Oeuvre commentée (1)
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1
p. 1950-1955
EXPERIENCES curieuses sur la Glace artificielle.
Début :
Mettez dans une bouteille de verre quatre onces de sel Ammoniac réduit [...]
Mots clefs :
Thermomètre, Eau, Glace, Froid, Nitre, Sel
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texteReconnaissance textuelle : EXPERIENCES curieuses sur la Glace artificielle.
EXPERIENCES curieuses surla
Glace artificielle.
Ettez dans une bouteille de verre
quatre onces de sel Ammoniac ré
duit en poudre , séche , très-fine ; bou
chez- la exactement , afin que cette pou
dre ne contracte aucune humidité. Lais
sez la dans de l'eau exposée à l'air froid.
pendant la nuit , pour que le sel Am
moniac , l'eau et le verre soient égale
mentfroids. Le lendemain matin plon
gez le Thermometre de Fahrenheit dans
cette
SEPTEMBRE 1737 1951
cette eau , et remarquez à quel degré le
Mercure s'arrête. Versez alors dans dou
ze onces de cette eau les quatre onces de
sel Ammoniac qu'on a laissé se refroidir
dans la bouteille. Après l'avoir bien mêlé
et bien dissous , plongez votre instru
ment dans cette solution , vous verrez
le Mercure descendre de 28 degrés , si
l'air n'a que s1 degrés de chaleur. Donc
une partie desel Ammoniac dissous dans
trois parties d'eau , augmente le froid de
28 degrés , et par conséquent on peut
toujours faire un froid glacial , pourvûp
que la chaleur de l'air n'excede pas 60.
degrés. En effet l'eau commence àse ge
ler au 32 degré, suivant le Thermo
metre de Fahrenheit. Ainsi plus l'air se
refroidit en déclinant du 60. au 32. de
gré , plus il est aisé de faire de la glace ,
parce qu'alors l'eau est plus froide. D'où
il suit que si elle étoit déja prête àse gla
cer naturellement, le mélange dont nous
venons de parler feroit descendre la li
queur du Thermometre au 4e degré.
Veut on faire un froid bien plus consi
dérable ? il n'y a qu'à mettre dans un
large vaisseau , rempli de la premiere so
lution de sel Ammoniac, un autre vais
seau plus petit plein d'eau ; comme à
mesurequ'il se refroidit, il communi
que
1952 MERCURE DE FRANCE
que àcette eau leplusgrand froid qu'elle
puisse recevoir dece mélange, il estévi
dentquesi l'onjette de nouveau sel Am
moniacdans cette eau refroidie, on pou
ra faire, pendant les plus vives ardeurs
de la Canicule , un froid comparable
celui de l'hyver ; et par conséquent au
défaut de glace on pouroit ainsi rafraî
chir le vin & toutes sortes de liqueurs
durant l'Eté. Cette Expérience qu'on'
peut faire aisément , et à peu de frais,
est de M. Boheraave (a);
Envoici une autrede Fahrenheit , qui
est beaucoup plus surprenante,et qui est
raportée par le mêmeAuteur. Fahrenheit
s'avisaun jourd'hyver(1729)de répandre
sur de la glace deux onces d'Esprit de
Nitre y ayant aussi tôt plongé son in
strument', la liqueur descendit quatre
degrés plus bas qu'O. Lorsque cetEsprit
fut aussi refroidi que l'air , qui n'avoit
alors que 16 degrés de chaleur , il en
répandit encore sept onces ; son Ther
mometredescendit de 30 degrés , depuist
1 sur Ojusqu'à 14 sous O. Il versa une
troisième fois dumême Espritsur lereste
de la glace déja refroidie ; sur le champ
la liqueur du Thermoscope descendit à
29 au dessous d'O. Comme l'Esprit de
(a) Element, Chymia deigne
Nitre
SEPTEMBRE. 1737 1933
Nitre vint à manquer , il eut recours à
l'Esprit de sel Marin ,froidde 17 degrés.
Il n'en cut pas plutôt versé sur la glace
fondue , que le Thermometre s'arrêta à¹
8 degrés au-delà d'O; il en répanditune
seconde fois , le Mercure descendit jus
qu'à 14 sous O. L'évenementpiqua la
curiosité de cet industrieux Ouvrier. Il
fit acheter de nouvel Esprit de Nitre;
mais comme par malheur vint ledégel ,
il ne pensa plus qu'au moyen de consér
verlefroid artificiel qu'il venoit de faire.
Pour cela il fit faite trois vaisseaux de
cuivre cylindriques , larges de près de 6
pouces et demi chacun, dans lesquels il
mit trois autres vaisseaux de verre cy
lindriques , larges de trois pouces et dé
mi. Comme il yavoit entre le verre et
le cuivre un pouce et demi de vuide
tout , il eut soin de le remplir exacte
par
ment de cotton , afin d'émpêcher l'im
pression de l'air , et de conserver ainsi
sonfroid plus long-tems. Ensuite, après
avoir rempli les vaisseaux de verre de la
glace qui étoit en partie fondue , il mit
dans ces vaisseaux des tuyaux de verre
detrois quarts de pouce delargeur pleins
d'Esprit de Nitre temperé de 32 degrés
et de l'eau qui s'étoit separée de la glace
fondue. Il répandit ensuite de l'Esprit
de
1954 MERCURE DE FRANCE
de Nitre surla glace, à quatre reprises,
fe Mercure descendit jusqu'à 40 degrés
au dessous O. L'Esprit de Nitre s'étoit
lui-même tellement condensé , en se mê
lant avec la glace fondue, qu'il formoit
des cristaux minces, pointus , longs d'un
demi
pouce.
Est-il rien de si surprenant
dans la Nature! L'an 1709 , durant le
grand hyver , le Thermometre de Fah
renheit s'arrêta en Irlande au premier
degré. Le 16 Janvier 1729. il ne mar
quoit que s degrés dans le Jardin de l'A
cadémie de Leyde , comme M. Boer
haave l'a observé. Et voilà un froid arti
ficiel qui surpasse de 40 degrés le plus
grand froid que la Nature ait produit.
Ajoûtez40 à 32 degrés où la glacese for
me, vous sentirez une chaleur insup
portable. L'eau est donc devenuë plus
froide de 72 degrés qu'elle n'est ordinai
rement, lorsqu'elle commence à sechan
ger en glace. Il y a long-tems que les
Chymistes ont observé qu'on pouvoit
refroidir l'eau par le mélange de certains
sels : mais auroient ils pû prévoir qu'il
eût été possible defaire un sigrandfroid?
cependant quelfroid plus excessifencore
ne pouroit-on pas produire par d'autres
moyens qui nous sont inconnus ? et que
deviendroit toute la Nature , si son Au
teus
SEPTEMBRE. 1737 1958
teur ne lui avoit pas prescrit des bornes
qu'elle ne peut passer?
Glace artificielle.
Ettez dans une bouteille de verre
quatre onces de sel Ammoniac ré
duit en poudre , séche , très-fine ; bou
chez- la exactement , afin que cette pou
dre ne contracte aucune humidité. Lais
sez la dans de l'eau exposée à l'air froid.
pendant la nuit , pour que le sel Am
moniac , l'eau et le verre soient égale
mentfroids. Le lendemain matin plon
gez le Thermometre de Fahrenheit dans
cette
SEPTEMBRE 1737 1951
cette eau , et remarquez à quel degré le
Mercure s'arrête. Versez alors dans dou
ze onces de cette eau les quatre onces de
sel Ammoniac qu'on a laissé se refroidir
dans la bouteille. Après l'avoir bien mêlé
et bien dissous , plongez votre instru
ment dans cette solution , vous verrez
le Mercure descendre de 28 degrés , si
l'air n'a que s1 degrés de chaleur. Donc
une partie desel Ammoniac dissous dans
trois parties d'eau , augmente le froid de
28 degrés , et par conséquent on peut
toujours faire un froid glacial , pourvûp
que la chaleur de l'air n'excede pas 60.
degrés. En effet l'eau commence àse ge
ler au 32 degré, suivant le Thermo
metre de Fahrenheit. Ainsi plus l'air se
refroidit en déclinant du 60. au 32. de
gré , plus il est aisé de faire de la glace ,
parce qu'alors l'eau est plus froide. D'où
il suit que si elle étoit déja prête àse gla
cer naturellement, le mélange dont nous
venons de parler feroit descendre la li
queur du Thermometre au 4e degré.
Veut on faire un froid bien plus consi
dérable ? il n'y a qu'à mettre dans un
large vaisseau , rempli de la premiere so
lution de sel Ammoniac, un autre vais
seau plus petit plein d'eau ; comme à
mesurequ'il se refroidit, il communi
que
1952 MERCURE DE FRANCE
que àcette eau leplusgrand froid qu'elle
puisse recevoir dece mélange, il estévi
dentquesi l'onjette de nouveau sel Am
moniacdans cette eau refroidie, on pou
ra faire, pendant les plus vives ardeurs
de la Canicule , un froid comparable
celui de l'hyver ; et par conséquent au
défaut de glace on pouroit ainsi rafraî
chir le vin & toutes sortes de liqueurs
durant l'Eté. Cette Expérience qu'on'
peut faire aisément , et à peu de frais,
est de M. Boheraave (a);
Envoici une autrede Fahrenheit , qui
est beaucoup plus surprenante,et qui est
raportée par le mêmeAuteur. Fahrenheit
s'avisaun jourd'hyver(1729)de répandre
sur de la glace deux onces d'Esprit de
Nitre y ayant aussi tôt plongé son in
strument', la liqueur descendit quatre
degrés plus bas qu'O. Lorsque cetEsprit
fut aussi refroidi que l'air , qui n'avoit
alors que 16 degrés de chaleur , il en
répandit encore sept onces ; son Ther
mometredescendit de 30 degrés , depuist
1 sur Ojusqu'à 14 sous O. Il versa une
troisième fois dumême Espritsur lereste
de la glace déja refroidie ; sur le champ
la liqueur du Thermoscope descendit à
29 au dessous d'O. Comme l'Esprit de
(a) Element, Chymia deigne
Nitre
SEPTEMBRE. 1737 1933
Nitre vint à manquer , il eut recours à
l'Esprit de sel Marin ,froidde 17 degrés.
Il n'en cut pas plutôt versé sur la glace
fondue , que le Thermometre s'arrêta à¹
8 degrés au-delà d'O; il en répanditune
seconde fois , le Mercure descendit jus
qu'à 14 sous O. L'évenementpiqua la
curiosité de cet industrieux Ouvrier. Il
fit acheter de nouvel Esprit de Nitre;
mais comme par malheur vint ledégel ,
il ne pensa plus qu'au moyen de consér
verlefroid artificiel qu'il venoit de faire.
Pour cela il fit faite trois vaisseaux de
cuivre cylindriques , larges de près de 6
pouces et demi chacun, dans lesquels il
mit trois autres vaisseaux de verre cy
lindriques , larges de trois pouces et dé
mi. Comme il yavoit entre le verre et
le cuivre un pouce et demi de vuide
tout , il eut soin de le remplir exacte
par
ment de cotton , afin d'émpêcher l'im
pression de l'air , et de conserver ainsi
sonfroid plus long-tems. Ensuite, après
avoir rempli les vaisseaux de verre de la
glace qui étoit en partie fondue , il mit
dans ces vaisseaux des tuyaux de verre
detrois quarts de pouce delargeur pleins
d'Esprit de Nitre temperé de 32 degrés
et de l'eau qui s'étoit separée de la glace
fondue. Il répandit ensuite de l'Esprit
de
1954 MERCURE DE FRANCE
de Nitre surla glace, à quatre reprises,
fe Mercure descendit jusqu'à 40 degrés
au dessous O. L'Esprit de Nitre s'étoit
lui-même tellement condensé , en se mê
lant avec la glace fondue, qu'il formoit
des cristaux minces, pointus , longs d'un
demi
pouce.
Est-il rien de si surprenant
dans la Nature! L'an 1709 , durant le
grand hyver , le Thermometre de Fah
renheit s'arrêta en Irlande au premier
degré. Le 16 Janvier 1729. il ne mar
quoit que s degrés dans le Jardin de l'A
cadémie de Leyde , comme M. Boer
haave l'a observé. Et voilà un froid arti
ficiel qui surpasse de 40 degrés le plus
grand froid que la Nature ait produit.
Ajoûtez40 à 32 degrés où la glacese for
me, vous sentirez une chaleur insup
portable. L'eau est donc devenuë plus
froide de 72 degrés qu'elle n'est ordinai
rement, lorsqu'elle commence à sechan
ger en glace. Il y a long-tems que les
Chymistes ont observé qu'on pouvoit
refroidir l'eau par le mélange de certains
sels : mais auroient ils pû prévoir qu'il
eût été possible defaire un sigrandfroid?
cependant quelfroid plus excessifencore
ne pouroit-on pas produire par d'autres
moyens qui nous sont inconnus ? et que
deviendroit toute la Nature , si son Au
teus
SEPTEMBRE. 1737 1958
teur ne lui avoit pas prescrit des bornes
qu'elle ne peut passer?
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