COPIE DE L'ECRIT
Remis à Son Excellence Monfieur le
Maréchal d'Huxelles , Fréfident du
Confeil des Affaires Etrangeres , par
Son Excellence Monfieur le Prince de
Chelamar , Ambaſſadeur de Sa Majefté
Catholique auprés de Sa Majesté
Trés- Chrétienne.
M ONSIEUR ,
LES bruits confus & les nouvelles
furprenantes qui ont couru depuis quelque
tems dans cette Cour , comme dans
toutes les autres Cours de l'Europe , que
le Roy mon Maître deftinoit pour quelque
fecrette entreprife les forces de
Terre & de Mer qu'il avoit raffemblées
à Barcelonne ; joints aux inftances , aux
remontrances continuelles, & aux mouvemens
extraordinaires que j'ai fçû qui
fe faifoient à Paris , comme à Londres ,
par les Miniftres Allemans , & par leurs
créatures , allarmez à caufe des remords
de leur propre confcience fur la premiere
nouvelle d'une telle entrepriſe ,
m'ont tenu jufques à prefent dans ces
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inquiétudes , dont Vôtre Excellence qui
connoîr affez mon zele pour la gloire
du Roy mon Maître , & mon dévouċment
à tout ce qui regarde le fervice de
Sa Majefté , peut bien juger de l'extrême
agitation que ces bruits m'ont
caufé Mais , cette agitation s'eft calmée
auffitôt que j'ai reçû la Lettre de Monfieur
le Marquis Grimaldo , dont copie
eft jointe à cet Ecrit que j'ai l'honneur
de remettre à Vôtre Excellence.
J'ai la fatisfaction d'y voir les raifons
que le Roy mon Maître a d'entreprendre
le recouvrement de la Sardaigne à
main armée , expofées de maniere à perfuader
tout le monde de la juftice de certe
Expedition. Mes vûës , quoiqu'affez
bornées , ne laiffoient pas d'entrevoir
déja la folidité de ces raifons , qui confiftent
dans les infractions que la Cour
de Vienne a faites aux Traitez folemrels
conclus pour l'évacuation de la Catalogne
& de Mayorque , & dans l'inobfervation
des conditions aufquelles
on étoit convenu de l'Armiftice d'Italie.
On ne fçauroit jamais oublier des pareilles
contraventions .
Je remers donc entre les mains de
Vône Excellence , une copie de la Lettre
de Monfieur le Marquis Grimaldo ,
D'OCTOBRE.. 187
afin qu'elle demeure entierement &
pleinement perfuadée de la justice des
Armes de Sa Majesté Catholique , &
qu'elle puiffe en informer plus précifément
la Régence : Je ne puis rien
ajouter au contenu de cette Lettre ,
qu'une reflexion , qui eft , que le
Roy mon Maître a été jufques ici
retenu d'attaquer l'Archiduc dans
les Etats qu'il a ufurpez fur lui , par
deux motifs également fages & importans.
Voilà pourquoi il ne le fait qu'à
l'extrémité , & aprês que l'Archiduc
a violé tous les égards dûs aux Têtes
Couronnées , & aprés qu'il lui a fait
l'affront d'arrêter violeminent le Grand
Inquifiteur d'Efpagne.
Le premier motif, eft que le Roy
mon Maître , dont le courage, & la
grandeur d'ame font dignes de fa naiffance
& de fon Trône , reffent bien plus
vivement les manquemens qui bleffent
fa dignité , que les entreprifes faites
principalement contre fes interêts. C'eſt
de quoi je me propofe ici pour témoin
irréprochable ayant vû à quel point
fon généreux courage fut indigné lofqu'il
entendit le récit des violences injuftes
& des traitemens odieux que les
Allemans faifoient fouffriş dans les Pri
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fons de Milan , depuis la perte du Ro….
yaume de Naples , au Viceroy le Marquis
de Villena , & aux Officiers Géneraux
qui avoienr fervi fous lui , parmi
lefquels j'ai eu la gloire ineftimable d'ê
tre diftingué par une attention particuliere
des Ennemis du Roy à me maltraiter..
Vôtre Excellence verra d'abord le
merite au fecond motif. Le dernier outrage
que l'Archiduc a fait au Roy mon
Maître , dans un tems où il ne penfoit
pas d'en recevoir un nouveau , a eu la
force du dernier poids , dont on charge
une balance déjà remplie , dont- il fait
auffitôt pencher le baffin où l'on a mis
ce poids. Ainfi , l'Arrêt du Grand Inquifiteur
a mis le comble à fon reffentiment.
Sa Majefté Catholique auroit
Reanmoins facrifié ce reffentiment aux:
maximes faintes qui font la régle de
fa conduite , & elle en auroit fait une
autre victime immolée au bien de la
Chrétienté ; fi elle n'avoit pas vû les
forces matitimes des Venitiens & des
Princes leurs Alliez , naîtreffes de la.
mer dans le Levant; & fi enfin , elle n'avoit
pas été pleinement convaincuë
qu'elle fe trouvoit dans la néceffité de
fairejune entreprise d'éclat , afia deipré
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D'OCTOBRE 189
venir de nouveaux outrages , & afin de
confondre l'orgueil de fes Ennemis , qui
pour raffafier leur haine , & pour épouvanter
par leur perverfité , s'en font
pris à un Ecclefiaitique , que fa vielleffe
& fes infirmitez devoient rendre un
objet de compaffion , en foulant aux
pieds dans leur acharnement ſur ſa perfonne
, le Droit des Gens & les Traitez.
qui devoient le mettre à l'abri de toute
détention ; d'autant plus que c'étoit du
confentement pofitif du Miniftre de
FArchiduc à Rome , qu'il palloit part.
PEtat de Milan , avec un Paffe-port
que le Pape lui avoit donné: L'Archiduc
en le violant , à bien mal refpecté le
Chef fuprême de cette Eglife , contre
les Ennerais de laquelle il fe vante tant
de combattre aujourd'hui.
Je prie Dieu , Monfieur , qu'il conferve
vôtre Excellence auffi long-tems que:
je le defire.
A Paris , le 23. Aouſt 1717 .
Le 29 , M. l'Abbé de Louvois a été
nommé à l'Evêché de Clermont.