Oeuvre commentée (2)
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Résultats : 2 texte(s)
1
p. 244-251
ARTICLE DES SPECTACLES
Début :
Il y a déja du tems que Semramnis, Tragédie de Monsieur [...]
Mots clefs :
Spectacles, Tragédie, Représentation, Public, Louanges, Défauts, Corneille, Opéra, Musique, Comédie, Comédiens italiens
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texteReconnaissance textuelle : ARTICLE DES SPECTACLES
ARTICLE DES SPECTACLES
I
L y a déja du tems que
Semramnis Tragédie de
Monfieur Crebillon a été annoncée
comme il eft Auteur
de réputation , & qu'on parle
avantageufement de fa Piéce ,
on fouhaite avec impatience
que les obftacles qui en ont
juſques à préfent retardé la repréſentation
, ceffent bientôt.
Il faut croire qu'elle aura un
fuccés plu heureux que la Sophoniſbe
de Monfieur de la
Grange , pour laquelle le Public
témoigna fi peu de curio
将
MERCURE. 245
fité , qu'elle ne paſſa pas la troifiéme
répréſentation . Je dois
dire cependant à la loüange de
l'Auteur , que la Piéce étoit
trés bien conduite que
les
Vers
en étoienr
beaux
, les
caractéres
bien
foûtenus
, & les
fentiments
nobles
.
Le feul défaut confidérable
qu'on pouvoit reprocher à cette
Piéce , f eft d'avoir été traitée
d'aprés le grand Corneille
perfonne ne pouvant s'imaginer
qu'on pût aller plus loin
que lui. D'ailleurs , les difcours
peu avantageux , que l'Autheur
prétend que quelques C.
avoient répandus de cette Tragédie
, joint à quelques changements
qu'ils exigèrent de lui ,
246 LE NOUVEAU
ำ
ne contribuerent pas peu à la
faire tomber. Il ne tint pas
Mademoifelle Defmars qu'elle
ne la foûtint , puifqu'elle n'y
joua pas moins bien que dans
Ino , Piéce du même Auteur ,
où elle fe fit reconnoître pour .
une des premieres Actrices dumonde
.
Il fembleroit que la raifon
principale , qui a fait difparoître
fi promptement Sophonisbe de
notre Théatre , devroit fervir
d'avertiffement à tout Auteur ,
qui veut remanier les fujets
employez par P. Corneille.
Cependant Monfieur Aroüet
affez connu par quantité de
petits morceaux de Poëfies enjouées
, ne defefpére pas de
2
MERCURE 247
nous amufer plusferieufement ,
en donnant de nouvelles couleurs
à Oedipe. Il a orné ce fujet
de maniere , que dans les
Affembléesoù il en a fait lecture ,
les Partifans des anciens difent
qu'elle ne le céde pasàl'originalmême
deSophocles & quelques
modernes , qu'elle est beaucoup
au deflus de celle de Corneille .
Mr de la Fond Auteur
des Vers de l'Opera d'Hypermeneftre
, a fufpendu fa Piéce ,
aprés un certain nombre de
repréſentations , pour nous la
redonner toute nouvelle : En
attendant , tout Paris court à
l'ancien Opera de Roland.ra
Mr Thevenard & Mademoiſelle
Journet s'y attirent
>
248 LE NOUVEAU
des applaudiffements qui ne
finiffent pas . 11 feroit néceffaire
qu'ils fe ménageaffent un peu
davantage , pour être plus en
état de foûtenir les grands rôles
qu'on leur prepare dans
Ariane & dans Camille . Les
paroles du premier Poëme font
de deux mains .
Les premires actes ont été
compofés par M.Roy , & les derniers
par M. de la Grange .
Comme ces deux Poëtes fe font
prétez mutuellement leurs lumieres
jointes à celles du confeil
de l'Opera , on efpere
qu'elles feront excellentes . On
apperçoit de moins les foinsque
l'on prend pour tacher de plaîre
au public.
La
MERCURE. 249
La mufique eft de la compo.
fition de M. Mouret , qui a
charmé fi long tems Paris par
les Fêtes de Thalie .
Pour Camille , les paroles appartiennent
à M. Danchet feul ,
& la Mufique à M. Campra ; ces
grands noms nous promettent
par avance un grand fuccès .
Je voudrois bien vous entretenir
des avantures des bals de l'O.
pera & de la Commedie , mais
excepté quelques mouchoirs ,
tabatieres , ou montres perdues
dans la foule , il ne s'y eft paffé
aucun incident affez réjouiffant
pour avoir place dans ceReceüil,
Ce feroit ici le lieu de parler
du Bourgeois - Gentil - homme
repréſenté avec tous fes agré-
Fanvier 1717 .
Z
250 LE NOUVEAU
mens fur le Théatre du Palais
Roïal, par les Acteurs & les A &trices
de l'Opera & de la Comedie .
Je m'abſtiendrai cependant
d'entrer dans aucun détail, il me
fuffira de vous dire
que jamais
fpectacle n'a été plus brillant ,
mieux executé & plus fuivi ; 1l
eft certain que les fecours que
lui a fourni l'Opera , ont ornés
infiniment cette piece ; c'eft un
effai,felon toutes lesaparences de
quelqu'autre divertiffement où
les Théatres fourniront leurs
agrémens .
Pour les Comediens Italiens ,
ils continuent de jouer tous les
Samedis fur le Théatre de l'Operafi
leur langue étoit un plus
communement entendue , ils ne
MERCURE.
251
manqueroient pas d'auditeurs ;
car pour leur rendre juftice , on
ne peut rien defirer en eux du
côté de l'action , du naturel
de la préſence d'efprit ; ils font
au qui va là toûjours à propos ;
il ont l'art d'animer de paffioner
tellement cequ'ils joüent;
qu'ils fe rendent maîtres des
fentimens , & faififfent l'attention
malgré le voile des paroles
& renvoyent les auditeurs prefque
auffi contens que s'ils fortoient
d'une Comedie Françoife
où l'on a tout compris.
I
L y a déja du tems que
Semramnis Tragédie de
Monfieur Crebillon a été annoncée
comme il eft Auteur
de réputation , & qu'on parle
avantageufement de fa Piéce ,
on fouhaite avec impatience
que les obftacles qui en ont
juſques à préfent retardé la repréſentation
, ceffent bientôt.
Il faut croire qu'elle aura un
fuccés plu heureux que la Sophoniſbe
de Monfieur de la
Grange , pour laquelle le Public
témoigna fi peu de curio
将
MERCURE. 245
fité , qu'elle ne paſſa pas la troifiéme
répréſentation . Je dois
dire cependant à la loüange de
l'Auteur , que la Piéce étoit
trés bien conduite que
les
Vers
en étoienr
beaux
, les
caractéres
bien
foûtenus
, & les
fentiments
nobles
.
Le feul défaut confidérable
qu'on pouvoit reprocher à cette
Piéce , f eft d'avoir été traitée
d'aprés le grand Corneille
perfonne ne pouvant s'imaginer
qu'on pût aller plus loin
que lui. D'ailleurs , les difcours
peu avantageux , que l'Autheur
prétend que quelques C.
avoient répandus de cette Tragédie
, joint à quelques changements
qu'ils exigèrent de lui ,
246 LE NOUVEAU
ำ
ne contribuerent pas peu à la
faire tomber. Il ne tint pas
Mademoifelle Defmars qu'elle
ne la foûtint , puifqu'elle n'y
joua pas moins bien que dans
Ino , Piéce du même Auteur ,
où elle fe fit reconnoître pour .
une des premieres Actrices dumonde
.
Il fembleroit que la raifon
principale , qui a fait difparoître
fi promptement Sophonisbe de
notre Théatre , devroit fervir
d'avertiffement à tout Auteur ,
qui veut remanier les fujets
employez par P. Corneille.
Cependant Monfieur Aroüet
affez connu par quantité de
petits morceaux de Poëfies enjouées
, ne defefpére pas de
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MERCURE 247
nous amufer plusferieufement ,
en donnant de nouvelles couleurs
à Oedipe. Il a orné ce fujet
de maniere , que dans les
Affembléesoù il en a fait lecture ,
les Partifans des anciens difent
qu'elle ne le céde pasàl'originalmême
deSophocles & quelques
modernes , qu'elle est beaucoup
au deflus de celle de Corneille .
Mr de la Fond Auteur
des Vers de l'Opera d'Hypermeneftre
, a fufpendu fa Piéce ,
aprés un certain nombre de
repréſentations , pour nous la
redonner toute nouvelle : En
attendant , tout Paris court à
l'ancien Opera de Roland.ra
Mr Thevenard & Mademoiſelle
Journet s'y attirent
>
248 LE NOUVEAU
des applaudiffements qui ne
finiffent pas . 11 feroit néceffaire
qu'ils fe ménageaffent un peu
davantage , pour être plus en
état de foûtenir les grands rôles
qu'on leur prepare dans
Ariane & dans Camille . Les
paroles du premier Poëme font
de deux mains .
Les premires actes ont été
compofés par M.Roy , & les derniers
par M. de la Grange .
Comme ces deux Poëtes fe font
prétez mutuellement leurs lumieres
jointes à celles du confeil
de l'Opera , on efpere
qu'elles feront excellentes . On
apperçoit de moins les foinsque
l'on prend pour tacher de plaîre
au public.
La
MERCURE. 249
La mufique eft de la compo.
fition de M. Mouret , qui a
charmé fi long tems Paris par
les Fêtes de Thalie .
Pour Camille , les paroles appartiennent
à M. Danchet feul ,
& la Mufique à M. Campra ; ces
grands noms nous promettent
par avance un grand fuccès .
Je voudrois bien vous entretenir
des avantures des bals de l'O.
pera & de la Commedie , mais
excepté quelques mouchoirs ,
tabatieres , ou montres perdues
dans la foule , il ne s'y eft paffé
aucun incident affez réjouiffant
pour avoir place dans ceReceüil,
Ce feroit ici le lieu de parler
du Bourgeois - Gentil - homme
repréſenté avec tous fes agré-
Fanvier 1717 .
Z
250 LE NOUVEAU
mens fur le Théatre du Palais
Roïal, par les Acteurs & les A &trices
de l'Opera & de la Comedie .
Je m'abſtiendrai cependant
d'entrer dans aucun détail, il me
fuffira de vous dire
que jamais
fpectacle n'a été plus brillant ,
mieux executé & plus fuivi ; 1l
eft certain que les fecours que
lui a fourni l'Opera , ont ornés
infiniment cette piece ; c'eft un
effai,felon toutes lesaparences de
quelqu'autre divertiffement où
les Théatres fourniront leurs
agrémens .
Pour les Comediens Italiens ,
ils continuent de jouer tous les
Samedis fur le Théatre de l'Operafi
leur langue étoit un plus
communement entendue , ils ne
MERCURE.
251
manqueroient pas d'auditeurs ;
car pour leur rendre juftice , on
ne peut rien defirer en eux du
côté de l'action , du naturel
de la préſence d'efprit ; ils font
au qui va là toûjours à propos ;
il ont l'art d'animer de paffioner
tellement cequ'ils joüent;
qu'ils fe rendent maîtres des
fentimens , & faififfent l'attention
malgré le voile des paroles
& renvoyent les auditeurs prefque
auffi contens que s'ils fortoient
d'une Comedie Françoife
où l'on a tout compris.
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2
p. 702-708
AVERTISSEMENT au Lecteur. / Vers envoyés à M. de Voltaire le 30. Janvier 1736.
Début :
Deja plus d'un rimeur / O Toi, qui de l'amour empruntant le pinceau, [...]
Mots clefs :
Amour, Coeur, Vers, Nature, Époux, Brutus , Alzire, Amant, Critique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT au Lecteur. / Vers envoyés à M. de Voltaire le 30. Janvier 1736.
AVERTISSEMENT au Lecteur
Deja plus d'un rimeur
Se déchaînant contre l'Ouvrage ,
Me donne le Pont-Neuf et les Quays en partagé
Que répondrai-je à ce fâcheux Censeur ,
Dont le ton critique m'outrage ?
Si Damon , ce vieil Orateur ,
Peut , sans reproche à l'audience ,
Faire ronfler son Auditeur ,
Fourquoi ne pas user de la même licence ?
Te puis à dix- sept ans endormir mon Lecteur.
Vers
AVRIL 1736. 703
Vers envoyés à M. de Voltaire le 30 .
Janvier 1736.
Toi , qui de l'amour empruntant le pinceau ,
Traces des passions une vive peinture :
Toi qui conduit par l'Art, formé par la Nature
Retires les Héros de la nuit du tombeau
Et possedes si bien l'heureux talent de plaire ,
Voltaire , qu'Apollon adopte pour son fils ,
Daigne accepter l'essai d'une muse sincere,
Dont la verité fait l'ornement et le prix :
Tandis que tout Paris te donne son suffrage ;'
Reçoisces Vers , reçois mon foible hommage ;
La raison vainement condamne ces transports ,
Sans écouter d'inutiles caprices ,
Je veux te consacrer mes timides accords ,
D'une Muse au berceau te vouer les prémices ¿
Que vois- je ? La critique abattuë à tes pieds ,
Ose encor contre roi lever sa tête altiere ,
Des Censeurs odieux les fronts humiliés ,
Portent leur haine écrite au sein de la poussiere
En vain ces Typhons condamnés ,
Bravent la main qui les tient enchaînés ; 1
En vain Penvieuse cabale
Désaprouve l'honneur qu'ont mérité tes Vers ;
Parle , et soudain cette fiere rivale ,
Confondue à ta voix , rentrera dans ses fers ;
Virgile , Milton et le Tasse ,
Dont les Ecrits presque divins
Les
1
704 MERCURE DE FRANCE
Les placent au- dessus du reste des Humains ,
Partagent avec toi notre encens au Parnasse.
Que ne puis- je exprimer ces charmes séducteurs
Qui touchent à ton gré les esprits et les coeurs?
Quand tu peins , je vois la Nature
Brillante de nouveaux attraits ;
Quand tu feins , l'aimable imposture
De la verité prend les traits.
Sur OEDIP E.
Par un assemblage exécrable ,
Mere , Epouse à la fois ,
Jocaste est d'autant moins coupable ;
Qu'elle obéit aux Loix.
D'Edipe infortuné je plains le sort funeste,
J'estime sa vertu , j'abhorre ses forfaits ,
C'est le crime que je déteste ,
Non le Criminel que je hais.
Sur HERODE et MARIA MNE .
Hérode en proye à mille allarmes ,
Tout injuste qu'il est nous arrache des larmes ;
J'admire de Varus la generosité ,
J'aime dans Mariamne une pudeur si rare ;
Avec l'Epoux je sens l'amour , la cruauté ,
Et j'accuse , avec lui , le Ciel d'être barbare ,
Lorsqu'il connoît le crime où son coeur l'a porte
Sur BRUTUS.
Du courageux Brutus la fermeté stoïque
Inspir
AVRIL.
, ༠
17368
Inspire au Spectateur de nobles sentimens ;
Sa constance héroïque
Fait taire la Nature en ces tristes momens ,
S'il veut être Romain , il cesse d'être Pere ;
L'un et l'autre a ses droits , il veut les satisfaire,
Rome exige du sang, l'amour retient son bras ;
Mais bien-tôt du Consul il prend le caractere ,
Et sort toujours vainqueur de ces rudes combats
Rien ne peut révoquer l'Arrêt inexorable ,
Le devoir a parlé , sa voix seule suffit
Pour armer ce Héros du foudre inévitable
Et sans gémir du joug où Rome le réduit ,
Il ne voit en Titus qu'un Citoyen coupable,
Sur ZAIRE.
Entre l'amour et la Religion ,
Zaïre irrésoluë
Jusqu'à la fin de l'action ,
Tient mon ame tremblante et toujours sas
penduë.
Lusignan , ce vieillard , ce Pere malheureux ,
Fixe des Spectateurs et le coeur et les yeux.
Son destin seul nous interesse ,
On partage avec lui sa joye et sa tristesse,
Orosmane est cruel , mais il est genereux ;
Dans Nerestan je vois un Chrétien plein de zele
Dans son aimable soeur , une amante fidelle ,
Ainsi mon ame tour-à - tour
Va de l'amour au trouble, et du trouble à l'amour.
Sur
706 MERCURE DE FRANCE
Sur CESAR.
Cesar est bienfaisant , vertueux , magnanime,
Et s'il n'étoit Tyran , Cesar seroit sans crime,
Brutus semble aux François un traître , un ins
humain ;
Mais Rome dans Brutus reconnoît un Romain,
Sur ALZIRE.
D'un devoir odieux victime infortunée ,
Alzire a deux Tyrans , l'Amour et l'Hymenée ;
L'un grave dans son coeur les traits d'un tendre
Amant ,
L'autre opose à ses feux la rigueur d'un serment,
Elle ne peut aimer sans se rendre infidelle .
Elle ne peut haïr sans être criminelle ,
L'Amant a sa tendresse , et l'Epoux a sa foi ,
Qui des deux doit donner ou recevoir la Loi ?
L'estime , la nature et la reconnoissance ,
C
Tiennent Alvarès incertain ;
al veut d'un bienfaiteur embrasser la défense ,
Et maintenir d'un fils le glorieux destin.
Zamoré aux yeux du Catholique ,
Est un Payen séditieux ;
Zamore aux Rives du Mexique ;
Est le liberateur d'un Peuple malheureux ,
Plus grand que ses Dieux même , il jouit de sa
gloire ,
Le coeur fait le Heros , et non pas la victoire ,
En vain le fier Gusman attaque son orgueil ,
Ce vengeur de l'Etat , seul apui de l'Empire ,
Sang
AVRIL. 1735. 707
Cans trembler sur sou sort , ne craint que pour
Alzire ,
Et voit d'un oeil serain les horreurs du cercueil ,
Prétextant ses forfaits du titre de courage ,
De sang toujours avide , enyvré de carnage ,
Gusman vit en tyran et meurt en vrai Chrétien
du tombeau le Ciel est son soutien ;
Aux portes
A son Rival ceder le Diadême ,
C'est l'effort d'un grand coeur
Lui ceder ce qu'on aime ,
C'est de soi - même être vainqueur.
Dans Alzire chacun croit voir une Maîtresse ,
L'on ressent four - à- tour la haîne et la tendresse,
Un Epoux plaint l'Epoux , un Amant plaint
l'Amant.
Plût au Ciel qu'on aimât aussi fidelement !
Poursuis , ingénieux Voltaire ,
A ce prix fai couler nos pleurs :
Poursui ta brillante carriere ,
Et regne à jamais sur nos coeurs
Que ton nom , que ta gloire ,
Perce de l'avenir l'épaisse obscurité ;
Puisses-tu remporter victoire sur victoire ,
Et de mille Rivaux confondre la fierté !
C
Et toi jeune Gossin , dont les yeux pleins de
charmes ,
• Te donnent tant d'admirateurs ,
Tu n'as qu'à répandre des larmes ;
P Ex
708 MERCURE DE FRANCE
EL Voltaire bien- tôt par tes attraits vainqueurs ,
A la Critique arrachera les armes.
BA **
Landare parum est , laudemur et ipsi. Ovid.
Deja plus d'un rimeur
Se déchaînant contre l'Ouvrage ,
Me donne le Pont-Neuf et les Quays en partagé
Que répondrai-je à ce fâcheux Censeur ,
Dont le ton critique m'outrage ?
Si Damon , ce vieil Orateur ,
Peut , sans reproche à l'audience ,
Faire ronfler son Auditeur ,
Fourquoi ne pas user de la même licence ?
Te puis à dix- sept ans endormir mon Lecteur.
Vers
AVRIL 1736. 703
Vers envoyés à M. de Voltaire le 30 .
Janvier 1736.
Toi , qui de l'amour empruntant le pinceau ,
Traces des passions une vive peinture :
Toi qui conduit par l'Art, formé par la Nature
Retires les Héros de la nuit du tombeau
Et possedes si bien l'heureux talent de plaire ,
Voltaire , qu'Apollon adopte pour son fils ,
Daigne accepter l'essai d'une muse sincere,
Dont la verité fait l'ornement et le prix :
Tandis que tout Paris te donne son suffrage ;'
Reçoisces Vers , reçois mon foible hommage ;
La raison vainement condamne ces transports ,
Sans écouter d'inutiles caprices ,
Je veux te consacrer mes timides accords ,
D'une Muse au berceau te vouer les prémices ¿
Que vois- je ? La critique abattuë à tes pieds ,
Ose encor contre roi lever sa tête altiere ,
Des Censeurs odieux les fronts humiliés ,
Portent leur haine écrite au sein de la poussiere
En vain ces Typhons condamnés ,
Bravent la main qui les tient enchaînés ; 1
En vain Penvieuse cabale
Désaprouve l'honneur qu'ont mérité tes Vers ;
Parle , et soudain cette fiere rivale ,
Confondue à ta voix , rentrera dans ses fers ;
Virgile , Milton et le Tasse ,
Dont les Ecrits presque divins
Les
1
704 MERCURE DE FRANCE
Les placent au- dessus du reste des Humains ,
Partagent avec toi notre encens au Parnasse.
Que ne puis- je exprimer ces charmes séducteurs
Qui touchent à ton gré les esprits et les coeurs?
Quand tu peins , je vois la Nature
Brillante de nouveaux attraits ;
Quand tu feins , l'aimable imposture
De la verité prend les traits.
Sur OEDIP E.
Par un assemblage exécrable ,
Mere , Epouse à la fois ,
Jocaste est d'autant moins coupable ;
Qu'elle obéit aux Loix.
D'Edipe infortuné je plains le sort funeste,
J'estime sa vertu , j'abhorre ses forfaits ,
C'est le crime que je déteste ,
Non le Criminel que je hais.
Sur HERODE et MARIA MNE .
Hérode en proye à mille allarmes ,
Tout injuste qu'il est nous arrache des larmes ;
J'admire de Varus la generosité ,
J'aime dans Mariamne une pudeur si rare ;
Avec l'Epoux je sens l'amour , la cruauté ,
Et j'accuse , avec lui , le Ciel d'être barbare ,
Lorsqu'il connoît le crime où son coeur l'a porte
Sur BRUTUS.
Du courageux Brutus la fermeté stoïque
Inspir
AVRIL.
, ༠
17368
Inspire au Spectateur de nobles sentimens ;
Sa constance héroïque
Fait taire la Nature en ces tristes momens ,
S'il veut être Romain , il cesse d'être Pere ;
L'un et l'autre a ses droits , il veut les satisfaire,
Rome exige du sang, l'amour retient son bras ;
Mais bien-tôt du Consul il prend le caractere ,
Et sort toujours vainqueur de ces rudes combats
Rien ne peut révoquer l'Arrêt inexorable ,
Le devoir a parlé , sa voix seule suffit
Pour armer ce Héros du foudre inévitable
Et sans gémir du joug où Rome le réduit ,
Il ne voit en Titus qu'un Citoyen coupable,
Sur ZAIRE.
Entre l'amour et la Religion ,
Zaïre irrésoluë
Jusqu'à la fin de l'action ,
Tient mon ame tremblante et toujours sas
penduë.
Lusignan , ce vieillard , ce Pere malheureux ,
Fixe des Spectateurs et le coeur et les yeux.
Son destin seul nous interesse ,
On partage avec lui sa joye et sa tristesse,
Orosmane est cruel , mais il est genereux ;
Dans Nerestan je vois un Chrétien plein de zele
Dans son aimable soeur , une amante fidelle ,
Ainsi mon ame tour-à - tour
Va de l'amour au trouble, et du trouble à l'amour.
Sur
706 MERCURE DE FRANCE
Sur CESAR.
Cesar est bienfaisant , vertueux , magnanime,
Et s'il n'étoit Tyran , Cesar seroit sans crime,
Brutus semble aux François un traître , un ins
humain ;
Mais Rome dans Brutus reconnoît un Romain,
Sur ALZIRE.
D'un devoir odieux victime infortunée ,
Alzire a deux Tyrans , l'Amour et l'Hymenée ;
L'un grave dans son coeur les traits d'un tendre
Amant ,
L'autre opose à ses feux la rigueur d'un serment,
Elle ne peut aimer sans se rendre infidelle .
Elle ne peut haïr sans être criminelle ,
L'Amant a sa tendresse , et l'Epoux a sa foi ,
Qui des deux doit donner ou recevoir la Loi ?
L'estime , la nature et la reconnoissance ,
C
Tiennent Alvarès incertain ;
al veut d'un bienfaiteur embrasser la défense ,
Et maintenir d'un fils le glorieux destin.
Zamoré aux yeux du Catholique ,
Est un Payen séditieux ;
Zamore aux Rives du Mexique ;
Est le liberateur d'un Peuple malheureux ,
Plus grand que ses Dieux même , il jouit de sa
gloire ,
Le coeur fait le Heros , et non pas la victoire ,
En vain le fier Gusman attaque son orgueil ,
Ce vengeur de l'Etat , seul apui de l'Empire ,
Sang
AVRIL. 1735. 707
Cans trembler sur sou sort , ne craint que pour
Alzire ,
Et voit d'un oeil serain les horreurs du cercueil ,
Prétextant ses forfaits du titre de courage ,
De sang toujours avide , enyvré de carnage ,
Gusman vit en tyran et meurt en vrai Chrétien
du tombeau le Ciel est son soutien ;
Aux portes
A son Rival ceder le Diadême ,
C'est l'effort d'un grand coeur
Lui ceder ce qu'on aime ,
C'est de soi - même être vainqueur.
Dans Alzire chacun croit voir une Maîtresse ,
L'on ressent four - à- tour la haîne et la tendresse,
Un Epoux plaint l'Epoux , un Amant plaint
l'Amant.
Plût au Ciel qu'on aimât aussi fidelement !
Poursuis , ingénieux Voltaire ,
A ce prix fai couler nos pleurs :
Poursui ta brillante carriere ,
Et regne à jamais sur nos coeurs
Que ton nom , que ta gloire ,
Perce de l'avenir l'épaisse obscurité ;
Puisses-tu remporter victoire sur victoire ,
Et de mille Rivaux confondre la fierté !
C
Et toi jeune Gossin , dont les yeux pleins de
charmes ,
• Te donnent tant d'admirateurs ,
Tu n'as qu'à répandre des larmes ;
P Ex
708 MERCURE DE FRANCE
EL Voltaire bien- tôt par tes attraits vainqueurs ,
A la Critique arrachera les armes.
BA **
Landare parum est , laudemur et ipsi. Ovid.
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