUIN.
1737.
1221
farde en Piémont le 18. Août 1690. Il eut le
Regiment d'Artois au mois de Septembre 1692
et il fut fait Brigadier d'Infanterie le 30. Mars
1693. Il alla au mois de Mars 1699. à Bruxel-
les , avec le caractere d'Envoyé Extraordinaire
du Roy vers le feu Electeur Duc de Baviere ,
pour le complimenter sur la mort du Prince
Electoral , son Fils. Il étoit Fils aîné de feu Si
mon Arnauld , Marquis de Pomponne , Minis-
tre d'Etat , et Sur- Intendant General des Postes
et Relais de France , ci-devant Secretaire d'Etat
ayant le Département des Affaires étrangeres ,
mort le 26. Septembre 1699: à l'âge de 81. ans,
et de Catherine- Renée Ladvocat , morte le 31.
Décembre 1711. à l'âge de 75. ans , Sœur aînée
de Charlote- Renée l'Advocat , Veuve du Mar
quis de Vins , actuellement vivante. Le Marquis
de Pomponne , qui vient de mourir , étoit Fre
re de l'Abbé de Pomponne , Conseiller d'Etat
Ordinaire , et Chancelier des Ordres du Roy ,
et de la Marquise de Torcy-Colbert ; il avoit
été marié le 11. Mars 1694 avec Constance de
Harville de Palaiseau , Fille de feu François de
Harville des Ursins , Marquis de Palaiseau , de
Doué et de Trainel, Chevalier de l'Ordre du Roi,
Maréchal de Cap de ses Armées, et Gouverneur
des Ville et Citadelle de Charleville,et de Monto-
himpe , mort le 12 Octobre 1701 et de feuë
Anne de Comans d'Astry , sa seconde Femme ,
morte au mois d'Août 1693. Il avoit eu d'elle
Henri Charles Arnauld , Comte de Pomponne ,
mort le trente Juillet 1711. âgé de quator-
ze ans ; Jean Baptiste - François - Felix Ar-
nauld de Pomponne, mort dans la 10. année de
son âge , le 22% Avril 1713 et Catherine- Cons "
tance-Emilie Arnauld de Pomponne , restée Fille
IA-Foto-
H-vj
miques
1220 MERCURE DE FRANCE
"
singes , de Vize , de Ballemont , de Saint Ger-
main de la Montagne, &c. avec lequel elle avoit
été mariée le 17. Juin 1705. mourut à Paris
âgée d'environ fr. ans,laissant un Fils âgé de 20.-
ans , et une Fille plus jeune. Elle étoit Fille de
Pierre-Louis de Falconis , Seigneur d'Auvilliers-
et de Lierval , mort le 17. Mars 1692. et d'Eli-
zabeth de Monthelon , morte au mois de Jan-
vier 1729.
Le 4. Leonor-Hubert de Grivel , Marquis
d'Ourey , Colonel d'un Regiment d'Infanterie
de son nom , ci- devant de Vendôme par Com--
mission du 27. Juin 1726. Fils aîné de Paui
de Grivel , Comte d'Ourouer
en
Berri 9
qu'on prononce Ouroy) de Grossauve, &c..
autrefois Mestre de Camp- Lieutenant du Regi-
ment d'Anjou Cavalerie , et de feue Dame Mar-
guerite -Françoise le Bourgoing de Faulin , dont
ön a annoncé la mort dans le Mercure du mois.
de May 1736. p. 1032. mourut à Paris , âgé
de 28. ans, et sans avoir été marié.
Le 9. Nicolas- Simon Arnauld , Marquis de
Pomponne , de Palaiseau et de Champlant , Bri--
gadier des Armées du Roy , ci-devant Lieute-
nant General , et Commandant pour S. M. au
Gouvernement de l'Isle de France et Soisson-
nois, mourut à Paris âgé de 74. ans ri. mois,
Son Corps fut aporté le 11. au soir de Saint Sul-
pice , sa Paroisse , à Saint Merry , où il a été
inhumé dans la Chapelle de, sa Famille. Son
Coeur a été porté à Palaiseau. Il avoit été d'a—
bord Capitaine dans le Reginent du Roy. Il fut
fait ensuite Colonel de celui de Hainaut au mois
de Septembre 1684. H servit à la tête de ce Re-
giment en Savoye sous le Maréchal de Ca-
nar , et il se distingua à la Bataille de la Staf-
I. Vali
farde
JUIN.
farde en Piémont le
1737.
1221
18. Août 1690. Il eut le
Regiment d'Artois au mois de Septembre 1692
et il fut fait Brigadier d'Infanterie le 30. Mars
1693. Il alla au mois de Mars 1699. à Bruxel
les , avec le caractere d'Envoyé Extraordinaire
du Roy vers le feu Electeur Duc de Baviere ,
pour le complimenter sur la mort du Prince
Electoral , son Fils. Il étoit Fils aîné de feu Si
mon Arnauld , Marquis de Pomponne , Minis-
tre d'Etat , et Sur - Intendant General des Postes
et Relais de France , ci-devant Secretaire d'Etat
ayant le Département des Affaires étrangeres ,
mort le 26. Septembre 1699 ; à l'âge de 81. ans,
et de Catherine- Renée Ladvocat , morte le 31.
Décembre 1711. à l'âge de 75. ans , Sœur aînée
de Charlote- Renée l'Advocat , Veuve du Mara
quis de Vins , actuellement vivante. Le Marquis
de Pomponne , qui vient de mourir , étoit Fre→
re de l'Abbé de Pomponne , Conseiller d'Etat
Ordinaire , et Chancelier des Ordres du Roy ,
et de la Marquise de Torcy-Colbert ; il avoit
été marié le 11. Mars 1694 avec Constance de
Harville de Palaiseau , Fille de feu François de
Harville des Ursins , Marquis de Palaiseau , de
Doué et de Trainel, Chevalier de l'Ordre du Roi,
Maréchal de Cainp de ses Armées, et Gouverneur
des Ville et Citadelle de Charleville,et de Monto-
himpe , mort le 12 Octobre 1701 et de feuë
Anne de Comans d'Astry , sa seconde Femme ,
morte au mois d'Août 1693. Il avoit eu d'elle
Henri Charles Arnauld , Comte de Pomponne ,
mort le trente Juillet 1711. âgé de quator-
·
ze ans ; Jean Baptiste - François- Felix Ar-
nauld de Pomponne, mort dans la 10. année de
son âge , le 22 Avril 17136 et-Catherine- Cons
tance- Emilie Arnauld de Pomponne , restée Fille
Is-Vols-
Hivj
miquet
1222 MERCURE DE FRANCE
unique, mariée le 25 Juin 1715. avec Jean-Joa-i
chim Rouault , Comte de Cayeu , aujourd'hu
Marquis de Gamaches, et Maréchal de Camp des
Armées du Roy.,
Le 12. Philipe Hecquet , Docteur-Regent, an-
cien Professeur , et ancien Doyen de la Faculté
de Médecine de Paris , connu par plusieurs Ou-
vrages de sa Profession , qu'il avoit rendus pu-
blics mourut âgé de 74. ans. Il avoit quité
•
depuis 1o. ans l'exercice de la Medecine , il s'é-
toit retiré dans l'Enclos du Convent des Car-
melites du Fauxbourg S. Jacques. On prétend
qu'il y avoit 30. ans qu'il n'avoit mangé de
viande , ni bû de vin .
Le 13. Nicolas Henin , Conseiller du Roy ea
son Grand Conseil , où il avoit été reçû le s .
May 1688. mourut après avoir été trois jours
entiers en apoplexie létargique.
Il étoit âgé de
82. ans 11. mois 10. jours , étant né le 3. May
1654. Il étoit veuf d'Anne- Henriette Brice
dont il laisse deux Fils et une Fille , ainsi qu'on
l'a raporté en annonçant la mort de cette Da-
me dans le Mercure du mois de Novembre
1734. P. 1530.
Le 26. Louis le Goux de la Berchere , Comte
de la Rochepot , Marquis de Santenay , Baron de
Thoisy, Seigneur de la Berchere , Conseiller d'E-
tat ordinaire , mourut à Paris subitement en alg
lant se mettre à table pour dîner. Il étoit dans la
61. année de son âge , étant né le 10. Octobre
1676. il avoit été successivement Conseiller au
Parlement de Paris le 14.Janvier 1699. Maître des
Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roy le 29
Juillet 1703. et Chancelier et Garde des. Sceaux
de Charles de France , Duc de Berri , le 11. Dé-
sembre 1710. Il perdit cette Charge à la mort de
1. Velo
JUIN.
1737.
1223
ce Prince , et ayant été fait Conseiller d'Etat au
mois de May 1715. il se démit de celle de Maî
tre des Requêtes , et obtint des Lettres d'Hono-
raire le 22. Juin de la même année. Il étoit veuf
sans enfans depuis le 16. Mars 1729. de Magde-
leine-Charlotte Voisin , fille aînée du feu Chan-
celier de France de ce nom , et fils de feu Urbain
le Goux de la Berchere , Marquis de Santenay ,
&c. Maître des RequêtesHonoraire de l'Hôtel du
Roy , ci-devant Intendant successivement à
Moulins , à Riom , à Montauban et à Rouen ,
mort le 30. Août 1721. à l'âge de 79. ans , es
d'Antoinette le Févre d'Eaubonne , morte le 29%
Décembre 1708. âgée de 17. ans.
Le 27. Jean- Baptiste Poncy de Neuville , Prê-
tre, mourut à Paris dans la 39. année de son
âge. Les heureux talens dont il étoit orné , le
font universellement regretter , comme un sujet
également utile à la Religion qu'il a défendue
avec un zele infatigable par ses éloquents et so
lides Sermons ; et à la République des Lettres ,
qu'il a enrichie de plusieurs Ouvrages poëtiques
qui ont mérité plus d'une fois d'être couronnés .
dans l'Académie des Jeux Floraux. Il étoit d'ail
leurs autant estimable par les qualités du cœur
que par celles de l'esprit. Il prononça l'année
derniere avec beaucoup de succès dans l'Eglise
des R R. PP. de l'Oratoire , le Panégyrique de
S. Louis , en présence de deux célebres Acadé
mies. Il a aussi prêché plusieurs Sermons dans
l'Eglise Paroissiale de S. Sulpice et dans d'autres
Eglises de la Ville . Un redoublement de zele
pour les devoirs de son Ministere dans les cir-
constances de la fin du Carême , lui a causé la
maladie qui l'a enlevé en très-peu de jours.
Le même jour D. Jeanne-Louise d'Herbouville
I. Vd.
épouse
1224 MERCURE DE FRANCE
épouse de Charles de Houdetot , dit le Comte de
Houdetot , Chevalier Seigneur de Fontaines-le-
Châtel , de S. Germain des Essours , des Autieux,
&c. son cousin paternel et maternel du 3. au 4.
mourut après une courte maladie d'un abcès dans
la tête , à Paris dans la 26. année de son âge ,
étant née le s. Décembre 1711. elle étoit fille
d'Adrien , Marquis d'Herbouville , Chevalier-
Seigneur de S. Jean du Cardonnay , la Cour-le-
Comte , la Gaillarde , le Bourgdun , Luneray ,
S Pierre le Vieux , Baron de Longueval , Lagny,
fe Marqué , Bellan , &c. ci - devant premier Ea-
seigne de la Compagnie des Gendarmes de la
Garde du Roy , Mestre de Camp de Cavalerie ,
er de D. Françoise- Chrétienne Dauvet des Ma-
rets ; elle laisse un garçon et une fille en bas àge,
n'ayant été mariée qu'au mois de Novembre
1731. c'étoit la cinquiéme alliance réciproque
que ces deux Maisons , qui sont d'une ancienne
Noblesse de Normandie , avoient faites entre-el-
les. La Généalogie de celle de Houdetot est rå-
portée dans le Tome VIII.des Grands Officiers de
la Couronne , au Chapitre des Grands-Maîtres
des Arbalêrriers , page 16. Ses Armes sont d'ar-
gent à une bande d'azur , chargée de trois anne
lets d'or remplis , celui du milieu d'un Lion ,
les deux autres d'une Aigle à deux têtes , et Dia-
prée d'or. Herbouville porte de gueules à une
Fleur de Lys d'or.
Le nommé Félix de la Mata , mourut le 28.
Avril à Pampelune , âgé de 125. ans ; il s'étoit
marié à l'âge de 110. ans pour la troisième fois,
et il a eu trois enfans de sa derniere femme.
et.
Le 29. Dile Marie Cousinet , Dame.de Boisro-
ger , fille de Robert Coasinet , Maître ordinaire
en-l Chambre des Compres de Paris , mort le
JUIN.
L. Vol
1737.
1225
36. Août 1701. et de Di Elizabeth-Catherine
Rousselet , morte le premier May 1694. mourut
d'une fluxion de poitrine à Paris , dans un âge
avancé , sans avoir été mariée..
Le même jour François Gacon , ancien Avocat
au Parlement de Paris , où il avoit été immatri-
culé le 4. Février 1698. et l'un des grands Con-
sultans du Palais , mourut âgé d'environ 63 ans.
Le même jour D. Jeanne-Margueritte de Bre-
han , veuve depuis le 27. Mars 1713. de Charles,
Marquis de Sévigné , Seigneur des Rochers ,
Lieutenant pour le Roy de la Ville de Nantes et
Comté Nantois, et auparavant Sous-Lieutenant
de la Compagnie des Gendarmes Dauphins, avec
lequel elle avoit été mariée au mois de Fevrier
1-684. mourut à Paris, sans enfans , âgée de 69.
ans. Elle étoit sœur de Jean- François Amalrie
de Bréhan , Comte de Mauron et de Plélo , Sei-
gueur de Galinée , ci-devant Conseiller au Par-
fement de Bretagne ; tous deux enfans de Mau-
rille de Breban , aussi Comte de Mauron et de
Plélo , et de D. Louise de Quelen. Feu Charles?
Marquis de Sévigné , étoit frere de feuë Fran-
go:se -Marguerite de Sévigné , troisiéme femme.
de François Adhemar de Monteil de Castelane ,
Comte de Grignan , Chevalier des Ordres du
Roy ,, et seul Lieutenant General au Gouverne
ment de Provence, morte le 13. Août 1705. tous
deux enfans de Henry , Marquis de Sévigné, Sei-
gneur des Rochers , Maréchal des Camps et Ar
mées du Roy, et Gouverneur de la Ville de Fou-
geres en Bretagne , qui fut tué en 1651. dans un
combat singulier contre le Chevalier d'Albret ,,
et de Marie de Rabutin de Chantal , morte au
mois de May 1696. après s'être renduë celebre
par son esprit et par ses Lettres à la Comtesse de
Grignan ,
1226 MERCURE DE FRANCE
Grignan , sa fille , dont on a donné un Recueil
au Public en 1734. en 6. vol. in 12.
Le 2. May Antoine- Simon le Courtois , Ecuyer
Seigneur d'Avery et de Chome , ci-devant Con
trôleur Géneral des Fermes de Languedoc , ze.
Fils de feu Pierre le Courtois , Ecuyer Conseil-
ler au Siege Présidial de Troyes , et de Margue-
ritte Laigneau , mourut à Paris , laissant de D.
Marthe Ricaud, sa femme, Jacques le Courtois
d'Averly , Conseiller en la Cour des Aydes de
Paris , où il a été reçû le 10. May 1735.
Le 3. mourut subitement à Paris à l'Hôtel de
la Bibliotheque du Roy , âgé de 78. ans , Louis
de Targny , Prêtre du Diocèse de Noyon , Doc-
teur en Théologie de la Faculté de Paris , du 22.
Septembre 1688. l'un des Gardes de la Biblio-
theque du Roy , depuis le mois de Janvier 1712.
et Abbé Commandataire de l'Abbaye de S. Lo ,
Ordre de S. Augustin , Diocèse de Coutances
qu'il avoit obtenuë le 13. May 1724. en remet-
tant celle de Sainte Marie d'Obasine , Ordre de
Citeaux , Diocèse de Limoges , qui lui avoit été
accordée le 17. Octobre . 1723. il s'étoit démis il
y avoit environ 18. mois de la Dignité de Chan-
tre de l'Eglise Métropolitaine de Rheims ,et avoit
été autrefois Principal du College de Dainville.
François Sévin , Pensionnaire depuis 1726. de
l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-
Lettres , dans laquelle il avoit été reçû Eleve dès
1711. et ensuite Associé en 1714. a cû la Place
de Garde de la Bibliotheque du Roy, vacante par
la mort de Louis de Targny ; il en faisoit les
fonctions depuis quelques années.
Le 3. Dom Etienne Richard , General de
l'Ordre des Chartreux , mourut à la grande Char-
treuse en Dauphiné, dans la 69. année de son
I. Val
âge,
JUIN 1737.
I. Vol.
1227
ge , et dans la 6. de son Géneralat , ayant été
élû le 3. Février 1732. il étoit alors Prieur de la
Chartreuse de Castres en Languedoc , et Visiteur
de la Province d'Aquitaine.Dom Michel de Lar-
nage Prieur de la Chartreuse de S. Hugon , a été
élu Géneral en son lieu et place.
Le 4. Ferdinand , Duc de Curlande , et de Se-
migalle , qui depuis deux à trois ans faisoit son
séjour le plus ordinaire à Dantzig , y mourut
dans la 82. année de son âge , étant né le 2. No-
vembre 1655. il étoit 4 fils de Jacques , Duc de
Curlande et de Semigalle , mort le 31. Décembre
1682.et de Louise-Charlotte de Brandebourg,
morte le 29. Août 1676. il avoit embrasse la
Religion Catholique en 1698. et il avoit été au-
trefois Lieutenant d'Artillerie des Troupes de
l'Electeur de Brandebourg et ensuite du Roy de
Pologne. Après la mort du Duc Frederic Casi-
mir , son frere aîné , arrivée le
22. Janvier .
1698. il eut la Régence et l'administration du
Duché de Curlande jusqu'en 1710. pendant la
minorité du Duc Frédéric Guillaume , son ne-
veu , qui mourut le 21. Janvier 1711. il devoit
être son successeur , étant le seul mâle qui restất
de sa Maison , mais Anne Juanowna , veuve de
son neveu , quoique sans enfans , garda ses Etats
jusqu'en 1730. qu'elle fut apellée au Trône de
la Monarchie de Russie ; ensorte qu'il ne reçut
l'investiture du Duché de Curlande et de ses dépen
dances du Roy de Pologne , que le 28. Février
1731. Il s'étoit marié le 25. Septembre 1730.
avec Jeanne- Magdelaine de Saxe , née le 17.
Mars 1708, fille de feu Jean- Georges , Duc de
Saxe-Weissenfels , et de Frederique- Elizabeth de
Saxe-Eysenach. Il n'en a point eû d'enfans , de-
sorte qu'en lui finit la Maison de Ketler , qui
avoit
1228 MERCURE DE FRANCE
avoit été investie du Duché de Curlande et de
Semigalle , le 5. Mars 1562. par Sigismond, Roy
de Pologne , en la personne de Gothard Ketler ,
Gentilhomme du Duché de Bergue , er dernier
Grand-Maître de l'Ordre des Chevaliers de Li-
vonie , Bisayeul du Duc qui vient de mourir.
Les Zacharie Morel, Seigneur de la Brosse en
Brie , et de S. Oüen , Conseiller et Doyen du
Parlement , et Doyen des Conseillers de la Ville
.de Paris , mourut dans la 84. année de son âge
et la sf . de sa Magistrature , ayant été reçû
Consciller au Parlement le 6. May 1682. il mon-
ta à la Grand'Chambre au mois de Novembre
1714. et en devint Doyen le 25. Avril 1735. I
étoit fils de Daniel Morel , Seigneur de Stain-
ville, Haussignemont, Courbevoye, & c. Conseil
ler-Secretaire du Roy et de ses Finances, et Maître
de la Chambre aux Deniers de S. M. mort le 12
Avril 1697. et d'Elisabeth Henryet, morte le 27
Décembre 1691. et il avoit épousé défunte Mi-
chelle-Angélique Titon , fille de feu Maximi-
lien Titon , Baron de Berre , Seigneur d'Ognon,
&c. aussi Secretaire du Roy , et de ses Finances ,
et Directeur General du Magazin des Armes de
S. M. et de feüe Marguerite Becaille. Il en laisse
un fils , qui a été ci- devant dans le Service Mi-
litaire , er deux filles , tous trois non mariés.
Le 6. D. Marie- Anne Boileau , veuve depuis le
20. Janvier 1710. de Philipe Gourdon , Consei
ler-Secretaire du Roy , Maison , Couronne de
France et de ses Finances, et Secretaire des Com-
mandemens de feue Dile Marie de Lorraine ,
Duchesse de Guise , mourut d'une fluxion de
poitrine , âgée d'environ 76. ans, laissant un fils.
Le 7. May , Jean-Baptiste-Jacques de Saint
Remy, Marquis de Cossé , Seigneur de la Motte-
L.Voli
Fouqué
JUIN.
1737.
1229
Fouqué de Montgoubert , &c. mourut en son
Château de la Motte , en Normandie , âgé d'en-
viron 67. ans. Il avoit épousé en 1700. Marie-
Therese-Nicole de Montgommery, fille de Fran-
çois , Comte de Montgommery , Chevalier de
l'Ordre du Roy, et de Marie- Louise de Grisson,
Dame de la Motte- Villebouzin , près de Long-
jumeau et du Mesnil. Elle mourut le 29. Mars
1733. il avoit eû d'elle deux enfans ; sçavoir,
Jean-Baptiste-François de S. Remy , mort le 25
Avril 1726. âgé de 23. ans , et Marie- Magde-
laine de S. Remy , aujourd'hui seule et unique
heritiere de sa Maison , qui fut mariée le 20
Décembre 1725. avec Guy- Antoine de S. Si-
mon, Marquis de Courtomer , Mestre de Camp
de Cavalerie , ci- devant Capitaine des Gardes
du Corps de feue la Duchesse de Berry , qui a été
dans sa jeunesse Chevalier de l'Ordre de S. Jean
de Jerusalem , et qui devint en 1724. l'aîné de
sa Maison par la mort sans enfans de Jacques-
Antoine de S. Simon , son frere , Marquis de
Courtomer , Comte de Montreuil , Colonel du
Régiment de Soissonnois,
Le 8. D. Marie- Madelaine- Therese - Gene-
viéve de Mouchy d'Hocquincourt , Veuve depuis
le 27. Janvier 1711. d'Antoine de Pas , Mar-
quis de Feuquieres , Lieutenant General des Ar
mées du Roy , Gouverneur des Ville et Cita-
delle de Verdun , et Païs Verdunois , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , et ancien Che-
valier d'Honneur du Parlement de Metz , avec
lequel elle avoit été mariée au mois de Janvier
1695. mourut à Paris dans le Monastere de
Port - Royal , âgée de 68. ans. Elle étoit Fille
de Georges de Mouchy , Marquis d'Hocquin-
Court , Chevalier des Ordres du Roy , Lieute
1. Val.
nang
*
1228 MERCURE DE FRANCE
avoit été investie du Duché de Curlande et de
Semigalle , le 5. Mars 1562. par Sigismond, Roy
de Pologne , en la personne de Gothard Ketler ,
Gentilhomme du Duché de Bergue , er dernier
Grand-Maître de l'Ordre des Chevaliers de Li-
vonie , Bisayeul du Duc qui vient de mourir.
Les Zacharie Morel, Seigneur de la Brosse en
Brie , et de S. Ouen , Conseiller et Doyen du
Parlement , et Doyen des Conseillers de la Ville
de Paris , mourut dans la 84. année de son âge ,
et la sf . de sa Magistrature , ayant été reçû
Conseiller au Parlement le 6. May 1682. il mon
ta à la Grand'Chambre au mois de Novembre
1714. et en devint Doyen le 25. Avril 1735. I
étoit fils de Daniel Morel , Seigneur de Stain-
ville, Haussignemont , Courbevoye, & c. Conseil
ler- Secretaire du Roy et de ses Finances, et Maître
de la Chambre aux Deniers de S. M. mort le 12
Avril 1697. et d'Elisabeth Henryet, morte le 27
Décembre 1691. et il avoit épousé défunte Mi-
chelle-Angélique Titon , fille de feu Maximi-
lien Titon , Baron de Berre , Seigneur d'Ognon,
&c. aussi Secretaire du Roy , et de ses Finances,
et Directeur General du Magazin des Armes de
S. M. et de feue Marguerite Becaille. Il en laisse
un fils , qui a été ci- devant dans le Service Mi-
litaire , er deux filles , tous trois non mariés.
Le 6. D. Marie- Anne Boileau , veuve depuis le
20. Janvier 1710. de Philipe Gourdon , Consei
ler-Secretaire du Roy , Maison , Couronne de
France et de ses Finances, et Secretaire des Com-
mandemens de feue Dile Marie de Lorraine ,
Duchesse de Guise , mourut d'une fluxion de
poitrine , âgée d'environ 76. ans, laissant un fils.
Le 7. May , Jean-Baptiste-Jacques de Saint
Remy, Marquis de Cossé , Seigneur de la Motte-
I Vol
Fouqué
JUIN.
1737.
1229
Fouqué de Montgoubert , &c. mourut en son
Château de la Motte , en Normandie , âgé d'en-
viron 67. ans. Il avoit épousé en 1700. Marie-
Therese-Nicole de Montgommery, fille de Fran-
çois , Comte de Montgommery , Chevalier de
P'Ordre du Roy, et de Marie- Louise de Grisson,
Dame de la Motte-Villebouzin , près de Long-
jumeau et du Mesnil. Elle mourut le 29. Mars
1733. il avoit cû d'elle deux enfans ; sçavoir
"
Jean- Baptiste-François de S. Remy , mort le 25
Avril 1726. âgé de 23. ans , et Marie- Magde-
Laine de S. Remy , aujourd'hui seule et unique
heritiere de sa Maison , qui fut mariée le 20
Décembre 1725. avec Guy- Antoine de S. Si-
mon, Marquis de Courtomer , Mestre de Camp
de Cavalerie , ci- devant Capitaine des Gardes
du Corps de feue la Duchesse de Berry , qui a été
dans sa jeunesse Chevalier de l'Ordre de S. Jean
de Jerusalem , et qui devint en 1724. l'aîné de
sa Maison par la mort sans enfans de Jacques-
Antoine de S. Simon , son frere , Marquis de
Courtomer , Comte de Montreuil , Colonel du
Régiment de Soissonnois,
Le 8. D. Marie- Madelaine- Therese Genc-
viéve de Mouchy d'Hocquincourt , Veuve depuis
le 27. Janvier 1711. d'Antoine de Pas , Mar-
quis de Feuquieres , Lieutenant General des Ar-
mées du Roy , Gouverneur des Ville et Cita-
delle de Verdun , et Païs Verdunois , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Loüis , et ancien Che-
valier d'Honneur du Parlement de Metz , avec
lequel elle avoit été mariée au mois de Janvier
1695. mourut à Paris dans le Monastere de
Port- Royal , âgée de 68. ans. Elle étoit Fille
de Georges de Mouchy , Marquis d'Hocquin-
Court , Chevalier des Ordres du Roy , Lieute
I. Val.
nang
230 MERCURE DE FRANCE
nant General de ses Armées , Grand-Bailly et
Gouverneur de Peronne , Montdidier et Roye ,
mort au mois de Décembre 1689. et de Dame
Marie Molé de Jusanvigny , morte le 21. Jan-
vier 1694. Il ne lui restoit plus qu'une Fille , qui
est D. Pauline- Corisande de Pas- Feuquieres ,
née le 19. Janvier 1704. et mariée le 30. Jan-
vier 1720. avec Joachim Adolphe de Seigliere
Marquis de Soyecourt , Chevalier de l'Ordre
Militaire de Saint Louis , Brigadier des Armées
du Roy , ci-devant Colonel du Regiment de
Bourgogne.
Le 9. Jean-Jacques du Bergier , Seigneur des
Salles , et de Montaumer , Gentilhomme Ore
dinaire du feu Duc d'Orleans , mourut à Paris
en la Maison des PP. de la Doctrine Chrétien-
ne , dans un âge fort avancé.
Il étoit Fils de
Jean-Jacques Bergier , Seigneur des Salles , et
de Marie de Machaut , et veuf de Marie Gene-
viéve Routtier, morte le 24. Janvier 1731. âgée
de 74. ans, Fille de Michel Routtier Payeur des
Rentes de l'Hôtel de Ville de Paris , et de Ge
nevieve Lalleman.
Le 11. Augustin de la lacquerie de Simphalle,
natif de Beauvais en Picardie , Chanoine-Dia-
cre de l'Eglise Métropolitaine de Paris,mourut âgé
de 84.ans comple:s moins un jour, étant né le 12.
May 1653. Il étoit petit Neveu du célebre Clau-
de Joly , Chantre , Chanoine et Official de Pa-
ris , mort le 16. Janvier 1700. dans la 94 an-
née de son âge , qui lui avoit resigné avant sa
mort son Canonicat , auquel il fut reçû le 25.
du même mois de Janvier. Il étoit auparavant
Chanoine et Théologal de l'Eglise de Tournay.
Claude Joly avoit succedé en 1631. dans ce Ca
nonicat à Gui Loysel , son Oncle ; celui- ci à
I. Vol.
Arnoul
JUIN.
17370
1231
Arnoul du Mesnil , son grand Oncle en 1590.
et ce dernier à Paul du Mesnil , son Frere , en
$ 178 . ainsi il y avoit 159. ans que ce Bénéfice
étoit dans cette Famille.
Le 12. D. Catherine Turgot de Saint Clair ;
Epouse de Claude-Charles Hatte de Chevilly
Brigadier des Armées du Roy , Chevalier de
l'Ordre Militaire de S. Louis , et ci-devant Ca-
pitaine au Regiment des Gardes Françoises , et
auparavant veuve de Gilles d'Aligre , Seigneur
de Boislandry et de Beauvoir , Conseiller au
Parlement de Paris , decédé le 12. Avril 1711 .
mourut à Paris après 6, mois d'une maladie de
langueur, âgée d'environ 65. ans , sans laisser
d'enfans. Elle étoit fille de feu Antoine Turgot ,
Seigneur de S, Clair , Lanteuil , le Ménil-Gon-
douin
Belon , Sainte Honorine , &c. mort
Sous-Doïen des Maîtres des Requêtes de l'Hôtel
du Roy , le 15. Février 1713. et de feuë D,
Jeanne du Tillet , morte le 12 May 1728,
Le 13. Sœur Angelique de Lanfernat , sur
nommée de Tous - les- Saints , Religieuse, Ursuli-
ne du Convent de Crevant , ou Cavant en Au-
xerrois, mourut dans ce Monastere, âgée de plus
d'un Siécle. Elle étoit fille afnée de Charles de
Lanfernat , Ecuyer , Seigneur de la Jaque mi-
niere , et des Bards , et de D. Claude-Marie du
Plessis de la Perrine , Dame d'Asnieres , quifu
rent mariés par Contrat du 28. Décembre 1635,
Elle fur ondoyée au Château de la Jacquemi-
niere au Perche , et baptisée peu de jours après
dans l'Eglise de Moncorbon , le jour de Noël
?
25. Décembre 1636. Elle avoit deux Sœurs ca-
dettes , Religieuses au Convent des Ursulines de
Crevant , où elles sont mortes en reputation de
Sainteté ,
gées de plus de 80. ans, Elle prit à
J. Vol.
Jeug
1232 MERCURE DE FRANCE
leur exemple le même parti ; et après son No-
viciat , elle fut admise à la Profession le s. No-
vembre 1662. Elle a édifié , pendant sa vie
1
toute la Communauté par ses vertus , et par sa
régularité à remplir les Observances de son état,
dont elle ne s'estjamais relâchée , même dans sa
vieillesse la plus avancée. Feu Edme de Lanfer-
nat , son frere , Seigneur de la Jacqueminiere et
d'Asnieres , mort au mois d'Octobre 1718. a
laissé de Catherine Sauvat , qu'il avoit épousée
Je 9. Juin 1676, et du chef de laquelle il étoit
devenu Seigneur de Villars , Paroisse de Cham-
pignelles près de S. Fargeau en Puisaye ; entre
autres Enfans , Jean
·
Baptiste de Lanfernat ,
Seigneur de Villars , marié avec Damoisel
le Guillaume de Marsangis , d'auprès de Sens ,
et Charlote de Lanfernat , mariée avec Joseph
de Montigny , Seigneur de Montigny- les-Has-
tes , Paroisse de Pereux. On a parlé de la Fa-
mille de Lanfernat dans le Mercure du mois
de Février 1731. p. 284 à l'occasion de la mort
de D. Louise- Marie de Lanfernat , Dame de
Courteilles- le-Guerin , du Teil , et de Cham-
moteux , Veuve de François de l'Osmone , Sei-
gneur du Bois-de- la-Pierre , Exempt des Gardes
du Corps du Roy , et Chevalier de l'Ordre de
S. Louis , laquelle s'étoit fait connoître par son
talent pour la Poësie , et par les Recherches et
Mémoires qu'elle avoit faites sur l'Histoire de
Normandie.
Le 14 May , Louis de Rochechouart, Seigneur
de Montigny et du Monceau , qui avoit servi
dans sa jeunesse en qualité d'Enseigne , et en-
suite de Lieutenant des Galeres , mourut dans
son Château de Montigny , dans la Forêt d'Or-
leans , âgé de 72. ans 10 mois. 11 étoit fils
I. Vol.
d'Isaac
du Roi.
JUIN.
1737.
1233
Isaac- Louis de Rochechouart , Seigneur de
Montigny, de la Brosse et du Monceau , Baron
de Loury dans la Forêt d'Orleans, mort en 1683.
et de Françoise le Conquerant , sa premiere fem-
me , et il avoit épousé en 1692. Elizabeth de
Cugnac , fille de Philipe de Cugnac , Baron de
Jouy en Beauce , et d'Elizabeth de Morain-
ville, Il en laisse Louis-Philipe-Esprit-Juvenal
de Rochechouart, Chevalier des Ordres de N.D.
du Mont Carmel , et de S. Lazare de Jerusalem,
Capitaine dans le Regiment de la Reine Infan-
terie; Pierre-Jules-César de Rochechouart, Evê-
que d'Evreux , sacré le 15. Février 1734. Jo-
seph de Rochechouart , et Louise Elisabeth de
Rochechouart , mariée le 10. Décembre 1731.
avec Henri Lambert d'Herbigny , Marquis de
Thibouville , ci-devant Mestre de Camp du Re-
giment de Dragons de la Reine.
Le 17. D. Marguerite de Lalive , veuve depuis
le 17. Juin 1731. de Jean Martial de Jaucen de
la Perriére, Seigneur de Crosne , et de Noisy sur
Seine,Conseiller-Secretaire du Roi, Maison,Cou-
ronne de France et de ses Finances , ancien Re-
ceveur general des Finances de Flandres , et an-
cien Fermier general , mourut en son Châ-
teau de Crosne , âgée d'environ 84. ans , lais-
sant 2. filles,qui sont D. Marie Anne de Jaucen,
veuve de Pierre Larcher , Marquis d'Arey , et
de Vindici, Seigneur d'Avrilly , Bailli d'Epée de
Vermandois , et Président en la Chambre des
Comptes de Paris , et D. Marguerite Françoise
de Jaucen, épouse de François- Louis - Martial de
Montiers , Comte de Merinville , Vicomte de
Brigueil , Baron de Montrocher , et de Château-
brun, Capitaine-Lieutenant de la Compagnie des
Gendarmes de la Reine , et Brigadier des Armées
Lo
234 MERCURE DE FRANCE
Le 27. La Dlle Lucas , fille aînée de feu An-
toine-Jean Lucas , Seigneur de Romeval , et de
Neuvirelle , Conseiller en la Grand'Chambre du
Parlement de Paris mort le 7. Décembre 1728.
et de D. Anne Magdelaine Loyseau , sa veuve ,
mourut
>
âgée de 21. ans ou environ .
Le 29. Alexis Paneau , Conseiller-Secretaire da
Roi,Maison,Couronne de France et de ses Finan.
ces, Honoraire , et ancien Directeur general des
Aydes et Entrées de la Ville de Paris, aussi ancien
Payeur des Rentes de l'Hôtel de Ville , mourut
dans la 100e. année de son âge , étant né au mois
de Juillet 1637. Il avoit été marié 1º. avec Vic-
toire Elian , Femme de Chambre des Enfans de
France , morte le 22. Septembre 1694. 2 ° avec
Jeanne- Angelique le Vaillant , sœur de François
le Vaillant , Conseiller au Grand Conseil. Il
laisse de celle-ci 2. filles qui ne sont point ma-
riées , et de la premiere un fils apellé le sieur
d'Arty, qui lui a succedé dans l'Emploi de Di-
recteur General des Aydes et Entrées de Paris ,
et qui a épousé une des filles de Louis Guillau-
me , Ecuier , Sieur de Fontaine, Commissaire et
Controlleur de la Marine au Département de
Flandres et de Picardie , et de Marie Armande
Carton.
Le premier Juin , D. Marie- Thérese Colbert ,
veuve depuis le 6. Novembre 1725. de Jacques
Eleonor Rouxel, Comte de Medavy et de Gran-
cey , Maréchal de France , Chevalier des Or-
dres du Roi , Gouverneur de la Ville et Princi-
pauté de Sedan, avec lequel elle avoit été mariée
le 12. Juin 1685. mourut à Paris , âgée de 68 .
ans , sans laisser d'enfans. Elle étoit fille d'E-
douard-François Colbert , Comte de Maulevrier,
Baron de la Frogerie &c. Chevalier des Ordres
da
I. Vol.
JUIN.
1737.
1235
du Roi , Lieutenant General de ses Armées , or
Gouverneur des Ville et Citadelle de Tournay
>
mort le 31. Mai 1693. et de Marie Magdelaine
Bautrude Serrant , morte le 10. Mars 1700.
Le même jour D. Louise - Emilie de la Tour
d'Auvergne, ancienne Abbesse de l'Abbaye Roya
ie de Montmartre-lès- Paris , mourut dans le
Monastere du Prieuré du Cherchemidi , où elle
s'étoit retirée, dans la 70. aunée de son âge . Elle
étoit Professe de l'Abbaye de N. D. de Soissons,
de l'Ordre de S. Benoît, elle fut nommée au mois
de Février 1707. Abbesse de S. Remy de Villers-
Côte-Rets , du même Ordre , Diocèse de Sois-
sons,d'où elle fut transferée au mois de Novem-
bre 1727. à celle de Montmartre , dont elle
donna sa démission au mois de Février 1735.
Elle étoit fille de Frédéric- Maurice de la Tour ,
Comte d'Auvergne et d'Oliergues , Marquis de
Lanquais, Colonel Général de la Cavalerie Lé
gere de France , Lieutenant Général des Armées
du Roy , Gouverneur et Sénéchal du haut et bas
Limosin , mort le 23. Novembre 1707. et de
Henriette- Françoise de Hohen- Zollern , Mar-
quise de Berg-op - Zoom , sa premiere femme
morte le 17. Octobre 1698.
Le 7. Avril , pâquit dans le Château de Wailly
Marie Anne Christiane Josephine, fille premiere
née de Louis Ferdinand Joseph de Croy , Duo
d'Havré , et de Croy , Prince du Saint Empire ,
Grand d'Espagne de la premiere Classe, Châtelain
heréditaire de Mons , Marquis de Thie-le Châ-
teau,&c. Colonel du Régiment de la Couronne,
et de D. Marie- Louise Cunegonde de Montmo-
rency-Luxembourg , mariés le 16. Janvier de
Pannée derniere 1736. elle fut baptisée le lende-
I
main
1236 MERCURE DE FRANCE
main 8. par l'Evêque d'Amiens dans l'Eglise pa,
roissiale de ce lieu au bruit de plusieurs déchar
ges de canon. Les Parain et Maraine furent
Louis Christian de Montmorency - Luxembourg,
Comte Souverain de Luxe , Comte de Beau-
mont , Seigneur de Dollor , Maréchal de France ,
Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant Gene
ral au Gouvernement de Flandres , et Gouver
neur de Valenciennes
la baptisée.
Ayeul maternel
"
et
D. Marie-Anne Cesarée Lanti, Duchesse Dožiai-
riere d'Havré , et de Croy , Ayeule paternelle de
Quelques semaines après cette cérémonie , il
y eut dans les Jardins du Château de Wailly un
fort -beau feu d'artifice , qui fut tiré entre 9. et
10. heures du soir avec beaucoup de succès. Il
fut accompagné d'une illumination d'environ
3000. lampions dont toutes les fenêtres du Châ-
teau étoient entourées ; quantité de piramides
sur les bords d'un Canal , qui passe au milieu
du jardin , étoient aussi garnies de lampions ,
et formoient par la reverberation de leur lumie
re dans le canal un objet fort charmant à la vûë,
Plusieurs personnes de la premiere distinction
de la Province , se trouverent à cette fête.
Le premier Avril dernier , D. Joachim- An
toine Ximenès , Marquis d'Ariza , et de la Guar-
dia , Amirante heréditaire du Royaume d'Arra-
gon , Grand d'Espagne de la premiere Classe ,
veuf de feie. D. Rose Perez de Gusman Bueno
Sylva et Mendoza , épousa dans la Chapelle
du Château de Wailly à 4. lieues d'Amiens en
Picardie , Dlle Marie Anne. Charlotte de Croy,
âgée d'environ 20. ans, seconde fille de feu Jean-
Baptiste Erançois Joseph.de Croy , Duc d'Ha
J Vol.
γκέ
JU IN.
1737.
1237
ré et de Croy , Marquis de Wailly , Prince de
l'Empire, Grand d'Espagne de la premiere Clas-
se , mort le 24. Mai 1727. et de D. Marie An-
ne Cesarée Lanti , sa veuve , Duchesse Douai-
riere d'Havré et de Croy. La cerémonie des Fian
çailles , et des Epousailles fut faite par Louis-
François d'Orleans de la Mothe , Evêque d'A-
miens.
Fermer
7388
p. 1237-1256
ARRESTS NOTABLES, EDITS, &c.
Début :
ARREST du 11. Décembre 1736. portant Reglement géneral pour le commerce du [...]
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texteReconnaissance textuelle : ARRESTS NOTABLES, EDITS, &c.
ARRESTS NOTABLES,
EDITS, &c.
ARREST du 11. Décembre 1736. portant Reglement géneral pour le commerce du
Tabac au Comté de Bourgogne , par lequel Sa
Majesté ordonne l'exécution des 26. Articles
Contenus audit Arrêt.
ORDONNANCE du Roy , du 8. Janvier sui
vant,portant réduction des Régimens d'Infante-
rie Allemande , par laquelle S. M. ordonne l'exe
cution des dix Articles qui y sont contenus.
AUTRE du même jour , portant rétablisse-
ment des Congés d'ancienneté , dont la déli-
vrance avoit été suspenduë par celle du Is. Fé
vrier 1734.
AUTRE du même jour , pour réduire les
Troupes Suisses et Grisonnes qui sont au Ser-
vice de S. M. et regler leur payement.
1 AUTRE du même jour , portant réduction
dans les Régimens de Hussards , qui ordonne
I. Kol.
I ij , l'execution
1238 MERCURE DE FRANCE
Eexecution des huit Articles qui y sont contenus.
AUTRE du même jour , portant réduction
des Compagnies de Cavalerie Françoise et Etrans
gere , et de Carabiniers.
AUTRE du même jour , pour réduire tou-
tes les Compagnies des Régimens d'Infanterie
Françoise , à trente hommes.
AUTRE du même jour , pour réduire les
Compagnies des Régimens de Dragons à vingt-
cinq , dont quinze à cheval et dix à pied.
AUTRE du même jour , concernant la ré-
duction des quatre Compagnies des Gardes du
Corps , par laquelle S. M. ordonne qu'à com
mencer du 20. du présent mois de Janvier ,
il
sera réformé cinq Gardes par Brigade , à raison
de trente par Compagnie , et au total cent vingt
Gardes, &c.
AUTRE du même jour , pour réduire la
Compagnie des Grenadiers à cheval du Roy , a
cent trente Maîtres , avec quatre Tambours.
AUTRE du même jour , pour retranches
les cinquante Mousquetaires à cheval , dont
chacune des premiere et seconde Compagnies
avoient été augmentées par Ordonnance du pre-
mier Mars 1734.
AUTRE du même jour , pour réduire les
trente Compagnies ordinaires du Régiment des
Gardes Françoises , à cent dix hommes chacune ,
Bon compris les Officiers.
I.Vol
AUTRE
JUIN.
1737.
seize Compagnies de la Gendarmerie.
1235
AUTRE du même jour , pour réduire les
AUTRE du même jour , pour réduire les
Compagnies des Régimens d'infanterie Iklan-
coise à trente hommes , et composer les Batail-
lons de dix - sept Compagnies , de même que les
Bataillons François,
AUTRE du même jour , contenant 44. pa
ges , portant Reglement pour le payement des
Troupes de Sa Majesté , par laquelle il est dit
que S. M. ayant fait expédier ses ofdres pour le
licenciement et les réductións qu'elle s'est déter-
minée de faire dans ses Troupes , tant Françoises
qu'Etrangeres , à l'occasion de la Paix ; et vou-
Tant expliquer ses intentions sur la composition ,
après la réforme , et l'entretenement de celles
qu'elle a résolu de conserver ; elie a ordonné et
ordonne l'execution de tous les Articles conte-
nus en ladite Ordonnance , &c.
AUTRE du 1o. pour faire
retournee
dans les Provinces et Generalités du Royaumë
Jes Cavaliers , Dragons et Soldats François qui
seront réformés , et leur défendre de commettre
aucun désordre ni de passer dans les Pays Etran-
gers , sur les peines qui y sont contenues.
SENTENCE de Police du 11. qui renouvelle
les défenses à tous Boulangers , Meûniers , Bras-
seurs et autres , d'acheter aucuns Grains et Fa-
rines , et à tous Fermiers , Laboureurs et autres,
d'en vendre par montre , dans l'étenduë de huit
lieues aux environs de Paris..
1. Vol.
I iij
ARREST
1240 MERCURE DE FRANCE
ARREST du 15. qui proroge jusqu'au
dernier Décembre 1737. le délai accordé par ce-
lui du 17. Janvier 1736. pour la modération des
droits de Marc d'Or , Sceau et autres frais de
Provisions des Offices qui se Itveront , vacans
aux Revenus Casuels , pendant le courant de la-
dite année.
AUTRE du 22. qui ordonne que les Ser-
ges de Crevecœur , d'Hardivilliers et des autres
Manufactures , qu'il a été d'usage jusqu'à pré-
sent de vendre à la piece , pouront à l'avenir
être vendues à l'aune et sur le pied de l'auna-
ge que contiendra chaque piece desdites Ser-
ges.
AUTRE du même jour , qui confisque plu-
sieurs Pieces d'Etoffes de Soye de Fabriques
étrangeres ou du Royaume , saisies tant dans
le Magasin des sieurs Viot et Desfossez , Asso-
ciés , que dans celui du sieur Bougier , faute de
marques ou plombs de Fabrique ; et les con-
damne en dix livres d'amende , pour chacune
Piece d'Etoffes saisies.
AUTRE du même jour , portant confisca-
tion de plusieurs Pieces et Coupons d'Etoffes de
Soye de fabriques étrangeres ou du Royaume ,
saisies dans le Magasin du sieur Charles - Louis
Chauvin , Marchand de Soye en gros , faute de
marques ou plombs de Fabrique , et le condam-
ne en dix livres d'amende pour chaque Piece
d'Etoffes saisies.
SENTENCE de Police du 25. qui condam
me le sieur Menin en trois mille livres d'amen-
I. Vol
ge
JUIN 1737.
I iij
1241
de pour avoir donné à jouer dans sa maison au
Jeu de Pharaon , et le sieur de Colmenil en millo
livres d'amende pour y avoir été trouvé caillant
audit Jeu.
LETTRES Patentes du Roy , sur le Re
glement fait et arrêté le 15. Janvier 1737. pour
la Teinture des Etoffes de Laine , et des Laines
servant à leur fabrication , contenant ledit Re-
glement 93 Articles , dont S. M. ordonne l'e-
xecution. Données à Versailles le 29. Janvier
1737. Registrées en Parlement le 12. Mars
suivant.
ORDONNANCE de Police du 30. qui
fait défenses à tous Limonadiers, Marchands de
Vin et autres , de souffrir que l'on joue chés eux
aux Jeux de Pair-ou-non , aux Dés et autres
Jeux de hazard , sous peine de trois mille livres
d'amende , et de mille livres d'amende aussi
contre chaque Particulier qui y sera trouvé jouant
auxdits Jeux.
ARREST du Parlemens , au sujet d'un Mé
moire imprimé & c.
Ce jour, les Gens du Roi sont entrés , et Maî-
tre Pierre Gilbert de Voisins , Avocat dudit Sei-
gneur Roy , portant la parole , ont dit : Qu'il
ne leur est pas permis de se taire sur un Mé-
moire imprimé du sieur Marquis de Bauffre-
mont , qui d'ailleurs leur seroit étranger par son
objet , dont la connoissance est soumise à un
autre Tribunal ; mais dans lequel ils trouvent
ce qui interesse le plus nécessairement leur mi-
sistere , et ce qui apartient le plus immédia
tement à l'autorité de la Cour.
I. Vol.
Qu'on
1240 MERCURE DE FRANCE
ARREST du 15. qui proroge jusqu'au
dernier Décembre 1737. le délai accordé par ce-
lui du 17. Janvier 1736. pour la modération des
droits de Marc d'Or , Sceau et autres frais de
Provisions des Offices qui se leveront , vacans
aux Revenus Casuels , pendant le courant de la-
dite année.
AUTRE du 22. qui ordonne que les Ser-
ges de Crevecœur , d'Hardivilliers et des autres
Manufactures , qu'il a été d'usage jusqu'à pré-
sent de vendre à la piece , pouront à l'avenir
être vendues à l'aune et sur le pied de l'auna-
ge que contiendra chaque piece desdites Ser-
ges.
AUTRE du même jour , qui confisque plu-
sieurs Pieces d'Etoffes de Soye de Fabriques
étrangeres ou du Royaume , saisies tant dans
le Magasin des sicurs Viot et Desfossez , Asso-
ciés , que dans celui du sieur Bougier , faute de
marques ou plombs de Fabrique ; et les con-
damne en dix livres d'amende , pour chacune
Piece d'Etoffes saisies.
AUTRE du même jour , portant confisca-
tion de plusieurs Pieces et Coupons d'Etoffes de
Soye de fabriques étrangeres ou du Royaume ,
saisies dans le Magasin du sieur Charles - Louis
Chauvin , Marchand de Soye en gros , faute de
marques ou plombs de Fabrique , et le condam-
ne en dix livres d'amende pour chaque Piece-
d'Etoffes saisies.
SENTENCE de Police du 25. qui condam
me le sieur Menin en trois mille livres d'amen-
I. Vol
de
JUIN 1737.
I. Vol.
1241
de pour avoir donné à jouer dans sa maison au
Jeu de Pharaon , et le sieur de Colmenil en millo
livres d'amende pour y avoir été trouvé taillant
audit Jeu.
LETTRES Patentes du Roy , sur le Re
glement fait et arrêté le 15. Janvier 1737. pour
la Teinture des Etoffes de Laine , et des Laines
servant à leur fabrication , contenant ledit Re-
glement 93 Articles , dont S. M. ordonne l'e-
xecution. Données à Versailles le 29. Janvier
1737. Registrées en Parlement le 12. Mars
suivant.
ORDONNANCE de Police du 30. qui
fait défenses à tous Limonadiers, Marchands de
Vin et autres , de souffrir que l'on joue chés cux
aux Jeux de Pair -ou-non , aux Dés et autres
Jeux de hazard , sous peine de trois mille livres
d'amende , et de mille livres d'amende aussi
contre chaque Particulier qui y sera trouvé jouant
auxdits Jeux.
ARREST du Parlemens , au sujet d'un Mé
moire imprimé & c.
Ce jour , les Gens du Roi sont entrés , et Maî-
tre Pierre Gilbert de Voisins , Avocat dudit Sei-
gneur Roy , portant la parole , ont dit : Qu'il
ne leur est pas permis de se taire sur un Mé-
moire imprimé du sieur Marquis de Bauffre-
mont , qui d'ailleurs leur seroit étranger par son
objet , dont la connoissance est soumise à un
autre Tribunal ; mais dans lequel ils trouvent
ce qui interesse le plus nécessairement leur mi-
sistere , et ce qui apartient le plus immédia
tement à l'autorité de la Cour.
I iiij
Qu'on
•
1242 MERCURE DE FRANCE
Qu'on y lit à la page 7. que la Dame Mar-
quise de Bauffremont est effectivement Heleine
de Courtenay, Princesse du Sang Royal de France
:
et que comme si ce n'étoit pas assés qu'un tel
Mémoire eût été hazardé au fond d'une Pro-
vince à l'extrémité du Royaume ; un Ecrivain
qui met au jour des feuilles successives sous le ti-
tre, d'Observations sur les Ecrits modernes , vient
de lui donner un nouveau degré de publicité à
Paris jusque sous nos yeux , par l'extrait qu'il
en a fait dans ses feuilles du 12. Janvier , dans
lequel il a transcrit les propres termes de l'èn-
droit où est employée cette qualité.
Qu'ils ne s'étendront point sur ce qui se passa
en la Cour au commencement du dernier siecle,
aux premieres tentatives de quelques personnes
de la maison de Courtenay , pour s'arroger
s'il eût été possible , quelque commencement de
possession d'une pareille qualité. Que les mo-
numens qui reposent dans le Greffe de la Cour
en font foy : et que ce qu'on y voit à ce sujet
sera à jamais une preuve mémorable du zele de
ceux qui exerçoient alors le Ministere dont ils
at l'honneur d'être revétus..
Mais que ni la mémoire des choses passées ,
ni l'exemple de leurs Prédécesseurs , ne sont né-
cessaires pour authoriser une démarche qu'ils
ne pouroient obmettre , sans manquer au plus
sacré de leurs devoirs , et sans être responsables
de leur silence , au Roi , à l'Etat et à la Cour.
Qu'on ne peut trop sentir de quelle extrême
conséquence il est , que le caractere auguste qui
distingue en France les Princes du Sang Royal,
ne puisse au gré de l'opinion et des conjectures ,
devenir l'objet d'ambitieuses prétentions Qu'au-
trement , plus une Maison seroit illustre , plus
les
JUIN.
17278
dans la nuit des temps reculés
T243
les traces de son ancienne origine se perdroient
quence pour d'autres Maisons.
et plus il lui
seroit facile de se laisser éblouir aux idées Ala-
teuses , dont la temérité ou l'artifice cheiche-
roient à repaître son ambition , et que lors mê-
me qu'elle viendroit à s'éteindre , son éxemple
demeureroit toujours capable de tirer à consé
Que ce sont ces considérations , dont la Cour
sçaura mieux peser encore toute l'importance ,
qui leur ont dicté les Conclusions qu'ils ont
l'honneur de lui remettre
et le sujet.
Mémoire et lesdites Feuilles.
avec le Mémoire ,
et les Feuilles imprimées qui en font l'occasion:
Lequel Mémoire , et lesquelles Feuilles ils ont
laissé sur le Bureau , avec les Conclusions par
écrit du Procureur Général du Roi contre ledit
:
Eux retirés Vú l'imprimé intitulé : Mémoire
pour Messive Louis Benigne , Marquis de Baufre-
mont , c. contenant quinze pages , ensemble
les Feuilles intitulées: Observations sur les Ecrits
modernes, Lettre quatre vingt-dix-neuf, commen.
çant à la page cent-quatre- vingt- treize , et fi-
nissant à la page deux - cent-seize , dattées à la
fin , le douze Janvier mil sept-cent trente-fept. A
Paris , chés Chaubert : Conclusions du Procu-
1eur Général du Roi, La matiere sur ce mise en
délibération.
La Cour a arrêté et ordonné que les termes
Heleine de Courtenay , Princesse du Sang Royal
de France , étant au bas de la page sept dudit
Mémoire , demeureront rayés et suprimés , et
que les Feuilles intitulées
Observations sur les
Ecrits modernes , Lettre quatre-vingt- dix-neuf ,
lesdites Feuilles commençant à là page cent-qua-
I. Vol.
Ly
tre
244 MERCURE DE FRANCE
tre-vingt-treize , et finissant à la page deux-
cent-seize , dattées à la fin, le douze Janvier mil-
sept-cent-trente-sept. A Paris , chés Chaubert , se-
font et demeureront suprimées ; Fait inhibitions
et défenses , tant audit de Bauffremont qu'à tous
autres , d'employer lesdits titre et qualité pour
ladite Heleine de Courtenay , et notamment à
tous Libraires et Imprimeurs et tous autres , de
les employer dans aucuns Livres ou Imprimés ,,
et pareillement d'imprimer , vendre et cébiter ,
ou autrement distribuer tant lesdites Feuilles que
ledit Mémoire , avec les termes cy- dessus ; le
tout à peine d'être procedé extraordinairement
contre les Contrevenans , Enjoint à tous ceux
qui auroient des Exemplaires dudit Mémoire ,
ou desdites Feuilles , de les aporter au Greffe de
la Cour , pour être lesdites Feuilles suprimées ,
et les termes cy- dessus rayés dudit Mémoire..
Ordonne en outre que Copies collationnées du
présent Arrêt, seront envoyées dans les Baillia-
ges et Sénéchaussées du Ressort pour y être lû ,.
publié et registré : Enjoint aux Substituts du
Procureur General du Roi, d'y tenir la main , et
en certifier la Cour dans le mois. Fait en Par-
lement le sept Février mil- sept-cent trente-sept .
Signé YSABEAU..
ORDONNANCE du Roi , du 11. au sujet
des Deserteurs des troupes des Isles Françoises.
de l'Amérique , par laquelle il est dit que Sae
Majesté voulant exciter de plus en plus ses Su-
jets des Isles Françoises de l'Amérique à arrê-
ter les Deserteurs des troupes qu'Elle y entre-
tient , E le a ordonné et ordonne que par le Tré-
sorier general de la Marine il sera payé , sut-
les ordonnances des Intendans ou Commissai
I. Vola
IRE
JUIN.
I. Vah
1737.
1245
res ordonnateurs auxdites Isles , la somme de
cent livres pour chaque deserteur desdites trou-
pes , à celui ou à ceux qui en auront fait la cap-
ture , et l'ameneront.
DECLARATION du Rey , qui regle la for
me en laquelle les Procurations pour résigner
les Bénéfices doivent êtres faites. Donnée à Ver-
sailles le 14. Février registrée en Parlement
le 13. Mars.
ARREST du 15. qui commet le sieur de
Saint Contest de la Chataigneraye , Maître des
Requêtes , pour défendre , en qualité de Procu-
reur General , aux demandes en cassation des
jugemens de competence..
AUTRE du 17. par lequel il est dit que le
Roi ayant été informé de ce qui s'est passé dan's
la Ville de Douay , à l'occasion de la mort d'un
Chanoine du Chapitre de S. Amé ; S. M. au-
roit jugé à propos de se faire rendre un compte
éxact de cette affaire , dont l'importance lui a
paru mériter son attention à quoy voulant
pourvoir , Sa Majesté étant en son Conseil , a
ordonné et ordonne que les déliberations capi-
tulaires du Chapitre de S. Amé , concernant le
dit Chanoine, et les Ordonnances 'en Jugement ,
rendues à son égard , ensemble les Apellations
simples ou comme d'abus , si aucunes en ont
été interjettées seront incessamment remises en-
tre les mains du sieur d'Argenvilliers , Secretaire
d'Etat , pour y être pourvû par Sa Majesté
ainsi qu'il apartiendra , sur le compte qui lui
sera rendu desdites pieces. : Sa Majesté réservant
à sa Personne la connoissance de cette affaire,
Evj
cife
1246 MERCURE DE FRANCE
circonstances et dépendances , et icelle interdi-
sant à toutes ses Cours et autres Juges , jusqu'à
Ce qu'autrement par Elle il en ait été ordonné
ORDONNANCE du Roi du 25. concernant
la réduction des Compagnies de Grenadiers
en faveur de ceux des Grenadiers qui se trou- .
veront déplacés par le retranchement porté par
l'ordonnance du 8. Janvier dernier , et entrenus
avec leur même paye jusqu'à ce qu'ils rentrent
dans les Compagnies d'où ils seront sortis ,
ou
qu'ils montent aux grades qui leur seront ac-
cordés suivant leurs talens et bonne conduite.
ARREST du 26. portant qu'Antoine Hog-
guer sera tenu de défendre dans huitaine , à la
demande du Controlleur des bons d'Etats con
tre lui , en restitution de neuf millions deux cent
quatre-vingt-dix mil cinq cent quatre-vingt- six
livres d'une part , en rentes sur les Tailles , et
de neuf cent quarante-quatre mille livres , d'au-
tre , en argent , comme indûement par lui sur-
prises , sinon qu'il sera fait droit.
EDIT DU ROY, portant supression de
la Charge de Garde des Sceaux de France. Don
né à Versailles au mois de Février 1737.
LOUIS par la grace de Dieu Roy de Fran-
ce et de Navarre ; à tous présens et à venir , S -
LUT. Les Sceaux de France étant à présent en
nos mains , nous avons crû que rien n'étoit plus
convenable au bien de notre Service et à celui
du Public , que d'en remettre la garde et l'éxer-
cice à notre très- cher et féal Chevalier Chance-
Tier de France. A ces causes , et autres à ce nods
mouvans , de l'avis de notre Conseil , et de no-
I. Val..
LEB
JUIN.
1. Vol
1737.
1247
tre certaine science , pleine puissance et autor té
Royale , nous avons éteint et suprimé , étei-
gnons et suprimons par ces Présentes , signées
de notre main , les titre , état et Office de Garde
des Sceaux de France , rétabli par nos Lettres
Patentes du mois d'Août 1727. Voulons qu'i-
celles et tout leur contenu , soit et demeure dès-
à-présent et à l'avenir , nul et comme´non ave--
au , ainsi que toutes les clauses et dispositions
contenues en icelles en vertu des Présentes . Si
donnons en mandement à nos amés et feaux
Conseillers , les Gens tenans notre Grand - Con
seil , que ces Présentes il ayent à faire lire et re-
gistrer , pour le contenu en icelles être gardé et
observé selon sa forme et teneur , nonobstant
tous Edits , Déclarations , Lettres Patentes , Ré-
gfemens et autres titres à ce contraires , auxquels
nous avons dérogé et dérogeons par ces Pié
sentes , pour ce regard seulement ; car tel est no-
tre plaisir
;
et afin que ce soit chose ferme et
stable à toujours , nous avons aposé notre Sce}
à cesdites Présentes Donné , &c .
Lu , publié en l'Audience du Grand- Conseil du
Roy et enregistré ès Registres dudit Conseil , pour
être gardé, observé et ex cuté selon sa forme et te-
neur , suivant l'Arrêt dud t Conseil de ce jourd'hui
21. Février 1737. Signé , TOURN A'Y.
Registré au Parlement le 7. Mars suivant.
REGLEMENT signé du Roy, du 2. Mars,
Sur ce qui doit êre observé à l'égard des Equi
pages des Navires qui partent des Ports de Pro-
vence , et au sujet des Passagers qui s'y embar
quent , par raport aux Expéditions des Patentes
de santé.
AUTRI
248 MERCURE DE FRANCE
AUTRE du même jour , concernant les
Equipages des Bâteaux et autres Bâtimens qui
naviguent seulement dans le Port et à la Baye
de Marseille.
ARREST du 3 qui ordonne l'èxecution de
celui du 12. Janvier 1734 portant établissement
de la Commission pour le Jugement en dernier
ressort des comptes et affaires concernant l'E-
conomat et les Biens des Religionnaires fugitifs,
avec augmentation de Commissaires..
AUTRE du 18. qui ordonne la supression
de plusieurs Quvrages saisis chés le nommé
Redé , Imprimeur à Amiens , surpris en contra
vention aux Reglemens de Police , et qui le dé-
clare déchu de la qualité d'Imprimeur.
ARREST du Parlement , au sujet d'une
Feuille imprimée et d'une These de Théologie.
CE JOUR les Gens du Roy sont entrés, et
Maître Pierre Gilbert de Voisins , Avocat du-
dit Seigneur Roy , portant la parole , ont dit:
Qu'une Feuille clandestine , imprimée sans
autre t tre que celui de Suite du Suplément , sous
la date du 15. Janvier dernier , est tombée depuis
peu entre leurs mains ; et que comme ils ont apris
qu'elle étoit répandue dans le Public , ils n'ont
pas c , à la vue de ce qu'elle contient , pouvoir
sous silence.
a Cour en jugera comme eux , si elle
seulement ce qui regarde diverses
ont nommées dans cette Feuille,
ent compromises , mais encore
de dangereux pour le Pablic,
n présente des esprits sur les af
Laires
JUIN 1737.
Y249'
faires de l'Eglise , et ce qu'elle renferme de faits;,
d'expressions et de discours , capables de porter
à son dernier période un fu qui ne se fait que
trop sen ir , et que l'on ne doit chercher qu'à
éteindre ..
Qu'ils croyent donc n'avoir besoin que de la
mettre sous les yeux de la Cour pour l'engager
à la proscrire ; et pour trouver dans son autorité
respectable un préservatif qui fasse sentir au Pa-
blic , combien il doit être en garde contre tout:
ce qui peut tendre à de tels excès.
Que pour ne pas multiplier sans nécessité ses
Arrets , ils auront l'honneur de lui rendre comp-
te en même-temps d'une These soutenue dans
la Faculté de Théologie de Rheims , qui , quoi-
qu'un peu plus ancienne , n'est cependant aussi
parvenue que depuis peu à leur connoissance.
Qu'ils n'ont pas lieu de reprocher à cette These
d'être tombée en tout dans un égal oubli de nos
Maximes. Qu'ils y en reconnaissent au contraire
plusieurs exprimées d'une maniere que l'on ne
sçauroit qu'aprouver. Mais qu'il est d'autres ar--
ticles sur lesquels elle s'en écarte trop pour être :
excusée ; et que ce mélange aujourd'hui trop
ordinaire , ne doit pas la mettre à couvert de la
Censure de la Cour.
Que la Cour sçaura mieux le connoître
ble de conséquences dangereuses.
Que la Cour sçait quelle a été de tout t
la fermeté inébranlable de la France .
ral dans l'ordre de la Puissance sp
τί
le
discerner par ses lumieres, que par toute la discus-
sion dans laquelle ils pouroient entrer sur cette
These; qu'ils se bornent à un seul exemple choi
entre ce qu'ils y ont remarqué de plus susce
´ment à maintenir la supériorité du C
Vole
•
•
1250 MERCURE DE FRANCE
encore à le regarder comme faisant une partic
principale et essentielle de l'institution de 1 Eglise.
Que la Cour n'a pas sans doute oublié ce qu'elle
a fait à ce sujet en diverses occasions. Que quoi-
que persuadée , comme il est vrai , que les Con-
ciles géneraux ne sont pas toujours nécessaires
pour terminer toute question qui s'éleve , soit
sur la Discipline ou sur la Foi , elle n'en a pas été
moins en garde contre tout ce qui pouvoit insi
nuer qu'ils ne sont nécessaires en aucun cas.
Que c'est pour cela qu'en 1663. par un Arrêt
solemnel , elie réprouva cette proposition dans
une These de Théologie : Concilia generalia ad
extirpandas bareses , schismata et alia incommoda
tol enda , admodum sunt utilia , non tamen abso-
lutè necessaria. Que dans la These d'aujourd'hui
la même proposition se trouve en d'autres ter-
mes , mais , qui loin d'en affoiblir le sens , sem-
blent plutôt y donner plus de force et d'énergie :
Congregare Concilia magna utilitatis , nullius ab-
soluta necessitatis En faut-il davantage pour fon-
der les Conclusions qu'ils ont prises pour la su
pression de cette These , aussi--bien que de la
Feuille imprimée , et qu'ils laissent à la Cour ,
avec un Exemplaire de chacun de ces deux Ecrits?
Eux retirés : Vû par la Cour ladite Feuille im
primée sous le titre , Suite du Suplément , 15.
janvier 1737. ensemble ladite These soutemë
dans la Faculté de Théologie de Rheims le
31.
Décembre 1736. par Charles Batteux , Pro ma-
jore ordinarii , et les Conclusions par écrit du
Procureur General du Roy sur lesdits Ecrits. La
matiere sur ce mise en Déli eration ,
LA COUR a arrêté et ordonné que laditt
Feuille et ladite These seront suprimées , Enjoine
à tous ceux qui en auroient des Exemplaires , de
I. Vol.
jes
JUIN.
1737.
1251
Les aporter à cet effet au Greffe de ladite Cour
Fait inhibitions et défenses à tous Imprimeurs ,
Libraires , Colporteurs et autres de quelque état,
qualité et condition qu'ils soient , de vendre, dé-
biter ou autrement distribuer aucuns Exemplaires'
de ladite Feuille et de ladite These , à peine de
punition exemplaire; et que Copies collationnées
du présent Arrêt seront envoyées dans les Bail-
liges et Sénéchaussées du Ressort , pour y être
lu , publié et registré , enjoint aux Substituts du
Procureur General du Roy d'y tenir la main , et
d'en certifier la Cour dans un mois. Fait en Par-
lement le 18 Mars 1737. Signé DUFRANC.
ARREST du 19. Mars , qui exempte des
droits de Massicault , et modére à moitié les au-
tres droits dûs à Rouen et au Havre , sur les
Vins du Languedoc et de Roussillon , qui seront
destinés pour la provision de Paris.
ORDONNANCE DU Roy du 30. par la
quelle il est dit que S. M. desirant mettre sous
le Titre de Royal - Pologne , le Regiment de Ca-
valerie qui est sous celui du Roy Stanislas , et
voulant qu'il prenne à l'avenir dans la Cavalerie
un rang convenable à ce Titre , S. M. a ordonné
et ordonne qu'il portera à l'avenir le nom de
Royal- Pologne, et prendra rang dans les Garni
sons,Quartiers Campemens, Armées, et par- tout
ailleurs , après le Regiment Royal de Carabi
niers , et avant tous les autres qui sont actuelle-
ment sur pied ; nonobstant ce qui est porté par
POrdonnance du 24. Décembre 1725. qui avoit
fixé le rang de ce Regiment après celui de la
Reine , et toutes autres Ordonnances et Regle
mens à ce contraires , auxquels S. M: a dérogé
et déroge par ladite Ordonnance.
11252 MERCURE DE FRANCE
ARREST du 2. Avril, Portant Exemption
des Droits du Domaine d'Occident , pour les
Marchandises du crû des Isles du Vent de l'A-
merique , qui seront transportées en Canada er
à l'Isle- Royale..
AUTRE du même jour, Qui permet aux Né
gocians de Marseille d'introduire , pour la con-
sommation du Royaume , les Caffés provenant
du cru des Isles Françoises de l'Amerique , en
payant dix livres du cent pesant , et d'en en-
voyer à Geneve en transit , sans payer aucuns
Droits ; le tout en observant les formalités pres
crites.
ORDONNANCE DU ROY du ro. Avril,
Qui enjoint aux Officiers des Troupes d'Infan-
gerie , Cavalerie et Dragons , de porter l'habit
uniforme pendant le temps qu'ils seront aux
Corps.
AUTRE du 23. Qui permet que les Bâti-
mens François soient adressés aux Négocians
Etrangers établis dans les Echelles du Levant ,
dans le cas où ils auront été fretés en entier par
des Etrangers.
ARREST du même jour , Pour faciliter
La perception des Arrerages des Rentes Viageres
acquises sur l'Hôtel de Ville de Paris
Etrangers.
suit.
par
AUTRE du 5. May , dont la tencur
LE ROY s'étant fait representer l'Arrêt ren-
u par Sa Majesté le 9. Décembre 1731. par
1. Vol.
les
lequel
JUIN.
I. Fol
+1737
1253
lequel elle auroit ordonné la Supression d'une
feuille imprimée commençant par ces mots
Stephanus Josephus de la Fare ..... Episcopus ,
Dux Laudunensis , avec une Formule ordinaire
de l'Aprobation des Confesseurs , une Explica-
tion des Cas reservés au Pape ou à l'Evêque , et
des Avis adressés aux Confesseurs , Sa Majesté
auroit été informée que , contre le respect qui
est dû à cet Arrêt , on commençoit à répandre
dans le Public un Ouvrage imprimé sans nom
d'Imprimeur , sans Privilege ni Permission, qui
a pour titre , Ordonnance de M. l'Evêque Duc de
Laon,second Pair de France, & c.où il paroît qu'on
veut faire revivre et regarder comme subsistant,
ce que le Roy ajugé à propos de suprimer par son
autorité. Et S. M. s'étant fait rendre un comp-
te plus exact de cet Ouvrage, Elle auroit recon-
nu que l'exemple d'une pareille contravention
doit être d'autant moins toleré, qu'il est à crain-
dre que l'esprit qui regne dans cet Imprimé , et
la dureté des expressions dont il est rempli ,
n'excirent une nouvelle émotion dans les esprits:
à quoi étant nécessaire de pourvoir , pour as-
sûrer l'exécution des Arrêts émanés de l'autori-
té du Roy , et éloigner tout ce qui peut troubler
la tranquillité publique , SA MAJESTE' E'TANT
EN SON CONSEIL , a ordonné et ordonne que
ledit Ouvrage , imprimé sous le titre d'Ordon-
nance de M.l'Evêque Duc de Laon ,second Pair de
France , &c. sera et demeurera suprimé , &c.
AUTRE du 21. Qui accorde un Délay
jusqu'au dernier Décembre 1737. pour le Con-
trôle des Actes de Foy et Hommage , Décla-
rations et Reconnoissances aux Papiers Terriers
et autres.
LETTRES
1254 MERCURE DE FRANCE
LETTRES PATENTES de Privilege exclu-
sif d'une Machine propre à battre les Grains ,
pour le sieur Meiffren .
LOUIS , par la Grace de Dieu, Roy de Fran-
ee et de Navarre : A tous ceux qui ces presentes
Lettres verront , SALUT. Notre bien amé le
sieur Jean Baptiste Meiffren , Capitaine Garde-
Côte , et Inspecteur des Haras en Provence ,
Nous a fait exposer qu'il a inventé une Machine
propre à battre les Grains , laquelle a la pro-
prieté de battre beaucoup mieux les Gerbes que
le Fleau , qu'elle en rend la paille plus douce ,
et meilleure pour les Chevaux , en fait sortir tout
le grain , qu'elle crible et qu'elle vanne en même
temps qu'elle bat , & fait plus d'ouvrage avec
un seul homme qu'avec six des plus forts Bar-
teurs en Grange ; Que cette Machine agit par
le moyen d'un arbre vertical qui est mis en
mouvement par un ou plusieurs bras , auquel
an attache un ou plusieurs chevaux , selon l'é
tenduë que l'on veut lui donner ; que cet arbre
porte un rouet qui mene une lanterne , laquelle
fait tourner un arbre horizontal , lequel porte
des levées , qui rencontrant d'un cô é des basse-
cules , de l'autre des mentonieres , font lever des
pilons et facilitent l'écoulement du grain dans
une tremie Que cette Machine sera très- utile ,
sur-tout en Provence , & dans les autres Pro-
vinces méridionales du Royaume , où on foule
le grain par le moyen d'un grand nombre de
chevaux , qui serviront utilement à d'autres tra-
vaux que d'ailleurs ceux de cette espece fati-
guent presque toutes les Jumens Poulinieres et
les font avorter, gâtent les jambes des Poulains,
les détruisent en partie , et empêchent qu'on
puisse tirer de bons chevaux de cette Province ;
I. Vol.
-que
JUIN.
1737.
1255
que même ce foulage avec des chevaux et des
jumens est défendu depuis long- tems , en Espa-
gne , en Italie , en Barbarie , en gypte mais
comme ledit sieur Meiffren perdroit tout le fruit
de ses travaux , et que les dépenses qu'il a faites
pour parvenir à perfectionner cette nouvelle Ma-
chine , tomberoient en pure perte pour lui , s'il
étoit permis d'en faire de pareilles ,
qu'il Nous plairoit regler ,
il Nous a
très-humblement suplié de lui en accorder fe
Privilege exclusif, pendant le nombre d'années
et desirant favora-
blement traiter dedit sieur Meiffen , et le re-
compenser de son aplication, et après avoir fait
examiner en notre Académie Royale des Scien-
ces , ladite Machine : A CES CAUSES ,
et autres
ace Nous mouvans ', de l'avis de notre Conseil,
qui a vu le Certificat de notre Académie des
Sciences , ensemble le plan de ladite Machine cy
attaché sous le Contre- Scel de notre Chancel-
erie , Nous avons , par ces Presentes signées de
notre main , permis et permettons audit sieur
Meiffren , ses Hoirs et ayans cause , de faire
construire , vendre , débiter ,
et se servir de la
nouvelle Machine à battre les Gerbes , de son
invention dans toute l'étendue de notre Royau-
me,Pays, Terres, et Seigneuries de notre obéis-
sance , pendant le temps et espace de vingt an-
nées consecutives , à compter du jour et datte
des Presentes ; faisons très- expresses inhibitions
et défenses à toutes Personnes de quelque con-
dition et qualité qu'elles soient, de faire et cons-
ctuire , pendant ledit temps , aucunes Machines
à battre les Gerbes semblables à la presente , ni
de la contrefaire sans la permission par écrit du-
dit sieur Meiffren , ses Hoirs et ayans cause ,
peine de confiscation desd. Machines et des mate-
J. Vol.
*iaux
7254 MERCURE DE FRANCE
LETTRES PATENTES de Privilege exclu
sif d'une Machine propre à battre les Grains ,
pour le sieur Meiffren .
LOUIS , par la Grace de Dieu, Roy de Fran
ee et de Navarre : A tous ceux qui ces presentes
Lettres verront , SALUT. Notre bien amé le
sieur Jean Baptiste Meiffren , Capitaine Garde-
Côte , et Inspecteur des Haras en Provence ,
Nous a fait exposer qu'il a inventé une Machine
propre à battre les Grains , laquelle a la pro-
prieté de battre beaucoup mieux les Gerbes que
le Fleau , qu'elle en rend la paille plus douce ,
et meilleure pour les Chevaux , en fait sortir tout
le grain , qu'elle crible et qu'elle vanne en même
temps qu'elle bat , & fait plus d'ouvrage avec
un seul homme qu'avec six des plus forts Bar-
teurs en Grange ; Que cette Machine agit par
le moyen d'un arbre vertical qui est mis en
mouvement par un ou plusieurs bras , auquel
an attache un ou plusieurs chevaux , selon l'é
tenduë que l'on veut lui donner ; que cet arbre
porte un rouet qui mene une lanterne , laquelle
fait tourner un arbre horizontal , lequel porte
des levées , qui rencontrant d'un cô é des basse-
cules , de l'autre des mentonieres , font lever des
pilons et facilitent l'écoulement du grain dans
une tremie : Que cette Machine sera très- utile ,
sur-tout en Provence , & dans les autres Pro-
vinces méridionales du Royaume , où on foule
le grain par le moyen d'un grand nombre de
chevaux , qui serviront utilement à d'autres tra-
vaux que d'ailleurs ceux de cette espece fati-
guent presque toutes les Jumens Poulinieres et
les font avorter, gâtent les jambes des Poulains,
les détruisent en partie , et empêchent qu'on
puisse tirer de bons chevaux de cette Province ;
1. Vol.
que
JUIN..1737.
J. Vol.
1255
que même ce foulage avec des chevaux et des
jumens est défendu depuis long- tems , en Espa-
gne , en Italie , en Barbarie , en gypte : mais
comme ledit sicur Meiffren perdroit tout le fruit
de ses travaux , et que les dépenses qu'il a faites
pour parvenir à perfectionner cette nouvelle Ma-
chine , tomberoient en pure perte pour lui , s'il
étoit permis d'en faire de pareilles ,
il Nous a
très- humblement suplié de lui en accorder fe
Privilege exclusif, pendant le nombre d'années
qu'il Nous p'airoit regler ,
et desirant favora-
blement traiter dedit sieur Meiffen , et le re-
compenser de son aplication, et après avoir fait
examiner en notre Académie Royale des Scien-
ces , ladite Machine : A CES CAUSES ,
et autres
ice Nous mouvans , de l'avis de notre Conseil,
qui a vu le Certificat de notre Académie des
Sciences , ensemble le plan de ladite Machine cy
attaché sous le Contre- Scel de notre Chancel-
crie , Nous avons , par ces Presentes signées de
notre main , permis et permettons audit sieur
Meiffren , ses Hoirs et ayans cause , de faire
construire , vendre , débiter ,
et se servir de la
nouvelle Machine à battre les Gerbes , de son
invention dans toute l'étendue de notre Royau-
me , Pays, Terres, et Seigneuries de notre obéis
sance , pendant le temps et espace de vingt an-
nées consecutives , à compter du jour et datte
des Presentes ; faisons très-expresses inhibitions
et défenses à toutes Personnes de quelque con-
dition et qualité qu'elles soient, de faire et cons-
tuire , pendant ledit temps , aucunes Machines
à battre les Gerbes semblables à la presente , ni
de la contrefaire sans la permission par écrit du-
dit sieur Meiffren , ses Hoirs et ayans cause , à
peine de confiscation desd. Machines et des mate-
tiaux
1246 MERCURE DE FRANCE
circonstances et dépendances , et icelle interdi-
sant à toutes ses Cours et autres Juges , jusqu'à
Ce qu'autrement par Elle il en ait été ordonné.
ORDONNANCE du Roi du 25. concernant
la réduction des Compagnies de Grenadiers
en faveur de ceux des Grenadiers qui se trou-.
veront déplacés par le retranchement porté par
l'ordonnance du 8. Janvier dernier , et entrenus
avec leur même paye jusqu'à ce qu'ils rentrent
dans les Compagnies d'où ils seront sortis , ou
qu'ils montent aux grades qui leur seront ac-
cordés suivant leurs talens et bonne conduite.
ARREST du 26. portant qu'Antoine Hog-
guer sera tenu de défendre dans huitaine , à la
demande du Controlleur des bons d'Etats con
tre lui , en restitution de neuf millions deux cent
quatre- vingt-dix mil cinq cent quatre-vingt-six
livres d'une part , en rentes sur les Tailles , et
de neuf cent quarante-quatre mille livres , d'au-
tre , en argent , comme indûement par lui sur-
prises , sinon qu'il sera fait droit.
EDIT DU ROY, portant supression de
la Charge de Garde des Sceaux de France. Don
Lé à Versailles au mois de Février 1737.
LOUIS par Ia grace de Dieu Roy de Fran-
ce et de Navarre ; à tous présens et à venir , SA-
IU T. Les Sceaux de France étant à présent en
nos mains , nous avons crû que rien n'étoit plus
convenable au bien de notre Service et à celui
"du Public , que d'en remettre la garde et l'éxer-
cice à notre très-cher et féal Chevalier Chance-
Tier de France. A ces causes , et autres à cẹ nods
mouvans , de l'avis de notre Conseil , et de no-
I. Val.
JUIN.
1737.
1247
tre certaine science , pleine puissance et autor té
Royale , nous avons éteint et suprimé , étei-
gnons et suprimons par ces Présentes , signées
de notre main , les titre , état et Office de Garde
des Sceaux de France , rétabli par nos Lettreg
Patentes du mois d'Août 1727. Voulons qu'i-
celles et tout leur contenu , soit et demeure dès-
à- présent et à l'avenir , nul et comme non ave--
nu , ainsi que toutes les clauses et dispositions
contenues en icelles en vertu des Présentes. Si
donuous en mandement à nos amés et feaux
Conseillers , les Gens tenans notre Grand- Con-
seil , que ces Présentes il ayent à faire lire et re-
gistrer , pour le contenu en icelles être gardé et
observé selon sa forme et teneur , nonobstanť
fous Edits , Déclarations , Lettres Patentes , Ré
gfemens et autres titres à ce contraires , auxquels
nous avons dérogé et dérogcons par ces Pié
senies , pour ce regard seulement ; car tel est no-
tre plaisir , et afin que ce soit chose ferme et
stable à toujours , nous avons aposé notre Sce
ă cesdites Présentes Donné , &c.
Lú , publié en l'Audience du Grand- Conseil du
Roy et enregistré ès Registres dudit Conseil , pour
être gardé, observé et ex cuté selon sa forme et te-
neur , suivant l'Arrêt dud 1 Conseil de ce jourd'hui
21. Février 1737. Signé , TOURNAY.
Registré au Parlement le 7. Mars suivant.
REGLEMENT signé du Roy, du 2. Mars
Sur ce qui doit êre observé à l'égard des Equi
pages des Navires qui partent des Pòrts de Pro-
vence , et au sujet des Passagers qui s'y embar
quent , par raport aux Expéditions des Patentes
de santé.
1. Vol
AUTRI
T248 MERCURE DE FRANCE
AUTRE du même jour , concernant les
Equipages des Bâteaux et autres Bâtimens qui
naviguent seulement dans le Port et à la Baye
de Marseille.
ARREST du 3 qui ordonne l'èxecution de
celui du 12. Janvier 1734 portant établissement
de la Commission pour le Jugement en dernier
ressort des comptes et affaires concernant l'E-
conomat et les Biens des Religionnaires fugitifs,
avec augmentation de Commissaires.
AUTRE du 18. qui ordonne la supression
de plusieurs Ouvrages saisis chés le nommé
Redé , Imprimeur à Amiens , surpris en contra
vention aux Reglemens de Police , et qui le dé-
clare déchu de la qualité d'Imprimeur.
ARREST du Parlement , au sujet d'une
Feuille imprimée et d'une These de Théologie.
CE JOUR les Gens du Roy sont entrés, er
Maître Pierre Gilbert de Voisins , Avocat du-
dit Seigneur Roy , portant la parole , ont dit :
Qu'une Feuille clandestine , imprimée sans
autre t tre que celui de Suite du Suplément ,
la date du 15. Janvier dernier , est tombée depuis
peu entre leurs mains, et que comme ils ont apris
qu'elle étoit répandue dans le Public , ils n'ont
pas crû , à la vue de ce qu'elle contient , pouvoir
la passer sous silence .
Que la Cour en jugera comme eux , si elle
considere non-seulement ce qui regarde diverses
Personnes qui sont nommées dans cette Feuille,
et qui s'y trouvent compromises , mais encore
plus ce qu'elle a de dangereux pour le Pablic ,
dans la disposition présente des esprits sur les af
L.. Vole
Sous
faires
JUIN 1737.
Le Volo
Y'49'
faires de l'Eglise , et ce qu'elle renferme de faits;,
d'expressions et de discours , capables de porter
à son dernier période un fu qui ne se fait que
trop sen ir , et que l'on ne doit chercher qu'à
éteindre..
Qu'ils croyent donc n'avoir besoin que de la
mettre sous les yeux de la Cour pour l'engager
à la proscrire ; et pour trouver dans son autorité
respectable un préservatif qui fasse sentir au Pa-
blic , combien il doit être en garde contre tout:
ce qui peut tendre à de tels excès.
Que pour ne pas multiplier sans nécessité sés
Arrets , ils auront l'honneur de lui rendre comp-
te en même-temps d'une These soutenue dans
la Faculté de Théologie de Rheims , qui , quoi-
qu'un peu plus ancienne n'est cependant aussi
parvenue que depuis peu à leur counoissance.
Qu'ils n'ont pas lieu de reprocher à certe These
d'être tombée en tout dans un égal oubli de nos
Maximes. Qu'ils y en reconnoissent au contraire
plusieurs exprimées d'une maniere que l'on ne
sçauroit qu'aprouver. Mais qu'il est d'autres ar-
ticles sur lesquels elle s'en écarte trop pour être:
excusée ; et que ce mélange aujourd'hui trop
ordinaire , ne doit pas la mettre à couvert de la
Censure de la Cour.
Que la Cour sçaura mieux le connoître
le
discerner par ses lumieres, que par toute la discus-
sion dans laquelle ils pouroient entrer sur cette
These; qu'ils se bornent à un seul exemple choisi
entre ce qu'ils y ont remarqué de plus suscepti
ble de conséquences dangereuses.
Que la Cour sçait quelle a été de tout temps
la fermeté inébranlable de la France , non-seule
´ment à maintenir la supériorité du Concile géne
ral dans l'ordre de la Puissance spirituelle , mais
encore
1250 MERCURE DE FRANCE
encore à le regarder comme faisant une partie
principale et essentielle de l'institution de l Eglise.
Que la Cour n'a pas sans doute oublié ce qu'elle
a fait à ce sujet en diverses occasions. Que quoi-
que persuadée , comme il est vrai , que les Con-
ciles géneraux ne sont pas toujours nécessaires
pour terminer toute question qui s'éleve , soit
sur la Discipline ou sur la Foi , elle n'en a pas été
moins en garde contre tout ce qui pouvoit insi-
nuer qu'ils ne sont nécessaires en aucun cas .
Que c'est pour cela qu'en 1663. par un Arrêt
solemnel , elle réprouva cette proposition dans
une These de Théologie : Concilia generalia ad
extirpandas bareses , schismata et alia incommoda
tol enda , admodum sunt utilia , non tamen abso-
lutè necessaria. Que dans la These d'aujourd'hui
la même proposition se trouve en d'autres ter-
mes , mais , qui loin d'en affoiblir le sens , sem-
blent plutôt y donner plus de force et d'énergie :
Congregare Concilia magna utilitatis , nullius ab-
soluta necessitatis En faut-il davantage pour fon-
der les Conclusions qu'ils ont prises pour la su
pression de cette These , aussi- bien que de la
Feuille imprimée , et qu'ils laissent à la Cour ,
avec un Exemplaire de chacun de ces deux Ecrits?
Eux retirés : Vû par la Cour ladite Feuille im
primée sous le titre , Suite du Suplément , 15.
janvier 1737. ensemble ladite These soutene
dans la Faculté de Théologie de Rheims le
31-
Décembre 1736. par Charles Batteux , Pro ma-
jore ordinarii , et les Conclusions par écrit du
Procureur General du Roy sur lesdits Ecrits. La
matiere sur ce mise en Déli eration ,
LA COUR a arrêté et ordonné que ladit☛
Feuille et ladite These seront suprimées , Enjoint
à tous ceux qui en auroient des Exemplaires , de
J. Vol.
jes
JUIN.
1737.
1251
les aporter à cet effet au Greffe de ladite Cour !
Fait inhibitions et défenses à tous Imprimeurs ,
Libraires , Colporteurs et autres de quelque état,
qualité et condition qu'ils soient , de vendre, dé-
biter ou autrement distribuer aucuns Exemplaires'
de ladite Feuille et de ladite These , à peine de
punition exemplaire; et que Copies collationnées
du présent Arrêt seront envoyées dans les Bail-
liges et Sénéchaussées du Ressort , pour y être
Iû , publié et registré , enjoint aux Substituts du
Procureur General du Roy d'y tenir la main , er
d'en certifier la Cour dans un mois. Fait en Par-
lement le 18 Mars 1737. Signé DUFRANC.
ARREST du 19. Mars , qui exempte des
droits de Massicault , et modére à moitié les au-
tres droits dûs à Rouen et au Havre , sur les
Vins du Languedoc et de Roussillon , qui seront
destinés pour la provision de Paris.
ORDONNANCE DU Roy du 30. par la
quelle il est dit que S. M. desirant mettre sous
le Titre de Royal- Pologne , le Regiment de Ca-
valerie qui est sous celui du Roy Stanislas , et
voulant qu'il prenne à l'avenir dans la Cavalerie
un rang convenable à ce Titre , S. M. a ordonné
et ordonne qu'il portera à l'avenir le nom de
Royal-Pologne, et prendra rang dans les Garni
sons,Quartiers Campemens, Armées, et par- tout
ailleurs , après le Regiment Royal de Carabi
niers , et avant tous les autres qui sont actuelle-
ment sur pied ; nonobstant ce qui est porté par
l'Ordonnance du 24. Décembre 1725. qui avoit
fixé le rang de ce Regiment après celui de la
Reine , et toutes autres Ordonnances et Regle
mens à ce contraires , auxquels S. M : a dérogé
et déroge par ladite Ordonnance.
1252 MERCURE DE FRANCE
ARREST du 2. Avril, Portant Exemption
des Droits du Domaine d'Occident , pour les
Marchandises du crú des Isles du Vent de l'A-
merique , qui seront transportées en Canada et
à l'Isle- Royale.
AUTRE du même jour, Qui permet aux Né-
gocians de Marseille d'introduire , pour la con-
sommation du Royaume , les Caffés provenant
du crû des Isles Françoises de l'Amerique , en
payant dix livres du cent pesant , et d'en en-
voyer à Geneve en transit , sans payer aucuns
Droits ; le tout en observant les formalités pres.
crites.
ORDONNANCE DU ROY du 10. Avril,
Qui enjoint aux Officiers des Troupes d'Infan-
terie , Cavalerie et Dragons , de porter l'habit
uniforme pendant le temps qu'ils seront aux
Corps.
AUTRE du 23. Qui permet que les Bâti-
mens François soient adressés aux Négocians
Etrangers établis dans les Echelles du Levant
7
dans le cas où ils auront été fretés en entier par
des Etrangers.
ARREST du même jour , Pour faciliter
la perception des Arrerages des Rentes Viageres
acquises sur l'Hôtel de Ville de Paris par les
Etrangers.
AUTRE du 5. May , dont la teneur
suit.
LE ROY s'étant fait representer l'Arrêt ren-
du par Sa Majesté le 9. Décembre 1731, par
1. Vol.
lequel
JUIN.
I. Vola
1737
1253
lequel elle auroit ordonné la Supression d'une
feuille imprimée commençant par ces mots
Stephanus Josephus de la Fare ..... Episcopus
Dux Laudunensis , avec une Formule ordinaire
de l'Aprobation des Confesseurs , une Explica-
tion des Cas reservés au Pape ou à l'Evêque , er
des Avis adressés aux Confesseurs , Sa Majesté
auroit été informée que , contre le respect qui
est dû à cet Arrêt , on commençoit à répandre
dans le Public un Ouvrage imprimé sans nom
d'Imprimeur , sans Privilege ni Permission, qui
a pour titre , Ordonnance de M. l'Evêque Duc de
Laon,second Pair de France, &c.où il paroît qu'on
veut faire revivre et regarder comme subsistant,
ce que le Roy a jugé à propos de suprimer parson
autorité. Et S. M. s'étant fait rendre un comp-
te plus exact de cet Ouvrage, Elle auroit recon-
nu que l'exemple d'une pareille contravention
doit être d'autant moins toleré, qu'il est à crain--
dre que l'esprit qui regne dans cet Imprimé , et
la dureté des expressions dont il est rempli ,
n'excitent une nouvelle émotion dans les esprits :
à quoi étant nécessaire de pourvoir , pour as-
sûrer l'exécution des Arrêts émanés de l'autori
té du Roy , et éloigner tout ce qui peut troubler
la tranquillité publique , SA MAJESTE' E'TANT
EN SON CONSEIL , a ordonné et ordonne que
edit Ouvrage , imprimé sous le titre d'Ordon-
nance de M.l'Evêque Duc de Laon, secon¹ Pair de
France , &c. sera et demeurera suprimé , & c.
AUTRE du 21. Qui accorde un Délay
jusqu'au dernier Décembre 1737. pour le Con-
trôlle des Actes de Foy et Hommage , Décla-
rations et Reconnoissances aux Papiers Terriers
ft autres.
LETTRES
2254 MERCURE DE FRANCE
LETTRES PATENTES de Privilege exclu-
sif d'une Machine propre à battre les Grains ,
pour le sieur Meiffren.
LOUIS , par la Grace de Dieu, Roy de Fran
ee et de Navarre : A tous ceux qui ces presentes
Lettres verront , SALUT. Notre bien amé le
sieur Jean Baptiste Meiffren , Capitaine Garde-
Côte , et Inspecteur des Haras en Provence ,
Nous a fait exposer qu'il a inventé une Machine
propre à battre les Grains , laquelle a la pro-
prieté de battre beaucoup mieux les Gerbes que
le Fleau , qu'elle en rend la paille plus douce ,
et meilleure pour les Chevaux , en fait sortir tout
le grain , qu'elle crible et qu'elle vanne en même
temps qu'elle bat , & fait plus d'ouvrage avec
un seul homme qu'avec six des plus forts Bar-
teurs en Grange ; Que cette Machine agit par
le moyen d'un arbre vertical qui est mis en
mouvement par un ou plusieurs bras , auquel
an attache un ou plusieurs chevaux , selon l'é
tenduë que l'on veut lui donner ; que cet arbre
porte un rouet qui mene une lanterne , laquelle
fait tourner un arbre horizontal , lequel porte
des levées , qui rencontrant d'un cô é des basse-
cules , de l'autre des mentonieres , font lever des
pilons et facilitent l'écoulement du grain dans
une tremie : Que cette Machine sera très- utile ,
sur-tout en Provence , & dans les autres Pro-
vinces méridionales du Royaume , où on foule
le grain par le moyen d'un grand nombre de
chevaux , qui serviront utilement à d'autres tra-
vaux que d'ailleurs ceux de cette espece fati-
guent presque toutes les Jumens Poulinieres et
les font avorter, gâtent les jambes des Poulains,
les détruisent en partie , et empêchent qu'on
paisse tirer de bons chevaux de cette Province ;
I. Vol.
que
JUIN.. 1737.
1255
que même ce foulage avec des chevaux et des
jumens est défendu depuis long- tems , en Espa-
gne , en Italie , en Barbarie , en Egypte : mais
comme ledit sieur Meiffren perdroit tout le fruit
de ses travaux , et que les dépenses qu'il a faites
pour parvenir à perfectionner cette nouvelle Ma-
chine , tomberoient en pure perte pour lui , s'il
étoit permis d'en faire de pareilles ,
il Nous a
très-humblement suplié de lui en accorder fe
Privilege exclusif, pendant le nombre d'années
qu'il Nous plairoit regler ,
et desirant favora-
blement traiter ledit sieur Meiffren , et le re-
compenser de son aplication, et après avoir fait
examiner en notre Académie Royale des Scien-
ces , ladite Machine : A CES CAUSES , et autres
ace Nous mouvans , de l'avis de notre Conseil,
qui a vû le Certificat de notre Académie des
Sciences , ensemble le plan de ladite Machine cy
attaché sous le Contre-Scel de notre Chancel-
lerie , Nous avons , par ces Presentes signées de
notre main , permis et permettons audit sieur
Meiffren , ses Hoirs et ayans cause , de faire
construire , vendre , débiter ,
et se servir de la
nouvelle Machine à battre les Gerbes , de son
invention dans toute l'étendue de notre Royau-
me , Pays, Terres, et Seigneuries de notre obéis-
sance , pendant le temps et espace de vingt an-
nées consecutives , à compter du jour et datte
des Presentes ; faisons très-expresses inhibitions
et défenses à toutes Personnes de quelque con-
dition et qualité qu'elles soient, de faire et cons-
Cruire , pendant ledit temps , aucunes Machines
à battre les Gerbes semblables à la presente , ni
de la contrefaire sans la permission par écrit du-
dit sieur Meiffren , ses Hoirs et ayans cause , à
peine de confiscation desd. Machines et des mate-
J. Vol.
riaux
1256 MERCURE DE FRANCE
riaux , outils , et ustenciles qui auroient servi à
leur fabrication ,
et de quinze cent livres d'a-
mende , aplicable un tiers à notre profit, un tiers
au profit du Sicur Meiffren , ses Hoirs et ayans
cause, et l'autre tiers au profit de l'Hôpital le
plus prochain du lieu où il sera contrevenu aux
Presentes. SI DONNONS EN MANDEMENT à nos
amés et feaux Conseillers les Gens tenans nos
Cours de Parlement , et à tous autres nos Of
ciers et Justiciers qu'il apartiendra , que du con-
tenu des Presentes ils fassent jouir et user ledit
sieur Exposant , ses Hoirs et ayans cause , plei-
nement et paisiblement, cessant et faisant cesser
tous troubles et empêchemens contraires. CAR
tel est notre plaisir. DONNE' à Versailles le tren-
tiéme jour d'Avril , l'an de Grace mil sept cent
trente sept , et de notre Regne le vingt- deuxié-
me , Signé , LOUIS , Et plus bas , par le Roy,
PHE PEAUX.
Nous croyons devoir ajoûter que , par les dif
ferens effets de cette Machine , il semble qu'elle
doit être extrémement composée , elle est ce-
pendant très-simple , peu couteuse et de presque
nul entretien. Depuis qu'elle a été vûë et exa-
minée par Messieurs de l'Académie des Sciences,
le sieur Meiffren l'a encore beaucoup perfection-
née , ensorte qu'il n'y a personne qui ne soit
frapé de cette Invention , une des plus utiles
qui ait encore été trouvée en ce genre.
EDITS, &c.
ARREST du 11. Décembre 1736. portant Reglement géneral pour le commerce du
Tabac au Comté de Bourgogne , par lequel Sa
Majesté ordonne l'exécution des 26. Articles
Contenus audit Arrêt.
ORDONNANCE du Roy , du 8. Janvier sui
vant,portant réduction des Régimens d'Infante-
rie Allemande , par laquelle S. M. ordonne l'exe
cution des dix Articles qui y sont contenus.
AUTRE du même jour , portant rétablisse-
ment des Congés d'ancienneté , dont la déli-
vrance avoit été suspenduë par celle du Is. Fé
vrier 1734.
AUTRE du même jour , pour réduire les
Troupes Suisses et Grisonnes qui sont au Ser-
vice de S. M. et regler leur payement.
1 AUTRE du même jour , portant réduction
dans les Régimens de Hussards , qui ordonne
I. Kol.
I ij , l'execution
1238 MERCURE DE FRANCE
Eexecution des huit Articles qui y sont contenus.
AUTRE du même jour , portant réduction
des Compagnies de Cavalerie Françoise et Etrans
gere , et de Carabiniers.
AUTRE du même jour , pour réduire tou-
tes les Compagnies des Régimens d'Infanterie
Françoise , à trente hommes.
AUTRE du même jour , pour réduire les
Compagnies des Régimens de Dragons à vingt-
cinq , dont quinze à cheval et dix à pied.
AUTRE du même jour , concernant la ré-
duction des quatre Compagnies des Gardes du
Corps , par laquelle S. M. ordonne qu'à com
mencer du 20. du présent mois de Janvier ,
il
sera réformé cinq Gardes par Brigade , à raison
de trente par Compagnie , et au total cent vingt
Gardes, &c.
AUTRE du même jour , pour réduire la
Compagnie des Grenadiers à cheval du Roy , a
cent trente Maîtres , avec quatre Tambours.
AUTRE du même jour , pour retranches
les cinquante Mousquetaires à cheval , dont
chacune des premiere et seconde Compagnies
avoient été augmentées par Ordonnance du pre-
mier Mars 1734.
AUTRE du même jour , pour réduire les
trente Compagnies ordinaires du Régiment des
Gardes Françoises , à cent dix hommes chacune ,
Bon compris les Officiers.
I.Vol
AUTRE
JUIN.
1737.
seize Compagnies de la Gendarmerie.
1235
AUTRE du même jour , pour réduire les
AUTRE du même jour , pour réduire les
Compagnies des Régimens d'infanterie Iklan-
coise à trente hommes , et composer les Batail-
lons de dix - sept Compagnies , de même que les
Bataillons François,
AUTRE du même jour , contenant 44. pa
ges , portant Reglement pour le payement des
Troupes de Sa Majesté , par laquelle il est dit
que S. M. ayant fait expédier ses ofdres pour le
licenciement et les réductións qu'elle s'est déter-
minée de faire dans ses Troupes , tant Françoises
qu'Etrangeres , à l'occasion de la Paix ; et vou-
Tant expliquer ses intentions sur la composition ,
après la réforme , et l'entretenement de celles
qu'elle a résolu de conserver ; elie a ordonné et
ordonne l'execution de tous les Articles conte-
nus en ladite Ordonnance , &c.
AUTRE du 1o. pour faire
retournee
dans les Provinces et Generalités du Royaumë
Jes Cavaliers , Dragons et Soldats François qui
seront réformés , et leur défendre de commettre
aucun désordre ni de passer dans les Pays Etran-
gers , sur les peines qui y sont contenues.
SENTENCE de Police du 11. qui renouvelle
les défenses à tous Boulangers , Meûniers , Bras-
seurs et autres , d'acheter aucuns Grains et Fa-
rines , et à tous Fermiers , Laboureurs et autres,
d'en vendre par montre , dans l'étenduë de huit
lieues aux environs de Paris..
1. Vol.
I iij
ARREST
1240 MERCURE DE FRANCE
ARREST du 15. qui proroge jusqu'au
dernier Décembre 1737. le délai accordé par ce-
lui du 17. Janvier 1736. pour la modération des
droits de Marc d'Or , Sceau et autres frais de
Provisions des Offices qui se Itveront , vacans
aux Revenus Casuels , pendant le courant de la-
dite année.
AUTRE du 22. qui ordonne que les Ser-
ges de Crevecœur , d'Hardivilliers et des autres
Manufactures , qu'il a été d'usage jusqu'à pré-
sent de vendre à la piece , pouront à l'avenir
être vendues à l'aune et sur le pied de l'auna-
ge que contiendra chaque piece desdites Ser-
ges.
AUTRE du même jour , qui confisque plu-
sieurs Pieces d'Etoffes de Soye de Fabriques
étrangeres ou du Royaume , saisies tant dans
le Magasin des sieurs Viot et Desfossez , Asso-
ciés , que dans celui du sieur Bougier , faute de
marques ou plombs de Fabrique ; et les con-
damne en dix livres d'amende , pour chacune
Piece d'Etoffes saisies.
AUTRE du même jour , portant confisca-
tion de plusieurs Pieces et Coupons d'Etoffes de
Soye de fabriques étrangeres ou du Royaume ,
saisies dans le Magasin du sieur Charles - Louis
Chauvin , Marchand de Soye en gros , faute de
marques ou plombs de Fabrique , et le condam-
ne en dix livres d'amende pour chaque Piece
d'Etoffes saisies.
SENTENCE de Police du 25. qui condam
me le sieur Menin en trois mille livres d'amen-
I. Vol
ge
JUIN 1737.
I iij
1241
de pour avoir donné à jouer dans sa maison au
Jeu de Pharaon , et le sieur de Colmenil en millo
livres d'amende pour y avoir été trouvé caillant
audit Jeu.
LETTRES Patentes du Roy , sur le Re
glement fait et arrêté le 15. Janvier 1737. pour
la Teinture des Etoffes de Laine , et des Laines
servant à leur fabrication , contenant ledit Re-
glement 93 Articles , dont S. M. ordonne l'e-
xecution. Données à Versailles le 29. Janvier
1737. Registrées en Parlement le 12. Mars
suivant.
ORDONNANCE de Police du 30. qui
fait défenses à tous Limonadiers, Marchands de
Vin et autres , de souffrir que l'on joue chés eux
aux Jeux de Pair-ou-non , aux Dés et autres
Jeux de hazard , sous peine de trois mille livres
d'amende , et de mille livres d'amende aussi
contre chaque Particulier qui y sera trouvé jouant
auxdits Jeux.
ARREST du Parlemens , au sujet d'un Mé
moire imprimé & c.
Ce jour, les Gens du Roi sont entrés , et Maî-
tre Pierre Gilbert de Voisins , Avocat dudit Sei-
gneur Roy , portant la parole , ont dit : Qu'il
ne leur est pas permis de se taire sur un Mé-
moire imprimé du sieur Marquis de Bauffre-
mont , qui d'ailleurs leur seroit étranger par son
objet , dont la connoissance est soumise à un
autre Tribunal ; mais dans lequel ils trouvent
ce qui interesse le plus nécessairement leur mi-
sistere , et ce qui apartient le plus immédia
tement à l'autorité de la Cour.
I. Vol.
Qu'on
1240 MERCURE DE FRANCE
ARREST du 15. qui proroge jusqu'au
dernier Décembre 1737. le délai accordé par ce-
lui du 17. Janvier 1736. pour la modération des
droits de Marc d'Or , Sceau et autres frais de
Provisions des Offices qui se leveront , vacans
aux Revenus Casuels , pendant le courant de la-
dite année.
AUTRE du 22. qui ordonne que les Ser-
ges de Crevecœur , d'Hardivilliers et des autres
Manufactures , qu'il a été d'usage jusqu'à pré-
sent de vendre à la piece , pouront à l'avenir
être vendues à l'aune et sur le pied de l'auna-
ge que contiendra chaque piece desdites Ser-
ges.
AUTRE du même jour , qui confisque plu-
sieurs Pieces d'Etoffes de Soye de Fabriques
étrangeres ou du Royaume , saisies tant dans
le Magasin des sicurs Viot et Desfossez , Asso-
ciés , que dans celui du sieur Bougier , faute de
marques ou plombs de Fabrique ; et les con-
damne en dix livres d'amende , pour chacune
Piece d'Etoffes saisies.
AUTRE du même jour , portant confisca-
tion de plusieurs Pieces et Coupons d'Etoffes de
Soye de fabriques étrangeres ou du Royaume ,
saisies dans le Magasin du sieur Charles - Louis
Chauvin , Marchand de Soye en gros , faute de
marques ou plombs de Fabrique , et le condam-
ne en dix livres d'amende pour chaque Piece-
d'Etoffes saisies.
SENTENCE de Police du 25. qui condam
me le sieur Menin en trois mille livres d'amen-
I. Vol
de
JUIN 1737.
I. Vol.
1241
de pour avoir donné à jouer dans sa maison au
Jeu de Pharaon , et le sieur de Colmenil en millo
livres d'amende pour y avoir été trouvé taillant
audit Jeu.
LETTRES Patentes du Roy , sur le Re
glement fait et arrêté le 15. Janvier 1737. pour
la Teinture des Etoffes de Laine , et des Laines
servant à leur fabrication , contenant ledit Re-
glement 93 Articles , dont S. M. ordonne l'e-
xecution. Données à Versailles le 29. Janvier
1737. Registrées en Parlement le 12. Mars
suivant.
ORDONNANCE de Police du 30. qui
fait défenses à tous Limonadiers, Marchands de
Vin et autres , de souffrir que l'on joue chés cux
aux Jeux de Pair -ou-non , aux Dés et autres
Jeux de hazard , sous peine de trois mille livres
d'amende , et de mille livres d'amende aussi
contre chaque Particulier qui y sera trouvé jouant
auxdits Jeux.
ARREST du Parlemens , au sujet d'un Mé
moire imprimé & c.
Ce jour , les Gens du Roi sont entrés , et Maî-
tre Pierre Gilbert de Voisins , Avocat dudit Sei-
gneur Roy , portant la parole , ont dit : Qu'il
ne leur est pas permis de se taire sur un Mé-
moire imprimé du sieur Marquis de Bauffre-
mont , qui d'ailleurs leur seroit étranger par son
objet , dont la connoissance est soumise à un
autre Tribunal ; mais dans lequel ils trouvent
ce qui interesse le plus nécessairement leur mi-
sistere , et ce qui apartient le plus immédia
tement à l'autorité de la Cour.
I iiij
Qu'on
•
1242 MERCURE DE FRANCE
Qu'on y lit à la page 7. que la Dame Mar-
quise de Bauffremont est effectivement Heleine
de Courtenay, Princesse du Sang Royal de France
:
et que comme si ce n'étoit pas assés qu'un tel
Mémoire eût été hazardé au fond d'une Pro-
vince à l'extrémité du Royaume ; un Ecrivain
qui met au jour des feuilles successives sous le ti-
tre, d'Observations sur les Ecrits modernes , vient
de lui donner un nouveau degré de publicité à
Paris jusque sous nos yeux , par l'extrait qu'il
en a fait dans ses feuilles du 12. Janvier , dans
lequel il a transcrit les propres termes de l'èn-
droit où est employée cette qualité.
Qu'ils ne s'étendront point sur ce qui se passa
en la Cour au commencement du dernier siecle,
aux premieres tentatives de quelques personnes
de la maison de Courtenay , pour s'arroger
s'il eût été possible , quelque commencement de
possession d'une pareille qualité. Que les mo-
numens qui reposent dans le Greffe de la Cour
en font foy : et que ce qu'on y voit à ce sujet
sera à jamais une preuve mémorable du zele de
ceux qui exerçoient alors le Ministere dont ils
at l'honneur d'être revétus..
Mais que ni la mémoire des choses passées ,
ni l'exemple de leurs Prédécesseurs , ne sont né-
cessaires pour authoriser une démarche qu'ils
ne pouroient obmettre , sans manquer au plus
sacré de leurs devoirs , et sans être responsables
de leur silence , au Roi , à l'Etat et à la Cour.
Qu'on ne peut trop sentir de quelle extrême
conséquence il est , que le caractere auguste qui
distingue en France les Princes du Sang Royal,
ne puisse au gré de l'opinion et des conjectures ,
devenir l'objet d'ambitieuses prétentions Qu'au-
trement , plus une Maison seroit illustre , plus
les
JUIN.
17278
dans la nuit des temps reculés
T243
les traces de son ancienne origine se perdroient
quence pour d'autres Maisons.
et plus il lui
seroit facile de se laisser éblouir aux idées Ala-
teuses , dont la temérité ou l'artifice cheiche-
roient à repaître son ambition , et que lors mê-
me qu'elle viendroit à s'éteindre , son éxemple
demeureroit toujours capable de tirer à consé
Que ce sont ces considérations , dont la Cour
sçaura mieux peser encore toute l'importance ,
qui leur ont dicté les Conclusions qu'ils ont
l'honneur de lui remettre
et le sujet.
Mémoire et lesdites Feuilles.
avec le Mémoire ,
et les Feuilles imprimées qui en font l'occasion:
Lequel Mémoire , et lesquelles Feuilles ils ont
laissé sur le Bureau , avec les Conclusions par
écrit du Procureur Général du Roi contre ledit
:
Eux retirés Vú l'imprimé intitulé : Mémoire
pour Messive Louis Benigne , Marquis de Baufre-
mont , c. contenant quinze pages , ensemble
les Feuilles intitulées: Observations sur les Ecrits
modernes, Lettre quatre vingt-dix-neuf, commen.
çant à la page cent-quatre- vingt- treize , et fi-
nissant à la page deux - cent-seize , dattées à la
fin , le douze Janvier mil sept-cent trente-fept. A
Paris , chés Chaubert : Conclusions du Procu-
1eur Général du Roi, La matiere sur ce mise en
délibération.
La Cour a arrêté et ordonné que les termes
Heleine de Courtenay , Princesse du Sang Royal
de France , étant au bas de la page sept dudit
Mémoire , demeureront rayés et suprimés , et
que les Feuilles intitulées
Observations sur les
Ecrits modernes , Lettre quatre-vingt- dix-neuf ,
lesdites Feuilles commençant à là page cent-qua-
I. Vol.
Ly
tre
244 MERCURE DE FRANCE
tre-vingt-treize , et finissant à la page deux-
cent-seize , dattées à la fin, le douze Janvier mil-
sept-cent-trente-sept. A Paris , chés Chaubert , se-
font et demeureront suprimées ; Fait inhibitions
et défenses , tant audit de Bauffremont qu'à tous
autres , d'employer lesdits titre et qualité pour
ladite Heleine de Courtenay , et notamment à
tous Libraires et Imprimeurs et tous autres , de
les employer dans aucuns Livres ou Imprimés ,,
et pareillement d'imprimer , vendre et cébiter ,
ou autrement distribuer tant lesdites Feuilles que
ledit Mémoire , avec les termes cy- dessus ; le
tout à peine d'être procedé extraordinairement
contre les Contrevenans , Enjoint à tous ceux
qui auroient des Exemplaires dudit Mémoire ,
ou desdites Feuilles , de les aporter au Greffe de
la Cour , pour être lesdites Feuilles suprimées ,
et les termes cy- dessus rayés dudit Mémoire..
Ordonne en outre que Copies collationnées du
présent Arrêt, seront envoyées dans les Baillia-
ges et Sénéchaussées du Ressort pour y être lû ,.
publié et registré : Enjoint aux Substituts du
Procureur General du Roi, d'y tenir la main , et
en certifier la Cour dans le mois. Fait en Par-
lement le sept Février mil- sept-cent trente-sept .
Signé YSABEAU..
ORDONNANCE du Roi , du 11. au sujet
des Deserteurs des troupes des Isles Françoises.
de l'Amérique , par laquelle il est dit que Sae
Majesté voulant exciter de plus en plus ses Su-
jets des Isles Françoises de l'Amérique à arrê-
ter les Deserteurs des troupes qu'Elle y entre-
tient , E le a ordonné et ordonne que par le Tré-
sorier general de la Marine il sera payé , sut-
les ordonnances des Intendans ou Commissai
I. Vola
IRE
JUIN.
I. Vah
1737.
1245
res ordonnateurs auxdites Isles , la somme de
cent livres pour chaque deserteur desdites trou-
pes , à celui ou à ceux qui en auront fait la cap-
ture , et l'ameneront.
DECLARATION du Rey , qui regle la for
me en laquelle les Procurations pour résigner
les Bénéfices doivent êtres faites. Donnée à Ver-
sailles le 14. Février registrée en Parlement
le 13. Mars.
ARREST du 15. qui commet le sieur de
Saint Contest de la Chataigneraye , Maître des
Requêtes , pour défendre , en qualité de Procu-
reur General , aux demandes en cassation des
jugemens de competence..
AUTRE du 17. par lequel il est dit que le
Roi ayant été informé de ce qui s'est passé dan's
la Ville de Douay , à l'occasion de la mort d'un
Chanoine du Chapitre de S. Amé ; S. M. au-
roit jugé à propos de se faire rendre un compte
éxact de cette affaire , dont l'importance lui a
paru mériter son attention à quoy voulant
pourvoir , Sa Majesté étant en son Conseil , a
ordonné et ordonne que les déliberations capi-
tulaires du Chapitre de S. Amé , concernant le
dit Chanoine, et les Ordonnances 'en Jugement ,
rendues à son égard , ensemble les Apellations
simples ou comme d'abus , si aucunes en ont
été interjettées seront incessamment remises en-
tre les mains du sieur d'Argenvilliers , Secretaire
d'Etat , pour y être pourvû par Sa Majesté
ainsi qu'il apartiendra , sur le compte qui lui
sera rendu desdites pieces. : Sa Majesté réservant
à sa Personne la connoissance de cette affaire,
Evj
cife
1246 MERCURE DE FRANCE
circonstances et dépendances , et icelle interdi-
sant à toutes ses Cours et autres Juges , jusqu'à
Ce qu'autrement par Elle il en ait été ordonné
ORDONNANCE du Roi du 25. concernant
la réduction des Compagnies de Grenadiers
en faveur de ceux des Grenadiers qui se trou- .
veront déplacés par le retranchement porté par
l'ordonnance du 8. Janvier dernier , et entrenus
avec leur même paye jusqu'à ce qu'ils rentrent
dans les Compagnies d'où ils seront sortis ,
ou
qu'ils montent aux grades qui leur seront ac-
cordés suivant leurs talens et bonne conduite.
ARREST du 26. portant qu'Antoine Hog-
guer sera tenu de défendre dans huitaine , à la
demande du Controlleur des bons d'Etats con
tre lui , en restitution de neuf millions deux cent
quatre-vingt-dix mil cinq cent quatre-vingt- six
livres d'une part , en rentes sur les Tailles , et
de neuf cent quarante-quatre mille livres , d'au-
tre , en argent , comme indûement par lui sur-
prises , sinon qu'il sera fait droit.
EDIT DU ROY, portant supression de
la Charge de Garde des Sceaux de France. Don
né à Versailles au mois de Février 1737.
LOUIS par la grace de Dieu Roy de Fran-
ce et de Navarre ; à tous présens et à venir , S -
LUT. Les Sceaux de France étant à présent en
nos mains , nous avons crû que rien n'étoit plus
convenable au bien de notre Service et à celui
du Public , que d'en remettre la garde et l'éxer-
cice à notre très- cher et féal Chevalier Chance-
Tier de France. A ces causes , et autres à ce nods
mouvans , de l'avis de notre Conseil , et de no-
I. Val..
LEB
JUIN.
1. Vol
1737.
1247
tre certaine science , pleine puissance et autor té
Royale , nous avons éteint et suprimé , étei-
gnons et suprimons par ces Présentes , signées
de notre main , les titre , état et Office de Garde
des Sceaux de France , rétabli par nos Lettres
Patentes du mois d'Août 1727. Voulons qu'i-
celles et tout leur contenu , soit et demeure dès-
à-présent et à l'avenir , nul et comme´non ave--
au , ainsi que toutes les clauses et dispositions
contenues en icelles en vertu des Présentes . Si
donnons en mandement à nos amés et feaux
Conseillers , les Gens tenans notre Grand - Con
seil , que ces Présentes il ayent à faire lire et re-
gistrer , pour le contenu en icelles être gardé et
observé selon sa forme et teneur , nonobstant
tous Edits , Déclarations , Lettres Patentes , Ré-
gfemens et autres titres à ce contraires , auxquels
nous avons dérogé et dérogeons par ces Pié
sentes , pour ce regard seulement ; car tel est no-
tre plaisir
;
et afin que ce soit chose ferme et
stable à toujours , nous avons aposé notre Sce}
à cesdites Présentes Donné , &c .
Lu , publié en l'Audience du Grand- Conseil du
Roy et enregistré ès Registres dudit Conseil , pour
être gardé, observé et ex cuté selon sa forme et te-
neur , suivant l'Arrêt dud t Conseil de ce jourd'hui
21. Février 1737. Signé , TOURN A'Y.
Registré au Parlement le 7. Mars suivant.
REGLEMENT signé du Roy, du 2. Mars,
Sur ce qui doit êre observé à l'égard des Equi
pages des Navires qui partent des Ports de Pro-
vence , et au sujet des Passagers qui s'y embar
quent , par raport aux Expéditions des Patentes
de santé.
AUTRI
248 MERCURE DE FRANCE
AUTRE du même jour , concernant les
Equipages des Bâteaux et autres Bâtimens qui
naviguent seulement dans le Port et à la Baye
de Marseille.
ARREST du 3 qui ordonne l'èxecution de
celui du 12. Janvier 1734 portant établissement
de la Commission pour le Jugement en dernier
ressort des comptes et affaires concernant l'E-
conomat et les Biens des Religionnaires fugitifs,
avec augmentation de Commissaires..
AUTRE du 18. qui ordonne la supression
de plusieurs Quvrages saisis chés le nommé
Redé , Imprimeur à Amiens , surpris en contra
vention aux Reglemens de Police , et qui le dé-
clare déchu de la qualité d'Imprimeur.
ARREST du Parlement , au sujet d'une
Feuille imprimée et d'une These de Théologie.
CE JOUR les Gens du Roy sont entrés, et
Maître Pierre Gilbert de Voisins , Avocat du-
dit Seigneur Roy , portant la parole , ont dit:
Qu'une Feuille clandestine , imprimée sans
autre t tre que celui de Suite du Suplément , sous
la date du 15. Janvier dernier , est tombée depuis
peu entre leurs mains ; et que comme ils ont apris
qu'elle étoit répandue dans le Public , ils n'ont
pas c , à la vue de ce qu'elle contient , pouvoir
sous silence.
a Cour en jugera comme eux , si elle
seulement ce qui regarde diverses
ont nommées dans cette Feuille,
ent compromises , mais encore
de dangereux pour le Pablic,
n présente des esprits sur les af
Laires
JUIN 1737.
Y249'
faires de l'Eglise , et ce qu'elle renferme de faits;,
d'expressions et de discours , capables de porter
à son dernier période un fu qui ne se fait que
trop sen ir , et que l'on ne doit chercher qu'à
éteindre ..
Qu'ils croyent donc n'avoir besoin que de la
mettre sous les yeux de la Cour pour l'engager
à la proscrire ; et pour trouver dans son autorité
respectable un préservatif qui fasse sentir au Pa-
blic , combien il doit être en garde contre tout:
ce qui peut tendre à de tels excès.
Que pour ne pas multiplier sans nécessité ses
Arrets , ils auront l'honneur de lui rendre comp-
te en même-temps d'une These soutenue dans
la Faculté de Théologie de Rheims , qui , quoi-
qu'un peu plus ancienne , n'est cependant aussi
parvenue que depuis peu à leur connoissance.
Qu'ils n'ont pas lieu de reprocher à cette These
d'être tombée en tout dans un égal oubli de nos
Maximes. Qu'ils y en reconnaissent au contraire
plusieurs exprimées d'une maniere que l'on ne
sçauroit qu'aprouver. Mais qu'il est d'autres ar--
ticles sur lesquels elle s'en écarte trop pour être :
excusée ; et que ce mélange aujourd'hui trop
ordinaire , ne doit pas la mettre à couvert de la
Censure de la Cour.
Que la Cour sçaura mieux le connoître
ble de conséquences dangereuses.
Que la Cour sçait quelle a été de tout t
la fermeté inébranlable de la France .
ral dans l'ordre de la Puissance sp
τί
le
discerner par ses lumieres, que par toute la discus-
sion dans laquelle ils pouroient entrer sur cette
These; qu'ils se bornent à un seul exemple choi
entre ce qu'ils y ont remarqué de plus susce
´ment à maintenir la supériorité du C
Vole
•
•
1250 MERCURE DE FRANCE
encore à le regarder comme faisant une partic
principale et essentielle de l'institution de 1 Eglise.
Que la Cour n'a pas sans doute oublié ce qu'elle
a fait à ce sujet en diverses occasions. Que quoi-
que persuadée , comme il est vrai , que les Con-
ciles géneraux ne sont pas toujours nécessaires
pour terminer toute question qui s'éleve , soit
sur la Discipline ou sur la Foi , elle n'en a pas été
moins en garde contre tout ce qui pouvoit insi
nuer qu'ils ne sont nécessaires en aucun cas.
Que c'est pour cela qu'en 1663. par un Arrêt
solemnel , elie réprouva cette proposition dans
une These de Théologie : Concilia generalia ad
extirpandas bareses , schismata et alia incommoda
tol enda , admodum sunt utilia , non tamen abso-
lutè necessaria. Que dans la These d'aujourd'hui
la même proposition se trouve en d'autres ter-
mes , mais , qui loin d'en affoiblir le sens , sem-
blent plutôt y donner plus de force et d'énergie :
Congregare Concilia magna utilitatis , nullius ab-
soluta necessitatis En faut-il davantage pour fon-
der les Conclusions qu'ils ont prises pour la su
pression de cette These , aussi--bien que de la
Feuille imprimée , et qu'ils laissent à la Cour ,
avec un Exemplaire de chacun de ces deux Ecrits?
Eux retirés : Vû par la Cour ladite Feuille im
primée sous le titre , Suite du Suplément , 15.
janvier 1737. ensemble ladite These soutemë
dans la Faculté de Théologie de Rheims le
31.
Décembre 1736. par Charles Batteux , Pro ma-
jore ordinarii , et les Conclusions par écrit du
Procureur General du Roy sur lesdits Ecrits. La
matiere sur ce mise en Déli eration ,
LA COUR a arrêté et ordonné que laditt
Feuille et ladite These seront suprimées , Enjoine
à tous ceux qui en auroient des Exemplaires , de
I. Vol.
jes
JUIN.
1737.
1251
Les aporter à cet effet au Greffe de ladite Cour
Fait inhibitions et défenses à tous Imprimeurs ,
Libraires , Colporteurs et autres de quelque état,
qualité et condition qu'ils soient , de vendre, dé-
biter ou autrement distribuer aucuns Exemplaires'
de ladite Feuille et de ladite These , à peine de
punition exemplaire; et que Copies collationnées
du présent Arrêt seront envoyées dans les Bail-
liges et Sénéchaussées du Ressort , pour y être
lu , publié et registré , enjoint aux Substituts du
Procureur General du Roy d'y tenir la main , et
d'en certifier la Cour dans un mois. Fait en Par-
lement le 18 Mars 1737. Signé DUFRANC.
ARREST du 19. Mars , qui exempte des
droits de Massicault , et modére à moitié les au-
tres droits dûs à Rouen et au Havre , sur les
Vins du Languedoc et de Roussillon , qui seront
destinés pour la provision de Paris.
ORDONNANCE DU Roy du 30. par la
quelle il est dit que S. M. desirant mettre sous
le Titre de Royal - Pologne , le Regiment de Ca-
valerie qui est sous celui du Roy Stanislas , et
voulant qu'il prenne à l'avenir dans la Cavalerie
un rang convenable à ce Titre , S. M. a ordonné
et ordonne qu'il portera à l'avenir le nom de
Royal- Pologne, et prendra rang dans les Garni
sons,Quartiers Campemens, Armées, et par- tout
ailleurs , après le Regiment Royal de Carabi
niers , et avant tous les autres qui sont actuelle-
ment sur pied ; nonobstant ce qui est porté par
POrdonnance du 24. Décembre 1725. qui avoit
fixé le rang de ce Regiment après celui de la
Reine , et toutes autres Ordonnances et Regle
mens à ce contraires , auxquels S. M: a dérogé
et déroge par ladite Ordonnance.
11252 MERCURE DE FRANCE
ARREST du 2. Avril, Portant Exemption
des Droits du Domaine d'Occident , pour les
Marchandises du crû des Isles du Vent de l'A-
merique , qui seront transportées en Canada er
à l'Isle- Royale..
AUTRE du même jour, Qui permet aux Né
gocians de Marseille d'introduire , pour la con-
sommation du Royaume , les Caffés provenant
du cru des Isles Françoises de l'Amerique , en
payant dix livres du cent pesant , et d'en en-
voyer à Geneve en transit , sans payer aucuns
Droits ; le tout en observant les formalités pres
crites.
ORDONNANCE DU ROY du ro. Avril,
Qui enjoint aux Officiers des Troupes d'Infan-
gerie , Cavalerie et Dragons , de porter l'habit
uniforme pendant le temps qu'ils seront aux
Corps.
AUTRE du 23. Qui permet que les Bâti-
mens François soient adressés aux Négocians
Etrangers établis dans les Echelles du Levant ,
dans le cas où ils auront été fretés en entier par
des Etrangers.
ARREST du même jour , Pour faciliter
La perception des Arrerages des Rentes Viageres
acquises sur l'Hôtel de Ville de Paris
Etrangers.
suit.
par
AUTRE du 5. May , dont la tencur
LE ROY s'étant fait representer l'Arrêt ren-
u par Sa Majesté le 9. Décembre 1731. par
1. Vol.
les
lequel
JUIN.
I. Fol
+1737
1253
lequel elle auroit ordonné la Supression d'une
feuille imprimée commençant par ces mots
Stephanus Josephus de la Fare ..... Episcopus ,
Dux Laudunensis , avec une Formule ordinaire
de l'Aprobation des Confesseurs , une Explica-
tion des Cas reservés au Pape ou à l'Evêque , et
des Avis adressés aux Confesseurs , Sa Majesté
auroit été informée que , contre le respect qui
est dû à cet Arrêt , on commençoit à répandre
dans le Public un Ouvrage imprimé sans nom
d'Imprimeur , sans Privilege ni Permission, qui
a pour titre , Ordonnance de M. l'Evêque Duc de
Laon,second Pair de France, & c.où il paroît qu'on
veut faire revivre et regarder comme subsistant,
ce que le Roy ajugé à propos de suprimer par son
autorité. Et S. M. s'étant fait rendre un comp-
te plus exact de cet Ouvrage, Elle auroit recon-
nu que l'exemple d'une pareille contravention
doit être d'autant moins toleré, qu'il est à crain-
dre que l'esprit qui regne dans cet Imprimé , et
la dureté des expressions dont il est rempli ,
n'excirent une nouvelle émotion dans les esprits:
à quoi étant nécessaire de pourvoir , pour as-
sûrer l'exécution des Arrêts émanés de l'autori-
té du Roy , et éloigner tout ce qui peut troubler
la tranquillité publique , SA MAJESTE' E'TANT
EN SON CONSEIL , a ordonné et ordonne que
ledit Ouvrage , imprimé sous le titre d'Ordon-
nance de M.l'Evêque Duc de Laon ,second Pair de
France , &c. sera et demeurera suprimé , &c.
AUTRE du 21. Qui accorde un Délay
jusqu'au dernier Décembre 1737. pour le Con-
trôle des Actes de Foy et Hommage , Décla-
rations et Reconnoissances aux Papiers Terriers
et autres.
LETTRES
1254 MERCURE DE FRANCE
LETTRES PATENTES de Privilege exclu-
sif d'une Machine propre à battre les Grains ,
pour le sieur Meiffren .
LOUIS , par la Grace de Dieu, Roy de Fran-
ee et de Navarre : A tous ceux qui ces presentes
Lettres verront , SALUT. Notre bien amé le
sieur Jean Baptiste Meiffren , Capitaine Garde-
Côte , et Inspecteur des Haras en Provence ,
Nous a fait exposer qu'il a inventé une Machine
propre à battre les Grains , laquelle a la pro-
prieté de battre beaucoup mieux les Gerbes que
le Fleau , qu'elle en rend la paille plus douce ,
et meilleure pour les Chevaux , en fait sortir tout
le grain , qu'elle crible et qu'elle vanne en même
temps qu'elle bat , & fait plus d'ouvrage avec
un seul homme qu'avec six des plus forts Bar-
teurs en Grange ; Que cette Machine agit par
le moyen d'un arbre vertical qui est mis en
mouvement par un ou plusieurs bras , auquel
an attache un ou plusieurs chevaux , selon l'é
tenduë que l'on veut lui donner ; que cet arbre
porte un rouet qui mene une lanterne , laquelle
fait tourner un arbre horizontal , lequel porte
des levées , qui rencontrant d'un cô é des basse-
cules , de l'autre des mentonieres , font lever des
pilons et facilitent l'écoulement du grain dans
une tremie Que cette Machine sera très- utile ,
sur-tout en Provence , & dans les autres Pro-
vinces méridionales du Royaume , où on foule
le grain par le moyen d'un grand nombre de
chevaux , qui serviront utilement à d'autres tra-
vaux que d'ailleurs ceux de cette espece fati-
guent presque toutes les Jumens Poulinieres et
les font avorter, gâtent les jambes des Poulains,
les détruisent en partie , et empêchent qu'on
puisse tirer de bons chevaux de cette Province ;
I. Vol.
-que
JUIN.
1737.
1255
que même ce foulage avec des chevaux et des
jumens est défendu depuis long- tems , en Espa-
gne , en Italie , en Barbarie , en gypte mais
comme ledit sieur Meiffren perdroit tout le fruit
de ses travaux , et que les dépenses qu'il a faites
pour parvenir à perfectionner cette nouvelle Ma-
chine , tomberoient en pure perte pour lui , s'il
étoit permis d'en faire de pareilles ,
qu'il Nous plairoit regler ,
il Nous a
très-humblement suplié de lui en accorder fe
Privilege exclusif, pendant le nombre d'années
et desirant favora-
blement traiter dedit sieur Meiffen , et le re-
compenser de son aplication, et après avoir fait
examiner en notre Académie Royale des Scien-
ces , ladite Machine : A CES CAUSES ,
et autres
ace Nous mouvans ', de l'avis de notre Conseil,
qui a vu le Certificat de notre Académie des
Sciences , ensemble le plan de ladite Machine cy
attaché sous le Contre- Scel de notre Chancel-
erie , Nous avons , par ces Presentes signées de
notre main , permis et permettons audit sieur
Meiffren , ses Hoirs et ayans cause , de faire
construire , vendre , débiter ,
et se servir de la
nouvelle Machine à battre les Gerbes , de son
invention dans toute l'étendue de notre Royau-
me,Pays, Terres, et Seigneuries de notre obéis-
sance , pendant le temps et espace de vingt an-
nées consecutives , à compter du jour et datte
des Presentes ; faisons très- expresses inhibitions
et défenses à toutes Personnes de quelque con-
dition et qualité qu'elles soient, de faire et cons-
ctuire , pendant ledit temps , aucunes Machines
à battre les Gerbes semblables à la presente , ni
de la contrefaire sans la permission par écrit du-
dit sieur Meiffren , ses Hoirs et ayans cause ,
peine de confiscation desd. Machines et des mate-
J. Vol.
*iaux
7254 MERCURE DE FRANCE
LETTRES PATENTES de Privilege exclu
sif d'une Machine propre à battre les Grains ,
pour le sieur Meiffren .
LOUIS , par la Grace de Dieu, Roy de Fran
ee et de Navarre : A tous ceux qui ces presentes
Lettres verront , SALUT. Notre bien amé le
sieur Jean Baptiste Meiffren , Capitaine Garde-
Côte , et Inspecteur des Haras en Provence ,
Nous a fait exposer qu'il a inventé une Machine
propre à battre les Grains , laquelle a la pro-
prieté de battre beaucoup mieux les Gerbes que
le Fleau , qu'elle en rend la paille plus douce ,
et meilleure pour les Chevaux , en fait sortir tout
le grain , qu'elle crible et qu'elle vanne en même
temps qu'elle bat , & fait plus d'ouvrage avec
un seul homme qu'avec six des plus forts Bar-
teurs en Grange ; Que cette Machine agit par
le moyen d'un arbre vertical qui est mis en
mouvement par un ou plusieurs bras , auquel
an attache un ou plusieurs chevaux , selon l'é
tenduë que l'on veut lui donner ; que cet arbre
porte un rouet qui mene une lanterne , laquelle
fait tourner un arbre horizontal , lequel porte
des levées , qui rencontrant d'un cô é des basse-
cules , de l'autre des mentonieres , font lever des
pilons et facilitent l'écoulement du grain dans
une tremie : Que cette Machine sera très- utile ,
sur-tout en Provence , & dans les autres Pro-
vinces méridionales du Royaume , où on foule
le grain par le moyen d'un grand nombre de
chevaux , qui serviront utilement à d'autres tra-
vaux que d'ailleurs ceux de cette espece fati-
guent presque toutes les Jumens Poulinieres et
les font avorter, gâtent les jambes des Poulains,
les détruisent en partie , et empêchent qu'on
puisse tirer de bons chevaux de cette Province ;
1. Vol.
que
JUIN..1737.
J. Vol.
1255
que même ce foulage avec des chevaux et des
jumens est défendu depuis long- tems , en Espa-
gne , en Italie , en Barbarie , en gypte : mais
comme ledit sicur Meiffren perdroit tout le fruit
de ses travaux , et que les dépenses qu'il a faites
pour parvenir à perfectionner cette nouvelle Ma-
chine , tomberoient en pure perte pour lui , s'il
étoit permis d'en faire de pareilles ,
il Nous a
très- humblement suplié de lui en accorder fe
Privilege exclusif, pendant le nombre d'années
qu'il Nous p'airoit regler ,
et desirant favora-
blement traiter dedit sieur Meiffen , et le re-
compenser de son aplication, et après avoir fait
examiner en notre Académie Royale des Scien-
ces , ladite Machine : A CES CAUSES ,
et autres
ice Nous mouvans , de l'avis de notre Conseil,
qui a vu le Certificat de notre Académie des
Sciences , ensemble le plan de ladite Machine cy
attaché sous le Contre- Scel de notre Chancel-
crie , Nous avons , par ces Presentes signées de
notre main , permis et permettons audit sieur
Meiffren , ses Hoirs et ayans cause , de faire
construire , vendre , débiter ,
et se servir de la
nouvelle Machine à battre les Gerbes , de son
invention dans toute l'étendue de notre Royau-
me , Pays, Terres, et Seigneuries de notre obéis
sance , pendant le temps et espace de vingt an-
nées consecutives , à compter du jour et datte
des Presentes ; faisons très-expresses inhibitions
et défenses à toutes Personnes de quelque con-
dition et qualité qu'elles soient, de faire et cons-
tuire , pendant ledit temps , aucunes Machines
à battre les Gerbes semblables à la presente , ni
de la contrefaire sans la permission par écrit du-
dit sieur Meiffren , ses Hoirs et ayans cause , à
peine de confiscation desd. Machines et des mate-
tiaux
1246 MERCURE DE FRANCE
circonstances et dépendances , et icelle interdi-
sant à toutes ses Cours et autres Juges , jusqu'à
Ce qu'autrement par Elle il en ait été ordonné.
ORDONNANCE du Roi du 25. concernant
la réduction des Compagnies de Grenadiers
en faveur de ceux des Grenadiers qui se trou-.
veront déplacés par le retranchement porté par
l'ordonnance du 8. Janvier dernier , et entrenus
avec leur même paye jusqu'à ce qu'ils rentrent
dans les Compagnies d'où ils seront sortis , ou
qu'ils montent aux grades qui leur seront ac-
cordés suivant leurs talens et bonne conduite.
ARREST du 26. portant qu'Antoine Hog-
guer sera tenu de défendre dans huitaine , à la
demande du Controlleur des bons d'Etats con
tre lui , en restitution de neuf millions deux cent
quatre- vingt-dix mil cinq cent quatre-vingt-six
livres d'une part , en rentes sur les Tailles , et
de neuf cent quarante-quatre mille livres , d'au-
tre , en argent , comme indûement par lui sur-
prises , sinon qu'il sera fait droit.
EDIT DU ROY, portant supression de
la Charge de Garde des Sceaux de France. Don
Lé à Versailles au mois de Février 1737.
LOUIS par Ia grace de Dieu Roy de Fran-
ce et de Navarre ; à tous présens et à venir , SA-
IU T. Les Sceaux de France étant à présent en
nos mains , nous avons crû que rien n'étoit plus
convenable au bien de notre Service et à celui
"du Public , que d'en remettre la garde et l'éxer-
cice à notre très-cher et féal Chevalier Chance-
Tier de France. A ces causes , et autres à cẹ nods
mouvans , de l'avis de notre Conseil , et de no-
I. Val.
JUIN.
1737.
1247
tre certaine science , pleine puissance et autor té
Royale , nous avons éteint et suprimé , étei-
gnons et suprimons par ces Présentes , signées
de notre main , les titre , état et Office de Garde
des Sceaux de France , rétabli par nos Lettreg
Patentes du mois d'Août 1727. Voulons qu'i-
celles et tout leur contenu , soit et demeure dès-
à- présent et à l'avenir , nul et comme non ave--
nu , ainsi que toutes les clauses et dispositions
contenues en icelles en vertu des Présentes. Si
donuous en mandement à nos amés et feaux
Conseillers , les Gens tenans notre Grand- Con-
seil , que ces Présentes il ayent à faire lire et re-
gistrer , pour le contenu en icelles être gardé et
observé selon sa forme et teneur , nonobstanť
fous Edits , Déclarations , Lettres Patentes , Ré
gfemens et autres titres à ce contraires , auxquels
nous avons dérogé et dérogcons par ces Pié
senies , pour ce regard seulement ; car tel est no-
tre plaisir , et afin que ce soit chose ferme et
stable à toujours , nous avons aposé notre Sce
ă cesdites Présentes Donné , &c.
Lú , publié en l'Audience du Grand- Conseil du
Roy et enregistré ès Registres dudit Conseil , pour
être gardé, observé et ex cuté selon sa forme et te-
neur , suivant l'Arrêt dud 1 Conseil de ce jourd'hui
21. Février 1737. Signé , TOURNAY.
Registré au Parlement le 7. Mars suivant.
REGLEMENT signé du Roy, du 2. Mars
Sur ce qui doit êre observé à l'égard des Equi
pages des Navires qui partent des Pòrts de Pro-
vence , et au sujet des Passagers qui s'y embar
quent , par raport aux Expéditions des Patentes
de santé.
1. Vol
AUTRI
T248 MERCURE DE FRANCE
AUTRE du même jour , concernant les
Equipages des Bâteaux et autres Bâtimens qui
naviguent seulement dans le Port et à la Baye
de Marseille.
ARREST du 3 qui ordonne l'èxecution de
celui du 12. Janvier 1734 portant établissement
de la Commission pour le Jugement en dernier
ressort des comptes et affaires concernant l'E-
conomat et les Biens des Religionnaires fugitifs,
avec augmentation de Commissaires.
AUTRE du 18. qui ordonne la supression
de plusieurs Ouvrages saisis chés le nommé
Redé , Imprimeur à Amiens , surpris en contra
vention aux Reglemens de Police , et qui le dé-
clare déchu de la qualité d'Imprimeur.
ARREST du Parlement , au sujet d'une
Feuille imprimée et d'une These de Théologie.
CE JOUR les Gens du Roy sont entrés, er
Maître Pierre Gilbert de Voisins , Avocat du-
dit Seigneur Roy , portant la parole , ont dit :
Qu'une Feuille clandestine , imprimée sans
autre t tre que celui de Suite du Suplément ,
la date du 15. Janvier dernier , est tombée depuis
peu entre leurs mains, et que comme ils ont apris
qu'elle étoit répandue dans le Public , ils n'ont
pas crû , à la vue de ce qu'elle contient , pouvoir
la passer sous silence .
Que la Cour en jugera comme eux , si elle
considere non-seulement ce qui regarde diverses
Personnes qui sont nommées dans cette Feuille,
et qui s'y trouvent compromises , mais encore
plus ce qu'elle a de dangereux pour le Pablic ,
dans la disposition présente des esprits sur les af
L.. Vole
Sous
faires
JUIN 1737.
Le Volo
Y'49'
faires de l'Eglise , et ce qu'elle renferme de faits;,
d'expressions et de discours , capables de porter
à son dernier période un fu qui ne se fait que
trop sen ir , et que l'on ne doit chercher qu'à
éteindre..
Qu'ils croyent donc n'avoir besoin que de la
mettre sous les yeux de la Cour pour l'engager
à la proscrire ; et pour trouver dans son autorité
respectable un préservatif qui fasse sentir au Pa-
blic , combien il doit être en garde contre tout:
ce qui peut tendre à de tels excès.
Que pour ne pas multiplier sans nécessité sés
Arrets , ils auront l'honneur de lui rendre comp-
te en même-temps d'une These soutenue dans
la Faculté de Théologie de Rheims , qui , quoi-
qu'un peu plus ancienne n'est cependant aussi
parvenue que depuis peu à leur counoissance.
Qu'ils n'ont pas lieu de reprocher à certe These
d'être tombée en tout dans un égal oubli de nos
Maximes. Qu'ils y en reconnoissent au contraire
plusieurs exprimées d'une maniere que l'on ne
sçauroit qu'aprouver. Mais qu'il est d'autres ar-
ticles sur lesquels elle s'en écarte trop pour être:
excusée ; et que ce mélange aujourd'hui trop
ordinaire , ne doit pas la mettre à couvert de la
Censure de la Cour.
Que la Cour sçaura mieux le connoître
le
discerner par ses lumieres, que par toute la discus-
sion dans laquelle ils pouroient entrer sur cette
These; qu'ils se bornent à un seul exemple choisi
entre ce qu'ils y ont remarqué de plus suscepti
ble de conséquences dangereuses.
Que la Cour sçait quelle a été de tout temps
la fermeté inébranlable de la France , non-seule
´ment à maintenir la supériorité du Concile géne
ral dans l'ordre de la Puissance spirituelle , mais
encore
1250 MERCURE DE FRANCE
encore à le regarder comme faisant une partie
principale et essentielle de l'institution de l Eglise.
Que la Cour n'a pas sans doute oublié ce qu'elle
a fait à ce sujet en diverses occasions. Que quoi-
que persuadée , comme il est vrai , que les Con-
ciles géneraux ne sont pas toujours nécessaires
pour terminer toute question qui s'éleve , soit
sur la Discipline ou sur la Foi , elle n'en a pas été
moins en garde contre tout ce qui pouvoit insi-
nuer qu'ils ne sont nécessaires en aucun cas .
Que c'est pour cela qu'en 1663. par un Arrêt
solemnel , elle réprouva cette proposition dans
une These de Théologie : Concilia generalia ad
extirpandas bareses , schismata et alia incommoda
tol enda , admodum sunt utilia , non tamen abso-
lutè necessaria. Que dans la These d'aujourd'hui
la même proposition se trouve en d'autres ter-
mes , mais , qui loin d'en affoiblir le sens , sem-
blent plutôt y donner plus de force et d'énergie :
Congregare Concilia magna utilitatis , nullius ab-
soluta necessitatis En faut-il davantage pour fon-
der les Conclusions qu'ils ont prises pour la su
pression de cette These , aussi- bien que de la
Feuille imprimée , et qu'ils laissent à la Cour ,
avec un Exemplaire de chacun de ces deux Ecrits?
Eux retirés : Vû par la Cour ladite Feuille im
primée sous le titre , Suite du Suplément , 15.
janvier 1737. ensemble ladite These soutene
dans la Faculté de Théologie de Rheims le
31-
Décembre 1736. par Charles Batteux , Pro ma-
jore ordinarii , et les Conclusions par écrit du
Procureur General du Roy sur lesdits Ecrits. La
matiere sur ce mise en Déli eration ,
LA COUR a arrêté et ordonné que ladit☛
Feuille et ladite These seront suprimées , Enjoint
à tous ceux qui en auroient des Exemplaires , de
J. Vol.
jes
JUIN.
1737.
1251
les aporter à cet effet au Greffe de ladite Cour !
Fait inhibitions et défenses à tous Imprimeurs ,
Libraires , Colporteurs et autres de quelque état,
qualité et condition qu'ils soient , de vendre, dé-
biter ou autrement distribuer aucuns Exemplaires'
de ladite Feuille et de ladite These , à peine de
punition exemplaire; et que Copies collationnées
du présent Arrêt seront envoyées dans les Bail-
liges et Sénéchaussées du Ressort , pour y être
Iû , publié et registré , enjoint aux Substituts du
Procureur General du Roy d'y tenir la main , er
d'en certifier la Cour dans un mois. Fait en Par-
lement le 18 Mars 1737. Signé DUFRANC.
ARREST du 19. Mars , qui exempte des
droits de Massicault , et modére à moitié les au-
tres droits dûs à Rouen et au Havre , sur les
Vins du Languedoc et de Roussillon , qui seront
destinés pour la provision de Paris.
ORDONNANCE DU Roy du 30. par la
quelle il est dit que S. M. desirant mettre sous
le Titre de Royal- Pologne , le Regiment de Ca-
valerie qui est sous celui du Roy Stanislas , et
voulant qu'il prenne à l'avenir dans la Cavalerie
un rang convenable à ce Titre , S. M. a ordonné
et ordonne qu'il portera à l'avenir le nom de
Royal-Pologne, et prendra rang dans les Garni
sons,Quartiers Campemens, Armées, et par- tout
ailleurs , après le Regiment Royal de Carabi
niers , et avant tous les autres qui sont actuelle-
ment sur pied ; nonobstant ce qui est porté par
l'Ordonnance du 24. Décembre 1725. qui avoit
fixé le rang de ce Regiment après celui de la
Reine , et toutes autres Ordonnances et Regle
mens à ce contraires , auxquels S. M : a dérogé
et déroge par ladite Ordonnance.
1252 MERCURE DE FRANCE
ARREST du 2. Avril, Portant Exemption
des Droits du Domaine d'Occident , pour les
Marchandises du crú des Isles du Vent de l'A-
merique , qui seront transportées en Canada et
à l'Isle- Royale.
AUTRE du même jour, Qui permet aux Né-
gocians de Marseille d'introduire , pour la con-
sommation du Royaume , les Caffés provenant
du crû des Isles Françoises de l'Amerique , en
payant dix livres du cent pesant , et d'en en-
voyer à Geneve en transit , sans payer aucuns
Droits ; le tout en observant les formalités pres.
crites.
ORDONNANCE DU ROY du 10. Avril,
Qui enjoint aux Officiers des Troupes d'Infan-
terie , Cavalerie et Dragons , de porter l'habit
uniforme pendant le temps qu'ils seront aux
Corps.
AUTRE du 23. Qui permet que les Bâti-
mens François soient adressés aux Négocians
Etrangers établis dans les Echelles du Levant
7
dans le cas où ils auront été fretés en entier par
des Etrangers.
ARREST du même jour , Pour faciliter
la perception des Arrerages des Rentes Viageres
acquises sur l'Hôtel de Ville de Paris par les
Etrangers.
AUTRE du 5. May , dont la teneur
suit.
LE ROY s'étant fait representer l'Arrêt ren-
du par Sa Majesté le 9. Décembre 1731, par
1. Vol.
lequel
JUIN.
I. Vola
1737
1253
lequel elle auroit ordonné la Supression d'une
feuille imprimée commençant par ces mots
Stephanus Josephus de la Fare ..... Episcopus
Dux Laudunensis , avec une Formule ordinaire
de l'Aprobation des Confesseurs , une Explica-
tion des Cas reservés au Pape ou à l'Evêque , er
des Avis adressés aux Confesseurs , Sa Majesté
auroit été informée que , contre le respect qui
est dû à cet Arrêt , on commençoit à répandre
dans le Public un Ouvrage imprimé sans nom
d'Imprimeur , sans Privilege ni Permission, qui
a pour titre , Ordonnance de M. l'Evêque Duc de
Laon,second Pair de France, &c.où il paroît qu'on
veut faire revivre et regarder comme subsistant,
ce que le Roy a jugé à propos de suprimer parson
autorité. Et S. M. s'étant fait rendre un comp-
te plus exact de cet Ouvrage, Elle auroit recon-
nu que l'exemple d'une pareille contravention
doit être d'autant moins toleré, qu'il est à crain--
dre que l'esprit qui regne dans cet Imprimé , et
la dureté des expressions dont il est rempli ,
n'excitent une nouvelle émotion dans les esprits :
à quoi étant nécessaire de pourvoir , pour as-
sûrer l'exécution des Arrêts émanés de l'autori
té du Roy , et éloigner tout ce qui peut troubler
la tranquillité publique , SA MAJESTE' E'TANT
EN SON CONSEIL , a ordonné et ordonne que
edit Ouvrage , imprimé sous le titre d'Ordon-
nance de M.l'Evêque Duc de Laon, secon¹ Pair de
France , &c. sera et demeurera suprimé , & c.
AUTRE du 21. Qui accorde un Délay
jusqu'au dernier Décembre 1737. pour le Con-
trôlle des Actes de Foy et Hommage , Décla-
rations et Reconnoissances aux Papiers Terriers
ft autres.
LETTRES
2254 MERCURE DE FRANCE
LETTRES PATENTES de Privilege exclu-
sif d'une Machine propre à battre les Grains ,
pour le sieur Meiffren.
LOUIS , par la Grace de Dieu, Roy de Fran
ee et de Navarre : A tous ceux qui ces presentes
Lettres verront , SALUT. Notre bien amé le
sieur Jean Baptiste Meiffren , Capitaine Garde-
Côte , et Inspecteur des Haras en Provence ,
Nous a fait exposer qu'il a inventé une Machine
propre à battre les Grains , laquelle a la pro-
prieté de battre beaucoup mieux les Gerbes que
le Fleau , qu'elle en rend la paille plus douce ,
et meilleure pour les Chevaux , en fait sortir tout
le grain , qu'elle crible et qu'elle vanne en même
temps qu'elle bat , & fait plus d'ouvrage avec
un seul homme qu'avec six des plus forts Bar-
teurs en Grange ; Que cette Machine agit par
le moyen d'un arbre vertical qui est mis en
mouvement par un ou plusieurs bras , auquel
an attache un ou plusieurs chevaux , selon l'é
tenduë que l'on veut lui donner ; que cet arbre
porte un rouet qui mene une lanterne , laquelle
fait tourner un arbre horizontal , lequel porte
des levées , qui rencontrant d'un cô é des basse-
cules , de l'autre des mentonieres , font lever des
pilons et facilitent l'écoulement du grain dans
une tremie : Que cette Machine sera très- utile ,
sur-tout en Provence , & dans les autres Pro-
vinces méridionales du Royaume , où on foule
le grain par le moyen d'un grand nombre de
chevaux , qui serviront utilement à d'autres tra-
vaux que d'ailleurs ceux de cette espece fati-
guent presque toutes les Jumens Poulinieres et
les font avorter, gâtent les jambes des Poulains,
les détruisent en partie , et empêchent qu'on
paisse tirer de bons chevaux de cette Province ;
I. Vol.
que
JUIN.. 1737.
1255
que même ce foulage avec des chevaux et des
jumens est défendu depuis long- tems , en Espa-
gne , en Italie , en Barbarie , en Egypte : mais
comme ledit sieur Meiffren perdroit tout le fruit
de ses travaux , et que les dépenses qu'il a faites
pour parvenir à perfectionner cette nouvelle Ma-
chine , tomberoient en pure perte pour lui , s'il
étoit permis d'en faire de pareilles ,
il Nous a
très-humblement suplié de lui en accorder fe
Privilege exclusif, pendant le nombre d'années
qu'il Nous plairoit regler ,
et desirant favora-
blement traiter ledit sieur Meiffren , et le re-
compenser de son aplication, et après avoir fait
examiner en notre Académie Royale des Scien-
ces , ladite Machine : A CES CAUSES , et autres
ace Nous mouvans , de l'avis de notre Conseil,
qui a vû le Certificat de notre Académie des
Sciences , ensemble le plan de ladite Machine cy
attaché sous le Contre-Scel de notre Chancel-
lerie , Nous avons , par ces Presentes signées de
notre main , permis et permettons audit sieur
Meiffren , ses Hoirs et ayans cause , de faire
construire , vendre , débiter ,
et se servir de la
nouvelle Machine à battre les Gerbes , de son
invention dans toute l'étendue de notre Royau-
me , Pays, Terres, et Seigneuries de notre obéis-
sance , pendant le temps et espace de vingt an-
nées consecutives , à compter du jour et datte
des Presentes ; faisons très-expresses inhibitions
et défenses à toutes Personnes de quelque con-
dition et qualité qu'elles soient, de faire et cons-
Cruire , pendant ledit temps , aucunes Machines
à battre les Gerbes semblables à la presente , ni
de la contrefaire sans la permission par écrit du-
dit sieur Meiffren , ses Hoirs et ayans cause , à
peine de confiscation desd. Machines et des mate-
J. Vol.
riaux
1256 MERCURE DE FRANCE
riaux , outils , et ustenciles qui auroient servi à
leur fabrication ,
et de quinze cent livres d'a-
mende , aplicable un tiers à notre profit, un tiers
au profit du Sicur Meiffren , ses Hoirs et ayans
cause, et l'autre tiers au profit de l'Hôpital le
plus prochain du lieu où il sera contrevenu aux
Presentes. SI DONNONS EN MANDEMENT à nos
amés et feaux Conseillers les Gens tenans nos
Cours de Parlement , et à tous autres nos Of
ciers et Justiciers qu'il apartiendra , que du con-
tenu des Presentes ils fassent jouir et user ledit
sieur Exposant , ses Hoirs et ayans cause , plei-
nement et paisiblement, cessant et faisant cesser
tous troubles et empêchemens contraires. CAR
tel est notre plaisir. DONNE' à Versailles le tren-
tiéme jour d'Avril , l'an de Grace mil sept cent
trente sept , et de notre Regne le vingt- deuxié-
me , Signé , LOUIS , Et plus bas , par le Roy,
PHE PEAUX.
Nous croyons devoir ajoûter que , par les dif
ferens effets de cette Machine , il semble qu'elle
doit être extrémement composée , elle est ce-
pendant très-simple , peu couteuse et de presque
nul entretien. Depuis qu'elle a été vûë et exa-
minée par Messieurs de l'Académie des Sciences,
le sieur Meiffren l'a encore beaucoup perfection-
née , ensorte qu'il n'y a personne qui ne soit
frapé de cette Invention , une des plus utiles
qui ait encore été trouvée en ce genre.
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7389
p. 1256
« Le second Volume du Mercure de ce mois est actuellement sous presse, et paroîtra [...] »
Début :
Le second Volume du Mercure de ce mois est actuellement sous presse, et paroîtra [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Le second Volume du Mercure de ce mois est actuellement sous presse, et paroîtra [...] »
Le second Volume du Mercure de ce
mois est actuellement sous presse, et paroîtra
incessamment.
mois est actuellement sous presse, et paroîtra
incessamment.
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7390
s. p.
TABLE.
Début :
PIECES FUGITIVES. Avertissement, 1045 Le Mâtin et la Levrette, Fable, 1049 [...]
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texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE.
PIECES FUGITIVES. Avertissement, 1045
Le Mâtin et la Levrette, Fable, 1049
Lettre sur le Vellaunodunum , &c ,
Etrennes ,
min timbré ,
Le Parnasse , Ode ,
Le Jardin , Epitre,
Propagation du Son ,
Enigme , Logogryphes , &c.
1049
1051
1082
Dissertation sur l'Origine du Papier et Parche-
Lettre sur les Mathématiques , &c.
1082
1116
1125
1129
Mémoire lû à la derniere Assemblée publique
de l'Académie Royale des Sciences , sur la
1137
1147
NOUVELLES LITTERAIRES DES REAUX- ARTS,
La Religion ou Théologie des Turcs , 1149
L'Art d'aimer , Poëme , &c ,
Ordonnances des Rois de France , &c.
Jeunesse , &c.
Prix réservés ,
P & c.
Estampes nouvelles , &c.
1157
1158
Principes de l'Histoire pour l'Education de la
1159
Prix de l'Académie , des Jeux Floraux , & c . et
1170
Extrait d'une Lettre écrite de Constantinople ,
Chanson notée ,
Constantinople ,
1173
1176
1184
Spectacles. Le Triomphe de l'Harmonie , & c.
1185
Nouvelles Etrangeres , de Turquie , et Lettre de
1198
B: Russie , Allemagne et Italie , Prise de Posses
sion de la Dignité de Sénateur Romain , &c,
120X
Leance. Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
1208
Entrée publique de l'Ambassadeur de Venise ,
Morts , Naissances & Mariages ,
Arrêts Notables ,
PIECES FUGITIVES. Avertissement, 1045
Le Mâtin et la Levrette, Fable, 1049
Lettre sur le Vellaunodunum , &c ,
Etrennes ,
min timbré ,
Le Parnasse , Ode ,
Le Jardin , Epitre,
Propagation du Son ,
Enigme , Logogryphes , &c.
1049
1051
1082
Dissertation sur l'Origine du Papier et Parche-
Lettre sur les Mathématiques , &c.
1082
1116
1125
1129
Mémoire lû à la derniere Assemblée publique
de l'Académie Royale des Sciences , sur la
1137
1147
NOUVELLES LITTERAIRES DES REAUX- ARTS,
La Religion ou Théologie des Turcs , 1149
L'Art d'aimer , Poëme , &c ,
Ordonnances des Rois de France , &c.
Jeunesse , &c.
Prix réservés ,
P & c.
Estampes nouvelles , &c.
1157
1158
Principes de l'Histoire pour l'Education de la
1159
Prix de l'Académie , des Jeux Floraux , & c . et
1170
Extrait d'une Lettre écrite de Constantinople ,
Chanson notée ,
Constantinople ,
1173
1176
1184
Spectacles. Le Triomphe de l'Harmonie , & c.
1185
Nouvelles Etrangeres , de Turquie , et Lettre de
1198
B: Russie , Allemagne et Italie , Prise de Posses
sion de la Dignité de Sénateur Romain , &c,
120X
Leance. Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
1208
Entrée publique de l'Ambassadeur de Venise ,
Morts , Naissances & Mariages ,
Arrêts Notables ,
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7391
s. p.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Début :
Page 1052. ligne 19. Boyens , lisez, Boïens Et de même page suivante, ligne 12., Boyos [...]
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texteReconnaissance textuelle : Fautes à corriger dans ce Livre.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Page 1052. ligne 19. Boyens , lisez, Boïens Et de même page suivante, ligne 12., Boyos
P. 1137. l. 12. du , ajoûtez , 4. May.
P. 1165. 1. 3. particuliers , ajoutez de. P. 178. ligne derniere , sieur , ajoutez Fessard, P. 1181. 1. 7. auprès de Paris , ôtez ces mots.
P. 1185. 1. 20. Grever , lisez Grenet.
Page 1052. ligne 19. Boyens , lisez, Boïens Et de même page suivante, ligne 12., Boyos
P. 1137. l. 12. du , ajoûtez , 4. May.
P. 1165. 1. 3. particuliers , ajoutez de. P. 178. ligne derniere , sieur , ajoutez Fessard, P. 1181. 1. 7. auprès de Paris , ôtez ces mots.
P. 1185. 1. 20. Grever , lisez Grenet.
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7392
s. p.
« La Chanson notée doit regarder la page 1184 [...] »
Début :
La Chanson notée doit regarder la page 1184 [...]
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La Chanson notée doit regarder la page 1184
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7393
s. p.
AVIS.
Début :
L'ADRESSE generale est à Monfieur MOREAU, Commis au Mercure, [...]
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texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
L'ADRESSE generale est à
Monfieur MOREAU, Commis au Mercure,
vis - à - vis la Comedie Fran-
foife , à Paris. Ceux qui pour leur com-
modité voudront remettre leurs Paquets ca-
chetés aux Libraires qui vendent le Mer-
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
Le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , on les Particuliers qui fouhaite-
ront avoir le Mercure de France de la pre-
miere main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
T'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
L'ADRESSE generale est à
Monfieur MOREAU, Commis au Mercure,
vis - à - vis la Comedie Fran-
foife , à Paris. Ceux qui pour leur com-
modité voudront remettre leurs Paquets ca-
chetés aux Libraires qui vendent le Mer-
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
Le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , on les Particuliers qui fouhaite-
ront avoir le Mercure de France de la pre-
miere main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
T'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
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7394
p. 1261-1296
HISTOIRE ABREGÉE des Journaux de Jurisprudence Françoise, pour servir de Suplément à l'Histoire Critique des Journaux de M. C..... par M. A. G. Boucher d'Argis, Avocat au Parlement.
Début :
L'Histoire Critique des Journaux Litteraires, est un Ouvrage que feu [...]
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE ABREGÉE des Journaux de Jurisprudence Françoise, pour servir de Suplément à l'Histoire Critique des Journaux de M. C..... par M. A. G. Boucher d'Argis, Avocat au Parlement.
HISTOIRE ABREGÉE des
Journaux de Jurisprudence Françoise,
pour servir de Suplément à l'Histoire
Critique des Journaux de M. C.....
par M. A. G. Boucher d'Argis, Avocat
au Parlement.
L'Histoire Critique des Journaux
Litteraires, est un Ouvrage que
feu
M. Camusat avoit commencé dès l'an-
née 1722. il mourut à Amsterdam le 28.
Octobre 1732. sans y avoir mis la der-
niere main ; cet Ouvrage attendu depuis
long - temps , a été rédigé et donné
au Public par un Auteur anonime ; il a
été imprimé à Amsterdam , chés J. F.
Bernard , en 1734. la forme du Livre est
in 12. et il est divisé en deux Tomes .
II. Vol.
A iiij
Le
#22 MERCURE DE FRANCE
Le premier Tome et la plus grande
partie du second , ne forment que ke
premier Chapitre , qui est subdivisé en
plusieurs Articles et Paragraphes , avec
des Notes ; cette partie de l'Ouvrage
contient l'Histoire du Journal des Sça-
vans , sous la direction des differens Au.
teurs qui y ont travaillé.
La troisiéme Note sur l'Article de M.
de Sallo, premier Auteur du Journal des
Sçavans, explique l'origine des Gazettes.
Le reste du second Tome porte le ti-
tre particulier de Memoires pour servir à
P'Histoire des Journaux et autres Livres
Périodiques qui ont parû en France et ail-
Leurs ; l'Editeur de cet Ouvrage dit dans
son Avertissement que feu M. Camusat
avoit dessein de réduire l'Histoire de
tous ces Livres Périodiques à deux volu
mes in 12. sous le titre de Memoires pour
servir à l'Histoire des petits Journaux, mais
que l'on ne sçait ce que sont devenus
les matériaux qu'il avoit recueillis pour
continuer cette Histoire.
Quoiqu'il en soit , ces Memoires font
le commencement du second Chapitre
de nos deux Tomes , qui est intitulé ,
Journaux divers de peu de durée , et Livres
qui ont du raport aux Journaux ; ce Cha-
pitre est divisé en plusieurs Articles qui
II. Vol.
contiennent
JUIN.
1737
1263
contiennent l'Histoire de diversJournaux
de Politique , de Médecine , de Philoso-
phie et de Mathémathique, l'Histoire cri
tique de la République des Lettres, et au-
tres Memoires de Litterature.
Le troisiéme Chapitre contient l'His
toire des Mémoires de l'Académie Roya
le des Sciences , et de ceux de l'Acadé-
mie Royale des Belles - Lettres.
Le Chapitre quatrième et dernier , con-
tient l'Histoire du Mercure Galant et de la
continuation de ce Livre , qui a changé
de face et de titre ; il est connû au-
jourd'hui sous celui de Mercure de Frances
Si M. Camusat eût achevé son His-
toire des Journaux , il n'auroit pas , sans
doute , omis les Journaux de Jurispru
dence , qui ne sont pas moins des Jour
naux Litteraires , que les Memoires de
Politique , de Médecine et de Philoso
phie aparamment il n'en étoit pas en-
core à cette matiere , car il n'en est point
parlé dans les deux Tomes que nous
avons de son Histoire Critique des Jour-
naux. Il ne sera donc pas hors de propos
de donner ici une Histoire abregée des
Journaux de la Jurisprudence Françoi
se , pour servir de Suplément à l'Histoir
re des Journaux de M: Camusat.
On n'entreprend pas , au reste , de
H. Vol.
A y
donneer
1264 MERCURE DE FRANCE
donner à cette occasion l'Histoire de
tous les Livres de Jurisprudence , mais
seulement de ceux qui portent le titre
de Journaux, ou qui sont en effet de vrais
Journaux , quoiqu'ils portent un autre
titre ; nous allons les parcourir suivant
l'ordre de leur ancienneté.
Journal du Parlement , par M. Denis
Catherinot.
Entre les diverses Pieces Fugitives que
M. Nicolas Catherinot , Avocat du Roy
au Bailliage et Siege Présidial de Bourges,
a fait imprimer à mesure qu'il les com-
posoit , il se trouve une feuille imprimée
à Bourges le premier Août 1685. qui a
pour titre , le Journal du Parlement , à
M. Gueret.
L'Auteur qui dédie ce petit Ouvrage à
M. Gabriël Gueret , celebre Avocat au:
Parlement de Paris , annonce que ce
Journal n'est pas proprement de lui
qu'il l'a tiré d'un Manuscrit de feu Denis
Catherinot , son Pere ; que ce Journal
contient 150. Arrêts des années 1611. et
1612. qu'il ne peut mieux le dédier qu'à
M. Gueret , qui travaille avec M. Blon-
deau , au grand Journal des Parlemens
de France avec un succès merveilleux, et
pour donner à M. Gueret une notion
II. Vol.
plus
M
JUIN.
1737.
1265
plus parfaite de ce Journal , il met en
tête un abregé de la Vie de son Pere, qui
en est l'Auteur , en voici les principales
circonstances.
Denis Catherinot nâquit à Château-
roux en Berry , le 23. Février 1592. d'u
ne famille alliée à celles de Batonneau de
Paris , et de Pinette de Bourges ; il fit sest
Etudes à Bourges , et ensuite trois ou
quatre années de Droit , sous Antoi-
ne Bengy , Ayeul de François Pinson
,
celebre Avocat au Parlement , et sous
la direction particuliere de Jean Chenu,
l'Arrestographe , chés lequel il demeuroit
et qui le présenta au Serment d'Avocat
sur la fin du mois d'Août 1610.
N. Catherinot dit qu'on a voulu lui
persuader que son Pere avoit bonne part
à la derniere Centurie des Arrêts de cet
Auteur, mais il ajoûte que celui qui avoit
fait la premiere pouvoit bien avoir fait
aussi la seconde.
De Bourges , Denis Catherinot vint à
Paris et y demeura pendant les années
1611. et 1612. Il conféroit souvent avec
Mrs Corbin et Cholet , ses Compatrio-
tes , et avec Mrs Brodeau , Tubeuf, Des-
noyers , Doujat , Talon , Bignon , Robert,
Guerin et autres celebres Avocats. Ce fut
dans cette Ville et dans ce temps-là qu'il
II. Vol.
A vj
composa
1266 MERCURE DE FRANCE
composa le Journal du Parlement , que
son Fils dédia ensuite à M. Gueret.
De Paris , Catherinot revint à Bour-
ges , où il fut reçû en 1617. dans une
Charge de Conseiller au Présidial de cet-
te Ville , dont il s'acquitta si dignement,
que le Prince de Condé le prit pour son
Conseil à Bourges , et voulut le faire le
premier Officier de sa Duché- Pairie de
Châteauroux ; mais Catherinot aima
mieux rester à Bourges , où il avoit l'a
grément de converser avec beaucoup de
Sçavans qui y étoient alors.
Le 20. Janvier 1619. il épousa D. Ca
therine Bigot , issuë d'une famille noble
et vertueuse de la Province ; elle mourut
vers l'année 1627. sans avoir eû d'enfans.-
Le 6. Février 1628. il épousa en secon
des Nâces Michelle Riglet , alliée à un
grand nombre de bonnes Familles ; ce se
cond Mariage ne dura que trois ans ; le
sieur Catherinot Pere étant mort le pre-
mier jour de Mars 1631. âgé de 39. ans ,
il laissa un fils nommé Nicolas Catheri
not, qui fut Avocat du Roy au Bailliage
et Siége Présidial de Bourges.
C'est ce même Nicolas Catherinot qui
dédia à M. Gueret le Journal du Parle-
ment , tiré du Manuscrit de son Pere.
Après cet Abregé de la Vie de Denis
LA Vol.
Catherinor,,
JULN.
1737.
1267
Catherinot , Nicolas Catherinot raporte
par ordre de dates , dix Arrêts du Parle
ment de Paris , qui commencent au pre-
mier Août 1611. et finissent au 31. des
mêmes mois et an.
Ces dix Arrêts , qui sont aparamment
tirés du Journal manuscrit de M. Cathe-
rinot, Pere, sont raportés très- sommaire-
ment par le fils dans la feuille imprimée
qu'il dédié à M. Gueret ; chaque Article
n'est proprement qu'une Note des Ques-
tions qui ont été jugées; il a seulement eû
l'attention de marquer le nom des Prési
dens qui tenoient l'Audience et des Avó-
cats qui plaidoient les Causes jugées par
ces Arrêts.
Le titre de la feüille imprimée qui con-
tient ces dix Arrêts , et l'espece d'Epitre
Dédica toire à M. Gueret , qui les préce
de,font présumer que M.Catherinot avoit
dessein de faire imprimer le surplus ; mais
il paroît , sans qu'on en sçache la cause ,
qu'il abandonna ce dessein , car la feuille
dont nous parlons ne contient que ces dix
Arrêts,et est close par une date telle qu'on
la met à fin d'une Lettre, à Bourges ce pre-
mier Août 1685.
Cn n'a point connoissance que le res
të de ce Journal ait été imprimé , ni dė
ce qu'est devenu le Manuscrit ; ce que
L.I. Vola
nous
1268 MERCURE DE FRANCE
nous en avons est si peu de chose qu'il
semble que cela ne mériteroit guere d'ê
tre mis au nombre des Journaux de Ju-
risprudence , cependant comme ce Jour-
nal de Catherinot est le plus ancien , et
que
c'est peut-être celui qui a donné l'i-
dée de ceux qui ont suivi , j'ai crû qu'il
ne devoit pas être omis.
Recueil d' Arrêts , par M. Bardet.
Ce Recueil est un Ouvrage beaucoup
plus considerable que celui de Cathe-
rinot , quoiqu'il ne porte pas le titre de
Journal , c'en est réellement un ; car les
Arrêts y sont raportés suivant l'ordre des
dates.
La Vie de l'Auteur se trouve dans la
Préface que M. Berroyer a mise à la tête
de ce Recueil en le donnant au Public,
M. Pierre Bardet nâquit à Montaguet
en Bourbonnois le 15. Décembre 1651 .
il fit ses Humanités au College des Jésui-
tes de Moulins , et il eut pour Condisciple
M. de Lingendes , qui fut depuis Evêque
de Mâcon ; ils s'apliquerent l'un et l'au-
tre tellement à la Langue Grecque, qu'el-
le leur devint aussi familiere que la Fran--
çoise.
En 1614. âgé de 23. ans il commença
à étudier le Droit à Toulouse , et conti--
II. V.
nua
JUIN 1737.
1269
nua pendant les années 1615. et 1616.
sous Mrs Maran et de la Coste , deux il-
lustres Disciples de Cujas.
Avec de telles dispositions et excité
par l'exemple de ces deux excellens Maî
tres , M. Bardet ne pouvoit pas manquer
de faire de grands progrès dans la scien-
ce du Droit.
Il fut reçû au Parlement de Paris au
Serment d'Avocat en 1617. et commen-
ça aussi- tôt à recueillir les Arrêts qui
se rendoient aux Audiences
,
qu'il
suivit assidûment jusques en 1643. que
les affaires du Cabinet et les Ecritures
l'occuperent tellement , qu'il n'eut plus
le temps de se trouver aux Audiences.
Quoiqu'il fût peu occupé à la plaidoi
rie, son mérite ne laissoit pas d'être con-
nu ; il plaidoit même avec agrément et
facilité, mais plutôt pour persuader, que
pour plaire.
Il fut honoré de l'estime du celebre
Henry de Mesmes , cet illustre Président
qui aimoit tant les Gens de Lettres , et
du sçavant Premier Président le Jy, qui
après avoir vû son Recueil d'Arrêts , fit
des efforts inutiles pour vaincre sa mo-
destie , en l'excitant avec zele à le don
ner au Public.
Il s'étoit beaucoup apliqué à la matiere
LI. Vol.
des
1270 MERCURE DE FRANCE
des Substitutions , et on a remarqué qu'il
avoit travaillé dans toutes les questions
importantes qui se présenterent de son
temps au Palais sur ce sujet , ensorte que
lesMemoires qu'il en a laissés formeroient
seuls plusieurs volumes; les Substitution's
de Levy Cosan et d'Apchon , ne contri-
buerent pas peu à le faire connoître dans
les Pays de Droit Ecrit'; aussi étoit-il l'A-
vocat de la plupart des grandes Maisons
de Lyonnois , Forest et Auvergne , aussi
bien que de Bourbonnois.
La réputation qu'il s'étoit acquise pour
les Substitutions , fit qu'on l'engagea à
suivre un Procès évoqué du Parlement
de Paris et renvoyé en celui de Provence,
où il demeura si long- temps , que ce sé-
jour lui occasionna dans la suite une per
te de biens très- considerable.
Mais comme sa vertu étoit au-dessus
de tous les Evenemens , malgré une si
triste épreuve, il ne lui échapa jamais au--
cun mouvement d'impatience , et une
vie fort traversée ne l'empêcha pas de
conserver toujours la même tranquillicé
d'esprit.
Il fut moins sensible à la perte de ses
biens qu'à celle de ses amis , qu'il trouva
presque tous morts à son retour de Pro-
ven e , desorte qu'il se trouva comme
1. Vol.
inconnus
JUIN.
1737.
1271
Inconnu aux Avocats qui remplissoient
leur place au Palais, ce qui, joint à l'amour
de sa Patrie et à l'affection qu'il avoit
pour ses Neveux , le détermina à quitter
Paris.
Il se retira à Moulins en 1663. et alla
de-là aux grands Jours de Clermont en
1665. et 1666. mais il ne changea pas
pour cela la résolution qu'il avoit prise
de se retirer du Palais ; en effet depuis le
voyage d'Auvergne il resta toujours à
Moulins jusqu'à sa mort.
Il étoit naturellement humble et doct-
le,et sçavoit concilier une grande modes
tie avec beaucoup de mérite et d'érudi
tion. L'esprit de retraite qu'il conserva
toujours , lui faisoit aimer une vie labo-
rieuse et cachée , quoique dans une Pro-
fession toute publiques et par le partage
qu'il fit de ses momens entre la pieté et
Pétude , les Textes de l'Ecriture Sainte et
ceux du Droit de toute espece, lui étoient
tellement présens , que jusqu'à la fin de
sa vie et malgré le poids des années , sa
memoire lui en fournissoit sur le champ
les termes , lorsqu'il se présentoit quel-
que occasion de les raporter.
La principale dispotition de son Tes-
tament qu'il avoit commencé dès 1647.
et qu'il avoit renouvellé tous les ans jus
II. Vol.
qu'en
1272 MERCURE DE FRANCE
qu'en 1685. qu'il déceda , regardoit le
lieu de Montaguet où il étoit né , pour
procurer à ce lieu l'Erection d'une Cure
ou Eglise Paroissiale , à cause de l'incom-
modité que souffroit une partie des Ha-
bitans en allant à celle du Linois , qui
étoit assés éloignée , et par de mauvais
chemins , qui , même dans l'hyver, pou-
voient quelquefois leur rendre l'Eglise
inaccessible : Disposition digne de la pie-
té et de la generosité de M. Bardet.
Quoiqu'il fûr d'une taille mediocre et
déliée , il étoit néanmoins très- robuste ,
n'ayant presque jamais été malade : dans
un âge fort avancé , il n'avoit aucune des
incommodités de la vieillesse , si ce n'est
un peu de surdité , de sorte qu'il ne cessa
point d'étudier jusqu'à la fin de sa vie ;
sa memoire lui rapelloit toûjours avec
facilité les choses qu'il avoit aprises an-
ciennement : elle étoit seulement un peu
moins prompte pour celles qui étoient
plus recentes : à l'égard de son jugement
il fut toujours solide , et ne fut jamais
affoibli par l'âge.
Il ne s'engagea point dans le mariage ,
et ne nous a laissé que des Productions
de son esprit , qui consistent dans son
Recueil d'Arrêts , ses Mémoires impri-
més , et plusieurs Manuscrits. Il mou-
11. Vol.
rut
JUIN.
âgé de 54. ans .
1737.
1273
rut à Moulins le 20. Septembre 1685.
Son Recueil d'Arrêts a éré donné au
Public par feu M: Berroyer. 11 est inti-
tulé Recueil d' Arrêts du Parlement de Pa-
riș , pris des Mémoires de feu M. Pierre
Bardet , ancien Avocat en la Cour , avec
les Notes et les Dissertations de M. Claude
Berroyer , Avocat au même Parlement. 2 .
Vol. in fol. à Paris , 16.90.
Chaque Tome est divisé en plusieurs
Livres , et chaque Livre en plusieurs
Chapitres , ce qui n'ajoûte rien à l'ordre
de l'Ouvrage , parce que les Arrêts n'y
sont pas rangés par matieres , mais seu-
lement par ordre de dates.
Monsieur Berroyer observe dans la
Préface , qu'il a mise à la tête de ce Re-
cueil , que M. Bardet a évité les deux dé
fauts les plus ordinaires dans ces sortes
d'ouvrages ; le premier de raporter les
Arrêts sur la foy d'autrui ; le second , de
ne garder aucun ordre , et de les rapor-
ter en termes obscurs et mal digerés .
En effet , l'Auteur a été lui- même as-
sidu aux Audiences , et n'a compris dans
son Recueil que les Arrêts intervenus:
dans les causes auxquelles il avoit assis-
té
il avoit soin de les rédiger aussi tôt
qu'il étoit de retour du Palais, pour ne pas
11.Vol.
trop
1274 MERCURE DE FRANCE
trop présumer de sa mémoire ;
il a eu
aussi l'attention de ne rien ajoûter dú
sien , à ce qui avoit été plaidé ou pro-
noncé : il a inseré tous les Avertissemens
donnés au Barreau par M M. les Presi-
dens après la prononciationt des Arrêts ,
et son exactitude a été telle , que dans une
Cause , où M. l'Avocat Général Bignon
porta la parole, il ne fait mention de son
avis , qu'en disant qu'il ne l'a point en-
tendu.
Son Recueil d'Arrêts commence en
16 17. six ans avant le Journal des Au-
diences , et comprend les Ariêrs inter-
venus jusqu'en 1642 , inclusivement , pars
mi lesquels il y en a neuf de prononcés
en Robes rouges.
Il y a beaucoup de methode , de nette-
té et d'ordre dans cet Ouvrage; si l'Au-
teur raporte quelques Arrêts déja cités
ailleurs , on trouve dans son Recueil
quelque circonstance du fait , ou quel
que moyen essentiel , qui a pû détermi
ner les Juges , et que les autres Auteurs
avoient omis.
M. Berroyer observe seulement qu'il
a retranché quelques uns des Arrêts qui
étoient dans le Recueil de M. Bardet ,
parce que ces Arrêts étoient déja rapor
tés ailleurs.
HI. Vol
Le
JUIN.
1737
1275
Le stile de M. Bardet est un peu sec
mais il passe pour un des Arrêtistes des
lus exacts , et son Ouvrage est généra
plus
lement estimé: cependant M.Bretonnier,
dans ses Observations sur le XIX. Plai-
doyer d'Henris, tom. 2. remarque que M.
Bardet s'est trompé dans un endroit de
son Recueil tom. 1. liv. 3. ch. 2. où cet
Auteur dit que le Retrait lignager a été
introduit dans la Ville de Lyon , et s'y
pratique communément , que cela a été
ainsi jugé par un Arrêt qu'il raporte du
8. Février 1628. confirmatif d'une Sen-
tence du Sénéchal de Lyon , qui avoit,
dit-il , declaré les offres d'un Retrayant
bonnes et valables , et ordonné que Ï'Ac-
quereur lui délaisseroit la Maison par
Retrait lignager.
M. Bretonnier dit qu'ayant été extré-
mement surpris de cet Arrêt , il en par-
la à M M. Ferrary , Gilet et Terrasson
ses Confreres , qui lui assurerent que le
Retrait lignager n'avoit point lieu à
Lyon , et lui conseillerent de refuter cet
Arrêt , qu'ils jugoient être ou apocry
phe ou collusoire.
Pour éclaircir encore mieux ce fait ,
M. Bretonnier en écrivit à M. Dufour-
nel , célébre Avocat à Lyon , qui lui
envoya une Consultation signée de 15.
II. Vol.
des
1276 MERCURE DE FRANCE
des plus anciens Avocats de Lyon , qu'il
a jointe à ses Observations : ces 15. Avo-
cats répondirent qu'il étoit difficile de
concevoir quel avoit pû être le fonde-
ment de l'Arrêt raporté par M. Bardet ;
qu'il étoit assés naturel de présumer que
M. Bardet s'étoit trompé dans cette ci-
tation , aussi bien que son Apostillateur.
M. Bretonnier ne s'en tint pas là : il
alla lui-même chercher cet Arrêt dans
les Registres du Parlement ; il le trouva,
à la verité , sous la même date du 28.
Février 1628. mais pour une autre Pro-
vince , et une Ville differente ; sçavoir ;
pour la Ville d'Aurillac dans la Haute
Auvergne , et afin de constater ce fait
important, il a raporté cet Arrêt à la sui-
te de ses Observations dans l'endroit que
l'on a cité.
Il ajoûte ensuite qu'il a crû devoir
raporter cet Arrêt , non pas pour met-
tre au jour la bévûë de M. Bardet , pour
qui il a beaucoup de considération et
d'estime , mais pour établir :
1 °. Que le Retrait lignager n'a point
lieu à Lyon.
2°. Que dans les Pays de Droit Ecrit
de l'Auvergne , le Retrait lignager a
lieu.
3°. Qu'il y a peu de fond à faire sur la
11.Vol
foy
JUIN.
1737
s'est trompé en cet Endroit.
Aliquando bonus dormitat Homerus.
1277
foy des Arrêtistes , puisque M. Bardet ,
qui passe pour être un des plus exacts ,
Il ne nous reste plus , par raport aux
Recueils d'Arrêts de M. Bardet , qu'à
donner une notion de M. Berroyer, son-
Annotateur
M. Claude Berroyer nâquit à Mou-
lins , Capitale du Bourbonnois : son Pe-
re étoit Greffier au Bailliage et Siege Pré-
sidial de cete Ville ; pour lui il vint s'é-
tablir à Paris , et y fut reçû au serment
d'Avocat le 22. Février 1677. Il étoit
d'un naturel doux et paisible , sage et
prudent dans toutes ses démarches , et
d'un esprit très- sociable.
Il plaida pendant quelque temps , et
même avec succès ; mais il se livra bien-
tôt tout entier aux occupations du Cabi
net. Sa grande aplication à l'étude , et
l'experience que l'usage des affaires lui
avoit acquise , lui attirerent bientôt
l'estime des Magistrats et la confiance du
Public ; il devint donc très employé à
la Consultation . Il étoit du Conseil or-
dinaire de l'Ordre de S. Lazare , de ce-
lui de la Maison de Villeroy et de plu
sieurs autres grandes Maisons.
II. Vol.
De
278 MERCURE DE FRANCE
De son mariage avec Demoiselle ....
Maillet , il eut quatre Enfans ; sçavoir ,
un Fils qui fut reçû Avocat au Parle
ment , et qui mourut fort jeune ; une
fille à present décédée , qui avoit épousé
Louis -Joseph Moufle , Avocat au Parle-
ment , une autre Fille mariée à André-
François Louvel des Bois , aussi Avocat
au Parlement , et un Fils reçû Conseil-
ler à la Cour des Aydes le 10. May
1735.
Il étoit si laborieux que , malgré le
grand nombre d'affaires dont il étoit
chargé pour differens Particuliers , il
trouva encore le temps de composer plu-
sieurs Traités de Jurisprudence , dont
quelques- uns ont été imprimés de son
vivant , les autres se sont trouvés ma-
nuscrits parmi ses papiers.
Les Ouvrages imprimés que nous avons
de lui , sont la Bibliotheque des Coûtu-
mes qu'il a faite conjointement avec M.
Eusebe de Lauriere , Avocat , à la reser-
ve de la Préface , contenant des conjec-
tures sur l'Origine du Droit François , la-
quelle est de M. Berroyer seul . Les Notes
qu'il a faites sur le Commentaire de M.
Duplessis sur la Coûtume de Paris , aussi
conjointement avec M. de Lauriere , et
les Notes qu'il a faites sur le Recueil
II. Vol.
d'Arrêts
JUIN.
1737.
d'Arrêts de Monsieur Bardet.
1279
Il fut élû Bitonnier de l'Ordre des
Avocats le 9. May 1728. et après avoir
rempli avec honneur tous les differens
dégrés d'une longue vic , il mourut à
Paris le 7. Mars 1735. universellement
regretté de ses Confreres et de tous ceux
qui le connoissoient,
Il avoit connu particulierement M.
Bardet , qui étoit son Compatriote , c'est
ce qui l'excita à donner au Public le Re-
cueil d'Arrêts de celui ci. Il mit donc
cet Ouvrage en ordre › en ayant seule-
ntent retranché quelques Arrêts , qui
étoient déja raportés ailleurs , et dans
lesquels il n'y avoit rien de plus que ce
qui se trouvoit dans les autres Auteurs.
Il a mis à la tête de l'Ouvrage une
Préface , dans laquelle il fait voir l'uti-
lité des Recueils d'Arrêts, quand ils sont
faits avec attention , et dans cette même
Préface , il nous a donné la Vie de M.
Bardet.
A la fin de chaque Chapitre de l'Ou-
vrage, il a joint des Notes Sommaires
pour servir de Conference avec les autres
Livres dont les Auteurs citent ou rapor-
tent les mêmes Arrêts,afin que le Lecteur
puisse vérifier les differences qui s'y
trouvent.
II. Vol.
B
11
1280 MERCURE DE FRANCE
Il a donné quelques Dissertations
pour
expliquer les veritables motifs de cer
tains Arrêts , et pour prévenir les mau-
vaises applications que l'on en fait quel-
quefois dans les Provinces..
Dans le second Tome, ces Dissertations
sont mises à la fin par forme d'Addition ,
parce que l'impression du corps de l'Ou-
vrage devançoit la plume de l'Annota-
teur. Les Notes et Dissertations de M.
Berroyer , aussi bien que ses autres Ou-
vrages , sont estimées , et le Public lui
est redevable de ce qu'il lui a procuré le
Recueil d'Arrêts de M. Bardet , qu'il a
rendu encore plus utile par ses Disserta
tions , & c.
JOURNAL DES AUDIENCES.
Ce Recueil qui est intitulé Journal des
principales Audiences du Parlement , porte
avec d'autant plus de raison le Titre de
Journal , qu'il ne contient pas seulement
les Plaidoyers des Avocats, et les Arrêts
intervenus sur les Contestations particu-
lieres ,
il contient aussi une partie des
Edits et Déclarations avec leurs Enregis-
tremens , et les differens Reglemens et
Arrêts faits par la Cour.
Il est actuellement composé de plu-
sieurs Vol. infol. qui ont été donnés au
II. Vel.
Public
Public en differens temps , et par diffe-
rens Auteurs. Le premier Volume est
l'Ouvrage de Jean Dufresne , issu de
l'ancienne et noble Famille des Dufresne
d'Amiens en Picardie , où il nâquit.
Louis Dufresne , Seigneur de Froide-
val, son Pere , étoit Prevôt de la Prévôté
Foraine de Beauquesne au Bailliage d'A-
miens; il avoit beaucoup d'érudition, ai-
moit les Belles Lettres, et étoit versé dans
la Langue Grecque : il fut marié deux
fois ; de son premier mariage il eut trois
Fils , Adrien , qui lui succeda à la Pre-
vôté de Beauquesne : Jean
,
qui est
l'Auteur du Journal dont nous avons
à parler , et Louis , Médecin , tous trois
très sçavans. De son second mariage il
eut aussi trois Fils , sçavoir , Michel et
-François , qui firent profession dans la
Compagnie de Jesus, et le sçavant Char-
les Dufresne , Seigneur Ducange , Tré
sorier de France au Bureau des Finan-
ces d'Amiens , Auteur des deux Glossai
res l'un Grec , l'autre Latin , et de plu-
sieurs, autres Ouvrages , Monumens de
son érudition.
Jean Dufresne vint s'établir à Paris ,
et y exerça la Profession d'Avocat au Par-
lement avec beaucoup d'honneur et de
distinction , il suivit long- temps les Au-
II. Vol.
Bij
dienc
$ 282 MERCURE DETRANCE
diences , et eut soin de recueillir les Ar-
rêts rendus de son temps.
M. Baluze , dans une Lettre écrite à
Eusebe Renaudot , au sujet de M. Du
cange , laquelle est inserée dans le pre-
mier Volume de son Glossaire Latin, dit
qu'il a connu Jean Dufresné, que c'étoit
un Homme de bien , sage , prudent et
très-versé dans l'étude du- Droit Civil
et de sa Loy municipale.
Il fit en effet une étude particuliere de
la Coûtume d'Amiens , Lieu de sa Nais-
sance,et il en a donné un Commentaire ,
à la fin duquel il a mis beaucoup d'Ar-
rêts , tant concernant cette Coûtume ,
que sur plusieurs autres matieres. Ce
Commentaire est imprimé en 1. Volu-
me in folio, et il a été inseré dans le Cou-
tumier de Picardie , Edition de 1726 .
On eut assés de peine à déterminer
M. Dufresne à donner au Public son
Recueil d'Arrêts , à cause qu'il y avoit
déja plusieurs Recueils , et qu'il crai-
gnoit qu'on ne lui imputât d'avoir vou-
fu encherir sur les autres ; mais comme
ces autresRecueils étoient dans une forme
differente , et que d'ailleurs ils ne com.
prenoient pas les mêmes Arrêts , on le
fit enfin consentir à laisser paroître le
sien.
11. Vol
C
JUIN.
1737.
1283
Ce premierVolume eut tant de succès ,
qu'il y en eut quatre Editions du vivant
de l'Auteur. Il dédia les trois premieres
à Mathieu Molé , Premier Président du
Parlement , et depuis Garde des Sceaux ,
et la quatrième à Jean Molé de Cham-
plastreux , Président à Mortier , Fils du
Garde des Sceaux.
Comme il n'y avoit d'abord du
Journal des Audiences que ce premier
Volume , donné par Jean Dufresne , plu-
sieurs Auteurs l'ont cité sous le nom
d'Arrêts de Dufresnes il comprend les
Arrêts intervenus depuis 1623. jusqu'en
1657.
M. Dufresne mourut à Paris le ....
après son décès , M. François Jamet de
la Guessiere , Avocat au Parlement, con-
tinua le Journal des Audiences , il en
donna au Public trois Volumes depuis
1686. jusqu'en 1700. un qui compre-
noit les Arrêts intervenus depuis 1657,
jusqu'en 1666. inclusivement ; un autre
Volume dédié à M. le Premier Président
de Novion , qui comprenoit les Arrêts
intervenus depuis 1666. jusqu'en 1678 .
et un autre qui comprenoit les Arrêts ren-
dus depuis 1677. jusques en 1685.
Au moyen de cette continuation , le
Journal des Audiences étoit déja en qua-
11. Vol.
Biij
tre
1284 MERCURE DE FRANCE
tre Volumes in-folio ; M. de la Guessiere
en préparoit un cinquiéme tome lorsqu'il
mourut.
M. Nicolas Nupied , ancien Avocat an
Parlement , reçû le 8. Août 1689. mit en
ordre les Mémoires de M. de la Guessie-
re , et en 1707. donna au Public le cin-
quiéme Tome du Journal des Audien-
ces , qui comprenoit les Arrêts interve-
nus depuis 1685. jusques en 1700.
On a réimprimé en 1736. les cinq Vo-
lumes du Journal des Audiences ; dans
cette derniere Edition , des cinq Volumes
on n'en a formé que quatre , et en les
réimprimant on y a ajoûté quelques Ar-
rêts qui manquoient ; on a corrigé plu
sieurs transpositions, et autres fautes qui
s'étoient glissées dans les précedentes
Editions.
Dans la même année M.Nupied a don-
né au Public un nouveau Volume , qui
comprend les Arrêts intervenus depuis
l'année 1700. jusqu'en 1710. ce Volume
qui fait le sixième Tome de l'ancienne
Edition , et le cinquième de la nouvelle,
est divisé en deux Parties. La premiere
est subdivisée en six Livres , et la secon-
de en quatre. Chaque Livre contient tous
les Arrêts qui sont d'une même année.
Ce dernier.Tome a été imprimé avec
II. Vol.
beaucoup
JUIN 1737.
beaucoup de soin et d'attention.
1285
RECUEIL D'ARRETS de M. Soëfve.
M. Lucien Soëfve , Auteur de ce Re- .
cueil , fut reçû au serment d'Avocat le
21. Juillet 1636. Il étoit Doyen de l'Or-
dre en 1693. étant alors âgé d'environ
78. ans.
Il s'attacha aux Audiences , comme à
la meilleure Ecole du Palais , et les sui-
vit assidument pendant plus de so. an
nées. Il commença au mois de Janvier
1640. à recueillir les Arrêts qui se ren-
doient aux Audiences , et en 169 2. il en
donna au Public deux Tomes in -folio ,
qui furent imprimés à Paris.
Cet Ouvrage est intitulé : Nouveau
Recueil de plusieurs Questions notables tant
de Droit que de Coutumes , jugées par Ar-
rêts d'Audiences du Parlement de Paris
depuis 1640. jusqu'à present. L'Auteur le.
dédia à M. de Fourcy , Président aux En-
quêtes.
Ce Recueil est un vrai Journal , car
les Arrêts y sont raportés par ordre de
dates. Il comprend 800. Arrêts rendus.
depuis 1640. jusqu'au 24. Mars 1681 .
inclusivement , soit aux Audiences de
la Grand-Chambre , ou des Enquêtes ,
par évocation ou renvoy du Conseil ,
II. Vol.
B iiij
soit
1286 MERCURE DE FRANCE
soit en la Tournelle , ou en la Chambre
de l'Edit, pendant qu'elle subsistoit.
Il n'y a aucun de ces Arrêts à la pro-
nonciation duquel l'Auteur n'ait été pre-
sent , et après avoir entendu plaider les
Avocats des Parties : s'il y a quelques Ar-
rêts rendus sur raport , ils sont en petit
nombre , et ce ne sont que ceux qui sont
intervenus dans des affaires qui avoient
d'abord éré plaidées , et ensuite apoin-
tées au Conseil ou en Droit.
Le Recueil de M. Soëfve est divisé par
Centuries , mais cela n'empêche pas que
Pordre des dates n'y soit observé.
JOURNAL DU PALAIS.
A ne considerer que le Titre de cet
Ouvrage , on croiroit d'abord que c'est
la même chose que le Journal des Au-
diences ; cependant ces deux Recueils
d'Arrêts sont fort differents l'un de l'au-
tre en toute maniere ; car outre qu'ils ne
sont pas du même Auteur , et que les
Arrêts contenus dans le Journal du Pa-
lais ne commencent pas au même tems ,
et ne sont pas précisément les mêmes
que ceux qui sont dans le Journal des
Audiences , il y a encore entre ces deux
Journaux une autre difference essentiel-
le : c'est que le Journal du Palais com-
II. Vol.
prend
JUIN.
1737.
1287
prend les Arrêts les plus notables de tou's
les Parlemens , et des autres Cours Su-
perieures du Royaume , au lieu que le
Journal des Audiences ne comprend que
des Arrêts du Parlement de Paris.
LeJournal du Palais est intitulé : Jour
nal du Palais , ou Recueil des principales
Décisions de tous les Parlemens de France
sur les Questions les plus importantes de
Droit Civil, de Coûtume , de Matieres
Criminelles et Bénéficiales
Public.
,
et de Droit
Cet Ouvrage est de feus Mrs Claude
Blondeau et Gabriel Gueret, Avocats au
Parlement de Paris. M. Blondeau qui
étoit l'ancien de M. Gueret , fut reçû au
Serment d'Avocat le 12. Août 1659.
En 1672. il commença à travailler au"
Journal du Palais de concert avec M.-
Gueret ; ils en firent imprimer conjoin-
tement dix Volumes in 4. M. Gueret
étant décédé le 22. Avril 1588. M. Blon-
deau , qui lui survécut , continua l'Ou-
vrage , et donna encore deux Volumes
in- 4 . lesquels, avec les dix premiers Vo-
lumes , forment la premiere Edition de
ce Livre en douze Volumes in-4. It cut
été heureux pour le Public que M. Blon .
deau eût pû continuer son aplication pour
la perfection de ce qu'il avoit commencé,
H. Vol
Boy
mais
1288 MERCURE DE FRAN C
mais ses infirmités ne lui permirent pas
de continuer plus long- temps ce pénible
travail.
Pour ce qui est de M. Gueret, son élo
ge se trouve dans un Journal Litterai
re et dans le Dictionnaire Historique.
Il nâquit à Paris l'an 1641. et se dis-
tingua par son esprit , par son érudition
et par les Ouvrages qu'il donna au Pu-
blic. Dans sa jeunesse il fit beaucoup de
Vers , mais il se contenta de les lire à ses
amis , et n'en a jamais fait imprimer.
Il fut reçû au Serment d'Avocat vers
l'an 1660. Pendant les premieres années
qu'il suivit le Barreau , il partageoit son
temps entre les Belles Lettres et la Juris-
prudence , et donna au Public divers Ou-
vrages de Litterature. Le premier qu'il
mit au jour fut Les sept Sages de la Grece,
qu'il dédia à M. le Febvre de Caumar-
tin , alors Maître des Requêtes , et qui
depuis fut Conseiller d'Etat.
Le second , Les Entretiens sur l'Elo-
quence de la Chaire et du Barreau , qu'il
publia l'an 1666. et qu'il dédia à M. Ĉol-
bert. Le troisiéme , Le Parnasse reformé.
C'est une Satyre très- ingenieuse et fort
estimée , qu'il dédia à M. l'Abbé Des-
roches , qui étoit alors à Rome.
La Guerre des Auteurs , qu'il fit im-
II.Vol.
primer
1289
1737.
JUIN.
primer depuis , est la seconde Partie du
Parnasse reformé , à laquelle néanmoins
il donna un Titre different pour des rai-
sons particulieres , et ce Titre , aussi--
1
bien que l'idée de ce Livre , a servi de-
puis de Modele à celui qui a écrit La
Guerre des Auteurs Anciens et Modernes.
Il a encore fait quelques autres Pieces
dans le même genre, qu'il n'a jamais ren- .
du publiques ; il y avoit entr'autres une
Satyre enProse, d'un tour fin et ingenieux,
intitulée: La Promenade de S. Cloud; mais
comme elle étoit écrite contre un Parti-
culier célébre , qui y étoit désigné d'une
maniere à ne pas le méconnoître , il ne
voulut jamais l'imprimer.
Après avoir laissé échaper ces premiers
traits de la vivacité de son esprit , M.
Gueret s'attacha uniquement à sa Profes-
sion , et ne fit plus que des Ouvrages
concernant la Jurisprudence.
M. Gauthier , célébre Avocat au Par-
lement de Paris , étant mort , n'ayant
donné au Public que le premier Tome
de ses Plaidoyers , M. Gueret donna le
second Tome , sur les Mémoires ma-
nuscrits du défunt , qu'il avoit achetés l'an
1669. et auxquels il fut obligé de supléer
beaucoup du sien : il dédia ce Volume à
M. le Pelletier , alors Président aux En-
II. Vol
Bvj
quêres,
1288 MERCURE DE FRAN C
mais ses infirmités ne lui permirent pas
de continuer plus long- temps ce pénible
travail.
Pour ce qui est de M. Gueret, son élo
ge se trouve dans un Journal Litterai-
re et dans le Dictionnaire Historique.
Il nâquit à Paris l'an 1641. et se dis-
tingua par son esprit , par son érudition
et par les Ouvrages qu'il donna au Pu-
blic. Dans sa jeunesse il fit beaucoup de
Vers , mais il se contenta de les lire à ses
amis , et n'en a jamais fait imprimer.
Il fut reçû au Serment d'Avocat vers
l'an 1660. Pendant les premieres années
qu'il suivit le Barreau , il partageoit son
temps entre les Belles Lettres et la Juris-
prudence , et donna au Public divers Ou-
vrages de Litterature. Le premier qu'il
mit au jour fut Les sept Sages de la Grece,
qu'il dédia à M. le Febvre de Caumar-
tin , alors Maître des Requêtes , et qui
depuis fut Conseiller d'Etat.
Le second , Les Entretiens sur l'Elo-
quence de la Chaire et du Barreau , qu'il
publia l'an 1666. et qu'il dédia à M. Col-
bert. Le troisiéme , Le Parnasse reformé.
C'est une Satyre très- ingenieuse et fort
estimée , qu'il dédia à M. l'Abbé Des-
roches , qui étoit alors à Rome .
La Guerre des Auteurs , qu'il fit im-
II.Vol.
primer
JUIN.
1737.
1289
primer depuis , est la seconde Partie du
Parnasse reformé , à laquelle néanmoins
il donna un Titre different pour des rai-
sons particulieres , et ce Titre , aussi-
bien que l'idée de ce Livre , a servi de-
puis de Modele à celui qui a écrit La
Guerre des Auteurs Anciens et Modernes.
Il a encore fait quelques autres Pieces
dans le même genre, qu'il n'a jamais ren-.
du publiques ; il y avoit entr'autres une
Satyre enProse, d'un tour fin et ingenieux,
intitulée: La Promenade de S. Cloud; mais
comme elle étoit écrite contre un Parti-
culier célébre , qui y étoit désigné d'une
maniere à ne pas le méconnoître , il ne
voulut jamais l'imprimer.
Après avoir laissé échaper ces premiers
traits de la vivacité de son esprit , M.
Gueret s'attacha uniquement à sa Profes-
sion , et ne fit plus que des Ouvrages
concernant la Jurisprudence .
M. Gauthier , célébre Avocat au Par-
lement de Paris , étant mort , n'ayant
donné au Public que le premier Tome
de ses Plaidoyers , M. Gueret donna le
second Tome , sur les Mémoires ma-
nuscrits du défunt, qu'il avoit achetés l'an
1669. et auxquels il fut obligé de supléer
beaucoup du sien : il dédia ce Volume à
M. le Pelletier , alors Président aux En-
II.Vol
B-vj
quêtes,
1290 MERCURE DE FRANCE
quêtes , Prevôt des Marchands , depuis
Controlleur Général des Finances et Mi-
nistre d'Etat. Il a mis à la tête de ce Vo
lume une Préface dans laquelle il a fait
l'éloge de M. Gauthier..
Il commença l'an 1672. de concert
avec M. Blondeau , à recueillir les prin-
cipales Décisions de tous les Parlemens
et Cours Superieures du Royaume ,
au Public
2
ils
travaillerent à ce grand Ouvrage , si utile
Sous le Titre de Journal du
Palais , et le dédierent à Jean-Jacques de
Mesmes , Président au Parlement , Pere
"
de Jean Antoine de Mesmes , Premier
Président. Ils continuerent , et en firent
imprimer conjointement dix Volumes
in- 4. jusqu'à la mort de M- Gueret.
Celui- ci a encore augmenté les Arrêts-
Notables du Parlement , recueillis par
M. le Prestre , et réimprimés l'an 1679 .
il y a ajoûté des Notes très- sçavantes ,
et inseré plusieurs Pieces curieuses , en
tr'autres une Dissertation des Coûtu-
mes de France , composée pir Nicolas
Catherinot , Avocat du Roy au Baillia-
ge et Siege Présidial de Bourges , qui
étoit allié de M. le Prestre, M. Catheri
not en fait mention dans une feuille im-
primée , intitulée Le Journal du Parle
ment , dédiée à M. Gueret , dont nous
avons parlé ci-devant..
M..
JUIN.
1737.. 129T
M. Gueret plaida peu , mais il
très
occupé dans le Cabinet et travailla dans
ce genre avec beaucoup de succès. Il étoit
d'un goût excellent et avoit le discerne-
ment fin ; sa Critique étoit toûjours judi-
- cieuse , et sa conversation très agréable.
Il mérite sur tout d'être loüé par l'égalité
d'humeur que l'on vit toujours en lui ,
sans que les occupations sérieuses et pé-
nibles de sa Profession alterassent la
té de son esprit.
gaye.
Il avoit été un des premiers de l'Assem-
blée que l'Abbé d'Aubignac avoit formée
d'Esprits choisis , pour laquelle on de-
manda des Lettres Patentes afin de l'éri-
ger en Acadéinie ; il en fut le Secretaire
tant qu'elle dura , et y prononça entre au-
tres Pieces deux Discours Académiques ,
dont l'un a pour titre l'Orateur, et l'autre
Si l'Empire de l'Eloquence estplus grand que
celui de l'Amour. Ils sont tous deux insé-
rés dans un volume intitulé , Divers
Traités d'Histoire , de Morale et d'Elo-
quence , imprimé chés P. Esclassan , laß
1672.
M. Gueret fut recherché par toutes les
Personnes de mérite qui le connoissoient,
Il se maria en 1677. n'étant encore alors
âgé que de 26. ans Il eut de ce Mariage
trois fils , qui sont actuellement vivans ,
BI. Vol.
sçavoirs
1292 MERCURE DE FRANCE
sçavoir , N. P. Gueret , Curé de S. Paul
à Paris , un autre fils , qui a été Grand-
Vicaire de l'Evêque de Rhodez , et un
autre qui est au Service du Roy. Il mou-
rut le 22. Avril 1688. âgé de 47. ans.
On ne sçauroit assés bien exprimer avec
quel aplaudissement lefournal duPalais de
Mrs Blondeau et Gueret , a été reçû dans
le Public ; aussi ce Journal est il beau-
coup au- dessus de toutes les autres Com-
pilations d'Arrêts. Les deux Auteurs n'y
ont admis que les Décisions des plus il
lustres Tribunaux du Royaume ; ils ont
travaillé sur les Memoires des Avocats
qui avoient plaidé ou écrit, et quelquefois
sur les éclaircissemens et les instructions
que les Juges même leur ont donné. Ils
ont choisi les affaires les plus curieuses
et les plus importantes , les faits y sont
raportés clairement et avec ordre ; indé-
pendamment des moyens allegués par les
Défenseurs des Parties , ils ont eux-mê-
mes travaillé toutes les matieres , et les
questions y sont discutées méthodique-
ment et avec beaucoup d'érudition ; on
y trouve des Arrêts de tous les Parlemens
et autres Cours Superieures du Royau-
me , ils sont rangés suivant l'ordre des
dates ; il y en a seulement quelques - uns
dont les dates ne sont pas si certaines ,
II. Vol.
que
JUIN 1737.
1293
que l'on a mis à la fin du second volume ,
en un mot ce Journal est regardé com-
me un chef d'œuvre en ce genre.
Il y
en a déja eu quatre Editions , toutes qua-
tre faites à Paris. La premiere est en 12.
volumes in 4. dont les dix premiers fu-
rent donnés par Mrs Blondeau et Gueret,
conjointement ; sçavoir , le premier en
1672. le second et le troisiéme en 1673.
le quatrième en 1676. le cinquiéme en
1678. le sixième en 1679. le septième en
1681. le huitiéme en 1682. le neuvième
en 1684. le dixième en 1686. les deux
autres volumes furent donnés par M.
Blondeau seul,après la mort de M.Gueret;
sçavoir , le onzième en 1689. et le dou-
ziéme en 1695.
La seconde Edition de 1701. est en
deux volumes in folio. On y ajoûta trois
Tables , l'une des Questions , la seconde
des Matieres , et la troisiéme des noms
des Parties.
La troisiéme Edition de 1713. est aussi
en deux volumes in folio ; le premier
volume contient les Arrêts intervenus
depuis 1660. jusqu'en 1678. le second
contient les Arrêts intervenus depuis
1679. jusqu'en 1700 .
La quatriéme Edition vient de paroî-
tre au commencement de cette année
II. Vol.
1737.
1294 MERCURE DE FRANCE
1737. elle est aussi en deux volumes in
folio et dans le même ordre que la préce
dente , sans aucun changement.
ARRESTS DE M. AUGEAR D
M. Mathieu Augeard , ancien Avocat
au Parlement , reçû le 26. Novembre
1703. a aussi donné au Public un Jour-
nal de Jurisprudence Françoise , qui est
intitulé, Arrêts Notables des differens Tri-
bunaux du Royaume sur plusieurs Questions
importantes de Droit Civil, de Coûtume, de
Discipline Ecclesiastique et de Droit Public.
Il y en a trois volumes in 4. qu'il a
donnés en differens temps ; le premier
en 1710. le second en 1713. et le troisié--
me en 1718. il n'y en a encore eu que
cette Edition .
Le premier volume contient des Ar
rêts intervenus depuis le 29. Mars 1696.
jusqu'au 5. Juin 1709. Le second com-
mence au 15. Juillet 163 1. et finit au´s.
Août 1710. et le troisiéme commence au
25. Janvier 1650. et finit au 14. Août
1710.
Lorsque ce Recueil d'Arrêts parut , il
servoit de Suplément au Journal des
Audiences et à celui du Palais , parce
qu'il commence à peu près où finissoient
ces deux Journaux.
II Vol
L'ev
JUIN.
1737.
129.5
Le dernier tome du Journal des Au-
diences , que M. Nupied a depuis don-
né au Public , forme un Suplément plus
complet pour ces deux Journaux et par-
ticulierement pour le Journal des Aur
diences. Mais comme ce dernier volume
du Journal des Audiences ne comprend
que des Arrêts du Parlement de Paris
et que le Journal du Palais comprend
des Arrêts de toutes les Cours Souverai-
nes du Royaume , le Recueil de M. Au-
geard , qui comprend aussi des Arrêts de
tous les Parlemens , sert encore à cet
égard de Suplément au Journal du Palais.
Le Recueil d'Arrêts de M. Augeard est
utile et estimé ; il y a néanmoins un dé-
faut dans la disposition de cet Ouvrage,
c'est que l'ordre des dates n'y est observé
que pour chaque volume en particulier,
et non par raport aux trois volumes ,
que dans le second et le troisiéme tome
il y a des Arrêts des mêmes années com-
prises dans le premier , et de même par
raport au second volume , ensorte que
pour y trouver un Arrêt dont la date est
entre les années 1696. et 1709. il faut
le chercher dans les trois volumes , par-
ce que dans tous les trois il y a des Ar-
rêts de ces mêmes années ; ce qui vient
de ce que l'Auteur a donné chaque vo-
11. Vol.
et
lunne
1296 MERCURE DE FRANCE
lume à mesure qu'il a eû de la matiere
pour le former , et que quand il a donné
le second et le troisième , il a repassé sur
les temps compris dans le premier et le
second , parce qu'il avoit retrouvé quel-
ques Arrêts des mêmes années qu'il avoit
déja comprises dans le précedent volume.
Il seroit facile de remedier à cet incon-
venient , en refondant les trois volumes.
ensemble et en rangeant les Arrêts exac-
tement suivant leurs dates , lorsqu'on fe-
ra une nouvelle Edition de cet Ouvrage,
qui le mérite bien.
Journaux de Jurisprudence Françoise,
pour servir de Suplément à l'Histoire
Critique des Journaux de M. C.....
par M. A. G. Boucher d'Argis, Avocat
au Parlement.
L'Histoire Critique des Journaux
Litteraires, est un Ouvrage que
feu
M. Camusat avoit commencé dès l'an-
née 1722. il mourut à Amsterdam le 28.
Octobre 1732. sans y avoir mis la der-
niere main ; cet Ouvrage attendu depuis
long - temps , a été rédigé et donné
au Public par un Auteur anonime ; il a
été imprimé à Amsterdam , chés J. F.
Bernard , en 1734. la forme du Livre est
in 12. et il est divisé en deux Tomes .
II. Vol.
A iiij
Le
#22 MERCURE DE FRANCE
Le premier Tome et la plus grande
partie du second , ne forment que ke
premier Chapitre , qui est subdivisé en
plusieurs Articles et Paragraphes , avec
des Notes ; cette partie de l'Ouvrage
contient l'Histoire du Journal des Sça-
vans , sous la direction des differens Au.
teurs qui y ont travaillé.
La troisiéme Note sur l'Article de M.
de Sallo, premier Auteur du Journal des
Sçavans, explique l'origine des Gazettes.
Le reste du second Tome porte le ti-
tre particulier de Memoires pour servir à
P'Histoire des Journaux et autres Livres
Périodiques qui ont parû en France et ail-
Leurs ; l'Editeur de cet Ouvrage dit dans
son Avertissement que feu M. Camusat
avoit dessein de réduire l'Histoire de
tous ces Livres Périodiques à deux volu
mes in 12. sous le titre de Memoires pour
servir à l'Histoire des petits Journaux, mais
que l'on ne sçait ce que sont devenus
les matériaux qu'il avoit recueillis pour
continuer cette Histoire.
Quoiqu'il en soit , ces Memoires font
le commencement du second Chapitre
de nos deux Tomes , qui est intitulé ,
Journaux divers de peu de durée , et Livres
qui ont du raport aux Journaux ; ce Cha-
pitre est divisé en plusieurs Articles qui
II. Vol.
contiennent
JUIN.
1737
1263
contiennent l'Histoire de diversJournaux
de Politique , de Médecine , de Philoso-
phie et de Mathémathique, l'Histoire cri
tique de la République des Lettres, et au-
tres Memoires de Litterature.
Le troisiéme Chapitre contient l'His
toire des Mémoires de l'Académie Roya
le des Sciences , et de ceux de l'Acadé-
mie Royale des Belles - Lettres.
Le Chapitre quatrième et dernier , con-
tient l'Histoire du Mercure Galant et de la
continuation de ce Livre , qui a changé
de face et de titre ; il est connû au-
jourd'hui sous celui de Mercure de Frances
Si M. Camusat eût achevé son His-
toire des Journaux , il n'auroit pas , sans
doute , omis les Journaux de Jurispru
dence , qui ne sont pas moins des Jour
naux Litteraires , que les Memoires de
Politique , de Médecine et de Philoso
phie aparamment il n'en étoit pas en-
core à cette matiere , car il n'en est point
parlé dans les deux Tomes que nous
avons de son Histoire Critique des Jour-
naux. Il ne sera donc pas hors de propos
de donner ici une Histoire abregée des
Journaux de la Jurisprudence Françoi
se , pour servir de Suplément à l'Histoir
re des Journaux de M: Camusat.
On n'entreprend pas , au reste , de
H. Vol.
A y
donneer
1264 MERCURE DE FRANCE
donner à cette occasion l'Histoire de
tous les Livres de Jurisprudence , mais
seulement de ceux qui portent le titre
de Journaux, ou qui sont en effet de vrais
Journaux , quoiqu'ils portent un autre
titre ; nous allons les parcourir suivant
l'ordre de leur ancienneté.
Journal du Parlement , par M. Denis
Catherinot.
Entre les diverses Pieces Fugitives que
M. Nicolas Catherinot , Avocat du Roy
au Bailliage et Siege Présidial de Bourges,
a fait imprimer à mesure qu'il les com-
posoit , il se trouve une feuille imprimée
à Bourges le premier Août 1685. qui a
pour titre , le Journal du Parlement , à
M. Gueret.
L'Auteur qui dédie ce petit Ouvrage à
M. Gabriël Gueret , celebre Avocat au:
Parlement de Paris , annonce que ce
Journal n'est pas proprement de lui
qu'il l'a tiré d'un Manuscrit de feu Denis
Catherinot , son Pere ; que ce Journal
contient 150. Arrêts des années 1611. et
1612. qu'il ne peut mieux le dédier qu'à
M. Gueret , qui travaille avec M. Blon-
deau , au grand Journal des Parlemens
de France avec un succès merveilleux, et
pour donner à M. Gueret une notion
II. Vol.
plus
M
JUIN.
1737.
1265
plus parfaite de ce Journal , il met en
tête un abregé de la Vie de son Pere, qui
en est l'Auteur , en voici les principales
circonstances.
Denis Catherinot nâquit à Château-
roux en Berry , le 23. Février 1592. d'u
ne famille alliée à celles de Batonneau de
Paris , et de Pinette de Bourges ; il fit sest
Etudes à Bourges , et ensuite trois ou
quatre années de Droit , sous Antoi-
ne Bengy , Ayeul de François Pinson
,
celebre Avocat au Parlement , et sous
la direction particuliere de Jean Chenu,
l'Arrestographe , chés lequel il demeuroit
et qui le présenta au Serment d'Avocat
sur la fin du mois d'Août 1610.
N. Catherinot dit qu'on a voulu lui
persuader que son Pere avoit bonne part
à la derniere Centurie des Arrêts de cet
Auteur, mais il ajoûte que celui qui avoit
fait la premiere pouvoit bien avoir fait
aussi la seconde.
De Bourges , Denis Catherinot vint à
Paris et y demeura pendant les années
1611. et 1612. Il conféroit souvent avec
Mrs Corbin et Cholet , ses Compatrio-
tes , et avec Mrs Brodeau , Tubeuf, Des-
noyers , Doujat , Talon , Bignon , Robert,
Guerin et autres celebres Avocats. Ce fut
dans cette Ville et dans ce temps-là qu'il
II. Vol.
A vj
composa
1266 MERCURE DE FRANCE
composa le Journal du Parlement , que
son Fils dédia ensuite à M. Gueret.
De Paris , Catherinot revint à Bour-
ges , où il fut reçû en 1617. dans une
Charge de Conseiller au Présidial de cet-
te Ville , dont il s'acquitta si dignement,
que le Prince de Condé le prit pour son
Conseil à Bourges , et voulut le faire le
premier Officier de sa Duché- Pairie de
Châteauroux ; mais Catherinot aima
mieux rester à Bourges , où il avoit l'a
grément de converser avec beaucoup de
Sçavans qui y étoient alors.
Le 20. Janvier 1619. il épousa D. Ca
therine Bigot , issuë d'une famille noble
et vertueuse de la Province ; elle mourut
vers l'année 1627. sans avoir eû d'enfans.-
Le 6. Février 1628. il épousa en secon
des Nâces Michelle Riglet , alliée à un
grand nombre de bonnes Familles ; ce se
cond Mariage ne dura que trois ans ; le
sieur Catherinot Pere étant mort le pre-
mier jour de Mars 1631. âgé de 39. ans ,
il laissa un fils nommé Nicolas Catheri
not, qui fut Avocat du Roy au Bailliage
et Siége Présidial de Bourges.
C'est ce même Nicolas Catherinot qui
dédia à M. Gueret le Journal du Parle-
ment , tiré du Manuscrit de son Pere.
Après cet Abregé de la Vie de Denis
LA Vol.
Catherinor,,
JULN.
1737.
1267
Catherinot , Nicolas Catherinot raporte
par ordre de dates , dix Arrêts du Parle
ment de Paris , qui commencent au pre-
mier Août 1611. et finissent au 31. des
mêmes mois et an.
Ces dix Arrêts , qui sont aparamment
tirés du Journal manuscrit de M. Cathe-
rinot, Pere, sont raportés très- sommaire-
ment par le fils dans la feuille imprimée
qu'il dédié à M. Gueret ; chaque Article
n'est proprement qu'une Note des Ques-
tions qui ont été jugées; il a seulement eû
l'attention de marquer le nom des Prési
dens qui tenoient l'Audience et des Avó-
cats qui plaidoient les Causes jugées par
ces Arrêts.
Le titre de la feüille imprimée qui con-
tient ces dix Arrêts , et l'espece d'Epitre
Dédica toire à M. Gueret , qui les préce
de,font présumer que M.Catherinot avoit
dessein de faire imprimer le surplus ; mais
il paroît , sans qu'on en sçache la cause ,
qu'il abandonna ce dessein , car la feuille
dont nous parlons ne contient que ces dix
Arrêts,et est close par une date telle qu'on
la met à fin d'une Lettre, à Bourges ce pre-
mier Août 1685.
Cn n'a point connoissance que le res
të de ce Journal ait été imprimé , ni dė
ce qu'est devenu le Manuscrit ; ce que
L.I. Vola
nous
1268 MERCURE DE FRANCE
nous en avons est si peu de chose qu'il
semble que cela ne mériteroit guere d'ê
tre mis au nombre des Journaux de Ju-
risprudence , cependant comme ce Jour-
nal de Catherinot est le plus ancien , et
que
c'est peut-être celui qui a donné l'i-
dée de ceux qui ont suivi , j'ai crû qu'il
ne devoit pas être omis.
Recueil d' Arrêts , par M. Bardet.
Ce Recueil est un Ouvrage beaucoup
plus considerable que celui de Cathe-
rinot , quoiqu'il ne porte pas le titre de
Journal , c'en est réellement un ; car les
Arrêts y sont raportés suivant l'ordre des
dates.
La Vie de l'Auteur se trouve dans la
Préface que M. Berroyer a mise à la tête
de ce Recueil en le donnant au Public,
M. Pierre Bardet nâquit à Montaguet
en Bourbonnois le 15. Décembre 1651 .
il fit ses Humanités au College des Jésui-
tes de Moulins , et il eut pour Condisciple
M. de Lingendes , qui fut depuis Evêque
de Mâcon ; ils s'apliquerent l'un et l'au-
tre tellement à la Langue Grecque, qu'el-
le leur devint aussi familiere que la Fran--
çoise.
En 1614. âgé de 23. ans il commença
à étudier le Droit à Toulouse , et conti--
II. V.
nua
JUIN 1737.
1269
nua pendant les années 1615. et 1616.
sous Mrs Maran et de la Coste , deux il-
lustres Disciples de Cujas.
Avec de telles dispositions et excité
par l'exemple de ces deux excellens Maî
tres , M. Bardet ne pouvoit pas manquer
de faire de grands progrès dans la scien-
ce du Droit.
Il fut reçû au Parlement de Paris au
Serment d'Avocat en 1617. et commen-
ça aussi- tôt à recueillir les Arrêts qui
se rendoient aux Audiences
,
qu'il
suivit assidûment jusques en 1643. que
les affaires du Cabinet et les Ecritures
l'occuperent tellement , qu'il n'eut plus
le temps de se trouver aux Audiences.
Quoiqu'il fût peu occupé à la plaidoi
rie, son mérite ne laissoit pas d'être con-
nu ; il plaidoit même avec agrément et
facilité, mais plutôt pour persuader, que
pour plaire.
Il fut honoré de l'estime du celebre
Henry de Mesmes , cet illustre Président
qui aimoit tant les Gens de Lettres , et
du sçavant Premier Président le Jy, qui
après avoir vû son Recueil d'Arrêts , fit
des efforts inutiles pour vaincre sa mo-
destie , en l'excitant avec zele à le don
ner au Public.
Il s'étoit beaucoup apliqué à la matiere
LI. Vol.
des
1270 MERCURE DE FRANCE
des Substitutions , et on a remarqué qu'il
avoit travaillé dans toutes les questions
importantes qui se présenterent de son
temps au Palais sur ce sujet , ensorte que
lesMemoires qu'il en a laissés formeroient
seuls plusieurs volumes; les Substitution's
de Levy Cosan et d'Apchon , ne contri-
buerent pas peu à le faire connoître dans
les Pays de Droit Ecrit'; aussi étoit-il l'A-
vocat de la plupart des grandes Maisons
de Lyonnois , Forest et Auvergne , aussi
bien que de Bourbonnois.
La réputation qu'il s'étoit acquise pour
les Substitutions , fit qu'on l'engagea à
suivre un Procès évoqué du Parlement
de Paris et renvoyé en celui de Provence,
où il demeura si long- temps , que ce sé-
jour lui occasionna dans la suite une per
te de biens très- considerable.
Mais comme sa vertu étoit au-dessus
de tous les Evenemens , malgré une si
triste épreuve, il ne lui échapa jamais au--
cun mouvement d'impatience , et une
vie fort traversée ne l'empêcha pas de
conserver toujours la même tranquillicé
d'esprit.
Il fut moins sensible à la perte de ses
biens qu'à celle de ses amis , qu'il trouva
presque tous morts à son retour de Pro-
ven e , desorte qu'il se trouva comme
1. Vol.
inconnus
JUIN.
1737.
1271
Inconnu aux Avocats qui remplissoient
leur place au Palais, ce qui, joint à l'amour
de sa Patrie et à l'affection qu'il avoit
pour ses Neveux , le détermina à quitter
Paris.
Il se retira à Moulins en 1663. et alla
de-là aux grands Jours de Clermont en
1665. et 1666. mais il ne changea pas
pour cela la résolution qu'il avoit prise
de se retirer du Palais ; en effet depuis le
voyage d'Auvergne il resta toujours à
Moulins jusqu'à sa mort.
Il étoit naturellement humble et doct-
le,et sçavoit concilier une grande modes
tie avec beaucoup de mérite et d'érudi
tion. L'esprit de retraite qu'il conserva
toujours , lui faisoit aimer une vie labo-
rieuse et cachée , quoique dans une Pro-
fession toute publiques et par le partage
qu'il fit de ses momens entre la pieté et
Pétude , les Textes de l'Ecriture Sainte et
ceux du Droit de toute espece, lui étoient
tellement présens , que jusqu'à la fin de
sa vie et malgré le poids des années , sa
memoire lui en fournissoit sur le champ
les termes , lorsqu'il se présentoit quel-
que occasion de les raporter.
La principale dispotition de son Tes-
tament qu'il avoit commencé dès 1647.
et qu'il avoit renouvellé tous les ans jus
II. Vol.
qu'en
1272 MERCURE DE FRANCE
qu'en 1685. qu'il déceda , regardoit le
lieu de Montaguet où il étoit né , pour
procurer à ce lieu l'Erection d'une Cure
ou Eglise Paroissiale , à cause de l'incom-
modité que souffroit une partie des Ha-
bitans en allant à celle du Linois , qui
étoit assés éloignée , et par de mauvais
chemins , qui , même dans l'hyver, pou-
voient quelquefois leur rendre l'Eglise
inaccessible : Disposition digne de la pie-
té et de la generosité de M. Bardet.
Quoiqu'il fûr d'une taille mediocre et
déliée , il étoit néanmoins très- robuste ,
n'ayant presque jamais été malade : dans
un âge fort avancé , il n'avoit aucune des
incommodités de la vieillesse , si ce n'est
un peu de surdité , de sorte qu'il ne cessa
point d'étudier jusqu'à la fin de sa vie ;
sa memoire lui rapelloit toûjours avec
facilité les choses qu'il avoit aprises an-
ciennement : elle étoit seulement un peu
moins prompte pour celles qui étoient
plus recentes : à l'égard de son jugement
il fut toujours solide , et ne fut jamais
affoibli par l'âge.
Il ne s'engagea point dans le mariage ,
et ne nous a laissé que des Productions
de son esprit , qui consistent dans son
Recueil d'Arrêts , ses Mémoires impri-
més , et plusieurs Manuscrits. Il mou-
11. Vol.
rut
JUIN.
âgé de 54. ans .
1737.
1273
rut à Moulins le 20. Septembre 1685.
Son Recueil d'Arrêts a éré donné au
Public par feu M: Berroyer. 11 est inti-
tulé Recueil d' Arrêts du Parlement de Pa-
riș , pris des Mémoires de feu M. Pierre
Bardet , ancien Avocat en la Cour , avec
les Notes et les Dissertations de M. Claude
Berroyer , Avocat au même Parlement. 2 .
Vol. in fol. à Paris , 16.90.
Chaque Tome est divisé en plusieurs
Livres , et chaque Livre en plusieurs
Chapitres , ce qui n'ajoûte rien à l'ordre
de l'Ouvrage , parce que les Arrêts n'y
sont pas rangés par matieres , mais seu-
lement par ordre de dates.
Monsieur Berroyer observe dans la
Préface , qu'il a mise à la tête de ce Re-
cueil , que M. Bardet a évité les deux dé
fauts les plus ordinaires dans ces sortes
d'ouvrages ; le premier de raporter les
Arrêts sur la foy d'autrui ; le second , de
ne garder aucun ordre , et de les rapor-
ter en termes obscurs et mal digerés .
En effet , l'Auteur a été lui- même as-
sidu aux Audiences , et n'a compris dans
son Recueil que les Arrêts intervenus:
dans les causes auxquelles il avoit assis-
té
il avoit soin de les rédiger aussi tôt
qu'il étoit de retour du Palais, pour ne pas
11.Vol.
trop
1274 MERCURE DE FRANCE
trop présumer de sa mémoire ;
il a eu
aussi l'attention de ne rien ajoûter dú
sien , à ce qui avoit été plaidé ou pro-
noncé : il a inseré tous les Avertissemens
donnés au Barreau par M M. les Presi-
dens après la prononciationt des Arrêts ,
et son exactitude a été telle , que dans une
Cause , où M. l'Avocat Général Bignon
porta la parole, il ne fait mention de son
avis , qu'en disant qu'il ne l'a point en-
tendu.
Son Recueil d'Arrêts commence en
16 17. six ans avant le Journal des Au-
diences , et comprend les Ariêrs inter-
venus jusqu'en 1642 , inclusivement , pars
mi lesquels il y en a neuf de prononcés
en Robes rouges.
Il y a beaucoup de methode , de nette-
té et d'ordre dans cet Ouvrage; si l'Au-
teur raporte quelques Arrêts déja cités
ailleurs , on trouve dans son Recueil
quelque circonstance du fait , ou quel
que moyen essentiel , qui a pû détermi
ner les Juges , et que les autres Auteurs
avoient omis.
M. Berroyer observe seulement qu'il
a retranché quelques uns des Arrêts qui
étoient dans le Recueil de M. Bardet ,
parce que ces Arrêts étoient déja rapor
tés ailleurs.
HI. Vol
Le
JUIN.
1737
1275
Le stile de M. Bardet est un peu sec
mais il passe pour un des Arrêtistes des
lus exacts , et son Ouvrage est généra
plus
lement estimé: cependant M.Bretonnier,
dans ses Observations sur le XIX. Plai-
doyer d'Henris, tom. 2. remarque que M.
Bardet s'est trompé dans un endroit de
son Recueil tom. 1. liv. 3. ch. 2. où cet
Auteur dit que le Retrait lignager a été
introduit dans la Ville de Lyon , et s'y
pratique communément , que cela a été
ainsi jugé par un Arrêt qu'il raporte du
8. Février 1628. confirmatif d'une Sen-
tence du Sénéchal de Lyon , qui avoit,
dit-il , declaré les offres d'un Retrayant
bonnes et valables , et ordonné que Ï'Ac-
quereur lui délaisseroit la Maison par
Retrait lignager.
M. Bretonnier dit qu'ayant été extré-
mement surpris de cet Arrêt , il en par-
la à M M. Ferrary , Gilet et Terrasson
ses Confreres , qui lui assurerent que le
Retrait lignager n'avoit point lieu à
Lyon , et lui conseillerent de refuter cet
Arrêt , qu'ils jugoient être ou apocry
phe ou collusoire.
Pour éclaircir encore mieux ce fait ,
M. Bretonnier en écrivit à M. Dufour-
nel , célébre Avocat à Lyon , qui lui
envoya une Consultation signée de 15.
II. Vol.
des
1276 MERCURE DE FRANCE
des plus anciens Avocats de Lyon , qu'il
a jointe à ses Observations : ces 15. Avo-
cats répondirent qu'il étoit difficile de
concevoir quel avoit pû être le fonde-
ment de l'Arrêt raporté par M. Bardet ;
qu'il étoit assés naturel de présumer que
M. Bardet s'étoit trompé dans cette ci-
tation , aussi bien que son Apostillateur.
M. Bretonnier ne s'en tint pas là : il
alla lui-même chercher cet Arrêt dans
les Registres du Parlement ; il le trouva,
à la verité , sous la même date du 28.
Février 1628. mais pour une autre Pro-
vince , et une Ville differente ; sçavoir ;
pour la Ville d'Aurillac dans la Haute
Auvergne , et afin de constater ce fait
important, il a raporté cet Arrêt à la sui-
te de ses Observations dans l'endroit que
l'on a cité.
Il ajoûte ensuite qu'il a crû devoir
raporter cet Arrêt , non pas pour met-
tre au jour la bévûë de M. Bardet , pour
qui il a beaucoup de considération et
d'estime , mais pour établir :
1 °. Que le Retrait lignager n'a point
lieu à Lyon.
2°. Que dans les Pays de Droit Ecrit
de l'Auvergne , le Retrait lignager a
lieu.
3°. Qu'il y a peu de fond à faire sur la
11.Vol
foy
JUIN.
1737
s'est trompé en cet Endroit.
Aliquando bonus dormitat Homerus.
1277
foy des Arrêtistes , puisque M. Bardet ,
qui passe pour être un des plus exacts ,
Il ne nous reste plus , par raport aux
Recueils d'Arrêts de M. Bardet , qu'à
donner une notion de M. Berroyer, son-
Annotateur
M. Claude Berroyer nâquit à Mou-
lins , Capitale du Bourbonnois : son Pe-
re étoit Greffier au Bailliage et Siege Pré-
sidial de cete Ville ; pour lui il vint s'é-
tablir à Paris , et y fut reçû au serment
d'Avocat le 22. Février 1677. Il étoit
d'un naturel doux et paisible , sage et
prudent dans toutes ses démarches , et
d'un esprit très- sociable.
Il plaida pendant quelque temps , et
même avec succès ; mais il se livra bien-
tôt tout entier aux occupations du Cabi
net. Sa grande aplication à l'étude , et
l'experience que l'usage des affaires lui
avoit acquise , lui attirerent bientôt
l'estime des Magistrats et la confiance du
Public ; il devint donc très employé à
la Consultation . Il étoit du Conseil or-
dinaire de l'Ordre de S. Lazare , de ce-
lui de la Maison de Villeroy et de plu
sieurs autres grandes Maisons.
II. Vol.
De
278 MERCURE DE FRANCE
De son mariage avec Demoiselle ....
Maillet , il eut quatre Enfans ; sçavoir ,
un Fils qui fut reçû Avocat au Parle
ment , et qui mourut fort jeune ; une
fille à present décédée , qui avoit épousé
Louis -Joseph Moufle , Avocat au Parle-
ment , une autre Fille mariée à André-
François Louvel des Bois , aussi Avocat
au Parlement , et un Fils reçû Conseil-
ler à la Cour des Aydes le 10. May
1735.
Il étoit si laborieux que , malgré le
grand nombre d'affaires dont il étoit
chargé pour differens Particuliers , il
trouva encore le temps de composer plu-
sieurs Traités de Jurisprudence , dont
quelques- uns ont été imprimés de son
vivant , les autres se sont trouvés ma-
nuscrits parmi ses papiers.
Les Ouvrages imprimés que nous avons
de lui , sont la Bibliotheque des Coûtu-
mes qu'il a faite conjointement avec M.
Eusebe de Lauriere , Avocat , à la reser-
ve de la Préface , contenant des conjec-
tures sur l'Origine du Droit François , la-
quelle est de M. Berroyer seul . Les Notes
qu'il a faites sur le Commentaire de M.
Duplessis sur la Coûtume de Paris , aussi
conjointement avec M. de Lauriere , et
les Notes qu'il a faites sur le Recueil
II. Vol.
d'Arrêts
JUIN.
1737.
d'Arrêts de Monsieur Bardet.
1279
Il fut élû Bitonnier de l'Ordre des
Avocats le 9. May 1728. et après avoir
rempli avec honneur tous les differens
dégrés d'une longue vic , il mourut à
Paris le 7. Mars 1735. universellement
regretté de ses Confreres et de tous ceux
qui le connoissoient,
Il avoit connu particulierement M.
Bardet , qui étoit son Compatriote , c'est
ce qui l'excita à donner au Public le Re-
cueil d'Arrêts de celui ci. Il mit donc
cet Ouvrage en ordre › en ayant seule-
ntent retranché quelques Arrêts , qui
étoient déja raportés ailleurs , et dans
lesquels il n'y avoit rien de plus que ce
qui se trouvoit dans les autres Auteurs.
Il a mis à la tête de l'Ouvrage une
Préface , dans laquelle il fait voir l'uti-
lité des Recueils d'Arrêts, quand ils sont
faits avec attention , et dans cette même
Préface , il nous a donné la Vie de M.
Bardet.
A la fin de chaque Chapitre de l'Ou-
vrage, il a joint des Notes Sommaires
pour servir de Conference avec les autres
Livres dont les Auteurs citent ou rapor-
tent les mêmes Arrêts,afin que le Lecteur
puisse vérifier les differences qui s'y
trouvent.
II. Vol.
B
11
1280 MERCURE DE FRANCE
Il a donné quelques Dissertations
pour
expliquer les veritables motifs de cer
tains Arrêts , et pour prévenir les mau-
vaises applications que l'on en fait quel-
quefois dans les Provinces..
Dans le second Tome, ces Dissertations
sont mises à la fin par forme d'Addition ,
parce que l'impression du corps de l'Ou-
vrage devançoit la plume de l'Annota-
teur. Les Notes et Dissertations de M.
Berroyer , aussi bien que ses autres Ou-
vrages , sont estimées , et le Public lui
est redevable de ce qu'il lui a procuré le
Recueil d'Arrêts de M. Bardet , qu'il a
rendu encore plus utile par ses Disserta
tions , & c.
JOURNAL DES AUDIENCES.
Ce Recueil qui est intitulé Journal des
principales Audiences du Parlement , porte
avec d'autant plus de raison le Titre de
Journal , qu'il ne contient pas seulement
les Plaidoyers des Avocats, et les Arrêts
intervenus sur les Contestations particu-
lieres ,
il contient aussi une partie des
Edits et Déclarations avec leurs Enregis-
tremens , et les differens Reglemens et
Arrêts faits par la Cour.
Il est actuellement composé de plu-
sieurs Vol. infol. qui ont été donnés au
II. Vel.
Public
Public en differens temps , et par diffe-
rens Auteurs. Le premier Volume est
l'Ouvrage de Jean Dufresne , issu de
l'ancienne et noble Famille des Dufresne
d'Amiens en Picardie , où il nâquit.
Louis Dufresne , Seigneur de Froide-
val, son Pere , étoit Prevôt de la Prévôté
Foraine de Beauquesne au Bailliage d'A-
miens; il avoit beaucoup d'érudition, ai-
moit les Belles Lettres, et étoit versé dans
la Langue Grecque : il fut marié deux
fois ; de son premier mariage il eut trois
Fils , Adrien , qui lui succeda à la Pre-
vôté de Beauquesne : Jean
,
qui est
l'Auteur du Journal dont nous avons
à parler , et Louis , Médecin , tous trois
très sçavans. De son second mariage il
eut aussi trois Fils , sçavoir , Michel et
-François , qui firent profession dans la
Compagnie de Jesus, et le sçavant Char-
les Dufresne , Seigneur Ducange , Tré
sorier de France au Bureau des Finan-
ces d'Amiens , Auteur des deux Glossai
res l'un Grec , l'autre Latin , et de plu-
sieurs, autres Ouvrages , Monumens de
son érudition.
Jean Dufresne vint s'établir à Paris ,
et y exerça la Profession d'Avocat au Par-
lement avec beaucoup d'honneur et de
distinction , il suivit long- temps les Au-
II. Vol.
Bij
dienc
$ 282 MERCURE DETRANCE
diences , et eut soin de recueillir les Ar-
rêts rendus de son temps.
M. Baluze , dans une Lettre écrite à
Eusebe Renaudot , au sujet de M. Du
cange , laquelle est inserée dans le pre-
mier Volume de son Glossaire Latin, dit
qu'il a connu Jean Dufresné, que c'étoit
un Homme de bien , sage , prudent et
très-versé dans l'étude du- Droit Civil
et de sa Loy municipale.
Il fit en effet une étude particuliere de
la Coûtume d'Amiens , Lieu de sa Nais-
sance,et il en a donné un Commentaire ,
à la fin duquel il a mis beaucoup d'Ar-
rêts , tant concernant cette Coûtume ,
que sur plusieurs autres matieres. Ce
Commentaire est imprimé en 1. Volu-
me in folio, et il a été inseré dans le Cou-
tumier de Picardie , Edition de 1726 .
On eut assés de peine à déterminer
M. Dufresne à donner au Public son
Recueil d'Arrêts , à cause qu'il y avoit
déja plusieurs Recueils , et qu'il crai-
gnoit qu'on ne lui imputât d'avoir vou-
fu encherir sur les autres ; mais comme
ces autresRecueils étoient dans une forme
differente , et que d'ailleurs ils ne com.
prenoient pas les mêmes Arrêts , on le
fit enfin consentir à laisser paroître le
sien.
11. Vol
C
JUIN.
1737.
1283
Ce premierVolume eut tant de succès ,
qu'il y en eut quatre Editions du vivant
de l'Auteur. Il dédia les trois premieres
à Mathieu Molé , Premier Président du
Parlement , et depuis Garde des Sceaux ,
et la quatrième à Jean Molé de Cham-
plastreux , Président à Mortier , Fils du
Garde des Sceaux.
Comme il n'y avoit d'abord du
Journal des Audiences que ce premier
Volume , donné par Jean Dufresne , plu-
sieurs Auteurs l'ont cité sous le nom
d'Arrêts de Dufresnes il comprend les
Arrêts intervenus depuis 1623. jusqu'en
1657.
M. Dufresne mourut à Paris le ....
après son décès , M. François Jamet de
la Guessiere , Avocat au Parlement, con-
tinua le Journal des Audiences , il en
donna au Public trois Volumes depuis
1686. jusqu'en 1700. un qui compre-
noit les Arrêts intervenus depuis 1657,
jusqu'en 1666. inclusivement ; un autre
Volume dédié à M. le Premier Président
de Novion , qui comprenoit les Arrêts
intervenus depuis 1666. jusqu'en 1678 .
et un autre qui comprenoit les Arrêts ren-
dus depuis 1677. jusques en 1685.
Au moyen de cette continuation , le
Journal des Audiences étoit déja en qua-
11. Vol.
Biij
tre
1284 MERCURE DE FRANCE
tre Volumes in-folio ; M. de la Guessiere
en préparoit un cinquiéme tome lorsqu'il
mourut.
M. Nicolas Nupied , ancien Avocat an
Parlement , reçû le 8. Août 1689. mit en
ordre les Mémoires de M. de la Guessie-
re , et en 1707. donna au Public le cin-
quiéme Tome du Journal des Audien-
ces , qui comprenoit les Arrêts interve-
nus depuis 1685. jusques en 1700.
On a réimprimé en 1736. les cinq Vo-
lumes du Journal des Audiences ; dans
cette derniere Edition , des cinq Volumes
on n'en a formé que quatre , et en les
réimprimant on y a ajoûté quelques Ar-
rêts qui manquoient ; on a corrigé plu
sieurs transpositions, et autres fautes qui
s'étoient glissées dans les précedentes
Editions.
Dans la même année M.Nupied a don-
né au Public un nouveau Volume , qui
comprend les Arrêts intervenus depuis
l'année 1700. jusqu'en 1710. ce Volume
qui fait le sixième Tome de l'ancienne
Edition , et le cinquième de la nouvelle,
est divisé en deux Parties. La premiere
est subdivisée en six Livres , et la secon-
de en quatre. Chaque Livre contient tous
les Arrêts qui sont d'une même année.
Ce dernier.Tome a été imprimé avec
II. Vol.
beaucoup
JUIN 1737.
beaucoup de soin et d'attention.
1285
RECUEIL D'ARRETS de M. Soëfve.
M. Lucien Soëfve , Auteur de ce Re- .
cueil , fut reçû au serment d'Avocat le
21. Juillet 1636. Il étoit Doyen de l'Or-
dre en 1693. étant alors âgé d'environ
78. ans.
Il s'attacha aux Audiences , comme à
la meilleure Ecole du Palais , et les sui-
vit assidument pendant plus de so. an
nées. Il commença au mois de Janvier
1640. à recueillir les Arrêts qui se ren-
doient aux Audiences , et en 169 2. il en
donna au Public deux Tomes in -folio ,
qui furent imprimés à Paris.
Cet Ouvrage est intitulé : Nouveau
Recueil de plusieurs Questions notables tant
de Droit que de Coutumes , jugées par Ar-
rêts d'Audiences du Parlement de Paris
depuis 1640. jusqu'à present. L'Auteur le.
dédia à M. de Fourcy , Président aux En-
quêtes.
Ce Recueil est un vrai Journal , car
les Arrêts y sont raportés par ordre de
dates. Il comprend 800. Arrêts rendus.
depuis 1640. jusqu'au 24. Mars 1681 .
inclusivement , soit aux Audiences de
la Grand-Chambre , ou des Enquêtes ,
par évocation ou renvoy du Conseil ,
II. Vol.
B iiij
soit
1286 MERCURE DE FRANCE
soit en la Tournelle , ou en la Chambre
de l'Edit, pendant qu'elle subsistoit.
Il n'y a aucun de ces Arrêts à la pro-
nonciation duquel l'Auteur n'ait été pre-
sent , et après avoir entendu plaider les
Avocats des Parties : s'il y a quelques Ar-
rêts rendus sur raport , ils sont en petit
nombre , et ce ne sont que ceux qui sont
intervenus dans des affaires qui avoient
d'abord éré plaidées , et ensuite apoin-
tées au Conseil ou en Droit.
Le Recueil de M. Soëfve est divisé par
Centuries , mais cela n'empêche pas que
Pordre des dates n'y soit observé.
JOURNAL DU PALAIS.
A ne considerer que le Titre de cet
Ouvrage , on croiroit d'abord que c'est
la même chose que le Journal des Au-
diences ; cependant ces deux Recueils
d'Arrêts sont fort differents l'un de l'au-
tre en toute maniere ; car outre qu'ils ne
sont pas du même Auteur , et que les
Arrêts contenus dans le Journal du Pa-
lais ne commencent pas au même tems ,
et ne sont pas précisément les mêmes
que ceux qui sont dans le Journal des
Audiences , il y a encore entre ces deux
Journaux une autre difference essentiel-
le : c'est que le Journal du Palais com-
II. Vol.
prend
JUIN.
1737.
1287
prend les Arrêts les plus notables de tou's
les Parlemens , et des autres Cours Su-
perieures du Royaume , au lieu que le
Journal des Audiences ne comprend que
des Arrêts du Parlement de Paris.
LeJournal du Palais est intitulé : Jour
nal du Palais , ou Recueil des principales
Décisions de tous les Parlemens de France
sur les Questions les plus importantes de
Droit Civil, de Coûtume , de Matieres
Criminelles et Bénéficiales
Public.
,
et de Droit
Cet Ouvrage est de feus Mrs Claude
Blondeau et Gabriel Gueret, Avocats au
Parlement de Paris. M. Blondeau qui
étoit l'ancien de M. Gueret , fut reçû au
Serment d'Avocat le 12. Août 1659.
En 1672. il commença à travailler au"
Journal du Palais de concert avec M.-
Gueret ; ils en firent imprimer conjoin-
tement dix Volumes in 4. M. Gueret
étant décédé le 22. Avril 1588. M. Blon-
deau , qui lui survécut , continua l'Ou-
vrage , et donna encore deux Volumes
in- 4 . lesquels, avec les dix premiers Vo-
lumes , forment la premiere Edition de
ce Livre en douze Volumes in-4. It cut
été heureux pour le Public que M. Blon .
deau eût pû continuer son aplication pour
la perfection de ce qu'il avoit commencé,
H. Vol
Boy
mais
1288 MERCURE DE FRAN C
mais ses infirmités ne lui permirent pas
de continuer plus long- temps ce pénible
travail.
Pour ce qui est de M. Gueret, son élo
ge se trouve dans un Journal Litterai
re et dans le Dictionnaire Historique.
Il nâquit à Paris l'an 1641. et se dis-
tingua par son esprit , par son érudition
et par les Ouvrages qu'il donna au Pu-
blic. Dans sa jeunesse il fit beaucoup de
Vers , mais il se contenta de les lire à ses
amis , et n'en a jamais fait imprimer.
Il fut reçû au Serment d'Avocat vers
l'an 1660. Pendant les premieres années
qu'il suivit le Barreau , il partageoit son
temps entre les Belles Lettres et la Juris-
prudence , et donna au Public divers Ou-
vrages de Litterature. Le premier qu'il
mit au jour fut Les sept Sages de la Grece,
qu'il dédia à M. le Febvre de Caumar-
tin , alors Maître des Requêtes , et qui
depuis fut Conseiller d'Etat.
Le second , Les Entretiens sur l'Elo-
quence de la Chaire et du Barreau , qu'il
publia l'an 1666. et qu'il dédia à M. Ĉol-
bert. Le troisiéme , Le Parnasse reformé.
C'est une Satyre très- ingenieuse et fort
estimée , qu'il dédia à M. l'Abbé Des-
roches , qui étoit alors à Rome.
La Guerre des Auteurs , qu'il fit im-
II.Vol.
primer
1289
1737.
JUIN.
primer depuis , est la seconde Partie du
Parnasse reformé , à laquelle néanmoins
il donna un Titre different pour des rai-
sons particulieres , et ce Titre , aussi--
1
bien que l'idée de ce Livre , a servi de-
puis de Modele à celui qui a écrit La
Guerre des Auteurs Anciens et Modernes.
Il a encore fait quelques autres Pieces
dans le même genre, qu'il n'a jamais ren- .
du publiques ; il y avoit entr'autres une
Satyre enProse, d'un tour fin et ingenieux,
intitulée: La Promenade de S. Cloud; mais
comme elle étoit écrite contre un Parti-
culier célébre , qui y étoit désigné d'une
maniere à ne pas le méconnoître , il ne
voulut jamais l'imprimer.
Après avoir laissé échaper ces premiers
traits de la vivacité de son esprit , M.
Gueret s'attacha uniquement à sa Profes-
sion , et ne fit plus que des Ouvrages
concernant la Jurisprudence.
M. Gauthier , célébre Avocat au Par-
lement de Paris , étant mort , n'ayant
donné au Public que le premier Tome
de ses Plaidoyers , M. Gueret donna le
second Tome , sur les Mémoires ma-
nuscrits du défunt , qu'il avoit achetés l'an
1669. et auxquels il fut obligé de supléer
beaucoup du sien : il dédia ce Volume à
M. le Pelletier , alors Président aux En-
II. Vol
Bvj
quêres,
1288 MERCURE DE FRAN C
mais ses infirmités ne lui permirent pas
de continuer plus long- temps ce pénible
travail.
Pour ce qui est de M. Gueret, son élo
ge se trouve dans un Journal Litterai-
re et dans le Dictionnaire Historique.
Il nâquit à Paris l'an 1641. et se dis-
tingua par son esprit , par son érudition
et par les Ouvrages qu'il donna au Pu-
blic. Dans sa jeunesse il fit beaucoup de
Vers , mais il se contenta de les lire à ses
amis , et n'en a jamais fait imprimer.
Il fut reçû au Serment d'Avocat vers
l'an 1660. Pendant les premieres années
qu'il suivit le Barreau , il partageoit son
temps entre les Belles Lettres et la Juris-
prudence , et donna au Public divers Ou-
vrages de Litterature. Le premier qu'il
mit au jour fut Les sept Sages de la Grece,
qu'il dédia à M. le Febvre de Caumar-
tin , alors Maître des Requêtes , et qui
depuis fut Conseiller d'Etat.
Le second , Les Entretiens sur l'Elo-
quence de la Chaire et du Barreau , qu'il
publia l'an 1666. et qu'il dédia à M. Col-
bert. Le troisiéme , Le Parnasse reformé.
C'est une Satyre très- ingenieuse et fort
estimée , qu'il dédia à M. l'Abbé Des-
roches , qui étoit alors à Rome .
La Guerre des Auteurs , qu'il fit im-
II.Vol.
primer
JUIN.
1737.
1289
primer depuis , est la seconde Partie du
Parnasse reformé , à laquelle néanmoins
il donna un Titre different pour des rai-
sons particulieres , et ce Titre , aussi-
bien que l'idée de ce Livre , a servi de-
puis de Modele à celui qui a écrit La
Guerre des Auteurs Anciens et Modernes.
Il a encore fait quelques autres Pieces
dans le même genre, qu'il n'a jamais ren-.
du publiques ; il y avoit entr'autres une
Satyre enProse, d'un tour fin et ingenieux,
intitulée: La Promenade de S. Cloud; mais
comme elle étoit écrite contre un Parti-
culier célébre , qui y étoit désigné d'une
maniere à ne pas le méconnoître , il ne
voulut jamais l'imprimer.
Après avoir laissé échaper ces premiers
traits de la vivacité de son esprit , M.
Gueret s'attacha uniquement à sa Profes-
sion , et ne fit plus que des Ouvrages
concernant la Jurisprudence .
M. Gauthier , célébre Avocat au Par-
lement de Paris , étant mort , n'ayant
donné au Public que le premier Tome
de ses Plaidoyers , M. Gueret donna le
second Tome , sur les Mémoires ma-
nuscrits du défunt, qu'il avoit achetés l'an
1669. et auxquels il fut obligé de supléer
beaucoup du sien : il dédia ce Volume à
M. le Pelletier , alors Président aux En-
II.Vol
B-vj
quêtes,
1290 MERCURE DE FRANCE
quêtes , Prevôt des Marchands , depuis
Controlleur Général des Finances et Mi-
nistre d'Etat. Il a mis à la tête de ce Vo
lume une Préface dans laquelle il a fait
l'éloge de M. Gauthier..
Il commença l'an 1672. de concert
avec M. Blondeau , à recueillir les prin-
cipales Décisions de tous les Parlemens
et Cours Superieures du Royaume ,
au Public
2
ils
travaillerent à ce grand Ouvrage , si utile
Sous le Titre de Journal du
Palais , et le dédierent à Jean-Jacques de
Mesmes , Président au Parlement , Pere
"
de Jean Antoine de Mesmes , Premier
Président. Ils continuerent , et en firent
imprimer conjointement dix Volumes
in- 4. jusqu'à la mort de M- Gueret.
Celui- ci a encore augmenté les Arrêts-
Notables du Parlement , recueillis par
M. le Prestre , et réimprimés l'an 1679 .
il y a ajoûté des Notes très- sçavantes ,
et inseré plusieurs Pieces curieuses , en
tr'autres une Dissertation des Coûtu-
mes de France , composée pir Nicolas
Catherinot , Avocat du Roy au Baillia-
ge et Siege Présidial de Bourges , qui
étoit allié de M. le Prestre, M. Catheri
not en fait mention dans une feuille im-
primée , intitulée Le Journal du Parle
ment , dédiée à M. Gueret , dont nous
avons parlé ci-devant..
M..
JUIN.
1737.. 129T
M. Gueret plaida peu , mais il
très
occupé dans le Cabinet et travailla dans
ce genre avec beaucoup de succès. Il étoit
d'un goût excellent et avoit le discerne-
ment fin ; sa Critique étoit toûjours judi-
- cieuse , et sa conversation très agréable.
Il mérite sur tout d'être loüé par l'égalité
d'humeur que l'on vit toujours en lui ,
sans que les occupations sérieuses et pé-
nibles de sa Profession alterassent la
té de son esprit.
gaye.
Il avoit été un des premiers de l'Assem-
blée que l'Abbé d'Aubignac avoit formée
d'Esprits choisis , pour laquelle on de-
manda des Lettres Patentes afin de l'éri-
ger en Acadéinie ; il en fut le Secretaire
tant qu'elle dura , et y prononça entre au-
tres Pieces deux Discours Académiques ,
dont l'un a pour titre l'Orateur, et l'autre
Si l'Empire de l'Eloquence estplus grand que
celui de l'Amour. Ils sont tous deux insé-
rés dans un volume intitulé , Divers
Traités d'Histoire , de Morale et d'Elo-
quence , imprimé chés P. Esclassan , laß
1672.
M. Gueret fut recherché par toutes les
Personnes de mérite qui le connoissoient,
Il se maria en 1677. n'étant encore alors
âgé que de 26. ans Il eut de ce Mariage
trois fils , qui sont actuellement vivans ,
BI. Vol.
sçavoirs
1292 MERCURE DE FRANCE
sçavoir , N. P. Gueret , Curé de S. Paul
à Paris , un autre fils , qui a été Grand-
Vicaire de l'Evêque de Rhodez , et un
autre qui est au Service du Roy. Il mou-
rut le 22. Avril 1688. âgé de 47. ans.
On ne sçauroit assés bien exprimer avec
quel aplaudissement lefournal duPalais de
Mrs Blondeau et Gueret , a été reçû dans
le Public ; aussi ce Journal est il beau-
coup au- dessus de toutes les autres Com-
pilations d'Arrêts. Les deux Auteurs n'y
ont admis que les Décisions des plus il
lustres Tribunaux du Royaume ; ils ont
travaillé sur les Memoires des Avocats
qui avoient plaidé ou écrit, et quelquefois
sur les éclaircissemens et les instructions
que les Juges même leur ont donné. Ils
ont choisi les affaires les plus curieuses
et les plus importantes , les faits y sont
raportés clairement et avec ordre ; indé-
pendamment des moyens allegués par les
Défenseurs des Parties , ils ont eux-mê-
mes travaillé toutes les matieres , et les
questions y sont discutées méthodique-
ment et avec beaucoup d'érudition ; on
y trouve des Arrêts de tous les Parlemens
et autres Cours Superieures du Royau-
me , ils sont rangés suivant l'ordre des
dates ; il y en a seulement quelques - uns
dont les dates ne sont pas si certaines ,
II. Vol.
que
JUIN 1737.
1293
que l'on a mis à la fin du second volume ,
en un mot ce Journal est regardé com-
me un chef d'œuvre en ce genre.
Il y
en a déja eu quatre Editions , toutes qua-
tre faites à Paris. La premiere est en 12.
volumes in 4. dont les dix premiers fu-
rent donnés par Mrs Blondeau et Gueret,
conjointement ; sçavoir , le premier en
1672. le second et le troisiéme en 1673.
le quatrième en 1676. le cinquiéme en
1678. le sixième en 1679. le septième en
1681. le huitiéme en 1682. le neuvième
en 1684. le dixième en 1686. les deux
autres volumes furent donnés par M.
Blondeau seul,après la mort de M.Gueret;
sçavoir , le onzième en 1689. et le dou-
ziéme en 1695.
La seconde Edition de 1701. est en
deux volumes in folio. On y ajoûta trois
Tables , l'une des Questions , la seconde
des Matieres , et la troisiéme des noms
des Parties.
La troisiéme Edition de 1713. est aussi
en deux volumes in folio ; le premier
volume contient les Arrêts intervenus
depuis 1660. jusqu'en 1678. le second
contient les Arrêts intervenus depuis
1679. jusqu'en 1700 .
La quatriéme Edition vient de paroî-
tre au commencement de cette année
II. Vol.
1737.
1294 MERCURE DE FRANCE
1737. elle est aussi en deux volumes in
folio et dans le même ordre que la préce
dente , sans aucun changement.
ARRESTS DE M. AUGEAR D
M. Mathieu Augeard , ancien Avocat
au Parlement , reçû le 26. Novembre
1703. a aussi donné au Public un Jour-
nal de Jurisprudence Françoise , qui est
intitulé, Arrêts Notables des differens Tri-
bunaux du Royaume sur plusieurs Questions
importantes de Droit Civil, de Coûtume, de
Discipline Ecclesiastique et de Droit Public.
Il y en a trois volumes in 4. qu'il a
donnés en differens temps ; le premier
en 1710. le second en 1713. et le troisié--
me en 1718. il n'y en a encore eu que
cette Edition .
Le premier volume contient des Ar
rêts intervenus depuis le 29. Mars 1696.
jusqu'au 5. Juin 1709. Le second com-
mence au 15. Juillet 163 1. et finit au´s.
Août 1710. et le troisiéme commence au
25. Janvier 1650. et finit au 14. Août
1710.
Lorsque ce Recueil d'Arrêts parut , il
servoit de Suplément au Journal des
Audiences et à celui du Palais , parce
qu'il commence à peu près où finissoient
ces deux Journaux.
II Vol
L'ev
JUIN.
1737.
129.5
Le dernier tome du Journal des Au-
diences , que M. Nupied a depuis don-
né au Public , forme un Suplément plus
complet pour ces deux Journaux et par-
ticulierement pour le Journal des Aur
diences. Mais comme ce dernier volume
du Journal des Audiences ne comprend
que des Arrêts du Parlement de Paris
et que le Journal du Palais comprend
des Arrêts de toutes les Cours Souverai-
nes du Royaume , le Recueil de M. Au-
geard , qui comprend aussi des Arrêts de
tous les Parlemens , sert encore à cet
égard de Suplément au Journal du Palais.
Le Recueil d'Arrêts de M. Augeard est
utile et estimé ; il y a néanmoins un dé-
faut dans la disposition de cet Ouvrage,
c'est que l'ordre des dates n'y est observé
que pour chaque volume en particulier,
et non par raport aux trois volumes ,
que dans le second et le troisiéme tome
il y a des Arrêts des mêmes années com-
prises dans le premier , et de même par
raport au second volume , ensorte que
pour y trouver un Arrêt dont la date est
entre les années 1696. et 1709. il faut
le chercher dans les trois volumes , par-
ce que dans tous les trois il y a des Ar-
rêts de ces mêmes années ; ce qui vient
de ce que l'Auteur a donné chaque vo-
11. Vol.
et
lunne
1296 MERCURE DE FRANCE
lume à mesure qu'il a eû de la matiere
pour le former , et que quand il a donné
le second et le troisième , il a repassé sur
les temps compris dans le premier et le
second , parce qu'il avoit retrouvé quel-
ques Arrêts des mêmes années qu'il avoit
déja comprises dans le précedent volume.
Il seroit facile de remedier à cet incon-
venient , en refondant les trois volumes.
ensemble et en rangeant les Arrêts exac-
tement suivant leurs dates , lorsqu'on fe-
ra une nouvelle Edition de cet Ouvrage,
qui le mérite bien.
Fermer
7395
p. 1298-1315
VII. LETTRE de M. D. L. R. écrite à M. Maillart, ancien Avocat au Parlement, sur quelques Sujets de Litterature.
Début :
Vous sçavez, Monsieur, que la hardiesse et un esprit de curiosité, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VII. LETTRE de M. D. L. R. écrite à M. Maillart, ancien Avocat au Parlement, sur quelques Sujets de Litterature.
VII. LETTRE de M. D. L. R.
écrite à M. Maillart, ancien Avocat
au Parlement, sur quelques Sujets de
Litterature.
Vous sçavez, Monsieur, que la hardiesse
et un esprit de curiosité,
poussés quelquefois au- delà des bornes ,
II Vol.
for:
JUIN.
1737.
1299 .
font une partie du génie de notre Na-
tion. Les François veulent tout voir ,
tout sçavoir par eux- mêmes , les choses
sur tout qui offrent un grand Spectacle ,
sans s'embarasser du péril , s'il y en a , à
contenter leur curiosité. Jusqu'ici nos
Voyageurs les plus hardis croyoient avoir
beaucoup fait de visiter les principales
Mosquées des grandes Villes de l'Empire
Turc , en prenant les occasions favora-
bles , les précautions nécessaires , dont la
plus indispensable , après la paye de l'In
troducteur , est de ne jamais tenter l'a-
vanture , que lorsque ces Temples sont
déserts,avant ou après le temps de la Prie-
re publique, On sçait ce qui pensa en coû
ter à N. Grelot, Voyageur du Levant des
plusestimables,quand il entreprit de lever
tous les Plans de l'Interieur de sainte So-
phie de Constantinople , et combien il
s'estima heureux d'en être quitte pour
une grêle de coups de Papouches ou Pan-
toufles Turques, et pour un torrent d'in-
jures ; ceremonie avec laquelle il fut re-
reconduit jusqu'à la derniere porte de ce
* Son Livre est intitulé , Relation nouvelle d'un
Voyage de Constantinople , enrichie de Plans , le-
és par l'Auteur , &c. 1. Vol in 4. de 306. pages.
A Paris , chés la veuve de D. Foucault , 1680,
Il est devenu fort rare,
II. Vol.
fameux
1300 MERCURE DE FRANCE
fameux Temple. Il faut lire l'avanture
dans le Livre même , qui est d'ailleurs un
bon Livre.
Mais nous n'avions point encore vû de
François assés hardi , pour ne pas dire
téméraire , pour entreprendre d'entrer
dans le Temple de sainte Sophie , et d'as-
sister à la Priere publique dans une des
plus grandes Solemnités du Mahométis-
me, honorée encore de la présence du G.S.
accompagné de toute sa Cour, &c. C'est
cependant , Monsieur , ce qui est enfin
arrivé , comme vous l'allez voir dans le
Narré qui suit. Je l'ai trouvé parmi les
papiers de feu M. Desroches, qui , com.
me vous sçavez , me sont nouvellement
arrivés de Constantinople. Je n'ai pas be
soin d'autre garant de la vérité du fait ,
étant d'ailleurs déja instruit de ce fait , et
connoissant par moi -même les Acteurs
que je vais mettre sur la Scene. Voici le
Narré en question .
Il y avoit long- temps que nous avions
envie de voir sainte Sophie une des nuits
du Ramazan, Carême des Turcs pendant
qu'on y fait Lakicham Namas , ou la se-
conde Priere du soir. Ce que nous en ra
portoient les Turcs , augmentoit notre
curiosité , et nous n'étions retenus pour
la satisfaire , que par l'impossibilité où
11. Vol.
nous
UIN.
1737.
1301
nous avions été jusqu'ici d'en trouver un
assés hardi pour nous y conduire. Nous
trouvâmes enfin fort heureusement no-
tre fait.Un Jannissaire de nos amis,brave
comme un César , prudent comme un
Ulysse, et sur le tout notre Barbier, s'of-
frit à nous , et nous rendit la chose plus
aisée que nous ne l'avions crû d'abord, en
nous menant souper chés un Grand Sei-
gneur de notre connoissance, qui le prote-
geoit et qui nous donna un homme de
confiance , un Dervich et quatre autres
de ses Gens, afin que nous fussions moins
remarqués dans le nombre.
Après le soupé , et qu'on nous eut don-
né les instructions nécessaires pour faire
la Priere , pour diriger notre marche , en
marchant les pieds cagneux , et pour
quitter , reprendre et porter nos Papou-
ches à l'entrée, à la sortie et pendant que
nous serions dans la Mosquée , nous en
prîmes fort modestement le chemin .
M.... étoit déguisé en habit de Der-
vich , et bien nous en prit. Outre ung
ceinture de cuir
و
relevée d'un gros
bouton de cristal er un prodigieux Čha-
pelet , il affectoit un air de modestie et de
componction qui semble être naturel à
cette espece de Moines. Pour M .... il
avoit caché ses cheveux sous un immense
11. Vol.
Turban
1302 MERCURE DE FRANCE
Turban d'Effendi , et il en avoit pris les
habits ; pour moi , on jugea à ma dé-
marche trop libre que je serois moins
soupçonné , étant habillé en Jannissaire.
Nous nous rendîmes donc en cet équi
page à la Porte de Sainte Sophie.
Il y
avoit ce soir là des Gens du Serrail qui
en défendoient l entrée , parce qu'étant
le dernier Vendredi du Kamazan , et le
Grand Seigneur , et tous les Grands de
l'Empire devant s'y trouver , on y jet-
toit de l'argent au Peuple , de maniere
que le concours y étoit extraordinaire.
Bien nous prit , comme je l'ai déja
dit , que M.... fut habillé en Dervich,
sans cette circonstance nous n'aurions
pas été plus privilegiés que les autres ;
mais comme il étoit à notre tête mar-
motant quelques paroles de l'Alcoran ,
on craignit sans doute de s'attirer la ma-
lediction du Ciel , si on repoussoit un
Dervich si respectable par le sacrifice
qu'il avoit fait à Dieu de sajeunesse. En-
ez , lui dit-on , vous et votre compagnie
dans le Temple de la Sagesse. Le Roy des
Rois est trop juste pour en refuserl'entrée aux
Anges du Seigneur. Il remercia son In-
troducteur en levant les yeux vers le
Ciel, il entra , et nous le suivîmes le plus
modestement qu'il nous fut possible ,
II. Vol.
après
JUIN.
1737.
1303
après avoir quitté nos Papouches à la
Porte ,les avoir prises de la main droite ,
et avoir croisé pardevant nos Pelisses , ou
Robes fourées , de la main gauche.
Nous fumes saisis un instant après
d'admiration et de crainte , car ce ne fut
que lorsque nous nous trouvâmes au mi-
lieu de la Mosquée , exposés à la vûë du
Grand Seigneur , et de tout ce qu'il y a
de plus considerable dans Constantino-
ple , que nous connûmes le peril où no-
tre curiosité nous avoit engagés ; mais
ne pouvant plus reculer , il fallut payer
d'effronterie , et notre Conducteur ayant
commencé de marcher , nous fimes plu-
sieurs tours dans la Mosquée , et dans
les trois Galeries, en quoi, nous nous ex-
posâmes d'autant plus que M..... et
moi , qui n'avions point de moustaches,
étions fort examinés ; nous fûmes ensui-
te nous mettre à genoux les jambes croi-
sées comme les Tailleurs , au milieu de
la Mosquée , où nous eumes le loisir de
satisfaire notre curiosité , et c'est de- là
que je vis les choses que je vais vous ra-
porter.
Le vaste Vaisseau de Sainte Sophie étoit
si fort illuminé qu'il pouvoit y avoir so.
mille Lampions au moins ; mais il n'y
avoit que deux gros Cierges dans le Sanc-
II. Vol.
Ctuaire
1304 MERCURE DE FRANCE
tuaire à côté d'une espece d'Autel, sur
lequel étoit aparamment l'Alcoran , car
j'y vis sur un Pupitre un Livre ouvert ,
écrit à la main , et grand in -folio. La
Chaire du Monfii , ou Premier Ministre
de la Religion , étoit aussi fort illumi
née , et on avoit suspendu vis à vis une
maniere de Lustre dont les Lampions
étoient disposés de maniere qu'ils for-
moient les Caracteres Turcs qui compo-
sent le nom de DIEU. Il y avoit aussi
environ 1000. Tentes , qui contenoient
chacune depuis 3. jusqu'à sept Person-
nes, Elles étoient occupées par des Dé-
vots , entretenus aux dépens de la Mos-
quée , et qui n'en sortoient jamais que
pour des nécessités indispensables. Ils se
relevoient tour à tour pour prier Dieu ;
ce qu'ils faisoient en se dandinant et en
branlant continuellement la tête; ou bien
ils étoient comme ravis en extase ,
en
fixant les yeux sur quelque objer. Outre
ceux-ci , on voyoit encore des Santons
ou especes d'Hermites , distribués en dif-
ferens Endroits , et qui rencherissent par
la bizarrerie de leu.s habits , ou par l'ex-
travagance de leurs postures , sur nos
Arlequins Ici , l'un écumoit à force d'a-
voir prononcé avec vehemence , et du
fond de la poitrine, le mot Allah , DIEU.
11. Vol,
Là
JUIN.
1737.
1305
Là, on en voyoit un autre qui , les bras
aussi étendus qu'il pouvoit , regardoit
vers le Ciel d'un oeil menaçant. Ailleurs,
l'un avoit la tête baissée , les bras croisés
sur sa poitrine , et la vûë fixée à terre ;
Plus loin , un autre apuyé contre une
colonne ,s'occupoit à baiser humblement
les pieds et le bas de la Robe de ceux qui
passoient. Enfin il y avoit tant de pos-
tures et d'attitudes differentes , qu'il fau-
droit un Livre entier pour en décrire la´
varieté et le ridicule , ou pour mieux di-
re , il faut les voit pour s'en faire une
juste idée.
Mais le moment de la Priere étant ve-
nu , le Moufti , du haut de sa Chaire
fut le premier à la commencer. Le Grand
Seigneur , accompagné du Selictar , ou
Grand Ecuyer , du Kislar Agassi , Chef
des Eunuques noirs , et du Kapon Agas-
si, Chef des Eunuques blancs, le suivit,
et tout le Monde se prépara a l'imiter.
Ensuite de quoi un cri terrible de toute
l'Assemblée , qui fit retentir la voûte, et
nous surprit d'autant plus que nous n'y
étions pas préparés , en annonça le com-
mencement.
Alors nous mîmes en pratique les le-
çons qu'on nous avoit données , et nous
nous en acquitâmes si bien , que ceux
11, Vol.
Cap 15
'qu'
11300
qui nous avoient peut-être soupçonnés
de n'être point Turcs , s'en repentirent
interieurement , et quelques-uns même
sortirent de la Mosquée pour s'aller pur-
ger par une ablution du peché , qu'ils
croyoient avoir commis , par ce doute ;
du moins un Effendi , ou Homme de
Loy , à qui nous en avons parlé depuis ,
nous a-t-il confirmés dans cette pensée,
Mais comme nous étions dans le fort
et dans la chaleur de la Priere , que nous
nous prosternions plusieurs fois à terre
nous relevant toujours la face tournée
vers l'Orient , tant de mouvemens , qui
tenoient un peu de la convulsion , firent
délier la Sesse du Turban de M....
il y porta d'abord les mains pour la ra-
commoder , mais tous les differens tours
qu'il faut faire avec cette Mousseline
l'embarassant , il n'en put venir à bout.
D'un autre côté nous n'osions interom-
pre notre prétendue Priere pour l'aider ,
ce qui nous jettoit dans une situation ter-
rible , aprehendant toujours que ses che-
veux , en se découvrant, ne nous décou-
vrissent aussi.Heureusement un Homme
de Loy , qui étoit derriere lui , nous tira
de cet embaras , en la lui racommodant
charitablement. La Sesse est une piece de
Mousseline qui forme le Turban par ses
differens tours &c.
Echapés
JUIN 1737.
1307
Echapés que nous fumes de ce danger,
nous en courûmes un bien plus grand.
Ce fut en sortant de la Mosquée , que
le Grand Visir , sans autre suite que cel-
de quatre Hassekis , ou Chefs d'une Bri
gade de Bostangis , dont deux portoient
de grands fanaux , se trouva , sans que
personne s'en fût aperçu , au milieu de
nous. Cet aspect nous troubla ; les Turcs
même , qui étoient avec nous , en furent
effrayés ; et , pour dire la verité , nous
ne faisions pas trop bonne contenance
lorsque le Grand Visir fit arrêter ses Gens,
et après nous avoir examiné des pieds
jusqu'à la tête ' , mais particulierement
M.... il demanda tout haut à un de
ceux qui le suivoient , s'il ne connoissoit
pas ce Dervich ? Celui- ci lui ayant ré-
pondu que non : Sifait bien moi , repli-
qua le Visir , je le connois , et sa phisiono-
mie ne me trompe pas. Après quoi il con
tinua son chemin , et nous gagnâmes
au plus vite une des Portes de la Mos-
quée.
Le dessein qué nous avions d'abord
projetté d'aller à celle de Sultan Achmet,
n'eut point lieu. Nous étions trop allar-
més pour affronter de nouveaux dangers ;
nous sortimes donc de Sainte Sophie ,
dans la resolution de nous en retourner,
11. Vol.
Cij
et
1308 MERCURE DE FRANCE
et pour cet effet nous prîmes le chemin
de l'Echelle de Bakché Kapoussi, ou Por-
te du Jardin , mais nous n'étions pas
quittes de toutes nos frayeurs. Des Bos-
tangis , Gardes des Maisons Royales
,
que nous trouvions dans tous les coins
des rues où nous passions , et qui nous
suivcient , en observant nos démarches,
les augmentelent. Nous doublâmes pour-
tant si bien le pas , que nous gagnâmes
P'Echelle,et nous nous embarquâmes tous
dans un même Caïque , sans que person-
ne y mit aucune oposition . Nous ordon-
nâmes à nos Bâteliers de nous conduire
à Tophana , ou à l'Arsenal , et nous
étions prêts d'aborder à cette derniere
Echelle , lorsqu'un Bâteau de 7. paires
de rames vint sur nous. Nous n'avions
pas encore eu le temps de nous recon-
noître qu'il nous aborda , et deux Per-
sonnes , l'une desquelles étoit le Reïs, ou
Patron du Bâteau du Grand Visir , et
l'autre un Eunuque de ce Ministre , sau-
terent dans notre Caïque , et penserent
le renverser. Nous ne sçavions ce qu'ils
vouloient , ni de la part de qui ils ve-
noient , mais comme nous étions abîmés
dans nos réflexions , et que nous crai-
gnions d'ailleurs de nous découvrir , si
nous parlions, personne n'en cut le cou
II. Vol.
rage
JUIN.
1737.
tage, et nous les laissâmes faire.
coup d'attention , Mrs ...
1309
Ils examinerent d'abord , avec beau-
mais
quand ils furent venus à moi , ( c'est jus-
tement , dirent-ils , l'Homme que nous
cherchons. ) Comment , Coquin , con-
tinuerent- ils , mener des Femmes dégui-
sées , et en temps de Ramazan , allons ,
il faut venir chés le Grand Visir. A ce
mot de Femmes , qui nous fit connoître
qu'on nous prenoit pour des Turcs ,
nous fumes tout rassurés. Nos Turcs ce-
pendant y regardant de plus près , et
voyant bien que je n'avois point de che-
veux , mais bien du poil au menton
nous firent des excuses de leur méprise ,
et s'en retournerent heureusement pour
eux , car il étoit déja accouru plus de
·500. Topdgis , ou Canoniers , à l'Echelle
de Tophana , qui se seroient jettés à la
la Mer pour nous secourir à la moindre
insulte qu'on nous auroit faire , nous
prenant pour être de leurs Camarades ,
parce que l'Homme de confiance que
nous avions avec nous, et dont ils avoient.
entendu la voix , étoit effectivement un
de leurs Officiers ; ce fut- là , Dieu mer
ci, le dernier des perils que nous coûtu-
mes; nous mîmes pied à terre,et nous nous
retirâmes sains et saufs chacun chés soi ,
II. Vol.
Ciiij
bien
1310 MERCURE DE FRANCE
blen-heureux d'en avoir été quittes pour
la peur, car si on nous eut reconnu quand
nous étions dans Sainte Sophie , ou la
Populace nous auroit assommés sur le
champ , ou si nous étions échapés de ses
mains , il n'y avoit toujours qu'à choisir,
ou de perdre la tête , ou de se faire
Mahometan .
La réflexion qu'il est naturel de faire
sur les differens dangers que nous cou-
rumes , c'est que le Grand Visir
qui
reconnut sans doute M..... comme
ayant été un Drogman , ou Interprete ,
fort employé sous M. le Marquis de …… .
voulut seulement lui faire peur , lors-
qu'il dit tout haut qu'il le connoissoit
bien ; et qu'il passa outre ; et que les
Bostangis , que nous trouvions dans les
ruës , et qui nous examinoient tant ,
avoient effectivement été postés pour em
pêcher qu'il ne se glissât des Femmes dé-
guisées dans la Mosquée , comme cela
arrive quelquefois; et qu'ils ne nous sui-
virent que parce qu'à notre démarche
embarassée , ils crurent qu'il y en avoit
parmi nous , ce qui les engagea à en-
voyer un Caïque après le nôtre , pour
éclaircir leurs soupçons.
A ce recit, qui ne vous aura sans dou
te point ennuyé, trouvez bon, Monsieur,
II. Vol..
que
JUIN.
1737
1312
que j'ajoûte deux ou trois Observations,
La premiere est que M. Desroches n'é-
toit point de cette Partie , et qu'il n'y a
eu d'autre part que celle de la Narration
abregée , et mise dans le stile que vous
venez de voir , d'après un Mémoire plus
ample donné par ces Messieurs.
Ces derniers risquerent assurément
beaucoup , mais ils étoient jeunes , et
curieux. On doit dans la rencontre du
Grand Visir considerer particulierement
la bonté , ou plûtôt la prudence et la po-
litique de ce Premier Ministre , qui re
connut aisément une Personne qu'il
voyoit souvent dans son Palais , mais qui
aima mieux dissimuler que de faire une
affaire d'éclat et de Religion' , dont les
suites pouvoient être fâcheuses , & c.
Passons à un autre sujet.Vous sçavez,
par ma derniere lettre , que sous l'Am-
bassade du Vicomte d'Andrezel , Mon-
sieur Desroches fut chargé d'une Com-
mission importante pour l'Echelle de Sa
lonique , et que cette Ville , autrefois cé-
lebre sous le nom de Tessalonique , est
encore la Capitale de toute la Macedoi-
ne. Notre Ami , en partant de Constan-
tinople , s'étoit bien proposé de profiter
de l'occasion , pour parcourir toute cette
grande Province , à l'avantage de la Lit-
II. Vola
Cv terature,
1312 MERCURE DE FRANCE
terature , et sur tout de l'Antiquariat.
C'est ce qu'il me paroît avoir très bien
execute;car dans le triage et dans l'arran-
gement que j'ai faitde ses Papiers j'ai trou
vé de quoi remplir un Porte- feüille en-
tier de toutes sesObservations &c, surSa
lonique et la Macedoine. J'ai mis à la tête
de tout ce Recueil le Passeport original ,
écrit en Turc du Pacha , Gouverneur de
la Province , qui étoit alors à Constanti-
Rople , et dont M. D. R. trouva à pro-
pos de se munir avant son départ. Com-
me cette Piece peut avoir sa curiosité , et
que je présume que vous n'en avez pas
encore vû de cette espece , en voici une
Traduction exacte:
PASSE PORT du Pacha
de Salonique.
A tous les Docteurs, Grands Etendars
de la Loy, Modeles des Vertus, Seigneurs
Cadis , qui sont en Charge depuis le
Seuil de Félicité jusqu'à Salonique, que
vos vertus soyent multipliées , et vous
la gloire et l'ornement de vos égaux ; les
Commandans des Janissaires , Grands
Officiers des Provinces , et Autres qu'il
apartiendra , qui sont sur la même rou-
te que vos Dignités soyent augmentées..
2
La Cour du Grand Seigneur.
Iilt Vol..
Nous
JUIN.
1737
7313'
Nous vous faisons sçavoir que le Gentil-
homme , Porteur de ce present Ordre ,
nommé Pierre Desroches , l'un des Offi-
Hers de l'Ambassadeur de Francé au même
Seüil de Félicité, étant obligé d'aller à Sa-
lonique pour quelques affaires,après la fin
desquelles il doit revenir ici , ledit Ordre:
lui a été expedié, afin que, lorsqu'il vous
sera presenté,vous aportiez tous vos soins'
à empêcher quesur toute la route, tant en
allant qu'en revenant , personne ne l'in-
quiete ; ni le fasse inquieter, qu'il fut soit
au contraire donné toute liberté d'aller et
de venir en sûreté , ainsi qu'aux trois
Domestiques qui sont à sa suite , et au
Janissaire qui l'accompagne pour sa gare
de. C'est ce que nous esperons de vos.
soins et de vos attentions , qui doivent
contribuer à son heureux voyage. Don-
né le 26. de la Lune de Rebiuleuvel , l'An
1139. C'est-à- dire le zo . Novembre 1726.
Les mots suivans sont écrits dans le
Sceau du Pacha , qui se nomme Maho
met, dont l'empreinte est sur l'Origi
nal : Vous êtes le Dispensateur des secours
que vous accordez à Mahomet dans son
Etat et dans le temps.
Je finirai ma Lettre par un échantil-
lon de la curiosité et de la sagacité de
M. Desroches , en raportant ici l'une des
II. Vol
Cvj
Inscrip
1314 MERCURE DE FRANCE
Inscriptions Grecques qu'il a recueillies
dans ce voyage , telle que je la trouve en
ouvrant au hazard le Porte - feuille en
question , accompagnée d'un petit Cont
mentaire de sa façon.
ΠΟΛΕΙΤΑΡΧΟΥΝΤΩΝ, ΣΩΣΙΠΑΤΡΟΥ,
ΤΟΥ , ΚΛΕΟΠΑΤΡΑΣ , ΚΑΙ , ΛΟΥΚΙΟΥ,
ΠΟΝΤΙΟΥ , ΣΕΚΟ ΔΟΥΙΟΥ , ΑΥΟΥ ,
ΛΟΥΙΟΝ , ΣΑΒΕΙΝΟΥ , ΔΗΜΗΤΡΙΟΥ
ΤΟΥ , ΦΑΥΣΤΟΥ , ΔΗΜΗΤΡΙΟΥ , ΤΟΥ
ΝΕΙΚΟΠΟΛΕΟΣ , ΖΟΛΟΥ ΤΟΥ , ΠΑΡΜΕ
,
ΝΙΟΝΟΣ, ΤΟΥ , ΚΑΙΜΕΝΙΣΚΟΥ, ΓΑΛΟΥ ,
ΑΤΙΛΛΗΙΟΥ , ΠΟΤΕΙΤΟΥ , ΤΑΜΙΟΥ ,
ΤΗΣ,ΠΟΛΕΟΣ, ΤΑΙΡΟΥ , ΤΟΥ ΑΜΜΙΑΣ ,
ΤΟΥ , ΚΑΙΡΙΛΟΥ , ΓΥΜΝΑΣΙΑΡΚΟΥΝ
ΤΟΣ , ΤΑΙΡΟΥ , ΤΟΥ , ΚΑΙ ΡΗΓΛΟΥ .
En entrant à Salonique par la Porte
du Verdar, ) c'est M. Desroches qui par
le ) on trouve à droite sur le Jambage
de la seconde Porte , car il y en a deux ,
une grande Pierre avec l'Inscription cy-
dessus , à laquelle il ne manquoit rien ,.
du moins à ce qu'il m'a paru , et que j'at
copiée lettre pour lettre , et ligne pour
ligne. Cette Inscription ne contenant
presque que des noms propres , il est
difficile d'en tirer un sens bien clair :
mais ce que je vais ajoûter servira peut-
être à fonder quelques conjectures. Sur .
II. Vol .
BAG
JUIN
1737.
1315
une autre Pierre de ce même Jambage ,
du côté qui est en face quand on entre
›
il y a unCheval qu'un jeune Garçon tient
par la bride , et un Homme debout qui
paroît s'apuyer du dos contre ce Cheval:
.
et sur l'autre Jambage de cette Porte il
y a précisément les mêmes figures posées
en symétrie, à la même hauteur ; c'est
à - dire , environ à trois pieds de terre :
et toutes ces Figures , quoique mutilées,
font encore voir qu'elles ne sont pas sor-
ties d'une mauvaise main. Peut être y
avoit il autrefois à cette Porte , ou aux
environs , quelque Place , où quelque-
Lieu pour l'exercice des Chevaux com-
me le mot de ΓΥΜΝΑΣΙΑΡΚΟΥΝΤΟΣ
semble l'insinuer , et que tous ceux dont
les noms sont cités dans cette Inscrip
tion s'y étoient distingués , & c.
Je suis , Monsieur , & c.
écrite à M. Maillart, ancien Avocat
au Parlement, sur quelques Sujets de
Litterature.
Vous sçavez, Monsieur, que la hardiesse
et un esprit de curiosité,
poussés quelquefois au- delà des bornes ,
II Vol.
for:
JUIN.
1737.
1299 .
font une partie du génie de notre Na-
tion. Les François veulent tout voir ,
tout sçavoir par eux- mêmes , les choses
sur tout qui offrent un grand Spectacle ,
sans s'embarasser du péril , s'il y en a , à
contenter leur curiosité. Jusqu'ici nos
Voyageurs les plus hardis croyoient avoir
beaucoup fait de visiter les principales
Mosquées des grandes Villes de l'Empire
Turc , en prenant les occasions favora-
bles , les précautions nécessaires , dont la
plus indispensable , après la paye de l'In
troducteur , est de ne jamais tenter l'a-
vanture , que lorsque ces Temples sont
déserts,avant ou après le temps de la Prie-
re publique, On sçait ce qui pensa en coû
ter à N. Grelot, Voyageur du Levant des
plusestimables,quand il entreprit de lever
tous les Plans de l'Interieur de sainte So-
phie de Constantinople , et combien il
s'estima heureux d'en être quitte pour
une grêle de coups de Papouches ou Pan-
toufles Turques, et pour un torrent d'in-
jures ; ceremonie avec laquelle il fut re-
reconduit jusqu'à la derniere porte de ce
* Son Livre est intitulé , Relation nouvelle d'un
Voyage de Constantinople , enrichie de Plans , le-
és par l'Auteur , &c. 1. Vol in 4. de 306. pages.
A Paris , chés la veuve de D. Foucault , 1680,
Il est devenu fort rare,
II. Vol.
fameux
1300 MERCURE DE FRANCE
fameux Temple. Il faut lire l'avanture
dans le Livre même , qui est d'ailleurs un
bon Livre.
Mais nous n'avions point encore vû de
François assés hardi , pour ne pas dire
téméraire , pour entreprendre d'entrer
dans le Temple de sainte Sophie , et d'as-
sister à la Priere publique dans une des
plus grandes Solemnités du Mahométis-
me, honorée encore de la présence du G.S.
accompagné de toute sa Cour, &c. C'est
cependant , Monsieur , ce qui est enfin
arrivé , comme vous l'allez voir dans le
Narré qui suit. Je l'ai trouvé parmi les
papiers de feu M. Desroches, qui , com.
me vous sçavez , me sont nouvellement
arrivés de Constantinople. Je n'ai pas be
soin d'autre garant de la vérité du fait ,
étant d'ailleurs déja instruit de ce fait , et
connoissant par moi -même les Acteurs
que je vais mettre sur la Scene. Voici le
Narré en question .
Il y avoit long- temps que nous avions
envie de voir sainte Sophie une des nuits
du Ramazan, Carême des Turcs pendant
qu'on y fait Lakicham Namas , ou la se-
conde Priere du soir. Ce que nous en ra
portoient les Turcs , augmentoit notre
curiosité , et nous n'étions retenus pour
la satisfaire , que par l'impossibilité où
11. Vol.
nous
UIN.
1737.
1301
nous avions été jusqu'ici d'en trouver un
assés hardi pour nous y conduire. Nous
trouvâmes enfin fort heureusement no-
tre fait.Un Jannissaire de nos amis,brave
comme un César , prudent comme un
Ulysse, et sur le tout notre Barbier, s'of-
frit à nous , et nous rendit la chose plus
aisée que nous ne l'avions crû d'abord, en
nous menant souper chés un Grand Sei-
gneur de notre connoissance, qui le prote-
geoit et qui nous donna un homme de
confiance , un Dervich et quatre autres
de ses Gens, afin que nous fussions moins
remarqués dans le nombre.
Après le soupé , et qu'on nous eut don-
né les instructions nécessaires pour faire
la Priere , pour diriger notre marche , en
marchant les pieds cagneux , et pour
quitter , reprendre et porter nos Papou-
ches à l'entrée, à la sortie et pendant que
nous serions dans la Mosquée , nous en
prîmes fort modestement le chemin .
M.... étoit déguisé en habit de Der-
vich , et bien nous en prit. Outre ung
ceinture de cuir
و
relevée d'un gros
bouton de cristal er un prodigieux Čha-
pelet , il affectoit un air de modestie et de
componction qui semble être naturel à
cette espece de Moines. Pour M .... il
avoit caché ses cheveux sous un immense
11. Vol.
Turban
1302 MERCURE DE FRANCE
Turban d'Effendi , et il en avoit pris les
habits ; pour moi , on jugea à ma dé-
marche trop libre que je serois moins
soupçonné , étant habillé en Jannissaire.
Nous nous rendîmes donc en cet équi
page à la Porte de Sainte Sophie.
Il y
avoit ce soir là des Gens du Serrail qui
en défendoient l entrée , parce qu'étant
le dernier Vendredi du Kamazan , et le
Grand Seigneur , et tous les Grands de
l'Empire devant s'y trouver , on y jet-
toit de l'argent au Peuple , de maniere
que le concours y étoit extraordinaire.
Bien nous prit , comme je l'ai déja
dit , que M.... fut habillé en Dervich,
sans cette circonstance nous n'aurions
pas été plus privilegiés que les autres ;
mais comme il étoit à notre tête mar-
motant quelques paroles de l'Alcoran ,
on craignit sans doute de s'attirer la ma-
lediction du Ciel , si on repoussoit un
Dervich si respectable par le sacrifice
qu'il avoit fait à Dieu de sajeunesse. En-
ez , lui dit-on , vous et votre compagnie
dans le Temple de la Sagesse. Le Roy des
Rois est trop juste pour en refuserl'entrée aux
Anges du Seigneur. Il remercia son In-
troducteur en levant les yeux vers le
Ciel, il entra , et nous le suivîmes le plus
modestement qu'il nous fut possible ,
II. Vol.
après
JUIN.
1737.
1303
après avoir quitté nos Papouches à la
Porte ,les avoir prises de la main droite ,
et avoir croisé pardevant nos Pelisses , ou
Robes fourées , de la main gauche.
Nous fumes saisis un instant après
d'admiration et de crainte , car ce ne fut
que lorsque nous nous trouvâmes au mi-
lieu de la Mosquée , exposés à la vûë du
Grand Seigneur , et de tout ce qu'il y a
de plus considerable dans Constantino-
ple , que nous connûmes le peril où no-
tre curiosité nous avoit engagés ; mais
ne pouvant plus reculer , il fallut payer
d'effronterie , et notre Conducteur ayant
commencé de marcher , nous fimes plu-
sieurs tours dans la Mosquée , et dans
les trois Galeries, en quoi, nous nous ex-
posâmes d'autant plus que M..... et
moi , qui n'avions point de moustaches,
étions fort examinés ; nous fûmes ensui-
te nous mettre à genoux les jambes croi-
sées comme les Tailleurs , au milieu de
la Mosquée , où nous eumes le loisir de
satisfaire notre curiosité , et c'est de- là
que je vis les choses que je vais vous ra-
porter.
Le vaste Vaisseau de Sainte Sophie étoit
si fort illuminé qu'il pouvoit y avoir so.
mille Lampions au moins ; mais il n'y
avoit que deux gros Cierges dans le Sanc-
II. Vol.
Ctuaire
1304 MERCURE DE FRANCE
tuaire à côté d'une espece d'Autel, sur
lequel étoit aparamment l'Alcoran , car
j'y vis sur un Pupitre un Livre ouvert ,
écrit à la main , et grand in -folio. La
Chaire du Monfii , ou Premier Ministre
de la Religion , étoit aussi fort illumi
née , et on avoit suspendu vis à vis une
maniere de Lustre dont les Lampions
étoient disposés de maniere qu'ils for-
moient les Caracteres Turcs qui compo-
sent le nom de DIEU. Il y avoit aussi
environ 1000. Tentes , qui contenoient
chacune depuis 3. jusqu'à sept Person-
nes, Elles étoient occupées par des Dé-
vots , entretenus aux dépens de la Mos-
quée , et qui n'en sortoient jamais que
pour des nécessités indispensables. Ils se
relevoient tour à tour pour prier Dieu ;
ce qu'ils faisoient en se dandinant et en
branlant continuellement la tête; ou bien
ils étoient comme ravis en extase ,
en
fixant les yeux sur quelque objer. Outre
ceux-ci , on voyoit encore des Santons
ou especes d'Hermites , distribués en dif-
ferens Endroits , et qui rencherissent par
la bizarrerie de leu.s habits , ou par l'ex-
travagance de leurs postures , sur nos
Arlequins Ici , l'un écumoit à force d'a-
voir prononcé avec vehemence , et du
fond de la poitrine, le mot Allah , DIEU.
11. Vol,
Là
JUIN.
1737.
1305
Là, on en voyoit un autre qui , les bras
aussi étendus qu'il pouvoit , regardoit
vers le Ciel d'un oeil menaçant. Ailleurs,
l'un avoit la tête baissée , les bras croisés
sur sa poitrine , et la vûë fixée à terre ;
Plus loin , un autre apuyé contre une
colonne ,s'occupoit à baiser humblement
les pieds et le bas de la Robe de ceux qui
passoient. Enfin il y avoit tant de pos-
tures et d'attitudes differentes , qu'il fau-
droit un Livre entier pour en décrire la´
varieté et le ridicule , ou pour mieux di-
re , il faut les voit pour s'en faire une
juste idée.
Mais le moment de la Priere étant ve-
nu , le Moufti , du haut de sa Chaire
fut le premier à la commencer. Le Grand
Seigneur , accompagné du Selictar , ou
Grand Ecuyer , du Kislar Agassi , Chef
des Eunuques noirs , et du Kapon Agas-
si, Chef des Eunuques blancs, le suivit,
et tout le Monde se prépara a l'imiter.
Ensuite de quoi un cri terrible de toute
l'Assemblée , qui fit retentir la voûte, et
nous surprit d'autant plus que nous n'y
étions pas préparés , en annonça le com-
mencement.
Alors nous mîmes en pratique les le-
çons qu'on nous avoit données , et nous
nous en acquitâmes si bien , que ceux
11, Vol.
Cap 15
'qu'
11300
qui nous avoient peut-être soupçonnés
de n'être point Turcs , s'en repentirent
interieurement , et quelques-uns même
sortirent de la Mosquée pour s'aller pur-
ger par une ablution du peché , qu'ils
croyoient avoir commis , par ce doute ;
du moins un Effendi , ou Homme de
Loy , à qui nous en avons parlé depuis ,
nous a-t-il confirmés dans cette pensée,
Mais comme nous étions dans le fort
et dans la chaleur de la Priere , que nous
nous prosternions plusieurs fois à terre
nous relevant toujours la face tournée
vers l'Orient , tant de mouvemens , qui
tenoient un peu de la convulsion , firent
délier la Sesse du Turban de M....
il y porta d'abord les mains pour la ra-
commoder , mais tous les differens tours
qu'il faut faire avec cette Mousseline
l'embarassant , il n'en put venir à bout.
D'un autre côté nous n'osions interom-
pre notre prétendue Priere pour l'aider ,
ce qui nous jettoit dans une situation ter-
rible , aprehendant toujours que ses che-
veux , en se découvrant, ne nous décou-
vrissent aussi.Heureusement un Homme
de Loy , qui étoit derriere lui , nous tira
de cet embaras , en la lui racommodant
charitablement. La Sesse est une piece de
Mousseline qui forme le Turban par ses
differens tours &c.
Echapés
JUIN 1737.
1307
Echapés que nous fumes de ce danger,
nous en courûmes un bien plus grand.
Ce fut en sortant de la Mosquée , que
le Grand Visir , sans autre suite que cel-
de quatre Hassekis , ou Chefs d'une Bri
gade de Bostangis , dont deux portoient
de grands fanaux , se trouva , sans que
personne s'en fût aperçu , au milieu de
nous. Cet aspect nous troubla ; les Turcs
même , qui étoient avec nous , en furent
effrayés ; et , pour dire la verité , nous
ne faisions pas trop bonne contenance
lorsque le Grand Visir fit arrêter ses Gens,
et après nous avoir examiné des pieds
jusqu'à la tête ' , mais particulierement
M.... il demanda tout haut à un de
ceux qui le suivoient , s'il ne connoissoit
pas ce Dervich ? Celui- ci lui ayant ré-
pondu que non : Sifait bien moi , repli-
qua le Visir , je le connois , et sa phisiono-
mie ne me trompe pas. Après quoi il con
tinua son chemin , et nous gagnâmes
au plus vite une des Portes de la Mos-
quée.
Le dessein qué nous avions d'abord
projetté d'aller à celle de Sultan Achmet,
n'eut point lieu. Nous étions trop allar-
més pour affronter de nouveaux dangers ;
nous sortimes donc de Sainte Sophie ,
dans la resolution de nous en retourner,
11. Vol.
Cij
et
1308 MERCURE DE FRANCE
et pour cet effet nous prîmes le chemin
de l'Echelle de Bakché Kapoussi, ou Por-
te du Jardin , mais nous n'étions pas
quittes de toutes nos frayeurs. Des Bos-
tangis , Gardes des Maisons Royales
,
que nous trouvions dans tous les coins
des rues où nous passions , et qui nous
suivcient , en observant nos démarches,
les augmentelent. Nous doublâmes pour-
tant si bien le pas , que nous gagnâmes
P'Echelle,et nous nous embarquâmes tous
dans un même Caïque , sans que person-
ne y mit aucune oposition . Nous ordon-
nâmes à nos Bâteliers de nous conduire
à Tophana , ou à l'Arsenal , et nous
étions prêts d'aborder à cette derniere
Echelle , lorsqu'un Bâteau de 7. paires
de rames vint sur nous. Nous n'avions
pas encore eu le temps de nous recon-
noître qu'il nous aborda , et deux Per-
sonnes , l'une desquelles étoit le Reïs, ou
Patron du Bâteau du Grand Visir , et
l'autre un Eunuque de ce Ministre , sau-
terent dans notre Caïque , et penserent
le renverser. Nous ne sçavions ce qu'ils
vouloient , ni de la part de qui ils ve-
noient , mais comme nous étions abîmés
dans nos réflexions , et que nous crai-
gnions d'ailleurs de nous découvrir , si
nous parlions, personne n'en cut le cou
II. Vol.
rage
JUIN.
1737.
tage, et nous les laissâmes faire.
coup d'attention , Mrs ...
1309
Ils examinerent d'abord , avec beau-
mais
quand ils furent venus à moi , ( c'est jus-
tement , dirent-ils , l'Homme que nous
cherchons. ) Comment , Coquin , con-
tinuerent- ils , mener des Femmes dégui-
sées , et en temps de Ramazan , allons ,
il faut venir chés le Grand Visir. A ce
mot de Femmes , qui nous fit connoître
qu'on nous prenoit pour des Turcs ,
nous fumes tout rassurés. Nos Turcs ce-
pendant y regardant de plus près , et
voyant bien que je n'avois point de che-
veux , mais bien du poil au menton
nous firent des excuses de leur méprise ,
et s'en retournerent heureusement pour
eux , car il étoit déja accouru plus de
·500. Topdgis , ou Canoniers , à l'Echelle
de Tophana , qui se seroient jettés à la
la Mer pour nous secourir à la moindre
insulte qu'on nous auroit faire , nous
prenant pour être de leurs Camarades ,
parce que l'Homme de confiance que
nous avions avec nous, et dont ils avoient.
entendu la voix , étoit effectivement un
de leurs Officiers ; ce fut- là , Dieu mer
ci, le dernier des perils que nous coûtu-
mes; nous mîmes pied à terre,et nous nous
retirâmes sains et saufs chacun chés soi ,
II. Vol.
Ciiij
bien
1310 MERCURE DE FRANCE
blen-heureux d'en avoir été quittes pour
la peur, car si on nous eut reconnu quand
nous étions dans Sainte Sophie , ou la
Populace nous auroit assommés sur le
champ , ou si nous étions échapés de ses
mains , il n'y avoit toujours qu'à choisir,
ou de perdre la tête , ou de se faire
Mahometan .
La réflexion qu'il est naturel de faire
sur les differens dangers que nous cou-
rumes , c'est que le Grand Visir
qui
reconnut sans doute M..... comme
ayant été un Drogman , ou Interprete ,
fort employé sous M. le Marquis de …… .
voulut seulement lui faire peur , lors-
qu'il dit tout haut qu'il le connoissoit
bien ; et qu'il passa outre ; et que les
Bostangis , que nous trouvions dans les
ruës , et qui nous examinoient tant ,
avoient effectivement été postés pour em
pêcher qu'il ne se glissât des Femmes dé-
guisées dans la Mosquée , comme cela
arrive quelquefois; et qu'ils ne nous sui-
virent que parce qu'à notre démarche
embarassée , ils crurent qu'il y en avoit
parmi nous , ce qui les engagea à en-
voyer un Caïque après le nôtre , pour
éclaircir leurs soupçons.
A ce recit, qui ne vous aura sans dou
te point ennuyé, trouvez bon, Monsieur,
II. Vol..
que
JUIN.
1737
1312
que j'ajoûte deux ou trois Observations,
La premiere est que M. Desroches n'é-
toit point de cette Partie , et qu'il n'y a
eu d'autre part que celle de la Narration
abregée , et mise dans le stile que vous
venez de voir , d'après un Mémoire plus
ample donné par ces Messieurs.
Ces derniers risquerent assurément
beaucoup , mais ils étoient jeunes , et
curieux. On doit dans la rencontre du
Grand Visir considerer particulierement
la bonté , ou plûtôt la prudence et la po-
litique de ce Premier Ministre , qui re
connut aisément une Personne qu'il
voyoit souvent dans son Palais , mais qui
aima mieux dissimuler que de faire une
affaire d'éclat et de Religion' , dont les
suites pouvoient être fâcheuses , & c.
Passons à un autre sujet.Vous sçavez,
par ma derniere lettre , que sous l'Am-
bassade du Vicomte d'Andrezel , Mon-
sieur Desroches fut chargé d'une Com-
mission importante pour l'Echelle de Sa
lonique , et que cette Ville , autrefois cé-
lebre sous le nom de Tessalonique , est
encore la Capitale de toute la Macedoi-
ne. Notre Ami , en partant de Constan-
tinople , s'étoit bien proposé de profiter
de l'occasion , pour parcourir toute cette
grande Province , à l'avantage de la Lit-
II. Vola
Cv terature,
1312 MERCURE DE FRANCE
terature , et sur tout de l'Antiquariat.
C'est ce qu'il me paroît avoir très bien
execute;car dans le triage et dans l'arran-
gement que j'ai faitde ses Papiers j'ai trou
vé de quoi remplir un Porte- feüille en-
tier de toutes sesObservations &c, surSa
lonique et la Macedoine. J'ai mis à la tête
de tout ce Recueil le Passeport original ,
écrit en Turc du Pacha , Gouverneur de
la Province , qui étoit alors à Constanti-
Rople , et dont M. D. R. trouva à pro-
pos de se munir avant son départ. Com-
me cette Piece peut avoir sa curiosité , et
que je présume que vous n'en avez pas
encore vû de cette espece , en voici une
Traduction exacte:
PASSE PORT du Pacha
de Salonique.
A tous les Docteurs, Grands Etendars
de la Loy, Modeles des Vertus, Seigneurs
Cadis , qui sont en Charge depuis le
Seuil de Félicité jusqu'à Salonique, que
vos vertus soyent multipliées , et vous
la gloire et l'ornement de vos égaux ; les
Commandans des Janissaires , Grands
Officiers des Provinces , et Autres qu'il
apartiendra , qui sont sur la même rou-
te que vos Dignités soyent augmentées..
2
La Cour du Grand Seigneur.
Iilt Vol..
Nous
JUIN.
1737
7313'
Nous vous faisons sçavoir que le Gentil-
homme , Porteur de ce present Ordre ,
nommé Pierre Desroches , l'un des Offi-
Hers de l'Ambassadeur de Francé au même
Seüil de Félicité, étant obligé d'aller à Sa-
lonique pour quelques affaires,après la fin
desquelles il doit revenir ici , ledit Ordre:
lui a été expedié, afin que, lorsqu'il vous
sera presenté,vous aportiez tous vos soins'
à empêcher quesur toute la route, tant en
allant qu'en revenant , personne ne l'in-
quiete ; ni le fasse inquieter, qu'il fut soit
au contraire donné toute liberté d'aller et
de venir en sûreté , ainsi qu'aux trois
Domestiques qui sont à sa suite , et au
Janissaire qui l'accompagne pour sa gare
de. C'est ce que nous esperons de vos.
soins et de vos attentions , qui doivent
contribuer à son heureux voyage. Don-
né le 26. de la Lune de Rebiuleuvel , l'An
1139. C'est-à- dire le zo . Novembre 1726.
Les mots suivans sont écrits dans le
Sceau du Pacha , qui se nomme Maho
met, dont l'empreinte est sur l'Origi
nal : Vous êtes le Dispensateur des secours
que vous accordez à Mahomet dans son
Etat et dans le temps.
Je finirai ma Lettre par un échantil-
lon de la curiosité et de la sagacité de
M. Desroches , en raportant ici l'une des
II. Vol
Cvj
Inscrip
1314 MERCURE DE FRANCE
Inscriptions Grecques qu'il a recueillies
dans ce voyage , telle que je la trouve en
ouvrant au hazard le Porte - feuille en
question , accompagnée d'un petit Cont
mentaire de sa façon.
ΠΟΛΕΙΤΑΡΧΟΥΝΤΩΝ, ΣΩΣΙΠΑΤΡΟΥ,
ΤΟΥ , ΚΛΕΟΠΑΤΡΑΣ , ΚΑΙ , ΛΟΥΚΙΟΥ,
ΠΟΝΤΙΟΥ , ΣΕΚΟ ΔΟΥΙΟΥ , ΑΥΟΥ ,
ΛΟΥΙΟΝ , ΣΑΒΕΙΝΟΥ , ΔΗΜΗΤΡΙΟΥ
ΤΟΥ , ΦΑΥΣΤΟΥ , ΔΗΜΗΤΡΙΟΥ , ΤΟΥ
ΝΕΙΚΟΠΟΛΕΟΣ , ΖΟΛΟΥ ΤΟΥ , ΠΑΡΜΕ
,
ΝΙΟΝΟΣ, ΤΟΥ , ΚΑΙΜΕΝΙΣΚΟΥ, ΓΑΛΟΥ ,
ΑΤΙΛΛΗΙΟΥ , ΠΟΤΕΙΤΟΥ , ΤΑΜΙΟΥ ,
ΤΗΣ,ΠΟΛΕΟΣ, ΤΑΙΡΟΥ , ΤΟΥ ΑΜΜΙΑΣ ,
ΤΟΥ , ΚΑΙΡΙΛΟΥ , ΓΥΜΝΑΣΙΑΡΚΟΥΝ
ΤΟΣ , ΤΑΙΡΟΥ , ΤΟΥ , ΚΑΙ ΡΗΓΛΟΥ .
En entrant à Salonique par la Porte
du Verdar, ) c'est M. Desroches qui par
le ) on trouve à droite sur le Jambage
de la seconde Porte , car il y en a deux ,
une grande Pierre avec l'Inscription cy-
dessus , à laquelle il ne manquoit rien ,.
du moins à ce qu'il m'a paru , et que j'at
copiée lettre pour lettre , et ligne pour
ligne. Cette Inscription ne contenant
presque que des noms propres , il est
difficile d'en tirer un sens bien clair :
mais ce que je vais ajoûter servira peut-
être à fonder quelques conjectures. Sur .
II. Vol .
BAG
JUIN
1737.
1315
une autre Pierre de ce même Jambage ,
du côté qui est en face quand on entre
›
il y a unCheval qu'un jeune Garçon tient
par la bride , et un Homme debout qui
paroît s'apuyer du dos contre ce Cheval:
.
et sur l'autre Jambage de cette Porte il
y a précisément les mêmes figures posées
en symétrie, à la même hauteur ; c'est
à - dire , environ à trois pieds de terre :
et toutes ces Figures , quoique mutilées,
font encore voir qu'elles ne sont pas sor-
ties d'une mauvaise main. Peut être y
avoit il autrefois à cette Porte , ou aux
environs , quelque Place , où quelque-
Lieu pour l'exercice des Chevaux com-
me le mot de ΓΥΜΝΑΣΙΑΡΚΟΥΝΤΟΣ
semble l'insinuer , et que tous ceux dont
les noms sont cités dans cette Inscrip
tion s'y étoient distingués , & c.
Je suis , Monsieur , & c.
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7396
p. 1318-1330
LETTRE écrite de Châlons en Champagne par M. le Chevalier de la Touche à M. d'Argenville, Conseiller du Roy, Maître Ordinaire en la Chambre des Comptes, de l'Académie des Arcadiens à Rome.
Début :
La petite Avanture dont je vous fais part, Monsieur, m'a prouvé que [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Châlons en Champagne par M. le Chevalier de la Touche à M. d'Argenville, Conseiller du Roy, Maître Ordinaire en la Chambre des Comptes, de l'Académie des Arcadiens à Rome.
LETTRE écrite de Châlons en Champagne
par M. le Chevalier de la Touche
à M. d'Argenville, Conseiller du
Roy, Maître Ordinaire en la Chambre
des Comptes, de l'Académie des Arcadiens
à Rome.
La petite Avanture dont je vous fais
part, Monsieur, m'a prouvé que
l'indifference , qui regne ordinairement
en Province au sujet de la Litterature et
des Arts , y avoit plus laissé perdre de
belles choses , que les lumieres des Sça-
vans , et les recherches empressées des
Curieux n'en ont peut-être découvert et
conservé dans la Capitale. M. Rudolfe
Kubler , Peintre de Bamberg , qui voya-
ge , et fait connoissance avec tous les
Amateurs qu'il trouve sur sa route , me
vint voir , il y a quelques jours. Cet
Homme a des mœurs , des sentimens
une forte teinture des Belles Lettres,une
grande Théorie de la Peinture : le peu
de ses Ouvrages qu'il me fit voir en pas-
sant , prouve que sa pratique y est très-
inferieure-
Dès notre premiere entrevûë , la con-
i ol.
versation
JUIN.
1737.
1379
versation fut tellement vive et interes-
sante pour lui et pour moi , qu'il se dé-
⚫ termina sans peine à prolonger son sé-
jour dans la Ville où je demeure. Je lui
fis.voir ce que j'avois de plus propre à
flater son goût
à son tour il me com-
muniqua ce qu'il avoit ramassé dans les
differens Pays qu'il avoit parcourus. Rien
ne fixa mon attention , comme un gros
Recueil de Desseins et d'Estampes , qui
peut encore passer pour un Manuscrit
des plas curieux, puisqu'il n'y a ni Des-
seins ni Estampes qui ne soient accompa-
gnés de Remarques Historiques et Criti
ques , ou de Poësies Latines, Italiennes et
Françoises.
Au reste, ce Recueil a des défauts qui
en diminuent beaucoup le prix ; il est
premierement dans un desordre affreux ,
plus de deux cents Pieces en ont été en-
levées. 29. Celles qui restent sont pres
toutes chargées de griffonnemens
d'Ecoliers , ou deshonorées par les fletris-
sures qu'y ont laissées ces esprits foibles,
à qui tout devient un sujet de scandale.
N'en soyez pas surpris , me dit le Voya
geur , vous voyez les restés infortunés de
la succession d'un Peintre, qui ne laissa
rien en mourant , dont les parens , plus
pauvres encore que lui , pussent profites.
ILVol
Ils
1320 MERCURE DE FRANCE
Ils ont long- tems été exposés dans la
boutique d'un Barbier , qui en prenoit
occasion d'exercer son babil , et qui ne
s'est déterminé qu'avec peine à me les
vendre , d'autant qu'ils amusolent , dis
soit-il , ses Enfans , ses Fraters et ses Pra-
tiques.
J'ai vû , Monsieur , dans ce Recueil
ainsi délabré , bien des choses qui pou-
roient mériter une place distinguée dans
la riche Collection que vous avez faite
des Desseins des plus grands Maîtres de
toutes les Ecoles célebres. Je m'attache à
vous en décrire un entr'autres , fait à la
Pierre noire , et rehaussé de blanc , sur
un papier de demi-teinte. Les Figures
sont à demi corps. Le sujet qui en est
agréablement fantastique , offre le Ti-
tien , qui montre à des Dames Illustres
de son temps le Tableau des Amours
qu'il a peint en suivant les idées de Phi-
fostrate. Ces Dames sont accompagnées
de deux Guerriers , d'un jeune Homme
dont la tête a un caractere terrible , d'un
Homme de Lettres , d'une Duegne, d'un
petit More qui tient un Epagneuil de
Boulogne et d'un Page. Les Remarques
écrites de la main du Peintre François
qui avoit formé le Recueil dont
vous
entretiens , portent » que ce Dessein
II. Vol.
» est
JUIN.
II. Vol.
1737
1321
est de Damiano Mazza da Padoua
grand Coloriste , et qui contrefaisoit
» admirablement la maniere du Titien
» dont il étoit Eleve . Que Mazza s'étoit
»
proposé d'y representer les differens
âges de la Vie d'une façon nouvelle et
» singuliere. L'Enfance dans les petits
» Amours du Tableau de son Maître ;
» l'Adolescence dans les Figures du Page
>> et du More ; la Force de la Jeunesse
» sous les traits du Giorgion ; l'Age Viril
» par differens caracteres de Noblesse ,
» de Valeur et de Prudence. De Nobles-
» se dans lePortrait du Marquis de Pescai-
re ; de Valeur dans celui d'Antoine de
» Leve; de Prudence dans celui de l'Ami
» du Titien Parbenio Etiro , habillé en
Noble Venitien , con Beretta nera in
cap . Les trois Dames semblent faire
allusion aux trois Graces , dont la pre-
» miere est vive et enjoüée , et represen
te Volante , Maîtresse du Titien. La
seconde , tranquile et modeste , et re-
» presente Madonna Elizaberta Massola.
» La troisième, serieuse et mélancolique,
» et represente Madama Leonora, Epou-
紫
» se du Duc Francesco - Maria della Rone
» re. La Vieillesse des deux Sexes est ca-
>> ractérisée par la Tête du Titien et de la
» Duegne.
L'Auteur
1322 MERCÚRE DE FRANCE
»
L'Auteur des Remarques prétend
» encore avoir trouvé dans cette Repre
>> sentation un sens moral' , ou , si vous
» voulez , allégorique. Elle renferme ,
" dit-il , l'Idée du Peintre parfait. Le
» Génie , l'Imagination , l'Entousiasme
» sont exprimés dans la tête du Gior
» gion ; la Pratique , Fille du Travail et
» de l'Experience , dans celle du Titien.
» La Vieille , qui accompagne les Dames ,
» et qui a inspection sur leur conduite ,
» sert à faire entendre que la Raison doit
présider au choix , à l'assortiment ;
» à l'usage des Graces dont les caracteres
>> doivent être variés, aussi bien que ceux
» de la Vigueur , de la Fierté , de la Fia
» nesse et de la Pénétration d'esprit, que
les Figures des Guerriers et de l'hom
» me de Lettres montrent dans différens
» points de vûë.
» Les contrastes et l'artifice du clair
obscur rendent là composition pitto
resque , piquante et brillante. L'Amour,
» la Délicatesse, la Naïveté , la Tendres-
se et l'Union la portent à sa derniere
perfection, et lui donnent de la Verité,
» de la Douceur et du relief.
» Le Peintre s'imagine avoir trouvé des
» Simboles de toutes ces choses dans la
»Figure du Page , dont le teint est écla
H. Vol.
tant
JUIN.
II. Vol.
1737.
1323
tant , et l'habillement de Satin noir ,
>
» dans le More à la peau noire , vétu d'u-
» ne Toile d'argent rayée , et dans les
» Amours , dont les attitudes lui ont
» fait naître l'idée de la Délicatesse , de la
» Naiveté, de laTendresse et de l'Union .
Ne vous semble-t- il pas , Monsieur
que ce Peintre a fait comme les Com-
mentateurs, qui font dire à leurs Auteurs
favoris mille belles choses auxquelles
peut-être ils n'ont jamais pensé , et qu'il
attribue comme eux à des vûës miste-
rieuses , et à de profonds raisonnemens,
ce qui pouroit bien n'être au fond que
l'effet du caprice ? Je crois après tout
qu'on doit avoir quelque obligation à
ceux qui ont le talent de faire parler les
muets. Il vaut mieux qu'on me ramene
.
à la raison , même par force , que de
laisser errer mon imagination au hazard;
ne dois -je pas sçavoir bon gré à qui me
fait un sujet de reflexion , de ce qui n'é-
toit d'abord que l'amusement de mes
regards ?
Le Mode vrayement Venitien de l'Ou
vrage dont je viens de parler , me rapel-
e , Monsieur , un des plus beaux mor-
eaux que vous ayez dans votre ample
Collection ; j'entens ce magnifique Des-
ein ou Paul Veronese a representé des
Personnes
1324 MERCURE DE FRANCE
Personnes de tout Sexe , de tout âge et
de toute condition . qui rendent hom-
mage à S. Marc , Patron de Venise , ac-
compagné des trois autres Evangelistes.
Cette composition forme un spectacle
des plus interessans. La simplicité des
Enfans , la pudeur des jeunes Filles , la
modestie des Dames , la gravité des Se-
nateurs , la contenance assurée des Guer-
riers , l'air respectueux des Gens du Peu-
ple , un je ne sçai quoi de pompeux et
qui annonce en même tems la recon-
noissance , la confiance et la devotion
jette dans cette Representation
Pitto-
resque tout le pathetique et le sublime
de la Poësie.
Il faut avouer qu'on trouve dans les
productions des grands Maîtres de l'E-
cole Venitienne , des coups de genie qui
frapent , qui saisissent et qui enlevent.
Je ne m'étonne pas si tant de Peintres
⚫ célebres ont paru plus sensibles aux beau-
tés de cette Ecole qu'à celles des autres
,
et si même aujourd'hui nos François pa-
roissent uniquement attentifs à les re-
produire dans leurs Ouvrages. Je remar-
que à ce propos , dans un Fragment des
Remarques du Peintre , Auteur du Re-
cueil , quelques traits qui peut être ne
vous déplairont point,
II. Vol.
Après
JUIN.
1737.
1325
Après avoir sans doute beaucoup exal-
» té le séjour de Venise. » Je ne pense ,
» dit-il , au sujet de cette Ville de déli-
» ces , que ce qu'en ont pensé des Au-
>> teurs célébres qui lui ont consacré le
Eloges suivans. Il caporte une Descrip-
tion en Vers Latins du Poëte Allemand
Jean Lauterbach , et un Eloge de Jean
Mathieu Vvach.r de Constance. Je crois
que la lecture de ce dernier ne vous seta
point à charge.
Quemcumque Urbs Venetum semel
Portu mirifico acceperit hospitem,
Illum non Gnydus aut Rhodos ,
Aut blanda alliciat Cyprus , ut Adria
Caupo ullum anteferat locum.
Non si Thessalicis possit in hortulis ,
Aut ultra Elisias plagas
Vitam inperpetuis ducere lusibus ,
Sic mentem satiet suam :
Sed qua per tantum Gondola amabilis
Huc illuc fluitatfretum :
Illic vivere amet semper , amet mori,
Roma Principis Urbium ,
Nil huc delicie, nil faciunt, scatet
Queis divina. Neapolis ,
Aut Lucca, aut Genua, aut clara Fluentia;
Urbs sola Deum bonis
II. Vol.
Fundat
1326 MERCURE DE FRANCE
Fundata auspiciis , et alite aurèa !
O ipsis quoque mortuis
Vitam , si lubeat reddere idonea!
Totum muneris hoc tui est >
Quod quas delicias ortus et occidens
Pandunt respuo : praluis,
Quod Diis Templa poli non invideo,tuum.est.
Le Peintre adopte d'autant plus vo-
lontiers les sentimens de cet Auteur ,
» qu'il est , dit- il , tenté de croire , après
» Nicolas Grudius , que Venus en quit-
» tant l'Isle de Chypre , occupée par les
» Othomans , a choisi Venise pour son
» séjour. De là vient aussi que les Pein-
» tres Venitiens , accoûtumés à voir les
» Graces et les Amours à la suite de cette
» Déesse , en ont fait prendre les plus
» touchans caracteres à leurs Tableaux.
» J'ai long-temps consulté pour sçavoir
» quelle Ecole d'Italie j'épouserois ; en-
» fin je me suis déterminé à m'attacher à
»la Venitienne. Il me semble que son
» goût doit le plus flater celui d'nn Hom-
» me de ma Nation.
» Il est vrai que l'Ecole Romaine fut
» l'objet de mon premier amour. En ar-
» rivant en Italie la regularité de ses traits
» me charma , la Beauté Grecque me
11. Vol.
semblolt
29
JUIN.
1737.
1327
» sembloit pour ainsi dire, fondue dans la
sienne. J'étois enchanté de la legereté
» de sa taille, de sa démarche noble , fiere,
"
assurée , libre et dégagée , de ses gran-
des manieres , de ses vûes sublimes ,
et sur- tout d'un air de force , de sa-
ngesse et de majesté qui l'accompagnoit
» toujours et brilloit jusques dans ses
>> moindres actions. Je pris une violen-
» te passion pour elle , mais plus je lui
» faisois assidûment ma cour , plus je
» m'apercevois qu'elle étoit sévere et re-
servée. Elle n'aprouvoit presque rien
» de ce que je faisois pour lui plaire ;
elle me proposoit sans cesse l'imita-
tion de modeles que je trouvois telie
» ment au-dessus de ma portée, que , mal-
gré tous mes efforts , je ne pouvois en
» saisir le caractere à son gré . Toujours
» elle vouloit me ramener au goût anti-
»
que , toujours elle m'entretenoit des
graces de Raphaël , de la correction de
Michel Ange , des Entreprises égalé-
» ment hardies et heureuses de Jules Ro-
» main , de l'élegante facilité du Parme-
san,de la sagesse ingenieuse du Poussin.
» Je m'apercevois bien que ce dernier
» étoit , à proprement parler , le seal
desFrançois qui avoit mérité son amour,
II. Vol.
Det
1328 MERCURE DE FRANCE
et je sentois tant de difficultés à sur-
» monter , pour toucher son cœur par
» les mêmes moyens qu'il avoit em -
» ployés pour la rendre sensible , que je
n'osois m'hazarder à marcher sur ces
traces.
» Je l'aimois donc cette Ecole Romai-
» ne , mais c'étoit sans esperance. Les
»promesses qu'elle me faisoit de récom
» penser mes assiduités , et de couron-
>> ner mes travaux , regardoient un ave◄
» nir si éloigné , que j'en perdois cou
rage.
» J'étois dans cette situation quand une
» occasion se presenta de faire le voyage
» de Venise ; je ne la laissai point écha-
23 per. La Peinture s'y offrit à moi avec
» des traits moins réguliers , mais plus
» piquans : la raison me prouvoit qu'elle
» étoit moins belle qu'à Rome , mais je
ne sçais quelle disposition me faisoit
» sentir qu'elle étoit plus jolie. Je la
» trouvois plus vive, plus enjoüée , plus
» dans le goût des parures et des ajuste-
» mens. Une aimable coqueterie sau-
>> voit ses défauts ; ses caprices même me
>>
plaisoient extrémement.
L'EcoleVenitienne n'est point comme
la Romaine et la Florentine , esclave
» des regles et des austeres bienséances.
11. Vol.
Elle
>>
JUIN.
1737.
1329
» Elle ne se fait point scrupule de cer-
taines irregularités , elle ne songe qu'à
plaire. Tout ce qui la mene à ce but
» lui paroît bon , pourvû qu'elle tienne
» le milieu entre une extréme séverité et
» une extréme licence ; elle s'embarasse
» fort peu de la censure des Connois-
» seurs trop rigides. Presque tous les
>> fameux Peintres de l'Europe ont été
» épris de ses charmes , et nul n'a mieux
» été avec elle que Rubens l'Apelles des
>> Pays-Bas.
Son embonpoint , la vivacité de son
teint, l'agrément de ses manieres , l'es-
sor qu'elle donnoit à son imagination ,
» son goût pour les parures et les déco-
» rations pompeuses , son attachement
» aux graces sensibles , simples et faciles
» à saisir , en firent l'objet de ma pas-
» sion.
>> Je n'oubliai point dans mon chan-
» gement les engagemens que j'avois pris
» avec l'Ecole Romaine ; je conservai
" pour
elle mon admitation et mon res-
» pect , mais je donnai à la Venitienne
>> tous mes soins et toute ma tendresse.
C'est ainsi , Monsieur , que le Peintre ,
Auteur
du Recueil
II. Vol.
nous a laissé
une idée de ses études et de son goût
dans une espece de Fable allegorique,
Dij
dont
2
WER CORE CE FRANCE
ACT GENGETCODs ar ie ificaites
* noches:
I becs: n
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sur-
MOCATE YO0ur par
1 ts Trenes: noves mi vor en-
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I may cameras. La
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*pe. La Peinture act a moi ave
as traits moins regulers , mais pur
» piquan : la raisor me prouvor ausle
» étoit moins belle qu'a kome , mas
* ne sçais quelle disposition me faisoit
» sentir qu'elle étoit plus jolie. Je ha
uvois plus vive, plus enjouée plus
le ge
parures et des ajuste
able coqueterie sau-
ses caprices même me
eme
pointcomme
he , esclave
bienséances.
Elle
JUIN.
1737.
7329
» Elle ne se fait point scrupule de cer
taines irregularités, elle ne songe qu'à
» plaire. Tout ce qui la mene à ce but
»lui paroît bon , pourvû qu'elle tienne
» le milieu entre une extréme séverité et
» une extréme licence ; elle s'embarasse
» fort peu de la censure des Connois-
» seurs trop rigides. Presque tous les
>> fameux Peintres de l'Europe ont été
>>
épris de ses charmes , et nul n'a mieux
» été avec elle que Rubens l'Apelles des
» Pays - Bas.
Son embonpoint , la vivacité de son
» teint, l'agrément de ses manieres , l'es-
sor qu'elle donnoit à son imagination ,
» son goût pour les parures et les déco-
» rations pompeuses , son attachement
» aux graces sensibles , simples et faciles
à saisir , en firent l'objet de ma pas-
» sion.
כן
>>
Je n'oubliai point dans mon chan-
» gement les engagemens quej'avois pris
» avec l'Ecole Romaine ; je conservai
pour elle mon
» pect ,
Auteur
admiration et mon res-
mais je donnai à la Venitienne
>> tous mes soins et toute ma tendresse.
C'est ainsi , Monsieur , que le Peintre,
du Recueil
nous a laiss
une idée de ses études et de son
lans une espece de Fable alleg
II. Vol.
Dij
1330 MERCURE DE FRANCE
dont il est triste que les injures du temps
et de la fortune nous ayent dérobé la
suite.
L'intelligence que vous avez , Mon
sieur , des misteres d'un Art qui contri
bue à vos plaisirs dans vos momens de
relâche , ne me permet pas de dévelo-
per
ici tout ce que le Peintre a caché sous
le voile du langage figuré ; vous n'avez
pas besoin de mon secours pour discer-
ner dans ce Fragment ce qui donne une
si juste idée du caractere distinctif des
deux Ecoles.
J'ai pris copie dans le Recueil de plus
sieurs autres choses que je vous commu-
niquerai dans la suite , si j'aprens que
vous ayez fait plus d'attention au fond
de celles que contient cette Lettre , qu'à
la forme peu réguliere que je lui ai don-
née. J'ai l'honneur d'être , & c.
par M. le Chevalier de la Touche
à M. d'Argenville, Conseiller du
Roy, Maître Ordinaire en la Chambre
des Comptes, de l'Académie des Arcadiens
à Rome.
La petite Avanture dont je vous fais
part, Monsieur, m'a prouvé que
l'indifference , qui regne ordinairement
en Province au sujet de la Litterature et
des Arts , y avoit plus laissé perdre de
belles choses , que les lumieres des Sça-
vans , et les recherches empressées des
Curieux n'en ont peut-être découvert et
conservé dans la Capitale. M. Rudolfe
Kubler , Peintre de Bamberg , qui voya-
ge , et fait connoissance avec tous les
Amateurs qu'il trouve sur sa route , me
vint voir , il y a quelques jours. Cet
Homme a des mœurs , des sentimens
une forte teinture des Belles Lettres,une
grande Théorie de la Peinture : le peu
de ses Ouvrages qu'il me fit voir en pas-
sant , prouve que sa pratique y est très-
inferieure-
Dès notre premiere entrevûë , la con-
i ol.
versation
JUIN.
1737.
1379
versation fut tellement vive et interes-
sante pour lui et pour moi , qu'il se dé-
⚫ termina sans peine à prolonger son sé-
jour dans la Ville où je demeure. Je lui
fis.voir ce que j'avois de plus propre à
flater son goût
à son tour il me com-
muniqua ce qu'il avoit ramassé dans les
differens Pays qu'il avoit parcourus. Rien
ne fixa mon attention , comme un gros
Recueil de Desseins et d'Estampes , qui
peut encore passer pour un Manuscrit
des plas curieux, puisqu'il n'y a ni Des-
seins ni Estampes qui ne soient accompa-
gnés de Remarques Historiques et Criti
ques , ou de Poësies Latines, Italiennes et
Françoises.
Au reste, ce Recueil a des défauts qui
en diminuent beaucoup le prix ; il est
premierement dans un desordre affreux ,
plus de deux cents Pieces en ont été en-
levées. 29. Celles qui restent sont pres
toutes chargées de griffonnemens
d'Ecoliers , ou deshonorées par les fletris-
sures qu'y ont laissées ces esprits foibles,
à qui tout devient un sujet de scandale.
N'en soyez pas surpris , me dit le Voya
geur , vous voyez les restés infortunés de
la succession d'un Peintre, qui ne laissa
rien en mourant , dont les parens , plus
pauvres encore que lui , pussent profites.
ILVol
Ils
1320 MERCURE DE FRANCE
Ils ont long- tems été exposés dans la
boutique d'un Barbier , qui en prenoit
occasion d'exercer son babil , et qui ne
s'est déterminé qu'avec peine à me les
vendre , d'autant qu'ils amusolent , dis
soit-il , ses Enfans , ses Fraters et ses Pra-
tiques.
J'ai vû , Monsieur , dans ce Recueil
ainsi délabré , bien des choses qui pou-
roient mériter une place distinguée dans
la riche Collection que vous avez faite
des Desseins des plus grands Maîtres de
toutes les Ecoles célebres. Je m'attache à
vous en décrire un entr'autres , fait à la
Pierre noire , et rehaussé de blanc , sur
un papier de demi-teinte. Les Figures
sont à demi corps. Le sujet qui en est
agréablement fantastique , offre le Ti-
tien , qui montre à des Dames Illustres
de son temps le Tableau des Amours
qu'il a peint en suivant les idées de Phi-
fostrate. Ces Dames sont accompagnées
de deux Guerriers , d'un jeune Homme
dont la tête a un caractere terrible , d'un
Homme de Lettres , d'une Duegne, d'un
petit More qui tient un Epagneuil de
Boulogne et d'un Page. Les Remarques
écrites de la main du Peintre François
qui avoit formé le Recueil dont
vous
entretiens , portent » que ce Dessein
II. Vol.
» est
JUIN.
II. Vol.
1737
1321
est de Damiano Mazza da Padoua
grand Coloriste , et qui contrefaisoit
» admirablement la maniere du Titien
» dont il étoit Eleve . Que Mazza s'étoit
»
proposé d'y representer les differens
âges de la Vie d'une façon nouvelle et
» singuliere. L'Enfance dans les petits
» Amours du Tableau de son Maître ;
» l'Adolescence dans les Figures du Page
>> et du More ; la Force de la Jeunesse
» sous les traits du Giorgion ; l'Age Viril
» par differens caracteres de Noblesse ,
» de Valeur et de Prudence. De Nobles-
» se dans lePortrait du Marquis de Pescai-
re ; de Valeur dans celui d'Antoine de
» Leve; de Prudence dans celui de l'Ami
» du Titien Parbenio Etiro , habillé en
Noble Venitien , con Beretta nera in
cap . Les trois Dames semblent faire
allusion aux trois Graces , dont la pre-
» miere est vive et enjoüée , et represen
te Volante , Maîtresse du Titien. La
seconde , tranquile et modeste , et re-
» presente Madonna Elizaberta Massola.
» La troisième, serieuse et mélancolique,
» et represente Madama Leonora, Epou-
紫
» se du Duc Francesco - Maria della Rone
» re. La Vieillesse des deux Sexes est ca-
>> ractérisée par la Tête du Titien et de la
» Duegne.
L'Auteur
1322 MERCÚRE DE FRANCE
»
L'Auteur des Remarques prétend
» encore avoir trouvé dans cette Repre
>> sentation un sens moral' , ou , si vous
» voulez , allégorique. Elle renferme ,
" dit-il , l'Idée du Peintre parfait. Le
» Génie , l'Imagination , l'Entousiasme
» sont exprimés dans la tête du Gior
» gion ; la Pratique , Fille du Travail et
» de l'Experience , dans celle du Titien.
» La Vieille , qui accompagne les Dames ,
» et qui a inspection sur leur conduite ,
» sert à faire entendre que la Raison doit
présider au choix , à l'assortiment ;
» à l'usage des Graces dont les caracteres
>> doivent être variés, aussi bien que ceux
» de la Vigueur , de la Fierté , de la Fia
» nesse et de la Pénétration d'esprit, que
les Figures des Guerriers et de l'hom
» me de Lettres montrent dans différens
» points de vûë.
» Les contrastes et l'artifice du clair
obscur rendent là composition pitto
resque , piquante et brillante. L'Amour,
» la Délicatesse, la Naïveté , la Tendres-
se et l'Union la portent à sa derniere
perfection, et lui donnent de la Verité,
» de la Douceur et du relief.
» Le Peintre s'imagine avoir trouvé des
» Simboles de toutes ces choses dans la
»Figure du Page , dont le teint est écla
H. Vol.
tant
JUIN.
II. Vol.
1737.
1323
tant , et l'habillement de Satin noir ,
>
» dans le More à la peau noire , vétu d'u-
» ne Toile d'argent rayée , et dans les
» Amours , dont les attitudes lui ont
» fait naître l'idée de la Délicatesse , de la
» Naiveté, de laTendresse et de l'Union .
Ne vous semble-t- il pas , Monsieur
que ce Peintre a fait comme les Com-
mentateurs, qui font dire à leurs Auteurs
favoris mille belles choses auxquelles
peut-être ils n'ont jamais pensé , et qu'il
attribue comme eux à des vûës miste-
rieuses , et à de profonds raisonnemens,
ce qui pouroit bien n'être au fond que
l'effet du caprice ? Je crois après tout
qu'on doit avoir quelque obligation à
ceux qui ont le talent de faire parler les
muets. Il vaut mieux qu'on me ramene
.
à la raison , même par force , que de
laisser errer mon imagination au hazard;
ne dois -je pas sçavoir bon gré à qui me
fait un sujet de reflexion , de ce qui n'é-
toit d'abord que l'amusement de mes
regards ?
Le Mode vrayement Venitien de l'Ou
vrage dont je viens de parler , me rapel-
e , Monsieur , un des plus beaux mor-
eaux que vous ayez dans votre ample
Collection ; j'entens ce magnifique Des-
ein ou Paul Veronese a representé des
Personnes
1324 MERCURE DE FRANCE
Personnes de tout Sexe , de tout âge et
de toute condition . qui rendent hom-
mage à S. Marc , Patron de Venise , ac-
compagné des trois autres Evangelistes.
Cette composition forme un spectacle
des plus interessans. La simplicité des
Enfans , la pudeur des jeunes Filles , la
modestie des Dames , la gravité des Se-
nateurs , la contenance assurée des Guer-
riers , l'air respectueux des Gens du Peu-
ple , un je ne sçai quoi de pompeux et
qui annonce en même tems la recon-
noissance , la confiance et la devotion
jette dans cette Representation
Pitto-
resque tout le pathetique et le sublime
de la Poësie.
Il faut avouer qu'on trouve dans les
productions des grands Maîtres de l'E-
cole Venitienne , des coups de genie qui
frapent , qui saisissent et qui enlevent.
Je ne m'étonne pas si tant de Peintres
⚫ célebres ont paru plus sensibles aux beau-
tés de cette Ecole qu'à celles des autres
,
et si même aujourd'hui nos François pa-
roissent uniquement attentifs à les re-
produire dans leurs Ouvrages. Je remar-
que à ce propos , dans un Fragment des
Remarques du Peintre , Auteur du Re-
cueil , quelques traits qui peut être ne
vous déplairont point,
II. Vol.
Après
JUIN.
1737.
1325
Après avoir sans doute beaucoup exal-
» té le séjour de Venise. » Je ne pense ,
» dit-il , au sujet de cette Ville de déli-
» ces , que ce qu'en ont pensé des Au-
>> teurs célébres qui lui ont consacré le
Eloges suivans. Il caporte une Descrip-
tion en Vers Latins du Poëte Allemand
Jean Lauterbach , et un Eloge de Jean
Mathieu Vvach.r de Constance. Je crois
que la lecture de ce dernier ne vous seta
point à charge.
Quemcumque Urbs Venetum semel
Portu mirifico acceperit hospitem,
Illum non Gnydus aut Rhodos ,
Aut blanda alliciat Cyprus , ut Adria
Caupo ullum anteferat locum.
Non si Thessalicis possit in hortulis ,
Aut ultra Elisias plagas
Vitam inperpetuis ducere lusibus ,
Sic mentem satiet suam :
Sed qua per tantum Gondola amabilis
Huc illuc fluitatfretum :
Illic vivere amet semper , amet mori,
Roma Principis Urbium ,
Nil huc delicie, nil faciunt, scatet
Queis divina. Neapolis ,
Aut Lucca, aut Genua, aut clara Fluentia;
Urbs sola Deum bonis
II. Vol.
Fundat
1326 MERCURE DE FRANCE
Fundata auspiciis , et alite aurèa !
O ipsis quoque mortuis
Vitam , si lubeat reddere idonea!
Totum muneris hoc tui est >
Quod quas delicias ortus et occidens
Pandunt respuo : praluis,
Quod Diis Templa poli non invideo,tuum.est.
Le Peintre adopte d'autant plus vo-
lontiers les sentimens de cet Auteur ,
» qu'il est , dit- il , tenté de croire , après
» Nicolas Grudius , que Venus en quit-
» tant l'Isle de Chypre , occupée par les
» Othomans , a choisi Venise pour son
» séjour. De là vient aussi que les Pein-
» tres Venitiens , accoûtumés à voir les
» Graces et les Amours à la suite de cette
» Déesse , en ont fait prendre les plus
» touchans caracteres à leurs Tableaux.
» J'ai long-temps consulté pour sçavoir
» quelle Ecole d'Italie j'épouserois ; en-
» fin je me suis déterminé à m'attacher à
»la Venitienne. Il me semble que son
» goût doit le plus flater celui d'nn Hom-
» me de ma Nation.
» Il est vrai que l'Ecole Romaine fut
» l'objet de mon premier amour. En ar-
» rivant en Italie la regularité de ses traits
» me charma , la Beauté Grecque me
11. Vol.
semblolt
29
JUIN.
1737.
1327
» sembloit pour ainsi dire, fondue dans la
sienne. J'étois enchanté de la legereté
» de sa taille, de sa démarche noble , fiere,
"
assurée , libre et dégagée , de ses gran-
des manieres , de ses vûes sublimes ,
et sur- tout d'un air de force , de sa-
ngesse et de majesté qui l'accompagnoit
» toujours et brilloit jusques dans ses
>> moindres actions. Je pris une violen-
» te passion pour elle , mais plus je lui
» faisois assidûment ma cour , plus je
» m'apercevois qu'elle étoit sévere et re-
servée. Elle n'aprouvoit presque rien
» de ce que je faisois pour lui plaire ;
elle me proposoit sans cesse l'imita-
tion de modeles que je trouvois telie
» ment au-dessus de ma portée, que , mal-
gré tous mes efforts , je ne pouvois en
» saisir le caractere à son gré . Toujours
» elle vouloit me ramener au goût anti-
»
que , toujours elle m'entretenoit des
graces de Raphaël , de la correction de
Michel Ange , des Entreprises égalé-
» ment hardies et heureuses de Jules Ro-
» main , de l'élegante facilité du Parme-
san,de la sagesse ingenieuse du Poussin.
» Je m'apercevois bien que ce dernier
» étoit , à proprement parler , le seal
desFrançois qui avoit mérité son amour,
II. Vol.
Det
1328 MERCURE DE FRANCE
et je sentois tant de difficultés à sur-
» monter , pour toucher son cœur par
» les mêmes moyens qu'il avoit em -
» ployés pour la rendre sensible , que je
n'osois m'hazarder à marcher sur ces
traces.
» Je l'aimois donc cette Ecole Romai-
» ne , mais c'étoit sans esperance. Les
»promesses qu'elle me faisoit de récom
» penser mes assiduités , et de couron-
>> ner mes travaux , regardoient un ave◄
» nir si éloigné , que j'en perdois cou
rage.
» J'étois dans cette situation quand une
» occasion se presenta de faire le voyage
» de Venise ; je ne la laissai point écha-
23 per. La Peinture s'y offrit à moi avec
» des traits moins réguliers , mais plus
» piquans : la raison me prouvoit qu'elle
» étoit moins belle qu'à Rome , mais je
ne sçais quelle disposition me faisoit
» sentir qu'elle étoit plus jolie. Je la
» trouvois plus vive, plus enjoüée , plus
» dans le goût des parures et des ajuste-
» mens. Une aimable coqueterie sau-
>> voit ses défauts ; ses caprices même me
>>
plaisoient extrémement.
L'EcoleVenitienne n'est point comme
la Romaine et la Florentine , esclave
» des regles et des austeres bienséances.
11. Vol.
Elle
>>
JUIN.
1737.
1329
» Elle ne se fait point scrupule de cer-
taines irregularités , elle ne songe qu'à
plaire. Tout ce qui la mene à ce but
» lui paroît bon , pourvû qu'elle tienne
» le milieu entre une extréme séverité et
» une extréme licence ; elle s'embarasse
» fort peu de la censure des Connois-
» seurs trop rigides. Presque tous les
>> fameux Peintres de l'Europe ont été
» épris de ses charmes , et nul n'a mieux
» été avec elle que Rubens l'Apelles des
>> Pays-Bas.
Son embonpoint , la vivacité de son
teint, l'agrément de ses manieres , l'es-
sor qu'elle donnoit à son imagination ,
» son goût pour les parures et les déco-
» rations pompeuses , son attachement
» aux graces sensibles , simples et faciles
» à saisir , en firent l'objet de ma pas-
» sion.
>> Je n'oubliai point dans mon chan-
» gement les engagemens que j'avois pris
» avec l'Ecole Romaine ; je conservai
" pour
elle mon admitation et mon res-
» pect , mais je donnai à la Venitienne
>> tous mes soins et toute ma tendresse.
C'est ainsi , Monsieur , que le Peintre ,
Auteur
du Recueil
II. Vol.
nous a laissé
une idée de ses études et de son goût
dans une espece de Fable allegorique,
Dij
dont
2
WER CORE CE FRANCE
ACT GENGETCODs ar ie ificaites
* noches:
I becs: n
a mass
sur-
MOCATE YO0ur par
1 ts Trenes: noves mi vor en-
2 DOVES Ture embe , ne e
a. pronesses: niele ne
t
s
» has no cetes Imma-
I may cameras. La
» Denker mis lasimuitsumor-
* : ms travaus repCSIT IN W
» nr 3. di Cosme-
eton dan cette situation Quand une
DCCASION & present
Venise
talte k vrwage
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*pe. La Peinture act a moi ave
as traits moins regulers , mais pur
» piquan : la raisor me prouvor ausle
» étoit moins belle qu'a kome , mas
* ne sçais quelle disposition me faisoit
» sentir qu'elle étoit plus jolie. Je ha
uvois plus vive, plus enjouée plus
le ge
parures et des ajuste
able coqueterie sau-
ses caprices même me
eme
pointcomme
he , esclave
bienséances.
Elle
JUIN.
1737.
7329
» Elle ne se fait point scrupule de cer
taines irregularités, elle ne songe qu'à
» plaire. Tout ce qui la mene à ce but
»lui paroît bon , pourvû qu'elle tienne
» le milieu entre une extréme séverité et
» une extréme licence ; elle s'embarasse
» fort peu de la censure des Connois-
» seurs trop rigides. Presque tous les
>> fameux Peintres de l'Europe ont été
>>
épris de ses charmes , et nul n'a mieux
» été avec elle que Rubens l'Apelles des
» Pays - Bas.
Son embonpoint , la vivacité de son
» teint, l'agrément de ses manieres , l'es-
sor qu'elle donnoit à son imagination ,
» son goût pour les parures et les déco-
» rations pompeuses , son attachement
» aux graces sensibles , simples et faciles
à saisir , en firent l'objet de ma pas-
» sion.
כן
>>
Je n'oubliai point dans mon chan-
» gement les engagemens quej'avois pris
» avec l'Ecole Romaine ; je conservai
pour elle mon
» pect ,
Auteur
admiration et mon res-
mais je donnai à la Venitienne
>> tous mes soins et toute ma tendresse.
C'est ainsi , Monsieur , que le Peintre,
du Recueil
nous a laiss
une idée de ses études et de son
lans une espece de Fable alleg
II. Vol.
Dij
1330 MERCURE DE FRANCE
dont il est triste que les injures du temps
et de la fortune nous ayent dérobé la
suite.
L'intelligence que vous avez , Mon
sieur , des misteres d'un Art qui contri
bue à vos plaisirs dans vos momens de
relâche , ne me permet pas de dévelo-
per
ici tout ce que le Peintre a caché sous
le voile du langage figuré ; vous n'avez
pas besoin de mon secours pour discer-
ner dans ce Fragment ce qui donne une
si juste idée du caractere distinctif des
deux Ecoles.
J'ai pris copie dans le Recueil de plus
sieurs autres choses que je vous commu-
niquerai dans la suite , si j'aprens que
vous ayez fait plus d'attention au fond
de celles que contient cette Lettre , qu'à
la forme peu réguliere que je lui ai don-
née. J'ai l'honneur d'être , & c.
Fermer
7397
p. 1333-1335
LETTRE de M..... au sujet d'une Pendule curieuse.
Début :
Je ne doute pas, Monsieur, que vous ne soyez ravi d'aprendre que M. Lefaucheur, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M..... au sujet d'une Pendule curieuse.
LETTRE de M..... au sujet d'une Pendule curieuse.
Je ne doute pas, Monsieur, que vous
ne soyez ravi d'aprendre que M. Lefaucheur,
Auteur de l'Horloge de Sens ,
ait fini la belle Pendule qu'il avoit com-
mencée en 1730. Je vais vous en tracer
ici une idée.
Cette Pendule bat et marque les Se-
condes , étant à grande vibration et à
poids ; sonne les Heures et les Quarts
sur doubles Timbres , et joue un Air de
Carillon , qui se change de lui - même; de
maniere que , durant la journée , on en-
tend differens Airs à toutes les heures ;
et que le lendemain les mêmes Airs ne
reviennent point aux mêmes Heures.
Elle marque l'Equation sur le même
Cadran, par deux Aiguilles des minutes ,
dont l'une marque le temps moyen , ou
égal , qui est celui de la Pendule , et
l'autre le temps vrai du Soleil, avec tou
te la justesse qu'on peut desirer ; cette
derniere Aiguille fait détendre la Son-
nerie , ce qui fait qu'elle est toujours
conforme au méridien lorsqu'elle sonne
II. Vol.
D iiij
T'Heure
1334 MERCURE DE FRANCE
l'Heure ; elle donne l'Heure et la Minu-
te que le Soleil se leve et se couche tous
les jours. Elle marque le dégré d'éleva-
tion du Soleil , en quel signe et en quel
mois il est , avec son quantième , lequel
Chiffre se remet de lui- même au premier
de chaque mois , lorsqu'il n'a que 28. ou
30. jours.
Les Révolutions Lunaires se font aussi
fort exactement , sans qu'on soit obligé
d'y toucher.
La Boëtte élevée sur son pied d'estal ,
porte plus de 9. pieds de haut , et est de
Marqueterie, plaquée de veritable Ecail-
le , travaillée avec soin , ornée de Bron-
zes dorés d'un goût nouveau et unique ,
n'ayant point été surmoulée ; ce sont
ces modelles mêmes qu'on voit sur la
Boëtte.
Le bas est suporté par quatre Dragons
aîlés , qui , passant au travers de quatre
Consolles , semblent soûtenir tout le
poids de la machine , laquelle se termi-
ne par un Tailloir contourné devant et
par les côtés sur le Tailloir est un beau
Cartouche , pour y mettre les Armes de
celui qui l'achetera.
Au dessus des Dragons et des Consol-
les sont des Enfans sur des nuées repre-
sentant les Arts liberaux .
II. Vol.
Les
JUIN.
1735.
1335
Les quatre Saisons en buste d'un fort
bon goût , forment les coins du haut de
la Boëtte , tenant chacune ses Attributs
Le Dôme, rempli d'ornemens de Bronze,
est couronné par un Phoenix sur un
bucher.
Au bas de la porte , qui a deux pieds
quatre pouces de haut , est une Figure
representant Pallas assise sur tous ses
symboles de la Guerre , avec un Enfant
à ses pieds qui plie des Etendarts et lie
des Javelots , pour signe de la Paix . Le
tout enfin est rempli de divers orne-
mens de Bronze très - bien cizelés et fort
recherchés , qui forment un beau coup
d'œil , outre que la Pendule est parfaite-
ment juste , et peu composée pour tant
d'effets differens.
L'Auteur se charge de l'entretenir tant
qu'il vivra , marque qu'il est bien sûr
de son Ouvrage. La Personne pour qui
il l'avoit commencée , est morte deux
ans avant la perfection de cetre Piece ,
qui vient d'être heureusement finic.
Je suis , & c.
A Paris ce 2. May 1737.
Je ne doute pas, Monsieur, que vous
ne soyez ravi d'aprendre que M. Lefaucheur,
Auteur de l'Horloge de Sens ,
ait fini la belle Pendule qu'il avoit com-
mencée en 1730. Je vais vous en tracer
ici une idée.
Cette Pendule bat et marque les Se-
condes , étant à grande vibration et à
poids ; sonne les Heures et les Quarts
sur doubles Timbres , et joue un Air de
Carillon , qui se change de lui - même; de
maniere que , durant la journée , on en-
tend differens Airs à toutes les heures ;
et que le lendemain les mêmes Airs ne
reviennent point aux mêmes Heures.
Elle marque l'Equation sur le même
Cadran, par deux Aiguilles des minutes ,
dont l'une marque le temps moyen , ou
égal , qui est celui de la Pendule , et
l'autre le temps vrai du Soleil, avec tou
te la justesse qu'on peut desirer ; cette
derniere Aiguille fait détendre la Son-
nerie , ce qui fait qu'elle est toujours
conforme au méridien lorsqu'elle sonne
II. Vol.
D iiij
T'Heure
1334 MERCURE DE FRANCE
l'Heure ; elle donne l'Heure et la Minu-
te que le Soleil se leve et se couche tous
les jours. Elle marque le dégré d'éleva-
tion du Soleil , en quel signe et en quel
mois il est , avec son quantième , lequel
Chiffre se remet de lui- même au premier
de chaque mois , lorsqu'il n'a que 28. ou
30. jours.
Les Révolutions Lunaires se font aussi
fort exactement , sans qu'on soit obligé
d'y toucher.
La Boëtte élevée sur son pied d'estal ,
porte plus de 9. pieds de haut , et est de
Marqueterie, plaquée de veritable Ecail-
le , travaillée avec soin , ornée de Bron-
zes dorés d'un goût nouveau et unique ,
n'ayant point été surmoulée ; ce sont
ces modelles mêmes qu'on voit sur la
Boëtte.
Le bas est suporté par quatre Dragons
aîlés , qui , passant au travers de quatre
Consolles , semblent soûtenir tout le
poids de la machine , laquelle se termi-
ne par un Tailloir contourné devant et
par les côtés sur le Tailloir est un beau
Cartouche , pour y mettre les Armes de
celui qui l'achetera.
Au dessus des Dragons et des Consol-
les sont des Enfans sur des nuées repre-
sentant les Arts liberaux .
II. Vol.
Les
JUIN.
1735.
1335
Les quatre Saisons en buste d'un fort
bon goût , forment les coins du haut de
la Boëtte , tenant chacune ses Attributs
Le Dôme, rempli d'ornemens de Bronze,
est couronné par un Phoenix sur un
bucher.
Au bas de la porte , qui a deux pieds
quatre pouces de haut , est une Figure
representant Pallas assise sur tous ses
symboles de la Guerre , avec un Enfant
à ses pieds qui plie des Etendarts et lie
des Javelots , pour signe de la Paix . Le
tout enfin est rempli de divers orne-
mens de Bronze très - bien cizelés et fort
recherchés , qui forment un beau coup
d'œil , outre que la Pendule est parfaite-
ment juste , et peu composée pour tant
d'effets differens.
L'Auteur se charge de l'entretenir tant
qu'il vivra , marque qu'il est bien sûr
de son Ouvrage. La Personne pour qui
il l'avoit commencée , est morte deux
ans avant la perfection de cetre Piece ,
qui vient d'être heureusement finic.
Je suis , & c.
A Paris ce 2. May 1737.
Fermer
7398
p. 1338-1350
RÉPONSE du R. P. Mathieu Texte, Dominicain, à la Lettre de M. le Beuf, Chanoine de L. C. D. imprimée dans le Mercure de Mars 1737. au sujet du Lieu de la Naissance de Saint Louis, Roy de France.
Début :
J'avois vû, Monsieur, d'abord avec plaisir, votre nom à la tête de la Lettre [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE du R. P. Mathieu Texte, Dominicain, à la Lettre de M. le Beuf, Chanoine de L. C. D. imprimée dans le Mercure de Mars 1737. au sujet du Lieu de la Naissance de Saint Louis, Roy de France.
RÉPONSE du R. P. Mathieu Texte,
Dominicain, à la Lettre de M. le Beuf,
Chanoine de L. C. D. imprimée dans
le Mercure de Mars 1737. au sujet du
Lieu de la Naissance de Saint Louis,
Roy de France.
J'avois vû, Monsieur, d'abord avec
plaisir, votre nom à la tête de la Lettre
à laquelle j'ai l'honneur de répondre;
comme ce qui vient de vous est ordinai-
rement rempli d'érudition et de recher-
ches, je m'attendois à y trouver des
éclaircissemens sur la question agitée en-
tre M. Maillart et moi , d'autant mieux
quejevoyois paroître sur les rangsur Ecri-
vain d'un mérite distingué, sans qu'il eût
aucun interêt au sujet de notre dispute.
Ce n'est donc pas sans raison que j'ai été
surpris de ne voir presque dans certe Let-
tre que les Chartres de la Neuville- en-
11. Vol
Hez ,
JUIN.
1737
1339
Hez , avec quelques avis, dont vous con-
viendrez vous-même que je n'avois pas
besoin , lorsque vous y aurez fait re
Aexion.
1º. Je me suis fait illusion , si on vous
en croit , lorsque j'ai soutenu que M.
Baillet , qui a placé à Poissy la Naissance
de S. Louis , connoissoit les Chartres de
la Neuville , où il étoit né lui- même , et
pour prouver ma prétendue méprise
de cet Ouvrage , à laquelle il présida
>
vous observez que la Note que j'ai copiée
dans les Vies des Saints de ce celebre Cri-
sique , n'est pas dans la premiere Edition
mais seulement dans deux Editions faites
long- temps après sa mort ; sçavoir , en
1715. et en 1724.d'où vous concluez que
cette Note n'est pas de M. Baillet , mais
de l'Editeur.
Comment avez vous pû ignorer, Mon.
sieur , que l'Edition de 1701. qui est la
premiere , ayant été épuisée en très- peu
.de temps , on en fit une seconde , revie
et augmentée par l'Auteur , qui fut mise
en vente dès l'an 1704. chés Jean de
Nully. Baillet étoit alors plein de vie ,
il ne mourut que le 21. Janvier 1706.
Ce fut donc lui-même qui , au Tome II.
de cette Edition p. 379. après avoir écrit
dans le Texte : Louis IX. Roy de France
II. Vol
nâquir
1340 MERCURE DE FRANCE
nâquit à Poissy , ajoûta cette Note. >> On
» voit deux Actes de nos Rois , l'un de
» Louis XI. et l'autre de Henry I V. qui
» portent qu'il est né à Neuville- en-Hez ,
" Bourg du Diocèse de Beauvais, » C'est
lui qui en disant ensuite p. 383. » que
» S. Louis retournoit ordinairement à
» Poissy , non pas tant pour y être né
» que pour y avoir reçû le Baptême »
montre qu'il n'avoit point d'égard à ces
Chartres. De plus on lit au IV. Tome p.
292. qu'il y avoit eu en 1215. trois éve-
nemens remarquables , dont l'un étoit la
Naissance de S. Louis à Poissy.
M. le Gendre a suivi son exemple , et
malgré ces Chartres , il a écrit T. III. P.
120. de l'Histoire de France , imprimée
à Paris, 12. ans après la mort de M. Bail
let : Louis VIII. eut pour enfans , &c .
S. Louis né à Poissy.
2º. La proximité d'une ruë , dites
vous , a empêché de bâtir le Sanctuaire
de l'Eglise des Dames de Poissy vers l'O-
rient ; cela est vrai , mais ce fut pour ac-
corder cette proximité avec l'endroit où
S. Louis étoit né , sur lequel on voulut
placer le Maître Autel.
3 °. L'autorité de Guidonis , Dominicain ,
né en 1260. Evêque de Lodéve en 1324.
quej'ai cité, m'a paru d'autant plus décisi-
II. Vol.
ve
JUIN.
1737.
1347
ve pour prouver la Naissance de S.Louis à
Poissy , qu'un autre Ecrivain , lequel té-
moigne , selon le P. Echard , l'avoir
connu , assure dans l'Abregé qu'il a fait
de sa Vie , qu'il étoit à la suite de la
Cour de France en 1318. envoyé par le
Pape Jean XXII. pour terminer la
Guerre qui étoit entre le Roy Philipe V.
et les Flamans. Ce qui réussit, dit Meze-
ray , le 20. May 1320. Guidonis , alors
Inquisiteur de Toulouze , et Procureur
General de son Ordre ; dum Inquisitionis
et Procurationis officiis fungeretur , obligé
en cette derniere qualité , de veiller à
l'execution de la Fondation d'un Monas-
tere de son Ordre , faite à Poissy , à cinq
petites lieuës de Paris ; Guidonis , dis - je ,
pouvoit-il ignorer , n'étoit- il pas même
obligé de sçavoir le dessein de Philipe le
Bel et des Princes , ses deux fils , Philipe
Vet Charles IV . auxquels il avoit l'hon-
neur de parler , déclarés avec leur Perc
dans le Nécrologe de certe Maison , Au-
teurs de ces grands Edifices ?
J'ai donc suivi les regles d'une saine
critique , lorsque j'ai regardé ce Prélat
comme un bon garant de la verité que
je défends ; il dit nettement que Philipe
le Bel fonda le Monastere de Poissy in
bonorem Avi sui qui apud Pissiacum natës
1 I. Vol.
esis
1342 MERCURE DE FRANCE
ests et c'est en termes aussi exprès , qu'il
assure dans la Relation de cette Fonda-
tion , que le Lieu de Poissy fut choisi
préférablement à tout autre , parce que
S. Louis y étoit né.
Vous ne voulez pourtant point qu'on
s'arrête à ce témoignage
parce que ,
>> dites- vous, les OuvragesHistoriques de
» Guidonis sont remplis d'une inexacti-
» tude qui leur a'attiré le mépris des Sça-
» vans, et qui est la cause qu'ils restent
» oubliés dans la poussiere des Biblio-
> theques , sans que personne ait jamais
» eu le courage de les rendre publics par
» l'impression. Les Sçavans , selon vous,
méprisent ses Ouvrages Historiques , & c.
Mais tous les Sçavans dont vous voulez
parler se réduisent à un des Continua-
teurs de Bollandus , qui même n ' . dit
autre chose , sinon que la Vie de Saint
Justin d'Aquitaine , publiée par Gui-
donis , contient des fables. A quoi le
P. Echard répond : hasfabulas Bernardo
non tribuas » En effet , Guidonis paroît
>> ici un Ecrivain zelé , lequel ayant
» découvert cette Piece en Gascogne,
» n'a eu d'autre dessein' que de la con-
» server en entier , afin que ce qu'il y a
» de fabuleux ne fut pas cause de la per-
se de ce qu'il y a de vrai , sans préten
ᏞᎥᏤ .
dre
JUIN.
1737
7343
dre autoriser également l'un et l'autre.
Donnez-vous la peine , Monsieur , de
lire sa Vie , raportée par les Peres Labbe
et Echard , et vous y trouverez de quoi
vous former l'idée juste que l'on doit
avoir de notre Auteur et de ses Ouvra-
ges: Guido vir magni consilii , sensatus ,
fama , gratiâ , scientiâ et eloquentiâ clarus.
M. Sponde ad annum 1330. et le P. Ale-
xandre Siecle XIV . p . 148. lui donnent
dans leurs Annales les mêmes éloges . Le
P. Lelong , de l'Oratoiré , fait , dans sa
Bibliotheque Historique , le dénombre-
ment des plus célebres Bibliotheques qui
conservent cherement ses Manuscrits , et
il assure p. 78 2. que son Histoire impri-
mée des Comtes de Toulouze , est suivie
generalement de tous ; M. Baluze , le-
quel , au sentiment de M. Dupin , Siécle
XVII. p. 5. et p. 15. et de tout le monde,
étoit mieux versé que personne dans la
connoissance des Manuscrits , parlant de
notre Prélat , a dit dans son Histoire des
Papes d'Avignon , T. I. p. 579. Bernar-
dus Guidonis Auctor omni exceptione ma-
jor. Bernard Guidonis est un des plus cé-
lebres Auteurs ; et il l'a dit à l'occasion
de ses Additions à l'Ouvrage Historique
des nouveaux établissemens de l'Ordre
des Freres Précheurs , De Exordiis Ord.
II. Vol.
Prad
1344 MERCURE DE FRANCE
Prad. Ce scul témoignage autorise tout
ce que notre Ecrivain a dit de celui de
Poissy , qui est du nombre. Tous ces
Scavans , et plusieurs autres que je pou
rois citer, sont autant de témoins du mé-
rite de Guidonis , par les éloges qu'ils
lui donnent.
Vous ajoûtez enfin que personne n'a
jamais eu le courage de faire imprimer
aucun des Ouvrages Historiques de no-
tre Auteur , et le P. Echard T. I. p . 577.
>
en cite six , avec l'année et le lieu de
l'Impression. Historia Inquisitionis , &c.
Vovez aussi ce que Baillet dit en faveur de
Guidonis T. I. p. 36. Edit. de 1704.
4º. Guillaume de Chartres , Chapelain
de S. Louis , a écrit que ce pieux Roy
observoit les jeûnes qui étoient d'obliga
tion dans le Diocèse de Chartres , eò quod
de Carnotensi Diocesi oriundus existebat.
J'ai traduit ces mots : Parce qu'il étoit
né dans le Diocèse de Chartres. Et je
soutiens encore que c'est leur sens veri-
table et naturel.
Ce que j'ai avancé , qu'en cherchant
une autre autorité que celle de Catel ,
qui vous a paru trop foible , pour mon-
trer que j'ai bien expliqué le mot oriun-
dus , je l'ai trouvée sans peine cette au-
torité , et telle qu'elle ne laisse pas om-
II. Vol.
bre
JUIN.
11. Vol.
1737.
1345
bre de difficulté ; c'est la Vie de S. Eloy
par S. Ouen qui me l'a fournie. Elegius,
dit l'Historien, in Villa Catalanensi oriun-
dus fuit. On l'explique en disant que S.
Eloy nâquit à Cataillac près de Limoges,
et S. Olen ne permet pas de l'entendre
autrement , lorsqu'il ajoûte : ex hâc ergo
regione natus est : Il nâquit donc dans ce
Pays-là. Sum enim et ego , si fortè vos nes-
citis , civitate vestrâ oriundus , et à pueritia
nutritus : » Sçachez , disoitCorneille Agrip-
ра
» pa à ceux de Cologne , que je suis né
» et que j'ai été élevé dans votre Ville ,
qu'il apelle sa Patrie. Melchior, Adam
et Bayle citent cet oriundus pour prouver
qu'il y est né.
5º. Mais si le mot oriundus indique le
Lieu de la naissance temporelle , en se-
ra- t- il autrement du mot originis , em-
ployé par Philipe le Bel en 1304. dans
la Chartre de Fondation du Monastere
de Poissy ? M. Maillart les a expliqués
l'un comme l'autre , et vous en avez usé
de mêmesje n'y trouve aussi aucune dif-
ference ; je crois qu'ils ont la même si-
gnification ; cependant comme il vous
reste deux scrupules , je vais tâcher de
les lever.
On lit donc dans cette Chartre de
Fondation ( par laquelle le Roy accorde,
en
1546 MERCURE DE FRANCE
en vûë de la Naissance de S. Louis , in
honorem , &c. des Privileges bien plus
étendus que ceux de Neuville : Villam
ipsa
ORIGINIS SUE locum habebat.Il
avoit le Domaine de cette petite Ville de
Poissy , le Lieu de sa Naissance. Ce ver-
be habebat vous paroît receler quelque
mistere
,
et en vous en reservant l'intel-
ligence , vous avertissez le Public que si
on l'entend bien , il fait contre moi ; j'a-
voiie que je ne vois point cela , mais ce
que je vois fort bien , c'est que ce même
verbe habebat n'est point dans une autre
Chartre que Philipe le Bel accorda au
Monastere de Poissy , et qui est datée de
Chastillon- sur- Yndre , au mois d'Août
1305. In honorem Dei , B. V. M. nen nen
ad celebrem et specialem egregii Confessoris
B. Ludovici , Avi nostri , Monasterium
præteritis diebusfundare decrevimus in Villä
Pissiaci , ORIGINIS locum prefati Confes
soris , & c.
Ce verbe habebat , comme vous voyez,
n'est plus ici un obstacle , et afin que
vous n'ayez rien à désirer là dessus , lisez
un endroit de la Vie de S. Gregoire , Pa-
pe , écrite par un Chartreux du Val-
Dieu , du XV. Siécle , et raportée dans
le T. VI. p. 28. Veter. scrip. de D. Mar-
tenne , Benedictin. B. Gregorius , Papa ,
VI. Vol.
clarissimis
JUIN.
1737.
clarissimis ortus natalibus ;
8347
S. Gregoire ,
Pape , sorti d'une illustre Famille , ea
tempore duxit originem quo à nativitate Ch.
annus DXLI.volvebatur. nâquit en 541.Le
même Chartreux parle de Guidonis p.
70. comme d'un beau génie : Doctor so-
lertissimus edidit egregium opus speculi sanc-
toralis. Ce Docteur subtil est l'Auteur
de l'excellent Traité du Miroir des
Saints.
A l'égard de votre second scrupule ,
qui consiste en ce que vous ne pouvez
pas comprendre qu'on ait été mieux in-
formé du Lieu de la Naissance de Saint
Louis, que de l'année de cette Naissance,
sur laquelle les Historiens ne sont nul-
lement d'accord ; vous me permettrez de
vous dire que la Patrie est une chose sub-
sistante ; la Naissance des Grands Hom-
mes dans un Lieu fait honneur , et sou-
vent même elle lui est utile : il n'en est
pas de même de l'année , et eût- elle été
écrite dans le temps même , les Copistes
ne sont pas également exacts. On sçait
que Philipe le Bel avoit formé le dessein
de fonder un Monastere , non pas pour
rendre célebre l'Année de la Naissance
de S. Louis , son Ayeul ; c'est pour cela
qu'il n'en fut pas parlé , mais le Lieu où
il étoit né , qu'il déclare être la petite
II. Vol.
Ville
1348 MERCURE DE FRANCE
Ville de Poissy , ayant pû l'aprendre de
S. Louis , son Ayeul , auquel il avoit
parlé de Marguerite de Provence , son
Ayeule , avec laquelle il avoit conversé
17. ans , et celle- ci 18. avec la Reine
Blanche.
Que voulez-vous après cela qu'on dia
se de vos Chartres ? Je sçais le respect
que l'on doit avoir pour tout ce qui éma-
ne du Trône de nos Kois : mais la Char-
tre de Louis XII . dont j'ai aporté l'exem-
ple, donnée en 1513. en faveur de la Cour
des Aydes de Montpellier, pour être éga
lement émanée du Trône , ne fut pas
plus infaillible par le défaut de l'Exposé
quoique fait de bonne foy ) vos Char-
tres étant de ce caractere , elles n'en ont
pas aussi plus d'autorité .
Il n'y en a proprement que deux ;
( celle de 1475. se raportant entierement
à celle de 1468. ne doit être comptée
pour rien ) La premiere est de Louis XI.
et de l'an 1468. c'est-à-dire qu'elle a été
accordée aux Habitans de la Neuville-
en-Hez plus de 250.ans après la Naissan-
ce de S. Louis , et 198. après sa mort.
Ce qu'il y a de remarquable, c'est que
Louis XI. ne dit pas absolument dans
certe Chartre que S. Louis est né à la
Neuville ; quand il l'auroit dit , ce seroit
11. Vol.
encore
JUIN.
encore peu
1737.
1349
de chose: car on sçait bien
que
ce ne sont pas les Rois qui redigent les
Chartres ; mais après avoir écrit dans cel-
le-ci que S. Louis avoit pris Naissance à
la Neuville , on a eu soin d'ajoûter au
nom du Roy , ainsi qu'il nous a été af-
firmé. Par qui affirmé ? Ce n'est pas assu
rément par ceux qui étoient du temps de
S.Louis.Si l'on veut donc que cette Char-
tre prouve quelque chose,ce sera unique-
ment,que plus de 250 ans après la Nais-
sance de S. Louis , les Habitans de la
Neuville , ayant trouvé une protection
auprès de Louis XI . lui demanderent
une exemption pour un temps , que leur
pauvreté seule rendoit nécessaire ; que,
pour être écoutés plus favorablement, ils
exposerent que S. Louis étoit né chés eux;
et que Louis XI . leur accorda ce qu'ils
demandoient sur un oui dire , sans avoir
fait examiner la verité de cette partie de
leur Exposé.
Je n'aurai pas de peine à montrer que
la Chartre d'Henry IV. qui vous a pa
ru si curieuse , ne prouve pas davantage.
Le Roy y dit que les Habitans de la Neu-
ville lui ont exposé qu'ils avoient obte-
nu autrefois plusieurs graces , entr'autres
une Chartre de S.Louis , qui la leur avoit
accordée en consideration de ce qu'il
11. Vol.
avoit
1350 MERCUREDE FRANCE
avoit pris Naissance au Château de la
Neuville. Vous voyez , Monsieur, que ce
sont encore ici les Habitans qui parlent ,
et qui parlent d'une Chartre qu'ils n'a-
voient pas , et qu'ils disent que S. Louis
leur avoit accordée , comme l'ayant oüi
dire.
Enfin tout s'opose à vos Chartres , et
rien ne les favorise . Que d'obstacles à
franchir
que de difficultés à résoudre !
et à combien de conjectures n'êtes- vous
pas obligé de recourir pour trouver quel
que Epoque de la Naissance de S. Louis
à Neuville ? On aura beau chercher le
sujet du voyage de la Princesse Blanche,
qui n'étoit pas encore Keine , M. Mail-
lart avoue dans sa Lettre, et vous Mon-
sieur, vous faites connoître, par les beaux
traits
Histoire dont vous avez enrichi
la vôtre , que vous n'avez rien oublié
l'un et l'autre pour le trouver ce sujet ,
mais sans succès. Après de si habiles
cri.
vains , qui osera se flatter d'y réussir ?
Il en faudra donc toujours revenir au
Château de Poissy , le séjour ordinaire
de cette Princesse.
Je suis , Monsieur , &c.
A Paris le 1. Juin 1737.
Dominicain, à la Lettre de M. le Beuf,
Chanoine de L. C. D. imprimée dans
le Mercure de Mars 1737. au sujet du
Lieu de la Naissance de Saint Louis,
Roy de France.
J'avois vû, Monsieur, d'abord avec
plaisir, votre nom à la tête de la Lettre
à laquelle j'ai l'honneur de répondre;
comme ce qui vient de vous est ordinai-
rement rempli d'érudition et de recher-
ches, je m'attendois à y trouver des
éclaircissemens sur la question agitée en-
tre M. Maillart et moi , d'autant mieux
quejevoyois paroître sur les rangsur Ecri-
vain d'un mérite distingué, sans qu'il eût
aucun interêt au sujet de notre dispute.
Ce n'est donc pas sans raison que j'ai été
surpris de ne voir presque dans certe Let-
tre que les Chartres de la Neuville- en-
11. Vol
Hez ,
JUIN.
1737
1339
Hez , avec quelques avis, dont vous con-
viendrez vous-même que je n'avois pas
besoin , lorsque vous y aurez fait re
Aexion.
1º. Je me suis fait illusion , si on vous
en croit , lorsque j'ai soutenu que M.
Baillet , qui a placé à Poissy la Naissance
de S. Louis , connoissoit les Chartres de
la Neuville , où il étoit né lui- même , et
pour prouver ma prétendue méprise
de cet Ouvrage , à laquelle il présida
>
vous observez que la Note que j'ai copiée
dans les Vies des Saints de ce celebre Cri-
sique , n'est pas dans la premiere Edition
mais seulement dans deux Editions faites
long- temps après sa mort ; sçavoir , en
1715. et en 1724.d'où vous concluez que
cette Note n'est pas de M. Baillet , mais
de l'Editeur.
Comment avez vous pû ignorer, Mon.
sieur , que l'Edition de 1701. qui est la
premiere , ayant été épuisée en très- peu
.de temps , on en fit une seconde , revie
et augmentée par l'Auteur , qui fut mise
en vente dès l'an 1704. chés Jean de
Nully. Baillet étoit alors plein de vie ,
il ne mourut que le 21. Janvier 1706.
Ce fut donc lui-même qui , au Tome II.
de cette Edition p. 379. après avoir écrit
dans le Texte : Louis IX. Roy de France
II. Vol
nâquir
1340 MERCURE DE FRANCE
nâquit à Poissy , ajoûta cette Note. >> On
» voit deux Actes de nos Rois , l'un de
» Louis XI. et l'autre de Henry I V. qui
» portent qu'il est né à Neuville- en-Hez ,
" Bourg du Diocèse de Beauvais, » C'est
lui qui en disant ensuite p. 383. » que
» S. Louis retournoit ordinairement à
» Poissy , non pas tant pour y être né
» que pour y avoir reçû le Baptême »
montre qu'il n'avoit point d'égard à ces
Chartres. De plus on lit au IV. Tome p.
292. qu'il y avoit eu en 1215. trois éve-
nemens remarquables , dont l'un étoit la
Naissance de S. Louis à Poissy.
M. le Gendre a suivi son exemple , et
malgré ces Chartres , il a écrit T. III. P.
120. de l'Histoire de France , imprimée
à Paris, 12. ans après la mort de M. Bail
let : Louis VIII. eut pour enfans , &c .
S. Louis né à Poissy.
2º. La proximité d'une ruë , dites
vous , a empêché de bâtir le Sanctuaire
de l'Eglise des Dames de Poissy vers l'O-
rient ; cela est vrai , mais ce fut pour ac-
corder cette proximité avec l'endroit où
S. Louis étoit né , sur lequel on voulut
placer le Maître Autel.
3 °. L'autorité de Guidonis , Dominicain ,
né en 1260. Evêque de Lodéve en 1324.
quej'ai cité, m'a paru d'autant plus décisi-
II. Vol.
ve
JUIN.
1737.
1347
ve pour prouver la Naissance de S.Louis à
Poissy , qu'un autre Ecrivain , lequel té-
moigne , selon le P. Echard , l'avoir
connu , assure dans l'Abregé qu'il a fait
de sa Vie , qu'il étoit à la suite de la
Cour de France en 1318. envoyé par le
Pape Jean XXII. pour terminer la
Guerre qui étoit entre le Roy Philipe V.
et les Flamans. Ce qui réussit, dit Meze-
ray , le 20. May 1320. Guidonis , alors
Inquisiteur de Toulouze , et Procureur
General de son Ordre ; dum Inquisitionis
et Procurationis officiis fungeretur , obligé
en cette derniere qualité , de veiller à
l'execution de la Fondation d'un Monas-
tere de son Ordre , faite à Poissy , à cinq
petites lieuës de Paris ; Guidonis , dis - je ,
pouvoit-il ignorer , n'étoit- il pas même
obligé de sçavoir le dessein de Philipe le
Bel et des Princes , ses deux fils , Philipe
Vet Charles IV . auxquels il avoit l'hon-
neur de parler , déclarés avec leur Perc
dans le Nécrologe de certe Maison , Au-
teurs de ces grands Edifices ?
J'ai donc suivi les regles d'une saine
critique , lorsque j'ai regardé ce Prélat
comme un bon garant de la verité que
je défends ; il dit nettement que Philipe
le Bel fonda le Monastere de Poissy in
bonorem Avi sui qui apud Pissiacum natës
1 I. Vol.
esis
1342 MERCURE DE FRANCE
ests et c'est en termes aussi exprès , qu'il
assure dans la Relation de cette Fonda-
tion , que le Lieu de Poissy fut choisi
préférablement à tout autre , parce que
S. Louis y étoit né.
Vous ne voulez pourtant point qu'on
s'arrête à ce témoignage
parce que ,
>> dites- vous, les OuvragesHistoriques de
» Guidonis sont remplis d'une inexacti-
» tude qui leur a'attiré le mépris des Sça-
» vans, et qui est la cause qu'ils restent
» oubliés dans la poussiere des Biblio-
> theques , sans que personne ait jamais
» eu le courage de les rendre publics par
» l'impression. Les Sçavans , selon vous,
méprisent ses Ouvrages Historiques , & c.
Mais tous les Sçavans dont vous voulez
parler se réduisent à un des Continua-
teurs de Bollandus , qui même n ' . dit
autre chose , sinon que la Vie de Saint
Justin d'Aquitaine , publiée par Gui-
donis , contient des fables. A quoi le
P. Echard répond : hasfabulas Bernardo
non tribuas » En effet , Guidonis paroît
>> ici un Ecrivain zelé , lequel ayant
» découvert cette Piece en Gascogne,
» n'a eu d'autre dessein' que de la con-
» server en entier , afin que ce qu'il y a
» de fabuleux ne fut pas cause de la per-
se de ce qu'il y a de vrai , sans préten
ᏞᎥᏤ .
dre
JUIN.
1737
7343
dre autoriser également l'un et l'autre.
Donnez-vous la peine , Monsieur , de
lire sa Vie , raportée par les Peres Labbe
et Echard , et vous y trouverez de quoi
vous former l'idée juste que l'on doit
avoir de notre Auteur et de ses Ouvra-
ges: Guido vir magni consilii , sensatus ,
fama , gratiâ , scientiâ et eloquentiâ clarus.
M. Sponde ad annum 1330. et le P. Ale-
xandre Siecle XIV . p . 148. lui donnent
dans leurs Annales les mêmes éloges . Le
P. Lelong , de l'Oratoiré , fait , dans sa
Bibliotheque Historique , le dénombre-
ment des plus célebres Bibliotheques qui
conservent cherement ses Manuscrits , et
il assure p. 78 2. que son Histoire impri-
mée des Comtes de Toulouze , est suivie
generalement de tous ; M. Baluze , le-
quel , au sentiment de M. Dupin , Siécle
XVII. p. 5. et p. 15. et de tout le monde,
étoit mieux versé que personne dans la
connoissance des Manuscrits , parlant de
notre Prélat , a dit dans son Histoire des
Papes d'Avignon , T. I. p. 579. Bernar-
dus Guidonis Auctor omni exceptione ma-
jor. Bernard Guidonis est un des plus cé-
lebres Auteurs ; et il l'a dit à l'occasion
de ses Additions à l'Ouvrage Historique
des nouveaux établissemens de l'Ordre
des Freres Précheurs , De Exordiis Ord.
II. Vol.
Prad
1344 MERCURE DE FRANCE
Prad. Ce scul témoignage autorise tout
ce que notre Ecrivain a dit de celui de
Poissy , qui est du nombre. Tous ces
Scavans , et plusieurs autres que je pou
rois citer, sont autant de témoins du mé-
rite de Guidonis , par les éloges qu'ils
lui donnent.
Vous ajoûtez enfin que personne n'a
jamais eu le courage de faire imprimer
aucun des Ouvrages Historiques de no-
tre Auteur , et le P. Echard T. I. p . 577.
>
en cite six , avec l'année et le lieu de
l'Impression. Historia Inquisitionis , &c.
Vovez aussi ce que Baillet dit en faveur de
Guidonis T. I. p. 36. Edit. de 1704.
4º. Guillaume de Chartres , Chapelain
de S. Louis , a écrit que ce pieux Roy
observoit les jeûnes qui étoient d'obliga
tion dans le Diocèse de Chartres , eò quod
de Carnotensi Diocesi oriundus existebat.
J'ai traduit ces mots : Parce qu'il étoit
né dans le Diocèse de Chartres. Et je
soutiens encore que c'est leur sens veri-
table et naturel.
Ce que j'ai avancé , qu'en cherchant
une autre autorité que celle de Catel ,
qui vous a paru trop foible , pour mon-
trer que j'ai bien expliqué le mot oriun-
dus , je l'ai trouvée sans peine cette au-
torité , et telle qu'elle ne laisse pas om-
II. Vol.
bre
JUIN.
11. Vol.
1737.
1345
bre de difficulté ; c'est la Vie de S. Eloy
par S. Ouen qui me l'a fournie. Elegius,
dit l'Historien, in Villa Catalanensi oriun-
dus fuit. On l'explique en disant que S.
Eloy nâquit à Cataillac près de Limoges,
et S. Olen ne permet pas de l'entendre
autrement , lorsqu'il ajoûte : ex hâc ergo
regione natus est : Il nâquit donc dans ce
Pays-là. Sum enim et ego , si fortè vos nes-
citis , civitate vestrâ oriundus , et à pueritia
nutritus : » Sçachez , disoitCorneille Agrip-
ра
» pa à ceux de Cologne , que je suis né
» et que j'ai été élevé dans votre Ville ,
qu'il apelle sa Patrie. Melchior, Adam
et Bayle citent cet oriundus pour prouver
qu'il y est né.
5º. Mais si le mot oriundus indique le
Lieu de la naissance temporelle , en se-
ra- t- il autrement du mot originis , em-
ployé par Philipe le Bel en 1304. dans
la Chartre de Fondation du Monastere
de Poissy ? M. Maillart les a expliqués
l'un comme l'autre , et vous en avez usé
de mêmesje n'y trouve aussi aucune dif-
ference ; je crois qu'ils ont la même si-
gnification ; cependant comme il vous
reste deux scrupules , je vais tâcher de
les lever.
On lit donc dans cette Chartre de
Fondation ( par laquelle le Roy accorde,
en
1546 MERCURE DE FRANCE
en vûë de la Naissance de S. Louis , in
honorem , &c. des Privileges bien plus
étendus que ceux de Neuville : Villam
ipsa
ORIGINIS SUE locum habebat.Il
avoit le Domaine de cette petite Ville de
Poissy , le Lieu de sa Naissance. Ce ver-
be habebat vous paroît receler quelque
mistere
,
et en vous en reservant l'intel-
ligence , vous avertissez le Public que si
on l'entend bien , il fait contre moi ; j'a-
voiie que je ne vois point cela , mais ce
que je vois fort bien , c'est que ce même
verbe habebat n'est point dans une autre
Chartre que Philipe le Bel accorda au
Monastere de Poissy , et qui est datée de
Chastillon- sur- Yndre , au mois d'Août
1305. In honorem Dei , B. V. M. nen nen
ad celebrem et specialem egregii Confessoris
B. Ludovici , Avi nostri , Monasterium
præteritis diebusfundare decrevimus in Villä
Pissiaci , ORIGINIS locum prefati Confes
soris , & c.
Ce verbe habebat , comme vous voyez,
n'est plus ici un obstacle , et afin que
vous n'ayez rien à désirer là dessus , lisez
un endroit de la Vie de S. Gregoire , Pa-
pe , écrite par un Chartreux du Val-
Dieu , du XV. Siécle , et raportée dans
le T. VI. p. 28. Veter. scrip. de D. Mar-
tenne , Benedictin. B. Gregorius , Papa ,
VI. Vol.
clarissimis
JUIN.
1737.
clarissimis ortus natalibus ;
8347
S. Gregoire ,
Pape , sorti d'une illustre Famille , ea
tempore duxit originem quo à nativitate Ch.
annus DXLI.volvebatur. nâquit en 541.Le
même Chartreux parle de Guidonis p.
70. comme d'un beau génie : Doctor so-
lertissimus edidit egregium opus speculi sanc-
toralis. Ce Docteur subtil est l'Auteur
de l'excellent Traité du Miroir des
Saints.
A l'égard de votre second scrupule ,
qui consiste en ce que vous ne pouvez
pas comprendre qu'on ait été mieux in-
formé du Lieu de la Naissance de Saint
Louis, que de l'année de cette Naissance,
sur laquelle les Historiens ne sont nul-
lement d'accord ; vous me permettrez de
vous dire que la Patrie est une chose sub-
sistante ; la Naissance des Grands Hom-
mes dans un Lieu fait honneur , et sou-
vent même elle lui est utile : il n'en est
pas de même de l'année , et eût- elle été
écrite dans le temps même , les Copistes
ne sont pas également exacts. On sçait
que Philipe le Bel avoit formé le dessein
de fonder un Monastere , non pas pour
rendre célebre l'Année de la Naissance
de S. Louis , son Ayeul ; c'est pour cela
qu'il n'en fut pas parlé , mais le Lieu où
il étoit né , qu'il déclare être la petite
II. Vol.
Ville
1348 MERCURE DE FRANCE
Ville de Poissy , ayant pû l'aprendre de
S. Louis , son Ayeul , auquel il avoit
parlé de Marguerite de Provence , son
Ayeule , avec laquelle il avoit conversé
17. ans , et celle- ci 18. avec la Reine
Blanche.
Que voulez-vous après cela qu'on dia
se de vos Chartres ? Je sçais le respect
que l'on doit avoir pour tout ce qui éma-
ne du Trône de nos Kois : mais la Char-
tre de Louis XII . dont j'ai aporté l'exem-
ple, donnée en 1513. en faveur de la Cour
des Aydes de Montpellier, pour être éga
lement émanée du Trône , ne fut pas
plus infaillible par le défaut de l'Exposé
quoique fait de bonne foy ) vos Char-
tres étant de ce caractere , elles n'en ont
pas aussi plus d'autorité .
Il n'y en a proprement que deux ;
( celle de 1475. se raportant entierement
à celle de 1468. ne doit être comptée
pour rien ) La premiere est de Louis XI.
et de l'an 1468. c'est-à-dire qu'elle a été
accordée aux Habitans de la Neuville-
en-Hez plus de 250.ans après la Naissan-
ce de S. Louis , et 198. après sa mort.
Ce qu'il y a de remarquable, c'est que
Louis XI. ne dit pas absolument dans
certe Chartre que S. Louis est né à la
Neuville ; quand il l'auroit dit , ce seroit
11. Vol.
encore
JUIN.
encore peu
1737.
1349
de chose: car on sçait bien
que
ce ne sont pas les Rois qui redigent les
Chartres ; mais après avoir écrit dans cel-
le-ci que S. Louis avoit pris Naissance à
la Neuville , on a eu soin d'ajoûter au
nom du Roy , ainsi qu'il nous a été af-
firmé. Par qui affirmé ? Ce n'est pas assu
rément par ceux qui étoient du temps de
S.Louis.Si l'on veut donc que cette Char-
tre prouve quelque chose,ce sera unique-
ment,que plus de 250 ans après la Nais-
sance de S. Louis , les Habitans de la
Neuville , ayant trouvé une protection
auprès de Louis XI . lui demanderent
une exemption pour un temps , que leur
pauvreté seule rendoit nécessaire ; que,
pour être écoutés plus favorablement, ils
exposerent que S. Louis étoit né chés eux;
et que Louis XI . leur accorda ce qu'ils
demandoient sur un oui dire , sans avoir
fait examiner la verité de cette partie de
leur Exposé.
Je n'aurai pas de peine à montrer que
la Chartre d'Henry IV. qui vous a pa
ru si curieuse , ne prouve pas davantage.
Le Roy y dit que les Habitans de la Neu-
ville lui ont exposé qu'ils avoient obte-
nu autrefois plusieurs graces , entr'autres
une Chartre de S.Louis , qui la leur avoit
accordée en consideration de ce qu'il
11. Vol.
avoit
1350 MERCUREDE FRANCE
avoit pris Naissance au Château de la
Neuville. Vous voyez , Monsieur, que ce
sont encore ici les Habitans qui parlent ,
et qui parlent d'une Chartre qu'ils n'a-
voient pas , et qu'ils disent que S. Louis
leur avoit accordée , comme l'ayant oüi
dire.
Enfin tout s'opose à vos Chartres , et
rien ne les favorise . Que d'obstacles à
franchir
que de difficultés à résoudre !
et à combien de conjectures n'êtes- vous
pas obligé de recourir pour trouver quel
que Epoque de la Naissance de S. Louis
à Neuville ? On aura beau chercher le
sujet du voyage de la Princesse Blanche,
qui n'étoit pas encore Keine , M. Mail-
lart avoue dans sa Lettre, et vous Mon-
sieur, vous faites connoître, par les beaux
traits
Histoire dont vous avez enrichi
la vôtre , que vous n'avez rien oublié
l'un et l'autre pour le trouver ce sujet ,
mais sans succès. Après de si habiles
cri.
vains , qui osera se flatter d'y réussir ?
Il en faudra donc toujours revenir au
Château de Poissy , le séjour ordinaire
de cette Princesse.
Je suis , Monsieur , &c.
A Paris le 1. Juin 1737.
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7399
p. 1357-1368
ELOGE du R. P. Dom Claude Dupré, Superieur General des Benedictins de la Congrégation de S. Maur.
Début :
Le R. P. Dom Claude Dupré nâquit à Bresolles, petite Ville du Perche, [...]
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texteReconnaissance textuelle : ELOGE du R. P. Dom Claude Dupré, Superieur General des Benedictins de la Congrégation de S. Maur.
ELOGE du R. P. Dom Claude Dupré,
Superieur General des Benedictins de la
Congrégation de S. Maur.
Le R. P. Dom Claude Dupré nâquit
à Bresolles, petite Ville du Perche,
dans le Diocèse de Chartres , le 18. No
vembre 1667.d'une fort honnête Famille.
A l'âge d'onze ans ses Parens l'envoyerenɛ
à Paris. Après avoir étudié quelque temps
au College de Montaigu , il alla à Caën
achever ses Humanités , et partout il fit
admirer son amour pour les Lettres , et
son assiduité au travail. C'étoit peu pour
lui que les heures d'étude et les devoirs
de Classe ordinaires. Avare de son temps
II. Vol.
E iiij .
et
1358 MERCURE DE FRANCE
et avide de science , les momens que ses
Condisciples passoient à de vains amu-
semens, notre jeune Ecolier les employoit
à la lecture des bons Livres , ou dans la
compagnie des Personnes qui pouvoient
contribuer à son avancement. Ses pro-
menades et ses récréations se bornoient
à l'Abbaye de S. Etienne de Caën , où il
s'entretenoit de matieres de pieté avec
quelques Religieux , dont il avoit fait
connoissance , et s'édifioit de la retraite ,
du silence et de la régularité de cette
Communauté. Leur genre de vie fatoit
Insensiblement son inclination , et la
grace secondant le penchant naturel qu'il
avoit pour la solitude , il se sentit vive-
ment pressé du désir de se faire Religieux.
Fidele à sa vocation , il quitta le Monde
et sortit de Caën à l'insçû de ses Parens,
pour se retirer dans le Monastere de
Lyre.
Là, revêtu de l'habit Religieux, notre
jeune Novice s'apliquoit tout entier à
étudier et à remplir les devoirs de l'Etat
qu'il vouloit embrasser , lorsque son Pe-
re se rendit à Lyre , et le sollicita par
tout ce que la Nature a de plus tendre ,
de retourner avec lui dans le Monde pour
être sa compagnie et sa consolation . Mais
le Novice , ferme dans sa résolution
II. Vol.
Consomma
JUIN 1737.
11, Ꮴ !
1359
consomma son sacrifice avec joye le 10.
Août 1686. par les vœux solennels de
la Religion.
Après sa Profession , il fut envoyé à
S. Ouën de Roüen , pour y faire son Sé-
minaire. Le P. Dom Simon Bougis , qui
en étoit Prieur , déja prévenu sur les
heureuses dispositions du Frere Dupré ,
le reçut , avec complaisance , au nombre
de ses Eleves , et s'apliqua avec soin à
cultiver cette jeune Plante et à la conduite
à sa perfection. Notre jeune Profès fit de
si grands progrès dans la vertu , qu'il
devint en peu de temps l'exemple et le
modele du Séminaire. Il passa ainsi deux
années dans la pratique la plus exacte de
l'observance Réguliere. Apliqué ensuite
par ses Supérieurs à la Philosophie et à
la Théologie , il reprit son ancien goût
pour l'Etude , mais sans jamais perdre le
but de sa vocation . Les succès répondi
rent parfaitement à l'habileté de ses Maî-
tres , et sa pieté ne souffrir rien des athi-
blissemens que la sécheresse et la dissi
pation des Études causent souvent.
Au sortir de ses Etudes , on l'envoya
à Jumiéges , Maison très retirée er pro-
pre à ses inclinations. Il reçut à la fin de
Fannée l'Ordre de Prêtrise , et peu de
temps après les Supérieurs Ini confierent
E v
iédu-
1360 MERCURE DE FRANCE
l'éducation de la Jeunesse , ils lui firent
>
enseigner successivement les Belles- Let
tres au College de Tyron , la Philosophie
à Fécamp , et la Théologie à Caën. Il
s'étudia à former ses Disciples autant par
ses exemples que par ses leçons ; sa con-
duite leur inspiroit également l'amour
pour la vertu et l'ardeur pour les Sciences.
Le Chapitre General de 1705. le nom-
ma Prieur de Saint- Pere de Chartres.
Toute la Province aprouva ce choix ; il
en fut lui seul consterné ; il fit des re-
montrances , il insista , il gémit , il pleu-
ra , mais inutilement
ร
il fallut se sou-
mettre. A la tête de sa Communauté , il
prit pour regle de conduite l'exemple du
bon Pasteur. Dur à lui même , humain
pour ses freres, prévenant officieusement
les besoins de ses Religieux , portant
tout le poids de la Supériorité , sans en
goûter les douceurs ; il possedoit à un
dégré supérieur le don de la parole. Rien
de plus solide , rien de plus pathétique
que les Exhortations qu'il faisoit à ses
Religieux , ils l'écoutoient toujours avec
plaisir , même dans la censure de leurs
fautes.
Le Chapitre General de 1708. instruit
de ses vertus et de ses bonnes qualités
crut devoir lui confer un poste plus con-
II. Vol.
sidérable.
JUIN.
II. Vol.
1737.
1361
sidérable. Il y fut nommé Abbé de Saint
Martin de Séez. Cette nouvelle dignité ,
soûtenuë de tous les talens qui rendent
un homme recommandable , auroit pû lui
procurer des amis distingués , et le faire
briller au-dehors ; mais se renfermant
dans les bornes de son Etat , il évita , au-
tant qu'il put , de paroître et de se ré-
pandre parmi les Séculiers. Malgré tou
tes ses précautions il fut respecté dans le
Pays et connu pendant six ans qu'il gou-
verna cette Abbaye , pour un saint et
sçavant Religieux , qui joignoir aux bel-
les connoissances un excellent caractere.
Les idées avantageuses qu'on avoit de
lui , loin de flater son amour propre , net
servirent qu'à le rendre encore plus hum-
ble. Il souffroit impatiemment des élo-
ges et des attentions qu'il croyoit ne pas
mériter ; et regardant la supériorité com-
me un écueil , il fit tous ses efforts pour
s'en décharger au Chapitre General de
1714. dont il étoit Membre. Il y étoit
destiné pour remplir un des premiers
postes de la Province de Bretagne ; mais
Il préfera l'Office de Secretaire du R. P.
General aux Supériorités les plus hono-
rables.
Il exerça cet Emploi pendant six ans
avec tout le zele et l'attachement que
E vj
méritoit
1362 MERCURE DE FRANCE
méritoit l'entiere confiance dont l'hono-
roit le R. P. Dom Charles de l'Hostalled
rie. Ce R.P. ayant demandé et obtenu sa
décharge au Chapitre de 1720. son Se-
cretaire sollicita vivement la permission
de rentrer dans la retraite et dans la so-
litude , dont il faisoit ses délices ; mais
on n'eut aucun égard à ses prieres , et
malgré toutes ses repugnances , il fuc
nommé par ce Chapitre Visiteur de Nor-
mandie , et par celui de 1723. Visiteur
de la Province de France.
Devenu le Pere des Religieux de ces
Provinces , il en fit le bonheur et l'ad-
miration: il les gouverna avec toute la
fermeté , la douceur et la modération
qu'on pouvoit attendre de son grand
zele , de son bon cœur et de sa charité
paternelle. Son autorité soûtenuë par
l'exemple de ses vertus , y fut toujours
universellement respectée et aimée. Les
Religieux de France ne le virent sortir
qu'à regret de leur Province : il emporta
leurs cœurs et leurs vœux en les quittant
pour aller en 1726. à Fécamp gouverner
cette Abbaye , la premiere et la plus dis-
tinguée de la Normandie.
En changeant de poste, Dom Dupré
ne changea pas de conduite : même zele
pour la discipline réguliere , même rete-
II. Vol
JUIN.
1737.
1363
#ue pour le dehors. Renfermé dans l'in-
terieur de son Monastere , il se livra tout
entier aux besoins de ses Religieux . Obli-
gé par son Office de Grand Vicaire de
l'Archevêque de Rouen , de communi-
quer avec les Seculiers , pour l'exercice
de la Jurisdiction sur plusieurs Paroisses ,
il s'y prêta , mais toujours en vrai Reli-
gieux , satisfaisant simplement aux de-
voirs de sa Charge-
Député de sa Province , Définiteur et
Secretaire du Chapitre de 1729. il y fut
nommé Prieur de l'Abbaye de S. Ger-
main-des- Prez : mais un orage fâcheux
ayant troublé la paix de la Congrégation ,
il prit le parti de la retraite , et renvoya
son Obedience ; il insista long - temps
pour obtenir sa démission , et ne se ren-
dit à S. Germain qu'aux ordres précis et
réïterés du R. P. Général . Peu accoûtu-
mé au grand Monde, ennemi du tumul-
te et des embaras , il se contenta de lever
les mains au Ciel , tandis que les Supe-
rieurs majeurs travailloient à rétablir le
calme dans la Congrégation.
Ilfutpeu de temps après élû Assistant
du R. P. Général. Telle étoit sa situation
lorsqu'il se vit obligé en 1735. par la
mort inopinée du R. P. Général Dom
Hervé Menard , de présider en qualité
11. Fol.
de
1364 MERCURE DEFRANCE
de Vicaire Général à toute la Congréga-
tion. Il soûtint le poids de cette Charge
avec une constance qui le fit admirer.
Sans rien relâcher de sa régularité , de
son assiduité aux exercices , et de ses
austerités , il s'occupa infatigablement à
chercher les moyens de ramener dans la
Congrégation la subordination et la paix,
que les disputes du temps et les élections
précedentes y avoient extrémement al
Terées.
Son accès libre , aisé et affable , ses
entretiens familiers , agréables et insi-
Huans , ses lettres tendres , affectives et
paternelles, lui attirerent d'abord la con-
fiance des Religieux. Les très-humbles
Remontrances qu'il fit au Roy , de con-
cert avec le P. Assistant et quelques Su-
perieurs , pour la levée des exclusions et
la liberté des suffrages dans le prochain
Chapitre , les ordres pleins de bonté et
de clemence qu'il obtint de S. M. au
mois de Mars 1736. et la lettre qu'il
écrivit à tous les Monasteres le lende
main pour les notifier , acheverent de
concilier les Esprits.
Le 3. May 1736. il fit l'ouverture du
Chapitre par un Discours si éloquent et
si pathetique,qu'il pénétra tous les cœurs
et les réunit tellement , que toutes les
Fl. Vol.
élections
JUIN.
1737.
temps de la Congrégation.
1365
élections s'y firent avec une tranquillité
et une modestie dignes des premiers
Après avoir été élû unanimement Dé-
finiteur et Président de ce Chapitre , il
fut aussi élû d'une voix unanime et pro-
clamé Général de la Congrégation le 27.
du même mois. Cette place étoit dûë à
sa grande régularité et à son zele pour le
bon ordre et pour la discipline. Tous les
Religieux le desiroient et le demandoient
depuis long-temps. Tous aplaudirent à
ce choix; lui seul s'en affligea , et l'abon
dance des larmes qu'il versa, au moment
de son élection , et dans la cérémonie de
son installation , fut une preuve bien
sensible de la peine qu'il en ressentoir.
Ses Religieux ne furent pas les seuls
qui se réjouirent de son élection . Le Pape
l'honora d'un Bref, par lequel il lui mar
quoit la joye qu'il avoit de voir si digne-
ment remplie la premiere Place d'une
Congrégation , qui lui étoit chere et pré-
cieuse, M. le Cardinal de Fleury l'hono
ra d'un accueil très - favorable. S. E. aut
fa bonté de le presenter au Roy et à la
Reine
Elle fit à Leurs Majestés l'Eloge
de la Congrégation et du Général en pre-
sence de toute la Cour , dans les termes
les plus obligeans . Le Public ne prit pas
II.Vab
mcins
"
1366 MERCURE DE FRANCE
moins de part à l'heureux succès du Cha
pitre. Le nouveau Général füt reçû par-
tout avec joye , avec distinction ; et ce-
lui qui , jusqu'alors, n'avoit cherché qu'à
se cacher , se vit, avec étonnement, con-
nu et recherché de tout le Monde. Il re-
çut des marques d'une consideration par
ticuliere du Roy et de la Reine de Polo-
gne, lorsqu'il leur presenta une Relique
de S. Benoît , que L. M. lui avoient de-
mandée avec empressement; la noble sim
plicité avec laquelle il les harangua ,
louée de toute la Cour.
fut
Cependant le Seigneur répandoir ses
graces et ses bénédictions sur son gou-
vernement : la science et la pieté repre-
noient une nouvelle vigueur , lorsqu'une
mort prématurée enleva ce digne Géné-
ral à sa Congrégation . Il avoit prédir ,
au moment de son élection , qu'il ne
verroit pas la fin de l'année. En effet, un
travail dur , continuel et opiniâtre , joint
à une vie extrémement pénitente et aus-
tere, épuisa bien- tôt ses forces ,et le con-
duisit en peu de temps au tombeau.
Dès le mois d'Août il se sentir attaqué
d'une sécheresse de poitrine, qui fit crain-
dre pour sa vie . Son corps s'affoiblissoit
à vûë d'œil , et sa poitrine s'alteroit de
plus en plus.
11 Vol.,
A
JUIN.
II. Vol.
17376
1367
Au commencement de l'Avent il se
Trouva fort opressé. Le Médecin lui pres-
crivit un regime de vie ; mais il ne fut
pas possible de lui faire rompre le jeûne
et l'abstinence , et tout ce qu'on put ga
gner sur lui , fut qu'il ne se leveroit pas
la nuit pour aller à Matines , exercice
auquel il avoit été toujours fort assidu.
Quelques saignées faites à propos , lui
donnerent un peu de relâche , et mesu-
rant ses forces sur son courage , il entre-
prit de dire les trois Messes de Noël : il
célébra encore la Messe le jour de Saint
Etienne , mais avec beaucoup de peine ,
et pour la derniere fois.
Le Dimanche suivant, se trouvant plus
mal , il apella son Confesseur , et se pré-
para par une Confession générale à rece-
voir le S. Viatique et l'Extréme- Onction,
Le P. Assistant se disposoit à les lui apor
ter, le Malade les attendoit avec une sain-
te impatience , mais une violente palpi-
tation de cœur lui ôtant tout à coup la
respiration , sans qu'on pût lui donner
aucun secours , le P. Delville , son Se-
cretaire , qui ne le quittoit point , l'ex-
horta à avoir recours au Seigneur. Je
mets , lui répondit- il , toute ma confiance
en sa misericorde , et en prononçant ces
paroles il expira le 30. Décembre 1736.
à trois
1368 MERCURE DE FRANCE
à 3. heures après midi, âgé d'environ 70.
ans. Il fut inhumé le lendemain avec les
cérémonies accoûtumées auprès de ses
Prédécesseurs , vers le milieu du Chœur
de la grande Chapelle de la Vierge. Les
Généraux d'Ordre qui étoient à Paris ,
un très grand nombre d'Ecclesiastiques
et de Religieux assisterent à ses Obse-
ques , et au Service solemnel qui se fit
le 2. de Janvier. S. E. M. le Cardinal de
Fleury a bien voulu honorer sa Mémoi
re par une de ses Lettres , écrite sur ce
sujer au P. Vicaire Général dans les ter-
mes les plus tendres et les plus consolans.
Cette Mémoire sera toujours précieuse
à une Congrégation dans laquelle il avoit
rétabli la paix et le bon ordre , par les
rares exemples de pieté et de toutes les
Vertus Religieuses dont il l'a édifiée'pen-
dant son gouvernement.
Superieur General des Benedictins de la
Congrégation de S. Maur.
Le R. P. Dom Claude Dupré nâquit
à Bresolles, petite Ville du Perche,
dans le Diocèse de Chartres , le 18. No
vembre 1667.d'une fort honnête Famille.
A l'âge d'onze ans ses Parens l'envoyerenɛ
à Paris. Après avoir étudié quelque temps
au College de Montaigu , il alla à Caën
achever ses Humanités , et partout il fit
admirer son amour pour les Lettres , et
son assiduité au travail. C'étoit peu pour
lui que les heures d'étude et les devoirs
de Classe ordinaires. Avare de son temps
II. Vol.
E iiij .
et
1358 MERCURE DE FRANCE
et avide de science , les momens que ses
Condisciples passoient à de vains amu-
semens, notre jeune Ecolier les employoit
à la lecture des bons Livres , ou dans la
compagnie des Personnes qui pouvoient
contribuer à son avancement. Ses pro-
menades et ses récréations se bornoient
à l'Abbaye de S. Etienne de Caën , où il
s'entretenoit de matieres de pieté avec
quelques Religieux , dont il avoit fait
connoissance , et s'édifioit de la retraite ,
du silence et de la régularité de cette
Communauté. Leur genre de vie fatoit
Insensiblement son inclination , et la
grace secondant le penchant naturel qu'il
avoit pour la solitude , il se sentit vive-
ment pressé du désir de se faire Religieux.
Fidele à sa vocation , il quitta le Monde
et sortit de Caën à l'insçû de ses Parens,
pour se retirer dans le Monastere de
Lyre.
Là, revêtu de l'habit Religieux, notre
jeune Novice s'apliquoit tout entier à
étudier et à remplir les devoirs de l'Etat
qu'il vouloit embrasser , lorsque son Pe-
re se rendit à Lyre , et le sollicita par
tout ce que la Nature a de plus tendre ,
de retourner avec lui dans le Monde pour
être sa compagnie et sa consolation . Mais
le Novice , ferme dans sa résolution
II. Vol.
Consomma
JUIN 1737.
11, Ꮴ !
1359
consomma son sacrifice avec joye le 10.
Août 1686. par les vœux solennels de
la Religion.
Après sa Profession , il fut envoyé à
S. Ouën de Roüen , pour y faire son Sé-
minaire. Le P. Dom Simon Bougis , qui
en étoit Prieur , déja prévenu sur les
heureuses dispositions du Frere Dupré ,
le reçut , avec complaisance , au nombre
de ses Eleves , et s'apliqua avec soin à
cultiver cette jeune Plante et à la conduite
à sa perfection. Notre jeune Profès fit de
si grands progrès dans la vertu , qu'il
devint en peu de temps l'exemple et le
modele du Séminaire. Il passa ainsi deux
années dans la pratique la plus exacte de
l'observance Réguliere. Apliqué ensuite
par ses Supérieurs à la Philosophie et à
la Théologie , il reprit son ancien goût
pour l'Etude , mais sans jamais perdre le
but de sa vocation . Les succès répondi
rent parfaitement à l'habileté de ses Maî-
tres , et sa pieté ne souffrir rien des athi-
blissemens que la sécheresse et la dissi
pation des Études causent souvent.
Au sortir de ses Etudes , on l'envoya
à Jumiéges , Maison très retirée er pro-
pre à ses inclinations. Il reçut à la fin de
Fannée l'Ordre de Prêtrise , et peu de
temps après les Supérieurs Ini confierent
E v
iédu-
1360 MERCURE DE FRANCE
l'éducation de la Jeunesse , ils lui firent
>
enseigner successivement les Belles- Let
tres au College de Tyron , la Philosophie
à Fécamp , et la Théologie à Caën. Il
s'étudia à former ses Disciples autant par
ses exemples que par ses leçons ; sa con-
duite leur inspiroit également l'amour
pour la vertu et l'ardeur pour les Sciences.
Le Chapitre General de 1705. le nom-
ma Prieur de Saint- Pere de Chartres.
Toute la Province aprouva ce choix ; il
en fut lui seul consterné ; il fit des re-
montrances , il insista , il gémit , il pleu-
ra , mais inutilement
ร
il fallut se sou-
mettre. A la tête de sa Communauté , il
prit pour regle de conduite l'exemple du
bon Pasteur. Dur à lui même , humain
pour ses freres, prévenant officieusement
les besoins de ses Religieux , portant
tout le poids de la Supériorité , sans en
goûter les douceurs ; il possedoit à un
dégré supérieur le don de la parole. Rien
de plus solide , rien de plus pathétique
que les Exhortations qu'il faisoit à ses
Religieux , ils l'écoutoient toujours avec
plaisir , même dans la censure de leurs
fautes.
Le Chapitre General de 1708. instruit
de ses vertus et de ses bonnes qualités
crut devoir lui confer un poste plus con-
II. Vol.
sidérable.
JUIN.
II. Vol.
1737.
1361
sidérable. Il y fut nommé Abbé de Saint
Martin de Séez. Cette nouvelle dignité ,
soûtenuë de tous les talens qui rendent
un homme recommandable , auroit pû lui
procurer des amis distingués , et le faire
briller au-dehors ; mais se renfermant
dans les bornes de son Etat , il évita , au-
tant qu'il put , de paroître et de se ré-
pandre parmi les Séculiers. Malgré tou
tes ses précautions il fut respecté dans le
Pays et connu pendant six ans qu'il gou-
verna cette Abbaye , pour un saint et
sçavant Religieux , qui joignoir aux bel-
les connoissances un excellent caractere.
Les idées avantageuses qu'on avoit de
lui , loin de flater son amour propre , net
servirent qu'à le rendre encore plus hum-
ble. Il souffroit impatiemment des élo-
ges et des attentions qu'il croyoit ne pas
mériter ; et regardant la supériorité com-
me un écueil , il fit tous ses efforts pour
s'en décharger au Chapitre General de
1714. dont il étoit Membre. Il y étoit
destiné pour remplir un des premiers
postes de la Province de Bretagne ; mais
Il préfera l'Office de Secretaire du R. P.
General aux Supériorités les plus hono-
rables.
Il exerça cet Emploi pendant six ans
avec tout le zele et l'attachement que
E vj
méritoit
1362 MERCURE DE FRANCE
méritoit l'entiere confiance dont l'hono-
roit le R. P. Dom Charles de l'Hostalled
rie. Ce R.P. ayant demandé et obtenu sa
décharge au Chapitre de 1720. son Se-
cretaire sollicita vivement la permission
de rentrer dans la retraite et dans la so-
litude , dont il faisoit ses délices ; mais
on n'eut aucun égard à ses prieres , et
malgré toutes ses repugnances , il fuc
nommé par ce Chapitre Visiteur de Nor-
mandie , et par celui de 1723. Visiteur
de la Province de France.
Devenu le Pere des Religieux de ces
Provinces , il en fit le bonheur et l'ad-
miration: il les gouverna avec toute la
fermeté , la douceur et la modération
qu'on pouvoit attendre de son grand
zele , de son bon cœur et de sa charité
paternelle. Son autorité soûtenuë par
l'exemple de ses vertus , y fut toujours
universellement respectée et aimée. Les
Religieux de France ne le virent sortir
qu'à regret de leur Province : il emporta
leurs cœurs et leurs vœux en les quittant
pour aller en 1726. à Fécamp gouverner
cette Abbaye , la premiere et la plus dis-
tinguée de la Normandie.
En changeant de poste, Dom Dupré
ne changea pas de conduite : même zele
pour la discipline réguliere , même rete-
II. Vol
JUIN.
1737.
1363
#ue pour le dehors. Renfermé dans l'in-
terieur de son Monastere , il se livra tout
entier aux besoins de ses Religieux . Obli-
gé par son Office de Grand Vicaire de
l'Archevêque de Rouen , de communi-
quer avec les Seculiers , pour l'exercice
de la Jurisdiction sur plusieurs Paroisses ,
il s'y prêta , mais toujours en vrai Reli-
gieux , satisfaisant simplement aux de-
voirs de sa Charge-
Député de sa Province , Définiteur et
Secretaire du Chapitre de 1729. il y fut
nommé Prieur de l'Abbaye de S. Ger-
main-des- Prez : mais un orage fâcheux
ayant troublé la paix de la Congrégation ,
il prit le parti de la retraite , et renvoya
son Obedience ; il insista long - temps
pour obtenir sa démission , et ne se ren-
dit à S. Germain qu'aux ordres précis et
réïterés du R. P. Général . Peu accoûtu-
mé au grand Monde, ennemi du tumul-
te et des embaras , il se contenta de lever
les mains au Ciel , tandis que les Supe-
rieurs majeurs travailloient à rétablir le
calme dans la Congrégation.
Ilfutpeu de temps après élû Assistant
du R. P. Général. Telle étoit sa situation
lorsqu'il se vit obligé en 1735. par la
mort inopinée du R. P. Général Dom
Hervé Menard , de présider en qualité
11. Fol.
de
1364 MERCURE DEFRANCE
de Vicaire Général à toute la Congréga-
tion. Il soûtint le poids de cette Charge
avec une constance qui le fit admirer.
Sans rien relâcher de sa régularité , de
son assiduité aux exercices , et de ses
austerités , il s'occupa infatigablement à
chercher les moyens de ramener dans la
Congrégation la subordination et la paix,
que les disputes du temps et les élections
précedentes y avoient extrémement al
Terées.
Son accès libre , aisé et affable , ses
entretiens familiers , agréables et insi-
Huans , ses lettres tendres , affectives et
paternelles, lui attirerent d'abord la con-
fiance des Religieux. Les très-humbles
Remontrances qu'il fit au Roy , de con-
cert avec le P. Assistant et quelques Su-
perieurs , pour la levée des exclusions et
la liberté des suffrages dans le prochain
Chapitre , les ordres pleins de bonté et
de clemence qu'il obtint de S. M. au
mois de Mars 1736. et la lettre qu'il
écrivit à tous les Monasteres le lende
main pour les notifier , acheverent de
concilier les Esprits.
Le 3. May 1736. il fit l'ouverture du
Chapitre par un Discours si éloquent et
si pathetique,qu'il pénétra tous les cœurs
et les réunit tellement , que toutes les
Fl. Vol.
élections
JUIN.
1737.
temps de la Congrégation.
1365
élections s'y firent avec une tranquillité
et une modestie dignes des premiers
Après avoir été élû unanimement Dé-
finiteur et Président de ce Chapitre , il
fut aussi élû d'une voix unanime et pro-
clamé Général de la Congrégation le 27.
du même mois. Cette place étoit dûë à
sa grande régularité et à son zele pour le
bon ordre et pour la discipline. Tous les
Religieux le desiroient et le demandoient
depuis long-temps. Tous aplaudirent à
ce choix; lui seul s'en affligea , et l'abon
dance des larmes qu'il versa, au moment
de son élection , et dans la cérémonie de
son installation , fut une preuve bien
sensible de la peine qu'il en ressentoir.
Ses Religieux ne furent pas les seuls
qui se réjouirent de son élection . Le Pape
l'honora d'un Bref, par lequel il lui mar
quoit la joye qu'il avoit de voir si digne-
ment remplie la premiere Place d'une
Congrégation , qui lui étoit chere et pré-
cieuse, M. le Cardinal de Fleury l'hono
ra d'un accueil très - favorable. S. E. aut
fa bonté de le presenter au Roy et à la
Reine
Elle fit à Leurs Majestés l'Eloge
de la Congrégation et du Général en pre-
sence de toute la Cour , dans les termes
les plus obligeans . Le Public ne prit pas
II.Vab
mcins
"
1366 MERCURE DE FRANCE
moins de part à l'heureux succès du Cha
pitre. Le nouveau Général füt reçû par-
tout avec joye , avec distinction ; et ce-
lui qui , jusqu'alors, n'avoit cherché qu'à
se cacher , se vit, avec étonnement, con-
nu et recherché de tout le Monde. Il re-
çut des marques d'une consideration par
ticuliere du Roy et de la Reine de Polo-
gne, lorsqu'il leur presenta une Relique
de S. Benoît , que L. M. lui avoient de-
mandée avec empressement; la noble sim
plicité avec laquelle il les harangua ,
louée de toute la Cour.
fut
Cependant le Seigneur répandoir ses
graces et ses bénédictions sur son gou-
vernement : la science et la pieté repre-
noient une nouvelle vigueur , lorsqu'une
mort prématurée enleva ce digne Géné-
ral à sa Congrégation . Il avoit prédir ,
au moment de son élection , qu'il ne
verroit pas la fin de l'année. En effet, un
travail dur , continuel et opiniâtre , joint
à une vie extrémement pénitente et aus-
tere, épuisa bien- tôt ses forces ,et le con-
duisit en peu de temps au tombeau.
Dès le mois d'Août il se sentir attaqué
d'une sécheresse de poitrine, qui fit crain-
dre pour sa vie . Son corps s'affoiblissoit
à vûë d'œil , et sa poitrine s'alteroit de
plus en plus.
11 Vol.,
A
JUIN.
II. Vol.
17376
1367
Au commencement de l'Avent il se
Trouva fort opressé. Le Médecin lui pres-
crivit un regime de vie ; mais il ne fut
pas possible de lui faire rompre le jeûne
et l'abstinence , et tout ce qu'on put ga
gner sur lui , fut qu'il ne se leveroit pas
la nuit pour aller à Matines , exercice
auquel il avoit été toujours fort assidu.
Quelques saignées faites à propos , lui
donnerent un peu de relâche , et mesu-
rant ses forces sur son courage , il entre-
prit de dire les trois Messes de Noël : il
célébra encore la Messe le jour de Saint
Etienne , mais avec beaucoup de peine ,
et pour la derniere fois.
Le Dimanche suivant, se trouvant plus
mal , il apella son Confesseur , et se pré-
para par une Confession générale à rece-
voir le S. Viatique et l'Extréme- Onction,
Le P. Assistant se disposoit à les lui apor
ter, le Malade les attendoit avec une sain-
te impatience , mais une violente palpi-
tation de cœur lui ôtant tout à coup la
respiration , sans qu'on pût lui donner
aucun secours , le P. Delville , son Se-
cretaire , qui ne le quittoit point , l'ex-
horta à avoir recours au Seigneur. Je
mets , lui répondit- il , toute ma confiance
en sa misericorde , et en prononçant ces
paroles il expira le 30. Décembre 1736.
à trois
1368 MERCURE DE FRANCE
à 3. heures après midi, âgé d'environ 70.
ans. Il fut inhumé le lendemain avec les
cérémonies accoûtumées auprès de ses
Prédécesseurs , vers le milieu du Chœur
de la grande Chapelle de la Vierge. Les
Généraux d'Ordre qui étoient à Paris ,
un très grand nombre d'Ecclesiastiques
et de Religieux assisterent à ses Obse-
ques , et au Service solemnel qui se fit
le 2. de Janvier. S. E. M. le Cardinal de
Fleury a bien voulu honorer sa Mémoi
re par une de ses Lettres , écrite sur ce
sujer au P. Vicaire Général dans les ter-
mes les plus tendres et les plus consolans.
Cette Mémoire sera toujours précieuse
à une Congrégation dans laquelle il avoit
rétabli la paix et le bon ordre , par les
rares exemples de pieté et de toutes les
Vertus Religieuses dont il l'a édifiée'pen-
dant son gouvernement.
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7400
p. 1369-1375
DIVERTISSEMENT Sur la Paix.
Début :
Le 27. May, on chanta un Divertissement nouveau sur la Paix, dont [...]
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texteReconnaissance textuelle : DIVERTISSEMENT Sur la Paix.
DIVERTISSEMENT
Sur la Paix.
Le 27. May, on chanta un Divertissement
nouveau sur la Paix, dont
les Paroles sont de M. de Morand , et la
Musique de M. Mathien , Ordinaire de
la Musique du Roy. Ce Morceau , qui
tint tout leConcert, fut très - bien reçû de
toute la Cour , et sur- tout de Sa Majesté,
II. Vol.
qui
1370 MERCURE DE FRANCE
qui eut la bonté d'en témoigner elle- mê
me sa satisfaction aux Auteurs.
C'est la France personifiée qui invite
la Paix à regner sur elle , et à triompher
sur tout l'Univers. Un Chœur de Peuples
de France adresse les mêmes vœux à la
Paix et célebre ensuite la gloire de leur
Roy , qui est lui même le soutien de la
Paix , et qui borne son triomphe à en
faire jouir ses Ennemis même. Mars fa-
ché de voir que les François implorent
son Ennemie , arrive , et parle en ces
termes :
Sous les Drapeaux de Mars à vaincre accou
tumés ,
Les François craignent
Guerre ?
tonnerre ,
vages ,
ils les hazards de la
Quand leurs plus fiers Rivaux redoutent leur
Doivent-ils être desarmés ?
Ah ! même en répandant l'horreur et les ra
LOUIS dans ses Etats a fait regner la Paizi
Et ses Ennemis seuls , accablés sous ses traits,
N'ont-ils pas de la guerre essuyé les orages !
A quoi la France répond :
Le Héros qui toujours travaille pour ma gloire,
Vient de montrer quelle victoire
Doit contenter les cœurs guidés par la vertu ;
II. Vol.
-
Pag
JUIN.
11. Vol.
1737-
1371
Par son auguste exemple il a trop sçû m'aprendre
Que rendre heureux un Ennemi vaincu ,
C'est le plus beau triomphe où l'on puisse pré-
tendre.
Et les Peuples reprennent leurs chants
à la Paix. Mars , outré de ce nouvel af-
front , apelle à son secours la Discorde ,
pour le venger , et détruire les projets
d'un Héros pacifique. La Discorde , an-
noncée par des bruits souterrains , des
ténébres affreuses , des tremblemens de
terre , sort des Enfers , suivie des Mons-
tres qui l'accompagnent ordinairement ;
elle promet à Mars de troubler de nou-
veau le repos de l'Europe ; ils s'animent
mutuellement par ce Duo :
Unissons , unissons nos coups ;
Que tout tremble à l'aspect d'un si juste cour
roux !
Quel plaisir de revoir toute l'Europe en armes ?
De n'y faire regner que le trouble et les larmes!
La Discorde s'adresse ensuite en ces
termes aux Ministres de ses fureurs :
O vous , qui , sur mes pas répandez la terreur ,
Volez de toutes parts , secondez mą fureur ;
Que le feu , que le fer signalent votre rage ;
Portez partout l'effroi , le désordre et l'horreur ,
Remplissez l'Univers de sang et de carnage.
Les
1372 MERCURE DE FRANCE
Les Suivants de la Discorde témoignent
leur obéissance en répetant les trois der
miers Vers. Mais à tant d'horreurs succe
de tout à coup une Symphonie douce
qui rassure la France et ses Peuples. En
effet c'est Minerve qui vient annoncer
la Paix et qui dit :
A Mars.
Mars, ne t'opose plus au repos de la France ;
Son Roy , qui , par mes soins brûle des plus
beaux feux ,
Par sa sagesse et sa clémence ,
A contraint le Destin de souscrire-à ses vœux;
La Paix va désormais remplir son esperance ;
Tu n'en sçaurois alterer les douceurs ;
Fuis , et loin de ces lieux va porter tes fureurs,
A la Discorde.
Et toi , Monstre implacable ,
Respecte un ordre irrévocable ;
Et pour jamais reprends res fers !
La Discorde et sa Suite se retirent ea
disant qu'ils vont tâcher de trouver da
secours dans les Enfers ; Mars se retire
aussi en témoignant avec quel regret
obéit aux Arrêts du Destin; Minerve in-
vite la France et ses Peuples à recommen
cer leurs Chants et leurs Jeux en l'hon-
neur de la Paix, dont elle va les faire jouir.
II. Vol.
il
Elle
JUIN.
7737.
1373
Elle adresse ensuite alternativement avec
La France eette Hymne à la Paix.
HYMNE A LA PAIX.
Minerve.
Par toi , divine Paix , tout vit et tout respire ;
Tu fais la gloire d'un Empire ,
Et les beaux jours des Bergers et des Rois.
La France.
Tu regnes dans les Cieux, et les Immortels même
Ne doivent leur bonheur suprême
Qu'à la douceur qu'on goûte sous tes loix.
Minerve.
Quand du sein des Mortels chassant l'affreuse
guerre ,
Tu daignes venir sur la Terre ,
Les Dieux alors y volent sur tes pas.
La France.
Apollon et Thémis , Bacchus , Cerès et Flore
Plutus , Mercure et Terpsicore
Y font briller leurs plus charmans apas.
Mixerve.
Les Prés et les Côteaux reprennent leur verdure;
Les Ruisseaux leur tendre murmure ;
Tout s'embellit , si -tôt que tu parois.
La Franc :
Les Oiseaux rassurés sous un riant feüillage,
II. Vol.
Recom-
374 MERCURE DE FRANCE
Recommencent leur doux ramage ,
Et par leurs chants celebrent tes attraits.
Les Peuples n'oublient pas de mé.
ler encore dans leurs Chants la gloire de
leur Monarques et Minerve elle même
invite les Bergers des bords de la Seine
à venir joindre les aimables sons.de leurs
Chalumeaux et de leurs Hautbois aux
accords éclatans des Tambours et des
Trompettes. Les Bergers arrivent et fi-
nissent le Divertissement par une Fête
Pastorale , des plus galantes.
Nous voudrions pouvoir donner à nos
Lecteurs une idée de la Musique de ce
Divertissement aussi aisément que nous
avons tâché de leur en donner une du
Poëme ; mais n'étant pas possible de leur
présenter des Morceaux deMusique, com.
me nous raportons des Morceaux de Poë-
sie , tout ce que nous pouvons dire à la
gloire du Musicien , c'est que non seule-
ment il a rempli au mieux les idées du
Poëte , et qu'il a parfaitement et avec une
varieté charmante , caractérisé tous les
divers genres de Musique qu'il a eû.oc-
casion d'exprimer , mais encore que son
Ouvrage doit être une preuve nouvelle
que l'excellente Musique Françoise n'est
ni moins sçavante , ni moins brillante
11. Vol.
n
J
JUIN.
1737.
137
ni moins harmonieuse , ni moins fécon-
de
que celle de toute autre Nation , et
qu'elle a de plus les graces et la douceur.
Les principaux Rôles furent remplis
par les Dlles Matthieu et d'Aigremont, et
par les sieurs Dangerville et le Clerc, l'exe-
cution fut si parfaite , tant de la part des
Acteurs Chantans que de celle des Sym-
phonistes, qu'on auroit dit qu'ils avoient
tous autant d'interêt au succès de cette
Piece que laDlle Matthieu elle- même, qui
est l'Epouse de l'Auteur de la Musique.
Sur la Paix.
Le 27. May, on chanta un Divertissement
nouveau sur la Paix, dont
les Paroles sont de M. de Morand , et la
Musique de M. Mathien , Ordinaire de
la Musique du Roy. Ce Morceau , qui
tint tout leConcert, fut très - bien reçû de
toute la Cour , et sur- tout de Sa Majesté,
II. Vol.
qui
1370 MERCURE DE FRANCE
qui eut la bonté d'en témoigner elle- mê
me sa satisfaction aux Auteurs.
C'est la France personifiée qui invite
la Paix à regner sur elle , et à triompher
sur tout l'Univers. Un Chœur de Peuples
de France adresse les mêmes vœux à la
Paix et célebre ensuite la gloire de leur
Roy , qui est lui même le soutien de la
Paix , et qui borne son triomphe à en
faire jouir ses Ennemis même. Mars fa-
ché de voir que les François implorent
son Ennemie , arrive , et parle en ces
termes :
Sous les Drapeaux de Mars à vaincre accou
tumés ,
Les François craignent
Guerre ?
tonnerre ,
vages ,
ils les hazards de la
Quand leurs plus fiers Rivaux redoutent leur
Doivent-ils être desarmés ?
Ah ! même en répandant l'horreur et les ra
LOUIS dans ses Etats a fait regner la Paizi
Et ses Ennemis seuls , accablés sous ses traits,
N'ont-ils pas de la guerre essuyé les orages !
A quoi la France répond :
Le Héros qui toujours travaille pour ma gloire,
Vient de montrer quelle victoire
Doit contenter les cœurs guidés par la vertu ;
II. Vol.
-
Pag
JUIN.
11. Vol.
1737-
1371
Par son auguste exemple il a trop sçû m'aprendre
Que rendre heureux un Ennemi vaincu ,
C'est le plus beau triomphe où l'on puisse pré-
tendre.
Et les Peuples reprennent leurs chants
à la Paix. Mars , outré de ce nouvel af-
front , apelle à son secours la Discorde ,
pour le venger , et détruire les projets
d'un Héros pacifique. La Discorde , an-
noncée par des bruits souterrains , des
ténébres affreuses , des tremblemens de
terre , sort des Enfers , suivie des Mons-
tres qui l'accompagnent ordinairement ;
elle promet à Mars de troubler de nou-
veau le repos de l'Europe ; ils s'animent
mutuellement par ce Duo :
Unissons , unissons nos coups ;
Que tout tremble à l'aspect d'un si juste cour
roux !
Quel plaisir de revoir toute l'Europe en armes ?
De n'y faire regner que le trouble et les larmes!
La Discorde s'adresse ensuite en ces
termes aux Ministres de ses fureurs :
O vous , qui , sur mes pas répandez la terreur ,
Volez de toutes parts , secondez mą fureur ;
Que le feu , que le fer signalent votre rage ;
Portez partout l'effroi , le désordre et l'horreur ,
Remplissez l'Univers de sang et de carnage.
Les
1372 MERCURE DE FRANCE
Les Suivants de la Discorde témoignent
leur obéissance en répetant les trois der
miers Vers. Mais à tant d'horreurs succe
de tout à coup une Symphonie douce
qui rassure la France et ses Peuples. En
effet c'est Minerve qui vient annoncer
la Paix et qui dit :
A Mars.
Mars, ne t'opose plus au repos de la France ;
Son Roy , qui , par mes soins brûle des plus
beaux feux ,
Par sa sagesse et sa clémence ,
A contraint le Destin de souscrire-à ses vœux;
La Paix va désormais remplir son esperance ;
Tu n'en sçaurois alterer les douceurs ;
Fuis , et loin de ces lieux va porter tes fureurs,
A la Discorde.
Et toi , Monstre implacable ,
Respecte un ordre irrévocable ;
Et pour jamais reprends res fers !
La Discorde et sa Suite se retirent ea
disant qu'ils vont tâcher de trouver da
secours dans les Enfers ; Mars se retire
aussi en témoignant avec quel regret
obéit aux Arrêts du Destin; Minerve in-
vite la France et ses Peuples à recommen
cer leurs Chants et leurs Jeux en l'hon-
neur de la Paix, dont elle va les faire jouir.
II. Vol.
il
Elle
JUIN.
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1373
Elle adresse ensuite alternativement avec
La France eette Hymne à la Paix.
HYMNE A LA PAIX.
Minerve.
Par toi , divine Paix , tout vit et tout respire ;
Tu fais la gloire d'un Empire ,
Et les beaux jours des Bergers et des Rois.
La France.
Tu regnes dans les Cieux, et les Immortels même
Ne doivent leur bonheur suprême
Qu'à la douceur qu'on goûte sous tes loix.
Minerve.
Quand du sein des Mortels chassant l'affreuse
guerre ,
Tu daignes venir sur la Terre ,
Les Dieux alors y volent sur tes pas.
La France.
Apollon et Thémis , Bacchus , Cerès et Flore
Plutus , Mercure et Terpsicore
Y font briller leurs plus charmans apas.
Mixerve.
Les Prés et les Côteaux reprennent leur verdure;
Les Ruisseaux leur tendre murmure ;
Tout s'embellit , si -tôt que tu parois.
La Franc :
Les Oiseaux rassurés sous un riant feüillage,
II. Vol.
Recom-
374 MERCURE DE FRANCE
Recommencent leur doux ramage ,
Et par leurs chants celebrent tes attraits.
Les Peuples n'oublient pas de mé.
ler encore dans leurs Chants la gloire de
leur Monarques et Minerve elle même
invite les Bergers des bords de la Seine
à venir joindre les aimables sons.de leurs
Chalumeaux et de leurs Hautbois aux
accords éclatans des Tambours et des
Trompettes. Les Bergers arrivent et fi-
nissent le Divertissement par une Fête
Pastorale , des plus galantes.
Nous voudrions pouvoir donner à nos
Lecteurs une idée de la Musique de ce
Divertissement aussi aisément que nous
avons tâché de leur en donner une du
Poëme ; mais n'étant pas possible de leur
présenter des Morceaux deMusique, com.
me nous raportons des Morceaux de Poë-
sie , tout ce que nous pouvons dire à la
gloire du Musicien , c'est que non seule-
ment il a rempli au mieux les idées du
Poëte , et qu'il a parfaitement et avec une
varieté charmante , caractérisé tous les
divers genres de Musique qu'il a eû.oc-
casion d'exprimer , mais encore que son
Ouvrage doit être une preuve nouvelle
que l'excellente Musique Françoise n'est
ni moins sçavante , ni moins brillante
11. Vol.
n
J
JUIN.
1737.
137
ni moins harmonieuse , ni moins fécon-
de
que celle de toute autre Nation , et
qu'elle a de plus les graces et la douceur.
Les principaux Rôles furent remplis
par les Dlles Matthieu et d'Aigremont, et
par les sieurs Dangerville et le Clerc, l'exe-
cution fut si parfaite , tant de la part des
Acteurs Chantans que de celle des Sym-
phonistes, qu'on auroit dit qu'ils avoient
tous autant d'interêt au succès de cette
Piece que laDlle Matthieu elle- même, qui
est l'Epouse de l'Auteur de la Musique.
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