Résultats : 1549 texte(s)
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201
p. 273-275
ENIGME.
Début :
Vous proposerez à vos Amies l'Enigme nouvelle que je vous envoye. / Je me cache en Hiver, je me montre en Estè, [...]
Mots clefs :
Éventail
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Vous propoſerez à vos Amies
l'Enigme nouvelle que
je vous envoye...
ENIGME
Eme cache en Hiver,je me mon
JEmetre en Efte ,
Et malgré ma legereté
Je me fais constamment aimer de
mille belles.
Infenfible à leurs traits, je n'agis
quepour elles ,
Et fans qu'ilm'en coutedesvoeux
Iefolaſtre ſouventavecleurs beaux
cheveux,
Zeur bouche eſt de corail,je la touche&
la baife
+
274 MERCURE
Sur leur fein plein d'appasje repose
amon aise ,
Etfersà moderer leurs feux.
On me voità la Courrarement au
Village:
Ie ſuis toujours dans l'esclava.
ge.
Mon Pere me tient enchaiſne
Dès le moment que je fuis nè.
Fe ſuis blanc , je suis noir, grand ,
petit. On rafine
Am'habiller diverſement ,
Mais jamais je ne mis dans mon
ajustement .
Drap,panne, ny velours,ferge ny
papeline.
Les habits parſemezdefleurs ,
Demille diverſes couleurs ,
Sont les plus riches qu'onme donnes
T'en porte ſouvent de communs,
GALANT. 275
D'autres chargezd' Amours , d'emblèmes
, des parfums i
Ie me pique autant que perſonne
De ſuivre la mode du temps .
Et vieillis en moins de deux ans.
Alors ceux qui m'aimoient font ceux
qui me mépriſent .
Rarement les Amans me laiſſent en
repos,
Il en est peu qui neme nuiſent 3
Leles crains carfouvent ils me caf 2
ſent lesos,
A Et sefont par làdes querelles ,
Ialoux des privautezque m'accordent
leurs Belles.
l'Enigme nouvelle que
je vous envoye...
ENIGME
Eme cache en Hiver,je me mon
JEmetre en Efte ,
Et malgré ma legereté
Je me fais constamment aimer de
mille belles.
Infenfible à leurs traits, je n'agis
quepour elles ,
Et fans qu'ilm'en coutedesvoeux
Iefolaſtre ſouventavecleurs beaux
cheveux,
Zeur bouche eſt de corail,je la touche&
la baife
+
274 MERCURE
Sur leur fein plein d'appasje repose
amon aise ,
Etfersà moderer leurs feux.
On me voità la Courrarement au
Village:
Ie ſuis toujours dans l'esclava.
ge.
Mon Pere me tient enchaiſne
Dès le moment que je fuis nè.
Fe ſuis blanc , je suis noir, grand ,
petit. On rafine
Am'habiller diverſement ,
Mais jamais je ne mis dans mon
ajustement .
Drap,panne, ny velours,ferge ny
papeline.
Les habits parſemezdefleurs ,
Demille diverſes couleurs ,
Sont les plus riches qu'onme donnes
T'en porte ſouvent de communs,
GALANT. 275
D'autres chargezd' Amours , d'emblèmes
, des parfums i
Ie me pique autant que perſonne
De ſuivre la mode du temps .
Et vieillis en moins de deux ans.
Alors ceux qui m'aimoient font ceux
qui me mépriſent .
Rarement les Amans me laiſſent en
repos,
Il en est peu qui neme nuiſent 3
Leles crains carfouvent ils me caf 2
ſent lesos,
A Et sefont par làdes querelles ,
Ialoux des privautezque m'accordent
leurs Belles.
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202
p. 271-273
ENIGME.
Début :
L'Enigme que je vous envoye merite l'application de / Hors de ma fonction, je suis fort maniable, [...]
Mots clefs :
Voile de navire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
L'Enigme que je vous envoye
merite l'application de
Z iiij
272 MERCURE
vos Amies , pour en découvrir
le fens.
H
ENIGM E,
Ors de mafonction , je fuisfort
maniable ,
On fait ce que l'on veut de moy 5
Mais , placée une fois , je fuisfi peu
traitable ,
Q'en vain mon Gouverneur veut
me donner la loy
Si l'on me voit enflée , au moins , c'eft
fans nulfaßte.
Fe fuis bien loin d'avoir un tel def
faut ,
On me voit bien souvent montée en
un lieu haut ,
1
Me promenant en un pays fart
vafte.
GALANT. 273
Tefuis foumife auxloix d'un bizare
étourdy,
Quine refpecte rien , & mefme eftfi
bardy ,
Qu'ilporte enbien des lieux le trouble
& le ravage .
Ilfe fait obéir , fans qu'on puiffe le
voir ;
Aſonſujet jefouffre unfi dur eſclavage,
Qu'on m'attache, & me pend , pour,
le mieux recevoir.
merite l'application de
Z iiij
272 MERCURE
vos Amies , pour en découvrir
le fens.
H
ENIGM E,
Ors de mafonction , je fuisfort
maniable ,
On fait ce que l'on veut de moy 5
Mais , placée une fois , je fuisfi peu
traitable ,
Q'en vain mon Gouverneur veut
me donner la loy
Si l'on me voit enflée , au moins , c'eft
fans nulfaßte.
Fe fuis bien loin d'avoir un tel def
faut ,
On me voit bien souvent montée en
un lieu haut ,
1
Me promenant en un pays fart
vafte.
GALANT. 273
Tefuis foumife auxloix d'un bizare
étourdy,
Quine refpecte rien , & mefme eftfi
bardy ,
Qu'ilporte enbien des lieux le trouble
& le ravage .
Ilfe fait obéir , fans qu'on puiffe le
voir ;
Aſonſujet jefouffre unfi dur eſclavage,
Qu'on m'attache, & me pend , pour,
le mieux recevoir.
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203
p. 262-264
ENIGME.
Début :
Vos amies ont tant de facilité à trouver le sens de toutes / Quoy que je porte un nom ennemy de la France, [...]
Mots clefs :
Cire d'Espagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Vos amies ont tant de facilité
à trouver le fens de toutes
les Enigmes que je vous
GALANT. 263
envoye , qu'il y a grande appa
rence que le mot de celle- cy
ne leur échappera pas.
Qoy
ENIGME.
Voy que je porte un nom ennemy
de la France ,
I'y fuispourtant en grand credit,
Mon utilité fait qu'avecque confiance
De moy publiquement on y fait !
grand debit.
Mefme l'on m'y confie , avec toute
affurance ,
Les plus importans des fecrets .
Si le fort , malgré moy , les met en
évidence ,
On ne me l'impute jamais .
En ma difcretion la confiance ef
telle ,
264 MERCURE
Qu'ainsi qu'on m'y commes la meindre
bagatelle
Onmy commet aufi ce que l'on veut
cacher.
l'en rends bon compte à moins que
d'eftre violée ;
Mais en cas qu'une chofe ainfi foit
revelée
On n'a pas contre moy raifon de s'en
fâcher.
à trouver le fens de toutes
les Enigmes que je vous
GALANT. 263
envoye , qu'il y a grande appa
rence que le mot de celle- cy
ne leur échappera pas.
Qoy
ENIGME.
Voy que je porte un nom ennemy
de la France ,
I'y fuispourtant en grand credit,
Mon utilité fait qu'avecque confiance
De moy publiquement on y fait !
grand debit.
Mefme l'on m'y confie , avec toute
affurance ,
Les plus importans des fecrets .
Si le fort , malgré moy , les met en
évidence ,
On ne me l'impute jamais .
En ma difcretion la confiance ef
telle ,
264 MERCURE
Qu'ainsi qu'on m'y commes la meindre
bagatelle
Onmy commet aufi ce que l'on veut
cacher.
l'en rends bon compte à moins que
d'eftre violée ;
Mais en cas qu'une chofe ainfi foit
revelée
On n'a pas contre moy raifon de s'en
fâcher.
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206
p. 256-258
ENIGME.
Début :
L'Enigme qui suit vient de bonne main, & merite l'application / J[']ay comme un Centaure, [...]
Mots clefs :
Fauteuil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
L'Enigme qui fuit vient de
bonne main , & merite l'application
de vos Amies.
SGALANT. 257
255222 $22522 SSS25
ENIGME.
299 2014101
J dy comme un Centaure
Qutre mes deux bras,
Quatre pieds encore , 13
Sur lesquels je was
Ainfi qu'on me pouffe.
Souvent une bouffe
On met fur mon dos
Où je n'ay point d'os
Qui ceux que je porse
Bleffe en nulle forte.
Je n'ay point de crin
De laine , de plume
Avril 1698.
ZIA
28 MERCURE
Ny de poil enfin,
Qui contre le rume
Par tout le dehors.
Me couvre le corps .
Fay toutes ces choſes
Dans le ventre encloses,
bonne main , & merite l'application
de vos Amies.
SGALANT. 257
255222 $22522 SSS25
ENIGME.
299 2014101
J dy comme un Centaure
Qutre mes deux bras,
Quatre pieds encore , 13
Sur lesquels je was
Ainfi qu'on me pouffe.
Souvent une bouffe
On met fur mon dos
Où je n'ay point d'os
Qui ceux que je porse
Bleffe en nulle forte.
Je n'ay point de crin
De laine , de plume
Avril 1698.
ZIA
28 MERCURE
Ny de poil enfin,
Qui contre le rume
Par tout le dehors.
Me couvre le corps .
Fay toutes ces choſes
Dans le ventre encloses,
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207
p. 268
ENIGME.
Début :
L'Enigme nouvelle que je vous envoye, vient de fort / J'ay la teste pesante & dure, [...]
Mots clefs :
Marteau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
L'Enigme nouvelle que j
vous envoye , vient de for
bon lieu.
ENIGME.
J.Ay la tefte pefance &dure
Je fuis fort peu fubtil ; cependant
l'Univers
Admire avec raifon mes ouvrages
divers ,
Où l' Art furpaffe la Nature ;
Mais s'il n'eft prefque rien dont je
ne vienne à bout ,
Je puis auffi détruire tout.
vous envoye , vient de for
bon lieu.
ENIGME.
J.Ay la tefte pefance &dure
Je fuis fort peu fubtil ; cependant
l'Univers
Admire avec raifon mes ouvrages
divers ,
Où l' Art furpaffe la Nature ;
Mais s'il n'eft prefque rien dont je
ne vienne à bout ,
Je puis auffi détruire tout.
Fermer
208
p. 258-259
ENIGME.
Début :
J'ay presque autant de mains qu'en avoit Briarée, [...]
Mots clefs :
Corbillon d'oublies
209
p. 280
ENIGME.
Début :
Ceux qui viennent chez moy dans l'hiver prendre place [...]
Mots clefs :
Carrosse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIG ME.
Ceux qui
viennent chez moy a
dans l'hiverprendre place.
Souffriroient du froid bienfoxvent
,
Etferoientgelez par le vent
Si l'on n'y trouvoitpoint de glace.
Ceux qui
viennent chez moy a
dans l'hiverprendre place.
Souffriroient du froid bienfoxvent
,
Etferoientgelez par le vent
Si l'on n'y trouvoitpoint de glace.
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213
p. 386-387
ENIGME.
Début :
Je vous envoye une Enigme nouvelle, dont vous ferez part à / Je suis fraische & bien blanche, agreable à la vuë, [...]
Mots clefs :
Bougie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Je vous envoye une
Enigme
nouvelle , dont vous ferez part à
vos Amics.
FE
ENIGME.
fuis fraifche & bien blanche
greable à la vuës
Chacun peut me toucher & me voir
toute nue.
Fay du repos lejour , mais un manvais
deftin
GALANT: 387
Me menace , depuis le foir jufqu'
samatin
.
Eftant vierge & toute innocente
Je ne puis concevoir un criminel def
fein.
Cependant une flame ardente.
Que la nuit allume en mon fein ,
Me devore le corps , m'agite & me
tourmente.
Enigme
nouvelle , dont vous ferez part à
vos Amics.
FE
ENIGME.
fuis fraifche & bien blanche
greable à la vuës
Chacun peut me toucher & me voir
toute nue.
Fay du repos lejour , mais un manvais
deftin
GALANT: 387
Me menace , depuis le foir jufqu'
samatin
.
Eftant vierge & toute innocente
Je ne puis concevoir un criminel def
fein.
Cependant une flame ardente.
Que la nuit allume en mon fein ,
Me devore le corps , m'agite & me
tourmente.
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217
p. 395-396
ENIGME.
Début :
En guise de Serpent nous cherchons une route, [...]
Mots clefs :
Boucles d'oreille
219
p. 367-369
SONNET ENIGMATIQUE.
Début :
Je ne vous envoyeray pour Enigme ce mois cy que le Sonnet / Sous un toict découvert, sans abri ny clôture, [...]
Mots clefs :
Crèche
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET ENIGMATIQUE.
Je ne vous envoyeray pour
Enigme ce mois cy que le Sonnet
que vous allez lire . Heft de
Mr Daubicourt.
Hhiiij
368 MERCURE
SONNET
ENIGMATIQUE
.
Sous
Ous un toit découvert , fans
abri ny clôture ,
Je füs le feul témoin d'un Prodige
nouveau.
L'Aftre , qui l'annonça fur la terre
&fur l'eau ,
Plut à tout l'Univers
pritla nature.
& Sur-
Depuis que le Soleil luit pour la
Creature ,
Jamais aucun ohjet n'avoit paru
•
fi beau >
L'on à crù qu'il feroit affranchi du
Tombeau ; *
Mais tout eftre naiffant creufe fa
Sepulture.
2
GALANT 369
Les plus vils Animaux eurent fur
moy leurs droits >
Et depuis à ma fuite , on a veu
plufieurs Rois.
S
Vos défirs curieux fur ce récit ,
peut- eftre.
S'intriguant pour fçavoir ce qui
me rendfans prix:
Souvenez vous Mortels , de qui
vous tenez l'efire,
F'eftois quand il náquit encor dans
le mépris.
Enigme ce mois cy que le Sonnet
que vous allez lire . Heft de
Mr Daubicourt.
Hhiiij
368 MERCURE
SONNET
ENIGMATIQUE
.
Sous
Ous un toit découvert , fans
abri ny clôture ,
Je füs le feul témoin d'un Prodige
nouveau.
L'Aftre , qui l'annonça fur la terre
&fur l'eau ,
Plut à tout l'Univers
pritla nature.
& Sur-
Depuis que le Soleil luit pour la
Creature ,
Jamais aucun ohjet n'avoit paru
•
fi beau >
L'on à crù qu'il feroit affranchi du
Tombeau ; *
Mais tout eftre naiffant creufe fa
Sepulture.
2
GALANT 369
Les plus vils Animaux eurent fur
moy leurs droits >
Et depuis à ma fuite , on a veu
plufieurs Rois.
S
Vos défirs curieux fur ce récit ,
peut- eftre.
S'intriguant pour fçavoir ce qui
me rendfans prix:
Souvenez vous Mortels , de qui
vous tenez l'efire,
F'eftois quand il náquit encor dans
le mépris.
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220
p. 399
ENIGME.
Début :
L'Enigme que je vous envoye, est de Mr d'Aubiecour. / Je plais, soit que je sois vêtuë, [...]
Mots clefs :
Bouteille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
L'Enigme que je vous envoye
, eft de mr d'Aubiecour.
ENIGM E.
plais , foit que je fois vêtuë
,
Ou qu'on me voye toute nuë.
Ma figure fur pied réveille les ef
prits s
Plas mon corps a de poids , plus
j'augmente de prix.
Je fuis d'une espece fragile;
Je vomis nuit & jour , &jamais
Medecin
N'a vù fortir de moy Pituite ny
Bile ;
Mais fi de tels efforts mefont tomber
debile ,
Qui me releve avec du Vin ,
Ne mefoulage pointen vain .
, eft de mr d'Aubiecour.
ENIGM E.
plais , foit que je fois vêtuë
,
Ou qu'on me voye toute nuë.
Ma figure fur pied réveille les ef
prits s
Plas mon corps a de poids , plus
j'augmente de prix.
Je fuis d'une espece fragile;
Je vomis nuit & jour , &jamais
Medecin
N'a vù fortir de moy Pituite ny
Bile ;
Mais fi de tels efforts mefont tomber
debile ,
Qui me releve avec du Vin ,
Ne mefoulage pointen vain .
Fermer
221
p. 364-365
ENIGME.
Début :
L'Enigme suivante fera ce mois cy le divertissement de vos / Bien que j'aye un tres-petit corps, [...]
Mots clefs :
Aiguille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
L'Enigme fuivante fera ce
mois cy le divertiffement de vos
amies . Elle eft de Madamoifelle
de Marion la cadette de Touloufe.
ENIGM E.
Ien que j'aye un tres -petit
B¹
corps ,
,
Te fuis utile à tout le monde ;
L'on m'employe par tout , fur la
terre &fur l'onde
Pour les vivans , & fouventpour
Les morts:
Jefuis toujours claire & brillan.
te ,
Etle beau Sexe aſſurément ,
Me doit fon plus grand ornement
Cependant , de mon fort je ne fuis
pas contente ,
Car
GALANT 365
-
Car bien que je ferve par tout ,
On ne m'estime guere , ou prefque
point du tout,
mois cy le divertiffement de vos
amies . Elle eft de Madamoifelle
de Marion la cadette de Touloufe.
ENIGM E.
Ien que j'aye un tres -petit
B¹
corps ,
,
Te fuis utile à tout le monde ;
L'on m'employe par tout , fur la
terre &fur l'onde
Pour les vivans , & fouventpour
Les morts:
Jefuis toujours claire & brillan.
te ,
Etle beau Sexe aſſurément ,
Me doit fon plus grand ornement
Cependant , de mon fort je ne fuis
pas contente ,
Car
GALANT 365
-
Car bien que je ferve par tout ,
On ne m'estime guere , ou prefque
point du tout,
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223
p. 377
ENIGME.
Début :
Ma Mer n'eut jamais d'eau, mes champs sont infertiles, [...]
Mots clefs :
Carte du monde
224
p. 372-373
ENIGME.
Début :
L'Enigme qui suit est de Mr Daubicourt. / La taille courte à large pance [...]
Mots clefs :
Cloche
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
L'Enigme qui fuit eft de Mr
Daubicourt.
ཚ་
ENIGM E.
14 saille courie à large pance
Tout pefant qu'est mon corps ,
il est des plus difpos
Je voltige &fais mille fauts
Et j'obferve en danſant une juſte
cadence .
Si l'éclat de mes airs chagrine un
endormy
Je fais fouvent plaifir an ftudieux
qui veille.
Le
GALANT 373
Le diligent eft mon ami ,
Et je fuis incommode ou regne la
bauteille.
Daubicourt.
ཚ་
ENIGM E.
14 saille courie à large pance
Tout pefant qu'est mon corps ,
il est des plus difpos
Je voltige &fais mille fauts
Et j'obferve en danſant une juſte
cadence .
Si l'éclat de mes airs chagrine un
endormy
Je fais fouvent plaifir an ftudieux
qui veille.
Le
GALANT 373
Le diligent eft mon ami ,
Et je fuis incommode ou regne la
bauteille.
Fermer
225
p. 411-412
ENIGME.
Début :
L'Enigme qui suit est de Mr Boquet du Mesnil, Receveur / Plus on me trouve rude [...]
Mots clefs :
Râpe à tabac
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
L'Enigme qui fuit eft de Mr
Boquet du Mefnil Receveur
general des Faux nobles de
Toulouſe .
ENIGMF:
Las on me trouve rude
PLas
sigh
Plus on me cherit en tous lieux.
412 MERCURE
Le plais en compagnie , & dans la
folitude ,
Etje charme l'ennuy des jeunes &
des vieux.
Iefais genereufe & fi bonne
Que je rends tout ce qu'on mé
donne ;
Maisfije viens à m'adoucir
On me meprife , on me rejette
Et c'eft à quoy je fuis fujette
Lorfque j'ayfait trop de plaifir.
Boquet du Mefnil Receveur
general des Faux nobles de
Toulouſe .
ENIGMF:
Las on me trouve rude
PLas
sigh
Plus on me cherit en tous lieux.
412 MERCURE
Le plais en compagnie , & dans la
folitude ,
Etje charme l'ennuy des jeunes &
des vieux.
Iefais genereufe & fi bonne
Que je rends tout ce qu'on mé
donne ;
Maisfije viens à m'adoucir
On me meprife , on me rejette
Et c'eft à quoy je fuis fujette
Lorfque j'ayfait trop de plaifir.
Fermer
226
p. 11-35
« Le 25. du mois passé, Madame la Duchesse de Bourgogne ayant [...] »
Début :
Le 25. du mois passé, Madame la Duchesse de Bourgogne ayant [...]
Mots clefs :
Duc de Bretagne, Peindre, Roi, Dire, Vertu, Duc de Bourgogne, Intercolonne, Versailles, Mots, Bruit, Beau, Faces, Cour, Pieds, Armes, Face, Paroles, Duchesse, Princesse, Feux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 25. du mois passé, Madame la Duchesse de Bourgogne ayant [...] »
Le 25. du mois paſſé, Madame
la Duchesse de Bourgogne ayant
senti quelques douleurs sur les
huit heures du matin, qui firent
croire que cette Princesse ac-
coucheroit avant la fin de la
journée, tous les Officiers de la
Maison Royale & tous les Ha-
bitans de Versailles firent pre-
parer tout ce qui étoit neces-
faire pour allumer des feux dés
l'instant qu'ils apprendroient la
naissance du Prince qu'ils at-
tendoient, ne doutant point
que puisqu'il étoit necessaire à
l'Etat, & que le Roy le deman-
doit au Ciel, ce Monarque
n'obtinst l'effet de ses prieres,
puisqu'étant selon le cœeur de
Dieu, il n'avoit jamais cessé de
le combler de ses graces.
Réjouissances.
12
Madame la Duchesse de Bour-
gogne ayant senti sur les deux
heures aprés midy des douleurs
assez vives pour faire croire que
cette Princesse étoit sur le point
d'accoucher, & un instant aprés
quelques mots mal entendus ou
mal interprêtez ayant fait croi-
re que cette Princesse étoit ac-
couchée d'un Prince, le bruit
qui s en répandit dans la cham-
bre, passa avec une prompti-
tude incroyable dans le reste de
l'Appartement, & tout Ver-
sailles en fut aussi-tôt rempli;
de maniere que tout étant pre-
paré pour faire des feux, ainsi
que je vous l'ay déja marqué,
ils furent allumez au même in-
stant dans le grand Commun &
dans tout Versailles. La nou-
Réjouissances.
13
velle vint aussi-tôt aprés que
Madame la Duchesse de Bour-
gogne n'étoit pas encore ac-
couchée; mais les feux étoient
trop allumez pour être éteints
si-tôt, & le peuple trop per-
suadé que cette Princesse met-
troit un Prince au monde, pour
éteindre ces feux, qu'il com-
mença à regarder comme des
preludes de la joye , dont ils
devoit donner de plus éclatan-
tes marques. Les choses demeu-
rerent en cet état jusqu'à cinque
heures du soir, & environ une
minute & demie que cette Prin-
cesse accoucha. Le bruit se ré-
pandit d'abord qu'elle étoit ac-
couchée d'un Prince, & que le
Roy l'avoit nommé Duc de Bre-
lagne. Ce fut alors que tout
Réjouissances.
14
Versailles s'abandonna à l'ema
portement de la plus vive joye,
& qu'elle n'eut plus de bornes.
Les premieres fusées volantes
qui furent tirées, partirent de
chez Monsieur le Duc d'Albe,
& de chez Mr le Marquis de
Villacerf, premier Maistre
d'Hostel de Madame la Du-
chesse de Bourgogne. Tout
l'Hoſtel du premier, & tout le
Pavillon où loge le dernier pa-
rurent illuminez si-tôt que le
jour commença un peu à bais-
ser. On donna chez Monsieur
le Duc d'Albe des bouteilles
de vin à tous ceux qui se pré-
senterent, ce qui leur fit beau-
coup plus de plaisir, que si on
leur avoit seulement versé à
boire : on jetta beaucoup d'ar-
Réjouissances.
15
gent par les fenêtres, & il est à
remarquer qu'il n'y avoit point
de petite monnoye parmi cet
argent. Tous les Hostels des
grands Seigneurs, qui en ont à
Versailles, furent illuminez
presque dans le même temps,
& l'on n'entendit plus dans
tout Versailles que le bruit de
Vive le Roy, mêlé au bruit de
l'artifice & à celui des Tam-
bours, des Trompettes & d'au-
tres instrumens plus doux ; ce
qui continua pendant trois
jours, & sur tout dans le grand
Commun où l'on ne ſe coucha
point la premiere nuit.
Les deux premiers soirs, les
Officiers de la Fruiterie de Ma-
dame la Duchesse de Bourgo-
gne firent de tres-belles illu-
Réjouissances.
16
minations dans le grand Com-
mun, & le troisième soir Mr de
Courcelles, Garde general des
meubles de la Couronne, &
Concierge du grand commun,
illumina tout le bas des quatre
faces du dedans de la cour, jus-
qu'au balcon. On peut dire que
cette illumination étoit magni-
sique, s'il m'est permis de me
servir de ce terme ; la Cour du
grand Commun pouvant plû-
tôt paſser pour une tres-grande
Place publique, que pour la
cour d'un batiment.
Le troisiéme jour, qui étoit
le 27. du mois, quelques Ha-
bitans de Versailles firent un
tres-beau feu proche de la Pa-
roisse.
Le 30. Mr le Marquis de Vil-
le
es
&
re
if
e
11-
ne
lu
A-
de
la
it
a-
n
a-
Réjouissances.
1
lacerf donna dans son apparte-
ment à Monseigueur le Duc de
Bourgogne, un souper tres- ma-
gnifique. Monseigneur le Duc
de Berry & plufieurs Dames
étoient de ce repas. Il y eut en-
suite une illumination jusqu'au
premier étage de son pavillon,
& un beau feu d'artifice. Cette
feste fut trouvée fort galante.
Les Dames de S. Cyr en firent
un tres-beau le 3. de Juillet.
Les Tailleurs de pierre, qui
travaillent à la Chapelle de
Versailles firent le même jour
un feu d'artifice qui fut tiré
vis-à-vis l'Aile neuve.
Le 4 les Pourvoieurs du Roy
en firent aussi tirer un tres-beau
devant leur porte, à la Ville-
neuve.
Juillet 1704 II. P. B
Réjouissances.
18
Le 7. les Maçons de Versail.
les firent aussi un feu proche la
grille. C'étoit un portique de
charpente, qui étoit fort illu-
mine; Il étoit accompagné d'un
feu de bois, des environs duquel
ils firent tirer plusieurs fusées
volantes. Ils s'approcherent en.
fuite de la grille de la porte de
la petite cour du Château, l'é.
pée au côté, & le fuſil ſur l'épau-
le, dont ils firent une décharge
au bruit des tambours qui les ac-
compagnoient Ils avoient cha-
cunune lanterne sur la tête a vec
des lumieres, & dans les pans
de ces lanternes on lisoit, Vive
le Roy, vive Monseigneur, Mon-
seigneur le Duc de Bourgogne &
Monseigneur le Duc de Bretagne,
Ces lanternes étoient quarrées
il
la
de
u
un
el
es
u
de
&
u
ge
c
e
n
bn-
6
e
es
Réjouissances.
19
& ouvertes par le haut. Ce
ſpectacle parût aſsez divertis-
sant.
Le 8. les Habitans de Versail-
les, qui avoient fait demander
au Roy, la permission de faire
tirer un feu d'artifice pour mar-
quer leur joye, donnérent des
preuves de leur zele en faisant
tirer ce feu. Il y avoit dans l'a-
venuë quarante-six piéces de
canon, dont on fit huit salves,
dont la premiere commença en-
tre midy & une heure. Le feu
fut tiré entre neuf & dix heures
du soir. Il fut precedé d'une
douzaine de fusées volantes, qui
furent tirées proche la grille de
la grande cour, aux côtés de la-
quelle il y a avoit deux grosses
piéces de vin. Ce fen avoit qua-
Bi
20
Réjouissances.
tre faces, dont la principale re-
gardoit le Château de Versail-
les. La seconde regardoit l'ave-
nuë de Paris, les deux autres
les deux côtés : & comme le
Roy, Monseigneur, Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne &
le Prince nouveau-ne font le
nombre de quatre, chaque fa-
çade étoit destinée à chacun
d'eux.
Toutes ces quatre faces
avoient vingt-quatre pieds d'é-
tenduë, avec une élevation pro-
portionnée. Le milieu de cha-
que face étoit ouvert par un por-
tique de dix pieds de large sur
vingt de hauteur, & qui étoit
accompagné de quatre pilastres
d'un ordre dorique, c'est-à-
dire, deux pilastres à chaque
Réjouissances.
21
côté des pilastres, & qui de part
& d'autre laissoient une inter-
colone de deux pieds & demi,
pour recevoir les ornemens.
Le tout étoit surmonté d'une
corniche qui regnoit tout au-
tour, avec une frize propre aux
Inscriptions qu'on y avoit desti-
nées.
Sur le milieu de la place du
Theatre l'on avoit élevé une
base à quatre faces, qui portoit
une figure laquelle representoit
la France avec tous ses orne-
mens, & qui tenoit entre ses
bras le Prince, qu'elle sembloit
presenter au Ciel, tandis qu'une
Renommée qui paroissoit voler
au dessus, publioit à toute la
terre le bonheur de cette nais-
sance.
Réjouissances.
22
Comme le pié d'estal qui por-
toit ces figures avoit quatre
grandes faces, l'on avoit peint
tur chacune les Armes du Roy
& de ses trois Successeurs.
Sur la premiere face du côté
du Château étoient les armes du
Roy. Sur la face opposée, celles
de Monseigneur, qui sont de
France écartelées d'un Dau-
phin. Sur la face, à côté droit,
étoient celles de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, écarte-
lées de France & de Bourgo-
gne. Et sur l'autre, celles du
jeune Prince, écartelées de
France & de Bretagne.
Sur les quatre frises de la cor-
niche, on avoit écrit quatre
passages, tirez des Pseaumes
127. & 126. qui expliquent la
t
Réjouissances.
23
benediction que Dieu promet a
ses fidéles , dans l'abondance
d'une heureuſe posterité.
Sur celle de la face deſtinée
pour le Roy, l'on avoit écrit
ces paroles du quatrième verset
du Pseaume 127.
FILII TUI SICUT NOVEL-
LEOLIVARUM IN CIRCUITI
MENSAE TUAE.
Qu'on peut expliquer par ces
quatre vers François.
Aprés mille travaux guerriers
Le Ciel te fera voir par sa grace
admirable,
Tes Fils croitre à tes yeux à l'entour
de ta table,
Comme de tendres Oliviers,
Réjouissances.
24.
Sur la Frise, au dessous des
armes de Monseigneur, l'on
avoit écrit ces autres paroles du
verset ſuivant, du même Pſeau-
me.
ECCE SIC BENEDICETUR
HOMO QUI TIMET DOMINUM.
Qu'on explique par ces vers.
Souverain arbitre du monde,
Appuy des justes Rois, maître des
Nations ;
C'est ainsi que ta main feconde,
Répand sur qui te ciaint, ses bene-
dictions.
Sur la Frise, au dessous des
armes de Monseigneur le Duc
de Bourgogne, on lisoit ces pa-
roles
es
bn
du
u
les
c
Réjouissances.
23
roles tirées du troisième verset
du même Pſeaume.
UXOR TUA SICUT VITIS
ABUNDANS.
Expliquées par ces vers.
Heureux celuy qui voit d'un œil
tendre & content
Une femme chaste & prudente;
Telle qu'une vigne abondante,
Donner à ses desirs le fruit quil en
attend.
Enfin sur la derniere Frise
destinée à Monseigneur le Duc
de Bretagne, & au dessus de ses
armes, l'on avoit écrit ces mots
tirez du quatrième verset du
Pseaume 126.
Juillet 1704. II. P.
Réjouissances.
26
ECCE HAEREDITAS DO
MINI FILII.
Inter pretez par ces vers.
Enfans que Dieu destine à l'Ems
pire des Lys,
Vous ètes de nos Rois les augustes
images;
Et de nos Heros accomplis
Les trésors précieux, & les vrais
hetitages.
Voilà quel étoit l'ornement des
4. côtez de la Frise. Mais pour
remplir les huit intercolonnes,
dont chaque Façade en avoit
deux aux deux côtez de chaque
Portique, l'on avoit peint dans
chaque intercolone, sur une
espece de Cartouche, une devi-
Réjouissances.
27
se, & au dessous de chaque de-
vise, une Vertu qui luy répon-
doit. Ainsi dans l'intercolone à
droite, du côté du Château,
deſtiné pour le Roy, l'on avoit
peint dans un Cartouche un Pa-
relie, c'est-à dire, un Soleil,
qui dans un nuage en reproduit
trois autres, qui paroissent sem-
blables; avec ces paroles écri-
tes dans une Volute.
NEc PLURIRUS IMPAN
GIGNO PARES.
C'est-à-dire,
Rien ne peut m'égaler que ce que
je produits.
La Vertu qui étoit au dessous
1)
Réjouissances.
28
de ce Cartouche, étoit la Fé-
condité, representée par une
femme qui verse du lait de ses
deux mamelles.
Dans l'intercolone à gauche,
l'on avoit peint pour emblême
quatre Lions, dont le plus fort
étoit assis au milieu des autres,
la courone sur la tête & le Sce-
ptre à la main. Il avoit à son côté
droit un Lion un peu moins
grand; à côté gauche un autre
un peu plus petit; & à ses pieds
un Lionceau, avec ces paroles
dans la Volute.
FORTES CREANTUR
FORTIBUS.
Qui veulent dire:
Les forts sont engendrez des foris,
Réjouissances.
29
Et la Vertu qui étoit peinte
au dessous, c'étoit la Force ,
comme on la presente ordinaire-
ment.
Du côté destiné à Monsei-
gneur, on avoit peint dans l'in-
tercolone droite un Soleil dans
le milieu du ciel; & du côté de
l'Orient, l'Etoile du matin, qui
a seule le privilege de briller en
presence du Soleil: Ces mots y
servoient d'ame, & étoient
écrits dans une Volute.
ET SEQUITUR CORAMQUE
MICAT.
Expliquez par ce vers.
Je le suis, & puis seul briller en
sa presence.
Ciij
Réjouissances.
La Vertu qui étoit au dessous,
c'étoit la Manificence ou la Bon-
té: Vertu qui selon les Natura-
listes est duë à l'influence bene-
fique de la Planéte de Venus On
la peint comme une femme qui
distribuë de l'or & des presens.
Dans l'intercolone à gauche,
on avoit peint sur le Cartouche
un Soleil brillant, & trois Aigles
de diferentes grandeurs, qui le
regardoient fixement & sans sil-
ler les yeux, avec ces mots sur
la Volute.
DOCUMENTA DAMUS QUA
SIMUS ORIGINE.
Qui veulent dire,
Nous montrons de quel Sang nous
sommes engendrez.
Réjouissances.
31
La Vertu que l'on avoit pein-
te, au dessous étoit la Genero-
sité, dans laquelle consiste touts
la gloire du Sang & de la na-
sance. Elle se peint en Amazone
armée.
Du côté deſtiné à Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne, on
avoit peint dans l'intercolone
droite, un jeune Aigle, qui
lançoit la Foudre de Jupiter sur
la Ville de Brizac, avec ces
mots:
QUò SACRA JUSSA JOVIS.
C'est-à-dire,
Où Jupiter voudra je porterai sa
foudre.
Rejovissances.
32
La Vertu peinte au dessous,
c'étoit la Celerité ou Promptitu-
de de l'execution. On la peint
avec des alles aux pieds & un
arc & une fléche à la main.
Dans l'intercolone gauche,
on avoit peint sur le Cartouche
un Oranger qui estoit tout à la
fois chargé de fleurs & de fruits,
avec ces paroles dans la Volute.
GAUDIA, SPEMQUE SIMUIJ
qui veulent dire:
Aux douceurs de mon fruit je joins
Pespoir d'an autre.
Et la Vertu qui étoit peinte
au dessous, c'étoit l'Abondance.
Sur le côté destiné pour Mon-
Réjouissances.
seigneur le Duc de Bretagne,
on avoit peint sur le Cartouche
de l'intercolone droite, une co-
lone qui soutenoit la Courone
d'Espagne, avec ces mots dans
une Volute.
TUTUM HISPANAE COLUS
MEN CORONAE.
Qui veulent dire:
Espagne, j'affermis sur ton Throne
ton Roy.
Et la Vertu étoit au dessous,
c'étoit la Concorde.
Et enfin dans l'intercolone
gauche, l'on avoit peint sur le
Cartouche une tige de Lys à
quatre fleurs; sçavoir la plus
Rejouissances.
34
haute, toute épanouie & cou-
ronée; celle qui la suivoit étoit
entr'ouverte; la troisième, qui
étoit au dessous, n'étoit point
encore ouverte; & la derniere
enfin n'étoit qu'un petit bouton
qui ne faisoit que d'éclore &
sortir de la tige, avec ces paro-
les dans une Volute.
QUò TRIA QUARTUM.
Qui veulent dire:
Le dernier les égalera.
Et la Vertu peinte au dessous,
de cette devise, c'étoit la Pa-
tience, comme elle faisoit voir
par l'Horloge qu'elle avoit sur
la tête, & par la Tortuë sur
Réjouissances.
28
laquelle elle étoit assise.
Quoi que plusieurs de ces de-
vises ne fussent pas nouvelles,
leur applicationétoit si juste, que
que l'Auteur qui a pris soin de la
décoration de ce feu, n'en mé-
rite pas moins de louanges.
la Duchesse de Bourgogne ayant
senti quelques douleurs sur les
huit heures du matin, qui firent
croire que cette Princesse ac-
coucheroit avant la fin de la
journée, tous les Officiers de la
Maison Royale & tous les Ha-
bitans de Versailles firent pre-
parer tout ce qui étoit neces-
faire pour allumer des feux dés
l'instant qu'ils apprendroient la
naissance du Prince qu'ils at-
tendoient, ne doutant point
que puisqu'il étoit necessaire à
l'Etat, & que le Roy le deman-
doit au Ciel, ce Monarque
n'obtinst l'effet de ses prieres,
puisqu'étant selon le cœeur de
Dieu, il n'avoit jamais cessé de
le combler de ses graces.
Réjouissances.
12
Madame la Duchesse de Bour-
gogne ayant senti sur les deux
heures aprés midy des douleurs
assez vives pour faire croire que
cette Princesse étoit sur le point
d'accoucher, & un instant aprés
quelques mots mal entendus ou
mal interprêtez ayant fait croi-
re que cette Princesse étoit ac-
couchée d'un Prince, le bruit
qui s en répandit dans la cham-
bre, passa avec une prompti-
tude incroyable dans le reste de
l'Appartement, & tout Ver-
sailles en fut aussi-tôt rempli;
de maniere que tout étant pre-
paré pour faire des feux, ainsi
que je vous l'ay déja marqué,
ils furent allumez au même in-
stant dans le grand Commun &
dans tout Versailles. La nou-
Réjouissances.
13
velle vint aussi-tôt aprés que
Madame la Duchesse de Bour-
gogne n'étoit pas encore ac-
couchée; mais les feux étoient
trop allumez pour être éteints
si-tôt, & le peuple trop per-
suadé que cette Princesse met-
troit un Prince au monde, pour
éteindre ces feux, qu'il com-
mença à regarder comme des
preludes de la joye , dont ils
devoit donner de plus éclatan-
tes marques. Les choses demeu-
rerent en cet état jusqu'à cinque
heures du soir, & environ une
minute & demie que cette Prin-
cesse accoucha. Le bruit se ré-
pandit d'abord qu'elle étoit ac-
couchée d'un Prince, & que le
Roy l'avoit nommé Duc de Bre-
lagne. Ce fut alors que tout
Réjouissances.
14
Versailles s'abandonna à l'ema
portement de la plus vive joye,
& qu'elle n'eut plus de bornes.
Les premieres fusées volantes
qui furent tirées, partirent de
chez Monsieur le Duc d'Albe,
& de chez Mr le Marquis de
Villacerf, premier Maistre
d'Hostel de Madame la Du-
chesse de Bourgogne. Tout
l'Hoſtel du premier, & tout le
Pavillon où loge le dernier pa-
rurent illuminez si-tôt que le
jour commença un peu à bais-
ser. On donna chez Monsieur
le Duc d'Albe des bouteilles
de vin à tous ceux qui se pré-
senterent, ce qui leur fit beau-
coup plus de plaisir, que si on
leur avoit seulement versé à
boire : on jetta beaucoup d'ar-
Réjouissances.
15
gent par les fenêtres, & il est à
remarquer qu'il n'y avoit point
de petite monnoye parmi cet
argent. Tous les Hostels des
grands Seigneurs, qui en ont à
Versailles, furent illuminez
presque dans le même temps,
& l'on n'entendit plus dans
tout Versailles que le bruit de
Vive le Roy, mêlé au bruit de
l'artifice & à celui des Tam-
bours, des Trompettes & d'au-
tres instrumens plus doux ; ce
qui continua pendant trois
jours, & sur tout dans le grand
Commun où l'on ne ſe coucha
point la premiere nuit.
Les deux premiers soirs, les
Officiers de la Fruiterie de Ma-
dame la Duchesse de Bourgo-
gne firent de tres-belles illu-
Réjouissances.
16
minations dans le grand Com-
mun, & le troisième soir Mr de
Courcelles, Garde general des
meubles de la Couronne, &
Concierge du grand commun,
illumina tout le bas des quatre
faces du dedans de la cour, jus-
qu'au balcon. On peut dire que
cette illumination étoit magni-
sique, s'il m'est permis de me
servir de ce terme ; la Cour du
grand Commun pouvant plû-
tôt paſser pour une tres-grande
Place publique, que pour la
cour d'un batiment.
Le troisiéme jour, qui étoit
le 27. du mois, quelques Ha-
bitans de Versailles firent un
tres-beau feu proche de la Pa-
roisse.
Le 30. Mr le Marquis de Vil-
le
es
&
re
if
e
11-
ne
lu
A-
de
la
it
a-
n
a-
Réjouissances.
1
lacerf donna dans son apparte-
ment à Monseigueur le Duc de
Bourgogne, un souper tres- ma-
gnifique. Monseigneur le Duc
de Berry & plufieurs Dames
étoient de ce repas. Il y eut en-
suite une illumination jusqu'au
premier étage de son pavillon,
& un beau feu d'artifice. Cette
feste fut trouvée fort galante.
Les Dames de S. Cyr en firent
un tres-beau le 3. de Juillet.
Les Tailleurs de pierre, qui
travaillent à la Chapelle de
Versailles firent le même jour
un feu d'artifice qui fut tiré
vis-à-vis l'Aile neuve.
Le 4 les Pourvoieurs du Roy
en firent aussi tirer un tres-beau
devant leur porte, à la Ville-
neuve.
Juillet 1704 II. P. B
Réjouissances.
18
Le 7. les Maçons de Versail.
les firent aussi un feu proche la
grille. C'étoit un portique de
charpente, qui étoit fort illu-
mine; Il étoit accompagné d'un
feu de bois, des environs duquel
ils firent tirer plusieurs fusées
volantes. Ils s'approcherent en.
fuite de la grille de la porte de
la petite cour du Château, l'é.
pée au côté, & le fuſil ſur l'épau-
le, dont ils firent une décharge
au bruit des tambours qui les ac-
compagnoient Ils avoient cha-
cunune lanterne sur la tête a vec
des lumieres, & dans les pans
de ces lanternes on lisoit, Vive
le Roy, vive Monseigneur, Mon-
seigneur le Duc de Bourgogne &
Monseigneur le Duc de Bretagne,
Ces lanternes étoient quarrées
il
la
de
u
un
el
es
u
de
&
u
ge
c
e
n
bn-
6
e
es
Réjouissances.
19
& ouvertes par le haut. Ce
ſpectacle parût aſsez divertis-
sant.
Le 8. les Habitans de Versail-
les, qui avoient fait demander
au Roy, la permission de faire
tirer un feu d'artifice pour mar-
quer leur joye, donnérent des
preuves de leur zele en faisant
tirer ce feu. Il y avoit dans l'a-
venuë quarante-six piéces de
canon, dont on fit huit salves,
dont la premiere commença en-
tre midy & une heure. Le feu
fut tiré entre neuf & dix heures
du soir. Il fut precedé d'une
douzaine de fusées volantes, qui
furent tirées proche la grille de
la grande cour, aux côtés de la-
quelle il y a avoit deux grosses
piéces de vin. Ce fen avoit qua-
Bi
20
Réjouissances.
tre faces, dont la principale re-
gardoit le Château de Versail-
les. La seconde regardoit l'ave-
nuë de Paris, les deux autres
les deux côtés : & comme le
Roy, Monseigneur, Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne &
le Prince nouveau-ne font le
nombre de quatre, chaque fa-
çade étoit destinée à chacun
d'eux.
Toutes ces quatre faces
avoient vingt-quatre pieds d'é-
tenduë, avec une élevation pro-
portionnée. Le milieu de cha-
que face étoit ouvert par un por-
tique de dix pieds de large sur
vingt de hauteur, & qui étoit
accompagné de quatre pilastres
d'un ordre dorique, c'est-à-
dire, deux pilastres à chaque
Réjouissances.
21
côté des pilastres, & qui de part
& d'autre laissoient une inter-
colone de deux pieds & demi,
pour recevoir les ornemens.
Le tout étoit surmonté d'une
corniche qui regnoit tout au-
tour, avec une frize propre aux
Inscriptions qu'on y avoit desti-
nées.
Sur le milieu de la place du
Theatre l'on avoit élevé une
base à quatre faces, qui portoit
une figure laquelle representoit
la France avec tous ses orne-
mens, & qui tenoit entre ses
bras le Prince, qu'elle sembloit
presenter au Ciel, tandis qu'une
Renommée qui paroissoit voler
au dessus, publioit à toute la
terre le bonheur de cette nais-
sance.
Réjouissances.
22
Comme le pié d'estal qui por-
toit ces figures avoit quatre
grandes faces, l'on avoit peint
tur chacune les Armes du Roy
& de ses trois Successeurs.
Sur la premiere face du côté
du Château étoient les armes du
Roy. Sur la face opposée, celles
de Monseigneur, qui sont de
France écartelées d'un Dau-
phin. Sur la face, à côté droit,
étoient celles de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, écarte-
lées de France & de Bourgo-
gne. Et sur l'autre, celles du
jeune Prince, écartelées de
France & de Bretagne.
Sur les quatre frises de la cor-
niche, on avoit écrit quatre
passages, tirez des Pseaumes
127. & 126. qui expliquent la
t
Réjouissances.
23
benediction que Dieu promet a
ses fidéles , dans l'abondance
d'une heureuſe posterité.
Sur celle de la face deſtinée
pour le Roy, l'on avoit écrit
ces paroles du quatrième verset
du Pseaume 127.
FILII TUI SICUT NOVEL-
LEOLIVARUM IN CIRCUITI
MENSAE TUAE.
Qu'on peut expliquer par ces
quatre vers François.
Aprés mille travaux guerriers
Le Ciel te fera voir par sa grace
admirable,
Tes Fils croitre à tes yeux à l'entour
de ta table,
Comme de tendres Oliviers,
Réjouissances.
24.
Sur la Frise, au dessous des
armes de Monseigneur, l'on
avoit écrit ces autres paroles du
verset ſuivant, du même Pſeau-
me.
ECCE SIC BENEDICETUR
HOMO QUI TIMET DOMINUM.
Qu'on explique par ces vers.
Souverain arbitre du monde,
Appuy des justes Rois, maître des
Nations ;
C'est ainsi que ta main feconde,
Répand sur qui te ciaint, ses bene-
dictions.
Sur la Frise, au dessous des
armes de Monseigneur le Duc
de Bourgogne, on lisoit ces pa-
roles
es
bn
du
u
les
c
Réjouissances.
23
roles tirées du troisième verset
du même Pſeaume.
UXOR TUA SICUT VITIS
ABUNDANS.
Expliquées par ces vers.
Heureux celuy qui voit d'un œil
tendre & content
Une femme chaste & prudente;
Telle qu'une vigne abondante,
Donner à ses desirs le fruit quil en
attend.
Enfin sur la derniere Frise
destinée à Monseigneur le Duc
de Bretagne, & au dessus de ses
armes, l'on avoit écrit ces mots
tirez du quatrième verset du
Pseaume 126.
Juillet 1704. II. P.
Réjouissances.
26
ECCE HAEREDITAS DO
MINI FILII.
Inter pretez par ces vers.
Enfans que Dieu destine à l'Ems
pire des Lys,
Vous ètes de nos Rois les augustes
images;
Et de nos Heros accomplis
Les trésors précieux, & les vrais
hetitages.
Voilà quel étoit l'ornement des
4. côtez de la Frise. Mais pour
remplir les huit intercolonnes,
dont chaque Façade en avoit
deux aux deux côtez de chaque
Portique, l'on avoit peint dans
chaque intercolone, sur une
espece de Cartouche, une devi-
Réjouissances.
27
se, & au dessous de chaque de-
vise, une Vertu qui luy répon-
doit. Ainsi dans l'intercolone à
droite, du côté du Château,
deſtiné pour le Roy, l'on avoit
peint dans un Cartouche un Pa-
relie, c'est-à dire, un Soleil,
qui dans un nuage en reproduit
trois autres, qui paroissent sem-
blables; avec ces paroles écri-
tes dans une Volute.
NEc PLURIRUS IMPAN
GIGNO PARES.
C'est-à-dire,
Rien ne peut m'égaler que ce que
je produits.
La Vertu qui étoit au dessous
1)
Réjouissances.
28
de ce Cartouche, étoit la Fé-
condité, representée par une
femme qui verse du lait de ses
deux mamelles.
Dans l'intercolone à gauche,
l'on avoit peint pour emblême
quatre Lions, dont le plus fort
étoit assis au milieu des autres,
la courone sur la tête & le Sce-
ptre à la main. Il avoit à son côté
droit un Lion un peu moins
grand; à côté gauche un autre
un peu plus petit; & à ses pieds
un Lionceau, avec ces paroles
dans la Volute.
FORTES CREANTUR
FORTIBUS.
Qui veulent dire:
Les forts sont engendrez des foris,
Réjouissances.
29
Et la Vertu qui étoit peinte
au dessous, c'étoit la Force ,
comme on la presente ordinaire-
ment.
Du côté destiné à Monsei-
gneur, on avoit peint dans l'in-
tercolone droite un Soleil dans
le milieu du ciel; & du côté de
l'Orient, l'Etoile du matin, qui
a seule le privilege de briller en
presence du Soleil: Ces mots y
servoient d'ame, & étoient
écrits dans une Volute.
ET SEQUITUR CORAMQUE
MICAT.
Expliquez par ce vers.
Je le suis, & puis seul briller en
sa presence.
Ciij
Réjouissances.
La Vertu qui étoit au dessous,
c'étoit la Manificence ou la Bon-
té: Vertu qui selon les Natura-
listes est duë à l'influence bene-
fique de la Planéte de Venus On
la peint comme une femme qui
distribuë de l'or & des presens.
Dans l'intercolone à gauche,
on avoit peint sur le Cartouche
un Soleil brillant, & trois Aigles
de diferentes grandeurs, qui le
regardoient fixement & sans sil-
ler les yeux, avec ces mots sur
la Volute.
DOCUMENTA DAMUS QUA
SIMUS ORIGINE.
Qui veulent dire,
Nous montrons de quel Sang nous
sommes engendrez.
Réjouissances.
31
La Vertu que l'on avoit pein-
te, au dessous étoit la Genero-
sité, dans laquelle consiste touts
la gloire du Sang & de la na-
sance. Elle se peint en Amazone
armée.
Du côté deſtiné à Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne, on
avoit peint dans l'intercolone
droite, un jeune Aigle, qui
lançoit la Foudre de Jupiter sur
la Ville de Brizac, avec ces
mots:
QUò SACRA JUSSA JOVIS.
C'est-à-dire,
Où Jupiter voudra je porterai sa
foudre.
Rejovissances.
32
La Vertu peinte au dessous,
c'étoit la Celerité ou Promptitu-
de de l'execution. On la peint
avec des alles aux pieds & un
arc & une fléche à la main.
Dans l'intercolone gauche,
on avoit peint sur le Cartouche
un Oranger qui estoit tout à la
fois chargé de fleurs & de fruits,
avec ces paroles dans la Volute.
GAUDIA, SPEMQUE SIMUIJ
qui veulent dire:
Aux douceurs de mon fruit je joins
Pespoir d'an autre.
Et la Vertu qui étoit peinte
au dessous, c'étoit l'Abondance.
Sur le côté destiné pour Mon-
Réjouissances.
seigneur le Duc de Bretagne,
on avoit peint sur le Cartouche
de l'intercolone droite, une co-
lone qui soutenoit la Courone
d'Espagne, avec ces mots dans
une Volute.
TUTUM HISPANAE COLUS
MEN CORONAE.
Qui veulent dire:
Espagne, j'affermis sur ton Throne
ton Roy.
Et la Vertu étoit au dessous,
c'étoit la Concorde.
Et enfin dans l'intercolone
gauche, l'on avoit peint sur le
Cartouche une tige de Lys à
quatre fleurs; sçavoir la plus
Rejouissances.
34
haute, toute épanouie & cou-
ronée; celle qui la suivoit étoit
entr'ouverte; la troisième, qui
étoit au dessous, n'étoit point
encore ouverte; & la derniere
enfin n'étoit qu'un petit bouton
qui ne faisoit que d'éclore &
sortir de la tige, avec ces paro-
les dans une Volute.
QUò TRIA QUARTUM.
Qui veulent dire:
Le dernier les égalera.
Et la Vertu peinte au dessous,
de cette devise, c'étoit la Pa-
tience, comme elle faisoit voir
par l'Horloge qu'elle avoit sur
la tête, & par la Tortuë sur
Réjouissances.
28
laquelle elle étoit assise.
Quoi que plusieurs de ces de-
vises ne fussent pas nouvelles,
leur applicationétoit si juste, que
que l'Auteur qui a pris soin de la
décoration de ce feu, n'en mé-
rite pas moins de louanges.
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227
p. 45-116
« Il est temps de vous parler de ce qui se passa à Paris, où la [...] »
Début :
Il est temps de vous parler de ce qui se passa à Paris, où la [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Il est temps de vous parler de ce qui se passa à Paris, où la [...] »
Il est temps de vous parler de
ce qui se passa à Paris, où la
fausse nouvelle de l'accouche-
ment de Madame la Duchesse
de Bourgogne fut répanduë,
comme elle l'avoit esté à Ver-
ſailles, & l'on y ajoûta d'autant
plus de foy, que plusieurs Per-
sonnes de la plus haute distin-
ction avoient fait partir des
Couriers, qui étoient prêts à
monter à cheval aux moindres
signaux qu'on leur donneroit.
Le premier feu qui fut allumé,
parut sur le Quay des Galleries
du Louvre, vis-à vis le der-
riere de la Monnoye des Médail-
les, dont Mr de Launay est Di-
recteur. Il estoit si bien prépa-
ré à donner des marques de son
zéle, & si attentif à tout ce qui
Réjouissances.
46
se passeroit, que dans l'instant
qu'il eût appris la grande nou-
velle que chacun attendoit avec
une impatience, accompagnée
de la plus vive ardeur, on en-
tendit des décharges des canons
qu'il avoit fait placer au devant
du Cabinet des Médailles & de
son appartement, qui annon-
cérent les premiers, cette im-
portante nouvelle. Ces déchar-
ges furent aussi- tôt accompa-
gnées de feux, & d'une distribu-
tion de vin à tous les passans;
ce qui arrêta une grande quan-
tité de personnes de tout sexe,
qui témoignerent par leurs
dances, & par des cris conti-
nuels de vive le Roy, la joye que
leur causoit la naissance de
Monseigneur le Duc de Breta-
de
ce
te
le
d
Réjouissances.
4
gne. Mr de Launay régala au ſsi
de plusieurs sortes de liqueurs
ceux qui entrérent dans l'Hô-
tel de la Monnoye des Médail-
les; de maniere que la multitu-
de du peuble qui s'assembla
pour boire & pour dancer, les
grands & longs cris de vive le
Roy, l'éclat du feu qu'il fit allu-
mer, & les décharges du canon
qu'il fit tirer, reveillerent les
habitans du Quay des Théatins
& tous ceux du Fauxboug Saint
Germa in, qui n'avoient encore
appris que confusément & sans
aucune certitude, la nouvelle
de la naissance du Prince, que
le Ciel avoit accordé aux vœux
du Roy. Tous ceux qui reve-
noient des Thuilleries, où cet-
te naissance n'estoit pas confir-
Réjouissances.
48
mée, commencérent à la croire
veritable, en voyant tant de
réjouissances, & allérent porter
cette nouvelle dans tous les
quartiers de la Ville. Elle fut
annoncée en même-temps dans
toute l'étenduë des lieux d'où
l'on peut voir la Maison, vul-
gairement appellée la Samari-
taine, que Mr le Febvre, Gou-
verneur de la Pompe de la Mai-
son Royale de la Samaritaine
fit illuminer de la maniere sui-
vante: Il fit placer des lumieres
sur toutes les feuestres & sur tous
les balcons, il fit faire un grand
feu devant sa porte, il fit caril-
lonner toutes les cloches de la
Samaritaine & fit sonner le toc-
sin. Il est aisé de juger que ceux
qui passerent sur le Pont-neuf
Réjouissances.
49
& qui furent témoins de ces ré-
jouissances, contribuérent aussi
à l'épanchement de la grande
nouvelle, que l'on venoit d'ap-
prendre dans presque tous les
quartiers de Paris. Pendant que
toutes ces choses se passoient
du côté de la Riviere, je dois
vous dire en fidéle Histotien,
que Mr de Rouvieres, Apoti-
carre du Roy & des Camps &
Armées de S. M. & connu par
trois dispensations publiques de
la Theriaque, qu'il a faite so-
lemnellement ayant eu le bon-
heur d'apprendre le premier du
quartier de la Porte S. Honoré,
la naissance de Monseigneur le
Duc de Bretagne, fit allumer
dans le même instant un grand
feu, & illuminer toute la façade
fuillet 1704. 11. P.
Réjouissances.
grande
ſa maiſon, avec une
quantité de bougies; & distri-
buer du vin à tous les passans,
afin que cette nouvelle se répan-
dît dans tout son quartier, où
elle n'avoit pas encore eſté pu-
bliée. Il donna un grand repas
à plusieurs de ses amis, & l'on
ne cessa qu'à minuit de boire
la santé du Roy devant sa por-
te, où la foule des buyeurs fut
tres grande. Ces trois Mes qui
ont celebré les premiers à Paris
la naiſsance du nouveau Prin-
ce, continuërent pendant einque
jours de suite à donner des mar-
ques de leur zele. Celles des
deux premiers furent differen-
tes. Mr de Launay remplit le
second jour de bougies, toute
la galerie des Medailles du Re
Réjouissances.
51
ce qui produisit un tre-bel ef-
fet, à cause de la reflexion de
ces lumieres qui se faisoit dans
les glaces, dont il y a un grand
nombre dans cette galerie; ce
qui la faisoit paroître toute bril-
lante de lumieres, ou plûtôt tou-
te en feu; elle donna beaucoup
de plaisir tant à ceux qui pas-
soient sur le Quay des Theatins,
qu'à ceux qui passoient le long
de la ruë qui finit à celle de
S. Honoré, d'où l'on voyoit aussi
certe illumination, parce que
cette gallerie est si heureuse-
ment située, qu'elle est vuë du
Fauxbourg S. Germain & de la
ruë S. Honoré.
Mr le Febvre fit le lendemain
Jeudi, les mêmes illuminations
qu'il avoit faites le jour prece-
Ei
Réjouissances.
52
dent; mais il rencherit de beau-
coup le 27. sur tout ce qu'il avoit
déja fait; il fit illuminer tout le
pourtour des plate-formes, & il
fit remplir de lumieres les deux
consoles qui sont à côté du Ca-
dran; il fit pareillement illu-
miner tout le balcon qui con-
tient les cloches du carillon & la
piramide qui est au-dessus, ainsi
que les deux balcons des Cham-
bres qui accompagnent le bassin
qui jette de l'eau. Le lendemain
pour diversifier l'illumination,
il fit éclairer les fenestres, les
balcons & tout le retour de la
terrasse. Le Dimanche il fit il-
luminer comme il avoit fait le
Vendredy; & pendant tous ces
cinq jours; le carillon & le toc
ſin de la Samaritaine ne ceſſe
Réjouissances.
rent point de se faire entendre.
Le Jeudy 26. Messieurs du Se-
minaire de S. Magloire firent de
grandes illuminations qui con-
tinuerent le 27. toute la face de
leur Maison qui estoit illuminée
& qui répondà celle de Meudon
faisoit un effet merveilleux.
Dès le jour de la naissance de
Monseigneur le Duc de Breta-
gne, Mr de Breteuil, Conseiller
d'Etat ordinaire, fit illuminer
sa Maison, fit faire des feux de-
vant la porte de son Hôtel &
couler une fontaine de vin, ce
qui a esté continuè pendant plu-
sieurs jours au bruit des violons,
& des haut bois & de plusieurs
aurres instrumens, qui n'ont pas
moins attiré le peuple, que le
vin qu'il a fait distribuer ; ce-
E iij
Réjouissances.
54
Peuple s'estant fait un extrême
plaisir de chanter & de dançer
au bruit de tant d'instrumens.
Je ne finirois point si je vou-
lois parler de ceux qui ont fait
des illuminations, des feux &
des distributions de vin pendant
les deux jours qui ont precedé
le Te Deum, quoy qu'ordinaire-
ment ces sortes de réjouissances
ne commencent que le jour que
l'on rend graces à Dieu pour
quelque grand & heureux éve-
nement, on peut dire cepen-
dant, que personne n'a attendu
à Paris les jours destinez pour
marquer son zele, puisque les
rejouissances ont commencé dès
le moment qu'on a crû avoir su-
jet d'en faire, & que tout Paris
a esté illuminé pendant près de
Réjouissances.
huit jours de suite. J'entends
que la feste a esté generale pen-
dant tout ce temps-là, & je ne
pretends pas parler des festes
particulieres qu'ont faites pen-
dant plus d'un mois les Corps de
Metiers, les jours que leurs
Communautez ont rendu graces
à Dieu par les Te Deum, qu'elles
ont fait chanter.
Il est temps de vous parler
avec plus d'ordre de tout ce qui
seſt fait à Paris, mais je n'ay pû
m'empêcher de vous dire d'a-
bord un mot d'une partie de
ceux qui ont fait éclater leur
joye & leur zele dès l'instant
qu'ils ont appris la naissance de
Monseigneur le Duc de Breta-
gne, sans avoir eû le temps de
ſe preparer à aucune feſte; je
56
Réjouissances.
suis persuadé que j'en ay oublie
un grand nombre, & qu'il me
ſera impossible de n'en pas
oublier encore beau coup dans
le détail que je vais vous faire.
Au moment de la naissance
de Monseigneur le Duc de Bre
tagne, le Roy envoya Mr des
Granges à Paris, pour faire sça-
voir cette nouvelle à Monsieur
le Gouverneur, & à Messieurs
les Prevôt des Marchands &
Echevins. Lemême jour 25. de
Juin, Mr le Prevôt des Mar-
chands, ayant appris en son Hô-
tel, que Madame la Duchesse de
Bourgogne étoit accouchée d'un
Prince, se rendit à l'Hôtel de
Ville, d'où il envoya avertir
Mrs les Echevins, Procureur du
Roy, Greffier, & Receveur de
1a
afi
ce
br
en
v.
Réjouissances.
la Ville, de ſe rendre audit lieu,
afin qu'il reglât avec eux, tout
ce qui devoit se faire pour cele-
brer cette heureuſe naissance,
en attendant la Lettre de cachet
qui en devoit confirmer la nou-
velle.
Sur les 7. heures du soir du
même jour, Mr des Granges,
Maître des Ceremonies, leur
apporta, en qualité de Courier
du Roy, la Lettre de cachet,
par laquelle & par Mr des Gran-
ges, Messieurs de Ville appri-
rent le bonheur extraordinaire
& sans exemple qui venoit d'ar-
river à la France. Il leur dit
aussi qu'il croyoit que l'on chan-
teroit le Te Deum, le Vendredy
suivant.
Mr des Granges ayant esté
Réjouissances.
18
reconduit, Mr le Prevôt des
Marchands fit venir à l'Hôtel
de Ville, Mr Hebert, pour luy
demander le dessein d'un feu
d'Artifice, à neuf pilliers. Il
est à remarquer qu'on ne met
neuf pilliers qu'aux feux qui se
font pour des évenemens qui re.
gardent la Maison Royale. Les
ordres furent en même temps
donnez à tous les Ouvriers qui
travailloient pour la Ville, non
seulement pour l'execution de ce
feu, mais aussi pour tout ce qui
regardoit la feste qui se feroit à
l'Hôtel de Ville, le jour que ce feu
seroit tiré. On fit en même tems
sonner la cloche de l'Hôtel de
Ville, & on donna ordre à l'Hor-
logeur d'employer un nombre
d'hommes suffisant pour la faire
10
tit
fu
de
le
fi
8
n
n
Réjouissances.
Ionner jour & nuit, sans discon-
tinuation, jusqu'à ce que le feu
fut tiré. Le premier Echevin fut
deputé pour aller chez Monsieur
le Premier President, afin qu'on
fit sonner la cloche du Palais,
& que les Boutiques fussent fer-
mées pendant trois jours. Le
Greffier fit signer une Ordon-
nance pour enjoindre aux Bour-
geois & Habitans de la Ville &
Fauxbourgs de Paris, de faire
des feux de joye & des illumi-
nations pendant trois nuits.
Les boëtes & le canon furent
tirez dés le soir même, & Mes-
sieurs de Ville firent un grand
feu de fagots devant l'Hôtel de
Ville, ou l'on fit distribuer au
Peuple du vin en grande quan-
cité, & un grand nombre de petits
Réjovissances.
60
pains; on en fit aussi distribuer
aux portes de Messieurs de Vil-
le, & dans tous les Marchez &
Places publiques, ainsi qu'aux
Portes de la Ville.
Le lendemain Jeudy 26 du
même mois, le boëtes & canons
de la Ville & de la Bastille fu-
rent tirez sur les quatre heures
du matin, & les Boutiques fu-
rent fermées pendant ce jour,
& le pain & le vin distribuez en
tres-grande quantité devant la
porte de l'Hôtel de Ville, &
celles de Messieurs les Prevost
des Marchands, Echevins, Pro-
cureur du Roy, Greffier, Re-
ceveur, Conseillers, Quarti-
niers, & dans toutes les Places
publiques & a.
Le foir du même jour, Mes-
sie
le
fi
le
Réjovissances.
61
sieurs les Prevôt des Marchands,
Echevins, Procureur du Roy,
Greffier, Receveur, Conseil-
lers & Quartiniers de la Ville,
firent dresser des tables devant
leurs portes. On y ſervit au Peu.
ple toute sorte de viandes, avec
du pain & du vin en abondan-
ce, aux acclamations & cris de
vive le Roy, Monseigneur, & Mes-
seigneur les Ducs de Bourgogne &
de Bretagne. Ces exemples fu-
rent ſuivis & imitez par tous les
Bourgeois, qui firent des feux
devant leurs portes & des illu-
minations à toutes leurs funê-
tres. Le même soir sur les 9 heu-
res, on fit un grand feu de fa-
gots & des illuminations à tou-
tes les croiſées de l'Hôtel de Vil-
le, & de l'horloge. Les boëtes, &
le canon furent tirez.
Réjouissances.
62
Le Vendredy 27. Mr des
Granges porta dès le le ma-
tin à Monsieur l'Archevêque
de Paris la Lettre de cachet,
dont je vous envoye une copie.
Mon Consin, la nouvelle &
singuliere Benediction qu'il a plud
Dieu de répandre sur mon Regne,
par la naissance du Prince que ma
petite Fille la Duchesse de Bour-
gogne vient de donner à la France,
est une des marques des plus visibles
que j'aye encore receuë de sa pro-
tection. Ty suis d'autant plus sensi-
ble qu'elle est sans exemple dans
aucun des Rois mes predecesseurs,
& qu'elle perpetuë le bonheur de
mes Estats par cette longue suitte
& succession de Rois qu'elle leur
assure. C'est dans les sentimens de la
juste reconnoissance que j'en ay, que
e
d
la
t.
Réjouissances.
63
je crois ne pouvoir assez tost en ren-
dre à Dieu les actions de graces qui
luy son dues : Et jevous ecris cette
Lettre pour vousd requemon inten-
tion est que vous fassiez chanter le
Te Deum en l'Eglise Metropoli-
taine de ma bonne Ville de Paris,
au jour & à l'heure que le Grand
Maître, ou le Maitre des Cere-
monies vous dira de ma part. Je
luy ordonne d'y convier mes Cours,
& ceux qui ont accoutumè d'y assister.
Sur ce, Je prie Dieu qu'il vous ait,
mon Cousin, en sa sainte & digne
garde. Ecrit à Versailles le 25. Juin
1704. Signé LOUIS; Et plus
bas, PHELYPEAUX.
Et au dos estoit écrit: Amon
Cousin le Cardinal de Noailles,
Archevèque de Paris, Duc & Pair
de France, Commandeur de mes
Ordres.
Réjouissances.
64
Mr des Granges porta ausli
des Lettres de cachet au Par-
lement, à la Chambre des
Comptes, à la Cour des Aydes,
& à la Ville, afin qu'on se ren-
dît à Nôtre-Dame pour le Te
Deum, qui devoit estre chanté
l'aprés-dînée du même jour.
Le même jour à 4. heures du
matin, les boëtes & le canon
avoient esté tirez. Sur les neuf
heures du matin, Messieurs de
Ville estant assemblez au Bu-
reau, Mr des Granges y appor-
ta la Lettre de cachet, dans
laquelle il estoit marqué que le
Te Deum, seroit chanté à trois
heures de relevée. Tous les
corps dont je viens de vous par-
ler se rendirent à Nôtre-Dame,
ou Monsieur le Chancelier se
trouva
r
10
r
A
Réjouissances.
65
trouva à la teſte du Conseil.
Sur les deux heures, le Co-
lonel des Archers de Ville se
rendit à la teſte de ſes trois cens
Archers en Armes, à l'Hostel
de Ville , au bruit de leurs
Tambours
Trompettes &
Hautbois. Lorsqu'ils y furent
arrivez on poſta des Gardes à
toutes les portes, & dans tous les
appartemens de cet Hostel. Sur
les trois heures Mr le Prevost
des Marchands & Mrs. les
Echevins, Procureur du Roy,
Greffier & Receveurs en Ro-
bes de velours, & Mrs les Con-
seillers & Quartiniers de la
Ville, en Robes de soye, ac-
compagnez du Colonel & des
Archers de Ville, Tambours,
Trompettes & Hautbois, al-
Juillet 1704. II. P. F
Réjouissances.
66
lerent à cheval à Nostre-
Dame, où ils prirent leur place
ordinaire.
Plosieurs Archevêques &
Evêques qui se trouvoient alors
à Paris pour les affaires de leurs
Dioceses, sy rendirent aussi.
Ceux qui assisterent à ce Te
Deum sont les Archevêques de
Narbonne, de Rouen, de Tou-
louse, de Bourges & d'Aix, &
les Evêques de Condom, d'O-
range, de Soissons & quelques
autres. Monsieur le Cardinal
de Noailles officia à cette Ce-
remonie. Le Te Deum qui étoit
de la composition de Mr de La-
louette Maistre de Musique de
Nostre-Dame, fut chanté &
fort applaudi. La Symphonie
fut trouvée tres belle, & les
Réjouissances.
67
Symphonistes étoient en grand
nombre. Les 24 Violons du
Roy jouerent à ce Te Deum,
pendant lequel on tira les Boë-
tes & le Canon de la Ville,
ainsi que celui de la Bastille.
Le même jour sur les huit
heures du soir toutes les Ta-
bles de l'Hôtel de Ville furent
magnifiquement servies; celle
de Mr le Prevost des Mar-
chands dans la grande Salle des
Colonels & celles de Mrs les
Echevins, Procureur du Roy,
Greffier, Receveur, Conseil-
ler & Quartiniers dans les dif-
ferens appartemens qu'ils ont
à l'Hôtel de Ville ; ces appar-
temens estoient tendus de Ta-
pisseries aussi belles que riches,
& on y avoit distribué plus de
Flj
Réjouissances.
68
cinquante Lustres. On bût par
tout à la santé du Roy, de Mon-
seigneur & de Messeigneurs les
Ducs de Bourgogne & de Bre-
tagne au bruit des Tambours,
Trompettes, Hautbois & des
vingt- quatre Violons. Les
Compagnies de Messieurs de
Ville, au nombre de plus de
mille personnes ayant soupé, &
ce qui devoit composer l'illu-
mination de toutes les croisées
& de rous les autres endroits
de l'Hôtel de Ville ayant esté
allumé, & les Boëtes & le Ca-
non ayant tiré; elles ſe place-
rent pour voir le Feu d'artifice.
On avoit écrit au haut de la
decoration de ce Feu.
Réjouissances.
60
VOTUM URBIS.
Pour exprimer les sentimens
de cette joye & les vœux que
la Ville fait pour la felicité du
Prince, l'on s'étoit servi des
quatre Vers suivans, tirez de
Martial, ausquels l'on n'avoit
changé que le premier, pour
appliquer à Monseigneur le
DUC DE BRETAGNE,
ceux que ce Poëte avoit fait
pour l'Empereur Domitien.
NASCERE BORBONIO SPE-
RATA ESANGUINE FRO
LES,
VERA DEUM SOBOLESS
NASCERE MAGNE PUER)
CUI PATER AETERNAS ROSE
Réjouissances.
SAECULA TRADAT HABE-
NAS.
UIQUE REGAS ORBEM
CUM SENIORE SENEX.
Digne Sang des Bourbons, nostre
chere esperance.
Sous le plus grand des Rois viens
affermir la France
Et marchant sur les pas de ses no-
bles ayeux
Viens apprendre à loisit à gouver.
ner comme eux
Au milieu de chacune des
quatre Façades de la Decora-
tion il y avoit un Cartouche:
deux de ces Cartouches con-
tenoient chacun un Emblême,
&& les deux autres chacun une
Devise.
Réjouissances,
71
Celle qui regardoit l'Hôtel
de Ville representoit l'Eternité
qui presentoit au Roy, Monsei-
gneur le Dauphin, Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne &
Monseigneur LE DUC DE
BRETAGNE qu'Elle tenoit
entre ses bras, avec cès mots
du Pseaume 113.
FILII EORUMUSQUE IN SAE-
CULUM SEDEBUNT SUPER
SEDEM TUAM.
Tes arrieres neveux regneront après
toy.
Dans la Façade opposée l'on
avoit representé les quatre par-
ties du monde, offrant au Roy
leurs hommages, & aux Prin-
Réjovissances.
72
ces qui environnent son Trône,
avec ces mots du Pseaume 43.
CONSTITUES EOS PRINCI-
PES SUPER OMNEM TER-
RAM.
Tu feras en tous lieux respecter
leur Empire.
Dans la Façade qui regardoit
la riviere lon avoit peint pour
Devise des rejettons d'Olivier,
qui s'élevent autour de la tige
dont ils sont sortis: c'est la com-
paraison qui est marquée dans
le Pseaume 127. pour signifier
cette heureuse fecondité dont
Dicu recompense ceux qui le
craignent. L'on ne pouvoit en
chosir une plus digne pour ex-
premier
d
n
Réjouissances.
71
primer le rare bonheur dont
Dieu a recompensé les vertus
de Louis le Grand, en lui don-
nant un arriere Petit-fils, dans
le plus haut point de sa gloire.
L'on répondroit mal à ses sen-
timens, si l'on ne reconnoissoit
pas avec lui l'Auteur d'une fe-
licité si extraordinaire: c'est
pourquoi l'on avoit choisi pour
ame de cette Devise l'applica-
tion que David en fait à l'en-
droit même d'où elle eſt tirée.
SIC BENEDICETUR HOMO
QUI TIMET DOMINUM.
Le Ciel benit ainsi ceux qui sui-
vent ses Loix.
Enfin, l'on avoit tâché de
Juillet 1704. II. P.
G
Réjouissances.
72
faire voir par une autre De-
vise, que l'on avoit peinte au
milieu de la Façade opposée,
quielles sont les esperances que
la France doit concevoir du
Prince que le Ciel vient de lui
donner. L'on a tiré cette De-
vise de la même source que la
precedente: c'est la comparai-
son que David fait du Juste,
avec un arbre planté le long
du courant des eaux; la nour-
riture qu'il y prend est un pré-
sage certain des fruits qu'il
portera dans son temps. La
France ne sçauroit pareille-
ment se tromper, en se pro-
mettant de voir en la Personne
de Monseigneur LE DuC DE
BRETAGNE, un Prince di-
gue de ses illustres Ayculs
Réjouissances.
7
c'est ce que signifie un jeune
arbre planté sur le bord d'un
ruisseau, avec ces paroles du
premier Pseaume.
FRUCTUM DABIT IN TEM.
PORE suO.
Il produit en son temps des fruits
dignes de lui.
L'on a coûtume dans les Fe.
tes que l'on fait pour la Nais-
sance des Princes, d'exposer les
Tableaux de leurs Ancêtres, &
de leurs plus proches parens.
Pour ne pas s'eloigner de cet
usage, l'on avoit peint dans
l'une des Façades les Portraits
d'Henry IV. & de Louis XIII.
Dans la seconde, celui du Roy
Gij
Réjouissances.
74
& de Monfeigneur. Dans la
troisième celui de Monseigneur
le Duc de Bourgogne & de
Monseigneur LE DUC DE
BRETAGNE. Dans la qua-
triéme celui du Roy d'Espagne
& de Monseigneur le Duc de
Berry.
A peine ce Feu eut- il cessé
de tirer que le Bal fut ouvert
en plusieurs endroits & dans
tous les appartemens de l'Hô-
tel de Ville, où beaucoup de
personnes de la plus haute dis-
tinction se trouverent & dan-
cerent ; ce qui dura jusqu'à
trois ou quatre heures du ma-
tin, que les vingt-quatre Vio-
lons du Roy, les Tambours,
Trompettes & Hautbois cesse-
rent de jouer. Le tout ſe paſsa
Réjouissances.
avec la tranquillité que l'on
devoit attendre des bons or-
dres que Messieurs les Prevost
des Marchands & Echevins
avoient donnez. Le même soir
toutes les maisons de la Ville
& des Fauxbourgs furent illu-
minées; & des feux de joye fu-
rent faits devant toutes les
portes; il y eut même des ta-
bles dressées en plusieurs en-
droits pour les passans, à qui
l'on fit boire la santé du Roy
& des Princes; de manière que
toutes les ruës retentirent des
acclamations publiques.
Le Samedy au soir, Messieurs
de Ville donnerent au public
le plaisir de faire jouer les 24.
Violons du Roy dans les Thuil,
leries.
Giij
6
Réjouissances.
Et le lendemain Dimanche,
ils firent la même chose dans la
Place Royale, où il y eut des
feux de joye & des illumina-
tions à toutes les croisées des
Hoſtels.
On ne peut s'empêcher de
parler icy du zele ardent & de
l'attention de Mr le Prevost
des Marchands pour se signa-
ler des premiers, puisqu'à peine
eut-il entendu parler de l'ac-
couchement de Madame la Du-
chesse de Bourgogne, dont on
pouvoit encore douter, qu'il
se rendit à l'Hostel de Ville,
où par ses ordres l'Assemblée
ſe trouva aussi toſt complette.
Il est à remarquer que les ré-
jouissances qu'il fit faire dés le
même jour, furent aussi gran-
des que si l'on avoit eù un jour
Réjouissances.
entier pour s'y préparer; &
qu'à peine la nouvelle en étoit-
elle répanduë dans Paris, que
l'on distribuoit déja du pain &
du vin à l'Hostel de Ville, aux
portes des Messieurs de Ville, &
dans tous les Marchez & Pla-
ces publiques, ainsi qu'aux
Portes de la Ville. Cette gran-
de distribution faite pendant
plusieurs jours est bien digne
d'estre remarquée, & une pa-
reille profusion ne peut estre
faite que dans une Ville com-
me Paris, & par un Prevost des
Marchands & un Conseil de
Ville bien zclez. On ne peut
aussi penser sans étonnement
que la Ville donna, le soir du
feu, à souper à plus de mille
personnes. Il faut pour le bien
G iiij
8
Rejouissance.
concevoir, se representer que
l'Hoſtel de Ville est fort spa-
cieux & que tous ceux qui y
sont reçûs pour voir le feu, y
sont regalez, ainsi que ceux
qui sont sur des échafauts que
Messieurs de Ville font faire,
à qui l'on distribue avec abon-
dance tous les mets qui peu-
vent estre portez dans ces en-
droits là. On voit aussi par les
14 Violons envoyez aux Thuil-
leries & à la Place Royale par
Mr le Prevost des Marchands &
par Messieurs de Ville, qu'ils
ont esté aussi galans que magni-
fiques , & qu'ils n'ont rien ou-
blié pour entretenir le peuple
dans la joye qu'il témoignoit
avec tant de vivacité.
Jamais Paris n'a eſté plus
Réjouissance.
7
brillant de lumieres qu'il le fut
le soir que l'on chanta le Te
Deum, & plusieurs Volumes
pourroient à peine suffire pour
donner le détail des ingenieu-
ses illuminations qui furent
faites à tous les Hostels de Pa-
ris, & chez toures les person-
nes distinguées Toute la façade
du Palais Royal fut remplie de
flambeaux pendant trois soi-
rées, & les Trompettes & les
Timbales ne cesserent point de
jouer. Il est impossible de rien
voir de plus brillant que parut
pendant trois jours tout le
Quay des Théatins Les Hôtels
de Bouillon, de Crequy, de
Portsmouth & les autres qui
sont sur le même Quay, furent
illuminez de lumieres vives, &
80
Réjouissances.
toute l'Architecture fut dessi-
née avec des lamprons, ce qui
faisoit un tres-bel effet, & l'on
y distinguoit les Balustrades &
les Balcons, quoiqu'ils fussent
tout en feu. La même choſe pa-
rut dans l'Isle, & sur tout à la
belle maison de Mr le President
Lambert qui est à la pointe, ce
qui faisoit d'autant plus d'effet
que toutes ces lumieres reflé-
chissoient dans l'eau, ou toute
l'Isle paroissoit en feu. Je ne
dis rien de l'illumination de la
Place Royale, on peut juger de
quelle beauté elle étoit à cause
de l'uniformité des maisons. Il
en parut le même soir une tres-
belle chez Mr Lhuillier à la
Place de Louis le Grand, qui
ne fut qu'un prélude de la gran-
Rejouissances.
81
de Feste qu'il preparoit.
Le même jour 27. les Au-
gustins du Grand Convent se
distinguerent par des feux &
des illuminations qui durerent
pendant cinq jours, & par le
vin que le Prieur fit distribuer
au Peuple en abondance ; le
Dimanche suivant 29. ils chan-
terent un Te Deum au son de
leurs cloches & au bruit d'une
triple décharge de plusieurs
Boëtes. Ils firent le soir tirer
beaucoup d'artifice, aprés de
pareilles décharges de Boëtes;
les Fenestres de leurs Cham-
bres & la face de leur Bâiiment
étoient éclairées par un fort
grand nombre de bougies. Ils
se sentirent d'autant plus ani-
moz à faire ces réjouissances,
82
Réjouissances.
que leur Maison est de fonda-
tion Royale, leur ayant esté
donnée en 1293. par le Roy
Philippes le Bel, & qu'outre
les Assemblées du Clergé qui
se tiennent ordinairement chez
eux, ube grande partie des
plus-belles & des plus nobles
Ceremoniess y fait encore: que
le Roy Henry III. y créa en
1578. & fixa à perpetuité l'Or-
dre des Chevaliers du S. Esprit
qu'Henry IV. marqua leur E-
glise en 1594. pour le lieu de la
Procession de toutes les Cours,
Paroisses & Communautez Re-
ligieuses de la Ville: & qu'en-
fin le Roy honora cette même
Maison de sa presence en 1662.
& y fit la seule promotion des
Chevaliers de l'Ordre qu'il ait
Réjowissances.
83
fait jusqu' à present à Paris. Ce
qui fait que ces Peres ont esté
ravis de donner des marques
publiques de leur reconnois-
sance & de leur attachement
pour la Personne de Sa Majeſté
& de toute la famille Royale.
Je devois, suivant l'ordre que
j'ay observé dans cette relation,
vous marquer plutôt que laMai-
son de Mr de la Croix, Maître
des Comptes, & Maître d'Hô-
tel de Madame la Duchesse de
Bourgogne fut toute illuminée
dés le ſoir même de la naissance
de Monseigneur le Duc de Bre
tagne; que cette illumination
continua pendant trois jours,
& que tous les soirs le vin ne fut
pas épargné à tous ceux qui se
presenterent pour boire la san-
Rejouissances.
84
té de Monseigneur le Duc de
Bretagne.
Les Jesuites qui sont toûjours
prêts à donner des marques de
leur zele, lorsqu'il s'agit de la
gloire & du bonheur de la Fran-
ce, firent le 26. le 27. & le 28.
de grandes réjouissances dans
leur College de Louis le Grand.
Toutes les quatre faces de leur
cour furent illuminées; on tira
beaucoup de fusées volantes,
& d'autres artifices au bruit des
timballes, des haut bois & des
L'illumination
Trompettes.
dura, chaque jour, depuis huit
heures jusqu à minuit. Les hom-
mes & les femmes eurent la li-
berté d'entrer dans leur cour,
dont les portes qui donnent
dans l'interieur de leur Maison,
Réjouissances.
86
estoient fermées Ces réjouis-
sances, quoi que grandes, ne
suffisoient pas pour remplir l'ar-
deur de leur zele, qui leur fit
prendre le dessein de donner
une feste plus grande & plus
reguliere, que vous trouvercz
dans la suite de cette relation.
Quoi que Monsieur le Due
d'Albe se fût distingué à Ver-
sailles, ainsi que je l'ay déja
marqué, les illuminations n'en
furent pas moins grandes à son
Hôtel a Paris, & comme cet
Hôtel ne suffit pas pour tous
ceux qui composent son Dome-
stique, & qu'il a loué plusieurs
Maisons aux environs de son
Hôtel; toutes ces Maisons fu-
rent parcillement éc lairées, &
tout s'y paſsa avec la profusion
Rejouissances.
86
& la magnificence ordinaire à
cet Ambassadeur.
Monsieur le Marquis Dos-
Rius donna aussi des marques
de sa joye & de sa magnificence
ordinaire, quoi qu'il ne fasse
plus les fonctions d'Ambassa-
deur d'Espagne, dans lesquelles
il a brillé avec tant d'éclat & de
conduite.
Les PP. Barnabites ont esté
des premiers à faire paroître
leur joye. Ils firent des feux
pendant trois jours devant le
nouveau Portail de leur Eglise.
Ily avoit des illuminations à
toutes les fenestres, ils firent
tirer, le dernier jour, un grand
nombre de fusées volantes qui
fut accompagné de beaucoup
d'autres artifices. Ce spectacle
Réjouissances.
8
attira tout le Peuple des envi-
rons qui bût à la santé du Roy
& de toure la Maison Royale.
Les PP. Fueillans du Mona-
ſtere Royal, de la ruë S. Ho-
noré, aprés avoir fait des feux
ordinaires dans leur cour les-
foirs du 26 27. & 18. de Juin,
ainsi que l'ou en faisoit dans
toute la Ville ; voulant rendre
graces à Dicu de l'heureuse nais-
sance de Monseigneur le Duc
de Bretagne, & joindre leurs
Prieres à la joye du Peuple,
choisirent pour cet effet le Di-
manche 19. du même mois.
Ils annoncerent leur feste, le
matin, par une décharge d'ar
tillerie, & aprés midi, par le son
de leurs cloches qui carillon-
nerent jusqu'à minuit, l'Eglise
Juillet 1704. II. P.
H
Rejouissances.
88
estoit ornée de belles Tapisse-
rie, & l'Autel richement paré.
Ces Religieux se rendirent à
l'issuë de Vêpres, en Procession
dans la Nef de leur Eglise, où
leur Pere General revestu, avec
ses Officiers, des magnifiques
Ornemens qui leur ont été don-
nez par le Roy, entonna le Te
Deum, qui fut chanté solemnel-
lement avec les Prieres ordinai-
res, pour Sa Majesté, & pour
la Famille Royale. Cette Cere.
monie fut precedée & suivie par
des décharges d'artillerie.
Le soir sur les 7. heures, les
trompettes & les timbales pla-
cées sur un balcon dans le
Chœur de ces Peres, se firent
entendre; les haut bois qui
estoient sur un autre balcon,
Réjouissances.
89
continuërent: on battit ensuite
les tambours avec lesquels les
trompettes & haut bois se firent
entendre alternativementi ce
qui dura fort long-temps, du-
rant lequel il y avoit en un en-
droit de la cour, une fontaine
qui jetta du vin pendant deux
heures, & dans un autre endroit
auprés, on distribua du pain
à rous venants.
Il y avoit au milieu de la
cour, un échafaut, élevé de
deux pieds & demi de terre,
d'environ douze pieds en carré,
sur lequel on avoit dressé un
grand bucher de 15 pieds de
haut. Sur les 9. heures du soir,
les Religieux vinrent en Pro-
cession, chantans l'Exaudiat au
tour du bucher : la leur Gene-
Hij
Réjouissances.
90
ral revestu, ainsi que ses Offi-
ciers, des mêmes Ornemens qui
avoient servi au Te Deum, chan-
ta les Oraisons pour le Roy,
benit l'encens & le bucher &
y mit le feu, le bruit de l'artil-
lerie preceda, & suivit encore
cette Ceremonie.
Lorsque le grand feu fut un
peu éteint, on vit paroître sur
le second & troisième ordre
d'architecture du Portail de l'E-
glise, qui est un des plus beaux
deParis, unetres grande & tres-
belle illumination; il y en avoit
une autre des deux costez de la
Porte de la ruë, & le haut du
clocher parût comme un grand
globe de feu.
Ily eut encore deux déchar-
ges d'artillerie: & quantité de
fuſées volantes.
Réjouissances.
91
Le concours du Peuple y fut
prodigieux, & l'air retentissoit
a tous momens des cris de vive
le Roy, la fontaine de vin ayant
cessé de couler un peu trop-tôt,
les Religieux y supleérent par
une distribution de plusieurs
brocs de vin, ce qui dura jus-
qu'à minuit.
Les Chanoines Reguliers de
l'Abbaye de Sainte Geneviéve
choisirent pour rendre graces à
Dieu de la naissance de Mon-
seigneur le Duc de Bretagne,
avec plus de solemnité, le 29.
Juin, jour de la feste des Saints
Apôtres S. Pierre & S. Paul,
premiers Patrons de leur Egli-
se. Ils chanterent le Te Deum
fur les quatre heures aprés mi-
di, le plus solemnellement qu'il
Réjouissances.
92
leur fut possible. L'Abbé de
Sainte Geneviéve y Officia Pon-
tificalement; on carillonna sur
toutes les cloches devant &
aprés la Ceremonie, jusque fort
avant dans la nuit: comme ils
avoient résolu de faire ce jour-
là une aumône extraordinaire,
pour attirer, par cette bonne
œuvre, les benedictions du
Ciel sur la Eamille Royale, &
que les Pauvres des environs en
avoient esté avertis, il s'en pre-
senta un tres grand nombre,
ausquels on distribua, jusqu'au
soir, une assez grosse somme d'ar-
gent. Sur les neuf heures, ils
firent allumer un grand feu dans
le Parvis de leur Eglise, & en
même temps leur clocher parut
tout en feu, comme il est le plus
Réjouissances.
93
haut de Paris; l'illumination qui
dura toute la nuit, fut apper-
çuë de toute la Ville, & de plus
de quatre lieuës aux environs.
Les Augustins Déchaussez,
estant d'autant plus sensibles à
ce qui regarde la Maison Royale,
qu'ils ont l'honneur d'avoir le
Roy Louis XIII. pour leur
Fondateursont crû devoir don-
ner d'une maniere distinguée
des marques éclatantes de la
part qu'ils prenoient à la joye
publique. Ils choisirent pour
cela le 29. Juin, Feste de Saint
Pierre, & ce jour-là fut en-
tierement consacré à cette so-
lemnité. Aprés avoir rendu
graces à Dicu, le matin par une
Messe solemnelle accompagnée
de tout le majeſtueux apparcil
Rejowissances.
94
que permettent les Ceremonies
Romaines; le ſoir à l'issuë du
Salut, ils chanterent le Te
Deum, au son des cloches & des
tambours, qui fut suivi d'une
salve de cinquante boëtes. Leur
Autel estoit éclairé de plus de
deux cens Cierges rangez sans
aucune confusion & qui fai-
soient un tres brillant effet. A
peine la nuit eut elle commen-
cée que la façade de leur cour
ſe trouva illuminée d'une si
prodigieuse quantité de bou-
gies & lamprons qu'elle parût
toute feu; elles estoient pla-
cées dans un ordre si singulier
que cette illumination fut ad-
mirée de tous les spectateurs.
Il y avoit dans cette cour un
grand feu de bois fort élevé, au
tour
Réjouissances.
tour duquel ces Religieux, au
nombre de cent, se rendirent
processionnellement; ils l'allu-
merent en chantant l'Exaudiat,
au bruit des tambours, au caril-
lon des cloches, & aux acclama-
tions d'un nombre presque infi-
ni de peuple dont leur cour &
leur carefour estoient remplis,
pendant que les cinquante boë-
tesrangées dans leur jardin an-
noncerent de nouveau la joye
de ces Peres aux quartiers les
plus éloignez. Les quatre fa-
ces de bâtiment qui compo-
sent le quarré de leur Convent
se trouverent en même-temps,
entierement éclairées par plu-
sieurs lumieres mises a toutes
leurs fenestres. Ils tirerent du-
rant plus d'une heute, un nom-
Juillet 1704. II. P.
1
Réjovissances.
86
bre conderable de fusées volan-
tes, dont plusicurs furent trous
vées d'une grosseur & d'unebeau-
ré toute extraordinaire, elles
furent entremelées de quantité
d'autres artifices. La feste se
passa sans confusion; l'illumi-
nation attira un nombre in-
croyable de Personnes de tous
états qui ne se retirerent qu'à
tuinuit, pour laisser ces Reli-
gieux en liberté d'aller chanter
leurs Matines.
Le même jour 29. on chanta
dans l'Eglise de Saint Louis de
l'Iſle, un Salut, où le S. Sacre-
ment fut exposé; le Te Deum,
y fut chanté en action de graces
de la naissance de Monseigneur
le Duc de Bretagne, & l'Exau-
diat, pour la conservation du
Réjouissances.
7
Roy, & la prosperité des Armes
de S. M. l'Eglise estoit magni-
fiquement ornée & toute bril-
lante de lumieres; la Ceremo-
nie ſe termina par un beau feu,
& tout le clocher fut illuminé,
& cette illumination dura tou-
te la nuit.
Les Prisonniers du petit Châ-
telet trouverent le moyen, mal-
grèla mauvaise situation de leurs
affaires, de faire éclater leur
joye, en faisant faire un feu sur
leur Plateforme, qui est fort
clevée, de manière que ce feu
fut vu de plusieurs endroits de
Paris, & de la Campagne.
Les Chartreux avoient chan-
té le même jour un Te Deum,
avant leur Grande Messe, ils
firent le soir un tres beau feu,
141
Réjouissances.
98
la portion fut doublée ce jour-
là aux Religieux, & ils eurent
permission d'aller par extraor-
dinaire dans leur Spatiement,
qui est un lieu ou ils vont ordi-
nairement promener à certains
jours de la Semaine.
Mr Gualtieri, Nonce ordi-
naire de S. S. cut à peine ap-
pris la Naissance de Monsei-
gneur le Duc de Bretagne, qu'il
donna des ordres pour faire
travailler aux choses necessai-
res pour illluminer son Hôtel,
dont la façade est tres longue,
elle fut remplie d'un grand
nombre de chassis, sur lesquels
on attacha un tres grande quan-
tité de lamprons. Toutes les fe-
nestres furent garnies de flam-
beaux de cire blanche; il y avoit
un grand cercle garni de lam-
99
Réjouisances.
prons, au dessus de chaque croi-
fée, & les deux cordons de la fa-
çade en estoient tout remplis
d'un bout à l'autre, aussi bien
que les fenestres du plus haut
étage de l'Hôtel. Il y avoit
un Soleil au dessus de la croisêe
du milieu, qui estant composé
de lumieres plus vives & plus
pressées, l'emportoit par sa clar-
té éblouissante sur toutes les au-
tres lumieres de la façade: ce
qui faisoit un effet merveilleux;
la Porte cochere estoit aussi en-
tourée de chassis, tout couverts
de lumieres. Cette illumination
parut pendant trois jours, &
l'on y remarqua chaque jour
quelque choſe de nouveau Elle
commença chaque jour par une
décharge de quantité de boë-
Iiij
100 Réjovissances.
tes, qui estoit suivie de quart
d'heure en quart d'heure, de
deux autres décharges, aprés
quoi on entendoit des hautbois,
des trompettes, des timballes &
des tambours: tous ces instru-
mens se faisant entendre alter-
nativement. Il y avoitde grands
feux le long de la façade de
l'Hôtel, & l'on avoit attaché aux
quatre coins de la ruë deux cor-
des, sur lesquelles on tiroit un
grand nombre de fusées, outre
celles qu'on tiroit continuelle-
ment à la main. Il y avoit un feu
d'artifice vis-à visdu milieu de
la façade de ce brillant Hô-
tel; cet artifice ne parut que le
second jour, & il fut augmenté
& diversifié le troisième. Le
tout parut magnifique & de bon
Réjouissances.
IOI
goût ; cependant on n'en fut
point surpris & l'on n'attendoit
pas moins de ce Nonce; puisque
depuis qu'il est en France, il a
brillé dans toutes les occasions
où il a eu lieu de paroître & de
se distinguer, aussi s'est il faic
beaucoup considerer & aimer de
tous ceux qui le connomssent.
Les Bourgeois de la ruë
S Jacques ont esté des premiers
& des plus empressez a donner
des marques de leur joye; ce
qu'ils ont fait pendant trois
jours, avec autant de vivacité
que d'éclat. Toute leur ruë
estoit illuminée par des lustres,
& des girandoles remplies de
bougies, & par quantité d'au-
tres lumieres: ils avoient fait
chargée de
elever une figur
111
102
Réjouissances.
quantité de bouteilles de vins
& de liqueurs, qui par le moyen
de quelques ressorts en distri-
bua à tous les passans. Ce qui
fut accompagné de symphonie,
de violons, de hautbois & bas-
sons. Ils avoient fait faire beau-
coup d'inscriptions & de devi-
ses, dont la principale repre-
sentoit un grand Soleil avec ces
mots,
SUB HOC NOVA PLURIMA
SOLE.
On voit sous ce Soleil mille cho-
ses nouvelles.
Ils chanterent plusieurs chan-
sons à la gloire du Roy, dont
ils avoient fait faire les paroles
& les airs. Mr Leonard, Librai-
re, se distingua dans cette occa-
sion par une tres belle illumi-
nation.
Réjouissances.
103
Le College d'Harcourt à esté
un des premiers de l'Université
qui ait fait paroitre sa joye dans
cette occasion, Mr le Marquis
de Chamillart, Pensionnaire
dans ce College, y fit venir 60.
boëtes, avec plusieurs barils de
poudre.
Le Lundy 30. Juin, l'illumi-
nation qui se devoit faire le
soir, fut annoncée par une dé-
charge de ces boêtes ; elle fut
réiterée sur le midy: & à cinque
heures le Te Deum, fut chante
à la teste d'un nombreux Cler-
gé, où plusieurs Personnes de
qualité, Pensionnaires dans ce
College, porterent le Surplis.
On fit une troisiéme décharge,
pendant le Te Deum, & Mi le
Proviseur de ce College ayent
Réjouissances.
104
mis le feu à un bucher, dressé
au milieu de la cour; toutes les
fenestres parurent illuminées
en même temps; ce qui fit un
tres beau spectacle; & sur tout
l'appartement de Mr le Mar-
quis de Chamillart attira aussi-
tôt les yeux de toute l'Assem-
blée: Il estoit orné de quatre
grands Tableaux, remplis de
devises faites expres pour le
Roy, pour Monseigneur, pour
Monseigneur le Duc de Bour-
gogne, & pour Monseigneur
le Duc de Bretagne. Dans le
premier estoit representé un
Soleil avec les Armes de Fran-
ce, entourées de ces mots,
VEL SOLO LUMINE
TERRET.
Réjouissances.
105
Dans le deuxième, les Armes
de Monseigneur, avec une Eroi-
le au dessous d'un Soleil, & ces
paroles,
SOLIS IGNIBUS ARDET.
Les Armes de Bourgogne
estoient peintes dans le troisié-
me, & on y avoit representé un
fusil qui tuë le gibier aupara-
vant que la flame paroisse.
ANTE FERIT QUAM FLAM-
MA MICET.
Ce qui convient parfaite-
ment bien à ce Prince, puis-
qu'à peine a t'il paru devant
Brizac que cette Ville s'est
renduë.
106 Réjouissances.
Et dans le quatrième, les
Armes de Bretagne paroissoient
avec un Aiglon naissant, qui vo-
loit aprés un Aigle qui regar-
doit le Soleil, autour desquels
on lisoit,
JAM VOTIS SEQUITUR
PATREM , &c.
Il y avoit trois échafauts
dans la cour du College ; les
Pensionnaires estoient sur celuy
du milieu, afin de n'estre point
mêlez avec la foule du peuple,
qui court ordinairement à ces
sortes de spectacles. Les écha-
fauts qui estoient des deux cô-
tez estoient remplis de Haut-
bois, de Violons, de Timballes
& de Trompettes.
les Professeurs de ce
Mr
Réjouissances.
107
grand College firent paroître
leur esprit & leur zele, ayant
fait quantité de devises & d'in-
ſcriptions à l'honneur du nou-
veau Prince, que les lumieres
faisoient briller de tous côtez;
celle qui suit reçût beaucoup
d'applaudissement, elle est de
Mr des Authieux, Regent de
la troisième Classe.
PARVULUS ENIM NATUS
EST NOBIS.
PATER FUTURI SECULI,
PRINCEPS PACIS.
C'est un Prince du Paix que le
Ciel nous envoye,
pur Sang de LOUIS le
Le
grand;
On
le verra comme luy con-
querant,
Rejouissances.
108
Il fait déja du Peuple & l'amour
& la joye.
L'attention des spectateurs
fut reveillée par quantité d'ar-
tifices qu'on tira du clocher du
College, dont les Pensionnai-
res l'avoient fait remplir. Cet
Artifice divertit beaucoup; la
feſte ſe termina par une déchar-
ge de boëtes, aprés quoy l'as-
semblée ſe ſepara à plus de deux
heures aprés minuit.
Je ne puis vous parler icy
qu'en gros de quantité de Fê-
tes qui ont duré plusieurs jours
& qui ont commencé dés le
jour même de la naissance de
Monseigneur le Duc de Breta-
gne; quoique ces Fêtes n'ayent
esté faites que par des particu-
Rejouissances.
109
liers & dans des lieux plus res-
serrez, que ceux où sontlogez les
personnes d'une grande distin-
ction; ces Fêtes quoique faites
dans des lieux moins étendus,
ont eu tout le brillant, toute la
galanterie, & l'on pourroit mê-
me a joûter, une partie de la ma-
gnificence en petit qui ont
paru chez de plus grands Sei-
gneurs. L'effusion du cour &
le zele paroiſſoient ſur le viſa-
ge de ces dignes Sujets, chez
qui tous ceux qui vouloient
boire à la ſanté du Roy & de
Monseigneur le Duc de Breta-
gne étoient bien reçûs. Mr d'I-
vry, Mr Hatenville & Mr de
Gillon sont du nombre de ceux
dont les réjouissances ont duré
pendant plusieurs jours, & ont
Réjouissances.
110
eſté des plus vives & des plus
remarquées entre ces particu-
liers. Mr Silvestre, qui a eu
l'honneur de montrer à dessi-
ner à Monseigneur le Duc de
Bourgogne, n a pas moins mar-
qué sa joye, en faisant faire des
feux & distribuer du vin pen-
dant huit jours, à commencer
du jour de la naissance qu nou-
veau Prince. Les Bourgeois du
Cul-de-sac de l'Opera firent
dresser dans leur Cul-de-sac un
Treillage en forme de Portique
sur lequel ils firent attacher
beaucoup de Lamprons, d'où
l'on vit sortir quelques fusées
volantes; quoique cette Fête
fût considerable pour les Bour-
geois qui l'ont fait faire, elle
ne l'étoit pas pour Mr de Fran-
Réjouissances.
III
cine, à qui quelques gens ont
malicieusement voulu l'attri-
buer; ſi elle avoit esté de lui,
il auroit donnè l'Opera gratis
le jour même, ainsi qu'à toû-
jours fait Mr de Lully dans les
grands évenemens, & de même
que les Comediens ont fait,
aussi- tôt qu'ils ont appris la
naissance de Monseigneur le
Duc de Bretagne, ce qu'ils ont
accompagné de grandes illu-
minations, & destout ce que
l'on pouvoit attendre d'eux; au
lieu que dans la Feste du Cul-
de-sac de l'Opera, attribuée à
Mr de Francine, il n'y avoit
rien de ce que l'on devoit at-
tendre de lui, & l'on est per-
suadé qu'un homme qui aime
autant la belle depense & qui
Juillet 1704. 11. P.
K
Réjouissances.
112
se distingue par-la, n'auroit
rien épargné pour ce qui re-
garde la gloire du Roy & de
l'Etat. Il est à croire qu'il a
pris du temps pour se prepa-
rer à quelque chose de grand,
& qu'il veut estre des derniers à
douner des marques de sa joye,
afin que l'idée de sa magnificen-
ce ne soit point effacée dans.
le public par les grandes Fêtes
qui auroient pû suivre la sienne.
J'ay crû lui devoir rendre cette
juſtice, afin de détruire les
bruits que les mal intentionnez-
pour lui ont fait courir, en
disant qu'un homme qui a tiré
de si grandes sommes de l'Ope-
ra par le privilege qu'il a plû
au Roy de lui accorder, n'a
marqué sa reconnoissance que
Réjouissances.
113
par une bagatelle beaucoup au
dessous des Festes qui ont esté
faites par de simples Mar
chands.
Je devois vous patler plûtost
des réjouissances qui ont esté
faites par Mr Fieschi, Nonce
Extraordinaire, il fit mettre six
gros flambeaux de cire blanche
a chaque fenestre de son Hostel,
il donna un magnifique repas,
qui fut accompagne d'un grand
Concert & d'une belle Sym-
phonie. On alluma six feuxen
même temps devant cet Hostel,
& ce Nonce ayant donné par
llà les mêmes marques de joye
qu'il fit éclater à l'exaltation
du Saint Pere qui occupe au-
jourd hui si dignement la Chai-
re de Saint Pierre, ila fait con-
Rejouissances.
1I4.
noistre qu'il regarde le Roy
comme le Fils ainé de l'Eglise
& le premier Monarque du
monde.
Mr le Marquis de Dangeau
a donné également des mar-
ques de sa joye à Versailles &
à Paris. Il fit non seulement
éclairer dedans & dehors l'Hô-
tel qu'il a à la Place Royale,
mais il fit aussi illuminer la fi-
gure Equestre qui est au mi-
lieu de la même Place: il don-
na un somptueux repas, pen-
dant lequel les 24 Violons se
firent entendre ; il fit tirer de
l'artifice pendant toute la soi-
rée, & comme le bruit de cette
Feste avoit attiré beaucoup de
monde, & que la Place Royale
étoit remplie de Carosses, Mr
Réjouissances.
115
le Marquis de Dangeau envoya
des liqueurs & des rafraichisse-
ment à tous ceux qui étoient
dans ces Carosses, & qui rou-
loient dans la Place
Mr de Courcelles, Gentil-
homme servant de Madame la
Duchesse de Bourgogne, qui
loge dans l'Isle Nostre Dame,
se distingua aussi beaucoup; il
fit tirer un feu d'artifice sur
l'eau, au bruit de plusieurs in-
strumens guerriers & d'une
Symphonie plus douce, qui se
firent entendre tour à tour. La
situation du lieu rendit cette
Feſte des plus agreables, où les
lumieres & le vin ne manque-
rent point.
Pendant que les uns buvoient
à la ſanté de la famille Royale,
les autres faisoient des Prieres
116
Réjouissances.
au Ciel pour cette auguste fa-
mille: La Confrerie de Nostre-
Dame de bonne delivrance fit
chanter un Te Deum dans l'E-
glise de S Estienne des Grecs
avec beaucoup de magnifi-
ccence, X une grande Musique.
Les Barnabites dont je vous
ay déja parlé, & qui avoient
des premiers fait éclater leur
Hoye, en firent aussi chanter un
avec beaucoup de solemnité.
ce qui se passa à Paris, où la
fausse nouvelle de l'accouche-
ment de Madame la Duchesse
de Bourgogne fut répanduë,
comme elle l'avoit esté à Ver-
ſailles, & l'on y ajoûta d'autant
plus de foy, que plusieurs Per-
sonnes de la plus haute distin-
ction avoient fait partir des
Couriers, qui étoient prêts à
monter à cheval aux moindres
signaux qu'on leur donneroit.
Le premier feu qui fut allumé,
parut sur le Quay des Galleries
du Louvre, vis-à vis le der-
riere de la Monnoye des Médail-
les, dont Mr de Launay est Di-
recteur. Il estoit si bien prépa-
ré à donner des marques de son
zéle, & si attentif à tout ce qui
Réjouissances.
46
se passeroit, que dans l'instant
qu'il eût appris la grande nou-
velle que chacun attendoit avec
une impatience, accompagnée
de la plus vive ardeur, on en-
tendit des décharges des canons
qu'il avoit fait placer au devant
du Cabinet des Médailles & de
son appartement, qui annon-
cérent les premiers, cette im-
portante nouvelle. Ces déchar-
ges furent aussi- tôt accompa-
gnées de feux, & d'une distribu-
tion de vin à tous les passans;
ce qui arrêta une grande quan-
tité de personnes de tout sexe,
qui témoignerent par leurs
dances, & par des cris conti-
nuels de vive le Roy, la joye que
leur causoit la naissance de
Monseigneur le Duc de Breta-
de
ce
te
le
d
Réjouissances.
4
gne. Mr de Launay régala au ſsi
de plusieurs sortes de liqueurs
ceux qui entrérent dans l'Hô-
tel de la Monnoye des Médail-
les; de maniere que la multitu-
de du peuble qui s'assembla
pour boire & pour dancer, les
grands & longs cris de vive le
Roy, l'éclat du feu qu'il fit allu-
mer, & les décharges du canon
qu'il fit tirer, reveillerent les
habitans du Quay des Théatins
& tous ceux du Fauxboug Saint
Germa in, qui n'avoient encore
appris que confusément & sans
aucune certitude, la nouvelle
de la naissance du Prince, que
le Ciel avoit accordé aux vœux
du Roy. Tous ceux qui reve-
noient des Thuilleries, où cet-
te naissance n'estoit pas confir-
Réjouissances.
48
mée, commencérent à la croire
veritable, en voyant tant de
réjouissances, & allérent porter
cette nouvelle dans tous les
quartiers de la Ville. Elle fut
annoncée en même-temps dans
toute l'étenduë des lieux d'où
l'on peut voir la Maison, vul-
gairement appellée la Samari-
taine, que Mr le Febvre, Gou-
verneur de la Pompe de la Mai-
son Royale de la Samaritaine
fit illuminer de la maniere sui-
vante: Il fit placer des lumieres
sur toutes les feuestres & sur tous
les balcons, il fit faire un grand
feu devant sa porte, il fit caril-
lonner toutes les cloches de la
Samaritaine & fit sonner le toc-
sin. Il est aisé de juger que ceux
qui passerent sur le Pont-neuf
Réjouissances.
49
& qui furent témoins de ces ré-
jouissances, contribuérent aussi
à l'épanchement de la grande
nouvelle, que l'on venoit d'ap-
prendre dans presque tous les
quartiers de Paris. Pendant que
toutes ces choses se passoient
du côté de la Riviere, je dois
vous dire en fidéle Histotien,
que Mr de Rouvieres, Apoti-
carre du Roy & des Camps &
Armées de S. M. & connu par
trois dispensations publiques de
la Theriaque, qu'il a faite so-
lemnellement ayant eu le bon-
heur d'apprendre le premier du
quartier de la Porte S. Honoré,
la naissance de Monseigneur le
Duc de Bretagne, fit allumer
dans le même instant un grand
feu, & illuminer toute la façade
fuillet 1704. 11. P.
Réjouissances.
grande
ſa maiſon, avec une
quantité de bougies; & distri-
buer du vin à tous les passans,
afin que cette nouvelle se répan-
dît dans tout son quartier, où
elle n'avoit pas encore eſté pu-
bliée. Il donna un grand repas
à plusieurs de ses amis, & l'on
ne cessa qu'à minuit de boire
la santé du Roy devant sa por-
te, où la foule des buyeurs fut
tres grande. Ces trois Mes qui
ont celebré les premiers à Paris
la naiſsance du nouveau Prin-
ce, continuërent pendant einque
jours de suite à donner des mar-
ques de leur zele. Celles des
deux premiers furent differen-
tes. Mr de Launay remplit le
second jour de bougies, toute
la galerie des Medailles du Re
Réjouissances.
51
ce qui produisit un tre-bel ef-
fet, à cause de la reflexion de
ces lumieres qui se faisoit dans
les glaces, dont il y a un grand
nombre dans cette galerie; ce
qui la faisoit paroître toute bril-
lante de lumieres, ou plûtôt tou-
te en feu; elle donna beaucoup
de plaisir tant à ceux qui pas-
soient sur le Quay des Theatins,
qu'à ceux qui passoient le long
de la ruë qui finit à celle de
S. Honoré, d'où l'on voyoit aussi
certe illumination, parce que
cette gallerie est si heureuse-
ment située, qu'elle est vuë du
Fauxbourg S. Germain & de la
ruë S. Honoré.
Mr le Febvre fit le lendemain
Jeudi, les mêmes illuminations
qu'il avoit faites le jour prece-
Ei
Réjouissances.
52
dent; mais il rencherit de beau-
coup le 27. sur tout ce qu'il avoit
déja fait; il fit illuminer tout le
pourtour des plate-formes, & il
fit remplir de lumieres les deux
consoles qui sont à côté du Ca-
dran; il fit pareillement illu-
miner tout le balcon qui con-
tient les cloches du carillon & la
piramide qui est au-dessus, ainsi
que les deux balcons des Cham-
bres qui accompagnent le bassin
qui jette de l'eau. Le lendemain
pour diversifier l'illumination,
il fit éclairer les fenestres, les
balcons & tout le retour de la
terrasse. Le Dimanche il fit il-
luminer comme il avoit fait le
Vendredy; & pendant tous ces
cinq jours; le carillon & le toc
ſin de la Samaritaine ne ceſſe
Réjouissances.
rent point de se faire entendre.
Le Jeudy 26. Messieurs du Se-
minaire de S. Magloire firent de
grandes illuminations qui con-
tinuerent le 27. toute la face de
leur Maison qui estoit illuminée
& qui répondà celle de Meudon
faisoit un effet merveilleux.
Dès le jour de la naissance de
Monseigneur le Duc de Breta-
gne, Mr de Breteuil, Conseiller
d'Etat ordinaire, fit illuminer
sa Maison, fit faire des feux de-
vant la porte de son Hôtel &
couler une fontaine de vin, ce
qui a esté continuè pendant plu-
sieurs jours au bruit des violons,
& des haut bois & de plusieurs
aurres instrumens, qui n'ont pas
moins attiré le peuple, que le
vin qu'il a fait distribuer ; ce-
E iij
Réjouissances.
54
Peuple s'estant fait un extrême
plaisir de chanter & de dançer
au bruit de tant d'instrumens.
Je ne finirois point si je vou-
lois parler de ceux qui ont fait
des illuminations, des feux &
des distributions de vin pendant
les deux jours qui ont precedé
le Te Deum, quoy qu'ordinaire-
ment ces sortes de réjouissances
ne commencent que le jour que
l'on rend graces à Dieu pour
quelque grand & heureux éve-
nement, on peut dire cepen-
dant, que personne n'a attendu
à Paris les jours destinez pour
marquer son zele, puisque les
rejouissances ont commencé dès
le moment qu'on a crû avoir su-
jet d'en faire, & que tout Paris
a esté illuminé pendant près de
Réjouissances.
huit jours de suite. J'entends
que la feste a esté generale pen-
dant tout ce temps-là, & je ne
pretends pas parler des festes
particulieres qu'ont faites pen-
dant plus d'un mois les Corps de
Metiers, les jours que leurs
Communautez ont rendu graces
à Dieu par les Te Deum, qu'elles
ont fait chanter.
Il est temps de vous parler
avec plus d'ordre de tout ce qui
seſt fait à Paris, mais je n'ay pû
m'empêcher de vous dire d'a-
bord un mot d'une partie de
ceux qui ont fait éclater leur
joye & leur zele dès l'instant
qu'ils ont appris la naissance de
Monseigneur le Duc de Breta-
gne, sans avoir eû le temps de
ſe preparer à aucune feſte; je
56
Réjouissances.
suis persuadé que j'en ay oublie
un grand nombre, & qu'il me
ſera impossible de n'en pas
oublier encore beau coup dans
le détail que je vais vous faire.
Au moment de la naissance
de Monseigneur le Duc de Bre
tagne, le Roy envoya Mr des
Granges à Paris, pour faire sça-
voir cette nouvelle à Monsieur
le Gouverneur, & à Messieurs
les Prevôt des Marchands &
Echevins. Lemême jour 25. de
Juin, Mr le Prevôt des Mar-
chands, ayant appris en son Hô-
tel, que Madame la Duchesse de
Bourgogne étoit accouchée d'un
Prince, se rendit à l'Hôtel de
Ville, d'où il envoya avertir
Mrs les Echevins, Procureur du
Roy, Greffier, & Receveur de
1a
afi
ce
br
en
v.
Réjouissances.
la Ville, de ſe rendre audit lieu,
afin qu'il reglât avec eux, tout
ce qui devoit se faire pour cele-
brer cette heureuſe naissance,
en attendant la Lettre de cachet
qui en devoit confirmer la nou-
velle.
Sur les 7. heures du soir du
même jour, Mr des Granges,
Maître des Ceremonies, leur
apporta, en qualité de Courier
du Roy, la Lettre de cachet,
par laquelle & par Mr des Gran-
ges, Messieurs de Ville appri-
rent le bonheur extraordinaire
& sans exemple qui venoit d'ar-
river à la France. Il leur dit
aussi qu'il croyoit que l'on chan-
teroit le Te Deum, le Vendredy
suivant.
Mr des Granges ayant esté
Réjouissances.
18
reconduit, Mr le Prevôt des
Marchands fit venir à l'Hôtel
de Ville, Mr Hebert, pour luy
demander le dessein d'un feu
d'Artifice, à neuf pilliers. Il
est à remarquer qu'on ne met
neuf pilliers qu'aux feux qui se
font pour des évenemens qui re.
gardent la Maison Royale. Les
ordres furent en même temps
donnez à tous les Ouvriers qui
travailloient pour la Ville, non
seulement pour l'execution de ce
feu, mais aussi pour tout ce qui
regardoit la feste qui se feroit à
l'Hôtel de Ville, le jour que ce feu
seroit tiré. On fit en même tems
sonner la cloche de l'Hôtel de
Ville, & on donna ordre à l'Hor-
logeur d'employer un nombre
d'hommes suffisant pour la faire
10
tit
fu
de
le
fi
8
n
n
Réjouissances.
Ionner jour & nuit, sans discon-
tinuation, jusqu'à ce que le feu
fut tiré. Le premier Echevin fut
deputé pour aller chez Monsieur
le Premier President, afin qu'on
fit sonner la cloche du Palais,
& que les Boutiques fussent fer-
mées pendant trois jours. Le
Greffier fit signer une Ordon-
nance pour enjoindre aux Bour-
geois & Habitans de la Ville &
Fauxbourgs de Paris, de faire
des feux de joye & des illumi-
nations pendant trois nuits.
Les boëtes & le canon furent
tirez dés le soir même, & Mes-
sieurs de Ville firent un grand
feu de fagots devant l'Hôtel de
Ville, ou l'on fit distribuer au
Peuple du vin en grande quan-
cité, & un grand nombre de petits
Réjovissances.
60
pains; on en fit aussi distribuer
aux portes de Messieurs de Vil-
le, & dans tous les Marchez &
Places publiques, ainsi qu'aux
Portes de la Ville.
Le lendemain Jeudy 26 du
même mois, le boëtes & canons
de la Ville & de la Bastille fu-
rent tirez sur les quatre heures
du matin, & les Boutiques fu-
rent fermées pendant ce jour,
& le pain & le vin distribuez en
tres-grande quantité devant la
porte de l'Hôtel de Ville, &
celles de Messieurs les Prevost
des Marchands, Echevins, Pro-
cureur du Roy, Greffier, Re-
ceveur, Conseillers, Quarti-
niers, & dans toutes les Places
publiques & a.
Le foir du même jour, Mes-
sie
le
fi
le
Réjovissances.
61
sieurs les Prevôt des Marchands,
Echevins, Procureur du Roy,
Greffier, Receveur, Conseil-
lers & Quartiniers de la Ville,
firent dresser des tables devant
leurs portes. On y ſervit au Peu.
ple toute sorte de viandes, avec
du pain & du vin en abondan-
ce, aux acclamations & cris de
vive le Roy, Monseigneur, & Mes-
seigneur les Ducs de Bourgogne &
de Bretagne. Ces exemples fu-
rent ſuivis & imitez par tous les
Bourgeois, qui firent des feux
devant leurs portes & des illu-
minations à toutes leurs funê-
tres. Le même soir sur les 9 heu-
res, on fit un grand feu de fa-
gots & des illuminations à tou-
tes les croiſées de l'Hôtel de Vil-
le, & de l'horloge. Les boëtes, &
le canon furent tirez.
Réjouissances.
62
Le Vendredy 27. Mr des
Granges porta dès le le ma-
tin à Monsieur l'Archevêque
de Paris la Lettre de cachet,
dont je vous envoye une copie.
Mon Consin, la nouvelle &
singuliere Benediction qu'il a plud
Dieu de répandre sur mon Regne,
par la naissance du Prince que ma
petite Fille la Duchesse de Bour-
gogne vient de donner à la France,
est une des marques des plus visibles
que j'aye encore receuë de sa pro-
tection. Ty suis d'autant plus sensi-
ble qu'elle est sans exemple dans
aucun des Rois mes predecesseurs,
& qu'elle perpetuë le bonheur de
mes Estats par cette longue suitte
& succession de Rois qu'elle leur
assure. C'est dans les sentimens de la
juste reconnoissance que j'en ay, que
e
d
la
t.
Réjouissances.
63
je crois ne pouvoir assez tost en ren-
dre à Dieu les actions de graces qui
luy son dues : Et jevous ecris cette
Lettre pour vousd requemon inten-
tion est que vous fassiez chanter le
Te Deum en l'Eglise Metropoli-
taine de ma bonne Ville de Paris,
au jour & à l'heure que le Grand
Maître, ou le Maitre des Cere-
monies vous dira de ma part. Je
luy ordonne d'y convier mes Cours,
& ceux qui ont accoutumè d'y assister.
Sur ce, Je prie Dieu qu'il vous ait,
mon Cousin, en sa sainte & digne
garde. Ecrit à Versailles le 25. Juin
1704. Signé LOUIS; Et plus
bas, PHELYPEAUX.
Et au dos estoit écrit: Amon
Cousin le Cardinal de Noailles,
Archevèque de Paris, Duc & Pair
de France, Commandeur de mes
Ordres.
Réjouissances.
64
Mr des Granges porta ausli
des Lettres de cachet au Par-
lement, à la Chambre des
Comptes, à la Cour des Aydes,
& à la Ville, afin qu'on se ren-
dît à Nôtre-Dame pour le Te
Deum, qui devoit estre chanté
l'aprés-dînée du même jour.
Le même jour à 4. heures du
matin, les boëtes & le canon
avoient esté tirez. Sur les neuf
heures du matin, Messieurs de
Ville estant assemblez au Bu-
reau, Mr des Granges y appor-
ta la Lettre de cachet, dans
laquelle il estoit marqué que le
Te Deum, seroit chanté à trois
heures de relevée. Tous les
corps dont je viens de vous par-
ler se rendirent à Nôtre-Dame,
ou Monsieur le Chancelier se
trouva
r
10
r
A
Réjouissances.
65
trouva à la teſte du Conseil.
Sur les deux heures, le Co-
lonel des Archers de Ville se
rendit à la teſte de ſes trois cens
Archers en Armes, à l'Hostel
de Ville , au bruit de leurs
Tambours
Trompettes &
Hautbois. Lorsqu'ils y furent
arrivez on poſta des Gardes à
toutes les portes, & dans tous les
appartemens de cet Hostel. Sur
les trois heures Mr le Prevost
des Marchands & Mrs. les
Echevins, Procureur du Roy,
Greffier & Receveurs en Ro-
bes de velours, & Mrs les Con-
seillers & Quartiniers de la
Ville, en Robes de soye, ac-
compagnez du Colonel & des
Archers de Ville, Tambours,
Trompettes & Hautbois, al-
Juillet 1704. II. P. F
Réjouissances.
66
lerent à cheval à Nostre-
Dame, où ils prirent leur place
ordinaire.
Plosieurs Archevêques &
Evêques qui se trouvoient alors
à Paris pour les affaires de leurs
Dioceses, sy rendirent aussi.
Ceux qui assisterent à ce Te
Deum sont les Archevêques de
Narbonne, de Rouen, de Tou-
louse, de Bourges & d'Aix, &
les Evêques de Condom, d'O-
range, de Soissons & quelques
autres. Monsieur le Cardinal
de Noailles officia à cette Ce-
remonie. Le Te Deum qui étoit
de la composition de Mr de La-
louette Maistre de Musique de
Nostre-Dame, fut chanté &
fort applaudi. La Symphonie
fut trouvée tres belle, & les
Réjouissances.
67
Symphonistes étoient en grand
nombre. Les 24 Violons du
Roy jouerent à ce Te Deum,
pendant lequel on tira les Boë-
tes & le Canon de la Ville,
ainsi que celui de la Bastille.
Le même jour sur les huit
heures du soir toutes les Ta-
bles de l'Hôtel de Ville furent
magnifiquement servies; celle
de Mr le Prevost des Mar-
chands dans la grande Salle des
Colonels & celles de Mrs les
Echevins, Procureur du Roy,
Greffier, Receveur, Conseil-
ler & Quartiniers dans les dif-
ferens appartemens qu'ils ont
à l'Hôtel de Ville ; ces appar-
temens estoient tendus de Ta-
pisseries aussi belles que riches,
& on y avoit distribué plus de
Flj
Réjouissances.
68
cinquante Lustres. On bût par
tout à la santé du Roy, de Mon-
seigneur & de Messeigneurs les
Ducs de Bourgogne & de Bre-
tagne au bruit des Tambours,
Trompettes, Hautbois & des
vingt- quatre Violons. Les
Compagnies de Messieurs de
Ville, au nombre de plus de
mille personnes ayant soupé, &
ce qui devoit composer l'illu-
mination de toutes les croisées
& de rous les autres endroits
de l'Hôtel de Ville ayant esté
allumé, & les Boëtes & le Ca-
non ayant tiré; elles ſe place-
rent pour voir le Feu d'artifice.
On avoit écrit au haut de la
decoration de ce Feu.
Réjouissances.
60
VOTUM URBIS.
Pour exprimer les sentimens
de cette joye & les vœux que
la Ville fait pour la felicité du
Prince, l'on s'étoit servi des
quatre Vers suivans, tirez de
Martial, ausquels l'on n'avoit
changé que le premier, pour
appliquer à Monseigneur le
DUC DE BRETAGNE,
ceux que ce Poëte avoit fait
pour l'Empereur Domitien.
NASCERE BORBONIO SPE-
RATA ESANGUINE FRO
LES,
VERA DEUM SOBOLESS
NASCERE MAGNE PUER)
CUI PATER AETERNAS ROSE
Réjouissances.
SAECULA TRADAT HABE-
NAS.
UIQUE REGAS ORBEM
CUM SENIORE SENEX.
Digne Sang des Bourbons, nostre
chere esperance.
Sous le plus grand des Rois viens
affermir la France
Et marchant sur les pas de ses no-
bles ayeux
Viens apprendre à loisit à gouver.
ner comme eux
Au milieu de chacune des
quatre Façades de la Decora-
tion il y avoit un Cartouche:
deux de ces Cartouches con-
tenoient chacun un Emblême,
&& les deux autres chacun une
Devise.
Réjouissances,
71
Celle qui regardoit l'Hôtel
de Ville representoit l'Eternité
qui presentoit au Roy, Monsei-
gneur le Dauphin, Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne &
Monseigneur LE DUC DE
BRETAGNE qu'Elle tenoit
entre ses bras, avec cès mots
du Pseaume 113.
FILII EORUMUSQUE IN SAE-
CULUM SEDEBUNT SUPER
SEDEM TUAM.
Tes arrieres neveux regneront après
toy.
Dans la Façade opposée l'on
avoit representé les quatre par-
ties du monde, offrant au Roy
leurs hommages, & aux Prin-
Réjovissances.
72
ces qui environnent son Trône,
avec ces mots du Pseaume 43.
CONSTITUES EOS PRINCI-
PES SUPER OMNEM TER-
RAM.
Tu feras en tous lieux respecter
leur Empire.
Dans la Façade qui regardoit
la riviere lon avoit peint pour
Devise des rejettons d'Olivier,
qui s'élevent autour de la tige
dont ils sont sortis: c'est la com-
paraison qui est marquée dans
le Pseaume 127. pour signifier
cette heureuse fecondité dont
Dicu recompense ceux qui le
craignent. L'on ne pouvoit en
chosir une plus digne pour ex-
premier
d
n
Réjouissances.
71
primer le rare bonheur dont
Dieu a recompensé les vertus
de Louis le Grand, en lui don-
nant un arriere Petit-fils, dans
le plus haut point de sa gloire.
L'on répondroit mal à ses sen-
timens, si l'on ne reconnoissoit
pas avec lui l'Auteur d'une fe-
licité si extraordinaire: c'est
pourquoi l'on avoit choisi pour
ame de cette Devise l'applica-
tion que David en fait à l'en-
droit même d'où elle eſt tirée.
SIC BENEDICETUR HOMO
QUI TIMET DOMINUM.
Le Ciel benit ainsi ceux qui sui-
vent ses Loix.
Enfin, l'on avoit tâché de
Juillet 1704. II. P.
G
Réjouissances.
72
faire voir par une autre De-
vise, que l'on avoit peinte au
milieu de la Façade opposée,
quielles sont les esperances que
la France doit concevoir du
Prince que le Ciel vient de lui
donner. L'on a tiré cette De-
vise de la même source que la
precedente: c'est la comparai-
son que David fait du Juste,
avec un arbre planté le long
du courant des eaux; la nour-
riture qu'il y prend est un pré-
sage certain des fruits qu'il
portera dans son temps. La
France ne sçauroit pareille-
ment se tromper, en se pro-
mettant de voir en la Personne
de Monseigneur LE DuC DE
BRETAGNE, un Prince di-
gue de ses illustres Ayculs
Réjouissances.
7
c'est ce que signifie un jeune
arbre planté sur le bord d'un
ruisseau, avec ces paroles du
premier Pseaume.
FRUCTUM DABIT IN TEM.
PORE suO.
Il produit en son temps des fruits
dignes de lui.
L'on a coûtume dans les Fe.
tes que l'on fait pour la Nais-
sance des Princes, d'exposer les
Tableaux de leurs Ancêtres, &
de leurs plus proches parens.
Pour ne pas s'eloigner de cet
usage, l'on avoit peint dans
l'une des Façades les Portraits
d'Henry IV. & de Louis XIII.
Dans la seconde, celui du Roy
Gij
Réjouissances.
74
& de Monfeigneur. Dans la
troisième celui de Monseigneur
le Duc de Bourgogne & de
Monseigneur LE DUC DE
BRETAGNE. Dans la qua-
triéme celui du Roy d'Espagne
& de Monseigneur le Duc de
Berry.
A peine ce Feu eut- il cessé
de tirer que le Bal fut ouvert
en plusieurs endroits & dans
tous les appartemens de l'Hô-
tel de Ville, où beaucoup de
personnes de la plus haute dis-
tinction se trouverent & dan-
cerent ; ce qui dura jusqu'à
trois ou quatre heures du ma-
tin, que les vingt-quatre Vio-
lons du Roy, les Tambours,
Trompettes & Hautbois cesse-
rent de jouer. Le tout ſe paſsa
Réjouissances.
avec la tranquillité que l'on
devoit attendre des bons or-
dres que Messieurs les Prevost
des Marchands & Echevins
avoient donnez. Le même soir
toutes les maisons de la Ville
& des Fauxbourgs furent illu-
minées; & des feux de joye fu-
rent faits devant toutes les
portes; il y eut même des ta-
bles dressées en plusieurs en-
droits pour les passans, à qui
l'on fit boire la santé du Roy
& des Princes; de manière que
toutes les ruës retentirent des
acclamations publiques.
Le Samedy au soir, Messieurs
de Ville donnerent au public
le plaisir de faire jouer les 24.
Violons du Roy dans les Thuil,
leries.
Giij
6
Réjouissances.
Et le lendemain Dimanche,
ils firent la même chose dans la
Place Royale, où il y eut des
feux de joye & des illumina-
tions à toutes les croisées des
Hoſtels.
On ne peut s'empêcher de
parler icy du zele ardent & de
l'attention de Mr le Prevost
des Marchands pour se signa-
ler des premiers, puisqu'à peine
eut-il entendu parler de l'ac-
couchement de Madame la Du-
chesse de Bourgogne, dont on
pouvoit encore douter, qu'il
se rendit à l'Hostel de Ville,
où par ses ordres l'Assemblée
ſe trouva aussi toſt complette.
Il est à remarquer que les ré-
jouissances qu'il fit faire dés le
même jour, furent aussi gran-
des que si l'on avoit eù un jour
Réjouissances.
entier pour s'y préparer; &
qu'à peine la nouvelle en étoit-
elle répanduë dans Paris, que
l'on distribuoit déja du pain &
du vin à l'Hostel de Ville, aux
portes des Messieurs de Ville, &
dans tous les Marchez & Pla-
ces publiques, ainsi qu'aux
Portes de la Ville. Cette gran-
de distribution faite pendant
plusieurs jours est bien digne
d'estre remarquée, & une pa-
reille profusion ne peut estre
faite que dans une Ville com-
me Paris, & par un Prevost des
Marchands & un Conseil de
Ville bien zclez. On ne peut
aussi penser sans étonnement
que la Ville donna, le soir du
feu, à souper à plus de mille
personnes. Il faut pour le bien
G iiij
8
Rejouissance.
concevoir, se representer que
l'Hoſtel de Ville est fort spa-
cieux & que tous ceux qui y
sont reçûs pour voir le feu, y
sont regalez, ainsi que ceux
qui sont sur des échafauts que
Messieurs de Ville font faire,
à qui l'on distribue avec abon-
dance tous les mets qui peu-
vent estre portez dans ces en-
droits là. On voit aussi par les
14 Violons envoyez aux Thuil-
leries & à la Place Royale par
Mr le Prevost des Marchands &
par Messieurs de Ville, qu'ils
ont esté aussi galans que magni-
fiques , & qu'ils n'ont rien ou-
blié pour entretenir le peuple
dans la joye qu'il témoignoit
avec tant de vivacité.
Jamais Paris n'a eſté plus
Réjouissance.
7
brillant de lumieres qu'il le fut
le soir que l'on chanta le Te
Deum, & plusieurs Volumes
pourroient à peine suffire pour
donner le détail des ingenieu-
ses illuminations qui furent
faites à tous les Hostels de Pa-
ris, & chez toures les person-
nes distinguées Toute la façade
du Palais Royal fut remplie de
flambeaux pendant trois soi-
rées, & les Trompettes & les
Timbales ne cesserent point de
jouer. Il est impossible de rien
voir de plus brillant que parut
pendant trois jours tout le
Quay des Théatins Les Hôtels
de Bouillon, de Crequy, de
Portsmouth & les autres qui
sont sur le même Quay, furent
illuminez de lumieres vives, &
80
Réjouissances.
toute l'Architecture fut dessi-
née avec des lamprons, ce qui
faisoit un tres-bel effet, & l'on
y distinguoit les Balustrades &
les Balcons, quoiqu'ils fussent
tout en feu. La même choſe pa-
rut dans l'Isle, & sur tout à la
belle maison de Mr le President
Lambert qui est à la pointe, ce
qui faisoit d'autant plus d'effet
que toutes ces lumieres reflé-
chissoient dans l'eau, ou toute
l'Isle paroissoit en feu. Je ne
dis rien de l'illumination de la
Place Royale, on peut juger de
quelle beauté elle étoit à cause
de l'uniformité des maisons. Il
en parut le même soir une tres-
belle chez Mr Lhuillier à la
Place de Louis le Grand, qui
ne fut qu'un prélude de la gran-
Rejouissances.
81
de Feste qu'il preparoit.
Le même jour 27. les Au-
gustins du Grand Convent se
distinguerent par des feux &
des illuminations qui durerent
pendant cinq jours, & par le
vin que le Prieur fit distribuer
au Peuple en abondance ; le
Dimanche suivant 29. ils chan-
terent un Te Deum au son de
leurs cloches & au bruit d'une
triple décharge de plusieurs
Boëtes. Ils firent le soir tirer
beaucoup d'artifice, aprés de
pareilles décharges de Boëtes;
les Fenestres de leurs Cham-
bres & la face de leur Bâiiment
étoient éclairées par un fort
grand nombre de bougies. Ils
se sentirent d'autant plus ani-
moz à faire ces réjouissances,
82
Réjouissances.
que leur Maison est de fonda-
tion Royale, leur ayant esté
donnée en 1293. par le Roy
Philippes le Bel, & qu'outre
les Assemblées du Clergé qui
se tiennent ordinairement chez
eux, ube grande partie des
plus-belles & des plus nobles
Ceremoniess y fait encore: que
le Roy Henry III. y créa en
1578. & fixa à perpetuité l'Or-
dre des Chevaliers du S. Esprit
qu'Henry IV. marqua leur E-
glise en 1594. pour le lieu de la
Procession de toutes les Cours,
Paroisses & Communautez Re-
ligieuses de la Ville: & qu'en-
fin le Roy honora cette même
Maison de sa presence en 1662.
& y fit la seule promotion des
Chevaliers de l'Ordre qu'il ait
Réjowissances.
83
fait jusqu' à present à Paris. Ce
qui fait que ces Peres ont esté
ravis de donner des marques
publiques de leur reconnois-
sance & de leur attachement
pour la Personne de Sa Majeſté
& de toute la famille Royale.
Je devois, suivant l'ordre que
j'ay observé dans cette relation,
vous marquer plutôt que laMai-
son de Mr de la Croix, Maître
des Comptes, & Maître d'Hô-
tel de Madame la Duchesse de
Bourgogne fut toute illuminée
dés le ſoir même de la naissance
de Monseigneur le Duc de Bre
tagne; que cette illumination
continua pendant trois jours,
& que tous les soirs le vin ne fut
pas épargné à tous ceux qui se
presenterent pour boire la san-
Rejouissances.
84
té de Monseigneur le Duc de
Bretagne.
Les Jesuites qui sont toûjours
prêts à donner des marques de
leur zele, lorsqu'il s'agit de la
gloire & du bonheur de la Fran-
ce, firent le 26. le 27. & le 28.
de grandes réjouissances dans
leur College de Louis le Grand.
Toutes les quatre faces de leur
cour furent illuminées; on tira
beaucoup de fusées volantes,
& d'autres artifices au bruit des
timballes, des haut bois & des
L'illumination
Trompettes.
dura, chaque jour, depuis huit
heures jusqu à minuit. Les hom-
mes & les femmes eurent la li-
berté d'entrer dans leur cour,
dont les portes qui donnent
dans l'interieur de leur Maison,
Réjouissances.
86
estoient fermées Ces réjouis-
sances, quoi que grandes, ne
suffisoient pas pour remplir l'ar-
deur de leur zele, qui leur fit
prendre le dessein de donner
une feste plus grande & plus
reguliere, que vous trouvercz
dans la suite de cette relation.
Quoi que Monsieur le Due
d'Albe se fût distingué à Ver-
sailles, ainsi que je l'ay déja
marqué, les illuminations n'en
furent pas moins grandes à son
Hôtel a Paris, & comme cet
Hôtel ne suffit pas pour tous
ceux qui composent son Dome-
stique, & qu'il a loué plusieurs
Maisons aux environs de son
Hôtel; toutes ces Maisons fu-
rent parcillement éc lairées, &
tout s'y paſsa avec la profusion
Rejouissances.
86
& la magnificence ordinaire à
cet Ambassadeur.
Monsieur le Marquis Dos-
Rius donna aussi des marques
de sa joye & de sa magnificence
ordinaire, quoi qu'il ne fasse
plus les fonctions d'Ambassa-
deur d'Espagne, dans lesquelles
il a brillé avec tant d'éclat & de
conduite.
Les PP. Barnabites ont esté
des premiers à faire paroître
leur joye. Ils firent des feux
pendant trois jours devant le
nouveau Portail de leur Eglise.
Ily avoit des illuminations à
toutes les fenestres, ils firent
tirer, le dernier jour, un grand
nombre de fusées volantes qui
fut accompagné de beaucoup
d'autres artifices. Ce spectacle
Réjouissances.
8
attira tout le Peuple des envi-
rons qui bût à la santé du Roy
& de toure la Maison Royale.
Les PP. Fueillans du Mona-
ſtere Royal, de la ruë S. Ho-
noré, aprés avoir fait des feux
ordinaires dans leur cour les-
foirs du 26 27. & 18. de Juin,
ainsi que l'ou en faisoit dans
toute la Ville ; voulant rendre
graces à Dicu de l'heureuse nais-
sance de Monseigneur le Duc
de Bretagne, & joindre leurs
Prieres à la joye du Peuple,
choisirent pour cet effet le Di-
manche 19. du même mois.
Ils annoncerent leur feste, le
matin, par une décharge d'ar
tillerie, & aprés midi, par le son
de leurs cloches qui carillon-
nerent jusqu'à minuit, l'Eglise
Juillet 1704. II. P.
H
Rejouissances.
88
estoit ornée de belles Tapisse-
rie, & l'Autel richement paré.
Ces Religieux se rendirent à
l'issuë de Vêpres, en Procession
dans la Nef de leur Eglise, où
leur Pere General revestu, avec
ses Officiers, des magnifiques
Ornemens qui leur ont été don-
nez par le Roy, entonna le Te
Deum, qui fut chanté solemnel-
lement avec les Prieres ordinai-
res, pour Sa Majesté, & pour
la Famille Royale. Cette Cere.
monie fut precedée & suivie par
des décharges d'artillerie.
Le soir sur les 7. heures, les
trompettes & les timbales pla-
cées sur un balcon dans le
Chœur de ces Peres, se firent
entendre; les haut bois qui
estoient sur un autre balcon,
Réjouissances.
89
continuërent: on battit ensuite
les tambours avec lesquels les
trompettes & haut bois se firent
entendre alternativementi ce
qui dura fort long-temps, du-
rant lequel il y avoit en un en-
droit de la cour, une fontaine
qui jetta du vin pendant deux
heures, & dans un autre endroit
auprés, on distribua du pain
à rous venants.
Il y avoit au milieu de la
cour, un échafaut, élevé de
deux pieds & demi de terre,
d'environ douze pieds en carré,
sur lequel on avoit dressé un
grand bucher de 15 pieds de
haut. Sur les 9. heures du soir,
les Religieux vinrent en Pro-
cession, chantans l'Exaudiat au
tour du bucher : la leur Gene-
Hij
Réjouissances.
90
ral revestu, ainsi que ses Offi-
ciers, des mêmes Ornemens qui
avoient servi au Te Deum, chan-
ta les Oraisons pour le Roy,
benit l'encens & le bucher &
y mit le feu, le bruit de l'artil-
lerie preceda, & suivit encore
cette Ceremonie.
Lorsque le grand feu fut un
peu éteint, on vit paroître sur
le second & troisième ordre
d'architecture du Portail de l'E-
glise, qui est un des plus beaux
deParis, unetres grande & tres-
belle illumination; il y en avoit
une autre des deux costez de la
Porte de la ruë, & le haut du
clocher parût comme un grand
globe de feu.
Ily eut encore deux déchar-
ges d'artillerie: & quantité de
fuſées volantes.
Réjouissances.
91
Le concours du Peuple y fut
prodigieux, & l'air retentissoit
a tous momens des cris de vive
le Roy, la fontaine de vin ayant
cessé de couler un peu trop-tôt,
les Religieux y supleérent par
une distribution de plusieurs
brocs de vin, ce qui dura jus-
qu'à minuit.
Les Chanoines Reguliers de
l'Abbaye de Sainte Geneviéve
choisirent pour rendre graces à
Dieu de la naissance de Mon-
seigneur le Duc de Bretagne,
avec plus de solemnité, le 29.
Juin, jour de la feste des Saints
Apôtres S. Pierre & S. Paul,
premiers Patrons de leur Egli-
se. Ils chanterent le Te Deum
fur les quatre heures aprés mi-
di, le plus solemnellement qu'il
Réjouissances.
92
leur fut possible. L'Abbé de
Sainte Geneviéve y Officia Pon-
tificalement; on carillonna sur
toutes les cloches devant &
aprés la Ceremonie, jusque fort
avant dans la nuit: comme ils
avoient résolu de faire ce jour-
là une aumône extraordinaire,
pour attirer, par cette bonne
œuvre, les benedictions du
Ciel sur la Eamille Royale, &
que les Pauvres des environs en
avoient esté avertis, il s'en pre-
senta un tres grand nombre,
ausquels on distribua, jusqu'au
soir, une assez grosse somme d'ar-
gent. Sur les neuf heures, ils
firent allumer un grand feu dans
le Parvis de leur Eglise, & en
même temps leur clocher parut
tout en feu, comme il est le plus
Réjouissances.
93
haut de Paris; l'illumination qui
dura toute la nuit, fut apper-
çuë de toute la Ville, & de plus
de quatre lieuës aux environs.
Les Augustins Déchaussez,
estant d'autant plus sensibles à
ce qui regarde la Maison Royale,
qu'ils ont l'honneur d'avoir le
Roy Louis XIII. pour leur
Fondateursont crû devoir don-
ner d'une maniere distinguée
des marques éclatantes de la
part qu'ils prenoient à la joye
publique. Ils choisirent pour
cela le 29. Juin, Feste de Saint
Pierre, & ce jour-là fut en-
tierement consacré à cette so-
lemnité. Aprés avoir rendu
graces à Dicu, le matin par une
Messe solemnelle accompagnée
de tout le majeſtueux apparcil
Rejowissances.
94
que permettent les Ceremonies
Romaines; le ſoir à l'issuë du
Salut, ils chanterent le Te
Deum, au son des cloches & des
tambours, qui fut suivi d'une
salve de cinquante boëtes. Leur
Autel estoit éclairé de plus de
deux cens Cierges rangez sans
aucune confusion & qui fai-
soient un tres brillant effet. A
peine la nuit eut elle commen-
cée que la façade de leur cour
ſe trouva illuminée d'une si
prodigieuse quantité de bou-
gies & lamprons qu'elle parût
toute feu; elles estoient pla-
cées dans un ordre si singulier
que cette illumination fut ad-
mirée de tous les spectateurs.
Il y avoit dans cette cour un
grand feu de bois fort élevé, au
tour
Réjouissances.
tour duquel ces Religieux, au
nombre de cent, se rendirent
processionnellement; ils l'allu-
merent en chantant l'Exaudiat,
au bruit des tambours, au caril-
lon des cloches, & aux acclama-
tions d'un nombre presque infi-
ni de peuple dont leur cour &
leur carefour estoient remplis,
pendant que les cinquante boë-
tesrangées dans leur jardin an-
noncerent de nouveau la joye
de ces Peres aux quartiers les
plus éloignez. Les quatre fa-
ces de bâtiment qui compo-
sent le quarré de leur Convent
se trouverent en même-temps,
entierement éclairées par plu-
sieurs lumieres mises a toutes
leurs fenestres. Ils tirerent du-
rant plus d'une heute, un nom-
Juillet 1704. II. P.
1
Réjovissances.
86
bre conderable de fusées volan-
tes, dont plusicurs furent trous
vées d'une grosseur & d'unebeau-
ré toute extraordinaire, elles
furent entremelées de quantité
d'autres artifices. La feste se
passa sans confusion; l'illumi-
nation attira un nombre in-
croyable de Personnes de tous
états qui ne se retirerent qu'à
tuinuit, pour laisser ces Reli-
gieux en liberté d'aller chanter
leurs Matines.
Le même jour 29. on chanta
dans l'Eglise de Saint Louis de
l'Iſle, un Salut, où le S. Sacre-
ment fut exposé; le Te Deum,
y fut chanté en action de graces
de la naissance de Monseigneur
le Duc de Bretagne, & l'Exau-
diat, pour la conservation du
Réjouissances.
7
Roy, & la prosperité des Armes
de S. M. l'Eglise estoit magni-
fiquement ornée & toute bril-
lante de lumieres; la Ceremo-
nie ſe termina par un beau feu,
& tout le clocher fut illuminé,
& cette illumination dura tou-
te la nuit.
Les Prisonniers du petit Châ-
telet trouverent le moyen, mal-
grèla mauvaise situation de leurs
affaires, de faire éclater leur
joye, en faisant faire un feu sur
leur Plateforme, qui est fort
clevée, de manière que ce feu
fut vu de plusieurs endroits de
Paris, & de la Campagne.
Les Chartreux avoient chan-
té le même jour un Te Deum,
avant leur Grande Messe, ils
firent le soir un tres beau feu,
141
Réjouissances.
98
la portion fut doublée ce jour-
là aux Religieux, & ils eurent
permission d'aller par extraor-
dinaire dans leur Spatiement,
qui est un lieu ou ils vont ordi-
nairement promener à certains
jours de la Semaine.
Mr Gualtieri, Nonce ordi-
naire de S. S. cut à peine ap-
pris la Naissance de Monsei-
gneur le Duc de Bretagne, qu'il
donna des ordres pour faire
travailler aux choses necessai-
res pour illluminer son Hôtel,
dont la façade est tres longue,
elle fut remplie d'un grand
nombre de chassis, sur lesquels
on attacha un tres grande quan-
tité de lamprons. Toutes les fe-
nestres furent garnies de flam-
beaux de cire blanche; il y avoit
un grand cercle garni de lam-
99
Réjouisances.
prons, au dessus de chaque croi-
fée, & les deux cordons de la fa-
çade en estoient tout remplis
d'un bout à l'autre, aussi bien
que les fenestres du plus haut
étage de l'Hôtel. Il y avoit
un Soleil au dessus de la croisêe
du milieu, qui estant composé
de lumieres plus vives & plus
pressées, l'emportoit par sa clar-
té éblouissante sur toutes les au-
tres lumieres de la façade: ce
qui faisoit un effet merveilleux;
la Porte cochere estoit aussi en-
tourée de chassis, tout couverts
de lumieres. Cette illumination
parut pendant trois jours, &
l'on y remarqua chaque jour
quelque choſe de nouveau Elle
commença chaque jour par une
décharge de quantité de boë-
Iiij
100 Réjovissances.
tes, qui estoit suivie de quart
d'heure en quart d'heure, de
deux autres décharges, aprés
quoi on entendoit des hautbois,
des trompettes, des timballes &
des tambours: tous ces instru-
mens se faisant entendre alter-
nativement. Il y avoitde grands
feux le long de la façade de
l'Hôtel, & l'on avoit attaché aux
quatre coins de la ruë deux cor-
des, sur lesquelles on tiroit un
grand nombre de fusées, outre
celles qu'on tiroit continuelle-
ment à la main. Il y avoit un feu
d'artifice vis-à visdu milieu de
la façade de ce brillant Hô-
tel; cet artifice ne parut que le
second jour, & il fut augmenté
& diversifié le troisième. Le
tout parut magnifique & de bon
Réjouissances.
IOI
goût ; cependant on n'en fut
point surpris & l'on n'attendoit
pas moins de ce Nonce; puisque
depuis qu'il est en France, il a
brillé dans toutes les occasions
où il a eu lieu de paroître & de
se distinguer, aussi s'est il faic
beaucoup considerer & aimer de
tous ceux qui le connomssent.
Les Bourgeois de la ruë
S Jacques ont esté des premiers
& des plus empressez a donner
des marques de leur joye; ce
qu'ils ont fait pendant trois
jours, avec autant de vivacité
que d'éclat. Toute leur ruë
estoit illuminée par des lustres,
& des girandoles remplies de
bougies, & par quantité d'au-
tres lumieres: ils avoient fait
chargée de
elever une figur
111
102
Réjouissances.
quantité de bouteilles de vins
& de liqueurs, qui par le moyen
de quelques ressorts en distri-
bua à tous les passans. Ce qui
fut accompagné de symphonie,
de violons, de hautbois & bas-
sons. Ils avoient fait faire beau-
coup d'inscriptions & de devi-
ses, dont la principale repre-
sentoit un grand Soleil avec ces
mots,
SUB HOC NOVA PLURIMA
SOLE.
On voit sous ce Soleil mille cho-
ses nouvelles.
Ils chanterent plusieurs chan-
sons à la gloire du Roy, dont
ils avoient fait faire les paroles
& les airs. Mr Leonard, Librai-
re, se distingua dans cette occa-
sion par une tres belle illumi-
nation.
Réjouissances.
103
Le College d'Harcourt à esté
un des premiers de l'Université
qui ait fait paroitre sa joye dans
cette occasion, Mr le Marquis
de Chamillart, Pensionnaire
dans ce College, y fit venir 60.
boëtes, avec plusieurs barils de
poudre.
Le Lundy 30. Juin, l'illumi-
nation qui se devoit faire le
soir, fut annoncée par une dé-
charge de ces boêtes ; elle fut
réiterée sur le midy: & à cinque
heures le Te Deum, fut chante
à la teste d'un nombreux Cler-
gé, où plusieurs Personnes de
qualité, Pensionnaires dans ce
College, porterent le Surplis.
On fit une troisiéme décharge,
pendant le Te Deum, & Mi le
Proviseur de ce College ayent
Réjouissances.
104
mis le feu à un bucher, dressé
au milieu de la cour; toutes les
fenestres parurent illuminées
en même temps; ce qui fit un
tres beau spectacle; & sur tout
l'appartement de Mr le Mar-
quis de Chamillart attira aussi-
tôt les yeux de toute l'Assem-
blée: Il estoit orné de quatre
grands Tableaux, remplis de
devises faites expres pour le
Roy, pour Monseigneur, pour
Monseigneur le Duc de Bour-
gogne, & pour Monseigneur
le Duc de Bretagne. Dans le
premier estoit representé un
Soleil avec les Armes de Fran-
ce, entourées de ces mots,
VEL SOLO LUMINE
TERRET.
Réjouissances.
105
Dans le deuxième, les Armes
de Monseigneur, avec une Eroi-
le au dessous d'un Soleil, & ces
paroles,
SOLIS IGNIBUS ARDET.
Les Armes de Bourgogne
estoient peintes dans le troisié-
me, & on y avoit representé un
fusil qui tuë le gibier aupara-
vant que la flame paroisse.
ANTE FERIT QUAM FLAM-
MA MICET.
Ce qui convient parfaite-
ment bien à ce Prince, puis-
qu'à peine a t'il paru devant
Brizac que cette Ville s'est
renduë.
106 Réjouissances.
Et dans le quatrième, les
Armes de Bretagne paroissoient
avec un Aiglon naissant, qui vo-
loit aprés un Aigle qui regar-
doit le Soleil, autour desquels
on lisoit,
JAM VOTIS SEQUITUR
PATREM , &c.
Il y avoit trois échafauts
dans la cour du College ; les
Pensionnaires estoient sur celuy
du milieu, afin de n'estre point
mêlez avec la foule du peuple,
qui court ordinairement à ces
sortes de spectacles. Les écha-
fauts qui estoient des deux cô-
tez estoient remplis de Haut-
bois, de Violons, de Timballes
& de Trompettes.
les Professeurs de ce
Mr
Réjouissances.
107
grand College firent paroître
leur esprit & leur zele, ayant
fait quantité de devises & d'in-
ſcriptions à l'honneur du nou-
veau Prince, que les lumieres
faisoient briller de tous côtez;
celle qui suit reçût beaucoup
d'applaudissement, elle est de
Mr des Authieux, Regent de
la troisième Classe.
PARVULUS ENIM NATUS
EST NOBIS.
PATER FUTURI SECULI,
PRINCEPS PACIS.
C'est un Prince du Paix que le
Ciel nous envoye,
pur Sang de LOUIS le
Le
grand;
On
le verra comme luy con-
querant,
Rejouissances.
108
Il fait déja du Peuple & l'amour
& la joye.
L'attention des spectateurs
fut reveillée par quantité d'ar-
tifices qu'on tira du clocher du
College, dont les Pensionnai-
res l'avoient fait remplir. Cet
Artifice divertit beaucoup; la
feſte ſe termina par une déchar-
ge de boëtes, aprés quoy l'as-
semblée ſe ſepara à plus de deux
heures aprés minuit.
Je ne puis vous parler icy
qu'en gros de quantité de Fê-
tes qui ont duré plusieurs jours
& qui ont commencé dés le
jour même de la naissance de
Monseigneur le Duc de Breta-
gne; quoique ces Fêtes n'ayent
esté faites que par des particu-
Rejouissances.
109
liers & dans des lieux plus res-
serrez, que ceux où sontlogez les
personnes d'une grande distin-
ction; ces Fêtes quoique faites
dans des lieux moins étendus,
ont eu tout le brillant, toute la
galanterie, & l'on pourroit mê-
me a joûter, une partie de la ma-
gnificence en petit qui ont
paru chez de plus grands Sei-
gneurs. L'effusion du cour &
le zele paroiſſoient ſur le viſa-
ge de ces dignes Sujets, chez
qui tous ceux qui vouloient
boire à la ſanté du Roy & de
Monseigneur le Duc de Breta-
gne étoient bien reçûs. Mr d'I-
vry, Mr Hatenville & Mr de
Gillon sont du nombre de ceux
dont les réjouissances ont duré
pendant plusieurs jours, & ont
Réjouissances.
110
eſté des plus vives & des plus
remarquées entre ces particu-
liers. Mr Silvestre, qui a eu
l'honneur de montrer à dessi-
ner à Monseigneur le Duc de
Bourgogne, n a pas moins mar-
qué sa joye, en faisant faire des
feux & distribuer du vin pen-
dant huit jours, à commencer
du jour de la naissance qu nou-
veau Prince. Les Bourgeois du
Cul-de-sac de l'Opera firent
dresser dans leur Cul-de-sac un
Treillage en forme de Portique
sur lequel ils firent attacher
beaucoup de Lamprons, d'où
l'on vit sortir quelques fusées
volantes; quoique cette Fête
fût considerable pour les Bour-
geois qui l'ont fait faire, elle
ne l'étoit pas pour Mr de Fran-
Réjouissances.
III
cine, à qui quelques gens ont
malicieusement voulu l'attri-
buer; ſi elle avoit esté de lui,
il auroit donnè l'Opera gratis
le jour même, ainsi qu'à toû-
jours fait Mr de Lully dans les
grands évenemens, & de même
que les Comediens ont fait,
aussi- tôt qu'ils ont appris la
naissance de Monseigneur le
Duc de Bretagne, ce qu'ils ont
accompagné de grandes illu-
minations, & destout ce que
l'on pouvoit attendre d'eux; au
lieu que dans la Feste du Cul-
de-sac de l'Opera, attribuée à
Mr de Francine, il n'y avoit
rien de ce que l'on devoit at-
tendre de lui, & l'on est per-
suadé qu'un homme qui aime
autant la belle depense & qui
Juillet 1704. 11. P.
K
Réjouissances.
112
se distingue par-la, n'auroit
rien épargné pour ce qui re-
garde la gloire du Roy & de
l'Etat. Il est à croire qu'il a
pris du temps pour se prepa-
rer à quelque chose de grand,
& qu'il veut estre des derniers à
douner des marques de sa joye,
afin que l'idée de sa magnificen-
ce ne soit point effacée dans.
le public par les grandes Fêtes
qui auroient pû suivre la sienne.
J'ay crû lui devoir rendre cette
juſtice, afin de détruire les
bruits que les mal intentionnez-
pour lui ont fait courir, en
disant qu'un homme qui a tiré
de si grandes sommes de l'Ope-
ra par le privilege qu'il a plû
au Roy de lui accorder, n'a
marqué sa reconnoissance que
Réjouissances.
113
par une bagatelle beaucoup au
dessous des Festes qui ont esté
faites par de simples Mar
chands.
Je devois vous patler plûtost
des réjouissances qui ont esté
faites par Mr Fieschi, Nonce
Extraordinaire, il fit mettre six
gros flambeaux de cire blanche
a chaque fenestre de son Hostel,
il donna un magnifique repas,
qui fut accompagne d'un grand
Concert & d'une belle Sym-
phonie. On alluma six feuxen
même temps devant cet Hostel,
& ce Nonce ayant donné par
llà les mêmes marques de joye
qu'il fit éclater à l'exaltation
du Saint Pere qui occupe au-
jourd hui si dignement la Chai-
re de Saint Pierre, ila fait con-
Rejouissances.
1I4.
noistre qu'il regarde le Roy
comme le Fils ainé de l'Eglise
& le premier Monarque du
monde.
Mr le Marquis de Dangeau
a donné également des mar-
ques de sa joye à Versailles &
à Paris. Il fit non seulement
éclairer dedans & dehors l'Hô-
tel qu'il a à la Place Royale,
mais il fit aussi illuminer la fi-
gure Equestre qui est au mi-
lieu de la même Place: il don-
na un somptueux repas, pen-
dant lequel les 24 Violons se
firent entendre ; il fit tirer de
l'artifice pendant toute la soi-
rée, & comme le bruit de cette
Feste avoit attiré beaucoup de
monde, & que la Place Royale
étoit remplie de Carosses, Mr
Réjouissances.
115
le Marquis de Dangeau envoya
des liqueurs & des rafraichisse-
ment à tous ceux qui étoient
dans ces Carosses, & qui rou-
loient dans la Place
Mr de Courcelles, Gentil-
homme servant de Madame la
Duchesse de Bourgogne, qui
loge dans l'Isle Nostre Dame,
se distingua aussi beaucoup; il
fit tirer un feu d'artifice sur
l'eau, au bruit de plusieurs in-
strumens guerriers & d'une
Symphonie plus douce, qui se
firent entendre tour à tour. La
situation du lieu rendit cette
Feſte des plus agreables, où les
lumieres & le vin ne manque-
rent point.
Pendant que les uns buvoient
à la ſanté de la famille Royale,
les autres faisoient des Prieres
116
Réjouissances.
au Ciel pour cette auguste fa-
mille: La Confrerie de Nostre-
Dame de bonne delivrance fit
chanter un Te Deum dans l'E-
glise de S Estienne des Grecs
avec beaucoup de magnifi-
ccence, X une grande Musique.
Les Barnabites dont je vous
ay déja parlé, & qui avoient
des premiers fait éclater leur
Hoye, en firent aussi chanter un
avec beaucoup de solemnité.
Fermer
228
p. 116-130
« Je passe au détail d'une Feste dont la Relation est generalement / Il suffiroit, Monsieur, de vous mander que Monsieur Mansart a [...] »
Début :
Je passe au détail d'une Feste dont la Relation est generalement / Il suffiroit, Monsieur, de vous mander que Monsieur Mansart a [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Je passe au détail d'une Feste dont la Relation est generalement / Il suffiroit, Monsieur, de vous mander que Monsieur Mansart a [...] »
Je passe au détail d'une Feste
dont la Relation est generalement
attendue. Je m'étois pro-
poté d'en faire la description,
& je me faisois un plaisir de
travailler sur cette matiere
mais avant trouvé une Lettre
toute faite, qu un plus habile
homme que moi, & qui entend
Réjouissances.
117
mieux cette matiere, écrivoit
à un de ses amis à Bruxelles,
ie l'ay prié de m'en donner une
copie, il a bien voulu me faire
ce plaisir. Voici cette Lettre.
Il suffiroit, Monsieur, de vous
mander que Monsieur Mansart
a donné une Feste au public, au
sujet de la naissance de Monsei-
gneur le Duc de Bretagne, pour que
vous fussiez persuaede que celte Feste
a esté des plus galantes, des mieux
ordonnées & des plus magnisiques.
Vous connoissez assez son zele pour
le Roy & l'empressement qu'il a de
le marquer en toutes choses, pour
croire qu'il n'a manque à rien, en
cette occasion, pour se distinguer
entre tous les Sujets de Sa Majeste,
qui ont donné des marques de len
Réjovissances.
118
joye pourun si beureux évenement.
Mr Mansart fit le projet de cette
Feste le Lundy. 30. du mois de Juin,
& en fixa le jour au Mercredy 2.
Juillet; vous scavez qu'il n'est pas
moins vif à faire executer ses pro-
jets, que son imagination est prom-
pte à les lui fournir; & quoiqu'on
eust eu peu de temps pour s'y préparer,
tout ne laissa pas de reussir selon ses
intentions, & de maniere que tous
ceux qui ont vu cette Feste, sont
convenus que le gout & l'ordonnance
ont surpassé la dépense, quoiqu'as-
sez considerable. Ce qui mafait
croire que vous ne serez pas faché
de voir la relation que je vous en-
Voye.
Vous connoißer la situation de sa
maison, dont l'aspect du costé du
rempari esttres-beau, l'etenduè de
son
Réjouissances.
119
son jardin qui est borné par le rem-
part, & le grand Bastion qui se
trouve en face de cette maison (c'est
de ce coste que cette charmante Feste
a esté disposee.
La façade qui est tres-ornée
d' Architecture, estoit illuminée de-
puis le haut du comble jusqu'au bas
avec des lamprons de fer-blanc,
attachez sur des tringles de bois qui
marquoient toute la decoration
d'Architecture, ensorte qu'il n'y
avoit point de corps, d'arriere corps,
de refends, de membres de corni-
ches, & de frontons qui ne fussent
marquez, & dessinez tres regulie-
rement par les lumieres. Le Balcon
soutenu de Colonnes qui regne le
long de cette face, étoit pareille-
ment illuminé, & il y avoit six
Lustres de cristal à douxe bougies
Juillet 1704. II. P. L
120 Réjouissances.
chacun, qui pendoient dans le mi-
lieu de chaque intervalle de colon-
nes; les appartemens du dedans de
la maison estoient remplis d'une
infinité de bougies dans des Lustres,
dans des Girandolles , dans des
flambeaux d'argent, & dans des
bras dorez, & on avoit mis au mi-
lieu de chaque croisée de la façade
illuminée, un gueridon de bois dorè,
& dessus une girandolle de cristal
garnie de bougies qui remplißoient
le vuide des croisees, & faisoient
un ties-bel effet avec le reste de
Pillumination.
Le jardin étoit garni de grosses
terrines espacées egalement sur le
haut de tous les murs qui le renfer-
ment. Le fonds opposé à la face de
la maison avoit son illumination
particuliere. La niche du milieu
Réjouissances.
121
dans laquelle est la Statuë en pied
de Sa Majesté, étoit decorée de
lamprons qui marquoient les pi-
lastres, les consoles aux costez, le
chambranle, & les principaux
membres de la corniche en fronton,
qui couronnent cette niche. Le pied
destal de la Statuë étoit garni de
lumieres qui en marquoient la cor-
niche, la base & les tables. Au
dessus de la teste du Roy, dans le
milieu de la niche, pendoit un Lus-
tre de cristal a douze bougies dont
le deßtus formoit une couronne. Les
treillages, & cabinets de verdure
aux deux costez de la niche qui for-
ment la decoration de ce fonds,
estoient pareillement illuminez de
lamprons qui formoient des pilas-
tres à tous les corps, des chambran-
les autour des arcades des cabinets,
Lij
Réjouissances.
122
& qui marquoient une corniche qui
couronnoit tout ce fonds. Au milieu
de chaque porte des cabinets pen-
doit un Lustre de cristal à huit bou-
gies ; & les allées du jardin & le
tour du bassin étoient garnis de
großes terrines espacées entre les va-
ses à fleurs qui le decorent. Le grand
nombre de Dames parèes qui rem-
plißoient le jardin, en augmentoit
le brillant; les unes se promenoient,
les autres assises par troupes sur des
sieges qu'on y avoit mis exprès
consideroient la disposition de la
Feste, & écoutoient les Conceris de
Musique, en sorte que cela parois-
soit plustot un Sallon decoré qu'un
jardin, & servoit d'un aspect
agréable a ceux qui étoient dans
le dedans de la maison.
Toute cette illumination étois
Réjouissanes.
123
soùtenuë & terminée par une autie
tres. magnifique qui estoit en dehors
sur le rémpart, joignant le mut qui
borne le jardin. Vous scavez que ce
jardin est beaucoup plus bas que
le rempart, & que le mur du bout
par le costé dudit rempart n'a que
six pieds de haut. Tout ce mur étoit
peint en dehors d'une decoration de
marbre ornèe de corps, de tables &
de pilastres, & couronné d'une cor-
niche; sur l'avant corps du milien
estoient les Armes du Roy, soute-
nues par deux Anges, & sur tous les
pilastres estoient des vases couplez.
Toute la corniche du baut de ce mur
estoit garnie de terrines, de feux
d'artifices & de lances à feu. Sur le
haut des vases estoient de grosses
lumieres qui formoient des especes
de torcheres. A chaque bout de cetie
Lii
Réjouissances.
124
decoration estoit un morceau d'Av-
chitecture de trois colonnes posees sur
un piédestal triangulaire par son
plan. Ces colonnes porioient une
architrave, frise & corniche for-
mant le même plan; & au dessus
estoit une piramide de quinze pieds
de haut, sur l'amortissement de la-
quelle estoit un vase jettant une
grande flamme. Ces deux morceaux
d'Architecture estoient placez de
maniere que toute l'illumination de
la maison paroissoit entre deux. Les
colonnes, les corniches, & les pié-
destaux estoient peints en marbre
& estoient illuminez aussi-bien que
les piramides d'une tres-grande
quantitè de lamprons & de terri-
nes, marquant l'Architecture, &
mème la forme des colonnes torses.
Sous le plafonds de ces trois colon-
Réjouissances. 125
nes pendoit une fleur de lis à jour,
& à trois faces, remplie de lumieres
qui formoient une maniere de Lus-
tre, & au bas entre les bases estoit
une estoille illuminée Il n'y avoit
point de plus beau coup d'œil ny
mieux entendu que celui que le
tout ensemble offroit, tant du costé
du rampart que du dedans de la
maison. Sous les piédestaux qui
portoient ces colonnes, estoient des
pieces de vin qui couloient continuel-
lement par des robinets faits ex-
prés.
Sur le milieu du bastion, en face
de la maison, estoit un parc de
quinze toises en quarrè, renfermè
d'une barriere , où estoit arrange
tout l'artifice qui composoit le feu.
Au tour de ce parc & le long des
faces du bastion on avoit rangé deux
L iii
126
Réjouissances.
cens boëtes qui devoient tifer avant
le feu. Voila nostre disposition, qui
je croy, vous plaira tres-fort, comme
elle a plu à tout le monde. Le lien
estant grand & spacieux pour les
pectateurs; car vous connoissez la
grandeur du bastion qui est en face
de cette maison, & les avenuës du
rempart qui y aboutissent; aussi ce
lieu estoit- il rempli de plus de deux
mille Carosses, & d'un peuple in-
fini; tout estoit plein jusques dans
les maisons du Fauxbourg qui sont
vis-à-vis, cependant il n'y a pas
eu le moindre defordre, à cause de
l'etendue de la Place, & des diffe-
rens Corps de gardes qui estoient
disposez par tout, pour conserver
l'ordre & la tranquillité.
La Feste commença par les Trom-
pettes & les Timballes qui estoient
Réjouissances.
125
placez sur un des balcons de l'ap-
partement de Mr Mansart, aus-
quelles repondoient des Hautbois
qui estoient daus l'autre balcon à
costé, & qui se faisoient entendre à
tous les spectateurs qui estoient sur
le rempart. Mr Philidor conduisoit
cette Musique qui estoit composée de
toul ce que le Roy a de meilleur,
En bas dans le jardin, estoit un
Chœeur de vingt instrumens de l'O-
pera, qui jouoient dans les temps
que ceux des balcons se reposoient,
& se mestoient quelque fois avec
eux. L'illumination commençaà
buit heures & demie, & quoiqu'il
y eust plus de dix mille lamprons
& terrines, elle ne fut pas une de-
mie heure à allumer. Il y avoit
une nombreuse compagnie dans la
maison, qui avoit esté priée a sou-
Réjouissances.
128
per. On y servit deux tables de 10.
couvers chacune, qui avoient esté
preparées dans le grand sallon de
l'appartement bas, aurés de chaus-
see du jardin.
Pendant le souper les instrumens
joierent, & l'on avoit ordonné à
ceux qui gardoient de laisser entrer
toutes les personues de distinction; &
comme la Salle où l'on mangeoit
servoit de passage au jardin, on
voyoit une foule continuelle de gens
qui passoient entre les deux tables
pour aller au jardin, & d'auires
qui montoient dans les apparte-
mens qui estoient ouverts; de ma-
niere que la maison estoit pleine
sans confusion, y ayant une bonne
Garde à la porte, & des Suisses à
toutes les portes des appartemens,
pour empècher le menu peuple d'en-
srer.
Réjouissances.
129
Al'ißue du souper, on donna le
fignal à ceux qui devoient titer pour
le feu ; il fut precedé de 200 boëtes
& de 60 fusées volantes toutes
tres-belles. L'artifice dura prés
d'une heure & fit des effets admira-
bles & tres-singuliers, à cause de la
quantité de pots & de balons de
feu, & de grosses fusees qui rem-
plißoient l'air & faisoient un com-
bat continuel.
Le feu estant achevé de tirer, on
commença le Bal dans la maison,
qui dura jusqu'à trois heures du
matin, & pendani lequel on ser-
vit une collation magnisique, & des
rafraîchissemens à tous ceux qui
entrerent.
Joubliois de vous dire que dans
la baße-cour, l'on avoit fait un
hangard, où l'on avoit servi deux
130 Réjovissances.
tables, où plus de quatre-vingt
personnes mangerent, & qu'on y
avoit defoncè six pieces de vin qui
servirent à desalterer ceux que le
feu de l'illumination avoit trop
échauffez se suis persuadé que vous
serez tres-content de cette Feste qui
a estè aussi magnifique que galante,
& qui a fait un honneur infini à
Mr Mansart.
dont la Relation est generalement
attendue. Je m'étois pro-
poté d'en faire la description,
& je me faisois un plaisir de
travailler sur cette matiere
mais avant trouvé une Lettre
toute faite, qu un plus habile
homme que moi, & qui entend
Réjouissances.
117
mieux cette matiere, écrivoit
à un de ses amis à Bruxelles,
ie l'ay prié de m'en donner une
copie, il a bien voulu me faire
ce plaisir. Voici cette Lettre.
Il suffiroit, Monsieur, de vous
mander que Monsieur Mansart
a donné une Feste au public, au
sujet de la naissance de Monsei-
gneur le Duc de Bretagne, pour que
vous fussiez persuaede que celte Feste
a esté des plus galantes, des mieux
ordonnées & des plus magnisiques.
Vous connoissez assez son zele pour
le Roy & l'empressement qu'il a de
le marquer en toutes choses, pour
croire qu'il n'a manque à rien, en
cette occasion, pour se distinguer
entre tous les Sujets de Sa Majeste,
qui ont donné des marques de len
Réjovissances.
118
joye pourun si beureux évenement.
Mr Mansart fit le projet de cette
Feste le Lundy. 30. du mois de Juin,
& en fixa le jour au Mercredy 2.
Juillet; vous scavez qu'il n'est pas
moins vif à faire executer ses pro-
jets, que son imagination est prom-
pte à les lui fournir; & quoiqu'on
eust eu peu de temps pour s'y préparer,
tout ne laissa pas de reussir selon ses
intentions, & de maniere que tous
ceux qui ont vu cette Feste, sont
convenus que le gout & l'ordonnance
ont surpassé la dépense, quoiqu'as-
sez considerable. Ce qui mafait
croire que vous ne serez pas faché
de voir la relation que je vous en-
Voye.
Vous connoißer la situation de sa
maison, dont l'aspect du costé du
rempari esttres-beau, l'etenduè de
son
Réjouissances.
119
son jardin qui est borné par le rem-
part, & le grand Bastion qui se
trouve en face de cette maison (c'est
de ce coste que cette charmante Feste
a esté disposee.
La façade qui est tres-ornée
d' Architecture, estoit illuminée de-
puis le haut du comble jusqu'au bas
avec des lamprons de fer-blanc,
attachez sur des tringles de bois qui
marquoient toute la decoration
d'Architecture, ensorte qu'il n'y
avoit point de corps, d'arriere corps,
de refends, de membres de corni-
ches, & de frontons qui ne fussent
marquez, & dessinez tres regulie-
rement par les lumieres. Le Balcon
soutenu de Colonnes qui regne le
long de cette face, étoit pareille-
ment illuminé, & il y avoit six
Lustres de cristal à douxe bougies
Juillet 1704. II. P. L
120 Réjouissances.
chacun, qui pendoient dans le mi-
lieu de chaque intervalle de colon-
nes; les appartemens du dedans de
la maison estoient remplis d'une
infinité de bougies dans des Lustres,
dans des Girandolles , dans des
flambeaux d'argent, & dans des
bras dorez, & on avoit mis au mi-
lieu de chaque croisée de la façade
illuminée, un gueridon de bois dorè,
& dessus une girandolle de cristal
garnie de bougies qui remplißoient
le vuide des croisees, & faisoient
un ties-bel effet avec le reste de
Pillumination.
Le jardin étoit garni de grosses
terrines espacées egalement sur le
haut de tous les murs qui le renfer-
ment. Le fonds opposé à la face de
la maison avoit son illumination
particuliere. La niche du milieu
Réjouissances.
121
dans laquelle est la Statuë en pied
de Sa Majesté, étoit decorée de
lamprons qui marquoient les pi-
lastres, les consoles aux costez, le
chambranle, & les principaux
membres de la corniche en fronton,
qui couronnent cette niche. Le pied
destal de la Statuë étoit garni de
lumieres qui en marquoient la cor-
niche, la base & les tables. Au
dessus de la teste du Roy, dans le
milieu de la niche, pendoit un Lus-
tre de cristal a douze bougies dont
le deßtus formoit une couronne. Les
treillages, & cabinets de verdure
aux deux costez de la niche qui for-
ment la decoration de ce fonds,
estoient pareillement illuminez de
lamprons qui formoient des pilas-
tres à tous les corps, des chambran-
les autour des arcades des cabinets,
Lij
Réjouissances.
122
& qui marquoient une corniche qui
couronnoit tout ce fonds. Au milieu
de chaque porte des cabinets pen-
doit un Lustre de cristal à huit bou-
gies ; & les allées du jardin & le
tour du bassin étoient garnis de
großes terrines espacées entre les va-
ses à fleurs qui le decorent. Le grand
nombre de Dames parèes qui rem-
plißoient le jardin, en augmentoit
le brillant; les unes se promenoient,
les autres assises par troupes sur des
sieges qu'on y avoit mis exprès
consideroient la disposition de la
Feste, & écoutoient les Conceris de
Musique, en sorte que cela parois-
soit plustot un Sallon decoré qu'un
jardin, & servoit d'un aspect
agréable a ceux qui étoient dans
le dedans de la maison.
Toute cette illumination étois
Réjouissanes.
123
soùtenuë & terminée par une autie
tres. magnifique qui estoit en dehors
sur le rémpart, joignant le mut qui
borne le jardin. Vous scavez que ce
jardin est beaucoup plus bas que
le rempart, & que le mur du bout
par le costé dudit rempart n'a que
six pieds de haut. Tout ce mur étoit
peint en dehors d'une decoration de
marbre ornèe de corps, de tables &
de pilastres, & couronné d'une cor-
niche; sur l'avant corps du milien
estoient les Armes du Roy, soute-
nues par deux Anges, & sur tous les
pilastres estoient des vases couplez.
Toute la corniche du baut de ce mur
estoit garnie de terrines, de feux
d'artifices & de lances à feu. Sur le
haut des vases estoient de grosses
lumieres qui formoient des especes
de torcheres. A chaque bout de cetie
Lii
Réjouissances.
124
decoration estoit un morceau d'Av-
chitecture de trois colonnes posees sur
un piédestal triangulaire par son
plan. Ces colonnes porioient une
architrave, frise & corniche for-
mant le même plan; & au dessus
estoit une piramide de quinze pieds
de haut, sur l'amortissement de la-
quelle estoit un vase jettant une
grande flamme. Ces deux morceaux
d'Architecture estoient placez de
maniere que toute l'illumination de
la maison paroissoit entre deux. Les
colonnes, les corniches, & les pié-
destaux estoient peints en marbre
& estoient illuminez aussi-bien que
les piramides d'une tres-grande
quantitè de lamprons & de terri-
nes, marquant l'Architecture, &
mème la forme des colonnes torses.
Sous le plafonds de ces trois colon-
Réjouissances. 125
nes pendoit une fleur de lis à jour,
& à trois faces, remplie de lumieres
qui formoient une maniere de Lus-
tre, & au bas entre les bases estoit
une estoille illuminée Il n'y avoit
point de plus beau coup d'œil ny
mieux entendu que celui que le
tout ensemble offroit, tant du costé
du rampart que du dedans de la
maison. Sous les piédestaux qui
portoient ces colonnes, estoient des
pieces de vin qui couloient continuel-
lement par des robinets faits ex-
prés.
Sur le milieu du bastion, en face
de la maison, estoit un parc de
quinze toises en quarrè, renfermè
d'une barriere , où estoit arrange
tout l'artifice qui composoit le feu.
Au tour de ce parc & le long des
faces du bastion on avoit rangé deux
L iii
126
Réjouissances.
cens boëtes qui devoient tifer avant
le feu. Voila nostre disposition, qui
je croy, vous plaira tres-fort, comme
elle a plu à tout le monde. Le lien
estant grand & spacieux pour les
pectateurs; car vous connoissez la
grandeur du bastion qui est en face
de cette maison, & les avenuës du
rempart qui y aboutissent; aussi ce
lieu estoit- il rempli de plus de deux
mille Carosses, & d'un peuple in-
fini; tout estoit plein jusques dans
les maisons du Fauxbourg qui sont
vis-à-vis, cependant il n'y a pas
eu le moindre defordre, à cause de
l'etendue de la Place, & des diffe-
rens Corps de gardes qui estoient
disposez par tout, pour conserver
l'ordre & la tranquillité.
La Feste commença par les Trom-
pettes & les Timballes qui estoient
Réjouissances.
125
placez sur un des balcons de l'ap-
partement de Mr Mansart, aus-
quelles repondoient des Hautbois
qui estoient daus l'autre balcon à
costé, & qui se faisoient entendre à
tous les spectateurs qui estoient sur
le rempart. Mr Philidor conduisoit
cette Musique qui estoit composée de
toul ce que le Roy a de meilleur,
En bas dans le jardin, estoit un
Chœeur de vingt instrumens de l'O-
pera, qui jouoient dans les temps
que ceux des balcons se reposoient,
& se mestoient quelque fois avec
eux. L'illumination commençaà
buit heures & demie, & quoiqu'il
y eust plus de dix mille lamprons
& terrines, elle ne fut pas une de-
mie heure à allumer. Il y avoit
une nombreuse compagnie dans la
maison, qui avoit esté priée a sou-
Réjouissances.
128
per. On y servit deux tables de 10.
couvers chacune, qui avoient esté
preparées dans le grand sallon de
l'appartement bas, aurés de chaus-
see du jardin.
Pendant le souper les instrumens
joierent, & l'on avoit ordonné à
ceux qui gardoient de laisser entrer
toutes les personues de distinction; &
comme la Salle où l'on mangeoit
servoit de passage au jardin, on
voyoit une foule continuelle de gens
qui passoient entre les deux tables
pour aller au jardin, & d'auires
qui montoient dans les apparte-
mens qui estoient ouverts; de ma-
niere que la maison estoit pleine
sans confusion, y ayant une bonne
Garde à la porte, & des Suisses à
toutes les portes des appartemens,
pour empècher le menu peuple d'en-
srer.
Réjouissances.
129
Al'ißue du souper, on donna le
fignal à ceux qui devoient titer pour
le feu ; il fut precedé de 200 boëtes
& de 60 fusées volantes toutes
tres-belles. L'artifice dura prés
d'une heure & fit des effets admira-
bles & tres-singuliers, à cause de la
quantité de pots & de balons de
feu, & de grosses fusees qui rem-
plißoient l'air & faisoient un com-
bat continuel.
Le feu estant achevé de tirer, on
commença le Bal dans la maison,
qui dura jusqu'à trois heures du
matin, & pendani lequel on ser-
vit une collation magnisique, & des
rafraîchissemens à tous ceux qui
entrerent.
Joubliois de vous dire que dans
la baße-cour, l'on avoit fait un
hangard, où l'on avoit servi deux
130 Réjovissances.
tables, où plus de quatre-vingt
personnes mangerent, & qu'on y
avoit defoncè six pieces de vin qui
servirent à desalterer ceux que le
feu de l'illumination avoit trop
échauffez se suis persuadé que vous
serez tres-content de cette Feste qui
a estè aussi magnifique que galante,
& qui a fait un honneur infini à
Mr Mansart.
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229
p. 130-190
« Je vous ay parlé de la premiere Feste de Mr Lhuillier ; [...] »
Début :
Je vous ay parlé de la premiere Feste de Mr Lhuillier ; [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Je vous ay parlé de la premiere Feste de Mr Lhuillier ; [...] »
Je vous ay parlé de la premiere
Feste de Mr Lhuillier ;
il donna la seconde le 5. de
Juillet. La construction de sa
Maison située au milieu de la
Place de Louis le Grand, à
main gauche en entrant par la
ruë Saint Honoré, fournit une
disposition avantageuse pour
une illumination magnifique;
Réjouissances.
131
elle a quatre étages dont cha-
cun à huit croisées; l'avant-
corps du milieu est orné de huit
colonnes d'ordre Corinthien,
avec les plaintes, les frises, les
architraves, les corniches, &
l'entablement surmonté d'un
fronton, sur lequel sont cou-
chées deux figures, à droite &
à gauche, qui representent &
embrassent les armes de Sa Ma-
jesté qui sont dans le fronton.
Cette ordonnance & cette Ar-
chitecture estoient suivies &
marquées en illumination de-
puis le bas jusqu'au haut, dans
toute leur étenduë, & faisoient
un effet qu'on ne peut décrire.
Un Soleil rayonnant au dessus
de ce fronton brilloit avec plus
d'éclat encote, & paroissoit
Réjouissances.
132
tourner dans sa Sphere, tan-
tost en s'éloignant, tantost en
s'approchant de l'horison. Tou-
tes ces lumieres se répandoient
dans la place où elles sem-
bloient rappeller le jour, &
faisoient voir distinctement la
Statuë Equestre de Sa Majesté,
qu'on y a élevée en bronze sur
un piédestal de marbre blanc.
La porte de la maison ayant
eſté ouverte, laiſſa voir la cour
éclairée d'une infinité de flam-
beaux; la grille qui separe le
jardin étoit imitée en illumi-
nation, & du milieu il s'élevoit
une piramide de lumieres, qui
portoit une face de Soleil.
Pendant que le public étoit
occupé avec admiration par ce
spectacle pompeux, que le vin
Réjovissances.
132
& d'autres rafraschissemens se
distribuoient dans la Place,
aux fanfares des Trompettes;
une Assemblée nombreuse de
personnes de la premiere qua-
lité estoit divertie par des Vio-
lons & des Hautbois dans les
appartemens de la maison,
éclairez de quantité de lustres,
dont les lumieres se communi-
quoient à la Place & se joi-
gnoient en perspective, à l'il-
lumination du dehors.
Cette Assemblée se parta-
geoit sans affectation & sans
contrainte entre la danse & la
conversation dont la grandeur
du Roy, la suite de la Maison
Royale, l'état du Heros nais-
sant & le bonheur de la Monar-
chie, fournissoient un sujet
inépuisable, & interessant.
134. Réjouissances.
Une collation aussi galante
que magnifique étoit dressée
au pourtour d'une des princi-
pales pieces du logis, sur des
tables & sur des gradins entre-
mêlez d'Orangers; les gradins
étoient garnis de jattes de por
celaines remplies de toutes for-
tes de fruits & de corbeilles
d'argent chargées de confitures
les plus exquises; les tables
étoient couvertes de soucou-
pes, de caraffes & de toutes les
liqueurs & de toutes les glaces
qu'on peut s'imaginer, ces ta
bles & ces gradins étant ornez
de girandoles & de fleurs dans
les intervalles; en sorte que
tout cet arrangement, dans une
symmetrie reguliere, formoit
une superbe décoration pour la
3
Réjouissance.
vûë, tandis qu'il offroit au
goût de quoi se satisfaire,
Chacun alloit choifir ce qui
étoit du sien, & n'avoit qu'à
passer d'une chambre dans une
autre , pour partager tour à
tour ces plaisirs differens; les
Cavaliers détachoient les fleurs
des Orangers, & les semoient
aux pieds des Dames qu'ils se
faisoient un merite de servir à
l'envy.
On ne s'étoit point attendu
à un feu d'artifice ; il n'y en
avoit point de dressé dans la
Place ; on en vit partir tout à
coup une aussi grande quantité
de fusées volantes, de saucis-
sons, de lances & de pots à feu,
que s'ils étoient sortis de terre;
en sorte que la surprise en aug
Juillet 1704. II. P. M
136
Réjouissances.
menta le plaisir; le bruit des
Timballes & Trompettes se
joignit à celuy de l'artifice pour
terminer cette galante Feste.
Les Communautez les plus re-
gulieres n'ont rien oubliees de ce
qui peut faire éclater leur zele
pour la gloire d'un Monarque,
qui les honore de sa bienveil-
lance & de sa protection; les
Capucins entr autres ont fait
plus qu'on ne devoit attendre
d'eux. Mais l'affection & l'esti-
me des Peuples leur est une res-
source dans les occasions, où ils
trouvent ce qui leur manque
d'ailleurs. Ils ont fait des feux
& des illuminations dans toutes
leurs Maisons & sur tout dans
leur premier Convent situé dans
la ruë S. Honoré. Il s'y est fait
Réjovissances.
13
une Feste dont le détail vous
fera plaisir. Voicy comment
elle s'eſt paſsée.
Le Mardii Juillet une Com-
pagnie des Gardes Suisses, &
une Compagnie des Archers du
Guet, furent postées aux ave-
nues du Convent pour empê-
cher le defordre. Sur les huit
heures du soir la Cour fut illu-
minée dedans & dehors, par
deux cens fanaux, qui firent
découvrir un édifice, dont la
face estoit composée de six
grands Pilastres, d'ordre Corin-
thien, qui imitoient le marbre
jaspé, sur un arriere-corps de
marbre noir & blanc; les cha-
piteaux & les ambases étoient
dorez; les piédestaux, les cor-
niches, les frises, & les archi-
Mi
138
Réjouissances.
traves, estoient surmontez d'u-
ne balustrade de deux pieds de
haut, le tout paroissant d'un
tres beau marbre; Les six Pi-
lastres accouplez partageoient
deux grandes niches, formées
de matiere diaphane, éclairées
par derriere & ornées chacune
de trois festons avec leurs pen-
dans, dorez & posez en guir-
lande. Sur cet édifice, à la par-
tie superieure, paroissoit la fi-
gure du Roy sous un Dais assez
riche accompagné de quatre
grands écussons remplis de dé-
vises, scavoir. De France, Dau-
phiné, Bourgogne, & Bretagne.
Qui marquoient les quatre
generations. A la droite de S.
M. paroissoit un Ange qui des-
cendoit du Ciel, & tenoit en-
Réjouissances.
9
tre ses mains le jeune Prince
qu'il presentoit à la France, en
disant ces paroles.
ECCE SIC BENEDICETUR
HOMO QUI TIMET Do-
MINUM.
C'est ainsi que sera comblé de
benedictions l'homme qui craini le
Seigneur.
VIDEBIT SEMEN LON-
GAEVUM.
Il verra une longue posterite.
On voyoit à la gauche du
Roy, la France à genoux tour-
née de son coſté, les yeux au
Ciel, étendant les bras pour
recevoir l'Enfant, & qui rendoit
à Dieu des actions de graces.
Réjouissances.
140
DESIDERIUM CORDIS
EJUS, TRIBUISTI EI DO-
MINE.
Je vous remertie grand Dieu qui
avez rempli le desir de son cœeur.
Au milieu eſtoit placée l'E-
glise, la Croix à la main, don-
nant au Prince nouveau né des
benedictions.
BENEDICAT TIBI DOMINUS
EX SION; VIDEAS BONA
JERUSALEM OMNIBUS
DIEBUS VITAE TUAE; ET
VIDEAS FILIOS FILIO-
RUM TUORUM, PACEM su-
PER ISRAEL?
Que le Seigneur vous benisse, de
Rejouissances.
141
la Sainte Sion, Royal Enfant?
Que vous ne perdiez jamais de
veuè les biens de la Jerusalem Ce-
leste. Que vous voyez les Enfans
de vos Enfans, jouissans d'une paix
solide en tout Ifrael.
SERVIANT TIBI POPULI
ADORENT TE TKIBUS.
Que les Peuples vous soient soù-
mis; que les Provinces vous respe-
ctent.
La Renommée un peu élevée
terminoit le grouppe & embou-
choit sa Trompette d'où sor-
toient ces paroles.
NON RECEDET MEMORIA
EJUS ET NOMEN EJUS RE-
142 Réjovissances.
QUIRETUR A GENERATIO-
NEIN GENERATIONEM.
Sa memoire ne tombera jamais
dans l'oubli, & son nom se trans-
mettra avec gloite de generation en
generation.
Ou bien ces paroles.
GENERATIONEM EJUS
QUIS ENARRABIT!
Qui pourra dignement louer la
noblesse de son sang, raconter le
nombre de ses Neveux!
On voyoit au bas dans les ni-
ches de la face, deux grandes
Statuës sur des piédestaux, re-
presentant des Sibilles qui pro-
nonçoient
Réjouissances.
143
nonçoient sur la destinée du
nouveau Prince, ces oracles
écrits sur des tables qu'elles te-
noient en leurs mains.
QUIS PUTAS PUER ISTE RITE
Qui pensez, vous qui sera cet En-
fant:
Une autre Sibille répond.
REX MAGNUS SUPER TER-
RAM.
Il sera un giand Roy sur la
Tewre.
La premiere replique.
DOMINABITUR AMARI
USQUE AD MARE.
Juillet 1704. II. P.
N
2
Rejouissances.
144
Sa domination s'étendra d'une
mer à l'autre.
La seconde ajoûtant à cela,
dit ces paroles.
INIMICI EjuS TERRAM LIN-
GENT.
Ses ennemis seront humiliez jus-
qu'à baiser la terre.
Tout cela ſe pouvoit lire ai-
sément au moyen de cinq cens
lampes qui estoient posées avec
un art tout-à-fait ingenieux;
sur cet édifice.
A huit heures & demie, le
bruit de quarante boëtes, qui
tirerent trois fois pendant la
Réjouissances.
145
Ceremonie, donna le signal à
la Communauté, qui fortit de
l'Eglise en rang; au nombre de
cent Religieux. Le R. P. Pro
vincial à la teste, en Aube &
en Etole, benit le feu de bois qui
fut allumé au bruit de la Mous-
queterie, & des Tambours,
d'un coſté par le R. P. Provin-
cial, & de l'autre parMr leMar-
quis d'Argenson Sindic de leur
Ordre; ensuite le Te Deum fut
chanté par les Capucins d'un
ton uni, mais grave & modeste
qui imposoit & le respect & le
silence. Les Oraisons finies, une
salve de Mousqueterie, aver-
tit une symphonie de Violons,
de Hautbois, de Timballes, &
de Trompettes, qui alternati-
vement & sans intervalle joue-
Réjouissances.
146
rent & charmerent toute l'as-
semblée, pendant une heure &
demie que dura l'artifice, qui
reussit parfaitement bien. Ce
qu'il y eut de surprenant, est
que dans un concours tres- nom-
breux de personnes de toutes
sortes d'Etats, que la nouveau-
té du spectacle avoit attirées de
toutes parts, rien n'ait jamais
esté executé avec une plus bel-
le ordonnance & plus de mo-
destie, que l'a esté cette feste,
qui fut generalement aplaudie
& dont le bon ordre fut fort
loué, ainsi que l'invention & le
genie de celui qui a imaginé
toutes les choses qui ont rendu
cette ceremonie une de plus
éclatantes.
Le même jour, Mr de la Lan-
147
Rejouissances.
de, Valet de Garderobe du Roy,
qui a une fort belle Maison &
fort haute, vis à vis de ce Con-
vent, voulant prendre part à la
Feste de ces bons Peres, & con-
tribuer en quelque façon à l'em-
bellir, fit illuminer toute sa
Maison de la maniere du monde
la plus brillante; & comme
elle est aisée à décorer de lu-
mieres, à cause de la beauté de
son architecture, rien ne faisoit
un plus bel effet que cette illu-
mination, qui estoit surmontée
d'un Soleil composé de lumie-
res vives & placé au dessus de
la terrasse.
Les Capucins du Marais don-
nerent en même-temps, des
marques de la joyequ'ils avoient
du nouveau bonheur arrivé à la
N ilj
148 Réjouissances.
France. Toute la face du Por-
tail de leur Eglise estoit tapis-
sée; il y avoit un Dais dans le
milieu, au dessous duquel on
avoit placé le Portrait du Roy,
environné d'un grand nombre
de lumieres; toute leur cour en
en estoit remplie, & l'on avoit
dreſſé au milieu un feu dans les
formes, puisqu'il avoit quatre
pilliers. Il y avoit dans la ruë,
vis-à vis de la porte du même
Convent, un gros feu de bois
& des lumieres à toutes les fe-
nêtres des Cellules des Reli-
gieux. Le tout estant dans cet
estat on alla prendre Mr le Ca-
mus, premier President de la
Cour des Aydes, & l'un des
bienfaicteurs de ce Convent;
les Timballes, les Trompettes,
149
Réjouissances.
les Violons & les Hautbois,
allerent au devant de luy, &
l'accompagnerent jusqu'au lieu
où le bûcher estoit dressé. Les
R. R. P. P. Capucins s'y ren-
dirent aussi en Procession cha-
cun, ayant un Cierge à la main
& aprés les prieres accoûtu-
mées en semblables occasions,
le R. P. Gardien en Aube &
en Etole, mit le feu à l'un des
côtez du bûcher, pendant que
Mr le President le Camus le
mit à l'autre ; le Te Deum
fut ensuite chanté, aprés le-
quel Mr le President le Camus
fut conduit au Dortoir de de-
hors pour y voir le feu d'artifi-
ce, qui fut tiré au bruit de tous
les instrumens, dont j'ay déja
parlé, & au bruit d'un grand
N ilij
Réjouissances.
150
nombre de Boëtes placées dans
le Jardin des Capucins, qui ti-
rerent plusieurs fois dans la
journée. Toutes les personnes
de distinction du Quartier firent
de grandes illuminations pour
donner plus d'éclat à cette Fê-
te, & particulierement Mr Du-
buisson, Intendant des Finan-
ces dont tout le logis fut illu-
miné avec des lumieres vives,
& qui suivoient l'Architecture.
Le 6. Juillet les Celestins fi-
rent chanter dans leur Eglise,
un Te Deum en musique de la
composition de Mr Paulin Be-
neficier de Nôtre-Dame, & les
mêmes Religieux firent le soir
un tres- beau feu d'artifice &
de grandes illuminations.
On fit le septième une gran-
Réjouissances.
151
de Feſte au College Mazarin,
vulgairement appellé le College
des quatre Nations. Je dois vous
dire avant que de vous parler
de cette Feste, que ce College
a l'honneur d'estre particulie-
rement au Roy; S. M. ayant or-
donné par ses Lettres Patentes
qu'il fut censé de Fondation
Royalle, comme faite par le
Roy même, qui en effet nom-
me les Pensionnaires Gentil-
hommes nez des quatre Nations,
où le Roy a fait des Conquestes;
tous les Pensionnaires de ces
quatre Nations estant obligez
de faire preuve de Noblesse,
pour y estre reçus. Mr l'Abbe
de Bosquein, Docteur de Sor-
bonne, & Grand Maître de ce
College, voulant donner des
Réjouissances.
152
marques publiques de la part
qu'il prend à tout ce qui regar-
de la gloire du Roy, le bonheur
de S. M. de toute la Famille
Royalle, & de l'Etat, à l'occa-
sion de la naissance de Monsei-
gneur le Duc de Bretagne, se
chargea personnellement des
soins & de la dépense pour tout
ce qui pouvoit servir à donner
au Public d'éclatantes marques
de la joye singuliere de ce Col-
lege, qui ne le cedoit en rien
à la joye generale. Ce zelé
Grand Maître, ayant fait pré-
parer toutes choses pour l'exe-
cution de ses desseins, destina
toute la matinée du sept de Juil-
let, pour rendre graces à Dieu
des benedictions, dont il com-
ble le Roy par la naiſſance du
Réjouissances.
15
Prince nouveau né, troisiéme
heritier vivant de la Couronne
de pere en pere.
La premiere action de graces
fut de distribuer de l'argent à
plus de deux cent pauvres de
la Paroisse de S. Sulpice, ran-
gez dans la grande cour du Col-
lege, ainsi qu'à plusieurs au-
tres personnes des deux sexes.
La Messe fut ensuite solem-
nellement celebrée par ce grand
Maître, & chantée par une
nombreuse & excellente musi-
que, accompagnée d'une gran-
de symphonie. Tous les Eccle-
siastiques, Officiers, Professeurs
& Maîtres du College for-
moient le Chœur. Les Pension-
naires & les quinze cens Eco-
liers externes assisterent à cette
Réjouissances.
154
Messe, ainsi que plusieurs autres
personnes de toutes conditions,
de sorte que la magnifique Egli-
se de ce College en fût toute
remplie.
Le Te Deum & les Prieres
pour le Roy furent chantées par
la même musique. On peut dire
que la multitude qui se trouva
dans cette Eglise, y fut attirée
par l'amour que le Peuple a
pour le Roy & pour la Famille
Royale, & qu'elle y fut aussi
invitée par un grand Tableau
qu'on avoit élevé à la porte de
l'Eglise, dans lequel on lisoit
l'inscription suivante qui fut
trouvée de bon goût.
Réjouissances.
155
D. O. M.
OB NATUM
LUDOVICOMAGNO,
REGUM
In multa sacula parenti,
prone potem
ARMORICAE DUCEM,
GRATIAS AGIT COL.
MAZAR.
Aprés ces Ceremonies de pie-
té, on tira cent grosses Boëtes,
qui estoient placées sur le bord
de la riviere, vis-à vis le Lou-
re, & une symphonie de Trom-
Réjouissances.
156
& de
pettes, de Timballes
Hautbois se fit entendre pen-
dant une heure dans la Place
du College.
L'illumination, qui parut le
soir, estoit formée en menuise-
rie suivant l'architecture des ar-
cades, premiere corniche, pi-
lastres, seconde corniche &
la balustrade avec les piédes-
taux, la corniche & fronton
du portail, le tout regnant jus-
qu'aux gros pavillons; de ma-
niere que tout s'estant trouvé
allumé, sur les neuf heures du
soir, aprés une décharge de cent
Boëtes, on vit dans toute l'é-
tenduë de la Place-une premie-
re ligne de lumieres pressées,
& formée en arcade; une se-
conde sur la grosse corniche;
Réjovissances.
2
les 24. principales fenestres,
ornées chacune de deux gi-
randoles de cristal, garnies de
bougies par les soins de ceux
qui occupent ces logemens.
Monsieur le Prince Frederic
d'Auvergne & Monsieur le Fé-
vre grand Audiencier de France
occupent la plus grande partie
de ces appartemens. Les lumie-
res des pilastres entre chaque
fenestre, de leurs bases, corps
& chapiteaux suivoient l'Ar-
chitecture. Il y avoit au dessus
de chacun une maniere d'étoille
où figure de Solcil. On voyoit
à la seconde corniche une sem-
blable ligne de lumieres, & en-
fin une quatrième sur la balu-
ſtrade, ſéparée par de gros pots
à feu, placez sur chaque pié-
destal.
Réjouissances.
158
Il y avoit sur le cadran du
Portail un Soleil de lumieres, &
l'on avoit élevé au dessus des
pieces de charpenterie, avan-
cées hors du Portail, au milieu
de toutes, une grande inscri-
ption de lettres de quatre pieds
de hauteur, formées de lam-
prons des plus lumineux. Cette
inscription contenoit ces mots.
REGI PROAVO.
Tous ce ſpectale étoit sur-
monté par l'illumination du
Dôme, formée par cent pieces
de verre qui renfermoient cha-
cune six lumieres fort vives, &
qui étoient placées tout au tour
de la grosse corniche.
La balustrade du haut étoit
159
Réjouissances.
illuminée de gros feux qui sor-
toient de plusieurs vases de fer,
& enfin on voyoit à la derniere
& plus élevée partie du Dôme
huit pieces plus transparentes
que le verre, & que les lumie-
res vives qu'elles renfermoient,
rendoient fort éclatantes.
On entendit tant que l'illu-
mination dura, les trompettes,
les timballes & les hautbois.
Pendant ce temps on fit une
décharge de cent boëtes, & on
tira du Dôme des fusées vo-
lantes qui faisoient un bel effet.
Il y avoit dans la place du
College & particulierement
sur le Quay du Louvre une mul-
titude incroyable de Carosses,
& tous les Quays & les bat-
teaux étoient remplis de monde.
suillet 1704. II. P.
160
Réjouissances.
L'illumination consistoit en
six mille tant lampes que pots à
feu & autres lumières.
Plusieurs Colleges de l'Uni-
versité ont aussi donné des mar-
ques de leur joye. A peine la
nouvelle de la naissance de
Monseigneur le Duc de Bre-
tagne fut-elle devenue publi-
que, que Messieurs les Grand-
Maistre, Proviseur & Princi-
paux du College Royal de Na-
varre formerent le dessein d'en
rendre graces à Dieu par un
Te Deum, & d'en témoigner
leur joye par des réjouissances
publiques. Le lendemain, on
donna congé aux Ecoliers; &
le Dimanche suivant Feste de
Saint Pierre, Mr Chenu Grand
Maistre, entonna le Cantique
161
Réjouissances.
d'actions de graces, qui fut
chanté en Musique aussi-bien
que quelques motets; ausquels
assisterent toutes les Commu-
nautez dont cette Royale Mai-
son est composée. Sur le soir on
alluma dans la grande cour un
feu preparé par les soins de Mr-
Duiry Proviseur dudit College,
qui s'applique avec un zele in-
fatigable à tout ce qui regarde
le bien & la gloire de ce Col-
lege. Toute la grande cour pa-
rut en même temps illuminée,
& le feu fut accompagné de
quantité de fusées volantes, de
petards & de plusieurs déchar-
ges de canons. Entre les fenê-
tres qui estoient illuminées, on
rem arqua, sur tout, celles deMr
le Grand Maistre, parce qu'elles
O1j
162
Réjouissances.
estoient ornées d'une maniere
particuliere, & qu'il y avoit un
nombre infini de fleurs de-lys.
Les pauvres n'y furent point
oubliez. Le public qui fut té-
moin de cette feste fut tres-
content de la magnificence
avec laquelle elle fut executée,
& de l'ordre qui y fut observé.
Ce College qui a esté favo-
risé des bienfaits de nos Rois,
& honoré de leur presence, s'est
toujours distingue par sa fide-
lité & par un grand attache-
ment à ſes Souverains, & par
les soins qu'on y a toujours pris
d'y former la jeunesse autant à
la vertu & à une pieté solide
qu'à la veritable doctrine.
Il est destiné non-seulement
pour les Humanitez, mais aussi
Réjouissances.
163
pour la Philosophie & pour la
Theologie. Il ya une commu-
nauté de Bacheliers autant re-
commandables par leur nais-
sance que par leur pieté & leur
sçavoir. Il n'y a point de Licen-
ce où ils ne se distinguent.
On ne doit pas s'etonner si
Mr Chenu Grand Maistre de
Navarre a fait voir tant de zele
en cette occasion, puisque ce
même zele l'engagea en 1697.
de fonder dans l'Eglise de Bou-
gival prés Marly une Messe
haute, solemnelle & un Salut
du Saint-Sacrement, avec Pro-
cession, le tout à perpetuité,
pour le Roy & pour la famille
Royale.
Aussi-tost que Mr Lhuillier
Grand Maistre du College du
Réjouissances.
164.
Cardinal le Moine eut appris
l'heureuſe nouvelle de la naiſ-
sance du nouveau Prince, qui
a causé tant de joye à la Fran-
ce, il fit vaquer toutes les
Classes, & voulut que tous
ceux de son College prissent
toute sorte de divertissemens
honnestes pendant 4. jours,
qui finirent le Dimanche 29.
Juin, par un beau feu d'artifice
& une illumination generale de
tout le College, quoiqu'il soit
fort grand; ce qui attira la cu-
riosité d'une infinité de monde.
Et le Mercredy 16. Juillet,
ce Grand Maistre celebra so-
lemnellement la Messe en
action de graces, à laquelle
rout le College assista. Le Te
Deum & l'Exaudiat y furent
Réjouissances.
165
chantez à la fin. Ce College est
des plus beaux de l'Université,
& dans une situation des plus
avantageuses pour la commo-
dité du public. Il y a de tres-
habiles Professeurs, & tres-
appliquez; & la bonne discipli-
ne, que Mr le Grand Maistre y
fait observer, y attire un si
grand nombre d'Ecoliers de
Paris & de toutes les Provinces,
qu'à peine y peut-on trouver
assez de bâtimens pour recevoir
ceux qui se presentent.
Les Pensionnaires du Colle-
ge du Plessis aiant fait à toutes
leurs fenêtres, une illumination
de plus de six mille lumieres,
aussi-tost qu'ils eurent appris
le sujet de l'allegresse publi-
que; cette marque de leur joye
Réjouissances.
366
ne leur parut pas affez repon-
dre à l'ardeur du zele extrême
qu'ils ont pour leur Souverain,
de manière qu'ils demanderent
avec empressement à ceux qui
les enseignent, la permission de
faire une feſte plus éclatante,
& pour laquelle ils eussent le
temps de se préparer. Cette
permission leur ayant esté ac-
cordée ils choifirent le Jeudy
Jaittet pour l'execution de
7.
leur projet.
La Feste commença à cinq
heures du matin par une dé-
charge de plusieurs pieces d'ar-
tillerie, qu'ils avoient fait pla-
cer dans leur cour, & qui tire-
rent quinze sois pendant la
journée. A sept heures Mr le
Principal fie une aumoine de
pain
Réjouissances.
167
pains & d'argent à plus de 300.
pauvres de la Paroisse de Saint
Estienne du Mont, aprés quoi
il dit la Messe qui fut chantée,
ainsi que le Te Deum, par M
les Musiciens de Nostre-Dame.
La composition estoit de Mr-
Bouteiller l'aisné; & cet Office
se fit avec beaucoup de modes-
tie & de pieté.
Mr Viel Regent de seconde,
prononça un discours Latin sur
la Naissance de Monseigneur
le Duc de Bretagne; ce dis-
cours reçût de grands applau-
dissemens l'aprés-diné.
L'Université en Corps & en
habit de Ceremonie honora
cette action de sa presence.
Avant qu'elle commençast, on
distribua dans l'Assemblée plu-
Jaillet 1704. 1I. P. P
Réjouissances.
168
sieurs Ouvrages en Vers Latins
de diverses mesures. Mrde Rec-
teur fut reçû dans le College
au bruit du Canon, des Trom-
pettes, des Timbales & des
Hautbois, & fut salué de da
même maniere à sai sortie.
Le soinon tira un feu d'antifice,
& tout lle College parûobrillant
par une illumination des mieux
entendues & qui pouvoit le dis-
puter à Itoutes celles quioa-
voient paru jusqu'alors. Elle
estoit de plus d'onze mille lu-
mieres, & l'uniformité regnoit
par tout. Sur les cordons des
quatre étages des bastimens,
étoient degrosses) lumieres à
égales distances. Tous les tre-
meaux des ffenestres estoient
ornez de grands quadres garnis
Réjouissances.
169
de lamprons; l'entrée du Col-
lege étoit éclairée par plusieurs
beau Lustres; sur les toits & le
perit mur qui est au nord, on
avoit mis un grand nombre de
pots de feu. Mr Oudart qui
avoit pris soin de l'illumina-
tion n'avoit rien oublié pour la
faire reussir, & le temps qui
demeura toujours sombre fut
tres-favorable à ses desseins.
Plusieurs Pensionnaires se distin-
guerent en faisant tirer à leurs
depens particuliers, un grand
nombre defusées volantes.
La décoration du feu le ren-
doit beaucoup plus beau que
ceux que l'on voit orninaire
men
Il estoit construit de maniere
qu'il representoit un Palais a
Rejouissances.
trois façades Celle du milieu
montroit la porte du Temple
de Janus, entre deux grands
Pilastres de marbre rouge, on
y montoit par plusieurs degrez.
On voyoit sur cette Porte un
amas de fleches, de carquois, de
boucliers & d'autres armes, &
on y lisoit ce Vers de Virgile,
I
CLAUDENTUR BELLE
PORTAE.
Pour marquer que la nais-
sance de Monseigneur le Duc
de Bretagne est un presage as-
suré d'une paix prochaine &
durable.
De
Au dessus de la balustrade
IHE.
qui regnoit sur le haut des trois
raçades, on avoit écrit dans un
Réjouissances.
171
grand Cartouche en lettres d'or.
St
REGI PROA
PLESSEI ADOLESCENT
E10
On n'avoit pù trouver de ti
tre, ny plus simple, en quo
consiste la beauté des inicrip.
tions, ny plus singulier, pour
xprimer en cette occasion la
faveur que Dieu n'a accordée
qu'au Roy.
Aux deux costez de ce car-
Stouche étoient suspenduës
deux deviſes. La première à la
main droite, représentoit at-
prés d'un Lion ma jestueux, un
Lionceau qui ne faisoit que de
enaiſtre ; tous les jeunes ani-
Emaux de la Forest étoient au
11
Rejouissances.
172
tour de luy dans une posture
qui faisoit voir qu'ils le recon-
noissoient dé ja pour leur futur
ſouverain. Les paroles suivan-
tes servoient d'ame à cetre de-
vise.
OLIM TIBI SIC SERVIRE
DOCEMUR.
Ce qui faisoit entendre qu'-
une des principales applica-
tions des Maistres de ce Col-
lege, est d'inspirer à leurs Elé-
ves un respect & une obéissance
sincere pour le Roy; & que les
enfans goûtent deja par avan-
ce, le plaisir qu'ils auront de
vivre un jour sous les Loix de
Monseigneur le Duc de Bre-
tagne,
Rejouissances.
1)
La seconde devise qui étoit
à main gauche, re presentoit un
Chesne dans sa vigueur, de la
d'autre
tige duquel sortoit
Chesnes de differentes hau-
teurs, avec ces mots.
PLURA VIDEBIT.
Afin de faire connoistre par
le symbole de cet Aibre qui
dure longtemps, que la parfaite
santé du Roy donne lieu d'es-
perer, qu'il peut voiriun jour
les enfans de ses arriere petits
Eils.
Les deux façades des costez
de ce Palais representoient deux
Portiques soutenus de pilastres
aussi de marbre. A costé de l'un
dans une niche de huit pieds,
Pilij
Réjouissances.
10
voyoi
tune Statuë qui re-
Rr
ntoit la Force; & à costé
de l'autre, la Prudence estoit
designée par une autre; ces
deux figures estoient de hau-
teur d'homme, & marquoient
que le bonheur dont jouit la
France depuis plus de soixante
ans, ne vient que de la force
& de la prudence du Monar-
que qui la gouverne.
Au milieu de ces deux faça-
des, estoient deux Cartouches,
dans l'un desquels on avoit
peint trois seps de vignes de
grandeur inégale , & chargez
de raisins; au dessous commen
goit à s'élever un tendre rejet-
ton qui ne promettoit pas moins
de fertilite; ce qui estoit ex
primé par ce Vers
Réjouissances.
175
vord
SUSPICE; NON ALIOS TIEI
DAT BUROUNDIA FOETUS,
E nge
2
Dans le second Cartouche,
surde sommet d'une haute mon-
tagne, on voyoit un grand re-
servoir d'eau, & au pied de
cette montagne un jet,
qui
nontoit dans l'air, avec
Vers.
CE JET EN
SELEVAN
EGALERA SA SOURCE.,
L'artifice du feu consistoit
dans un nombre de fusées vo-
lantes, de gerbes, de nappes
& de soleils de feu. Les Tim.
bales, les Trompettes & les
1
Hautbois jouerent pendant
Réjouissances.
176
tout le jour. La feſte dura jus-
qu'a minuit, & fut fermée par
une derniere décharge des ca-
nons; mais ce qui la rendit bien
remarquable, & qui mit le
comble à la joye, c'est qu'elle
ne fut mêlée d'aucun desordre
ny d'aucun facheux accident.
Aucun des Pensionnaires, au-
cune des personnes de distinc-
tion dont leurs chambres
étoient remplies, aucun des
voisinsi qui regardoient ce spec-
tacle de leurs fenestres, per-
sonne enfin de la populace qui
remplissoit la cour en foule non-
seulement ne fut incommo-
dée ; mais n'eut pas même
sujet d'aprehender de l'estre,
chacun s'estant porté de lui-
même à se conformer aux def-
Réjovissances.
17
fenses qui avoient esté faites de
tirer des fusils, des pistolets,
des petards, des serpenteaux,
& generalement tout ce qui
auroit pû inquicter les specta-
teurs.
En vous entretenant des ré-
jouissances faites dans tant de
Colleges, je dois vous dire que
Mr l'Abbé de Fourneaux, qui
loge dans l'Univerſité, ruë
Saint Etienne des Grecs, s'est
distingué dans son quartier par
une tres-belle illumination, &
par un grand nombre de fusées
volantes qu'il fit tirer le 7. Ily
avoit une fort belle Symphonie
dans son logis, ce qui attira
beaucoup de monde dans toute
ſa ruë, où la ſanté du Roy fut
bue avec de grandes acclama-
Réjouissances.
878
tions. Cet Abbe ayant fait don-
ner à boire à tous ceux qui
estoient devant sa porte. Sa
Muse s'est signalée dans cette
occasion, & il n'a pas moins
donné de marques de sa joye
par ses Vers, qui ont esté fort
applaudis, que par la depense
que son zele lui a fait faire.
le ne doute point que vous
n'attendiez avec impatience la
Relation de ce que les Jesuites
du College de Louis le Grand
firent le Dimanche 1ze de Juil-
let pour celebrer la naissance
de Monseigneur le Duc de Bre-
tagne. Le public sembloit estre
biencontent des marques dejoye
que ces Peres avoient déja ta-
che de donner à ce sujet, pen-
dant troisjours consecutifs: mais
Réjouissanes.
1
ses Peres n'estoient pas encore
contens d'eux- mêmes, & c est
ce qui les determina à faire tra-
vailler à la Feste dont voicy le
détail, & qu'ils ont essayé de
rendre complette.
Elle dura presque tout le jour,
& elle ne finit qu'à une heure
aprés minuit.
Le matin on chanta le Te
Deum & l'Exaudiat en Musique,
pour remercier Dicu des bene-
dictions qu'il répand sur la Fa-
mille Royale, & pour le prier
de n'en point interrompre le
cours. Les Tymbales & les
Trompettes tehoient leur par-
tie dans les Symphonies du Te
Deum, dont la Musique estoit
peut-eſtre composée de plus de
voix & de plus d'instrumens
1o Réjouissances.
qu'il n'en faut pour un ausse
petit lieu que la Chapelle du
College. Le Te Deum fut pre-
cedé & fut suivi de plusieurs
salves de Mousqueterie. L'aprés
midy le Pere le Jay, l'un des
deux Regens de Rhetorique
prononça un discours-latin d'u-
ne heure entiere, où il fit voir
que Dieu a donné le Serenis-
sime Ducude Bretagne au Roy
pour récompensen son zele ardent
pour la Religion, & à toute la Rran-
ce, pour recompenser son attache-
ment inviolable pour le Roy.
L'assemblée estoit belle &
nombreuse. Monsicur le Car-
dinal d'Estrees s'y trouva avec
les deux Nonces, plusieurs Ar-
chevêques & Evêques, & beau-
coup d'autres personnes de dis-
Réjouissances.
181
tinction. Les principaux orne-
mens du lieu de l'assemblée
estoient les Portraits des Au-
gustes Personnes qui composent
la famille Royale, avec cette
deviſe qui a eſté trouvée fort-
belle & fort convenable au su-
jet C'estoit la constellation ap-
pellée la Couronne, avec ces
belles paroles.
QUOTIIIN UNA SYDERA
FULGENIS
Que d'astres brillent en elle seule,
Ce qui marque admirable-
ment bien ce nombre d'illustres
teſtes qui font aujourd'huy la
famille Royale. Un peu avant
on répandit dans l'assemblée un
Réjouissances.
r
gand nonbre de nieres en gert
latins & en vers françois sur la
naissance du jeune Prince.
Il est temps de vous parler
de ce qui termina la Feste; j'en-
tend l'illumination & les feux
de joye, qui n'en firent pas
la moindre partie. Les quatre
grands corps de logis qui for-
ment la Cour du College es-
toient tous couverts, ou de ta-
pisseries de haute lisse, ou de
lumieres; ensorte que de deux
tremaux, l'un estoit tapissé &
l'autre faisoit comme un seul
corps de lumières composé d'u-
ne baſe, d'une pyramide & d'u-
ne couronne. Outre les lumié-
res des tremaux, un nombre
infini de lampes formoit une
grande lettre au dessous de cha-
Résouissances.
183
que fenestre, & toutes ces let-
tres ensemble formoient l'ins-
cription que voici.
PROAVO REGUMMAXIMO,
AVO PKINCIFUMOFTIMO,
PATRIUTRIUSQUEE-
Muxo.
ADELAIDI
FORTUNATAE MATXI
NATALITIOS DuCIS BRI
TANNIAE.
LuDOS CONSECRAT COL-
LEGIUM LUDOVICI MAGNI.
C'est- à dire: le College de
Louis le Grand confacre ces jeux
pour la naissance du Duc de Bre-
tagne, à san Bisayenl le plus grand
des Rois, à son Ayeul le meil-
leur des Princes, à son Pere qui
uillet 1704. II. P.
Réjouissances.
184
.
tache d'égaler l'un & l'autre,
des
Adelaide la plus heureuse
Meres.
Certe inscription partagée en
quatre occupoit les quat re faces
des bâtimens de la cour. La
face de front étoit pour le
Roy, celles des côtez pour
Monseigneur le Dauphin &
pour Monseigneur le Duc de
Bourgogne, enfin la quatrié-
me eſtoit pour le reſte de l'ins-
cription, qui occupoit encore
toute la face du Pavillon qui
eit au defsus de la porte. Les
fenêtres de la face de front é-
toient garnies de fort beaux
lustres: Et les lucarnes des qua-
tre corps de logis estoient cou-
ronnées chacune d'un grandpot
à feu, ce qui faisoit un aſsez bel
effet & un beau coup d'œil.
Réjouissances.
185
Toure la cour ſe trouva ſur
les neuf heures éclairée & plei-
ne de Peuple: Et l'heure son-
nant, l'action, pour ainsi dire,
commença par une furieuſe dé-
charge de Mousqueterie. Ce
ne fut ensuite qu'un feu con-
tinuel, qui ne ſe rallentit qu'à
minuit, & qui ne oessa entie-
rement que plus d'anc heure
aprés. Ce feu ſi continuel ne
fut cependant pas sans ordie.
A chaque quart d'heure
les
Mousquetaires faisoient une de
charge, pendant
laquelle
un
grand nombre de
Tambours
battoient la charge: On s'i-
maginoit entendre
le premier
bruit d'un affaut.
Ensuite
les
Trompettes accompagnées des
Lymballes comme
pour an-
Réjouissances..
186
noncer la Victoire, sonnoient
des fanfares. L'Artifice jouoit
après cela jusqu'à une nou-
velle décharge de la Mous-
queterie: Et cet ordre s'est ob-
fervé jusqu'à la fin; l'Horloge
qui est placée sur la cour re-
.
glant tout.
Ilylavoit un Théatre le
long d'une des faces des Ba-
timens pour faire jouer l'arti-
fice préparé par les ordres du
Pere principal; Et les Artifi-
ciers occupoient aussi au milieu
de la cour une enceinte, d'ou
ils tiroient les fusées volantes,
& d'ou ils faisoient sortir de
temps en temps des feux dun
bassin d'eau qu'ils y avoient
disposé pour cet effet
Les Pensionnaires de ce Col-
Réjouissances.
187
lege donnerent des marques du
zele qu'onis'applique à leur ins-
pirer pour Sa Majesté. Plu-
sieuns d'entre cux aiant fait
préparer de tres beaux artifices
qu'ils firent jouer de leurs fe-
nêtres Messieurs de Villeroy
de Croy, de la Rochefou-
cault, de Brissac, de Nassau, de
Mancini, de Ligne, Willo-
pofxi, de Surville, de Som-
mery, de Château-Renauld
d'Armenonville & Turgot se
sontisur tout distinguez en cette
occasion. Ils avoient tous de
tres-beaux morceaux d'artifice
lesquels se suivoient de si prés
que les Spectateurs trouvoient
acpeine un moment pour reve-
nir de la surprise que chacun
leux avoit causée. D'une face
Rejouissances.
188
de bâtiment à l'autre, on avoit
iendu beaucoup de cordes, le
long desquelles les fufées al-
doient & revenoient sans cesse
se croisant souvent, & faisant
ainsi une espece de combat tres-
agréable aux yeux
La foule infinie du Peuple
dont la cour regorgebit, con-
tribua beaucoup à la beauté du
spectacle: Et la quantité de
feux qui y tomboit de toute
part ne put la faire desemplir
amoseul instant; Car ceux qui
sortoient pour ne pouvoir sou-
tenir plus long. temps la vio-
lence & la continuité du feu,
estoient sur le champ rempla-
ces par d'autres, dont la rue
S. Jacques estoit pleine; à plus
de trois cens pas du College
189
Réjouissances.
en montant & en descendant.
Il estoit à craindre qu'une
si grande foule ne causat quel-
que desordre: Mais Monsieur
d'Argenson à qui rien n'échape,
avoit fait poſter à la porte du
College & aux environs une
bonne partie du Guet, à pied
& à cheval. On avoit pris aussi
des précautions pour empê-
cher les accidens du dedans.
On avoit abandonné certain
nombre de fenêtres aux Arti-
ficiers, & les enfans avoient
d'autres fenêtres pour voir les
feux à leur aise.
On avoit fait aussi une gal-
lerie de planches, au dessus des
lucarnes, qui regnoit au tour
des quatre bâtimens: & c'estoit
la qu'on avoit placé les Mous-
1100
Réjouissances.
quetaires, afin qu'il n'y eût
point d'armes a feu dans les
chambres des Pensionnaires.
Feste de Mr Lhuillier ;
il donna la seconde le 5. de
Juillet. La construction de sa
Maison située au milieu de la
Place de Louis le Grand, à
main gauche en entrant par la
ruë Saint Honoré, fournit une
disposition avantageuse pour
une illumination magnifique;
Réjouissances.
131
elle a quatre étages dont cha-
cun à huit croisées; l'avant-
corps du milieu est orné de huit
colonnes d'ordre Corinthien,
avec les plaintes, les frises, les
architraves, les corniches, &
l'entablement surmonté d'un
fronton, sur lequel sont cou-
chées deux figures, à droite &
à gauche, qui representent &
embrassent les armes de Sa Ma-
jesté qui sont dans le fronton.
Cette ordonnance & cette Ar-
chitecture estoient suivies &
marquées en illumination de-
puis le bas jusqu'au haut, dans
toute leur étenduë, & faisoient
un effet qu'on ne peut décrire.
Un Soleil rayonnant au dessus
de ce fronton brilloit avec plus
d'éclat encote, & paroissoit
Réjouissances.
132
tourner dans sa Sphere, tan-
tost en s'éloignant, tantost en
s'approchant de l'horison. Tou-
tes ces lumieres se répandoient
dans la place où elles sem-
bloient rappeller le jour, &
faisoient voir distinctement la
Statuë Equestre de Sa Majesté,
qu'on y a élevée en bronze sur
un piédestal de marbre blanc.
La porte de la maison ayant
eſté ouverte, laiſſa voir la cour
éclairée d'une infinité de flam-
beaux; la grille qui separe le
jardin étoit imitée en illumi-
nation, & du milieu il s'élevoit
une piramide de lumieres, qui
portoit une face de Soleil.
Pendant que le public étoit
occupé avec admiration par ce
spectacle pompeux, que le vin
Réjovissances.
132
& d'autres rafraschissemens se
distribuoient dans la Place,
aux fanfares des Trompettes;
une Assemblée nombreuse de
personnes de la premiere qua-
lité estoit divertie par des Vio-
lons & des Hautbois dans les
appartemens de la maison,
éclairez de quantité de lustres,
dont les lumieres se communi-
quoient à la Place & se joi-
gnoient en perspective, à l'il-
lumination du dehors.
Cette Assemblée se parta-
geoit sans affectation & sans
contrainte entre la danse & la
conversation dont la grandeur
du Roy, la suite de la Maison
Royale, l'état du Heros nais-
sant & le bonheur de la Monar-
chie, fournissoient un sujet
inépuisable, & interessant.
134. Réjouissances.
Une collation aussi galante
que magnifique étoit dressée
au pourtour d'une des princi-
pales pieces du logis, sur des
tables & sur des gradins entre-
mêlez d'Orangers; les gradins
étoient garnis de jattes de por
celaines remplies de toutes for-
tes de fruits & de corbeilles
d'argent chargées de confitures
les plus exquises; les tables
étoient couvertes de soucou-
pes, de caraffes & de toutes les
liqueurs & de toutes les glaces
qu'on peut s'imaginer, ces ta
bles & ces gradins étant ornez
de girandoles & de fleurs dans
les intervalles; en sorte que
tout cet arrangement, dans une
symmetrie reguliere, formoit
une superbe décoration pour la
3
Réjouissance.
vûë, tandis qu'il offroit au
goût de quoi se satisfaire,
Chacun alloit choifir ce qui
étoit du sien, & n'avoit qu'à
passer d'une chambre dans une
autre , pour partager tour à
tour ces plaisirs differens; les
Cavaliers détachoient les fleurs
des Orangers, & les semoient
aux pieds des Dames qu'ils se
faisoient un merite de servir à
l'envy.
On ne s'étoit point attendu
à un feu d'artifice ; il n'y en
avoit point de dressé dans la
Place ; on en vit partir tout à
coup une aussi grande quantité
de fusées volantes, de saucis-
sons, de lances & de pots à feu,
que s'ils étoient sortis de terre;
en sorte que la surprise en aug
Juillet 1704. II. P. M
136
Réjouissances.
menta le plaisir; le bruit des
Timballes & Trompettes se
joignit à celuy de l'artifice pour
terminer cette galante Feste.
Les Communautez les plus re-
gulieres n'ont rien oubliees de ce
qui peut faire éclater leur zele
pour la gloire d'un Monarque,
qui les honore de sa bienveil-
lance & de sa protection; les
Capucins entr autres ont fait
plus qu'on ne devoit attendre
d'eux. Mais l'affection & l'esti-
me des Peuples leur est une res-
source dans les occasions, où ils
trouvent ce qui leur manque
d'ailleurs. Ils ont fait des feux
& des illuminations dans toutes
leurs Maisons & sur tout dans
leur premier Convent situé dans
la ruë S. Honoré. Il s'y est fait
Réjovissances.
13
une Feste dont le détail vous
fera plaisir. Voicy comment
elle s'eſt paſsée.
Le Mardii Juillet une Com-
pagnie des Gardes Suisses, &
une Compagnie des Archers du
Guet, furent postées aux ave-
nues du Convent pour empê-
cher le defordre. Sur les huit
heures du soir la Cour fut illu-
minée dedans & dehors, par
deux cens fanaux, qui firent
découvrir un édifice, dont la
face estoit composée de six
grands Pilastres, d'ordre Corin-
thien, qui imitoient le marbre
jaspé, sur un arriere-corps de
marbre noir & blanc; les cha-
piteaux & les ambases étoient
dorez; les piédestaux, les cor-
niches, les frises, & les archi-
Mi
138
Réjouissances.
traves, estoient surmontez d'u-
ne balustrade de deux pieds de
haut, le tout paroissant d'un
tres beau marbre; Les six Pi-
lastres accouplez partageoient
deux grandes niches, formées
de matiere diaphane, éclairées
par derriere & ornées chacune
de trois festons avec leurs pen-
dans, dorez & posez en guir-
lande. Sur cet édifice, à la par-
tie superieure, paroissoit la fi-
gure du Roy sous un Dais assez
riche accompagné de quatre
grands écussons remplis de dé-
vises, scavoir. De France, Dau-
phiné, Bourgogne, & Bretagne.
Qui marquoient les quatre
generations. A la droite de S.
M. paroissoit un Ange qui des-
cendoit du Ciel, & tenoit en-
Réjouissances.
9
tre ses mains le jeune Prince
qu'il presentoit à la France, en
disant ces paroles.
ECCE SIC BENEDICETUR
HOMO QUI TIMET Do-
MINUM.
C'est ainsi que sera comblé de
benedictions l'homme qui craini le
Seigneur.
VIDEBIT SEMEN LON-
GAEVUM.
Il verra une longue posterite.
On voyoit à la gauche du
Roy, la France à genoux tour-
née de son coſté, les yeux au
Ciel, étendant les bras pour
recevoir l'Enfant, & qui rendoit
à Dieu des actions de graces.
Réjouissances.
140
DESIDERIUM CORDIS
EJUS, TRIBUISTI EI DO-
MINE.
Je vous remertie grand Dieu qui
avez rempli le desir de son cœeur.
Au milieu eſtoit placée l'E-
glise, la Croix à la main, don-
nant au Prince nouveau né des
benedictions.
BENEDICAT TIBI DOMINUS
EX SION; VIDEAS BONA
JERUSALEM OMNIBUS
DIEBUS VITAE TUAE; ET
VIDEAS FILIOS FILIO-
RUM TUORUM, PACEM su-
PER ISRAEL?
Que le Seigneur vous benisse, de
Rejouissances.
141
la Sainte Sion, Royal Enfant?
Que vous ne perdiez jamais de
veuè les biens de la Jerusalem Ce-
leste. Que vous voyez les Enfans
de vos Enfans, jouissans d'une paix
solide en tout Ifrael.
SERVIANT TIBI POPULI
ADORENT TE TKIBUS.
Que les Peuples vous soient soù-
mis; que les Provinces vous respe-
ctent.
La Renommée un peu élevée
terminoit le grouppe & embou-
choit sa Trompette d'où sor-
toient ces paroles.
NON RECEDET MEMORIA
EJUS ET NOMEN EJUS RE-
142 Réjovissances.
QUIRETUR A GENERATIO-
NEIN GENERATIONEM.
Sa memoire ne tombera jamais
dans l'oubli, & son nom se trans-
mettra avec gloite de generation en
generation.
Ou bien ces paroles.
GENERATIONEM EJUS
QUIS ENARRABIT!
Qui pourra dignement louer la
noblesse de son sang, raconter le
nombre de ses Neveux!
On voyoit au bas dans les ni-
ches de la face, deux grandes
Statuës sur des piédestaux, re-
presentant des Sibilles qui pro-
nonçoient
Réjouissances.
143
nonçoient sur la destinée du
nouveau Prince, ces oracles
écrits sur des tables qu'elles te-
noient en leurs mains.
QUIS PUTAS PUER ISTE RITE
Qui pensez, vous qui sera cet En-
fant:
Une autre Sibille répond.
REX MAGNUS SUPER TER-
RAM.
Il sera un giand Roy sur la
Tewre.
La premiere replique.
DOMINABITUR AMARI
USQUE AD MARE.
Juillet 1704. II. P.
N
2
Rejouissances.
144
Sa domination s'étendra d'une
mer à l'autre.
La seconde ajoûtant à cela,
dit ces paroles.
INIMICI EjuS TERRAM LIN-
GENT.
Ses ennemis seront humiliez jus-
qu'à baiser la terre.
Tout cela ſe pouvoit lire ai-
sément au moyen de cinq cens
lampes qui estoient posées avec
un art tout-à-fait ingenieux;
sur cet édifice.
A huit heures & demie, le
bruit de quarante boëtes, qui
tirerent trois fois pendant la
Réjouissances.
145
Ceremonie, donna le signal à
la Communauté, qui fortit de
l'Eglise en rang; au nombre de
cent Religieux. Le R. P. Pro
vincial à la teste, en Aube &
en Etole, benit le feu de bois qui
fut allumé au bruit de la Mous-
queterie, & des Tambours,
d'un coſté par le R. P. Provin-
cial, & de l'autre parMr leMar-
quis d'Argenson Sindic de leur
Ordre; ensuite le Te Deum fut
chanté par les Capucins d'un
ton uni, mais grave & modeste
qui imposoit & le respect & le
silence. Les Oraisons finies, une
salve de Mousqueterie, aver-
tit une symphonie de Violons,
de Hautbois, de Timballes, &
de Trompettes, qui alternati-
vement & sans intervalle joue-
Réjouissances.
146
rent & charmerent toute l'as-
semblée, pendant une heure &
demie que dura l'artifice, qui
reussit parfaitement bien. Ce
qu'il y eut de surprenant, est
que dans un concours tres- nom-
breux de personnes de toutes
sortes d'Etats, que la nouveau-
té du spectacle avoit attirées de
toutes parts, rien n'ait jamais
esté executé avec une plus bel-
le ordonnance & plus de mo-
destie, que l'a esté cette feste,
qui fut generalement aplaudie
& dont le bon ordre fut fort
loué, ainsi que l'invention & le
genie de celui qui a imaginé
toutes les choses qui ont rendu
cette ceremonie une de plus
éclatantes.
Le même jour, Mr de la Lan-
147
Rejouissances.
de, Valet de Garderobe du Roy,
qui a une fort belle Maison &
fort haute, vis à vis de ce Con-
vent, voulant prendre part à la
Feste de ces bons Peres, & con-
tribuer en quelque façon à l'em-
bellir, fit illuminer toute sa
Maison de la maniere du monde
la plus brillante; & comme
elle est aisée à décorer de lu-
mieres, à cause de la beauté de
son architecture, rien ne faisoit
un plus bel effet que cette illu-
mination, qui estoit surmontée
d'un Soleil composé de lumie-
res vives & placé au dessus de
la terrasse.
Les Capucins du Marais don-
nerent en même-temps, des
marques de la joyequ'ils avoient
du nouveau bonheur arrivé à la
N ilj
148 Réjouissances.
France. Toute la face du Por-
tail de leur Eglise estoit tapis-
sée; il y avoit un Dais dans le
milieu, au dessous duquel on
avoit placé le Portrait du Roy,
environné d'un grand nombre
de lumieres; toute leur cour en
en estoit remplie, & l'on avoit
dreſſé au milieu un feu dans les
formes, puisqu'il avoit quatre
pilliers. Il y avoit dans la ruë,
vis-à vis de la porte du même
Convent, un gros feu de bois
& des lumieres à toutes les fe-
nêtres des Cellules des Reli-
gieux. Le tout estant dans cet
estat on alla prendre Mr le Ca-
mus, premier President de la
Cour des Aydes, & l'un des
bienfaicteurs de ce Convent;
les Timballes, les Trompettes,
149
Réjouissances.
les Violons & les Hautbois,
allerent au devant de luy, &
l'accompagnerent jusqu'au lieu
où le bûcher estoit dressé. Les
R. R. P. P. Capucins s'y ren-
dirent aussi en Procession cha-
cun, ayant un Cierge à la main
& aprés les prieres accoûtu-
mées en semblables occasions,
le R. P. Gardien en Aube &
en Etole, mit le feu à l'un des
côtez du bûcher, pendant que
Mr le President le Camus le
mit à l'autre ; le Te Deum
fut ensuite chanté, aprés le-
quel Mr le President le Camus
fut conduit au Dortoir de de-
hors pour y voir le feu d'artifi-
ce, qui fut tiré au bruit de tous
les instrumens, dont j'ay déja
parlé, & au bruit d'un grand
N ilij
Réjouissances.
150
nombre de Boëtes placées dans
le Jardin des Capucins, qui ti-
rerent plusieurs fois dans la
journée. Toutes les personnes
de distinction du Quartier firent
de grandes illuminations pour
donner plus d'éclat à cette Fê-
te, & particulierement Mr Du-
buisson, Intendant des Finan-
ces dont tout le logis fut illu-
miné avec des lumieres vives,
& qui suivoient l'Architecture.
Le 6. Juillet les Celestins fi-
rent chanter dans leur Eglise,
un Te Deum en musique de la
composition de Mr Paulin Be-
neficier de Nôtre-Dame, & les
mêmes Religieux firent le soir
un tres- beau feu d'artifice &
de grandes illuminations.
On fit le septième une gran-
Réjouissances.
151
de Feſte au College Mazarin,
vulgairement appellé le College
des quatre Nations. Je dois vous
dire avant que de vous parler
de cette Feste, que ce College
a l'honneur d'estre particulie-
rement au Roy; S. M. ayant or-
donné par ses Lettres Patentes
qu'il fut censé de Fondation
Royalle, comme faite par le
Roy même, qui en effet nom-
me les Pensionnaires Gentil-
hommes nez des quatre Nations,
où le Roy a fait des Conquestes;
tous les Pensionnaires de ces
quatre Nations estant obligez
de faire preuve de Noblesse,
pour y estre reçus. Mr l'Abbe
de Bosquein, Docteur de Sor-
bonne, & Grand Maître de ce
College, voulant donner des
Réjouissances.
152
marques publiques de la part
qu'il prend à tout ce qui regar-
de la gloire du Roy, le bonheur
de S. M. de toute la Famille
Royalle, & de l'Etat, à l'occa-
sion de la naissance de Monsei-
gneur le Duc de Bretagne, se
chargea personnellement des
soins & de la dépense pour tout
ce qui pouvoit servir à donner
au Public d'éclatantes marques
de la joye singuliere de ce Col-
lege, qui ne le cedoit en rien
à la joye generale. Ce zelé
Grand Maître, ayant fait pré-
parer toutes choses pour l'exe-
cution de ses desseins, destina
toute la matinée du sept de Juil-
let, pour rendre graces à Dieu
des benedictions, dont il com-
ble le Roy par la naiſſance du
Réjouissances.
15
Prince nouveau né, troisiéme
heritier vivant de la Couronne
de pere en pere.
La premiere action de graces
fut de distribuer de l'argent à
plus de deux cent pauvres de
la Paroisse de S. Sulpice, ran-
gez dans la grande cour du Col-
lege, ainsi qu'à plusieurs au-
tres personnes des deux sexes.
La Messe fut ensuite solem-
nellement celebrée par ce grand
Maître, & chantée par une
nombreuse & excellente musi-
que, accompagnée d'une gran-
de symphonie. Tous les Eccle-
siastiques, Officiers, Professeurs
& Maîtres du College for-
moient le Chœur. Les Pension-
naires & les quinze cens Eco-
liers externes assisterent à cette
Réjouissances.
154
Messe, ainsi que plusieurs autres
personnes de toutes conditions,
de sorte que la magnifique Egli-
se de ce College en fût toute
remplie.
Le Te Deum & les Prieres
pour le Roy furent chantées par
la même musique. On peut dire
que la multitude qui se trouva
dans cette Eglise, y fut attirée
par l'amour que le Peuple a
pour le Roy & pour la Famille
Royale, & qu'elle y fut aussi
invitée par un grand Tableau
qu'on avoit élevé à la porte de
l'Eglise, dans lequel on lisoit
l'inscription suivante qui fut
trouvée de bon goût.
Réjouissances.
155
D. O. M.
OB NATUM
LUDOVICOMAGNO,
REGUM
In multa sacula parenti,
prone potem
ARMORICAE DUCEM,
GRATIAS AGIT COL.
MAZAR.
Aprés ces Ceremonies de pie-
té, on tira cent grosses Boëtes,
qui estoient placées sur le bord
de la riviere, vis-à vis le Lou-
re, & une symphonie de Trom-
Réjouissances.
156
& de
pettes, de Timballes
Hautbois se fit entendre pen-
dant une heure dans la Place
du College.
L'illumination, qui parut le
soir, estoit formée en menuise-
rie suivant l'architecture des ar-
cades, premiere corniche, pi-
lastres, seconde corniche &
la balustrade avec les piédes-
taux, la corniche & fronton
du portail, le tout regnant jus-
qu'aux gros pavillons; de ma-
niere que tout s'estant trouvé
allumé, sur les neuf heures du
soir, aprés une décharge de cent
Boëtes, on vit dans toute l'é-
tenduë de la Place-une premie-
re ligne de lumieres pressées,
& formée en arcade; une se-
conde sur la grosse corniche;
Réjovissances.
2
les 24. principales fenestres,
ornées chacune de deux gi-
randoles de cristal, garnies de
bougies par les soins de ceux
qui occupent ces logemens.
Monsieur le Prince Frederic
d'Auvergne & Monsieur le Fé-
vre grand Audiencier de France
occupent la plus grande partie
de ces appartemens. Les lumie-
res des pilastres entre chaque
fenestre, de leurs bases, corps
& chapiteaux suivoient l'Ar-
chitecture. Il y avoit au dessus
de chacun une maniere d'étoille
où figure de Solcil. On voyoit
à la seconde corniche une sem-
blable ligne de lumieres, & en-
fin une quatrième sur la balu-
ſtrade, ſéparée par de gros pots
à feu, placez sur chaque pié-
destal.
Réjouissances.
158
Il y avoit sur le cadran du
Portail un Soleil de lumieres, &
l'on avoit élevé au dessus des
pieces de charpenterie, avan-
cées hors du Portail, au milieu
de toutes, une grande inscri-
ption de lettres de quatre pieds
de hauteur, formées de lam-
prons des plus lumineux. Cette
inscription contenoit ces mots.
REGI PROAVO.
Tous ce ſpectale étoit sur-
monté par l'illumination du
Dôme, formée par cent pieces
de verre qui renfermoient cha-
cune six lumieres fort vives, &
qui étoient placées tout au tour
de la grosse corniche.
La balustrade du haut étoit
159
Réjouissances.
illuminée de gros feux qui sor-
toient de plusieurs vases de fer,
& enfin on voyoit à la derniere
& plus élevée partie du Dôme
huit pieces plus transparentes
que le verre, & que les lumie-
res vives qu'elles renfermoient,
rendoient fort éclatantes.
On entendit tant que l'illu-
mination dura, les trompettes,
les timballes & les hautbois.
Pendant ce temps on fit une
décharge de cent boëtes, & on
tira du Dôme des fusées vo-
lantes qui faisoient un bel effet.
Il y avoit dans la place du
College & particulierement
sur le Quay du Louvre une mul-
titude incroyable de Carosses,
& tous les Quays & les bat-
teaux étoient remplis de monde.
suillet 1704. II. P.
160
Réjouissances.
L'illumination consistoit en
six mille tant lampes que pots à
feu & autres lumières.
Plusieurs Colleges de l'Uni-
versité ont aussi donné des mar-
ques de leur joye. A peine la
nouvelle de la naissance de
Monseigneur le Duc de Bre-
tagne fut-elle devenue publi-
que, que Messieurs les Grand-
Maistre, Proviseur & Princi-
paux du College Royal de Na-
varre formerent le dessein d'en
rendre graces à Dieu par un
Te Deum, & d'en témoigner
leur joye par des réjouissances
publiques. Le lendemain, on
donna congé aux Ecoliers; &
le Dimanche suivant Feste de
Saint Pierre, Mr Chenu Grand
Maistre, entonna le Cantique
161
Réjouissances.
d'actions de graces, qui fut
chanté en Musique aussi-bien
que quelques motets; ausquels
assisterent toutes les Commu-
nautez dont cette Royale Mai-
son est composée. Sur le soir on
alluma dans la grande cour un
feu preparé par les soins de Mr-
Duiry Proviseur dudit College,
qui s'applique avec un zele in-
fatigable à tout ce qui regarde
le bien & la gloire de ce Col-
lege. Toute la grande cour pa-
rut en même temps illuminée,
& le feu fut accompagné de
quantité de fusées volantes, de
petards & de plusieurs déchar-
ges de canons. Entre les fenê-
tres qui estoient illuminées, on
rem arqua, sur tout, celles deMr
le Grand Maistre, parce qu'elles
O1j
162
Réjouissances.
estoient ornées d'une maniere
particuliere, & qu'il y avoit un
nombre infini de fleurs de-lys.
Les pauvres n'y furent point
oubliez. Le public qui fut té-
moin de cette feste fut tres-
content de la magnificence
avec laquelle elle fut executée,
& de l'ordre qui y fut observé.
Ce College qui a esté favo-
risé des bienfaits de nos Rois,
& honoré de leur presence, s'est
toujours distingue par sa fide-
lité & par un grand attache-
ment à ſes Souverains, & par
les soins qu'on y a toujours pris
d'y former la jeunesse autant à
la vertu & à une pieté solide
qu'à la veritable doctrine.
Il est destiné non-seulement
pour les Humanitez, mais aussi
Réjouissances.
163
pour la Philosophie & pour la
Theologie. Il ya une commu-
nauté de Bacheliers autant re-
commandables par leur nais-
sance que par leur pieté & leur
sçavoir. Il n'y a point de Licen-
ce où ils ne se distinguent.
On ne doit pas s'etonner si
Mr Chenu Grand Maistre de
Navarre a fait voir tant de zele
en cette occasion, puisque ce
même zele l'engagea en 1697.
de fonder dans l'Eglise de Bou-
gival prés Marly une Messe
haute, solemnelle & un Salut
du Saint-Sacrement, avec Pro-
cession, le tout à perpetuité,
pour le Roy & pour la famille
Royale.
Aussi-tost que Mr Lhuillier
Grand Maistre du College du
Réjouissances.
164.
Cardinal le Moine eut appris
l'heureuſe nouvelle de la naiſ-
sance du nouveau Prince, qui
a causé tant de joye à la Fran-
ce, il fit vaquer toutes les
Classes, & voulut que tous
ceux de son College prissent
toute sorte de divertissemens
honnestes pendant 4. jours,
qui finirent le Dimanche 29.
Juin, par un beau feu d'artifice
& une illumination generale de
tout le College, quoiqu'il soit
fort grand; ce qui attira la cu-
riosité d'une infinité de monde.
Et le Mercredy 16. Juillet,
ce Grand Maistre celebra so-
lemnellement la Messe en
action de graces, à laquelle
rout le College assista. Le Te
Deum & l'Exaudiat y furent
Réjouissances.
165
chantez à la fin. Ce College est
des plus beaux de l'Université,
& dans une situation des plus
avantageuses pour la commo-
dité du public. Il y a de tres-
habiles Professeurs, & tres-
appliquez; & la bonne discipli-
ne, que Mr le Grand Maistre y
fait observer, y attire un si
grand nombre d'Ecoliers de
Paris & de toutes les Provinces,
qu'à peine y peut-on trouver
assez de bâtimens pour recevoir
ceux qui se presentent.
Les Pensionnaires du Colle-
ge du Plessis aiant fait à toutes
leurs fenêtres, une illumination
de plus de six mille lumieres,
aussi-tost qu'ils eurent appris
le sujet de l'allegresse publi-
que; cette marque de leur joye
Réjouissances.
366
ne leur parut pas affez repon-
dre à l'ardeur du zele extrême
qu'ils ont pour leur Souverain,
de manière qu'ils demanderent
avec empressement à ceux qui
les enseignent, la permission de
faire une feſte plus éclatante,
& pour laquelle ils eussent le
temps de se préparer. Cette
permission leur ayant esté ac-
cordée ils choifirent le Jeudy
Jaittet pour l'execution de
7.
leur projet.
La Feste commença à cinq
heures du matin par une dé-
charge de plusieurs pieces d'ar-
tillerie, qu'ils avoient fait pla-
cer dans leur cour, & qui tire-
rent quinze sois pendant la
journée. A sept heures Mr le
Principal fie une aumoine de
pain
Réjouissances.
167
pains & d'argent à plus de 300.
pauvres de la Paroisse de Saint
Estienne du Mont, aprés quoi
il dit la Messe qui fut chantée,
ainsi que le Te Deum, par M
les Musiciens de Nostre-Dame.
La composition estoit de Mr-
Bouteiller l'aisné; & cet Office
se fit avec beaucoup de modes-
tie & de pieté.
Mr Viel Regent de seconde,
prononça un discours Latin sur
la Naissance de Monseigneur
le Duc de Bretagne; ce dis-
cours reçût de grands applau-
dissemens l'aprés-diné.
L'Université en Corps & en
habit de Ceremonie honora
cette action de sa presence.
Avant qu'elle commençast, on
distribua dans l'Assemblée plu-
Jaillet 1704. 1I. P. P
Réjouissances.
168
sieurs Ouvrages en Vers Latins
de diverses mesures. Mrde Rec-
teur fut reçû dans le College
au bruit du Canon, des Trom-
pettes, des Timbales & des
Hautbois, & fut salué de da
même maniere à sai sortie.
Le soinon tira un feu d'antifice,
& tout lle College parûobrillant
par une illumination des mieux
entendues & qui pouvoit le dis-
puter à Itoutes celles quioa-
voient paru jusqu'alors. Elle
estoit de plus d'onze mille lu-
mieres, & l'uniformité regnoit
par tout. Sur les cordons des
quatre étages des bastimens,
étoient degrosses) lumieres à
égales distances. Tous les tre-
meaux des ffenestres estoient
ornez de grands quadres garnis
Réjouissances.
169
de lamprons; l'entrée du Col-
lege étoit éclairée par plusieurs
beau Lustres; sur les toits & le
perit mur qui est au nord, on
avoit mis un grand nombre de
pots de feu. Mr Oudart qui
avoit pris soin de l'illumina-
tion n'avoit rien oublié pour la
faire reussir, & le temps qui
demeura toujours sombre fut
tres-favorable à ses desseins.
Plusieurs Pensionnaires se distin-
guerent en faisant tirer à leurs
depens particuliers, un grand
nombre defusées volantes.
La décoration du feu le ren-
doit beaucoup plus beau que
ceux que l'on voit orninaire
men
Il estoit construit de maniere
qu'il representoit un Palais a
Rejouissances.
trois façades Celle du milieu
montroit la porte du Temple
de Janus, entre deux grands
Pilastres de marbre rouge, on
y montoit par plusieurs degrez.
On voyoit sur cette Porte un
amas de fleches, de carquois, de
boucliers & d'autres armes, &
on y lisoit ce Vers de Virgile,
I
CLAUDENTUR BELLE
PORTAE.
Pour marquer que la nais-
sance de Monseigneur le Duc
de Bretagne est un presage as-
suré d'une paix prochaine &
durable.
De
Au dessus de la balustrade
IHE.
qui regnoit sur le haut des trois
raçades, on avoit écrit dans un
Réjouissances.
171
grand Cartouche en lettres d'or.
St
REGI PROA
PLESSEI ADOLESCENT
E10
On n'avoit pù trouver de ti
tre, ny plus simple, en quo
consiste la beauté des inicrip.
tions, ny plus singulier, pour
xprimer en cette occasion la
faveur que Dieu n'a accordée
qu'au Roy.
Aux deux costez de ce car-
Stouche étoient suspenduës
deux deviſes. La première à la
main droite, représentoit at-
prés d'un Lion ma jestueux, un
Lionceau qui ne faisoit que de
enaiſtre ; tous les jeunes ani-
Emaux de la Forest étoient au
11
Rejouissances.
172
tour de luy dans une posture
qui faisoit voir qu'ils le recon-
noissoient dé ja pour leur futur
ſouverain. Les paroles suivan-
tes servoient d'ame à cetre de-
vise.
OLIM TIBI SIC SERVIRE
DOCEMUR.
Ce qui faisoit entendre qu'-
une des principales applica-
tions des Maistres de ce Col-
lege, est d'inspirer à leurs Elé-
ves un respect & une obéissance
sincere pour le Roy; & que les
enfans goûtent deja par avan-
ce, le plaisir qu'ils auront de
vivre un jour sous les Loix de
Monseigneur le Duc de Bre-
tagne,
Rejouissances.
1)
La seconde devise qui étoit
à main gauche, re presentoit un
Chesne dans sa vigueur, de la
d'autre
tige duquel sortoit
Chesnes de differentes hau-
teurs, avec ces mots.
PLURA VIDEBIT.
Afin de faire connoistre par
le symbole de cet Aibre qui
dure longtemps, que la parfaite
santé du Roy donne lieu d'es-
perer, qu'il peut voiriun jour
les enfans de ses arriere petits
Eils.
Les deux façades des costez
de ce Palais representoient deux
Portiques soutenus de pilastres
aussi de marbre. A costé de l'un
dans une niche de huit pieds,
Pilij
Réjouissances.
10
voyoi
tune Statuë qui re-
Rr
ntoit la Force; & à costé
de l'autre, la Prudence estoit
designée par une autre; ces
deux figures estoient de hau-
teur d'homme, & marquoient
que le bonheur dont jouit la
France depuis plus de soixante
ans, ne vient que de la force
& de la prudence du Monar-
que qui la gouverne.
Au milieu de ces deux faça-
des, estoient deux Cartouches,
dans l'un desquels on avoit
peint trois seps de vignes de
grandeur inégale , & chargez
de raisins; au dessous commen
goit à s'élever un tendre rejet-
ton qui ne promettoit pas moins
de fertilite; ce qui estoit ex
primé par ce Vers
Réjouissances.
175
vord
SUSPICE; NON ALIOS TIEI
DAT BUROUNDIA FOETUS,
E nge
2
Dans le second Cartouche,
surde sommet d'une haute mon-
tagne, on voyoit un grand re-
servoir d'eau, & au pied de
cette montagne un jet,
qui
nontoit dans l'air, avec
Vers.
CE JET EN
SELEVAN
EGALERA SA SOURCE.,
L'artifice du feu consistoit
dans un nombre de fusées vo-
lantes, de gerbes, de nappes
& de soleils de feu. Les Tim.
bales, les Trompettes & les
1
Hautbois jouerent pendant
Réjouissances.
176
tout le jour. La feſte dura jus-
qu'a minuit, & fut fermée par
une derniere décharge des ca-
nons; mais ce qui la rendit bien
remarquable, & qui mit le
comble à la joye, c'est qu'elle
ne fut mêlée d'aucun desordre
ny d'aucun facheux accident.
Aucun des Pensionnaires, au-
cune des personnes de distinc-
tion dont leurs chambres
étoient remplies, aucun des
voisinsi qui regardoient ce spec-
tacle de leurs fenestres, per-
sonne enfin de la populace qui
remplissoit la cour en foule non-
seulement ne fut incommo-
dée ; mais n'eut pas même
sujet d'aprehender de l'estre,
chacun s'estant porté de lui-
même à se conformer aux def-
Réjovissances.
17
fenses qui avoient esté faites de
tirer des fusils, des pistolets,
des petards, des serpenteaux,
& generalement tout ce qui
auroit pû inquicter les specta-
teurs.
En vous entretenant des ré-
jouissances faites dans tant de
Colleges, je dois vous dire que
Mr l'Abbé de Fourneaux, qui
loge dans l'Univerſité, ruë
Saint Etienne des Grecs, s'est
distingué dans son quartier par
une tres-belle illumination, &
par un grand nombre de fusées
volantes qu'il fit tirer le 7. Ily
avoit une fort belle Symphonie
dans son logis, ce qui attira
beaucoup de monde dans toute
ſa ruë, où la ſanté du Roy fut
bue avec de grandes acclama-
Réjouissances.
878
tions. Cet Abbe ayant fait don-
ner à boire à tous ceux qui
estoient devant sa porte. Sa
Muse s'est signalée dans cette
occasion, & il n'a pas moins
donné de marques de sa joye
par ses Vers, qui ont esté fort
applaudis, que par la depense
que son zele lui a fait faire.
le ne doute point que vous
n'attendiez avec impatience la
Relation de ce que les Jesuites
du College de Louis le Grand
firent le Dimanche 1ze de Juil-
let pour celebrer la naissance
de Monseigneur le Duc de Bre-
tagne. Le public sembloit estre
biencontent des marques dejoye
que ces Peres avoient déja ta-
che de donner à ce sujet, pen-
dant troisjours consecutifs: mais
Réjouissanes.
1
ses Peres n'estoient pas encore
contens d'eux- mêmes, & c est
ce qui les determina à faire tra-
vailler à la Feste dont voicy le
détail, & qu'ils ont essayé de
rendre complette.
Elle dura presque tout le jour,
& elle ne finit qu'à une heure
aprés minuit.
Le matin on chanta le Te
Deum & l'Exaudiat en Musique,
pour remercier Dicu des bene-
dictions qu'il répand sur la Fa-
mille Royale, & pour le prier
de n'en point interrompre le
cours. Les Tymbales & les
Trompettes tehoient leur par-
tie dans les Symphonies du Te
Deum, dont la Musique estoit
peut-eſtre composée de plus de
voix & de plus d'instrumens
1o Réjouissances.
qu'il n'en faut pour un ausse
petit lieu que la Chapelle du
College. Le Te Deum fut pre-
cedé & fut suivi de plusieurs
salves de Mousqueterie. L'aprés
midy le Pere le Jay, l'un des
deux Regens de Rhetorique
prononça un discours-latin d'u-
ne heure entiere, où il fit voir
que Dieu a donné le Serenis-
sime Ducude Bretagne au Roy
pour récompensen son zele ardent
pour la Religion, & à toute la Rran-
ce, pour recompenser son attache-
ment inviolable pour le Roy.
L'assemblée estoit belle &
nombreuse. Monsicur le Car-
dinal d'Estrees s'y trouva avec
les deux Nonces, plusieurs Ar-
chevêques & Evêques, & beau-
coup d'autres personnes de dis-
Réjouissances.
181
tinction. Les principaux orne-
mens du lieu de l'assemblée
estoient les Portraits des Au-
gustes Personnes qui composent
la famille Royale, avec cette
deviſe qui a eſté trouvée fort-
belle & fort convenable au su-
jet C'estoit la constellation ap-
pellée la Couronne, avec ces
belles paroles.
QUOTIIIN UNA SYDERA
FULGENIS
Que d'astres brillent en elle seule,
Ce qui marque admirable-
ment bien ce nombre d'illustres
teſtes qui font aujourd'huy la
famille Royale. Un peu avant
on répandit dans l'assemblée un
Réjouissances.
r
gand nonbre de nieres en gert
latins & en vers françois sur la
naissance du jeune Prince.
Il est temps de vous parler
de ce qui termina la Feste; j'en-
tend l'illumination & les feux
de joye, qui n'en firent pas
la moindre partie. Les quatre
grands corps de logis qui for-
ment la Cour du College es-
toient tous couverts, ou de ta-
pisseries de haute lisse, ou de
lumieres; ensorte que de deux
tremaux, l'un estoit tapissé &
l'autre faisoit comme un seul
corps de lumières composé d'u-
ne baſe, d'une pyramide & d'u-
ne couronne. Outre les lumié-
res des tremaux, un nombre
infini de lampes formoit une
grande lettre au dessous de cha-
Résouissances.
183
que fenestre, & toutes ces let-
tres ensemble formoient l'ins-
cription que voici.
PROAVO REGUMMAXIMO,
AVO PKINCIFUMOFTIMO,
PATRIUTRIUSQUEE-
Muxo.
ADELAIDI
FORTUNATAE MATXI
NATALITIOS DuCIS BRI
TANNIAE.
LuDOS CONSECRAT COL-
LEGIUM LUDOVICI MAGNI.
C'est- à dire: le College de
Louis le Grand confacre ces jeux
pour la naissance du Duc de Bre-
tagne, à san Bisayenl le plus grand
des Rois, à son Ayeul le meil-
leur des Princes, à son Pere qui
uillet 1704. II. P.
Réjouissances.
184
.
tache d'égaler l'un & l'autre,
des
Adelaide la plus heureuse
Meres.
Certe inscription partagée en
quatre occupoit les quat re faces
des bâtimens de la cour. La
face de front étoit pour le
Roy, celles des côtez pour
Monseigneur le Dauphin &
pour Monseigneur le Duc de
Bourgogne, enfin la quatrié-
me eſtoit pour le reſte de l'ins-
cription, qui occupoit encore
toute la face du Pavillon qui
eit au defsus de la porte. Les
fenêtres de la face de front é-
toient garnies de fort beaux
lustres: Et les lucarnes des qua-
tre corps de logis estoient cou-
ronnées chacune d'un grandpot
à feu, ce qui faisoit un aſsez bel
effet & un beau coup d'œil.
Réjouissances.
185
Toure la cour ſe trouva ſur
les neuf heures éclairée & plei-
ne de Peuple: Et l'heure son-
nant, l'action, pour ainsi dire,
commença par une furieuſe dé-
charge de Mousqueterie. Ce
ne fut ensuite qu'un feu con-
tinuel, qui ne ſe rallentit qu'à
minuit, & qui ne oessa entie-
rement que plus d'anc heure
aprés. Ce feu ſi continuel ne
fut cependant pas sans ordie.
A chaque quart d'heure
les
Mousquetaires faisoient une de
charge, pendant
laquelle
un
grand nombre de
Tambours
battoient la charge: On s'i-
maginoit entendre
le premier
bruit d'un affaut.
Ensuite
les
Trompettes accompagnées des
Lymballes comme
pour an-
Réjouissances..
186
noncer la Victoire, sonnoient
des fanfares. L'Artifice jouoit
après cela jusqu'à une nou-
velle décharge de la Mous-
queterie: Et cet ordre s'est ob-
fervé jusqu'à la fin; l'Horloge
qui est placée sur la cour re-
.
glant tout.
Ilylavoit un Théatre le
long d'une des faces des Ba-
timens pour faire jouer l'arti-
fice préparé par les ordres du
Pere principal; Et les Artifi-
ciers occupoient aussi au milieu
de la cour une enceinte, d'ou
ils tiroient les fusées volantes,
& d'ou ils faisoient sortir de
temps en temps des feux dun
bassin d'eau qu'ils y avoient
disposé pour cet effet
Les Pensionnaires de ce Col-
Réjouissances.
187
lege donnerent des marques du
zele qu'onis'applique à leur ins-
pirer pour Sa Majesté. Plu-
sieuns d'entre cux aiant fait
préparer de tres beaux artifices
qu'ils firent jouer de leurs fe-
nêtres Messieurs de Villeroy
de Croy, de la Rochefou-
cault, de Brissac, de Nassau, de
Mancini, de Ligne, Willo-
pofxi, de Surville, de Som-
mery, de Château-Renauld
d'Armenonville & Turgot se
sontisur tout distinguez en cette
occasion. Ils avoient tous de
tres-beaux morceaux d'artifice
lesquels se suivoient de si prés
que les Spectateurs trouvoient
acpeine un moment pour reve-
nir de la surprise que chacun
leux avoit causée. D'une face
Rejouissances.
188
de bâtiment à l'autre, on avoit
iendu beaucoup de cordes, le
long desquelles les fufées al-
doient & revenoient sans cesse
se croisant souvent, & faisant
ainsi une espece de combat tres-
agréable aux yeux
La foule infinie du Peuple
dont la cour regorgebit, con-
tribua beaucoup à la beauté du
spectacle: Et la quantité de
feux qui y tomboit de toute
part ne put la faire desemplir
amoseul instant; Car ceux qui
sortoient pour ne pouvoir sou-
tenir plus long. temps la vio-
lence & la continuité du feu,
estoient sur le champ rempla-
ces par d'autres, dont la rue
S. Jacques estoit pleine; à plus
de trois cens pas du College
189
Réjouissances.
en montant & en descendant.
Il estoit à craindre qu'une
si grande foule ne causat quel-
que desordre: Mais Monsieur
d'Argenson à qui rien n'échape,
avoit fait poſter à la porte du
College & aux environs une
bonne partie du Guet, à pied
& à cheval. On avoit pris aussi
des précautions pour empê-
cher les accidens du dedans.
On avoit abandonné certain
nombre de fenêtres aux Arti-
ficiers, & les enfans avoient
d'autres fenêtres pour voir les
feux à leur aise.
On avoit fait aussi une gal-
lerie de planches, au dessus des
lucarnes, qui regnoit au tour
des quatre bâtimens: & c'estoit
la qu'on avoit placé les Mous-
1100
Réjouissances.
quetaires, afin qu'il n'y eût
point d'armes a feu dans les
chambres des Pensionnaires.
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230
p. 190-192
« Ce qui suit devroit avoir esté placé plustost, mais je n'estois [...] »
Début :
Ce qui suit devroit avoir esté placé plustost, mais je n'estois [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Ce qui suit devroit avoir esté placé plustost, mais je n'estois [...] »
Ce qui suit devroit avoir esté
placé plustost, mais je n'estois
pas encore bien informé de ce
que je devois dire sur cet ar-
ticle.
Le jour de la naissance de
Monseigheur le Duc de Breta-
gne, il y eut un feu devant
Hotel de Pontchartrain, au-
quel il ne manqua rien de tout
ece qui pouvoit faire éclater le
zele & la joye du grand Mi-
mniſtre qui l'avoit ordonné. Le
frontispice de ce superbe Hô-
tel, estoit éclairé par une gran-
de quantité de lampes disposées
avec beaucoup d'art & d'ordre.
On
Réjouissances.
191
On commença d'abord par ti-
rer plusieurs fusées volantes & il
se fit trois grandes décharges de
Mousqueterie, qui furent sui-
vies de trois décharges de boë-
tes Les Trompettes, les Tim-
balles & les Haut bois, qui
estoient dans le Salon, qui est
au fond de la cour, se firent
entendre avec un extrême plai-
sir, pendant tout le temps que
le feu dura. Quatre fontaines
de vin ne cesserent point de
couler en abondance du haut
des balcons, pendant plus de
de trois heures. On diſtribua
outre cela à la porte de toutes
fortes de vins, à tous ceux qui
en voulurent Quoy qu'il y eust
une affluence extraordinaire de
peuple, toutes les melures
Juillet 1704. II. P.
R.
Réjouissances.
192
voient esté si bien prises, &
elles furent si bien exécutées
qu'il n'y arriva aucun desordre.
placé plustost, mais je n'estois
pas encore bien informé de ce
que je devois dire sur cet ar-
ticle.
Le jour de la naissance de
Monseigheur le Duc de Breta-
gne, il y eut un feu devant
Hotel de Pontchartrain, au-
quel il ne manqua rien de tout
ece qui pouvoit faire éclater le
zele & la joye du grand Mi-
mniſtre qui l'avoit ordonné. Le
frontispice de ce superbe Hô-
tel, estoit éclairé par une gran-
de quantité de lampes disposées
avec beaucoup d'art & d'ordre.
On
Réjouissances.
191
On commença d'abord par ti-
rer plusieurs fusées volantes & il
se fit trois grandes décharges de
Mousqueterie, qui furent sui-
vies de trois décharges de boë-
tes Les Trompettes, les Tim-
balles & les Haut bois, qui
estoient dans le Salon, qui est
au fond de la cour, se firent
entendre avec un extrême plai-
sir, pendant tout le temps que
le feu dura. Quatre fontaines
de vin ne cesserent point de
couler en abondance du haut
des balcons, pendant plus de
de trois heures. On diſtribua
outre cela à la porte de toutes
fortes de vins, à tous ceux qui
en voulurent Quoy qu'il y eust
une affluence extraordinaire de
peuple, toutes les melures
Juillet 1704. II. P.
R.
Réjouissances.
192
voient esté si bien prises, &
elles furent si bien exécutées
qu'il n'y arriva aucun desordre.
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231
p. 198-204
« Il est temps de parler des Communautez de Paris qui ont [...] »
Début :
Il est temps de parler des Communautez de Paris qui ont [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Il est temps de parler des Communautez de Paris qui ont [...] »
Il est temps de parler des
Communautez de Paris qui ont
199
Réjouissances.
fait chanter le Te Deum Celle
des Libraires a donné l'exem-
ple aux autres & voulant mar-
quer son zele la premiere; elle
ne ſe donna pas le temps de
faire préparer un Te Deum en
musique, & en fit chanter un
le 29 de Juin, dans l'Eglise des
Machurins. Monsieur Emery,
Sindic de cette Communauté
ſe distingua le soir par des il-
luminations & distribution de
vin, des feux, par un grand
repas qu'il donna chez luy &
géneralement par tout ce qui
pouvoit marquer son zele. Tous
ses confreres firent connoître
le soir, par la plus grande par-
tie de ces choses, qu'ils estoient
animez du même zele Les Im-
primeurs, & les Relicurs, qui
200
Réjoiissances.
sont de la même Communau-
té, donnerent aussi le soir de
grandes marques de leur joye,
& leurs Maisons furent remar-
quées par les feux qui les é-
clairoient de tous côtés.
Le même jour les Gardes de
la Communauté des Marchands
Merciers, firent chanter. un
Te Deum dans l'Eglise du saint
Sepulchre. Cette Eglise étoit
magnifiquement parée, & le
Te Deum fut chanté au bruit
des timballes, des trompettes
& des haut bois. La maison de
leur Communauté, scituée, ruë
Quinquempoix, fut illuminée en
dedans & en dehors, d'une in-
finité de lamprons; on tira
plusieurs fusées volantes de plu-
sieurs manieres differentes, les
Réjouissances.
201
unes s'élevant en l'air , & les
autres allant d'un bout à l'autre
de la ruë sur une corde, & re-
venant au même endroit d'ou
elles étoient parties. On distri-
bua du vin au peuple; il y eut un
grand bal dans la maison, qui fut
accompagné d'une collation, où
l'on servit en abondance toutes
sortes de rafraichissemens, ce
bal dura toute la nuit Les Gar-
des qui étoient en charge firent
des feux devant toutes leurs por-
tes, & des illuminations, & firent
distribuer du vin au peuple, &
cet exemple fut imité de tous les
Marchands de leur Communau-
té, qui se trouverent en état de
le suivre, & les autres ne laisse
rent pas de donner de grandes
marques de leur joye Monsieur
202
Réjouissances.
Boucher, ruë de la Monnoye se
fit distinguer, ayant fait deco-
rer & illuminer dedans & de-
hors toute sa maison, qui est ex
trémement grande; Il donna
un bal & une grande collation,
& ses manieres parurent fort
honnêtes & fort gracieuses.
Le même jour 19. La Com-
pagnie des Maîtres Apoticai-
res fit chanter dans l'Eglise des
Grands Augustins un Te Deum
en musique, avec vingt cinq
violons, deux paires de tim-
balles & quatre trompettes Ils
allerent ensuite dans leur Bu-
reau, Cloître ſainte Opportu-
ne, aude vant duquel ils firent
un feu, qui fut accompagne
d'une grande quantité d'artifi-
ces. La façade du Bureau étoit
Réjouissances.
203
illuminée par un grand nombre
de bougies de cire blanche.
Deux fontaines de vin coule-
rent pendant la plus grande
partie de la nuit & plusieurs ta-
bles furent servies tres magni-
fiquement, ou tout le monde
etoit tres-bien recu. On distri-
bua au peuple devant la porte
du Bureau, plus de cent boë-
tes de confitures seches. Le mê
me jour, la même Communauté
des Apoticaires fit faire une
rande illumination accompa-
gnée d'un grand feu devant la
porie du jardin des plantes,
qui s ont dans la rue de l'Ar-
balête, Faux-bourg saint Mar-
ceau. On donna à boire à tous
ceux que ce beau spectacle atti-
ra. Ces deux fêtes ont été faites
Rejouissances.
204
par les soins de Messieurs Bal-
by, Mayol & Allary, Gardes
en charge.
Communautez de Paris qui ont
199
Réjouissances.
fait chanter le Te Deum Celle
des Libraires a donné l'exem-
ple aux autres & voulant mar-
quer son zele la premiere; elle
ne ſe donna pas le temps de
faire préparer un Te Deum en
musique, & en fit chanter un
le 29 de Juin, dans l'Eglise des
Machurins. Monsieur Emery,
Sindic de cette Communauté
ſe distingua le soir par des il-
luminations & distribution de
vin, des feux, par un grand
repas qu'il donna chez luy &
géneralement par tout ce qui
pouvoit marquer son zele. Tous
ses confreres firent connoître
le soir, par la plus grande par-
tie de ces choses, qu'ils estoient
animez du même zele Les Im-
primeurs, & les Relicurs, qui
200
Réjoiissances.
sont de la même Communau-
té, donnerent aussi le soir de
grandes marques de leur joye,
& leurs Maisons furent remar-
quées par les feux qui les é-
clairoient de tous côtés.
Le même jour les Gardes de
la Communauté des Marchands
Merciers, firent chanter. un
Te Deum dans l'Eglise du saint
Sepulchre. Cette Eglise étoit
magnifiquement parée, & le
Te Deum fut chanté au bruit
des timballes, des trompettes
& des haut bois. La maison de
leur Communauté, scituée, ruë
Quinquempoix, fut illuminée en
dedans & en dehors, d'une in-
finité de lamprons; on tira
plusieurs fusées volantes de plu-
sieurs manieres differentes, les
Réjouissances.
201
unes s'élevant en l'air , & les
autres allant d'un bout à l'autre
de la ruë sur une corde, & re-
venant au même endroit d'ou
elles étoient parties. On distri-
bua du vin au peuple; il y eut un
grand bal dans la maison, qui fut
accompagné d'une collation, où
l'on servit en abondance toutes
sortes de rafraichissemens, ce
bal dura toute la nuit Les Gar-
des qui étoient en charge firent
des feux devant toutes leurs por-
tes, & des illuminations, & firent
distribuer du vin au peuple, &
cet exemple fut imité de tous les
Marchands de leur Communau-
té, qui se trouverent en état de
le suivre, & les autres ne laisse
rent pas de donner de grandes
marques de leur joye Monsieur
202
Réjouissances.
Boucher, ruë de la Monnoye se
fit distinguer, ayant fait deco-
rer & illuminer dedans & de-
hors toute sa maison, qui est ex
trémement grande; Il donna
un bal & une grande collation,
& ses manieres parurent fort
honnêtes & fort gracieuses.
Le même jour 19. La Com-
pagnie des Maîtres Apoticai-
res fit chanter dans l'Eglise des
Grands Augustins un Te Deum
en musique, avec vingt cinq
violons, deux paires de tim-
balles & quatre trompettes Ils
allerent ensuite dans leur Bu-
reau, Cloître ſainte Opportu-
ne, aude vant duquel ils firent
un feu, qui fut accompagne
d'une grande quantité d'artifi-
ces. La façade du Bureau étoit
Réjouissances.
203
illuminée par un grand nombre
de bougies de cire blanche.
Deux fontaines de vin coule-
rent pendant la plus grande
partie de la nuit & plusieurs ta-
bles furent servies tres magni-
fiquement, ou tout le monde
etoit tres-bien recu. On distri-
bua au peuple devant la porte
du Bureau, plus de cent boë-
tes de confitures seches. Le mê
me jour, la même Communauté
des Apoticaires fit faire une
rande illumination accompa-
gnée d'un grand feu devant la
porie du jardin des plantes,
qui s ont dans la rue de l'Ar-
balête, Faux-bourg saint Mar-
ceau. On donna à boire à tous
ceux que ce beau spectacle atti-
ra. Ces deux fêtes ont été faites
Rejouissances.
204
par les soins de Messieurs Bal-
by, Mayol & Allary, Gardes
en charge.
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232
p. 204-209
« Entre les demonstrations de joye qui ont éclaté dans le Public [...] »
Début :
Entre les demonstrations de joye qui ont éclaté dans le Public [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Entre les demonstrations de joye qui ont éclaté dans le Public [...] »
Entre les demonstrations de
joye qui ont éclaté dans le Public
au ſujet de l'heureuſe naiſ-
sance de Monseigneur le Duc
de Bretagne ; les Marchands
ordinaires de la Garde- Robe
de Madame la Duchesse de
Bourgogne ſe sont beaucoup di-
ſtinguez. Leur zele a été ſi
prompt, qu'à peine eut on ap-
pris que ce nouveau Prince
étoit au monde, que les mai-
sons de ces Messieurs retenti-
rent d'allegresse; leurs feux,
leurs illuminations & leurs li-
beralités envers le Peuple an-
noncerent dans leurs quartiers,
Réjouissances. 205
les premières nouvelles de ce
grand évenement : l'harmonie
de leurs concerts, & l'éclat de
leurs fuzées attirerent chez eux
une foule de monde, que les
bals, & les collations y retin-
rent les nuits entieres; & ces
réjouissances ont été d'autant
mieux marquées, qu'elles se sont
soutenuës pendant prés de quin-
ze jours, avec la même vivacité
que le premier jour.
Les Fêtes particulieres qui
ont été données par chacun
d'eux, ont été terminées par
des actions de graces qu'ils ont
renduës en Corpsépour remer-
cier le Ciel d'une si rare faveur;
Ilsy avoient invité le Public par
les preparatifs les plus capables
de rendre cette action de pieté
206 Réjouissances.
magnisique & solemnelle. Elle
fut celebrée le septième Juillet
à cinq heures du soir, dans
l'Eglise des R. P. de l'Oratoire
de laint Honoré.
Les ornemens étoient magni-
fiques ; & tout y étoit d'une
tres belle ordonnance. L'Autel
étoit éclairé par un grand nom-
bre de bougies, ainsi que toute
l'Eglise ; Et quoy que le choix
n'eût aucune part dans les per-
sonnes qui composoient cette
assemblée; on peut dire qu'elle
étoit si brillante par la quan-
tité du beau monde qui s'y trou-
va; qu'il sembloit qu'on n'y eût
invité que des personnes de
distinction & de qualité.
L'Aſſemblée ſe trouva tres-
nombreuſe dés midy, par l'em-
Réjouissances.
207
pressement que causoit la crain-
te de ne pouvoir trouver place;
on n'en doit pas être surpris,
puis qu'on avoit annonce par
des affiches un Te Deum & un
Exardiat à trois grands Choeurs
de Musique, de la composition
de Monsieur Campra; Ce qui
fut executé par les plus habiles
& les plus excellens Musiciens
& Simphonistes de Paris.
La confusion qu'auroit
pu
causer un si grand concours, fut
prevenuë au dehors par le ſoin
qu'on avoit pris de mettre à
toutes les portes une Garde des
cent Suisses du Roy; & on avoit
commis pour le dedans des per-
sonnes si entenduës pour le bon
ordre, que chacun y fut placé
commodément & gratuitement.
Juillet 1704. II. P.
208 Réjouissances.
De sorté qu'on ne laissa rien à
desirer pour la satisfaction du
public.
Les R. P. de l'Oratoire ren-
dirent cette ceremonie toute
édifiante par leur pieté ordinai-
re, & auguste par la magnifi-
cence de leur Autel, & par le
grand nombre de Prêtres qui
y assisterent. Le P. de la Tour,
General de leur Ordre se fit
un honneur d'en être le Cele-
brant; & la beauté de la Mu-
sique, mêlée avec le bruit des
trompettes & des timballes, que
Monsieur Campra y faisoit en-
trer de temps en temps, firent
un effet qui donna beaucoup
de plaiſir à toute l'assemblée.
Enfin on peut dire à l'avan-
tage de ces Messicurs que leur
Réjouissances. 209
zele s'est distingué par tant de
magnificence, de generosité
& de dépense bien ordonnée,
qu'on a peu vû de fête plus ac-
complie, dont le public ait été
plus satisfait & plus content.
joye qui ont éclaté dans le Public
au ſujet de l'heureuſe naiſ-
sance de Monseigneur le Duc
de Bretagne ; les Marchands
ordinaires de la Garde- Robe
de Madame la Duchesse de
Bourgogne ſe sont beaucoup di-
ſtinguez. Leur zele a été ſi
prompt, qu'à peine eut on ap-
pris que ce nouveau Prince
étoit au monde, que les mai-
sons de ces Messieurs retenti-
rent d'allegresse; leurs feux,
leurs illuminations & leurs li-
beralités envers le Peuple an-
noncerent dans leurs quartiers,
Réjouissances. 205
les premières nouvelles de ce
grand évenement : l'harmonie
de leurs concerts, & l'éclat de
leurs fuzées attirerent chez eux
une foule de monde, que les
bals, & les collations y retin-
rent les nuits entieres; & ces
réjouissances ont été d'autant
mieux marquées, qu'elles se sont
soutenuës pendant prés de quin-
ze jours, avec la même vivacité
que le premier jour.
Les Fêtes particulieres qui
ont été données par chacun
d'eux, ont été terminées par
des actions de graces qu'ils ont
renduës en Corpsépour remer-
cier le Ciel d'une si rare faveur;
Ilsy avoient invité le Public par
les preparatifs les plus capables
de rendre cette action de pieté
206 Réjouissances.
magnisique & solemnelle. Elle
fut celebrée le septième Juillet
à cinq heures du soir, dans
l'Eglise des R. P. de l'Oratoire
de laint Honoré.
Les ornemens étoient magni-
fiques ; & tout y étoit d'une
tres belle ordonnance. L'Autel
étoit éclairé par un grand nom-
bre de bougies, ainsi que toute
l'Eglise ; Et quoy que le choix
n'eût aucune part dans les per-
sonnes qui composoient cette
assemblée; on peut dire qu'elle
étoit si brillante par la quan-
tité du beau monde qui s'y trou-
va; qu'il sembloit qu'on n'y eût
invité que des personnes de
distinction & de qualité.
L'Aſſemblée ſe trouva tres-
nombreuſe dés midy, par l'em-
Réjouissances.
207
pressement que causoit la crain-
te de ne pouvoir trouver place;
on n'en doit pas être surpris,
puis qu'on avoit annonce par
des affiches un Te Deum & un
Exardiat à trois grands Choeurs
de Musique, de la composition
de Monsieur Campra; Ce qui
fut executé par les plus habiles
& les plus excellens Musiciens
& Simphonistes de Paris.
La confusion qu'auroit
pu
causer un si grand concours, fut
prevenuë au dehors par le ſoin
qu'on avoit pris de mettre à
toutes les portes une Garde des
cent Suisses du Roy; & on avoit
commis pour le dedans des per-
sonnes si entenduës pour le bon
ordre, que chacun y fut placé
commodément & gratuitement.
Juillet 1704. II. P.
208 Réjouissances.
De sorté qu'on ne laissa rien à
desirer pour la satisfaction du
public.
Les R. P. de l'Oratoire ren-
dirent cette ceremonie toute
édifiante par leur pieté ordinai-
re, & auguste par la magnifi-
cence de leur Autel, & par le
grand nombre de Prêtres qui
y assisterent. Le P. de la Tour,
General de leur Ordre se fit
un honneur d'en être le Cele-
brant; & la beauté de la Mu-
sique, mêlée avec le bruit des
trompettes & des timballes, que
Monsieur Campra y faisoit en-
trer de temps en temps, firent
un effet qui donna beaucoup
de plaiſir à toute l'assemblée.
Enfin on peut dire à l'avan-
tage de ces Messicurs que leur
Réjouissances. 209
zele s'est distingué par tant de
magnificence, de generosité
& de dépense bien ordonnée,
qu'on a peu vû de fête plus ac-
complie, dont le public ait été
plus satisfait & plus content.
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233
p. 209-220
« Le 14. les Maîtres Paumiers firent chanter dans l'Eglise des [...] »
Début :
Le 14. les Maîtres Paumiers firent chanter dans l'Eglise des [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Le 14. les Maîtres Paumiers firent chanter dans l'Eglise des [...] »
Le 14. les Maîtres Paumiers
firent chanter dans l'Eglise des
Mathurins, un Te Deum en
musique, de la composition de
Monsieur Campra. Il y avoit
des Thuorbes, des basses de
viole & des dessus, des trom-
pettes & des timballes, de ma-
niere qu'avec les voix, plus de
cinquante personnes jouerent
ou chanterent à ce Te Deum,
qui fut tres applaudi.
La Communauté des Mar-
chands Privilegiez suivant la
S 1
210 Réjouissances.
Cour, étant particulierement
tres attachée au service du Roy,
distingua le 21. de Juillet d'une
mahiere tres éclatante, elle
avoit choisi l'Eglise des Reli-
gieuſes de faint Magloire, ruë
de saint Denis pour cette cere-
monie; & pour cet effet, elle
fit decorer le portail du Con-
vent, en maniere d'Arc de
triomphe. Au dessus de la cor-
niche, qui en faisoit l'entable-
ment, on avoit placé un grand
Tableau du Roy, enferme d'u-
ne riche bordure, sous un dais
tres magnique & brodé d'or
Aux deux côtez étoient éle-
vez deux grands palmiers, char-
gez de Trophées d'Armes na-
turelles de Drapeaux, casques,
corcelets, masses d'Armes, per-
Réjovissances.
21I
tuisanes, coutelas & autres in-
strumens de Guerre. Sous la
corniche & au dessous du Ta-
bleau du Roy, étoient les Ar-
moiries de S M. avec tous leurs
ornemens dans un grand car-
touche isolé, accompagnées des
deux côtez, de deux inscriptions
Latines & en lettres d'or pa-
reillement dans des bordu-
res ovales dorées. Dans l'une
on lisoit unum sequimur, &
dans l'autre rependet in omnes,
Du haut du dais, tomboient à
droite & à gauche des Guir-
landes & des Festons de fleurs
naturelles, qui venoient se méler
agréablement avec tous ces or-
nemens, & qui aprés avoir pa-
ré de ceintre, descendoient des
deux côtez jusque sur le Socle,
212 Réjouissances.
Le dessous de la porte & tou-
te la façade de l'Eglise étoient
ornez de Tapisseries. On avoit
couvert le ceintre plein gothi-
que de la porte de l'Eglise, d'u-
ne grande table de marbre blanc
feint, ou étoit cette belle Iuscri-
ption.
REGI PROAVO,
FAXIT DEUS UT QUONDAM
ATAVO,
REGALI EJUS PROSAPIAE
ET NATALIBUS ERINCIPIS
DUCIS BRITANNIAE
INSTITORES ET OPIFICES
LICI
Réjouissances.
213
BENE PRECANTUR.
C'est à dire. Les Maichands
& Artisans suivant la Cour, font
des vœux & souhaittent toute pro-
sperité au Roy Bisayeul (fasse le
Ciel qu'on le voye un jour Trisayeul)
à sa Famille Royalle & à la
Naissance de Monseigneur le Duc
de Bretagne.
Cette Inscription étoit ac-
compagnée de six devises, qui
exprimoient ce que les Peuples
doivent un jour esperer de ce
grand & beau Prince.
I.
Pour montrer qu'il ira aufsi
loin que ses Ancêtres, un Re
jetton qui naît au pied d'un
grand Arbre, avec ce môt
214. Réjouissances.
STIKPI PAR ERIT.
Pour égaler un jour la Hauteur de
sa Tige.
II.
Un Aiglon dans son aire, qui
épanouit ses alles en voyant
trois grands Aigles qui volent
au dessus, marque qu'il voudroit
déja les suivre, pour se rendre
digne du sang dont il est issu.
PROLES DIGNA PATRUM.
Digne Fils de ses grands Ayeux.
IIII.
Pour la valeur future de ce
grand Prince, un jeune. Coq qui
par ſa diſposition montre déja
J'ardeur qui l'anime & qui l'en-
fame,
25
AD
Réjouissances. 215
AD BELLICA NATUS.
Il nait pour la Valeur.
IV.
Pour montrer qu'à l'exemple
de ses Peres il aimera les Ver-
tus qui font les veritables He-
ros, un Lionceau.
A VITE VIRTUTIS NO
DEGENER.
Par tout il soutiendra la vertu de
ses Peres.
V.
Le Cedre porte sa cime plus
haut que tous les autres arbres:
c'est pourquoy, pour montrer ce
que sera un jour Monseigneur
le Duc de Bretagne, on a mis
suillet 1704. II. P.
I)
Réjouissances.
216
pour le corps de cette devise,
un jeune Cedre qui s'éleve, &
pour ame.
CRESCIT UT ALIAS SUPERÉT.
Il croit pour etre au dessus des autres,
VI.
Si les Cometes sont les signes
funestes des malheurs: au con-
traire, les Etoiles qui paroissent
de nouveau nous annoncent la
prosperité & les biens; La Paix
etant le plus grand de tous & le
plus souhaité; il est constant
que la Naissance de Monsei-
gneur le Duc de Bretagne, éta-
blissant la Branche de Mon-
seigneur le Duc de Bourgogne,
dissipe les craintes que les Es-
pagnols pourroient avoir de
Réjouissances.
217
quelque rupture, si ce Prince
mouroit sans posterité, unit
davantage les deux Nations, de-
sespere les ennemis du Roy
Catholique, affermit par con-
sequent l'amour de ses peuples
& fait esperer aux uns & aux
autres une paix durable & soli-
de. C'est ce qu'on a exprimé
par une Etoile brillante & de
la premiere grandeur, au cœeur
de laquelle est une hermine,
avec ces paroles.
NOVA LUX PRAENUNCIA
PACIS.
Par cet Astre nouveau nous esperons
la Paix.
On avoit mis enfin une autre
Inscription dans l'Eglise & au
dessus de la Tribune; où pour
T ij
218 Réjouissances.
rendre autant qu'on a pû l'ex-
pression de la lettre du Roy
on avoit écrit en Latin.
FELICIS PROAVI SO-
BOLES NUMEROSA FO-
VEBITSPEM POPULI.
Cette Naissance perpetuë le bon-
heur des peuples par cette longue
suite de Rois qu'elle leur assure.
Toute l'Eglise étoit tenduë
de tres-riches Tapisseries, ornée
d'un grand nombre de lustres,
mais la parure de l'Autel sur-
passoit tout le reste; soit par
la richesse des ornemens, soit
par la quantité des Girandoles
& du luminaire, où l'on avoit
mis par tout des écussons aux
Armes du Roy; & ce qui aug
219
Réjouissances.
mentoit la beauté du ſpectacle,
c'étoit quantité de vases & de
quaisses de fleurs, qui faisoient
une varieté tres agréable parmi
toutes ces richesses, & rendoient
une odeur qui parfumoit toute
l'Eglise.
Mr le Marquis de Sourches,
grand Prevôt de France, fit
l'honneur à cette Communauté
qui depend de luy, d'assister à
cette fête, à la tête de tous les
Officiers de sa Jurisdiction Mr
l'Abbé de Sourches, Aumônier
du Roy, revétu d'une chape
tres magnifique, sit la ceremo-
nie, & entonna le Te Deum,
qui fut continué par une excel-
lente Musique & par une tres-
belle ſimphonie, de la compo-
sition de Mr Lallouette Maitre
11
220
Réjovissances.
de l'Eglise de Paris, aussi-bien
que la Priere pour le Roy &
pour la Famille Royalle, com-
posée de paroles choisies ex-
prés, tirées de l'Ecriture Sainte,
qui fut chantée avec le même
succés.
Pendant la ceremonie, les
fanfares des trompettes & le
bruit des timballes du Roy, qui
étoient placées au dehors, &
à des fenêtres qui donnoient
sur la ruë, occupoient agréa-
blement un grand concours de
peuple, qui à cause de la fou-
le, n'avoit pu trouver aucune
entrée dans l'Eglise.
Tout cela s'est fait par les
soins des Messieurs Lambert,
Le Febvre & Maurice, Sindics
generaux de cette Compagnie.
firent chanter dans l'Eglise des
Mathurins, un Te Deum en
musique, de la composition de
Monsieur Campra. Il y avoit
des Thuorbes, des basses de
viole & des dessus, des trom-
pettes & des timballes, de ma-
niere qu'avec les voix, plus de
cinquante personnes jouerent
ou chanterent à ce Te Deum,
qui fut tres applaudi.
La Communauté des Mar-
chands Privilegiez suivant la
S 1
210 Réjouissances.
Cour, étant particulierement
tres attachée au service du Roy,
distingua le 21. de Juillet d'une
mahiere tres éclatante, elle
avoit choisi l'Eglise des Reli-
gieuſes de faint Magloire, ruë
de saint Denis pour cette cere-
monie; & pour cet effet, elle
fit decorer le portail du Con-
vent, en maniere d'Arc de
triomphe. Au dessus de la cor-
niche, qui en faisoit l'entable-
ment, on avoit placé un grand
Tableau du Roy, enferme d'u-
ne riche bordure, sous un dais
tres magnique & brodé d'or
Aux deux côtez étoient éle-
vez deux grands palmiers, char-
gez de Trophées d'Armes na-
turelles de Drapeaux, casques,
corcelets, masses d'Armes, per-
Réjovissances.
21I
tuisanes, coutelas & autres in-
strumens de Guerre. Sous la
corniche & au dessous du Ta-
bleau du Roy, étoient les Ar-
moiries de S M. avec tous leurs
ornemens dans un grand car-
touche isolé, accompagnées des
deux côtez, de deux inscriptions
Latines & en lettres d'or pa-
reillement dans des bordu-
res ovales dorées. Dans l'une
on lisoit unum sequimur, &
dans l'autre rependet in omnes,
Du haut du dais, tomboient à
droite & à gauche des Guir-
landes & des Festons de fleurs
naturelles, qui venoient se méler
agréablement avec tous ces or-
nemens, & qui aprés avoir pa-
ré de ceintre, descendoient des
deux côtez jusque sur le Socle,
212 Réjouissances.
Le dessous de la porte & tou-
te la façade de l'Eglise étoient
ornez de Tapisseries. On avoit
couvert le ceintre plein gothi-
que de la porte de l'Eglise, d'u-
ne grande table de marbre blanc
feint, ou étoit cette belle Iuscri-
ption.
REGI PROAVO,
FAXIT DEUS UT QUONDAM
ATAVO,
REGALI EJUS PROSAPIAE
ET NATALIBUS ERINCIPIS
DUCIS BRITANNIAE
INSTITORES ET OPIFICES
LICI
Réjouissances.
213
BENE PRECANTUR.
C'est à dire. Les Maichands
& Artisans suivant la Cour, font
des vœux & souhaittent toute pro-
sperité au Roy Bisayeul (fasse le
Ciel qu'on le voye un jour Trisayeul)
à sa Famille Royalle & à la
Naissance de Monseigneur le Duc
de Bretagne.
Cette Inscription étoit ac-
compagnée de six devises, qui
exprimoient ce que les Peuples
doivent un jour esperer de ce
grand & beau Prince.
I.
Pour montrer qu'il ira aufsi
loin que ses Ancêtres, un Re
jetton qui naît au pied d'un
grand Arbre, avec ce môt
214. Réjouissances.
STIKPI PAR ERIT.
Pour égaler un jour la Hauteur de
sa Tige.
II.
Un Aiglon dans son aire, qui
épanouit ses alles en voyant
trois grands Aigles qui volent
au dessus, marque qu'il voudroit
déja les suivre, pour se rendre
digne du sang dont il est issu.
PROLES DIGNA PATRUM.
Digne Fils de ses grands Ayeux.
IIII.
Pour la valeur future de ce
grand Prince, un jeune. Coq qui
par ſa diſposition montre déja
J'ardeur qui l'anime & qui l'en-
fame,
25
AD
Réjouissances. 215
AD BELLICA NATUS.
Il nait pour la Valeur.
IV.
Pour montrer qu'à l'exemple
de ses Peres il aimera les Ver-
tus qui font les veritables He-
ros, un Lionceau.
A VITE VIRTUTIS NO
DEGENER.
Par tout il soutiendra la vertu de
ses Peres.
V.
Le Cedre porte sa cime plus
haut que tous les autres arbres:
c'est pourquoy, pour montrer ce
que sera un jour Monseigneur
le Duc de Bretagne, on a mis
suillet 1704. II. P.
I)
Réjouissances.
216
pour le corps de cette devise,
un jeune Cedre qui s'éleve, &
pour ame.
CRESCIT UT ALIAS SUPERÉT.
Il croit pour etre au dessus des autres,
VI.
Si les Cometes sont les signes
funestes des malheurs: au con-
traire, les Etoiles qui paroissent
de nouveau nous annoncent la
prosperité & les biens; La Paix
etant le plus grand de tous & le
plus souhaité; il est constant
que la Naissance de Monsei-
gneur le Duc de Bretagne, éta-
blissant la Branche de Mon-
seigneur le Duc de Bourgogne,
dissipe les craintes que les Es-
pagnols pourroient avoir de
Réjouissances.
217
quelque rupture, si ce Prince
mouroit sans posterité, unit
davantage les deux Nations, de-
sespere les ennemis du Roy
Catholique, affermit par con-
sequent l'amour de ses peuples
& fait esperer aux uns & aux
autres une paix durable & soli-
de. C'est ce qu'on a exprimé
par une Etoile brillante & de
la premiere grandeur, au cœeur
de laquelle est une hermine,
avec ces paroles.
NOVA LUX PRAENUNCIA
PACIS.
Par cet Astre nouveau nous esperons
la Paix.
On avoit mis enfin une autre
Inscription dans l'Eglise & au
dessus de la Tribune; où pour
T ij
218 Réjouissances.
rendre autant qu'on a pû l'ex-
pression de la lettre du Roy
on avoit écrit en Latin.
FELICIS PROAVI SO-
BOLES NUMEROSA FO-
VEBITSPEM POPULI.
Cette Naissance perpetuë le bon-
heur des peuples par cette longue
suite de Rois qu'elle leur assure.
Toute l'Eglise étoit tenduë
de tres-riches Tapisseries, ornée
d'un grand nombre de lustres,
mais la parure de l'Autel sur-
passoit tout le reste; soit par
la richesse des ornemens, soit
par la quantité des Girandoles
& du luminaire, où l'on avoit
mis par tout des écussons aux
Armes du Roy; & ce qui aug
219
Réjouissances.
mentoit la beauté du ſpectacle,
c'étoit quantité de vases & de
quaisses de fleurs, qui faisoient
une varieté tres agréable parmi
toutes ces richesses, & rendoient
une odeur qui parfumoit toute
l'Eglise.
Mr le Marquis de Sourches,
grand Prevôt de France, fit
l'honneur à cette Communauté
qui depend de luy, d'assister à
cette fête, à la tête de tous les
Officiers de sa Jurisdiction Mr
l'Abbé de Sourches, Aumônier
du Roy, revétu d'une chape
tres magnifique, sit la ceremo-
nie, & entonna le Te Deum,
qui fut continué par une excel-
lente Musique & par une tres-
belle ſimphonie, de la compo-
sition de Mr Lallouette Maitre
11
220
Réjovissances.
de l'Eglise de Paris, aussi-bien
que la Priere pour le Roy &
pour la Famille Royalle, com-
posée de paroles choisies ex-
prés, tirées de l'Ecriture Sainte,
qui fut chantée avec le même
succés.
Pendant la ceremonie, les
fanfares des trompettes & le
bruit des timballes du Roy, qui
étoient placées au dehors, &
à des fenêtres qui donnoient
sur la ruë, occupoient agréa-
blement un grand concours de
peuple, qui à cause de la fou-
le, n'avoit pu trouver aucune
entrée dans l'Eglise.
Tout cela s'est fait par les
soins des Messieurs Lambert,
Le Febvre & Maurice, Sindics
generaux de cette Compagnie.
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234
p. 221-237
DESCRIPTION D'UNE FESTE DONNÉE A VERSAILLES SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DUC DE BRETAGNE.
Début :
La relation suivante, ayant esté faite par une plume éloquente, / L'Heureuse Naissance de Monseigneur le Duc de Bretagne, estant [...]
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texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION D'UNE FESTE DONNÉE A VERSAILLES SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DUC DE BRETAGNE.
La relation suivante, ayant
esté faite par une plume éloquente,
je vous l'envoye, sans
y avoir seulement changé une
syllabe.
DESCRIPTION
D'UNE FESTE
DONNÉE A VERSAILLES
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DUC DE BRETAGNE.
L'Heureuse Naissance de
Monseigneur le Duc de Bretagne,
estant regardée comme une Bene-
diction singuliere que le Ciel a re.
222
Réjouissances.
panduë sur la France; la Ville &
la Cour se sont efforcées à l'envie
d'en témoigner leur reconnoissance
par des actions de graces solem-
nelles, de signaler leur joye par
des Festes publiques. Mr Bontemps
Premier Valet de Chambre du
Roy ayant obienu permission de Sa
Majesté de luy en donner une à Ver-
sailles, elle fut conduite par le Sr
Berrain le fils, & exécutée avec
tout le succès possible.
Le Samedy 26. Juillet, jour
marque pour cette Feste, elle fut
annoncée dès le midy par cinquante
boetes qui tirèrent pendant le dis-
ner du Roy, & furent comme le
premier coup de signal qui avertit
la Cour du spectacle qui se devoit
donner à l'entrée de la nnit.
Sur les neuf beures du soir on en-
tendit un semblable bruit de canon
Réjovissances. 223
qui rassembla les Courtisans, &
qui sortant de la grande Avenuë
du Chasteau, attira tous les yeux
de ce costé-la. Dans le moment on
y vit paroistie un Char magnifi-
que tout doré & illuminé, qui
dans l'obscurité de la nuit fit un
effet surprenant. On l'auroit pris
d'abord pour un globe de feu que
la distance empeschoit de discerner,
tant il estoit brillant de lumieres,
qui jointes à l'éclat de l'or, for-
moient une vive clartè au milien
des tenebres les plus épaisses: mais
les yeux enchantez par la nou-
veauté du spectacle, & eblouis par
un si grand jour, d'stinguérene bien-
tost la figure du Dieu qui estoit pla-
cée au fond du Char.
C'estoit Mars, que les Poetes
prennent pour le Dieu de la guerre,
& qui a si fidelement secondé les
224 Réjouissances.
desseins du Roy dans ses Conquestes,
qu'on le crott toujours également
gelé pour la gloire de Sa Majeste.
Il estoit representé comme un Vain-
queur revenant des rivages du Po
qu'il a parcourus, & où, il a ré-
panda le nom de LOUIS LE
GRAND, qui a jettè dans l'es-
prit des Peuples une si prompte con-
sternation. Il avoit appris sur sa
route la naissance de Monseigneur
le Duc de Bretagne, qui luy ayant
cause une joye extraordinaire, le
pressoit d'arriver plutost à la Cour
de ce Prince; autant pour luy ren-
dre compte de l'heureux succès de ses
armes en Italie, que pour le feli-
citer sur un évenement si singulier
& aussi avantageux à l'Espagne
qu'à la France.
Mars s'étant arrèté à Montreuil,
Réjouissances.
225
distant de Versailles d'un quart de
lieue, en partit sur son Char pour
se rendre au Chasteau: à mesure
qu'il avançoit dans l'Avenuè, on
remarquoit la fierté de sa conte-
nance, & la richesse de son habil-
lement. Il portoit sur sa teste un
casque orné de pierreries, & surmon-
tè d'un panache blanc: sa cuirasse
estoit de diamans, & il tenoit de
la main droite son javelot, tel
que le representent les Medailles.
On le voyoit assis sur un Throsne
élevé de cinq pieds au dessus du
Char, & enrichi de Fleurs- de - lys
d'or, appliquées sur un fond bleu,
au milieu duquel estoit peint une
Genie qui écrivoit les actions du
Roy, pour les transmettie à la
posteritè la plus reculée.
Au dessus du Throsne, estoit une
226 Réjouissances.
Couronne de France dorée, dont
le bandeau estoit garni de douze
pierres precieuses, sur lesquelles é-
toient gravez les noms des Villes
conquises par le Roy. Elle estoit
d'une si grande circonference, qu'elle
formoit une espece de dais, qui cou-
vroit la teste de Mars, & une par-
tie du Char, sur lequel elle re-
pandoit sa lumiere.
Sur le devant du Char, & aux
pieds de Mars estoient assises deux
figures qui représentoient Bellone
& Pallas, revestuës de leurs or-
nemens guerriers, & accompagnez
de leurs symboles ; elles avoient
près d'elles deux tymbales.
Derriere le Trone du Dieu Mars,
étoient posez plusieurs Trophées
d'armes differentes, comme de Pi-
ques, Lances, Drapeaux, Eten-
Réjouissances.
22
dars, Corseleis, Casques & Bou-
cliers bien groupez, au dessous des-
quels estoient attachez avec des
chaisnes d'or quatre Esclaves Ita-
liens, que Mars triomphant, ame-
noit des Villes nouvellement con-
quises.
Le corps de ce superbe Char estoit
tout enrichi de sculptare & de do-
rure, & revestu aux costez de toiles
iransparentes & peintes, qui sous
differens symboles marquoient les
actions memorables du Roy: on
voyoit d'un costé des sieges de Villes,
& de l'autre des batailles données,
tant sur mer que sur terre, qui par
le secours des lumieres se distin-
guoient aisèment.
Il estoit traisné par deux chevaux
isabelles richement enharnachez
qui portoient un fronte au dorè garni
228 Réjouissances.
de pierreries, avec une aigrette sur
la teste. Ils estoient montez par deux
Renommées vetuës à l'antique, &
tenant chacune à la mainune trom-
pette, dont elles sonnoient pour an-
noncer l'arrivee de Mars, & dont
le son mesté au bruit des tambours
& des fifres, faisoit une harmonie
militaire & tres agréable.
Autour du Char marchoient douze
Officiers François, six de chaque
costè, tous habillez magnifique.
ment: & à l'imitation des Ro-
mains, qui portoient dans leurs
triomphes les tableaux des Villes
conquises, ou des victoires rempor-
tées, chacun tenoit une espece de
lanterne ou fallot éclairé, surmontè
d'une Fleur-de-lis d'or, & orne de
festons de lauriers. Le corps de ces
fallots estoit plat & couvert d'une
Réjouissances.
229
toile transparente, sur la quelle
estoient écrits des deux costez en gros
caracteres les noms des batailles
les plus celebres qui ont estè gagnées
par les François, sous le regne du
Roy; scavoir, celles de Lens, de
Rocroy, de Nortlingue, de Fribourg
de Fleurus, de Nervinde, de Stin-
kerk, de la Marsaille, de Sta-
farde, du Ter de Fridelingue, de
Spire & de Luzzara; aussi-bien
que la prise de Philisbourg faite
par Monseigneur le Dauphin, &
celle de Brisac par Monseigneur le
Duc de Bourgogne.
Dans cei ordre, s'avança le Chav
de Mars, parmi le bruit des tym-
bales, des trompetes, des fifres &
tambours. Il ne fut pas plustost à
la vuë de l'Hostel de Conty, qu'au
signal marquè, le canon recom-
230 Réjouissances.
mença a tirer, & fit encore senti-
plus fottement près de la grilledes
Ecuries l'approche de Mars par une
nouvelle decharge. Mais dés quil
entra dans l'avant-cour du Cha-
teau, le mesme tonnerre qui le pre-
cede ordinairement, se fit entendre
par des coups plus vifs que les pre-
miers: non-seulement les maisons
voisines, mais encore les montagnes
qui regnent autour de Versailles,
en furent ébranlées jusqu'aux fon.
demens.
Pendant ce bruit terrible, l'avant-
cour du Chaste au se trouva tout d'un
coup éclairée par une infinité de
terrines ou pots à feu, qui dans un
clin d'æil parurent tous posez sur
deux lignes, & éclairerent par
leurs lum eres le bas du Char, dont
elles fient remarquer les richespein-
Réjovissances.
231
tures & les soul assemens magnifi-
ques qui descendoient jusques sur les
roues. Les Suisses, si distinguez pat
leur air guerrier, s'estant rangez en
haye derriere ces terrines, recurent
Mars, qui traversa l'avant-cour
avec une majestè étonnante. Des
qu'il fut entré dans la Cour, les
lumieres du Char eclairans les de-
hors dorez du Chasteau, le rendi-
vent si brillant, qu'on croyott voir
le Palais du Soleil, tel qu'il est
décrit dans Ovide. Mais une nou-
velle décharge de canon fit bientost
changer cette idée, & répandit par
tout l'effroy cause par la présence
redoutable de Mars. Le feu de ses
yeux & de son armure le faisoit pa-
roistre aussi terrible qu'il est dans la
Thrace, lien de son Empire, ou à
la teste des armées, precedé de la-
Juillet 1704. II. P. V
Réjouissances.
232
Guerre & de l'Epouvante, comme
nous le peint Homere,
Aussi tost ayant fait tourner ses
chevaux autour de la Cour du
Chasteau, pour en admirer en
passant le superbe edifice, il arresta
son Char sous l'Appartement du
Roy.
Ce fut la, qu'une nouvelle Scene
Souviit, & que la joye succeda à
la frayeur, lorsque les musettes &
les hautbois accorderent la douceur
de leurs sons avec celuy des trom-
petes & des fifres. Le Roy qui at-
tendoit Mars dans son apparte-
ment, impatient de son arrivee,
parut sur un balcon dorè au milieu
de l'élite de sa Cour, où du pre-
mier coup d'œil il jouit avet plaisir
de la beauté du spectacle, Mars
ayant d'abord apperça le Roy
Réjouissances.
22
plus venerable par la majesté de
son front, que par son sceptre & par
sa couronne, estoit sur le point de
descendre de son Char; mais trop
empresse de feliciter ce Monarque, il
se leva de son Throsne pour te sa-
luer, & après que les trompettes &
tes hautbois eurent cesse de jouer, il
fit ce beau compliment à Sa Majesté.
Ouverain Maistre de la
Terre,
Je viens d'obeir à ta Loy-
Des rivages du Pô, que j'ay
remplis d'effroy,
Où le bruit de ton Nom fait
plus que mon tonnere
J'accours te signaler & mon
zele & ma foy.
Dans le jeune Heros, dont
j'apprens la naifsance,
Vij
234
Réjouissances.
Le Ciel a couronné le bonheur
de la France.
Croissant au milieu des Lau-
riers,
Et dans le sein de la Victoire;
Il te suivra bien-tost au Tem-
ple de la Gloire.
Déja de ses travaux guerriers
Jlay plus d'un heureux pré-
sage:
Jespere tout de son courage.
Sur ta haute prudence, aux
sieges, aux combats
Je formeray son cœur, je re-
re
gleray ſes pas:
Ihapprendra de moy l'art de
lancer ta foudre,
Et de mettre les murs en
poudre
Par son berceau deux Thrô-
nes affermis
Réjouissances.
23
Répondent des succés,
où sa
valeur afpire:
Quy; ce Prince naissant, que
l'Univers admire
Domptera la fureur des plus
fiers Ennemis;
Et voyant à son bras mille Peu-
ples soûmis,
Perpetuera ton sang, ton Nom
& ton Empire.
Mars n'eut pas plutot acheve son
compliment, dont le Roy parut tres-
satisfait, qu'il fit avancer son Cha-
au milieu de la Cour., où il donna
un nouveau spectacle à Sa Majeste.
Ce fut pour lirs que le Theatre
changea de face, & surprit agrea-
blement les yeux des spectateurs; car
pendant que les instrumens de Mu-
sique faisoient, avec les trompettes
Réjoiissances.
236
un concertsi harmonieux, on vit tiut
d'un coup briller autour du Chasteau
des Lances, des Gerbes & des So-
leils fixes & tournans, qui firent
un effet surprenant, & qui par l'é-
clat du feu artificiel, representerent
une vive image de la guerre. Pres-
que dans le mesme instant, un
nombre infini de fusèes & de serpen-
teaux se répandit dans les airs, & y
fit admirer tout ce que l'Art à de plus
ingenieux & de plus surprenant.
Mars s'estant atresté la quelque
temps pour voir la fin d'une Feste,
dont le Roy faisoit le principal or-
nement par sa présence, se preßa de
retourner en Italie, Ayant pouße
vivement ses chevaux, il sortit de
Versailles au mème bruit du canon
qui l'avoit accompagne en y en-
trant, & se rendit bien- tost au dela
Réjouissances.
23
des Alpes, pour y conduire les pro-
jeis du Roy, & donner à Sa Ma-
jeste de nouvelles marques de son
zele.
esté faite par une plume éloquente,
je vous l'envoye, sans
y avoir seulement changé une
syllabe.
DESCRIPTION
D'UNE FESTE
DONNÉE A VERSAILLES
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DUC DE BRETAGNE.
L'Heureuse Naissance de
Monseigneur le Duc de Bretagne,
estant regardée comme une Bene-
diction singuliere que le Ciel a re.
222
Réjouissances.
panduë sur la France; la Ville &
la Cour se sont efforcées à l'envie
d'en témoigner leur reconnoissance
par des actions de graces solem-
nelles, de signaler leur joye par
des Festes publiques. Mr Bontemps
Premier Valet de Chambre du
Roy ayant obienu permission de Sa
Majesté de luy en donner une à Ver-
sailles, elle fut conduite par le Sr
Berrain le fils, & exécutée avec
tout le succès possible.
Le Samedy 26. Juillet, jour
marque pour cette Feste, elle fut
annoncée dès le midy par cinquante
boetes qui tirèrent pendant le dis-
ner du Roy, & furent comme le
premier coup de signal qui avertit
la Cour du spectacle qui se devoit
donner à l'entrée de la nnit.
Sur les neuf beures du soir on en-
tendit un semblable bruit de canon
Réjovissances. 223
qui rassembla les Courtisans, &
qui sortant de la grande Avenuë
du Chasteau, attira tous les yeux
de ce costé-la. Dans le moment on
y vit paroistie un Char magnifi-
que tout doré & illuminé, qui
dans l'obscurité de la nuit fit un
effet surprenant. On l'auroit pris
d'abord pour un globe de feu que
la distance empeschoit de discerner,
tant il estoit brillant de lumieres,
qui jointes à l'éclat de l'or, for-
moient une vive clartè au milien
des tenebres les plus épaisses: mais
les yeux enchantez par la nou-
veauté du spectacle, & eblouis par
un si grand jour, d'stinguérene bien-
tost la figure du Dieu qui estoit pla-
cée au fond du Char.
C'estoit Mars, que les Poetes
prennent pour le Dieu de la guerre,
& qui a si fidelement secondé les
224 Réjouissances.
desseins du Roy dans ses Conquestes,
qu'on le crott toujours également
gelé pour la gloire de Sa Majeste.
Il estoit representé comme un Vain-
queur revenant des rivages du Po
qu'il a parcourus, & où, il a ré-
panda le nom de LOUIS LE
GRAND, qui a jettè dans l'es-
prit des Peuples une si prompte con-
sternation. Il avoit appris sur sa
route la naissance de Monseigneur
le Duc de Bretagne, qui luy ayant
cause une joye extraordinaire, le
pressoit d'arriver plutost à la Cour
de ce Prince; autant pour luy ren-
dre compte de l'heureux succès de ses
armes en Italie, que pour le feli-
citer sur un évenement si singulier
& aussi avantageux à l'Espagne
qu'à la France.
Mars s'étant arrèté à Montreuil,
Réjouissances.
225
distant de Versailles d'un quart de
lieue, en partit sur son Char pour
se rendre au Chasteau: à mesure
qu'il avançoit dans l'Avenuè, on
remarquoit la fierté de sa conte-
nance, & la richesse de son habil-
lement. Il portoit sur sa teste un
casque orné de pierreries, & surmon-
tè d'un panache blanc: sa cuirasse
estoit de diamans, & il tenoit de
la main droite son javelot, tel
que le representent les Medailles.
On le voyoit assis sur un Throsne
élevé de cinq pieds au dessus du
Char, & enrichi de Fleurs- de - lys
d'or, appliquées sur un fond bleu,
au milieu duquel estoit peint une
Genie qui écrivoit les actions du
Roy, pour les transmettie à la
posteritè la plus reculée.
Au dessus du Throsne, estoit une
226 Réjouissances.
Couronne de France dorée, dont
le bandeau estoit garni de douze
pierres precieuses, sur lesquelles é-
toient gravez les noms des Villes
conquises par le Roy. Elle estoit
d'une si grande circonference, qu'elle
formoit une espece de dais, qui cou-
vroit la teste de Mars, & une par-
tie du Char, sur lequel elle re-
pandoit sa lumiere.
Sur le devant du Char, & aux
pieds de Mars estoient assises deux
figures qui représentoient Bellone
& Pallas, revestuës de leurs or-
nemens guerriers, & accompagnez
de leurs symboles ; elles avoient
près d'elles deux tymbales.
Derriere le Trone du Dieu Mars,
étoient posez plusieurs Trophées
d'armes differentes, comme de Pi-
ques, Lances, Drapeaux, Eten-
Réjouissances.
22
dars, Corseleis, Casques & Bou-
cliers bien groupez, au dessous des-
quels estoient attachez avec des
chaisnes d'or quatre Esclaves Ita-
liens, que Mars triomphant, ame-
noit des Villes nouvellement con-
quises.
Le corps de ce superbe Char estoit
tout enrichi de sculptare & de do-
rure, & revestu aux costez de toiles
iransparentes & peintes, qui sous
differens symboles marquoient les
actions memorables du Roy: on
voyoit d'un costé des sieges de Villes,
& de l'autre des batailles données,
tant sur mer que sur terre, qui par
le secours des lumieres se distin-
guoient aisèment.
Il estoit traisné par deux chevaux
isabelles richement enharnachez
qui portoient un fronte au dorè garni
228 Réjouissances.
de pierreries, avec une aigrette sur
la teste. Ils estoient montez par deux
Renommées vetuës à l'antique, &
tenant chacune à la mainune trom-
pette, dont elles sonnoient pour an-
noncer l'arrivee de Mars, & dont
le son mesté au bruit des tambours
& des fifres, faisoit une harmonie
militaire & tres agréable.
Autour du Char marchoient douze
Officiers François, six de chaque
costè, tous habillez magnifique.
ment: & à l'imitation des Ro-
mains, qui portoient dans leurs
triomphes les tableaux des Villes
conquises, ou des victoires rempor-
tées, chacun tenoit une espece de
lanterne ou fallot éclairé, surmontè
d'une Fleur-de-lis d'or, & orne de
festons de lauriers. Le corps de ces
fallots estoit plat & couvert d'une
Réjouissances.
229
toile transparente, sur la quelle
estoient écrits des deux costez en gros
caracteres les noms des batailles
les plus celebres qui ont estè gagnées
par les François, sous le regne du
Roy; scavoir, celles de Lens, de
Rocroy, de Nortlingue, de Fribourg
de Fleurus, de Nervinde, de Stin-
kerk, de la Marsaille, de Sta-
farde, du Ter de Fridelingue, de
Spire & de Luzzara; aussi-bien
que la prise de Philisbourg faite
par Monseigneur le Dauphin, &
celle de Brisac par Monseigneur le
Duc de Bourgogne.
Dans cei ordre, s'avança le Chav
de Mars, parmi le bruit des tym-
bales, des trompetes, des fifres &
tambours. Il ne fut pas plustost à
la vuë de l'Hostel de Conty, qu'au
signal marquè, le canon recom-
230 Réjouissances.
mença a tirer, & fit encore senti-
plus fottement près de la grilledes
Ecuries l'approche de Mars par une
nouvelle decharge. Mais dés quil
entra dans l'avant-cour du Cha-
teau, le mesme tonnerre qui le pre-
cede ordinairement, se fit entendre
par des coups plus vifs que les pre-
miers: non-seulement les maisons
voisines, mais encore les montagnes
qui regnent autour de Versailles,
en furent ébranlées jusqu'aux fon.
demens.
Pendant ce bruit terrible, l'avant-
cour du Chaste au se trouva tout d'un
coup éclairée par une infinité de
terrines ou pots à feu, qui dans un
clin d'æil parurent tous posez sur
deux lignes, & éclairerent par
leurs lum eres le bas du Char, dont
elles fient remarquer les richespein-
Réjovissances.
231
tures & les soul assemens magnifi-
ques qui descendoient jusques sur les
roues. Les Suisses, si distinguez pat
leur air guerrier, s'estant rangez en
haye derriere ces terrines, recurent
Mars, qui traversa l'avant-cour
avec une majestè étonnante. Des
qu'il fut entré dans la Cour, les
lumieres du Char eclairans les de-
hors dorez du Chasteau, le rendi-
vent si brillant, qu'on croyott voir
le Palais du Soleil, tel qu'il est
décrit dans Ovide. Mais une nou-
velle décharge de canon fit bientost
changer cette idée, & répandit par
tout l'effroy cause par la présence
redoutable de Mars. Le feu de ses
yeux & de son armure le faisoit pa-
roistre aussi terrible qu'il est dans la
Thrace, lien de son Empire, ou à
la teste des armées, precedé de la-
Juillet 1704. II. P. V
Réjouissances.
232
Guerre & de l'Epouvante, comme
nous le peint Homere,
Aussi tost ayant fait tourner ses
chevaux autour de la Cour du
Chasteau, pour en admirer en
passant le superbe edifice, il arresta
son Char sous l'Appartement du
Roy.
Ce fut la, qu'une nouvelle Scene
Souviit, & que la joye succeda à
la frayeur, lorsque les musettes &
les hautbois accorderent la douceur
de leurs sons avec celuy des trom-
petes & des fifres. Le Roy qui at-
tendoit Mars dans son apparte-
ment, impatient de son arrivee,
parut sur un balcon dorè au milieu
de l'élite de sa Cour, où du pre-
mier coup d'œil il jouit avet plaisir
de la beauté du spectacle, Mars
ayant d'abord apperça le Roy
Réjouissances.
22
plus venerable par la majesté de
son front, que par son sceptre & par
sa couronne, estoit sur le point de
descendre de son Char; mais trop
empresse de feliciter ce Monarque, il
se leva de son Throsne pour te sa-
luer, & après que les trompettes &
tes hautbois eurent cesse de jouer, il
fit ce beau compliment à Sa Majesté.
Ouverain Maistre de la
Terre,
Je viens d'obeir à ta Loy-
Des rivages du Pô, que j'ay
remplis d'effroy,
Où le bruit de ton Nom fait
plus que mon tonnere
J'accours te signaler & mon
zele & ma foy.
Dans le jeune Heros, dont
j'apprens la naifsance,
Vij
234
Réjouissances.
Le Ciel a couronné le bonheur
de la France.
Croissant au milieu des Lau-
riers,
Et dans le sein de la Victoire;
Il te suivra bien-tost au Tem-
ple de la Gloire.
Déja de ses travaux guerriers
Jlay plus d'un heureux pré-
sage:
Jespere tout de son courage.
Sur ta haute prudence, aux
sieges, aux combats
Je formeray son cœur, je re-
re
gleray ſes pas:
Ihapprendra de moy l'art de
lancer ta foudre,
Et de mettre les murs en
poudre
Par son berceau deux Thrô-
nes affermis
Réjouissances.
23
Répondent des succés,
où sa
valeur afpire:
Quy; ce Prince naissant, que
l'Univers admire
Domptera la fureur des plus
fiers Ennemis;
Et voyant à son bras mille Peu-
ples soûmis,
Perpetuera ton sang, ton Nom
& ton Empire.
Mars n'eut pas plutot acheve son
compliment, dont le Roy parut tres-
satisfait, qu'il fit avancer son Cha-
au milieu de la Cour., où il donna
un nouveau spectacle à Sa Majeste.
Ce fut pour lirs que le Theatre
changea de face, & surprit agrea-
blement les yeux des spectateurs; car
pendant que les instrumens de Mu-
sique faisoient, avec les trompettes
Réjoiissances.
236
un concertsi harmonieux, on vit tiut
d'un coup briller autour du Chasteau
des Lances, des Gerbes & des So-
leils fixes & tournans, qui firent
un effet surprenant, & qui par l'é-
clat du feu artificiel, representerent
une vive image de la guerre. Pres-
que dans le mesme instant, un
nombre infini de fusèes & de serpen-
teaux se répandit dans les airs, & y
fit admirer tout ce que l'Art à de plus
ingenieux & de plus surprenant.
Mars s'estant atresté la quelque
temps pour voir la fin d'une Feste,
dont le Roy faisoit le principal or-
nement par sa présence, se preßa de
retourner en Italie, Ayant pouße
vivement ses chevaux, il sortit de
Versailles au mème bruit du canon
qui l'avoit accompagne en y en-
trant, & se rendit bien- tost au dela
Réjouissances.
23
des Alpes, pour y conduire les pro-
jeis du Roy, & donner à Sa Ma-
jeste de nouvelles marques de son
zele.
Fermer
235
p. 237-246
« Je n'ay pu être informé plûtôt du détail de la fête suivante, [...] »
Début :
Je n'ay pu être informé plûtôt du détail de la fête suivante, [...]
Mots clefs :
Face, Lumières, Berceau, Soleil, Dire, Roi, Inscription, Jardin, Grille, Parterre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je n'ay pu être informé plûtôt du détail de la fête suivante, [...] »
Je n'ay pu être informé plû-
tôt du détail de la fête suivante,
ainsi je me trouve obligé de la
placer hors de son rang. Elle est
de Mr Bosc, Maître des Re-
quêtes & Sur-intendant de la
Maison de Madame la Duchesse
de Bourgogne.
Toute la face de sa maison
du côté de la ruë, étoit illumi-
née avec des lamprons, atta-
chés au tour des fenêtres plain-
tes & corniches Sur les fenêtres
étoient des tableaux, dont on
se sert ordinairement dans ces
fortes de fêtes, & que les lu-
Rejouissances.
23
mieres que l'on met derriere,
rendent transparens, & entre
chaque fenêtre, étoient des lo-
zanges formés aussi avec des lu-
mieres; ces lozanges represen-
toient des chiffres Couronnés
de Monseigneur le Duc & de
Madame la Duchesse de Bour-
gogne, avec des fleurs de lis
d'or Et sur le milieu du toit on
vovoit une haute piramide tri-
angulaire, toute de lumieres,
sur le haut de laquelle étoit un
vase rempli de grosses lumieres.
Le tableau de la fenêtre du
milieu découvroit un Soleil
qui dardoit ses rayons sur la
Erance, representé par un glo-
be d'azur avec des fleurs de lis
d'or, & au haut étoit ce demy
vers d'Horace.
Aliusque
Rejouissances.
23
Aliusque & idem nasceris.
C'est à dire.
Vous naissez toujours nouvean
& toujours le mème.
Le Poëte qui a employé ces
mots dans un Ode à l'honneur
d'Apollon, veut dire que la
grand beauté du Soleil luy don-
ne toûjours la grace de la nou-
veauté; Le sens figuré est dou-
ble, l'un fait connoître que le
Roy à le plaisir de ſe voir renaî-
tre dans ces nouveaux Soleils,
qui sont un écoulement de sa
propre lumiere: & l'autre que
le Prince nouveau né, ſera un
nouveau Soleil, mais que ce sera
toûjours le même, parce qu'il
heritera des grandes vertus du
Roy & des Princes ses Pere &
Ayeul.
Juillet 1704. II. P.
X
240 Réjouissances.
A la droite de ce Soleil, estoit
un grand cartouche avec deux
écussons, l'un aux Armes de
Monseigneur le Duc de Bour-
gogne, & dans l'autre étoit la
Croix de Savoye avec ce vers
de Martial pour Inscription.
Di servate precor matii sua vota
C'est-à dire,
patrique.
Dieu conservez le Prince qui est le
fruit des væux de son pere & de sa
mere.
A la gauche étoient les Armes
de France, écartelées de Bre-
tagne, n'étant pas possible en-
core de designer ce jeune Prin-
ce aut rement, avec ce vers de
Virgile pour Inscription.
Chara Deum Soboles, magnum
Jovis incrementum.
Ce qui signifie,
„il sera
Il est de la. race des dieux
Réjouissances.
24.1
grandc est un accroißement de
Jupiter,
qui dans le sens figuré designe le Roy.
Par dela à droite & à gau-
che étoient les Armes de Mon-
seigneur le Dauphin, avec ces
paroles du Prophete Iſaye
Et filii ejus divident spolia.
C'eſt à dire,
Ses enfans partageront les de-
pouilles des ennemis
On a placé ces armoiries aux
extremités, & on y a mis une
inscription, qui n'a raport qu'à
la posterité de Monleigneur,
pour marquer que, quoyque les
premiers hommages luy soient
dus, sa bonté de pere veut bien
que les honneurs des fêtes pre-
sentes soient pour ses enfans, &
le mot du Prophete est appliqué
à la prise de Brisac par Mon-
X i)
Réjouissances.
242
seigneur le Duc de Bourgognes
& aux Conquêtes du Roy d'Es-
pagne en Portugal:
Le dedans de la maison, &
principalement le jardin, dont
la disposition est tres favorable,
étoient aussi illuminez. Il est
vis à vis le principal corps de
logis, & separé de la Cour par
une grille de fer, soutenuë de
plusieurs pilastres de pierre.
Comme il a plus de longueur
que de largeur; Il est coupé en
deux par un grand berceau qui
le traverse; ce berceau est per-
cé dans le milieu par une arca-
de à travers de laquelle on voit
le ſecond parterre, au bout &
en face duquel est un grand
batiment tres regulier, qui sert
de serre des orangers, au dessus
Réjouissances.
243
duquel est un petit pavillon; Et
le parterre est bordé de deux
allées d'arbres.
Les pilaîtres de la grille
étoient couverts de pilastres,
peints en marbre, tous garnis de
lumieres, & au haut de chaque
pilaſtre étoit un pot à feu, qui
jettoit de grosses flammes.
La face du berceau étoit aussi
garnie de semblables pilastres
de lumieres, sur lesquels étoit
une traverse en forme de cor-
niche & l'arcade du milieu. Le
tout fermé avec des lamprons.
A'travers cette arcade & par
dessus le berceau, on decouvroit
la facade de l'orangerie toute
garnie de lamprons, qui fer-
moient les ceintres desfenêtres,
pleintes, & corniches, & toute
X ilj
Réjouissances.
244
l'architecture de la porte & du
pavillon qui est au dessus; en
sorte que de la court on voyoit
les trois differentes illumina-
tions de la grille, du berceau &
de l'orangerie, disposées l'une
aprés l'autre en manière d'am-
phiteatre : & dans le fond de
l'orangerie, & en face de la
porte, étoit un grand tremeau
de glace, qui repetoit toutes
les lumieres du jardin. Sur la
fenêtre du pavillon de l'oran-
gerie étoit un tableau transpa-
rent, comme ceux de la face du
logis, representant les ennemis
de France & d'Espagne, liez
ensemble avec un ruban bleu,
dont le nœud étoit serré par un
Ange, & au dessous, deux fais-
seaux de fléches, passées en sun-
245
Réjouissances.
toir avec cette inscription, tirée
de Virgile.
Aterno foedere junctae.
Les arbres qui ferment les
allées qui sont aux deux côtés du
parterre, étoient garnies de lam-
prons aussi-bien que les plattes-
pandes du parterre.
La fête commença par une
simphonie d'instruments. Il
eut ensuite une magnifique co-
lation; & aprés une decharge
de 80. boëtes, qui étoient dis-
posées dans les allées du jardin.
On tira une grande quantite de
fusées, quaissons, pots à feu &
autres pieces d'artifices, & deux
Soleils d'artifice qui étoient at-
tachez au haut de la grille du
jardin, aux côtés de la por-
XIII)
246 Réjouissances.
te, brillerent pendant tout ce
temps la.
La fête fût terminée par un
bal qui dura jusqu'au jour, pen-
dant lequel on servit quantité
de rafraichissemens, & où se
trouva un fort grand nombre
de personnes de qualité.
tôt du détail de la fête suivante,
ainsi je me trouve obligé de la
placer hors de son rang. Elle est
de Mr Bosc, Maître des Re-
quêtes & Sur-intendant de la
Maison de Madame la Duchesse
de Bourgogne.
Toute la face de sa maison
du côté de la ruë, étoit illumi-
née avec des lamprons, atta-
chés au tour des fenêtres plain-
tes & corniches Sur les fenêtres
étoient des tableaux, dont on
se sert ordinairement dans ces
fortes de fêtes, & que les lu-
Rejouissances.
23
mieres que l'on met derriere,
rendent transparens, & entre
chaque fenêtre, étoient des lo-
zanges formés aussi avec des lu-
mieres; ces lozanges represen-
toient des chiffres Couronnés
de Monseigneur le Duc & de
Madame la Duchesse de Bour-
gogne, avec des fleurs de lis
d'or Et sur le milieu du toit on
vovoit une haute piramide tri-
angulaire, toute de lumieres,
sur le haut de laquelle étoit un
vase rempli de grosses lumieres.
Le tableau de la fenêtre du
milieu découvroit un Soleil
qui dardoit ses rayons sur la
Erance, representé par un glo-
be d'azur avec des fleurs de lis
d'or, & au haut étoit ce demy
vers d'Horace.
Aliusque
Rejouissances.
23
Aliusque & idem nasceris.
C'est à dire.
Vous naissez toujours nouvean
& toujours le mème.
Le Poëte qui a employé ces
mots dans un Ode à l'honneur
d'Apollon, veut dire que la
grand beauté du Soleil luy don-
ne toûjours la grace de la nou-
veauté; Le sens figuré est dou-
ble, l'un fait connoître que le
Roy à le plaisir de ſe voir renaî-
tre dans ces nouveaux Soleils,
qui sont un écoulement de sa
propre lumiere: & l'autre que
le Prince nouveau né, ſera un
nouveau Soleil, mais que ce sera
toûjours le même, parce qu'il
heritera des grandes vertus du
Roy & des Princes ses Pere &
Ayeul.
Juillet 1704. II. P.
X
240 Réjouissances.
A la droite de ce Soleil, estoit
un grand cartouche avec deux
écussons, l'un aux Armes de
Monseigneur le Duc de Bour-
gogne, & dans l'autre étoit la
Croix de Savoye avec ce vers
de Martial pour Inscription.
Di servate precor matii sua vota
C'est-à dire,
patrique.
Dieu conservez le Prince qui est le
fruit des væux de son pere & de sa
mere.
A la gauche étoient les Armes
de France, écartelées de Bre-
tagne, n'étant pas possible en-
core de designer ce jeune Prin-
ce aut rement, avec ce vers de
Virgile pour Inscription.
Chara Deum Soboles, magnum
Jovis incrementum.
Ce qui signifie,
„il sera
Il est de la. race des dieux
Réjouissances.
24.1
grandc est un accroißement de
Jupiter,
qui dans le sens figuré designe le Roy.
Par dela à droite & à gau-
che étoient les Armes de Mon-
seigneur le Dauphin, avec ces
paroles du Prophete Iſaye
Et filii ejus divident spolia.
C'eſt à dire,
Ses enfans partageront les de-
pouilles des ennemis
On a placé ces armoiries aux
extremités, & on y a mis une
inscription, qui n'a raport qu'à
la posterité de Monleigneur,
pour marquer que, quoyque les
premiers hommages luy soient
dus, sa bonté de pere veut bien
que les honneurs des fêtes pre-
sentes soient pour ses enfans, &
le mot du Prophete est appliqué
à la prise de Brisac par Mon-
X i)
Réjouissances.
242
seigneur le Duc de Bourgognes
& aux Conquêtes du Roy d'Es-
pagne en Portugal:
Le dedans de la maison, &
principalement le jardin, dont
la disposition est tres favorable,
étoient aussi illuminez. Il est
vis à vis le principal corps de
logis, & separé de la Cour par
une grille de fer, soutenuë de
plusieurs pilastres de pierre.
Comme il a plus de longueur
que de largeur; Il est coupé en
deux par un grand berceau qui
le traverse; ce berceau est per-
cé dans le milieu par une arca-
de à travers de laquelle on voit
le ſecond parterre, au bout &
en face duquel est un grand
batiment tres regulier, qui sert
de serre des orangers, au dessus
Réjouissances.
243
duquel est un petit pavillon; Et
le parterre est bordé de deux
allées d'arbres.
Les pilaîtres de la grille
étoient couverts de pilastres,
peints en marbre, tous garnis de
lumieres, & au haut de chaque
pilaſtre étoit un pot à feu, qui
jettoit de grosses flammes.
La face du berceau étoit aussi
garnie de semblables pilastres
de lumieres, sur lesquels étoit
une traverse en forme de cor-
niche & l'arcade du milieu. Le
tout fermé avec des lamprons.
A'travers cette arcade & par
dessus le berceau, on decouvroit
la facade de l'orangerie toute
garnie de lamprons, qui fer-
moient les ceintres desfenêtres,
pleintes, & corniches, & toute
X ilj
Réjouissances.
244
l'architecture de la porte & du
pavillon qui est au dessus; en
sorte que de la court on voyoit
les trois differentes illumina-
tions de la grille, du berceau &
de l'orangerie, disposées l'une
aprés l'autre en manière d'am-
phiteatre : & dans le fond de
l'orangerie, & en face de la
porte, étoit un grand tremeau
de glace, qui repetoit toutes
les lumieres du jardin. Sur la
fenêtre du pavillon de l'oran-
gerie étoit un tableau transpa-
rent, comme ceux de la face du
logis, representant les ennemis
de France & d'Espagne, liez
ensemble avec un ruban bleu,
dont le nœud étoit serré par un
Ange, & au dessous, deux fais-
seaux de fléches, passées en sun-
245
Réjouissances.
toir avec cette inscription, tirée
de Virgile.
Aterno foedere junctae.
Les arbres qui ferment les
allées qui sont aux deux côtés du
parterre, étoient garnies de lam-
prons aussi-bien que les plattes-
pandes du parterre.
La fête commença par une
simphonie d'instruments. Il
eut ensuite une magnifique co-
lation; & aprés une decharge
de 80. boëtes, qui étoient dis-
posées dans les allées du jardin.
On tira une grande quantite de
fusées, quaissons, pots à feu &
autres pieces d'artifices, & deux
Soleils d'artifice qui étoient at-
tachez au haut de la grille du
jardin, aux côtés de la por-
XIII)
246 Réjouissances.
te, brillerent pendant tout ce
temps la.
La fête fût terminée par un
bal qui dura jusqu'au jour, pen-
dant lequel on servit quantité
de rafraichissemens, & où se
trouva un fort grand nombre
de personnes de qualité.
Fermer
236
p. 246-266
« Il me reste encore à vous parler de plus de soixante-dix [...] »
Début :
Il me reste encore à vous parler de plus de soixante-dix [...]
Mots clefs :
Église, Marchands, Te Deum en musique, Composition, Église des Grands-Augustins, Communauté, Église des Grands-Cordeliers, Chapelle, Mr Bernier, Vin, Joie, Chanter, Saint-Denis, Zèle, Partie, Porte, Sépulcre, Place, Gardes, Doreurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il me reste encore à vous parler de plus de soixante-dix [...] »
Il me reſte encore à vous par-
ler de plus de soixante-dix
Communautez qui ont fait des
Feſtes, dont je ne ſuis pas assez
bien informé, pour vous en don-
ner le détail; vous jugerez bien
par les noms de ces Commu-
nautez qu'il y en a dont la vi-
vacité du zele à beaucoup plus
marqué leur joye que leur ma-
gnificence, & qui n'ont pû
imiter qu'en cela ceux qui ont
fait de tres grosses dépenses.
Réjouissances. 247
Ce n'est pas qu'une partie de
ces Communautez n'en ait fait
beaucoup, & que je ne vous
envoye le mois prochain le dé-
tail de quelques-unes de celles
qu'elles ont faites, si elles
tombent entre mes mains; ce-
pendant je vous diray que tous
les Syndics & Officiers de ces
Communautez se sont distin-
guez le jour que la Commu-
nautez ſe ſont diſtinguez le jour
que la Communauté a fait chan-
ter le Te Deum. Ils ont fait des
feux, des illuminations & don-
nez à boire aux passans, & tou-
tes les boutiques de ceux de
leur Communauté ont esté fer-
mées ce jour-là ; & chacun a
fait des feux devant sa porte,
& plusieurs ont fait des depen-
Réjouissances.
248
ſes ce soir-là au de-là de leurs
facultez.
Voicy les noms de toutes ces
Communautez, le jour & les
lieux où elles ont fait chanter
le Te Deum.
Le 30. Juin.
Les Marchands Miroittiers,
un Te Deum en Musique de la
composition de Mr Bernier,
Maistre de la Sainte Chapelle,
dans l'Eglise de sainte Marine
de la Cité.
Le 1. Juillet.
Le Corps des Marchands
Bonnetiers dans sa Chapelle en
l'Eglise de saint Jacques de la
Boucherie.
Les Marchands Chapeliers
un Te Deum en musique & sym-
phonie, dans l'Eglise de S. Leu
S. Gilles.
Réjouissances.
249
Les Corroyeurs, dans l'E-
glise de Saint Merry.
Les Horlogeurs, dans la Sain-
te Chapelle basse.
Le 6.
.
Les Marchands de Vin du
Roy, dans l'Eglise des grands
Cordeliers. Monsieur l'Argil-
lieire, ancien grand Garde fit
le soir un feu devant sa porte;
toute la façade de sa Maison
fut illuminée & une piece de
vin distribuée aux Passans.
Les Maîtres & Maîtresses
des petites Ecoles, dans l'E-
glises des grands Cordeliers.
Le 7.
Les Cordonniers un Te Deum
en musique, de la composition
de Monsieur Lallouette dans
leur Chapelle en l'Eglise Me-
Réjouissances.
250
tropolitaine de Nôtre Dame.
Les Marchands Fripiers
dans l'Eglise des Saints Inno-
cens.
Les Marchands Ceinturiers,
un Te Deum en musique dans
l'Eglise de Saint Barthelemy.
Le 8.
Les Tapissiers dans l'Eglise du
Saint Sepulchre.
Les Plombiers, dans la même
Eglise.
Les Selliers, Lormiers &
Carossiers, un Te Deum en
Musique avec Symphonie, dans
l'Eglise des grands Augustins.
Les Lingeres dans l'Eglise de
Sainte Oportune.
Les Gantiers & Parfumeurs,
dans l'Eglise des Carmes de la
Place Maubert.
p
s
e
8
Réjouissances.
251
La Communauté des Four-
bisseurs un Te Deum en Musi-
que de la composition de Mr
Bernier, dans la sainte Cha-
pelle basse.
Les Gardes de la Communau-
té des Tapissiers un Te Deum
en Musique dans la même
Eglise, & de la composition du
même Maiſtre.
Le 9.
Les Chirurgiens & Barbiers,
un Te Deum en Musique avec
une belle Symphonie dans l'E-
glise de Saint Coſme; il y eut
une grande illumination dans
leur Laboratoire dans le même
quartier.
Les Couturieres, dans l'Eglise
de Saint Gervais.
Le1o,
La Communauré des Tail-
252 Réjouissances.
leurs, un Te Deum en Musique,
de la composition de Mr Lal-
louette, dans l'Eglise de la Tri-
nité, ruë Saint Denys.
La Communauté des Ecri-
vains Jurez, un Te Deum & un
Salut en Musique dans l'Eglise
de Sainte Croix de la Breton-
nerie.
Les Boulangers, dans l'Eglise
de Saint Honoré.
Les Gardes Jurez, Emailleurs,
Vitriers & Fayanciers, un Te
Deum en Musique de la compo-
sition de Mr Guillery, dans
l'Eglise des Saints Innocens.
Les Marchands Lapidaires
& Jouailliers, dans l'Eglise des
grands Augustins.
Les Marchands Salpetriers,
dans l'Eglise des Augustins de
n
se
-
b-
s
es
es
5
Réjouissances.
253
la Place des Victoires. Le soir
ils firent tirer un beau feu d'ar-
tifice devant l'Eglise de ces
Peres.
Les Bourliers, dans l'Eglise
du S. Sepulchre, avec sympho-
nie.
Le II.
Les Marchands Taillandiers
en fer blanc & en fer noir, dans
l'Eglise des grands Augustins.
Le 12.
La Communauté des Bou-
chers, un Te Deum en Musique
de la composition de Mr La-
louette, dans l'Eglise de Saint
Jacques de la Boucherie.
Les Marchands Doreurs,
dans l'Eglise de Saint Denys de
la Chartre.
Le 13.
Les Vitriers & Peintres sur
Réjouissances.
254
verre, un Te Deum en Musi-
que de la composition de Mr
Bernier, dans l'Eglise des
grands Cordelièrs.
Les Marchands Peigniers &
Tablettiers, dans l'Eglise des
grands Augustins
Les Marchands du Pont-neuf
dans la même Eglise. Ils firent
un feu devant la Statuë d'Hen-
ryIV. ils illuminerent la grille
& tirererent beaucoup d'arti-
fice.
Les Marchands Papetiers,
dans l'Eglise des grands Cor-
deliers.
Les Marchands Boisfeliers un
Te Deum en Musique de la
composition de Mr Bouteiller
l'aiſné, dans l'Eglise de Saint
Leu, Saint Gilles.
Réjovissances.
255
Les Malletiers & Coffretiers
dans l'Eglise des Augustins du
Fauxbourg Saint Germain.
Les Chaudronniers, dans
l'Eglise des grands Augustins.
Le 14.
Les Charpentiers, dans la
Chapelle de Saint Blaise, rue
Galande.
Les Teinturiers en soye, en
fil & en laine, dans l'Eglise des
grands Augustins.
Les anciens Marchands Tan-
neurs, dans l'Eglise de Saint
Gervais.
Les Marchands Verriers &
Fayanciersi, dans l'Eglise de la
Trinité, ruë Saint
Denys.
Les Marchands Doreurs &
Argenteurs, dans l'Eglise des
grands Augustins.
Juillet 1704. II. P.
Y
Rejouissances.
256
Les Maréchaux, un Te Dean
en Musique de la composition
de Mr Paulin , Beneficier de
Nostre-Dame, dans l'Eglise des
Augustins du Fauxbourg saint
Germain.
La Communauté des Mar-
chands Tissutiers, Rubaniers,
Frangers & Ouvriers en draps
d'or, d'argent & de soye, dans
l'Eglise du Prieuré de saint Mar-
tin des Champs.
Le 15.
Les Vinaigriers, dans l'E-
glise du Saint Sepulchre.
Les Patissiers, dans la Cha-
pelle Royale de Saint Michel,
dans l'enclos du Palais.
Les Seruriers, dans l'Eglise
de saint Denys de la Chartres.
Les Fruitiers & Orangers,
Réjouissances.
257
un Te Deum en Musique de la
composition de Mr Paulin, dans
l'Eglise des grands Augustins.
Le 17.
Les Grainiers & Grainierés
dans la même Eglise.
Les Marchands Tanneurs,
dans la miême Eglise.
La Compagnie des Maistres
en fait d'Armes, dans l'Eglise
des grands Cordeliers.
Les Marchands Tonneliers,
dans leur Chapelle, en l'Eglise
de Nostre-Dame.
Les Marchands
Tonneliers
& Déchargeurs de
Vin, dans
l'Eglise de saint Bon.
Les Marchands Brasseurs, un
Te Deum en Musique de la com-
position de Mr Bernier, dans
la Sainte Chapelle basse.
Yi.
258
Réjouissances.
Les Marchandes du Marché
neuf, un Te Deum en Musique
de la composition de Mr Paulin,
dans l'Eglise de sainte Gene-
viéve des Ardens.
Le 18.
Les Marchands Rotisseurs,
dans l'Eglise des grands Au-
gustins; le soir ils firent tirer un
beau feu d'artifice devant la
porte de cette Eglise.
Les Marchands Boulangers,
dans l'Eglise des grands Cor-
deliers.
Le 19.
Les Maistres Jarez & Gardes
de la Communauté des Cuisi-
niers - Traiteurs, dans l'E-
glise de sainte Croix de la Bre-
tonnerie.
Les Couvreurs, dans l'Eglise
Réjouissances.
25
de ſaint Julien le pauvre.
Le 20
Les Graveurs & Peintres en
Taille douce, un Te Deum n
Musique de la composition de
Mr Petit de Nostre-Dame, dans
l'Eglise de Mathurins.
Les Marchands Gaisniers,
dans l'Eglise de sainte Croix
de la Bretonnerie.
Le 2I.
Les faiseurs & joueurs d'in-
strumens, dans la même Eglise.
Les Charbonniers, dans la
même Eglise.
La Communauté des Mar-
chands de vieux fer & de dépe-
ceurs de Carosse, dans l'Eglise
des grands Augustins.
Les Loueurs de Carosses, dans
l'Eglise des grands Carmes,
Réjoiissances.
260
Les Marchandes de la Place
Maubert, dans la même Eglise.
Les Marchands Messigiers ou
Marchands de Laine, dans l'E
glise de S Denys de la Chartre.
Les Forts gagne deniers, dans
l'Eglise des grands Cordeliers.
Les Marchands Patenotriers,
dans l'Eglise de Saint Bon.
Le 22.
Les Chandeliers un Te Deum
en Musique de la composition
de Mr Bernier, dans la Sainte
Chapelle basse.
Les Colporteurs, dans la
Chapelle de S. Blaiſe, ruë Ga-
lande. Mrs le Begue & Poul-
lain estoient alors en exercice
de direction. Le 24
La Communauté des Peintres,
un Te Deum en Musique de la
261
Réjouissances.
composition de MrBernier, dans
sa Chapelle de saint Luc, dans
la Cité. Le 27.
Les Menuifiers, dans l'Eglise
des grands Cordeliers.
Les Potiers d'Etain
dans
l'Eglise des grands Augustins.
On a oublié de marquer que
le 13. les Couteliers, Doreurs
& Graveurs ont fait chanter
un Te Deum dans l'Eglise des
grands Augustins.
Les Marchands & Loueurs de
Chevaux firent chanter le Te
Deum le 31. Juillet dans l'Eglise
de saint Jacques de l'Hospital.
Le nombre des Communatez
quiont fait chanter le Te Deum
est si grand, que je ne doute
point qu'il ne m'en soit écha-
péune partie; mais il est certain
qu'il n'y en a pas une de celles
Réjouissances.
262
qui sont peu accommodées, &
qu'on ne croit pas même avoir
rang de Communauté, qui n'ait
voulu témoigner son zele & sa
joye. Il s'eſt trouvé des Con-
vents qui n'ont point voulu
prendre de leur argent, & les Ja-
cobins de la ruë S. Honoré ont
donné la dessus exemple aux au-
tres. L'empressement étoit si vif-
que saus les soins & l'applica-
tion de Mr d'Argenson, la con-
fusion auroit eſté grande, cha.
cun voulant rendre graces au
Ciel, & faire des réjouissances
presque dans le même temps:
C'est ce qui obligea Mr d'Ar-
genson de regler que quatre
Communautez seulement, fe-
roient rendre par jour des
actions de graces, & ce qu'ily
obengn
ade
&
ir
it
sa
n
lu
a-
nt
if
a-
.
u
s
.
Réjouissances.
263
a de surprenant, est que ce Ma-
giſtrat a bien voulu assiſter à la
plus grande partie de ces Te
Deum, & qu'il a esté souvent,
chaque jour, à tous ceux qui
ſe ſont dits. Il donna, dés le
jour de la naissance de Monsei-
gneur le Due de Bretagne, &
les jours suivans, de si grandes
marques d'une veritable joye,
& il fit tant de choſes pour la
marquer, qu'elles me mene-
roient trop loin, si j'entrepre-
nois de les décrire; ainsi je ne
les rapporteray point icy. Elles
ne ſont pas ignorées à Paris, ou
tout retentit de la vivacité de
ſon zele & de ſes liberalitez; ce-
pendant je ne puis m'empêcher
de vous dire que le 29. de Juin,
l'entrée de la ruelle qui conduit
Réjouiffances.
264.
à l'Hostel de ce Magistrat pa-
rut toute alluminée. Il y avoit
une piramide surmontée d'un
Soleil tour éclatant de lumie-
res, & à côté, deux grands
Dauphins qui jetterent du vin
pendant cinq à six heures. Il y
avoit ensuite le long de la ruel-
le ou avenuë, des pilastres aux
deux côtez, garnis de lumieres.
Cette avenuë étoit remplie de
timballes & de trompettes, qui
étorenusur des échafauts en for-
me de balcons, afin que l'ave-
nuë ne se trouvast pas rétressie.
Toute cette avenue étoit ornée
de fettons de fleurs naturelles.
La façade de l'Hoſtel étoit dé-
corée par une grande quantité
de lamprons & de fleurs. Tou-
te la cour étoit illuminée & di-
Réjouissances.
265
visée en portiques ornez de fe-
stons, & remplis d'une grande
quantité de lamprons. La Com-
pagnie de Mr le Prevost de
l'Ifle, celle de Mr le Licu-
tenant de Robe-courte & cel-
le de Mr le Chevalier du
Guet y firent quatorze déchar-
ges, dont le bruit fit casser pres-
que toutes les vîtres. Les appar-
temens du premier étage étoient
ouverts à tout le mode, & ceux
du second étoient remplis de
rafraschissemens & de liqueurs
pour les personnes plus distin-
guées. Mr d'Argenson & Mr
son fils jetterent des fenestres
de cet appartement, un tres-
grand nombre de pieces de dix
sols & de cinq sols au Peuple,
dont la cour étoit toute remplio
Z ij
266 Réjouissances.
La Feste commença à huit heu-
res du soir & ne finit qu'à trois
heures aprés minuit. Mr d'Ar-
genson avoit fait mettre des
lanternes dans toutes les ruës
des environs de son Hostel, où
des chandelles brulerent jus-
ques au jour, & il y avoit beau-
coup de devises & d'emblêmes
dans les ornemens de l'avenue
& de la Cour. Il est impossible
de bien exprimer la maniere af-
fable qui parut, pendant toute
la soirée, sur le visage de Mr
d'Argenson, qui excitoit luy-
même a se divertir, tous ceux
qui ne peuvent s'empêcher de
causer du dommage, aux lieux
où le vin leur fait donner des
marques d'une joye un peu trop
vive.
ler de plus de soixante-dix
Communautez qui ont fait des
Feſtes, dont je ne ſuis pas assez
bien informé, pour vous en don-
ner le détail; vous jugerez bien
par les noms de ces Commu-
nautez qu'il y en a dont la vi-
vacité du zele à beaucoup plus
marqué leur joye que leur ma-
gnificence, & qui n'ont pû
imiter qu'en cela ceux qui ont
fait de tres grosses dépenses.
Réjouissances. 247
Ce n'est pas qu'une partie de
ces Communautez n'en ait fait
beaucoup, & que je ne vous
envoye le mois prochain le dé-
tail de quelques-unes de celles
qu'elles ont faites, si elles
tombent entre mes mains; ce-
pendant je vous diray que tous
les Syndics & Officiers de ces
Communautez se sont distin-
guez le jour que la Commu-
nautez ſe ſont diſtinguez le jour
que la Communauté a fait chan-
ter le Te Deum. Ils ont fait des
feux, des illuminations & don-
nez à boire aux passans, & tou-
tes les boutiques de ceux de
leur Communauté ont esté fer-
mées ce jour-là ; & chacun a
fait des feux devant sa porte,
& plusieurs ont fait des depen-
Réjouissances.
248
ſes ce soir-là au de-là de leurs
facultez.
Voicy les noms de toutes ces
Communautez, le jour & les
lieux où elles ont fait chanter
le Te Deum.
Le 30. Juin.
Les Marchands Miroittiers,
un Te Deum en Musique de la
composition de Mr Bernier,
Maistre de la Sainte Chapelle,
dans l'Eglise de sainte Marine
de la Cité.
Le 1. Juillet.
Le Corps des Marchands
Bonnetiers dans sa Chapelle en
l'Eglise de saint Jacques de la
Boucherie.
Les Marchands Chapeliers
un Te Deum en musique & sym-
phonie, dans l'Eglise de S. Leu
S. Gilles.
Réjouissances.
249
Les Corroyeurs, dans l'E-
glise de Saint Merry.
Les Horlogeurs, dans la Sain-
te Chapelle basse.
Le 6.
.
Les Marchands de Vin du
Roy, dans l'Eglise des grands
Cordeliers. Monsieur l'Argil-
lieire, ancien grand Garde fit
le soir un feu devant sa porte;
toute la façade de sa Maison
fut illuminée & une piece de
vin distribuée aux Passans.
Les Maîtres & Maîtresses
des petites Ecoles, dans l'E-
glises des grands Cordeliers.
Le 7.
Les Cordonniers un Te Deum
en musique, de la composition
de Monsieur Lallouette dans
leur Chapelle en l'Eglise Me-
Réjouissances.
250
tropolitaine de Nôtre Dame.
Les Marchands Fripiers
dans l'Eglise des Saints Inno-
cens.
Les Marchands Ceinturiers,
un Te Deum en musique dans
l'Eglise de Saint Barthelemy.
Le 8.
Les Tapissiers dans l'Eglise du
Saint Sepulchre.
Les Plombiers, dans la même
Eglise.
Les Selliers, Lormiers &
Carossiers, un Te Deum en
Musique avec Symphonie, dans
l'Eglise des grands Augustins.
Les Lingeres dans l'Eglise de
Sainte Oportune.
Les Gantiers & Parfumeurs,
dans l'Eglise des Carmes de la
Place Maubert.
p
s
e
8
Réjouissances.
251
La Communauté des Four-
bisseurs un Te Deum en Musi-
que de la composition de Mr
Bernier, dans la sainte Cha-
pelle basse.
Les Gardes de la Communau-
té des Tapissiers un Te Deum
en Musique dans la même
Eglise, & de la composition du
même Maiſtre.
Le 9.
Les Chirurgiens & Barbiers,
un Te Deum en Musique avec
une belle Symphonie dans l'E-
glise de Saint Coſme; il y eut
une grande illumination dans
leur Laboratoire dans le même
quartier.
Les Couturieres, dans l'Eglise
de Saint Gervais.
Le1o,
La Communauré des Tail-
252 Réjouissances.
leurs, un Te Deum en Musique,
de la composition de Mr Lal-
louette, dans l'Eglise de la Tri-
nité, ruë Saint Denys.
La Communauté des Ecri-
vains Jurez, un Te Deum & un
Salut en Musique dans l'Eglise
de Sainte Croix de la Breton-
nerie.
Les Boulangers, dans l'Eglise
de Saint Honoré.
Les Gardes Jurez, Emailleurs,
Vitriers & Fayanciers, un Te
Deum en Musique de la compo-
sition de Mr Guillery, dans
l'Eglise des Saints Innocens.
Les Marchands Lapidaires
& Jouailliers, dans l'Eglise des
grands Augustins.
Les Marchands Salpetriers,
dans l'Eglise des Augustins de
n
se
-
b-
s
es
es
5
Réjouissances.
253
la Place des Victoires. Le soir
ils firent tirer un beau feu d'ar-
tifice devant l'Eglise de ces
Peres.
Les Bourliers, dans l'Eglise
du S. Sepulchre, avec sympho-
nie.
Le II.
Les Marchands Taillandiers
en fer blanc & en fer noir, dans
l'Eglise des grands Augustins.
Le 12.
La Communauté des Bou-
chers, un Te Deum en Musique
de la composition de Mr La-
louette, dans l'Eglise de Saint
Jacques de la Boucherie.
Les Marchands Doreurs,
dans l'Eglise de Saint Denys de
la Chartre.
Le 13.
Les Vitriers & Peintres sur
Réjouissances.
254
verre, un Te Deum en Musi-
que de la composition de Mr
Bernier, dans l'Eglise des
grands Cordelièrs.
Les Marchands Peigniers &
Tablettiers, dans l'Eglise des
grands Augustins
Les Marchands du Pont-neuf
dans la même Eglise. Ils firent
un feu devant la Statuë d'Hen-
ryIV. ils illuminerent la grille
& tirererent beaucoup d'arti-
fice.
Les Marchands Papetiers,
dans l'Eglise des grands Cor-
deliers.
Les Marchands Boisfeliers un
Te Deum en Musique de la
composition de Mr Bouteiller
l'aiſné, dans l'Eglise de Saint
Leu, Saint Gilles.
Réjovissances.
255
Les Malletiers & Coffretiers
dans l'Eglise des Augustins du
Fauxbourg Saint Germain.
Les Chaudronniers, dans
l'Eglise des grands Augustins.
Le 14.
Les Charpentiers, dans la
Chapelle de Saint Blaise, rue
Galande.
Les Teinturiers en soye, en
fil & en laine, dans l'Eglise des
grands Augustins.
Les anciens Marchands Tan-
neurs, dans l'Eglise de Saint
Gervais.
Les Marchands Verriers &
Fayanciersi, dans l'Eglise de la
Trinité, ruë Saint
Denys.
Les Marchands Doreurs &
Argenteurs, dans l'Eglise des
grands Augustins.
Juillet 1704. II. P.
Y
Rejouissances.
256
Les Maréchaux, un Te Dean
en Musique de la composition
de Mr Paulin , Beneficier de
Nostre-Dame, dans l'Eglise des
Augustins du Fauxbourg saint
Germain.
La Communauté des Mar-
chands Tissutiers, Rubaniers,
Frangers & Ouvriers en draps
d'or, d'argent & de soye, dans
l'Eglise du Prieuré de saint Mar-
tin des Champs.
Le 15.
Les Vinaigriers, dans l'E-
glise du Saint Sepulchre.
Les Patissiers, dans la Cha-
pelle Royale de Saint Michel,
dans l'enclos du Palais.
Les Seruriers, dans l'Eglise
de saint Denys de la Chartres.
Les Fruitiers & Orangers,
Réjouissances.
257
un Te Deum en Musique de la
composition de Mr Paulin, dans
l'Eglise des grands Augustins.
Le 17.
Les Grainiers & Grainierés
dans la même Eglise.
Les Marchands Tanneurs,
dans la miême Eglise.
La Compagnie des Maistres
en fait d'Armes, dans l'Eglise
des grands Cordeliers.
Les Marchands Tonneliers,
dans leur Chapelle, en l'Eglise
de Nostre-Dame.
Les Marchands
Tonneliers
& Déchargeurs de
Vin, dans
l'Eglise de saint Bon.
Les Marchands Brasseurs, un
Te Deum en Musique de la com-
position de Mr Bernier, dans
la Sainte Chapelle basse.
Yi.
258
Réjouissances.
Les Marchandes du Marché
neuf, un Te Deum en Musique
de la composition de Mr Paulin,
dans l'Eglise de sainte Gene-
viéve des Ardens.
Le 18.
Les Marchands Rotisseurs,
dans l'Eglise des grands Au-
gustins; le soir ils firent tirer un
beau feu d'artifice devant la
porte de cette Eglise.
Les Marchands Boulangers,
dans l'Eglise des grands Cor-
deliers.
Le 19.
Les Maistres Jarez & Gardes
de la Communauté des Cuisi-
niers - Traiteurs, dans l'E-
glise de sainte Croix de la Bre-
tonnerie.
Les Couvreurs, dans l'Eglise
Réjouissances.
25
de ſaint Julien le pauvre.
Le 20
Les Graveurs & Peintres en
Taille douce, un Te Deum n
Musique de la composition de
Mr Petit de Nostre-Dame, dans
l'Eglise de Mathurins.
Les Marchands Gaisniers,
dans l'Eglise de sainte Croix
de la Bretonnerie.
Le 2I.
Les faiseurs & joueurs d'in-
strumens, dans la même Eglise.
Les Charbonniers, dans la
même Eglise.
La Communauté des Mar-
chands de vieux fer & de dépe-
ceurs de Carosse, dans l'Eglise
des grands Augustins.
Les Loueurs de Carosses, dans
l'Eglise des grands Carmes,
Réjoiissances.
260
Les Marchandes de la Place
Maubert, dans la même Eglise.
Les Marchands Messigiers ou
Marchands de Laine, dans l'E
glise de S Denys de la Chartre.
Les Forts gagne deniers, dans
l'Eglise des grands Cordeliers.
Les Marchands Patenotriers,
dans l'Eglise de Saint Bon.
Le 22.
Les Chandeliers un Te Deum
en Musique de la composition
de Mr Bernier, dans la Sainte
Chapelle basse.
Les Colporteurs, dans la
Chapelle de S. Blaiſe, ruë Ga-
lande. Mrs le Begue & Poul-
lain estoient alors en exercice
de direction. Le 24
La Communauté des Peintres,
un Te Deum en Musique de la
261
Réjouissances.
composition de MrBernier, dans
sa Chapelle de saint Luc, dans
la Cité. Le 27.
Les Menuifiers, dans l'Eglise
des grands Cordeliers.
Les Potiers d'Etain
dans
l'Eglise des grands Augustins.
On a oublié de marquer que
le 13. les Couteliers, Doreurs
& Graveurs ont fait chanter
un Te Deum dans l'Eglise des
grands Augustins.
Les Marchands & Loueurs de
Chevaux firent chanter le Te
Deum le 31. Juillet dans l'Eglise
de saint Jacques de l'Hospital.
Le nombre des Communatez
quiont fait chanter le Te Deum
est si grand, que je ne doute
point qu'il ne m'en soit écha-
péune partie; mais il est certain
qu'il n'y en a pas une de celles
Réjouissances.
262
qui sont peu accommodées, &
qu'on ne croit pas même avoir
rang de Communauté, qui n'ait
voulu témoigner son zele & sa
joye. Il s'eſt trouvé des Con-
vents qui n'ont point voulu
prendre de leur argent, & les Ja-
cobins de la ruë S. Honoré ont
donné la dessus exemple aux au-
tres. L'empressement étoit si vif-
que saus les soins & l'applica-
tion de Mr d'Argenson, la con-
fusion auroit eſté grande, cha.
cun voulant rendre graces au
Ciel, & faire des réjouissances
presque dans le même temps:
C'est ce qui obligea Mr d'Ar-
genson de regler que quatre
Communautez seulement, fe-
roient rendre par jour des
actions de graces, & ce qu'ily
obengn
ade
&
ir
it
sa
n
lu
a-
nt
if
a-
.
u
s
.
Réjouissances.
263
a de surprenant, est que ce Ma-
giſtrat a bien voulu assiſter à la
plus grande partie de ces Te
Deum, & qu'il a esté souvent,
chaque jour, à tous ceux qui
ſe ſont dits. Il donna, dés le
jour de la naissance de Monsei-
gneur le Due de Bretagne, &
les jours suivans, de si grandes
marques d'une veritable joye,
& il fit tant de choſes pour la
marquer, qu'elles me mene-
roient trop loin, si j'entrepre-
nois de les décrire; ainsi je ne
les rapporteray point icy. Elles
ne ſont pas ignorées à Paris, ou
tout retentit de la vivacité de
ſon zele & de ſes liberalitez; ce-
pendant je ne puis m'empêcher
de vous dire que le 29. de Juin,
l'entrée de la ruelle qui conduit
Réjouiffances.
264.
à l'Hostel de ce Magistrat pa-
rut toute alluminée. Il y avoit
une piramide surmontée d'un
Soleil tour éclatant de lumie-
res, & à côté, deux grands
Dauphins qui jetterent du vin
pendant cinq à six heures. Il y
avoit ensuite le long de la ruel-
le ou avenuë, des pilastres aux
deux côtez, garnis de lumieres.
Cette avenuë étoit remplie de
timballes & de trompettes, qui
étorenusur des échafauts en for-
me de balcons, afin que l'ave-
nuë ne se trouvast pas rétressie.
Toute cette avenue étoit ornée
de fettons de fleurs naturelles.
La façade de l'Hoſtel étoit dé-
corée par une grande quantité
de lamprons & de fleurs. Tou-
te la cour étoit illuminée & di-
Réjouissances.
265
visée en portiques ornez de fe-
stons, & remplis d'une grande
quantité de lamprons. La Com-
pagnie de Mr le Prevost de
l'Ifle, celle de Mr le Licu-
tenant de Robe-courte & cel-
le de Mr le Chevalier du
Guet y firent quatorze déchar-
ges, dont le bruit fit casser pres-
que toutes les vîtres. Les appar-
temens du premier étage étoient
ouverts à tout le mode, & ceux
du second étoient remplis de
rafraschissemens & de liqueurs
pour les personnes plus distin-
guées. Mr d'Argenson & Mr
son fils jetterent des fenestres
de cet appartement, un tres-
grand nombre de pieces de dix
sols & de cinq sols au Peuple,
dont la cour étoit toute remplio
Z ij
266 Réjouissances.
La Feste commença à huit heu-
res du soir & ne finit qu'à trois
heures aprés minuit. Mr d'Ar-
genson avoit fait mettre des
lanternes dans toutes les ruës
des environs de son Hostel, où
des chandelles brulerent jus-
ques au jour, & il y avoit beau-
coup de devises & d'emblêmes
dans les ornemens de l'avenue
& de la Cour. Il est impossible
de bien exprimer la maniere af-
fable qui parut, pendant toute
la soirée, sur le visage de Mr
d'Argenson, qui excitoit luy-
même a se divertir, tous ceux
qui ne peuvent s'empêcher de
causer du dommage, aux lieux
où le vin leur fait donner des
marques d'une joye un peu trop
vive.
Fermer
237
p. 267-281
« Je dois presentement vous parler de ce qui s'est fait aux [...] »
Début :
Je dois presentement vous parler de ce qui s'est fait aux [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je dois presentement vous parler de ce qui s'est fait aux [...] »
Je dois presentement vous
parler de ce qui s'est fait
aux
environs de Paris, où du moins
d'une partie.
Le Samedy 28. Juin, Mes-
sieurs les Chanoines de la sainte
Chapelle Royale du Château
de Vincennes, y chanterent un
Te Deum avec beaucoup de so-
lemnité, au bruit d'un grand
nombre de boëtes & de toute
lartillerie du Château; le ſoir
il y eut une grande illumina-
tion au haut du donjon avec un
tres beau feu d'artifice, qui fût
tiré ſur la terraſse de ce donjon-
Ce qui fut parfaitement bien
executé selon les ordres de Mr
le Marquis de Bellefont, Gou-
verneur & Capitaine du Châ-
teau de Vincennes.
Z iij.
Rejouissances.
200
Le premier de Juillet, Mr
Robbe, Maire de la Ville de S.
Denis en France, envoya des
Lettres Circulaires aux Capi-
raines de la Bourgeoisie & des
Arquebuziers, & des avertisse-
mens aux Marguilliers des Pa-
roisses, afin que les uns se pre-
parassent à se mettre sous les ar-
mes, le plus lestement qu'ils
pourroient; le Jeudy suivant,
pour assiſter au feu de joye, qui
devoit estre allumé dans la gran-
de place, à neuf heures du soir;
& que les autres fissent caril-
lonner & sonner le tocsin, pen-
dant la journée.
Le Jeudy les Compagnies s'é-
tant assemblées, sous leurs Dra-
peaux, au nombre d'environ
trois cens hommes; ils défile-
Réjouissances.
269
rent quatre de front & vinrent
passer devant la porte de Mr
Robbe. Il avoit fait déconer la
façade de sa Maison, & fait
mettre à la fenêtre de ſa cham-
bre, ornée de pampres & de
festons de fleurs, un Tableau
d'un enfant au maillot, sur un
tapis d'azur semé de fleurs de lis
d'or representant Monscigneur
le Duc de Bretagne, la teste
posée sur un oreiller d'hermi-
nes, & au dessous un quadre
d'oré, qui enfermoit le Distique
suivant de sa façon, car il est tres-
bon Poëtes.
NASCERE PARVE PUER, NO-
VASPES SUPERADDITA
GALLIS.
FERMAS HISPANOS; PACIS
ETOMENADES.
270 Réjouissances.
Venez combler tous nos souhaits,
Auguste Enfant, que la gloire ac-
compagne:
Vous devenez, en assutant l'Es-
pagne
L'heureux présage de la Paix.
Entre ce quadre & la porte de
la Maison de ce digne Maire,
étoient placées, dans des guir-
landes de lierre, les armoiries
du Roy, du Prince nouveau né,
de Monsieur le Duc d'Estrées
Gouverneur de la Province &
celles de la Ville audessous.
Aux côtez de la porte, étoient
élevez deux demi muids de vin,
deſtinez pour donner à boire à
tous les passans; les Officiers
saluerent en passant, le Portrait
du Prince, les uns avec l'Espon-
Réjoutssanes.
271
ton & les autres avec le Dra-
peau, & la Mousqueterie fit sa
décharge par rangs. Les Com-
pagnies allerent ensuite faire le
tour de la Place, & y poserent
leurs armes, afin d'aller plus
commodement & avec plus de
liberté, boire à la santé du Roi &
du Prince, à la porte de Mr le
Maire.
Sur les huit heures où envi-
ron, le Maire fit marcher les
Compagnies par la Ville, dans
les principales ruës, avec or-
dre de se rendre à neuf heures
précises, à l'Hoſtel de Ville,
dont la façade estoit bien dé-
corée. Pendant cette marche,
on prit le temps de poser l'arti-
fice sur un arc de triomphe, or-
né de pampres & de festons,
272
Réfouissances.
dreffé entre l'Hoſtel de Ville,
& le Feu de bois, qui formoit
un obelisque.
D'abord que les Compagnies
furent arrivées, elles firent le
tour de la grande Place, devan-
çant le Maire accompagné du
Corps de Ville, qui estoit pré-
cedé de Violons, de Tambours
& de Fifres: Aprés quoy, elles
s'ouvrirent en double haye, &
en occuperent tout le circuit,
Alors le Maire avec son Lieu-
tenant, & les deux Echevins
en Charge s'avancerent tous,
avec un flambeau à la main, &
mirent chacun à leur rang, le
feu à la piramide de bois; Aussi.
toſt on tira les boëttes, & la
Mousqueterie fit une décharge
generalle: le Maire but ensurte
Réjouissances.
27
à la ſante du Roy & de Monsei-
gneur le Duc de Bretagne; ce
qui fut accompagne de grands
cris de Vive le Roy, des fanfares
des violons, & du bruit des tam-
bours & des fifres. Tous les Offi-
ciersburent aussi aux mêmes san-
tez, & on leur répondit avec les
mêmes acclamations, les mêmes
fanfares, & le même bruit.
On aporta ensuite des sieges;
pour asseoir le Maire, les Offi-
ciers du Corps de Ville & les
anciens Echevins, vis-à vis,
du feu d'artifice. On fit aussi-
toſt une nouvelle décharge des
boëtes & de la Mousqueterie.
On vit les fusées traverser les
airs, & la place qui estoit déja
toute éclairée par les illumina-
tions des fenestres, se trouva,
274. Réjourssances.
en un instant, toute brillante
par le grand nombre de lances
a feu & de saussissons, qui sor-
tirent des pots à feu, dont les
portiques & le ceintre de l'arc
de triomphe estoient garnis.
aprés quoy l'on mit le feu aux
roues & au Soleil, qui estoit
placé au haut du ceintre; &
& tout l'artifice finit par l'ex-
cinction de ses-rayons.
Aprés que le feu d'artifice
fut tiré, les Compagnies défi-
lerent devant le Maire & le
Corps de Ville ; elles le recon-
duisirent dans sa Maison, & en
passant, firent encore une dé-
charge par rangs, de vant le Por-
trait du Prince. Le souper y
estoit apresté: Les Officiers de
la Bourgeoisie y furent conviez
Rejoinssances.
avec les anciens Echevins, &
l'on s'y divertit beaucoup; le
soupé fini, on commença le Bal,
qui dura jusqu'à trois heures
aprés minuit. Pendant ce temps,
la Bourgeoiſie marcha par es
couades sous la conduite des
Sergens, dans les ruës, avec
des brocs de vin, pour conti-
nuer la réjouissance juſqu'au
jour, ce qu'ils firent en mar-
quant toujours les mêmes trans-
ports de joye.
Les Chanoines Reguliers de
Sainte Geneviéve, tiennent à
Nanterre, à deux lieuës de Pa-
ris, un celebre College, où ils
élevent & instruisent dans les
belles Lettres, avec beaucoup
de succés & de reputation, un
tres-grand nombre d'enfans,
Rejouissances.
276
dont la plupart sont des pre-
mieres & plus illustres familles
de Paris. Comme ces Peres sont
Seigneurs temporels & spiri-
tuels du Bourg de Nanterre, ils
crurent qu'il estoit de leur de-
voir d'engager par leur exem-
ple les Habitans à prendre part
a la joye publique, pour la nais-
sance de Monseigneur le Duc
de Bretagne; pour cet effet le
6. de Juillet, ils chanterent le
Te Deum dans l'Eglise de la Pa-
roiſse, au bruit d'une décharge
de plusieurs boëtes, qui fut re-
doublé plusieurs fois; & firent
couler deux fontaines de vin
pendant toute l'aprés midi; sur
le foir, ils allumerent un grand
feu qui fut accompagné d'arti-
fices & de fusées volantes; en
Réjonissances.
27.
même xemps tout le grand
corps de logis, qui a veue ſur
S. Germain en Laye, parut
éclaire par un nombre infini de
lumieres, cette illumination
formoit, sur de haut, dans l'en-
droit ou est un Cadran, un So-
deil qui faisoit un fort beleffet,
& qui fur vû du Château de S.
Germain par leurs Majestez
Britaniques qui témoignerent
y prendre beaucoup de plaisir.
La même illumination fut con-
tinuée deux jours de suite.
Monsieur Lorey, Receveur
en titre du Grenier à Sel de
Poissy s'y fit distinguer, puis
qu'outre le grand feu qu'il fit
faire, il fit illummer sa maison
deux jours de suite, il tint table
ouverte pendant ces deux joun.
Réjouissances.
27
Plusieurs de ſes amis de Paris
& les plus diſtinguez du lieu,
s'étant rendus chez luy pour
prendre part à cette fête. Il
donna un grand bal; & plus de
deux cens hommes sous les ar-
mes, qui étoient devant sa por-
te, firent plusieurs décharges
de mousqueterie. On tira quan-
tité de fuſées volantes, & l'on
fit couler plusieurs fontaines de
vin.
Monsieur Vallin, Sindic per-
petuel de la Parroiſse de saint
Ouin de l'aumône, qui n'est
ſeparée de la Ville de Pontoiſe
que par le pont, voulant pren-
dre part à la joye publique, en-
gagea tous les habitans de cette
Parroisse de s'afsembler le 3.
Juillet ſur les ſept heures du
Réjouissances.
279
foir. Il y eut des feux & des il-
luminations dans les rues & aux
fenêtres pendant toute la nuit;
on forma une compagnie des
plus lestes, & Monfieur Vallin
s'étant mis comme Syndic, à la
tête, alla avec les tambours,
les hautbois & les violons faire
chanter le Te Deam, & allu-
mer un feu qu'on avoit preparé
devant la ruë qui conduit à
l'Abbaye Royale de Maubuis-
ſon; d'où aprés plusieurs dé-
charges de mousqueterie, & de
boëtes & de cris de vive le Roy,
ayant été mandé par son Altesse
serenissime Madame la Princesse
qui étoit dans cette Abbaye,
avec Monsieur le Duc d'An-
guien , & Mesdemoiselles de
Charolois & de Sens, ils'y ren-
Juillet 1704. II. P. Aa
Réjovissances.
280
dit avec toute sa troupe; &
pendant qu'un feu, que son Al-
tesse serenissime avoit fait dres
ser, brûla, on continua les cris
d'allegreſse, & le feu de la mous-
queterie: après quoy on revint
dans le même ordre qu'on
étoit parti devant la maison de
Monsieur Vallin, où on trouva
plusieurs fontaines de bon vin
qui couloient par ses soins, & à
ses dépens, pour tous ceux qui
se presentoient.
L'heure de souper étant ve-
nuë, plusieurs tables furent
dreffées au même endroit, ou
les principaux de cette Parroisse
souperent & furent regalés par
Monsieur Vallin; les santés du
Roy, de Monseigneur & de
Messeigneurs les Princes ses En-
Rejouissances.
281
fans & de Monseigneur le Duc
de Bretagne y furent bues aux
cris de vive le Roy, & enfin toure
cette fête finit par un bal pu-
blic, ou tout ſe paſsa ſans defor-
dre & sans confusion.
parler de ce qui s'est fait
aux
environs de Paris, où du moins
d'une partie.
Le Samedy 28. Juin, Mes-
sieurs les Chanoines de la sainte
Chapelle Royale du Château
de Vincennes, y chanterent un
Te Deum avec beaucoup de so-
lemnité, au bruit d'un grand
nombre de boëtes & de toute
lartillerie du Château; le ſoir
il y eut une grande illumina-
tion au haut du donjon avec un
tres beau feu d'artifice, qui fût
tiré ſur la terraſse de ce donjon-
Ce qui fut parfaitement bien
executé selon les ordres de Mr
le Marquis de Bellefont, Gou-
verneur & Capitaine du Châ-
teau de Vincennes.
Z iij.
Rejouissances.
200
Le premier de Juillet, Mr
Robbe, Maire de la Ville de S.
Denis en France, envoya des
Lettres Circulaires aux Capi-
raines de la Bourgeoisie & des
Arquebuziers, & des avertisse-
mens aux Marguilliers des Pa-
roisses, afin que les uns se pre-
parassent à se mettre sous les ar-
mes, le plus lestement qu'ils
pourroient; le Jeudy suivant,
pour assiſter au feu de joye, qui
devoit estre allumé dans la gran-
de place, à neuf heures du soir;
& que les autres fissent caril-
lonner & sonner le tocsin, pen-
dant la journée.
Le Jeudy les Compagnies s'é-
tant assemblées, sous leurs Dra-
peaux, au nombre d'environ
trois cens hommes; ils défile-
Réjouissances.
269
rent quatre de front & vinrent
passer devant la porte de Mr
Robbe. Il avoit fait déconer la
façade de sa Maison, & fait
mettre à la fenêtre de ſa cham-
bre, ornée de pampres & de
festons de fleurs, un Tableau
d'un enfant au maillot, sur un
tapis d'azur semé de fleurs de lis
d'or representant Monscigneur
le Duc de Bretagne, la teste
posée sur un oreiller d'hermi-
nes, & au dessous un quadre
d'oré, qui enfermoit le Distique
suivant de sa façon, car il est tres-
bon Poëtes.
NASCERE PARVE PUER, NO-
VASPES SUPERADDITA
GALLIS.
FERMAS HISPANOS; PACIS
ETOMENADES.
270 Réjouissances.
Venez combler tous nos souhaits,
Auguste Enfant, que la gloire ac-
compagne:
Vous devenez, en assutant l'Es-
pagne
L'heureux présage de la Paix.
Entre ce quadre & la porte de
la Maison de ce digne Maire,
étoient placées, dans des guir-
landes de lierre, les armoiries
du Roy, du Prince nouveau né,
de Monsieur le Duc d'Estrées
Gouverneur de la Province &
celles de la Ville audessous.
Aux côtez de la porte, étoient
élevez deux demi muids de vin,
deſtinez pour donner à boire à
tous les passans; les Officiers
saluerent en passant, le Portrait
du Prince, les uns avec l'Espon-
Réjoutssanes.
271
ton & les autres avec le Dra-
peau, & la Mousqueterie fit sa
décharge par rangs. Les Com-
pagnies allerent ensuite faire le
tour de la Place, & y poserent
leurs armes, afin d'aller plus
commodement & avec plus de
liberté, boire à la santé du Roi &
du Prince, à la porte de Mr le
Maire.
Sur les huit heures où envi-
ron, le Maire fit marcher les
Compagnies par la Ville, dans
les principales ruës, avec or-
dre de se rendre à neuf heures
précises, à l'Hoſtel de Ville,
dont la façade estoit bien dé-
corée. Pendant cette marche,
on prit le temps de poser l'arti-
fice sur un arc de triomphe, or-
né de pampres & de festons,
272
Réfouissances.
dreffé entre l'Hoſtel de Ville,
& le Feu de bois, qui formoit
un obelisque.
D'abord que les Compagnies
furent arrivées, elles firent le
tour de la grande Place, devan-
çant le Maire accompagné du
Corps de Ville, qui estoit pré-
cedé de Violons, de Tambours
& de Fifres: Aprés quoy, elles
s'ouvrirent en double haye, &
en occuperent tout le circuit,
Alors le Maire avec son Lieu-
tenant, & les deux Echevins
en Charge s'avancerent tous,
avec un flambeau à la main, &
mirent chacun à leur rang, le
feu à la piramide de bois; Aussi.
toſt on tira les boëttes, & la
Mousqueterie fit une décharge
generalle: le Maire but ensurte
Réjouissances.
27
à la ſante du Roy & de Monsei-
gneur le Duc de Bretagne; ce
qui fut accompagne de grands
cris de Vive le Roy, des fanfares
des violons, & du bruit des tam-
bours & des fifres. Tous les Offi-
ciersburent aussi aux mêmes san-
tez, & on leur répondit avec les
mêmes acclamations, les mêmes
fanfares, & le même bruit.
On aporta ensuite des sieges;
pour asseoir le Maire, les Offi-
ciers du Corps de Ville & les
anciens Echevins, vis-à vis,
du feu d'artifice. On fit aussi-
toſt une nouvelle décharge des
boëtes & de la Mousqueterie.
On vit les fusées traverser les
airs, & la place qui estoit déja
toute éclairée par les illumina-
tions des fenestres, se trouva,
274. Réjourssances.
en un instant, toute brillante
par le grand nombre de lances
a feu & de saussissons, qui sor-
tirent des pots à feu, dont les
portiques & le ceintre de l'arc
de triomphe estoient garnis.
aprés quoy l'on mit le feu aux
roues & au Soleil, qui estoit
placé au haut du ceintre; &
& tout l'artifice finit par l'ex-
cinction de ses-rayons.
Aprés que le feu d'artifice
fut tiré, les Compagnies défi-
lerent devant le Maire & le
Corps de Ville ; elles le recon-
duisirent dans sa Maison, & en
passant, firent encore une dé-
charge par rangs, de vant le Por-
trait du Prince. Le souper y
estoit apresté: Les Officiers de
la Bourgeoisie y furent conviez
Rejoinssances.
avec les anciens Echevins, &
l'on s'y divertit beaucoup; le
soupé fini, on commença le Bal,
qui dura jusqu'à trois heures
aprés minuit. Pendant ce temps,
la Bourgeoiſie marcha par es
couades sous la conduite des
Sergens, dans les ruës, avec
des brocs de vin, pour conti-
nuer la réjouissance juſqu'au
jour, ce qu'ils firent en mar-
quant toujours les mêmes trans-
ports de joye.
Les Chanoines Reguliers de
Sainte Geneviéve, tiennent à
Nanterre, à deux lieuës de Pa-
ris, un celebre College, où ils
élevent & instruisent dans les
belles Lettres, avec beaucoup
de succés & de reputation, un
tres-grand nombre d'enfans,
Rejouissances.
276
dont la plupart sont des pre-
mieres & plus illustres familles
de Paris. Comme ces Peres sont
Seigneurs temporels & spiri-
tuels du Bourg de Nanterre, ils
crurent qu'il estoit de leur de-
voir d'engager par leur exem-
ple les Habitans à prendre part
a la joye publique, pour la nais-
sance de Monseigneur le Duc
de Bretagne; pour cet effet le
6. de Juillet, ils chanterent le
Te Deum dans l'Eglise de la Pa-
roiſse, au bruit d'une décharge
de plusieurs boëtes, qui fut re-
doublé plusieurs fois; & firent
couler deux fontaines de vin
pendant toute l'aprés midi; sur
le foir, ils allumerent un grand
feu qui fut accompagné d'arti-
fices & de fusées volantes; en
Réjonissances.
27.
même xemps tout le grand
corps de logis, qui a veue ſur
S. Germain en Laye, parut
éclaire par un nombre infini de
lumieres, cette illumination
formoit, sur de haut, dans l'en-
droit ou est un Cadran, un So-
deil qui faisoit un fort beleffet,
& qui fur vû du Château de S.
Germain par leurs Majestez
Britaniques qui témoignerent
y prendre beaucoup de plaisir.
La même illumination fut con-
tinuée deux jours de suite.
Monsieur Lorey, Receveur
en titre du Grenier à Sel de
Poissy s'y fit distinguer, puis
qu'outre le grand feu qu'il fit
faire, il fit illummer sa maison
deux jours de suite, il tint table
ouverte pendant ces deux joun.
Réjouissances.
27
Plusieurs de ſes amis de Paris
& les plus diſtinguez du lieu,
s'étant rendus chez luy pour
prendre part à cette fête. Il
donna un grand bal; & plus de
deux cens hommes sous les ar-
mes, qui étoient devant sa por-
te, firent plusieurs décharges
de mousqueterie. On tira quan-
tité de fuſées volantes, & l'on
fit couler plusieurs fontaines de
vin.
Monsieur Vallin, Sindic per-
petuel de la Parroiſse de saint
Ouin de l'aumône, qui n'est
ſeparée de la Ville de Pontoiſe
que par le pont, voulant pren-
dre part à la joye publique, en-
gagea tous les habitans de cette
Parroisse de s'afsembler le 3.
Juillet ſur les ſept heures du
Réjouissances.
279
foir. Il y eut des feux & des il-
luminations dans les rues & aux
fenêtres pendant toute la nuit;
on forma une compagnie des
plus lestes, & Monfieur Vallin
s'étant mis comme Syndic, à la
tête, alla avec les tambours,
les hautbois & les violons faire
chanter le Te Deam, & allu-
mer un feu qu'on avoit preparé
devant la ruë qui conduit à
l'Abbaye Royale de Maubuis-
ſon; d'où aprés plusieurs dé-
charges de mousqueterie, & de
boëtes & de cris de vive le Roy,
ayant été mandé par son Altesse
serenissime Madame la Princesse
qui étoit dans cette Abbaye,
avec Monsieur le Duc d'An-
guien , & Mesdemoiselles de
Charolois & de Sens, ils'y ren-
Juillet 1704. II. P. Aa
Réjovissances.
280
dit avec toute sa troupe; &
pendant qu'un feu, que son Al-
tesse serenissime avoit fait dres
ser, brûla, on continua les cris
d'allegreſse, & le feu de la mous-
queterie: après quoy on revint
dans le même ordre qu'on
étoit parti devant la maison de
Monsieur Vallin, où on trouva
plusieurs fontaines de bon vin
qui couloient par ses soins, & à
ses dépens, pour tous ceux qui
se presentoient.
L'heure de souper étant ve-
nuë, plusieurs tables furent
dreffées au même endroit, ou
les principaux de cette Parroisse
souperent & furent regalés par
Monsieur Vallin; les santés du
Roy, de Monseigneur & de
Messeigneurs les Princes ses En-
Rejouissances.
281
fans & de Monseigneur le Duc
de Bretagne y furent bues aux
cris de vive le Roy, & enfin toure
cette fête finit par un bal pu-
blic, ou tout ſe paſsa ſans defor-
dre & sans confusion.
Fermer
238
p. 281-336
« La petite Ville de Corbeil, prés Paris, s'est beaucoup distinguée ; [...] »
Début :
La petite Ville de Corbeil, prés Paris, s'est beaucoup distinguée ; [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La petite Ville de Corbeil, prés Paris, s'est beaucoup distinguée ; [...] »
La petite Ville de Corbeil,
prés Paris, s'est beaucoup distinguée ;
Elle attendoit avec
impatience qu'il luy fut permis
de faire éclater sa joye, & elle
avoit déja même prévenu l'or-
dre, quand elle le reçût de Mon-
sieur Henault, Gouverneur de
la Ville, Fils de Mr Henault
Eermier General, qui venoit de
le recevoir de la Cour. Monsieur
Henault nouvellement pourvu
de ce Gauvernement, & de
la Licutenance Generale des
Aa ij
Réjouissances.
282
Chasses, ne pouvoit mieux com-
mencer son avenement à ces
Charges, qu'en se distinguant
comme il a fait dans cet te ré-
jouissance publique, où il a été
secondé par tous les Bourgeois
de la Ville, ſujets des plus fi-
delles & des plus zelés, ainsi que
le porte leur devise.
COR BELLO PACEQUE
FIDUM.
Nous sommes fidelles en paix,
comme en guerre,
Je dois ajouter icy, que ce
Gouverneur à toutes les bon-
nes qualités qui peuvent le ren-
dre agreable au pays.
La Ville, n'eût pas plûtôt
Réjouissances.
283
reçû ordre de faire chanter le
Te Deum le 9 de Juillet, que
tout se disposa à marquer sa joye.
Les boutiques furent fermées:
toutes les cloches carrillonne-
rent: La poudre ayant été di-
stribuée avec profusion dans
tous les quartiers, par ses or-
dres, tous les Bourgeois, & les
Chevaliers de l'Arquebuse se
mirent sous les Armes, & se
rendirent à l'Hôtel de Ville,
où ils prirent le Gouverneur
qui ſe mit à leur tête; ils alle-
rent en fort bel ordre, parés de
rubans & de cocardes, au son
des fifres & des tambours, à l'E
glise de Nôtre Dame, que le
Curé avoit fait parer & illumi-
ner extraordinairement. Le Te
Deum y fut chanté en faux-
Rejouissances.
284
bourdon, avec un Exaudiat, au
son des Cloches & au bruit du
Canon, qui ne cessa point de
tirer.
Le Gouverneur se rendit en-
suite avec toute la Bourgeoiſie
sous les armes dans une grande
place quarré, qui est devant le
Château. Un bûcher orné de
feuillages, s'y trouva élevé, ou
il mit le feu aprés en avoir fait
le tour au bruit de la mousque-
terie, qui fit plusteurs déchar-
ges. Le Château parut en un
moment illuminé, & la uuit qui
étoit fort obscure, devint plus
brillante que le jour: nien ne
parut plus ingenieux que l'il-
lumination, qui par ses divers
compartimens, representoit les
Armeside France & de Breta-
Réjolissances.
285
gne. Sur la porte étoit un grand
obelisque, qui avoit un Soleil
pour amortissement, accom-
pagné de deux piramides, qui
finissoient par deux fleurs de
lys On y lisoit cette belle in-
scription.
UNDIQUE MICAT.
Par tout il porte ses rayons,
La lumiere formoit l'ordre de
l'architecture du portail. Dans
le fonds de la cour on décou-
vroit une autre piramide, qui
ſe joignant avec celle du por
tail, formoit de loin une per-
spective fort agreable, & fai-
foit d'autant plus de plaisir, que
dans la Ville on n'avoit rien
vu de parcil depuis fort long-
Réjouissances.
286
temps: Deux fontaines de vin,
que l'on fit couler pendant ce
temps la, & qu'un Bacchus, sur
un tonneau, distribuoit au peu-
ple avec abondance, détourna
l'attention des spectateurs qui
acoururent de ce côté-là; Les
cris de vive le Roy redoublerent,
pendant que la mousqueterie
redoubloit aussi ses décharges.
Monsieur le Prevôt de Corbeil,
qui n'entend pas moins à bien
servir le Roy dans sa charge,
qu'à faire les honneurs de sa
maiſon, avoit desiré du Gouver-
neur qu'il agreât que sa Com-
pagnie, les Dames & les prin-
cipaux d'e la Ville vinssent pren-
dre chez luy des rafraichisse-
mens On trouva dans ſa maiſon
une table servie magnifique-
ment,
Réjouissances.
287
ment, où la ſanté du Roy & du
Prince nouveau né , fut bien
celebrée au bruit du Canon.
on sortit avec peine de table à
une heure au matin, pour avoir
le plaisir du feu d'artifice, que
le Gouverneur avoit fait con-
ſtruire ſur une terraſſe, au bord
de la Riviere. Cette situation
est admirable pour un pareil
ſpectacle. On y étoit accouru
de tous les lieux des environs.
Le pont & les bords de la
Seine se trouverent couverts
d'un nombre infini de populace,
rien n'étoit plus agreable que
de voir voguer sur la Riviere
des batteaux illuminés, qui pa-
roissoient autant de tables flot-
tantes, ou la ſanté du Roy &
de Monseigneur le Duc de Bre-
nillet 1704.
288 Réjouissances.
tagne étoit celebrée au bruit
des tambours, de la mousque-
terie & du Canon que les échos
repetoient. Toutes les maisons
des environs, ainsi que les plus
éloignées parurent illuminees,
aussi bien que tous les Clochers
de la Ville, où les P. Recollets
se distinguerent fort.
Ce feu d'Artifice étoit à qua-
tre pilliers, au milieu desquels
s'élevoit une figure, qui repre-
sentoit la France, tenant le Prin-
ce nouveau né entre ſes bras &
le presentant à la Bretagne, qui
étoit à ſes pieds, pour le luy
demander. Sur le piédestal,
on lisoit ces mots.
CUMULATA VOTA.
Mes veux sont comblés.
Ce qu'on peut expliquer par
ces vers,
Réjouissances.
289
La
Bretagne jalouse
envioit le
bonheur
De l'Anjou, du Berry
ces heu-
reuses Provinces
Qui goutent le bonheur d'obeyr à des
Princes:
D'un sort pareil elle flatioit son
cœur.
Charmant Prince, aujourd huy ton
heureuse naissance
La comble de bonheur, remplit son
esperance
Tu vas porter son nom, & luy
donner des loix,
Par cette preference & ce glorieux
choix
Elle
sent augmenter son zele & sa
puissance.
Audevant on voyoit les Armes
de France & de Bretagne & au
Bbij
290 Réjouissances.
bas une devise, qui avoit pour
corps, la France tenant entre
ses mains plusieurs Sceptres &
plusieurs Couronnes avec ces
mots.
REoUM TERRA OPIFEX
ET OFFICINA.
Je donne des Rois à la terre.
Du côté qui regarde la Ri-
viere étoit une autre devise
dont le corps étoit un petit
Ruisseau qui va toûjours s'a-
grandissant, avec ces mots.
RIVULUS, QUONDAM FLU-
MEN IBIT.
Ce petit Ruisseau deviendra bien-
tot fleuve
ur
re
&
es
Réjouissances.
291
On voioit une autre devise,
du côté qui regarde la Ville,
dont le corps étoit un Lyon &
des lionceaux, avec cette belle
inscription pour ame.
FORTES CREANTUR
FORTIBUS.
Les Puissans engendient les
Puissans.
Du côté qui regarde la cam-
pagne, étoit une autre devise,
dont le corps étoit une Aigle
suivie de ses aiglons, qui volent
vers le Soleil; avec ces mots.
NEC IMBELLEM
FEROCES
FRO GENERANT AQUILA
COLUMBAM
Bb iij
2922
Réjouissances.
Les Aizles ne degenerent point de
leur origine.
L'artifice, qui étoit de la
composition des Artificiers de
l'Arsenal, fut fort bien execu-
té: La Seine ne contribua pas
peu à en augmenter la beauté;
les fuſées, en s'élevant en l'air,
s'y retraçoient agréablement,
& tombant dans l'eau y faisoient
mille tours & mille bonds avant
que d'éclater; enfin ces deux
clemens contraires semblerent
concourir ensemble, pour faire
un spectacle parfait. L'Assem-
blée ſe ſepara fort contente de
la feſte, & de son nouveau Gou-
verneur.
Le 28. de Juin, Mr l'Abbé de
Fourcy ayant appris dans son
Réjouissances.
293
Abbave de Saint Vandrille, la
nouvelle de l'heureuſe naissan-
ce de Monseigneur le Duc de
Bretagne, donna aussi-tost ses
ordres pour faire chanter un
Te Deum solemnel. Les Reli-
gieux de son Abbaye secon-
dant ses intentions, & joignant
une pieté édifiante & exemplai-
re au zele sincere & ardent de
leurdigne Abbé, se revêtirent de
leurs plus beaux Ornemens, &
s'assemblerent dans leur Eglise
illuminée de tous coſtez. Le
Curé de la Paroisse s'y rendit,
accom pagné de ses Paroissiens,
avec la Croix & la Banniere:
un grand nombre de peuple des
lieux circon voisins accourut au
bruit du carillon de toutes les
cloches, qui marquoient la
Bbiiij
294. Réjouissances.
joye publique Mrl Abbé avante
entonné le Te Deum, qui fut a-
chevé dans l'Eglise, alla ensuite
en habit de ceremonie avec seso
Religieux en Procession, dans
la Place publique, pour allu-
mer le feu qui avoit esté pré-
paré par son ordre; il estoit suivi
de Mr Eoloppe Avocat du Roy,
de Mr de Saint Martin & des
autres Officiers de l'Abbaye.
Tous les habitans qui estoient
ſous les armes, commandez par
Mr Dallet, Procureur du Roy
des Eaux & Forests, & Offi-
cier de l'Abbaye, formerent un
grand cercle autour du feu, &
aprés que les Prieres furent fi-
nies, ils firent une décharge, &
défilerent en ordre vers le Pa-
lais Abbatial, en faisant plu-
Réjouissances. 295
sieurs décharges, A peine la
derniere salve des habitans du
lieu fut achevée, que plusieurs
Bourgeois de la Ville de Cau-
debeq, Capitale du pays de
Caux, & dont ledit sieur Ab-
bé est Seigneur, arriverent en
armes, & tambour battant. Mr
Colleau Vicomte de ladite
Ville, Lieutenant de Police &
Capitaine de la Cinquantaine
ſe mit à leur teſte l'esponton à
la main, les rangea dans la
Place, & aprés plusieurs dé-
charges autour du feu, les con-
duisit en ordre, au son des
tambours, dans la cour de Mr
l'Abbé, où recommença le
bruit des armes. Il y avoit dans
les appartemens une collation
preparée pour les Officiers,
5
Réjouissances.
296
& autres personnes des plus
considerables de la Ville, des
rafraichissemens dans la cour
pour la Compagnie de la Cin-
quantaine & pour d'autres
Bourgeois sous les armes, &
dans la Place dequoy boire à
discretion pour tout le peuple
qui estoit venu de toutes parts
à cette ceremonie. La réjouis-
sance dura tout le jour & toute
la nuit, en criant vivent le Roy
& Monseigneur le Duc de Breta-
gne. Jamais on n'a vû paroiſtre
tant d'empressement pour té-
moigner une joye veritable &
ſincere pour la gloire du Rov,
& le bonheur continuel de la
France.
Le Mercredy 16, de ce mois,
les réjouissances commence-
rent à Abbeville par une gran-
Rejouissances.
29
de Messe qui fut chantée en
Musique avec une excellente
Symphonie. Elle estoit de la
composition d'un tres habile
Maistre. Tous les corps, de
cette Ville y assisterent, &
pendant la Messe on fit quinze
decharges du canon & de la
mousqueterie. On chanta à
l'issuë de la Messe le Te Deum
& l'Exaudiat. Au sortir de l'E-
glise Mrs du Corps de Ville se
rendirent à l'Hostel de Ville,
où par les feneſtres, ils distri-
buerent, à trois reprises, de
l'argent au peuple, & firent
couler pendant le reste de la
journée deux fontaines de vin.
On donna à manger à tous les
passans. Enfin sur les six heu-
res, toute la face de l'Hoſtel
Rejouassances.
298
de Ville parut illuminée, & on
ſe diſpoſa à faire jouer un beau
feu d'artifice qui estoit dressé
au milieu de la Place. La prin-
cipale des quatre faces de l'Hô.
tel de Ville eſtoit deſtinée à la
gloire du Roy, & on lisoit des
Vers François à la gloire de Sa
Majeſté On vovoit dans la
qui estoit consacrée à Monsei-
gneur, d'autres Vers François
sur la conqueste de Philisbourg,
faite par ce Prince. Monse-
gneur le Duc de Bourgogne
etoit loué dans la 3. par des Vers
faits sur la prise de Brisac. La
quatrième contenoit des Ver-
à la gloire du Prince nouveau
né. Il y avoit des Deviſes à la
gloire de ces Princes, au bas de
chaque intercolonne. On vit
partir cinq cens cinquante fu-
n
au
le
6-
la
25
a
Réjouissances.
299
sées de ce beau feu qui dura
presque toute la nuit. Toute la
Ville eſtoit illuminée d'une ma-
niere singuliere. Le Pere Cra-
coville qui a eû la direction du
feu d'artifice, en avoit composé
tous les Vers. C'est le même
Pere qui va pul l'er incessament
un ouvrage, auquel il travaille,
depuis long-temps contre les
Cononites, heretiques du sixié-
me Siecle.
Pendant qu'on tira le feu
d'artifice, les Consuls donne-
rent un repas magnifique qui
fut ſuivi d'un Bal, qui dura jus-
qu'à quatre heure du matin.
Toutes les Dames de la Ville y
furent invitées; & il en vint
beaucoup de la Campagne qui
augmenterent le brillant de
gette grande feste.
300
Réjouissances.
Mr Foucault, Conseiller
d'Etat & Intendant de la Ge-
neralité de Caën, fit chanter un
Te Deum en musique le sixième
de Juillet , dans la principale
Eglise de la Ville. Mr l'Evêque
de Bayeux, dont le zele pour la
gloire du Roy égale la pieté,
en fit la ceremonie : les divers
Ordres de la Ville s'y rendi-
rent avec les ornemens qui les
distinguent: la Musique répon-
dit à ce qu'on attendoit de l'ha-
bileté de celui qui l'a conduit.
Cette action de pieté finie, le
peuple fut attiré à la porte de
de Mr Foucault, par une deco-
ration magnifique de la face de
son Hostel; les Armes de Fran-
ce, de Dauphiné, de Bourgo-
gne & de Bretagne ornées de
n
d
r
Réjouissances.
301
festons & de couronnes de
fleurs; une infinité de lanter-
nes chargées de fleurs de lis &
d'hermines, formoient jusques
au toict un ordre d'Architectu-
re tres-regulier, & tres agréa-
ble; deux fontaines de vin, qui
sortoient de deux masques, cou-
lerent le reſte du jour; elles
firent mettre aux fenestres les
personnes de la Ville les plus
considerables, qui se diverti-
rent long-temps des cris de
joye du peuple, & de son em-
pressement à profiter de cette
largesse. Ge divertissement
conduisit insensiblement jus-
ques à l'heure du souper Qua-
tre grandes tables servies ma-
gnifiquement dans la salle d'au-
dience superbement parée, re-
Rejouissances.
302
çurent en tres-grand nombre
toutes les Dames de distinction
de la Ville, & des environs,
qui s'estoient renduës a Caën,
pour prendre part à ces ré-
jouissances; les Cavaliers les
servirent, & Me Foucault ac-
coûtumée depuis long temps à
ordonner ces sortes de Fêtes,
fit parfaitement bien les hon-
neurs de celle cy. Tout ce que
la Province si abondante, four.
nit par elle-même , & par son
commerce dans les pays étran-
gers, soit de liqueurs, soit de
fruits; tout, dis je, parut avec
profuſion dans ce repas; mais
la nuit qui s'approchoit ayant
renouvellé l'empressement
qu on avoit de jouir du plaisir
des illuminations, que la pré-
1e
es
je
Réjouissances.
303
paration de la face du logis
promettoit, fit lever de table
assez promptement, & toute la
Compagnie marcha vers le lieu
ou le feu eſtoit preparé. Je ne
diray point icy en quel estat
parurent les Dames, on juge
assez qu'elles n'avoient rien ou-
blié de tout ce que l'ajuste-
ment peut contribuer au bon
air & à la beauté; ce fut un
spectacle tres agreable de les
voir marcher à pied, invitées
par le beau temps, entre deux
hayes du peuple, que quelques
Gardes contenoient dans le
devoir, où le retenoit encore
davantage le respect qu'il a
pour Mr Foucault, qui les
accompagnoit avec toute la
Nobleſſe du pais.
Juillet 1704. II. P. Ce
304.
Réjouissances.
Caën est situé dans un vallon
ſur le bord de la riviere d'Or-
ne, entre deux grandes prairies,
qui semblent avoir esté dressées
au niveau : deux Faux bourgs
s'étendent au dessus de la Ville,
Sur les deux côteaux qui ter-
minent ces prairies, d'un costé
la maison des Jesuites, & l'Ab.
baye Royale de Saint Estienne,
avec. plusieurs tours de diverses
Paroisses; de l'autre un long
Faux bourg & plusieurs villa.
ges presque contigus avec leurs
clochers, forment une perspe-
ctive charmante, dont la vue
eſt terminée par une belle mai-
son de campagne, & quelques
bois en éloignement. A ll'entrée
de cette prairie est un boule-
vart, sur lequel est bâti un gros
Refouissances.
30
pavillon tres propre: ce boule-
vart est planté de quatre rangs
d'arbres, qui font un tres beau
berceau; un grand canal est au
dessous; au bout de ce canal
fur le bord de la riviere, regne
un cours de quatre rangs d'ar-
bres plantez par les soins de Mr
Foucault, dés ſon arrivé à Caën.
Ce fut ce beau lieu qu'il choisit
pour y dresser un feu d'artifice,
comme propre à contenir tout
le peuple, & à recevoir l'appa-
reil du spectacle qu'il vouloit
donner: trente cinq pieces de
canon amenées de plusieurs en-
droits éloignez, furent placées
dans le jardin des Jesuites; à
l'opposite le Regiment de la
Ville commandé
par Mr de
Monts son Colonel, fut mis en
Cci)
306 Réjouissances.
ordre de bataille, le ſeu au mi-
lieu; la nuit fut la plus favora-
ble du monde, la Lune ayant
toûjours esté couverte d'un
nuage. Une décharge de l'ar-
tillerie tres bien ſervie, & du
Regiment de Monts, qui y ré-
pondit de même, avertit le peu-
ple que le ſpectacle alloit com-
mencer. On vit naître en même-
temps une illumination char-
mante, à perte de vuë sur les
deux bords de la prairie: il pa-
rut dans le jardin des Jesuites
un parterre de lumieres d'un
ordre admirable; un cordon de
feu distigué d'espace en espace
par de petits obelisques; un am-
phitheatre de differentes figu-
res compassées avec symetrie,
tout cela terminé par l'illumi-
Réjouissances.
30
nation de leurs chambres, &
par une espece de couronne que
formoit la ceinture de leur Egli-
se, & la pointe de leur clocher.
La tour de la Paroisse S. Etien-
ne éclairée en pyra mide; celle
de l'Abbaye du même nom, dis-
posée d'une autre figure, d'ou
partoient de temps en temps des
fuſées; le Monaſtere de la Viſi-
tation illuminé dans toutes ses
faces; le bois des Capucins pa-
reillement éclairé, & qui ser-
voit comme de fond à tous ces
objets: cet amas de lumières
durant toute la nuit, fut un
spectacle des plus magnifiques.
De l'autre coſté de la prairie,
ſur le bord de la riviere, plu
sieurs feux disposez à divers éta-
ges avec ceux du Fauxbourg de
Réjovisances.
308
Vaucelles, partagerent l'at-
tention de l'assemblée. On tira
de tempsen temps un fort grand
nombre de boëtes. La Compa-
gnie de Mr Foucault, ou ſe pro-
menant sur le boulevart sous un
berceau de lumieres, dont les
arbres estoient chargez, ou as-
sise sur des sieges preparez,
jouissoit sans embarras & sans
confusion de la beauté de ces di.
vers spectacles. Le bruit des
tambours, le son des trompet.
tes, & de divers autres instru-
mens, le carillon continuel de
toutes les cloches de la Ville,
au milieu d'une nuit des plus
paisibles, se mêloient avec les
acclamations du peuple, & l'on
vit en même temps partir un
nombre infini de fusées, qui atii
es
e
o0
Rejouissances.
309
rerent tous les yeux des specta-
teurs. Ces fusées firent un mer-
veilleux effet au milieu des deux
côteaux dont on vient de par-
ler. L'eau dont les prairies qui
sont en ce lieu, sont bordées,
d'un côté par la riviere, de
l'autre par le grand canal, au-
gmentoit le spectacle par les
feux qui s'y representoient une
infinité de fois, & sembloient
s'y multiplier en cent differen-
tes manieres. Enfin le feu d'ar-
tifice commença. Un grand
quarré estoit décoré par une es-
pece de Ville; quatre pirami-
des aux angles, une plus élevée
au milieu, avoient un Soleil
pour amortissement. C'est le
ſymbole de la gloire & de la
grandeur de nostre invincible
Réjouissances.
310
Monarque ; ce Soleil dominant
leur
sur les autres, sembloit
communiquer ses lumieres, &
s'imprimer en eux. C'est ainfi
que LOUIS LEGRAND répand
sur nos augustes Princes ses En-
fans les rayons de cette sagesse,
qui fait la gloire de lon regne,
produit les grands succez de
tous ſes desseins; eſt le bonheur
de ses peuples; & leur promet
une longue ſuite de regnes heu-
reux dans des Successeurs éle-
vez par un Roy le plus ſçavant
de tous les Rois en l'art de re-
gner. Les Arnies de ces grands
Princes accompagnées de tro-
phées, environnoient l'édifice;
les gerbes de fusées qui en par-
tirent, l'éclat des boëtes, les
rouës de feu, en un mot, tou-
tes
Réjouissances.
311
tes les differentes manieres dont
l'artifice fait agir ce terrible
élement, tout repondit aux de-
sirs de l'illustre Magistrat, qui
donnoit cette Fête & aux sou-
haits de l'assemblée. Deux nou-
velles décharges, de l'artillerie
& du Regiment de Caën, succe
derent à l'effet du feu d'artifice.
La Fête sembloit estre termi-
née par la, le peuple songeoit
deja à se retirer, quand tout à
coup des fanfares, & le son
martial de divers instruments
l'arrêterent encore, & lui an-
noncerent un nouveau divertis-
sement. On vit s'avancer sur le
cana lune barque voguante avec
fierté portant pavillon Hollan-
dois; pluſieurs chaloupes par-
tagées en trois escadres marche-
Juillet 1704. II. P. Dd
Rejouissances.
312
rent à elle en ordre de bataille,
elles portoient pavillon Fran-
çois & Espagnol; les équipages
galamment habillez de diffe-
rentes livrées, à la faveur des
flambleaux representerent un
combat naval, qui de tous ces
divers spectacles fut un de ceux
qui divertit dvantage: ils at ta-
querent le grand vaisseau du-
rant plus d'une heure à coups
de petars & de fusées; ce petit
combat parut vif & animé, &
il contrefit si bien l'horreur des
veritables, que quoiqu'on fût
persuadé qu'il n'y avoit rien à
craindre, on ne pouvoit quel-
que fois s'empêcher de trembler
pour eux: on vint à l'abordage
& la grande barque fut enle-
vee.
Réjouissances.
313
La fin de ces divertissemens
pour le peuple, fut le commen-
cement d'un nouveau pour les
personnes de qualité; elles se
rendirent dans le Pavillon du
boulevart pour y danser jusques
au jour: Mlle de Croymare fit
parfaitement bien les honneurs
du bal Et ce fut ainsi que cette
Fête fut terminée.
Je ne dois pas oublier que tou-
te la Ville entra dans le même
dessein de Mr Foucault: elle
voulut aussi marquer son zele &
son amour pour son Prince, dans
une conjoncture qui doit rem-
plir de joye tous les vrais Fran-
çois. Les Bourgeois avoient al-
lumé des feux dans les ruës, &
illuminé leurs Maisons. Tous
les clochers de la Ville, sans
Dd ij
Réfouissances.
314
en excepter aucun, estoient de
même eclairez en differentes
figures. Celuy de l'Abbaye de
la Trinité, qui domine à la Vil-
le, dont les feux estoient agrea-
blement disposez par les soins
de Madame de Tessé son Ab-
beſſe, ſoeur du Maréchal du me-
me nom, en faisoit le couronne-
ment.
Cet assemblage de pyramides
de feu , oppoſé au lieu de la
scène du divertissement; offrit
au retour un nouveau spectacle.
Ce grand corps de lumieres, qui
cclairoit de loin, fit paroître la
Ville toute en feu: & on se pro-
mena dans les ruës à la faveur
de tant d'illuminations, qui con-
duisirent enfin jusqu'au jour.
Madame la Princesse d'Har-
Réjouissances.
315
court estant arrivée à Clermont
en Beauvoisis le 2. Juillet, Mrs
de Ville allerent aussi toſst la
saluer en Corps, & luy dire que
le Jeudy suivant on devoit chan-
ter un Te Deum en action de
graces de l'heureuſe naissance
de Monseigneur le Duc de Bre-
tagne, ils la prierent en même
temps d'assister à la ceremonie
du feu de joye qui devoit suivre
le Te Deum; cette Princesse s'y
trouva le Jeudy 3. du mois, &
la ceremonie avant commencé
en presence de tous les Corps
par une marche reglée autour
du feu, reitérée trois frois &
accompagnée d'autant de cris,
de vive le Roy, le Lieutenant
General & le Maire de la Ville
eurent l'honneur de donner la
Dd iij
Réjouissances.
316
main à cette Prinaesse, elle fit
avec eux le tour du feu qu'elle
alluma elle-même: A l'instant,
tous les Habitans sous les armes
firent plusieurs décharges de
Mousqueterie, & on distribua
au Public plusieurs tonneaux
de vin par l'ordre de cette Prin-
cesse, & par les soins des pre-
miers Officiers du lieu: le reste
de la journée & toute la soirée
se passerent en repas sur tables
dressées dans les ruës, où tout
le monde estoit bien venu. Les
illuminations y parurent des
plus brillantes, & tous les in-
strumens du païs s'y trouverent.
Enfin le Peuple s'abandonna à
la joye.
Mais il s'en fallut peu que
cette Feste ne coutât beaucouj
Réjouissances.
31.
à Madame la Princesse d'Har-
cort, puisque tous les Habitans
qui avoient esté excitez à la joye
par l'exemple de cette Princes-
se, s'estant rendus pendant la
nuit, en foule avec les violons,
en sa maison qui n'est que de
bois, ils l'ébranlerent si fort
qu'elle fuſt obligée pour la su-
reté de sa personne, de passer sur
le champ dans une autre mai-
son plus solide.
Ces réjouissances continue-
rent plusieurs jours & furent
terminées par une galanterie
digne de Madame la Princesse
d'Harcourt, qui voulant mar-
quer aux Officiers de la Ville,
combien elle estoit contente
d'eux, envoya à Paris faire pro-
vision de quantité de tabliers,
Da in
318
Réjouissances.
d'éventails, de boëtes, de toi.
lettes, de chapelets, de ta-
bleaux & d'autres bijoux, dont
elle fit la distribution aux Da-
mes de Clermont, par forme de
Lotterie.
Messieurs les Consuls de la
Ville de Montpelier, aiant reçù
la Lettre du Roy & les Ordres
de Mr le Maréchal de Villars,
Commandant dans cette Pro-
vince, pour assister au Te Deum,
faire des feux de joye & autres
réjouissances publiques, à l'oc-
casion de la naissance de Mon-
seigneur le Duc de Bretagne.
Ils assisterent avec leur Secre-
taire, en robe de ceremonie,
au Te Deam qui fut chanté en
Musique, le Dimanche 13. Juil-
let, dans l'Eglise Cathedralle
319
Réjouissances.
S. Pierre de Montpelier 5 au-
quel la Cour des Aydes , la
Chambre des Comptes, le Bu-
reau des Finances, & le Presi-
dial, avec tous les Officiers mi-
litaires de la Ville ſe trou-
verent.
Le ſoir du même jour, Mes-
sieurs les Consuls avoient eu le
soin de faire dresser un feu d'ar-
tifice à la promenade du Pei-
rou, qui est hors une des portes
de la Ville, & qui est une des
plus belles places du Roïaume,
par ſa ſcituation, & par la vûë
étenduë qu'elle donne de tous
côtez, tant sur la Mer que sur
les Pyrenées & montagnes voi-
sines qui semblent renfermers
avec le jardin du Roy, pour
l'Université de Medecine &
320
Réjouissances.
quantité de belles maisons de
campagne, des bois d'Oliviers,
qui entretiennent leur verdure
pendant toute l'année. Le feu
d'artifice representoit un arc de
triomphe & un grand Portique
d'Ordre Corinthien, orne de
Trophées d'Armes & d'autres
Peintures. Au- dessus de l'Enta-
blement, on voïoit s'élever un
Attique, surmonté d'une Re-
nommée. Et cet Attique étoit
chargé de certe inscription ma-
gnifique en Lettres d'Or.
Réjouissances.
321
LUDOVICO MAGNO.
PATRI, AVO, PROAVO.
QuOD
UNLREGUM DEDIT DEUS,
UTINAM
SIT ATAVUS.
ET VIVAT.
I
La Frise de l'Entablement
& les Ceintres des Arcades,
étoient ornés de sept grandes
Medailles, d'Or, & de Bronze,
Les paroles qu'on y lisoit étoient
tirées de la quatrième Eclogue
de Virgile; & le peu de chan-
gement qu'il y avoit, n'a été que
Rejouissances.
322
pour les rendre plus convena-
bles au Sujet.
Le dessein de Mrs les Con-
suls a été de representer dans
ces Medailles, la vie de Mon-
seigneur le Duc de Bretagne,
formée sur le Modele de Lours
LE GRAND, & sur celuy
de Monseigneur le Dauphin,
& de Monseigneur le Duc de
Bourgogne. Le Roy d'Espagne
Philippe V. y étoit encore pro-
posé pour un exemple. Et l'on
voioit ce dessein executé par les
paroles suivantes; qui forment
un discours lié, & qui étoient
adressées à Monseigneur le Duc
de Bretagne.
Incipe, parve Puer.
Facta tuorum mox legere.
Réjouissances.
323
Quae sit poteris cognoscere virtus.
Imitabere facta Parentum.
Reges, patriis virtutibus Orbem,
Occidet & Serpens.
Surget Gens aurea mundo
9
On lisoit ces paroles dans les
Medailles suivantes.
I.
Pour faire entendre, que
Monseigneur le Duc de Bre-
tagne naît dans le temps que le
Roy triomphe de la plus grande
partie de l'Europe, liguee con-
tre Sa Majeſté & contre l'Espa-
gne La premiere Medaille étoit
formée par deux branches, l'u-
ne de Laurier, & l'autre de
Palme, lièes au dessous. Et ces
paroles étoient écrites dans le
Champ de la Medaille.
Réjouissances.
324
91
INCIPE, PARVE PUER
Vous naistes, bel Enfant, dans le
Sein de la Gloire.
A
II.
La seconde faisoit entendre,
que Monseigneur le Duc de
Bretagne lira dans l'Histoire,
dés ſa première jeunesse, les
grandes Victoires que la France
& l'Espagne ont remportées en
divers endroits de l'Europe, &
qu'elles remporteront encore
sur leurs Ennemis communs.
La France & l'Espagne y
étoient peintes debout & ar-
mées, & se donnant la main.
Les Ecussons de leurs Bou.
cliers les distinguoient. Et l'on
voyoit plusieurs Provinces à
Réjouissances.
325
leurs pieds, qui leur
presen-
toient des Clefs dans les Bassins.
Avec ces mots.
FACTA TUORUM MOX
LEGERE.
Vous lirez bien- tot dans l'Hi-
stoire.
Jusqu'a quel haut degrè
Votre Sang a porté sa Gloire.
III.
Dans la troisiéme, étoient
peintes deux Branches, l'une de
Laurier, & l'autre d'Olivier,
mises en sautoir. Et ces paroles.
QUASIT POTERIS COGNOS-
CERE VIRTUS.
Vous aurès chez vous les modelles
326 Réjouissances.
Des plas eclatantes Vertus.
Le Laurier & l'Olivier fai-
soient assés connoître, que ces
Vertus sont Militaires & les
Politiques.
IV.
Des trophées d'Armes, qui
representoient la Gloire qui ac.
compagne les grandes Actions
des Rois, avec ces mots.
IMITABERE FACTA
PARENTUM.
Imité, leurs grandes Actions,
Et vous aures part à leur Gloire,
La cinquième Medaille fai-
soit entendre, qu'un jour Mon.
seigneur le Duc de Bretagne ne
Réjouissances.
32
s'appuyera pour défendre &
gouverner ses peuples, que sur
la pieté & les autres grandes
Vertus, à l'exemple de ſes
Peres,
On y voioit un Sceptre & une
Couronne sur un Autel à l'An-
tique. Et on y lisoit ces mots
expressifs.
REGES PATRIIS VIRTUTIBUS
ORBEM.
Quand vous tiendrés un jour le
Sceptre des François,
En vous brilleront à la fois
Les Vertus qu'on voit dans vos
Peres;
La Valeur & la Pieté,
La Justice & la Bonte
VI.
La Fable porte, que Pythou
Juillet 1704. II. P.
Ee
Réjouissances.
328
fut produit du limon; qui resta
sur la terre aprés le déluge. Et
l'on avoit peint dans la sixième
Medaille, un Apollon qui tuoit
à coups de flèches ce serpent;
pour faire entendre quebs'il
restoit encore des ennemis &
des jaloux du nom François,
Monseigneur le Duc de Bre-
tagne les terrassera. On y lisoit
ces paroles.
ET SERPENS.
OCCIDET
S'il reste des jaloux & des fiers
ennemis,
Vous les aurez bien-tot soùmis.
VII.
Enfin la septiême faisoit con-
cevoir le bonheur, que la France
doit esperer d'une si longue sui-
Réjouissances.
329
te de Rois du Sang de LouIS
LE GRAND. On y avoit
peint des demi-dieux champé-
tres, qui dansoient; & un Arc-
en Ciel, qui marquoit l'allian-
ce du Ciel avec la Terres; c'est-
àdire, les Benedictions que
Dieu va répandre sur ce Roïau-
me Ces mots en faisoient l'ame,
lon
SuRGET GENS AUREA
MUNDO.
Ne craignons plus pourl'avenir,
Le Siecle d'Or varevenir.
Les uns attribuent la Deco-
ration de ce feu & les Medail-
les, à Mr de Fizes, Professeur
des Mathematiques dans l'U-
niversité, & les autres disent
Ee 1)
Rejouissances.
330
que le Reverend Pere Gisbert,
Jesuite, en est l'Auteur. Ce feh
avoit esté dreſſé à l'opposit &
dans une distance d'environ
deux cens pas de la Porte du
Peirou.
Cette Porte est un Arcades
triomphe que la Ville de Mont-
pellier à fait bâtir avec beau-
coup de dépenses depuis envi-
ron dix années, tout revêtu
d'Archirecture, accompagnée
de quatre grandes Medailles de
la main d'un excellent Scul-
pteur. Du coſté de la Ville on
voit deux Medailles, la pre-
miere represente la conversion
generalle du Royaume, où l'on
voit la Religion qui renverse
& détruit l'Heresie, avec ces
mots.
Réjonissances.
ExTINCTAHAERESI
noge
Une autre fait voir la jon-
ction & la communication de
l'Ocean avec la Mediterannée,
avec ces mots.
JUNCTIS OCEANO ET
MEDITERANEO MARI.
Les deux autres Medailles
font face à la promenade, l'une
represente un Herculle apuyé
sur sa massuë qui terrasse un
Lion & épouvante un Aigle,
avec ces mots.
EUSIS TERRA, MARIQUE
CONJURATIS GENTIEUS,
Réjouissances.
332
Et dans l'autre on voioit parmi
des ornemens de trophées, des
Villes & des Provinces s'offrir
& se soûmettre à la France,
avec les mots au dessous;
.
oqo
SuB OCULISHOSTIUM,
BELGII ARCIBUSO
EXPUGNATIS.
On voit par la continuation
des graces & benedictions que
Dieu verse ſur le Royaume &
la Maison Royalle que ces éve-
nemens répondent aux desirs
des habitans de Montpelier &
aux souhaits qu'ils ont fait,
lorsqu'ils ont élevé cet Arc de
triomphe, avec les Medailles.
Sur les huit à neuf heures du
soir Mr Demayne, Lieutenant
Réjouissances.
933
de Royde la Ville, accompa-
gné de la Noblesse, s'estant
rendu à l'Hostel de Ville, &
s'estant mis à la teste de Mrs
les Consuls, partit au bruit des
trompettes, des hautbois & des
violons, & à la lueur d'un grand
nombre de flambeaux de point
de cire blanche: il se rendit à
la promenade du Peirou, où le
bucher fut allumé aprés les
ceremonies accoûtumées. En-
suite le feu d'artifice fut tiré
d'une maniere qui satisfit toute
la Ville, qui s'étoit rendue à
à cette promenade, & qui fut
suivi d'une triple décharge que
firent les Bourgeois & Habi-
tans qui esfoient rangez en ba-
taillese dans cette promenade,
& du Canon de la Citadelle,
Réjouissances.
334
Ce spectacle ne fut pas pli-
tôt fini qu'il s'en forma un nou-
veau. Les Habitans à l'envy
les uns des autres avoient gar.
ny tous les devans de leurs
maisons, d'illuminations aux
Armes du Roy, de Bretagne &
de la Maison Royalle, &
avoient allumé des buchers
qu'ils accompagnerent la plû-
part de feux d'artifice & de
fontaines de vin, qui couloient
pour ceux quis en vouloient
prendre. Mr Demainny, pre-
mier Consubde Montpelier, &
Mr Bagnol, Avocat generalen
la Cour des Aydes de cette
Ville, se surpasserent dans leurs
illuminations & dans les festes
qu'ils donnerent à leurs voi-
henalohtons
sins.
La
Réjouissances.
335
La joye des Habitans estoit
si grande, que la feste dura
pendant toute la nuit ; on vit
même pendant le jour paroî-
tre sur les portes de plusieurs
particuliers, des Portraits du
Roy avec des inscriptions; celle
qui suit estoit au dessous d'un
des portraits de Sa Majesté
fait par Mr Rigaud, fameux
Feintre.
LUDOVICO MAGNO.
Inandita regnandi diuturnitate
fortanatissimo,
Quopatre, Galliae
Quo avo, Hispania
Quo proavo, orbi
Felicitas asseritur.
Juillet 1704. II.
E
Réjouissances.
3
Mr de Plantade le fils, Consei,
ler en la Cour des Aydes, en
est l'Auteur.
prés Paris, s'est beaucoup distinguée ;
Elle attendoit avec
impatience qu'il luy fut permis
de faire éclater sa joye, & elle
avoit déja même prévenu l'or-
dre, quand elle le reçût de Mon-
sieur Henault, Gouverneur de
la Ville, Fils de Mr Henault
Eermier General, qui venoit de
le recevoir de la Cour. Monsieur
Henault nouvellement pourvu
de ce Gauvernement, & de
la Licutenance Generale des
Aa ij
Réjouissances.
282
Chasses, ne pouvoit mieux com-
mencer son avenement à ces
Charges, qu'en se distinguant
comme il a fait dans cet te ré-
jouissance publique, où il a été
secondé par tous les Bourgeois
de la Ville, ſujets des plus fi-
delles & des plus zelés, ainsi que
le porte leur devise.
COR BELLO PACEQUE
FIDUM.
Nous sommes fidelles en paix,
comme en guerre,
Je dois ajouter icy, que ce
Gouverneur à toutes les bon-
nes qualités qui peuvent le ren-
dre agreable au pays.
La Ville, n'eût pas plûtôt
Réjouissances.
283
reçû ordre de faire chanter le
Te Deum le 9 de Juillet, que
tout se disposa à marquer sa joye.
Les boutiques furent fermées:
toutes les cloches carrillonne-
rent: La poudre ayant été di-
stribuée avec profusion dans
tous les quartiers, par ses or-
dres, tous les Bourgeois, & les
Chevaliers de l'Arquebuse se
mirent sous les Armes, & se
rendirent à l'Hôtel de Ville,
où ils prirent le Gouverneur
qui ſe mit à leur tête; ils alle-
rent en fort bel ordre, parés de
rubans & de cocardes, au son
des fifres & des tambours, à l'E
glise de Nôtre Dame, que le
Curé avoit fait parer & illumi-
ner extraordinairement. Le Te
Deum y fut chanté en faux-
Rejouissances.
284
bourdon, avec un Exaudiat, au
son des Cloches & au bruit du
Canon, qui ne cessa point de
tirer.
Le Gouverneur se rendit en-
suite avec toute la Bourgeoiſie
sous les armes dans une grande
place quarré, qui est devant le
Château. Un bûcher orné de
feuillages, s'y trouva élevé, ou
il mit le feu aprés en avoir fait
le tour au bruit de la mousque-
terie, qui fit plusteurs déchar-
ges. Le Château parut en un
moment illuminé, & la uuit qui
étoit fort obscure, devint plus
brillante que le jour: nien ne
parut plus ingenieux que l'il-
lumination, qui par ses divers
compartimens, representoit les
Armeside France & de Breta-
Réjolissances.
285
gne. Sur la porte étoit un grand
obelisque, qui avoit un Soleil
pour amortissement, accom-
pagné de deux piramides, qui
finissoient par deux fleurs de
lys On y lisoit cette belle in-
scription.
UNDIQUE MICAT.
Par tout il porte ses rayons,
La lumiere formoit l'ordre de
l'architecture du portail. Dans
le fonds de la cour on décou-
vroit une autre piramide, qui
ſe joignant avec celle du por
tail, formoit de loin une per-
spective fort agreable, & fai-
foit d'autant plus de plaisir, que
dans la Ville on n'avoit rien
vu de parcil depuis fort long-
Réjouissances.
286
temps: Deux fontaines de vin,
que l'on fit couler pendant ce
temps la, & qu'un Bacchus, sur
un tonneau, distribuoit au peu-
ple avec abondance, détourna
l'attention des spectateurs qui
acoururent de ce côté-là; Les
cris de vive le Roy redoublerent,
pendant que la mousqueterie
redoubloit aussi ses décharges.
Monsieur le Prevôt de Corbeil,
qui n'entend pas moins à bien
servir le Roy dans sa charge,
qu'à faire les honneurs de sa
maiſon, avoit desiré du Gouver-
neur qu'il agreât que sa Com-
pagnie, les Dames & les prin-
cipaux d'e la Ville vinssent pren-
dre chez luy des rafraichisse-
mens On trouva dans ſa maiſon
une table servie magnifique-
ment,
Réjouissances.
287
ment, où la ſanté du Roy & du
Prince nouveau né , fut bien
celebrée au bruit du Canon.
on sortit avec peine de table à
une heure au matin, pour avoir
le plaisir du feu d'artifice, que
le Gouverneur avoit fait con-
ſtruire ſur une terraſſe, au bord
de la Riviere. Cette situation
est admirable pour un pareil
ſpectacle. On y étoit accouru
de tous les lieux des environs.
Le pont & les bords de la
Seine se trouverent couverts
d'un nombre infini de populace,
rien n'étoit plus agreable que
de voir voguer sur la Riviere
des batteaux illuminés, qui pa-
roissoient autant de tables flot-
tantes, ou la ſanté du Roy &
de Monseigneur le Duc de Bre-
nillet 1704.
288 Réjouissances.
tagne étoit celebrée au bruit
des tambours, de la mousque-
terie & du Canon que les échos
repetoient. Toutes les maisons
des environs, ainsi que les plus
éloignées parurent illuminees,
aussi bien que tous les Clochers
de la Ville, où les P. Recollets
se distinguerent fort.
Ce feu d'Artifice étoit à qua-
tre pilliers, au milieu desquels
s'élevoit une figure, qui repre-
sentoit la France, tenant le Prin-
ce nouveau né entre ſes bras &
le presentant à la Bretagne, qui
étoit à ſes pieds, pour le luy
demander. Sur le piédestal,
on lisoit ces mots.
CUMULATA VOTA.
Mes veux sont comblés.
Ce qu'on peut expliquer par
ces vers,
Réjouissances.
289
La
Bretagne jalouse
envioit le
bonheur
De l'Anjou, du Berry
ces heu-
reuses Provinces
Qui goutent le bonheur d'obeyr à des
Princes:
D'un sort pareil elle flatioit son
cœur.
Charmant Prince, aujourd huy ton
heureuse naissance
La comble de bonheur, remplit son
esperance
Tu vas porter son nom, & luy
donner des loix,
Par cette preference & ce glorieux
choix
Elle
sent augmenter son zele & sa
puissance.
Audevant on voyoit les Armes
de France & de Bretagne & au
Bbij
290 Réjouissances.
bas une devise, qui avoit pour
corps, la France tenant entre
ses mains plusieurs Sceptres &
plusieurs Couronnes avec ces
mots.
REoUM TERRA OPIFEX
ET OFFICINA.
Je donne des Rois à la terre.
Du côté qui regarde la Ri-
viere étoit une autre devise
dont le corps étoit un petit
Ruisseau qui va toûjours s'a-
grandissant, avec ces mots.
RIVULUS, QUONDAM FLU-
MEN IBIT.
Ce petit Ruisseau deviendra bien-
tot fleuve
ur
re
&
es
Réjouissances.
291
On voioit une autre devise,
du côté qui regarde la Ville,
dont le corps étoit un Lyon &
des lionceaux, avec cette belle
inscription pour ame.
FORTES CREANTUR
FORTIBUS.
Les Puissans engendient les
Puissans.
Du côté qui regarde la cam-
pagne, étoit une autre devise,
dont le corps étoit une Aigle
suivie de ses aiglons, qui volent
vers le Soleil; avec ces mots.
NEC IMBELLEM
FEROCES
FRO GENERANT AQUILA
COLUMBAM
Bb iij
2922
Réjouissances.
Les Aizles ne degenerent point de
leur origine.
L'artifice, qui étoit de la
composition des Artificiers de
l'Arsenal, fut fort bien execu-
té: La Seine ne contribua pas
peu à en augmenter la beauté;
les fuſées, en s'élevant en l'air,
s'y retraçoient agréablement,
& tombant dans l'eau y faisoient
mille tours & mille bonds avant
que d'éclater; enfin ces deux
clemens contraires semblerent
concourir ensemble, pour faire
un spectacle parfait. L'Assem-
blée ſe ſepara fort contente de
la feſte, & de son nouveau Gou-
verneur.
Le 28. de Juin, Mr l'Abbé de
Fourcy ayant appris dans son
Réjouissances.
293
Abbave de Saint Vandrille, la
nouvelle de l'heureuſe naissan-
ce de Monseigneur le Duc de
Bretagne, donna aussi-tost ses
ordres pour faire chanter un
Te Deum solemnel. Les Reli-
gieux de son Abbaye secon-
dant ses intentions, & joignant
une pieté édifiante & exemplai-
re au zele sincere & ardent de
leurdigne Abbé, se revêtirent de
leurs plus beaux Ornemens, &
s'assemblerent dans leur Eglise
illuminée de tous coſtez. Le
Curé de la Paroisse s'y rendit,
accom pagné de ses Paroissiens,
avec la Croix & la Banniere:
un grand nombre de peuple des
lieux circon voisins accourut au
bruit du carillon de toutes les
cloches, qui marquoient la
Bbiiij
294. Réjouissances.
joye publique Mrl Abbé avante
entonné le Te Deum, qui fut a-
chevé dans l'Eglise, alla ensuite
en habit de ceremonie avec seso
Religieux en Procession, dans
la Place publique, pour allu-
mer le feu qui avoit esté pré-
paré par son ordre; il estoit suivi
de Mr Eoloppe Avocat du Roy,
de Mr de Saint Martin & des
autres Officiers de l'Abbaye.
Tous les habitans qui estoient
ſous les armes, commandez par
Mr Dallet, Procureur du Roy
des Eaux & Forests, & Offi-
cier de l'Abbaye, formerent un
grand cercle autour du feu, &
aprés que les Prieres furent fi-
nies, ils firent une décharge, &
défilerent en ordre vers le Pa-
lais Abbatial, en faisant plu-
Réjouissances. 295
sieurs décharges, A peine la
derniere salve des habitans du
lieu fut achevée, que plusieurs
Bourgeois de la Ville de Cau-
debeq, Capitale du pays de
Caux, & dont ledit sieur Ab-
bé est Seigneur, arriverent en
armes, & tambour battant. Mr
Colleau Vicomte de ladite
Ville, Lieutenant de Police &
Capitaine de la Cinquantaine
ſe mit à leur teſte l'esponton à
la main, les rangea dans la
Place, & aprés plusieurs dé-
charges autour du feu, les con-
duisit en ordre, au son des
tambours, dans la cour de Mr
l'Abbé, où recommença le
bruit des armes. Il y avoit dans
les appartemens une collation
preparée pour les Officiers,
5
Réjouissances.
296
& autres personnes des plus
considerables de la Ville, des
rafraichissemens dans la cour
pour la Compagnie de la Cin-
quantaine & pour d'autres
Bourgeois sous les armes, &
dans la Place dequoy boire à
discretion pour tout le peuple
qui estoit venu de toutes parts
à cette ceremonie. La réjouis-
sance dura tout le jour & toute
la nuit, en criant vivent le Roy
& Monseigneur le Duc de Breta-
gne. Jamais on n'a vû paroiſtre
tant d'empressement pour té-
moigner une joye veritable &
ſincere pour la gloire du Rov,
& le bonheur continuel de la
France.
Le Mercredy 16, de ce mois,
les réjouissances commence-
rent à Abbeville par une gran-
Rejouissances.
29
de Messe qui fut chantée en
Musique avec une excellente
Symphonie. Elle estoit de la
composition d'un tres habile
Maistre. Tous les corps, de
cette Ville y assisterent, &
pendant la Messe on fit quinze
decharges du canon & de la
mousqueterie. On chanta à
l'issuë de la Messe le Te Deum
& l'Exaudiat. Au sortir de l'E-
glise Mrs du Corps de Ville se
rendirent à l'Hostel de Ville,
où par les feneſtres, ils distri-
buerent, à trois reprises, de
l'argent au peuple, & firent
couler pendant le reste de la
journée deux fontaines de vin.
On donna à manger à tous les
passans. Enfin sur les six heu-
res, toute la face de l'Hoſtel
Rejouassances.
298
de Ville parut illuminée, & on
ſe diſpoſa à faire jouer un beau
feu d'artifice qui estoit dressé
au milieu de la Place. La prin-
cipale des quatre faces de l'Hô.
tel de Ville eſtoit deſtinée à la
gloire du Roy, & on lisoit des
Vers François à la gloire de Sa
Majeſté On vovoit dans la
qui estoit consacrée à Monsei-
gneur, d'autres Vers François
sur la conqueste de Philisbourg,
faite par ce Prince. Monse-
gneur le Duc de Bourgogne
etoit loué dans la 3. par des Vers
faits sur la prise de Brisac. La
quatrième contenoit des Ver-
à la gloire du Prince nouveau
né. Il y avoit des Deviſes à la
gloire de ces Princes, au bas de
chaque intercolonne. On vit
partir cinq cens cinquante fu-
n
au
le
6-
la
25
a
Réjouissances.
299
sées de ce beau feu qui dura
presque toute la nuit. Toute la
Ville eſtoit illuminée d'une ma-
niere singuliere. Le Pere Cra-
coville qui a eû la direction du
feu d'artifice, en avoit composé
tous les Vers. C'est le même
Pere qui va pul l'er incessament
un ouvrage, auquel il travaille,
depuis long-temps contre les
Cononites, heretiques du sixié-
me Siecle.
Pendant qu'on tira le feu
d'artifice, les Consuls donne-
rent un repas magnifique qui
fut ſuivi d'un Bal, qui dura jus-
qu'à quatre heure du matin.
Toutes les Dames de la Ville y
furent invitées; & il en vint
beaucoup de la Campagne qui
augmenterent le brillant de
gette grande feste.
300
Réjouissances.
Mr Foucault, Conseiller
d'Etat & Intendant de la Ge-
neralité de Caën, fit chanter un
Te Deum en musique le sixième
de Juillet , dans la principale
Eglise de la Ville. Mr l'Evêque
de Bayeux, dont le zele pour la
gloire du Roy égale la pieté,
en fit la ceremonie : les divers
Ordres de la Ville s'y rendi-
rent avec les ornemens qui les
distinguent: la Musique répon-
dit à ce qu'on attendoit de l'ha-
bileté de celui qui l'a conduit.
Cette action de pieté finie, le
peuple fut attiré à la porte de
de Mr Foucault, par une deco-
ration magnifique de la face de
son Hostel; les Armes de Fran-
ce, de Dauphiné, de Bourgo-
gne & de Bretagne ornées de
n
d
r
Réjouissances.
301
festons & de couronnes de
fleurs; une infinité de lanter-
nes chargées de fleurs de lis &
d'hermines, formoient jusques
au toict un ordre d'Architectu-
re tres-regulier, & tres agréa-
ble; deux fontaines de vin, qui
sortoient de deux masques, cou-
lerent le reſte du jour; elles
firent mettre aux fenestres les
personnes de la Ville les plus
considerables, qui se diverti-
rent long-temps des cris de
joye du peuple, & de son em-
pressement à profiter de cette
largesse. Ge divertissement
conduisit insensiblement jus-
ques à l'heure du souper Qua-
tre grandes tables servies ma-
gnifiquement dans la salle d'au-
dience superbement parée, re-
Rejouissances.
302
çurent en tres-grand nombre
toutes les Dames de distinction
de la Ville, & des environs,
qui s'estoient renduës a Caën,
pour prendre part à ces ré-
jouissances; les Cavaliers les
servirent, & Me Foucault ac-
coûtumée depuis long temps à
ordonner ces sortes de Fêtes,
fit parfaitement bien les hon-
neurs de celle cy. Tout ce que
la Province si abondante, four.
nit par elle-même , & par son
commerce dans les pays étran-
gers, soit de liqueurs, soit de
fruits; tout, dis je, parut avec
profuſion dans ce repas; mais
la nuit qui s'approchoit ayant
renouvellé l'empressement
qu on avoit de jouir du plaisir
des illuminations, que la pré-
1e
es
je
Réjouissances.
303
paration de la face du logis
promettoit, fit lever de table
assez promptement, & toute la
Compagnie marcha vers le lieu
ou le feu eſtoit preparé. Je ne
diray point icy en quel estat
parurent les Dames, on juge
assez qu'elles n'avoient rien ou-
blié de tout ce que l'ajuste-
ment peut contribuer au bon
air & à la beauté; ce fut un
spectacle tres agreable de les
voir marcher à pied, invitées
par le beau temps, entre deux
hayes du peuple, que quelques
Gardes contenoient dans le
devoir, où le retenoit encore
davantage le respect qu'il a
pour Mr Foucault, qui les
accompagnoit avec toute la
Nobleſſe du pais.
Juillet 1704. II. P. Ce
304.
Réjouissances.
Caën est situé dans un vallon
ſur le bord de la riviere d'Or-
ne, entre deux grandes prairies,
qui semblent avoir esté dressées
au niveau : deux Faux bourgs
s'étendent au dessus de la Ville,
Sur les deux côteaux qui ter-
minent ces prairies, d'un costé
la maison des Jesuites, & l'Ab.
baye Royale de Saint Estienne,
avec. plusieurs tours de diverses
Paroisses; de l'autre un long
Faux bourg & plusieurs villa.
ges presque contigus avec leurs
clochers, forment une perspe-
ctive charmante, dont la vue
eſt terminée par une belle mai-
son de campagne, & quelques
bois en éloignement. A ll'entrée
de cette prairie est un boule-
vart, sur lequel est bâti un gros
Refouissances.
30
pavillon tres propre: ce boule-
vart est planté de quatre rangs
d'arbres, qui font un tres beau
berceau; un grand canal est au
dessous; au bout de ce canal
fur le bord de la riviere, regne
un cours de quatre rangs d'ar-
bres plantez par les soins de Mr
Foucault, dés ſon arrivé à Caën.
Ce fut ce beau lieu qu'il choisit
pour y dresser un feu d'artifice,
comme propre à contenir tout
le peuple, & à recevoir l'appa-
reil du spectacle qu'il vouloit
donner: trente cinq pieces de
canon amenées de plusieurs en-
droits éloignez, furent placées
dans le jardin des Jesuites; à
l'opposite le Regiment de la
Ville commandé
par Mr de
Monts son Colonel, fut mis en
Cci)
306 Réjouissances.
ordre de bataille, le ſeu au mi-
lieu; la nuit fut la plus favora-
ble du monde, la Lune ayant
toûjours esté couverte d'un
nuage. Une décharge de l'ar-
tillerie tres bien ſervie, & du
Regiment de Monts, qui y ré-
pondit de même, avertit le peu-
ple que le ſpectacle alloit com-
mencer. On vit naître en même-
temps une illumination char-
mante, à perte de vuë sur les
deux bords de la prairie: il pa-
rut dans le jardin des Jesuites
un parterre de lumieres d'un
ordre admirable; un cordon de
feu distigué d'espace en espace
par de petits obelisques; un am-
phitheatre de differentes figu-
res compassées avec symetrie,
tout cela terminé par l'illumi-
Réjouissances.
30
nation de leurs chambres, &
par une espece de couronne que
formoit la ceinture de leur Egli-
se, & la pointe de leur clocher.
La tour de la Paroisse S. Etien-
ne éclairée en pyra mide; celle
de l'Abbaye du même nom, dis-
posée d'une autre figure, d'ou
partoient de temps en temps des
fuſées; le Monaſtere de la Viſi-
tation illuminé dans toutes ses
faces; le bois des Capucins pa-
reillement éclairé, & qui ser-
voit comme de fond à tous ces
objets: cet amas de lumières
durant toute la nuit, fut un
spectacle des plus magnifiques.
De l'autre coſté de la prairie,
ſur le bord de la riviere, plu
sieurs feux disposez à divers éta-
ges avec ceux du Fauxbourg de
Réjovisances.
308
Vaucelles, partagerent l'at-
tention de l'assemblée. On tira
de tempsen temps un fort grand
nombre de boëtes. La Compa-
gnie de Mr Foucault, ou ſe pro-
menant sur le boulevart sous un
berceau de lumieres, dont les
arbres estoient chargez, ou as-
sise sur des sieges preparez,
jouissoit sans embarras & sans
confusion de la beauté de ces di.
vers spectacles. Le bruit des
tambours, le son des trompet.
tes, & de divers autres instru-
mens, le carillon continuel de
toutes les cloches de la Ville,
au milieu d'une nuit des plus
paisibles, se mêloient avec les
acclamations du peuple, & l'on
vit en même temps partir un
nombre infini de fusées, qui atii
es
e
o0
Rejouissances.
309
rerent tous les yeux des specta-
teurs. Ces fusées firent un mer-
veilleux effet au milieu des deux
côteaux dont on vient de par-
ler. L'eau dont les prairies qui
sont en ce lieu, sont bordées,
d'un côté par la riviere, de
l'autre par le grand canal, au-
gmentoit le spectacle par les
feux qui s'y representoient une
infinité de fois, & sembloient
s'y multiplier en cent differen-
tes manieres. Enfin le feu d'ar-
tifice commença. Un grand
quarré estoit décoré par une es-
pece de Ville; quatre pirami-
des aux angles, une plus élevée
au milieu, avoient un Soleil
pour amortissement. C'est le
ſymbole de la gloire & de la
grandeur de nostre invincible
Réjouissances.
310
Monarque ; ce Soleil dominant
leur
sur les autres, sembloit
communiquer ses lumieres, &
s'imprimer en eux. C'est ainfi
que LOUIS LEGRAND répand
sur nos augustes Princes ses En-
fans les rayons de cette sagesse,
qui fait la gloire de lon regne,
produit les grands succez de
tous ſes desseins; eſt le bonheur
de ses peuples; & leur promet
une longue ſuite de regnes heu-
reux dans des Successeurs éle-
vez par un Roy le plus ſçavant
de tous les Rois en l'art de re-
gner. Les Arnies de ces grands
Princes accompagnées de tro-
phées, environnoient l'édifice;
les gerbes de fusées qui en par-
tirent, l'éclat des boëtes, les
rouës de feu, en un mot, tou-
tes
Réjouissances.
311
tes les differentes manieres dont
l'artifice fait agir ce terrible
élement, tout repondit aux de-
sirs de l'illustre Magistrat, qui
donnoit cette Fête & aux sou-
haits de l'assemblée. Deux nou-
velles décharges, de l'artillerie
& du Regiment de Caën, succe
derent à l'effet du feu d'artifice.
La Fête sembloit estre termi-
née par la, le peuple songeoit
deja à se retirer, quand tout à
coup des fanfares, & le son
martial de divers instruments
l'arrêterent encore, & lui an-
noncerent un nouveau divertis-
sement. On vit s'avancer sur le
cana lune barque voguante avec
fierté portant pavillon Hollan-
dois; pluſieurs chaloupes par-
tagées en trois escadres marche-
Juillet 1704. II. P. Dd
Rejouissances.
312
rent à elle en ordre de bataille,
elles portoient pavillon Fran-
çois & Espagnol; les équipages
galamment habillez de diffe-
rentes livrées, à la faveur des
flambleaux representerent un
combat naval, qui de tous ces
divers spectacles fut un de ceux
qui divertit dvantage: ils at ta-
querent le grand vaisseau du-
rant plus d'une heure à coups
de petars & de fusées; ce petit
combat parut vif & animé, &
il contrefit si bien l'horreur des
veritables, que quoiqu'on fût
persuadé qu'il n'y avoit rien à
craindre, on ne pouvoit quel-
que fois s'empêcher de trembler
pour eux: on vint à l'abordage
& la grande barque fut enle-
vee.
Réjouissances.
313
La fin de ces divertissemens
pour le peuple, fut le commen-
cement d'un nouveau pour les
personnes de qualité; elles se
rendirent dans le Pavillon du
boulevart pour y danser jusques
au jour: Mlle de Croymare fit
parfaitement bien les honneurs
du bal Et ce fut ainsi que cette
Fête fut terminée.
Je ne dois pas oublier que tou-
te la Ville entra dans le même
dessein de Mr Foucault: elle
voulut aussi marquer son zele &
son amour pour son Prince, dans
une conjoncture qui doit rem-
plir de joye tous les vrais Fran-
çois. Les Bourgeois avoient al-
lumé des feux dans les ruës, &
illuminé leurs Maisons. Tous
les clochers de la Ville, sans
Dd ij
Réfouissances.
314
en excepter aucun, estoient de
même eclairez en differentes
figures. Celuy de l'Abbaye de
la Trinité, qui domine à la Vil-
le, dont les feux estoient agrea-
blement disposez par les soins
de Madame de Tessé son Ab-
beſſe, ſoeur du Maréchal du me-
me nom, en faisoit le couronne-
ment.
Cet assemblage de pyramides
de feu , oppoſé au lieu de la
scène du divertissement; offrit
au retour un nouveau spectacle.
Ce grand corps de lumieres, qui
cclairoit de loin, fit paroître la
Ville toute en feu: & on se pro-
mena dans les ruës à la faveur
de tant d'illuminations, qui con-
duisirent enfin jusqu'au jour.
Madame la Princesse d'Har-
Réjouissances.
315
court estant arrivée à Clermont
en Beauvoisis le 2. Juillet, Mrs
de Ville allerent aussi toſst la
saluer en Corps, & luy dire que
le Jeudy suivant on devoit chan-
ter un Te Deum en action de
graces de l'heureuſe naissance
de Monseigneur le Duc de Bre-
tagne, ils la prierent en même
temps d'assister à la ceremonie
du feu de joye qui devoit suivre
le Te Deum; cette Princesse s'y
trouva le Jeudy 3. du mois, &
la ceremonie avant commencé
en presence de tous les Corps
par une marche reglée autour
du feu, reitérée trois frois &
accompagnée d'autant de cris,
de vive le Roy, le Lieutenant
General & le Maire de la Ville
eurent l'honneur de donner la
Dd iij
Réjouissances.
316
main à cette Prinaesse, elle fit
avec eux le tour du feu qu'elle
alluma elle-même: A l'instant,
tous les Habitans sous les armes
firent plusieurs décharges de
Mousqueterie, & on distribua
au Public plusieurs tonneaux
de vin par l'ordre de cette Prin-
cesse, & par les soins des pre-
miers Officiers du lieu: le reste
de la journée & toute la soirée
se passerent en repas sur tables
dressées dans les ruës, où tout
le monde estoit bien venu. Les
illuminations y parurent des
plus brillantes, & tous les in-
strumens du païs s'y trouverent.
Enfin le Peuple s'abandonna à
la joye.
Mais il s'en fallut peu que
cette Feste ne coutât beaucouj
Réjouissances.
31.
à Madame la Princesse d'Har-
cort, puisque tous les Habitans
qui avoient esté excitez à la joye
par l'exemple de cette Princes-
se, s'estant rendus pendant la
nuit, en foule avec les violons,
en sa maison qui n'est que de
bois, ils l'ébranlerent si fort
qu'elle fuſt obligée pour la su-
reté de sa personne, de passer sur
le champ dans une autre mai-
son plus solide.
Ces réjouissances continue-
rent plusieurs jours & furent
terminées par une galanterie
digne de Madame la Princesse
d'Harcourt, qui voulant mar-
quer aux Officiers de la Ville,
combien elle estoit contente
d'eux, envoya à Paris faire pro-
vision de quantité de tabliers,
Da in
318
Réjouissances.
d'éventails, de boëtes, de toi.
lettes, de chapelets, de ta-
bleaux & d'autres bijoux, dont
elle fit la distribution aux Da-
mes de Clermont, par forme de
Lotterie.
Messieurs les Consuls de la
Ville de Montpelier, aiant reçù
la Lettre du Roy & les Ordres
de Mr le Maréchal de Villars,
Commandant dans cette Pro-
vince, pour assister au Te Deum,
faire des feux de joye & autres
réjouissances publiques, à l'oc-
casion de la naissance de Mon-
seigneur le Duc de Bretagne.
Ils assisterent avec leur Secre-
taire, en robe de ceremonie,
au Te Deam qui fut chanté en
Musique, le Dimanche 13. Juil-
let, dans l'Eglise Cathedralle
319
Réjouissances.
S. Pierre de Montpelier 5 au-
quel la Cour des Aydes , la
Chambre des Comptes, le Bu-
reau des Finances, & le Presi-
dial, avec tous les Officiers mi-
litaires de la Ville ſe trou-
verent.
Le ſoir du même jour, Mes-
sieurs les Consuls avoient eu le
soin de faire dresser un feu d'ar-
tifice à la promenade du Pei-
rou, qui est hors une des portes
de la Ville, & qui est une des
plus belles places du Roïaume,
par ſa ſcituation, & par la vûë
étenduë qu'elle donne de tous
côtez, tant sur la Mer que sur
les Pyrenées & montagnes voi-
sines qui semblent renfermers
avec le jardin du Roy, pour
l'Université de Medecine &
320
Réjouissances.
quantité de belles maisons de
campagne, des bois d'Oliviers,
qui entretiennent leur verdure
pendant toute l'année. Le feu
d'artifice representoit un arc de
triomphe & un grand Portique
d'Ordre Corinthien, orne de
Trophées d'Armes & d'autres
Peintures. Au- dessus de l'Enta-
blement, on voïoit s'élever un
Attique, surmonté d'une Re-
nommée. Et cet Attique étoit
chargé de certe inscription ma-
gnifique en Lettres d'Or.
Réjouissances.
321
LUDOVICO MAGNO.
PATRI, AVO, PROAVO.
QuOD
UNLREGUM DEDIT DEUS,
UTINAM
SIT ATAVUS.
ET VIVAT.
I
La Frise de l'Entablement
& les Ceintres des Arcades,
étoient ornés de sept grandes
Medailles, d'Or, & de Bronze,
Les paroles qu'on y lisoit étoient
tirées de la quatrième Eclogue
de Virgile; & le peu de chan-
gement qu'il y avoit, n'a été que
Rejouissances.
322
pour les rendre plus convena-
bles au Sujet.
Le dessein de Mrs les Con-
suls a été de representer dans
ces Medailles, la vie de Mon-
seigneur le Duc de Bretagne,
formée sur le Modele de Lours
LE GRAND, & sur celuy
de Monseigneur le Dauphin,
& de Monseigneur le Duc de
Bourgogne. Le Roy d'Espagne
Philippe V. y étoit encore pro-
posé pour un exemple. Et l'on
voioit ce dessein executé par les
paroles suivantes; qui forment
un discours lié, & qui étoient
adressées à Monseigneur le Duc
de Bretagne.
Incipe, parve Puer.
Facta tuorum mox legere.
Réjouissances.
323
Quae sit poteris cognoscere virtus.
Imitabere facta Parentum.
Reges, patriis virtutibus Orbem,
Occidet & Serpens.
Surget Gens aurea mundo
9
On lisoit ces paroles dans les
Medailles suivantes.
I.
Pour faire entendre, que
Monseigneur le Duc de Bre-
tagne naît dans le temps que le
Roy triomphe de la plus grande
partie de l'Europe, liguee con-
tre Sa Majeſté & contre l'Espa-
gne La premiere Medaille étoit
formée par deux branches, l'u-
ne de Laurier, & l'autre de
Palme, lièes au dessous. Et ces
paroles étoient écrites dans le
Champ de la Medaille.
Réjouissances.
324
91
INCIPE, PARVE PUER
Vous naistes, bel Enfant, dans le
Sein de la Gloire.
A
II.
La seconde faisoit entendre,
que Monseigneur le Duc de
Bretagne lira dans l'Histoire,
dés ſa première jeunesse, les
grandes Victoires que la France
& l'Espagne ont remportées en
divers endroits de l'Europe, &
qu'elles remporteront encore
sur leurs Ennemis communs.
La France & l'Espagne y
étoient peintes debout & ar-
mées, & se donnant la main.
Les Ecussons de leurs Bou.
cliers les distinguoient. Et l'on
voyoit plusieurs Provinces à
Réjouissances.
325
leurs pieds, qui leur
presen-
toient des Clefs dans les Bassins.
Avec ces mots.
FACTA TUORUM MOX
LEGERE.
Vous lirez bien- tot dans l'Hi-
stoire.
Jusqu'a quel haut degrè
Votre Sang a porté sa Gloire.
III.
Dans la troisiéme, étoient
peintes deux Branches, l'une de
Laurier, & l'autre d'Olivier,
mises en sautoir. Et ces paroles.
QUASIT POTERIS COGNOS-
CERE VIRTUS.
Vous aurès chez vous les modelles
326 Réjouissances.
Des plas eclatantes Vertus.
Le Laurier & l'Olivier fai-
soient assés connoître, que ces
Vertus sont Militaires & les
Politiques.
IV.
Des trophées d'Armes, qui
representoient la Gloire qui ac.
compagne les grandes Actions
des Rois, avec ces mots.
IMITABERE FACTA
PARENTUM.
Imité, leurs grandes Actions,
Et vous aures part à leur Gloire,
La cinquième Medaille fai-
soit entendre, qu'un jour Mon.
seigneur le Duc de Bretagne ne
Réjouissances.
32
s'appuyera pour défendre &
gouverner ses peuples, que sur
la pieté & les autres grandes
Vertus, à l'exemple de ſes
Peres,
On y voioit un Sceptre & une
Couronne sur un Autel à l'An-
tique. Et on y lisoit ces mots
expressifs.
REGES PATRIIS VIRTUTIBUS
ORBEM.
Quand vous tiendrés un jour le
Sceptre des François,
En vous brilleront à la fois
Les Vertus qu'on voit dans vos
Peres;
La Valeur & la Pieté,
La Justice & la Bonte
VI.
La Fable porte, que Pythou
Juillet 1704. II. P.
Ee
Réjouissances.
328
fut produit du limon; qui resta
sur la terre aprés le déluge. Et
l'on avoit peint dans la sixième
Medaille, un Apollon qui tuoit
à coups de flèches ce serpent;
pour faire entendre quebs'il
restoit encore des ennemis &
des jaloux du nom François,
Monseigneur le Duc de Bre-
tagne les terrassera. On y lisoit
ces paroles.
ET SERPENS.
OCCIDET
S'il reste des jaloux & des fiers
ennemis,
Vous les aurez bien-tot soùmis.
VII.
Enfin la septiême faisoit con-
cevoir le bonheur, que la France
doit esperer d'une si longue sui-
Réjouissances.
329
te de Rois du Sang de LouIS
LE GRAND. On y avoit
peint des demi-dieux champé-
tres, qui dansoient; & un Arc-
en Ciel, qui marquoit l'allian-
ce du Ciel avec la Terres; c'est-
àdire, les Benedictions que
Dieu va répandre sur ce Roïau-
me Ces mots en faisoient l'ame,
lon
SuRGET GENS AUREA
MUNDO.
Ne craignons plus pourl'avenir,
Le Siecle d'Or varevenir.
Les uns attribuent la Deco-
ration de ce feu & les Medail-
les, à Mr de Fizes, Professeur
des Mathematiques dans l'U-
niversité, & les autres disent
Ee 1)
Rejouissances.
330
que le Reverend Pere Gisbert,
Jesuite, en est l'Auteur. Ce feh
avoit esté dreſſé à l'opposit &
dans une distance d'environ
deux cens pas de la Porte du
Peirou.
Cette Porte est un Arcades
triomphe que la Ville de Mont-
pellier à fait bâtir avec beau-
coup de dépenses depuis envi-
ron dix années, tout revêtu
d'Archirecture, accompagnée
de quatre grandes Medailles de
la main d'un excellent Scul-
pteur. Du coſté de la Ville on
voit deux Medailles, la pre-
miere represente la conversion
generalle du Royaume, où l'on
voit la Religion qui renverse
& détruit l'Heresie, avec ces
mots.
Réjonissances.
ExTINCTAHAERESI
noge
Une autre fait voir la jon-
ction & la communication de
l'Ocean avec la Mediterannée,
avec ces mots.
JUNCTIS OCEANO ET
MEDITERANEO MARI.
Les deux autres Medailles
font face à la promenade, l'une
represente un Herculle apuyé
sur sa massuë qui terrasse un
Lion & épouvante un Aigle,
avec ces mots.
EUSIS TERRA, MARIQUE
CONJURATIS GENTIEUS,
Réjouissances.
332
Et dans l'autre on voioit parmi
des ornemens de trophées, des
Villes & des Provinces s'offrir
& se soûmettre à la France,
avec les mots au dessous;
.
oqo
SuB OCULISHOSTIUM,
BELGII ARCIBUSO
EXPUGNATIS.
On voit par la continuation
des graces & benedictions que
Dieu verse ſur le Royaume &
la Maison Royalle que ces éve-
nemens répondent aux desirs
des habitans de Montpelier &
aux souhaits qu'ils ont fait,
lorsqu'ils ont élevé cet Arc de
triomphe, avec les Medailles.
Sur les huit à neuf heures du
soir Mr Demayne, Lieutenant
Réjouissances.
933
de Royde la Ville, accompa-
gné de la Noblesse, s'estant
rendu à l'Hostel de Ville, &
s'estant mis à la teste de Mrs
les Consuls, partit au bruit des
trompettes, des hautbois & des
violons, & à la lueur d'un grand
nombre de flambeaux de point
de cire blanche: il se rendit à
la promenade du Peirou, où le
bucher fut allumé aprés les
ceremonies accoûtumées. En-
suite le feu d'artifice fut tiré
d'une maniere qui satisfit toute
la Ville, qui s'étoit rendue à
à cette promenade, & qui fut
suivi d'une triple décharge que
firent les Bourgeois & Habi-
tans qui esfoient rangez en ba-
taillese dans cette promenade,
& du Canon de la Citadelle,
Réjouissances.
334
Ce spectacle ne fut pas pli-
tôt fini qu'il s'en forma un nou-
veau. Les Habitans à l'envy
les uns des autres avoient gar.
ny tous les devans de leurs
maisons, d'illuminations aux
Armes du Roy, de Bretagne &
de la Maison Royalle, &
avoient allumé des buchers
qu'ils accompagnerent la plû-
part de feux d'artifice & de
fontaines de vin, qui couloient
pour ceux quis en vouloient
prendre. Mr Demainny, pre-
mier Consubde Montpelier, &
Mr Bagnol, Avocat generalen
la Cour des Aydes de cette
Ville, se surpasserent dans leurs
illuminations & dans les festes
qu'ils donnerent à leurs voi-
henalohtons
sins.
La
Réjouissances.
335
La joye des Habitans estoit
si grande, que la feste dura
pendant toute la nuit ; on vit
même pendant le jour paroî-
tre sur les portes de plusieurs
particuliers, des Portraits du
Roy avec des inscriptions; celle
qui suit estoit au dessous d'un
des portraits de Sa Majesté
fait par Mr Rigaud, fameux
Feintre.
LUDOVICO MAGNO.
Inandita regnandi diuturnitate
fortanatissimo,
Quopatre, Galliae
Quo avo, Hispania
Quo proavo, orbi
Felicitas asseritur.
Juillet 1704. II.
E
Réjouissances.
3
Mr de Plantade le fils, Consei,
ler en la Cour des Aydes, en
est l'Auteur.
Fermer
239
p. 336-344
A Mascon, le 9. Juillet 1704.
Début :
Je vous envoye une Lettre de Mr de Senecé, premier Valet / Vous m'avez fait un sensible plaisir, mon cher amy, en m'aprenant [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Mascon, le 9. Juillet 1704.
Je vous envoye une Lettre de
Mr de Senecé, premier Valet
de Chambre de la Reyne, dont
les Ouvrages n'ont jamais paru
sans recevoir des applaudisse-
mens extraordinaires. Il est si
galant que je ne doute point
qu'il n'ait beaucoup de part à
la feste qu'il décrit.
A Mascon, le 9. Juillet 1704.
Vous m'avez fait un sensible
plaisir, mon cher amy, en m'aprenant
par vostre Lettre, les de-
monstrations de joye qui se sont
faites à Paris & à la Cour, pour
la naissance de Monseigneur le
et
ht
u
ht
Réjouissances.
33
Duc de Bretagne. C'est un si grand,
& si heureux évenement, qu'il n'est
aucune effusion de joye, qui puisse
alsez bien répondre a celle que tous
les bons & fidelles Françeis en
doivent ressentir dans leur cœur. Et
en effet, qui ne doit pas en estre
transporté, en voyant vivre tout
à la fois quatre Princes, dont
l'un regne si glorieusement, &
les trois auties par la ligne di-
recte, sont appellez a leur rang,
a la succession de la Couronne,
se n'estime pas que nos Histoires,
ny mème les Etrangeres, puissent
fournir l'exemple d'une pareille fe-
licite, Si la Province doit ceder en
magnificence à la Capitale du
Royaume; en récompense, elle ne
luy cede point en gele dans cette oc-
casien. Le Chapitre de la Cathe-
Ffij
338 Réjovissances.
drale de nostre Ville, en a rendu les
premiers témoignages par un super.
be repas entre tous les Chanoines,
par le carillon de toutes les cloches
les plus harmonieuses du Royaume,
& par une grande profusion de vin
au peuple. Le noble Chapitre de
saint Pierre se dispose à le suivre,
par une magnifique illumination de
son Eglise & de son Clocher; &
Madame la Marquise de Thouy,
femme de cet Officier General des
troupes du Roy, qui se distingue si
fort en Portugal, a fait un grand
feu en son particulier, au bruit des
trompettes, accompagné d'un régal
qu'elle a donne aux Dames de toute
sorie de rafraichissemens. Mais rien
n'a tant brillé, de raut ce qui s'est
fait ici, comme une Feste entreprise
par douxe jeunes Gentilshommes de
Réjouissances.
33
nostre, Ville trois jours après l'arri-
vee de cette grande nouvelle. Ils
avoient pris pour leur Scene une pe-
tite Isle tres-jolie, que forme la
riviere de Sone, à la portée du pi-
stolet au dessous du Pont de Mascon.
Cette Isle est toute entourée d'arbris-
jeaux, aux branches desquels on
avoit attaché une infinité de lumié-
res: Aux deux houts qui regardent le
Mid, & le Septentrion, on avoit
élèvé deux grands buchers de toute
sorte de matieres combustibles, sur
lesquels estoient representées les fi-
gures de la Guerre, & de la Dis-
corde, pour estre brulees publique-
ment, & immolees à la tranquillitè
publique. Dans le milieu de l'Iste,
qui forme une petite prairie estoit
dressée une grande tente, sous la-
quelle estoit une table de vingi- qua-
Ffil
340 Réjouissances.
tre couverts, où estoient invitez le
Bailly de la Noblesse, le Maire de
la Ville, & les principaux Ma-
gistrats, qui furent servis à souper
par cette jeunesse avec beaucoup de
respect. Le tour de l'Isle estoit borde
de cent Mousquetaires, qui fai-
soient des décharges continuelles,
ausquelles répondoient une infinite
de Boëtes & de Fauconneaux, que
l'on avoit placez sur les deux riva-
ges opposez. Mais on fut agreable-
ment surpris, de voir sur les dix-
heures du soir, sortir d'entre les ar-
bres une machine composée de solives,
posées en figure tri angulaire, qui por-
toient une haute Pyramide, où étoit
enferme le feu d'artifice, orné d'une
infinité de flames & de banderolles,
aux armes de France & de Breta-
gne. Cette machine estoit tirée sar
Réjouissances.
341
leau, par quatre petiis bateaux bien
peints, à six rames chacun, dont les
Conducteurs estoient habilleg fort
proprement des couleurs du Roy.
Quand on eut mis le feu à la ma-
chine, les rameurs luy firent faire
trois fois le tour de l'Iste, & cet ar-
tifice ambulant faisoit un effet mer-
veilleux. Il estoit suivi de trois au-
tres bateaux, dans l'un desquels
estoit une femme qui a une fort belle
voix, vestuè galamment pour repre-
senter la riviere de Sone, accompa-
gnée d'un chœeur de Musique dont
tous les Acteurs estoient deguisez en
Dieux des eaux. La Sone chantoit
le Recit suivant.
Taisez-vous bruit de Guerre,
& d'un profond silence.
Honorez nos chants réjouis,
Ffiii
342 Réjouissances.
Nous celebrons une Naissance
Qui par trois hauts degrez de
gloire & de puissance
Remonte à l'auguste LOUIS.
Taisez-vous bruit de guerrel, &
d'un profond silence
Honorez nos chants réjouis.
La Paix, de ces beaux lieux va
chasser la Discorde,
Les Lis y brilleront par un nou-
vel éclat
Quel sera cet Enfant que le
Ciel nous accorde?
Déja ſes foibles mains, affer-
missent l'Etat.
Ensuite le Chæur reprenoit la
premiere partie du Recit.
Taisez-vous bruit de guerre,
Rc.
le
343
Réjouissances.
Et ces chants estoient alternez par
les deux autres bateaux, dont l'un
estoit rempli de tambours & de trom-
pettes , l'autre de hauibois, &
l'autre de violons, Tous ces bateaux
estoient bordez de lumieres, aussi-
bien qu'une infinté d'autres qui les
suivoient, & qui estoient remplis
des plus belles Dames de la Ville,
parées tout de leur mieux. Quand
l'artifice fut consumè, cette petite
armée navale aborda dans l'Iste,
où les Dames furent regalées de
confitures & de toutes sortes de li-
queurs glacées, & on y dança jus-
ques au jour, pendant que le peu-
ple de toute la Ville, qui occupoit
le Pont & les deux rivages, aplau-
dissoit au spectacle par ses cris de
joye, & se divertissoit à sa maniere.
Voilà, mon cher amy, une impar-
344 Rejouissances.
faite description de la galanterie de
nos Masconnois, qui pourra si vaus
l'en jugez digne, tenir sa place dans
le Mercure Galant, & en composer
un article, qui justifiera au public,
que si nostre petit Pays n'est pas des
plus florissans, il est du moins des
plus zelez pour la prosperité de l'E-
tat, & la grandeur de la Maison
Royale. Nous attendons encore un
grand spectacle que prepare Monsei.
gneur nostre Evesque, & qui sera
suivi de la Feste que doit faire le
Corps de Ville, dont j'espere vous
envoyer un détail.
Mr de Senecé, premier Valet
de Chambre de la Reyne, dont
les Ouvrages n'ont jamais paru
sans recevoir des applaudisse-
mens extraordinaires. Il est si
galant que je ne doute point
qu'il n'ait beaucoup de part à
la feste qu'il décrit.
A Mascon, le 9. Juillet 1704.
Vous m'avez fait un sensible
plaisir, mon cher amy, en m'aprenant
par vostre Lettre, les de-
monstrations de joye qui se sont
faites à Paris & à la Cour, pour
la naissance de Monseigneur le
et
ht
u
ht
Réjouissances.
33
Duc de Bretagne. C'est un si grand,
& si heureux évenement, qu'il n'est
aucune effusion de joye, qui puisse
alsez bien répondre a celle que tous
les bons & fidelles Françeis en
doivent ressentir dans leur cœur. Et
en effet, qui ne doit pas en estre
transporté, en voyant vivre tout
à la fois quatre Princes, dont
l'un regne si glorieusement, &
les trois auties par la ligne di-
recte, sont appellez a leur rang,
a la succession de la Couronne,
se n'estime pas que nos Histoires,
ny mème les Etrangeres, puissent
fournir l'exemple d'une pareille fe-
licite, Si la Province doit ceder en
magnificence à la Capitale du
Royaume; en récompense, elle ne
luy cede point en gele dans cette oc-
casien. Le Chapitre de la Cathe-
Ffij
338 Réjovissances.
drale de nostre Ville, en a rendu les
premiers témoignages par un super.
be repas entre tous les Chanoines,
par le carillon de toutes les cloches
les plus harmonieuses du Royaume,
& par une grande profusion de vin
au peuple. Le noble Chapitre de
saint Pierre se dispose à le suivre,
par une magnifique illumination de
son Eglise & de son Clocher; &
Madame la Marquise de Thouy,
femme de cet Officier General des
troupes du Roy, qui se distingue si
fort en Portugal, a fait un grand
feu en son particulier, au bruit des
trompettes, accompagné d'un régal
qu'elle a donne aux Dames de toute
sorie de rafraichissemens. Mais rien
n'a tant brillé, de raut ce qui s'est
fait ici, comme une Feste entreprise
par douxe jeunes Gentilshommes de
Réjouissances.
33
nostre, Ville trois jours après l'arri-
vee de cette grande nouvelle. Ils
avoient pris pour leur Scene une pe-
tite Isle tres-jolie, que forme la
riviere de Sone, à la portée du pi-
stolet au dessous du Pont de Mascon.
Cette Isle est toute entourée d'arbris-
jeaux, aux branches desquels on
avoit attaché une infinité de lumié-
res: Aux deux houts qui regardent le
Mid, & le Septentrion, on avoit
élèvé deux grands buchers de toute
sorte de matieres combustibles, sur
lesquels estoient representées les fi-
gures de la Guerre, & de la Dis-
corde, pour estre brulees publique-
ment, & immolees à la tranquillitè
publique. Dans le milieu de l'Iste,
qui forme une petite prairie estoit
dressée une grande tente, sous la-
quelle estoit une table de vingi- qua-
Ffil
340 Réjouissances.
tre couverts, où estoient invitez le
Bailly de la Noblesse, le Maire de
la Ville, & les principaux Ma-
gistrats, qui furent servis à souper
par cette jeunesse avec beaucoup de
respect. Le tour de l'Isle estoit borde
de cent Mousquetaires, qui fai-
soient des décharges continuelles,
ausquelles répondoient une infinite
de Boëtes & de Fauconneaux, que
l'on avoit placez sur les deux riva-
ges opposez. Mais on fut agreable-
ment surpris, de voir sur les dix-
heures du soir, sortir d'entre les ar-
bres une machine composée de solives,
posées en figure tri angulaire, qui por-
toient une haute Pyramide, où étoit
enferme le feu d'artifice, orné d'une
infinité de flames & de banderolles,
aux armes de France & de Breta-
gne. Cette machine estoit tirée sar
Réjouissances.
341
leau, par quatre petiis bateaux bien
peints, à six rames chacun, dont les
Conducteurs estoient habilleg fort
proprement des couleurs du Roy.
Quand on eut mis le feu à la ma-
chine, les rameurs luy firent faire
trois fois le tour de l'Iste, & cet ar-
tifice ambulant faisoit un effet mer-
veilleux. Il estoit suivi de trois au-
tres bateaux, dans l'un desquels
estoit une femme qui a une fort belle
voix, vestuè galamment pour repre-
senter la riviere de Sone, accompa-
gnée d'un chœeur de Musique dont
tous les Acteurs estoient deguisez en
Dieux des eaux. La Sone chantoit
le Recit suivant.
Taisez-vous bruit de Guerre,
& d'un profond silence.
Honorez nos chants réjouis,
Ffiii
342 Réjouissances.
Nous celebrons une Naissance
Qui par trois hauts degrez de
gloire & de puissance
Remonte à l'auguste LOUIS.
Taisez-vous bruit de guerrel, &
d'un profond silence
Honorez nos chants réjouis.
La Paix, de ces beaux lieux va
chasser la Discorde,
Les Lis y brilleront par un nou-
vel éclat
Quel sera cet Enfant que le
Ciel nous accorde?
Déja ſes foibles mains, affer-
missent l'Etat.
Ensuite le Chæur reprenoit la
premiere partie du Recit.
Taisez-vous bruit de guerre,
Rc.
le
343
Réjouissances.
Et ces chants estoient alternez par
les deux autres bateaux, dont l'un
estoit rempli de tambours & de trom-
pettes , l'autre de hauibois, &
l'autre de violons, Tous ces bateaux
estoient bordez de lumieres, aussi-
bien qu'une infinté d'autres qui les
suivoient, & qui estoient remplis
des plus belles Dames de la Ville,
parées tout de leur mieux. Quand
l'artifice fut consumè, cette petite
armée navale aborda dans l'Iste,
où les Dames furent regalées de
confitures & de toutes sortes de li-
queurs glacées, & on y dança jus-
ques au jour, pendant que le peu-
ple de toute la Ville, qui occupoit
le Pont & les deux rivages, aplau-
dissoit au spectacle par ses cris de
joye, & se divertissoit à sa maniere.
Voilà, mon cher amy, une impar-
344 Rejouissances.
faite description de la galanterie de
nos Masconnois, qui pourra si vaus
l'en jugez digne, tenir sa place dans
le Mercure Galant, & en composer
un article, qui justifiera au public,
que si nostre petit Pays n'est pas des
plus florissans, il est du moins des
plus zelez pour la prosperité de l'E-
tat, & la grandeur de la Maison
Royale. Nous attendons encore un
grand spectacle que prepare Monsei.
gneur nostre Evesque, & qui sera
suivi de la Feste que doit faire le
Corps de Ville, dont j'espere vous
envoyer un détail.
Fermer
240
p. 354-364
TRADUCTION d'une Lettre écrite en Italien par un Gentilhomme Milanois, à un de ses amis à Paris, le 11. de Juillet 1704.
Début :
MONSIEUR, Ce n'est pas seulement dans les Etats de [...]
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texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION d'une Lettre écrite en Italien par un Gentilhomme Milanois, à un de ses amis à Paris, le 11. de Juillet 1704.
TRADUCTION
d'une Lettre écrite en Italien
par un Gentilhomme Milanois,
à un de ses amis à Paris,
le 11. de Juillet 1704.
MONSIEUR,
Ce n'est pas seulement dans les
Etats de LOUIS LE GRAND
qu'on a celebré par des rejouißan-
ces, la naißance de Monseigneur le
Duc de Bretagne. S. A. Monsieur
le Prince de Vaudement, dont l'af-
fection & le zele pour les deux Cou.
ronnes sont si connus, a donné à ce
sujet une Feste aussi magnisique que
Rejouissances.
de lieu où elle s'est paßée, l'a pü
le permettre; je vais vous en faire
la Relation.
Dans les plus hautes montagnes
de la Valteline, à 33. lieues de
Milan, des rochers d'une hauteur
prodigieuse forment à leur pied un
cul de Jac d'environ 250. pas de
long, sur 70. à. 80. de large : Ce
lieu affreux, qu'on appelle, Masi-
no, est fameux par ses bains chauds
& par une fontaine d'eau minerale
qui sort du rocher, & dont la vertu
y attire tous les ans quantitè de ma-
lades.
Monsieurle Prince de Vaudement
a qui on a ordonné ces eaux & ces
bains, y artiva le deuxième de ce
mois avec S. A. Madame la Prin-
cesse & 130. personnes de leur suite;
te troisieme ce Prince apptit par un
Rejouisances.
356
Courrier, l'heureux accouchement de
Madame la Duchesse de Bourgogne
& la naißance de Monseigneur le
Duc de Bretagne: cette grande &
agreable nouvelle répandit dans ce
lieu, qui ne semble estre destinè qu' aux
plaintes & à la tristesse, une joye,
& une satisfaction si grandes que
je ne scaurois vous les exprimer.
Monsieur le Prince de Vaude-
mont envoya sur le champ des Cour-
riers porter ses ordres à Milan, &
dans toutes les Villes & Places du
Milanez pour faire chanter le Te
Deum, & celebrer par des rejouis.
sances extraordinaires la naißance
du Prince que le Ciel vient de don-
ner à lu France. S. A. voulant
faire aussi une Feste dans le desert
du Masino, envoya chercher à Mi-
lance qui estoit necestaire pour cela,
Réjouissances.
357
& la chose sut executée avec tant
de diligence que tout fut prest le hui-
tième.
Le matin, un Aumonier du Prin-
ce dit la Meßte & chanta le Te
Deum, au son des violons, des
hautbois, & des flutes, & a midy
plusieurs tables furent couvertes ma-
gnifiquement: Ce jour là, la boißon
des eaux fut interrompuë; les ma-
lades oublierent leurs maux, & on
n'a jamais veu une joye si grande
& si parfaite. Une Muse Fran-
çoise fit une Chanson laquelle fust
chantée à table par une Demoiselle
d'une des meilleures Maisons du
Milanez qui a l'honneur d'estre au-
pres de S. A. Madame la Prin-
cesse de Vaudemont, & qui n'a pas
moins d'agréemens dans la voix &
dans la maniere de chanter, que de
58 Réjouissances.
charmes dans sa personne; l'air a
estè compose dans le goust Itali en par
un Musicien du Prince; si j'avois
pu l'avoir je vous l'aurois envoyé ;
je voudrois bien que sur les memes
paroles vous en fissiex faire un par
quelque habile homme, qui pust fai-
re sentir a nos Italiens les graces de
la Musique Françoise.
Pendant que l'on estoit a fable
plusieurs Habitans des lieux voi.
sins qui estoient accourus au bruit de
cette Feste, furent regalez à mer-
veilles; on leur distribua da vin tani
qu'ils en voulurent & S. A. leur fit
jetter de l'argent à poignees, l'apres-
dinee se paßa en jeux & en dances.
A l'entrée de la nurt , lestarbres
qui ne sont pas en grand nombre
dans le cul de sac aride,
furent
éclairex par une grande quani
Rejouissances.
35
de bougies ; & l'on alluma de si
gands feu à la cime des plus hautes
montagnes, qu'on pouvoit les voir
de fort loin.
L'endroit par où l'on entre dans le
Masino est tres ctroit; on y avoit
élevé un portail de verdure en forme
d' Arc de Triomphe, au haut duquel
estoit peinte la Nymphe da lieu, re-
presentant la Republique des Gri-
sons. D'une main elle tenoit une
coupe renversée d'où tomboit de l'eau
de la fontaine minerale, de la-
quelle personne n'usa ce jourla; elle
avoit, à l'autre main, une autre
coupe pleine de vin ; aux costez de
cette Nymphe estoient representez les
Jeux & les Ris, des trompettes, des
violons, & autres instrumens. Les
paroles suivantes qui estoient écrites
sarle frontispice du Portail mar-
Juillet 1704. II. P. Hh.
Réjouissances.
360
quoient l'Alliance qui est entre
Sa Majesté Tres-Chresti enne & les
Grisons.
LILIIS, LAETATUR AMICA.
Sar le bord d'une petite riviere
qui passe au milieu du Masino,
appellee Malengo, & qui est for-
mée partie par l'eau de la neige
dont ces rochers sout toujours couverts,
partie par celle de plusieurs sources
qui fortent des mèmes rochers; on
avoit dresse six arcs de triomphe, qui
farmotent un exagone & finissoient
en piramide; au haut estoit repre-
senté le Soleil avec les paroles sui-
vantes.
SEMPRE LISTESSO.
Voicy les devises qui estoient peina
Réjouissances.
361
tes aux costez de cet exagone.
La France & l'Espagne, cha-
cune un bouclier à la main dont elles
couvroient le Milanez; l'Aigle de
l'Empire au dessus avecun foudre à
chaque main.
QUID AQUILAE, QUID FUL-
MINA POSSUNT.
Un Soleil formant un Arc-en-
ciel, & un jeune Lyon pliant sur un
goble une branche d'olivier.
NON ALII POSSUNT PACAN-
TEM REDDERE TERRAM.
Le Soleil dans son char avec le
Roy d'Espagne, Monseigneur le
le Dauphin & les trois Enfans de
Ftance.
Hhi)
Réjouissances.
362
NruNo FETONTE.
Six lis inégaux.
MuNERA LETITIAMQUE
DEI
Flore montrant au Soleilun Lis
qui vient de naistre.
LO VERAS CRECER, YMUL-
TIPLICAR.
La Croix de Bourgogne faite de
deux arbres retaillez,
NEPOTIBUS UM-
FACTURA
BRAM.
La France montrant à l'Espagne
Réjouissances.
363
des Lis parmi lesquels il y en a un
qui vient de naistre.
NEC TIBI DEFICIENT.
Dans le milieu de ces Arcs de
triomphe, on avoit platé une gran-
de quantité de fusees volantes &
d'autres artifices, ausquels on mit
le feu aprés le souper, au bruit des
trompettes, des hautbois, des vio-
lons & des salves de Mousqueterie,
que firent deux Compagnies du Re-
giment Albertin, Grison, qui ont
marché au Masino pour la garde
de L. A.
Cette Feste dura jusqu'au jour.
Leurs Excellences Madame la
Comtesse de Serbelon, femme d'un
Grand d'Espagne, & Mrle Duc
d'Et Seste, aussi Grand d'Espagne
Hh ii.
364. Réjouissances.
qui estoient au Masino, pour pren-
dre les eaux, de même que Mr le
Comte Alexandre Litta, y donne.
rent des marques tres-vives de leur
joye, sur les benedictions continuel-
les que Dieu répand sur la Mai-
son de France.
d'une Lettre écrite en Italien
par un Gentilhomme Milanois,
à un de ses amis à Paris,
le 11. de Juillet 1704.
MONSIEUR,
Ce n'est pas seulement dans les
Etats de LOUIS LE GRAND
qu'on a celebré par des rejouißan-
ces, la naißance de Monseigneur le
Duc de Bretagne. S. A. Monsieur
le Prince de Vaudement, dont l'af-
fection & le zele pour les deux Cou.
ronnes sont si connus, a donné à ce
sujet une Feste aussi magnisique que
Rejouissances.
de lieu où elle s'est paßée, l'a pü
le permettre; je vais vous en faire
la Relation.
Dans les plus hautes montagnes
de la Valteline, à 33. lieues de
Milan, des rochers d'une hauteur
prodigieuse forment à leur pied un
cul de Jac d'environ 250. pas de
long, sur 70. à. 80. de large : Ce
lieu affreux, qu'on appelle, Masi-
no, est fameux par ses bains chauds
& par une fontaine d'eau minerale
qui sort du rocher, & dont la vertu
y attire tous les ans quantitè de ma-
lades.
Monsieurle Prince de Vaudement
a qui on a ordonné ces eaux & ces
bains, y artiva le deuxième de ce
mois avec S. A. Madame la Prin-
cesse & 130. personnes de leur suite;
te troisieme ce Prince apptit par un
Rejouisances.
356
Courrier, l'heureux accouchement de
Madame la Duchesse de Bourgogne
& la naißance de Monseigneur le
Duc de Bretagne: cette grande &
agreable nouvelle répandit dans ce
lieu, qui ne semble estre destinè qu' aux
plaintes & à la tristesse, une joye,
& une satisfaction si grandes que
je ne scaurois vous les exprimer.
Monsieur le Prince de Vaude-
mont envoya sur le champ des Cour-
riers porter ses ordres à Milan, &
dans toutes les Villes & Places du
Milanez pour faire chanter le Te
Deum, & celebrer par des rejouis.
sances extraordinaires la naißance
du Prince que le Ciel vient de don-
ner à lu France. S. A. voulant
faire aussi une Feste dans le desert
du Masino, envoya chercher à Mi-
lance qui estoit necestaire pour cela,
Réjouissances.
357
& la chose sut executée avec tant
de diligence que tout fut prest le hui-
tième.
Le matin, un Aumonier du Prin-
ce dit la Meßte & chanta le Te
Deum, au son des violons, des
hautbois, & des flutes, & a midy
plusieurs tables furent couvertes ma-
gnifiquement: Ce jour là, la boißon
des eaux fut interrompuë; les ma-
lades oublierent leurs maux, & on
n'a jamais veu une joye si grande
& si parfaite. Une Muse Fran-
çoise fit une Chanson laquelle fust
chantée à table par une Demoiselle
d'une des meilleures Maisons du
Milanez qui a l'honneur d'estre au-
pres de S. A. Madame la Prin-
cesse de Vaudemont, & qui n'a pas
moins d'agréemens dans la voix &
dans la maniere de chanter, que de
58 Réjouissances.
charmes dans sa personne; l'air a
estè compose dans le goust Itali en par
un Musicien du Prince; si j'avois
pu l'avoir je vous l'aurois envoyé ;
je voudrois bien que sur les memes
paroles vous en fissiex faire un par
quelque habile homme, qui pust fai-
re sentir a nos Italiens les graces de
la Musique Françoise.
Pendant que l'on estoit a fable
plusieurs Habitans des lieux voi.
sins qui estoient accourus au bruit de
cette Feste, furent regalez à mer-
veilles; on leur distribua da vin tani
qu'ils en voulurent & S. A. leur fit
jetter de l'argent à poignees, l'apres-
dinee se paßa en jeux & en dances.
A l'entrée de la nurt , lestarbres
qui ne sont pas en grand nombre
dans le cul de sac aride,
furent
éclairex par une grande quani
Rejouissances.
35
de bougies ; & l'on alluma de si
gands feu à la cime des plus hautes
montagnes, qu'on pouvoit les voir
de fort loin.
L'endroit par où l'on entre dans le
Masino est tres ctroit; on y avoit
élevé un portail de verdure en forme
d' Arc de Triomphe, au haut duquel
estoit peinte la Nymphe da lieu, re-
presentant la Republique des Gri-
sons. D'une main elle tenoit une
coupe renversée d'où tomboit de l'eau
de la fontaine minerale, de la-
quelle personne n'usa ce jourla; elle
avoit, à l'autre main, une autre
coupe pleine de vin ; aux costez de
cette Nymphe estoient representez les
Jeux & les Ris, des trompettes, des
violons, & autres instrumens. Les
paroles suivantes qui estoient écrites
sarle frontispice du Portail mar-
Juillet 1704. II. P. Hh.
Réjouissances.
360
quoient l'Alliance qui est entre
Sa Majesté Tres-Chresti enne & les
Grisons.
LILIIS, LAETATUR AMICA.
Sar le bord d'une petite riviere
qui passe au milieu du Masino,
appellee Malengo, & qui est for-
mée partie par l'eau de la neige
dont ces rochers sout toujours couverts,
partie par celle de plusieurs sources
qui fortent des mèmes rochers; on
avoit dresse six arcs de triomphe, qui
farmotent un exagone & finissoient
en piramide; au haut estoit repre-
senté le Soleil avec les paroles sui-
vantes.
SEMPRE LISTESSO.
Voicy les devises qui estoient peina
Réjouissances.
361
tes aux costez de cet exagone.
La France & l'Espagne, cha-
cune un bouclier à la main dont elles
couvroient le Milanez; l'Aigle de
l'Empire au dessus avecun foudre à
chaque main.
QUID AQUILAE, QUID FUL-
MINA POSSUNT.
Un Soleil formant un Arc-en-
ciel, & un jeune Lyon pliant sur un
goble une branche d'olivier.
NON ALII POSSUNT PACAN-
TEM REDDERE TERRAM.
Le Soleil dans son char avec le
Roy d'Espagne, Monseigneur le
le Dauphin & les trois Enfans de
Ftance.
Hhi)
Réjouissances.
362
NruNo FETONTE.
Six lis inégaux.
MuNERA LETITIAMQUE
DEI
Flore montrant au Soleilun Lis
qui vient de naistre.
LO VERAS CRECER, YMUL-
TIPLICAR.
La Croix de Bourgogne faite de
deux arbres retaillez,
NEPOTIBUS UM-
FACTURA
BRAM.
La France montrant à l'Espagne
Réjouissances.
363
des Lis parmi lesquels il y en a un
qui vient de naistre.
NEC TIBI DEFICIENT.
Dans le milieu de ces Arcs de
triomphe, on avoit platé une gran-
de quantité de fusees volantes &
d'autres artifices, ausquels on mit
le feu aprés le souper, au bruit des
trompettes, des hautbois, des vio-
lons & des salves de Mousqueterie,
que firent deux Compagnies du Re-
giment Albertin, Grison, qui ont
marché au Masino pour la garde
de L. A.
Cette Feste dura jusqu'au jour.
Leurs Excellences Madame la
Comtesse de Serbelon, femme d'un
Grand d'Espagne, & Mrle Duc
d'Et Seste, aussi Grand d'Espagne
Hh ii.
364. Réjouissances.
qui estoient au Masino, pour pren-
dre les eaux, de même que Mr le
Comte Alexandre Litta, y donne.
rent des marques tres-vives de leur
joye, sur les benedictions continuel-
les que Dieu répand sur la Mai-
son de France.
Fermer
241
p. 364-390
« On chanta le 13. à la Rochelle, le Te Deum dans la Cathedralle, [...] »
Début :
On chanta le 13. à la Rochelle, le Te Deum dans la Cathedralle, [...]
Mots clefs :
Ville, Fusées, Joie, Te Deum, Lumières, Feux, Allumer, Armes, Décharges, France, Illumination, Maison, Nuit, Capucins, Fusées volantes, Tirer, Chanter, Église, Habitants, Zèle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On chanta le 13. à la Rochelle, le Te Deum dans la Cathedralle, [...] »
On chanta le 13. à la Rochel-
le, le Te Deum dans la Cathe-
dralle, où Mr l'Evêque Officia,
en presence de Monsieur le Ma-
réchal de Chamilly & de Ma-
dame la Maréchale; la Nobles-
se & les Magistrats y assisterent.
Sur les huit heures du soir, le
feu qui estoit dressé à la place,
fut allumé par Mr Gerbier Mai-
re, avec les solemnitez ordinai-
res, & dans le même temps tou-
tes les fenestres parurent illumi-
nées, & les ruës remplies de feux
Réjouissances.
365
dressez devant toutes les portes.
Monsieur le Maréchal qui estoit
au Fort-Louis, au dehors de la
Ville, voyant que ce feu estoit
allumé, fit jetter une susée; qui
estoit le ſignal pour avertir de
tirer le Canon, & la Mousque-
terie: La Compagnie des Ca-
dets, & les deux Compagnies
de Grenadiers, en habits uni-
formes, estoient sous les armes,
& bordoient les remparts avec
les Troupes reglées; les réjouiſ-
sances continuerent jusques au
Dimanche suivant. On tira ce
jour là un tres- beau feu d'artifi-
ce qui avoit esté dreſſé au milieu
de la place du Chasteau; il fut
suivi d'un souper magnifique
ment servi, donné par les Maire
& Echevins à Monsieur & à Ma-
Hh iiij
366 Réjoiissances.
dame la Maréchalle; qui furent
reçuës à l'Hoſtel de la Mairie,
où Mr Gerbier, Maire, com-
plimenta Monsieur le Maréchal
au sujet de la naissance du Prin-
ce; il y eut encore de grandes
illuminations & des feux dans
toutes les ruës.
Le même jour Mr Chauneau
de Sazay, Huissier de la Cham-
bre de Madame la Duchesse de
Bourgogne, fit chanter le Te
Deum dans l'Eglise de Saint Hi-
laire, la Pallu, ſa Paroiſſe, prés
la Rochelle, ou se rendirent les
personnes les plus qualifiées du
voisinage; les Prieres pour le Roy
furent aussi chantées au bruit du
Canon du Chaſteau, de Sazay,
& de la Mousqueterie de la Mi.
lice, qui estoit sous les armes,
Rejouissances.
367
au nombre de plus de deux cens
rangez en haye, ainsi que la Ca-
valerie. Ils fe rendirent en cet
ordre au Château de Sazay, au
son de la cloche, des tambours
& des hautbois. Il y avoit un
feu dressé au bout d'une longue
avenuë qui estoit il luminée; ce
feu qui estoit composé d'un
fort gros bucher, au milieu du
quel il y avoit un arbre de tren-
te-cinqu pieds de haut rempli de
fagots & entouré d'artifice qui
reussit parfaitement bien; il fut
allumé par le fils aîné de Mr
Gerbier, Trésorier de France
& Maire de la Rochelle, petit
fils de Monsieur de Sazay qui
representoit son grand pere qui
le trouvoit alors a la Cour. L'on
tira le Canon, & la Milice fit
Réjouissances.
368
plusieurs décharges ce qui atti-
ra tous les Habitans de la Pa-
roisse & des lieux circonvoisins,
qui témoignerent leur joye par
des acclamations de Vive le Roy
& Monseigneur le Duc de Breta-
gne. Deux fontaines de vin cou.
lerent pendant tout le jour; la
Noblesse fut magnifiquement
regalée dans le Château.
'ay oublié de dire, en parlant
des environs de Paris, que Mr
de Bonny Secretaire du Roy &
Interessé dans les Fermes de Sa
Majesté, fit faire le 13. Juillet
une tres- grande illumination
dans ſa Maison de Villeneuve S.
Georges, à quatre lieuës de Pa-
ris. Il avoit fait mettre une
grande quantité de pots à feu,
.
ar
u-
he
nt
5a
et
pl
he
Réjoiissances.
369
& un grand nombre de fusées
volantes sur le Belveder qui est
au dessus de sa Maison. Cette
illumination & ces fusées furent
vuës de tout Paris.
Mr Chabrot Bourgeois de
Lyon a donné une Feste magni-
fique à sa Maison de la Grenete.
L'illumination fut tres-belle,
une symphonie excellente s'y fit
entendre à trois diverses repri-
ses sur la terrasse qui est audes-
sus de cette Maison. On tira un
grand nombre de fusées & deux
fontaines de vin coulerent à sa
porte, pendant toute la soirée.
Mr de Courcy, Receveur
des Tailles de Magny en Vexin,
s'est distingué dans la Feſte
qu'il donna le 10. Juillet ou se
trouverent les principaux de la
Réjouissances.
37
Ville. Sa Maison parut d'abord
illuminée & l'on vit ensuite un
grand feu d'une maniere nou-
velle fait en forme de piramide,
dont les flammes sortoient par
des canaux differens, qui sor-
moient un spectacle tres-agrea.
bles à la vûë: ce feu dura pen-
dant toute la nuit. Ily eut un
grand souper : les santez de
la famille Royale y furent buë,
au bruit d'une continuelle dé.
charge de Couleuvrines & de
Mousquets. Il y eut aussi un con-
cert de voix & d'instrumens,
qui fut suivi d'un grand bal qui
dura jusqu'à quatre heures du
matin; on y distribua des vins
& des liqueurs à tous ceux qui
s'y trouverent; les ouvriers mê
mes qui alloient à leurs travaux
Réjouissances.
371
furent regalez, & se sentirent
de la joye qui met toute la
France en mouvement.
Madame de Fiesque, Abbesse
de Nôtre- Dame de Soissons,
aprés avoir fait chanter le Te
Deum, dans son Abbaye, donna
une Feste à ses Religieuses con-
venable au lieu & à leur état.
Tout le clocher de son Eglise
fut illuminé pendant toute la
nuit.
Les Jacobins de Beauvais ont
marqué leur joye par un feu
d'artifice d'une structure singu-
liere. Quatre colonnes entou-
rées de buis, attachées avec des
rubans de differentes couleurs
qui formoient plusieurs arcades,
regnoient autour du bucher qui
devoit être allumé. Unarbre d'u-
Réjouissances.
372
ne hauteur surprenante, au mi-
lieu, cachoit par ses feuillages
les fusées & l'artifice. Les feuil.
les du buis détachées par la vio-
lence du feu se joignant aux fu-
sées, tomboient toutes brillan-
tes de lumiere; ce spectacle du-
ra pendant plus d'une heure,
toutes les ruës de Beauvais
estoient remplies de feux, & le
jour parut avant que ces feux
fussent éteints.
On voyoit dans un cartouche,
un Lyon couronné, enflammé,
rugissant, se soûtenant sur ses
deux pattes de derriere; il avoit
les pattes de devant élevées, &
il poursuivoit un Aigle couron-
née qui se soûtenoit sur ses grif-
fes, & paroissoit vouloir voler
avec l'aile droite, la gauche
1
fit
Réjouissances.
373
estoit abbatuë, & il fuyoit le
Lyon. L'inscription suivante se
lisoit dans le cartouche.
Nunc Leo magnanimus rugiet ma-
jore rugitu
Nunc Aquila infirmo cedet fugitiva
volatu,
On chanta à Tours le treizié-
me de Juillet, le Te Deum en
Musique, dans l'Eglise Metro-
pole où s'estoient assemblez Mr
l'Intendant & Mrs de Ville, ils
aſſiſterent le ſoir au feu de joye
que la Ville avoit fait disposer.
On commença par un feu d'ar-
tifice que l'on avoit placé sur
l'eau proche du Quay Royal, &
on continua par une ſalve d'ar-
tillerie & par des fusées. Ce fut
Réjouissances.
74
dans ce moment que l'on vit
dans toute la Ville des illumi-
nations; d'un costé les Tours
les plus élevées estoient rem-
plies de flambeaux ardens; de
l'autre, on appercevoit que le
cônteau qui fait face, estoit tout
en feu. Les Capucins situez
dans la plus haute élevation, ne
furent pas ceux qui y eurent le
moins de succez; le feu d'arti-
fice de la Ville estant fini & la
première décharge de l'artille-
rie estant faite, on vit insensi-
blement toute la face de leur
Convent briller de deux mille
lumieres, de concert, ce sem-
ble, avec la Ville; on tira les
Canons que l'on y avoit fait
transporter: Les feux d'artifices
réponde ient aux autres feux, &
Réjouissances.
37
ce n'étoit pas peu d'agrément de
voir dans une si belle situation
une si grande étendue d'illumi-
nations. D'un costé on voyoit
un grand nombre de pots à feu;
de l'autre. partoit quantité de
fusées volantes; tout cela ent re-
tint un éclat de lumieres qui
dura prés de trois heures. Le
zele de ces Peres ne ſe borna pas
la. Le lendemain, jour marqué
dans le Diocése, pour chanter
le Te Deum, ils solemniserent
la Fête d'une maniere plus ma-
gnifique. Mr l'Abbé du Veau,
Vicaire general, vint chanter
dans leur Eglise le Te Deum,
donna la Benediction du S. Sa-
crement, pendant laquelle on
eut une agreable symphonie de
hautbois, de violons, & de bas-
Juillet 1704. II. P.
Ii
Réjouissances.
376
ſes de viole; ensuite ils ſe prepa-
rerent à leur feu de joye. L'il-
lumination meslée d'artifice de-
voit paroître le soir. Sur les
huit heures & demie, on com-
mença par tirer des coups de
Canons pour saluer Mr l'Inten.
dant, qui ayant appris le des-
sein des Capucins voulut assi-
ster à la Feste avec toute sa
Compagnie; au même instant
l'on vit briller plus de trois mil-
le lumieres. L'ordre en estoit
admirable, on voyoit d'un côté
des colonnes des mieux afran-
gées, de l'autre des triangles
des mieux disposez, & une se-
conde face de lumieres qui se
forma, servit d'accompagne-
ment à tout le reste. Les terras-
ses les plus avancées parurent
Réjouissances.
3
7
toutes en feu; on voyoit sor-
tir de leur extrêmité un nombre
considerable de fusées, on ap
percevoit au milieu quelques
feux d'artifices & une abondan-
ce de pots à feu ornoit l'autre
extrêmité. On fit aussi plusieurs
décharges d'artillerie, & dans
l'intervalle de ces décharges on
entendit une symphenie qui
estoit sur la terrasse la plus
avancée. L'écho se répandit sur
toute la Riviere où estoient les
personnes de la Ville les plus di-
stinguées. Le Quay Royal quoi
que fort spacieux estoit rem-
pli de Peuples, & chacun ad-
mira le travail de ces dignes Re-
ligieux, & loua leur zele pour
la gloire de Sa Majesté.
On verra dans la Let tre sui-
Iii
Réjoiissances.
378
vante les réjouissances qui ont
esté faites à Blois: elles sont
bien dignes de l'attention du
Public.
Mr de Blois qui justifie par
toutes les vertus Episcopales le
choix de Sa Majeſté, ouvrit le
Mardy 8. Juillet la joye publi-
que par un Te Deum, magnifi-
quement chanté en presence de
Mr le Comte de Lorges Lieu-
tenant de Roy de la Province,
de tous les Corps de la Ville
Scculiers & Reguliers, & d'un
concours prodigieux de Peuple
accouru en foule pourremercier
Dieu des benedictions abondan.
tes qu'il verse continuellement
sur la France Aprés avoir ré-
pandu son cœeur au pied des Au-
tels, on alla exprimer ſa joy
pa
la
be
at
d
I
Réjouissances.
379
par un feu allumé devant le Pa-
lais Episcopal, au bruit des tam-
bours & des décharges d'une
petite armée d'Habitans sous les
armes & vestus galamment; les
décharges furent suivies d'un
nombre considerable de fusées
volantes qui firent un tres bel
effet. Pendant toute la nuit le
superbe Palais de Mr de Blois
fut éclairé par plus de deux
mille lumieres reflechies par la
Riviere de Loire qui les faisoit
toute reparoistre comme dans
un miroir. Le zele du Prelat fut
soûtenu par celuy de tous les
Habitans qui dans le même
temps firent regner par toute la
Ville les plaisirs & l'abondance.
Chaque particulier avoit un feu
à sa porte & des lumieres à ses
380
Réjovissances.
fenêtres, le vin couloit à larges
flots, & plus d'un Habitant in.
tereſsa pour le Prince nouveau
né jusqu'à sa propre raison.
Le Dimanche suivant les Pe-
res Benedictins firent un fort
beau feu, où assista une Compa-
gnie de Dragons, composée par
les habitants de Foix lez Tours
de ces Peres qui sont tres-éle-
vées parurent tres long-temps
toutes en feu, un grand nom-
bre de fusées orna beaucoup
cette rejouissance.
Les Capucins également at-
tentifs à la gloire de la France
se distinguerent le même soir
par des divertissements tres-
bien entendus, toute la Ville
y courut en foule pour admi-
rer le zele de ces Religieux
q
m
1
d
all
r
a
p.
ce
it
381
Réjouissances.
qui scavent aussi bien expri-
mer par de ferventes Oraisons,
que par des marques exterieu-
res & publiques. La pauvreté de
ces Peres ne leur permit pas
de se signaler par des profu-
sions, mais le bon goût se fit
sentir dans tout ce qu'ils entre-
prirent; une addresse inge-
nieuſe suppléa à leur medio-
crité.
Leur Convent qui est sur une
hauteur & dans une charmante
scituation, fut éclairé pendant-
toute la nuit par un nombre
considerable de lumieres apper-
çûës de plus de deux lieues, &
qui faisoient dans cet esloigne-
ment la plus belle illumination
du monde. Ils avoient menagé
dans l'enfoncement d'une por-
382 Réjouissances.
te de leur jardin, un jet d'eau
rougie qui par une agreable im-
posture trompa les yeux des
spectateurs, dont quelques uns
ne furent desabusez, qu'au pre
judice de leur langue, cette eau
jalissoit jusqu'a douze pieds de
haut, parmi des fcuillages
agréablement confus, & dont
l'heureuse negligence repre-
sentoit assés ces grottes cham.
pêtres, qui servoient autrefois
d'aziles aux dieux. Habitarant
dii quoque silvas.
Derriere le jet d'eau parois-
soit en enfoncement, une roue
toute chargée de lampes allu-
mées, qui par une ingenieuse
industrie tournoient avec la
roue sans s'eteindre & se ren-
verser, sur la face de cette grot-
te
au
.
Réjouissances.
383
te paroissoient entre des fe-
stons, des lauriers & des car-
touches où étoient les Armes
du Roy, & qui accompagnoient
cette inscription Latine pres-
que toute prise de l'Ecriture-
sainte.
GLORIAE DICATO
Pro victoriis inter victorias
Ovantium quae fragores
Sicut lilium inter spinas nato
armoricae duci.
Quis putas puer iste erit?
Magnus coram domino
Dilectus Deo & hominibus
Et multi in Nativitate ejus gau-
debunt
Parvulus natus est nobis
Ut sedeat cum principibus
Et solium gloviae teneat.
Stipite ortus triumphali.
Virtute duce,
Juillet 1704.
Kk
Réjouissances.
384
Prudentia comite,
Fortuna non reluctante,
paratur triumphis.
Aux deux côtez de la grotte
pendoient entre des feuillages
quatre devises , la premiere
etoit un laurier naissant, éclai-
ré & échauffé par un Soleil
rayonnant, avec ces paroles,
nascentem parat ille triumphis, les
vers suivans expliquoient la
devise.
LOUIS le plus grand des
guerriers,
Vole de victoire en victoire,
Et sur ses pas brillans va con-
duire à la gloire
Un Prince de son sang, nè
parmi les Lauriers.
La seconde estoit une tres-
brillante Aurore avec ces mots,
les
.
ne
15
Rejovissances.
385
spondet majora: on lisoit au bas
les vers suivans.
Le Prince nouveau né que le Ciel
nous envoye
En naissant apporte la joye
Et fait naitre par tout mille
plaisirs nouveaux
Une Aurore si belle, agreable,
& brillante
Qui repand en tous lieux sa lu-
miere naissante
Promet encore des jours plus
beaux,
La troisième eſtoit un écu de
Bretagne, sur lequel estoit ap-
puyée la Couronne de France,
qui estoit aussi ornée des lam-
brequins de l'Ecu. La devise
avoit pour ame ces paroles,
fulcrumque decusque. Elle estoit
expliquée par ces vers.
Kki
Réfouissances.
36
LOUIS ! le Prince qu'au-
jourd huy
La suprème bonté te donne,
Unjour illustrera ta Royale Cou-
ronne,
Comme il en est le ferme appui.
La quatriéme estoit un Soleil
à demi envelopé d'un nuage,
d'où il faisoit partir des fou-
dres qui tomboient sur un Ai-
gle, un Lion & un Leopard;
pendant que d'un autre côté il
faisoit tomber une pluie bien-
faisante sur trois lis, dont le
dernier n'estoit encore que bou-
tonné. Ces paroles de l'Ecri-
ture-sainte faisoient l'ame de la
devise, mortificat & vivificat. On
lisoit au bas ces vers.
Le Heros qui su ffit pour gouver-
ner la tetre
Voit ses ennemis éperdus,
a
Réjouissances.
387
Consternes, tremblans, ab-
batus,
Sous les terribles coups de son
juste tonnerre,
Pendant qu'au sein de son
Etat
Il jouit d'une paix profonde,
Et voit multiplier le renaissant
eclat
De nos lys destinés pour embellir
le monde.
Le tout estoit surmonté d'une
Forteresse avec ses tours & ses
murailles, faite avec beaucoup
d'artifice ; à neuf heures du
soir on vit partir d'une des por-
tes de cette Forteresse un dra-
gon volant, qui alla à plus de
trente pas allumer le feu de
joye, qui estoit un cabinet à
quatre faces, ouvert de chaque
côté & comblé d'une Couron-
Kk ii.
388 Réjouissances.
ne Imperiale, du milieu de la-
quelle s'élevoit un mats fort
haut, tout le cabinet estoit de
verdure & orné de fleurs de
lys, le feu ne fût pas plûtôt
allumé que deux Compagnies
d'habitans sous les armes firent
plusieurs decharges de mous-
queterie, ausquelles on repon-
doit par des salvesde six couleu.
vrines, on vit partir de la For-
teresse une multitude de fufées
volantes, qui toutes ensemble
firent un effet admirable, le di-
vertissement qui dura plusieurs
heures, finit par l'embrazement
de la Forteresse du Château qui
estoit tout rempli d'un feu d'ar-
tifice, qui réussit parfaitement.
Cette agreable incendie, qui
termina la journée, ne termina
pas le zele des Peres Capucins.
le
r.
1e
1
n
s.
39
Réjouissances.
Ils recommencerent le Lundy
leur illumination, qui fut plus
belle que le soir precedent. Le
temps estoit calme & la nuit
seraine: tout le Convent parut
en feu: six cou leuvrines ne ces-
serent point de tirer pendant
prés de trois heures : on vit
plusieurs fusées s'égayer, pour
ainsi dire, en l'air, retombant
fur elles-mêmes en pluïe de
feu, en petards, & en étoiles.
La rouë dont je vous ay déja
parlé, parut beaucoup plus bril-
lante que le jour precedent,
parce qu'elle estoit placée sur
une hauteur; plusieurs lumie-
res posées derriere faisoient pa-
roître avec beaucoup d'éclat
les Armes du Roy, de Mon-
seigneur le Dauphin, de Mon-
leigneur le Duc de Bourgogne,
Kk iij
390
Rejouissances.
& de Monseigneur le Duc de
Bretagne : ces rejouissances des
Capucins furent fort applau-
dies. Je croy que vous ne leur
refuserez pas vôtre suffrage.
le, le Te Deum dans la Cathe-
dralle, où Mr l'Evêque Officia,
en presence de Monsieur le Ma-
réchal de Chamilly & de Ma-
dame la Maréchale; la Nobles-
se & les Magistrats y assisterent.
Sur les huit heures du soir, le
feu qui estoit dressé à la place,
fut allumé par Mr Gerbier Mai-
re, avec les solemnitez ordinai-
res, & dans le même temps tou-
tes les fenestres parurent illumi-
nées, & les ruës remplies de feux
Réjouissances.
365
dressez devant toutes les portes.
Monsieur le Maréchal qui estoit
au Fort-Louis, au dehors de la
Ville, voyant que ce feu estoit
allumé, fit jetter une susée; qui
estoit le ſignal pour avertir de
tirer le Canon, & la Mousque-
terie: La Compagnie des Ca-
dets, & les deux Compagnies
de Grenadiers, en habits uni-
formes, estoient sous les armes,
& bordoient les remparts avec
les Troupes reglées; les réjouiſ-
sances continuerent jusques au
Dimanche suivant. On tira ce
jour là un tres- beau feu d'artifi-
ce qui avoit esté dreſſé au milieu
de la place du Chasteau; il fut
suivi d'un souper magnifique
ment servi, donné par les Maire
& Echevins à Monsieur & à Ma-
Hh iiij
366 Réjoiissances.
dame la Maréchalle; qui furent
reçuës à l'Hoſtel de la Mairie,
où Mr Gerbier, Maire, com-
plimenta Monsieur le Maréchal
au sujet de la naissance du Prin-
ce; il y eut encore de grandes
illuminations & des feux dans
toutes les ruës.
Le même jour Mr Chauneau
de Sazay, Huissier de la Cham-
bre de Madame la Duchesse de
Bourgogne, fit chanter le Te
Deum dans l'Eglise de Saint Hi-
laire, la Pallu, ſa Paroiſſe, prés
la Rochelle, ou se rendirent les
personnes les plus qualifiées du
voisinage; les Prieres pour le Roy
furent aussi chantées au bruit du
Canon du Chaſteau, de Sazay,
& de la Mousqueterie de la Mi.
lice, qui estoit sous les armes,
Rejouissances.
367
au nombre de plus de deux cens
rangez en haye, ainsi que la Ca-
valerie. Ils fe rendirent en cet
ordre au Château de Sazay, au
son de la cloche, des tambours
& des hautbois. Il y avoit un
feu dressé au bout d'une longue
avenuë qui estoit il luminée; ce
feu qui estoit composé d'un
fort gros bucher, au milieu du
quel il y avoit un arbre de tren-
te-cinqu pieds de haut rempli de
fagots & entouré d'artifice qui
reussit parfaitement bien; il fut
allumé par le fils aîné de Mr
Gerbier, Trésorier de France
& Maire de la Rochelle, petit
fils de Monsieur de Sazay qui
representoit son grand pere qui
le trouvoit alors a la Cour. L'on
tira le Canon, & la Milice fit
Réjouissances.
368
plusieurs décharges ce qui atti-
ra tous les Habitans de la Pa-
roisse & des lieux circonvoisins,
qui témoignerent leur joye par
des acclamations de Vive le Roy
& Monseigneur le Duc de Breta-
gne. Deux fontaines de vin cou.
lerent pendant tout le jour; la
Noblesse fut magnifiquement
regalée dans le Château.
'ay oublié de dire, en parlant
des environs de Paris, que Mr
de Bonny Secretaire du Roy &
Interessé dans les Fermes de Sa
Majesté, fit faire le 13. Juillet
une tres- grande illumination
dans ſa Maison de Villeneuve S.
Georges, à quatre lieuës de Pa-
ris. Il avoit fait mettre une
grande quantité de pots à feu,
.
ar
u-
he
nt
5a
et
pl
he
Réjoiissances.
369
& un grand nombre de fusées
volantes sur le Belveder qui est
au dessus de sa Maison. Cette
illumination & ces fusées furent
vuës de tout Paris.
Mr Chabrot Bourgeois de
Lyon a donné une Feste magni-
fique à sa Maison de la Grenete.
L'illumination fut tres-belle,
une symphonie excellente s'y fit
entendre à trois diverses repri-
ses sur la terrasse qui est audes-
sus de cette Maison. On tira un
grand nombre de fusées & deux
fontaines de vin coulerent à sa
porte, pendant toute la soirée.
Mr de Courcy, Receveur
des Tailles de Magny en Vexin,
s'est distingué dans la Feſte
qu'il donna le 10. Juillet ou se
trouverent les principaux de la
Réjouissances.
37
Ville. Sa Maison parut d'abord
illuminée & l'on vit ensuite un
grand feu d'une maniere nou-
velle fait en forme de piramide,
dont les flammes sortoient par
des canaux differens, qui sor-
moient un spectacle tres-agrea.
bles à la vûë: ce feu dura pen-
dant toute la nuit. Ily eut un
grand souper : les santez de
la famille Royale y furent buë,
au bruit d'une continuelle dé.
charge de Couleuvrines & de
Mousquets. Il y eut aussi un con-
cert de voix & d'instrumens,
qui fut suivi d'un grand bal qui
dura jusqu'à quatre heures du
matin; on y distribua des vins
& des liqueurs à tous ceux qui
s'y trouverent; les ouvriers mê
mes qui alloient à leurs travaux
Réjouissances.
371
furent regalez, & se sentirent
de la joye qui met toute la
France en mouvement.
Madame de Fiesque, Abbesse
de Nôtre- Dame de Soissons,
aprés avoir fait chanter le Te
Deum, dans son Abbaye, donna
une Feste à ses Religieuses con-
venable au lieu & à leur état.
Tout le clocher de son Eglise
fut illuminé pendant toute la
nuit.
Les Jacobins de Beauvais ont
marqué leur joye par un feu
d'artifice d'une structure singu-
liere. Quatre colonnes entou-
rées de buis, attachées avec des
rubans de differentes couleurs
qui formoient plusieurs arcades,
regnoient autour du bucher qui
devoit être allumé. Unarbre d'u-
Réjouissances.
372
ne hauteur surprenante, au mi-
lieu, cachoit par ses feuillages
les fusées & l'artifice. Les feuil.
les du buis détachées par la vio-
lence du feu se joignant aux fu-
sées, tomboient toutes brillan-
tes de lumiere; ce spectacle du-
ra pendant plus d'une heure,
toutes les ruës de Beauvais
estoient remplies de feux, & le
jour parut avant que ces feux
fussent éteints.
On voyoit dans un cartouche,
un Lyon couronné, enflammé,
rugissant, se soûtenant sur ses
deux pattes de derriere; il avoit
les pattes de devant élevées, &
il poursuivoit un Aigle couron-
née qui se soûtenoit sur ses grif-
fes, & paroissoit vouloir voler
avec l'aile droite, la gauche
1
fit
Réjouissances.
373
estoit abbatuë, & il fuyoit le
Lyon. L'inscription suivante se
lisoit dans le cartouche.
Nunc Leo magnanimus rugiet ma-
jore rugitu
Nunc Aquila infirmo cedet fugitiva
volatu,
On chanta à Tours le treizié-
me de Juillet, le Te Deum en
Musique, dans l'Eglise Metro-
pole où s'estoient assemblez Mr
l'Intendant & Mrs de Ville, ils
aſſiſterent le ſoir au feu de joye
que la Ville avoit fait disposer.
On commença par un feu d'ar-
tifice que l'on avoit placé sur
l'eau proche du Quay Royal, &
on continua par une ſalve d'ar-
tillerie & par des fusées. Ce fut
Réjouissances.
74
dans ce moment que l'on vit
dans toute la Ville des illumi-
nations; d'un costé les Tours
les plus élevées estoient rem-
plies de flambeaux ardens; de
l'autre, on appercevoit que le
cônteau qui fait face, estoit tout
en feu. Les Capucins situez
dans la plus haute élevation, ne
furent pas ceux qui y eurent le
moins de succez; le feu d'arti-
fice de la Ville estant fini & la
première décharge de l'artille-
rie estant faite, on vit insensi-
blement toute la face de leur
Convent briller de deux mille
lumieres, de concert, ce sem-
ble, avec la Ville; on tira les
Canons que l'on y avoit fait
transporter: Les feux d'artifices
réponde ient aux autres feux, &
Réjouissances.
37
ce n'étoit pas peu d'agrément de
voir dans une si belle situation
une si grande étendue d'illumi-
nations. D'un costé on voyoit
un grand nombre de pots à feu;
de l'autre. partoit quantité de
fusées volantes; tout cela ent re-
tint un éclat de lumieres qui
dura prés de trois heures. Le
zele de ces Peres ne ſe borna pas
la. Le lendemain, jour marqué
dans le Diocése, pour chanter
le Te Deum, ils solemniserent
la Fête d'une maniere plus ma-
gnifique. Mr l'Abbé du Veau,
Vicaire general, vint chanter
dans leur Eglise le Te Deum,
donna la Benediction du S. Sa-
crement, pendant laquelle on
eut une agreable symphonie de
hautbois, de violons, & de bas-
Juillet 1704. II. P.
Ii
Réjouissances.
376
ſes de viole; ensuite ils ſe prepa-
rerent à leur feu de joye. L'il-
lumination meslée d'artifice de-
voit paroître le soir. Sur les
huit heures & demie, on com-
mença par tirer des coups de
Canons pour saluer Mr l'Inten.
dant, qui ayant appris le des-
sein des Capucins voulut assi-
ster à la Feste avec toute sa
Compagnie; au même instant
l'on vit briller plus de trois mil-
le lumieres. L'ordre en estoit
admirable, on voyoit d'un côté
des colonnes des mieux afran-
gées, de l'autre des triangles
des mieux disposez, & une se-
conde face de lumieres qui se
forma, servit d'accompagne-
ment à tout le reste. Les terras-
ses les plus avancées parurent
Réjouissances.
3
7
toutes en feu; on voyoit sor-
tir de leur extrêmité un nombre
considerable de fusées, on ap
percevoit au milieu quelques
feux d'artifices & une abondan-
ce de pots à feu ornoit l'autre
extrêmité. On fit aussi plusieurs
décharges d'artillerie, & dans
l'intervalle de ces décharges on
entendit une symphenie qui
estoit sur la terrasse la plus
avancée. L'écho se répandit sur
toute la Riviere où estoient les
personnes de la Ville les plus di-
stinguées. Le Quay Royal quoi
que fort spacieux estoit rem-
pli de Peuples, & chacun ad-
mira le travail de ces dignes Re-
ligieux, & loua leur zele pour
la gloire de Sa Majesté.
On verra dans la Let tre sui-
Iii
Réjoiissances.
378
vante les réjouissances qui ont
esté faites à Blois: elles sont
bien dignes de l'attention du
Public.
Mr de Blois qui justifie par
toutes les vertus Episcopales le
choix de Sa Majeſté, ouvrit le
Mardy 8. Juillet la joye publi-
que par un Te Deum, magnifi-
quement chanté en presence de
Mr le Comte de Lorges Lieu-
tenant de Roy de la Province,
de tous les Corps de la Ville
Scculiers & Reguliers, & d'un
concours prodigieux de Peuple
accouru en foule pourremercier
Dieu des benedictions abondan.
tes qu'il verse continuellement
sur la France Aprés avoir ré-
pandu son cœeur au pied des Au-
tels, on alla exprimer ſa joy
pa
la
be
at
d
I
Réjouissances.
379
par un feu allumé devant le Pa-
lais Episcopal, au bruit des tam-
bours & des décharges d'une
petite armée d'Habitans sous les
armes & vestus galamment; les
décharges furent suivies d'un
nombre considerable de fusées
volantes qui firent un tres bel
effet. Pendant toute la nuit le
superbe Palais de Mr de Blois
fut éclairé par plus de deux
mille lumieres reflechies par la
Riviere de Loire qui les faisoit
toute reparoistre comme dans
un miroir. Le zele du Prelat fut
soûtenu par celuy de tous les
Habitans qui dans le même
temps firent regner par toute la
Ville les plaisirs & l'abondance.
Chaque particulier avoit un feu
à sa porte & des lumieres à ses
380
Réjovissances.
fenêtres, le vin couloit à larges
flots, & plus d'un Habitant in.
tereſsa pour le Prince nouveau
né jusqu'à sa propre raison.
Le Dimanche suivant les Pe-
res Benedictins firent un fort
beau feu, où assista une Compa-
gnie de Dragons, composée par
les habitants de Foix lez Tours
de ces Peres qui sont tres-éle-
vées parurent tres long-temps
toutes en feu, un grand nom-
bre de fusées orna beaucoup
cette rejouissance.
Les Capucins également at-
tentifs à la gloire de la France
se distinguerent le même soir
par des divertissements tres-
bien entendus, toute la Ville
y courut en foule pour admi-
rer le zele de ces Religieux
q
m
1
d
all
r
a
p.
ce
it
381
Réjouissances.
qui scavent aussi bien expri-
mer par de ferventes Oraisons,
que par des marques exterieu-
res & publiques. La pauvreté de
ces Peres ne leur permit pas
de se signaler par des profu-
sions, mais le bon goût se fit
sentir dans tout ce qu'ils entre-
prirent; une addresse inge-
nieuſe suppléa à leur medio-
crité.
Leur Convent qui est sur une
hauteur & dans une charmante
scituation, fut éclairé pendant-
toute la nuit par un nombre
considerable de lumieres apper-
çûës de plus de deux lieues, &
qui faisoient dans cet esloigne-
ment la plus belle illumination
du monde. Ils avoient menagé
dans l'enfoncement d'une por-
382 Réjouissances.
te de leur jardin, un jet d'eau
rougie qui par une agreable im-
posture trompa les yeux des
spectateurs, dont quelques uns
ne furent desabusez, qu'au pre
judice de leur langue, cette eau
jalissoit jusqu'a douze pieds de
haut, parmi des fcuillages
agréablement confus, & dont
l'heureuse negligence repre-
sentoit assés ces grottes cham.
pêtres, qui servoient autrefois
d'aziles aux dieux. Habitarant
dii quoque silvas.
Derriere le jet d'eau parois-
soit en enfoncement, une roue
toute chargée de lampes allu-
mées, qui par une ingenieuse
industrie tournoient avec la
roue sans s'eteindre & se ren-
verser, sur la face de cette grot-
te
au
.
Réjouissances.
383
te paroissoient entre des fe-
stons, des lauriers & des car-
touches où étoient les Armes
du Roy, & qui accompagnoient
cette inscription Latine pres-
que toute prise de l'Ecriture-
sainte.
GLORIAE DICATO
Pro victoriis inter victorias
Ovantium quae fragores
Sicut lilium inter spinas nato
armoricae duci.
Quis putas puer iste erit?
Magnus coram domino
Dilectus Deo & hominibus
Et multi in Nativitate ejus gau-
debunt
Parvulus natus est nobis
Ut sedeat cum principibus
Et solium gloviae teneat.
Stipite ortus triumphali.
Virtute duce,
Juillet 1704.
Kk
Réjouissances.
384
Prudentia comite,
Fortuna non reluctante,
paratur triumphis.
Aux deux côtez de la grotte
pendoient entre des feuillages
quatre devises , la premiere
etoit un laurier naissant, éclai-
ré & échauffé par un Soleil
rayonnant, avec ces paroles,
nascentem parat ille triumphis, les
vers suivans expliquoient la
devise.
LOUIS le plus grand des
guerriers,
Vole de victoire en victoire,
Et sur ses pas brillans va con-
duire à la gloire
Un Prince de son sang, nè
parmi les Lauriers.
La seconde estoit une tres-
brillante Aurore avec ces mots,
les
.
ne
15
Rejovissances.
385
spondet majora: on lisoit au bas
les vers suivans.
Le Prince nouveau né que le Ciel
nous envoye
En naissant apporte la joye
Et fait naitre par tout mille
plaisirs nouveaux
Une Aurore si belle, agreable,
& brillante
Qui repand en tous lieux sa lu-
miere naissante
Promet encore des jours plus
beaux,
La troisième eſtoit un écu de
Bretagne, sur lequel estoit ap-
puyée la Couronne de France,
qui estoit aussi ornée des lam-
brequins de l'Ecu. La devise
avoit pour ame ces paroles,
fulcrumque decusque. Elle estoit
expliquée par ces vers.
Kki
Réfouissances.
36
LOUIS ! le Prince qu'au-
jourd huy
La suprème bonté te donne,
Unjour illustrera ta Royale Cou-
ronne,
Comme il en est le ferme appui.
La quatriéme estoit un Soleil
à demi envelopé d'un nuage,
d'où il faisoit partir des fou-
dres qui tomboient sur un Ai-
gle, un Lion & un Leopard;
pendant que d'un autre côté il
faisoit tomber une pluie bien-
faisante sur trois lis, dont le
dernier n'estoit encore que bou-
tonné. Ces paroles de l'Ecri-
ture-sainte faisoient l'ame de la
devise, mortificat & vivificat. On
lisoit au bas ces vers.
Le Heros qui su ffit pour gouver-
ner la tetre
Voit ses ennemis éperdus,
a
Réjouissances.
387
Consternes, tremblans, ab-
batus,
Sous les terribles coups de son
juste tonnerre,
Pendant qu'au sein de son
Etat
Il jouit d'une paix profonde,
Et voit multiplier le renaissant
eclat
De nos lys destinés pour embellir
le monde.
Le tout estoit surmonté d'une
Forteresse avec ses tours & ses
murailles, faite avec beaucoup
d'artifice ; à neuf heures du
soir on vit partir d'une des por-
tes de cette Forteresse un dra-
gon volant, qui alla à plus de
trente pas allumer le feu de
joye, qui estoit un cabinet à
quatre faces, ouvert de chaque
côté & comblé d'une Couron-
Kk ii.
388 Réjouissances.
ne Imperiale, du milieu de la-
quelle s'élevoit un mats fort
haut, tout le cabinet estoit de
verdure & orné de fleurs de
lys, le feu ne fût pas plûtôt
allumé que deux Compagnies
d'habitans sous les armes firent
plusieurs decharges de mous-
queterie, ausquelles on repon-
doit par des salvesde six couleu.
vrines, on vit partir de la For-
teresse une multitude de fufées
volantes, qui toutes ensemble
firent un effet admirable, le di-
vertissement qui dura plusieurs
heures, finit par l'embrazement
de la Forteresse du Château qui
estoit tout rempli d'un feu d'ar-
tifice, qui réussit parfaitement.
Cette agreable incendie, qui
termina la journée, ne termina
pas le zele des Peres Capucins.
le
r.
1e
1
n
s.
39
Réjouissances.
Ils recommencerent le Lundy
leur illumination, qui fut plus
belle que le soir precedent. Le
temps estoit calme & la nuit
seraine: tout le Convent parut
en feu: six cou leuvrines ne ces-
serent point de tirer pendant
prés de trois heures : on vit
plusieurs fusées s'égayer, pour
ainsi dire, en l'air, retombant
fur elles-mêmes en pluïe de
feu, en petards, & en étoiles.
La rouë dont je vous ay déja
parlé, parut beaucoup plus bril-
lante que le jour precedent,
parce qu'elle estoit placée sur
une hauteur; plusieurs lumie-
res posées derriere faisoient pa-
roître avec beaucoup d'éclat
les Armes du Roy, de Mon-
seigneur le Dauphin, de Mon-
leigneur le Duc de Bourgogne,
Kk iij
390
Rejouissances.
& de Monseigneur le Duc de
Bretagne : ces rejouissances des
Capucins furent fort applau-
dies. Je croy que vous ne leur
refuserez pas vôtre suffrage.
Fermer
242
p. 390-398
« La Ville de Rethel Mazarin, en Champagne, ne s'est pas [...] »
Début :
La Ville de Rethel Mazarin, en Champagne, ne s'est pas [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La Ville de Rethel Mazarin, en Champagne, ne s'est pas [...] »
La Ville de Rethel Mazarin,
en Champagne, ne s'est pas
moins distinguée que les plus
grosses Villes de cette Provin-
ce, & les Maire, & Echevins,
Gouverneurs de cette Ville,
ont donné en cette occasion
des marques extraordinaires de
joye: Il y eut le soir un grand
repas à l'Hôtel de Ville, où
toutes les personnes qui en
composent le corps, & les Chefs
des autres Compagnies furent
invitez. On vit dans les ruës
couler pendant ce repas une
fontaine de vin de Champagne,
Réjouissances.
391
afin de marquer qu'on s'unis-
soit dans ce moment à tout le
peuple, avec cette inscription,
Mens omnibus una.
Plusieurs venoient aussi pui-
ser de la joye à cette agreable
fontaine.
Le Portrait du Roy estoit
placé au devant de l'Hôtel de
Ville; il estoit environné de
quantité de lumieres, & au
dessous on avoit mis en let-
tres d'or, l'inscription sui-
vante.
Movet præsentia Regis.
D'un autre côté paroissoiene
les Armes de Sa Majesté, au
milieu d'un grand quadre, orné
de lauriers, avec ces paroles.
Cùm lauris lilia crescunt.
Il y eut un grand feu de joye
à la fin du repas au bruit du
Réjouissances.
392
canon & des boëtes, où assista
la Compagnie des Arquebu-
ziers, suivie de la jeuneſse & de
la Bourgeoisie sous les armes,
commandée par leurs Officiers.
On tira un grand nombre de
tres- belles fusées volantes.
Il y eut ensuite un bal chez
l'un des Echevins, où se trou-
verent quantité de Dames.
Pendant presque toute la nuit
les fenêtres furent illuminées,
& l'on voyoit dans les ruës,
éclairées par les feux des par-
ticuliers, des tables où les plus
zelez ſe distinguoient, & dont
plusieurs estoient couronnez de
lierre, tandis qu'on entendoit
de divers endroits, le bruit des
mousquets & le son des tam-
bours.
le
s
t
le
i.
es
Réjouissances. 393
Les Maire, & Echevins Gou-
verneurs de cette Ville, pour
joindre les actions pieuses à
cette demonstration de joye pu-
blique, firent quelques libera-
litez pour repondre à l'ardeur
de leurs vœux, & pour la con-
servation de ce Prince-
Les Dames de Château Gon-
tier se sont fort distinguees
dans les réjouissances qui ont
eſté faites en ce lieu là; animées
par l'exemple des Officiers de
l'Hôtel de Ville qui faisoient de
magnisiques preparatifs pour
des réjouissances publiques, elle
proposérent entre elles de faire
travailler à un feu d'artifice qui
répondit dignement à la feste.
Le Sr de Louzilliere habile ar-
tificier, fut choisi pour travail-
ler à ce feu qui efit tout le suc-
394. Réjouissances.
cez imaginable. On fit une dé-
charge generale des Canons du
Château, toute la Mousquete-
rie répondit ensuite à cette pre-
miere réjouissance, & les plus
galans de la jeunesse de la Vil-
le, estant allez prendre les Da-
mes; ils les conduisirent au son
des violons & des hautbois sur
la place publique, où ce feu
avoit eſté preparé devant la
Maison de Mr le Subdelegué.
Ces Dames escortées par 400.
Bourgeois sous les armes, se
rendirent autour du feu, où les
Cavaliers ayant reçû les flam-
beaux, les presenterent aux
Dames, & ce feu fut allumé au
bruit des tambours, des trom.
pettes, des fifres, par Madam-
la Presidente de la Gravelle
Me la Presidente de Champi
Réjouissances.
395
gne, Me la Presidente de Beau-
mont, Me Douart, épouse de
M le Subdelegué, Me d'Am-
poigné, épouse de M d'Ampoi-
gné, Capitaine au Regiment
Dauphin, Infanterie; M Des-
peaux du Houssay, M du Gues-
clin, épouse de M du Guesclin,
cy-devant Capitaine au Regi-
ment du Roy, Infanterie, M
de Valliere, veuve de M de
Valliere, Tresorier de Fran-
ce, au Bureau des Finances de
Tours, Me de Fontenelle, Me
de Sensé, M' du Teilley, cy-de-
vant Fille d'Honneur de la dé-
funte Reyne d'Espagne, Marie
Louise d'Orleans; M deBouillé,
veuve de Mrde Bouillé, Lieute-
nant des Gardes du Corps de
Son Alteſse Royale feu Mon-
sieur, Frere unique du Roy-
396 Rejouissances.
Me de Brion, épouse de Mt de
Brion, cy- devant Capitaine
d'Infanterie dans la Reyne, M
de la Gendronniere, Me la Pro-
cureuſe du Roy au Presidial,
M de la Lande, Me de la Mori-
niere, Me de Guaripuy, épouse
de M de Guaripuy, Capitaine
dans Aunix, & M. de Sevillé.
Voilà les noms des Dames qui
ont eu le plus de part à la dé-
pense, & à l'honneur de certe
feſte. Il s'éleva en l'air depuis
neuf heures du soir jusqu'à mi-
nuit, un nombre infiny de fusées,
& toutes les fenestres de la Vil-
le furent remplies de flambeaux.
La Compagnie s'assembla en-
suite, chez Mr de S. Philbert,
cy devant Capitaine dans Mon-
tausier. Mr le Lieutenant Ge-
neral de Police y donna un
se
te
c.
m
e
d
1.
a
8
se
e
ne
e
u
é
tte
ul
i
es
1
u
en
n
e
un
Réjouissances.
9
grand bal, pendant lequel on
servit avec profusion toutes sor-
tes de rafraichissemens & de
confitures sêches. Les apparte-
mens de Mr de Saint Philbert
étoient éclairez par quantité
de lustres & de bougies, & dans
la principale Salle du bal, on
avoit placé le Portrait du Roy,
& celuy de Madame la Duches-
se de Bourgogne. On fit mettre
à la Porte six pieces de vin qui
attirerent & réjouirent tout le
Public. Ce bal fut suivi d'un
medianoce, des plus galans & des
plus magnifiques: Les Dames
furent servies par les Cavaliers.
Madame la Comtesse de Thulon
arriva de ſon Château assez à
temps nour se mettre a table
avec les autres, elle contribua
agreablement au plaisir de cette
Réjouissances.
398
feste. Les Demoiselles qui bril-
lerent le plus dans ce bal, furent
Mesdemoiselles Douart, fille
de M le Subdelegué, d'Ingran-
de, des Aunay, de Villecourt,
de Chivray, de la Brossiniere,
de Fontenelle, de la Girouar-
diere, de Bouillé, de Villers de
l'Isle Adam, des Vallée, Mlles
de la Grandiniaire, filles de M
le Maire, Poisson, Guilloteau
de Chailland, Boucault, de la
Francoisiere, de Baillargeau.
en Champagne, ne s'est pas
moins distinguée que les plus
grosses Villes de cette Provin-
ce, & les Maire, & Echevins,
Gouverneurs de cette Ville,
ont donné en cette occasion
des marques extraordinaires de
joye: Il y eut le soir un grand
repas à l'Hôtel de Ville, où
toutes les personnes qui en
composent le corps, & les Chefs
des autres Compagnies furent
invitez. On vit dans les ruës
couler pendant ce repas une
fontaine de vin de Champagne,
Réjouissances.
391
afin de marquer qu'on s'unis-
soit dans ce moment à tout le
peuple, avec cette inscription,
Mens omnibus una.
Plusieurs venoient aussi pui-
ser de la joye à cette agreable
fontaine.
Le Portrait du Roy estoit
placé au devant de l'Hôtel de
Ville; il estoit environné de
quantité de lumieres, & au
dessous on avoit mis en let-
tres d'or, l'inscription sui-
vante.
Movet præsentia Regis.
D'un autre côté paroissoiene
les Armes de Sa Majesté, au
milieu d'un grand quadre, orné
de lauriers, avec ces paroles.
Cùm lauris lilia crescunt.
Il y eut un grand feu de joye
à la fin du repas au bruit du
Réjouissances.
392
canon & des boëtes, où assista
la Compagnie des Arquebu-
ziers, suivie de la jeuneſse & de
la Bourgeoisie sous les armes,
commandée par leurs Officiers.
On tira un grand nombre de
tres- belles fusées volantes.
Il y eut ensuite un bal chez
l'un des Echevins, où se trou-
verent quantité de Dames.
Pendant presque toute la nuit
les fenêtres furent illuminées,
& l'on voyoit dans les ruës,
éclairées par les feux des par-
ticuliers, des tables où les plus
zelez ſe distinguoient, & dont
plusieurs estoient couronnez de
lierre, tandis qu'on entendoit
de divers endroits, le bruit des
mousquets & le son des tam-
bours.
le
s
t
le
i.
es
Réjouissances. 393
Les Maire, & Echevins Gou-
verneurs de cette Ville, pour
joindre les actions pieuses à
cette demonstration de joye pu-
blique, firent quelques libera-
litez pour repondre à l'ardeur
de leurs vœux, & pour la con-
servation de ce Prince-
Les Dames de Château Gon-
tier se sont fort distinguees
dans les réjouissances qui ont
eſté faites en ce lieu là; animées
par l'exemple des Officiers de
l'Hôtel de Ville qui faisoient de
magnisiques preparatifs pour
des réjouissances publiques, elle
proposérent entre elles de faire
travailler à un feu d'artifice qui
répondit dignement à la feste.
Le Sr de Louzilliere habile ar-
tificier, fut choisi pour travail-
ler à ce feu qui efit tout le suc-
394. Réjouissances.
cez imaginable. On fit une dé-
charge generale des Canons du
Château, toute la Mousquete-
rie répondit ensuite à cette pre-
miere réjouissance, & les plus
galans de la jeunesse de la Vil-
le, estant allez prendre les Da-
mes; ils les conduisirent au son
des violons & des hautbois sur
la place publique, où ce feu
avoit eſté preparé devant la
Maison de Mr le Subdelegué.
Ces Dames escortées par 400.
Bourgeois sous les armes, se
rendirent autour du feu, où les
Cavaliers ayant reçû les flam-
beaux, les presenterent aux
Dames, & ce feu fut allumé au
bruit des tambours, des trom.
pettes, des fifres, par Madam-
la Presidente de la Gravelle
Me la Presidente de Champi
Réjouissances.
395
gne, Me la Presidente de Beau-
mont, Me Douart, épouse de
M le Subdelegué, Me d'Am-
poigné, épouse de M d'Ampoi-
gné, Capitaine au Regiment
Dauphin, Infanterie; M Des-
peaux du Houssay, M du Gues-
clin, épouse de M du Guesclin,
cy-devant Capitaine au Regi-
ment du Roy, Infanterie, M
de Valliere, veuve de M de
Valliere, Tresorier de Fran-
ce, au Bureau des Finances de
Tours, Me de Fontenelle, Me
de Sensé, M' du Teilley, cy-de-
vant Fille d'Honneur de la dé-
funte Reyne d'Espagne, Marie
Louise d'Orleans; M deBouillé,
veuve de Mrde Bouillé, Lieute-
nant des Gardes du Corps de
Son Alteſse Royale feu Mon-
sieur, Frere unique du Roy-
396 Rejouissances.
Me de Brion, épouse de Mt de
Brion, cy- devant Capitaine
d'Infanterie dans la Reyne, M
de la Gendronniere, Me la Pro-
cureuſe du Roy au Presidial,
M de la Lande, Me de la Mori-
niere, Me de Guaripuy, épouse
de M de Guaripuy, Capitaine
dans Aunix, & M. de Sevillé.
Voilà les noms des Dames qui
ont eu le plus de part à la dé-
pense, & à l'honneur de certe
feſte. Il s'éleva en l'air depuis
neuf heures du soir jusqu'à mi-
nuit, un nombre infiny de fusées,
& toutes les fenestres de la Vil-
le furent remplies de flambeaux.
La Compagnie s'assembla en-
suite, chez Mr de S. Philbert,
cy devant Capitaine dans Mon-
tausier. Mr le Lieutenant Ge-
neral de Police y donna un
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Réjouissances.
9
grand bal, pendant lequel on
servit avec profusion toutes sor-
tes de rafraichissemens & de
confitures sêches. Les apparte-
mens de Mr de Saint Philbert
étoient éclairez par quantité
de lustres & de bougies, & dans
la principale Salle du bal, on
avoit placé le Portrait du Roy,
& celuy de Madame la Duches-
se de Bourgogne. On fit mettre
à la Porte six pieces de vin qui
attirerent & réjouirent tout le
Public. Ce bal fut suivi d'un
medianoce, des plus galans & des
plus magnifiques: Les Dames
furent servies par les Cavaliers.
Madame la Comtesse de Thulon
arriva de ſon Château assez à
temps nour se mettre a table
avec les autres, elle contribua
agreablement au plaisir de cette
Réjouissances.
398
feste. Les Demoiselles qui bril-
lerent le plus dans ce bal, furent
Mesdemoiselles Douart, fille
de M le Subdelegué, d'Ingran-
de, des Aunay, de Villecourt,
de Chivray, de la Brossiniere,
de Fontenelle, de la Girouar-
diere, de Bouillé, de Villers de
l'Isle Adam, des Vallée, Mlles
de la Grandiniaire, filles de M
le Maire, Poisson, Guilloteau
de Chailland, Boucault, de la
Francoisiere, de Baillargeau.
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243
p. 398-405
« Le 20. de Juillet, l'on chanta le Te Deum, dans toutes les [...] »
Début :
Le 20. de Juillet, l'on chanta le Te Deum, dans toutes les [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Le 20. de Juillet, l'on chanta le Te Deum, dans toutes les [...] »
Le 20. de Juillet, l'on chanta
le Te Deum, dans toutes les
Eglises de la Ville de Baugé, en
Anjou. Ensuite on alluma dans
la Place publique un grand feu
par les soins de M' des Champs,
Maire de la Ville, & Lieutenant
General en la Senéchaussée, &
t
le
n-
t
r-
de
les
M
au
la
.
u-
es
en
ns
seu
n
Réjouissances.
399
de M" les Officiers de la Maison
de Ville, les Habitans étant tous
sous les Armes.
On vit enfuite paroître un
nombre prodigieux de fusées, &
toute la Ville & les Fauxbourgs
furent éclairez par les illumina-
tions que les habitans, à l'envi
les uns des autres, firent aux
fenestres de leurs Maisons.
Mr Courtin, Gouverneur de
la Ville & du Châ teau, fit fai-
re un autre feu sur un vaste
étang qui mouille les murs du
Château; & pendant toute la
nuit, le Château parut en feu
par le grand nombre des illumi-
nations, dont il fut éclairé.
Du haut d'une des Tours, il
sortit un oyſeau, poussé par
l'artifice, qui le porta dans le
Juillet 1704 II. P. LI
400 Réjovissances.
lieu où estoit un grand bucher
qu'il alluma. Ce bucher estoi
entouré de quantité de person-
nes armées qui firent plusieurs
décharges de mousqueterie, aus-
quelles répondirent pendant
toute la nuit, les Canons du
Chateau Les Habitans de leur
côté marquérent par leurs ac-
clamations, & par tout ce qui
pouvoit exprimer leur joye, la
part qu'ils prenoient à l'alle-
gresse publique.
Le 21. de Juillet, les R. Peres
de l'Oratoire du College Royal
de Saumur, resolurent de faire
mettre tous leurs Ecoliers sous
les armes, & pour cet effet ils
se trouverent tous rassemblez
le 22. Ils formerent cinq Com-
pagnies des mieux faits, & par-
my lesquels brilloient en grand
u
r
ui
la
8
e
al
ire
us
ils
el
-
ar
ind
Réjouissances.
401
nombre leurs Pensionnaires,
qui sont des meilleures Maisons
du Royaume. Ils passerent en
revuë à la Place du Chardon-
net, & firent admirer leur do-
cilité & leur bonne mine
L'aprés-dînée le Regent de
Retorique fit representer une
Pastorale sur la Naissance du
Prince qui faisoit le sujet de la
feſte. Toute la Ville y aſsiſta,
& en fut tres-satisfaite, les
Vers en estoient beaux, natu-
reis & les pensées heureuſes.
La piece estant finie, les Eco-
liers empressez à temoigner
leur joye & leur zele, prirent
les armes, & reçurent l'ordre
pour le soir qu'ils se rassem-
blerent pour assister à la Pro-
cession qu'on fit autour du
LIi
Réjovissances.
402
College en chantant l'Exau-
diat, & au Te Deum qui fut
aussi chanté avec beaucoup de
solemnité au retour, dans la
Chapelle magnifiquement or-
née, & éclairee par quantité
de lumieres. Aprés le Te Deum,
on marcha en ordre jusqu'à une
grande place voisine, où l'on
alluma un feu de joye, autour
duquel toutes les Compagnies
formerent un cercle, ce qui
faisoit un tres-agreable aspect;
elles firent avec toute la regu-
larité possible, plusieurs dé-
charges qu'elles accompagne-
rent de mille acclamations re-
doublées, & elles porterent
dans le cœur de toute la Ville,
qui, y estoit accoruë, la joye la
plus tendre & la plus sensible.
le
la
té
ne
bn
ur
ies
jui
gu-
lé-
he-
re-
ent
le
ela
ble
Réjouissances.
403
L'air retentissoit des noms de
Louis le Grand, de Monsei-
gneur le Dauphin, de Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne &
de Monseigneur le Duc de Bre-
tagne.
On estoit surpris de voir des
enfans capables de tant de dis-
cipline, & susceptibles de tant
de regularité , dans la licence
qu'excitent ordinairement ces
sortes de festes.
Le feu de joye étant fini, ils
retournerent dans le mesme
ordre entre deux hayes que for-
moit une foule prodigieuse de
peuple & se rendirent devant
la Maison du College qui avoit
esté tapissée & embellie de la
maniere du monde la plus rian-
te & la plus diversifiée. On
404 Réjouissances.
voyoit au haut, ſous un riche
dais, le Portrait du Roy; plus
bas, celuy de Monseigneur le
Dauphin; ensuite celuy de
Monseigneur le Duc de Bour-
gogne qui estoit aprés celui de
Monseigneur le Duc de Breta-
gne, au dessous duquel étoit une
espece d'Autel chargé d'un
grand nombre de lumieres.
Tous les Portraits estoient en-
tourez de devises, d'inscrip-
tions, de festons, de fleurs, & de
lauriers; ces devises, & ces Por-
traits estoient environnez d'il-
luminations; aux deux côtez de
la Maison couloient deux fon-
taines de vin.
A peine les Compagnies fu-
rent elles arrivées devant cette
décoration qu'elles la saluerent,
le
le
de
a-
ne
un
es.
en
ip
de
or-
il-
de
oe
fa
et
ent
Réjouissances.
405
en faisant plusieurs decharges,
en passant & repassant plu-
sieurs fois devant ces Portraits.
Cette feste donna à tous les
Habitans qui s'empresserent
pour la voir, le ſpectacle le plus
charmant qu'ils eussent eu de-
puis longtemps, & fit admirer
le zele ſingulier, la joye em-
pressée des R. P. de l'Oratoire,
& l'ardeur hereditaire de ces
jeunes enfans pour tout ce qui
regarde la gloire de leur Roy
& l'honneur de leur Patrie.
FIN.
le Te Deum, dans toutes les
Eglises de la Ville de Baugé, en
Anjou. Ensuite on alluma dans
la Place publique un grand feu
par les soins de M' des Champs,
Maire de la Ville, & Lieutenant
General en la Senéchaussée, &
t
le
n-
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M
au
la
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u-
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ns
seu
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Réjouissances.
399
de M" les Officiers de la Maison
de Ville, les Habitans étant tous
sous les Armes.
On vit enfuite paroître un
nombre prodigieux de fusées, &
toute la Ville & les Fauxbourgs
furent éclairez par les illumina-
tions que les habitans, à l'envi
les uns des autres, firent aux
fenestres de leurs Maisons.
Mr Courtin, Gouverneur de
la Ville & du Châ teau, fit fai-
re un autre feu sur un vaste
étang qui mouille les murs du
Château; & pendant toute la
nuit, le Château parut en feu
par le grand nombre des illumi-
nations, dont il fut éclairé.
Du haut d'une des Tours, il
sortit un oyſeau, poussé par
l'artifice, qui le porta dans le
Juillet 1704 II. P. LI
400 Réjovissances.
lieu où estoit un grand bucher
qu'il alluma. Ce bucher estoi
entouré de quantité de person-
nes armées qui firent plusieurs
décharges de mousqueterie, aus-
quelles répondirent pendant
toute la nuit, les Canons du
Chateau Les Habitans de leur
côté marquérent par leurs ac-
clamations, & par tout ce qui
pouvoit exprimer leur joye, la
part qu'ils prenoient à l'alle-
gresse publique.
Le 21. de Juillet, les R. Peres
de l'Oratoire du College Royal
de Saumur, resolurent de faire
mettre tous leurs Ecoliers sous
les armes, & pour cet effet ils
se trouverent tous rassemblez
le 22. Ils formerent cinq Com-
pagnies des mieux faits, & par-
my lesquels brilloient en grand
u
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Réjouissances.
401
nombre leurs Pensionnaires,
qui sont des meilleures Maisons
du Royaume. Ils passerent en
revuë à la Place du Chardon-
net, & firent admirer leur do-
cilité & leur bonne mine
L'aprés-dînée le Regent de
Retorique fit representer une
Pastorale sur la Naissance du
Prince qui faisoit le sujet de la
feſte. Toute la Ville y aſsiſta,
& en fut tres-satisfaite, les
Vers en estoient beaux, natu-
reis & les pensées heureuſes.
La piece estant finie, les Eco-
liers empressez à temoigner
leur joye & leur zele, prirent
les armes, & reçurent l'ordre
pour le soir qu'ils se rassem-
blerent pour assister à la Pro-
cession qu'on fit autour du
LIi
Réjovissances.
402
College en chantant l'Exau-
diat, & au Te Deum qui fut
aussi chanté avec beaucoup de
solemnité au retour, dans la
Chapelle magnifiquement or-
née, & éclairee par quantité
de lumieres. Aprés le Te Deum,
on marcha en ordre jusqu'à une
grande place voisine, où l'on
alluma un feu de joye, autour
duquel toutes les Compagnies
formerent un cercle, ce qui
faisoit un tres-agreable aspect;
elles firent avec toute la regu-
larité possible, plusieurs dé-
charges qu'elles accompagne-
rent de mille acclamations re-
doublées, & elles porterent
dans le cœur de toute la Ville,
qui, y estoit accoruë, la joye la
plus tendre & la plus sensible.
le
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Réjouissances.
403
L'air retentissoit des noms de
Louis le Grand, de Monsei-
gneur le Dauphin, de Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne &
de Monseigneur le Duc de Bre-
tagne.
On estoit surpris de voir des
enfans capables de tant de dis-
cipline, & susceptibles de tant
de regularité , dans la licence
qu'excitent ordinairement ces
sortes de festes.
Le feu de joye étant fini, ils
retournerent dans le mesme
ordre entre deux hayes que for-
moit une foule prodigieuse de
peuple & se rendirent devant
la Maison du College qui avoit
esté tapissée & embellie de la
maniere du monde la plus rian-
te & la plus diversifiée. On
404 Réjouissances.
voyoit au haut, ſous un riche
dais, le Portrait du Roy; plus
bas, celuy de Monseigneur le
Dauphin; ensuite celuy de
Monseigneur le Duc de Bour-
gogne qui estoit aprés celui de
Monseigneur le Duc de Breta-
gne, au dessous duquel étoit une
espece d'Autel chargé d'un
grand nombre de lumieres.
Tous les Portraits estoient en-
tourez de devises, d'inscrip-
tions, de festons, de fleurs, & de
lauriers; ces devises, & ces Por-
traits estoient environnez d'il-
luminations; aux deux côtez de
la Maison couloient deux fon-
taines de vin.
A peine les Compagnies fu-
rent elles arrivées devant cette
décoration qu'elles la saluerent,
le
le
de
a-
ne
un
es.
en
ip
de
or-
il-
de
oe
fa
et
ent
Réjouissances.
405
en faisant plusieurs decharges,
en passant & repassant plu-
sieurs fois devant ces Portraits.
Cette feste donna à tous les
Habitans qui s'empresserent
pour la voir, le ſpectacle le plus
charmant qu'ils eussent eu de-
puis longtemps, & fit admirer
le zele ſingulier, la joye em-
pressée des R. P. de l'Oratoire,
& l'ardeur hereditaire de ces
jeunes enfans pour tout ce qui
regarde la gloire de leur Roy
& l'honneur de leur Patrie.
FIN.
Fermer
245
p. 431-432
ENIGME.
Début :
Je suis d'une figure ronde [...]
Mots clefs :
Corbillon de l'oublieux
246
p. 370-371
ENIGME.
Début :
Je vous envoye une Enigme nouvelle. / Je m'attache sans cesse à ce qui me détruit ; [...]
Mots clefs :
Bougie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle.
ENIGME.
Je m'attache fans ceffe à ce qui
me détruit ;
Etj'aylieu de craindre la nuit.
La grandeurfait durer ma vie ,
Sans qu'à mon fort on porte envie.
On me connoift tres-peu chez les petites
gens ;
Mais on me reçoit bien dans les
maifons des Grands.
En certains temps fans moy , l'on n'y
Pourroit rien faire ;
Je raffemble chez eux , les jeux &
les plaifirs
.
Quoique pour contenter leurs plus
preffans defirs
GALANT 371
On craigne mon miniftere ,
J'allifte cependant à bien plus d'une
affaire.
nouvelle.
ENIGME.
Je m'attache fans ceffe à ce qui
me détruit ;
Etj'aylieu de craindre la nuit.
La grandeurfait durer ma vie ,
Sans qu'à mon fort on porte envie.
On me connoift tres-peu chez les petites
gens ;
Mais on me reçoit bien dans les
maifons des Grands.
En certains temps fans moy , l'on n'y
Pourroit rien faire ;
Je raffemble chez eux , les jeux &
les plaifirs
.
Quoique pour contenter leurs plus
preffans defirs
GALANT 371
On craigne mon miniftere ,
J'allifte cependant à bien plus d'une
affaire.
Fermer
247
p. 371-372
SONNET ENIGMATIQUE.
Début :
Des plus foibles humains sûr & charmant mobile, [...]
Mots clefs :
Berceau
248
p. 396-397
ENIGME.
Début :
Je vous envoye une Enigme nouvelle qui sera plus facile à / Quoy que mon secours soit vulgaire [...]
Mots clefs :
Chaise de commodité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle qui fera plus facile à
deviner qu'à expliquer, & dont
plufieurs donneront peut- eftre
un fens enigmatique à leur explication
.
ENIGME.
Quoy que monfecours foit vulgaire
Il n'en eft pas moins falutaire 3
Celuy qui me vifite en mon appartement
>
Eftfort für d'y trouver quelquefou
lagement ;
Et
GALANT 397.
Et ce que l'on sçais eftre un devoir
neceffaire
Commodement par toutfans may ne
fepeutfaire.
Chez Pun & l'autre Sexe , on me,
croit fi difcret,
Que je fuis le dépofitaire ,
De ce qu'ils ont de plus fecret.
Auli fçay-je fi bien me taire
Qu'on me peut feurement confier fon
affaire, C 1 rrib
3.Sans en avoir aucun regretonid
Tel qui le plus m'abhorne ; & fuit
mon voisinage , o
à fe lia
Ne peut me refufer l'hommage,
Que l'on doit me rendre & pourpol
oqueyal
Nature qui paroififi (age:) msin
A- t-elle impofe cettes Loy hon?
Confultez Hypocrate , il le fçais
mieux que moy.
nouvelle qui fera plus facile à
deviner qu'à expliquer, & dont
plufieurs donneront peut- eftre
un fens enigmatique à leur explication
.
ENIGME.
Quoy que monfecours foit vulgaire
Il n'en eft pas moins falutaire 3
Celuy qui me vifite en mon appartement
>
Eftfort für d'y trouver quelquefou
lagement ;
Et
GALANT 397.
Et ce que l'on sçais eftre un devoir
neceffaire
Commodement par toutfans may ne
fepeutfaire.
Chez Pun & l'autre Sexe , on me,
croit fi difcret,
Que je fuis le dépofitaire ,
De ce qu'ils ont de plus fecret.
Auli fçay-je fi bien me taire
Qu'on me peut feurement confier fon
affaire, C 1 rrib
3.Sans en avoir aucun regretonid
Tel qui le plus m'abhorne ; & fuit
mon voisinage , o
à fe lia
Ne peut me refufer l'hommage,
Que l'on doit me rendre & pourpol
oqueyal
Nature qui paroififi (age:) msin
A- t-elle impofe cettes Loy hon?
Confultez Hypocrate , il le fçais
mieux que moy.
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249
p. 375-376
ENIGME.
Début :
Je vous envoye une Enigme nouvelle ; elle est d'une personne / Je fais quand je travaille un penible exercice. [...]
Mots clefs :
Fuseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Je vous envoyer une Enigme
nouvelle ; elle eft d'une perfonneode
voftre Sexe, v
ENIGME.
Sumah gol wilt in blue &
Je fais quand je travaille un pe
Broli enible exercice.
Je monie , je defcends , & voicy
mon fuplice.r
Quand je fuis defcendu
Je me trouve pendu :
Je ſuis cent fois le jour en fi belle
posture ,
ŞAu commencement j'y fuis nud §
Mais en revanche plus j'endure
4
£ Et mieux je me trouve vein.
Je travaille à faire la corde
A laquelle enfuite on me pend?
Ii ij
376 MERCURE
Si j'aide à ce travail , le fecours
que j'accorde
Me rend plus gros & pluspefant.
nouvelle ; elle eft d'une perfonneode
voftre Sexe, v
ENIGME.
Sumah gol wilt in blue &
Je fais quand je travaille un pe
Broli enible exercice.
Je monie , je defcends , & voicy
mon fuplice.r
Quand je fuis defcendu
Je me trouve pendu :
Je ſuis cent fois le jour en fi belle
posture ,
ŞAu commencement j'y fuis nud §
Mais en revanche plus j'endure
4
£ Et mieux je me trouve vein.
Je travaille à faire la corde
A laquelle enfuite on me pend?
Ii ij
376 MERCURE
Si j'aide à ce travail , le fecours
que j'accorde
Me rend plus gros & pluspefant.
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